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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2001-10-20, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 D 1 M A X (' HE 2 1 0 (' T 0 B R E 2 0 0 1 E T ROMAN Jean-Christophe Rufin Redécouvrir le Brésil Page D 7 I DE VISU 1rs ateliers s’exposent Page I) 11 LE DEVOIR © OLIVIER BESSON Festival interculturel du conte Une nuit avec Schéhérazade Schéhérazade l’a compris, elle qui inventa les contes des mille et une nuits pour dissuader, en le divertissant, le roi perse Shahriyar de son projet de la décapiter, au petit matin.Plus sûrement qu’un charmeur de serpents, le conteur jouit d’une supériorité totale sur celui qui l’écoute.Et à l’occasion du Festival interculturel du conte, qui se tient à Montréal du 19 au 28 octobre, les occasions seront nombreuses de se laisser ensorceler.CAROLINE MONTPETIT ^ LE DEVOIR Aces histoires surgies des temps immémoriaux, personne ne peut résister.Pas même le soleil, dont on dit qu’il s’arrêta trois jours devant les fenêtres du palais de Hachachi-le-menteur pour écouter le combat du jeune marié contre le roi des lions.Les contes sont le ferment de la culture.Ils ne changent pas la vie, mais ils «l’aident à éclore», fis dorment «au fond de nous comme les trésors d’une caverne prodigieuse», écrit, à leur sujet, Henri Gougaud, conteur émérite qui a écrit des contes du monde entier et qui est également président d’honneur du Festival de Montréal.Durant 30 ans, M.Gougaud a épluché ses conversations menées de par le monde et les rapports d’ethnologues, dans les bibliothèques, pour extraire la matière première des contes de son répertoire.En ressortent des histoires sages et des histoires drôles, des histoires folles, géniales ou empreintes d’une douce leçon.C’est le cas par exemple de cette histoire perse des savants et du lion, recensée dans les magnifiques Contes d’Asie, parus au Seuil, VOIR PAGE D 2: SCHÉHÉRAZADE CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Pour eux, Dieu était communiste.Mieux, Dieu était le Parti communiste.Puis, tout s’est effondré.ans son dernier roman, Opéra, une plaquette publiée aux Allusifs, Elena Botcho-richvili se replace dans la Géorgie d’après l’effondrement de l’empire soviétique, d’après Gorbatchev et la pérestroïka, la Géorgie du capitalisme sauvage et du chaos, où ne reste aux personnages de cette petite satire absurde qu’est Opéra que l’humour précieux d’un peuple opprimé depuis longtemps.C’est une fable déroutante, à la fois désopilante et tragique, où les funérailles et les mariages se déroulent dans la même ambiance théâtrale, avec la guerre civile et les vestiges du régime soviétique en toile de fond.Une fable écrite par une Québécoise d’adoption, à la fois belle et fascinante, qui n’a rien perdu des qualités de son peuple d’origine.«— Bonjour, “batono” Dieu!, dit un mort.[Batono veut dire monsieur en géorgien.] —Je ne suis pas Dieu, mais un fonctionnaire du Service n° 3.—Je le savais bien que le Jugement dernier se tiendrait en géorgien! — Quel jugement?De quoi pariez-vous?On vous a pourtant tout expliqué au Service n" 2.Tous les membres du Comité extraordinaire parlent les langues en usage dans la zone de conflit armé.» (Opéra, p.43) A neuf ans, alors qu’elle habitait à Tbilissi, capitale de la Géorgie, Elena Botchorichvili faisait partie des Jeunesses communistes et portait en permanence le portrait de Lénine sur son cœur.«Cest après que j’ai découvert ce qu’il y avait derrière», dit-elle.Derrière, c’était notamment la corruption qui donnait des privilèges aux uns plutôt qu’au?: autres.C’était aussi le contrôle omniprésent de l'Etat, qui faisait en sorte que, lorsque trois personnes parlaient ensemble, on pouvait gager que l’une d’entre elles travaillait pour VOIR PAGE D 2: TBILISSI Marc Chagall: A la Russie, aux ânes et aux autres, 1911 PARIS.MNAM Les classiques d’hier, o Les classiques d’aujourd’hui, Les classiques de demain, BIBLIOTHÈQUE QUÉBÉCOISE wwtr.livre9-tq.com I) 2 I K I) K V 0 I lî .L E A M EDI i 0 E T .D I M A X t H E I OCTOBRE 2001 Livres am SCHEHERAZADE SUITE DE LA PAGE D 1 écrits par Henri Gouraud et illustrés par Olivier Besson, ou l’on voit que les ambitions scientifiques peuvent mener à l’autodestruction.Ou encore celle, chinoise, de I-ao, l’homme fou qui se croyait riche, et qu’un médecin aveuglé par sa science a méchamment convaincu de sa pauvreté.Dans une série d’ouvrages, intitulés l.'Arbre d’amour et de sagesse, L’Arbre à soleils, L’Arbre aux trésors, Henri Gougaud a recueilli ces contes du monde entier.De ces contes, il a établi sa propre version, apres avoir entendu ou lu une histoire.Ces histoires, qu'il a écrites, ne forment qu’a peu près 10 % de son immense répertoire.Car pour lui, les contes sont d’abord faits pour être dits.Il croit a la supériorité de l’oralité sur l’écriture, car la langue parlée est bien sûr plus chaleureuse, plus vivante.Il admet son «amitié particulière» pour les contes arabes et se rend dans le désert plusieurs fois par année pour collecter des histoires mi-dites, mi-chantées.Dans son répertoire figurent des légendes très anciennes, certains mythes fondateurs de l’humanité, sur la création de la vie et de la mort, de quoi pardonner, le temps d’une histoire, au monde son imperfection.Légendes amérindiennes, arabes, d’Afrique noire, d’Océanie, d’Europe, ou encore de la Grèce antique, les histoires qu’on trouve dans les livres de Gougaud ont acquis pour lui la gloire suprême que peut avoir une œuvre, c’est-à-dire l’anonymat.Ces contes du monde entier, écrit-il, «je n’ai fait que les raviver, les ranimer, les restaurer, comme on restaure des vieux châteaux.J'ignore qui en sont les premiers auteurs.D'ailleurs qu’importe»?Dans L’Arbre à soleils, on lira, du Canada, des contes qui sont ici en grande partie méconnus.Cefui de La Naissance des hommes blancs, par exemple, Im Ugende du maïs, ou encore Winabojo et le voyage au pays des morts.Plus sûrement qu’un parfum, le conte nous mène à une jouissance enfantine, celle de l’émerveillement devant les mystères du monde.Dans un ouvrage qui vient de paraître chez Planète Rebelle, intitulé Contemporain, le conte?.Il était une fois l’an 2(XK), sous la direction de Christian-Marie Pons, des conteurs, des professeurs et des journalistes se sont interrogés sur le rôle du conte dans la société moderne, sur son urbanité, sur sa multicul-turalité et sur la fonction des contes en région.Contrairement à la tradition, qui le faisait émerger dans les campagnes, le conte surgit désormais directement du macadam, dans les cafés et les festivals.“On redécouvre le métier de conteur — certains en font profession et peuvent en vivre; éclosent les festivals de la parole qui trouvent leur public, assez pour évoquer depuis quelques années un “renouveau du conte"», lit-on dans la présentation.D- cofondateur du dimanche du conte a Montréal, Jean-Marc Massie, développe lui aussi ces themes, dans Ije Fetit Manifeste a l’usage du conteur contemporain, chez le même éditeur.Dans une section intitulée «L’aliéné planétaire», l’auteur constate que «la modernité sans mémoire laissée par ce grand balayage du passé ne nous a pourtant pas donné l'autonomie tant espérée».Aussi, un retour aux racines de l'identité, à travers l’usage de la langue, est-il le bienvenu.«Grâce à son imaginaire, le conteur va là où le marchand et le scientiste s'arrêtent; il dépasse l’horizon des faits et raconte ce que la science positive ne peut rendre intelligible», écrit-il encore, dans l’article «Le conte et le réenchantement du monde».Ils seront nombreux donc, conteurs et conteuses, à faire appel a leur mémoire infinie dans les jours qui viennent, contant et recontant les histoires de leur choix, des histoires d’amour ou de peur, de ville ou de campagne, de début ou de fin du monde.Ce soir, par exemple, a la Casa Obscura, à 20h, les conteuses donnent rendez-vous aux oreilles attentives.Au même moment, Henri Gougaud lui-même, à la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal, animera la soirée intitulée Beaux Désirs.«Ce sont des contes paillards, dit-il, des contes qui tournent autour du plaisir et du désir».Pendant ce .temps, à la Maison de la culture Riviere-des-Prairies, Patrick Ewen, de France, et Taxi Conteur, de Côte d’ivoire, offriront leurs Contes de la mer et du feu.Dimanche, à la Maison Saint-Gabriel, se succéderont, sur le banc du quêteux, les conteurs d’ici, Mi-chgl Faubert, François Lavallée, Jean-Marc Massie et Eric Michaud.A 21h, au Cabaret du Roy, Patrick Ewen nous entretiendra du sacré et du profane, avant de laisser la scène ouverte aux conteurs.Et ainsi, jusqu’au 28 octobre, d’autres activités se succéderont, dans une variété de lieux de la ville.On organise même une randonnée contée au mont Saint-Hilaire, le vendredi 26 octobre, à 20h.Ailleurs, on pourra se laisser bercer de contes tziganes ou suisses, québécois ou micmacs, du Burkina Faso ou du Vietnam.De quoi donner l’envie de tendre l’oreille toute la nuit.TBILISSI Elena Botckorichvili n'avait jamais écrit de fiction avant d’arriver au Québec SUITE UE LA PAGE D 1 le KGB.C'était un régime ou l’on interdisait aux gens de posséder des vidéos pour contrôler ce qu’ils regardaient, et un regime ou elle-même a dû faire des études d’infirmière, en même temps que celles quelle poursuivait en journalisme, parce que chaque habitant de l’empire soviétique devait être formé en vue d’exercer une profession militaire.Capitalisme sauvage Ses meilleurs souvenirs de ce régime datent de l’époque de Bre jnev, époque ou cela n’allait «ni bien ni mal», où la société était immobilisée.C’était aussi un régime qui ne connaissait pas le chômage, et qui a fait place à un capitalisme sauvage, très sauvage, tellement sauvage qu'il ne permet pas le développement d’un système de soins de santé adéquats, dit-elle.Le communisme est né des idées de Karl Marx et d’Engels, mais il a été imposé de force à la population, conclut-elle.Pendant 20 ans, a partir de 13 ans (!), Elena Botchorichvili a exercé la profession de journaliste en Géorgie.En cours de route, lassée de devoir constamment faire l’éloge dans ses textes du régime soviétique, elle s’est tournée vers le journalisme sportif.Comme Le Tiroir au papillon, premier roman publié en 1999 chez Boréal, Opéra fait état de la guerre civile en Géorgie, cette période anarchique de transition où «Tun devient un nouveau riche, l’autre meurt au bord de la mer, Renaud-Bray Nos meilleures ventes ^ du 10 au 16 octobre 2001 Des livres pour savoir Olivieri librairie » bistro : r J batique J DUVAL/O.DUQUET L'Homme Z Biographie Pierre GODIN Boreal 1 3 Roman Qc PUTAIN r Nelly ARCAN Seuil t- 4 Humour Qc LES CHRÉTIENNERIES, T.2 Pascal BEAUSOLEIL Intouchables 3 S Biographie AU NOM DE OUSSAMA BEN LADEN Roland JACQUARD Jean Picollec 2 b Roman LA VIE SEXUELLE DE CATHERINE M Catherine MILLET Seuil ¦ ?Psychologie QUI A PIQUE MON FROMAGE ?Spencer JOHNSON Michel Laton 1: 8 Fantastique HARRY POITER ET LA COUPE DE FEU, T, 4 ¥ Joanne K.ROWLING Gallimard 47 9 Jeunesse CHANSONS DOUCES.CHANSONS TENDRES (Livre & DC) r Henriette MAJOR Fides 4 T Pratique CARNET DE ROUTE 2001-2002 Daniel HÉRAUD Carnet de roule ' il Roman Qc ADELAIDE - Le goût du bonheur, T.2 AP Marie LABERGE Boréal '• 1.Roman PLATEFORME M.H0UELLEBECQ Flammarton 4 il Roman Qc GABRIELLE - Le goût du bonheur, T.1 ?Marie LABERGE Boréal 1 11 Roman Qc LE RUET0N Denis M0NETTE Logiques » h Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ' ¥ T.D'ANSEMBOURG L'Homme -K ir Roman COSMÉTIQUE DE L'ENNEMI Amélie NQTHOMB Albin Michel 5 i; BD.YOKtHSUNM^^^^agodHc^mimes RogerLELOUP Dupuis 8 :s Roman Katherine PANC0L Albin Michel 2 H Humour Qc LES CHRÉTIENNERIES, T, 1 Pascal BEAUSOLEIL Intouchables ¦: 20 Roman VOYEZ COMME ON DANSE Jean D'ORMESSON Robert Laffont 2 .'1 Cuisine LE VÉGÉTARISME À TEMPS PARTIEL LAMBERT/DESAULNIERS L'Homme - Psychologie Jean-François VÉZINA L'Homme L ;s Cuisine SUSHIS FACILES ¥ COLLECTIF Marabout 72 Jeunesse Eom COLFER Gallimard 2 25 Roman Qc UN DIMANCHE A LA PISCINE A KIGALI ¥ Prix des libraires 2000 G, COURTEMANCHE Boreal 51 .’à Spiritualité LA BIBLE ¥ Nouvelle traduction COLLECTIF Med'aspaul 6 21 Roman ROUGE BRÉSIL ¥ Jean-Chnstophe RUFIN Gallimard 7 .’3 B.D.GARFIELD N° 33 - Garfield a une idée géniale Jim DAVIS Dargaud 4 29 Fantastique HARRY POTTER A L'ECOIE DES SORCIERS.T 1 ¥ Joanne K.ROWLING Gallimard 98 .10 Biographie L'ATTENTAT Michel AUGER Trait d'Union 7 3! Roman Qc LE CHÂTEAU Georges-H.GERMAIN Art global 8 .1.’ Roman EN AVANT COMME AVANT ' ¥ Michel FOLCO Seuil 21 33 B.D.ALBUM SPIROU N” 260 COLLECTIF Dupuis 5 34 Jeunesse HISTOIRES A CROQUER AVANT D'ALLER SE COUCHER ¥ COLLECTIF Hemma 157 35 Cuisine MA ROUTE DES SAVEURS AU QUEBEC ¥ Daniel VÉZINA Daniel Vézina 6 36 Sc.Sociale Qc LA SIMPLICITÉ VOLONTAIRE ¥ Serge M0NGEAU Écosociete 183 37 Pratique COLLECTIF Fides 2 38 Flore LES CHAMPIGNONS SAUVAGES DU QUÉBEC ¥ SICARD/IAMOUREUX Fides 15 39 Maternité GUIDE PRATIQUE DE LA FEMME ENCEINTE Mane-C.DELAHAYE Marabout 72 40 Spiritualité LE POUVOIR OU MOMENT PRÉSENT Eckhart TOLLE Ariane 56 41 Astrologie ASTROLOGIE 2002 Andrée D'AMOUR L'Homme 3 42 B.D ASTERIX ET LATRAVIATA Albert UDERZ0 Albert René 32 43 Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI ¥ GUI HALE Mamse 130 44 Cuisine Qc BOÎTE À LUNCH EMBALLANTE ¥ BRETON / LM0N0 Flammarion Qc 11 45 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION ¥ F, DELAVIER Vigot 175 r Coup de cœur RB un^^m 1" semaine sur notre liste Nombre de semaines • 1 N.B Hors prescrits et scolaires depuis parution Pour commander à distance : “S (514) 342-2815 L w www.renaud-bray.com , L'industrie de la mort 177 p.12.95 S Sébastien St-Onge UN LIVRE CHOC SUR UN SUJET TABOU Qui sont ceux qui dirigent cette grande industrie ?* À qui profite-t-elle ?* Qu'eu est-il du rituel qui nous accompagne vers l’au-delà ?Éditions Nota bene UN BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tél.: 514.739-3639 Fax : 514.739.3630 service@librairieolivieri.com Michel-Ernest Clément Triptyque www.generation.net tripty Tel.: (SU) 597-1666 Ce palmarès hebdomadaire vous est offert avec la collaboration de L - ' SCABRINI MEDIA Bien au-delà cie la simple impression et AGMV Marquis J» IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke Sainte-Fumée roman.359 p„ 23 S Ce roman ivomstinic a meru ilk IV'-'or de la imxlcmiied'apiivguene qui ébranla k’s modèles que l'on en irait immuables et qu entretenait IFghscqui régnait sur Icn esprits.ksÉHvs u les maisons d cusci- oniMVH'nt ’ ” Sainte-Furfe l; # H un autre encore dégringole dans la misère», écrit-eÜe.Surréaliste et absurde, le roman met en scène un narrateur, choriste lors de funérailles, qui écrit un opéra mettant en scène des personnages défunts.On s’y promene comme dans un rêve ou on circulerait sans transition d’un tableau a un autre, entre funérailles et mariages, entre amour et bureaucratie.Un roman où tout le monde porte des sous-vêtements rouges, même si on ne sait pas où va le régime.On y parle de la pauvreté, bien sûr, mais d’une pauvreté qui prend place à un moment ou change l’ensemble des valeurs d’une société.Après la chute du régime, Elena Botchorichvili se souvient des jours où on pouvait être riche le matin et pauvre le soir, selon les fluctuations de la monnaie, des jours aussi ou l’on interdisait aux habitants de changer plus d’un certain nombre de devises, faisant en sorte que certaines personnes riches devenaient subitement pauvres.Cela, évidemment, c’était lorsqu’on ne jouissait pas de privilèges particuliers.Peut-être est-ce ce choc des valeurs qui donne au texte à’Opéra son caractère tellement absurde qu’on a, par moments, l’impression de lire du Ionesco.«L’homme le plus grand de Géorgie a vendu son squelette à l’Institut de médecine et a bu l’argent reçu», écrit-elle, ajoutant en entre vue que cette histoire est vraie.De Gorbatchev, on se demandait constamment, en blague, s’il était un espion américain, en même temps qu’on s’interrogeait sur la faculté qu’avaient les hommes de danser la lambada.Toujours cette dérision, ce glissement grotesque devant la réalité, qu’on croque avec délice.En entrevue, Elena Botchorichvili ajoute d’ailleurs que l’une des gaffes de Gorbatchev a été d’imposer la prohibition aux Russes.«Les Géorgiens peuvent vivre sans alcool, pas les Russes», dit-elle.Traduits du russe Née d’un père géorgien et d’une mere juive ukrainienne, Elena Botchorichvili écrit en russe.C’est la langue quelle a apprise a l’école, quelle écrit le mieux mais qu’elle prononce toujours avec un accent.Ces deux premiers romans ont été publiés ici.et ils ont été traduits du russe par deux tra ducteurs différents, Aine-Lise- Bi-rukoff pour Le Tiroir au papillon et Carole Noël pour Opéra.Car Elena Botchorichvili n’avait jamais écrit de fiction avant d’arriver au Québec.Son style, presque poétique, est, affirme-t-elle, celui avec lequel elle écrivait ses reportages sportifs.Venue a Montréal pour travailler, elle épouse durant les années 1990 le journaliste montréalais Richard Chartier.Depuis, toute sa famille est venue la rejoindre.Elle affirme d’ailleurs qu’elle pourrait écrire un roman sur les services d’immigration canadiens.Mais elle a plutôt comme projet immédiat de terminer un livre sur le terrorisme.Et il arrive, malgré tout, qu’Elena Botchorichvili s’ennuie de la Géorgie.«J’ai une relation compliquée avec la Géorgie, dit-elle, une relation d’amour-haine.» Lorsqu’elle l’a quitté, son pays était déchiré par la guerre civile.La vie y était dangereuse, Elena Botchorichvili n’y voyait pas d’avenir.¦ Mais elle parle aussi avec cha-leur de la théâtralité de son peuple, pour qui des funérailles peuvent devenir une fête, un peuple drôle, aussi.«Je crois que tous les.immigrants ont ce genre de relations avec leur pays», dit-elle, ajoutant qu’on ne quitte jamais son pays de bon cœur.Ici, c’est différent, dit-elle, on est plus nordique.Extrait Même les cafards perdent la raison.Ils se glissent jusqu'au milieu de la pièce et organisent d’interminables conciliabules qui font penser à des réunions du Parti.Pour moi, c’est un signe clair: il va y avoir un tremblement de terre.Je n’ai plus peur des secousses.Un jour, j’ai même dansé pendant que la terre vibrait.Estaté enlève une chaussure et tape les cafards avec le talon.Puis, il attend: à qui le tour, hein?» Elena Botchorichvili, Opéra, Les Allusifs, p.10.Reproduit avec l’aimable autorisation de l’éditeur.La librairie Hermès Inc.a de grosses difficultés, Élisabeth aussi.• \ous aimez cette librairie depuis longtemps ou depuis peu.• Vous y avez rencontré des auteures, des auteurs.• N ous y avez, passé de bons moments.• Ses libraires vous ont, je le crois, je le sais, donné le meilleur d’elles -mêmes, d’eux-mêmes depuis 25 ans.• A partir d’aujourd’hui le 20 octobre 2001, Ô00 «actions - de 100 S chacune seront mises en vente pour renflouer la trésorerie de la librairie.• Elisabeth est capable de se débrouiller, mais la librairie a besoin de vous fort vite.LIBRAIRIE HERMÈS 1 120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 27-f-ô669 téléc.: 27-1-3660 Alberto Manguel STEVENSON SOUS LES PALMIERS « Manguel donne à lire une fable intrigante et savoureuse, menée avec tout le talent de conteur qu'on lui connaît.» Benny Vignault, Le Soleil « Un éloge de plus pour Manguel.» Hélène Simard.Le Libraire Venez rencontrer ALBERTO MANGUEL Mercredi 24 octobre 2001 de 19 h à 21 h Librairie Indigo , Place Montréal Trust 1500.avenue McGill College, Montréal ACTES SUD/LEMÉAC téléphone .(5 14) S24-SS58 / courriel :lemeac@tem«ac.corr < 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2001 I) ROMAN québécois Tu seras BENNY VIGNEAULT L’ecnture d'un roman ou, dans - une perspective plus large.1 écriture comprise comme pratique, comme metier, n'est pas à la portée de tout le monde.S'iinprovi-se-t-on spontanément violoniste, équilibriste, voire programmeur analyste sous pretexte de se voir comme un "créateur»?Certains comédiens, hommes de théâtre, médecins.avocats, enseignants ou fonctionnaires à la retraite, par exemple, s’y sont parfois adonnés avec des résultats désolants.Il est vrai qu’à ce titre, les chanteurs rock-microbrasseurs ne sont pas les seuls à s’y être cassé les dents.Ne devient pas écrivain qui veut.C’est ce qu’apprendra à ses dépens, et après de multiples péripéties, le personnage principal du premier roman de Fabien Ménar, intitulé Le Grand Roman de Flemmar.Alors qu’il déambule dans la rue, suivant l’idee selon laquelle, à ses dires, «la promenade solitaire est un pont entre l’homme et son destin», Flemmar Lheureux surprend une querelle de ménage à l’étage supérieure d’un triplex.Personnage médiocre et sans envergure, myope et malingre, Flemmar attrape au vol l’une des pièces de la vaisselle jetée par la fenêtre par la femme en lime.La réception de cette tasse en porcelaine, sur laquelle se profile le château de Vincennes — qu’il associe instantanément à Diderot et à Rousseau —, deviendra une révélation: il sera écrivain.Professeur de littérature par procuration, reconnu moins pour ses connaissances littéraires que pour son manque navrant d’enthousiasme, faute de mieux, Flemmar voit dans cette nouvelle vocation sa planche de salut Suffit-il de se proclamer écrivain?Tout le travail reste à taire.Dès lors, contre vents et marées, le pauvre homme consacrera sa vie à la mission qui lui a été par là assignée.A travers la quête de Flemmar, Fabien Ménar prend un malin plaisir à tourner en dérision tous les clichés qui ont trop souvent cours lorsqu’il est question d’écriture: s’inspirer de la lecture des grands maîtres, se tourner du côté du style et de l’originalité, écrire dans la souffrance ou sous les contraintes réconfortantes de la maladie.Flemmar passera donc écrivain par toutes ces phases, sans pour autant écrire une seule ligne.Avec ce premier roman, visiblement Ménar ne se prend pas au sérieux.Choisissant le registre de l’humour et de l’autoderision — «sa mésaventure [celle de Flemmar] se mesurait à l'aune de sa polysémie et, par conséquent, s'apparentait à une \ oeuvre littéraire» —, l’écrivain don- ! ne à lire un roman burlesque dont | les personnages sont brossés à ! gros traits et où les événements j sont plus cocasses les uns que les autres.Tout occupé qu’il est à «tra-miUer à son roman», Flemmar sera victime d’une série de disparitions mystérieuses, verra se retourner contre lui ses étudiants, sa directrice de departement Maria Miloseva.voire toute la ville, pour lesquels il deviendra, par force médiocrité, le symbole même de l’incompétence.En fait, l’ensemble pourrait se présenter comme le pire cauchemar d’un professeur de littérature.Et à cet égard, Ménar parle en connaissance de cause puisqu’il s’exprime de l’intérieur, étant lui-même enseignant dans un collège montréalais.En bout de course, le personnage procédera à une sorte d’examen de conscience et se remettra en question: «Si tu n'avais pas écrit, Flemmar Lheureux, c’est que tu n’avais que de mauvaises raisons d’écrire.Chaque fins qu ’un homme se ment à lui-même, c’est son humanité qui est en péril.» Que serait-il devenu s’il n’avait pas attrapé ladite tasse «maléfique»?D finira libraire.S’il faut reconnaître à ce premier roman de Fabien Ménar certaines qualités (une écriture classique, une légèreté amusante dans le propos ou encore la pertinence de la critique formulée envers les ensei-gnants qui ont perdu ou qui n’ont jamais vraiment eu du plaisir à faire leur travail), il faut surtout dire que Le Grand Roman de Plemmar se situe dans la catégorie des romans de divertissement gentils et sympathiques.Que reste-t-il après la lecture?Peu de chose.du moins pas suffisamment pour faire de ce livre la découverte de la saison.LE GRAND ROMAN DE FLEMMAR Fabien Ménard Québec Amérique Montréal, 2001,180 pages ».- , ABL sptr sou rü 20,95 S roman or trait c il n c m m c x a m c n i n 11 m i s t c u v r t m o ii v a n t c .n s e ?l’HEXAGONE www.edhexagone.com Livres •*- ROMAN QUÉBÉCOIS Une Abitibi en cours d’écriture Cinq ans après ce grand roman qu’était L’Écrivain public (L’Instant même, 1996), voici La Désertion, deuxième volet d’une vaste chronique abitibienne qui doit en compter neuf au total.Aussi magnifiquement écrit, aussi labyrinthique que le precedent, il explore lui aussi, sans ambitionner de les résoudre, les questions fondamentales.les seules, peut-être, qui vaillent d’être posées: d’où vient-on?qui est-on?Et éventuellement, où va-t-on?Michelle-Anne Hanse, le personnage principal de La Désertion, est la jeune ç«eur du Jérémie de L’Écrivain public.Guère plus philosophe que lui.moins cultivée, elle va se pencher sur ses propres origines, son identité et sa destinée avec ses modestes moyens — mais secondée, il est vrai, par un narrateur brillant — sans plan préconçu, y allant au gré de sa mémoire ou des caprices de son imagination.Après avoir reconnu d’entrée de jeu que «toute tentative de biographie semblait vaine», qu’«une stricte chronologie, l’ordre du temps et des bonnes manières, cette transfiguration paisible du monde que chacun espère secrètement, ne pouvait s’effectuer à rebours», elle laisse les fragments de sa vie surgir dans un désordre apparent puisqu’il serait vain de faire autrement.L’an zéro de Michelle-Anne Hanse, «celui au-delà duquel toute mémoire est impossible», comme il était dit dans l’interview de l’auteur par Caroline Montpetit dans ces pages il y a deux semaines, c’est le climat inaugural quelle va tenter de reconstituer, comme Jérémie avant elle.C’est d’ailleurs le thème central de la vaste entreprise romanesque de Yergeau.Au commencement, croit-elle se rappeler dans ses plus lointains souvenirs, il n’y avait qu’un monde de sensations: celles de la chaleur et de l’humidité, des odeurs fortes de la cuisine de chantier, qui parvenaient à un bebe emmaillote, couché dans une marmite de cuivre qu’on suspendait au plafond d’un "cam-pe» de bûcherons, dans un coin de forêt près de Senneterre.Elle n’etait qu’un petit paquet de chair dodue, si appétissante qu’il venait aux adultes l’envie de la déguster.Lui parvenaient egalement des sons incompréhensibles.des syllabes peut-être qui n’étaient pas encore organisées en mots.Puis, lui reviendront, sous la forme de scènes furtives, les souvenirs de jeux d’enfants en compagnie de ses deux frères, de bavardages avec des camarades dt» cole à Val-d’Or.De sa vie d’adulte, comme pour Jérémie dans L'Écrivain public, des bribes seulement: le mariage, l’enterrement bienvenu du mari, la vieillesse dans un petit logis en banlieue de Montréal.C’est la petite enfance de Michelle-Anne qui reflue le plus souvent à sa mémoire, aussi entêtante que les anciennes odeurs de la cuisine du «campe».C’aurait pu être un désert affectif: elle était la plus jeune enfant, le dernier lambeau d’une famille qui avait à peine existé: la mère, chanteuse populaire, ne fut qu’un visage aux contours flous, une voix lointaine; le père, trapéziste, mort avant sa naissance, sera ressuscité sous la forme d’une poupée, car il faut bien quelle l’ait fréquenté si elle veut ensuite s’en détacher.Elle a cependant été choyée par des parents d’appoint qui valaient largement les premiers: un vieux cuisinier chinois, aussi sensible qu’affectueux, et une grand-mère tutélaire à la peau fripée dont l’affection rugueuse et la forte présence font penser à la fameuse grand-mère Antoinette d’Une saison dans la vie d’Emmanuel, de Marie-Claire Blais.Le temps de grandir Très tôt, on lui a donné le surnom affectueux de Mie, à ce pe- Robert C h a r t r a n d ?» ?l\-\\< I 'é.Tffi 'l* 11» urkA’lLii- ^orà Cora La « self-made-woman •> Cora Tsouflidou, fondatrice vies restaurants « ( .’lie: C 'orn déjeuner partage son expérience vie femme, de mere et d'entrepreneiire dans un livre inspirant et chaleureux.Déjeuner avec Cora raconte un tour vie vie avec vies mots ou éclate la passion de vivre.Inotihliahle 1 tit bout de la famille: il s’agit, par hasard peut-être, de la dernière syllabe du prénom du grand livre.Jérémie, qui entre deux corvées d’écriture a tracé dans ses cahiers un portrait doucereux d’elle dans lequel elle ne se reconnaît pas.Mie, en grandissant, est-elle devenue «la fillette des contes de fées qui craignait d'ètre prise en faute»?Curieuse, avide de tout découvrir, elle a voulu aller de par le inonde tout en se demandant s’il ne valait pas mieux, à l’inverse, se replier sur elle même.Ce dilemme s’est même inscrit dans le corps de Mie.ten-tée parfois d’engraisser, de consentir à afficher ses formes plantureuses, ou de les dissoudre à mesure quelles apparaissent par des privations, jusqu’à n’être plus qu’un squelette.l’Abitibi de ce roman, c’est bien davantage qu’une région ou le lieu des origines.C’est un authentique pays où se côtoient la nature sauvage et des paysages urbains comme celui de Val-d’Or, où va vivre Mie.C’était l’époque de la ruée vers le précieux métal, dans cette ville clinquante, belle également, dont l’audace et le luxe lui paraissent autrement séduisants qu’Amos, où vit Jérémie, «une ville tricotée serrée, où les complications de la vie quotidienne venaient des rapports équivoques entre la coupole byzantine et les aspirations des sens».À Val-d’Or, il y a des camarades délurées qui en connaissent déjà long sur la vie à la radio; il y a le café Radio, «où les visages des clients étaient gravés à la manière de masques antiques», haut lieu de rencontres, café bien nommé puisqu’on y écoute passionné- ment des feuilletons radiophoniques larmoyants.Vest là.ou dans la salle de bal d'un hôtel mi teux, dans «la splendeur inique où des obèses s'essoufflent à courir derrière une melodic, où des corps bondissent en se croyant possédés», que Mie espère se detacher en tin des images lancinantes de sa forêt natale et de tout le passé qui s’y rattache.Mais les choses ne sont pas si aisées pour Mie, qui pourrait prendre à son compte ces propos désabusés que, dans L'Écrivain publie, Jéremie écrivait à son frère: «Il n’y a pas moyen de trouver un compromis entre cette rie ancienne, à laquelle je ne peux m’arracher, et cette autre vie qui me conduit d'aventures en rebuffades, d'échappées en maladresses.» Plus que la destination, c’est le parcours, sinueux et fragmenté, qui compte ici, et la manière admirable avec laquelle il est retracé.L’écriture de Yergeau fait découvrir une étrange beauté dans la hideur, et du grandiose parmi des faits banals.Il ne s’agit pas de réconcilier bête ment les contraires, mais d’écrire une vie et un pays en bouleversant les perspectives, en brassant le réel — le corps, les objets, les lieux — pour les voir autrement, au cas où ils offri raient des significations insoupçonnées.Oui, c’est une grande œuvre qui est en cours.robert.chartrandS (asym pati co.ca IA DÉSERTION Pierre Yergeau L’Instant même Québec, 2001,201 pages GUILLAUME VIGNEAULT CHERCHER If VENT Le désir est un combustible dangeureux.CHERCHER LE VENT Roman 270 pages • 22,50 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca » t L E l) E V 0 I R .L E S S A M E D I 2 0 E T DIMANCHE 21 0 C T O B R E 2 0 0 I I) 4 -«" Livres •»- ESSAIS QUÉBÉCOIS Quelque chose comme un grand homme RENÉ LÉVESQUE L’espoik et le chagrin, 1976-1980 Pierre Ckxlin Boréal Montréal, 2001,632 pages CH est peut-être difficile à croire, mais je * me souviens presque comme si c’était hier de la soirée du 15 novembre 1976.J’avais sept ans et j’écoutais, avec ma famille, la soirée des élections.Chez nous, c’était sacré.Je me souviens de la surprise, ni déçue ni réjouie, de mes parents, ainsi que du défilé de la victoire, mené par notre médecin de famille, qui avait animé les rues de mon village.Je me souviens, aussi, de ma perplexité: quelque chose se passait mais quoi?Des trois années qui ont suivi, sur le plan politique, il ne me reste rien.J’avais, comme on ne le dit pas encore à sept ans, d’autres chats à fouetter.Comment savoir, quand on a à peine l’âge de raison, que notre gouvernement, c’est le consul américain de Québec qui le disait alors, «esl le meilleur jamais formé au Québec, vraiment brillante Vingt-cinq ans plus tard, l'œuvre magistrale de Pierre Godin vient rendre justice à ce Parti québécois des belles années et à son chef.Plus qu’une simple biographie, L’Espoir et le Chagrin est un grand livre d’histoire politique qui redonne vie, avec un éblouissant luxe de détails et dans un style journalistique dont l’efficacité n’a d’égale que l’élégance, à l’enthousiasme du premier gouvernement péquiste.Chez Lévesque, l’homme et le politicien se confon dent Modèle d’intégrité politique (une obsession qu’il concrétisera en 1977 avec une loi sur le financement des partis), l’homme pousse le refus de l’hypocrisie jusqu’à la désinvolture protocolaire: «Son image publique, il s’en fiche.Il est assez autonome pour se permettre d'ignorer les remarques désobligeantes sur ses ridicules wallabies, ses costumes chiffonnés, son mégot de cigarette qui brûle pupitre et tapis ou sa mèche rebelle.» La simplicité naturelle du personnage explique peut-être «sa réputation, qui en fait un inconditionnel pro-Américain doublé d’un franco-sceptique endurci».La pompe parisienne, en effet, très peu pour lui, même à, sur le plan politique, il sait apprécier a sa juste valeur l’ouverture française et reconnaître l’hostilité américaine envers son gouvernement Honnête jusque dans les moindres détails, René Lévesque brise Tunage du politicien qui se soustrait a ses propres lois.Il se fait un point d’honneur d’agir en citoyen exemplaire: «C’est qu 'il impose à son chauffeur une vitesse maximale de cent kilomètres à l'heure.Rien ne l’insulte autant que de se faire doubler par une voiture de ministre.» A Québec, par les temps qui courent, certains semblent avoir oublié cet aspect de son héritage.Les belles années Mal entouré, pourtant, et malgré toutes ses qualités, le personnage de Lévesque n’aurait pu atteindre la stature que l’histoire lui a octroyée.C’est aussi cela que vient rappeler avec force l’immense travail de Pierre Godin.L’équipç péquiste de cette époque était fringante et inspirée.A considérer la fatigue politique des péquistes actuellement au pouvoir, on a peine à imaginer la vitalité de ce parti en 1976.On sourit, en effet, devant les portraits de Michel Clair (président de la récente commission du même nom) en «Ti-Coq de Drummondville» qui choquait les bourgeois de sa ville et de Jacques Brassard en «orateur magnétique»'.Le PQ des belles années avait une véritable aile gauche avec I .azure au gouvernement et Louise Harel, «l’impératrice de l’Est», dans les instances du parti.Courageux et indépendant, Lévesque ne craignait pas d’aller dire aux bonzes de Wall Street que «ce que nous faisons au Québec, ça nous regarde.Ce n’est pas de vos affaires!», et ses ministres ne manquaient ni de vision ni d’initiative.Il en fallait, d’ailleurs, pour imposer les grandes lois de ce gouvernement que furent la loi antibriseurs de grève (Pierre Marc Johnson), la loi 67 qui établit le nouveau régime public d’assurance automobile (Lise Payette), la loi sur le zonage agricole (Jean Garon) et, comment l’oublier, l’admirable loi 101 (Camille laurin).Pierre Godin consacre de très belles pages à l’engagement du docteur Laurin en faveur du statut de la langue française.Malgré les réserves de Lévesque, ARCHIVES LE DEVOIR L’ancien premier ministre René Lévesque.qui se résignait mal à légiférer en ce domaine, malgré l’opposition d'un Claude Ryan, alors directeur du Devoir, le père de la Charte de la langue française aura mené à bien cette nécessaire entreprise de libération nationale en laquelle, avec raison, il croyait tant: «Ce thérapeute a la ténacité de paysan est venu à la politique pour libérer “l'homme québécois” de son identité de vaincu et de dépressif, pour le guérir de sa fatigue d’être soi, d’être un francophone parlant une langue dévaluée sur un continent massivement anglophone.Comment donner sa véritable mesure quand la langue apprise sur les genoux de votre mère ne trouve pas d’utilité quotidienne?» Dans l’histoire du Québec, cet héritage du docteur Laurin mérite de figurer en tête de liste.et d’être défendu plus que jamais.La gjfle de 1980 Il fallait bien, un jour, en venir a l’essentiel qui fut finalement annoncé pour le 20 mai 1980.Levesque et les siens ne se faisaient pas d'illusions: la tâche serait ardue.Non seulement il fallait convaincre les Québécois de la nécessité et de la faisabilité de la souveraineté, il fallait en plus contrer la propagande fédérale qui avait déjà fait des siennes sur le plan diplomatique afin de nuire aux relations France-Québec et, enfin, convaincre les syndiqués de la fonction publique, échaudés par un récent conflit de travail, de distinguer le projet national de la gestion gouvernementale.La campagne de 1980 ne fut pas une sinécure Apres un débat ministériel plutôt confus sur la question référendaire qui opposera les «purs» aux partisans de l'apaisement, les péquistes ne parviendront jamais à s’installer aux commandes de la campagne.Miné par la bourde de Lise Payette au sujet des «Yvette», aux prises avec un adversaire fédéral cynique qui, au mépris de la loi québécoise, dépensera 17 millions en propagande tapageuse visant à semer la peur et ne reculera devant aucune énormité parti sane («Inqualifiable déluge de mensonges, de menaces et de chantage», écrira René Lévesque dans ses mémoires), le camp du OUI, mené par un chef noble jusqu’à la fin, recevra le verdict du 20 mai avec une profonde tristesse.Lévesque, quant à lui, ne sera plus jamais le même: «Mais sa défaite, il la ressent comme une gifle retentissante, la pire de sa carrière.Ses proches seront unanimes: l’homme a commencé à se briser à ce moment précis.Jusqu’à sa mort, il sera rongé parson chagrin immense de n’avoir pu convaincre ses compatriotes.» L’incident du clochard tué accidentellement en 1977 l'avait temporairement ébranlé.Le dénouement de la saga Claude Morin en 1981 l’attristera profondément La défaite de 1980, elle, lui inflige une blessure qui, selon d’aucuns, ne guérira jamais, «j’aime la nuit, écrivait Lévesque, c'est à partir de minuit qu’on commence à discuter de l’existence de Dieu.» Mais il y a des nuits politiques dont l’amertume ne s’efface pas.Je n’apprendrai rien à personne, je l’espère, en redisant que l’œuvre de Pierre Godin sur le «petit homme spécial venu du froid» est une œuvre journalistique majeure et sans tache.louiscornellieyaparroinfo.net L o u i s Cor nellier ?ÉTUDES LITTÉRAIRES Une stimulante relecture de la modernité littéraire québécoise MARIE ANDRÉE BEAUDET Avec L’Absence du maître, qui inaugure la nouvelle collection «Socius» des Presses de l’Université de Montréal, Michel Biron signe l’un des essais littéraires les plus intéressants de ces dernières années.Un essai qui — on peut le parier — obligera les uns et les autres à se situer par rapport à l’audacieuse proposition de lecture qu’il met en place à travers l’analyse de trois œuvres québécoises majeures du XX’' siècle.Des œuvres que tout, au premier abord, semble séparer, celles d'Hector de Saint-Denys Gar-neau, de Jacques Perron et de Réjean Ducharme.Avant d’en venir à l'essentiel du propos, rappelons que Michel Biron enseigne à l’Université du Québec à Montréal et qu’il est considéré dans les milieux universitaires comme Tun des lecteurs les plus avertis de la poésie et du roman québécois.Ajoutons encore que ses travaux ressortissent à la sociocritique, approche visant à retrouver la société et ses grands enjeux dans les plis et replis du texte.Dans cette même perspective, il s’est déjà intéressé à l’histoire de la littérature française de Belgique (La Modernité belge, 1994) et sur un mode tout autre a conçu avec Pierre Popovic un livre-jeu fort amusant intitulé Un livre dont votes êtes l’intellectuel (1998).Ces quelques précisions ne sont pas superflues puisqu’elles permettent déjà de situer l’univers de l’essayiste.Un univers composé à la fois de savoir et de défi.Car s’il y a beaucoup d’intelligence et de connaissances mises à profit dans ce livre, il y a aussi une bonne part de corde raide.Mais venons-en au fait.De quoi s'agit-il au juste?De quoi retourne cette absence de maître qui, selon Biron, caractérisait l’œuvre de Carneau, Perron et Ducharme mais pourrait également — et c’est là que réside principalement l'audace —- s’appliquer à l’ensemble de la modernité littéraire québécoise, et peut-être aussi à celles des autres littératures dites mineures ou périphériques d'Amérique?Contrairement à l’évolution des autres littératures, en particulier la littérature française, mais également celle de Belgique, la littérature québécoise moderne ne se serait pas construite selon une logique interne d’opposition esthétique et de luttes à la reconnaissance.Elle se distinguerait au contraire par l’absence de cette logique.En raison d’un manque de tradition littéraire véritable et de la faiblesse structurelle de ses institu- ROSA LUREIRBURG, ftmt REBELLE Au-delà de la figure romantique de femme révolutionnaire qu elle représente dans l'imaginaire populaire, Rosa Luxemburg incarne une vision du socialisme, résolument anti-autoritaire, qui nous interpelle encore aujourd'hui.À l'heure où plusieurs mouvements disperses semblent « spontanément » se rejoindre dans la lutte contre la mondialisation, l'œuvre de cette grande théoricienne de la spontanéité révolutionnaire parait d'autant plus actuelle.Invites: Caroline Desy chercheure au CELAT (Centre interuni versitaire d'etudes sur les lettres, les arts et les traditions) Diane Lamoureux professeur de sciences politiques, Université Laval Jacques Mascotto professeur de sociologie, UQAM Jean Marc Piotte professeur de philosophie, UQAM Réalisation Simon Girard Chasseurs d’idées Télé-Québec Dimanche 14 h et 23 h 27 mardi 15 h Cette emission est enregistrée Olivieri Diffusée sur Internet, pour plus details, consult**/ notre site telequebec.tv librairie *¦ bistro Tel.: S14 739 3639 ARCHIVES LE DEVOIR Jacques Perron fions, l’écrivain québécois aurait été livré à une solitude accrue et conduit à adopter des stratégies littéraires inédites.Déjà Gilles Marcotte avait évoqué, dans d’autres mots et selon une perspective différente, l’écart qui selon lui séparerait, et cela depuis le XK" siècle, l’institution québécoise, ses pompes et ses œuvres, des textes eux-mêmes.Biron reprend l’idée et la radicalise.Ce n'est pas tant que l’institution littéraire serait ici historiquement hypertrophiée par rapport à la production, elle serait sans poids, sans consistance réelle aux yeux des écrivains les plus lucides et les plus doués littérairement.Cette situation paradoxale (appartenir à une littérature institutionnellement inexistante) placerait l’écrivain québécois dans un perpétuel état de commencement (ou de recommencement) , puisque aucun devancier ne se pose en maître à supplanter, qu’aucune tradition ne se dresse devant lui.Aucun don des morts canadiens-français, pour reprendre la métaphore de Danielle Sallenave.L’écrivain québécois moderne ne serait l’héritier de personne.De génération en génération, et de façon plus marquée depuis les années 1930, il se serait retrouvé placé dans la position de celui qui doit non seulement tracer son chemin mais littéralement inventer le chemin sur lequel s’avancer.Faible hiérarchie Pour décrire et nommer cette spécificité de la littérature québécoise, Michel Biron a recours aux concepts de «communicas» et de «liminarité», concepts définis par Tan-thropologue anglais Victor WT.Turner (Le Phénomène rituel.Structure et contre-structure, Paris, PUF, 1990) pour décrire des groupes ou des communautés dépourvus de struc- ture hiérarchique forte.Pour Biron, cette hypothèse émerge clairement des trois œuvres à l’étude: «Im société du texte est toujours chez eux (Carneau, Perron et Ducharme ) une communitas, un espace de communication soumis à la loi de l’amitié ou de la connivence — ou ce qui revient au même, à l’absence de communication qui correspond à l’absence de société, à un désert, à une irréparable solitude».En bonne méthode sociocritique, Michel Biron fait reposer l’essentiel de sa démonstration sur l’analyse interne des œuvres.C’est là, à mon avis, dans l’évident plaisir du texte, pour reprendre l’expression de Barthes, et grâce à sa grande maîtrise de l’écriture que l’essayiste se fait le plus convaincant, qu’il donne à entendre la voix la plus assurée et la plus juste.On retiendra entre autres les pages lumineuses qu’il consacre aux poèmes de la section «Esquisses en plein air», les propos éclairants que lui inspire l’art du conte chez Perron.Si l'analyse permet de mettre en lumière de nombreux motifs de liminarité chez les trois auteurs — à travers notamment l’adoption de genres mineurs ou de pratiques génériques hybrides, la préférence marquée pour les personnages de marginaux, la méfiance à l’égard de toute gratuité formelle, l’état du monde 2002 Pour comprendre le ni on de d’a ujou rd biu • Le seul annuaire économique et géopolitique mondial au contenu entièrement renouvelé • Une analyse approfondie des grandes tendances planétaires • Un bilan de l’année pour les 226 États et territoires de la planète • Les enjeux politiques et économiques à l’aube du 3' millénaire Boréal www.editionsborval.qc.ca en collaboration avec LE DEVOIR 672 pages • 27,95 $ le refus du statut d’écrivain, etc.— , elle parvient en revanche plus difficilement à taire la preuve que ces pratiques sont le fait d’écrivains sans maître et le résultat d’une littérature socialement inexistante.La démonstration paraît là un peu forcée, le passage entre la «société du texte» et la société réelle trop rapide, trop peu fondé.Il aurait fallu pour y parvenir emprunter d’autres outils (ceux de la sociologie et de l’histoire) et adopter une approche plus large et plus ouverte à la complexité des phénomènes sociaux (entre autres tenir compte des liens à la France et de la tension créatrice entre cette grande référence et l’expérience culturelle américaine, etc.).Mais il demeure que la proposition de lecture de Michel Biron, dans son audace même, a le mérite d’ouvrir de nouvelles et très stimulantes pistes de réflexion (et de recherche) sur la spécificité de la littérature québécoise et sur les liens qui unissent celle-ci depuis toujours d’étrange façon à ce pays incertain dont elle est issue.L’ABSENCE DU MAÎTRE Saint-Denys Carneau, Perron, Ducharme Michel Biron Presses de l’Université de Montréal, collection «Socius» Montréal, 2000,320 pages Marie-Andrée Beaudet enseigne à l’Université Laval et est cosignataire de La Vie littéraire au Québec, dont le tome V (1895-1918) est en cours de préparation et paraîtra comme les précédents volumes aux Presses de l’Université Lavai Une nouvelle collection! Découvrez pourquoi et comment écrivent nos auteurs.LUI GULLIVER DIANE BOtSSONNtAULT £ AMOURS L E I) E V 0 l R .I E S S A M E I) I 2 0 ET D l M A N ( Il E 2 I 0 ( T O B R E 2 0 0 1 Au cœur des pouvoirs SIGNETS M a r i e - A n d r é e Lamontagne Le Devoir Comme un fruit mûr, la nouvelle est tombée sur les fils de presse et a été aussitôt relayée sur la scène de la littérature mondiale: cette année, le prix Nobel de littérature est remis à Vidiadhar Surajprasad Naipaul.Plusieurs n’y croyaient plus, même si, depuis bon nombre d’armées, la rumeur voulait que le nom de l’écrivain né à la Trinité fut régulièrement prononcé au cours des délibérations des membres de l’Académie suédoise, responsable de l'attribution du prix depuis sa création, il y a 100 ans.Le fait qu'il soit un écrivain originaire du Tiers-Monde n’était pas un problème.Pour qui connaît la propension de l’Académie à faire intervenir, tout en protestant du contraire, des motifs politiques dans ses choix, le pedigree de Naipaul était même plutôt un atout.Qu’on en juge un peu.Né de parents indiens ayant émigré dans le Nouveau Monde, dans ce qu’on appelait jadis les Indes occidentales, établi en Angleterre depuis un demi-siècle, anobli par la reine en 1990, écrivant en anglais une œuvre qui serait un jour susceptible, confiait l’étudiant boursier d’Oxford dans une lettre à son père, «de rivaliser avec les Anglais sur le terrain de leur propre langue», Naipaul, en qui la critique a parfois vu un héritier de Conrad, était nobélisable, assurément.Pourtant, jusqu’à il y a dix jours, sa candidature avait toujours été rejetée.Pourquoi?D’abord, l’ours vit dans la campagne anglaise, où il cultive une misanthropie qui n’empêche ni les voyages ni le cosmopolitisme, comme le montre son œuvre.Mais il y a pire: l’homme n’est pas tendre envers les petits camarades.Dans un article paru dans la Literary Review, il a ainsi ironisé sur un fleuron de la littérature anglaise du XXe siècle, Edward Morgan Forster, dont le fameux A Passage to India montre surtout que l’auteur «ne connaissait de l’Inde que les garçons jardiniers qu’il s’efforçait de séduire».Joyce n’est guère mieux traité, dont XUlysse révèle qu’il «était en train de devenir aveugle, or je suis incapable de comprendre l’œuvre d’un écrivain aveugle».Obnubilé par son univers, il est normal qu’un écrivain se montre injuste, feront valoir les conciliants.Ne pourrait-il au moins ménager les siens, qui ont grand besoin d’être défendus?Que dit Naipaul sur ce point?Il traite les pays du Tiers-Monde de «demi-sociétés», car il n’oublie pas le cri du cœur du jeune homme: «Je mourrai si je dois passer le reste de mes jours à la Trinité.» Ambition.Jalousie.Le monde littéraire résonne du bruit de telles fureurs: il n'y a pas de quoi vous refuser le Nobel.Il y avait plus gênant.Islam honni En 1981, Naipaul publiait Among the Believers.An Islamic Journey {Crépuscule sur l’islam, traduit par Natalie Zimmermann et Lorris Murail, Albin Michel), fruit d’un long voyage en Indonésie, en Iran, au Pakistan et en Malaysia.Il écrit: «L'islam sanctifie la colère, une colère liée à la foi, une colère politique, l'une et l'autre semblables.Et plus d’une fois au cours de mon périple, j’ai croisé des hommes pourvus de sensibilité, pourtant capables d’emisager de grandes tourmentes.» En 1998, Naipaul publie Beyond Belief.Islamic Excursions Among the Converted People (traduit la même annee chez Plon par Philippe Delamare sous le titre: Incroyables croyants.Jusqu ’au bout de la foi).«Aucun autre impérialisme, écrit Naipaul.n’est sans doute comparable à celui de l'islam et des Arabes.» Et il ajoute que «la barbarie en Inde est très puissante en raison de sa dimension religieuse».Le testament d'Alfred Nobel l'affirmait sans détours en 1895: les œuvres littéraires couronnées par le prix auquel il donnait son nom devaient faire preuve de qualités morales susceptibles de contribuer au progrès de l’humanité.L'histoire du prix a montré qu’on a fait plusieurs entorses à cette règle, et c'est heureux.Mais qui sait si les considérations politiques que l'Académie se voit souvent reprocher de faire intervenir dans l'attribution du prix Nobel de littérature ne sont pas l’expression moderne et présentable des idéaux surannés de son fondateur?Choquante au nom d’un relativisme religieux et d’un œcuménisme bien-pensant s’accommodant tous deux, par ailleurs, en toute hypocrisie, du cynisme et de la dureté des relations internationales, la critique que faisait Naipaul, en 1981, de l’islam intégriste devient, depuis les attentats du 11 septembre, plus recevable, voire prémonitoire, à mettre sur le compte, en somme, de ce sixième sens qui rend les écrivains si précieux, si indispensables à l’avancement de l’humanité.Pet Wastberg, membre de l’Académie suédoise, a voulu relativiser les choses: «Si vous prenez l’ensemble de l’œuvre de Naipaul, déclarait-il à un journaliste de Reuters dans les jours suivant l’attribution du prix, vous verrez qu’il se montre critique à l'endroit de toutes les religions.Il voit dans la religion un fléau pour l’humanité, un étei-gnoir pour l’imagination, ainsi que pour le désir de penser et d’apprendre par soi-même.» Alfred Nobel peut reposer en paix.Ce n’est pas enlever du mérite à l’œuvre de Naipaul que de penser, en voyant que ce prix lui est remis maintenant et seulement maintenant, que la rectitude politique a plus d’un tour dans son sac.La conjoncture ayant changé, la voici capable de faire la fête aux plus mauvais sujets.Un grand vent de passion souffle d'Amqui, P.Q.! ItorfcrasMt m.%MVUm*x LE TEMPS DUNE GUERRE LIBER Line Mc Murray Quatre leçons et deux devoirs de pataphysique Une Mc Murray Quatre leçons et deux devoirs de pataphysique i- 208 pages, 24 dollars Livres LE FEUILLETON La semence qui fait et défait Thistoire Lire Coetzee suscite toujours un grand plaisir.Non seulement l’auteur, âgé aujourd'hui de soixante et un ans, est-il un des plus fins écrivains d'Afrique du Sud, mais sans doute restera-t-il parmi les quelques rares écrivains de ce pays à avoir laissé une œuvre marquante.lauréat du Boo- ________ ker Prize pour son roman Disgrâce (c’est la seconde fois qu'il l'obtient, ayant par ailleurs déjà reçu les honneurs du Commonwealth Fri ze et du National Book Circle Award aux Etats-Unis pour d'autres romans) , son dernier livre est en effet une sorte de petit chef-d’œuvre.J’emploie à escient cette expression, «sorte de petit chef-d’œuvre», par respect pour l’auteur, sachant combien Coetzee, fuyant les formules grossières de la publicité et du marketing, préfère de beaucoup que ses livres nous touchent, nous troublent, nous ouvrent à nos contradictions, à nos lâchetés, mais aussi à ce qu'il y a de plus humain en nous.Coetzee est essentiellement un homme discret.Son œuvre en témoigne, tout autant que l'homme qu’il est.Le destin qu'il réserve d’ailleurs au personnage principal de son roman, David Lurie — un professeur de cinquante-deux ans, deux fois divorcé, qui enseigne la poésie romantique et la communication à l’Université du Cap —, en est une autre illustration.Qu’est-ce que la disgrâce?C'est un mot très fort, dont on n’a plus guère idée aujourd’hui.Si l’on a conservé le sens faible du mot — perdre les bonnes grâces, les faveurs d’une personne dont on dépend —, on ne sait plus très bien ce que veut dire «tomber en disgrâce», c’est-à-dire se voir déshonoré, dépouillé de ses titres, de son nom, perdre tout crédit parmi ses pairs et dans la société en général.Il fallait jadis, pour tomber en disgrâce, la sanction d’un tyran ou d'un roi (l’on pouvait aussi tomber en disgrâce de Dieu).Et ce que l’on perdait, c’était non seule- Jean - Pierre De n i s ment une position, des privilèges, mais son honneur.Mais qu'en est-il lorsqu'il n'y a plus que la société civile pour condamner?Je ne vois guère que la pédophilie pour subir aujourd'hui une telle sanction, et encore! le pedophile étant considéré do rénavant aussi comme une victi- ______ me (de la société, de la famille, voire de la génétique).il ne sera jamais qu'à moitié coupable.Il est pourtant des sociétés (et la nôtre ne fait pas nécessairement exception) où la simple relation sexuelle d'un professeur avec l'une de ses étudiantes peut conduire à une telle sanction.Et c’est ce qui arrive à David Lurie, qui s’amourache d'une jeune et jolie fille dont les parents, malheureusement, sont extrêmement conservateurs et croyants.Comme un chien 11 avait pourtant trouvé jusque-là un équilibre en fréquentant une fois la semaine une prostituée du nom de Soraya.Manque de bol.elle lui fait un jour faux bond.Tel que dessiné par Coetzee, David Lurie n’est ni un monstre ni un pervers.Il représente plutôt l’homme moyen, la culture en plus, qui a tout simplement besoin de temps à autre que son corps exulte.Cède-t-il, à cinquante-deux ans, au démon du midi?La question ne se pose même pas pour Ipi.Il a simplement répondu à Eras.Pour cela il n’y a pas d'âge, à moins de croire qu'il vient un temps où l’homme doit faire comme s’il était mort, où il doit prendre son trou, comme on dit.Dans le procès qu’on lui intente et où l’on cherche à le voir regretter sincèrement sa faute, il ne se défend même pas, préférant tout perdre que de jouer cette comédie.11 croit à la vérité du désir — «Mieux vaut tuer un enfant au berceau que nourrir des désirs qu’on réprime» (Blake) —, qui n’est pas pour lui une faute mais une nécessité.La sanction tombe lourdement: il perd son poste et HE ER «-* tm v-ét.** i Il choc du numérique essai ?lo éditeur 29,95 X Un rcgartl lucide sur le choc technologique c| u i ébranle notre civilisation.Une lecture captivante, accessible aux novices comme aux plus érudits.vlb éditeur www.edvlb.com est renvoyé.Alors commence sa disgrâce.Plus personne n'ose lui parler.St' sachant à un tournant, croyant même pouvoir en tirer avantage en se lançant dans l'écriture d'un livre qu’il avait jusque-là retardée, il va rejoindre sa fille, lesbienne, qui vit à la campagne, donnant pension à des chiens et cultivant un jardin dont elle tire à peine de quoi vivre.«Nous vivons à une époque de puritanisme J.M.( — lui dira-t-il.La vie priver des uns est l'affaire de tous |.| Il voulait ajouter "la vérité est qu’ils voulaient me voir châtré”, mais il n'arrive pas à prononcer ces mots, pas en parlant â sa fille.» Maintenant sans statut, il tentera t;uit bien que mal de se rendre utile, allant jusqu’à offrir ses ser vices à une amie de sa fille qui soigne les chiens dont plus personne ne veut, et qui les tue aussi, par compassion.Il tentera aussi de se mettre à l’écriture de son livre, devenu depuis une sorte d’opéra post romantique.Mais un jour survient un événement qui bouleverse tout.Lui et sa tille sont victimes d’une agression par trois jeunes voyous (ce sont des Noirs, mais Coetzee s'interdit de les désigner comme tels: nous le déduirons plutôt), l ui est brûlé, sa fille violée, les chiens abattus.IA commence une autre histoire, beaucoup plus forte que la première en ce qu’elle implique toute l’histoire de l’Afrique du Sud: celle de la revanche des Noirs sur les Blancs.Et cette re vanche passe exactement par les mêmes violences qu'ils ont jadis subies.Dans toutes les guerres, outre l’or et les biens dont l'on s'empare, il s'agit surtout d’imposer sa semence.C'est alors que peut commencer le véritable ren - versement de l'histoire.la fille est en effet enceinte.mais contrairement aux vœux du père qui voudrait la voir sor- tir de là et se faire avorter, elle choisit de rester et d'avoir l'enfant.Elle se dit même prête à épouser le commanditaire de cette agression.>etzee «Oui, je suis d'accord, c’est humiliant.Mais c’est peut-être un bon point de depart pour recommencer C'est peut-être ce qu’il faut que j'apprenne à accepter: De repartir du ras du sol.Sans rien.Non.pas sans rien, sauf.Sans rien.Sans atouts, sans armes, sans propriété, sans droits, sans dignité.— Comme un chien.— Oui.comme un chien.» Par sa bouche, c’est toute la question de ce que les Blancs (peut-être davantage les jeunes) doivent maintenant consentir afin de pouvoir encore vivre dans ce pays et y trouver une certaine paix.C’est un livre absolument remarquable, sans doute l'un des meilleurs que j'aie lus ces dernières années.Coetzee n’est pas de ceux qui se contentent de nous raconter des histoires.Rien n'y est gratuit.Tout porte le poids tragique de la vie.DISGRÂCE J.M.Coetzee Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Catherine lauga du Plessis Editions du Seuil Palis, 2001,252 pages unique; et le résultat, une écriture jouissive.Osée Kamga, Ici UN FIN PASSAGE Roman, 132 pages • 17,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca ÉCHOS I) () I.K I) K V 0 I H .Uhomme sera Plusieurs nouvelles sont passées inaperçues récemment.Le fait, par exemple, qu’une douzaine de robots ont été lancés dans les ruines du World Trade Center pour assister les pompiers dans leurs recherches.C’était une première pour ces petits engins «semi-autonomes» qui peuvent atteindre des endroits inaccessibles pour les humains et détecter les voix d’éventuels miraculés.L’article du New Scientist ne disait toutefois pas si les machines en question ont effectivement aidé les secouristes.Autre nouvelle ignorée, rapportée le 10 septembre, notamment par Le Mundr.le physicien Stephen Hawking a déclaré que "l'évolution darwinienne travaille beaucoup trop lentement à améliorer notre matériel génétique".Les ordinateurs, pour leur part, doublent en puissance et en capacité de mémoire a tous les 18 mois.Progression foudroyante qui n’ouvre pas que des perspectives fabuleuses.Ix‘ célèbre scientifique paralysé par la maladie de Lou Gehrig redoute en effet un scénario du type 200!: l’Odyssée de l’espace, où l’informatique, tel un ordinateur Hal 9000, prendrait le pouvoir.Pour éviter cet effroyable destin, affirmait Hawking, il faudrait sans doute utiliser l'ingénierie génétique et produire au plus vite des «humains génétiquement modifiés».Mais encore là, poursuivait-il, le processus serait trop lent par rapport aux ordinateurs.Conclusion: «Nous devons de toute urgence travailler à développer des liens directs entre le cerveau et l’ordinateur pour ainsi accroître l’intelligence humaine et éviter qu 'il y ait opposition entre l’un et l’autre.» Science-fiction On croirait ce type de scénario tout droit sorti d’un roman de science-fiction: des cerveaux améliorés par ordinateur! Mais il est bel et bien échafaudé par l’un des plus grands esprits contemporains.(Lequel, reconnaissons-le, profiterait sans doute personnellement de toute avancée en ce sens.) Malgré les possibles applications médicales bénéfiques, il n'y a rien la de très rassurant pour l’avenir de l’humanité.L’essai Robo sapiens n'aidera pas tellement a apaiser quelque crainte en la matière.Pas que ce soit un livre à thèse.Les auteurs Peter Men-zel et Faith D’Aluisio ont voulu dresser un inventaire magnifiquement illustré de la recherche de pointe dans ce domaine.Ils ont donc visité les plus grands spécialistes de la question.Ils ont ainsi assisté à certaines démonstrations impressionnantes (voir photo), d’autres décevantes.Ils ont constaté les querelles d’école.Entre ceux, par exemple, qui insistent pour fabriquer un «humanoïde» et les autres qui s’inspirent surtout des insectes et affirment qu’il n’y a aucune obligation de «copier la nature».Ou entre ceux qui prônent une approche programmatrice, dans laquelle le robot est livré fini et n’évoluera jamais, et les autres, plus proches du domaine de l’intelligence artificielle, qui conçoivent le robot selon une approche «comportementale».Cette dernière est assez novatrice puisque le robot, tel un enfant, «apprend» de ses expériences en accumulant de l'information, par exemple sur l’équilibre ou sur la configuration du sol où il marche.(Il y aurait là, dit-on, une forme de Auto i n e K o b i t a i 11 e * ?L E S S A M EDI l 0 ET I) I M A X < HE 21 O C T O B R E Thomme ^ Livres ESSAIS ÉTRANGERS un robot pour SOURCE AUTREMENT lx* robot P.’) de Honda est flanqué, à sa gauche, d’un roboticien et, à sa droite, de Peter Menzel, photographe de Robo sapiens.conscience.) Menzel et D’Aluisio nous amènent donc dans un voyage étonnant et insolite où des hommes et des femmes consacrent leur vie à faire marcher, courir, sourire, danser, jouer, travailler, explorer, etc., des êtres non humains de fer, de plastique et de caoutchouc, de toutes les formes possibles et imaginables.Les auteurs ont superbement photographié les prototypes et intelligemment interviewé leurs «créateurs».On aurait pu s’attendre à un livre froid comme le métal.Sans âme comme un ordinateur.Ou au ton militant prorobot.Mais les auteurs ont le don non seulement de faire ressortir justement l’aspect parfois révolutionnaire du travail de certains chercheurs, ingénieurs et «roboticiens», mais aussi la grande humanité de ces infatigables — et souvent monomaniaques — chercheurs.Menzel et D’Aluisio se montrent égale- ment attentifs à diverses perspectives sur la question.«Certains roboticiens, écrivent-ils, pensent que les machines n’atteindront jamais les performances humaines, d’autres qu ’elles prendront le pouvoir.Une troisième école leur donne tort à tous en affirmant que, loin de ces fantasmes, ce sont les hommes qui se robotiseront, combinant électroniquement l'extraordinaire conscience d’Homo sapiens et la presque étemelle solidité du corps des robots en une nouvelle créature: Robo sapiens.» Déjà qu'on nous menaçait de nous cloner ou de nous modifier génétiquement, voilà qu’on projette en plus de nous brancher.«Nous forgeons nos outils et ce sont ensuite eux qui nous forgent»-, jamais la phrase de McLuhan n’a semblé plus juste.Ce qui était jadis une métaphore — en effet, les outils envisagés par McLuhan ne s'inséraient pas directement dans notre corps — devient de plus en plus réel.Car a une humanisation des robots correspondra, selon ce qu’évoque Faith D'Aluisio, une robotisation des humains, d’ou un processus de convergence, voire de fusion.«Le corps des hommes aura de plus en plus fréquemment recours à la technologie et aux biotechnologies.De hanches artificielles, nous passerons aux implants cochléaires et rétiniens puis, qui sait, à des puces insérées sous la peau et, pourquoi pas, à une conversion informatique de nos souvenirs.» Nous avons vu dans la derniere chronique quelle critique Jean-Claude Guillebaud (dans Le Principe humanité) fait de cette conception de l'avenir humain, qu’on retrouve notamment chez Ray Kurzweil, auteur du conteste the Age of Spiritual Machines (Penguin, 1999).Mais calmons-nous un peu! Menzel et D’Aluisio ont beau se faire les échos des scénarios les plus fous, leur formidable enquête sur les fabriques de robots au Japon, aux Etats-Unis et en Allemagne démontre en quelque 245 pages sur papier glacé grand format l’aspect encore balbutiant de la robotique.Pour l’instant, il y a bien des robots qui arrivent à faire des sauts périlleux (voir www.ai.mit.edu/pro-jeds/leglab/robots/robots.htm) et d’autres qui ouvrent des portent et descendent des escaliers, il reste que la naissance d’un C3PO —androïde aristocrate et émotif de Star Wars — ne semble pas être pour demain! Ni l'émergence d’un Frankenstein, d’ailleurs.ROBO SAPIENS -UNE ESPÈCE EN VOIE D'APPARITION Peter Menzel et Faith D'Aluisio Traduit de l’anglais par Brigitte François Paris, Autrement, 2001 K S S A I La monstruosité cachée DAVI D CANTIN Surtout connu comme poète, Michaël \a Chance poursuit depuis plusieurs années, dans bon nombre de revues, une réflexion parallèle sur la place et le rôle de l’artiste à notre époque.Assez dit-férent d’un livre comme Le Carnet du bombyx (L’Hexagone, 2000), Les Penseurs de fer rassemble cette matière polémique à l’intérieur d’un essai fort passionnant.En un sens, cet ouvrage se rapproche des hypothèses d’un Paul Cham-berland dans son itinéraire En nouvelle barbarie (L'Hexagone, 1999).Est-il encore possible de croire à une authenticité du créateur?Au profit de quoi, alors?Michaël Ia Chance ne se gêne pas pour dire haut et fort que l'art est souvent réduit aux principes du marketing.En est-on rendu à ce siècle de la réalité binaire?«Comment faire état de la démission des intellectuels et des ar- tistes si on ne constate pas du même coup la perte d’une valeur centrale et fondatrice du sens, si on ne comprend pas ce qui a chan-gé dans la représentation?» A l’ère des Titans, pas de salut hors de toute attache institutionnelle.L’auteur de Leçons d’orage repose l’éternelle question d’Hôlderlin: pourquoi des poètes en ce temps d’ombre misérable?La transgression est devenue un scénario prévisible.Aujourd’hui, l’espace intérieur ne semble plus vouloir rien dire.Tout est banalisé, interchangeable, monnayable.La Chance insiste avec justesse: «Le poème n’attend plus l’écoute, le tableau ne propose pas à l’œil, ils signalent de quel lieu on parle, de quel groupe on est le porte-parole, de quelle valeur d’authenticité on se réclame.» Car s’il y a bien une tangente qui revient constamment dans cet essai, il s’agit évidemment de ce rapport au doute, au risque, devenu de plus en plus difficile à faire valoir.L'artiste existe ou n’existe pas.Il suit les codes que lui dicte le climat dans lequel il vit ou il assume alors une liberté sans concession.Pessimiste, diront certains, le regard de la Chance a l’avantage de mettre en cause ce que plusieurs oublient trop souvent.Quel est le rôle de la culture?Peut-être d’ébranler, encore une fois, la nature humaine dans, ce quelle a de plus vulnérable.Evidemment, Les Penseurs de fer aborde d’autres questions.Notamment, tout ce qui renvoie à la cyberculture et au bruit de fond des horloges médiatiques.Loin d’une quelconque nostalgie, cette réflexion cruciale réclame une liberté véritable de la part du créateur.Parfois aride, l’essai de La Chance n’en demeure pas moins intransigeant.«Comment Part, soumis à l’idéologie du succès, saurait-il être le lieu où Ton expose et tente de résoudre le désordre de l'être?L’art accompagne ceux qui ne savent pas ce qu’ils sont, c’est parce qu ’ils ne le savent pas qu 'ils créent.Pourtant, la société ne privilégie pas Part de ceux qui ont déjà vécu, contre Part de ceux qui n’ont jamais vécu.» SOCIETE Joindre l’Orient et l’Occident N AÏ M KATTAN Peintre et Indien, Jyoti Sahi préside un Art Ashram, tout en travaillant avec le Centre catéché-tique et biblique de Bangalore.Converti au catholicisme, il a voulu intégrer, à travers son art.les traditions indiennes au christianisme d’aujourd’hui, lequel, tout en suivant sa propre voie, reconnaît le pluralisme des religions.Pour Sahi, le Christ est asiatique, non seulement parce qu’il est né et mort en terre d'Asie mais àussi parce que, issu d’une famille modeste, il est un guru qui indique le chemin.En Inde et ailleurs, il est le symbole de tous ceux qui souffrent de la misère et de l’injustice des hiérarchies et des castes.Pour l’artiste, le Christ est «la véritable icône de Dieu et l’image parfaite de l’humanité réalisée, celle à laquelle le chrétien tente lui-même de ressembler» En évoquant l’Ashram, Sahi établit un lien entre la spiritualité chrétienne et la vie communautaire en Inde.Au fondement du rituel indien se trouve la joie de la création.La danse en est la manifestation la plus notoire.L’art également.Aussi, Sahi relie-t-il la transcendance indienne à une spiritualité de l’incarnation.Le monde est une création de Dieu demeurée inachevée, d’où l’importance de l’œuvre humaine.Par sa dévotion et dans la célébra- tion, l'artiste est.par excellence, celui qui tente de poursuivre la création divine.Sahi intègre l’apt de l'Asie à sa propre peinture.A cet égard, son jugement est on ne peut plus sévère: «L’art chinois ou japonais, dit-il, a réduit l’homme à l’état de nain; dans la nature, il ne compte pas, il n’est que le jouet des forces naturelles.» Il est à peine plus tendre envers l’art indien «Dans Part indien, poursuit-il, la description du paysage diffère de celle de Part chinois ou japonais.Mais, une fois de plus, l’homme ne compte pas.Les temples fourmillent de dieux et de demi-dieux, mais l’homme est insignifiant.» L’ouvrage de Sahi apporte une réflexion significative sur le rapport entre les cultures, ainsi que sur leur métissage.Il inclut des reproductions de plusieurs tableaux du peintre.C’est la partie la moins convaincante du livre.Sahi a la foi et tente de l’illustrer.Il faut regarder ses tableaux pour savoir s'il atteint ce but, sans aliéner sa liberté d’artiste.PRADAKSHINA, APPROCHES DE LA BEAUTÉ Jyoti Sahi Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Bagot et Edith Genêt Editions Desclée de Brouwer Paris, 2000,181 pages JÉHn-Françofs Vélins Les hasards necessaires Nous avons nais rfincontin LES PENSEURS DE FER -LES SIRÈNES DE LA CYBERCULTURE Michaël La Chanet Trait d’union, collection «Spirale» Montréal, 2001,224 pages ar hasard personnes qui se sont mystérieusement trouvées sur notre route et qui • ¦ modifié la trajectoire Qu'est-ce qui fl ' .telles rencontres tfS HASARDS NECESSAIRES / Jean-François Vézina Preface de Michel Cazenâve Chiens nrrrr (.a F V 0 I R , L ES SAMEDI 20 ET DI M A \ (HE 21 OCTOBRE 2 0 01 I) 8 PROPOS Les grands sentiments — Vamour, la vengeance, la trahison, l’honneur — font le roman SUITE DE LA PAGE D 7 Rouge Brésil contribue ainsi a la grande fresque de la paternité du Nouveau Monde.En 1555, un chevalier de l’ordre de Malte, Nicolas de VilleRagnon, part fonder une colonie française dans la baie de Rio.Déjà, les Portugais sont installés modestement ici et là.Mais d'autres y sont arrivés auparavant, et certains y vivent en harmonie avec le milieu humain et géographique.Ces Français — seule nationalité que les cannibales ne mangeaient pas — se sont implantés.Au départ, œs hommes font partie des équipages jetés en mer par la Réforme.Il n'ont le soutien d’aucun roi.Ils ont donc rêvé de bâtir «la France antarctique», eldorado aux couleurs mêlées de leurs croyances.Rufin les campe frustres et brutaux, animés de volontés plus incohérentes que fondatrices.D’ailleurs, ils finirent par rejoindre leur destin de marginaux, écartés sur des plages périphériques.Il faut dire qu’au départ, ces navigateurs, avertis des réalités cannibales, ne se sont pas pressés d’embarquer.L’équipage est recruté parmi la racaille et les pauvres, dans les prisons, les orphelinats, parmi les têtes brûlées et les relégués.Ils forment un joyeux ramassis de fiers-à-bras sans loi.D’emblée, le contexte est à leur mesure: la traversée est longue, aventureuse, imprécise.Mais l’expertise de quelque^uns suffit à faire tourner la chance.A leur arrivée, une guerre de clans se déclenche.Le contact avec les Indiens accroît la confusion.I^s dangers, liés aux ignorances réciproques, entraînent quantité de morts inutiles et de situations drôles.Les sauvages ne sont pas ceux que l'on pense, vous l’aurez deviné, la quête de survie décuple l’intensité des mœurs guerrières importées.Quant aux natifs, Rufin les décrit selon les documents, effarants ou bons sauvages.D’où le charme romanesque, incontestable, de Rouge Brésil.I Jn roman d’aventures Ses épopées éthiopiennes et abyssiniennes lui ont valu la renommée: Rufin continue à remonter le temps.11 s’adonne au roman de cape et d'épée, qui luj permet de jouer avec l'histoire.A l'instar de Dumas, Gautier, l evai ou Sand, Rufin aime l’écriture des feuilletonistes du XIX' siècle.Arlette Cous-ture ou Christine Brouillet ici.pratiquent toujours le genre.Le but est le même: il mêle allégresse, générosité, désinvolture et insolence: il allie les péripéties minuscules et les événements majuscules; il se nourrit de pittoresque, avec ses intrigues rocambolesques sur un fond authentique.Tant pis si la fiction y installe d’énormes coups de théâtre.On navigue entre le hasard et la nécessité.L’esprit scientifique n'est pas de mise; Rufin garde le cap sur «le débarquement occidental» dans la nature vierge.C’est pourquoi la narration est confiée à deux adolescents, embar- qués sous une fausse identité auprès de Villegagnon, pour apprendre la langue sauvage.Colombe, la fillette, grandira sous les bons auspices des Indiennes tandis que son frere Just veillera a leurs intérêts.En cinq ans de vie côtière, ils voient le rêve antarctique, sous l’effet des luttes fratricides, devenir rouge Brésil.Des rebondissements avant tout L’intrigue est donc déraisonnable, et les héros, fantasques.Expéditions, dénuement et aisance, plumes et nudité, libertés paradisiaques, haines et bagarres, défis abracadabrants, que de panache! Ijes grands sentiments — l’amour, la vengeance, la trahison, l’honneur — font le roman.Dans cette tradition de la littérature romantique, inventée au théâtre, dans l’Espagne du XVIL siècle, par Ijope de Véga et Calderôn, Rufin mélange à son tour tragique et burlesque, sous les carcasses intrépides de ses stratèges, transis par quelque dame inaccessible et chatouilleux d’épiderme quant à leur mission.De tels personnages, souvent monarchistes, cocardiers et nationalistes, oqt donné naissance aux images d’Epinal de l’histoire de France; elle est pleine de chromos flamboyants et fantasmatiques.La littérature de voyage dévoile ainsi un pan des rêves d’une nation.Cette «aventure lointaine, coupée du monde, m’est vite apparue comme une extension outre-océan d’enjeux historiques fondamentaux», écrit Rufin.Il est clair que la course autour du monde, entamée par les sectes protestantes — calvinistes, anabaptistes —, accroche sa plume.Toute" fois, on ne sait pas, hormis l’asservissement des indigènes, si un mé tissage des mentalités en a résulté.Rufin donne ses sources, en fin de volume (pas de mention d’auteur brésilien).In Renaissance de Villegagnon a la saveur de l'exotisme, même si l’un des trafiquants servit un jour de secrétaire à Montaigne.Rouge Brésil semble traversé par l'espoir que l’utopie civilise le monde.Mais il suffit de peu pour que sa naturelle écologie locale soit mise à mal.ROUGE BRÉSIL Jean-Christophe Rufin NRF Gallimard Paris, 2001,553 |tages J» tv» HHIMOI'H* Kt UN Essais sur le relativisme et la tolérance Fernand Ouellet ^ Le relativisme met-il sur le même pied les croyances traditionnelles et la science moderne ?'eN Le relativisme est-il une position moralement défendable, puisqu’il semble mettre sur le même pied toutes les conceptions du bien ?^ 1 e relativisme culturel peut-il servir de point d’appui à un aménagement viable des relations interculturelles dans des sociétés pluriethniques et plurireligieuses ?L'examen de quelques aspects du débat sur ces questions dans la philosophie politique contemporaine a conduit l’auteur à se demander si la tolérance n’est pas un concept plus fécond que le relativisme pour faire une place à la diversité dans les sociétés multiculturelles.Essiiî “"UrtfHïe 24a pages PUL IQRC Tel.(4 1 8) 056 "’381 Téléc.U I 8) 656 3305 Donriniquc Gingr.is(' pul.ul.iv.d.i.i ) http://w\vw.ul.nal.ca/pul E V (I I R .L E S S \ M E I» I 2 0 E T I) I NI A \ l II E 2 1 O t 1 0 R R l 2 0 O ?Livres*» ITTÉRATURE JEUNESSE Musique, tofu, picote et Violette.LA FIGUE DE LEILA Maryse Pelletier La Courte Échelle, coll."Roman +» Montréal, 2001,160 pages SIMON ET VIOLETTE Texte d’Andree-Anne Gratton, ill.de Léanne Franson Pierre Tisseyre, coll.«Sésame» Montréal, 2001,68 pages TOFU TOUT FLAMME Texte de Gaétan Chagnon, ill.de Philippe Germain Soulières éditeur, coll.«Ma petite vache a mal aux pattes» Montréal, 2001,80 pages LA PICOTE DU VENDREDI SOIR Texte de Nathalie Ferraris, ill.de Paul Roux Soulières éditeur, coll.«Ma petite vache a mal aux pattes» 2001,56 pages GISÈLE DESROCHES Les jeunes lecteurs ont à leur disposition, par les temps qui courent, une telle abondance de titres qu ils ne savent plus ou donner de 1 œil.Dans le lot, à travers un tas de redites et de thèmes réchauffés, on déniché parfois quelques sons de cloche nouveaux ou des textes vraiment beaux.Ainsi en est-il de 1m Fugue de Leila de Maryse Pelletier.Paradoxalement, héros et héroïnes qui fuguent sont nombreux dans la littérature jeunesse.Leila (16 ans) a ceci de particulier qu'elle est vue à travers les yeux de son ami Vincent qui la cherche (la seule piste pour la rejoindre est la musique), et que le récit évolue dans un univers musical autre que le rock.I-eila était la violoncelliste du groupe Tubulures, orchestre formé d’étudiants musiciens pour lequel compose Vincent, héros de La Musique des choses.Jackson, avec qui elle vient de rompre, fait partie de l'orchestre aussi.C’est la dernière œuvre de Vincent, intitulée Liberté, qui a tout déclenché.Les recherches de Vincent le conduiront à découvrir des as- Andree-Anne Gratton SIMON et Violette pects insoupçonnés de son amie d’enfance, si déroutante et imprévisible, formant, à mesure des signes débusqués, une piste jusqu’à elle qui se précise et s’éclaircit tout au long du parcours.La tension dramatique est soutenue sans être alarmiste; les moyens déployés sont peu b;mals, l’écriture, fluide et forte, laisse une empreinte discrète à la manié re d’une pièce musicale.1-e motif de la liberté est bien sûr explore, de même que le respect de l'autre, la quête de l’identité.Ce sont des thèmes chers à l’adolescence sur lesquels l’auteure improvise avec un grand doigté, laissant en prime au lecteur réflexions subtiles et sensibles sur la créativité, l’amour, l’amitie.Une lecture somme toute inspirante ou des personnages hors du commun évoluent.Simon et Ffo/crtcprésente a sa façon un personnage hors du commun à des lecteurs de sept a neuf ans invités à défaire certains préjugés.Simon est le seul nouveau de sa classe, le seul portant le prénom de Simon et le seul sans grands-parents.Pour lui qui ne rêve que de passer inaperçu, d’ètre comme les autres, la journée des grands-parents organisée à l’école est une rude éprouvé.Une femme âgée tricotant sur son balcon, la Violette du titre, élue par Simon grand-mère d’un jour, lui fera peut-être regretter son audace.11 est question dans ce court récit vivifiant de person ne aveugle, de violon, d’originali-te vestimentaire, de débrouillardise.de timidité, de strategie pour manipuler les parents.Bref, il y a de quoi s'amuser sans s’en- î nssmroig nuyer une seconde.i i a ftiÿi» Gaétan Chagnon ! 1 ^ll;1 signe quant à lui le tonique petit roman Tofu tout flamme, bâti autour d’un thème curieusement rarement abordé; celui des inconvénients d’avoir un parent fumeur, qui valent bien, selon la jeune Cybèle, les inconvénients d’un parent qui tente pour la enième fois de se libérer de l’atroce nicotine.Quand en plus le désir d’une bonne alimentation «granola-santénature-diète-min-ceur-sans-cholestérot-sans aspar tame» s’en mêle pour plaire à un certain commis du ravon des le- gumes, alors là.c’est la calas trophe.C’est un récit vitamine, les personnages ont du caractère, l'intrigue est bien fignolée maigre les quelques fils qu’elle laisse dé passer.On s’y amuse bien.Autre trouvaille, un —mmmm livre parfaitement contagieux: Li Picote du vendredi soir.Na thalie, fille unique, y raconte comment, un certain soir, elle a at-trapé la varicelle en re gardant son émission préférée à la television.Si le fil est un |X'u mince et les personnages plutôt convenus, le récit est enjolive de petites digressions et reflexions amusantes.Mais surtout, l’editeur a joué le jeu jusqu’au bout, allant jusqu’à donner aux couvertures l’aspect picoté, c’est-à-dire parsème de |K'tits points gontlés en relief, que l’on peut sentir sous les doigts.Ca devrait faire fureur.LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Rencontre du troisième type SOPHIE P O U L1O T Auteure relativement prolifique durant les années 80, Désirée Szucsany (La Chasse gardée, Le Violon, La Passe,, Les Filets) publie cette fois, aux Éditions Varia, un «roman champêtre».Pourquoi champêtre?D’une part, parce que l’action se situe à Carré-des-Sources, petite bourgade entourée de monts et criblée de lacs.D’autre part, et là réside l’essentiel, parce que certains des personnages, mi-réels, mi-imaginaires, semblent faire corps avec leur environnement, les uns comme l’autre s’inscrivant dans une troublante et séduisante irréalité.Les Fées du lac: le titre en dit long, fl ne s’agit ici ni d’une métaphore ni du renvoi à quelque lieu réel au nom fantaisiste.Szucsany raconte bel et bien l’histoire d’un homme, journaliste, dont la vie bascule après avoir rencontré des fées.Ni plus ni moins.Les allées et venues orchestrées par l’auteu-re entre banalité du quotidien et percées fantastiques respectent un équilibre qui tient constamment le lecteur en haleine.C’est, en fait, ce qui donne tout son charme au roman.Paul, employé d’une revue mé dicale, est envoyé en région afin de couvrir un colloque sur la psychiatrie.Faute de préférer la popularité à la qualité et de travailler pour un riche média de masse, le reporter est contraint de loger chez l’habitant plutôt qu’à l’hôtel où se déroule le congrès.Ainsi fera-t-il la connaissance de Belzé- LES FEES DES LACS rair, de Lalouette et de Folette.11 sympathise avec cette dernière alors que, insomniaque, il s’adonne à une balade nocturne qu’il voudrait somnifère.Folette, cette nuit-là, a mis sa fille au monde et la baigne dans un étang.Le lendemain matin, la petite Inla marche; en début de soirée, elle est une jeupe fille.Évidemment, Lola est une des fées du lac.Quoi qu’il en soit de l’intérêt de la chose et de la façon habile dont est présentée la découverte, certaines questions laissées sans réponse pourront agacer.Par exemple, Lalouette et Folette sont-elles des fées?L’auteure soutient que les fées ne possèdent aucune mémoire; or les deux femmes en ont une.Lola est pourtant née de Folette et d’un bougre du village, remarquable ni pour sa magie ni pour son humanité.Comment naissent les fées?De même, que vient faire le récit de l’amour de Paul pour feu son épouse dans le déroulement de l’histoire principale, soit celle des fées, dans laquelle l’auteure tend à faire s’insérer celle de Paul?Rien n’interdit de penser qu’on laisse ici planer quelques doutes à dessein afin de permettre plusieurs interprétations; or le lecteur en sait encore trop peu.De plus, la dernière page arrive bien trop vite.Si l’œuvre avait été un film, on aurait pu dire qu’une telle conclusion préparait le terrain à une suite.Esquissée, la vie de Paul au sein de ce pays féerique n’est en rien développée.Ce dernier point n’est qu’à moitié un reproche dans la mesure où, si le lecteur se désole de voir arriver la fin, c’est aussi parce qu’il est charmé par sa lecture.En effet, l’opposition entre personnages plus ou moins fantasmagoriques et individus ordinaires installe une dynamique propice à l’intrigue, à quoi s'ajoutent plusieurs péripéties.Ainsi, même si l’on comprend rapidement qu’une écrivaine se cache derrière le narrateur mâle — ils ne sont pas si nombreux les auteurs masculins qui disent d’une femme quelle dégage une aura de puissance — et en dépit de quelques maladresses dans la langue (par exemple, s’agissant de la pluie; «Il ne mouillait presque plus»), le lecteur appréciera Les F'ées des lacs, car le roman est tout imprégné d’une délicieu- se naïveté, d’un rythme entraînant et d'une indéniable.féerie.LES FÉES DES LACS -ROMAN CHAMPÊTRE Désirée Szucsany Éditions Varia Montréal, 2001,162 pages Critique de la raison sociale L’École de Francfort et sa théorie de la société Une nouvelle collection! Découvrez pourquoi et comment écrivent nos auteurs.L1LI GULLIVER 1>IANI BOISSON M'AI U ; i&s&iÜS AMOURS, DÉLICES ET ORGASMES .Km Spui'k EntplÊlîfMMle .2SO |>.1}4CS 26 S COLLECTION SOCIOLOGIE CONTEMPORAINE dirigée par Daniel Mercure ( a ouvrage présenit'(.( analyse les grandes thèses élaborées par les deux principaux représentants de I Ecole de lianelort, à savoir Adorno et Horkheimer.Ils ne cessent d analyser les maux et les manques de nos sociétés modernes.Revisitet aujoun! hui les analyses de IT,cole de Francfort constitue certainement une excellente manière de comprendre notre époque, laquelle est marquée par le renforcement du capitalisme sous une forme mondialisée.Pt JL IQRC Tél.(418) 656-7381 - Téléc.(418) 656 3305 /mwA Dominique Gingras@pul.ulaval ca \T/ http://wwwulaval.ca/pul mm B.R* Wagonseller et al.• ISBN: 2-89381-802-1 • 184 p.• 18,95 $ Clare Tattersall • ISBN: 2-89381-822-6 • 184 p.• 14,95 $ H 'atquce Marc Fislier auteur du nouveau suspense Miami Dominique Demers auteur de Une drôle de ministre Réjean TremMay auteur de Lance et compte et Scoop les ims m Tirol tin: i:t hi Laura Reynold • ISBN: 2-89381-817-X • 76 p.• 10,95 $ La collection ADOS a été conçue spécialement pour les adolescents.Elle traite de problèmes qui les concernent, inhérents à la société moderne et à son mode de vie.Des ouvrages simplement écrits, clairs et précis, à la portée de tous.Les Editions LOGIQUES inc.7, chemin Bates.Outremont (QC) H2V 1A6 DISTRIBUTION EXCLUSIVE: QUEBEC-LIVRES Structurez votre histoire un atelier d'un jour avec Marc Fisher, Dominique Demers et Ré jean Ttembiay • le roman jeunesse avec Dominique Demers • la téléserie avec Réjean Tremblay • la structure avec Marc Fisher 0 Spécial édition: Anne-Marie Villeneuve, éditrice "Un des événements les plus courus à Montréal !" La Presse Date: le dimanche, 18 nov., de 9h00 à 17h00 hres Lieu: Holiday Inn, 450 Sherbrooke ouest., Mtl.Coût: Tarif régulier: 125$ (taxes incluses) Tarif étudiant: 95$ (taxes incluses) Inscription: (514) 326-8485 \ I) 10 I.F.I) K V O I H .I.K SAMEDI 21) ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2 0 01 Livres *» ROMAN DE L'AMÉRIQUE L’île au désir La littérature sert parfois a combler les trous de l’histoire.Ainsi Michel Tournier, inventant la destinée d’un quatrième roi mage dont l’existence aurait été mentionnée, en passant, dans les Ecritures.Ou, plus près de nous, Gérard Messadié nous introduisant dans les arcanes de la vie conjugale de Socrate.Là où la documentation fait défaut, l’imagination du romancier peut s’appuyer sur les silences d’une réalité dite «officielle» pour s’élancer en vol libre et occuper tout ce terrain situé à la marge du roman historique et de l’essai biographique traditionnels.Fiction et vérité s’embrouillent alors irrémédiablement, et de cette ambiguïté naît, entre autres, le plaisir de la lecture.N’étant pas du tout exégète, j’ignore si Robert-Louis Stevenson fut réellement, durant son séjour aux îles Samoa, soupçonné du viol et de l’assassinat d’une fillette, et ensuite d’avoir mis le feu à un saloon dont tous les occupants furent brûlés vifs.Alberto Manguel choisit, en effet, de traiter le célèbre auteur de Llle au trésor avec tous les égards narratifs dus à un personnage de (court) roman, ce qui veut dire qu’il le plonge sans ménagement dans un bouillonnement de contradictions où l’on verra s’affronter, ainsi qu’il se doit, le Bien et le Mal.L’astuce qui est à la base de ce beau petit livre est toute simple: Stevenson, passé à la moulinette de sa propre médecine, se voit offrir, sous le délétère climat des tropiques, la possibilité de rencontrer son propre «doppeldanger», ou double maléfique.Un Mister Hyde qui, ayant quitté les froides et brumeuses rues de Londres pour venir s’incarner sous les palmiers, se présente sous les traits d’un inquiétant missionnaire issu, lui aussi, des brumes nordiques, grand prêcheur de vertu et de piété dont l’âme noire et glaciale se verra peu a peu dépouillée de tous ses masques et dont les actions vont bientôt révéler tout le cynisme.On songe a Jùn Baker, a Jimmy Swaggart et a tous ces professeurs de repentance surpris un jour ou l’autre la main dans le sac.Qui, en effet, sinon ceux dont la mission, sur cette terre, est de conjurer les flammes de l’enfer, serait mieux placé pour subir leur fascination?«Faites ce que je dis, pas ce que je fais!» pourrait servir de devise non seulement à ce très troublant Mr.Baker (dont Manguel, dans une note apparaissant en fin du volume, affirme avoir déniché le nom dans la correspondance de Stevenson), mais aussi à une bonne partie de l’engeance prédicatrice, surtout lorsque, en accord avec la tradition protestante, celle-ci voit dans le «bon sauvage» une âme perdue de toute façon.les échos d’une certaine idéologie coloniale retentissent donc à travers ce petit livre épuré, porteur d’une substance riche et concentrée, qui puise à même le terreau des interrogations spirituelles de l’Occident Roman de l’exil et de l’écriture, aussi.La nostalgie de l’écrivain, chez Stçvenson, se présente sous une forme dédoublée.L’Ecosse natale, affirme-t-il à son visiteur, est «plus présente encore que lorsque j’y habitais.Je m’endors avec son humidité froide dans les narines et je m’éveille avec dans les yeux les fumées de ses cheminées».Mais aussi, écrit Manguel, la nostalgie, pour cet homme de quarante-quatre ans, «était la douleur de laisser passer au large des endroits qu’il n’avait jamais vus».La nostalgie, moteur, peut-être, de toute écriture, serait aussi l’envers sombre et le succédané crépusculaire du dé- sir.L’écriture exige cette tension constante d’une reconstitution en retrait du monde, là ou la réalité, ultimement dérobée aux sens, nourrit le souvenir: «La jeune fille de la fête prêta son sourire au personnage de la jeune femme dans son récit, et Stevenson se dit que c’était assez la posséder.» Et encore: «[.] une vie romanesque ne convenait pas à un auteur de romans: [.] un homme n’écrivait pas de meilleurs récits d'aventures pour avoir appris à couper du bois et à dépiauter un lièvre.» Les tiraillements du désir Une telle position permet à Stevenson de décrire avec précision le rude climat de ses landes originaires alors même que le «violent soleil du Sud» écrase son refuge insulaire, mais elle ne le mettra nullement a l’abri des tiraillements du désir.L’apparition du pasteur, véritable Mister Hyde au verbe tonnant et au comportement dévoyé, qui semble capable de donner corps, tout en les châtiant, a ses désirs les plus inavouables, va entraîner l’écriture de Stevenson dans un abîme de pulsions où sa femme, la douce Fanny, refusera de le suivre.C’est donc sur le terrain de la littérature elle-même que se jouera, pour le romancier de l’aventure, l’éternel affrontement entre le Bien et le Mal, et c’est de là seulement que pourra venir la rédemption.D'autre part, l’île que décrit Manguel se présente sous les apparences d’un véritable paradis de la fiction.Tusitala, «le diseur de contes» (tel est le surnom donné à Stevenson par les indigènes), explique: «Dans cette partie du monde, les histoires qu’on raconte deviennent un élément de la réalité.» Stevenson sous les palmiers reprend la dichotomie bien connue qui oppose le Nord et le Sud, en leur attribuant une «climatologie» morale aussi bien que physique.Selon cette croyance occulte, le soleil des tropiques serait délétère pour l’esprit et propice a toutes formes de relâchement et de débauche.Le ciel du Nord, en revanche, serait propre à fouetter lame et la droiture des mœurs.Cette géographie d’une esquisse un peu facile n’explique bien sûr pas certains comportements observables à White Horse et à Blanc Sablon.Mais il cadre parfaitement avec le mythe de la tentation edénique qui est ici mis en scene.D’un côté, l’innocence native; de l’autre, les bonnes intentions de l’homme blanc, porteur d’un bagage culturel qui semble a priori le condamner et l’exclure.Stevenson a beau prendre la défense des indigènes dans leurs démêlés avec l’administration coloniale, et manifester une ouverture prudente (nordicité oblige) devant leurs mœurs libres et colorées, on sent bien (et telle semble être la conclusion de Manguel) que l’homme occidental, même avec les meilleures dispositions, ne peut débarquer là-bas sans être accompagné de son double maléfique, celui qui le suit pas a pas comme les vendeurs du Temple, en l’occurrence trafiquants d’eau-de-vie, qui suivirent ici les missionnaires de la Compagnie de Jésus.«[.] les choses qu’il a apportées de chez lui ne sont pas bonnes pour lile, ou peut-être que lile n’aime pas ces choses», observera un insulaire.Mister Hyde au paradis.11 fallait un romancier, doté, qui plus est, d’une plume fort élégante, pour obliger le plus célèbre double de la littérature à quitter ses affreux bouges londoniens.STEVENSON SOUS LES PALMIERS Alberto Manguel Traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf Actes-Sud/Leméac Arles/Montréal, 2001,89 pages I- o u i s H a m e l i n P H I L O S O P H I E Uoubli de ramitié GEORGES LEROUX Si l’amitié était mieux pratiquée et ses idéaux mieux incarnés politiquement, nous aurions sans doute moins besoin de psychanalystes.C’est ce que suggèrent certaines réflexions d’un récent numéro de la revue Conjonctures (n° 32, printemps 2001), publié ironiquement sous le titre Freund/Freud.Cette remarque mérite d'être relevée, car elle met en relief, sous l’abondance des écritures du soi et du souci du développement personnel, la rareté symptomatique des écritures de l’amitié aujourd’hui.Pour un Blanchot, pour un Derrida (Politiques de l’amitié, Galilée, 1994), relisant Aristote et Montaigne, combien d’essais sur Narcisse, combien encore sur les soins de l’âme.A un sujet de plus en plus oppressé par sa solitude, l’époque semble vouloir offrir les moyens de souffrir moins et de grandir seul de manière souveraine.Cette situation explique sans doute que, dans la belle anthologie sur l'amitié que fait paraître la collection «Corpus», les textes soient pour la plupart des écrits provenant de l’Antiquité.Ni Montaigne ni Pétrarque, auquel Claude Lafleur consacre par ailleurs une magnifique étude, n’ont cru faire autre chose que de reprendre la pensée de leurs maîtres anciens, tant ils étaient persuadés que Rome et la Grèce avaient atteint dans ce domaine la perfection et la sagesse.Et pourtant, rien n'est moins clair que cette idée d’un lien, à la fois éthique et politique, engageant toute l’humanité dans une sympathie universelle par le moyen de l'affection privée.Comme l’écrit Dimitri El Murr, qui a préparé cette anthologie, il s’agit pour nous de retrouver l’amitié comme problème: si l’Antiquité a tant peiné à la définir, c’est d’abord parce qu’elle jugeait que 1*1 anète rebelle www.PlaneteRebelle.qc.ca Contcmpcrain.A*V, Contemporain, le conte?Dirige par Christian-Marie Pons Essai.124 pages cinquième édition du Festival interculturel du conte du Québec, en octobre 1999.a été l’occasion de rassembler conteurs et amateurs du conte pour réfléchir et echanrje1 sur la pratique actuelle de cet art.Sous le couvert d'une question générale Contemporain, le conte ?», quatre thème et autant de rencontres ont pto propo.: } ; L’urbanité et tes médias, Le Quebec et le rmiltîcutturaHsme, Le conte renouvelé et Lc oèt > en rrir, >n É Vous ète à deux tables ron_ Festival interculture à assister «tans le cadre du ‘" conte du Québec Lundi 22 octobre 2001 9h30 à 12h : « Le conte aujourd'hui, divertir ou subvertir l’imaginaire » Animateur : Christian-Marie Pons 14h à 16h30 : « Le conte aujourd'hui, divertir ou subvertir le répertoire » Animateur : Christian-Marie Pons Entrée libre Université du Québec à Montréal Pavillon V.209 Sainte-Catherine est.salle V-R820 Infos Marie-Fleurette Beaudoin (514) 278-7375 www festival-conte qc ca r jJean-Marc Massie Êetit manifeste à l’usage lu conteur contemporain Essai.96 pages A l'ére de ta mondialisation croissante, l'auteur Iroit fermement en la capacité du conteur à subvertir lés représentations hollywoodiennes du monde .l’amitié est, contrairement à l’amour, susceptible d’une rationalité.Le projet de dire pourquoi mes amis sont ceux-ci se fonde sur la certitude que je les ai choisis et qu’ils ont fait réciproquement de même.Cette réciprocité se fonde à son tour sur une demande et sur une offre qu’Aristote avait identifiées à la vertu.L’idéal antique suppose en effet que le plaisir d’une vie partagée n’est jamais aussi grand que s’il est nourri par le désir de devenir, au contact de l’autre, meilleur, et cela sous quelque rapport que ce soit.De l’autre à soi La définition célèbre de l’ami comme un autre moi-même trouve son sens non pas tant dans le fait que l’amitié permet de dépasser la solitude, mais qu’elle rend possible une altérité qui me fait reconnaître mes propres finalités.A sa limite, cette finalité se découvre comme un altruisme généreux, et chacun doit à l’amitié la plus parfaite de pouvoir évoluer vers toujours plus de désintéressement.Tous ceux qui ont critiqué l’amitié, pour n’y dénoncer qu’une illusion de plus sur le chemin de l’égoïsme, ont cherché à débusquer derrière cet altruisme la forme la plus perverse de l’amour de soi, de la manipulation et de l'autosatisfaction.Les Anciens ne s’embarrassaient pas de ces objections, tant ils étaient sensibles aux bienfaits politiques de l’amitié et au devoir de la cultiver.Leurs traités sont remplis d’une exigence et d’une générosité par rapport auxquelles le soupçon narcissique paraît à la fois mesquin et ridicule.L'histoire de cet idéal le montre de manière exemplaire: les no- INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Pétrarque ¦f ¦ tions d’égalité citoyenne, d’hospitalité, de communauté philosophique, qui presque toutes ont culminé dans l’éthique stoïcienne, s’appuient sur une conception très élevée de la cité, comme passage vers la communauté humaine universelle.Cette extension est-elle compatible avec les exigences de l’amitié personnelle, d’abord morale, dont Platon et Aristote avaient décrit les finalités?Ce paradoxe est celui de la fin de l’Antiquité, et sera pour le christianisme le terrain d'un certain renversement: la charité se veut un dépassement de la pure réciprocité, de l’intimité et même de la présence d’une raison d’aimer (par exemple, la vertu de l’ami).L’amour du prochain court toujours le risque d’une certaine abstraction, et engage peut-être, en son principe, la dérive de l’individualisme qui accompagne le reflux moderne de l’amitié.À L ’ E S S La puissance 1 iberté revue iittéra n»253 HOMMAGE À Michel Beaulieu Incluant des inédits de Geneviève Amyot et de Marie Uguay J, Ce recueil présente un ensemble de textes qui permettent d’approfondir toutes ces questions, autant l’idéal d’une altérité parfaite que les critiques chrétiennes et modernes.Le seul auteur contemporain qui y figure est Maurice Blanchot, dont l’hommage à son ami Georges Bataille faisait déjà l’objet de la méditation de Derrida sur la mort de l’ami.Ce texte, un des plus beaux de toute l’histoire de l’écriture de l’amitié, est un éloge de la distance et du respect.«Nous devons renoncer à connaître ceux à qui nous lie quelque chose d’essentiel; je veux dire, nous devons les accueillir dans le rapport avec l’inconnu où ils nous accueillent, nous aussi dans notre éloignement.» L’exemple de Pétrarque A cet ensemble fait défaut Pétrarque (1304-1374), mais cette lacune est compensée dans un livre qui nous redonne un vaste choix de textes de l’œuvre latine, traduits et présentés par Claude Lafleur.Lecteur de Cicéron et de Sénèque, le grand humaniste a voulu, surtout dans sa correspondance, faire revivre l’idéal ancien de l’amitié, mais il y affronte aussi la question de l’infidélité et de la trahison.Pour lui, le fondement de l’amitié est la confiance et la loyauté.Viennent-elles à manquer, c’est que la vertu elle-même n’était pas présente, et si un ami nous fait du tort, il est inutile de blâmer les circonstances.On lira avec beaucoup d’intérêt le chapitre que l’auteur consacre à la vie amicale de Pétrarque, et en particulier les lettres à Philippe de Cabassole et Francesco Nelli: les exhortations et les demandes, à la fois si fines et si élaborées, que Pétrarque prend le soin d’y exposer sont l’indice de ce sentiment de la fragilité de l’amitié, de sa précarité.Epris d’une sincérité qu’il veut absolue, l’humaniste est obsédé par la crainte du propos déloyal, autant pour lui-même que chez les autres.Son modèle est la constance de Socrate, sa parfaite dévotion.Toutes ces lettres nous étonnent par leur empressement, et leur désir d’annuler dans le monde toute adversité, de faire régner la paix semble plus proche de l’Antiquité que de la désillusion moderne.Mais leur écriture est aussi une amorce de cette conversation infinie, toujours déjà consciente de l’abîme sur lequel elle repose, et par là Pétrarque est moderne.L’infini de l’amitié, son ineffabilité ne sont-ils pas le signe le plus certain, aux yeux de notre contemporain Blanchot, de son authenticité?L’AMITIÉ Textes choisis et présentés par Dimitri El Murr Flammarion, collection «GF/Corpus» Paris, 2001,249 pages PÉTRARQUE ET L’AMITIÉ - DOCTRINE ET PRATIQUE DE L’AMITIÉ CHEZ PÉTRARQUE À PARTIR DE SES TEXTES LATINS Claude Lafleur Presses de l’Université Laval et Librairie philosophique J.Vrin, collection «Zêtêsis» Québec et Paris, 2001,225 pages d’une femme LA DERNIÈRE ODALISQUE , Fayçal Bey Éditions Stock Paris.2001,469 pages Descendant de la famille du bey Lamine 1", né au palais de Carthage en Tunisie, le prince Fey-çal Bey raconte ici l’histoire de sa famille, à partir de sa grand-mère Safiya.Née au Caucase, celle-ci fut emmenée au palais ottoman d’Istanbul pour faire partie du harem du sultan.Elle partageait le sort d’autres jeunes filles originaires de cette région, les Circassiennes.Belle, protégée par les eunuques et les femmes du palais, elle était destinée à partager la vie d’un prin-ce comme épouse ou concubine.Lors de la chute de l’Empire ottoman et à la suite de la prise du pouvoir par Kemal Atatürk après la défaite des Ottomans à la Première Guerre mondiale, Safiya est conduite par sa protectrice à Tunis.Là, la famille du bey, installée par les Ottomans et qui avait obtenu son autonomie, continuait à exercer le pouvoir.Safiya se retrouve au palais beylical, dont le maître fut soumis à l’autorité française jus» qu’à la prise du pouvoir par les nationalistes conduits par Habib Bourguiba en 1956.Bien que le bey l’eût appuyé dans sa lutte pour l’indépendance, Bourguiba, dès qu’il eut pris le pouvoir, décida de le déposer et de jeter les membres de sa famille en prison.Feyçal Bey voue à sa grand-mère Safiya une admiration sans bornes.Femme forte, décidée, elle a su affronter toutes les vicissitudes de l’histoire et s’est acharnée à défendre sa dignité et son intégrité, physique et morale.Au palais ottoman, elle réussit à dépasser un statut correspondant au départ à celui d’une domestique.En Tunisie, par-delà les intrigues et les pièges, elle surmonte l’infériorité de son état pour épouser un prince.Son ultime combat l’opposa à Bourguiba qui, bien qu’elle l’eût connu comme combattant nationaliste et familier du palais, lui interdit toute familiarité.Car devenu président, il s'employait à effacer les vestiges du pouvoir monarchique.Safiya, femme forte qui triomphe de tous les obstacles, ressemble à d'autres figures féminines que des romans historiques populaires offrent depuis quelques années à l’admiration de leurs lecteurs.Dans La Dernière Odalisque, les événements historiques se déroulent en arrière-plan, sous le couvert d'intrigues de palais.C’est la figure d’une femme exceptionneDe qui est mise en lumière, et le lecteur prendra plaisir à suivre les péripéties de son existence.Nat ni Kattan 1- K U K V o I K .I K > S A \! t I) I > (?E T DIM A \ ( Il K 2 I nil 0 I! R \ n n i l> Il LE DEVOIR A K 1 C O N T E M P O K A 1 \ ¦gwijaa* Pierre Blanchette dans son atelier, 2001 SOI kv I 1 l S \m U- K S si \IMSKN | Exposer les ateliers Après quatre années de relâche, l’événement prend une nouvelle tournure BERNARD LAMARCHE le' devoir Les deux prochaines fins de semaine permettront de se familiariser avec un aspect encore méconnu de la création contemporaine dans le domaine des arts plastiques.De retour après une interruption de quelques années, l’événement Les ateliers s'exposent revient, selon une formule revue et augmentée.L’organisme Cobalt Art Public est toujours derrière l’initiative qui, depuis 1991, tente d’élargir les réseaux de diffusion de l’art'contemporain.Avec l’arrivée d’une commissaire qui a fait des ateliers d’artistes la spécialité de ses études, Véronique Rodriguez, l’événement prend une nouvelle tournure.En 1991, 65 artistes s’étaient mis d’accord pour ouvrjr leurs ateliers au grand public.A l’origine, les visites avaient lieu sur quatre fins de semaine.Après quatre années de relâche, pour cette sixième édition, l'événement s’est concentré sur deux fins de semaine, mobilisant un nombre restreint d’ateliers: Ceux d'AUredo Abeijon, Pierre Blanchette, Sylvain T.Cousineau, Pascal Dufaux, Mei-Kei Feu, Andrew Forster, Jérôme Fortin, Diane Gougeon, Do-minique Goupil, Isabelle Hayeur, Eric Lamontagne, Valérie Lamontagne, Michael Merrill, James Newman, Carmen Ruschiensky, Armand Vaillancourt, Henri Ven-ne et Mary Sui Yee Wong.Auxquels s'ajoute la participation de l’Atelier Circulaire et de l’Atelier Fovea, des collectifs, pour une soixantaine d'artistes au total.Nouvelle formule L’édition actuelle annonce quelques changements.D’abord, elle ne fait plus uniquement dans la promenade, s’étant dotée d’un point d’ancrage.Depuis la semaine dernière, une exposition accueille les visiteurs à une adresse centrale, sur le parcours des vingt ateliers choisis.A la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal, des oeuvres sont présentées, qui retiennent l'atelier comme thématique.C’est là un des principaux ajouts de l’événement.En galerie, explique Véronique Rodriguez, on a demandé aux artistes de produire des objets «qui parlent de l'atelier, de leur processus, de la façon dont ils travaillent ou qui les montre en atelier».L’événement est conçu de manière à donner à réfléchir sur la réalité des artistes dans le contexte de la pratique en atelier.Ces derniers ont été retenus sur la recommandation d’un comité de quatre personnes: à la commissaire déjà nommée se sont ajoutés Joanne Gennain, de la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal, Isabelle Courteau, de Cobalt, et André Clément, président du conseil d’administration du même organisme.Quelques critères ont présidé à ces choix.Les artistes ayant participé à des éditions antérieures de l’événement ne pouvaient être retenus, [.es «chromos» étaient d’emblée exclus.Etaient considérés par ailleurs des artistes de plusieurs disciplines.«On a sorti des noms, une soixantaine.» Quelques problèmes se sont posés, notamment en raison de la participation de plusieurs artistes à la vitrine du Québec à New York, qui a dû être annulée, comme on le sait.L’autre problème est relié plus directement à la problématique de l’événement.«Plusieurs artistes n ’ont pas d’atelier.Certains travaillent dans un bout de la cuisine ou de leur chambre à coucher et ne voulaient pas ouvrir leur porte.D’autres n’ont carrément pas d’atelier en ce moment.» Il a donc fallu rectifier le tir.Ixs artistes qui ont accepté étaient situés dans l’axe Saint-Laurent/Saint-Denis.Contrairement aux éditions précédentes, on a veillé à ce qu'aucun atelier du parcours ne soit isolé.Cela étant, Rodriguez soutient que, sur cet axe, «très peu d’artistes ont des ateliers séparés de la maison, parce que ça coûte trop cher».Le phénomène n’est toutefois pas généralisé.En périphérie du centre-ville, les ateliers sont davantage distincts.Dans les éditions-confiées aux commissaires Gilles Dai-gneault et Marie-Michèle Cron, en 1995 et 1996, rappelle Rodriguez, les ateliers étaient toujours autonomes.Leur réflexion allait alors dans une direction différente.Or, Rodriguez observe que «de plus en plus d’artistes n 'ont pas de lieux permanents de travail.Ce que l'événement montre, c’est que de plus en plus, l’atelier est un processus, ce n’est pas un lieu fixe.Au besoin, l’artiste loue un espace s’il en a besoin, ou il vide une pièce de l’appartement, pour voir, lorsqu’il produit des objets».Selon la commissaire, cette situation est à mettre en parallèle avec le système des bourses qui.en règle générale, alloue les sommes de manière ponctuelle.«Les artistes fonctionnent par projets.On ne parle plus de la vie d’artiste comme avant, quand les artistes produisaient sans attendre d'être exposés.» la corrélation entre le système des bourses et la nouvelle réalité de l’atelier est claire dans l'esprit de la commissaire.Une publication Le dernier volet concerne une publication qui reste à venir.U's éditions antérieures du catalogue comprenaient un texte de présentation du commissaire, des photographies des ateliers, et on demandait aux artistes d’écrire sur leur pratique, sur leur atelier.«On a profité du fait que j’avais réfléchi sur l’atelier pour essayer de voir ce qui se passe à Montréal.» la thèse de doctorat récemment soutenue par Rodriguez porte justement sur ce sujet.Selon l’approche qui est la sienne, empruntant ses méthodes à la sociologie de l’art, Rodriguez a reçu en entrevue les artistes, «afin de réaliser une synthèse».Les résultats seront publiés dans une revue d’art contemporain montréalaise encore à préciser.LES ATELIERS S’EXPOSENT Les 20,21,27 et 28 octobre De 13h à 17h Information: Maison de la culture Plateau-Mont-Royal 465, avenue du Mont-Royal Est Montréal TéL: (514) 872-2266 h U S A I la.IKRS S'KXPOSKNl Head (Studio 4324 Saint-Laurent), 1995, de Michael Merrill.Exposition À l’Ecdmusée DU FIER MONDE 2D5D, rue Amherst Visites GUIDEES EN AUTOBUS EN COLLABORATION AVEC L'Autre Montréal les dimanches 21.28 OCTOBRE E' 4, 1 1 NOVEMBRE Informations : (5 1 4) 528-8444 — ecoMusea D 3 DURGR MONDE ans d’histoire Wj i UQAM Université du Quebec a Montrés1 ALLIANCE POUR LA CIRCULATION DE L'ART 8 MANOEUVRES EN SUÊTE D’UN TERRITOIRE ui % OC O a tu oc I oc IU ta >- U O) en j-ai O oc 3 « wr x a, -t a oc '7 m 0) O CO MANOEUVRE 7 DOYON/DEMERS Du 1er au 31 octobre, du mercredi au samedi de 10 à 12 heures et de 13 à 17 heures VEUVES DE CHASSE - PETITS RÉCITS 206, RUE SAINT-JOSEPH, SAINT-RAYMOND www.doyondemers.org petitsrecits@doyondemers.org 3 impérial INFORMATIONS : (450) 372-7261 GALERIE BERNARD “FIGURATION II" 6 artistes - peintres Du samedi 20 octobre au samedi 17 novembre 2001 90 av.Laurier Ouest Tél.: (514) 277-0770 mardi au vendredi de 11 h â 18 h.jeudi jusqu'à 20 h.samedi de 12 h à IV h et sur rendez-vous ÉVALUATION - EXPERTISE - SUCCESSION RENÉ DEROUIN Fragments du territoire Œuvres récentes Jusqu'au 10 novembre GALERIE SIMON BLAIS I 4521, rue Clark Montreal H2T 2T3 514 849.1165 Ouvert du mardi au vendredi 9h30 à 17h30 et le samedi lOfi à I7h LE VIDE DE L'ESPACE ESI UN PARADOXE Exposition collective de sculptures, peintures et installations de neuf artistes montréalais GILLES BISSONNET, PIERRE CRÉPÔ.NATHALIE DION, CLAUDE-PAUL GAUTHIER, DIANE GIGUIÈRE, MICHEL GUILBEAULT, CLAUDE LAMARCHE, ARMAND VAILLANCOURT ET FLORENT VEILLEUX.Jusqu’ au 28 octobre 2001 Entrée libre L'Espace Vide 3207, rue Sainte-Catherine Est Exposition présentée en collaboration avec la maison de la culture Maisonneuve Renseignements (514) 872-2200 ou (514) 220-5680 wttw.ville.montreal.qc.ca/rnaisons TABLEAUX en TRANSPARENCE et DESSINS de MARTINE CHARTRAND réalisatrice du filin d aiumati AME NOIRE / BLACK SOUL produit par l’O N.l du 23 octobre au 25 novembre 2001 mardi, mercredi : 13 h a 19 h jeudi : 13 h à 1K h vendredi, samedi, dimanche : 13 h a 17 h i ntree libre Maison de la culture Rosemont-Petite-Patrie 6707.avenue de Lormuer métro Beaubien, autobus 1H fom Pf/TA 20 ANS DES MAISONS DE VIE DE LA Cü.TURf CULTUREUi VOlRfc KtSbA 20 ANS DLS MAISONS DEVIE DF 7 ! U RF.CULTURELLE Renseignements (514) K72-I7 V www.viIlc.montreal.ut t a maison Ville de Montreal constn MJ A«TJ CT MJ iFTWIS DU Outil: Ville de Montréal I) 12 I.E DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DI M ANCHE 21 OCTOBRE 2 0 0 1 LE POUVOIR DE LA RÉFLEXION 34 photographes canadiens (de Raymonde April a Bill Vazan) Galerie Liane et Danny Taran Centre Saidye Bronfman 5170, chemin de la Cote-Sainte-Catherine Jusqu’au 4 novembre J EAN - C LA U I) E R O C H E FORT exposition se présente comme une étude quasi ' exhaustive sur un sujet riche et pratiquement inépuisable: le phénomène de la réflexion ou l’apparition d'un reflet dans l’image photographique.On hésite délibérément entre les termes «reflet» et «réflexion» car ce balancement illustre bien le caractère équivoque du sujet traité.Et c’est dans cette double articulation que réside tout l'intérêt de l’exposition.En effet, il est fortement question du pouvoir de la réflexion, pouvoir que la commissaire de l’exposition, Martha langford, assimile à nos «propres croyances à propos de l'image».Mais il est fréquemment question aussi de la présence de simples reflets produits par une surface réfléchissante (on est dans «l’espace réservé au reflet», dont parle la commissaire dans l’éloquent texte du catalogue qui accompagne l’exposition).' DE VISU ' ARTS VISUELS La pâleur du reflet la commissaire a choisi de déployer dans l'espace un enchevêtrement de différentes approches photographiques, et cela, sans se soumettre a de strictes délimitations historiques et a de contraignants découpages d'esthétiques photographiques.Cette souplesse convient au theme abordé, et cet agencement, tout en regards croisés, constitue l’un des nombreux mérites de l’exposition.La première photographie a été prise par Ella Hart.Datant fort probablement du début du siècle dernier, elle montre une enfant agenouillée sur une commode qui tient entre ses mains un col rigide.Son reflet dans le miroir dévoile une mine désenchantée.L’image renvoie à une tradition de la peinture hollandaise voulant que le reflet répète a ce qui était déjà visible dans le tableau, mais sous un éclairage autre, dans une perspective modifiée.C’est une œuvre de Laura Letinsky qui ferme ce cortège d’images réfléchies.On y voit à l’avant-plan gauche une femme nue, au dos fortement éclairé.Elle tient du bout des doigts une robe qu’elle ajuste à ses épaules.Son reflet apparaît sur le bord inférieur droit du miroir de la commode.Entre son corps et le reflet ravi de ce dernier, un homme nu gît sur un lit et regarde la scène comme s’il était anéanti par l’intériorité de ce banal geste quotidien.Entre cette ouverture empreinte de nostalgie et cette fermeture dépeignant un émouvant moment d’intimité se trouve un SOURCE CENTRE SAIDYE BRONFMAN Enfant regardant dans un miroir, de la photographe albertaine Ella Hartt.foisonnement de propositions qui n’ont fias nécessairement tout le caractère d’évidence attendu.Art conceptuel En terminant, on s’en voudrait de ne pas souligner la présence d’une photographie qui, mine de rien, synthétise une bonne partie de la thématique de l’ex- position.Intitulée Æsthetic Decision (1979), d’Iain Baxter, cette photographie est un petit chef-d’œuvre d’art conceptuel.On y voit trois hommes attables et buVant un verre.Un curieux brouillard nimbe leurs visages, comme s’ils étaient déjà sous l’emprise de vaporeuses cogitations.En y regardant de plus près, on se rend compte que la photographie a été renversée afin de confondre notre perception du réel redoublé.Comme dans bon nombre de ses œuvres, Baxter jette un regard lucide sur les fondements de la représentation qui reste d’une profonde acuité.Il semble que l’œuvre de Baxter n’a pas toute la reconnaissance quelle mérite de ce côté-ci de l’océan.Avec des moyens souvent plus économes que ceux utilisés par Michael Snow, par exemple, cet artiste vise à tout coup en plein centre de la cible.D’une justesse de logicien, l’œuvre de Baxter exige que l’on s’y attarde si on veut en saisir tous les ressorts.Martha Langford termine l’essai de son catalogue d’exposition en affirmant que «la réflexion dans le reflet est la mise en image d’une ouverture d'esprit, un terrain fertile pour interroger, pour réinventer, des dispositions qui sont le propre de l'effervescence de notre espèce».Que peut-on ajouter à cela, sinon qu’une exposition de cette qualité fait ressortir un manque cruel, à savoir l’absence d’un espace permanent consacré à la réflexion sur l’image photographique, et non pas à l'animation, comme on s’apprête à le faire ailleurs en ville?DESIGN Le relief du plat pays SYLVIE BERKOVICZ Chaque automne depuis cinq ans, les conférences Ferdie offrent un ticket gratuit pour visiter le meilleur du design d’intérieur d’un pays.Une façon fort efficace, à travers trois conférenciers, d’en savoir un peu plus sur ce qui se passe dans le monde du design, une occasion unique de découvrir en images et en mots des lieux inaccessibles, des concepts ou des techniques nouvelles.I.a Belgique Plat pays que celui qui a été chanté par Brel.petit pays situé au cœur de l’Europe, divisé en trois communautés culturelles: flamande, allemande et française, qui vit lui aussi un antagonisme au travers d’une frontière linguistique entre Flamands et Wallons.Voilà en gros ce que l’on sait de la Belgique: les amateurs d’art ne manqueront pas, à raison, de rappeler les grands peintres qu’a donnés l'école flamande.Plus récemment, Magritte et Delvaux nous ont marqués de leurs images surréalistes.Marteen Van Severen, lui-même fils d’un peintre célèbre en son pays, est un homme plutôt complexe, secret ou timide, voire les trois à la fois.Impossible à définir, difficile à saisir.11 refuse le terme «minimaliste», avance qu'il serait plu tôt maximaliste.11 est vrai que l’apparente simplicité de ses objets cache des trésors de technologie, de réflexion et de recherche.Pris au piège de son succès, il s’est résigné, il y a deux ans seulement, à faire manufacturer certains des modèles qu'il réservait jusqu’alors à l'expertise des artisans de son atelier.Il refuse même qu’on l’appelle desi- Un appartement de Soho conçu par Michel Boucquillon.ARCHIVES LE DEVOIR cond conférencier de cette série belge.11 a pris la parole le 15 octobre dernier.Architecte basé à Anvers, il a signé d’innombrables aménagements de boutiques, essentiellement de mode, non seulement en Belgique mais aussi à Londres (pour le grand magasin Selfridges), à Tokyo, à Paris et à Milan.Qualifié lui aussi de minimaliste, il joue sur les formes pleines, linéaires, la géométrie de l’espace et les contrastes des matériaux.Malgré l’apparente rigueur de son approche, Vincent Van Duysen admet ne proposer que des cadres de vie pour ses clients.Libre à eux d’y ajouter ensuite ce qu’ils peuvent, y compris des antiquités, et d’y exprimer librement leur personnalité.Il n’y a pas de dictature de l’espace, comme le suggèrent souvent les photos de magazines, qui présentent des espaces délibéré- gner, arguant que son travail n’est pas seulement de donner une forme aux choses mais de leur donner une vraie raison d’être, qui peut mener jusqu’à une quasi-dématérialisation.Premier locuteur de cette série belge, Marteen Van Severen a fait clairement la démonstration que c’est en images plus qu’en mots que le travail du designer se comprend.A travers croquis, maquettes, photos d’atelier et mécanismes plus ou moins bricolés, son histoire se construit Elle parle du corps humain, d’une chaise qui se déforme sous le poids de ce corps, elle parle de la résistance d’un matériau qu’on amène jusqu a son point de rupture.Elle parie de l’envers des choses, aussi parfait que leur endroit, comme LE CENTRE D'EXPOSITION DE BAIE-SAINT-PAUL présente Du 29 septembre au 30 novembre 2001 CHARLES PACHTER «Mythes et légendes» Commissaire: Paul Lussier SOFIE FÉKÉTÉ «Faucheuse conditionneuse» «MOI MES SOULIERS» «TÊTE EN TÊTE» Projets d'arts réalisés par les étudiants du secondaire du Séminaire de Chicoutimi Commissaire: Luc Gauthier 23, rue Ambroise-Fafard (4181 435-3681 LE CENTRE D'EXPOSITION EST SUBVENTIONNÉ PAR LE MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS DU QUÉBEC.ces tables impudiquement exposées au mur d’une galerie.Son histoire croise aussi celle d’un grand architecte, Rem Koolhaas, le voisin néerlandais pour lequel Van Severen imagine du mobilier devenu lui-même architecture.Montrer un pont pour parler d'une table, c’est tout le talent de Van Severen, un talent qui a bien du mal à s’exprimer en entrevue devant les journalistes! Et lorsqu’il exprime son désir d’une table sans pieds, on comprend alors que ceci n’est pas une table.ceci n’est pas un designer! Minimalisme Vincent Van Duysen est le se- GALERIE DE BELLEFEUILLE EXPOSITION JACQUES FAYETTE JUSQU’AU 25 OCTOBRE 1367 AVE GREENE.WESTMOUNT TEL; 514.933 4406 FAX: 514 933.6553 DU LUNDI AU SAMEDI : 10H - 18H www.debellefeuille.com .jip ESPACE D'ART er D'ESSAI CONTEMPORAINS Serge Murphy Autels de fortune vernissage 20 octobre à 15 h L'exposition se poursuit jusqu’au 18 novembre • Saison 2002-2003 Date de tombée pour présentation des dossiers 27 octobre 460.rue Sainte-Catherine Ouest, espace 307 Montréal H3B1A7 Info : LUI Michaud, directrice (514| 397 0236 Téléc.: (514) 397 8974 nouvelle activité à Pointe-à-Callière pour les 4 à 8 ans En octobre, c'est vendredi 13, tous^^les jours» I - ;:"wr « £*• 1 Venez en famille aider Jack à retrouver sa lanterne à travers une épopée théâtrale où l'histoire de I Halloween vous sera racontée avec quelques frissons en prime.Les samedis et dimanches de midi à I6I1OO - pisqu à la fin octobre Enfants (4 ou 5 ans) : gratuit J le 19 and O C Musee ri archéologie .7 a iS ^ W et d histoire de Montreal Adulte: 9,50 S ’ i W 3SQ.sla» no»*)* Famille : 19 S Pnmi \(AI II Kl Musee d archéologie et d'histoire de Montreal 350, place Royale Vieux Montiéal 15141872 9150 mu see-pointe-a -c alhei e qc ca ment dépouillés de tout ornement par les photographes.Enfin, le dernier à prendre la parole sera Michel Boucquillon, le seul orateur francophone de cette série et certainement le plus latin des trois invités.Formé et établi à Bruxelles, Boucquillon est un architecte plus «institutionnel», responsable de projets de grande envergure comme la gare du Midi, une étude qui lui a valu de nombreux prix.Enfin, Michel Bouc- quillon assure la fonction de coordinateur esthétique du Parlement européen; il est également l’auteur de l’hémicycle et de l’architecture du bâtiment Dernière conférence: Michel Boucquillon Lundi 5 novembre à 18h Les conférences Ferdie ont lieu à la salle Ernest-Cormier du pavillon principal de l’Université de Montréal.L’entrée est libre.EXPOSITION DANIELLE LANTEIGNE DU 23 OCTOBRE AU 3 NOVEMBRE Visitez le site www.total.net/~klinkhof/pour voir l’exposition "Fleurs dans le pré".2001 Acrylique sur toile 60" x 96" GALERIE WALTER KLINKHOFF inc 1200, RUE SHERBROOKE OUEST, MONTRÉAL TEL.(514) 288-7306 vnx* DE MONTRÉAL - CMAQ La Ville de Montréal, en collaboration avec le Conseil des métiers d’art du Québec, a fondé le prix François-Houdé afin de promouvoir l’excellence de la nouvelle création montréalaise en métiers d’art et de favoriser la diffusion d’oeuvres des jeunes artisans créateurs.Re-vH se ici pri* FranÇoi s-h oudé et vernissage «Je j/enpositi©* «les oeuvres «les finalistes Le mardi 23 octobre 200 1 à 17 h 30 finalistes 2001 Patrick Bureau Stéphanie Lapierre Renée Breault-Doucette Mane-Ève Martin Natacha Chamko Julie Mineau Laurent Craste Natasha St-Michael Elyse De Lafontaine Cathy Strokowsky L'exposition se poursuit jusqu'au 18 novembre 2001.Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h.Galerie des métiers d’art du Québec Marché Bonsecours 350, rue Saint-Paul Est Montréal IQuébed H2V1H2 Tél.: 15141 878-2787.Courriel : cmaqBmetiers-d-art.qc.ca Site internet : www.metiers-d-art.qc.ca Ville de Montréal I 4
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