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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2001-12-22, Collections de BAnQ.

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Le fil de soie de Michèle Gazier Page D 5 DE VISU Denis Juneau Page D 7 LE DEVOIR © i \ œuvre MARIE-ANDRÉE B EAU D ET Il y a cinq ans, le 14 décembre 1996, Gaston Miron quittait une vie qu’il avait passionnément aimée.Une vie souvent malaisée, profondément divisée entre l’action et l’écriture, mais tout entière habitée, traversée, soulevée par un immense et indéfectible amour de la littérature et le sentiment que celle-ci devait avoir sa place dans la cité et son mot à dire dans les affaires du monde.«Si peu que j'aie écrit, la littérature a été, est toujours toute ma vie», avait-il déclaré en 1994 à l’occasion d’un hommage qui lui était rendu dans le cadre des 40 ans de fondation des Editions de l’Hexagone.Gaston Miron a laissé une œuvre poétique jugée essentielle, tant ici au Québec qu’à l’étranger.11 y a deux ans, les poèmes de L’Homme rapaiüé, recueil sans cesse revu et augmenté depuis sa première parution aux Presses de l’Université de Montréal en 1970, entraient, escortés par une préface d’Edouard (hissant, dans la prestigieuse collection «Poésie» de Gallimard.11 devenait ainsi le premier poète québécois à forcer les portes d'une collection réunissant les plus grands poètes de tout pays et de toute époque en langue française.Après avoir été traduit en italien, en anglais et en portugais, le livre connaissait cet automne une première traduction en espagnol sous le titre à’El H ombre redivivo.D’autres projets de traduction sont à l’horizon: roumain, catalan, coréen, etc.L’Homme rapaiüé n’a donc pas fini de voyager et d’emporter avec lui les mots et les rêves d’un homme et d’un peuple.Si la mort du poète est venue clore le cycle des transformations de son principal recueil — toujours considéré par son auteur comme non définitif lors des dernières éditions qu’il autorisa en 1993 (Typo) et en 1994 (Hexagone, édition annotée) —, sa mort n’a pas pour autant entièrement clos son œuvre puisqu’une part de ses poèmes comme de ses écrits en prose demeure encore inédite ou peu accessibly.Déjà, dans les années 80, après avoir laissé la direction des Editions de l’Hexagone à son ami Alain Horic, Gaston JVIiron avait souhaité consacrer plus de temps à l’écriture.A l’occasion des tournées de lectures et de conférences qu’il fit ces années-là en Europe, de nouveaux poèmes lui étaient venus.Et, avec eux, l’envie de publier de nouveau et d’accompagner au plus près la nouvelle génération de poètes, qu’il appelait les «narratifs du monde enchevêtré» dans un poème écrit au début des années 80 et initialement intitulé De nouvelles rumeurs de poèmes.Plusieurs projets le sollicitaient: entre autres, celui de réunir ses poèmes postérieurs à 1976.II songeait également à rédiger des mémoires, à revoir et à réunir les notes sur la poésie qu’il avait accumulées au fil des années, etc.Les urgences d’une vie dédiée aux autres, les incessantes sollicitations littéraires et politiques dont il était l’objet mais, plus encore, la maladie auront finalement eu raison de son désir de se remettre à sa table d’écriture.Et comme cela avait été le cas pour L'Homme rapaiüé, qui, rappelons-le, avait pu voir le jour grâce aux interventions répétées de Jacques Brault et Georges-André Vachon, le rassemblement de l’œuvre encore éparse se fera sans lui.Ce travail est d’ailleurs en cours.VOIR PAGE D 2: MIRON JEAN POL STERCQ ' RAND Marcel P roast Mao Zedong F nv^iH Mozart James Joyce ¦ .S rmJbft» *v «!•(> LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 DÉCEMBRE 2001 I) 2 —-*¦ L i v CARREFOURS Protée, prénom André Est-ce parce qu’il est d’origine belge, comme Amélie Nothomb?Qu’il s’est fixé en Australie?Qu’il est sinologue?Simon l^ys — Prix Renaudot de l’essai — n’est pas un critique comme les autres, Un homme qui a traduit Shen Fu, Kouo Mo-Jo, Lu Xun, Confucius, Jao Tsong-Yi et Chen Jo-Hsi ne peut pas avoir sur Cervantès, Hugo et Gide les vues du critique enfermé dans le village parisien.On se souviendra peut-être également qu’aux beaux jours du maoïsme littéraire français, il mit en pièces le livre d’une célèbre journaliste italienne qui revenait de Chine avec plein de choses aimables à dire sur le Grand Timonier.Il était impitoyable; c’était nécessaire.Est-ce peu après cette magistrale démonstration qu’on vit les tel-queliens, Philippe Sellers en tête, quitter sur la pointe des pieds leur maoïsme de salon et s’enfuir — je parle plus particulièrement de Sellers — dans le dix-huitième siècle de leurs rêves?Le titre du livre de Simon Leys, Protée (Gallimard), décrit bien l’auteur qui sera l’objet principal des attentions du critique.Cervantès et Hugo n’ont rien du Protée, dieu des changements, des transformations; mais Gide, André Gide, en est assurément l’incarnation moderne la plus éclatante.Gide, dit Simon Leys, «fut vraiment le grand maître de l’évasion intellectuelle, le Houdini de la littérature moderne».Phrase que l’on peut Gilles Marcotte ?rapprocher de celle, plus ironique, du poète américain Wallace Stevens, qui ne la contredit qu’en apparence: «He is as wary as an animal in a world of traps.» (Il est aussi précautionneux qu’un animal dans un monde de pièges.) Le ton de l’une et l’autre de ces phrases nous éloigne des admirations trop convenues, notamment celles qui s’exprimaient dans un dossier du Monde il y a quelques semaines: «une honnêteté et une intelligence toujours en éveil», «liberté de penser et d’agir, de juger, de s’indigner», et patati et patata.L’hommage est un peu monotone.Simon Leys n’est pas un ennemi de Gide, bien qu’il cite en exergue la phrase assassine de Flannery O’Connor: «André Gide compte parmi les rares écrivains qui me donnent la nausée.» Mais il le considère d’un peu loin — d'Australie, ou de Chine.Et l’œuvre l’intéresse moins que l'homme, qu’il va tenter de reconnaître dans les témoignages biographiques, notamment ceux de proches com- me Jean Schlumberger, Maria Van Rysselberghe, Martin du Gard, Pierre Herbart.La plupart de ses jugements sont à double tranchant: Corydon, oui, c’était un geste nécessaire, courageux, mais l’argumentation était faible; ainsi du fameux Retour d’URSS, qui déchaîna contre Gide la colère des communistes et fellow travellers, mais qui ne faisait que dire ce que tout le monde savait déjà; et si Gide aima sa femme — que Leys réhabilite après les portraits peu aimables qu’on a souvent faits d’elle —, il fut amené par son obsession pédophilique à la traiter de manière indigne.Gide ne sort pas grandi du portrait que fait de lui Simon Leys.1 faut dire qu’il n’en sort pas non plus diminué.Simon Leys est un homme aussi différent que possible de son sujet, très peu Protée, et on sent bien qu’il éprouve à son égard quelques réticences d’une nature résolument personnelle.Mais le personnage, sous le regard attentif, un peu froid de l’auteur, apparaît dans sa riche complexité et devient par là beaucoup plus intéressant que les images propagées par ses admirateurs inconditionnels.Le style, enfin, le style?Il m’est arrivé ces derniers temps de tomber sur une page du Journal, ou de rouvrir le plus étonnant des livres de Gide, Pa-ludes, et j’ai été séduit, fortement séduit à la fois par l’extraordinaire liquidité de l’écriture et les libertés un peu sournoises qu’elle se permet à l’égard des usages.À cette séduction, Simon Leys semble peu sensible.Je sais, il faut parfois résister au style, à ses petites tricheries.Mais après l’avoir reconnu.Ce qui n'a jamais varié, chez André Gide, c’est la passion de la littérature, ou plus justement de l’écriture.Un troisième ouvrage de Lakis Proguidis Lakis Proguidis n’est pas tout à fait un common reader, un lecteur non spécialisé, comme Simon Leys le dit d’André Gide et comme il pourrait se définir lui-même.Il est né en Grèce, où il a fait des études d’ingénieur et un peu de prison sous le régime des colonels.Après quelques autres épisodes il s’est fixé en France, où il a fait des études littéraires sous la direction de Milan Kundera et, comme ça, tout naturellement, comme si ça allait de soi, il a fondé L’Atelier du roman, qui est devenu en quelques années une des grandes revues littéraires de Paris.En fait, cette revue n’est pas franco-française; on y lit des collaborateurs de Prague, de Varsovie, d’Athènes et d’autres lieux, et même quelques Québécois, dont François Ricard qui a publié dans L'Atelier, au cours des dernières années, de succulentes chroniques.C’est d’ailleu,rs chez nous, à Québec, aux Editions Nota bene, que Lakis Proguidis publie son troisième ouvrage, De l’autre côté du brouillard.Essai sur le roman français contemporain.Il s'agit en fait de sept essais sur autant de romans parus ces derniers temps, de Philippe Muray à Richard Millet, de Michel Houellebecq à Benoît Du-teurtre, de Claude Lucas à Lydie Sylvaire et à François Taillandier, tous familiers de la revue comme il se doit.«Le critique littéraire, écrit Lakis Proguidis, ne peut justifier son travail que dans la mesure où il a une question à poser au monde.» C’est dire que la critique de Proguidis est une critique qui s'aventure dans la pensée, qui à partir de la littérature assiège de questions le monde où il vit.Ce n'est pas, certes, qu’il néglige l'œuvre, le texte.On lira dans son livre une analyse très fine des lignes initiales du roman de Houellebecq, Extension du domaine de la lutte: «Vendredi soir, j’étais invité à une soirée.• Vous vous souvenez sans doute de cette soirée durant laquelle une jeune femme se met à nu, tout à coup, sans que cela provoque chez les autres fêtards la moindre réaction.Dans cette absence de réaction, le critique voit une absence de société.C’est là, dit-il, un des paradoxes fondamentaux de notre temps, celui d'une société qui ne s'est jamais tant nommée, mais qui en même temps se nie elle-même en faisant l’économie de la rencontre, de l’interaction.De même, Proguidis verra dans le grand roman de Richard Millet.La Gloire des Pythre, un effacement de la mémoire longue qui prive l’homme de ses dimensions essentielles.Lakis Proguidis croit au roman, parce que par son existence même, par le désir qui le fait naître, il porte la contradiction au cœur d’une telle société.Soit dit en passant, et sans insister indûment, il faut absolument lire La Gloire des Pythre.Ça se trouve en livre de poche.Palmarès Tu Le baromètre du livre au Québec 1 Essais Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER Intouchables r 5 2 Roman Qc GABRIELLE - Le goût du bonheur, T.1 V M LABERGE Boréal 54 3 Roman Ûc FL0RENÎ - Le goût du bonheur, t.3 AP M.LABERGE Boréal 9 4 Roman ROUGE BRÉSIL V - Prix Concourt 2001 - J.-C.RUFIN Gallimard 16 5 Roman Qc ADÉLAÏDE - Le goût du bonheur, T.2 V M LABERGE Boréal 38 6 Cuisine LE GUIDE DU VIN 2002 M PHANEUF L'Homme 5 ; ?Humour Qc LES CHRÉTIENNERIES, î, 2 P BEAUSOLEIL Intouchables 12 8 Humour Qc LES PERR0NISMES LANDRY / MORIN Intouchables 9 9 Essai Qc L'ANNÉE CHAPLEAU 2001 S.CHAPLEAU Boréal 6 10 Pratique LE GUIDE DE L'AUtO 2002 J.OUVAL/D DUQUET L'Homme 9 U BD LE LIVRE D'ASTÉRIX LE GAULOIS G0SCINNY/UDERZ0 Albert René 7 12 Cuisine LES SÉLECTIONS DU SOMMELIER 2002 F.CHARTIER Stanké 8 13 Roman OÙ ES-TU ?M LÉVY Robert Laffont 5 14 Sport COMMENT JE JOUE AU GOLF NP T.WOOD L'Homme 7 15 Humour Qc LES CHRÉTIENNERIES, T, 1 P.BEAUSOLEIL Intouchables 64 16 Roman Qc PUTAIN V N, ARCAN Seuil 15 ]7 Roman Qc L'HOMME QUI ENTENDAIT SIFFLER UNE BOUILLOIRE M.TREMBLAY Leméac 7 18 Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI AP (éd.broché) G.HALE Manise 139 ]9 Fantastique HARRY POTTER A L'ÉCOLE DES SORCIERS, T.1 AP J.K.ROWLING Gallimard ’ 107 20 Jeunesse CHANSONS DOUCES, CHANSONS TENDRES lüm A DC) H.MAJOR Fides 13 21 Polar LA CONSTANCE DU JARDINIER AP J.LE CARRÉ Seuil 9 22 BngrapbieQc L'IMPATIENT AP P, NADEAU Flammarion Qc 9 23 Polar Qc INSPECTEUR SPECTEUR ET LE CURÉ RÉ G.TASCHEREAU Intouchables 8 24 Cuisine SUSHIS EACILES AP COLLECTIF Marabout 81 25 Roman MAMIE DAN D.STEEL Pr de la Cité 7 26 Livre d'art HISTOIRE DU QUÉBEC AP J.LAC0URSIÈRE Henri Rivard 7 27 Biographie Qc RENÉ LÉVESQUE, T, 3 - L'espoir et le chagrin AP P, G0DIN Boréal 10 28 Roman LE DEMON ET MADEMOISELLE PRYM P.C0ELH0 Anne Carrière 34 n Santé DROGUES : SAVOIR PLUS.RISQUER MOINS COLLECTIF Stanké 4 B Sc.Fiction L'ULTIME SECRET B WERBER Albin Michel 4 B Polar CE SOIR LE VEILLERAI SUR TOI M»C HIGGWS-CIARK Albin Michel 3 32 BngrapbieQc AUTOUR DE DÊDÉ FORTIN J.BARBE Leméac 8 33 Biographie Il ÉTAIT MINUIT CINQ A BHOPAL AP LAPIERRE / M0R0 Robert Laffont 36 34 Arts LA COMMUNAUTÉ DE L'ANNEAU - Le livre du film J.FISHER Pré aux clercs 5 35 BngrapbieQc L'HISTOIRE DES MOESON (1780-2000) K.MOLSON L’Homme 6 36 BD ASTÉRIX ET LATRAVIATA A.UDERZ0 Albert René 39 37 Roman IA PART DE L'AUTRE AP E.-E.SCHMITT Albin Michel 13 38 B.D LE PETIT SPIR0U N° 10 - Tu comprendras quand tu seras grand ! T0ME/JANRY Dupuis 5 39 Cuisine TRUCS DE CUISINIERS AP LOISEAU / GILBERT Marabout 70 40 B.D THORGAL N° 26 - Le royaume sous le sable VAN HAMML'R0SWSN Lombard 4 41 Roman Qc MADAME PERFECTA A.MAILLET Leméac 9 42 Sc.Fiction J R, R, TOLKIEN C.Bourgois 477 43 Biographie Qc LANDRY - Le grand dérangeant M.VASÎEL L'Homme 7 44 1 Transport B.GAHER Les guides Moto.1 45 Biographie MADONNA | B.VICTOR Flammarion Qc 6 V : Coup de cœut RB ¦¦¦¦¦ : 1" semaine sur notre liste Nombre de semaines N.B Hors prescrits et scolaires depuis parution 24 librairies an Québec L ' SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et AGMV Marquis r Nk «er IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke Gide ne sort pas grandi du portrait que fait de lui Simon Leys ! ) R E S ^ ARCHIVES LE DEVOIR Gaston Miron seul dans la ville.i»' t "A -,«¦ MIRON Le recueil comprendra une quarantaine de poèmes, quelques-uns entièrement inédits SUITE DE LA PAGE D 1 Les poèmes reproduits ici font partie d’un recueil à paraître l’an prochain dans une édition que je signerai avec Pierre Nepveu, spécialiste et préfacier de L’Homme rapaillé.Le recueil comprendra une quarantaine de poèmes, quelques-uns entièrement inédits, comme Budapest 1956 (Bulletin), mais pour la plupart déjà publiés en revues comme Naissance et mort de l’amour (Uberté, avril 1983) ou dans des anthologies comme Rome (Québec vivant, anthologie réalisée par Frédérique-Jacques Temple, Sud «Domaine étranger», 1986) mais jamais encore réunis en recueil par l’auteur.Des notes regroupées en fin de volume permettront de situer chacun des poèmes dans son histoire propre.Ce travail de recherche et d’édition s’inscrit dans le cadre d’un projet universitaire subventionné par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH).D’autres publications sont également en vue: recueil de proses diverses, recueil d’entretiens, etc.La présence de ces trois «inédits» dans les pages du Devoir, cinq ans après la mort du poète, permet de Budapest 1956 (Bulletin) durant ces dix secondes soudaines (la fiimée de la première cigarette l’amertume du café) la voix qu’on n’écoute déjà plus, parce que la mémoire savait déjà la tête de l’humanité a blanchi cette nuit je n’entendrai jamais plus le roucoulement, Imre Nagy, de la colombe dans tes yeux (1956) Rome Lorsque je suis à Rome, de tout temps je vois déambuler Monsieur Jannini A Rome, chacun est dans son siècle qui sur sa place devant sa fontaine qui en son église devant son tableau chacun passe son temps dans le temps De même, à Rome, je ne quitte pas, mais d’un pas, mon frère ancien, Le Caravage (1986) rappeler que l’édition en revue a été pour Gaston Miron le mode privilégié de la diffusion de ses poèmes et lui a très souvent fourni l’occasion de les éprouver et d’en corriger, selon son expression, «les vers en souffrance».La très grande majorité des poèmes de L’Homme rapaillé ont d’abord paru dans des revues (Amérique française.Liberté, etc.) et des journaux, notamment dans le journal Le Devoir au cours des années 50 et 60.Publier ces poèmes aujourd’hui équivaut donc à prolonger une façon de faire privilégiée par l’auteur lui-même et, qui sait, peut-être contribuer à relancer celle-ci au profit des jeunes poètes d’aujourd’hui.Ce que Miron le poète, ce que Miron l’animateur aurait très certainement souhaité.Ne pas être seul, ne pas s’absenter, mais être avec tous sur la ligne de risque de l’œuvre à faire et de la vie.Marie-Andrée Beaudet a été la compagne de Gaston Miron et est professeur au département des littératures de l’Université Laval.On lui doit l’édition de L’Homme rapaillé dans la collection «Poésie» de Gallimard.Naissance et mort de Vamour J’ai cru connaître enfin de toujours le nom de la femme en dedans de moi ue j’ai rencontrée un Noël à jamais ans sa maison en fête par le destin je n’ai pas su revenir de cette fois ni de l’inexplicable ni de l’éternité je tiens d’elle qu’elle m’aime autant dans l’indécision de son cœur ainsi parce que je ne connais toujours pas le nom de la femme en dedans de moi ue j’ai rencontrée de jadis à jamais ans le labyrinthe aimanté du destin je ne suis plus revenu de cette fois ni de l’inconsolable ni de l’éternité j’ai mal d’elle que j’aime sans savoir dans l’égarement des années à l’oubli forclos aujourd’hui de ma chance hier j’erre devant moi où rien n’a de sens partout sa pensée m’emporte ailleurs je n’ai plus jamais été le même dit-on je serai mort pour de vrai de longtemps avant qu’un jour de mourir pour de bon .je manque au temps je meurs du temps tout absent de ce qui en moi s’est tu (1983) Vivre à DAVID CANTIN Lorsqu’on pense au cloître, un rapport au silence et à la contemplation, vécu par une communauté de chrétiens, traverse immédiatement l’esprit Toutefois, au sens strict, il s’agit également d’un terme d’architecture.Comme le souligne Véronique Bouchon Mouilleron, il s’agit A’«une cour fermée par un mur de l’église et des bâtiments résidentiels, et entourée de galeries ouvertes à arcades qui ouvrent sur l’aire centrale».Dans cet ouvrage qui a pour titre Cloîtres.Jardins de prières, l’auteure propose une véritable leçon d’architecture et de sculpture.D est utile de savoir que ce livre possède deux versants.D’abord une présentation, plutôt formelle, qui laisse ensuite toute la place au parcours photographique.Parfois aride, il faut constamment se promener d’une section à l’autre afin de bien comprendre les nuances.Un tel choix pourra en rebuter SPIRITUALITÉ récart du quelques-uns.Toutefois, Cloîtres.Jardins de prières a l’avantage de se concentrer essentiellement sur l’aspect métaphorique de la vie monacale.En gros, on traverse plus de sept cents ans d’histoire architecturale.On va de l’époque préromane à l’àge de l’art roman, des lignes flamboyantes du gothique aux styles mudéjar ou ma nuélin.Sans trop entrer dans les détails, on parle des multiples fonctions de ce véritable espace convivial.On insiste sur les aspects fonctionnels, l’emplacement les règles et ce qui différencie l’apparence de la réalité.Bien sûr, l’aspect esthétique joue un rôle prépondérant dans cette présentation.Véronique Bouchon Mouilleron explique l’esprit des décors, les ornements, tout comme cette nature sublimée qui s'élance dans une pareille allégorie.D'une certaine faon, l’auteur parle du cloître comme ce livre qu’on ouvre et qu’on apprivoise peu à peu.D est évidemment beau- monde coup question des résonances symlxfiiques des formes, mais aussi d'un lien primordial face au temps: «Parmi les mille fonctions du cloître, le voici devenu une horloge de pierre.Ses fenêtres et ses colonnes fonctionnent comme les repères du passage des heures.Ses chapiteaux inscrivent dans la pierre la mémoire des jours et des heures.Derrière la discontinuité et la multiplicité thématique des sculptures, on peut voir les implications cohérentes d’une utilisation empirique de l’espace régulier.» De plus, un portfolio thématique permet de mieux suivre la richesse, les contrastes et l’aura qui entoure ce phénomène artistique du Moyen Age occidental.CLOÎTRES.JARDINS DE PRIÈRES Véronique Bouchon Mouilleron Photographies de Daniel Faure Flammarion Paris, 2000,190 pages 1 LE DEVOIR.LES SAMEDI ¦> o ET DI M A \ l II E 2 A D E C E M B R E 2 O O 1 i) -«*¦ Livres ••- LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Un Werther moderne CATHERINE MORENCY Dans un Montréal multiculturel et pourtant cloisonné de toutes parts évolue Jeremy, professeur de philosophie desabusé et héros de Captif, de roses enchaîné, de Jeffrey Moore.Empruntant un ton qui rappelle Jean Genet dans Journal du voleur, le narrateur décrit sans pudeur son ascension dans le vice et l’obsession, suivant un parcours initiatique pavé de mensonges, de femmes et d’œuvres littéraires.Un premier roman nourrit la curiosité en lui offrant de pénétrer dans un espace vierge, un no man’s land fictionnel.Moore, dans cette géographie littéraire, ne craint pas le vide, tirant sans pudeur les ficelles d’un univers incongru mais pourtant humain.Oscillant entre un naturalisme critique et une forme un peu déconcertante de romantisme outran-cier, l’auteur impose un style hybride, où l’autodérision et l’ironie posent les bases de la comédie qu’est Captif.Car si le récit JACQUES GRENIER LE DEVOIR Jeffrey Moore prend des airs de drame, ce n’est que pour mieux duper le lecteur, avant que la rencontre intime avec Jeremy ne le mette sur la piste de l’imposture.En effet, et c’est probablement sur cet aspect que s’appuie l’ori- ginalité de l’œuvre, Jeremy est un antihéros romantique, qui se retrouve, par une ruse de l'auteur, perdu dans un dédale amoureux et existentiel, d'où il tente de s'extirper grâce au secours de la littérature, entreprise qui s’avère plus que chaotique.Bien qu’il possède tous les traits d’un jeune Werther moderne, rêveur, naïf, hypersensible et geignard, Jeremy échoue dans son rôle de héros, faisant aussi dans le mensonge, le plagiat, la paresse et la maladresse absolue.«Je me traînai jusqu'au lit et restai couché dans le noir, les yeux ouverts, craignant de perdre la raison, jusqu’à ce que le trafic automobile du matin me berce et m'endorme.Je rêvai que jetais un article d'encyclopédie: DAVENANT (Jeremy).Synonyme d'imbécile.Voir CRÉTIN.* Contre tous Cette auto-ironie est accrue par le tempérament iconoclaste du narrateur, qui, révolté contre tout ce qui rime avec société (à l’exception de Milena, objet pathologique d'un amour marginal).n'hésite pas à faire le procès de chacune des instances qui l'entourent.Ainsi, les universitaires.dont il fait vaguement (et non sans dégoût) partie, les journalistes (qu'il écorche sans scrupule), les branchés et les gauchistes de Montréal en prennent pour leur rhume.Mais dès qu’on croit deviner chez Jeremy un soupçon d’assurance, ce dernier se censure: tous les griefs qu’il entretient envers autrui ne s'incarnent que dans son for intérieur et demeurent de l’ordre du fantasme.Bien qu’il rêve de s'élo ver au-dessus de la masse pour défendre ses idees ou celle qu'il aime, le héros, un raté (comme il se décrit lui-même), bégaye, tâtonne, hésite, et conclut chaque entreprise révolutionnaire par un silence frustré.«Comme j'aurais aimé avoir dit moi-même à Hax-by d’aller se faire foutre.Bon sang! Je le lui aurais dit, j’en étais presque certain.Si j’avais eu assez de temps, je me serais ap- proché de lui et lui aurais dit d'aller se .faire foutre.tout de go.Ou je lui aurais téléphoné.U lui au rais télécopié.Lui aurais laisse un message.Merde.* Dans cet univers d'entreprises avortées, Jeremy évolue (ou plu tôt stagne) entre onirisme et réalité, confondant ses épisodes névrotiques avec les qioments réels de sa déchéance.A ce récit bâti en trompe-l’œil vient se greffer une obsession, la littérature, qui semble être le point de départ de l'histoire et son fil conducteur.Dès le premier chapitre, on apprend que la lecture d’une page de A Yorkshire Tragedy, drame peu connu de Shakespeare, a changé le cours de l’existence de Jeremy lorsqu'il était encore enfant.Cette «Page» devient non seulement le mantra du jeune homme, mais aussi sa boussole.Le vulgaire bout de papier acquiert une réelle humanité aux yeux de son disciple naïf, qui accorde ses moindres gestes aux révélations qu'il croit issues de la plume du barde élisabéthain.ce dernier devenant son maître incontesté.Voilà le prétexté idéal pour Jeremy.Faute d’audace, il laissera ce «bon vieux Will» orchestrer ses propres déboires: bourdes amoureuses, croche-pieds administratifs, impostures sociales, tout y passe, et Jeremy finira presque par mettre le mon de à sa main.Moore gagne ainsi le pari du roman à tiroirs, mettant à profit une écriture hachée, trouble, dynamique.11 propose des pistes de réponse à la question «qu'est-ce qu'un héros moderne?» et se situe parmi les quelques intellectuels contemporains qui osent admettre le rôle de la faiblesse comme mécanisme naturel et créateur chez l’homme.CAPTIF, DE ROSES ENCHAÎNÉ Jeffrey Moore Traduit de l’anglais par lv;m Steenhout 1 es Editions de la Pleine 1 Aine Montréal, 2001,468 liages ROMAN S O U V E N 1RS Uamour, la vie et le deuil SOPHIE POULIOT Difficile de vieillir.Surtout lorsque tout ce qui constituait les piliers d’une existence disparaît Une femme perd son compagnon puis, un à un, ses enfants qui s'en vont mener leur propre vie.Même son corps, sa santé, lui fait faux bond.Seule, souffrante, n'ayant comme emploi du temps que d’analyser toutes les facettes de sa douleur, la dame offrira un solo touchant et intelligent, quoique non exempt de complaisance.La romancière et dramaturge AblaFarhoud (Quand j’étais grande, Le bonheur a la queue glissante, Maudite Machine, etc.) s’intéresse à l’univers des femmes qui se donnent corps et âme à l’amour et à la famille.Que font ces grandes amoureuses lorsque le mari préfère d’autres bras et que les enfants quittent le nid familial?Elles souffrent.Telle est précisément la situation de l’héroïne et narratrice de Splendide solitude — la narration alterne entre la première et la troisième personne, tentative de distanciation d’une analyste trop impliquée dans sa propre peine pour la disséquer froidement Au passage, plusieurs réflexion^ intéressantes seront formulées.A titre d’exemple, Faroud évoque la pudeur du pianiste qui, en dehors du concert à proprement parler, cesse de jouer aussitôt qu’il s’aperçoit qu’on l’écoute.Observation très juste.De la même façon, l’au-teure se montre fine psychologue lorsqu'elle soutient que les querelles entourant souvent le divorce ont la vertu non négligeable d’aider à couper le cordon qui relie toujours les anciens amoureux.Et que dire de ce couple de parents à l’amour idéalisé, morts trop tôt, avant que la vie ne se soit chargée d’en montrer ou non la pérennité Néanmoins, plus encore que toutes ces fines réflexions, le principal intérêt du roman de Farhoud réside en son questionnement quant aux véritables fins de la vie.Vit-on pour s’illustrer, pour aimer, pour aider d’autres personnes, pour accomplir certaines choses?Pourquoi vit-on?Doit-il y avoir une raison?Pour être heureux?Est-ce suffisant Et comment définit-on le bonheur?La réussite sociale, voire professionnelle, fait-elle indissociablement partie du bonheur?Ne peut-on qu’être, exister, ou faut-il absolument faire, réaliser et accomplir quoi que ce soit à tout prix?Et les accomplissements privés comptent-ils autant que ceux publics?N’y a-t-il que les femmes pour se contenter de succès d’ordre privé?Des battantes Dans son questionnement existentiel, l'héroïne enviera bien sûr ses amies, artistes, journalistes ou gestionnaires, toutes adeptes du culte contemporain de la performance.Elles réalisent des choses, elles sont toujours débordées, trop occupée pour avoir le temps de réfléchir.Chanceuses que voilà! Elles ont rapidement fait le deuil du mari qui les a quittées.Elles ont des amants, des rendez-vous, un emploi du temps impossible, ne sont jamais tristes.Car en plus du bonheur, de la vie et de l'amour, sujets de faille s’il en est, l’auteure aborde aussi la question du deuil et de la mort, au sens large du terme.Encore une fois, elle pose un regard juste sur ce que signifie le deuil, sur ce qu’il implique et sur sa nécessité.Là où le lecteur laissera peut-être tomber, et bien que le fait soit sans doute exact sur le plan psychanalytique, c’est lorsque, presque en fin de récit, l’héroïne décrétera que toute sa vie a été occupée à combler le vide intérieur laissé par le sou travail de deuil non accompli, suivant la mort de ses parents.Tant mieux, si cette conclusion aide le personnage à surmonter son mal de vivre, mais après tant de finesse, fallait-il une conclusion aussi grossière?Petite maladresse ou suite inéluctable du récit des jours d’une bourgeoise n’ayant rien d’autre à faire que de ressasser sa peine?Préférons la première hypothèse et gardons-nous de jeter le bébé avec l'eau du bain.Le dernier roman d’Abla Farhoud regorge d’observations justes, en plus de semer quelques pistes de réflexions existentielles intéressantes, et le tout est rédigé avec une indéniable poésie.Tout cela vaut sans doute son pesant d’or.SPLENDIDE SOLITUDE Abla Farhoud Edition de L’Hexagone Montréal, 2001,196 pages Eloge de la vie chaste DAVID CANTIN En raison de son titre, certains hésiteront peut-être avant d’ouvrir cette volumineuse Histoire universelle de la chasteté et du célibat que signe l’Ontarienne Elizabeth Abbott.Dommage, puisqu’on apprend beaucoup dans cette œuvre ambitieqse qui se lit comme un roman.A une époque des plus permissives, qui oserait promouvoir les vertus de l’abstinence sexuelle?En fait, ce document ne cherche d’aucune manière à convertir, mais consiste plutôt à décrire et à interpréter le plus grand nombre possible d’expériences du célibat Une étude sérieuse où l’on découvre une autre facette de l’histoire humaine.D’abord paru en anglais en 1999, cet ouvrage propose au lecteur une étonnante vulgarisation sur un sujet à première vue peu inspirant.Pour Elizabeth Abbott, «la continence, ou chasteté, consiste à s'abstenir de relations sexuelles, volontairement ou sous la contrainte.pour une période arrêtée ou indéterminée*.C’est à partir de cette définition que l’historienne, égale ment écrivaine, explore le mode de vie, aussi troublant que complexe, d’hommes et de femmes continents dans le monde entier.Des mots tels que chasteté, célibat sexuel, continence et virginité reviendront donc, sans cesse, d’un chapitre à l’autre.De plus, si la continence est au centre du christianisme, c’est en T 3** JOHN LO PER Elizabeth Abbott grande partie grâce à cet enfant divin né miraculeusement d’une mère humaine et vierge.Toutefois, Abbott ne privilégie guère qu’une optique chrétienne dans son histoire.Elle puise ses exemples chez les jeunes et les vieux, en passant par les castrats ou même les prisonniers, les athlètes ou encore les chamans.Plutôt que de suivre un ordre chronologique précis, cette histoire montre les différentes perspectives par rapport à la chasteté.Cela va du courage des Mères du désert aux béguines médiévales qui refuseront les contraintes du couvent d’ambitieuses abbesses à la première sainte iroquoise Kate-ri Tekakwitha.L’auteure traite aussi des vertus énergétiques attribuées au sperme, de la chasteté dans le monde secret de l’occultisme ou à travers la littérature en général.On pense ici à Milton, qui considérait la chasteté comme la vertu ultime, à la conversion de Tolstoï ou à l’aspect moral du roman de John Irving intitulé Le Monde selon Garp.Elizabeth Abbott traite, du coup, de certains aspects de la vie de grandes figures emblématiques tels Jeanne d’Arc, Léonard de Vinci, Isaac Newton et Gandhi.Ces noms bien connus se mêlent à d’autres plutôt anonymes issus du christianisme primitif jusqu’à nos jours.L’auteure ne se gêne pas aussi pour s’opposer au célibat chez les prêtres, de même qu’à certains mouvements améri-cains de droite comme True Love Waits.Provocante à l’occasion, cette Histoire universelle de la chasteté et du célibat prône finalement une liberté de choix en matière de chasteté plutôt qu’une obligation ardue.HISTOIRE UNIVERSELLE DE LA CHASTETÉ ET DU CÉLIBAT Elizabeth Abbott Traduit de l’anglais par Paule Noyart Editions Fides Montréal, 2001,620 pages Et Jasmin est heureux LOUIS CORNELLIER Sacré Jasmin! J’ai lu tant de ses livres, surtout les plus récents, que je crains toujours la répétition au moment d'ouvrir son nouvel envoi.annuel.Et, oui, l’écrivain compulsif se répète, reprend parfois la même anecdote pour la troisième ou quatrième fois, mais jamais il n'ennuie.On entre dans ses livres comme chez un vieil ami qui, sans nous surprendre parce qu’il ne change pas, nous enchante toujours.Cette fois-ci, sous une couverture baveuse, plutôt vulgaire, que l’artiste en lui aurait dû refuser.Jasmin revêt ses habits de portraitiste enjoué au style populaire farouchement efficace.«Livre de joie», «livre de la gratitude», Je vous dis merci regroupe en effet 38 portraits d’hommes, de femmes ou d’enfants qui ont enrichi et égayé l’exis fence de ce boulimique de la vie.Ce sont, d'abord, des membres de sa famille (père, mère, sœurs, enfants, petits-enfants, conjointes) mais aussi des amis (Ubaldo Fasa-no), des collègues ou patrons (Pierre Péladeau, Alain Stanké, Paul Buissonneau, Guy Fournier), des acteurs et actrices, d’anciens professeurs, des mentors (André D’Allemagne) et des amoureuses de jeunesse.Ic Jasmin intime, celui qui a toujours su s’abandonner au plaisir de se livrer, leur rend ici hommage avec sa fougue coutumière.Ultrasensible, le bonhomme n’es.t toutefois jamais larmoyant A cet égard, les pages qu’il consacre à ses parents (dont il se souvient, pauvre innocent, avoir déjà eu hpnte), à sa sœur Marielle, à sa fille Eliane et à son ami décédé Fasano apparaissent comme les moments les plus émouvants de ce livre de la reconnaissance.Olivieri Ü I i b r a i r i e ?b i s t r o ÊÊ WmL Æm UN BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tél.: 51W39-3639 Fax : 514.739.3630 service^librairieolivieri.com Ecrivain naturel, Jasmin possède cette rare qualité littéraire qu'on appelle la sincérité.Sa prose est parfois un peu rugueuse aux entournures, mais elle ne sonne jamais faux, dans l’hommage comme dans la polémique.Ici.par exemple, le ferrailleur s’en prend sans détour à Gilles Marcotte, remercié par ailleurs, qui l’a «rayé de la liste des auteurs vivants* depuis 1965, et aux artistes subventionnés, ces «téteux de l’argent public, celui des travailleurs qui, eux, ne nous demandent rien».le* bonheur, c’est clair, ne transformera pas la grande gueule en vieux flagorneur.Tant mieux.JE VOUS DIS MERCI Claude Jasmin Editions Stanké Montréal, 2001,272 pages l'MII ÉDITIONS DU ROCHER VIENT DE PARAÎTRE M A R I O I> O L E T T I RASSENS l'ami S O U V R N I R s, An e c » O I K s .C O N V K RSA T IONS L I K R I I h X 1 O N N (U £ CL s s s l-N IN CÛ (O d’amitié que Brassens a laissé à son ami Mario Poletti : des centaines de documents, manuscrits, photographies, notes, dédicaces et, bien sur, des anecdotes de leur vécu.M inédit leuwéitlw Album consacré aux témoignages ïïrSi ( .fitrgr' V-jpr ' 1 «.4»» À cela s'ajoute un CD pour nous faire partager les émotions de la création de la plus célèbre chanson du répertoire de Brassens, Les copains d'abord.L'auteur, Mario Poletti a rencontré Brassens en 1957 à l’Alhambra de Paris.Vingt ans apres la disparition de cet ami, Poletti décide qu’il est temps pour lui de témoigner de cette grande amitié et de partager avec le public tous ces trésors qu’il a conservé de son ami Brassens.Communications XfÊf Jo Ann Champagne Ul KllltUKS 1 K l> E V 0 I R .L E S S A M E D I 2 2 ET I) I M A N (HE 23 D É C E M B K E 2 0 (J I I) 4 «• Livres ESSAIS QUÉBÉCOIS La nation entre la culture et le politique Ceux qui n’ont pas eu le temps ou le courage de suivre le foisonnant débat sur l’identité québécoise qui occupe intellectuels et universitaires depuis 1995 ont maintenant la chance de se reprendre grâce a la belle synthèse qu'en offre la jeune politologue Geneviève Mathieu dans Qui est Québécois?.L’analyse contenue dans ce bref ouvrage est si fine, si pointue et si détaillée qu’il ne saurait être question de la résumer sans la trahir, mais on peut au moins en indiquer les grandes lignes afin de faire ressortir la pertinence du projet Dans ce débat, c’est surtout aux souverainistes qu’incombe le fardeau de la preuve puisque ce sont eux qui proposent une rupture avec l’ordre existant Jusqu’à il y a peu, affirme Geneviève Mathieu, le modèle de la nation culturelle de Fernand Dumont ralliait le gros des troupes nationalistes.Fondé sur une magistrale lecture sociologique de l’histoire du Québec, ce modèle distingue les concepts de nationalité et de citoyenneté et attribue au sujet politique unitaire français la mission de perdurer dans l’histoire dans la fidélité à la culture qui l’a construit.Pour Dumont, le Québec n’est donc pas une nation, mais une communauté politique plurinationale qui a besoin d'im|x> ser une culture de convergence française, de langue et de mémoire, afin d’assurer l’épanouissement de la seule nation française d’Amérique.Dans le contexte des années 1990, où l’on assiste à une sorte de sacralisation du concept de pluralité et au recul de la référence identitaire nationale particulière devant ces «principes universels» que sont les droits individuels et la démocratie procédurale, le modèle dumontien entre en crise: «Le sujet unitaire appelait une nation culturelle, le sujet éclaté, lui, appelle une nation politique.» Pour les souverainistes, le défi est de taille puisqu’il exige de relativiser la référence culturelle qui, jusque-là, donnait sens à leur projet et qui apparaît maintenant inconciliable avec le devoir de respect de la pluralité, tout en maintenant la pertinence (le leur option.A partir de ce point de vue fondamental, Geneviève Mathieu analyse ce qu’elle désigne comme «les propositions de rechange au modèle dumontien».Son parcours, qui l’amène à visiter les variantes du concept de culture publique commune (Beauchemin, Caldwell et Harvey), le modèle abstrait de patriotisme constitutionnel (version Bariteau) et le modèle de la nation socio-politique proposé par Michel Seymour, se conclut par une adhésion critique au modèle de la nation québécoise «comme jrancophonie nord-américaine» développé par Gérard Bouchard.Fondé, comme celui de Dumont, sur une lecture cohérente de toute l’histoire du Québec, ce modèle mériterait d’être retenu parce qu’il permet d’ouvrir le cercle de la nation au-delà des Canadiens français, «sans pour autant dénaturer ou renier le vécu du groupe majoritai- re», puisqu’il se fonde sur la maîtrise de la langue française et sur une mémoire collective revisitée, mais non trahie, pour définir la nation québécoise.Serge Cantin et Jocelyn Létourneau, toutefois, ne l’entendent pas ainsi et Geneviève Mathieu a l’honnêteté d’offrir un aperçu de leurs critiques plutôt sévères.Pour le premier, la «vision instrumentale de la langue française» véhiculée par Bouchard déracine cette langue et s’apparente a un opportuniste abandon de la charge de mémoire qu’elle contient et qui donne sens au projet souverainiste.Pour le second, la lecture bouchardienne est entachée d’un postulat souverainiste fataliste qui confine à la propagande.Le jugement de Létourneau, résumé ici par Mathieu, fait mal parce qu’il conteste la scientificité même des travaux de Bouchard: «Ainsi, les historiens nationalistes ne seraient pas entièrement au service du progrès de leur science, mais plutôt à la solde d’un projet politique.» Geneviève Mathieu ne se formalise pas de cette présence de l’idéologie dans ce débat dTiistoriernwociologues puisqu’elle postule, en s’appuyant sur Bourdieu, le caractère inévitable du phénomène.A son avis, «le concept de nation n’est pas un concept analytique, mais un concept pratique», et cela entraîne nécessairement ceux qui s’attachent à le définir dans le champ de la pratique politique.Parce que, dit-elle, «les logiques scientifique et politique ne sont pas dissociées», il faut donc accepter que «l’exercice théorique de redéfinition de la nation a pour objectif de réorienter le mouvement souverainiste» et, en ce sens, la critique épistémologique et fédéralisante de Létourneau n’échappe pas plus que les autres à cette logique de concurrence.Ces nouveaux débats théoriques et idéologiques sur le passé et l’avenir de la nation québécoise sont loin d’être terminés parce qu’ils dépassent en complexité et en raffinement les anciens paradigmes qu’ils souhaitent remplacer.Aussi, il faut saluer la parution de cette excellente synthèse qui trace, malgré son parti pris bouchardien, un honnête portrait d’ensemble de cette riche production intellectuelle et qui nous aide à démêler les enjeux fondamentaux de ces discussions.Capable de rester claire et juste à travers les distinguos les plus subtils et les nuances les plus délicates qu’exige un tel travail, Geneviève Mathieu remplit à merveille son rôle d’éclaireur universitaire.louiscornellierÇàiparroinfo.net QUI EST QUÉBÉCOIS?Synthèse du débat sur la redéfinition DE LA NATION Geneviève Mathieu Editions VUB Montréal, 2001,144 pages Louis Cornellier ï"; .# -1 .# ARCHIVES LE DEVOIR La rete nationale des Québécois.Le modèle de nation développé par Gérard Bouchard permet d ouvrir le cercle de la nation au-delà des Canadiens français, «sans pour autant dénaturer ou renier le vécu du groupe majoritaire».MUSIQUE Renouveler la biographie musicale ESSAIS Dire Lexpérience psychanalytique FRANÇOIS TOUSIC NANT Dans une collection dirigée par Rémy Strieker, on s’attend à des ouvrages qui s’attachent à cette nouvelle tendance de l’hagiographie des musiciens qui passe davantage par la psycho-biographie que par une églogue ramassée en chapelet de chefs-d’œuvre à l’usage des bien-pensants.Mais attention: s’il s’agit ici de passer l’œuvre d’un auteur au prisme des circonstances sociologiques et biographiques, on ne fait pas pour autant dans la psychologie 101.En effet, on tente plus de poser des questions, de montrer des parallèles, tout en gardant comme toile de fond ce qui importe davantage, à savoir la musique qui vit par le style d’un auteur.Commençons par le cas Verdi.Curieux de découvrir, au fil des pages, comment la vie de l’homme peut se voir comme parallèle à celle des héros qu’il choisit.Jusque-là, ce serait au plus légèrement original.Là où l’ouvrage décolle vraiment, c’est à l’endroit précis où le commentaire entre dans la manière dont Verdi a fait évoluer l’opéra.Comment, de machine à composer selon des recettes à améliorer, Verdi impose une nouvelle manière de faire.Pour mettre en brèche te royaume des imprésarios, Verdi fait tout pour être seul maître d’œuvre des représentations de ses opéras.En plus, l’auteur démontre, ne serait-ce que par les titres des opéras, comment Verdi a su briser la suprématie des prima donna.Face aux Lucia, Unda, Norma, Sémira-mide et cie de ses prédécesseurs, il impose des Nabucco, Attila, Ober-to, Macbeth, Don Carlo, Rigoletto, sans omettre Otello et Falstaff.Verdi se définit comme homme de théâtre.Emmanuel Reibel nous montre que, si la scène et ses artifices sont la manifestation publique, la vraie scène, pour cet artiste, est celle qu’il se construit pour vivre.Le meilleur théâtre de Verdi, c’est sa vie, comment il la manipule, la transforme, bref fait de son ego le parangon du héros verdien.Processus d’identification, de transfert, jalousie de l’intimité, tout cela est démonté comme une horloge suisse.Mieux encore, on voit comment Verdi fut, malgré lui, pris dans l’engrenage du Risorgimento.Comment le public, plus que l’auteur, s’est reconnu dans les livrets et le rôle du chœur à une époque où faire rimereltalia» avec «libertà» assure une levée de bravos.DEM SSY À l’exact opposé, les rapports entre lui et Wagner reçoivent un nouvel éclairage.Différence entre le praticien et le théoricien, l’intuitif et le philosophe, le poète et le rimailleur, qui n’ont qu'un seul but: toucher le public.Malgré le refus des «méthodes» wagnériennes.Verdi n’y reste pas insensible, en bon témoin du romantisme, loii qui trouve Wagner trop long (rares sont ses ouvrages qui dépassent deux heures, le temps d’un acte wagnérien), il cherche la même unité, abhorre la division en numéros, airs, duos et chœurs.Par contre, il recherche la crédibilité contemporaine plutôt que le symbole mythologique.Peu importent ces méandres, la vérité de l’homme pointe, tin-tier, fier, véritable artiste indépendant.On découvre un homme à la fois dur, très dur, et humain, un propriétaire terrien doublé d’un homme au sens du théâtre parfois mal dégrossi, mais redoutablement efficace.De la nuance Hélène Cao s’intéresse au cas Debussy.Intéressant parallèle à faire entre ces deux ouvrages consacrés à des compositeurs qui ont fui des origines modestes pour s’insérer dans une société plus noble et financièrement aisée (là où Verdi réussit, Debussy échoue lamentablement).Difficile de porter un regard «objectif» sur ce musicien et son œuvre.Voilà le premier constat de Cao: le goût fait le génie de Debussy, une notion aussi indéfinissable qu’immédiatement ressentie par l'auditeur le moindrement éclairé.On suit ici, petit à petit, comment Debussy, rebelle de nature à tout académisme, s'est formé à l’aune du symbolisme.Tenant de l'esthétique impressionniste, vous en prendrez pour votre rhume: Debussy est le pur fruit du romantisme qui s'ouvre sur l'ailleurs, sur la modernité des correspondances baudelairiennes, rejetant en bloc l’étiquette impressionniste.En cela — et l’auteur ne fait malheureusement que glisser là-dessus —, il est l’héritier du tout premier romantisme révolutionnaire, cherchant l'inspiration dans la littérature, certes, et, à l’instar de cette génération, revendiquant un statut privilégié pour la totalité de la perception musicale.Suggérer pour faire comprendre, plus que décrire pour dire.Avec comme toile de fond l’incontournable Pelléas et Mélisande, l’auteur met en ruine les préjugés, ouvre des portes, résume toute une esthétique et ses contradictions.On comprend entre les lignes que Debussy, mal lettré malgré une solide accointance littéraire.use de l’improbable image pour arriver à ses fins.C’est-à-dire réinventer la musique hors des normes de la tradition.Ce en quoi Debussy reprend son titre de père de la musique post-tonale, qu’on a pu dire moderne, contemporaine ou d’aujourd’hui.Surtout, l’ouvrage fait comprendre les ressorts de l’indépendance artistique intelligente, animée par une aspiration profondément personnelle et sensuelle, dont l’alter ego imaginaire, Monsieur Croche, est le plus fier garant, montrant le Debussy critique musical qui éclaire les buts poursuivis par l’artiste.Comme c'est presque toujours le cas dans cette collection, il s’agit d'ouvrages de (très) jeunes musico-logues.Intérêt supplémentaire donc, qui montre que la relève, en ce domaine, est plus que fortement assurée, hors des papiers «théoriques» à l'américaine et des exégèses stérilement savantes d’auteurs qui friment en flirtant uniquement avec la méthode.Vous voulez vous passionner pour la musicologie, voilà une collection qui vous offre une merveilleuse porte d’entrée (à ne pas confondre avec aboutissement accompli).VERDI Emmanuel Reibel Editions Jean-Paul Gisserot, coïï.«Pour la musique» Paris, 2001,126 pages DEBUSSY Hélène Cao Editions Jean-Paul Gisserot, coll.«Pour la musique» Paris, 2001,126 pages MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Parler de la psychanalyse, alors qu’elle est entreprise de parole et expérience psychique et relationnelle d’une singularité extrê-ijte, est difficile, périlleux même.A la périphérie de l’art, de la science et de la littérature, elle fascine, intrigue et rebute.Ceux qui tentent d’en parler la voient souvent bondir et s’échapper hors des filets que leur discours tisse.Et puis, est-ce possible de parler de la psychanalyse, du psychanalyste, comme s’il s'agissait d’un corps unique, d'un corps unifié dont on pourrait saisir et dire l’essence?Deux essais, à l’opposé l’un de l’autre, s’y sont frottés.D'abord le discours savant, celui de Simon Harel, universitaire et psychanalyste, qui lie psychanalyse et littérature dans l'inquiétude que toutes deux installent dans le trop grand confort de la pensée rassurante et rassurée.Son travail se situe, loin de la métapsychologie, dans une tentative de donner une autre forme à la métaphore freudienne de l'archéologie.Celle-ci, décrivant l’inconscient comme le lieu d’inscription des traces infantiles, définirait la cure psychanalytique comme une longue recherche des souvenirs enfouis et une remontée vers le conscient, prise de possession d’un passé jusqu’alors ignoré et refoulé.Ici, Simon Harel, partant du monde de la littérature dont il est issu, orchestre une longue étude sur la structure et la notion de récit en psychanalyse.Le titre suggérait la voix; le travail s'orientera vers le contenu de la voix, vers ce qui se dit dans la cure.Fable, histoire, récit l’univers de la narration est inventorié, décortiqué, analysé.Se raconter, se taire, s’écrire, se lire et s’interpréter: l’oralité de la parole devient ici un texte.Tout en affirmant «Le récit en analyse est bousculé, heurté.L’acte énoncia-tifqui précède la narration, qui en figure d'une certaine manière l'ombre parlée, s'épuise à dire la fragile transmission du récit sur soi», le long travail de Simon Harel cherche à saisir les conditions de production, le comment de l’énonciation du discours des coauteurs que sont l’analysant et l’analyste.Paul Ricœur, Roy Schafer, Peter Brooks, Wilfred Bien et Jacques Lacan serviront de guides.La où la littérature sera convoquée, Michel Leiris, surtout, prêtera ses mots et ses images.Les propos de Harel s’enroulent beaucoup sur eux-mêmes, de façon savante, hermétique, répétitive.Ce n’est pas tant une réticence devant la psychanalyse appliquée à un autre champ qu’à celui de la cure qui entrave la lecture, ce serait plutôt une résistance devant une telle mise à plat, en schèmes, en scansion, en sanction narrative, en phrases élégantes, en mots recherchés de ce qui serait devenu la matière même de l’analyse et la passion herméneutique de l’analyste.Mots enfouis, paroles refoulées, énoncés secrets «La psychanalyse ne cesse d’évoquer l’enjeu complexe du récit dans la prise de la parole dont l’inconscient est la source.(.,.) La psychanalyse n’est pas un récit [.] La psychanalyse n’est d’aucune manière la codification narrative qu'impose le récit.» De l’intérieur, le lecteur psychanalyste ne reconnaîtrait pas grand-chose de sa clinique, de son écoute, ni de l'ouverture vers l’élaboration et la liberté psychique.Mais le faudrait-il?L’intérêt de ce travail s’adresse peut-être à ceux qui, de l’extérieur, voudraient «comparer» littérature et psychanalyse, les récits, les formes narratives, les temporalités discursives, les pôles d’énonciation.Là où le lecteur tirerait quelque profit de cette lecture, c'est dans les très nombreuses phrases «définitives» où Simon Harel réussit parfois de belles métaphores: «La psychanalyse est cette forme mythique du discours qui ne cesse de se dire et de se redire à travers les masques d'une parole sans fin.» «La psychanalyse est formée par les plis de la vie psychique qui condamnent le sujet au langage, qui le font aussi jouir de travailler avec les mots.» Ou encore, répétant que «le psychanalyste est un sujet sans qualités», il ajoute: «L'analyste peut bien sûr, le temps d'une séance, devenir un parent d’adoption — c'est d'ailleurs une des définitions archaïques du transfert —, mais il doit aussi savoir laisser son enfant à la porte du cabinet pour retrouver les siens.» Reprenant Schafer, Harel affirme que «la psychanalyse est malade de l’absence de littérature».Soit.Mais j'hésite à penser qu’un travail si éloigné de la vie clinique, si désincarné, si empha- tique, si étranger à la souffrance qui s’y manifeste crûment puisse mener à la guérison souhaitée.La première séance et la dernière Sans rendre compte de toute la complexité de l’étude de Simon Harel, il serait presque loufoque de la comparer au travail journalistique d’Agnès Bardon.Ce qui se veut, dans ce deuxième ouvrage, une enquête sur la fin de l’analyse est en fait un collection de lieux communs exsangues et, somme toute, assez vains.Pourtant, la question «qu’en est-il de la fin d’une psychanalyse?» est intéressante.Il s'agit, dans cette fin de relation, de la question de la mort, de la finitu-de, de la reprise en soi d’un processus déchirant.De la solitude, aussi.Mais Agnès Bardon, rassemblant neuf personnes, glisse de l’une à l’autre en rapportant des propos fragmentés, sans âme et sans densité.Elle étale dans une naïveté désarmante, sans les remettre en question, les diverses façons soit de quitter, soit de rompre, soit de profiter des vacances pour s’esquiver ou encore de terminer une analyse.On y voit des agirs (abandonner plutôt que d’être abandonné) et des embellies qui ne sont pas sans risques pour l’avenir de l’individu.Autant, chez Harel, l’on pourrait souhaiter un peu de simplicité dans son écriture, autant l'on pourrait attendre, chez Barton, plus de profondeur.Il reste que c’est cette dernière qui rend le plus clairement compte du lien entre la psychanalyse et la survie du sujet.Survie psychique et aussi survie physique.Et Barton conclut, dans des résonances sartriennes: «L’analysé, condamné à être libre.» LA DÉMESURE DE LA VOIX P arole et récit EN PSYCHANALYSE Simon Harel Liber Montréal, 2001,260 pages MA PSYCHANALYSE EST TERMINÉE Agnès Bardon Bayard Paris, 2001,168 pages i LE DEVOIR.LES SAMEDI *> •> ET D I M A N C H E 2 » D E -*• L i v littérature française s POÉSIE ( Les habits neufs de l’ombre G U Y LAI N E MASSOUTRE Née à Béziers, au sud du Massif central, dans le milieu de la couture, Michèle Gazier poursuit avec Le Fil de soie, la reconstitution des histoires qu’on y racontait.Elle avait donné Le Merie bleu, en 1999, autour d’un fait divers mettant en scène un etranger face à la rumeur d’un village, circulant autour d’une maison de couture.Le roman avait plu, tant pour sa clarté d’écriture que pour les portraits convaincants qu'il brossait.Ce nouveau roman porte la même aisance qui plaira à un large public de lecteurs.C’est au cœur d’une tradition de mémoire qu'elle puise l’allant et la justesse de son écriture.Son talent lui vient aussi d’une connaissance approfondie du genre romanesque, et sa sobriété d’écriture est marquée d’un sceau journalistique où une certaine réserve est de mise.Attentive à chaque détail, la plume souvent heureuse et captivante, elle plonge dans la narration, avec une curiosité pour ses personnages qu’elle réussit à faire sentir à chaque page.En outre, elle gratifie le lecteur de son affection pour les parcours singuliers de personnalités hors normes.Enfin, elle aime les clins d’œil aux auteurs qui la font sourire: Colette, Queneau et même Delly, ce spécialiste du roman à l’eau de rose qui charmait les jeunes filles rangées de sa jeunesse.Vivre vite Dans Le Fil de soie, on fait la connaissance d’une styliste qui mène une carrière un peu tapageuse.Venue des ateliers de Lyon jusqu’aux milieux chics de la mode parisienne, elle entraîne dans son sillage son jeune amant, un garçon dont elle pourrait être la mère.La liaison donne lieu à une association de talents très productifs.Le couple n’est ni conventionnel ni assez solide pour tenir plus qu’à un fil de soie.La mince corde est souvent tendue, mais elle vibre et luit d’un éclat délicat Odile, la rayonnante styliste, affiche sa vitalité d’ogresse, telle qu’on l’imagine chez une femme qui ose faire carrière dans les années folles.Le roman, toutefois, ne débute vraiment que dans la seconde moitié des années 50, époque d’une nouvelle rage de vivre, lorsque Odile rencontre Simon.Cet etudiant a Montpellier, rebaptise Odon, est un juif orphelin de Nîmes qui s'adonne au croquis de vêtements.Lorsque leurs destins se croisent en 1954, ils deviennent l’un pour l’autre des complices inséparables: ’Dans la vie comme en voyage, le plus important n’est ni le départ ni l’arrivée, c’est ce parcours que l’on fait sien, que l’on intente, en sachant qu’un Jour la destinée y mettra un terme», écrit Gazier, menant son histoire avec cette désinvolture précise qu’elle donne en partage à ses personnages.Des scènes croquées La romancière ne plonge jamais très loin dans l’intimité du couple hors pair.Elle ne s’adonne pas non plus à l’introspection.Mais elle le capte à distance, comme sous un objectif photographique, et lui donne une liberté qui le fait exister.La lecture court au fil des pages, aussi vite que le crayon qui dessine une nouvelle collection.Odile Délie mène le bal.On dirait que son auteur lui laisse la plus belle part, celle d’ouvrir le chemin.Cette Délie fait tourner la tête, mais garde le contrôle de l’ivresse qui vient avec elle.Odon, rebaptisé Authon, se laisse aller au plaisir de se sentir envahi d’un doux vertige de jeunesse.Déterminante expérience, qui fait toucher à la fortune des stars.Le Fil de soie est en littérature l’équivalent d’une aquarelle en peinture.Sélectionné au premier tour du Concoure il est l’exemple même d’un roman qu’on a envie de lire pour le plaisir de sa transparence, de ses couleurs et de sa délicate sensibilité.Les images du monde qui l’habitent y sont à la fois to- Uct km «5 Çk Michèle Gazier Le fil de soie mman 1 Seuil niques et reposantes.Lorsqu'il prend fin, au debut de 1990, l’agitation commence à s’installer la vie que Gazier vient de raconter a l'effet d'une longue pause dans les horreurs qui hantent le monde contemporain.C’est exactement l’inverse de ce que les romans disent habituellement.On y sent l'antidote au désarroi qui se lit dans les regards de ceux qui ne savent pas voir.Ici, le narrateur se nomme .Ahmed Belali.Il est tunisien.Il a fait ses études d'art à Montpellier.Autre bouquet de sensations Les Fleurs du silence est un monologue que Nathalie Rheims adresse à son père, le romancier académicien Maurice Rheims.Elle l’imagine mort.L’objet de cette lettre ouverte?Dire à un père inaccessible combien on l’a aimé et combien la distance dans laquelle il vous tenait vous sa fille, vous a fait souffrir et vous a nourrie d'un immense désir de lui ressembler.Maurice Rheims, dans une interview, a accepté de parler du livre qu’il a lu, contrairement à ce que la romancière met en scène.D dit être touché.«Toi qui dis ne croire en rien, c’est dans la puissance du trait que se maintient ta conviction», écrit l’auteure, reconnue par son «pair».On revient donc au livre pour son écriture, très émouvante, dense comme les versets poétiques d'un chant douloureux.Nathalie Rheims y évoque un désir infini de communion et y trace les plis de sa féminité inviolée.Sa rêverie de Narcisse trace avec langueur les contours d’un portrait du père, dans un halo qui se détache légèrement d’elle, sans cesser d’être plus évanescent qu’une chimère.L’écriture y est rite, sacerdoce célébrant un moment de quasi-absence et de suspens du temps, entre la veille et le sommeil.Peut-être une ode aux deniers moments de la vieillesse, avant l'engloutissement dans une autre réalité.LE FIL DE SOIE Michèle Gazier Le Seuil Paris, 2001,251 pages LES FLEURS DU SILENCE Nathalie Rheims Flammarion Paris, 2001,125 pages VOYAGES Le monde de la mort MADAGASCAR, L’ÎLE AUX SORCIERS Nicole Viloteau Arthaud Paris, 2001,200 pages Le livre s’ouvre sur un extrait des Contemplations de Victor Hugo: «Pourquoi faites-vous des prêtres, quand vous en avez parmi vous [.]?» Très peu de textes, beaucoup de photos sur un fond noir qui donne au sujet un traitement encore plus occulte: Madagascar, Vile aux sorciers présente ce pays sous un angle méconnu.L’auteure, qui en a parcouru les moindres recoins, fait parler des gens de l’endroit tout autant que leurs paysages et leurs coutumes.Particulièrement celles des sorciers.L’un des chapitres, aussi surprenant qu’intrigant, qui traite des rites de possession, est illustré d’impressionnantes photos de médiums en transe, les yeux parfois chavirés, le visage en sueur, le corps complètement transporté dans un autre monde.Les chapitres se suivent sur des sujets tous plus inusités les uns que les autres.Qu’on en juge: «Le retournement des morts», «Les tombeaux», «Rasoa, médium-guérisseuse», «Rite de possession», «Les devins-guérisseurs», «Esprits et fantômes».Beaucoup de citations d’auteurs s’y retrouvent également, de Saint-Exupéry à Goethe en passant par Voltaire, Hugo et Duhamel.«À Madagascar, le culte des morts imprègne toutes les traditions pratiquées par ses dix-huit ethnies, peut-on lire.Pour les Malgaches, les esprits des défunts — les razana, ou ancêtres — poursuivent leur existence dans l’au-delà et veillent constamment sur leurs descendants, qui doivent les honorer, les choyer ad vitam æternam.Les devins entretiennent le contact avec eux.» C’est une plongée dans le monde de la mort et de ce qui l’entoure que propose ici l'auteu-re, qui nous explique aussi la façon dont le monde mystique a imprégné une population, de différentes façons selon les ethnies.Le sujet donne lieu à de magnifiques photos de sites et de gens de Madagascar, tantôt aux couleurs éclatantes, tantôt aux tons plus fades.Une idée des lé- gendes qui accompagnent l’une d’elles?«A l’intérieur des nattes se laissent voir les magmas sanguinolents des restes des morts enfermés dans leur linceul.L’ancien suaire adhère au corps en putréfaction.Les plus anciens cadavres ont rétréci avec le temps.» Et le livre de se clore sur Voltaire: «L’univers m’embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n'ait pas d’horloger.» Diane Précourt TABLEAUX D’ARABIE Texte et photos de Thierry Mauger Editions Arthaud Paris, 1996, 200 pages Après avoir sillonné l’Arabie Saoudite pour témoigner d’une vie bédouine sur le déclin, Thierry Mauger a découvert la région de l’Asir et son architecture où culture nomade et culture sédentaire se faisaient face, polychromie des maisons contre noirceur des tentes.Cette polychromie l'éblouit II nous la livre dans son délire de fresques aux violents contrastes.Avec un préambule fort instructif sur les diverses influences architecturales du pays, l’auteur nous entraîne, au moyen de ses magnifiques photos, en un univers où le souci esthétique et ludique est partout Constructions en pierre sèche et maisons en terre se fondent avec la poussière du paysage désertique, mais c’est l’ornementation des maisons, un art réservé aux femmes, qui étourdit par son dynamisme.Les majlis, fresques qui couvrent toute la surface, intérieur et façade, sont l’œuvre d’un travail collectif et une façon de mettre en scène le lien intime des femmes avec la maison, seul fief laissé à ces captives.Ces fresques auraient des correspondances avec le tissage.Mêmes motifs géométriques répétés, rythmés, fous de couleurs.De fait, on dirait des tapis.Si les motifs des façades sont souvent abstraits, des fleurs s’envolent parfois sur les murs.Les maisons ressemblent à des manteaux d’Arlequin avec une foule de couleurs franches, orange, vert, rouge, jaune, bleu, selon mille ordonnancements insolites.L’ensemble est presque enfantin, excessif, ostentatoire.Mais quelle audace inouïe! Damiers, losanges, rosaces se répondent.Les escaliers dansent sous les bandes de couleur sans laisser aucun répit à l’œil.L’auteur établit des liens entre fresques, architecture et costumes traditionnels où rythmes verticaux et horizontaux s’intégrent.Ce sont fragments de beauté offerts aux nostalgiques dans ce volume.Les activités traditionnelles se retrouvent en déclin là-bas.De plus en plus, les influences occidentales et une certaine quête de facilité font disparaître ces havres de correspondances joyeuses.Nous admirons ici des vestiges d’un monde sur le point d’être englouti.«Puissent les autorités chercher moins à mettre en scène un folklore qu’à donner voix à une culture en péril, conclut Thierry Mauger, en incitant les détenteurs d’un savoir-faire à perpétuer leur art et leurs techniques au lieu de renvoyer ceuxnd noir (1958) ou Non-figuratif (\95S).Le traitement hard edge évite tout forme d’interférence optique et renforce les effets immédiats de la couleur.Au cours des années 60, le motif du cercle ne disparaît pas complètement de la production de Juneau.Toutefois, certaines sculptures rapprochent l’espace du vide comme de ses volumes.Durant cette période, l’artiste, qui travaille essentiellement comme designer et muraljste, réalisera le logo de l’Université de Montréal.A mi-parcours, le specta- teur arrive aux fameuses installations interactives du début des .années 70.où il est invité à manipuler les œuvres.À cet égard, l’imposant Spectrorames (1970) reste une sorte d’icône qu’on associe au contexte de l’époque.Le public en général connaît par contre beaucoup moins la production qui suivra, alors que Juneau délaisse le traitement hard edge pour un espace plus texture.Une toile comme lirun (1974) amorce le contenu expressif des décennies suivantes avec son fond qui laisse pressentir un mouvement fait de nuances.On voit d’ailleurs que les œuvres actuelles du plasticien optent pour une transparence où l’élément graphique se mêle à l’ensemble de la composition.A travers son ensemble, l’exposition Denis Juneau - Ponctuations permet de redécouvrir un monde qui jaillit du dépouillement.Pour ceux qui désirent aussi mieux connaître la démarche de cet artiste, un catalogue propose un long entretien réalisé par Nathalie de Blois de concert avec le peintre et sa conjointe.Au service de l’imaginaire Depuis quelques années, durant la période des l'êtes, le Musée du Québec invite un artiste à venir décorer le grand hall de l’institution.Après le trio B(!L, l’invitation a été faite à la Montréalaise d’origine polonaise Ana Rewakowicz.Son installation Faites de beaux rêves!, conçue spécialement pour cet espace, met en valeur le voyage au service de l’imaginaire.Une voiture avec des ailes gonflées en latex flotte au milieu du hall alors que deux photographies se répondent mutuellement.lœs images sont celles de personnages, munis de combinaisons flottantes, qui déambulent sur un horizon de nuages.L’effet presque magique ne manque pas de surprendre avec ses couleurs vives et son appel à l’élévation.On se souviendra que ces combinaisons gonflables ont déjà été utilisées dans le cadre de performances.Evidemment, les matières textiles jouent toujours un rôle essentiel dans la recherche de Rewakowicz.Onirique et surprenant.Entrevue avec Nathalie de Blois La part de l’artiste, la part du commissaire BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Avec l’exposition Denis Juneau.Ponctuations.- Une rétrospective de 1949 à 1999, le Musée du Québec (MQ) fait d’une pierre plusieurs coups.D’abord, par une exposition fichtrement bien menée, le MQ fait redécouvrir la production enrichissante de cet artiste un peu oublié, membre de la seconde vague des plasticiens.Le musée contribue de surcroît à l’histoire de l’art au Québec, en plus de faire confiance à une très jeune commissaire, | Nathalie de Blois, qui démontre I encore une fois, après l'exposition | Maurice Perron de 1998, son | doigté pour réaliser un solide tra-! vail de défrichement Depuis trois ans environ, le | Musée du Québec tente de rajeu-5 nir le groupe de ses collabora-| leurs.Récemment le MQ a enga-j gé les services de Marie Fraser i pour deux expositions, dont la | toute dernière, Le Ludique, était remarquable, tant par le choix f des œuvres que par leur mise en i exposition.Plus encore, deux expositions majeures pour l’histoire | de l’art au Québec, Maurice Per-I ron.Photographies et l’actuelle | présentation, ont été mises entre les mains d’une jeune commissaire, à peine passé le cap de la tren-i taine.Or, pour ce qui est des enjeux que représentaient ces deux | projets, la commissaire s’en est tirée haut la main.Dans les deux cas, les expositions étaient bien montées.De plus, deux publications appréciables ont été lancées, qui laissent des traces d'une grande utilité en ce qui concerne des zones moins bien connues de notre histoire.Maurice Perron (1924-1999) tenait avec brio le rôle du photographe dans un groupe, les automatistes, qui ne considérait pas cette pratique comme étant de nature artistique.Issu du second mouvement des plasticiens québécois, Denis Juneau, de qui on a peu entendu parler, a maintenu une ligne d’une grande rigueur dans ses recherches sur la composition et la couleur.Des entretiens substantiels avec ces deux artistes ont dans les deux cas permis de mieux comprendre leur cheminement Dans ces publications comme dans les textes qui accompagnent les œuvres dans l’exposition Juneau, la commissaire a trouvé le ton juste, une sobriété, une précision et une économie superbes dans l’écriture.Rencontrée cette semaine, Nathalie de Blois se dit heureuse du travail accompli.De Blois a fait connaissance avec l'actuel directeur des collections du MQ, Yves JRAN-QUY KEROUAC/ MUSEE DU QUEBEC _ Nathalie de Blois Laçasse, lors d’un stage de maîtrise en muséologie en 1995, alors que ce dernier avait la responsabilité des collections d’art canadien du Musée des beaux-arts de Montréal; c’est ce stage qui l’a amenée à collaborer avec le MQ.Elle savoure ces jours-ci son coup.«Il y a une volonté de la part du musée de s’ouvrir à une génération plus Jeune, de l’intégrer.» Cette initiative permet à cette génération de donner sa lecture de ces événements qu’el- le n’a pas connus.«Je suis particulièrement contente, parce que j'ai pu moi-même découvrir l'importance de cet artiste, l’importance de son travail, sa rigueur.» Celle qui a côtoyé longuement ces artistes majeurs parle aussi de l’aspect humain de leurs rencontres.«Particulièrement pour Denis Juneau, je tenais à publier des entretiens.C’est un homme qui a été très peu approché à cause de son handicap [il souffre de surdité].Il aime communiquer.Il est très sociable, chaleureux, attachant, hospitalier, curieux de savoir ce qu’on fait.Il aime aussi parler de son travail, de l’aspect technique de son travail.» lœ travail du commissaire la commissaire vante les vertus de la collaboration.«Entre Denis Juneau, sa femme et moi, il s’est développé une relation de complicité.Il y a plein de décisions qui se prennent sans la présence de l’artiste, mais je pense que l'artiste doit toujours être impliqué à un certain moment.Par exemple, on a engagé des architectes pour le design.Un artiste comme Denis Juneau, qui appartient à me autre génératiôn et qui est extrêmement puriste dans sa manière de concevoir son travail, avait des inquiétudes envers cet aspect de l’exposition.Mon tra- vail a été de le rassurer, d’expliquer les choses et de faire le pont entre les intervenants.» En voyant le résultat, «sans prétention», la commissaire mesure la contribution de cette exposition à l’avancement de la recherche en histoire de l’art Le but était de faire redécouvrir cette pratique et d'en donner une vision synthétique.«On peut avoir une compréhension d’ensemble du travail.Après, d’autres pourront aller chercher certains aspects, les développer, faire de l’analyse et éventuellement faire des expositions monographiques, mais sur un aspect précis, sur une plus courte période.Ça ouvre la porte à d’autres chercheurs.C’est ce que je trouve le plus extraordinaire.Je me demande ces temps-ci ce que l’exposition aura comme impact pour Denis Juneau dans le futur.» Des gens de sa génération qui l’ont vu travailler à ce projet, de Blois explique, «sincèrement», qu’ils n’arrivaient pas toujours à saisir l'importance de Juneau: «Les plus jeunes ne le connaissent pas.Ces artistes sont des oubliés de l’histoire.» De Blois semble très heureuse de l’inestimable expérience acquise.En cela, il faut saluer la détermination du Musée du Québec.En effet en plus de s’ouvrir à des points de vue qui ne peuvent que nourrir l’institution, cet appel à de plus jeunes commissaires permet de former à de très haut niveau une relève en muséologie.«Il y en a très peu qui le font.Il y a eu Marie Fraser aussi, d’autres, je pense, doivent suivre.Il y a une volonté au Musée du Québec de s’associer avec des jeunes commissaires.C’est un engagement que le musée prend, que d’autres musées auraient intérêt et avantage à prendre.» En attendant, de Blois continuera de s’impliquer, mais à un autre niveau, au Centre d’artistes Clark, qui cet hiver ouvrira son nouvel espace dans le Mile End.leimaie nternatlonaie d’aï iniatire du 18 mai au 18 août 21)02 VS/ Biennale internationale d'art miniature figure comme un événement culturel original et unique.Elle réunie dans un même lieu diverses tendances de l'art contemporain en miniature d'artistes professionels provenant des 5 continents.ptyp/ve/v peinture/ dessin/ estampe las-relief/liant-relief/ FORMULAIRE D'INSCRIPTION POUR LES ARTISTES Date limite : 1er février 2002 Salle Augustin-Chénier 42, rue Ste-Anne CP.249 Ville-Marie (Québec) Canada J0Z3W0 Tél.’ (819) 622-1362 Téléc.: (819) 622-0408 WWW.Courriel: salleag@sympatico.ca temiscamingue.net/salleaugustinchenier/biamy Meubles d'art et de culture II Exposition collective et l'atelier BRAQ présente «GORE» Galerie Yergeau du Quartier Latin 2060 Joly, Montréal.Inf: 514.843.0955 JEAN McEWEN Comme une aquarelle Oeuvres sur papier 1952-1998 Exposition jusqu'au 12 janvier Nous serons fermés du 23 décembre 2001 au 7 janvier 2002.Joyeuses Fêtes ! I____CALERI E SIMON BLAIS I 4521, rue Clark Montredl H2T 213 514.849.1165 Ouvert du mardi au vendredi 9h30 a 17h30 et le samedi ÏOh d I7h MARIO MEROLA LIVRI S D'ARTISTE A TIRAGES El MITÉS SONORITÉ ROUGE TRAVERSÉE D’UN BLEU.7 acryliques, 64 X 48 cm.9 ENCRES.48 X 29 cm.tiré à 4 exemplaires.GRAPHIES.13 encres, 23 X 19 cm.tiré à 100 exemplaires.TRAVELINE, 11 compositions, média mixtes, 38 X 26 cm.Exemplaire unique.PLANS SONORES.9 sérigraphies, 68 X 53 cm,, poème de Mario Merola et boîtiers de Pierre Ouvrard.Tiré à 36 exemplaires.WINDS.6 aquarelles, 45 X 32 cm.Exemplaire unique.SEASCAPES.8 aquarelles, 50 X 40 cm.Exemplaire unique FIGURES-13 encres, 23 X 19 cm.Présentation de Laurier Lacroix.Tiré à 80 exemplaires, OMBRES t SHADOWS.' 0 encres, 23 X 19 cm.Texte liminaire de Fernand Ouellette.Tiré a 100 exemplaires DESSEINS, ENCRES ET POÈMES.29 5 X 22 cm., tiré a 12 exemplaires RHYTHMS.Encres, 23 X 19 cm,, tiré à 16 exemplaires.PI lACES, POEMES II.LUSTRES AU LÉGER SOUFFLE DU VENT.Encre, 29 X 36 cm , tiré à 2 exemplaires LOUP ET LOUTRE.Encre, 30,5 X 23.5 cm., tiré à 2 exemplaires DAME À COUPOLES.Encre.51 X 46 cm, tiré à 2 exemplaires MOUVEMENTS.Encre, 30.5 X 23.5 cm., tiré à 4 exemplaires MEMORY.Acrylique et encre, 190 X 15 cm,, tiré à 1 exemplaire LES CHAMPS REVERDISSENT.Encre, 56 X 43 cm., tiré à 2 exemplaires BRUSQUEMENT.Encre, 40 X 36 cm., tiré à 3 exemplaires EN CE JARDIN.Encre, 61 X 48 cm,, tiré â 2 exemplaires PLEURS.Encre.49 X 43 cm., tiré â 3 exemplaires QUE NAISSE CE JOUR.Encre, 61 X 24 cm., tiré â 2 exemplaires ÉDITIONS FINI/INFIN( - Montréal (514)381-633,8 t I 1572 en collaboration avec présente LE DEVOIR BANQUE NATIONALE 5e édition «Jeunes critiques en arts visuels» UNE PRODUCTION DU CENTRE INTERNATIONAL D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL L_ automne dernier, le Centre international d'art contemporain de Montréal ICIAC) P tenait la 5‘ édition du Concours » JEUNES CRITIQUES EN ARTS VISUELS ».S'adressant aux étudiants et aux étudiantes des écoles secondaires et des* I collèges de la Communauté urbaine de Montréal, le concours vise à sensibiliser le jeune public à l'art contemporain en l'invitant à écrire un texte personnel sur des oeuvres d’art.Entre le 7 septembre et le 21 octobre 2001, onze établissements scolaires ont bénéficié de visites commentées dans le cadre de la septième biennale du Mois de la Photo à Montréal.Au total près de 400 étudiants ont visité le Marché Bonsecours dans le but de participer au Concours.Les œuvres choisies pour le Concours étaient celles de Johanna Billing, de Serge Clément, de Marita Liulia, de Sanna Sarva et de Jane et Louise Wilson.Le meilleur texte de chaque classe, sélectionné par les enseignants et les enseignantes, a été par la suite présenté à un jury indépendant composé de Francine Paul, conservatrice de la Collection de la Banque Nationale, Christine Ross, professeure et critique d'art, Marie-Josée Jean, co-directrice du Mois de la photo à Montréal, Bernard Lamarche, critique d'art au Devoir et Patrick Lafond, coordonnateur du Concours au CIAC.Les résultats du concours ont été annoncés le 13 décembre dernier.Les membres du jury ont tu des extraits des textes primés et les lauréats sé sont chacun mérité des prix d'une valeur de 900$, offerts par les différents commanditaires.Nous remercions le Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal et les Ministères de l'éducation et de la Culture et des Communications.Nous remercions également tous les participants et les participantes, les professeurs et les commanditaires, ainsi que le personnel du CIAC pour l’enthousiasme qu'ils ont démontré envers ce projet.Le succès remporté cette année a convaincu nos partenaires publics de renouveler leur appui pour la réalisation de la 6e édition qui aura lieu en 2002.CLAUDE GOSSELIN Directeur général èt artistique, Centre international d'art contemporain de Montréal Note de l'éditeur : Nous publions les textes tels que soumis dans leur forme originale.Toutefois quelques corrections ont été apportées pour respecter les noms propres et les titres officiels.De gauche à droite : Maroussia Lévesque, lauréate, collégial; M.Bernard Descôteaux, directeur, Le Devoir; Bouchra Hanna Ouatik, mention spéciale; M.Bernard Lamarche, critique d'art au journal Le Devoir; Sami Pierre Moubayed, lauréat, secondaire 4 et 5 régulier; M.Claude Gosselin, directeur général et artistique, CIAC; Amy Shapiro, lauréate, secondaire 4 et 5 langue seconde, M.Patrick Lafond, coordonnateur du concours.Était absent : Ruben Bastien, lauréat secondaire I, 2 et 3 régulier.PROJET D’UNE NON-REVOLUTION Niveau secondaire 4 et 5, programme régulier.Mention spéciale à Bouchra Hanna Ouatik de l'école Sophie-Barat.Professeur : Patrice Gagnon On peut lire ce texte sur notre site : www.ciac.ca POURRIONS-NOUS Comprendre ce que représente un objet sans l’avoir vraiment vu ?C'est peut-être la question que voulaient nous poser Jane et Louise Wilson.Leur œuvre, Parliament, qui a été exécutée en 1999 à Londres, nous présente l'intérieur d'un parlement, inaccessible pour nous simples citoyens, mais pourtant maître de notre destinée par les décisions qui s'en dégagent.Les techniques des sœurs Wilson, quoique simples, sont utilisées de façon à nous faire ressentir que l'on se trouve en terre inconnue, voir même hostile.Pour ce faire, les auteures ont tourné une vidéo en prenant le bâtiment sous plusieurs angles.Le tout était associé d'un remarquable jeu de miroirs qui nous laissait croire que chacun des quatre murs de la pièce où était présenté le court métrage allait converger avec les autres.Bref, tous ces détails ont fait que l'œuvre en devenait confuse pour chaque personne venant y assister.AVEZ-VOUS DÉJÀ ENTENDU parler du Mois de la Photo à-Montréal ?Lors de cet événement biennal, plusieurs œuvres se rapportant aux arts visuels ont été exposées.Comme par exemple l'installation, des jumelles Jane et Louise Wilson, qui possède un fort pouvoir de déstabilisation.Leur montage vidéo, produit en 1999, s'intitule Parliament.Au premier coup d'œil, on voit des images du Parlement britannique, symbole dé puissance, se déf’lant successivement sur deux paires d'écrans, orientées à 90° et séparées par la bifurcation des murs de la pièce sombre.Également, cette œuvre, cauchemardesque pour un claustrophobe, présente des images qui nous engouffrent au cœur du parlement petit à petit à l'aide rie l'effet de la' ligne de rencontre des murs.À mesure que le film avance, on se retrouve de plus en plus à l'intérieur du bâtiment.On voit défiler devant nos yeux les espaces consacrés à l’exercice du pouvoir quôtidien ; couloirs, anti-chambres, sous-sols, cabines, etc., mais sous un caractère parfois inquiétant parce que la musique est ténébreuse et il fait sombre.Toutes les pièces sont d'un luxe sardanapalesque et sont composées exclusivement de matériaux chers et rares : on nous présente tantôt le faste de moulures dé bois verni et des garnitures dorées, ou encore l'aspect ultra moderne de l'acier inoxydable d'une cage d’ascenseur.Tout au long de ce court métrage, aucun humain n'est visible.Lorsqu'on entre dans la cave du parlement, suite à la frayeur qui nous saisit, une décharge d'adrénaline nous secoue : devant nos yeux se trouvent des centaines de tuyaux se situant dans un endroit obscur et humide, le tout accompagné de bruits métalliques et caverneux.Comme le thème de l'exposition est le pouvoir de l'image, il fallait bien qu'on retrouve un élément sly rapportant directement.Et ce dernier est le fait que le petit montage se répète successivement.Présentées sous cet angle répétitif, les images nous obnubilent, nous hypnotisent et nous mettent sous leur emprise.On peut aussi remarquer que les teintes des écrans diffèrent.Par exemple, lorsqu'une image est nuancée de vert, l'autre écran a une couleur rougeâtre, le troisième a une coloration plus bleue.Les procédés de projection utilisés par les sœurs Cette œuvre ne contient aucune personne et, selon moi, cela ajoute à la force de l'œuvre, parce que nous n'avons pas le droit d'entrer dans quelque chose de si important et, comme pour nous le prouver, les auteurs ont pris ces scènes quand l'endroit était vide, signe que l'on s'y cache pour faire des choses interdites.Le bruit était également très présent dans cette œuvre, ce qui représentait, d'après moi, que l'observateur était également attentif au moindre bruit, qu'il était fasciné de tout.Malgré tout, ce n'est qu'un amas de ciment! C'est ce qu'on se dit après avoir vu cette œuvre, parce qu'on voit tout de suite que sans tous ces gens, ceux qui prennent nos décisions et votent nos lois, ce temple magnifique et tout-püissant par dehors, n'est qu'un bâtiment bien décoré en dedans.Wilson métamorphosent les aires les plus banales de la représentation politique en lieux étiolés et étouffants.Selon moi, cette œuvre explore la notion de pouvoir inscrite dans l'architecture et comment seule ia décoration d'un lieu peut nous faire imaginer le type de personnes qui le fréquentent.Le parlement britannique, lieu interdit au public pendant des décennies, était l'endroit parfait pour nous faire prendre conscience de cette réalité, car en ce lieu, où des décisions prises par un petit groupe ont des répercussions sur la majorité des gens, se trouve une foule de contrastes.De plus, j'estime que ce film exprime une multitude de sentiments.Premièrement, le fait que les pièces créent l'effet de se refermer sur nous est une caricature du gouvernement : ce dernier empiète sur notre espace vital, nous réduisant à l'état de simples pions dans une machine gouvernementale et nous contrôle aveuglément, sans qu'on ait le choix de faire ou de dire quoi que ce spit.• Aussi, on peut ajouter que la cave représente la vraie nature du parlement.En haut, le luxe et la somptuosité sont de premier choix, tout comme le côté que l'état nous présente lors des communiqués de presse officiels, mais la réalité est tout autre.Ce qu'on retrouve est un labyrinthe épeurant où la tension règne : ce n'est pas du tout joli à voir (ni à entendre) et c'est pour cela qu'on nous en interdit l'accès.Une analogie peut être tirée avec le pouvoir qui administre le pays.En effet, la machine gouvernementale est quelque chose de très complexe.De surcroît, je pense que cette œuvre doit sa réussite non seulement à son originalité, mais autant au message que les artistes veulent faire circuler.C'était une des seules œuvres à utiliser le repliement des formes sur elles-mêmes pour créer des formes exubérantes que je trouve remarquables.J’ai aussi aimé le message communiqué par le court-métrage car il m'a permis de regarder le parti au pouvoir sous un autre jour.En guise de conclusion, je trouve que Parliament est un montage fascinant qui sait très bien captiver l'intérêt du visiteur et évoquer chez lui des réactions superficielles ou extrêmes, dont la principale est celle de mettre en doute le pouvoir gouvernant.DES MURS QUI PARLENT Niveau secondaire 1,2,3, programme régulier Le lauréat est Ruben Bastien de l’école Marie-Victorin Professeur : Marie-Eve Bourgault OPPRESSION DE L’ESPACE Niveau secondaire 4 et 5, programme régulier Le lauréat est Sami Pierre Moubayed de l'école Sophie-Barat Professeur : Patrice Gagnon Photo : Alain Chagnon SAMOA _ NATONALF U WV» artjvtW^ critiques «« jeunes .*«-*•* ***** ' CETTE ANNÉE le Marché Bon-secours nous a offert l'occasion d'être témoin d'une exposition de l'art contemporain du Mois de la Photo à Montréal.Cette exposition provocante et révélatrice nous a présenté des œuvres modernes, dérivées de la photographie et de la filmographie, en laissant échapper la peinture, l’ingrédient renommé d'une pièce d'art.L'absence de la peinture nous introduit à une forme d'art basée sur un pot-pourri de la technologie et de l'intuition.Une œuvre de l'exposition m'a amenée à l'examiner plus attentivement, à la décortiquer en raison de sa beauté incontestable qui cache une perspicacité énigmatique.Cette œuvre, créée par l'inventif Serge Clément pendant l’été 2001, s'intitule Passage-Patience.Installée sur un coffre de bois, à l'extérieur, l'œuvre est représentée sous forme d'un livre noir, entourée du paysage naturel de Montréal.Chaque page du livre possède une valeur représentée dans une photo imprimée sur un papier épais et doux.Utilisant seulement les nuances du noir et du blanc, Clément réussit à créer des images de la nature incorporées aux images qui représentent la culture.Clément nous démontre la domination de la culture sur la nature dans la société.C’est ainsi qu'il nous amène à comprendre, par l'ajout d'un élément naturel dans un cadre culturel, qu'on ne peut les dissocier.La nature et la culture sont interdépendantes.Même s'il incorpore dans son livre, des photos consacrées à la nature, la nature est dominée quand même par la culture malgré le côté irremplaçable de la nature.L'action de photographier la nature est un élément de la culture car l'artiste reflète la modernisation.L'art est en perpétuel mouvement et donc toujours influencé par la culture et les valeurs véhiculées par la société.L'œuvre possède une beauté irremplaçable, engouffrant ses spectateurs dans son message mystérieux et pénétrant.Le livre contenant les photos, représente un symbole de culture, et ouvert à n'importe quelle page, notre imagination peut transformer les photos, qui n'ont pas de progression, en une histoire imaginaire et fantastique.L'œuvre bouleversante de Serge Clément provoque de nombreux messages : la volonté de la culture à dépasser la nature et l'omniprésence de la beauté et de l'imagination.Clément prouve qu'avec l'absence de la peinture, son œuvre n'est rien de moins que spectaculaire.Il démontre quand même la beauté et la perspicacité de l'art contemporain et crée une image splendide de ce que j'appelle « la nature superficielle ».U NATURE SUPERFICIELLE Niveau secondaire 4 et 5, français langue seconde La lauréate est Amy Shapiro de la Trafalgar School For Girls Professeure : Marie-Claude Harton APRÈS LE « Dieu est Mort » de Nietzche, la Révolution aussi serait-elle morte ?Certainement pas ! C'est ce que soulève Johanna Billing, Suédoise née en 1973, dans Project for a Revolution présenté au Mois de la Photo à Montréal.Qu'y voit-on ?Encore des jeunes qui veulent changer le monde ! Le seul hie : personne ne parle.Dans ce vidéo s'inspirant de Zabriskie Point (Antonioni, 1970), tous sont silencieux.Pourtant, il s'agit d'une réunion politique.À travers leur silence, Billing déjoue ironiquement un utilitarisme simpliste, et réfléchit la notion de groupe.La dynamique d'un groupe entraîne-t-elle inévitablement l'étiolement de l'individualité des membres, et l'édulcoration de leurs idées ?Pas exactement.Dans ces deux films, l'action se situe dans une salle de classe, évoquant l'ébullition d'idées politiques d'avant-garde.Lumières, plans et mouvements de caméras sont similaires, seul le côté hip des jeunes est rajusté à la mode du jour.Mais l'aspect branché de ces jeunes n'est pas sans ironie.Cest presque une parodie des publicités de GAP.À ce propos, l'artiste souligne « qu'il est facile d'adopter une forme, tandis que le contenu est laissé pour j compte ».Ce n'est pas sans rappeler l'ironie mordante des Rock Sessions de Patrick Pellerin et Pascal Grandmaison (Saidye | Bronfman, Oasis, 2000) où une suite' d'images vides de sens I atteignent un semblant de statut mythique.i Là où Project for a Revolution prend vraiment son envol, c'est en faisant une grimace à la pensée dominante ; le silence des jeunes y exprime un embarras pertinent face au fossé souvent infranchissable entre l'abstrait et le concret.Le spectateur est alors confronté à sa propre échelle d'évaluation de la réussite d'actions politiques contestataires.Le discours dominant prétend à l'impasse idéologique.Cette anxiété de ne rien produire est notamment traduite par une feuille absolument blanche, qui pourtant sort bruyamment d'une photocopieuse.La disposition spatiale des personnages renchérit le malaise car elle semble aléatoire.Cherchez l'erreur : il n'y a pas de leader, i Le refus d'une direction claire se construit grâce aux angles de ' prises de vue - ce qui ne met personne en valeur : aucune position privilégiée : ni de chef pour cette communauté ni I de narrateur omniscient pour ce récit.Pas de plongée nous | indiquant un œil supérieur qui en connaît plus que les ! personnages.Il s'agit plutôt d'une caméra « démocratique », presque subjective, qui s'immisce à l'intérieur du groupe et de ses divergences, sans prendre parti.Le titre, lui aussi, souligne l'aspect ambigu de toute révolution : celle-ci étant un tour complet sur soi, et, quelque part, une annulation du mouvement.L'artiste brouille ainsi les pistes et déstabilise celui qui cherche une solution sûre.Position ironiquement mitigée, la structure narrative du vidéo tourne en rond.Elle se mord la queue, recommence éternellement grâce à la continuité de la boucle vidéo, dont la fin est immédiatement suivie du début.Billing crée un temps qui s'appartient, qui refuse d'obéir au sacro-saint ordre chronologique, et, par le fait même, à la notion de progrès.Pour expliquer l'impasse mise en scène dans ce vidéo, on pourrait invoquer le système social suédois ayant par sa générosité amolli toute une génération.À moins qu'il ne s'agisse du refus de sombrer dans le même idéalisme fatal que les générations précédentes ?Plutôt que de conclure à son infaisabilité et sa « non rentabilité », Billing présente la révolution comme une utopie inatteignable mais indispensable.C'est une notion régulatrice qui donne une raison de se lever le matin.« C'est pas parce que ça sert à rien qu'il ne faut pas descendre dans la rue », répondront les militants aux nostalgies des vraies révolutions.Project for a Revolution met l'accent sur l'importance de l'effort que font les personnages afin de se réunir, plutôt que sur la difficulté de concrétiser une idée.Cet instant d'hésitation où rien n'arrive vraiment mais tout se joue est un momentum que l'artiste privilégie dans d'autres œuvres, notamment dans Where she’s at (2001).C'est un vidéo où une jeune femme sur un plongeon hésite à sauter.Étrangement, la récurrence de l'anecdotique permet une lecture plus métaphorique et universelle du travail de Billing.Le fait de transposer l'ouverture de Zabriskie Point en œuvre contemporaine implique une réadaptation d'idéaux d'une autre époque.De la même façon, le passage d'une idée à une action demande un ajustement dont la table de conversion est toujours à réinventer.Le défi de notre époque est d'appliquer des idéaux hérités de générations précédentes, tout en étant cohérents avec l'échec relatif de leur concrétisation expérimentée par nos prédécesseurs.Mais l'échec réside peut-être plus dans le mode d'application que dans l'Idée elle-même.Car l'inadéquation n'est pas un échec, mais une remise en question du principe de clarté rationaliste.Une Révolution n'est pas une équation à simple inconnue, où modifier une donnée change le résultat.Cest l'inquantifiable impératif d'espoir au cœur d'une Révolution qui fait qu'encore aujourd'hui on descend dans la rue.LE PARI DE U REVOLUTION Niveau collégial, programme régulier La lauréate est Maroussia Lévesque du Collège Jean-de-Brébeuf Professeur : Nicolas Mavrikakis La 5* édition du concours « JEUNES CRITIQUES EN ARTS VISUELS » du Centre international d’art contemporain de Montréal a été réalisée en collaboration avec Vox, Centre de diffusion de la photographie, dans le cadre du Mois de la Photo à Montréal 2001.CON^H.de^Trts Québec Ministère de la Culture et des Communications 0 8tu® : LAnnù e n t * i s EXOS GO GEORGES LAOUN OrTICIIH itoi .L.Ï VAULT ¦•«‘CoeuR ^ Québec » MOIS de la PHOTO OeSems Nous remercions les ens*ignantes et enseignants des établissements scolaires participants, les animateurs et animatrices du Mois de la Photo à Montréal 2001, les membres du jury et tous nos partenaires.Concours « Jeunes critiques en arts visuels • Une idée de Sylvie Raymond ' Coordination : Patrick Lafond et Annie Binette Communications : Pierre Pilotte et Jacinthe Baril Administration : Gisèle Momeau et Lorraine Payette Les textes primés seront également publiés dans un Bulletin du CIAC et sur notre site ; www.ciac.ca Centre international d'art contemporain de Montréal C .P.760 Place du Parc, Montréal, Qc H2X 4A6 Tél.: 514.288.0811 Directeur général et artistique ; Claude Gosselin
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