Le devoir, 1 décembre 2001, Cahier D
I) K V O I K .1.K S S A M K 1> 1 I ' * K T I) I M A N ( H K l) K ( K M B K K 2 0 0 I L K LITTÉRATURE Furie de Salman Rushdie Page D 5 ?LE DEVOIR ?DE VISU Flotter vaudou Page D 9 Casse-têtes mexicains CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Guadalajara — A l’entrée de la foire internationale du livre de Guadalajara, parmi les vendeurs de chemises et de bijoux artisanaux, un adolescent propose, sous le manteau, pour dix pesos, deux ouvrages miniatures: des contes du Mexicain Octavio Paz et de l’Argentin Julio Cortâzar, publiés chez Alianza Cien.Non loin de lui, une femme assise, vêtue en indigène, tend la main pour soutirer aux passants quelques pesos, à côté de familles entières réunies autour de plats cuisinés, offerts aux intéressés.Ici, comme dans bien des pays d’Amérique latine, les intellectuels côtoient quotidiennement la pauvreté.«J’ai voyagé toute l’année dans différents pays d’Amérique, racontait au cours d’une conférence de presse l’écrivaine mexicaine d'origine polonaise Elena Poniatows-ka, grande gagnante par ailleurs du prestigieux prix Alfaguara, décerné en Espagne pour son dernier roman, Im Piel del cielo (Im Peau du ciel).J’ai vu beaucoup de pauvreté, mais j’ai aussi rencontré une intelligentsia.[.] Quand je reviens au Mexique, l’une des choses qui me frappent le plus, c’est la pauvreté des enfants qui travaillent dans la rue, qui ne semble plus indigner personne», dit-elle.Ici pourtant, la culture reste une valeur essentielle.Les Mexicains,,qui subissent une énorme influence des Etats-Unis, qui boivent souvent du Coca-Cola au petit-déjeuner et sont fascinés par la technologie, continuent d’accorder une importance notable à la préservation de leur patrimoine, constate le Québécois Gaston Belle-mare, des Ecrits des Forges, qui fait régulièrement des affaires au Mexique.«Au Mexique, on parle de culture et de patrimoine tous les jours dans les journaux», dit-il, ajoutant que c’est ce qui reste au pays pour affirmer son identité.Dans un café de la ville, un homme brandit un cigare en serrant son livre et en refermant son journal.Et dans les rues de Guadalajara l’universitaire, il est très fréquent de croiser des passants la guitare à la main, ou d’observer la douce animation des étudiants s’échangeant des conseils autour de la faculté de musique.Dans le domaine de l'alphabétisation, le pays a accompli, au cours des dernières années, des pas de géant.Mais partout au cours de cette gigantesque foire internationale du livre qui se termine en fin de semaine à Guadalajara, il est encore question de promotion de la lecture et de la culture.«Depuis deux ans, le gouvernement a rendu l’école obligatoire durant dix ans, dit Alvaro Quijano Solis, chercheur du Colegio de Mexico.Auparavant, seul le cours primaire était obligatoire.Mais il est encore trop tôt pour voir les résultats de cette mesure.» Des lecteurs non formés Le gouvernement offre également, depuis longtemps, un programme de textes scolaires gratuits durant les six premières années de scolarité.«Ey a des enfants dans la rue au Mexique, mais ce n’est pas la majorité», concède Quijano Solis.Ce dont on se plaint le plus ici, c’est qu’on ne forme VOIR PAGE D 2: MEXICAINS jwa raconte ILLU STRATI ( )N :TI FFET Frank Scott Le Québec a du mal avec sa littérature d'expression anglaise.Par exemple, quelle place les historiens doivent-ils accorder au poète et constitutionnaliste Frank Scott, né à Québec en 1899?HERVÉ GUAY De Frank Scott, nous savons qu’il s’est surtout attaché, comme l’écrit sa biographe Sandra Djwa, «à développer la nation [canadienne] quand il y avait si peu à partir de.quoi construire», tant sur le plan politique que poétique.Ce qui allait parfois à l’encontre des aspirations de la majorité francophone de la Belle Province, dont il a par ailleurs côtoyé et traduit les poètes.Mais comrpe nous l’apprend K P.Scott.Une vie, qui paraît ces lundi aux Editions du Boréal, même dans les lettres canadiennes, Scott fait figure d’être à part.Sa carrière littéraire a longtemps été éclipsée par sa vie d’homme public.Sa biographie aborde surtout l’homme sous cet aspect.Du reste, ce dernier a certainement consacré plus de temps au droit constitutionnel et à l’action politique au sein de la gauche canadienne qu’à la poésie, De même les Québécois risquent-ils de se souvenir davantage de lui comme l’avocat qui a réussi à les débarrasser de la loi du cadenas que comme le chantre des vieilles laurentides.Eternel idéaliste, Scott ne s’est pourtant laissé aller quépisodiquement à la contemplation, lin tournant les pages de sa biographie, maintenant traduite en français par Florence Bernard, le lecteur constate qu’il est avant tout homme de réseaux.Les siens le relient a Oxford, à la faculté de droit de McGill, à la gauche canadienne qu'il a contribué à édifier, d’abord par la League for Social Reconstruction, ensuite dans le giron de l’ancêtre du NPD, la CCF.Mais il fait également partie des revues littéraires d'expression anglaise, qui émergent en son temps à Montréal (Jhe McGill Forthnightly Review, Preview, Northern Review).À quoi il faut ajouter un petit cercle d’intellectuels et de poètes francophones, parmi lesquels Anne Hébert, dont il traduit Im Tombeau des rois, tient une place à part.Traduction à laquelle il se sent si lié qu’il la fait figurer aux côtés de ses propres poèmes, rassemblés en 1981.Dans les années 1920, le retour a Montréal lui cause un choc.D- vide culturel canadien saute aux yeux de Frank Scott, mais aussi a quel point son pays est inféodé aux puissances de l’argent Influencé par les Fabiens britanniques, ce fils de pasteur devient bientôt un ardent socialiste en même temps qu’un nationaliste canadien convaincu.Progressiste tant sur le plan des idées qu'en poésie, il veut faire entendre la voix de la modernité VOIR PAGE D 2: SCOTT Talons et tentations # Valérie Laforce Talons et tentations Un essai illustré, brillant, captivant Collection Images de sociétés • 128 pages • 19,95$ F I D E S I ( LE DEVOIR.LES SAMEDI I '* ET DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 2 0 01 I) 2 —^ Livres^ SCOTT MEXICAINS SUITE DE LA PAGE D 1 clans des vers inspirés du paysage canadien.Il voit les étendues nordiques comme une vaste page blanche ouverte aux commencements.Dans les années 1930, il compte parmi les penseurs cherchant a imposer l’Etat-providence.I^a décennie suivante, il accede a la présidence de la CCF et en devient le principal lieutenant au Québec, recrutant 'Diérèse Cas-grain, Roger Lemelin et Pierre Elliott Trudeau.Ce dernier a vraisemblablement subi l’influence de Scott pour ce qui est du rapatriement de la Constitution ainsi que de la nécessité d’y inclure une charte des droits.En 1956, les deux hommes ont surtout fait ensemble un voyage déterminant sur le fleuve Mackenzie, dans les Territoires du Nord-Ouest, où ils ont pris la mesure de leurs différences culturelles.Mais Scott n’est pas seulement épris de justice sociale, le juriste plaide aussi pour un fédéralisme centralisé et veille au respect des droits de l’homme.Ainsi, il s’oppose successivement au règlement 17 interdisant l’enseignement du français dans les écoles catholiques ontariennes, à l’emprisonnement de communistes torontois, à ceux qui refusent le droit d’expression aux républicains espagnols de passage à Montréal en 1936 ainsi qu’à l’internement des Canadiens d’origine japonaise en Colombie-Britan-nique au cours de la Seconde Guerre mondiale.Mais ses plus grands succès, l’avocat les obtiendra devant la Cour suprême, qu’il convaincra de déclarer inconstitutionnelle la célèbre loi du cadenas, employée par Duplessis pour persécuter les syndicats et les minorités reli- gieuses.En 1959, la cour se rendra aussi a ses arguments dans la poursuite du même premier ministre, qui est intervenu pour faire enlever son permis de servir de l’alcool a un restaurateur Témoin de Jéhovah.En 1962, Scott gagne aussi le procès en appel relativement aux accusations d’obscénité pesant sur L’Amant de Lady Chatterley de D.H.I^awrence et qui empêchaient la distribution du roman au pays.Les années 1960 le jettent toutefois dans la tourmente séparatiste.D’abord à titre de membre de la Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme.Ensuite, à cause de ses accointances avec les «trois colombes» et d’autres intellectuels francophones de gauche qu’il fréquente depuis une trentaine d’années.Son soutien à la Loi des mesures de guerre lors de la Crise d’octobre lui fait perdre quantité d’amitiés.I^e phénomène est encore accentué par le centralisme de Scott (pouvoir de désaveu du gouvernement fédéral y compris) ainsi que par sa défense acharnée des privilèges de la minorité anglophone.Sa bonne volonté envers les francophones se heurte désormais à leurs revendications, en particulier en matière de langue.Le parfait «wasp» Si sa vision rigide du Canada l’amène à se braquer à la fin de sa vie, le poète continuera de juger essentielles les relations qu’il aura entretenues avec maints intellectuels québécois.Au point où les derniers mots qu’il prononcera à sa biographe seront: «Take care of the state of Québec», ce que Sandra Djwa interprétera comme un appel à bien documenter les liens de Scott avec ses concitoyens francophones.Sandra Djwa Sne vie Le sociologue québécois, Jean-Charles Falardeau, imaginait qu’en lui cohabitaient deux sortes d’hommes: l’un semblable à Sydney Webb (le fondateur de la Fabian Society) et l’autre, au poète anglais T.S.Eliot.Bref, alors que le socialiste rédige des manifestes, le poète écrit ses visions.Sa biographie nous apprend en outre que Frank Scott a suffisamment marqué Jacques Ferron pour qu’il s’en serve comme modèle du parfait «wasp» dans ses œuvres.Lorsqu’on demande au caustique docteur pourquoi il s’est tant acharné à caricaturer Scott, il répond: «C’était le Canadien anglais, le Québécois anglais le plus remarquable de cette époque.Un sacré bonhomme, mais le meilleur de Frank, c’était Marian.» Justement, Frank Scott.Une vie reste un livre très discret sur ce qui touche à la vie sentimentale du poète.C’est vrai tant pour la peintre Marian Dale Scott, son épouse, que pour les autres liaisons qu’il a eues.La critique ca- nadienne-anglaise, qui a beaucoup loué l’ouvrage, a vu dans cette réserve une manifestation de tact.Précisons qu’en anglais, le livre est paru a peine deux ans après la mort de Scott.Quant a celle a qui le poète lui-même avait demandé d’écrire sa vie, elle fait valoir que les biographies publiées au Canada dans les années 1980 n’étaient pas très franches.«Et puis ce qu’un homme fait au lit n'est pas toujours ce qui compte le plus», opine Sandra Djwa.Mais elle ajoute que si c’était à refaire, elle le referait peut-être différemment.Il reste que le rôle de Frank Scott dans la vie intellectuelle canadienne et québécoise résume pratiquement un siècle en entier, dans ses dimensions tant politiques que culturelles.Son point de vue constitutionnel est encore à maints égards celui qui domine au Canada anglais, même s’il heurte de plein fouet la façon dont se conçoivent bien des francophones du Québec.En un sens, Scott est la preuve vivante que ni la bonne volonté ni le droit ne suffisent à régler une fois pour toutes certains différends politiques mais que la poésie peut consoler ceux qui s’y frottent.En 1971, au bord du lac Mas-sawippi, désillusionné quant à l’avenir du Canada, n’écrivait-il pas à un ami: «Quarante ans à tenter de faire évoluer les choses / Et tout ce que je sais c’est que / Ce lac est beau.» F.R.SCOTT.UNE VIE Sandra Djwa Traduit de l’anglais par Florence Bernard Boréal Montréal, 2001,682 pages SUITE DE LA PAGE D 1 pas, à l’école, de lecteurs autonomes.Quijano Solis estime que 10 % des adultes mexicains parlant espagnol ne savent toujours pas lire et écrire.Le pays compte aussi quelque 10 % d’indigènes qui ne savent pas tous lire et écrire en espagnol.Dans un pays où les écoles n’ont pas de bibliothèques, les bibliothèques municipales, qui sont en mauvais état, n’offrent souvent que des livres de niveau secondaire.Ces bibliothèques sont entre les mains de bénévoles et sont souvent, même si la loi ne le permet pas, installées dans des édifices insalubres.On constate cependant une certaine amélioration de l’état des lieux: alors qu’en 1983 le Mexique comptait une bibliothèque par 240 (XX) habitants, on en trouve aujourd’hui une par 16 000 habitants.Les variations entre les populations desservies par chaque bibliothèque sont cependant énormes.Elles vont de 3410 personnes par bibliothèque à 45 654 personnes pour un seul établissement en Basse-Californie, par exemple.Quant aux librairies, elles sont encore plus rares.On en compte une par 250 000 habitants.En 2000, le gouvernement mexicain adoptait une loi sur l’aide à la lecture et au livre.Et le Conseil des arts et de la culture du Mexique (Conaculta) s’est penché longuement sur la question de la diffusion du livre auprès des Mexicains.On prévoit ainsi la distribution de 6,5 millions de livres pour rafraîchir les stocks des bibliothèques.A la foire de Guadalajara, on s’est beaucoup intéressé à l’informatisation des bibliothèques.On veut aussi se pencher sur le projet de fournir des livres en espagnol aux communautés mexicaines vivant au Canada et aux Etats-Unis.Les Chicanos, ces Mexicains immigrés au nord, ont d’ailleurs fait l’objet d’une attention particulière à cette foire du livre.«La plus grande communauté de Mexicains aux Etats-Unis se trouve dans l’ouest du pays, en Californie», dit un journaliste affecte à un poste de télévision desservant cette communauté.Un atelier de la foire portait notamment sur le thème de la langue, sous le titre: «Espagnol et es-panglish aux Etats-Unis».«Les niveaux de lecture ici au Mexique.conclut le Conculta dans un rapport, sont de loin inférieurs à ce qu ’on pourrait prévoir en fonction du niveau d’alphabétisation.» Refrain connu?Or le degré de développement d’un pays peut se mesurer par les aptitudes de ses lecteurs, ajoute-t-on dans ce rapport Par ailleurs, ce développement, en pleine période de «mondialisation», connaît aussi d’autres écueils.Dans le quartier historique de la ville, les places, les fontaines et les édifices rappellent à tout instant l’architecture coloniale espagnole.«La subordination actuelle des économies latino-américaines devant les puissances mondiales est la conséquence de la colonisation quelles ont vécue depuis plusieurs siècles, dont elles n’ont pas pu se détacher complètement, de telle sorte que nous n’avons pas, en Amérique latine, d’États-nations réels et complets comme sont les Etats-Unis, la Suisse, la France ou l’Angleterre», disait, au cours d’un atelier qui se tenait à Guadalajara, le professeur Anibal Quijano, de l’Université de San Marcos, au Pérou.Car la foire du livre de Guadalajara abrite aussi la 15' rencontre internationale de sciences sociales.Signe distinctif de cette hiérarchie?Les grandes maisons d’édition mexicaines ont pour la plupart été rachetées par des maisons d’édition espagnoles au cours des dernières années, dont certaines relèvent d’ailleurs d’intérêts américains, modifiant ainsi substantiellement le marché local.JÊÊ Palmarès m Le baromètre du livre au Québec 7 1 Essais Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER Intouchables 2 2 Roman Qc FLORENT - Le goût du bonheur, T 3 V M LABERGE Boréal 6 3 Cuisine LE GUIDE DU VIN 2002 M PHANEUF L'Homme 2 4 .Roman OÙ ES-TU ?M LÉVY Robert Laffont 2 5 Roman ROUGE BRÉSIL V - Prix Concourt 2001 - J.-C.RUFIN Gallimard 13 6 Roman Qc GABRIELLE - Le goût du bonheur, T.1 V M LABERGE Boréal 51 7 Roman Qc PUTAIN V N ARCAN Seuil 12 8 B.O.LE LIVRE D'ASTÉRIX LE GAULOIS G0SCINNY/UDERZ0 Albert René 4 9 Essai Qc L'ANNÉE CHAPLEAU 2001 S.CHAPLEAU Boréal 3 10 Pratique LE GUIDE DE L'AUTO 2002 J.DUVAL/D.DU0UET L'Homme 6 11 Biographie Qc LANDRY - Le grand dérangeant M.VASTEL L'Homme 4 12 B.D.LE PETIT SPIROU N° 10 - Tu comprendras quand tu seras grand ! TOME / JANRY Dupuis 2 13 Humour Qc LES PERRONISMES LANDRY / MORIN Intouchables 6 14 Roman Qc L'HOMME QUI ENTENDAIT SIFFLER UNE BOUILLOIRE M TREMBLAY Leméac 4 15 Cuisine LES SÉLECTIONS DU SOMMEtlER 2002 F.CHARTIER Stanhé 5 16 Jeunesse CHANSONS OOUŒS.CHANSONS 1EN0RES (Uvre S DC) ¥ H MAJOR Fides 10 17 Humour Qc LES CHRETIENNERIES.T.2 P.BEAUSOLEIL Intouchables 9 18 Fantastique HARRY POTTER A L'ÉCOLE DES SORCIERS, T 1 ¥ 1.K.ROWLING Gallimard 104 19 Livre d'art HISTOIRE OU QUÉBEC ¥ J.IAC0URSIÈRE Henri Rivard 4 20 Roman Qc ADÉLAÏDE - Le goût du bonheur, T.2 V M.LABERGE Boréal 35 21 Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI ¥ (êd.broché) G.HALE Manise 136 22 Biographie Qc AUTOUR DE DÉDÉ FORTIN 1 BARBE Leméac 5 23 Sport C0MMENI JE JOUE AU GOLF ¥ T.WOOD L'Homme 4 24 Roman LA PART DE l'AUTRE ¥ E.-E.SCHMIÏÏ Albin Michel 10 25 Cuisine LE VÉGÉTARISME A TEMPS PARTIEL ¥ lAMBERT/DESAUMERS L'Homme 9 26 Psychologie LES HASARDS NECESSAIRES J.-F VÉZINA L'Homme 8 27 Biographie IL ETAIT MINUIT CINQÂBH0PAI¥ IAPIERRE / MORO Robert Laffont 33 28 Biographie Qc L'IMPATIENT ¥ P NADEAU Flammarion Qc 6 29 Biographie Qc RENÉ LÉVESQUE.T 3 - L'espoir et le chagrin ?P.G0DIN Boreal 7 30 Actualité l'OMBRE DES TALIBANS ¥ A.RASHID Autrement 2 31 Polar LA CONSTANCE OU JARDINIER ¥ 1.LE CARRE Seuil 6 32 Humour Qc DRÔLE A MORT G.LATULIPPE TDV 3 33 Polar Qc INSPECTEUR SPECTEUR ET LE CURE RÉ G.TASCHEREAU Intouchables j 5 34 Sport LA SAGA DES EXPOS - Brochu s'explique BROCHIVPOUIH/BOUXJC Libre Expression 4 35 Fantastique HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES SECRETS.T.2 ¥ J.K, ROWLING Gallimard 104 36 Psychologie cessez D'Etre gentil, soyez vrai 1 ¥ T.D'ANSEMBOURG L'Homme 46 37 Actualité LE FAUCON AFGHAN 0 WEBER Robert Laffont 4 38 Jeunesse ARTEMIS FOWL E.COLFER Gallimard 8 39 Roman Qc MADAME PERFECTA A, MAILLET Lemeac 6 40 Roman MAMIE OAN 0.STEEL Pr.de la Cite 4 41 Biographie R.ANDERSON Grasset 22 4?Biographie B VICTOR Flammarion Qc 3 43 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?S, JOHNSON Michel Lafon 50 44 BD.BLAKE ET MORTIMER N° 15 - L'étrange rendez-vous COLLECTIF Blake* Mortimer 7 45 Arts J.FISHER Pre aux clercs 2 v Coup de coeur RB aiMi N.B Hors prescrits et scolaires : 1“ semaine sur notre liste Nombre de semaines depuis parution 24 librairies au Québec [ - SCABRINI MEDIA je | Bien au-delà de la simple impression et [ .AGMV Marquis i IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke BIOGRAPHIE La vie des gens libres et célèbres Une incursion dans les liens entre pègre et showbiz MARIE CLAUDE MIRANDETTE Nick Tosches est un biographe connu pour ses écrits sulfureux à travers lesquels il explore le côté sombre et pas propre des célébrités.Et le public, tout prude qu’il se prétende, en redemande encore et encore.On se souviendra qu’au début des années 80, sa biographie de Jerry lœe Lewis, intitulée Hellfire (Le Feu de l’enfer), avait fait feu de tout bois en proposant, à la lueur de la Bible et de William Faulkner (rien de moins!), une interprétation pour le moins surprenante des ténébreux mystères du rock’n’roll.God bless America! Dix ans plus tard, il récidivait avec Dino, la «vraie» histoire derrière la façade de Dean Martin, Dino Crocetti de son véritable patronyme, ce fils d’émigrés italiens venus en Amérique en quête de la terre promise.Iæs liens de Martin avec la mafia ne sont plus un se- cret pour personne.Mais pourquoi a-t-on mis presque dix ans à en éditer la traduction française?Mystère et boule de gomme! Et l’attente en valait-elle la chandelle?Oui et non.A moins que ce ne soit non et oui.Car on baigne dans l’univers des spéciaux de E! True Hollywood Stories, disséquant à qui mieux mieux le meurtre de la femme de Polanski avec force détails moches et sordides, usant de superlatifs bébêtes et de langage sulfureux pour extirper le Mal de l’existence de ceux que l’on envie.C’est du niveau d'Access Hollywood et A’Entertainment Tonight (ce que l’on nomme chez nous les émissions «intellectuelles» pour légitimer leur indéniable attrait sur les voyeurs que nous sommes tous au fond de nous-mêmes!).Tout y passe: l’influence de Bing Crosby, les années difficiles de Dino Martini, le mariage avec Betty, les grandes années du duo Dean Martin-Jerry Lewis et leurs démêlés avec la pègre, que l’humoriste n’avait de cesse de provoquer alors que le pôvre Dino devait recoller les pots cassés, les petits films de seconde zone, les grands rôles dans Le Bal des maudits avec Brando et Monty Cliff, Comme un torrent de Minnelli et surtout Rio Bravo d’Howard Hawks, les spéciaux télé et, naturellement, le fameux Rat Pack avec l’autre beau Rital ténébreux à la voix sensuelle de crooner, Sinatra celui-là, Frank de son prénom, ainsi que l’inimitable Sammy Davis Junior, formé en 1960 pour appuyer la candidature de John F.Kennedy.Ira politique, la mafia, les femmes: tout y passe, avec moult détails croustillants, comme il se doit James Ellroy lui-même, l’homme de peu de mots et aux phrases courtes et punchées, généralement avare de commentaires sur l’œuvre d’autrui — aucun écrivain digne de ce nom ne pouvant concurrencer sa magnifique gran- deur d’auteur du siècle! —, a aimé et y est allé de son appréciation, qualifiant ce livre de «dissection impitoyable des liens pègre-show-biz».Ellroy disant «impitoyable», ce n’est pas rien.Yo! 11 faut bien se divertir un peu, parfois.Et même les grands écrivains le font.Bien que dans le genre, on ait déjà vu mieux, il est vrai que c’est toujours divertissant de disséquer le merdier des autres.Surtout quand ils ont eu une vie enviable, excellant dans l’art de faire pâmer les femmes et, en même temps, de gagner l’amitié de leurs maris.Et ça, ce n’est pas rien! DINO - LA BELLE VIE DANS LA SALE INDUSTRIE DU RÊVE Nick Tosches Traduit de l’américain par Jean Esçh Rivages, collection «Ecrits noirs» Paris, 2001,527 pages PARLONS ARGENT PARLONS AVENIR HOBI'RI 4*\RII«»S VK MAÎTRISER Savie^-v&wy qu& leu ocu'tes dey débit SON ENDETTEMENT I d^wrlcvyyclété^ Ijceeioe^tili.desjpvens | VM&rUMSMt: Wendettement le play commun/ ?L«, 1 ** T „ _ T • Maîtriser son endettement * Robert Parthenais .‘\ ! 2-89381-778-5 •152p.* 18,95$ ttey-voufr prêt dvouy lancer en cuffcUrey?Voule^-vouy profiter de VexpérCence de centatney cV entrep reneury?Le guide des franchises et du partenariat au Québec • CNFP , i 2-89381-779-3 •264 p.» 34,95$ ET DU PARTENARIAT AU QUÉBCC Les Éditions LOGIQUES 7, chemin Bates, Outremont (QC) H2V 1A6 DISTRIBUTION EXCLUSIVE: QUÉBEC-LIVRES wvieri librairie ?bistro %.En collaboration avec ATTAC-QUÉBEC CAUSERIE jEUDI 6 DÉCEMBRE 19h30 R.S.V.P.ENTRÉE 5,00 $ La globalisation du monde après le ii septembre Avec J.B.Gélinas auteur de La globalisation du monde.Laisser faire ou faire, paru chez Écosociété.5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tél.: 51W39-3639 Eax : 5UW39-363Q service@librairieolivieri.com I L K DEVOIR.L E S S A M EDI I K E 1* I M A N ( H E D E ( E M R K E • O O I l> -«* L I V I! ï s »- ROMAN QUÉBÉCOIS Papa, maman et nous CV est un pari audacieux qu’a tente de tenir Arlette Fortin pour son premier roman, soit celui de lancer une histoire sans avoir recours aux amorces habituelles.Il n y a, au depart, ni manque, ni blessure, ni même de malaise aux contours flous.Nous sommes au contraire dans le plein bonheur, on y baigne, il est partout, à tel point que c’en est presque lassant.On le dit fugace, capricieux.Tenace, aurait-on envie d’ajouter, car le mot lui-même est réécrit, répété tout au long du récit: on le retrouve plus de vingt fois déjà dans le seul premier chapitre.Rien à faire, on ne s’en débarrassera pas.Il encombre, il dérange, mais au fond, on l'aime bien.C’est à Québec qu'on est heureux à ce point, mais la ville compte pour bien peu dans le petit monde de C’est la faute au bonheur, où tout se passe dans la proximité, au sein d'une petite tribu composée d'une famille élargie et de quelques voisins.C'est de leur quotidien qu'il est question, raconté par une jeune chroniqueuse de service, Marylène, qui, dans un cahier, consigne «tout dans le moindre détail».Elle forme, avec deux garçons aux âges indéfinis, jeunes comme elle, sûrement, si on se fie à leurs propos et à leur insouciance, un ménage à trois, quelle appelle un «tricouple».Et puis, note Marylène, «moi, je dis que notre âge, c’est peut-être juste un ramassis du temps de tous les autres et du nôtre.J’sais pas.Je le dis juste dans mes mots.» On ne fait pas de chichis dans ce couple élargi: c’est un triangle amoureux parfaitement équilatéral où on se permet tout juste des humeurs.Marylène va d’ailleurs exiger — et obtenir — que ses deux hommes, Pierre et Momo, soient enregistres comme pères de son enfant.Celui-ci s’appellera Bebe, ou «morceau du monde», et il sera adorable, tout comme les papa et maman de Mylène qui demeurent tout près et qui leur rendent souvent visite.Il y a eu une époque où ces jeunes gens ont conteste le «système», assez gentiment.s’il faut en croire les souvenirs de Marylène: ils commettaient de petits larcins.ils ont déménagé à la cloche de bois pour faire un pied de nez à leurs proprio taires.C’est une epoque révolue.«Les guerres, les injustices et les abus de pouvoir, ça nous chamboule encore, mais un jour il faut cesser d'avoir mal à l'univers.Il faut vivre sa vie en se disant que le Rwanda et tout le reste, on n y peut rien.» Va donc pour cette vie à vivre, avec Bébé qui n’apporte que des joies.Momo, qui fait des discours, fait celui qui a des idées.Il part et il revient.Pierre, lui, a des moments dépressifs.Pour gagner leur vie, le premier bricole des maquettes de bateaux, l’autre chante dans les églises.Leur logis est un refuge chaleureux, qui finit par ressembler à une garderie pour enfants de tous âges où vont et viennent voisins et parents, où on s’offre des petits cadeaux qui font plaisir, où on se fait des surprises.Il y a des jeux, des «activités» comme le dit si justement Marylène, y compris quelques sorties organisées.On projette vaguement de monter une pièce de théâtre dont la vedette personnifierait la peur et la folie: ce serait une voisine, Bobonne, une juive stéréotypée qui «a connu ta guerre, les camps de concentration et les parents qui se ront tuer sous les yeux d une petite fille», qui radote et.qui a des sous! Bien sûr.Marylène et ses proches ont des motifs de chagrin: la maman est gravement malade, do même qu’une jeune voisine, surnommée «Petite Survivance».Petits mots, petite langue Arlette Fortin a voulu décrire dans ce roman un cocon chaleureux, quelle fait raconter par sa narratrice avec une pauvreté de moyens qui suggérerait sa naivete touchante.Marylène a peu de mots à sa disposition, quelle prend et reprend: -bonheur», bien sûr.mais également «rêve», d’autres encore, répétés de proche en proche: «Il a nie.Il nie toujours quand on lit en lui.À cause de l’orgueil.Je sais quand il nie.» Petits mots, petite langue qui font que son récit avance en bégayant.Une pauvreté de moyens volontaire.Marylène, qui n’est pas sotte, le sait bien et ne s’en excuse pas: «Ce qu ’on dit bien mérite d'être redit.Point.final.» De temps à autre, elle se permet tout de même quelques jolies métaphores, de courtes envolées qui ne sont pas sans rappeler celles du Momo de Gary-Ajar dans I/i Vie devant soi.On peut d’ailleurs songer à d’autres parentés littéraires: pour la tribu fantaisiste, à celle des Malaussène de Daniel Pen-nac.et pour l’anarchisme joyeux de l'enfance qui refuse de s’achever, à certains personnages de Ko jean Ducharme.11 ne s'agit sans doute pas d’emprunts à ces auteurs, mais on devine par là où vont les préférences de la romancière.On a cependant du mal à trouver le projet qui sous-tend ce roman.S’agit-il de raconter une quê- te du bonheur comme il est indiqué au dos du livre?Mais il est déjà là, tout trouve dès le debut, et il ne s'absente que pour mieux revenir.Alors?l’es personnages s e -raient-ils heu reux simple ment parce qu’ils sont incapables de faire autrement, enfermes dans un petit monde de fantaisie qui exclut toute révolte, tout scandale, voire toute reven dication d'individualité?Ce pari de faire tenir tout son récit sur si j) e u d e moyens, il n'est pas sûr qu'Arlette Fortin l'ait tenu, mais le jury du prix Robert Cliche en a jugé autrement.robe rt.chart nvtiIS,a sympatico.ca C’EST LA FAUTE Al BONHEUR Arlette Fortin VU5 éditeur Montréal, 2001,210 pages Robert C h a r t r a n d ?I O H I I S C'est la faute au bonheur A c T II A I.I T É Ben Laden pour débutants LOUIS CORNE LUI ER \ A peu près inconnu du grand public occidental avant les tragiques attentats du 11 septembre, Oussama ben Laden est devenu, depuis, malgré son caractère fuyant, une vedette médiatique dont le seul nom fait frémir.Mais qui est-il au juste?Journaux, télés et radios du monde entier ont multiplié, depuis plus de deux mois, les portraits de l’homme sans pour autant parvenir à le cerner.Une foule d’ouvrages, allant du meilleur au pire, lui ont aussi été consacrés, et on peut prévoir que la tendance, à court terme, se maintiendra.Oussama ben Ixiden en guerre contre l’Occident, de la journaliste américaine Elaine Landau, se démarque-t-il du lot?Pas vraiment, mais sa grande clarté et son caractère Synthétique méritent toutefois d’être soulignés.Ouvrage de vulgarisation imprimé en gros caractères afin d’attirer le plus public le plus large possible, il puise, pour l’essentiel, à trois sources américaines (les travaux de Yosef Bodansky, Simon Reeve et Scott Macleod, que je ne connais pas et dont je ne puis juger en toute certitude de la pertinence) pour tracer un portrait instructif, malgré les partis pris de l’auteure, de l’homme traqué.Né en 1957 en Arabie Saoudite, fils d’un industriel archiriche lié à la famille royale du pays, le jeune ben Laden connaît une jeunesse de jouisseur impénitent jusqu’à ce qu’une série d’événements l’entraîne sur le chemin du fondamentalisme musulman.La ruine de Beyrouth, au Liban, en 1975, attribuée par certains leaders islamistes «au style de vie émancipé et dissçlu des musulmans qui y habitent», la défaite des Etats arabes aux mains d’Israël en 1973, la révolution islamique de 1979 en Iran et l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS la même année fouetteront sa fibre musulmane et l’amèneront à se radicaliser.11 combattra l’envahisseur soviétique en Afghanistan dans le cadre d’un djihad généreusement financé par les Etats-Unis de Reagan, prêts à tout REUTERS Oussama ben Laden ^ * pour faire reculer l’ennemi communiste, mais cette ingérence américaine dans les affaires musulmanes l’irrite au plus haut point.Fort de la fortune héritée de son père et de son statut de héros acquis pendant ces événements, Oussama ben Laden se lancera dès lors sur le sentier de la guerre antioccidentale pour ne plus le quitter.Chef d’orchestre d’un réseau financier international visant à soutenir le terrorisme sous couvert «d’œuvres caritatives et d’organismes sociaux», le Saoudien désormais en froid avec sa terre natale séjournera dans plusieurs pays, à l’invita- tion des leaders fondamentalistes islamistes, afin d’y mettre sur pied des bases d’entraînement terroristes (le fameux réseau al-Qaïda).Beaucoup de conjectures In Somalie, le Soudan, les Philippines et, finalement, l’Afghanistan lui serviront donc de refuges pour concocter ses actions séditieuses.Selon Elaine Landau, on attribue à ben Laden et à ses troupes de choc une responsabilité dans la déroute américaine en Somalie en 1993, des complots éventés visant à assassiner Bill Clinton et le pape aux Philippines et les attentats de 1998 contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, sans oublier ceux dull septembre.Ici comme dans les autres ouvrages à ce sujet, toutefois, les conjectures occupent à peu près tout l’espace et les faits avérés laissent leur place aux formules du genre: «Les autorités ont de bonnes raisons de croire que ben Ixiden et ses associés avaient l’intention [.]», «on suspecte aussi les hommes de ben Laden d’être à l’origine [.]*>.Rien de très solide, donc, sur l’essentiel, sauf les soupçons.Mais comment faire mieux quand même la CIA semble plongée dans le brouillard?Une contradiction majeure entache aussi la crédibilité de cet ouvrage.Comment peut-on affirmer, en effet, que «la plupart des musulmans rejettent la notion d’un djihad belliqueux» et souligner ensuite que «le statut de légende dont profite ben Laden prend encore de l’ampleur.Dans la plupart des pays du Proche-Orient, l’homme fait l'objet d'une admiration voisine du culte»! Comme une majorité de ses compatriotes depuis le 11 septembre, Elaine Landau salue la fermeté du président Bush et formule comme des évidences des émotions qui sont loin d’être partagées par tous, même par ceux qui refusent la thèse ignoble d’une dette américaine pour «expliquer» le 11 septembre.Affirmer, par exemple, que le World Trade Center, parce qu’il «est un symbole des affaires et de la réussite américaine», «représente ce que les Etats-Unis ont à offrir de meilleur» est abusif et presque provocateur.Son ouvrage, cela dit, n’en reste pas moins une intéressante contribution populaire à la compréhension d’un personnage qui s'impose dorénavant comme une triste obsession à nos esprits.OUSSAMA BEN LADEN EN GUERRE CONTRE L’OCCIDENT Elaine Landau Traduit de l’américain par Jean Chapdelaine Gagnon et Nathalie G.Martin Editions Libre Expression Montréal, 2001,216 pages STÉPHANE KELLY Les Fins PRIX JEAN CHARLES FALARDEAU du meilleur ouvrage de langue française en sciences sociales wj/ COLLECTION SOCIOLOGIE SZ CONTEMPORAINE dirigée par Daniel Mercure FélLc-ctûJriûKA (Ui- Uxiréat DANIEL DAGENAIS La fin de la famille moderne La fin de la famille moderne n’est ni un réquisitoire, ni un cri de ralliement.Il constitue un effort pour appréhender la portée civilisationnelle des transformations contemporaines de la famille.S’il constitue un exercice classique de sociologie de la famille, par sa facture et son inspiration, cet ouvrage se nourrit d’abord au savoir des autres disciplines des sciences humaines (histoire, anthropologie, psychanalyse et démographie), Il s’adresse à toute personne qu’intéresse une réflexion en profondeur sur les changements que connaît la famille aujourd’hui.DaNIF.1.DagENAIS est professeur à l’Université Concordia.268 pages - 25 $ du Canada Scion MacDonald, Laurier, Mackenzie King et Trudeau '#*,.¦.’4 ’ /s*.; rfy*.»* V r- ?* '*0"/ à* &: iX*~, W*/ Mu t V s*U A jl}* xjjts* f- r c*.î «MF.**-# .M srUœs ahk y*** fl' î d.A'U*> 4M ; ¦-v>t >.ér~ .î ¦ • e •, "f W.>’£ “'Tt T** Y fSjJ **** f* fytf* ~ 'M ' i-; ¦ ' '/V M.-A JÇytfot *,t i -, î’'-* -*3 * *.1 c , ,, * ' './ - T' -UVr ¦!«%+* c.STÉPHANE KELLY Les Fins du Canada m*** M«4«r M iMtW.Itoûmi* taNfew En traçant la biographie politique des quatre plus grands premiers ministres que le Canada a connus, Stéphane Kelly tente de cerner la raison d’être de ce pays.Histoire 288 pages • 29,95 S r\!M PULIQRC 1 ol.fam) 6si> ynu Télcc.(4i«) oso suis nomiiTujiie.t.inuivis ¦'v|Hil.ul«iv«il.< «i ¦ «j»*": Ill I |l://U'tv\v.Ml«l\vil.t «^'pul Boréal www.editionsboreat.qc.Ca ! { L K DEVOIR.L E S S A M EDI I ET DI M A X < H E D É < E M B R E 2 O O I I) L I V K E S ESSAIS QUÉBÉCOIS AI Histoires de femmes DECOL'VRIR \A MEMOIRE DES FEMMES Une historienne FACE À L’HISTOIRE DES FEMMES Micheline Dumont Editions du Remue-ménage Montréal, 2001,160 pages AU FIL DE MES SOUVENIRS Récits d’une grand-mère Francine Black Editions Novalis Montréal, 2001,132 pages La théorie féministe pointue, je m’en confesse en toute honnêteté, n’est pas mon fort.Je m’y connais donc assez peu et, d’ailleurs, je ne me suis jamais vraiment senti le bienvenu sur ce territoire.Pourtant, j’ai lu avec grand intérêt Découvrir la mémoire des femmes, de Thistorienne Micheline Dumont, et cela pour deux raisons: passionnante réflexion sur l’épistémologie du travail historique, cet essai franchement féministe parvient à être militant sans cultiver le ressentiment.Recueil de contributions théoriques à la problématique de l’histoire des femmes, cet ouvrage tente de faire le '' ° point sur les grandeurs et les écueils in- Corn hérents à ce projet.Une fois établi le ?constat que «bien qu’ayant une importance démographique souvent majoritaire, les femmes ne figurent pour ainsi dire pas dans les ouvrages d’histoire», la question se pose de la direction à prendre afin d’en finir avec cette invisibilité.Depuis quarante ans, dans la mouvance féministe, cette interrogation n’a jamais cessé de susciter d’énergiques réflexions.S’agit-il de faire «une histoire où on parle des femmes»?de faire accéder, en d’autres termes, les femmes au statut d’objet de l’histoire?Ce faux-fuyant, explique Micheline Dumont, nous ferait manquer le caractère radical de la nécessaire révo- lution féministe, qui s’inscrit obligatoirement dans un projet politique.L’histoire des femmes, justement, ne doit pas «se contenter de prendre les femmes comme objet d’étude»-, elle doit «faire des femmes le sujet de leur histoire pour sortir des sempiternels lieux communs sur les femmes».Les biographies de grandes femmes qui chantent le caractère d’exception de quelques-unes, les monographies qui limitent l’histoire des femmes aux luttes féministes (un parti pris qui rejoint «un comportement masculin parce que l’histoire d’un groupe féministe militant était celle d'un groupe qui avait des comportements publics») ou encore les ouvrages qui professent, serait-ce pour les couvrir d’éloges, les manifestations de la «nature féminine» dans l’histoire, doivent être écartés au profit d’une approche fondée sur une véritable rupture épistémologique: «L’histoire des femmes est autre chose.Il faut que la réalité même de la vie des femmes constitue l’objet de l’analyse et surtout que cette réalité soit présentée comme centrale dans l’évolution de l’humanité.[.] Elles sont créatrices du changement social.Au fond, c’est le sujet même de l’histoire qui doit être changé puisque les femmes constituent la moitié de l’humanité.Le sujet: celui ou celle qui agit.» A ceux qui qualifient, pour la discréditer, une telle approche d’idéologique, Mi-.cheline Dumont retourne l’accusation, elle qui n’hésite pas à présenter sa dé- 1 e r marche comme «le combat de la réflexion * féministe en histoire» et à rappeler que si, comme l’écrivait Marrou, «l’histoire est inséparable de l’historien», il en va de même pour l’historienne.Cette histoire des femmes doit-elle cultiver son autonomie au risque de se ghettoïser?Tenter de s’insérer dans tous les livres d’histoire au risque d’une «nouvelle invisibilité»?Quelle place doit-elle réserver, dans ses travaux, aux concepts d’égalité, de différence, de subordination/oppression et de libération qui ont tous marqué son évolution et qui comportent tous des pièges?Le courant de l’histoire du genre, «celui qui se concentre sur l’historicité des rapports sociaux entre les sexes», est-il l’avenir M***tar*i Dumcrt Découvrir la mémoire des femmes Des «bribes de sagesse» héritées d’un autre temps de l’histoire des femmes?Toutes ces questions, pointues mais essentielles, viennent aussi enrichir la trame de cet essai savant, mais abordable, qui bouscule volontairement ses opposants et ses critiques en les taxant, un peu vite à mon avis, d’androcen trisme.«Si l’histoire des femmes ne peut se penser en dehors de ses rapports avec les hommes, écrit Micheline Dumont, l’inverse doit être vrai.» Peut-on recevoir sincèrement cet avis sans pour autant y lire le fin mot de l’histoire?Témoignage d’une grand-mère Dans le registre le plus naïf qui soit, celui du té moignage libre d’une grand-mère adressé à ses petits-enfants, Francine Black nous offre, quant à elle, des historiettes biographiques glanées, comme son titre l’indique, au fil de ses souvenirs.Les références historiques (Deuxième Guerre mondiale, guerre froide) qui parsèment ces récits indiquent bien que nous sommes au XX' siècle, mais le propos dégage un parfum plus ancien.Femme du monde d’avant le féminisme, Francine Black s’exprime en effet comme ces bourgeoises du XIX' siècle qui tenaient journal.Née en Allemagne de parents d’origines belge et luxembourgeoise, installée au Canada en 1941 pour fuir la guerre, Francine Welter Black, devenue plus tard épouse de diplomate, a vécu dans quinze pays et sa progéniture semble, elle aussi, avoir le pied voyageur.Enfant heureuse, mondaine consciente de ses privilèges et dame patronnesse ingénue qui a œuvré, entre autres, à l’Arche de Jean Vanier et avec les Missionnaires de la Charité de mère Teresa à Rome, la grand-mère qui écrit aujourd’hui formule des «bribes de sagesse» héritées d’un autre temps.Entre un éloge de l’amour maternel et des coups de chapeau à «notre ami Jésus» et à la Providence qui intervient toujours au bon moment, elle met sa petite-fille en garde contre les grossesses non désirées qui gâchent des vies, chante les vertus des études, de la lecture, de la peinture, de la musique et de la nature, sans manquer de rappeler à tous que pauvreté n’est pas vice puisqu’une femme de ménage aimable vaut mieux que des «dames riches et élégantes» à «l’expression froide et hautaine».La prose sans prétention de Francine Black n’est pas toujours adroite et sa morale bourgeoise fait sourire tant elle est naïve.Cette esthétique et cette éthique de l’âge d’or tranquille dégagent néanmoins un certain charme: celui d’un univers, tombé en désuétude, où les tartes aux pommes suffisaient à nous réconforter.S’en souvenir un peu, parfois, en passant, peut faire du bien.louiscornellier rapa rroinfo.net H S S A Les fluctuations de la créativité MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Il m’aura fallu relire, à la fin, le mot d’accueil pour pouvoir reconstruire la géographie de ce livre tant la déambulation entre les leçons et les devoirs m’avait égarée.Etait-ce là un effet du contact avec la pensée éclatée de la pataphysique?lœ désordre apparent du livre, malgré ses découpes en chapitres et en sous-chapitres, renvoie-t-il à ce chaos cher à Jarry et à plusieurs créateurs?Créer, est-ce se laisser habiter par un chaos porteur de multiples forces toutes susceptibles de désorienter, de déporter l’esprit vers des lieux mobiles, nouveaux, étonnants?C’est du moins l’une des idées avancées par Line McMurray dans cet essai touffu qui porte sur l’intrication entre la pataphysique et la créativité.Le travail de Fauteur ne se veut pas une histoire de la pataphysique, soit.Cependant, une temporalité, même minimale, aurait pu classer les multiples personnages appelés ici.Ceux-ci sont convoqués comme s’ils appartenaient tous au même axe spatiotemporel.Par ailleurs, pour ce qui est du secret de la créativité que l’on pourrait vouloir percer dans ces pages, il faut d’abord affronter tant de citations, tant d’emprunts, que le lecteur peut avoir une certaine difficulté à trouver la pensée de l’auteur et à élaborer la sienne propre.Les citations proviennent de partout et induisent un vocabulaire hétéroclite où se voisinent les mots de la psychologie californienne, de la gestion, du monde zen, du schéma de la communication, de Félix Guatta-ri, de Krishnamurti, d’Ionesco, de Jarry, de Queneau, et j’en passe.Pourtant, quand, au sortir d’une forêt de citations, les phrases sans guillemets surgissent, l’intérêt et la liaison entre tous les objets amoncelés sont présents.Mais cela se produit trop rarement.Y a-t-il un Ubu en chacun de nous ?«Intégration de tous les opposés dont la physique et la métaphysique, la science et l’ignorance, l'humour et le sérieux», la pataphysique se veut la science de toutes les solutions imaginaires que chacun peut inventer.Entre la spirale, le clinamen, le dédale, la boucle, l’errance et surtout le paradoxe, toute une géométrie de l’espace créateur se dessine en une nécessaire mouvance: «Im forme en mouvement autorise toutes les solutions imaginaires — formes du mouvement et mouvements mis en forme.» Line McMurray nous propose ici un large panorama de ce qui s’est dit ou écrit un peu partout sur la création et la créativité, que les auteurs soient pataphysi-ciens ou non.Elle donne aussi des exemples de gymnastique mentale où «apprendre à se passer de soi», à se maintenir dans un «qui-vide'», et «apprendre à passer par soi» permettent des ouvertures créatrices.L’Ubu caché en chacun de soi peut alors se montrer le nez.Voulant mettre la pataphysique à la portée de tous, les «devoirs» proposés apparaissent souvent simplistes et font peu de cas de Queneau et des exigeantes contraintes de l’Oulipo.Entre les leçons où s’entassent les citations, les entretiens avec les grands, François Le Lionnais et Ionesco, de même que les portraits de Jarry et de Queneau, constituent d'importants moments du livre.La quatrième leçon, en se centrant sur le personnage du créateur, est la plus intéressante.Ecrire, y lit-on, c’est moins tenter de signifier que d’arpenter.On pourrait penser, en plus des Exercices de style de Raymond Queneau, aux merveilleux parcours de Georges Perec à travers sa mémoire comme à travers les rues de Paris.Rien de simpliste là.Et «la traversée de la mort» qui soutient toute écriture leste la créativité de densités et de virtualités que la pataphysique nomme étonnantes ou détonnantes.Le ludique, la sortie hors système, l’échappée vers l’infantile et la métamorphose, voilà les détonateurs qui alimentent le créateur: «Hormis “soi”, que reste-t-il de l'acte créateur, sinon une plongée par l’étonnement dans les virtualités et par les virtualités dans l’étonnement?» Là où le mouvement du livre semble moins créateur, c’est quand il définit l’amateur comme un consommateur et se mêle de gérer la vie, de gérer les paradoxes et, pourquoi pas, de gérer les détresses.Et dire que la pataphysique tente de se sortir des clichés et des lieux communs.Quand, à côté de «l’imposture de l’ego», on lit que «celui qui a trouvé la paix intérieure recherche nécessairement la paix extérieure», on peut rester perplexe.Ou tout est trop sérieux, ou trop ludique, ou tout origine du chaos ou encore du vide, ou tout est recherche de contradictions et de paradoxes, ou tout est dans tout, et vice-versa.Et l’on peut se demander si Pacte créateur dont Fauteur parle ici ne se définirait pas davantage comme des bricolages au service d’une thérapie psychologisan-te et positive.Enfin «la fatigue cosmique» au service de Fart! QUATRE LEÇONS ET DEUX DEVOIRS DE PATAPHYSIQUE -CRÉATIVITÉ ET CULTURE DE LA PAIX Une McMurray Editions liber Montréal, 2001,206 pages Qu’est-ce que la modernité ?DAVID CANTIN \ Aune certaine epoque, au cours de la décennie 70, la poésie de Normand de Bellefeuille (comme celle de plusieurs autres) ne se gênait aucunement pour faire table rase de la tradition québécoise.L’heure était à l’avant-garde, à la modernité à tout prix.On aurait aujourd’hui, par contre, beaucoup de difficulté à relire ces livres où le théorique rivalise avec le poétique.Depuis, sans toutefois trahir ses origines, l’œuvre de cet auteur a délaissé un modèle strict et austère afin de suivre une quête plutôt ludique de la passion amoureuse.On pense, notamment, à un recueil comme La Marche de l'aveugle sans son chien (Québec Amérique, coll.«Mains libres», 2000), qui va de surprises en inventions.Dans la collection «Chemins de traverse» au Noroît, lancers légers interroge maintenant, avec humour et intelligence, l’idée qu’on peut se faire au sujet de cette «césure radicale».Un temps d’arrêt nécessaire.Même s’il participe d’une fragmentation un peu éparse, cet essai approfondit réellement les enjeux d’un trajet poétique extrême.Le tout commence par une boutade à propos à’«un imbécile à Paris qui cherche un livre pour la femme qu’il aime».A la suite de ce prologue, Bellefeuille interroge de plusieurs façons le concept de répétition en Terr* et cendre» ruÊÎ0A OÉtUSION CAUIMAM) ITft Un très très beau roman.Christiane Charette Une ode à l'être humain, dévasté et toujours digne.Ça m'a bouleversée! Marie Laberge Un petit livre d'une grande poésie.d'une terrible efficacité.Jocelyne Lepage, La Presse On sort du roman d'Atiq Rahimi avec du sable entre les dents.Christian Rioux, Le Devoir Un livre poignant.Carmen Montessuit, Le Journal de Montréal #$ HISTOIRES DE GÉnÉRHTIOnS : les quinze ans ûf Acceptation globale Il y a quinze ans, deux jeunes dans la vingtaine ont écrit un pamphlet explosif qui allait diviser le Québec.Publié en 1986, Acceptation globale s'attaquait aux baby-boomers et leur reprochait de n'avoir pas laissé de place au soleil à la J génération X.aux jeunes nés entre 1956 et 1966.Chasseurs d'idées propose une réflexion sur le grand défi des relations entre les générations.Invités Jacques Beauchemin Professeur de sociologie, UQAM Éric Bedard Candidat Ph D.Histoire, Université McGill Gilles Gagne Professeur de sociologie.Université Laval Daniel Tanguay Professeur de philosophie, -1 Université d’Ottawa poésie.L’aphorisme se mêle ainsi au paragraphe afin de mieux cerner les raisons profondes de la forme.Heureusement, le poète ne tente jamais de convaincre, de façon dogmatique, mais plutôt de saisir une continuité possible par rapport aux nouvelles générations.Comment «éviter que chaque modernité se sclérose aussitôt non pas en un modèle à dépasser [.], mais en un anachronisme à rayer, à gommer, à oublier au plus vite, pour la suite du monde»?Qn peut, du coup, ouvrir cet essai un peu au hasard pour entrer en contact avec une attitude théorique précise qui ne cherche pourtant pas à faire école.Dans les trois sections qui suivent l’anecdote du début, Bellefeuille prend une réelle distance par rapport à ce qui l’éloigne justement d’une certaine conception de la poésie.Comme il le précise: «ce que n’est peut-être pas la poésie: une machine de détresse, un furieux rendez-vous, l’espoir de comprendre, l’émotion et sa diction, l’inventaire du chagrin, tapage et chant, théologie et dévotion».D se moque, définit et utilise plusieurs formules accrocheuses afin d’évoquer une position qu’il revendique depuis toujours.Dans une autre partie, le poète pense son lien essentiel par rapport à l’œuvre de Mallarmé.L’utopie du Livre total refait surface.Cette suite de leçon mallarméenne rebrasse, sans cesse, les intuitions des premières pages.Il ne s’agit pas d’être d’accord ou non avec le regard critique de Normand de Bellefeuille, mais bien d’admettre que ce propos fait partie des jalons de l’histoire de la poésie québécoise.Un essai qui rapidement fait le tour de la question.LANCERS LÉGERS Normand de Bellefeuille Éditions du Noroît, coll.«Chemins de traverse» Montréal, 2001,75 pages Chasseurs Realisation Simon Girard d’idées Dimanche 14 h et 23 h 24 Télé-Québec Le premier recueil de textes traditionnels de Michel Faubert «Des chefs-d'œuvre de notre culture.» Michel Garneau MICHEl.lAL'BI kl MERS ET MONTAGNES Diffusée sur Internet, pour pim de details, consultez notre site : teiequebec.tv Cette émission est enregistrée : Olivieri librairie » bistro Tel.: 514 739-3639 I I L K DEVOIR.LES SAMEDI I ET DI M A \ i II E D K l E M K K E O O I d r> MA Livres m POESIE LE FEUILLETON La simplicité des yeux Le génial pitre DAVID CANTIN On ne commencera surtout pas en supputant qu'il existe peut-être un lien direct entre l'œuvre du Québécois Benoît Chaput et celle du Français Ghérasim Luca.Enfin, si on y regarde d’un peu plus près, il est possible de constater une influence partielle du surrealisme dans ces deux manières de vivre et d’écrire la poesie.Depuis le début des années 90, Chaput a mené de front l’aventure éditoriale de L’Oie de Cravan à Montréal tout en publiant à son rythme.Du côté de Luca, on parle bien sûr d'un poète né à Bucarest qu’on a trop souvent confondu avec d’autres artisans du postdadaïsme.En 1994, il s’en remettra tristement au fleuve qui avait emporté Paul Celan 24 ans plus tôt.Désormais, grâce en partie à André Velter, ce créateur longtemps sous-estimé accède à la collection «Poésie» chez Gallimard.Un honneur mérité.En 1992, Benoît Chaput publiait un premier recueil à L’Oie de Cravan sous le titre Loin de nos bêtes.Déjà, à cette époque, une écriture discrète émergeait d'une rencontre heureuse de l’image poétique vers l’anecdote concrète.De puis, l’auteur s’est un peu dispersé en revue alors qu’une mince plaquette paraissait en 1998, aux Editions Myrddin en France.Le Démon familier reprend précisément là où li)in de nos bêtes s’arrêtait.Il s’agit donc d’une série de poèmes où le regard passe, encore une fois, par cette sensibilité neuve qu’on dirait tout droit sortie de l’enfance.D’ailleurs, sur la page de couverture, une gravure de Julie Doucet présente la chienne de l’auteur, qui porte le nom d’Heidi, au début des années 60.La poésie de Chaput a l'avantage de ne pas toujours se prendre au sérieux.Du souvenir à la remarque pertinente, ces strophes évoquent la nature, l’éveil, le calme et la surprise sans jamais se formaliser.On apprend à connaître Cha-pul a travers la mélancolie du passé et le coq-à-l’âne de la mémoire.Ces poèmes sont faits de petites choses toutes simples qui invitent à redécouvrir la substance réelle du monde visible: «Les choses qui se dressent / maintenant entre nous / je ne saurais bien les nommer / l’ombre d'une fenêtre / un coup de vent / et tout vole / quelques mots griffonnés / entraînent au fond / leur poids d'années / une allumette / un visage / et la pluie des aubes / à oublier / la politesse / pourquoi pas?/ et le rire des moments enterrés / le langage sans doute / inventé pour cacher / Il n’y a qu’un / seul moment / et chacun tente / de s’en emparer.» Sans trop de problèmes, Le Démon familier n’arrive pas à se complaire dans un territoire docile uniquement fait de joyeux hasards.L’écriture de Chaput bondit et surprend à maintes reprises.Elle conserve la fraîcheur des leçons du surréalisme sans toutefois perdre de vue un rapport très étroit au langage.11 y a beaucoup de ruse dans ce livre qui confirme le talent naturel de ce jeune auteur à surveiller.Une trajectoire mouvementée Avec Héros-Limite, on arrive toutefois sur un terrain beaucoup plus glissant, lorsqu’on traverse l’introduction d'André Velter, on s’aperçoit que le parcours de Ghérasim Luca ne fut pas de tout repos.De la discrimination à la déportation jusqu’à la marginalisation, ces impasses n’aident en rien la frénésie créatrice de celui qui s’en remettra à un «stupéfiant no man’s land physique et sonore».Il Une influence partielle du surréalisme dans ces deux manières de vivre et d’écrire la poésie Le tome 4 des œuvres complètes de Renaud Longchamps enfin en librairie! RENAUD LONGCHAMPS (Hl'VRF.S COMPI.hl HS serait sans doute injuste de rapprocher cette œuvre poétique de celle d'Artaud.Il me semble que Luca ira encore plus loin dans son désir de briser les normes et les modèles admis.Ce volume dans la collection «Poesie» regroupe trois recueils charnières dans l’ultime resistance de ce poète.Moins prétentieuse et plus radicale que la poésie d'un Denis Roche à l’époque de Tel quel, le parcours de Luca au début des années 50 s’enracine dans une quête profonde du corps et de l'identite de la parole.Il suffit de lire à haute voix ces textes qui ne cessent de combattre les limites du verbe et de l’écriture: «L’amour le torrent le vide la chaise / la chaise vide / la chaise torrentielle et vide suspendue dans / le mé-tavide / la métachaise est suspendue à la corde / torrentielle du métavi-de / la métacorde serre et absorbe le métacou / torrentiel [.].» Il faut souvent se replacer dans le contexte de l'époque pour bien comprendre les enjeux d'une pareille quête soutenue d’un livre à l’autre.De plus, on ne doit pas chercher à décoder le sens exact mais bien suivre le souffle d’un pareil duel avec la langue française.Encore en 2001, cette présence aussi frémissante que fragile, venue des confins balkaniques, se lit et s’écoute telle une masse sonore qu'on habite à notre tour.Un poète qui doit reprendre la place qui lui revient dans l’histoire des lettres françaises au XX siècle.LE DÉMON FAMILIER Benoît Chaput L’Oie de Cravan Montréal, 2001,80 pages HÉROS-LIMITE Ghérasim Luca Gallimard, collection «Poésie» Paris, 2001,313 pages « I I pensa: la vie n 'est que fureur.La fureur — sexuelle.Œdipienne.politique, magique, brutale — nous hisse à nos plus subtils sommets et nous précipite dans nos plus vulgaires abimes.» Un Rushdie tout nouveau, tout frais et, parait-il, prophétique.Juste l'image couverture, choisie des mois avant que l’attentat du 11 septembre n’ait eu lieu, vous donne des frissons dans le dos (bien qu’il s’agisse de l'Empire State Building).L’écrivain aurait-il pressenti les attentats («en cette ère d’abondance, New York était devenu l’objet et la cible de la concupiscence mondiale, et l’insulte ne faisait que rendre encore plus jaloux le reste du mon- * de»)?Ne tombons pas dans la pensée magique, l’auteur lui-même avouant ne pas être Nostradamus.Une chose est sûre: Rushdie a l'art de faire parler de lui.Et ce n’est pas toujours pour le servir, du moins du point de vue de l’écriture.Le grand public, sensible aux arguments et au tapage publicitaires, est toujours prêt à suivre les idoles qu’on lui propose.Ainsi va le monde.La vie est désormais et résolument du côté du visible, et les têtes s’orientent vers les feux follets de la publicité et du marketing comme le tournesol suit les rayons du soleil.Cela, sans doute, réchauffe le cœur de croire que dans cette universelle bouillie où tout est égal à tout, quelques spécimens se distinguent par leur aura ou leur notoriété.On se raccroche à des noms faute d'en avoir un soi-même, mais aussi parce qu’il y en a trop qui circulent et qu’on n’arrive plus à y voir clair.Ui généalogie est aujourd’hui devenue un exercice difficile, pour ne pas dire impossible.Nous préférons les noms vraiment «iconiques», ceux qui ont l’évidente et rédemptrice clarté des balises en pleine tempête, ceux qui ont l’unicité du nom propre — alors qu'ils me semblent bien plus tenir du «clone» Jean- Pierre Den is que du «propre» tant ils sont trafiques et manipules par les médias.Qu’est-ce donc que ce Rushdie, cet auteur maudit, poursuivi par une fatwa, mais qui est en même temps l'un des auteurs les plus connus de ce siècle?les auteurs maudits, faut-il le rappeler, ne sont généralement pas lus par leurs contemporains (sauf par une poignee d’irreductibles); c’est d'ailleurs pour cela qu’on dit d’eux qu'ils sont maudits.Rushdie, lui, est de tous les débats, exerçant son empire intellectuel comme d'autres exercent leur charme dans les hauts lieux de la mode.Il le sait et il en tire profit, et pas seulement pécuniairement.Si je me permettais d'être méchant, je vous citerais le critique de The Guardian.)ohn Sutherland, qui rapportait ainsi sa dernière rencontre avec Rushdie: «J’ai eu l'occasion de rencontrer Salman Rushdie pendant qu il était en train décrire son dernier roman.C’était à une conférence internationale à Los Angeles sur “la fiction britannique en l’an 2000”.Le grand écrivain est arrivé, vêtu d'une façon exquise, accompagné d'une femme superbe, mince, indienne et, comme Ta dit quelqu'un derrière moi, “moitié moins âgée que lui, sacré veinard!”.Tandis que les caméras se déclenchaient toutes ensemble, il y eut des chuchotements venimeux: “Chaque fois qu'il écrit un roman, chacun tremble dé faire une mauvaise critique”.» Ne cédons pas à l’envie.Contentons-nous de faire notre travail.Les poupées intellectuelles Comme depuis quelque temps déjà, Rushdie excelle à produire des romans alambiqués, baroques et, malheureusement, souvent peu crédibles.Son dernier roman, Furie, n'y échappe pas.Je dis «malheureusement» parce qu'il m’a d’abord séduit.J’aimais bien cette histoire d’ex-professeur de Cambridge de cinquante-cinq ans, tushdie 1“' * Fine il* l ON « , * Malik Solanka, créateur de pou pees intellectuelles pour un show télévisé (Bertrand Russell, Kiei kegaard, Machiavel.Socrate.Gali lée, Voltaire.avec une meneuse de jeu du nom de Cervelette), fuyant Londres pour New York afin de ne pas céder à la démence et assassiner sa propre femme pendant son sommeil.Cette ligne narrative à elle seule pointait un des symptômes de notre civilisation où même ceux qui sont destinés à être des intellectuels finissent par céder à la tentation de se reconvertir au business ou.plus banalement, de démissionner de la vie académique («L'économie ne profitait qu'aux profiteurs, et c'était la faute des années soixante.Ces réflexions furent pour beaucoup dans la décision du professeur Solanka de renoncer au monde de la pensée.»).Mais une fois a New York, les Furies — celles que les Grecs croyaient être les sœurs d'Aphrodite, nées de la Terre et de l'Air, «dont les avatars étaient la Terreur, le Conflit, les Mensonges, la Vengeance, l'Intempérance, l’Altercation, la Leur et la Bataille» — qui s’étaient emparées de lui à Londres ne le lâchent pas.Et il n’est pas le seul à subir leur influence.Trois jeunes et superbes femmes ont été successivement assassinées, et même scalpées, par des jeunes hommes de la hau- te qui s'amusaient à faire un remake de Lu Cordc d’Alfred Hitch-ciK’k.11 se sent si coupable de ce qu'il a failli faire à sa femme qu'il en vient à se demander parfois, après une soiree de beuverie, s’il est l'auteur de ces meurtres.Mais une première femme surgit dans sa vie, Mila, superbe, intelligente, hyper-branchee, avec qui il va avoir une relation plutôt incestueuse: puis une autre.N cela.pour qui il va éprouver de l'amour.Dépitée.Mila lui offre alors froidement de travailler pour lui à produire une nouvelle série de «pantins» qu’elle va exploiter sur Internet, sur cédérom ainsi qu’à travem toute une gamme de produits derives.Ui fortune lui sourit de nouveau, la création est revenue et les Furies l'ont presque oublié.Jusqu'au jour où les trois femmes se retrouvent en même temps dans sa chambre.Mais tout cela avait déjà commencé à se détériorer bien avant — je veux dire pour le lecteur.Car là nous tombons dans la farce politico-révolutionnaire et terroriste, quelque part du côté do l'Inde.11 est bien dommage qu’avec son talent Rushdie fasse si souvent le pitre.Il y a pourtant des passages d’une grande intelligence dans ce roman, des remarques, des analyses, des formules qui font réfléchir («et si la culture était le nouveau laïcisme de la planète, alors sa nouvelle religion était la célébrité, et l'industrie 1.I de la célébrité donnait du travail en abondance à toute une nouvelle ecclcsia, un vrai prosélytisme destiné à conquérir les nouveaux territoires, avec ses véhicules tapageurs en celluloïd et ses fusées à rayons cathodiques.¦•), mais tout cela est pris dans une telle confiture romanesque qu'on cesse de l’écouter et d'y croire.Dommage.Car il a vraiment du talent, parfois même du génie.lie’ll isjiKii viih’otron.ca FURIE Salman Rushdie Traduit (Je l'anglais par Claro Editions Plon Paris, 2(X)1,289 pages L'événement BD de l'année : Tard! dans tous ses états ! " ^ T ^ i Ul VMTRIN r , m LE LUI DU PEUPLE mà i f CRI DU PEUPLE T.1 LE cASTERMAN 80 pages - 28,95 S _ Démon la Tour Etfe UE DÉMON DE LA TOUR EIFFEL UBRIO 48 pages 3,75 S ADÈLE ET LA BÊTE UBRIO 48 pages - 3,75 S PRIX LITTÉRAIRES 2001 CONCOURT Jean-Christophe Rufin Rouge Brésil À travers l’histoire de deux enfants embarqués de force pour servir d’interprètes (les enfants apprennent les langues si facilement!), Jean-Christophe Rufin nous entraîne à la conquête du Brésil par les Français, un des épisodes les plus extraordinaires de la Renaissance.1 Par l’auteur de L’Abyssin (Folio) WLL?-, " Un prix qui récompense le plaisir de lire " (Didier Decoin, membre du jury) MEDICIS Benoît Duteurtre Le Voyage en France David, un jeune Américain, découvre une France qu’il *! flUftSHSI idéalisait à distance et croise l’itinéraire d’un Français • dépressif qui a longtemps rêvé d Amérique.Un livre DUTEURTRE ironique et décapant! RENAUDOT de L'ESSAI SUT ** Simon Leys SIMON LEYS Protée et autres essais Tout est stimulant dans cet essai nourri d’un amour pig de la littérature.Parce que Simon Lèys pense à partir d’une culture non pas « apprise » mais « vécue ». L f.I) K V 0 I R .I.K S S A M EDI I ' ET DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 2 II 0 I I) () —** Livres — ROMAN DE L’AMÉRIQUE L’adieu à l’Irlande Je les vois comme si c’est maintenant / Quand ils venaient brûler ma maison.» Chaque fois que j'entends cette chanson de Zachary Richard, mon cœur se serre.L’Angleterre n’a aucune excuse à offrir pour la déportation des Acadiens.A quoi servirait-il, au fait, de s’excuser devant l'histoire?De même, la Couronne britannique n’a jamais eu a demander pardon pour la passivité stratégique manifestée devant la grande famine irlandaise de 1847 qui, bientôt doublée d’une épidémie de typhus, allait la débarrasser d’un tas de sujets de l’Empire réticents en les envoyant crever en Amérique.Et quelque cent ans plus tard, éradiquer six millions d’Hindous en retenant les stocks annuels de riz, de manière à leur ôter toute idée d’accueillir les troupes japonaises en libérateurs, allait aussi passer comme du beurre dans la poêle.L’arme économique, on le voit, n’a pas été inventée par les États-Unis en Irak, et les crimes contre l’humanité du Royaume-Uni ont sans doute eu le mérite d’être perpétrés a des époques où la sensibilité, concernant ses matières, était, disons, différente.Le drame de Grosse-Île est connu.Des milliers d’Irlandais, chassés de leurs terres natales par le mildiou, qui brunissait les feuilles et pourrissait le tubercule des patates non encore génétiquement modifiées, vinrent mourir sur les rives du Saint-Laurent après avoir contracté la «fièvre des vaisseaux», sur laquelle on était alors fort peu renseigné (la contagion par transmission microbienne était encore une hypothèse scientifique parmi d’autres.).Des médecins, des prêtres, des infirmières les accompagnèrent dans la tombe.De ce sombre épisode de notre histoire, la Canadienne Andrea Barret a tiré un petit roman qui a reçu, en 1996, le National Book Award chez nos voisins du Sud.Déjà, au mitan du siècle dernier, apprend-on, ceux-ci avaient eu le sage réflexe de resserrer les contrôles à leurs frontières, ce qui explique que le gros de cette immigration massive et pestiférée fut en définitive absorbé par la bonne vieille «passoire» du Nord.Un missionnaire en son genre Le protagoniste principal de Fièvre est le docteur Laughlin, jeune médecin de Québec qui rêve de se faire valoir aux yeux de la femme de son meilleur ami.A l'époque comme aujourd’hui, les bonnes volontés se rencontraient assez souvent parmi les citoyens ordinaires, plus rarement au sein des pouvoirs publics, pourvoyeurs, en l’occurrence, de lits, de couvertures et de vivres.Le riche bourgeois de la capitale, si d’aventure il contractait le mal, avait naturellement priorité sur les hordes loqueteuses arrivées à fond de cale.Missionnaire en son genre, Laughlin va découvrir, dans cet environnement insulaire bucolique, l'enfer, l’immensité sor- LITTÉRATURE Andrea Barren fièvre dide de la souffrance et la nécessité de la lutte.La référence littéraire absolue, en ce domaine, demeure évidemment La Peste.Comme le docteur RieuxO, laughlin a compris d’instinct que la révolte suppose un questionnement que l’urgence même de la lutte lui interdit par ailleurs.Pour ces êtres, le dévouement n’a rien FRANÇAISE d’un élan du cœur; il est, dans le feu de l’action, la seule réponse possible: «]e suis écartelé.Où que je sois, quoi que je fasse signifie simplement que je néglige un autre endroit où je devrais être, et une autre tâche.» L’abnégation, ici, n’est pas le fruit du désintéressement.C’est pour supplanter, dans le cœur d’une femme, le héros des bonnes causes qu’est son ami que Laughlin s’est jeté tête baissée dans ce combat Nulle sainteté façon mère Teresa dans son comportement.L’amour, chez lui, n’est précédé d’aucun idéal.Simplement, il révèle, par cette voie (cette vocation) détournée, presque accidentelle, une vision: «Le fait qu’elle ne l’avait jamais aimé et ne l’aimerait jamais n’avait strictement aucune importance.Ce qui importait, c’est qu'il avait compris qu’il l’aimait, comme il aimait sa vie et l’univers.» Et lorsque le docteur Laughlin se voit frappé à son tour, l’écriture de madame Barrett, jusque-là très sage et d’une tonalité clinique, au point de frôler l’ennui, accède, en deux ou trois pages inoubliables, a un lyrisme qui lui permet de transcender enfin l’indicible pauvreté de la condition humaine et d'égaler les grands classiques de la littérature «morbide» (Camus, Mann, Lowry, Zorn et consorts).«N’avez-vous pas aimé vous trouver sur ce bateau, malgré les horreurs endurées?N'avez-vous pas aimé les nuages, le soleil et la pluie, le friselis des vagues, les dauphins bondissants, le spectacle de la lune, la nuit?Du haut de la colline du télégraphe, nous avons vu des bosquets de bouleaux d’un blanc soyeux.» Populations déplacées, réfugiés, étrangers, immigration légale et illégale.Leur drame, après avoir été au cœur du XXe siècle, résonne toujours d’une cruelle actualité.Il était déjà contenu tout entier dans les baraquements de quarantaine de Grosse-Île.En germe, si l’on peut dire.FIÈVRE Andrea Barrett Traduit de l’anglais (américain) par Isabelle Caron Autrement Paris, 2001,125 pages Louis H a m e li n ?La gloire d’une liaison fatale G U Y L AI N E MASSOUTRE Les prix ont-ils une mémoire?Ce qu’on dit du Concourt, attribué à Rufin, semble également vrai à propos du Renaudot, décerné à Martine Le Coz pour son roman Céleste: les prix récompensent souvent l’œuvre déjà faite, plus que l’ouvrage spécifiquement primé.La comparaison entre les deux prix devrait s’arrêter là.Car le Renaudot a été créé, en 1926, pour «réparer les injustices du Concourt», disait-on.Ce prix ne peut être donné à l’un des lauréats de l’une des quatre autres récompenses (Concourt, Femi-na, Médicis, Interallié) au cours des cinq années précédentes.C’est pourquoi les jurés du Renaudot choisissent deux romans au cas où l’un serait retenu pour le Concourt, dont les jurés délibèrent le même jour et au même restaurant, le célèbre Drouant.Le Renaudot est un prix sympathique.Fondé par des critiques littéraires pour contrer, en quelque sorte, la vénérable —• déjà, en 1926! — institution Concourt, il a su discerner les Céline, Aragon et Butor, Le Clézio et Perec, Ernaux et, l’an dernier, Ahmadou Kourouma.Quantité d’auteurs peu connus ont aussi été distingués grâce à sa mention tout honorifique (sans montant d’argent associé).Toutefois, le Renaudot, comme le Concourt, récompense souvent chez les influents éditeurs Galli-mard-Grasset-Seuil.Depuis longtemps, ce ne sont plus des critiques qui attribuent le Renaudot mais des auteurs primés maison.Mais comme rien n’est parfait, on dit cette année que le président du jury, Christian Giudicelli, dirige une collection aux Editions du Rocher.Du moins Martine Le Coz, graphologue à Amboise, sur la tranquille Loire, n’est-elle pas une coqueluche des médias.Ët il faut souligner qu’elle n’est que la huitième femme, sur les 76 primés du Renaudot, à être distinguée.Mémoire et négritude Martine Le Coz n’est ni une inconnue ni une débutante dans le genre.En 1999, Daniel Picouly recevait le Renaudot pour L’Enfant-léopard (Grasset) par six voix contre trois accordées à Martine Le Coz, au dixième toqr de scrutin.Son roman Le Nègre et la Méduse (Éditions du Rocher) avait failli l’emporter, mais Picouly, dont la cote critique n'était pas si élevée, l’avait devancé.Ce fut donc partie remise, et le jury est revenu à Martine Le Coz, qu’il n’avait pas oubliée.Si la mémoire des jurys, donc, influence leur lecture, c’est que leurs membres misent sur la durée plus que sur les qualités spécifiques d’un ouvrage.Et, comme s’il y avait un lien naturel, ce poids de la mémoire se reflète sur leurs choix: ils ont privilégié des auteurs de romans historiques, autant en ce qui concerne Le Coz que Picouly.Quant à Kourouma, entre les deux, n’avait-il pas la mémoire, justement, pour centre vivant?Entre ces auteurs, pourtant, que de différences, sur les plans de l’écriture et du sujet! Céleste raconte une histoire qui se passe à Paris, en 1832, alors qu’une épidémie de choléra s’est abattue sur la ville.Dans un vaste décor de désolation morbide, Céleste, une toute jeune femme de 16 ans, se lie d’un amour éperdu à Lodran, un médecin métis, né d’un père planteur et d’une esclave noire haïtienne.Nul doute que les personnages auraient plu à Théophraste Renaudot, lui-même médecin de pauvres sous Louis XIII.Déjà, dans Le Nègre et la Méduse, la romancière avait abordé l’esclavage et le racisme, qui raconte l’histoire de ce célèbre bateau négrier, La Méduse, dont Géricault fit le tableau que l’on sait.En 1997, elle publiait Léo, la nuit (Éditions du Rocher), qui mettait en relation un enfant autiste et un Noir, aux prises avec un monde hostile.Dans L’Enfant-léopard, Picouly, pour sa part, s’est attaché à un jeune métis, enfant naturel de la reine Marie-Antoinette, dont la tête roulera bientôt sous l’échafaud.Kourouma avait quant à lui campé le récit de son Afrique douloureuse à travers les yeux d'un enfant.On ne pourra pas dire qu’il n’y a pas de constance dans le choix des jurés du Renaudot.Mémoire et littérature Martine Le Coz, âgée de 45 ans, a écrit une quinzaine de livres.Elle s’adonne au roman clas- sique, linéaire, psychologique.Sa phrase est claire, aisée, fluide.Son propos également: elle écrit contre l’exclusion raciale et sociale en rapportant des histoires sans équivoque.Les amours empêchées de Céleste et Lodran ont des résonances altières sous la plume de Le Coz.Pour l’amateur d’écritures contemporaines, qui a vu couronner cette année Rouge Brésil, de Jean-Christophe Rufin, avec la distance que la narration historique établit dès lors que l’écriture n’est pas affectée par les problématiques contemporaines du discours, du sujet, du point de vue, de la fonction même du roman aujourd’hui, Céleste semble davantage appartenir à l'époque balzacienne que s’insérer dans les enjeux actuels de l’écriture.Mais pour qui ne s'en préoccupe pas, ce roman est incontestablement vivant et efficace, et ses portraits, nuancés.Lodran, ce médecin haïtien qui exerce à Paris, proche parent d’Alexandre Dumas, est une figure sympathique, évoquée avec sensibilité, au cœur d’un monde où les femmes, n’était-ce de leurs passions, ne traverseraient leur temps, comme souvent encore, que réduites au profil de silhouettes effacées.CÉLESTE , Martine Le Coz Éditions du Rocher Paris, 2001,280 pages Humanitaô Nouveautés |ï * VOti in i.Nl f M-viAiAuawNs ¦ ÿfSèill v SANG MÊLÉ Irina Egli Une histoire balayée par la brise de la Mer Noire et par la décadence d’un monde profane, amoral et cruel.Les personnages sont des victimes plus ou moins consentantes d'une damnation héréditaire qui atteint les formes extrêmes de la destruction Roman 300 pages.26.95 $ Serge Côté Retrouvances Hi'mik- ÉTAPES Martine L.lacquot D’un lyrisme harmonieux, souvent proches du haiku, ces poèmes choisis révèlent les émotions et les temps forts d’une poète dont la création s'incarne dans une oeuvre aux dimensions multiples.Poèmes choisis, 1982-1995 114 pages.15,95 $ LA VOIE DE L'INNOCENCE Marie Desjardins Peter, le jumeau mal-aimé de sa mère, expiera toute sa vie une faute qu'il n'a pas commise.Sur sa voie, cependant, l'art, la guerre, l'amour et la cruelle vérité des choses le révéleront à lui-même, comme autant de mages.Peter finira par comprendre, et par accepter, jusqu'à sa délivrance, qu'il faut parfois toute une vie pour véritablement naître, pour tout simplement être.Roman 336 pages, 24,95 $ RETROUVANCES Serge Côté L'enfant, dit-on, ne vit qu'au présent.Ce temps lumineux est celui qu'on possède au fond de son âme, comme dans un sanctuaire où réside la paix du soir.Il nous rappelle continuellement à la simplicité et à la transparence de l'enfant.Ce temps se confond souvent avec l'éternité.Essai poétique 120 pages, 17,95 $ Etapes Ht hvjiu.Martine L Jacquot 990 Picard, Ville de Brossard, Québec, Canada J4W 1S5 Téléphone/Télécopieur: (450) 466-9737 • humnnitassù xberglobo.net ROMAN Les démons d’une femme N AÏ M KATTAN Michel del Castillo a décrit son enfance dramatique dans plusieurs romans dont le plus bouleversant demeure 7a«-guy.Malmené par le destin avec un père franquiste et une mère d’origine juive, abandonné par ses parents, il a vécu tragiquement les années de guerre., Dans son dernier roman, Les Etoiles froides, il se place volontairement à distance de l’auto- ,>R,X LIONEL GROULX FONDATION YVES-SAINT-GERMVIN (édition 2001) FéüdttodoKs ûua, lauréat OLLIVIER HUBERT OuvwHwoi kfe terre comme au cieî rvii I L S aUXx'i.rUM' t».çHvc ft.360 pages - 30 S Collection Religions, cultures et sociétés Sur la terre comme au ciel Maniant l’analyse et la plume avec une égale grâce, Ollivier Hubert nous présente une étude fine, sur le long terme, de la mise en place, de la difiusion et des transformations des rites de I Eglise catholique pendant plus d’un siècle.Ollivier Hubert est professeur adjoint au Département d’histoire de l’Université de Montréal et chercheur associé au Centre interuniversitaire d’études québécoises.Communiqué, institut d’histoire de l'Amérique française PULIQRC Tel.(418) 65D-738I - Téléc.(418) 656-3305 T» o mini q ti e.G i ngra s (a p u I.ti I o va l.ca T " h Up :// \v\vw.u la val.c a / p u I biographie afin de mieux comprendre les événements qui lui ont infligé de multiples meurtrissures.Il met en scène une femme, Caria, qui vit les années les plus mouvementées du siècle dernier.Sa mère la confine à une solitude rageuse et son père, infirme, se résigne à attendre la mort dans un fauteuil roulant.Catholique et baptisé, on lui accole néanmoins une origine juive afin de l’accabler de tares qu’il n’a pas.Vivant dans un milieu où la dureté s’allie à la méchanceté, Caria cherche à se défendre en épousant les traits maléfiques de sa famille.Son appétit de pouvoir et de domination est dévorant et sa sensualité est débordante, sans égard à l’autre.Par sa capacité de revirement, Caria surpasse sa famille.Elle vit des amours sans durée, obéit à ses pulsions et finit par trahir tout le monde.Le lecteur suit la chronique de sa vie grâce à des lettres écrites ultérieurement par divers personnages.Ceux-ci jettent un éclairage étrange sur ses contradictions.Yvon Leroux: nos passionnants débuts en théâtre, radio et télévision! 1\< )N : f ROI \ DI I \ ( IRANDH NOIRCEUR AU PEKIN FEU l i s Pf RvONNAUF'' Of.MA VIE t » ;\V A ft W V si Michel umm Stock Derrière un écran À travers Caria, Michel del Castillo tente de dépeindre une époque dans l’histoire d’une Es-pagne complexe où se trouvent côte à côte catholiques, franquistes et républicains.Il nous présente une humanité mesquine, enfermée dans la tradition, ainsi que des hommes et des femmes qui ne cherchent à dé-fendre que leurs intérêts.Il fait ainsi état des tractations des notaires à propos d’un héritage qui révèle le degré d’avidité auquel l’argent réduit ces êtres.Évitant toute référence à l’autobiographie, del Castillo se contente du rôle de l’observateur, du chroniqueur.Il n en demeure pas moins que ses rapports personnels avec la France et l’Espagne transpirent de ce récit sur lequel plane 1 ombre de la mère.Le lecteur a 1 impression que les personnages vivent derrière un écran.On se surprend à regretter de ne pas retrouver ici le del Castillo que l’on connaît.LES ÉTOILES FROIDES Miphel del Castillo Editions Stock Paris, 2001,402 pages I i I> K V 0 I K .IM i ï \l R li V R E S Entrevue avec Geneviève Patte, bibliothécaire pour enfants Lecteurs de la relève TIC! P Récemment, à Montréal, un symposium franco-québécois pour la promotion de la lecture et de l’animation scientifique dans les réseaux publics du livre se tenait parallèlement au Salon du livre, et la Française Geneviève Patte, sommité dans le milieu des bibliothèques, y a prononcé la conférence d’ouverture.Rencontre avec une dame remarquable sur la plus belle tâche du monde: faire lire les enfants.GINETTE GlINDON Résumer le CV de Mme Patte est chose difficile.Disons simplement qu'après des études de formation de bibliothécaire pour enfants à Paris, Munich et New York, elle crée et dirige de 1964 à 2001 l’association La Joie par les livres (JPL), organisme qui a pour but de favoriser toute action susceptible d'encourager l’accès de l’enfant au livre et à la lecture et de promouvoir une littérature de qualité.En 1965, la JPL ouvre la fameuse bibliothèque pour enfants de Clamart et lance le premier numéro de La Revue des livres pour enfants, un des meilleurs périodiques de langue française sur le sujet, où l’on peut lire'des critique.', des nouveautés, des analyses, des interviews d'auteurs et des articles de fond en littérature jeunesse.Son implication auprès des populations marginalisées a suscité certains partenariats avec des groupes spécialisés comme ATD Quart-Monde et l’association ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations).Geneviève Patte est particulièrement active au sein de cette dernière association depuis 20 ans en travaillant avec le milieu de la santé mentale et plus particulièrement avec les tout-petits.La bibliothécaire est appelée fréquemment en Afrique, en Amérique latine et en Asie à se joindre à des populations extrêmement défavorisées afin d’y répandre des livres et non pas uniquement du pain.«Le caritatif ne devrait pas se limiter à la nourriture; dans la souffrance, les histoires sont essentielles.» La lecture permet de prendre une distance.«Avant cinq ans, dans certaines conditions de lecture, les enfants ont le même appétit», dit-elle en racontant une anecdote à propos d’un bébé qui hurlait dans un train, empoisonnant la vie de tous les passagers.S'approchant du père qui tenait le bébé dans ses bras.Patte lui demande s’il veut bien quelle lui raconte une histoire.«Mais il n’a que neuf mois», lui répondit-il, pensant que Patte était bien folle.Ce monsieur ne savait pas que cette dame a la tête bien dure quand il s'agit de faire aimer les livres pour enfants.La voilà ouvrant un petit livre devant le bébé qui fronce aussitôt les sourcils comme seuls les enfants concentrés savent le faire et, vous le devinerez, le bébé a cessé de pleurer.C’est assez récemment qu’on a pris conscience de l’apport merveilleux des livres sur les bébés.C'est parfois très difficile pour certains parents de parler avec leurs enfants: le livre peut s'avérer une parole puissante.En Amérique latine.par exemple.Geneviève Patte souligne à quel point les gens découvrent la force du lien familial établi dans une histoire partagée entre parents et enfants.«L’accès à la langue écrite est différent de la langue du quotidien et de l'utilité: quand les tout-petits ont la chance de savourer les mots d'un récit, c'est merveilleux.C'est à l’école que ça se complique.Plutôt que de commencer par le solfège, il faut commencer par écouter de la musique.» Il faut rejoindre les enfants dans la rue, à la clinique, à l’hôpital, là où ils se trouvent, continue la bibliothécaire tout terrain.«C'est bien amusant, les clowns dans les hôpitaux, mais le livre a un effet plus durable.On change la vie de ces enfants-là.» Métier précieux Voilà pourquoi le métier de bibliothécaire pour enfants lui paraît le plus précieux au monde.«Les qualités les plus importantes sont l’écoute et l’humilité.On n’est plus dans le domaine des statistiques de prêts de livres, mais dans l’humain.» Geneviève Patte parle de gratuité d’expérience et de rencontre avec l’enfant.C’est tout simple et pourtant bien loin des actions prônées par les «fonctionnaires de la lecture».Patte se fâche quand elle entend dire que certains enfants sont irrécupérables.«Faux!, répond-elle.Cette profession nous permet d'espérer.» Et cette femme merveilleuse mise toujours sur la qualité.Les gens qu’on croit inaptes à la culture sont capables de lire les grands auteurs.Le travail avec les enfants de la rue le prouve.VLB écrit aussi des poèmes! V'icior-Llvt Bkauliëi' VI NJ C i j \ i ! ’ j l’HÏ W’ POUR iot I R OIS Uittiiréi par Vif.H~r LES AMÉRIQUES Le grand récit des Amériques Polyphonie des identités culturelles dans le contexte de la continental isation Sous la direction de Donald Cuccioletta Jean-François Côté Frédéric Lesemann 204 pages - 20 $ Soui » «raewon x* î Donald Cucciotetta L’Américanité et les Amériques Sous la direction de Donald Cuccioletta 256 pages - 28 $ PULIQRC ANNE-MARIK LA RM 1 K Geneviève Patte est particulièrement active au sein de l’association ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations).Les tâches du bibliothécaire pour enfants se situent en dehors du scolaire.«Ce n’est pas une annexe de l’école et du groupe.» Patte souhaite que les enseignants comprennent mieux l’enfant-lecteur et non seulement l’élève en établissant une relation personnelle et intime avec lui.D-s deux groupes de professionnels devraient réfléchir constamment à leur pratique, leur formation.«La bibliothèque est un laboratoire permanent pour remettre en question les livres choisis.» On vit beaucoup trop avec la nouveauté, le best-seller, et en ce sens une étude comparative des littératures favorise un choix plus judicieux.Il y a tant de livres, trop croit Geneviève Patte.En partageant le travail de lecture, on peut se concentrer sur les meilleurs titres, les mettre en valeur et multiplier les exemplaires dans les bibliothèques.Les livres que Patte appelle les «bof» devraient être achetés parcimonieusement dans la mesure où l'on peut justifier leur présence sur les rayons.Les enfants sont en droit de s’attendre à une forme de garantie de la part d’adultes responsables qui sont leurs interprètes.«Chaque enfant est unique.Il est essentiel de porter sur chacun un regard toujours renouvelé.La bibliothèque est peut-être un des derniers lieux où.par son organisation, l’enfant est reconnu non pas uniquement comme membre d’un groupe, mais aussi comme individu.» Pour en savoir plus: Laissez:les lire!, de Geneviève Patte, h s Editions ouvrières, coll.«Enfance heureuse», t987, 364 pages: «Histoire d’une bibliothécaire comme ça», de Brigitte Andrieux, dans la Revue des livres pour enfants, n" 197, février 2001, p.3-6 (Lin hommage à l’occasion de la retraite de Geneviève Patte de la JPL): et le site .Quête noire MARIE C LA T D E MIRAN DETTE C'' uy Gavriel Kay.célèbre auteur J canadien-anglais, grand amateur de Tolkien devant l’Eternel Ukms les années 70.alors qu’il vivait en Angleterre, il a collabore à l'édition posthume du très moyen Silmarillon) à qui ou l’a avjuitageu-sement compare (à Tolkien, pas à l’Etemel!) lors de la parution de 77-ganc, revient en force avec une nouvelle et copieuse aventure fantastique presentee en deux tomes.Dans la cité de Sarance.dite la cite d’or, qui s’élève sur les ruines d’un monde ancien aux contins des terres de l'Ouest, les courses de chevaux sont l’un des passe-temps les plus prises.Avec la mort subite de l’empereur et le deuil qui s’ensuit, les courses sont temporairement stoppées, au plus grand déplaisir des partisans verts et des Bleus, les plus grandes craintes sont à prévoir car', dans les profondeurs iU' la forêt des lointaines provinces rebelles, quelques allumés aux pratiques rituelles sauvages et illicites complotent.L'empereur Valerius II et sa fidèle et brillante épouse doivent lutter contre ces tri bus barbares.Et le mal est si profond qu’il s’infiltre au cœur même de la cour impériale.Sur qui comp ter alors que le royaume vacille?C’est alors qu’appanût Crispin 11.Répondant à une injonction impériale des plus solennelles, il entreprend un voyage long et tourmenté vers la cité des cités afin de livrer, sous couvert d’une fausse identité, un message de la plus haute ini|R)i tance et dont le sort du royaume dépend.Ignorant l’ampleur du dan ger qui le guette, il doit traverser les terres païennes, par une sinistre journée ill's Morts.Et le plus grand danger ne réside peut-être pas tant dans les périples du voyage que dans son but ultime.Ou à moins qu’il ne réside au fond de Crispin?Forces noires et bravoure sont au rendez-vous dans cette quête digne de Tolkien, dont on attend d’ailleurs avec impatience l’adaptation cinématographique du célé-briçsime Seigneur des anneaux.Elisabeth Vonarburg (auteur de fantasy belgo-canadiennc à l’indéniable talent) signe ici une traduction de grande qualité qui sert avantageusement Kay.1 es romans de Kay offrent toujours de la tanta sv de qualité; son rythme lent, son écriture line et riche en details plairont certainement aux amateur de ce genre.Si vous n’avez pis encore découvert eet auteur bourre de ta lent qui sait mettre en scene avec li nesse des mondes nouveaux et colon-s, dans la grande tradition des twits mythologiques, de la fable et de la légende, c'est le moment.Et ixnirquoi ne pis compléter oc périple initiatique avec la lecture d'( ne chanson pour Arbonne, réédité en poche aux éditions À Lire, l’éditeur québécois de la S.E et de la fantasy?Bon voyage, et que la force soit avec vous! \A MOSAÏQUE DE SARANCE Tome 1: II: Chemin m Sarance Tome 2: D Seignei k DES EMPEREURS Guy Gavriel Kay Traduit de l’anglais par Elisabeth Vonarburg Budiel - Chaste! Paris, 2001, 106 et 501 pages UNE CHANSON POURARBONNE Guy Gavriel Kay Traduit de l'anglais pu' Hélène Rioux Québec À lire, 2(X)1,622 pages MICHELINE DUMONT Découvrir ta mémoire de» femme» H;;.Uy Tél.(418) 656 7381 - Téléc.(418) 656 3305 Dominique.Gingra.s@pul.iilaval.ca “!’e http://www.ulaval.ca/pui DECOUVRIR LA MEMOIRE DES FEMMES UNE HISTORIENNE FACE À L'HISTOIRE DES FEMMES Les femmes sont dans l'histoire, les femmes font l'histoire : telles sont les affirmations que défend Micheline Dumont, pionnière des recherches en histoire des femmes au Québec.Dans cet ouvrage, l'historienne nous convie au projet de poursuivre la réflexion féministe en histoire ainsi qu'à un renouvellement de l'histoire traditionnelle.En vente chez votre libraire les éditions du remue-ménage 110, rue Ste-Thérèse, bur.501, Montréal (Qc) H2Y 1E6 Tél.(514) 876-0097 .Téléc.(514) 876-7951 EDITIONS LIBER LABORATOIRE D ETHIQUE PUBLIQUE CHAIRE FERNAND-DUMONT (iNRS) Ethique publique, vol.3, n" 2 ÉTHIQUE DE LA MAGISTRATURE 3UbliqiK ttTjt d’tftnQu* tocrAttlc *t Jbv?utca»em*|« Éthique de.la magistrature • r*tKke imfte* • le flrort vi mouvement H»* ** utMr&pN mm***’ assa COLLABORATEURS Christian Arnsperger, Luc Bégin, Philippe Coppens, Jean-Louis Genard, Louis LeBel, Georges A.Legault, Alain Letourneau, Pierre Noreau, François Ost, Louise Otis, Thierry Pech, Dominique Rousseau, Andrée RufFo, Xavier Thunis PHILIPPE (îELlJCK LE CHAT C£TT£ fois NOuS SOMMES pARjtS, MOeJ ViEuX MtlDU **1 GELUCK A ENCORE FRAPPÉ casterman f I I.E 1) E V 0 I R .I.E S S A M E \) I I ET l> I M A X ( HE 2 DÉCEMBRE 2 0 0 I VUES DANS LA POCHE Pour Noël, à glisser dans les bas JOHANNE JARRY Voilà décembre, et nous nous demandons: quoi offrir?Petits formats peuvent être glissés dans le bas, sous l’oreiller, sous l’arbre décoré.On peut aussi les déposer dans l’assiette des convives en guise d’entrée ou de dessert.Non, les petits formats, ce n’est pas cheap à offrir, comme certains le croient.Mais que choisir?Voilà quelques idées où les lecteurs pourront piger pour dorloter la meilleure amie, le neveu épanoui, la grand-maman érudite et l’austère cousin qui fait une excellente tarte Tatin.L’art de l’essai Les Femmes ou les silences de l’histoire (Champs Flammarion) réunit des articles de Michelle Perrot, historienne qui a dirigé L’Histoire des femmes en Occident avec Georges Duby.Du XIX' siècle à aujourd’hui, Michelle Perrot retrace la vie des femmes, mettant entre autres à contribution des journaux intimes trouvés aux puces, la correspondance des filles de Karl Marx et la littérature, «cette épopée du cœur de la famille» où on entend mieux qu’ailleurs la vie des femmes: tout simplement passionnant.Plaisir de lecture aussi avec le Petit Traité des grandes vertus (Points) d’André Comte-Sponville.Qu’ont écrit les philosophes sur la générosité, l’humour, la politesse, la gratitude et le courage?L’auteur explore 18 vertus, histoire de réfléchir aux valeurs que nous endossons (ou non).Des classiques Aline Schulman, traductrice du PERROT LES H MMES Ol LES SILENCES 1)1 I.HISTOIRE Don Quichotte de la Manche (Points, volumes 1 et 2) de Miguel de Cervantes, a opté pour une traduction qui, «loin de pratiquer l'archaïsme, rendrait compte du niveau de langue que percevait le lecteur de l’époque, qui était celui d’une langue éminemment accessible, comparativement aux autres écrits de son temps».Ce parti pris qu’on qualifie de moderne est-il fidèle au texte fondateur?Et qu’est-ce que la fidélité en traduction?A glisser sans hésiter dans l’assiette de l’amie traductrice.Autre classique, québécois celui-là, le Don Quichotte de la démanche (Typo) de Victor-Levy Beaulieu, publié pour la première fois en 1974.Abel l’écrivain comprend, en écrivant, qu’il se meurt.Ainsi commence le roman de ce prolifique écrivain dont les premières œuvres gagnent à être lues ou relues.A mettre dans le bas de votre étudiant.Les plus jeunes aimeront qu’on leur lise à voix haute YIntégrale des nouvelles (Phébus, -Libretto») de Robert Louis Stevenson.Dans ces nouvelles Mille et une Nuits, le prince Florizel de Bohème et son serviteur, le colonel Geraldine, se promènent bien déguisés dans les quartiers louches de Inndres et de Paris et y vivent, bien entendu, de cocasses aventures.Ces mêmes jeunes ne détesteront pas trimballer dans leur poche les aventures d’Adèle Blanc-Sec, dessinées par Tardi (Librio), soit Adèle et la Bête et Le Démon de la tour Eiffel.Dessins magnifiques mais histoires compliquées à cerner.Ce qui sauve la mise?Paris, en noir et blanc, vu par Tardi.L’Amérique vue par.On peut offrir les yeux fermés Iona Moon («Petite bibliothèque américaine», Editions de l’Olivier), un roman de Melanie Rae Thon, •née au Montana, établie à Salt Lake City.Iona vit à White Falls, elle a repêché un chat mort dans la rivière, elle a traîné un rat par la queue.Ses frères sont violents, sa mère agonise.Comment survivre?Pendant un certain temps, elle colle son corps contre celui des garçons, cherche et donne le plaisir.Puis, presque violée, elle parfi devient caissière de nuit à Seattle, y sera encore agressée.Alors, lona décide de rentrer chez elle parce «qu’il faut qu’elle termine quelque chose».les personnages de y 2 Melanie Rae Thon permettent au lecteur de regarder et de percevoir le monde autrement.Des livres comme ça, on en lit peu dans une année.lœ Goudron et les Plumes (Boréal compact) d’Hélene Monette, lui aussi habité par une voix singulière, raconte une histoire de filles qui parlent, aiment, désirent (tout n’est pas aus§i simple, on s’eri doute).A retenir aussi, pour ceux qui aiment les nouvelles et les histoire de familles, ________ le recueil Quelques pas de danse en famille (J’ai lu).David Leavitt ne tombe jamais dans la facilité et saisit avec acuité les passages troubles (nombreux) des trames familiales.Plus cynique, Don Delillo traque {’American way of life dans Americana (Livre de Poche).Laissant derrière lui une jolie femme et une carrière florissante, David Bell part vers l’Ouest pour mêler sa vie à celle des malmenés du système.Polars stylés Marcelo Fois, découvert avec Sempre Caro, rapplique avec son personnage Bustianu dans Sang du ciel (Points).Novembre 1899, en Sardaigne, l’avocat doit résoudre le mystère de la mort du jeune Filippo.Ce n’est pas tant l’enquête qui captive l’attention, plutôt Bustianu et le paysage qu’il arpente, la façon dont le style de Fois les incarne, un talent salué en préface (et peut-être trop savamment) par Manuel Vazquez Montalban.Du bon- bon.On fera aussi des heureux avec Le panne convient à Laviolette (Folio) de Pierre Magnan.A 75 ans, le commissaire Laviolette ne se remet pas d’une gros-| se peine d’amour.Ce-'1,11 1 • | pendant, travail oblige, il doit trouver qui se cache derrière de louches accidents.Et comme ça se passe en Haute-Provence, le dépaysement est garanti.Si le commissaire souffre, l’inspecteur Charles Resnick est sur le point de devenir amoureux dans Proie facile (Rivages/noir) de John Harvey, écrivain britannique au talent injustement méconnu.Cette fois, Resnick enquête sur une série de viols dont les victimes sont des hommes.Le point de départ: un jeune de quinze ans trouvé pendu.Ce roman noir est inédit et paraît directement en format poche: profitez de ce cadeau.En coffret (Points), La Trilogie de Karla de John le Carré, composée de La Taupe, Comme un collégien et Les Gens de Smiley, sans doute le grand classique du roman d’espionnage de la guerre froide.George Smiley, d’abord agent puis directeur des services secrets britanniques, y est confronté à Karla, sa vis-à-vis est-allemande.Dense comme un message codé.Prenants romans Le Chef-d’œuvre (Babel Actes Spd): voilà un titre qui sied bien au premier roman de la Néerlandaise Anna Enquist.Au cœur de cette histoire où il est beaucoup question d’art, il y a celle du couple que for- ment Ellen et Johan, artiste montant abandonné par un père peintre qu’il cherche a égaler.Autour d’eux gravitent Lisa, l’amie, et Alma, l’imposante mere.Récit de rêves et de vies, le style de ce livre bénéficie de l’expérience poétique de l’auteure (elle a publié trois recueils), qui est aussi psychanalyste.Ce roman sera en librairie bientôt.Il faudra aussi attendre quelques jours pour y trouver Vers chez les blancs (Folio) .Un homme perd sa femme et ses enfants dans un accident d’avion.Désespéré, il invente Francis, un écrivain dont le succès décline.Pour vivre (très confortablement), il vend des vitamines performantes aux écrivains et artistes du jet-set Francis aura une liaison sexuelle avec la femme d’un écrivain à qui il sert de nègre.Philippe Djian a-t-il écrit un roman porno?Il a surtout cerné le vide ambiant et les dessous du commerce de l’écriture.Enfin, ceux qui voudraient convertir un ami à la lecture peuvent lui tendre une perche avec Soie (Folio), de l’Italien Alessandro Baricco.Hervé Joncour, éleveur de vers à soie, a séduit et captivé grâce à ses voyages et ses mystérieuses amours.Du sommet d'un arbre (BQ) permettra aux lecteurs de l’œuvre d’Yves Beauchemin une entrée plus intime dans son œuvre.Ce journal, rédigé à la fin des années 70 jusqu’au milieu des années 80, raconte les années d’enfance en Abitibi et témoigne de sa vie d’écrivain.Terminons avec Jacques Brel, une vie (10/18), où Olivier Todd retrace la vie d’un homme intense dont les mots et les musiques vibrent encore.I» O L A R Assassinisimo LA MUSIQUE ADOUCIT LES MEURTRES Face A et Face B Noël Ballen Editions Mille et une nuits Paris, 2(X)1,83 et 69 pages Depuis la nuit des temps, on prétend, à raison, que la musique a un indéniable pouvoir, à la fois puissant et mystérieux, tant sur YHomo sapiens que sur l’animal.De cette croyance vieille comme le monde, qui a nourri la mythologie, les fables et les légendes, d’Orphée à Papagino en passant par David, est née en quelque sorte la musicothérapie.Mais si la musique adoucit les mœurs, elle peut aussi faire jaillir la force sombre, celle que d’aucuns nomment le Mal, ou encore la force noire, qui vit en chacun de nous.C’est cette avenue d’ombres qu’a choisi de visiter Noël Ballen à travers une série de petits opus en deux mouvements où la musique sert de toile de fond à une série de meurtres plus étranges les uns que les autres.De Debussy à Berlioz en passant par le blues louisianais, le jazz d’Herb _ m Pierre K , Lettre ouverte aux chiens ÉDENTÉS QUI AGITENT LA QUEUE ET À LEURS CHIOTS QUI MORDILLENT Pierre K.Malouf * Essais et Polémiques » ; Qu'est-ce que Gérard Bouchard, Paul Chamberland, | Gil Courtemanche, René-Daniel Dubois, Rita Hayworth, Jacques Lanctôt, Joël LeBiqot, Richard Martineau, Mario Roy et Susan Sontag, entre autres, ont à voir avec les attentats i terroristes du 11 septembre dernier ?Plus qu'il n'y parait, i d'après l'auteur.Et d'une fai;on plutôt surprenante.I Cette lettre ouverte se veut un réquisitoire mordant contre I le discours vide de notre « élite » intellectuelle et journa-I listique qui ne semble pas savoir de quoi et de qui elle * parle.Heureusement, il y a quelques exceptions.lucides.ISBN : 2-«2245-64- — LE DEVOIR ?De Visu EXPOSITION Flotter vaudou O ' (*jM& SOURCE CENTRE DLS ARTS SAIDYK BRONFMAN Marassa Dossou Dossa, 1994, de Luc Cédor.¦’l.' * 4i •>v ^ J' * .-'j .-U.i*»**.•îMi ’•T.» *4^* î?-.T-f *ft ï *»¦ r» ¦ «Ml a*v,;ï‘> k?V:r-,w ¦ SURFACES PELLETÉES: DRAPEAUX VAUDOU HAÏTIENS Centre des arts Saidye Bronfman 5170, chemin de la • Côte-Sainte-Catherine Jusqu’au 6 janvier BERNARD LAMARCHE' LE DEVOIR Pour la deuxième fois en trois ans, la galerie du Centre des arts Saidye Bronfman reçoit une exposition mise en circulation par le groupe ExhibitsU-SA et dont le sujet est un art populaire qui accompagne des rituels sacrés.Après avoir reçu en ses murs l’exposition Drea-mings - Australian Aboriginal Art of the Western Desert from the Donald Kahn Collection, le Saidye Bronfman accueille des drapeaux I vaudou haïtiens.Ces cotons et satins animés par les perles et les paillettes ne fascinent pas uniquement par leur aspect étincelant mais aussi par le type d’imagerie et de motifs décoratifs qu’ils supportent La galerie du centre Saidye Bronfman sort une fois de plus des rangs de l’art contemporain à strictement parler, pour présenter une pratique non moins contemporaine, issue plutôt de Fart populaire.En esprit, l’exposition Surfaces pailletées: drapeaux vaudou haïtiens s'inscrit en droite ligne avec celle qu’Ex-hibitsUSA avait organisée autour de la peinture aborigène australienne.Les points méticuleusement apposés sur la toile dans la § tradition aborigène entrent bizarrement en résonance avec ceux des paillettes vaudou.Dans le même ordre d’idées, soulignons que la tradition vaudou n'est pas sans faire penser à la technique hautement développée du perlage dans les sociétés autochtones nord-américaines, à laquelle le musée McCord accordait une exposition l’an dernier, À la croisée des chemins: le perlage dans la vie des Iroquois.Il y aurait tout à gagner à rapprocher ces pratiques populaires, bien au delà de la technique.Montée par la commissaire Candice Russel, l’exposition actuelle à la galerie du Centre Saidye Bronfman ressemble dans son approche à celle qui était accrochée aux murs en 1998.En effet, dès les premiers pas dans l’exposition, le texte de présentation — une succincte synthèse de l’histoire et de la culture qui sous-tend la pratique des drapeaux vaudou — explique clairement la volonté derrière cet accrochage.De l’exposition, il est dit que, par la célébration de ces objets de mystère et par l’observation qu’el-le cherche à susciter, l’effet recherché consiste en «une certaine démystification du vaudou haïtien».Donc, l’exposition est relativement peu bavarde.En toute conscience, très volontairement, un parti pris a été adopté de ne pas vider de leur aura ces objets liés au culte vaudou.En ce sens, l’exposition ressemble à une galerie de portraits d’esprits et dresse un inventaire troublant du panthéon des dieux haïtiens.Ainsi les drapeaux parlent-ils d’eux-mêmes.Dans ces tissus ornés qui servent aux rituels vaudous se croisent toutes sortes de références à diverses cultures et religions qui filtrent à travers cette pratique traditionnelle.Au milieu de ces drapeaux, pour lesquels l’exposition veille soigneusement à conserver l’aura de mystère qui les entoure, se dresse donc toute une galerie d’esprits ou de dieux, des loas (le terme est d’origine congolaise), censés être attirés par les rituels.De l’histoire L’iconographie et les motifs présents dans l’exposition découlent forcément de la culture spécifique et de l’histoire d’Haïti.La religion vaudou est un ensemble hybride formé de croyances tribales venues d’Afrique et de rites du catholicisme romain.Le vaudou est la résultante de la culture apportée avec eux par des esclaves ouest-africains, culture mise en contact avec des croyances de la culture caraïbe des taïnos, des pratiques catholiques et des rituels maçonniques.L’œil exercé reconnaîtra dans les drapeaux exposés au Saidye Bronfman des références aux motifs décoratifs maçons, à là culture et aux couleurs de la France, en plus d’emprunts à une iconographie religieuse répandue par la religion catho- lique, notamment avec les madones qui s’intégrent aux compositions des drapeaux.Ainsi, apprend-on dans un petit guide fourni par la galerie aux visiteurs, le loa cousin Zaka, représenté sur l’un des drapeaux, est un esprit fermier correspondant au saint Isidore de la religion catholique.Erzulie est associée à la Vierge Marie.Chaque loa possède ses couleurs, son caractère, ses attributs.Aussi, chaque loa influence un élément, ou encore la santé, les cultures agricoles, la vie amoureuse, la sécurité, etc.Tout un dictionnaire de symboles est activé dans ces représentations.Ainsi est-il possible d’établir une iconographie précise de chacun des loas avec leurs caractéristiques propres.Mais dire cela, c’est ignorer les fonctions de ces drapeaux scintillants, qui ont notamment une valeur communautaire.Les houngan (prêtres) ou mambo (prêtresses) conçoivent les drapeaux, que des artisans mettent des semaines à confectionner, cousant à la surface des tissus des centaines de paillettes de couleur.Cette tradition du paille- tage décoratif viendrait, dit-on, d’un héritage yoroubas.Les drapeaux sont utilisés au cours des cérémonies religieuses, au son des tambours et des danses qui mènent à une transe.Lors des cérémonies, le loa invoqué prend possession d’un fidèle qui entre alors en transe.N’ayez crainte, aucun esprit ne viendra vous surprendre lors de votre visite, ni aucun zombie vous attaquer par derrière.L’exposition Surfaces pailletées: drapeaux vaudou haïtiens se tient loin des clichés et des lieux communs véhiculés par le cinéma d’épouvante.En cela, la présentation parvient à démystifier jusqu’à un certain point le vaudou.Jusqu’à quel point?Impossible de dire.Du côté morbide de cette religion, celle que colportent les lieux communs, aucun mot n’est dit.Des activités Tout au long du mois de décembre jusqu’en janvier, quelques activités programmées à la gale- rie du Saidye Bronfman poursuivent ce travail sur l'imaginaire.Le jeudi (i décembre, une table ronde animée par la muséologue Marie-Lucie Vendryes portera sur le thème «l.es objets sacrés du vaudou» (de 18h à 19hR0).lœ dimanche suivant (9 décembre), un colloque permettra de parfaire ses connaissances sur le sujet.Présenté au Centre de créativité Gesù (1200, rue de Bleury), le colloque Culture vaudou et identité convie dès 14h Franklin Midy, sociologue à l’UQAM, Carlo Sterlin, psychiatre-chercheur à l’hôpital Jean-Talon, Johanne Tremblay, anthropologue à l’Université du Québec à Trois-Rivières, et Lilian Dévieux, chercheuse indépendante.Finalement, le dimanche 6 janvier, une performance, Coco Café, animée par Mahalia Verna, changera le ton en proposant, à travers de la poésie et diverses prestations musicales, une réponse «urba-no-hai lia n o-m o n t réalo-franco-an-glo» au vaudou.De 14h à 15h.SOURCE CENTRE DES ARTS SAIDYE BRONFMAN Louange aux esprits guédé, 1991, de Joseph Oldof Pierre.EXPOSITION Jusqu’au 8 décembre 2001 BRUNO CÔTÉ CERTAINS TABLEAUX (PETIT FORMAT) GALERIE KASTEL 1368, avenue Greene, Westmount (514) 933-8735 Heures d’ouverture : mardi-samedi, 10 h - 17 h 30 JEAN McEWEN Comme une aquarelle GALERIE SIMON BLAIS 4521, rue Clark Montreal H2T 2T3 514.849.1165 Ouvert du mardi au vendredi 9h30àl7h30etle samedi 10 h a 17 h Benoît Lévesque Morphologie, espace chromatique Jusqu’au 22 décembre 90 av.Laurier Ouest Tél.: (514) S77-O770 mardi au vendredi de 11 h à 17 h.samedi de 12 h à 17 h et sur rendez-vous ÉVALUATION - EXPERTISE - SUCCESSION GALERIE BERNARD Exposition À l'Écomubée DU FIER MONDE 2CD5D, rue Amherst Informations : (514) 528-8444 MERCREDI DE 1 1 H A 20H Jeudi - vendredi de 9h30 à 1 6h Samedi * dimanche DE 1Oh3Dà 17h GCÔMUS€G DU HCR MONDE PÔ ttnu fJ’hiHt.OHT! Tf 20 tin» N frai UQAM Université du Quebec à Montrea Les drapeaux sont utilisés au cours des cérémonies religieuses, au son des tambours et des danses qui mènent à une transe Une journée de lutte et de deuil pour faire échec au sida L'ART en DEUIL La Fondation John A.Schweitzer ?Ier décembre 2001 ?LE DEVOIR É I) K) L K DEVOIR.L E S SAMEDI I ' * ET D I M A X CHE 2 DÉCEMBRE 200 KUKLOS Michèle Assal Galerie Trois Points 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 520 Jusqu’au 22 décembre B RR NARD LAMARCHE LE DEVOIR Il est toujours stimulant de voir un artiste donner un sérieux coup de barre à sa production tout en visant dans le mille.Surtout lorsque cet artiste est considéré comme en mi-carrière, que les choses se placent, et que la lancée qui était jusqu’alors la sienne semblait devoir se poursuivre doucement, sans secousses réelles.Mais vient alors un moment charnière.C’est un peu ce qui se produit à la galerie Trois Points avec les nouveaux tableaux de Michèle Assal.Pour cette nouvelle production, Assal a délaissé la figuration très réaliste qui caractérisait jusqu'à maintenant ses tableaux, selon la manière qu’on lui connaît depuis plusieurs années.Dans ses dernières séries, faites de plages de couleur plus ou moins texturées découpant géométriquement la surface de ses toiles, Assal recourait à des motifs rigoureusement peints selon un rendu fidèle.Ces objets — des bols creusant l’espace de la toile, des fruits, des tasses, etc.— n'étaient rien de plus que des motifs, des prétextes à peindre élargissant le vocabulaire et la syntaxe de tableaux, des sortes de collage.Or, en même temps, ces motifs rabattaient du côté de la figuration la représentation, sans qu’à notre avis elle en soit nourrie.Ces motifs se donnaient à lire prestement, sans que soit ralenti vraiment le temps de lecture.Pour cette nouvelle série, Assal a presque délaissé totalement la figuration.Ne reste à la surface de ces toiles morcelées que des bribes d’objets davantage filtrés par la peinture: des roues, des spirales, des branchages et d'autres signes plus ambigus.Or ces roues et ces spirales, sortes de signes du passage du temps (c’est ce que suggère le titre de l'exposition, Kuklos.«cycle» en grec), sont réduites véritablement à l’état de signes visuels tant ils sont schématisés, rendus selon des textures particulières.Ainsi, l’écart entre l’abstraction des fonds et la figuration nette des formes est refermé en partie, ce qui donne lieu à des espaces picturaux plus troubles.la précédente exposition d’Assal à la même galerie, en 2(XK), avait entamé une réflexion sur le morcellement des surfaces que poursuit cette exposition.De plus, l'artiste a remis en cause son recours à la figuration.Des textures plus affirmées, faisant penser parfois à la peinture de l’Américain Clifford Still, se fondent avec' les textures du ' DE VISU ^ ARTS VISUELS U autre, cet éternel étranger PUSHPAMALA \ ET SHEELA GOWDA la Centrale (Galerie Powerhouse) 460, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 506 Jusqu’au 15 décembre JEAN-CLAUDE R O C II E F O K T Une pratique profane: art récent en Inde est une exposition présentée dans le cadre d’un événement organisé- par Hoopoe Curatorial et intitulé Des idées en mouvance: un dialogue culturel avec l’Inde.D’entrée de jeu, une saveur aigre-douce se dégage des deux petites pièces qui accueillent le visiteur, œuvres réalisées par des artistes vivant toutes deux à Bangalore, capitale du Karnataka.Draupadi’s Voui est une œuvre de Sheela Gowda constituée d’une petite couronne d’aiguilles incurvées de laquelle tombent de fines cordelettes rouge sombre nouées à intervalles plus ou moins réguliers.Au point de naissance de cette chevelure en chute libre, une zone rouge clair suggère que pour obtenir de si beaux faisceaux de cheveux serrés et lustrés au-dessus de la tête, il faut nécessairement y enfoncer et maintenir un peigne au plus près de la peau, signalant ainsi au passage que prononcer le vœu de Draupa-di, tel qu’il est indiqué dans le titre, cela ne se fait pas sans douleur.Sur un tout autre registre, Push-pamala N présente une saynète comique juste devant l’entrée de la petite salle.Une image fixe présentée sur un moniteur vidéo nous montre un rideau de scène représentant un profil de ville moderne se reflétant dans l’eau d’un fleuve.Après quelques secondes, le rideau se met à trembler, et apparaît soudain, du côté cour, une Indian Lady.I.a chanteuse en costume traditionnel mime les gestes et les paroles appris depuis des siècles et des siècles, qui n’ont peut-être qu’un seul but, au fond: séduire la gent masculine.Et, telle une brève et ironique apparition, elle sort aussitôt côté jardin.lœs deux pièces de résistance de ce mets indien préparé avec soin ne suscitent pas un intérêt égal.La parodie de photoroman de Pushpamala N n’arrive malheureusement pas à lever.Intitulé Phantom iMdy or Kismet, ce photoro-man n’est pourtant pas sans qualités.On y voit défiler en contrepoint deux vies mouvementées.La première est celle d’une femme de la haute qui semble subir les affres et humiliations de sa condition féminine dans une société ou l’inégalité des rapports entre les sexes est monnaie courante.À ce sombre tableau, Pushpamala N oppose, un tantinet naïvement, le personnage masqué de la Phantom Lady.Arborant masque, chapeau à plume et revolver, cette justicière de Bombay (qui est sans doute l’artiste elle-même) reprend un à un tous les clichés du genre, allant jusqu’à sauter d’un balcon pour sauver l’âme en péril et gagner sa cause.y **— Hv wmm .PAUL LITHERLAND Photo du photoroman Phantom Lady or Kismet de Pushpamafan.En mimant des stéréotypes culturels de personnages de cinéma, l’artiste nous plonge dans une époque nostalgique de notre enfance ou les bons délivraient les victimes du joug des méchants.Cependant, la forme qu’elle privilégie, le photoroman noir et blanc traité sur le mode de l’humour, n arrive pas à véhiculer de manière non équivoque le sens de son propos et la portée de son actualisation de ces stéréotypes.And Tell Him Of My Pain, que l’on pourrait traduire par «parle-lui de ma douleur», de Sheela Gowda, est sans contredit la meilleure et la plus émouvante pièce de cette exposition.Deux longs câbles rouges traversent la galerie en empruntant deux parcours alambiqués qui ne réussiront jamais à se rejoindre, à se toucher.Au mieux, un timide effleurement sera perceptible dans une région de la salle, au hasard de leur déploiement libre et étudié.Mais là encore, ce rapprochement entre deux destins qui suivent iimperturbablement leur cours n’est sans doute qu’illusion.La puissance métaphorique de cette pièce tient à un fil, c’est le cas de le dire.En effet, si on n’y prend garde, cette installation peut rester tristement prosaïque.Car il s’agit bien, tout bonnement, de deux longs câbles obtenus à partir de l’assemblage de fils rouges englués dans de la colle, elle-même imprégnée de pigments rouge foncé.C’est le titre qui agit ici comme un indice déclencheur et qui fait considérer les mouvements et trajectoires de chacun de ces câbles comme des lignes de vie, comme des destins qui cherchent inlassablement à se croiser sans jamais y parvenir.Incommunicabilité entre les êtres, coexistence forcée ou mariage obligé, vies parallèles ou encore l’autre vu comme un éternel étranger, bref, ce sont tous ces cas de figure, nous faisant prendre conscience que la rencontre n’a jamais véritablement lieu, qui sont ici invoqués.Coup de barre bois amplifiées par les lavis de couleurs terreuses.De surcroît, les formes également hachurées qu’Assal ajoute dans les couches supérieures alimentent l’incertitude dans la lecture des tableaux.L’artiste a mieux utilisé les coupures entre les plages de couleurs, qui parfois viennent sectionner les objets peints.Les ruptures d’échelles sont également bien exploitées; il y a des moments où situer les objets ou la profondeur des fonds devient malaisé.En tout et pour tout, sauf peut-être pour un malheureux détail — la peintre a ajouté, dans la toile L'Autre et le Temps, peinte en noir sur noir, le mot «voir», difficile à lire et qui vient nommer avec une insistance maladroite ce qui est en jeu dans cette nouvelle production: le regard —, cette exposition marque une belle étape dans la carrière de Michèle Assal.SOURCE GALERIE TROIS P01NTSR La Cadence des instants, 2001, de Michèle Assad.EMILE NELLIGAN Un acteur culturel important dans la société québécoise depuis 1979 Félicitations à Massimo Guerrera lauréat du PRIX 0ZIAS-LEDUC 2001 fü B \ —— And Tell Him Of My Pain, de Sheela Gowda.PAUL LITHERLAND 1 mies en amérique du 17 octobre 2001 au 20 janvier 2002 CCA Centre Canadien d’Arthitecture 1920, rue Baile, Montréal, Quebec 514 939 7026 www.cca.qc.ca Heures d'ouverture du muiée : mardi au dimanche, llhàlgh; jeudi, 11 h à 20 h Vivendi UNIVERSyVL CVijuniite po, la CCA at la Whiteay Majaum ot Americoa Att, ovoc te coltebotohoa du Museum of Modutn Art de New Av, StlteTb eiÏcletoîlhlS’ ^ la G'°h0" ^ Sied», te th.FiM Art, te de te foattohoa CteaiiJ loagloi, CDP Capital Banque de Montreal MYSTERES MOCHICAS PEROU Du 10 octobre 2001 au 24 mars 2002 organisée en collaboration avec I Universidad Nacional de Trujillo, le Museo de Arqueologia y Antropologia e Historia, le Bhnte-à Cai.i.ifrf Musée d'archéologie et d histoire de Montréal 350 place Royale Vieux-Mbntréal (514)872-9150 musee-pomte-a-calliere qc.ca Proyecto Arqueologico Huacas del Sol y de la Lima et le Museo de Sitio de Chan Chan.
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