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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2001-11-17, Collections de BAnQ.

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" Alain Robbe-Grillet Page D 7 © E N Q U Ê T \ A nous deux, Paris !(2) Karine Sarrat poursuit cette semaine son enquête auprès des éditeurs français afin de savoir quel chemin empruntent les manuscrits non sollicités qui leur sont proposés.Après une incursion chez Albin Michel, Robert Laffont et Stock, dont les résultats ont été publiés dans le cahier Livres du Devoir de la semaine dernière, la tournée du VIe arrondissement se poursuit avec les Editions du Seuil et Stock.Où vont les manuscrits des inconnus?KARINE SARRAT Saint-Germain-des-Prés — Dans le désert de leur solitude, Saint-Germain-des-Prés est longtemps demeuré une oasis pour les écrivains.Avec ses nombreux cafés qui leur ont servi de lieux de rendez-vous, ses bouquinistes aux trouvailles ahurissantes (j’y ai vu des lettres écrites de la main de Napoléon, de George Sand et de Chopin), ses galeries d’art aux vitrines intrigantes, ses restes aux menus alléchants, ses sous-sols abritant des boîtes de jazz, on comprend pourquoi les écrivains y ont élu domicile — à une certaine époque.Le Saint-Germain d’aujourd’hui a perdu son âme de village d’écrivains bohèmes.Il est un village où l’art se marchande.Les riverains, on ne les voit plus; ils sont noyés dans la foule où se croisent à proportions égales flâneurs et travailleurs, étudiants et touristes, lecteurs et auteurs.H demeure aujourd’hui le repaire de l’élite intellectuelle parisienne car il reste avant tout the hameau des maisons d’édition.Les Editions du Seuil La rue Jacob, veine principale de Saint-Germain-des-Prés, présente une des caractéristiques de ce village urbain.Les bus ont juste assez de place pour circuler et les trottoirs sont aussi étroits que des sentiers de campagne, mais les bistrots sortent quand même une table ou deux en guise de terrasse.On ne s’attend pas à ce qu’au numéro 27 on tombe sur un portail ouvrant sur une petite maison rustique style maison de campagne.Pourtant, sous ses airs de façade discrète, la maison Seuil produit trois cents titres par an.Deux cents comprennent des essais de philosophie et de psychanalyse, et cent sont des romans.Bertrand Visage, directeur littéraire, me reçoit du haut des dix marches et m’invite à le suivre au troisième étage.«Désolé pour les trois étages sans ascenseur», dit-il en grimpant le colimaçon.Nous arrivons au dernier étage de cette maison centenaire nichée au cœur de Paris.Je suis interloquée: l’étage est compartimenté en pièces minuscules, le genre de pièces si petites qu’on les appelle des chambres de bonne pour illustrer leur capacité à contenir un lit simple.Cet étage était-il jadis réservé aux domestiques?«Pas du tout.On dit que cette maison VOIR PAGE D 19: PARIS L’histoire continue.352 pages.39.95$ ENTREVUE Im Manufacture de machines de Louis-Philippe Hébert Page I) 11 LE DEV01R ,-«s* f (J i ' Le parc Gÿell d’Antonio Gaudi à Barcelone Jazz, paella, hip-hop, littérature maghrébine, zombis.Produits bizarres, concepts bigarrés, aux identités multiples, produits de toutes les cultures, modernes, si riches, si étonnants.Ce sont autant d’expressions du métissage, ce réseau imprévisible de rencontres et d’échanges, sur l’immense toile qu’est devenue la planète moderne.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Le métissage, dans ce qu’il a d’ouvert, de fuyant et de souvent indéfinissable, le métissage toujours en pleine transformation, c’est le sujet du dictionnaire Métis Sages, d’Arcimboldo à zombi, un ouvrage signé de l’écrivain et traducteur Alexis Nouss et de l’anthropo-loguç François Laplantine, qui vient de paraître aux Éditions PauverL Métissage, ici, est le contraire du racisme et de la culture figée, consignée, limitée, morte.Cela donne un dictionnaire pour le moins étrange, aux entrées inattendues, aux rencontres et aux chocs imprévus, comme un voyage.Un dictionnaire à la fois léger et profond, qui observe et analyse un phénomène difficile à cerner parce que toujours en mouvance, mais dont la reconnaissance est, au fond, indispensable à la compréhension du monde actuel.L’usage alphabétique y fait côtoyer des thèmes aussi variés que Hitchcock et hip-hop, que Maya et Méditerranée, que Brésil et brahmane.Parmi l,es auteurs cités, on trouve tout aussi bien Édouard Glissant que Stéphane Mallarmé, Amin Maalouf que Jacques Derrida.Cela donne une sorte de tour de Babel réussie, convient Alexis Nouss en entrevue, un lieu où l’on peut être à la fois 100 % ce que l’on était et 100 % ce que l’on devient, ou les identités sont multiples, et promises à de nombreuses transformations encore.«Le pari, c’est de dire qu’on peut être de plusieurs endroits en même temps», ajoute Nouss.Ainsi, on y trouve l’écrivain maghré bin qui parle autant le français que l’arabe, par exemple, ou le jazz: «aboutissement (inachevé) d’un long processus d’évolution et de transformation des musiques afro-américaines aux États-Unis sur fond d’antimétissage».«Prenons le rap, français ou québécois.J’adore cette musique parce qu’elle renouvelle la langue française.Brassens aujourd’hui aurait fait du rap.Les rappeurs sont 100 % à l'intérieur de la langue française, mais aussi 100 % à l’intérieur d’une autre culture, qui leur permet cette rythmicité, ce jeu sur la langue», dit Nouss.A l’entrée «Québec», l’ouvrage cite Jacques Godbout, qui explique ainsi notre double allégeance culturelle: «Hollywood et Broadway pour le cinéma, le divertissement, les sensations fortes; la rive gauche et le Quartier latin parisiens pour les livres et les idées»; on y parle aussi du métissage autochtone souvent fantasmatique, sans ignorer les influences écossaises et irlandaises.Dans leur préface, les auteurs précisent que «le « Toute culture ne peut évoluer que si elle est métissée, si elle intègre de l’altérité en elle-même » sujet métis demeure un sujet libre et peut effacer l’opprobre de l’origine, comme il peut en déconstruire le fondement métaphysique en faisant de ce destin une condition».Et au-delà de cet élan et de cette curiosité vers l’autre qu’ils appellent de toutes leurs forces, les auteurs, dans leur préface, ont des mots durs pour la colonisation, ce «viol» d’une culture par une autre.«La colonisation, du côté du colonisateur, elle n’est pas métis, parce que le colonisateur ne veut pas devenir comme l’autre, précise l’auteur.Mais du côté du colonisé, il y a un métissage, parce qu’il sera à la fois de sa culture, et de la culture dominante.» Car dans le «métissage», les cultures se voisinent dans le respect l’une de l’autre, assurant leur survie, sans volonté de dominer et donc d’anéantir.Entre ces considérations très sérieuses sur la condition humaine et culturelle, Métis Sages est aussi léger, éclectique, amusant.Il visite la cuisine, on propose même quelques recettes, la danse, l’art et la littérature, de préférence en mouvement Car les citoyens de la cité, les habitants des grandes villes modernes, ces ensembles qui les réunissent et les isolent en même temps, ces mots, à force de se côtoyer, finissent par créer de nouveaux motifs, une nouvelle culture.«Toute culture ne peut évoluer que si elle est métissée, si elle intègre de l’altérité en elle-même», dit Nouss.VOIR PAGE D 2: MÉTIS Don Cillmor, Achille Michaud et Pierre Turgeon UNE HISTOIRE POPULAIRE DE LA CONFÉDÉRATION À NOS JOURS F I D E S PHOTO: BENITO RUIZ 256 pages - 29.95$ Éditions du Seuil LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 1 « >' 0 V E M B R E 2 0 0 I J M Coetzee DISGRÂCE C'est dur, violent, terrible, mais c'est , I ,j quelque chose de remarquable, lii K )k( I I Il/f [ ] Un chef-d'œuvre, rien de moins.Jean tugère Michel Foko ' OMMr 'iV'AN’T! EN AVANT COMME AVANT ! [.] un roman jubilatoire, où l’invraisemblable devient plausible grâce à la dextérité d'un conteur exceptionnel -5 doublé d'un chercheur infatigable.Sonia Sarfati, La Presse MichèleGazjer Mtobèto UMter LE FIL DE SOIE Une écriture toute en couleurs, en chatoiements, en fines textures.[.] Un hymne à la jeunesse, à la beauté et à la sensualité.Marie-Claude Fortin.Voir iA/icr j°hn Le Carré / LA CONSTANCE DU JARDINIER Un roman d’espionnage brillant dans lequel l'auteur dénonce l’exploitation éhontée qu’exercent les compagnies pharmaceutiques sur la vie humaine.René Homier-Roy, S.R.C./C'est bien meilleur le matin Catherine Millet LA VIE SEXUELLE DE CATHERINE M.Ce récit constitue à coup sûr.l'un des livres les plus audacieux et les plus stupéfiants que la tradition érotique ait donnés à la littérature française.Éditions du Seuil I) 2 1»^ Livres ’Al, m- METIS SUITE DE LA PAGE D 1 L’autre, en métissage comme en amour, est à la fois dangereux et désirable.D mène ailleurs, hors de soi, là surtout où on n’avait pas prévu aller.«L’être humain est obligé de rencontrer l’autre pour se perpétuer lui-même», constate-t-il d’ailleurs.Le métissage, pour Alexis Nouss, qui enseigne au département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal, est une caractéristique dommante de la moderhité.Partout dans le monde, notamment à cause du phénomène croissant de l’immigration, les identités s’additionnent pour former des rythmes, des couleurs, jamais vus encore.Le métissage, c’est le contraire aussi de l’intégration, comme ce minestrone dont les auteurs vont jusqu’à suggérer la fàbrication, par lequel tous les éléments sont présents dans un tout goûteux, sans rien perdre toutefois de leur nature d’origine.C’est cet univers moderne, où rien n’est noir ou blanc, où les influences se multiplient, sans vraiment être nommées.C’est une tendance irréversible qui renverse la notion d’un Etat fondé sur l’homogénéité culturelle.Car tenter d’établir les sources exactes du métissage, c’est nier sa nature profonde, ce mélange qui fait ce qu’il est, une culture en devenir.Ce dictionnaire, donc, est résolument baroque.D explore, au gré des influences et des déterminants des auteurs, l’univers métisse de chacun d’eux, en plus des thèmes jugés inévitables, l’altérité, par exemple, l’improvisation ou l’ambivalence.Car chacun de nous est métissé, est le produit de différentes cultures qui lui ont appris à parler, puis à danser, à chanter,, qui l’ont nourri, habillé, instruit.A l’entrée «antimétissage», les auteurs citent f\ LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Le monde perdu d’un grand écrivain à ce sujet Octavio Paz, qui, parlant du Mexique, disait «Il y a toujours une partie indienne de soi qui n’arrête pas de se chamailler avec la partie espagnole.» Aussi, s’il est vrai que le Brésil est souvent nommé comme étant le pays métissé par excellence, la France l’est tout autant, explique Nouss en entrevue.Pour réussir et vivre son métissage, la société occidentale, après avoir exploré, particulièrement au cours des derniers siècles, les thèmes de la liberté et de l’égalité, devra approfondir celui de la fraternité.Car à la globalisation, nouveau mot-culte qui définit des échanges commerciaux imposés par une culture dominante, Nouss oppose celui de mondialisation qui, plutôt que de parler de produits, suggère des échanges intensifs et féconds entre les humains de la terre.Suivant le fil de l’histoire, ces humains seront, ils sont déjà, de plus en plus ouverts, de plus en plus métis.MÉTIS SAGES Alexis Nouss et François Laplantine Editions Pauvert Paris, 2001,643 pages Wl'Hïtü Jj i FLORENT - le goût du bonheur, T.3 ¥ M.LABERGE ¦ w Boréal 4 2 Roman Qc L’HOMME QUI ENTENDAIT SIFFLER UNE BOUILLOIRE M.TREMBLAY Leméac 2 3 Roman ROUGE BRÉSIL V Prix Concourt 2001 - J.-C.RUFIN Gallimard 11 4 Sport BROCHIV POUUfi'BOLDUC Libre Expression 2 5 B.D LE LIVRE D'ASTÉRIX LE GAULOIS G0SCINNY / UOERZO Albert René 2 6 Roman Qc GABRIELLE - Le goût du bonheur, T.1 ¥ M.LABERGE Boréal 49 1 Roman Qc PUTAIN ¥ N.ARCAN Seuil 10 8 Fantastique HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU, T.4 ¥ J.K.ROWLING Gallimard 51 9 Fantastique HARRY POTTER A L'ÉCOLE DES SORCIERS, T.1 ¥ J.K.ROWLING Gallimard 10?10 Biographie Qc AUTOUR 0E DÉDÉ FORTIN J.BARBE Leméac 3 11 Polar LA CONSTANCE OU JARDINIER ¥ J, LE CARRÉ Seuil 4 12 Livre d’art HISTOIRE DU QUÉBEC ¥ J, LAC0URSIÈRE Henri Rivard 2 13 Biographie Qc M.VASTEL L’Homme ?14 Roman Qc ADÉLAÏDE - le goût du bonheur, T.2 M.LABERGE Boréal 33 15 Cuisine LES SÉLECTIONS DU SOMMELIER 2002 F.CHARTIER Stanké 3 16 Polar INSPECTEUR SPECTEUR ET LE CURÉ RÉ G.TASCHEREAU Intouchables 3 17 Actualité LE FAUCON AFGHAN 0.WEBER Robert Laffont 2 ]8 Jeunesse CHANSONS DOUCES, CFW4S0NSlENDR£S(üvie 4 K) ¥ H.MAI0R Fides 8 19 Essai Qc S.CHAPLEAU Boréal 1 20 Sport COMMENT IE JOUE AU GOLF ¥ T.WOOD L'Homme 2 21 B.D.BLAKE ET MORTIMER N° 15 - l’étrange rendez-vous COLLECTIF Blake & Mortimer 5 22 Sc.Sociale LE PRINCIPE D'HUMANITÉ J.-C.GUILLEBAUD Seuil 9 23 Psychologie LES HASARDS NÉCESSAIRES J.-E.VÉZINA L'Homme 6 24 Spiritualité IE GRAND LIVRE OU FENG SHUI ¥ G, HALE Manise 134 25 Biographie Qc |NÉ LÉVESQUE, T.3 - L'espoir et le chagrin ¥ P.G0DIN Boréal 5 26 Roman Qc If DAME PERFECTA A.MAILLET Leméac 4 27 Roman MAMIE DAN D.STEEL Pr.de la Cité 2 28 Essai L’ÉTAT DU MONDE 2002 COLLECTIF DecouiÆrt^ Boréal 4 29 Humour Qc G.LATULIPPE TDV 1 30 Biographie Qc L'IMPATIENT ¥ P NADEAU Flammarion Qc 4 31 Roman Qc CHERCHER LE VENT ¥ G.VIGNEAULT Boréal 4 32 Santé PLUS JAMAIS MAL AU DOS P.PALLARDY Robert Laffont 9 33 Actualité BEN LADEN ET L'AMÉRIQUE F.BLANC Bayard-Presse 2 34 Fantastique HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES SECRETS, T.2 ¥ J, K ROWLING Gallimard 102 35 Fantastique HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D'AZKABAN, T.3 ¥ J.K.ROWLING Gallimard '.32 36 Biographie Qc MON AFRIQUE L.PAGÉ Libre Expression 4 37 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! ¥ T 0 ANSEMB0URG L'Homme 44 38 Sc.Sociale Qc LA SIMPLICITÉ VOLONTAIRE ¥ S.MONCEAU Écosociété 188 39 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 63 40 Jeunesse ARTEMIS FOWL E.COLFER Gallimard 6 41 Roman Qc LE REJETON D, M0NETTE Logiques 10 42 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?S.JOHNSON Michel Lafon 48 43 Cuisine LE VÉGÉTARISME A TEMPS PARTIEL ¥ LAMBERT/DESAUINERS L'Homme 7 44 BD.Y0K0 TSUNO N° 23 - la pagode des brumes R.LEL0UP Dupuis 12 45 Biographie Qc IA TORTUE SUR LE DOS A.L0UPIAS L'Homme 6 v Coup de cœur RB ¦¦¦¦¦ 1" semaine sur notre liste Nombre de semaines N.B.Hors présents et scolaires depuis parution la nouvelle façon de choisir ses litres M [ l SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et [I AGMV Marquis ^ IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke N A ï M KATTAN é à Vienne en 1880, Soma Morgenstern fut forcé de quitter sa ville natale quand elle fut envahie par les nazis en 1938.Il se réfugia en France où, sous l’occupation allemande, il fut interné comme juif.Il s’enfuit ensuite et, du Portugal, se rendit aux Etats-Unis où il mourut en 1976.Morgenstern appartient à la littérature de l’Europe centrale, de la ca-canie dont les chefs de file étaient Robert Musil, Stefan Zweig, Joseph Roth.Tous étaient ses amis et reconnaissaient son importance.Longtemps méconnu, on l’a découvert en France par la biographie qu’il a consacrée à Joseph Roth, publiée en 1997: Fuite et fin de Joseph Roth.Il est surtout l’auteur d’une trilogie dont Le Testament du fils prodigue est le troisième volet.Cependant, chacun de ces romans peut se lire indépendamment des autres.Le Testament du fils prodigue est la chronique d’une petite ville de Gali-cie où cohabitaient des Polonais, des Ukrainiens et des Juifs.L’action se déroule dix ans après la fin de la Première Guerre mondiale.Ces groupes, recroquevillés sur eux-mèmes, s’autoprotégeaient, chacun sur son territoire, en exprimant, tour à tour, leur haine ou leur amitié envers leurs voisins.Ils étaient tous nostalgiques de l’empire austro-hongrois disparu, formaient une société fragmentée, recevant la menace des échos de la Russie communiste.Les Polonais exerçaient le pouvoir, redoutaient la présence des Ukrainiens, leurs ennemis historiques, qu’ils considéraient comme des alliés potentiels des Russes.Rejetés par les uns et les autres, les Juifs s’appliquaient à préserver des traditions où la spiritualité contredisait parfois un rituel rigoureux et désuet.Dans cette mosaïque en rupture, les langues, les ethnies et les religions dressaient des écrans, des frontières et des obstacles.Alfred, le personnage central du roman, vit les déchirements de ce monde.Issu d’une famille juive traditionnelle, son père est mort sur les champs de bataille aux premiers jours de la guerre et sa mère, ukrainienne chrétienne, habite toujours Vienne.Élevé par son oncle paternel, le garçon, en visite dans sa ville natale, assiste à la mort d’un enfant juif tué par un antisémite, secrétaire de la mairie.Ce même personnage veut s’associer à un juif pour acqué- Morgenstern réussit à nous faire pénétrer dans un univers enfoui dans l’histoire et qui, grâce à lui, paraît très proche rir un bar.On assiste aux mécanismes complexes, souvent contradictoires, d’une société où les complicités ethniques, linguistiques et religieuses sous-tendent le fonc tionnement des institutions et de la bureaucratie.Avant de mourir, le père d’Alfred a laissé à son fils une lettre qui devait lui être remise dès qu’il aurait vingt ans.A son anniversaire, il la reçoit de son oncle.Longue missive qui occupe la moitié du livre et qui constitue, en quelque sorte, un roman dans le roman.Le père raconte son enfance, décrit avec une extrême sensibilité l’atmosphère dans laquelle il a baigné, évoque son amitié avec un chrétien, fils de paysans qui de vint plus tard pope.Il fait état de son amour pour une chrétienne et de sa conversion au christianisme orthodoxe.La réaction de sa famille à sa trahison fut dure.Il raconte ses rêves et son attachement indélébile à ses origines.Le fils décide de ne plus retourner à Vienne, de demeurer dans la bourgade paternelle, de rebâtir la maison familiale qui tombait en ruine et d’y installer une école sioniste d’agronomie.Ir roman se termine par la déclaration d’amour à Alfred de Donia, chrétienne, fille de charron.Ainsi, Alfred poursuit la vie de son père dans ses fidélités et ses déchirements.Soma Morgenstern est un merveilleux conteur.Au-delà des péripéties historiques, sa chronique, ses analyses des contradictions de chacun des personnages évoquent des drames intemporels, vécus encore aujourd’hui sous d’autres formes et dans d’autres lieux.Il réussit avec la maîtrise propre aux grands écrivains â nous faire pénétrer dans un uni1 vers enfoui dans l’histoire et qui, grâce à lui, paraît très proche.Il n’est pas surprenant que Joseph Roth ait considéré ce roman comme un chef-d’œuvre et que Stefan Zweig ait soutenu que «ce livre peut passer pour un classique de sa nation».Le Testament du fils prodigue nous fait découvrir un écrivain, un monde et une grande littérature.LE TESTAMENT DU FILS PRODIGUE Soma Morgenstern Traduit de l’allemand par Nicole Casanova Éditions Liana Levi Paris, 2001,396 pages \ Prix du Gouverneur général littérature dejeunesse • illustrations « Ce livre d’une grande beauté parle de la guerre et de ses aberrations.Les illustrations esquissées de Bruce Roberts savent guider, en images, ce texte magnifique.Des lignes pures, des taches audacieuses, de l’encre et beaucoup de blanc, le tout savamment comblé sur papier.» Commentaire du jury Les 4oo coups Texte de pt-Ÿukio Tsuch’iya Illustrations de Bruce Roberts V t L £ DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE IS NOVEMBRE 2 O O I l) littérature québécoise \ A la recherche du soi profond.Livres ROMAN QUÉBÉCOIS Vues particulières sur Tépoque ¦ ¦ ¦ SOPHIE POULIOT Qui n'a pas déjà eu envie de s'isoler dans le désert?De taire le vide autour de soi afin de mieux faire le point.«Le désert contient les joyaux de l'humanité, enfouis sous le sable: la vérité immatérielle.Viens te perdre dans la vérité.Viens te trouver.Vriens voir les sables et la lumière épandue dans l’or immobile, dormir sous la tente des étoiles incomparables, te délester des misères des villes, réveiller les splendeurs passées et les possibilités écartées du futur somnolent.Viens.Entends-tu le sable qui crie?» Ce désir d’un désert idéalisé est devenu si omniprésent dans la vie de Christine, héroïne du dernier roman de Claire Varin, qu’elle fera des pieds et des mains pour y parvenir.Y trouvera-t-elle ce qu’elle y cherche si désespérément?Car l’héroïne se pose des questions, cherche un sens à la vie, une explication aux aléas du destin de même qu’aux choses les plus simples.«J’attends des ordres sublimes, plongée dans le sommeil de la vie éveillée.J’attends l’éveil.J’attends les grâces muettes ou les extases parlantes.Les sons substantifiques.» Accompagnez cela de réflexions sur Dieu et de citations des anciens prophètes arabes et en voilà bien trop pour les sceptiques et ceux qui fuient comme la peste le «n’importe quoi pour expliquer l’inexplicable», dont je suis.Le lecteur plus modéré sera sans doute curieux de toutes les théories évoquées, de toutes les démarches entreprises par Christine afin de trouver le sens de la vie ou, plus particulièrement, de sa vie.Mettons cartes sur table: le roman de Claire Varin ne plaira pas à tous.Son écriture extrêmement recherchée, voire par moments à la limite de la lourdeur, peut autant ravir qu’agacer.«Je renonçais Claire- Vanr DESERT DESIR maintenant à la sensation pour la sensation ou pour le plaisir de ceux dans le regard de qui je contemplais mon propre mystère.Vingt ans d’absence à soi, le temps de conclure une alliance avec l’invisible, puis retour dans la force de l’âge pour rechercher ce qu’il y avait à trouver», peut-on lire dès la première page.Plus loin, cette savante stylistique sera mise au service des recherches métaphysiques de l’héroïne: «L'âme, vie diurne de Dieu comme le corps hu-nmin est un rêi>e éveillé dans Sa vie nocturne et le cœur, Son rêve le plus cher.» Disons qu’il faut être dans un état d'esprit propice.L’intérêt du livre devient plus universel lorsque Christine rejoint en France un certain Algérien soufi qui s’est engagé à la conduire au désert tant convoité.Or l’élu s'avère un piètre imposteur, se vautrant dans l’ésotérisme sous toutes ses formes et n’ayant gardé du soufisme que les tares décriées par la doctrine.Retour au Québec.Cette parenthèse d’action sera salutaire au rythme du roman.La prochaine odyssée orientale de Christine se fera avec sop nouvel amoureux, Gabriel.A ce propos, notons qu’il est étrange que si peu d’attention soit accordée à la rencontre de Christine et de Gabriel ainsi qu’à la teneur de leur relation, compte tenu du fait que tout le début de Désert désir traite de la recherche d’un amoureux par la protagoniste et des critères qui seront dorénavant les siens dans cette quête.La relation tissée avec Gabriel est-elle à la hauteur de ces résolutions tant et tant exposées?Le lecteur devra le deviner.Curieux.Désert désir n’est pas totalement inintéressant.Indéniablement, l’auteure possède un univers intérieur très riche.Cependant, ces recherches ontologiques auraient sans doute été mieux servies si elles s’étaient inscrites dans une structure narrative plus solide.En l’occurrence, le lecteur pourra avoir la fâcheuse impression d’aller nulle part.Quoi qu’il en soit, comme un si grand nombre d’individus se réfugient dans une spiritualité en forme de buffet (un peu de taoïsme, un soupçon de bouddhisme, une pincée de christianisme et bien sûr moult talismans de tout acabit), le roman de Claire Varin pourra du moins se targuer d’avoir capté l’air du temps.D’autant que la conclusion n’est pas sans ouvrir des pistes de réflexions tout à fait indiquées.DÉSERT DÉSIR Claire Varin Editions de Trois Laval, 2001,180 pages On a souvent dit des romans de Nicole Bros-sard qu’ils étaient difficiles.Une structure déroutante, des personnages qui se dérobent, un travail et un jeu sur la langue aussi libres que concertes, ce sont là des ingredients qu’on tolère mieux dans un recueil de poésie que dans un roman.Brossard, fidèle d’abord à l’écriture, s’est adonnée aux deux genres sans se préoccuper de leurs spécificités.Ses premiers romans étaient en effet baroques.Il s’y profilait pourtant, pour qui savait les lire, une double ferveur.à dire une sensualité lesbienne et à es- » quisser plus largement une compréhension de l’époque immédiate, en la saisissant dans le vif de ses contradictions.Cette ferveur était souvent affadie par un formalisme replié sur ses propres fins, calqué sur certaines modes littéraires, celles qui chantaient notamment le sexe du texte ou la corporéité des mots.Ces artifices se sont estompés peu à peu depuis Le Désert mauve (L’Hexagone, 1987), sans que Brossard cède à une lisibilité facile.Ses romans, toujours complexes, moins rébarbatifs, offrent de multiples strates de lecture, mais on peut se contenter d’y suivre — quitte à s’y perdre — des personnages et leurs histoires.Hier est un roman qui ne se laisse pas aisément circonscrire.Celui qui s’écrit, et qu’on est en train de lire, en révèle un autre, presque terminé celui-là, roman dûment identifié dont on lira, à la fin, un des chapitres.Le roman où on est engagé d’abord, c’est le récit de celle qui, dès les premières pages, entreprend de se raconter en tâtonnant dans ses souvenirs et ses sensations, et qui est rédactrice à la pige, employée par le Musée de la civilisation de Québec.Il y a là une amorce d’histoire intime qui pourrait devenir un roman: on a déjà fait avec beaucoup moins.Mais cette narratrice — c’est ainsi qu’elle sera nommée par la suite —, cette raconteuse d’occasion, n’est pas romancière pour autant Ce rôle-là —il y a des passages de pure théâtralité dans ce livre — va plutôt être tenu avec beaucoup de panache par une certaine Carla Carlson, Saskatchewa-naise de naissance avec des racines du côté de la Suède, qui a l’habitude singulière de venir mettre la dernière main à ses livres à Québec.Caria qui écrit et la narratrice qui se contente de noter se voient régulièrement au bar de l’hôtel Clarendon où elles ont fait connaissance.La ville de Québec est le lieu où convergent les destins des personnages: ville d’histoires, Robert C h artrand chargee de la sienne propre et des vestiges d’autres encore, bien plus anciennes, offertes à la faveur des expositions de son Musée de la civilisation, où travaillent deux autres personnages du roman.Florence Lambert et Fabrice Lecompte.On demeure à Quebec ou on y séjourne, ,on en part pour Montréal ou Venise, puis on.y revient, la ville est un lieu de rencontres et de retrouvailles, comme l’est le «hier* du titre, riche de nombreuses mises en abîme: hier, ce sera le jour d’avant, mais souvent un passé plus lointain qu’évoque l’une ou .« l’autre femme du roman.Une liaison amoureuse clandestine, la figure d’une mère mourante ou disparue, des fragments d'enfance, d’histoires racontées comme cette curieuse reconstitution de la mort de Descartes — donnée en latin! — où le philosophe de la raison raisonnante n'est plus qu'un père sénile.Histoires officielles ou privées, glanées au passage, inventées peut-être, et qui sont le seul recours possible pour qui veut comprendre.Ces femmes n’ont d'autre choix que de recueillir, à mesure quelles affluent à la mémoire, ces pièces détachées qui leur reviennent, repères incertains qui se révèlent moins suspects que le déroulement de quelque chapelet chronologique.Cette façon de faire n’est pas une méthode.Tout au plus un réflexe de survie.On procède au cas par cas, au mot à mot, qui permettent parfois de véritables éblouissements.Le face-à-face avec de tout petits incidents, avec des sensations fugitives débouche parfois sur des révélations, des trouvailles d’une justesse toute temporaire, ce qui n’est pas rien lorsqu’il s’agit de saisir un peu du sens d'aujourd’hui.Ces femmes vaquent à leurs occupations, font des projets.Sur-tout, elles parlent et écoutent, parfois solennellement, dans des passages dialogués où le roman devient tour à tour pièce de théâtre ou scénario de film.Elles ont des % 192 pages - 24.95$ PUTAIN (.) la révélation de la rentrée ici comme en France.Pascale Navarro, Voir Une sorte de diamant noir qui étonne par sa profondeur.Louis-Bernard Robitaille.La Presse Il y a là une véritable voix d’écrivain, une vision implacable du monde, une justesse de l’émotion.Danielle Laurin, Elle Québec AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL Dédicaces (stand 161) SAMEDI 17 NOVEMBRE de 15U à 16h Éditions du Seuil Nicole Brossard idées, des principes, et dos vues particulières sur certains mots: peine, peur, lucidité, ici retournés, examinés comme on le ferait pour des artéfacts d’une civilisation qui n’a pas livré tous ses secrets.Archéologues de leur propre passé, elles scrutent notamment la perte nécessaire de leur mère, silencieuse, obsédante, ce deuil qui leur est le plus difficile et néanmoins nécessaire, à l’exception de Carla Carlson, plus préoccupée par son père, qu’elle a cependant su «ficeler» dans son œuvre romanesque.Hier est un roman sur le processus même du roman, mais qui laisse sa fiction se déployer et où s’entremêlent tons et genres: le narratif, le poétique, le dramatique, l’essayistique, tous mis à contribution pour permettre à des voix au féminin de se faire entendre.Il est également parsemé de références ou de citations à des écrivains dont la liste est don- .1ACOUKS C.RKNlrK LF OEVOI» née à la fin, dans une numérotation inutile puisqu’elle ne renvoie q aucune indication dans le récit A chaque lecteur de reconnaître les emprunts à Jean (ienet ou Virginia Woolf, à Faulkner, Michelet ç I aurence Sterne ou Yolande Ville», maire.11 y a là une petite bibliothèque idéale brossardienne, in» verni aire de fraternités-sororités littéraires qui nous redit que tout texte est un palimpseste.Hier est un livre où l’amour des! mots, l’inquiétude de l’écrivain, là générosité d’une auteure qui s’est vouée à l’écriture s’épanouissent magnifiquement robert.cahrtrandS (a sympatico.ca HIER Nicole Brossard Québec Amérique, Coll.«Mains libres» Montréal, 2001,357 pages Nos auteurs au Salon du livre de Montréal Francis Bac k.Alain Blaulili .Roland Vi ai La Grande Paix dim 17 h a 18 h 311 Andrée Bouchlk J'ai choisi la vie sam 19 h à 21 fi dim 19 h à 21 fi Cl \t di: Brochu Danili.Poulin La sajja des Expos Brochu s'explique sam 13 fi a 14 fi 30 15 fi a If.fi 30 dim 13 fi a 14 fi 311 15 fi a If.fi 30 Claire Caron Des ailes au cœur En nqjninalion pour le l’ri\ du public La Presse 20(11 sam II h à 12 fi 30 dim 13 h a 14 fi 3(1 lun 13 h a 14 fi 30 c Marik-Andkli: ClIAMPAOM L'Hormone du désir sam 19 h a 21 fi Camil ClIOl INARI) 1300 pièges du f rançais parié et écrit au Québec et un Canada sam 11 h a 12 h 30 dim II fia 12 h 30 lun II fi a 12 fi 30 Georges-Héberï A Germain Le Château Art Global' sam 14 h a If.fi André L \ch \\< i Juger et punir en iV o ii ve lie-F ran ce sam 19 h a 21 fi dim II fia 12 fi 30 Sébastien Lareau Mario Boi.dlc Lareau sans filet sam 19 fi à 21 fi dim 17 fi a 18 fi 30 Ci.ai de Le Saltelk Le Jardin des Animaux An Global sam 15 fi a If.fi 30 dim 13 fia 14 fi 30 Andrée Marchand • Le train s'arrête à Kâ sam 17 h il 18 fi 30 dim 17 h a 18 fi 30 Danieei.e Marcotte On ne laisse pas les dames rentrer seules à la maison sam 11 fi a 12 fi 30 dim II fia 12 h 30 Christine Martin Bonaventure sam 17 h a 18 fi 3(1 dim 17 fi a 18 fi30 I9li a 21 fi lun II ha 12 h 30 13 fi a 14 fi 30 25 ANS NT Maureen Mc Ti i r Vivre au ,v.\/‘ siècle : choix et enjeux uïi 15 fi a If.fi 30 Jean Montei \isik Ixi danse du serpent sam 15 fi a If.fi 30 17 fi a 18 fi 30 dim 13 fia 14 fi 30 Paul Oui.Black En nomination pour le Priv du publie La Presse 2001 sam 13 fia 14 fi 30 Lucie Page Mon A frique sam 13 fi a 14 fi 30 15 fi a If.fi 30 dim 15 fi a If.fi 3(1 Fernand Pvirï r L'Evangile de Marie-Madeleine sam 17 h a 18 fi 3(1 dim 19 h a 21 fi Bernadette Ri nu d Les f unambules d'un temps nouveau sam 11 h a 12 fi 3(1 dim 15 fi a If.fi 30 LiseThoi IN Toucher au soleil.et tant pis si ça brûle sam 13 fi a 14 fi 30 dim II fia 12 h 30 Cor a Tsoi 11 idoi Déjeuner avec Cora dim 15 fi a If.I.30 Stand 861 i, Mk LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 X O V E M B R E i O O 1 D \ ATLAS Le monde à la carte JEAN DION LE DEVOIR Ils sont là, pages 154 et 155, eux deux, juste eux deux, couchés sur le papier en un inséparable duo avant même de devenir le centre d’attention du monde entier.L’Afghanistan et le Pakistan.La poudrière de notre temps.Les auteurs ont vu juste.L’atlas est, dans son idée générale, l’une des plus merveilleuses créations de l’humain, plus encore que le pain tranché, le fil à couper le beurre et le double-jeu inversé.Il n’a pas de fil conducteur parce qu’il tient, en lui, tous les fils conducteurs.On l’ouvre à n’importe quelle page, et voilà une histoire qui nous saute au visage.Un simple dessin, des noms inconnus et mystérieux, des routes où nous ne passerons jamais, des océans infinis et inquiétants, des fion-tagnes qui recèlent des grottes qui recèlent des milliardaires saoudiens terroristes.Un monde qui se dévoile.• Celui-ci, le Grand Atlas pour le XXI' siècle, est d’une qualité remarquable par sa documentation, sa clarté, la variété des thèmes abordés.C’est d’ailleurs son titre qui m’a incité à commencer mon furetage par la zone chaude actuelle du globe, première terre de choc du nouveau millénaire.En quelques semaines à peine, on l’a tellement intégrée dans notre bulletin quotidien d’horreurs télévisuelles qu’elle nous apparaît désormais familière, Islamabad, Peshawar, Quetta, Kaboul, Djalalabad, Kan- dahar, Mazar-i Sharif.Le XXL siecle, si on tient aux découpages un peu vaseux, est né à New York, mais il est en train de grandir dans les déserts de l’Afghanistan et dans les rues fiévreuses du Pakistan.Il est pourtant curieux de songer que ce point obscur nous était indifférent cet été encore.Et on ne peut s’empêcher de feuilleter, de parcourir le monde, de s’arrêter ici ou là pour une raison que nous aurions bien du mal a expliquer, de se demander ce qui se passe dans cette région prise au hasard aujourd’hui, ce qui s’y passera demain, comment nous la verrons après-demain.Cet atlas n’est pas qu’un recueil de cartes géographiques.Pour chaque région, des informations historiques, politiques, économiques, démographiques, culturelles viennent s'ajouter, le tout assorti de schémas et de photographies.Le Grand Atlas se réclame de l’encyclopédie, et il n’a pas tort de le faire.Deux objectifs soulignés en introduction pour ce livre: «mieux [faire] comprendre les enjeux du prochain millénaire» et «ouvrir largement les portes du voyage, réel ou rêvé».Rêver.C’est aussi à cela que sert un atlas.GRAND ATLAS POUR LE XXP SIÈCLE Sous la direction de Michel Langrognet et Agnès Mathieu Editions Libre Expression Montréal, 2001,336 pages LES flUTOCHTORES : réparer le jiassé pour préparer l’auenir ?les autochtones demandent depuis longtemps réparation pour ce que les « Européens » ont fait vivre à leur peuple depuis plus de 500 ans.Mais la notion de « réparation », sousryælque forme que ce soit (notammentUcompensation financière), est-elle une voie d’avenir pour les communautés autochtones ?Invités Roméo Saganash Directeur des relations avec le Québec pour le Grand conseil des Cris Jean-Jacques Simard Professeur au département de sociologie, Université Laval Serge Bouchard Anthropologue spécialisé dans les questions autochtones Michèle Audet Présidente de l'Association des femmes autochtones du Québec Réalisation "Simon Girard d’idées Dimanche 14 h et 23 h 15 Télé-Québec mardi 15 h Cette émission est enregistrée : Olivieri Diffusée sur Internet, pour plus de details, consultez notre site telequebec.tv librairie » bistro Tel.: 514 739-3639 JOHN D.DRAKE PRÉFACE DE SERGE MONGEAU spr • WW;.ravailler moins, vivre mieux m Ralentir 3* Vous en Sÿsez asseî de travailler douze havres plfcjour et voulez réduire votre train de vie?Vous gagnez un bon salaire, mais vous vous demandez si le jeu en vaut la chandelle?Vous souhaitez consacrer plus de temps à votre vie personnelle et familiale mais ne savez pas trop comment y arriver?| Rêl&ntir vous aidera à sortir du , tourbillon, à troquer votre vie trépidante contre un mode de vie moins exclusivement centré sur le travail et plus épanouissant.GUIDES PRATIQUES 160 page» o 17$ ISBN 2 921561-60-3 DIFFUSION DIMÊDIA to écosociété A CONTRE-COURAP COURANT C P 32052, comptoir Saint-And-c.Mont»©al (Quebec) H2l 4YS Telephone 1514) 521-0913; telecop'tnu (514) 521-1283 Coui'iel ocosoc*-"cam.orQ to»le.\vww.eco*oc»etc orq L I V I! E S AI ESSAIS QUÉBÉCOIS Un héros fantasque Véritable héros populaire en Chine, Norman Be-thune demeure relativement méconnu au Québec, où il travailla tout de même pendant huit ans, à titre de chirurgien, aux hôpitaux Royal Victoria et Sacré-Cœur.Personnage contrasté capable de petites mesquineries mais surtout d’élans de générosité hors du commun, l’homme possède assurément l’étoffe d’un héros, et le Canadien anglais John Wilson, surtout auteur de livres pour enfants, ne s’y est pas trompé en lui consacrant ce petit récit biographique qui l’élève au statut de «grandefigure».Rédigé dans une prose rudimentaire qui manque trop souvent d’éclat.Norman Bethune - Homme de caractère et de conviction apparaît comme une œuvre mineure au sujet d'un personnage majeur.Sa matière, toutefois, est si emballante quelle ne peut qu’entraîner l’adhésion du lecteur, qui finit par » constater, en cours de route, que chez John Wilson, l’enthousiasme du conteur vient heureusement compenser les faiblesses du styliste.Né en 1890 à Gravenhurst, en Ontario, dans une famille chrétienne évangélique plutôt zélée, Bethune est surtout connu aujourd’hui, et avec raison, pour sa carrière de médecin militant sur les fronts espagnol et chinois.Mais l’homme, avant ces épisodes glorieux, a vécu, et John Wilson ne néglige pas cette portion essentielle d’un itinéraire exubérant Avant de recevoir, à Edimbourg, son diplôme de chirurgien en 1922, Bethune fut bûcheron et enseignant en Ontario et, surtout, brancardier de l’armée canadienne pendant la Première Guerre mondiale, expérience traumatisante qui l’inspirera tout au long de sa vie.Arrogant et vaniteux, il tolère mal toute forme d’autorité et se comporte comme un aristocrate exalté, enclin Corn autant a la provocation envers les satisfàits qu’à la générosité débridée envers les miséreux qu'il soigne gratuitement Amoureux fou d’une femme, Frances Campbell Penney, avec laquelle il se mariera et divorcera deux fois, Bethune est animé par une fougue qui bouscule tout sur son passage.John Wilson souligne le caractère impétueux du personnage: «Cependant, le comportement irrationnel de Bethune, ainsi que son besoin de dominer ceux qui l’entouraient, mettait une tension insoutenable dans leurs rapports.» Atteint d’une tuberculose pulmonaire en 1926, Bethune séjourne assez longtemps dang un sanatorium de l’État de New York pour découvrir que les traitements réservés aux victimes de cette maladie manquent d’audace et d’imagination.Il décide alors de consacrer ses énergies au combat contre cette ma-?ladie, dévastatrice à l’époque, et ses années de pratique dans les hôpitaux montréalais lui permettront d’expérimenter avec succès de révolutionnaires techniques de guérison.Jusque-là plutôt conservateur sur le plan politique, Bethune découvre, à la faveur de la crise économique mondiale qui sévit alors, que sa mission de médecin ne saurait se limiter à la maîtrise d’un savoir technique: «Il changea d’avis lorsqu'il prit conscience que bon nombre de ses patients étaient malades ou mouraient à cause de leur conditùm sociale et non pour des raisons médicales.» Homme d’action, il mettra sur pied, en 1935, un groupe de militants qui travaillera à l’élaboration d’un système de santé plus juste au Québec et au Canada, mais cette entreprise ne recueillera que l’indifférence des décideurs.Déçu par tant d’apathie, condamné à la pauvreté par un système qui n'enrichit que les profiteurs, Bethune, de retour d’un séjour en Russie.14 i S e 11 i e r Une nouvelle collection ! Découvrez pourquoi et comment écrivent nos auteurs.FRANÇOIS BARCELO r) û m H- EN TOUTE LIBERTÉ HUGUES CORRIVEAU POUR ET PARCE QUE MADELEINE GAGNON MÉMOIRES D’ENFANCE 811 LISE BISSONNETTE êsmm DES LETTRES ET DES SAISONS RAÔUL DUGUAY ju-vu ENTRE IA LETTRE ET L’ESPRIT GABR1ELLE GOURD EAU êfeJülM MAIS Z’ENCORE?LUI GULLIVER OIANK ROISSONNEAULT AMOURS, DÉLICES ET ORGASMES PHILIPPE HAECK DIS-MOI CE QUE TU TROUVES BEAU Nous vous attendons aux stands E6 et E7 du Salon du livre de Montréal ARCHIVES LE DEVOIR Un des nombreux monuments consacrés en Chine à la mémoire du D' Norman Bethune.adhère au Parti communiste du Canada au cours de l'hiver 1935-36.L’appel de l’Espagne républicaine en butte au fascisme lui apparaît alors comme un défi à sa mesure: «Tout ce qui, autrefois, avait compté dans sa vie — les fêtes et les mondanités, sa collection d’œuvres d’art, sa pratique médicale — n'avait plus la moindre importance.» Ije médecin militant Norman Bethune s’engagera d’abord en Espagne, aux côtés des forces républicaines.En 1936-37, son combat pour la justice prendra la forme du Service canadien de transfusion sanguine, installé à Madrid et destiné à sauver la vie de soldats antifascistes.Fort de cette expérience, en janvier 1938, il mettra le cap, avec deux collègues, sur la Chine des combattants maoïstes.Aux côtés des révolutionnaires en lutte contre l’envahisseur japonais et les troupes nationalistes de Chiang Kai-shek, Bethune fera office de médecin de brousse à tout faire en mettant sur pied un hôpital presque aussitôt détruit par les Japonais et des installations médicales mobiles beaucoup plus appropriées à la situation.Victime d’un empoisonnement du sang contracté lors d’une chirurgie, il meurt en Chine le 12 novembre 1939.Dans son testament rédigé la nuit avant sa mort, il demande à ses camarades chinois de transmettre ce message à ses amis canadiens et américains: «Dites-leur que j’ai été très heureux.Mon seul regret est de ne pouvoir rien faire de plus désarmais.» Ancêtre de ces héros des temps modernes que sont les admirables aventuriers de Médecins sans frontières ou de Médecins du monde ainsi que des militants regroupés dans la Coalition des médecins pour la justice sociale, Norman Bts thune a reiùsé de suivre la voie pé-père du professionnel mondain dont l’horizon se limite à son propre avancement, et c’est la raison pour laquelle il mérite d’être servi en exemple aux jeunes et aux moins jeunes qui entretiennent une conception rabougrie de la réussite sociale et du service public.Devant le spectacle quotidien de l’injustice, ce provocateur-né, d’abord tenté par la vie de pacha, aura finalement opté pour un téméraire apostolat qui impose l’admiration.Aussi, s’il n’est pas donné à tous d’en faire autant, il est au moins donné à tous de reconnaître là un inspirateur exigeant.Voilà le beau message que nous livre, malgré ses manques et ses faiblesses, le petit récit biographique de John Wilson.louiscornellier (àparroinfo.net NORMAN BETHUNE -HOMME DE CARACTÈRE ET DE CONVICTION John Wilson Traduit de l’anglais par Michèle Marineau Editions XYZ, collection «Les grandes figures» Montréal, 2001,184 pages (o.courfre échelle félicite Marthe Pelletier i I Hirtt*- IV:}.U, v v v V Finaliste du Prix du Gouverneur général du Canada, catégorie littérature jeunesse - texte, 2001 Finaliste du Prix Cécile-Gagnon, 2001 i LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET RIMANT II E I S \ O V E M R R E L’ O O I I) .» ttérature française IÏA' Livres LE FEUILLETON L’envers du monde DAVID CANTIN / Eloge de l'amour, de la passion ou de la perversité, il faut s attendre à tout en compagnie d'Alain Fleischer.Les Trapézistes et le Rat met en scène un spectacle des plus inattendus.Dès les premières phrases de ce récit hallucinant, on entre dans la spirale de trois destins où l'étrange côtoie le morbide.Peter, Sandor et Marta deviennent les artistes d'un monde déchu.Une fable commence autour de la beauté, du drame, ainsi que de l’horreur de toute existence.Une fête inquiète pleine de lumière, mais aussi une variation bouleversante sur la mémoire d’un siècle dévasté.Chez Fleischer, on ne doit jamais se fier aux apparences.Ce conteur est aussi un grand illusionniste.Cette histoire va de la métamorphose à la métaphore.Il suffit de suivre la trame de ces trois chapitres pour comprendre que les personnages deviennent les ombres d'une agitation intérieure.On avance dans le temps, l’espace et la parole de ces individus.Pour être plus précis, quelques détails s’imposent.La toile de fond est une auberge quelque part en Transylvanie.Au cœur de cette Europe mythique, un couple de jeunes mariés, Peter et Marta, se retrouve parmi une communauté de vieux artistes du cirque.On entre alors dans un ballet érotique où les corps se retrouvent au fil d’un long mouvement des instincts vitaux.Entre le cauchemar et la perversité, le voyage de noces devient une sorte de quête initiatique qui mènera au bord de la frénésie.L’animalité se heurte aux lois du désir et de la sexualité humaine.Les deux autres chapitres s’intéressent à la suite de cette transgression amoureuse.Les amants se séparent, l'un à Vienne, l’autre à Bucarest, puis Sandor, le frère jumeau de Marta, entame une relation incestueuse avec cette dernière.Les derniers mots appartiendront désormais à Marta: •Sans doute as-tu songé comme moi qu'après la première année d'étrange vie conjugale où, en fait, nous avions été trois, et où l’existence matérielle autant que celle de l'esprit, au sein de notre couple, ne fut pour nous que parole, c'était une sorte d’analyse à trois qui atteignait une première étape, mettait au jour, dans la nuit, une première vérité cachée et, pour mieux dire, une très simple vérité première.» Peur de la chute Il ne faudrait surtout pas se fier à ce cadre narratif beaucoup plus complexe qu’il ne semble à première vue.Le rat évoque, bien sûr, le trac des trapézistes qui redoutent une éventuelle chute.C’est la peur ou l’effroi d’une perte de concentration, le moment crucial.Ce symbole renvoie à la passion telle que vécue par ces personnages.Qui sera victime du rat?Certains ne verront dans le livre de Fleischer qu’un prétexte à la complaisance pornographique.Il serait toutefois dommage de s’arrêter à une lecture aussi superficielle de ces liaisons dangereuses.La prose de l’écrivain et cinéaste français tisse une pensée beaucoup plus subtile.Il s’agit de lire entre les lignes, comme on dit.Parfois insoutenable, cette descente dans l’enfer des passions cache bien des secrets.On doit aussi se laisser prendre par l’architecture audacieuse de ce roman sur la rupture et le doute.Les Trapézistes et le Rat est un drame comme on en rencontre peu dans la littérature contemporaine.Fleischer mérite d’être lu.LES TRAPÉZISTES ET LE RAT Alain Fleischer Editions du Seuil, coll.«Fiction & Cie» Paris, 2001,382 pages Origine du récit, récit des origines.« A u commencement, qua nd le fondateur avait conçu son projet.» Il y a des romans qui commencent ainsi, comme si nous étions toujours au temps des contes et des mythes, comme si nous pouvions refaire la Genèse.Us ont raison.La littérature n’a pas de frontières temporelles, pas plus que les récits fondateurs n'appartiennent qu’au passé.Nous en voyons bien un émerger aujourd'hui sous les apparences les plus novatrices, les plus étonnamment nouvelles — celui du Net — alors que, à y regarder de plus près, il nous conduit plutôt à ce que certains appellent aujourd’hui ironiquement le turbo primitivisme, comme d'ailleurs nombre de manifestations qui touchent aux nouvelles technologies qui nous font croire qu’elles sont toutes puissantes: et donc, par le fait même, quelles sont nos créatures, quelles nous communiquent cette puissance.Retour en douce de la pensée magique, sentiment que Dieu c’est (ou est dans) la machine, certitude que nous sommes au début d’un temps nouveau où nous pourrons enfin dominer la Nature grâce à quelques clics, on n’en finirait pas de constater la foi aveugle que nous plaçons dans les technologies, en même temps que d’observer des pratiques sociales ou vestimentaires qui nous plongent dans des temps quasi archaïques.Alors, quand un roman nous parle de commencement, vous pouvez être sûr qu’il nous parle d’aujourd’hui, ou d’un hier tout proche.Le procédé n’est pas nouveau et est largement utilisé dans le monde arabe, qui a une longue tradition de contes.Et quand ce n’est pas au commencement, c'est «un jour», comme dans le précédent roman de Gainai Ghitany (Appel du couchant, Seuil, 2000), où l’on voit arriver un jour (mais quand?) au [xiys du bord de l’océan un etranger du nom d’Ahmad ibn Abdallah, autrefois paisible habitant du Caire, dont l’histoire parvient jusqu’aux oreilles du sultan qui.captive, donne l’ordre à l'un de ses secretaires, Jamàl ibn Abdallah, de la consigner dans les moindres détails.L’horizon du conte adore Cl's dépaysements qui nous rappellent que toute histoire nous vient de loin.Avec Les Récits de l'Institution.Ghitany nous place cette fois dans un temps proche et un lieu précis: l'Egypte des années 40-50 jusqu’aux années 70-80.SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL 2001 Séances de signature Vene^ rencontrer nos auteurs au stand 55/ Le samedi 1 7 novembre 2001 Le dimanche 18 novembre 2001 de 11 h 00 à 12 h 30 de 16 h 00 à 17 h 30 de 12 h 00 à 13 h 30 Geneviève Mathieu (VLB éditeur) Qui est Québécois ?Nadine Grelet (VI.R éditeur) La Fille du Cardinal Stéphane Faquin {VLB éditeur) La Revanche des petites nations Jean-Sébastien I luot (l’Hex.igtme) Le Port rait craché de mon père Fabienne Cliff(VI Bediu Le Royaume de mon père ur) u Michel Dorais (V! B édii Mort ou jif ¦ur) - l.ili Gulliver (VLB éditeur) Confidences d’une entremetteuse Bianca Zagolin (LHexagone) Les Nomades Guy Lalancettc (M U éditeur) Les Yeux du père Nicolas FautCUX (VLB éditeur) Comment trouver l'emploi idéal Arlette Fortin (VLB éditeur) C'est la faute au bonheur de 12 h 30 à 14 h (X) de 17 h 30 à 19 h 00 de 13 h 30 à ! 5 h (X) Romain Saint-Cyr (VLB éditeur) L’Impératrice d'Irlande Michel Dorais (VLB éditeur) Mort ou Jif Pauline Gill (VLB éditeur) Et pourtant elle chômait Gilbert Dupuis (Vt b éditeur) / u Chambre morte Germain Dulac (Vt H éditeur) Aider les hommes.aussi Victor-Lévy Beaulieu (VLB éditeur) Les Mots des outres.La passion d'éditer Guy Lalancettc (VIB éditeur) Les Yeux du père Philippe Turchet (VLB éditeur) Les Lues rares Abla Farhoud (l’Hexagone) Splendide Solitude Jean Bcdard (l’Hoxagnm* Xico/as Je Cues > Hervé Fischer (VLB éditeur) Le Choc du numérique Arlette Fortin (VLB éditeur) C 'est la faute au bonheur de 14 h 00 à 16 h 00 de 19 h (X) à 20 h 30 do 15 h 00 à 16 h 30 m " Victor-Lévy Beaulieu (VLB «liteur) les Mots des autres.La passion d'éditer François Barcelo (VIB «lin-ur) J'enterre mon lapin Abta Farhoud d'Hexagani') Splendide Solitude Pauline Gill (VLB éditeur) Et pourtant elle chantait vlb éditeur 'v w e Caroline Montpelit.Le Devoir *< Une grande partie de l'art d Aki Shimazaki semble résider dans sa façon de jouer sur lïdentité de ses personnages.> > Élisabeth Benoit La Presse (514) 524-5558 lemeac (B1 lemeac corn » I.K I) K V 0 I R , L E S S A M E D I 17 ET I) I M A \ < HE I K X O V E M R R E > 0 II 1 k> « -Livres - HISTOIRE LITTÉRAIRE Gabrielle Roy, épistolière M 11 il E L BIRON Le lecteur de correspondances n’est pas différent du lecteur de romans: il veut connaître le personnage.Commençons donc par dire ce que le lecteur ne trouvera pas dans Mon cher grand fou.lettres à Marcel Carbotte, de Gabrielle Roy: nulle révélation sur la vie sexuelle de la romancière, a peu près rien sur la littérature en général ni sur sa manière d’écrire, très peu de potinages sur le milieu littéraire ou artistique.On se trompe généralement si l’on croit que la littérature intime est plus audacieuse, plus ouverte que la littérature destinée à la publication immédiate: rien de plus socialement recevable» qu’une lettre, surtout lorsque sa publication a été souhaitée par l’auteur, comme c’est le cas ici.Cela dit, il y a beaucoup à apprendre de Gabrielle Roy dans les quatre cent quatre-vingt-deux lettres quelle envoie à Marcel Carbotte entre 1947 et 1979.On y découvre tout d'abord une voyageuse in fatigable, pour qui l’écriture n’est possible que dans l’éloignement.Loin du monde littéraire, loin de ses proches, loin de son mari qui reste à Québec où il a son bureau de médecin, Gabrielle Roy écrit une lettre presque chaque jour.Sophie Marcotte, à qui l’on doit l’édition de ces lettres, a judicieusement choisi de ne pas publier les lettres de Marcel Carbotte à Gabrielle afin de ne pas alourdir le volume.Elle a regroupé les lettres de Gabrielle autour des différents lieux où celle-ci a séjourné plus ou moins longuement.I^s lettres sont profondément ancrées dans cette géographie toute personnelle que scandent les noms des villes et des villages de Bretagne, d’Angleterre, de Provence et des nombreux coins du Québec où Gabrielle Roy a trouvé bien plus que des refuges occasionnels: Çoncarneau, Upshire, Port-Daniel, Rawdon, Petite-Rivière-Saint-François, Draguignan, New Smyrna Be;ich, Tourrettes-sur-Loup.A chaque endroit, elle s’installe, s’attache aux gens, se crée un petit milieu de vie.C’est même une chose assez remarquable de la sentir ainsi en- tourée de gens qui, tous, tombent sous le charme de sa personne, séduits par son énergie, son urbanité.Partout où elle passe, elle semble chez elle et elle reçoit de véritables marques d’amitié de la part des gens quelle côtoie.Parfois, l’amitié des autres est telle qu’elle l’embarrasse.Elle écrit par exemple: «[.] je redoute un peu cet excès de zèle qui, si l’on n ’y répond pas par autant d’exubérance, risque de provoquer la mésentente.» Sans doute est-ce pour cela qu’elle se méfie moins des gens du lieu, de ceux qu'elle quittera tôt ou tard.La correspondance avec son mari ne contient pas de lettres remarquables, mais elle témoigne, par son ampleur et sa constance, de l’importance que Gabrielle Roy accorde au lien épistolaire.L’affection qu’elle éprouve pour son mari n’a de valeur que projetée dans la durée.Dès 1947, année de leur mariage, c’est le mot «amitié» qui court à travers les lettres de Gabrielle et qui est chargé de toutes les promesses: «Nous ne sommes peut-être qu'au début, je l’espère de tout mon cœur, d’une parfaite amitié et nous arriverons, n’est-ce pas, à l’édifier selon le meilleur de chacun de nous.» Les formules d’adresse passent rapidement de «Mon cher grand fou» à «Mon cher Marcel» et un attachement aussi profond que pudique succède aux baisers plus appuyés des toutes premières lettres.Pas un mot ici sur l’homosexualité attestée de son mari, qui reste un sujet tabou, même chez les proches de la romancière.L’épistolière ne se départ jamais d’une sorte de réserve, de décence par rapport aux affaires privées.I^s limites du genre L’intérêt littéraire des lettres de Gabrielle Roy n’est sans doute pas comparable à celui que suscitent d’autres épistoliers comme Saint-Denys Carneau.Les biographes, les spécialistes de l’œuvre de Gabrielle Roy y trouvent bien sûr quantité d’informations précieuses.Mais les autres?Les simples amateurs?Il serait étonnant qu’ils lisent de bout en bout cette correspondance, malgré leur ad- lettres a Marcel Carbott cWËk‘179 miration pour Gabrielle Roy.Il suffit de comparer une page de La Détresse et l’Enchantement, son autobiographie, et n’importe laquelle de ces lettres pour comprendre que nous n’avons pas affaire au même type de texte.Dans un cas, c’est écrit; dans l'autre, c’est rédigé.Pourquoi alors avoir choisi de publier cette correspondance, sinon par souci de respecter ainsi les volontés de l’auteure?L'usage «littéraire» de cette correspondance dépasse le simple exercice de style.Si la plupart de ces lettres ont quelque chose d’ennuyeux, c’est précisément là que se joue l’écriture épistolaire de Gabrielle Roy.La fidélité, la constance, l’attachement: ce ne sont pas des valeurs très populaires chez les écrivains impatients de la Révolution tranquille.Gabrielle Roy appartient a la génération qui vient tout juste avant ceux-ci et elle ne se reconnaît nullement dans leur monde agité, brouillon, qui écrit un peu n’importe comment (elle ne supporte pas qu'on écrive mal et elle se fâche quand son mari néglige sa ponctuation ou fait des fautes).En retrait de l’activité littéraire la plus bruyante, Gabrielle ne cache pas la part d’ennui qu’elle éprouve, même lorsqu'elle est chez ses hôtes les plus chers.Paradoxalement, on dirait quelle tient autant au lien épistolaire qu’à l’éloignement phy> sique dont elle se plaint par ailleurs.Comme l’ont suggéré des spécialistes de l’art épistolaire (des épistologues comme Vincent Kaufmann ou Benoît Melançon), la lettre n’est pas forcément là pour combler une absence: plusieurs écrivains modernes s’en servent pour produire une distance grâce à laquelle ils peuvent écrire.Car l’ennui, dans l’écriture épistolaire, a quelque chose de positif.D’une part, c’est ce qui rapproche le mieux les deux épistoliers, car ils s’ennuient l’un et l’autre, l’un de l’autre.D’autre part, et de façon plus significative, l’ennui devient par la lettre un thème proprement littéraire.Il en est question par exemple dans une lettre écrite par Gabrielle alors qu’elle se trouve à Upshire, en banlieue de Londres, chez les Perfect qui l’avaient hébergée dix ans plus tôt et qu’elle adore: «Je suis un peu de l’avis de Goethe en ceci que l’ennui m’est presque indispensable pour me contraindre à des efforts méritoires.Gide disait à peu près la même chose lorsqu'il exprimait dans son ' journal: “Je ne suis pas sûr que l’ennui n’ait pas obte- ' nu de moi le meilleur”.» Ce consentement à l’ennui est tout le contraire d’une forme de passivité: il suppose de la patience, voire de l’obstination.Comme en témoignent ses lettres à son mari, Gabrielle Roy n’a manqué ni de l’une ni de l’autre.MON CHER GRAND FOU.Lettres à Marcel Carbotte 1947-1979 Gabrielle Roy Boréal Montréal, 2001,832 pages L’épistolière ne se départ jamais d’une sorte de réserve, de décence par rapport aux affaires privées POÉSIE j i Les oubliés DAVID CANTIN On marginalise trop souvent certaines œuvres.La vie tourmentée et le destin tragique l’emportent, à regret, sur l'écriture elle-même.On préfère se rabattre sur les anecdotes et la lé- ERIC-EMMANUEL SCHMITT La part de l’autre roman «Un roman qui évoque le double qui est en chacun de nous, notre part d'ombre et de mort.Humain, terrrible et nécessaire.» GÉRARD DE CORTANZE, LE MAGAZINE LITTÉRAIRE SÉANCES DE SIGNATURE au Salon du livre de Montréal Samedi 17 novembre, de 14 h à 15 h Dimanche 18 novembre, de 14 h à 15 h ¦ ALBIN MICHEL gende du poète maudit plutôt que de lire véritablement ce qui se cache derrière cette image superficielle.Rimbaud en est la preuve indéniable.Heureusement, d’une époque à l’autré, un bon nombre de rééditions arrivent parfois à rectifier l’impasse.En guise d’exemples, on pense à Sylvain Garneau qui refait surface dans la collection «Five o’clock» aux Herbes rouges ou encore à Roger Gilbert-Lecomte chez Jean-Michel Place.Deux parcours fort différents, mais surtout des poésies que l’histoire littéraire a injustement reniées.La collection «Five o’clock», que dirige Claude Beausoleil aux Herbes rouges, en est désormais à son dixième titre.Grâce à ce lieu essentiel, des recueils comme Psyché au cinéma de Marcel Dugas ou Chaque heure a son visage de Medjé Vézina sont de nouveau disponibles.L’édition de la Librairie Déom, parue en 1965 dans la collection «Poésie canadienne», des Objets retrouvés, de Sylvain Garneau, était devenue pratiquement introuvable.Sous le titre Poésies complètes, les poèmes de Garneau reprennent donc un deuxième souffle grâce à une pré face des plus éclairantes de la part de Serge Patrice Thibodeau.Comme le mentionnera Alain Grandbois au début des années cinquante: «Les poèmes de Garneau sont tendres, légers, rieurs, désinvoltes, et pleins d'un amour, d'une admiration, d’une compréhension des choses de la nature, qui bouleversent.» On retiendra qu’à ce moment, l’influence d’un Eluard ou d’un Su- pervielle comptait davantage que ce retour au «grand tremblement çlassique» que privilégie Garneau.A contre-courant de son époque, sous l’impulsion de l’adolescence, ses deux recueils sont rimés et s’attachent à une forme de nostalgie du monde de l’enfance.Chez Garneau, des personnages se succèdent pour mieux délaisser un je narcissique.On entre ainsi dans une vision très particulière de la ville tout comme sa population multiple.Le sonqet s’ouvre à un regard sur le monde où la lucidité côtoie la rêveriê.Le poème devient chanson, tout en offrant un portrait judicieux du contexte social de l’après-guerre au Québec.L’errance trouve son extrême tension dans ce déchirement entre Tici et Tailleurs, la mélancolie et la joie véritable: «Marchant à rebours de la brise urbaine, / Ami des chats noirs et des vieux faubourgs, / Le long des trottoirs, depuis trois semaines, / J’entends mes talons frapper tour à tour./ Autrefois j’aimais les vertes lianes, / Les foins, la pelouse et le bon lait frais./ J’avais des amis.Jeanne qui riait! Jeanne qui pleurait! Ah! Je me souviens de mes villageoises / Qui buvaient mon vin et mangeaient mon pain./ Mais je vais dormir le dos sur l’ardoise / Caries bancs du parc viennent d’être peints.» Plutôt que de tenter de comprendre les raisons derrière la mort tragique de ce jeune homme à l’âge de 23 ans, il faut désormais redécouvrir ces pages aussi interrogatives que fascinantes.Le vide élémentaire On associe souvent le nom de Des livres pour savoir t Éditions Nota bene Félicitations aux lauréats des prix Boréal de la SF Richard Saint-Gelais pour son remarquable essai L'empire du pseudo AQEC-Olivieri Michel Farouche pour sa contribution à Cinéma : acte et présence i.Cinéma: acte et présence Ma SA IA UN (.tllM At iMihiis fomim TRtvtVfUJtA ut '(iii.l lAtStu HIIWMU LES HERBES ROUQES Roger Gilbert-Lecomte à l’aventure du Grand Jeu.Au milieu des années vingt à Paris, ce poète du vide élémentaire est la tête pensante et la tête brûlée du groupe simpliste.Toutefois, le «tribunal révolutionnaire» de Breton et des surréalistes condamnera, plutôt rapidement, cette course à î’illumination que préconisait une bande d’étudiants dont le plus connu restera sans doute René Daumal.Paraissant dans la collection «Poésie» chez Jean-Michel Place, une courte présentation de Cé-dric Demangeot ainsi qu’un choix de textes de Gilbert-Lecomte rappellent l’importance de cette figure authentique du vingtième siècle.Il faut saluer les efforts du poète Demangeot qui tente de démystifier l’œuvre du frère d’esprit de Daumal.«Il est vain de spéculer sur la défaite de Gilbert-Lecomte, et sur ce que l’œuvre aurait pu devenir si son auteur ne s’était pas, avec elle, suicidé de la sorte.Son refus de tour et de la vie même est sa seule affirmation, le seul cri qu’il ait à pousser — et si cela ne convient pas1 comme œuvre, on peut toujours aller lire un roman», affirme sans hésiter l’auteur de Désert natal.Quête d’absolu face au réel, le, périple de Gilbert-Lecomte emprunte une forme imprécatoire nécessaire afin d’atteindre cette fureur de l’Un.A propos de la nouvelle morale du Grand Jeu, le poète écrira qu’il s’agit «d'une vaste entreprise qui commence à peine à naître et autour de laquelle nous groupons de jour en jour de nouveaux et impitoyables travailleurs.Son espoir est bien évidemment total: il ne saurait jamais s’agir que de changer l’état de l’homme à la} surface du monde».Une telle en-' treprise coûtera la vie à Gilbert-?Lecomte.Il laissera pourtant der-' rière lui une œuvre où la raison elle savoir prennent désormais une! tout autre signification.Un vertige; qui n’a rien perdu de son état de -voyance et de révélation sensible.\ POÉSIES COMPLÈTES ï Sylvain Garneau Les Herbes rouges, coll.«Five o’clock» Montréal, 2001,197 pages i ROGER GILBERT-LECOMTE Cédric Demangeot Jean-Michel Place éditeur, • coll.«Poésie» Paris, 2001,122 pages Causerie À l’occasion de la parution du livre Olivieri librairie ^bistro L’Origine du monde aux éditions Les Allusifs Jorge Edwards Animatrice Causerie Le Devoir Olivieri Marie-Andrée Lamontagne Journal Le Devoir Né à Santiago (Chili), |orge Edwards a reçu en 1999 le prix Cervantes, la plus haute distinction littéraire du monde hispanique.5219, Cote des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tél.: 51W39-3Ù39 Fax : 514-739-3630 service^librairieolivieri.com Lundi 19 novembre 191130 RSVP 739-3639 Si vous désirer souper au Bistro il est préférable de réserver. LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET D I M A N (HE IS \ O V E NI B K E O O I Livres SPIRITUALITE Un petit guide empreint de simplicité LOUIS CORN ELU ER r Ecrivain et sculpteur d'origine américaine dont le style s’inspire de celui d'Anthony De Mello, Kent Nerburn a trouvé dans la belle prière de saint François («Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix.Là où est la liatne.que je sème l'amour.[.] Ô Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler [.] Car c'est en se donnant que l’on reçoit [.]») un guide pour la vie bonne.Dans ce petit livre empreint de simplicité, il commente un à un les vers de la célèbre prière dans de brèves méditations dispensatrices de conseils amicaux.Ouvrage de spiritualité populaire, Fais de moi un instrument de ta paix possède les défauts et les qualités du genre.Nerburn, par exemple, multiplie les anecdotes et adopte un ton très naïf afin de plaire à un large public de non-spécialistes, des choix stratégiques inspirés de la psychologie populaire qui risquent d'en rebuter quelques-uns.La complaisance inhérente à ce type de littérature populaire se trouve toutefois limitée, ici, par le cadre chrétien de la réflexion.Les appels au sain narcissisme et le syncrétisme débridé qui caractérisent les ouvrages de croissance personnelle laissent place, chez Nerburn, à un éloge radical de l'altruisme et à un œcuménisme de bon aloi.«C’est tout à la fois un élan fervent et une humble supplication, une exclamation et un murmure.Elle est profondément et résolument chrétienne, et pourtant absolument et fondamentalement universelle.C’est me main très douce qui nous guide sur le long et difficile chemin vers Dieu», écrit Nerburn au sujet de la prière de François d’Assise.Ces mots pourraient aussi s’appliquer, plus modestement peut-être, à son propre livre dont la présentation matérielle, au surplus, est tout à fait charmante.FAIS DE MOI UN INSTRUMENT DE TA PAIX Vivre la prière de François d’Assise Kent Nerburn Traduit de l’anglais par Ghislaine Roquet Editions Bellarmin Montréal, 2001,180 pages Entrevue avec Edouardo Manet l i r T É R OISE Rêver le retour dans Pile Grand-papa justicier CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Eduardo Manet n'est pas allé à Cuba depuis une trentaine d’années.En fait, il vit à Paris, et ce Cubain d’origine est de ces écrivains qui poussent l'ambivalence identitaire jusqu’à écrire en français.Pourtant, son dernier livre La Sagesse du singe, est tout imprégné des parfums et des rythmes des .Antilles qui Pont vu naître.Manet s’y est cependant glissé dans la peau d’un Portoricain amoureux, qui visite Pile en touriste.dans un récit, qui pour le reste, il le reconnaît en entrevue, est largement autobiographique.Puerto Rico et Cuba ont d’ailleurs beaucoup de choses en commun, croit-il.«Quand nous avions dîné ensemble, écrit-il dans La Sagesse du singe, Ibrahim m 'avait raconté comment.à Cuba, il lui arrivait de prendre un bateau à moteur pour s’approcher de Puerto Rico, et contempler de loin l’île qu’il avait quittée, si proche et pourtant si loin de Cuba».Le héros de La Sagesse du singe, paru chez GrasseL donc, est le fils d’un duo de musiciens de boléro.Il a en commun avec Manet une jeunesse d’idéaliste nationaliste.«.avec mes camarades de lycée, écrit-il, nous parcourions les rues de San Juan en scandant: “Cuba, territoire libéré de l’impérialisme yankee”».Le regard de Manet sur Cuba est par ailleurs critique.Aussi, l’écrivain n’est-il toujours pas bienvenu dans son île natale, lance-t-il, une pointe de désarroi dans la voix, joint au téléphone avant de prendre l’avion pour Montréal où il est invité d honneur au 24f Salon du livre.«L’insolence du capitalisme et la misère du socialisme font bon ménage.Un couple répugnant», écrit-il.Né d’une mère andalouse, juive d’origine séfarade, qui aimait la littérature, la poésie et le théâtre, Eduardo Manet a déménagé en France une première fois pour devenir écrivain, vers l’âge de 21 ans.C’est plusieurs années plus tard qu’il optera pour la nationalité française, et choisira aussi d’écrire dans cette langue.Sa pièce Les Nonnes, qui a aussi été jouée à Montréal, a eu en France un immense succès.En entrevue, il admet qu’il y a eu une sorte de «schizophrénie» dans ce désir de se couper complètement de ses racines.«J’admirais profondément la culture française et je voulais vraiment couper les ponts», dit-il.fi y a même eu une époque, se souvient-il, où il lisait les grands auteurs latino-américains, comme Gabriel Garcia Marquez, en traduction française ou anglaise.Depuis, pourtant, Eduardo Manet a recommencé à lire en espagnol.Eduardo Manet Le héros de la Sagesse du singe est pour sa part un descendant de Maurice Ravel.Eduardo Manet, Ipi, serait un descendant du peintre Edouard Manet, selon ce qu’en disait son père.Cette ascendance célèbre lui a sans doute fourni une autre bonne raison de se tourner vers la France.Et pourtant tout dans Im Sagesse du singe, retourne vers Cuba.Un Cuba qu’Eduardo Manet s’est notamment fait raconter par des amis, retournés visiter le fief de Fidel Castro.Ainsi, cette histoire authentique d’une prostituée cubaine enfant qui offre ses services aux touristes.«À Cuba, dit Manet, les enfants ont toujours été très protégés.Cet incident démontre comment l’arrivée massive des touristes a entraîné un tourisme sexuel».Il a aussi ces mots pour qualifier le rationnement qui frappe l'approvisionnement de l'île sous l’embargo américain.« — Tune lis pas les journaux?, demande son personnage Ibrahim Chez nous, c’est l’option zéro.Ce que les Cubains de Miami traduisent pas: zéro pain, zéro lait, zéro fri-joles.Fais la liste des denrées de première nécessité, mets devant un zéro et additionne, ça donnera encore un zéro.Voilà la réalité».Plus loin, le même personnage poursuit son analyse: «Entre nous, la révolution cubaine était une révolution subventionnée.On aura du général 2001 [TRADUCTION] No Logo de Naomi Klein « No Logo est un cocktail détonnant : un tiers recherche universitaire, un tiers vivacité du |ournal de voyage, un tiers logique de la demonstration philosophique.Et un soupçon de la sensibilité et du génie créatif de l'auteur visionnaire capable de prendre du recul sur son temps et de décrire ensuite ce qu'elle â vu en toute limpidité.No Logo (.] devrait figurer dans tous les cours d education civique > Charles-Antoine Rouyer.Le Devoir (514)524-5558 lemeac# lemeac.com SOUKCI- GRASSKÏ mal à être aussi généreux qu ’avant la chute du Mur».Malgré sa maîtrise de la langue française, malgré son amour de la France, et aussi notamment du pays basque, dont il est aussi beaucoup question dans ses œuvres, Eduardo Manet n’est pas près d’oublier ses origines.Aussi, travaille-t-il sur une biographie romancée d’un musicien cubain, dont on disait qu’il était un Paganini noir.Si ce Brindis de Salas n’a gravé aucun disque, la mémoire cubaine en est marquée aujour-dhui.Comme Manet, elle n’oublie pas, malgré les efforts, la culture qui l'a enfantée.LA SAGESSE DU SINGE Eduardo Manet Grasset Paris, 2001,305 pages SOPHIE POl LIOT Blâme-t-on.dans un système où il n’y aurait pas d’assistance publique par exemple, le parent sans le sou qui vole un pain pour nourrir les siens?Question délicate.De la même façon, condamnera-t-on Paul d'avoir mis fin aux jours de sa bru.celle-là même qui a trahi sa defuntç épouse, qui a fait souffrir son fils et qui ne prend pas qdéquatement soin de son petit-tils Etienne, le propre enfant de la dame?Le lecteur sait d'emblée que Paul entend assassiner la bel-lissime Diane.Pourtant, il suivra avec une curiosité constante l’en quête que mènent les agents Marceau et Pharand.Car Paul n’est (xis le seul susixvt en lice.Des indices non négligeables pointent, entre autres, vers des membres des Hells Angels.Paul n’a plus rien à perdre.Ce qu'il avait, il l'a déjà perdu: son âme sœur, son tils, son petit fils et sa caisse de retraite.Il ne lui reste que sa vie, un avoir bien insipide s'il n’a personne avec qui la parta ger.Et s'il jouait sa dernière carte dans l’espoir de renverser la va peur?D- temps de l'évoquer et la possibilité devient une mission.Après tout, une femme qui laisse son petit garçon de cinq ans rentrer seul à la maison, muni de la tristement célèbre «clé au cou», pour aller faire la fête avec dos motards appartenant au crime or ganisé ne mérite certainement pas d’être appelée une mère.Et une femme qui nargue son ex belle-mère à la veille de son trépas en lui disant qu’elle ne reverra jamais le bijou de famille qu'elle lui avait donné le jour de ses fiançailles, histoire de l'intégrer au clan, ne vaut pas le titre d’être humain.Paul se met donc à la préparation de ce qu'il estime être un noble geste.Le premier roman du journaliste Laurent Laplante alterne constamment entre deux récits: celui des préparatifs meurtriers de Paul et celui de l'enquête minée après le crime.Cette structure possède deux avantages majeurs.D’abord, l’auteur a tout le loisir de s’étendre sur les motifs poussant le héros à commettre son homicide, retours dans le pas- se y compris.Ensuite, ces explications et ces préambules à l’assassinat ne ralentissent pas le rythme du récit, car ils sont entrecoupes d’une enquête où pleuvent les nouveaux éléments.C’est d’ailleurs ce déluge d'indices qui met la puce à l'oreille de l'inspecteur Pharand.Tout va trop bien, il y a anguille sous roche.Au-delà du fait qu'il est un très bon roman policier, vu le suspense qu'il sait créer et maintenir jusqu’à la toute fin.Des des en trop un doigt en moins pose certaines questions éthiques très pertinentes.la mère est-elle toujours la personne la mieux placée pour prendre soin d’un enfant?Est-il justifie de faire le mal pour faire le bien?De sacrifier une vie pour maintenir la qualité d'une autre?la justice qui restreint le droit du père de voir son enfant à la moindre allegation de conduite inappropriée est-elle biaisée?la justice qui ne table que sur le droit écrit et ne tient pas compte de l'aspect moral des choses est-elle une véritable justice?Est-ce que de tenir compte de considérations morales ouvrirait la voie à une justice trop subjective?Cette dernière question n'est pas évoquée par l'auteur, mais il est permis au lecteur de se la poser ainsi que toutes celles que pourra inspirer le roman.l e polar de laplante est donc d'une grande finesse.Ses personnages, y compris les deux enquêteurs, sont des individus humains et nuancés.Si bien, en fait, que les intentions et les motivations des suspects et témoins sont parfois difficiles à cerner, ce qui ajoute un surcroît de vérité à l'œuvre.Le lecteur s'interrogera donc à la fois sur le déroulement de l’enquête et sur les soucis éthiques soulevés çà et là, sans que le propos soit jamais trop grossièrement souligné.Divertissement et questionné-ment moral: un heureux mariage de préoccupations.DES CLES EN TROP UN DOIGT EN MOINS Laurent laplante L’Instant même Québec, 2(X)1,271 pages GEORGES-HÉBERT GERMAIN LE CHÂTEAU Un roman audacieux tie GeorgeS'Hébert Germain où l’histoire du château Frontenac, l’histoire du Québec et la fiction s’entrecroisent.Dédicaces Samedi 17 novembre de 14 h à 16 li Stand 861 Libre Expression ART GLOBAL ART GLOBAL D 10 LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE I K NOVEMBRE 2 0 01 LE DEVOIR.LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 1 S N 0 V E M R R E 2 0 0 1 —^ L I V R DOCUMENT Les fantasmes de l’ambassadeur Une enfant du silence LOUIS CORNELLIER Aujourd’hui septuagénaire, Bernard Dorin, qui fut ambassadeur français en Haïti, en Afrique du Sud, au Brésil, au Japon et en Grande-Bretagne, a beaucoup vécu, beaucoup voyagé et beaucoup aimé.Insatiable contemplateur de la beauté féminine, charmeur impénitent depuis sa tendre enfance, il a voulu, avec Femmes, mon amour, témoigner de son admiration envers celles, nombreuses, qui ont illuminé sa vie: «En vérité, le seul dénominateur commun de toutes ces histoires, ce qui en constitue en quelque sorte la trame, c’est la femme.La femme avec sa douceur, sa noblesse, son héroïsme, ses désirs, ses faiblesses, sa générosité.« Grand Prix du livre de Montré ai.2 0 0 1 33e édition Félicitations à la lauréate Régine Robin Berlin chantiers Essai sur les passés fragiles Stock www.ville.montreal.qc.ca/culture Ville de Montréal Présentés comme des histoires autobiographiques et réelles, les 22 récits amoureux qu’il nous offre sont tous rédigés dans une prose élégante et très sensible.Certains, toutefois, souffrent d’on manque flagrant de crédibilité et relèvent plus du fantasme macho que du témoignage vraisemblable.Ainsi, quand Dorin attribue son dépucelage à la femme de son prof de lycée, quand il raconte qu’une Suédoise nue s’est offerte à lui en pleine forêt et en fut si satisfaite qu’elle rappliqua dare-dare avec quelques copines, quand il essaie de nous faire croire qu’une Maruchka russe et une Asako japonaise lui ont livré leurs charmes sans plus de résistance, le lecteur apprécie le conteur mais flaire aussi le capitaine Bonhomme distingué.On a tous des amis comme ça: s’ils pensent à une femme très fort aujourd’hui, demain, ils seront convaincus que son corps leur a appartenu.Ça fait de bonnes histoires.un peu légères.Plus profonds, plus humains, les récits de rendez-vous manqués constituent les meilleurs moments de cet ouvrage.La gravité que dégagent ces portraits de femmes complexes, fragiles, qui résistent au lieu de s’offrir comme des fruits mûrs, nous rapproche de la vérité des êtres.Le regret de Dorin, qui a jadis rejeté une belle Autrichienne à la main artificielle, émeut: «Aujourd’hui que les années ont passé, je suis certain que j’aimerais votre main froide, votre main de bois.Il me semble que, mouillée d’une larme de repentir, je la couvrirais de baisers fous.» Le destin de sa « Ley la du Kurdistan», à laquelle il n’a jamais touchée, impose le recueillement.Morte lors d’un suicide collectif causé par l’arrivée des soldats ennemis, la jeune femme repose au fond d’un ravin: «Le petit pâtre nous dit encore que, plus tard, les soldats avaient jeté de la chaux vive, arrivée par Bi «nard Dorin camion, dans le ravin.Et aussi des branchages sur les corps.Sans doute pour les protéger des hyènes puisque rien n 'avait pu les protéger des hommes.» Quant à sa «Rose-Mary du Canada», c’est sa vertu absolument inébranlable à l'heure de l’acte qui fait sourire: «“Just don’t put it!” Comme j’hésitai à comprendre, elle précisa plus gentiment: “Butyou may with your finger”, et pour couronner l’édifice d’un argument sans réplique: “I am a catholic!”» Empreint d’une virilité exacerbée qui s’exprime toutefois avec une distinction toute française, Femmes, mon amour est un hommage très masculin rendu à la gent féminine.Dorin a raison de souhaiter que les femmes y lisent toute sa tendresse et son ardeur, mais la partie n’est pas gagnée.Le paternalisme, dont l’ambassadeur n’est pas avare, n'a pas, de nos jours, très bonne presse.FEMMES, MON AMOUR Bernard Dorin Editions Stanké Montréal, 2001,184 pages ROBERT CHARTRAND C* est une jolie histoire qu’a voulu raconter Pauline Gill, toute de simplicité touchante comme l’était, en plus ample, sa série de romans sur la cordonnière Victoire DuSaulL Cette histoire-ci, toute intime, se serait passée il y a quarante, soixante ans peut-être, dans quelque coin de campagne québécoise, à l’époque où les messes étaient encore dites en latin, où il n’était pas rare qu'on chante en famille, où les enfants étaient privés de dessert pour avoir désobéi.C’est une petite fille de cinq ans qui raconte quelques mois de sa vie.Elle le fait au présent, comme si elle y était encore, mais avec les outils de l’adulte: on imagine mal qu’un enfant de cet âge, si précoce soit-il, puisse avoir un tel vocabulaire et, parmi ses naïvetés, une telle faculté de discernement.Famille et bonheur A cet âge, ce sont la famille et le voisinage immédiat qui constituent l’essentiel de l’univers.La famille n’est pas riche même si le père, cuisinier dans les chantiers, se vante d’être propriétaire de vastes terres boisées, reçues en héritage sans doute.On n’est pas nombreux, du moins pour le moment.La fillette a un frère tout bébé et une sœur de huit ans, un peu plus choyée qu’elle, ce dont elle s’offusque à peine, dont elle admire la beauté.Elle a un papa gâteau, une cousine-servante qui la cajole.Elle vit même une amourette partagée avec un cousin de son âge.Ça pourrait être le bonheur.Et elle raconte en effet les travaux et les jours.Le père qui part au loin faire la cuisine dans des chantiers, ses retours attendus, les fêtes, quelques sorties, des jeux d’enfants, le tout ponctué de quelques déconvenues mais davantage d’instants d’allégresse, de ravissement, d’extase — ce sont ses propres mots — qui ré- vèlent une enfant à la sensibilité très vive.Mutisme Et pourtant, si elle aime chanter, surtout en compagnie de son père, la fillette ne parle à peu près pas.Elle n’est ni sourde ni muet-, te.Pourquoi alors ce mutisme et ce besoin qu’elle a de se retirer souvent dans sa chambre, de se> blottir sous les couvertures avec^ sa chatte?Il y a bien une grandi mère, des tantes envahissantes qui ne se gênent pas pour la dire capricieuse, bizarre.Mais elle se défend assez efficacement contre elles en les détestant dans sa: tête.Ne serait-ce pas plutôt à cause de sa propre mère, dont les: «gestes sont portés par des pensées prisonnières de son silence»! Cette source de son mal, ce silence affectif, il faut d’abord le deviner, car elle l’effleure à peine, semble l’oublier, y revient, et: ce n'est que vers la fin du récit qu’on en mesure l'ampleurf alors que la mère se révèle de plus en plus dure envers elleh On pressent alors que ce mur d’incompréhension entre elles dissimule probablement une honte familiale.Ainsi progresse ce récit d’une enfance qui insiste sur les moments heureux, et qui tarde à en venir au vif de cette blessure intime annoncée au dos du livre, Elle est souvent attachante, cette enfant faite pour le bonheur^ même s’il lui arrive d’enrober ses souvenirs, y compris les conversations de son entourage, dans une langue un brin trop-précautionneuse.Pauline Gill est l’une des invités d’honneur du Salon du livre de Montréal.ET POURTANT ELLE CHANTAIT Pauline Gill VLB Éditeur Montréal, 2001,187 pages [{ robert.chartand5@sympatico.ca t D.Il -«* Livres •»- Entrevue avec Louis-Philippe Hébert Des machines et un homme JACQUES GRENIER I.E DEVOIR Volubile, Louis-Philippe Hébert se rappelle cette époque pas si lointaine où la machine qui l’habitait en pensée n’avait pas encore envahi nos vies.LA MANUFACTURE DE MACHINES Louis-Philippe Hébert Préface de Jean-François Chassay XYZ Éditeur, «Romanichels poche» Montréal, 2001,130 pages CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR C* était avant la venue de l'ordi-nateur parmi nous.Alors qu’il étudiait la littérature, l’écrivain Louis-Philippe Hébert s'était intéressé à la relation de l’écrivain avec la machine.On ne l’avait pas pris au sérieux.En entrevue, Hébert se souvient d’ailleurs du poète Gaston Miron qui disait: «Mes textes sont en bonne santé, ils n ’ont pas besoin d’être traités.» Depuis, Louis-Philippe Hébert a fondé la première maison d'édition de logiciels, conçu et développé de nombreux logiciels, a pris la tête des Éditions Logiques, et son recueil de nouvelles, La Manufacture de machines, survenu comme un coup de tonnerre dans le ciel des années 70, vient d’être réédité en format de poche chez XYZ.L’univers de ces nouvelles fantastiques, où tout n’est que machines, rouages, mécanismes, contrôles, a quelque chose de terrifiant.L’humain, au centre, y est seul.H devient lui-même parfois machine.«[.] dans quelle civilisation avait-il abouti — quelle civilisation qui avait évolué au point de pouvoir fabriquer des machines qui reprennent des processus vitaux?», écrit d’ailleurs Hébert dans sa nouvelle L’Extracteur de jus (robot 2).En entrevue, Louis-Philippe Hébert est volubile.Il se rappelle cette époque pas si lointaine où la machine qui l'habitait en pensée n’avait pas encore envahi nos vies.«Je voulais faire le lien entre la littérature et les mathématiques et les sciences.Finalement, l’informatique m’intéressait beaucoup parce que cela m’apparaissait comme le moyen de gérer de la pensée, gérer de l'idée, on dirait maintenant gérer des avenirs», dit-il.Pourtant, toutes prophétiques que soient les nouvelles de La Manufacture de machines, elles n’en gardent pas moins un caractère foncièrement angoissant pour le commun des mortels.Aujourd’hui, on peut se demander, en effet, si le dernier humain sera comme le gardien de la nouvelle L’Aqueduc, qui tente d'envoyer à sa famille un S.O.S.avant d’être anéanti par le système qu’il surveille.Car la machine, qui devient système, est aussi, au détriment de l’humain, le centre de ces nouvelles.«On postule l’existence d’une machine, dans un contexte donné, dans un environnement donné, et à partir de là, on élabore une histoire (.)*, explique Hebert en entrevue.«Il y a la machine qui est là, et autour d’elle, il y a un certain nombre de choses, un certain nombres d'événements qui se produisent», dit-il.«Tout cela interagit autour de la machine, et la machine elle-même détermine la culture des gens.Alors, il y a un impatt culturel», ajoute-t-il.Pas étonnant que l’homme cherche à décoder sa propre mécanique de création.En effet, il a déjà publié un essai sur les mécaniques d'écriture.Et l'un de ses rêves est de créer une machine, qui, empruntant le processus de création d'un écrivain donné, pourrait continuer de produire des œuvres après sa mort, en utilisant ce processus de création, et en intégrant les données de la société moderne.Cet être artificiel, donc, pourrait aussi lire les nouvelles publications produites après le décès de l’auteur.Pour écrire ses nouvelles, dans les années 70, l’auteur avait même fait des maquettes des machines incroyables qu’il avait inventées.«C’était une sorte de révolution personnelle, un rêve que j’avais de voir se jumeler la culture, la littérature, l’écriture avec la science, donc, une machine à penser, littéralement.Je voyais l’ordinateur comme ça et je le vois encore comme ça», dit-il.La création de ce livre avait, à l’époque, été un révélateur pour lui.Aujourd'hui, évidemment, seulement quelques années plus tard mais à l’heure où l’humanité est presque avalée par les machines, son œuvre prend un autre sens.Louis-Philippe Hébert est le premier à observer qu’il y a l’idée d’une prison dans l’expression «téléphone cellulaire».La création de machines et de systèmes a ceci d’angoissant qu’on peut en perdre un certain contrôle, reconnaît-il.S’il n’a jamais été «complètement pour» les machines, il n’était pas, évidemment, «complètement contre».On n’argumentera pas avec lui sur l’utilité, évidente, de ces robots que le dernier siècle nous a lègues.11 faut cependant être attentif à leur influence sur le système dans lequel elles s'inscrivent avant que celui-ci ne nous happe tout entiers.-lu Manufacture elle-même est instable, écrit-il dans Le Robot (1).mal retenue à terre par des tendeurs, et il est à craindre qu un jour elle ne nous quitte vers le haut.» VENEZ RENCONTRER LES AUTEURS D’XYZ ÉDITEUR " AU SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL ROBERT BAILLIE PIERRE COUTURE GUY DEMERS JEAN DÉSY CHRISTINE DUFOUR LOUISE DUPRÉ NATHALIE FREDETTE SERGE GAUTHIER BERTRAND GERVAIS SYLVIE GRÉGOIRE LOUIS-PHILIPPE HÉBERT SERGIO KOKIS ANDRÉE LAURIER CAMILLE LAVERDIÈRE JEAN-PAUL ROGER BRUNO ROY ANNE-MARIE SICOTTE DENIS THÉRIAULT YOLANDE VILLEMAIRE [m| éditeur WË M 1 «11 STAND 1 0> 3 (O \1ÉI 3 i'.ni -s s • I—P ai reçu ce livre, au moment J de sa parution originale en 1988, comme une révélation.Le débat, alors, à la suite de la publication du livre de Victor Farias intitulé Heidegger et le nazisme, faisait rage en France au sujet de la profondeur de l’égarement du philosophe.L’homme, c’était entendu, avait été partisan du national-socialisme, mais sa philosophie méritait-elle d’être sauvegardée?Difficile débat, compte tenu de l’obscurité de l’œuvre heideggérienne.Luc Ferry et Alain Renaut n’allaient pourtant pas reculer devant l’ampleur de la tâche.Incapables de supporter plus longtemps les tours de passe-passe philosophiques absolument ahurissants déployés par les heideg-gériens français dans le but de sauver la pensée de leur maître afin de se justifier eux-mêmes, les deux philosophes ont donc signé ce Heidegger et les modernes qui illustrait brillamment le caractère tordu et dangereux de la pensée du maître et de ses épigones.J’ai relu d’une traite, aujourd'hui, ce petit ouvrage admirable par sa finesse d’analyse et son sens aigu de la nuance qui n'interdisent pas, loin de là, la prise de position franche et courageuse.Il n’a rien perdu de sa nécessité.Contre Derrida et ses acolytes, contre l’école heideggérienne française orthodoxe, qui tentent de jouer Heidegger II contre Heidegger I en prétextant que le nazisme du philosophe allemand relève «de la déviation Collaboration spéciale Hervé Sérieyx NOUVEAUX ENJEUX DE FORMATION Collaboritton tpédtle Hervé Sérisyx COLLECTION COLLECTIF IQ 136 PAGES 24,95 S ISABELLE QUENTIN EDITEUR ©F.DE TOUARNICKI Martin Heidegger humaniste de sa première pensée» inachevée que seule sa seconde philosophie serait à même de contrer, Ferry et Renaut montrent que c’est plutôt l’antihuma-nisme et l’antimodernisme fonciers de l’auteur A’Être et temps qui expliquent sa dérive nazie.Grâce à une critique serrée de cette pensée extrêmement ambiguë du déclin (oubli de l’être, déchéance, critique radicale de la technique) qu’il s’agit parfois de constater, voire d’accompagner, et ailleurs de combattre, Ferry et Renaut en viennent à conclure que, pour être équivoque, la tentation nazie de Heidegger n’en reste pas moins intimement liée à la tension qui anime l’œuvre même et ne trouve à se résoudre que dans un antimodernisme allergique à l’humanisme démocratique.«Heidegger a donc développé à l’égard du nazisme une interprétation non intégralement univoque, partagée entre la tentation de voir dans la révolution natio-1 nale-socialiste le moment d’un accomplissement postmoderne delà modernité et celle d’y apercevoir la démarche antimoderne d’une , humanité renouant, contre le déclin de l’Europe, avec le grand passé grec.» D’une manière ou de l’autre, ' le fait demeure qu’il fut compromis avec l’infamie et que sa pensée ne contredit pas son engagement: «[.] si la question de l’engagement politique d’un penseur ne saurait assurément être entièrement réglée sur le terrain de sa philosophie, ce serait rendre de façon bien ambiguë hommage à cette dernière que de ne lui imputer a priori aucune responsabilité dans des choix aussi essentiels et aussi aigus que ceux dont il s’est ) agi ici.» Puissant éloge d’un humanisme inspiré, entre autres, par le Sartre de L’existentialisme est un humanisme («le propre de l’homme est de ne pas avoir de propre, la définition de l'homme est de ne pas avoir de définition, son essence est de ne pas avoir d’essence») et opposé à la thèse ignoble et farfelue qui veut que «le nazisme [soit] un humanisme» (Philippe Lacoue-Labarthe), Heidegger et les modernes est un modèle de lu- .cidité philosophique.HEIDEGGER ET LES MODERNES Luc Ferry et Alain Renaut Le livre de poche Paris, 2001,192 pages sens de la vie.raison d’être hasard, destin, [existence de Dieu, de l’âme, des esprits et des anges.www laudela.com ¦; 1 Paul Chanel Malenfant LAURÉAT Prix du Gouverneur général ÉDITIONS DU NOROIT 30 ans de poésie Des ombres portées 1595S lenoroit.multirrïania.com ( ; VM » f ! jf > ; Étienne Parent HSiOLRt it Discours d'Étienne Parent 50,00 S Séduire par les mots ÎVJI A^ ukcii Ufiki.m i» puMkjwrs ffficKtt (Ji£jl(UL Séduire par les mots 34,95$ Michael j Carjey 1939.lalliance de la dernière chance 34,95$ LS MO-' ON Of >'IÇUI DâKl ta OIIT'OH PtMâll Les Presses de l'Université de Montréal wivw.piini.ii/îioiilrcii l.cci Stand i (Vides) Alain Cirandbois *¦ '' '* « I M * | « l e sourire d’Anton L'absence du maître Les voyages de Marco Polo 40,00$ ci auot sauvt le sourire d'Anton 24,95$ Faire dire l'interview à ta radio-If KvKkwi '"•CO * OL.OO M Pièces d’identitr Labsence du maître 29,95$ ÉLOGE DU FLOU Faire dire 24,95$ il Pièces d'identité 24,95$ Éloge du flou 29,95$ UNtVtKMTÎS KR^ncophomS La politique économique du développement et Je.msidî-teMl t^iUbo; * -1- tnsm et i er.s-'f La politique économique du développement 49,95$ ¦ Ut « nils'5 le vendredi 16 novembre OFFREZ UN LIVRE NEUF À UN ENFANT ^ Cad®0!-1 HÊMA-QUÉBEC HEURES D'OUVERTURE : Jeudi au d,mancheYhT22T7Lundi 9 h à 18ti La garderie Le grand rou.ement des petits de 2 à 10 ans les vendredi, samedi et dimanche / 3* ' heure Programme complet au Salon du livre de Montréal et sur le site interne, «St S^„ CM’a,IS ° lotcv-quebec Ce qu’il reste de lumière JOHANNE JARRY Un homme filme des pieds qui disparaissent dans les escaliers d’une station de métro, le frémissement de l’eau d’une rivière, la lumière avant la tombée du jour.Il y a dix ans, sa femme et son fils sont morts dans l’explosion d’un avion.Depuis, Arthur Daane cherche comment se souvenir de tous ceux qu’on oublie quand leur mort ne fait plus partie de l’actualité.Des vies qui, par cela même, cessent doublement d’exister.Documentariste de métier, Arthur Daane parcourt le monde.Sa caméra l’accompagne.Il filme ici et là ce qui pourrait ne rien signifier, persuadé que ce semblant de rien contient le sens de la vie.«C’était cela qu’il cherchait.Le monde anonyme, le monde non fabriqué et innomé des phénomènes, qui devrait pouvoir rivaliser avec l’autre monde, celui des noms et des événements.Je veux conserver les choses que personne ne voit, auxquelles personne ne prête attention, je veux préserver les choses les plus banales de la disparition.» Une recherche que son ami Arno nomme «l’imbrication du monde historique et du monde anhistorique».Quand il ne voyage pas, Arthur Daane habite l’appartement d’un ami à Berlin.Une fois, au crépuscule, il se rend à la Postdamer Platz pour filmer.Après l’avoir mis en garde contre le danger de se trouver à cet endroit, une policière perd le contrôle de son véhicule.«Évidemment, elle n’avait pas compris ce qu’il pouvait bien filmer là.Mais c’était justement en rapport avec cet instant qui venait de disparaître une fois de plus.Ce qui l’intéressait, c’était quelque chose qu’il ne pouvait traduire en mots, et encore moins pour l'expliquer à d’autres, quelque chose qu'il appelait à part lui l’impassibilité du monde, avec son corollaire, la disparition absolue des souvenirs.[.] Peut-être les attentats, les blessés achevés sur place, les viols et les décapitations, les massacres de dizaines de milliers de gens n’étaient-ils pas ce qu’il y avait de pire — le pire, c’était l’oubli qui s'installait presque immédiatement, le passage à l’ordre du jour, comme si la disparition de quelques-uns n'importait plus sur une population de sept milliards, comme si, et c’était encore CE ES MOOT EIH H )M ce qui le préoccupait le plus, comme si l’espèce pouvait d'ores et déjà se passer de noms pour se concentrer sur son aveugle instinct de survie générique.» Le roman de Cees Nooteboom fait le pont entre la mort et la vie, le passé et le présent.L’espace qu’il déploie est habité par des personnages amis et unis.Il y a d’abord Arno, l’homme de lettres philosophe d’une érudition époustouflante, remarque Arthur, qu’il n’utilise jamais pour dominer son interlocuteur.Et puis il y a Victor, le sculpteur solitaire, qui refuse de parler de ce qu’il fait mais accepte la présence d’Arthur dans son atelier, et Zénobia, la physicienne russe, qui, parce que enfant elle a failli crever de faim la tête collée contre les murs gelés de Saint-Pétersbourg, rêve de vivre sur la planète Mars.Eux aussi habitent Berlin, et c’est là qu’Arthur les retrouve entre deux tournages, dans des tavernes où ils dégustent ce que l’on mangeait avant que la commercialisation de tout n’impose un goût unique (et une pensée unique, surenchérit Victor).Il y a aussi Erna d’Amsterdam, dont la voix et les pensées accompagnent Arthur où qu’il soit.Ces amis aiment parler, qu’il s’agisse des variétés de saucisses ou de Hegel.Qu’ils partagent un territoire aussi marqué que Berlin n’est probablement pas un hasard; avant la chute du Mur, dans certains lieux de la ville, il suffisait de peu pour passer de vie à trépas, ce qui rappelle notre fragile position dans la vie.«[.] mais la souffrance ne nous touche plus, c’est l’affaire des autres, de ceux qui se sont retrouvés aux mauvaises pages du livre», dit Zenobia.Alors, comment être présent au monde?Certains le font en créant.C’est le cas de Victor pour qui l'art est affaire de précision.Pas question d’immortalité: laisser une trace de soi, il n’y croit pas.Quant à Arthur, il «faisait un film que personne ne lui réclamait, de même que personne, à sa connaissance, n’avait jamais réclamé un poème.Ce film, il en était sûr, devrait dire “quelque chose” du monde tel que lui, Arthur Daane, le voyait Mais il devrait aussi, en tant qu’auteur, y disparaître».Arthur vit, mais ses morts nç sont jamais bien loin.Jusqu’au jour où il remarque les pied^, puis la cicatrice qui marque la joue d’Elik Orange.Elle est à Berlin pour écouter une série de conférences sur Hegel et veut rédiger sa thèse sur Urruca, obscure reine espagnole du Moyen Âge.Elik le prend, n’explique rien, disparaît Cette femme marquée fera sortir Arthur de son passé, et il ira si loin que ses amis le retrouveront dans une chambre à Madrid.L’écrivain néerlandais Cees Nooteboom est né à La Haye en 1933.On lui doit de très beaux livres, dont Le Chant de l’être et du paraître et Le Bouddha derrière la palissade.Depuis plusieurs années, il partage son temps entre Minorque et Amsterdam, et les coins du monde qui sollicitent sa présence.C’est d'ailleurs à partir d’un séjour à Berlin qu’il a écrit Le Jour des morts.Ce roman, qui vient de paraître en traduction française, dépasse (et de loin) sa lectrice; il est l’œuvre d’un érudit, fourmille de sens, demande qu’on s’y attarde, qu’on fasse silence.Et surtout, il élabore une réflexion essentielle sur le temps, la vie et l’oubli.LE JOUR DES MORTS Cees Nooteboom Traduit du néerlandais par Philippe Noble Actes Sud Arles, 2001,385 pages POLAR Odessa, mon amour 2D y0 de rabais du prix régulier sur présentalion de ce coupon [valide jusqu'au î déc.) Marché du Livre SOI de Maisonneuve Est, Mtl (angle St-Hubert) Métro Berri Olivieri librairie «bistr UN BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES 5219.Côte-des-Neiges Metro Côte-des-Neiges Tel.: $1W39 3639 Fax : 514.739.3630 service «Tibrairiecrlivieri.com MARIE CLAUDE MIRANDETTE Dr abord, il y a Isaac, le frère de Saul, propriétaire du café, qui est retrouvé noyé dans un tonneau de bortsch (non pas l’inspecteur Bosh retrouvé noyé!).Pas ragoûtant comme entrée en matière! Ça joue dur dans la communauté juive de Little Odessa à New York en cette fin des années 30.Les flingueurs voient rouge, si l’on peut se permettre ce jeu de mots plutôt facile au demeurant, j’en conviens.L’inspecteur Froumm, flic à Brighton Beach, mène l’enquête au sein de la petite pègre locale, question de découvrir qui est le cerveau de cette mise en scène de mauvais goût Rapidement, l’enquête s’étend jusqu'en Russie, dans la mythique Odessa de Potemkine, de même qu’à Shanghai et Kyoto, où un bouquiniste est retrouvé assassiné.Quels peuvent être les liens entre ces meurtres que des kilomètres séparent?Faut-il chercher à les lier avec la disparition de la bibliothèque de la princesse Apraxias?Et qu’en est-il des rap- ports entre Wolf Berkovitch, acteur au théâtre yiddish de la little Odessa, accessoirement tueur de la maffia rouge pour arrondir sep fins de mois — le théâtre ne nourrissant pas son homme —, et un petit fournisseur juif de Shanghai?Au cœur de ce voyage dans £ê temps, Bergman revisite l’Amérique de Leone (R était une fois en Amérique) dans un style dense, touffu, soigné.Et truffé de rebondissements et d’images crues, comme peuvent l’être les criminels, les vrais, ceux qui tuent de sang froid, par conviction et pâr amour de l’art, du détail et de la ponctualité.Sans compter d’habiles faussaires plus vrais que nature, plus traficoteurs qu’une baû-de de ripous.Une intrigue traditionnelle et bien ficelée, qui gardé le lecteur en haleine jusqu’à la fia, Un joli divertissement ¦ ¦ 1 IL A MARCHÉ SUR LA |j QUEUE DU DRAGON •; Boris Bergman Le Seuil Paris, 2001,266 pages SYLVAIN GARNEAU Poésies complètes présentation de Serge Patrice Thibodeau SÏIVAIS GUUIU POÉSIES romiTLS rtutATtTvn » ruiwi nwiMti «Toujours II s'en allait sur les chemins poudreux Toujours seul, sans ami, sans amour et sans haine.» LES HERBES ROUGES / COLL.«FIVE O'CLOCK» % { LE D E V It I R .LES SAMEDI ET l> I M A X C HE 18 X 0 V E XI B K E 2 0 0 1 -«¦ Livres '*- PARIS Le Seuil ne borne pas la langue française aux six coins de VHexagone SUITE DE LA PAHE D 1 a eu une histoire disons.tendancieuse», rectifie-t-il en termes sibyllins pour ne pas dire simplement maison close».Sur le plan du marketing.le fait coïncide bien avec l'actualité de la maison.En effet, c'est aux Editions du Seuil que Putain de Nelly Arcan est publié — qe même que La Vie sexuelle de Catherine M.C’est à croire que l’atmosphère contient des ions chargés de stupre.à moins que ce ne 4>it l’esprit de la maison qui vienne hanter ces nouveaux occupants?te mystère reste entier.Ce serait une femme, du nom de Françoise Biaise, qui aurait été énvoûtée par le manuscrit de Nelly Arcan, offrant la chance à l’au-teure inconnue d’être publiée pour la toute première fois.C’est çlle que je voulais rencontrer niais, hélas, ce ne fut pas possible.Au dire de son attaché de presse, Françoise Biaise était dans l’incapacité de répondre à ma demande d’entrevue pour des raisons de kanté.L’interview a donc été refilée à cet excellent orateur qu’est Bertrand Visage, directeur litté-raire du département fiction.Mais revenons à notre entrevue.Selon Bertrand Visage, sa collègue n’aurait pas eu de peine à Convaincre les autres membres du comité de lecture de publier le témoignage de l’ex-prostituée: tous auraient été stupéfaits par la force Singulière de son premier roman.«Nelly Arcan a une langue bien à elle.Les phrases sont musicales, le rythme est scandé, presque incantatoire, c’est presque chanté», commente Bertrand Visage pour mieux cerner le talent de la jeune auteure.«Mais nous étions tous perplexes.En effet, nous nous demandions si ce récit était autobiographique ou s’il n’était que pure invention», ajoute-t-il pour accroître l'ambiguïté selon laquelle Nelly Arcan fie serait pas la «putain» qu’elle Veut bien laisser croire.«J’ai pris le premier avion pour al-ïçr la rencontrer chez elle, à Montréal, poursuit-il sur sa lancée.H fallait faire vite car nous savions que d’autres maisons voulaient aussi la publier Nous avons passé la journée entière à parler, surtout Nelly, qui en avait gros sur le cœur.En l’écoutant, j'ai retrouvé la souffrance qu’elle décrit dans son témoignage.Et puis aussi, son loft, ce n’est certainement pas avec sa bourse d’étudiante qu’elle l’a acheté», déclare le volubile orateur.Tout ça ne prouve rien, mais, s’estimant rassuré, l’éditeur serait rentré à Paris convaincu de la véracité de l'histoire de Nelly.«J’en ai fait part à mes collègues et c’est à ce moment que nous avons pris la décision de publier.» Tout en l’écoutant parler, je me disais qu’il était curieux qu’un éditeur se soucie de la véracité d’un texte dont la qualité littéraire, à ses yeux, ne fait par ailleurs pas de douté.Le talent d’un auteur se re-rharque g son habileté à dire les Chofees.Ecrire avec talent, c’est déjà une prouesse.Alors, que l’au- SOURCE MAISON DE U FRANCE Encore aujourd’hui, Saint-Germain-des-Prés demeure le repaire de l'élite intellectuelle parisienne.teur ait vécu ou non ce qu’il raconte, quelle différence?Sauf si, pour des raisons de marketing, on suscite le voyeurisme pour taire flamber les ventes.Précisément, le texte originalement soumis était-il le même que le roman publié?«Les portraits des quatre ou cinq individus n’existaient pas dans sa version originale.C’est nous qui avons demandé à Nelly de les ajouter.Nous estimions que sans ces portraits le sujet manquait de réalisme.» En tout cas, le tapage suscité autour de Nelly Arcan fait vendre, et les éditeurs du Seuil ne s’en plaindront pas.Quant à la véracité de son témoignage, l’auteur peut avoir inventé cette histoire, voire ne pas être le véritable auteur de ce roman, il reste que Putain a provoqué un enthousiasme suffisamment fort pour que des éditeurs aient décidé de sa publication.Mais des cas comme Nelly Arcan, on les compte sur les doigts d’une main de Mickey, Le Seuil ne publiant qu’un ou deux premiers romans par an.Comme ailleurs, un comité externe procède à un premier tri.«Le déchet est énorme, mentionne Bertrand Visage, les neuf dixièmes.Nous éliminons ceux qui n’ont pas la maîtrise de l’outil qu’est la langue française.» Le Seuil ne borne pas la langue française aux six coins de l’Hexagone.«Nous avons une ouverture très forte sur la francophonie, qu’elle soit d’Europe, d’Afrique noire, des pays du Maghreb ou de l’Amérique du Nord.» Je l’invite à faire un zoom avant sur l’Amérique du Nord, principalement sur les auteurs québécois que la maison publie.Il évoque Louis Caron, Réjean Ducharme, et dit apprécier la marque régionaliste de Robert Lalonde, les références de Beckett chez Gaétan Soucy, l'empreinte américaine chez Mario Claire Blais et Suzanne Jacob.Qu’apprécie-t-on de la littérature nord-américaine quand on est un éditeur fiançais?«C’est cette perception des grands espaces, on y sent bien l'ampleur», répond le Français, pris en sandwich entre la bibliothèque et son bureau.«C’est aussi le refus du roman intello, intimiste.La littérature nord-américaine a cette propension à embrasser tous les grands mythes modernes dans sa sauvagerie», déclare-t-il.Le Seuil n’est pas seulement ouvert sur la francophonie: sur 1(X) romans publiés, 50 sont des romans traduits.Serait-on sur le «seuil» de publier davantage de littérature étrangère?Des statistiques récentes publiées dans Livres-Hebdo montrent une augmentation de 16,3 % des titres en littérature étrangère fiaduits chez les éditeurs fiançais.Mais il semble que l'équilibre soit fragile car, au sujet de la nouvelle génération d’auteurs français, Bertrand Visage émet quelques réserves.«Les auteurs de la nouvelle génération ont pour support l’écran sous toutes ses formes, Internet, le cinéma, la télé.Ils ont grandi avec l’image et développé leur imaginaire autour de l’écran.Ils ne connaissent pas ou peu la littérature, je pense à celle du XIX.Et surtout, insiste-t-il, ils ont peu de mémoire.» Pour conclure sur une note encourageante, quel serait selon lui l’auteur de demain?Bertrand Visage prend une profonde respiration et dit: «Celui qui apporterait une dimension épique à un thème intimiste, une dimension portée par un grand souffle littéraire.» Grasset Avec sa bâtisse modeste, la maison Grasset se fondait dans le prolongement de la rue des Saint-Pères.C'est sa vitrine un peu austère qui a arrête mes pas, exposant sommairement à la vue des passants des romans, essais, rééditions, ouvrages de philosophie et Ijvres pour la jeunesse.A l'intérieur, pas d’accueil mais deux possibilités: soit je file tout droit en empruntant les escaliers qui mènent à l'etage supérieur, soit je prends à gauche.Hmmm, ça ne doit pas être là, niais cet entrepôt m'intrigue.«Mais enfin.c'est le magasin Bernard Grasset!», me répond la petite dame derrière son comptoir.4 oks êtes au comptoir des livres, ici!» Comment ça?«C'est notre stock d’ouvrages! Pour la vente au comptoir!» C’est donc ici que les libraires font leurs emplettes?Allô! Mettez-moi quinze p’tits essais philo, quinze! Je monte donc à l'etage, là où la matière grise se soupèse et se négocie avant d'ètre distillée dans le public.Ici, on semble se satisfaire du caractère fonctionnel des locaux car rien ne semble avoir bougé en 100 ans, depuis que le père Grasset publiait Emile Zola Ici, on publie de la littérature générale d’auteurs fidèles dont la réputation n'est plus à faire.C'est sans doute pourquoi Grasset se fiche complètement de son look de vieille administration tristounette.On a tout de même procédé à un lifting interne au sein de la direction littéraire en s’administrant des agents radicaux libres que sont les éditeurs trentenaires.Emmanuel Carcassonne, âgé de 36 ans, a succédé à son chef, Yves Berger, il y a trois ans.Après sept ans de bons et loyaux services en qualité d’éditeur junior puis d’éditeur senior, il a été promu directeur littéraire du département fiction.Rappelons que sur 180 nouveaux titres publiés chaque année, 30 sont des romans.Avec son dynamisme pétaradant, Carcassonne peut s’enorgueillir d’avoir fait éclater l’image de cette vieille dynastie bourgeoise qui ne se commettait pratiquement qu’avec des noms propres —je parle ici de ces auteurs dont les noms sont répertoriés dans les dictionnaires.D’une part en permettant un renouvellement de jeunes auteurs tels Frédéric Beigbeder, Lorette Noble court, Marc Lambron, Pascal Bruckner qui, bien qu'échappant à l’image de Grasset, savent aussi à leur façon marquer leur temps.Et, d’autre part, par la diversité de son comité de lecture.«Nous tenions à ce que cette instance rassemble differentes sensibilités esthétiques.En dehors de la direction générale, qui ne bouge pas, on y a ajouté deux romanciers et un responsable du service presse qui apporte aussi stm pressentiment sur la réaction du public.Une moyenne de deux ou trois premiers romans sont publiés dans l’année.Chacun se bat pour son ou sa candidate.Il faut vraiment croire à son auteur pour arriver à convaincre les membres du comité.Et puis, nous nous réunissons une fois par semaine, surtout pour débattre de la fiction», expose-t-il.Quand il évoque ses premiers pas dans la maison, Emmanuel Carcassonne avoue avoir ete naïf.«J'allais entrer là où se décidait le devenir d'un manuscrit! Jeta is fascine!», s'exclame-t-il avec des yeux d'enfant.«J'ai vite appris que tout se décidait en dehors du comité».avoue-t-il avec franchise.«Im vie d une maison d'édition ne se joue pas que dans une réunion.On discute aussi dans les couloirs.» Pour le directeur littéraire, qui avoue ne trouver le temps de lire que la nuit, un mauvais manuscrit est un texte qui «sonnefaux, qui ne sonne pas bien à l'oreille, ou bien un roman où l'on ne sent pas une wù derrière, ni plaisir ni souffrance, juste l'apparence d'une bonne écriture.Et puis, je deteste m’ennuyer», achève-t-il.Le renouvellement de la littérature, dans le service qui le concerne, il le perçoit dans ce nouvel engouement suscité autour de l'auto fiction.«L'auteur se met en fiction lui-même, il s'agit d'une autobiographie améliorée.C'est un moyen pour l’auteur de témoigner de la fracture sociale.Ix sujet prend souvent appui sur quelque chose de politique», ajoute-t-il.Comme Beigbeder avec son roman 99 FF, qui cherchait, sous le couvert d’une histoire romancée, à dénoncer la pub et la mondialisation.Sa fonction d'éditeur lui confère une proximité avec les auteurs.Autant pour annoncer le sort d’un manuscrit — «Nous venons de décider la publication d'une jeune auteure.Elle a 19 ans.Je viens de l’appeler pour lui annoncer la nouvelle», dit-il, ravi — que pour ac- compagner les auteurs dans leur succès.«Beaucoup de jeunes au tours ne prennent pas le temps d ap-préder leur succès.Il leur faut plus et tout de suite, ils veulent la gloin et l'argent.Particulièrement quand il y a accélération dis médias.Mais ils ont tendance à oublier que la concurrence est énorme.» Dans le sens américain du terme, {'editor intervient d;ms la correction des textes.«L'auteur n est pas tou jours d'actvnl que l'on transfirrme ar taints clwsts II estime que ce qu'il/bit qst parfait», explique Carcassonne’.A ce moment, le telephone sonne.|l prend l'appel et la peine de s'excuser en simultané: «Je suis désolé mais fi dois absolument régler les dernières corrections avant d'envoyer ce nianus ait en production.Ce doit être tint au jourd’hui.me précise-t-il, mais vous pouvez rester, comme ça vous aurez une seance de rewriting en direct Après avoir convenu avec la jeune auteure à l'autre bout du til du lien de rendez vous pour un party privé où chacun apporte son vin, mon in terlix'uteur extrait d'une pile de pa piers un dossier jaune lluo à l'into rieur duquel se trouvent les pages volantes d’un manuscrit qui devrait normalement se trouver sur les étals des libraires en janvier.«J'ai relevé quelques petites mal adresses, pas bien méchantes, |H>uij suit il.J'ai pense quà la place de ce mot, celui-ci serait peut être moins lourd, qu'en penses-tu?.Et ici, là phrase est trop longue, je couperais eq mettant un point à ce moment-ri » ¦ Samedi prochain, troisième el dernier volet de l’enquête: les ldi (ions Verticales et Florent Massot.NOUVEAUTÉ „ Mût RédptX Renaudot 12001 MARTINE LE COZ Céleste roman juTmxsi* ¦ t Æhwaï’ Roman historique d'une grande mteVWqentfe, Céleste est avant tout un roman cTamour sur V amour À Paris, en 1832, au cours de la Monarchie de Juillet, sévit une épidémie de choléra.Pendant que résonnent les clameurs révolutionnaires, Céleste, seize ans, aime et est aimée de Lodran, médecin mulâtre haïtien, qui souffre du racisme des Parisiens.L'héroine est profondément idéaliste, lui est un humaniste (.) ils se rejoignent dans la force de leur esprit.Prix littéraire du Gouverneur général 2001 A.MICHAUD r \X \ ^ RAVISSEMENT Martine Le Ce* est l'auteur d’une quinzaine de romans, essais et textes poétiques dont Le Negre et la Méduse, qui était en lice pour le Renaudot en 1999 également aux Éditions du Rocher.Salon du livre de Montreal, stand 773.Linstant même y (Atmmumcations jo Ann Champagne Consetl des Arts Canada Council du Canada
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