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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2001-11-24, Collections de BAnQ.

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L K DEVOIR.LES S A M E DI 24 E T D I M A V i II I \ O V E M U R I 2 O O I cience et eu ture René Jodoin Ce pionnier du cinéma d'animation, excompagnon de route de Norman McLaren, vient de remporter le prix Aibert-Tes-sier qui couronne un créateur québécois du septième art.Figure de proue de l'ONF, c’est lui qui y fonda le studio d’animation francophone en 1966.Page 3 Marcel Trudel Page 5 ] -"V ¦ v »v3! Cette médaille d’argent est une réalisation de Christine Larochelle r ± -%: e société avec Ils sont onze sur la photo officielle.Ils donnent d’une société l’image de ce qu’elle a été, de ce qu’elle devient.Ils témoignent d’espoirs, de désirs, de réalisations.Tout Etat qui, une fois l’an, en un seul jour, remet solennellement des prix qui touchent à la fois les domaines de la science, des arts et de la culture démontre une volonté d’affirmer ce qu’est sa société devenue.De tels prix attribués ne sont pas que des récompenses.Ils établissent des élites.Il est dans les paysages des figures qui semblent en avoir toujours fait partie, comme éléments structurels ou parties essentielles à la composition.I>e monde de la scène, qu’il soit littéraire ou artistique, donne les plus connues.Une génération de Québécois s’est ainsi habituée à la présence d’un Paul Buissonneau, ce «maudit Français», comme il dit, qui était pour tous le Piccolo de la télévision et un homme de théâtre et d’animation pour les gens du milieu artistique.Sa faconde eut réussi à elle seule à le rendre populaire.Pour un autre, un Victor-Lévy Beaulieu, une renommée n’est plus à faire.Il a été de multiples combats, œuvrant pour établir au cœur de Faction ce que d’autres tenaient pour périphériques: soit une région comme le Bas-Saint-Laurent ou un secteur dit «mou» de l’activité économique, l’édition littéraire, faisant presque oublier qu’il est un auteur d’importance, un homme d’écriture capable de sagas télévisuelles.Pour eux toutefois, d’autres de l’ombre se laissent découvrir.Un René Jodoin est un personnage légendaire à l’Office national du film.Qui ne le serait point ayant débuté une carrière avec le légendaire Norman McLaren, travaillé aussi avec le personnage et fon- dé un studio d’animation à la renommée internationale?Pour le grand public, le prix Albert-Tessier qui lui a été remis devient l’occasion de mettre devant le regard celui qui était jusque-là derrière les caméras.Et on pourrait ainsi poursuivre en parlant de l’œuvre d’un Roland Poulin, sculpteur aux œuvres nées d’un travail avec l’abstraction mais dont le propos indique les pistes de lecture: sa sculpture se veut en continuité, comme en rupture, avec l’art des siècles passés, «malgré un passé glorieux», comme l’a déjà dit Paul Emile Borduas.Des noms comme ceux de Michel Bergeron ou de Carol Couture sont exceptionnellement associés au secteur culturel.Le grand public ignore le combat du premier, lui qui, dans le monde scientifique, médical plus précisément, a maintenu dans le secteur de l’édition le français comme langue de communication, prenant à contre-pied la position de la parisienne Académie Pasteur.Il incarne ainsi par son action un discours politique qui répète que le Québec est une tête de pont francophone dans un continent anglophone, à l’occasion hispanophone.Ailleurs, Carol Couture poursuit un travail qui va dans le même sens, dans le secteur «poussiéreux» de la mémoire, les archives, là où il tente de concilier deux traditions, l’américaine et l’européenne, pour établir une nouvelle méthode.Modèle québécois Ce ne serait toutefois pas du côté de la science, lieu privilégié pour affirmer la «mondialisation» de la pensée, qu’on se serait attendu à voir se définir le caractère unique du modèle québécois.Que la tradition soit maintenue, cela va de soi L’historien Marcel Trudel est un ténor universitaire de la discipline quand un Robert Emery Prud’homme rappelle l’importance de l’ancien cours classique pour expliquer une carrière scientifique de pointe en chimie.Où la chose surprend, c’est ailleurs, quand on regarde les lieux d’origine de trois récipiendaires, comme si l’Europe dite de l’Est adoptait avec enthousiasme le Québec.Pavel Hamet est Tchèque de naissance quand Emil Skamene est né à Buzacz, en Pologne et que Morrel Bachynski, si d’origine polonaise et ukrainienne, est né au Canada, en Saskatchewan.Au-delà de ces faits, on constate qu’ils sont aussi des piliers de l’activité scientifique, les deux premiers étant responsables de l’établissement de centres de recherche de deux nouveaux centres hospitaliers universitaires (de Montréal et de McGill), quand le troisième a voulu que soit poursuivi à Montréal ce qu’une compagnie comme la multinationale RCA voulait rapatrier au sud de la frontière.les Prix du Québec décrivent une société en évolution.leur attribution démontre toutefois que des habitudes perdurent, quand pour la deuxieme fois, dans les trois dernières années, aucune femme n’a été trouvée digne de figurer dans un tel aréopage.En cela, le tableau tracé s’avère incomplet pour qui connaît au quotidien le Québec contemporain: l’institution, peu importe sa façon de faire ou les critères qui la régissent, doit trouver moyen d’apporter des correctifs.lœs portraits officiels sont les derniers lieux ou l’absence des oubliées puisse être tolérée.Normand Thériault Roland Poulin Pavel Hamet Emil Skamene Morrel P.Bachynski Carol Couture Prix Marie-Victorin Robert Emery Prud'homme Paul Buissonneau Page 4 Page 5 Prix Georges-Émi Michel Bergeron Page 6 Page 7 Prix Athananse-David Victor-Lévy Beaulieu Page 8 Rendez-vous êvec d'autres chercheurs passionnés et /* î [: ÀS passionnants, toute l'aqpé dans DÉCOUVRIR/ tafrevue Association francophone pour le savoir www.acfas.ca ra recherche LUMIER SUR LES PRIX DU QUÉBEC 2001 msi Des chercheurs d’exception, de nouveaux éclairages sur le savoir «‘«ï: ' À s W " Il ÏÏÆ ¦ Récipiendaire du Prix Albert-Tessier t Pionnier du cinéma d'animation à l'ONF v Fondateur du Studio d'animation du Programme français en 1966 ^ Chef du Studio de 1966 à 1977 Initiateur du cinéma d'animation par ordinateur au Québec ¦HMSMSHSi René Jodoin a participé à 59 films de l'ONF 39 à titre de producteur, incluant La FaimIHunger, de Peter Foldès, qui a remporté le Prix spécial du jury à Cannes en 1974 0 ( * ¦ 18 comme réalisateur, incluant Alouette (1944), coréalisé avec Norman McLaren Comnfent fonctionne le moteur à jet (1960) Ronde carrée (1961) Notes sur un triangle (1966) Sphères (1969), coréalisé avec Norman McLaren Rectangle et Rectangles (1984) Question de forme (1984) Entre-temps et lieu (1999) L'ONF a consacré un coffret de La collection Mémoire à René Jodoin.Soip le titre L’Oeuvre de René Jodoin, ce coffret regroupe des films qu'il a réalisés, d'autres qu'il a produits, un portrait du cinéaste et un livret comprenant des textes de Pierre Hébert, de Norman McLaren et de Marcel Jean.www.onf.ca/animation ^NFCHD * 1 E !> K VOIR.1 E S > A M E 1» I 24 E 1 l> I M A \ ( Il E \ U V I M U li I J K V O I K .I.K S SAMEDI '4 ET DI M A X (HE 25 X O V E M B H E 2 O O I F I • m.\ Dr QUEBEC • Prix Paul-Émile-Borduas Prix Denise-Pelletier L’art et le sacré Roland Poulin fait de la sculpture une affaire de mémoire Le sculpteur Roland Poulin boucle en quelque sorte la boucle.Lui, dont le premier contact avec les arts plastiques fut la vision au Musée des beaux-arts de Montréal, il y a de cela près de quarante ans, d’un simple tableau, reçoit aujourd’hui le prix nommé en hommage à l’auteur de cette œuvre vue.Cette Etoile Noire de Paul-Émile Borduas résonne toujours dans les masses sombres sculptées par Poulin.Le monteur de show est heureux Paul Buissonneau est l'homme de toutes les scènes SOURCE TELÉ-QUÉBh'C Le comédien et metteur en scène Paul Buissonneau.BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Avant d’avoir eu un premier contact avec les arts visuels par une visite au musée a laquelle l’avait convié un ami au début des années soixante, Poulin n’avait jamais eu de rapports avec l’art, sinon par quelques livres de reproductions bon marché que son père possédait.Poulin avant cette expérience, il le dit lui même, cumulait des expériences sur le plan professionnel: «J'ai quitté l’école, dit-il.l’allais de petits boulots en petits boulots, sans direction.« La première rencontre avec les arts plastiques pour Poulin, lors de sa première visite au Musée des beaux-arts allait être terriblement marquante.C’est par la peinture abstraite, l’abstraction elle-même, que Poulin, aujourd’hui un des sculpteurs les plus importants au Canada, est introduit à l’art.«En sortant du musée, dans les minutes suivantes, j’ai pris ma décision: je veux faire de l’art.Une porte s’est ouverte, celle de ce que j’appelle le monde intérieur.Sûrement que je cherchais déjà avant de rencontrer le tableau.» Sculpture De la peinture qu’il étudie à l’École des beaux-arts de 1964 à 1969, Poulin est passé rapidement à la sculpture.Paradoxalement, «j’ai longtemps pensé que la sculpture était un art mineur.Je me suis rapidement inscrit à l'École des beaux-arts.Mais la sculpture, telle qu’on me l’a présentée à l’école et telle que j’ai vu pratiquer par les sculpteurs au Québec, me semblait engagée dans un corridor bien étroit.» Depuis ce jugement, la contribution de Poulin au développement de la sculpture au XX' siècle est indéniable.Dans les masses sombres du sculpteur, se lisent les références à la sculpture mortuaire.Difficile de rester impassible devant ces volumes qui s’enfoncent dans le sol comme si celui-ci les avalait, comme si le sol, se dérobant, ne pouvait plus soutenir nos propres pas.Poulin a déjà dit créer des «objets difficiles».«Ce qui entrave la sculpture, c’est l’anthropomorphisme.» L’image du corps, son héritage de Rodin et qui s’est poursuivie dans le travail de 1 lenry Moore, réduit les possibilités de la sculpture.«Les hommes sont fascinés par leur propre image.Ce qui fait qu'on ne voit rien d'autre.Ça voile notre regard et nous empêche de voir le monde.» üi sculpture s’est présentée plus sérieusement en 1972, à la Documenta de Kassel «où je n'ai pas compris les trois quarts de ce que je voyais, puisque ça ne correspondait pas a l'enseignement que j’avais reçu.» L’intérêt pour la sculpture américaine de celui qui a également participé à la fondation de la revue d’art contemporain Parachute s’est paradoxalement déclenche a ce moment-là: le minimalisme et le post-minimalisme s’offrent à lui en même temps.Poulin est parti de l’abstraction.Or, au début des années quatre-vingt, alors qu’il compose des ensembles abstraits en ciment, le sculpteur se rend compte que ses sculptures prennent vaguement l’apparence de pierres tombales.«l/i je me pose des questions.Il y a un choix à faire.Est-ce que je le conserve ou non ?Est-ce que je veux que les gens voient ça?» Ces références au tombeau, à la pierre tombale et au monument vont «contre l’art du XX' siècle.Après tous les textes étonnants que j’ai lus, en rupture avec le XIX siècle, après avoir adhéré à la modernité par le tableau de Borduas, je me suis mis à la remettre en question.La sculpture, c’est le seul médium qui ait abordé le thème de la mort physiquement.J'ai retenu cet aspect de la sculpture.Je me demande si on peut être moderne.tout en étant inscrit dans la continuité.de la tradition.La sculpture, est affaire de mémoire.» Poulin dit avoir effectué ce virage avec anxiété, dans un siècle qui ne croit plus à la mort.«Les gens m’ont dit alors que ça ne se faisait pas, de faire des références à la mort.Au début, cette référence était un flirt.Après, la distance est tombée.» L’abîme avait rattrapé ces formes déjà chargées symbolique-ment.«J'ai accepté la mort.» Le point tournant, pour Poulin, c’est le cimetiere.«Je vais dans le Maine tous les étés.Sur la route, on rencontre des cimetières avec leurs petites pierres tombales qui vont dans Unes les sens.Je me suis arrêté.Je me suis mis à dessiner et a prendre des photos.le cimetière est lui-même un univers qui disparait.» Vivre au Québec Les expositions personnelles s’accumulent dans les musées, des prix sont venus reconnaître l’importance de son travail.Celui qui enseigne au département des arts visuels de l’Université d’Ottawa depuis 1987 a été le premier récipiendaire du prestigieux prix Ozias Leduc de la Fondation Kmile-Nelligan en 1992.Pourtant, aucune galerie ne le représente à Montréal.«Je ne me l’explique pas.» Pendant les années quatre-vingt, plus rien ne se passait pour l’artiste à Montréal.«J’ai dû me tourner vers Toronto.» Poulin déplore que le Québec possède peu d’infrastructures pour appuyer les artistes.«Il y a eu une très grosse évolution du milieu, il y a des politiques gouvernementales, des universités, des artistes, mais entre les institutions et les artistes, il y a un gros trou qui est censé être remplis par les fondations, les corporations, les collectionneurs.» L’amertume qui gagne plusieurs artistes dont la carrière est avancée ne tient pas uniquement à leur personnalité.«On regarde les plus vieux, ils sont oubliés.Pourtant, ils ont contribué à l’histoire.» Poulin ne comprend toujours pas qu’un musée Borduas n’ait pas été fondé, pour rester en contact avec ce qui l’a mis, il y a des années, en contact avec l’art.«Dans n’importe quel pays, ailleurs, Borduas aurait son musée.Il faut que l’histoire soit accessible autrement que sur papier, devant les œuvres.» Boucler la boucle avec Borduas?«Ça me fait plaisir d’avoir le prix Borduas.Cestun prix qu’on remet en fin de carrière.Mais c’est pas fini, mon affaire.Vous ne vous débarrasserez pas de moi comme ça», s’esclaffe Poulin.Il a fondé un théâtre voué à la création et à la recherche au moment où tous les autres cherchaient à institutionnaliser d’abord le théâtre ici.Il a joué, écrit, signé une centaine de mises en scène au dernier décompte officiel.Il a touché à la télé à ses tout débuts, au théâtre, à l’opéra, au music-hall, même aux grands défilés populaires.Il a chanté, crié, créé partout.Paul Buissonneau est un «carrefour» incontournable de l’histoire du théâtre au Québec.MICHEL BÊLAI R LE DEVOIR C> est une des premières choses qu’il dira si vous lui parlez du métier, garanti!: «Je ne suis pas un artiste, moi; je suis un artisan.» Comme s’il voulait tracer une ligne déjà, signifier par là que c’est dans l’action qu’il se définit, Paul Buissonneau aime bien préciser en roulant des yeux qu’il est «un manuel, un monteur de shows».«Manuel», il l’est certainement lui qui a gardé de son apprentissage comme sellier dans un atelier de carrosserie, au beau milieu de la France occupée des années 40, une attirance profonde pour les matières et les textures.Tous ceux qui le connaissent vous parleront d’abord de sa passion des objets et de sa manie de faire les poubelles comme un chiffonnier.Comme un certain Roch Plante, aussi, alias Réjean Ducharme.A une certaine époque, Buissonneau ramassait tout ce qui pouvait servir encore; son appartement était un caphar-naüm piégé de fils de fer, de petites boîtes, de tissus et de matières diverses, sa maison de campagne, un entrepôt et le Quat’Sous, une sorte de magasin général.Il dit maintenant en souriant de son visage de vieille poule maternante qu’il s’est «un peu assagi».On en doute.L’animal rare Parce qu’il n’a jamais été particulièrement sage, Buissonneau.Ni discret d’ailleurs.C’est un râleur professionnel.Un gueulard.Un homme qui s’enflamme pour un rien; on sait aussi qu’il aime bien cabotiner un peu, prendre toute la place les jours de ciel gris comme en plein solfil.Mais il sait s'effacer aussi.Écouter.Puis éclater.Parfois avec une irrésistible grossièreté.Le plus souvent avec une idée toute simple, surprenante.Qu’il abandonne rapidement au profit d’une autre, puis d’une autre encore jusqu’à ce qu’on l’arrête.Il est comme ça, Buissonneau: une sorte de jaillissement perpétuel non canalisé.Comme s’il était branché directement sur l’énergie de la matière en fusion dormant au centre de la planète.Il a tout fait, on le sait aussi.Il a fondé un théâtre voué à la création et à la recherche au moment où tous les autres cherchaient à institutionnaliser d’abord le théâtre ici.Il a signé une centaine de mises en scène, produit des centaines de spectacles.11 a touché à la télé à ses tout débuts, au théâtre, à l’opéra, au music-hall, même aux grand défilés populaires.Il a chanté, crié, créé partout ici: Paul Buissonneau est un «carrefour» incontournable de l’histoire du théâtre au Québec comme l’a écrit Jean-Claude Germain.Il a aujourd’hui 75 ans et il reçoit ce prix du Québec avec beaucoup d’émotion.Nous en avons profité, le temps de quelques heures à une terrasse de bistro, pour remonter le fil de toutes ces années.Remonter bien avant le Quat’Sous.Avant même Piccolo et La Boite à surprises.Jusqu’au Buissonneau d’avant La Roulotte.C’est qu’il est arrivé ici tout jeune — il avait à peine 25 ans — plein d’idées, nouvellement marié à une Québécoise.Nous sommes en avril 1950.En plein duplessisme.C’est une époque presque occultée qu’on ne connaît (mal) que par de rares reportages à la télé ou par le biais de revues savantes trop pointues: nos années 50 ne se portent pas particulièrement bien dans les salons.Quand Buissonneau débarque ici, il entre d’abord dans une sorte de coma: «Un zombie chez le pauvre monde!», dira-t-il.Il vient de passer d’un univers à refaire, où il allait prendre l’apéro au bistro du quartier, avec le curé, à une société,littéralement dominée par une Église triomphante associée intimement au pouvoir politique.Du même coup, il est sacré «maudit Français».Et il devient un témoin privilégié puis un des acteurs même du bond fabuleux que connaît le Québec entre 1950 et 2000.Mais Paul Buissonneau mettra d'abord deux ou trois bonnes années «à refaire surface», animal rare, curiosité du monde des variétés ayant choisi d'abandonner les célèbres Compagnons de la chanson pour s’installer au Québec.Il en profite pour apprendre à écouter,, pour essayer de comprendre.À l’epoque, il vend des disques chez Archambault et il s'ennuie à mourir lorsqu’un ami lui fait rencontrer le directeur du Service des parcs de la Ville de Montréal, Claude Robillard.Et pouf C’était parti.La Roulotte, etc.C'était parti pour La Roulotte d'abord puisque Buissonneau se voit confier la mission d’animer ce nouvel outil pensé par Robillard.Au départ, dans la première version du projet, il se serait chargé de faire passer des auditions aux enfants dans les parcs et de monter avec eux un petit spectacle en soirée pour les parents.L'idée est assez révolutionnaire, mais Buissonneau voit plus grand encore en proposant plutôt une petite équipe jouant des spectacles pour les enfants tout se chargeant de l’animation.Robillard accepte (merci encore).Et La Roulotte vient s’installer, aussi, dans un quartier de l’Est de Montréal avec un Pierre et le Loup (1953) qui allait permettre à toute une génération de «théâtreux» de s’affirmer en jetant les bases de ce qui est devenu l’une des spécialités québécoises les plus exportées: le théâtre jeune public.Mais rapidement, la rumeur circule et Buissonneau se voit offrir un petit segment puis un autre dans la toute nouvelle programmation jeunesse de la télé de Radio-Canada: le personnage de Piccolo voit le jour en 1956 et les mots «pantomime» et «com-media del’arte» deviennent tout à coup une réalité concrète.Pendant tout ce temps, l’aventure de La Roulotte prend de l’ampleur — elle fera même la couverture du magazine américain Variety —, et Buissonneau devient un vrai fonctionnaire municipal du Service des parcs.Les productions se multiplient.Et l’hiver maintenant, quand le Service des parcs se transforme en une immense patinoire reproduite à des centaines d'exemplaires, Buissonneau s’occupe des jeunes en leur offrant un local (le Centre Campbel) et des cours d’initiation aux arts de la scène.On prétend qu’il leur faisait faire les poubelles mais il n’a pas été possible de vérifier l’information.Arrive alors une autre année charnière: 1965.C’est bien sûr l’année de l’installation de la compagnie du Théâtre de Quat’Sous — fondée en 1956, déjà — dans l’ancienne synagogue quelle habite toujours, avenue des Pins.Mais on oublie que Buissonneau signa aussi cette année-là une mise en scène du Barbier de Séville à la télé de Radio-Canada qui lui valut un Emmy Award à New York.Des mises en scène, il en signe d’ailleurs un peu partout tout en ne délaissant pas la Roulotte pour autant.Puis arrive L'Ostidshow en 1968 qui allait, tout comme la création des Belles-sœurs, «ouvrir les livres» du théâtre que l’on fait ici depuis.La suite, tout le monde la connaît puisque tout le monde ici a plus ou moins grandi avec Paul Buissonneau, Une incroyable quantité de comédiens, de spectateurs ordinaires, de metteurs en scène et de gens de théâtre de tout type ont travaillé avec lui, ont été influencés, conseillés, engueulés, formés par lui.le palmarès est impressionnant: Paul Buissonneau est presque devenu à lui seul, une des formes, une des approches du théâtre qui se fait ici.Après le prix du Gouverneur général pour les arts de la scène qu'il recevait en 1998, il est juste (et bon) qu’il reçoive cette année le prix Denise-Pelletier.Roland Poulin dans son atelier.MARC-ANDRE GRENIER ROLAND POULIN PRIX PAUL-ÉMILE BORDUAS 2001 Le Musée d'art contemporain de Montréal est heureux de souligner l'œuvre remarquable, originale et universelle de Roland Poulin.MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec ss LA FONDATION J.ARMAND BOMBARDIER félicite les lauréats des Prix du Québec 2001 Le Centre culturel Yvonne L.Bombardier a le plaisir de recevoir deux des lauréats en septembre 2002 VICTOR-LEVY BEAULIEU Prix Athanase-David ROLAND POULIN Prix Paul-Émile-Borduas (l'NTRI" (HITHRU avenue J -A -Bombardier.Valcourt (Québec) JOE 2LO yvonne i bombardiVr Tèi : (450) 532-3033 Courriel ccylb@fjab.qc.ca CK CAHIER S P É C I A L EST P I B L I É PAR LE D E V (I I B K RI.\ LIT nthrrmilteledcvoir.ra K A I S C K i) F K I» I S ( E REVOIR.L E s > A M E R I 21 ET R I M A V T H E 2 T \ o V T \| |i R Y 2 O O I k r> m.\ DI’ Ül'EBEC Prix Wilder-Penfield Prix Léon-Ciérin L’amoureux de Montréal Laisser la parole à l’Histoire Le parcours de Pavel Hamet la amené au CHUM Marcel Trudel et la vérité des choses De la Tchécoslovaquie natale jusqu'au CHl'M, il suffisait d une vie consacrée à la recherche.Propos d'un homme qui fut d’une ville et de deux universités avant d'être le chercheur émérite qu’il est devenu.cLAI DE LAFLEUR Pavel Hamet a consacré sa carrière a percer les mécanismes responsables de l’hypertension et de ses complications, incluant le diabète et les problèmes cardiovasculaires.Professeur de médecine, il a dirigé le Centre de recherche de l'Hotel-Dieu avant de devenir directeur de la recherche du Centre de recherche du CHUM — le nouveau Centre hospitalier de l’Université de Montréal.Mais, surtout, il s'agit d'un véritable amoureux de Montréal puisqu’il s’est enfui de son pays, la Tchécoslovaquie, précisément pour venir s’établir chez nous.Pour l’ensemble de ses réalisations, le D' Hamet se voit aujourd'hui octroyer le prestigieux prix Wilder-Penfield.Son périple commence en 1966 lorsque le jeune Pavel vient faire un stage d’été à l’hôpital de Sorel.11 est alors séduit par notre ville.«Montréal m’a tellement frappé à ce moment-là.raconte-t-il d’une voix remplie d’émotion, parce que c'était le Montréal plein de trous: trou de la Place des Arts, trous de métro, trou de l’Institut de recherche clinique et, en plus, vous construisiez une île au beau milieu du Saint-Laurent! Je trouvais cela extraordinaire!!!» De fait, le jeune médecin est si impressionné par le dynamisme de notre société d’alors qu’il n’hésite pas à quitter son pays et, après s’être caché un temps à Paris, il parvient jusqu’à nous.Pensez donc: il nous arrive en 1967.«l’année de l’Expo!».Double appartenance Il ne lui faut par ailleurs guère de temps pour saisir la dichotomie de notre société.Ainsi entreprend-il de s’intégrer à la fois au milieu francophone et anglophone en menant simultanément des études de médecine à l’université McGill tout en réalisant sa résidence à l’Hôtel-Dieu (affilié à l’Université de Montréal).«C’était l’époque des deux solitudes entre l’Université Montréal et l’université McGill, relate-t-il, et je me suis inscrit aux deux institutions comme étudiant à temps plein.De la sorte, au bout de quelques années, j’ai complété d’une part ma résidence et d'autre part mon doctorat en médecine expérimentale.» Ses études avancées portaient sur la signalisation cellulaire — le fait que les cellules échangent çntre elles à l’aide d’hormones.A l’époque, c’était un domaine de pointe puisque le prix Nobel de médecine venait d’être attribué pour des découvertes en ce domaine.Or, voulant approfondir ses connaissances, le Dr Hamet poursuit sa formation à l’université Vanderbilt (à Nash- MARC ANDRE O RENIER Pavel Hamet 'MM, ville, au Tennessee) où résidait le lauréat du Nobel.Ce qui le passionne tout au long de sa carrière, ce sont plus spécifiquement les relations entre les gènes et l’environnement.c’est-à-dire comment nos gènes répondent à l'environnement; par exemple, qu'est-ce qui fait qu’une personne réagit davantage (ou non) qu’une autre à des facteurs de stress.Les travaux de l’équipe dirigée par le D' Hamet — une équipe qu’il qualifie «de tout bonnement extraordinaire!» — ont entre autres mené à la découverte de gènes particuliers qui répondent au stress de l’environnement.Plus précisément, on a trouvé des gènes responsables d’un type d’obésité.Le D' Hamet parle de médecine génique communautaire — un terme à l’avant-garde, insiste-t-il, puisqu’il s’agit de lier les gènes à la communauté.«Nous progressons dans la connaissance de la génétique de l’hypertension et nous commençons à comprendre où se situe, sur nos chromosomes, le lien entre l’hypertension et l'obésité et comment la tension artérielle s’en trouve influencée », ex-plique-t-il Les plus récents travaux en ce domaine sont réalisés en association avec des médecins de Chicoutimi en partenariat avec les prestigieuses institutions américaines que sont le NIH et le MIT.Nouvelle approche Les chercheurs essaient en fait de développer une pharma-co-génétique, à savoir une nouvelle approche de traitement qui permettra de choisir le médicament convenant particulièrement bien à une personne.«Pour le moment, nous faisons de la médecine de groupe.On teste un médicament sur 3000 personnes pour en arriver à déterminer que “s'il est bon pour tous, il est bon pour vous.M.Tremblay!'.Mais ce n 'est pas nécessairement le cas.La pharmaco-génetique va déterminer si un medicament en particulier est mieux adapte pour vous plutôt qu 'un autre, ce qui aura pour conséquence de diminuer les effets secondaires et de réduire les coûts puisque, au lieu d’essayer sur vous quelque chose durant six mois, on vous donnera tout de suite le medicament qui vous conviendra le mieux».Le D Hamet précise que cette méthode commence à être appliquée, mais de façon très limitée, et il espère que la pharmaco-géné tique deviendra chose courante d'ici la fin de la décennie.Parallèlement à sa carrière de chercheur, il devient en 1997 le premier directeur de recherches du nouveau CHUM.Sa fonction première consiste à intégrer l’ensemble des recherches réalisées indépendamment dans les trois hôpitaux réunis.«La recherche était Tune des choses les plus unifiées au CHUM, précise-t-il, puisqu'il n’y avait pas d’obstacles humains.Les chercheurs se sont même mis avant même que le CHUM naisse!» Le I) Hamet profite de l’occasion pour créer une institution de classe supérieure.«Montréal dispose déjà d'hôpitaux offrant d'excellents soins de santé, commente-t-il, alors que la recherche médicale, du côté francophone, laissait quelque peu à désirer.Or.le fait de créer une masse critique — et grâce au financementsprove-nant du Fonds canadien d’innovation et du Fonds de valorisation de la recherche au Québec — nous avons la possibilité de mettre sur pied une équipe de calibre international.Nous pourrons enfin collaborer avec nos collègues de McGill d’égal à égal, alors qu ’auparavant notes étions plutôt considérés comme un partenaire junior.Nous jouons maintenant dans la même ligue!» Le parcours exceptionnel de Pavel Hamet lui vaut aujourd’hui le prix Wilder-Penfield — ce vénérable chercheur qu’il a d’ailleurs connu.«Pour moi, c’était le symbole d'un clinicien chercheur accompli; même à 85 ans, le D' Penfield venait tous les jours au travail.C’est pour moi un modèle et par conséquent, de recevoir un prix qui porte son, c’est fort agréable.Il y a aussi le fait que, bien que je me sente Québécois et Canadien, je ne viens pas d’ici et donc de recevoir une récompense nationale de son pays d’adoption, ça me touche beaucoup.» Ironiquement, le D'.Hamet se voit récompensé d’un prix du Québec en même temps que son homologue de McGill, le IL Skamene.Or, tous deux sont originaires de Tchécoslovaquie — où ils se connaissaient d’ailleurs à l’époque — et ont effectué un parcours semblable pour finalement aboutir respectivement à la direction scientifique des deux nouveaux méga-hôpitaux de Montréal.Félicitations ! U a toujours été un chercheur rigoureux.Les faits d’abord, le discours par la suite.Kn 1947, Marcel Trudel fondait le departement d’histoire de l’I niversité laval.ROBERT C H A R T R A XI) Toujours actif à tv> ans en dépit d’une défaillance récente de la vue qui l’empêche de consulter les archives comme il l’a tant fait pendant un demi-siècle, Marcel Tru del, prix Léon-Gérin 2001, a été de la première generation d’historiens québécois à s’appuyer d’abord et avant tout sur des faits et (It's témoignages avérés dans des documents écrits, à retracer le passe dans sa vérité autant que taire se peut.«C'est ce qui m'a scandalise très tôt quand je me suis mis à Tétude de l'histoire du Canada: que de sermons il y avait dans bien des ouvrages, où on n 'en avait que pour Dieu.l'Eglise et la Patrie!» Lecteur vorace dès la prime jeunesse, Marcel Trudel a d’abord été un amoureux de la littérature, devis nu historien par le hasard des circonstances.«J'ai fait ma thèse de doctorat sur l'influence de Voltaire au Canada, à la faculté des lettres de l’Université laval, à l’époque où il n 'y avait pas encore de département d'histoire.Quand on m’a demande d’en fonder un.j'ai accepte, mais après aiHiir été etudier à Harvard.» C'était en 1947.Inval était alors sous forte influence cléricale.Elle dépendait à toutes fins pratiques, du Séminaire de Québec.«Quand nous avons voulu nous former en association de professeurs, croyez-le ou non.nous sommes allés demander la permission au recteur, qui se trouvait être également le supérieur du Séminaire! En 1965, j'ai quitté laval pour accepter un poste à l’Université d'Ottawa, qui se laïcisait.Là, on me donnait carte bla nche.Quelle bouffée d’air frais, pour moi qui avais connu le climat de petite ville de province qui régnait encore à Québec!» Marcel Trudel travaillait déjà à sa monumentale Histoire de la Nouvelle-France, dont le premier tome avait paru chez Fides en 19611 et qui a accompagné toute sa carrière.«Ç’a été le grand plan de travail de ma vie.Je m'étais d’abord intéressé au regime militaire britannique, de 1759 à 1763.Mais constatant que Ù' connaissais mal la SauvcUi'-Fnince, je me suis mis Tetudier à fimd.C'est ma tournure d'esprit: si j'aborde un sujet ou une période, fentcmls Us ”n der".qu ’on n 'ait plus à passer derrière moi.en quelque sorte.J'ai démarré avec l crrazano.c'est-à-dire en 1524.puis ç a été Cartier, Champlain.et ainsi de suite Ds quatre vie lûmes publies jusqu'ici vont jusqu'en 1675.l'uis.fai dû m'arrêter, ne pouvant plus travailler de longues heures dans Us archives.J'ai maigre Unit pu blie il y a deux ans ce qui serait le dernier volume, sur la capitulation.» I contre-pied des choses Marcel Trudel a également lait des recherches sur l’esclavage, a publie une biographie de Chini-quy, le prêtre défroque.«J'ai toujours été porte à prendre le contre-pied des choses.Il y a cinq ans encore, j’ai donne une conférence sur les avantages de la Conquête! Et puis, je me suis beaucoup intéresse à notre petite histoire en compul sont d'innombrables documents notaries.à ce que les gens d'autrefois mangeaient.On me Ta reproché en me disant: 'THistoire, mon cher, c’est Dollard, pas la vianderie!"» Marcel Trudel a persisté, cherche et signe.Et s'est toujours méfie des embrigademenls.Mais coin ment se situerait il parmi les hisio riens de sa generation, en particulier ceux qui opt fait partie de ce qu’on a appelé l’Ecole de Montreal?«Four m'en tenir à ceux qui ont publié, je dirai que j’estime hautement Frégault, qui a été un chercheur sérieux, indépendant d’esprit.J'ai des réserves sur Brunet comme historien, quoique j’estime l’homme.Ce que j’ai reproché à ces professeurs de Montréal, par ailleurs excellents, c’est de n’avoir pas laissé de liberté à leurs étudiants.Ils ne se cachaient pas de les former selon leur moule.Montréal a été un centre nationaliste: c’était le “crois ou meurs” Si on Marcel Trudel ne partageait pas leur point de vue.on se faisait dire qu'on n avait rien compris.» Marcel Trudel a également bien connu le chanoine Lionel Groulx.«Dans Its a nun's 50.c était lui.l’historien de reference Ce que j'admire de Groulx, c'est qu 'il a laisse les gens libres, notamment ceux qui callable raient avec lui à l’Institut d'histoire de l'Amérique française.Voici un homme qui avait toujours été nationaliste et qui.à la fin de sa carrière, fonde une revue qu 'il veut indépendante de toute idéologie, même si elle ne Ta pas toujours été par la suite.J'ai de l'estime pour cette ouverture d'esprit.Four ses œuvres, c’est différent.Il faut dire qu'il a écrit à une époque où un historien devait frit île la “belle histoire".Et il y excellait! Il voulait éveiller les jeunes, provoquer leur enthousiasme.Vous Usez Groulx et vous l'entendez parler: il y avait une grandiloquence naturelle chez lui.Quoi qu'il en soit, sa revue se maintient depuis 1947.C’est remarquable.comme longévité.» Citoyen engagé (il a été, au début des années 60, président du Mouvement laïc de la langue française, section de Québec) et chercheur rigoureux, Marcel T rudel s’est également fait son propre bis torien, dans Mémoires d'un autre siècle (Boréal, 1987), une autobiographie élégante qui est également la fresque d’une époque.Ü! CHUM CENTRE HOSPITALIER DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL L’Université d’Ottawa est fïère de compter parmi les siens deux lauréats des Prix du Québec 2001.Roland Poulin lauréat du prix Paul-Émile-Borduas Marcel Trudel lauréat du prix Léon-Gérin Université d’ ^University of _ Ottawa www.nottawa.ca Le CHUM félicite son directeur de la recherche, le DR PAVEL HAMET lauréat du prix WILDER-PENFIELD, la plus haute distinction attribuée par le gouvernement du Québec dans le domaine des sciences biomédicales.I I.E I) E V OIK.I.h S S A M EDI ^ I E T D I M A X < Il E X O V E M K K E > O O I F (> • PRIX Dl' QUEBEC • Le « chasseur de gènes » La polyvalence d’Emil Skamene CLAUDE LAFLEUR Q i le professeur Emil Skamene a, O entre autres, conçu une nouvelle approche scientifique pour le trai-tement de l'hypertension et des maladies qui en découlent, il assure, concurremment a sa fructueuse carrière scientifique, l'importante fonction de directeur de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill — l’un des deux méga-hôpitaux actuellement en gestation.«J’occupe plusieurs fonctions!, dit-il en rigolant Disons que je suis m clinicien et un spécialiste de l’immunologie et delà génétique.Mes travaux se concentrent sur la génétique de l’immunité aux infections, c’est-à-dire le fait que quelqu ’un qui, exposé a une infection, en tombe ou non malade — cela dépend [entre autres | de son bagage génétique." Le Dr Skamene recherchant ainsi les gènes qui nous rendent résistants ou non aux infections depuis des décennies est qualifié par certains de «chasseur de gènes».D’origine tchèque, il s’est passionné pour la génétique parce qu’un professeur lui a enseigné cette discipline alors même qu’elle était prohibée par le régime communiste de son pays.Dès le départ, Emil Skamene désirait se consacrer à la recherche fondamentale, de sorte qu’après avoir obtenu son diplôme de médecine, il complète un second doctorat spécialisé en recherche en biologie et en génétique.11 est ensuite DENIS LORD L’ apport du Dr Bergeron au ' rayonnnement du français se double d'une impressionnante car- embauché par la prestigieuse Université Harvard avant de recevoir une offre de l'université McGill qu’il ne pouvait refuser.«Après avoir visité l’université, le centre hospitalier et la ville de Montréal, j'ai décidé que c’était ici que je voulais vivre!», se rappelle-t-il.lx* D' Skamene fonde ainsi le Centre d’étude de la résistance de l’hôte afin de se: consacrer a la découverte des genes qui contrôlent notre résistance aux infections.Son équipe s’intéresse tout particulièrement a la tuberculose.«Mon laboratoire a été le premier au monde à trouver le gène qui contrôle la résistance ou la susceptibilité a la tuberculose», précise le savant.Cette découverte a d’ailleurs ouvert une nouvelle approche pour aborder les maladies infectieuses.«La raison pour laquelle nous nous intéressons tant aux gènes est de deux ordres, poursuit-il.D’une part, nos travaux sont importants du point de vue du diagnostique puisque, connaissant les gènes en jeu, nous pourrons prédire si une personne est susceptible ou si elle est résistante à une infection, ce qui nous permettra de prendre les mesures nécessaires.En second lieu, le fait d'identifier un gène et son marqueur nous permet de mettre au point beaucoup plus rapidement de nouveaux médicaments.» Ces travaux s’appliquent à plusieurs types d’infections ainsi qu’à d’autres désordres du système immunitaire, souligne le chercheur, par exemple l’arthrite rhumatisma- rière.L’homme est d’abord un chercheur de réputation internationale, spécialiste de la néphrologie.1 firecteur du département de physiologie de l'Université de Mont- Prix Armand-Frappier I» ?MARC ANDRÉ GRENIER Emil Skamene le et l’inflammation de l’intestin.«Notez bien que dans ces derniers cas, il ne s’agit pas de maladies infectieuses mais plutôt de troubles qui semblent faire appel à des mécanismes génétiques.» Voilà qui illustre a quel point son approche a une portée beaucoup plus vaste qu’entrevue initialement De surcroît, dans le cadre de ces travaux, son équipe a conçu une nouvelle lignée de souris qui a non seulement conduit à la découverte de gènes mais a aussi ouvert d’autres champs de recherche.Ainsi, ces souris se sont révélées un outil inestimable pour l’étude de l’hypertension, du diabète, du cancer et de l’asthme.réal entre 1986 et 1993, où il enseigne encore aujourd’hui, il a été pendant près de 30 ans à la tête d’un laboratoire de recherche en physiologie rénale.Ses travaux ont Biotechnologie l£ chercheur est en plus très actif dans le domaine du transfert des technologies.Il est notamment co-fondateur d’une entreprise de biotechnologie (RGS Inc.) en plus d’être l'un des chefs de file dans l’implantation de l’initiative de Valorisation Recherche Québec qui réunit les universités McGill, de Sherbrooke et Bishop dans un grand programme de transfert de technologie.Il sera en outre l'un des soumissionnaires qui accueilleront le Congres international d’immunologie qui réunira a Montréal en 2004 de dix à quinze mille immunologistes.Aujourd’hui, le D'Skamene dirige l’équipe de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, l’une des plus grandes équipes de recherche médicale en Amérique du Nord, affirme-t-il.«Nous comptons quelque 400 chercheurs — c'est énorme, vous savez! — et nous disposons d’un budget de recherche de 70 millions par année.C’est une merveilleuse entreprise et j’ai la chance d’y être depuis le début et de pouvoir ainsi influer une vision qui unira les recherches poursuivies dans différents hôpitaux.» Le directeur se consacre entre autres à planifier la nouvelle institution de santé où la recherche, quelle soit de nature fondamentale ou clinique, sera entièrement intégrée aux soins prodigués aux patients et à la population en général.L'équipe qu’il di- donné lieu à de remarquables percées dans le domaine., Si on a décerné le prix Georges-Emile-Lapalme au Dr Bergeron, c’est pour la qualité de ses conférences et de son enseignement — on a donné son nom à un concours de vulgarisation scientifique à l’Université de Montréal —, mais aussi et peut-être surtout pour son rôle primordial dans la fondation de Médecine/sciences en 1983.Pour mettre sur pied cette revue multidisciplinaire de haut niveau, fruit d’une collaboration entre la France et le Québec, il lui a fallu une persistance et un don de persuasion peu communs.Les partenaires hexagonaux de l'équipée privilégiaient la formule d’une vulgarisation de «bon niveau».L’anglais était, comme encore aujourd'hui, considéré comme la langue de la communauté scientifique; à la même époque, le périodique du vénérable — et symbolique — Institut Pasteur changeait son titre à'Annales pour Bacteriological Revue et refusait de publier des articles en français.L'avenir a donné raison au néphrologue.La renommée de Médecine/scie ne es (http://selections.medecine_sdences.corn) dépasse aujourd’hui les frontières de la langue de Pasteur.Des Américains et des Canadiens-Anglais y écrivent, par francophilie mais aussi pour le prestige.La prestigieuse revue Cell la cite.Philip H.Abelson, rédacteur en chef de Science, a écrit que «les articles publiés par Médecine/sciences sont d'un niveau égal ou supérieur à ce qui se publie dans ses équivalents américains ou anglais».Mais avant d’être un porte-drapeau de l’expression francophone, le Dr Bergeron se perçoit comme un chercheur convaincu de «la nécessité pour toute culture de s’approprier, dans ses mots, les développements scientifiques et technologiques.Si une langue n’accepte pas d’ineor-porer la science au sein de sa société, elle s'interdit la modernité et est vouée à la mort.Je ne vends pas du .français scientifique, ça pourrait être l’afghan ou le japonais.Utiliser la langue maternelle de ses étudiants, c'est se servir d’un outil cognitif incomparable dans l'apprentissage.» Médecine/sciences Financée par les revenus publicitaires et les abonnements, comme par les gouvernements québécois et français, Médecine sciences compte aujourd'hui un lectorat de près de 40 000 individus et publie annuellement entre 1400 et 1600 pages.«Rédigée par des chercheurs, la revue offre de la synthàe et de la critique, par exemple dans le cas de certains travaux américains sur le génome, sujets à caution.» Malgré ses acquis, le périodique n’a pas encore accompli le rêve d'une grande revue francophone scientifique, selon le D' Bergeron.la?tirage plafonne depuis quatre ans.«Aref les chercheurs que nous avons, c'est un scandale.En publiant deux revues par mois, nous pourrions être plus actuels et aller chercher davantage de revenus publicitaires.Pour cela, il faudrait rige a créé treize grands programmes de recherche qui fonctionnent pour l’heure comme un «centre scientifique virtuel» puisqu’ils sont répartis dans cinq établissements en attendant d’être rassemblés sur le campus du Centre hospitalier McGill.Pour toute ces raisons, Emil Skamene a reçu une foule de récompenses, de prix et d’honneurs prestigieux provenant de la communauté scientifique tant d’ici qu’à l’étranger (notamment au Jappn, en France, en Allemagne, aux Etats-Unis et même de l’Organisation mondiale de la santé).Néanmoins, Emil Skamene se dit particulièrement honoré de recevoir le Prix Armand-Frappier et ce pour deux raisons.D'une part, dit-il, en tant qu’émigrant qui a réalisé l’essentiel de sa carrière au Québec, c’est une reconnaissance par son «pays d’adoption» qui lui va droit au cœur.D’autre part, le fait que ce prix porte le nom de l’un de nos grands chercheurs l’honore tout particulièrement.«Armand Frappier est l’un des géants du Québec, explique-t-il.C’est le premier à avoir utilisé la vaccination contre la tuberculose.Or, je ne, crois pas que ceux qui m’ont décerné le prix en étaient conscients, mais le fait que je reçoive un prix nommé en l’honneur de quelqu’un qui a consacré sa vie à combattre la tuberculose est particulièrement significatif pour moi.Cela m’encourage énormément à poursuivre mes travaux!» MARC-ANDRÉ GRENIER Michel Bergeron doubler l'équipe de rédaction.Je crois que nous pourrons atteindre cet objectif en 2002.» En 1996, le professeur de l’Université de Montréal a également fondé le bimestriel te Sélections de Médecine/sciences, destiné aux omnipraticiens et aux étudiants en médecine et tiré à 11000 exemplaires.Aux dires du Dr Bergeron, l’édition scientifique traverse actuellement une grave période de crise.L’augmentation du prix des abonnements a dépassé celle de l’inflation; les revues médicales canadiennes distribuées gratuitement aux médecins ne sont que des supports à publicité dont les articles sont rarement révisés par des pairs, comme l’exigent les règles de l’édition médicale codifiées par le Groupe de Vancouver.«On a l'impression que les universités approuvent l’information qui y est véhiculée alors qu ’elle est souvent fausse.Ixi participation de l'Université de Montréal à de telles revues est un scandale.Sur 60 revues médicales publiées au Canada, une vingtaine seidement sont acceptables.C’est le devoir de l’industrie pharmaceutique de faire la promotion de ses produits mais c’est celui des universitaires de contrôler l'information.Nous avons fait un marché faustien en donnant notre âme à quelques diables d’éditeurs exerçant une clôture oligopolistique sur l’édition médicale.» Ce sont tout autant les patients que les chercheurs et les praticiens qui souffrent du manque de diffusion et du manque de rigueur de la littérature médicale.Internet se veut évidemment une solution au problème de diffusion, à condition que «le portail d'accueil s'ouvre sur un environnement fréquemment mis à jour, convivial et non sur un labyrinthe dissuasif débouchant sur des parois borgnes ou des portes verrouillée^».Le prix Georges-Emile-Lapalme est une distinction qui s'ajoute à celle de l’ACFAS, qui lui remettait cette annee le prix Adrien-Pouliot, au prix de recherche fondamentale de l'Association des médecins de langue française, à la médaillé du ISO1 anniversaire de la faculté de médecine de l’Universite de Montréal et au prix Michel-Sarra-zin de la Société canadienne de physiologie.Le chercheur est en outre membre de l'Ordre des francophones d’Amérique.Prix Lionel-Boulet Le refus de l’exil Le pari montréalais de Morrel Bachynski PIERRE VALLÉE Morrel R Bachynski est ne au debut des années trente sur une petite ferme en Saskatchewan d’une mere polonaise et d'un pere ukrainien.Cette année, il est le récipiendaire du prix Lionel-Boulet qui vient souligner son exceptionnelle carrière en tant que chercheur scientifique et homme d'affaires.M.Bachynski est le fondateur et président de MPB Techno logies inc., une entreprise québécoise spécialisée en haute techno logic.Un parcours exceptionnel qui l’a mené de la ferme à la fibre optique pour ainsi dire.Malgré ses multiples succès qui lui ont valu de nombreux honneurs, dont ce prix du Québec, le principal intéressé demeure plutôt modeste.«Ce sont des choses qui me sont arrivées comme ça, tout bonnement, une étape à la fois», avance-t-il en guise d’explication.Il avoue toutefois qu’il était un assez bon étudiant.«Je n’ai jamais eu de difficultés avec les études, c'était plutôt facile, explique-t-il.J'ai fait mes études primaires dans une école rurale où il n’y avait qu’une seule classe pour tous les élèves.» Les deux premières années du secondaire, il étudie par correspondance, tout en travaillant sur la ferme familiale, puis complétera son cours à l’école secondaire lo cale.«C’est pendant les cours par correspondance que j'ai appris à me débrouiller, à travailler sans surveillance et à me discipliner.Une leçon qui m’a été utile toute ma vie.» Encouragé par ses succès scolaires et soutenu par ses professeurs, il s’inscrit en génie physique à l’Université de la Saskatchewan et il obtient un baccalauréat dans cette discipline.«J’ai été élevé sur une ferme où il fallait réparer soi-même tout ce qui se brisait, souvent avec des moyens de fortune, et cela m’a donné un côté pratique.C’est pour cela que j’ai d’abord choisi le génie physique.» Mais au moment d’entreprendre sa maîtrise, il se ravise et opte plutôt pour la physique, qu’il considère comme un défi intellectuel.Arrivé au doctorat, deux choix s’offrent à lui: l’université McGill ou le Massachusetts Institute of Technology (MIT).Question de coûts, il choisit McGill et par la même occasion faif de Montréal sa ville d’adoption.A l’âge de 21 ans, Morrel Bachynski a son doctorat en poche.Il fait partie de la toute première génération d’ingénieurs physiciens au Canada.Une carrière bien remplie Morrel P.Bachynski est le coauteur d’un manuel sur la cinétique des particules de plasma et il a publié près d’une centaine d’articles scientifiques.Embauché dès la fin de ses études au laboratoire de recherche de RCA Liée, il gravira tous les échelons et se retrouvera en 1975 vice-président à la recherche et au développement.Pendant son séjour chez RCA liée, M.Bachynski est appelé à travailler, entre autres, sur les systèmes de communications pour satellites, tel Alouette 1, sur le développement des premiers lasers commerciaux et il sera impliqué dans le projet de fusion nucléaire Tokamak à Varennes.En 1976, la société mère RCA de New York choisit de fermer le laboratoire de recherche situé alors à Sainte-Anne-de-Bellevue.Cette décision sera capitale et changera le cours de la carrière de M.Bachynski.Refusant de s’exiler aux Etats-Unis, il décide sur le champ de fonder sa propre entreprise: MPB Technologies inc.Il rachète les installations de RCA Ltée et s’engage à honorer les contrats de recherche déjà signés.«D'une part, j’avais réussi au fil des ans à réunir une excellente équipe de chercheurs et je ne voulais pas la perdre, explique-t-il, ensuite, en tant que vice-président, je faisais passablement le travail qu’un chef d’entreprise.Alors je me suis dit pourquoi pas et je me suis lancé en affaires.» C’est aussi au même moment que Morrel Bachynski découvre qu’il est allergique aux banquiers.Il les avait approchés afin d'obtenir un prêt mais considérant que les conditions de garantie exigées par les banques étaient outra-geuses, il refuse,le prêt et fonce tout de même.A ce jour, MPB Technologies est une entreprise qui n’a pas ni n'a jamais eu de dettes.«Nous gérons très attentivement nos liquidités et nos comptes recevables, les profits sont réinvestis dans la recherche et le développement de nouveaux produits.Je ne sais pas si c'est une méthode de gestion classique, mais ça fonctionne pour nous.» VOIR PAGE F 7: BACHYNSKI élfcitaù'o/is au - L A DR EMIL SKAMENE, directeur scientifique de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill.Ce professeur de la faculté de médecine de McGill, cpii vient de recevoir le Prix du Québec Armand-Frappier, est un chercheur exceptionnel qui mérite pleinement cette haute distinction.Le Centre univer sitaire de santé McGill s’honore d’avoir un chercheur-clinicien de cette trempe à la tête de son Institut de recherche.?McGill Centre universitaire de santé McGill Prix Georges-Émile-Lapalme Communiquer la science Michel Bergeron et Médecine/sciences i 4 I> F Vu v \ M ï I» I I h T DIM A N ( Il Y 2 A N 0 V h M H li ï U U , 4 V ! Morrel Bachynski MARC ANDRK ('.RIMER Bachynski SUITE DE LA PAGE F 6 Pendant quelques années, Morrel Bachynski bat la semelle entre Ottawa et Québec afin d'obtenir de nouveaux contrats de recherche.Son entreprise développe et met sur le marché de nouveaux produits dans les domaines des communications, des lasers et de la fibre optique.En 1987, l’entreprise prend un sérieux tournant lorsqu’elle décroche le contrat accordé par AT&T et British Telecom pour le développement et la mise en service du premier multiplexeur sous-marin au monde servant à l’aiguillage des télécommunications par fibre optique.Ce multiplexeur nommé Wet Mux est complètement autonome, absolument étanche et garantit une fiabilité presque parfaite, soit moins d’une panne en 25 ans.«Ce contrat fut notre rampe de lancement, nous étions arrivés aux ligues majeures.Je fais souvent la comparaison avec un joueur de hockey qui enfin déniche un poste dans la ligue natio- nale.Pas question de retourner aux ligues mineures.» En plus du multiplexeur Wet Mux, MPB Technologies a développe et mis sur le marché plusieurs produits de haute technologie.Dans le domaine de la fibre optique, l’entreprise a mis au point un optimiseur photonique qui permet d’augmenter la portée d’un signal sans avoir recours à un répétiteur.Elle a aussi développé un amplificateur Raman qui permet d’augmenter la capacité de transmission de la fibre optique, en amplifiant la largeur de la bande, afin de faciliter les transmissions multimédias.Dans le secteur des lasers, notons le laser Excimer, le plus petit au monde qui sert notamment pour la chirurgie de l’œil.Travailleur infatigable, M.Morrel Bachynski n’envisage aucunement de prendre sa retraite dans un avenir rapproché.Sa philosophie est simple.«Pourquoi arrêter de faire ce que l’on aime.Et j’aime mon travail.Tant que ma santé me le permettra, je continuerai à travailler.» pi>ix or ()rm:c * Prix Gérard- Morisset Les archives du futur Carol Couture établit la mémoire collective E STE LLE Z E H LE R Carol Couture a consacré toute sa vie professionnelle à la valorisation du patrimoine et à la discipline archivistique.Mais, le synthétisme de cette phrase cache l’ampleur du travail accompli.En effet, à l'aube de sa carrière, la profession d'archiviste n’en était qu’a ses prémisses.Pourtant, les archives existent depuis que les êtres humains ont commence à consigner des informations sur un support, qu’il s'agisse de pierre, de papyrus ou de papier.Relègue dans le passe, son objet était confine exclusivement aux reliques de l’histoire.Carol Couture n'a pas échappé à cet attrait: «,4 mes débuts.jetais certes attiré par l'histoire.mais plus essentiellement par ce qui.dans mon esprit, était le matériau qui permettait à l'historien de reconstituer la société.» Toutefois, il n’est pas homme à se complaire dans les faits établis sans réflexion.Le manque d’emprise sur la collecte des documents, la dépendance disciplinaire, notamment, étaient matière à frustration.L’archiviste devait dœ venir un homme de métier.A ce titre, il devait réfléchir et établir ses propres règles en gardant à l’esprit, tel un sacerdoce, la finalité de son activité, la conservation des documents patrimoniaux.L’une des grandes difficultés de l’archivistique des débuts de Carol Couture était l'exclusion de l’archiviste des procédures de récolte de documents.«II n’intervenait, précise-t-il, que quand les documents étaient déjà sélectionnés.Il ne décidait pas des pièces à conserver ou non.C’était souvent le hasard qui permettait à tel matériel d’être retenu pour être intégré dans les archives que l’on nommait historiques.» Sans remettre en question la valeur des documents ainsi sauvegardés, il est loisible cependant de s’interroger sur la validité du choix opéré au moment de leur prélèvement.Quels critères ont motivé le geste?Ainsi, nous pouvons nous extasier sur la beauté d’un parchemin du Moyen Âge.Mais, était-il, au re- gard de 1’ensemble des documents de l'epoque, celui qui possédait la meilleure valeur de témoignage?L'action de Carol Couture et de ses collègues devait donc porter sur le processus de recolle pour passer «d'une archivistique de survie, qui prend acte de ce qui existe, à une archivistique d’intervention, qui permet de decider en amont des matériaux à conserver^.Des lois, il fallait interroger les critères de sélection des documents et l'ampleur des secteurs à envisager.Ces interrogations ont permis l’émergence d’une vision intégrée de la discipline.Désormais, l'archiviste scrute le présent, ce présent appelé à devenir le passe sous peu.Ce regard temporel sur trois axes lui permet d’intervenir dans l’elee-tion des matériaux qui témoigneront dans le futur.Les documents sont appréhendes dans le cadre de leur cycle de vie, dès leur création.«I.'archivistique gère l'ensemble des documents qui sont produits par des personnes physiques ou morales dans le cadre de leurs activités, quel que soit le support concerné.Ainsi, peuvent-ils provenir tant d'un musicien, d'un peintre, que d'une université, d'une municipalité.» Pour permettre L’archiviste Carol Couture cette perception globale, les ;u chi \ istes travaillent non seulement d;uts ks archives nationales ou pro-vinciales, mais (gaiement dans des grandes, moyennes ou petius insti tutions ou encore des entreprises.Approche intégrée Sur le terrain, les archivistes ai deront (vu exemple les services ad ministrutits d’une université à organiser l’information d’un prives ver bal.l'ois, ce document sera enregistre dans les archives courantes pour une période determinee, au regard de son utilité pour le loue bonnement quotidien de l'institu lion, lorsqu'il ne fera plus que Lob jet de consultations épisodiques, il sera verse aux archives interme diaires.Enfin, en dernier lieu, quand la valeur primaire du docu ment ne sent plus d’actualité, il sera soumis à une évaluation avant d’ètre admis dims les archives défi nitives: «Nous essayons de voir si le document pourra offrir un témoignage intéressant pour l'histoire de l’institution ou pour reconstituer son fonctionnement à des fins administratives ou historiques.» Toutefois, l’archiviste n’agit pas isolement: «Son rôle n'est pas de decider seul.mais de mettre la question sur la table, d'initier l'évaluation et di consigner ces decisions dans un calendrier de conservation propre à chaque domment.» Les administra leurs seront consultes, ainsi que selon le cas.dans la troisième phase, des chercheurs, notamment des historiens mais egalement des ci néastes, des siviologues.des gens de theatre, des arehittvtes.L’élaboration de cette apprivhe intégrée de la gestion des archives a nécessité la synthèse entre Par chivistique nord américaine et Lu chi\ istique traditionnelle euro|xvn-ne En effet, tandis que la premiere se avalisait sur le records management tou gestion des documents administratifs), la seconde sC concentrait sur l’organisation des archives historiques.Lu |x>nl relie désormais ces deux perspectives, t'es efforts menés par les arehi visti-s |x>urdcvelop|XT leurs connais smees et leurs pratiques a (HTinis à la discipline de se dégager de la tutelle de l’histoire et d’nequerir son indépendance.Autonome, l'archi vistique est aujourd'hui une discipline qui bénéficié de son propre enseignement a l'université.Mais, precise Carol Couture, «elle conserve un lien privilégie avec l'histoire, tant pour determiner la valeur de te moignage d'un document que pour dégager les courants historiques actuels Cependant, nous travaillons sur un objet qui est de l'infi/rmation.Aussi, sommes-nous intimement liés aux sciences de l'information.» Ainsi, l’archiviste de nos sociétés est un professionnel qui entend develop per son expertise tout en utilisant les technologies de pointe.la contribution de Carol Coutu re à l'avancement de la discipline et de la profession est indéniable.De plus, grâce à son impact sur la le gislation archivistique du Quebec, il a contribue au develop] vment de la mémoire collective des Québé cois et à l'enrichissement de notre vie culturelle.Aujourd’hui, il pour suit sa tâche en formant les arehi vistes de demain, par le biais de l’enseignement universitaire, mais également en se consacrant au do maine de la recherche.MARC AN 1)1(1 .!(! VI !.Félicitations à nos professeurs ! Michel Bergeron Professeur titulaire au Département de physiologie de la Faculté de médecine.Lauréat du prix GEORGES-ÉMILE-LAPALME (promotion de la langue française ou écrite au Québec) Carol Couture Professeur titulaire et directeur de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de la Faculté des arts et des sciences.Lauréat du prix GÉRARD-MORISSET (patrimoine) V * Pavel l laïuel Professeur titulaire à la Faculté de médecine et directeur de la recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).Lauréat du prix WILDER-PENFIELD (sciences biomédicales) www.umontreal.ca 4L Université de Montréal y La SODEC félicite les lauréats des Prix du Québec.4%, V- * û£ - ' b ¦ éàa J '* YM 1K >• ?» if ^ h t M A 1 Société de développement des entreprises culturelles Québec la culture, une passian qui se dévelappe.I V » K 8 L K I) K V O I H .L K S S A M EDI 21 E T U I M A X ( H E V II V E M K II F.2 H il 1 MîlX OU QUEBEC Prix Marie-Victorin Entre théorie et pratique Robert Emery Prud’homme a fait sienne la science chimique Étudiant au Séminaire de Valleyfield au milieu des années soixante, Robert Emery Prud’homme éprouve un penchant intellectuel pour les sciences pures.Au moment où prend forme et se déroule une révolution tranquille qui incite les jeunes Québécois à se tourner davantage vers les carrières scientifiques, l’étudiant de niveau Philosophie I et II du cours classique reçoit ses premiers cours de chimie, une science qui jalonnera son parcours professionnel.RÉGINALD HARVEY Il est devenu docteur en la matière, professeur au département de chimie de l’Université I .aval et directeur du Centre de recherche en science et ingénierie des macromolécules (CERSIM).Cette année, Robert Emery Prud’homme reçoit le prix Marie-Victorin.Cet honneur lui est dévolu à la suite d'une carrière professorale universitaire de plus de 25 ans.Il obtient également cette distinction à titre de recon naissance pour l’ensemble de ses travaux de recherche et pour la mise sur pied de l’un des plus importants laboratoires au Canada en matière de macromolécules.Robert E.Prud’homme relate que l’enseignement des sciences était d’une grande qualité au moment de son passage au séminaire: «On était tout un groupe qui était intéressé non seulement par la littérature et la philosophie, mais aussi par la chimie, la physique et les mathématiques.Il y avait un choix intéressant de cours et de bons professeurs pour les donner.Parmi eux se trouvaient des clercs de même que de jeunes projs laïcs frais émoulus de l’université et débordant d’enthousiasme.Ces gensdà ont fait en sorte que plusieurs de mes collègues se sont aussi dirigés vers des carrières en sciences appliquées ou pures».11 situe cet engouement dans le contexte québécois de l’époque: «Les carrières scientifiques devenaient tout à fait possibles.Il ne s’agissait plus d’une rareté comme c’était le cas 15 ans auparavant.C'était emballant, parce que c’était nouveau.On sentait bien qu’il y avait ici une faiblesse dans le domaine scientifique et on pressentait comme une sorte de mission la nécessité de combler ce vide-là.» Études universitaires Au terme de son cours classique, il a entrepris et complété des études de baccalauréat et de maîtrise en chimie à l’Université de Montréal.«Je crois qu’il est correct de dire que dès la journée où j’ai mis les pieds à cet endroit pour obtenir mon bac, j’avais décidé que ce que voulais faire, à ce moment-là, c’était un doctorat et de la recherche en chimie.C’était déjà clair dans mon esprit», se souvient le professeur.Il explique de la sorte ce choix de la chimie et son engouement envers celle-ci: «lui chimie l'a emporté sur la médecine et d’autres parcours scientifiques parce c'est un bon mélange de science fondamentale et appliquée.On peut faire uniquement de la théorie par le biais de la chimie quantique ou théorique.Mais, au fond, la chimie est une science appliquée.Un chimiste est appelé à travailler de façon pratique, comme dam mon cas, sur des plastiques, sur des molécules de grande consommation.D'autres sont à l'œuvre dans le domaine pharmaceutique, et d'autres encore en chimie analytique pour essayer de doser les aspects chimiques existant dans l'eau, dans l'air ou dam n 'importe quel milieu».Il insiste sur le double aspect de cette science en ces termes: «Il y a tou-purs cette dualité d'être intéressé par l'approche théorique et de comprendre ainsi le pourquoi du côté moléculaire, ce qui en somme n'est pas mystérieux.Après quoi, il est possible d’appliquer de façon quantitative cette théorie.Cet aspect quantification m'a toujours intéressé parce que, à partir de là, il est possible de ramener le phénomène à une équation signifiante pour les initiés On a alors atteint une certaine compréhension du monde, d'une partie du monde qu 'on arrive à bien saisir.» Après avoir terminé bac et maîtrise à l'Université de Montréal, le jeune diplômé, a cru bon de se diriger vet's les Etats-Unis pour s'ouvrir sur le monde et poursuivre ses études au niveau du doctorat.«Je me suis retrouvé à l'Université du Massachusetts où logeait à ce moment-là l'un des plus gros centres au monde de recherche sur les polymères.Il s'est agi pour moi d'une expérience extraordinaire d’être entouré de professeurs connus internationalement et d'avoir l'occasion d’entendre tous les grands du domaine qui se faisaient un devoir de passer régulièrement à cet endroit.J'ai même eu la chance à deux occasions de côtoyer des détenteurs de prix Nobel et de discuter avec eux dans un chalet d'été près de la plage», se rappelle le professeur.Cette expérience vécue du côté américain s'est avérée précieuse tant sur le plan de la formation que des contacts.«Avec tous Prix Athanase-David MARC ANDRE GRENIER Robert Emery Prud’homme les étudiants rencontrés dans cette université, on forme une sorte de clan.On se reconnaît dans des congrès un peu partout à travers le monde entre diplômés du Massachusetts», dit-il.Directeur du CERSIM Une fois son doctorat en poche, M.Prud’homme a effectué durant quelques mois des travaux de recherche post-doctorale à l’Université de Montréal et a exercé ses compétences durant plus d’un an auprès de l’Institut canadien de recherche sur les pâtes et papiers (Paprican).Après quoi, il est devenu professeur à l’Université I .aval au département de chimie où il a orienté dès son arrivée sa recherche sur l’état solide des polymères; il s’agissait d'un nouveau champ d’exploration, dont il s’est vu confier la responsabilité.Parti de zéro, il a alors connu du succès en relativement peu de temps.Quelque 10 ans après son arrivée à Uiv:ü.il a obtenu en 1985 le prix Steacie du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) pour ses travaux sur les mélanges polymères.Il est de ce fait devenu le premier professeur de l’université à recevoir la récompense la plus prestigieuse accordée par le Conseil à un chercheur âgé de moins de 40 ans.«C’était quelque chose d'important et cette attribution a réveillé les autorités universitaires de Laval, qui ont décidé de développer quelque chose de plus gros.Dans ce contexte, l’idée d'un centre, qui avait circulé à droite et à gauche durant plusieurs années, a trouvé une oreille attentive et s'est finalement matérialisée.» Aujourd’hui, le Centre de recherche en science et ingénierie des macromolécules (CERSIM) regroupe plus d’une centaine de chercheurs, dont plusieurs étudiants de la maîtrise et du doctorat, et il est animé par 14 professeurs de Laval appartenant à quatre départements différents.Son budget annuel tourne autour de cinq millions de dollars.«Je pense que le Centre a un impact international non négligeable.Quand on se réfère à la recherche sur les polymères au Canada, je crois que nécessairement on se tourne de notre côté», mentionne le directeur du CERSIM.Robert Emery Prud’homme entend demeurer lié au Centre dans l’avenir.«Quant à la recherche, tout mon travail se situe à l'intérieur des murs du Centre».dit-il.Grâce à l’utilisation d'outils microscopiques plus performants, ses travaux porteront principalement sur la cristallisation dims les mélanges polymères au cours des six ou sept prochaines années.Il considère finalement comme un grand honneur le fait que son nom soit associé à celui de Marie-Victorin, qui tut le fondateur du Jardin botanique de Montréal et l'auteur du livre la Flore laurentienne, un classique en son genre.Il se félicite du chemin parcouru au Québec dans le domaine scientifique en ces mots: « Au début de ma carrière.il y avait déjà une .force qui se manifestait, mais on n'était pas au même niveau, de façon générale, que les Américains ou les Français en 1975.Iss choses ont évolué rapidement depuis 25 ans.Maintenant, la nouvelle génération de scientifiques est rendue à un point où nous n'avons rien à envier aux autres pays.On est un petit pays et, pour cette raison, il est impossible d'avoir des spéeialistes dans toits les domaines.Mais, on est capables de concurrencer les meilleurs scientifiques à travers le monde et de s'asseoir à côté d'eux Je suis assez fier d'avoir contribué à cette évolution».Uécrivain aux initiales Victor-Lévy Beaulieu, auteur et éditeur Faire de la langue une écriture, le projet de l’écrivain qui devint le fondateur des Éditions aux initiales, V LB.R O H E R T C H A R T R A N I) Selon son dossier de mise en candidature, Victor-Lévy Beau-lieu aurait tout aussi bien pu recevoir le prix Athanase-David en 1995 ou en 2000.Ça ne s'est pas produit.Il le sait et ne s’en offusque nullement.«Jacques Ferron m’a déjà dit: pour 1’Athanase-David, il suffit d’être assez vieux.Nous finissons tous par l’obtenir!» A cinquante-six ans, Beaulieu a cette allure qu’on lui connaît, dirait-on, depuis toujours — barbe broussailleuse, hugolienne, et chapeau noir immanquablement planté sur le crâne — comme on a l’impression qu'il a toujours fait partie de notre paysage littéraire.Et décidé, dès le berceau, d’être écrivain, lui qui notait dans son journal, en 1964, alors qu’il n’avait que 19 ans: «Oh! comme il est loin ce temps où je griffonnais dix pages par jour.» «A vrai dire, j’ai commencé à écrire des romans vers l'âge de quatorze ans.Probablement pour ne pas devenir schizophrène après le déménagement de ma famille de la région de Trois-Pistoles à Rivière-des-Prairies, qui m’était un pays étranger, y compris pour la langue que les gens parlaient.» Et puis, ce qui n’était pas pour déplaire à celui qui a souvent assimilé son écriture à un déversement de fureur et de fâcherie, on disait dans sa famille qu’écrire peut rendre fou: du côté du père, on était apparenté à Emile Nelligan.«Ma mère me disait souvent que si je continuais à écrire, j’aboutirais à Saint-Jean-de-Dieu.Et je lui répliquais: lequel, l’asile ou notre village du Bas-du-Fleuve?» C’est en 1968 que paraît le premier livre de Beaulieu, Les Mémoires d'outre-tonneau, qu'il fait lire sur les ondes de Radio-Canada en hommage à Victor Hugo.Beaulieu, dès lors, deviendra un habitué de la maison à titre de chroniqueur, de scripteur ou d’auteur invité en plus, bien sûr, décrire pour la télévision les feuilletons que l’on sait.Aventure éditoriale Ecrivain quasi frénétique, Beau-lieu s’est également beaucoup dépensé à faire connaître Les Mots des autres, comme le dit justement le livre qu’il vient de faire paraître sur son activité d’éditeur.Il a d'abord été directeur littéraire au Jour, la maison de Jacques Hébert, dès 1969.Puis, ce furent les Editions de L'Aurore, avec Léandre Bergeron.Et il a fondé les Editions VLB en 1976.«Jacques Hébert a inauguré ce que j’appelle une normalisation de notre création littéraire en publiant la première cohorte d'auteurs qui n'étaient pas des collèges classiques: Gilbert la-rocque, Louis Geoffroy, Yvon Paré, Louis-Philippe Hébert, et qui parlaient dans leurs livres de leur coin de pays, qui ne reniaient pas leurs origines provinciales, campagnardes.» Quels ont été ses meilleurs coups d’éditeur, ou les plus décisifs?«Je suis fier d'avoir publié les premiers livres de Michel Gameau, Marie Laberge, Madeleine Gagnon.Philippe Haeck qui ont fait une œuvre par la suite.Même si à l'époque, ils ont paru dans une indifférence désespérante.Im vogue, dans les années 70.était moins au roman qu'au théâtre, et beaucoup à l'essai au sens large.Il y a eu le Dictionnaire de la langue québécoise de IJandre Bergeron, qui a fait tout un tintamarre et lancé un débat très sain sur la langue d'ici.Je suis aussi très fier d’avoir publié 1 L’Etrangeté du texte de Claude U-vesque, qui a été selon moi un ou-vage fondateur dans la catégorie des essais chez nous.» Scandale Après dix ans aux commandes de VLB, Beaulieu abandonne l'édition parce que rien n'a changé.«Les subventions étaient toujours offertes au prorata du chiffre d'affaires.Ce que je trouvais scandaleux.Et c’est encore pareil aujourd'hui: plus vous êtes gros et prospère, plus on vous donne.II n'y a que dans la culture qu ’on encourage les monopoles!» S'il a repris du service récemment comme éditeur — les Editions Trois-Pistoles, c'est lui — c’était pour publier des auteurs auxquels il croit, mais aussi pour rééditer ses propres livres, devenus introuvables.«Sogides, l'entreprise qui avait racheté VLB, a pilonné mes livres et ceux de bien d’autres auteurs.Par megarde.dit-on.» VLB ne s'en cache pas: il a gagné beaucoup d’argent, grâce notamment à la télé, ce qui lui a permis d'écrire et d’agir en toute liberté.«Là-dessus, je suis du même avis que Jacques Ferron, qui disait qu'écrire, c'est faire valoir son droit à l'expression.Si je n'en avais pas vécu, j’au-: rais fait n'importe quel métier pour conserver ma liberté d'écrivain.» Si Victor-Lévy Beaulieu cite vo JACQUES GRENIER LE DEVOIR Victor-Lévy Beaulieu photographié lors de son récent passage à Montréal.lontiers Jacques Ferron, c’est que celui-ci est sans conteste, de tous les écrivains québécois qu'il a fréquentés, un de ceux qui l’ont le plus marqué.«Je dirais que Hubert Aquin, que j’ai également connu, était le génie à l’état pur, alors que Ferron, c'était le génie avec la ruse du génie, même s’il s’en défendait.Il m'a fait comprendre que les textes dits mineurs, y compris les monographies de paroisses — qu’il avait tous lus! — étaient les paratonnerres de notre culture.Grâce à lui, j’appris ce Québec méconnu.Ll m’a ouvert le champ de notre mémoire.Il m'a même fait comprendre la grandeur et le succès d\)ne saison dans la vie d’Emmanuel de Marie-Claire Blais.Selon lui, elle avait écrit sur la tuberculose, sur la pauvreté, sur les familles nombreuses, et en avait fait un livre définitif.Le livre qu’on retient.» Avec le prix Athanase-David, on a voulu reconnaître l’éditeur, le romancier puissant, l'auteur d’essais-fictions remarquables — on pense notamment à son Monsieur Mellville, mais sans doute aussi l’écrivain dont la langue a des accents si personnels.«Je crois au génie de la langue, à sa musique, qui tient à m moment et à une certaine communauté.J’essaie de rendre, dans mes romans comme dans mes téléromans, cette musique que je n’entendais pas dans nos livres d’avant 1960.Lie la fin du XIX' jusque-là, nous avons écrit à la française, ce qui a piégé notre langue.Michel Tremblay, Ferron ont été les premiers à renouer avec notre musique particulière.Moi, je me sers de la langue de ma région natale, mais pour la porter plus loin et en faire une écriture.Je sais que certains s’intéressent à mes téléromans pour cette langue plus que pour l'intrigue.» Prix du Québec 2001 l’Université Laval rend hommage aux lauréats des Prix du Québec 2001 et souligne la contribution exceptionnelle de Robert Émerv Prud’homme •/ Lauréat du prix Marie-Victorin Professeur titulaire au Département de chimie et directeur du Centre de recherche en sciences et ingénierie des macromolécules (CERCIM) de U niversité Laval.Robert Emery Prud'homme s’est distingué, depuis 25 ans.par ses études sur le comportement étrange de certains polymères, les macromolécules qui composent les matières plastiques et les caoutchoucs.Tout au long de sa carrière, il s'est également démarqué auprès des étudiants de niveau doctoral et postdoctoral, de quoi assurer la relève de demain.UNIVERSITÉ LAVAL Aujourd’hui Quétec.demain k monde.i
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