Le devoir, 27 février 1919, jeudi 27 février 1919
4 KJ A> A «-a A.%\J .4.0 .lU^iuüAL, jisym a/ .-èviueb i«ifl DEUX SOUS LE NüiViLaO Abonnements par la poste : V Ruction et administration ^ I la I Bj® H Ê fl fl H fl .B H HA B Bm mm ma .8 oo ^B |B ¦¦ B HB ^Bm^m - Édition H m H ¦ fl ^B fl M ^ÊM fl fl - TÉLÉPHONE : Main ETATS-UNIS *.'.W ^fl^H fÊÊ JHl HJ SERVICE Rédaction, Main UNION POSTALE • .* .3 00 BHBHHi IHBHHH wÊÊBBB^ WBBÊÊÉmi BV WB i^Sl^y NçÿgP Adminibttatlon, Main 5153 Diretfteur : HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS ! Au congrès d’Ottawa L’hommage à M.Genest — Le discours de M.Bourassa — La lutte par la presse Ottawa, lit).On avait réservé pour la séance de clôture du congrès canadien français une manifestation parliculièçement touchante: la remise au président de la commission scolaire catholique «d'Ottawa, M.Samuel Genest, d’une bourse constituée pai les souscriptions d’hommes de tous les groupes sociaux, depuis M.Laurier, le sénateur Edwards et M.Charles Murphy jusqu’aux plus humble-, lutteurs.On voulait ainsi offrir à M.Genest un modeste témoignage de gratitude pour les combats qui lui out coûté si cher de toute façon.Encore que la chose eût été à peine annoncée, la salle Sainte-Anne était remplie à déborder.Sur la vaste estrade, autour du sénateur Landry, de Mgr l’Archevêque de Saint-Boni-face et de Mgr l’Evêque d’Haileybury , se pressaient un nombreux clergé et les plus a-dents lutteurs d’Ottawa, au premier rang desquels le sénateur Belcourt.Dans la salle, les délégués de tous les coins de la province i-oudoyaient fraternellement les citoyens d’Ottawra.Les petits enfants de l'école Brébenf.l’école de garçons de la paroisse Sainte-Anne, occupaient une partie de la tribune.C’est M.Charles Leclerc qui, aux acclamations de 13 foule, a lu a M.Genest l hommage de ses compatriotes.Il a rappelé ses luttes, sa courageuse résistance, les persécutions que lui a values celle-ci, les tracas, les menaces, les cajoleries auxquelles il a été en butte.Le nom de M.Genest, s’est écrié à la fin M.Leclerc, ‘‘n’est pas seulement écrit en lettres (for dans nos annales nationales, mais en lettres de reconnaissance, d’admiration et d’affection dans le coeur de toute la race, depuis les plus petits bambins qui bégaient encore des syllabes françaises dans les écoles bilingues de lu capitale du Canada, jusqu’aux braves pères et mères de famille révoltés contre l’iniquité, en passant par ses vaillants collègues de la Commission et par les valeureux instituteurs qu’un régime de terrorism- n’a pas pu intimider”.“Ferventes, a-t-il conclu, nos prières montent vers le.Ciel pour lui demander de bénir celui qui a tant contribué, ces dernières années, à l’accomplissement des gesta Dei per Francos.” Très ému, le président de la Commission scolaire, l'orateur pittoresque dont les saillies et les élans ont tant de fois soulevé les acclamations ou les éclats de rire de ses auditeurs d’Ottawa, n’a pas voulu se fier à l’improvisation.Tl a lu sa réponse dont le thème général fut l’hommage à ses compagnons de lutte, honorés en sa personne.“Oui, s’est-il écrié, cette manifestation me touche profondément parce qu'elle est un tribut d’hommages à tous ceux qui, à mes côtés, à la Commission scolaire, ont lutté sans faiblir pour la revendication de nos droits, pour la sauvegarde de la langue et la survivance de la race.Cette manifestation, je la conçois non i>as comme l’hommage d'un peuple o mon humble personne, mais comme la reaffirmation de l’appui de tout nn peuple à la cause dont j’ai été l’humble serviteur, de la reconnaissance de tous les Canadiens français aux valeureux lutteurs qui onl combattu avec moi.Ce n’esl pas moi que vous fêtez; pas plus que c’était ¦nui que l’on persécutait.Les misères, les insultes, les injures, les avmies de tontes sortes dont on m’a accablé n’étaient pas à mon adresse ocrsonnèlle: c’était, dans ma personne, un principe que l’on voulait abattre: la race canadienne-française que l'on voulait atteindre, notre langue que l'on voulait extirper du sol ontarien, la culture el les traditions françaises que l’on voulait effacer.” Et, nommément, il associe à cet hommage “les grands disparus” : le Père Jeannette, l’ancien curé du Sacré Coeur d’Ottawa, le Dr Anthony Freeland, le commissaire d’écoles irlandais qui tomba en pleine lutte, à côté des nôtres.Paul-Emile Lamarche, l’abbé Beaudoin, l’ancien curé de Kord City.M.Laurier, qui fut Je premier souscripteur au cadeau de ce oir: puis, il remercie les vivants.MM.Edwards et Murphy, souscripteurs eux aussi ; les prêtres canadiens français, dignes lits et dignes successeurs des ‘grands apôtres d’autrefois, “restés dans la tranchée des avant-postes, aumôniers héroïques d’un petit peuple qui veut vivre”: les hommes publics, journalistes et orateurs qui ont pris part à la défense: l’auteur du Clash, son vieil ami Moore; l'Association canadienne-fra nçaise d’Education.1rs mères de famille."Et quelles louanges dignes d'elles adresser, s’écrie-t-il, à nos braves mères de famille'.’ Oubliant leur timidité naturelle, méprisant le snobisme de celles qui les accusaient de manquer à la dignité, elles onl couru sur la brèche, nouvelles Madeleines de Ver chères, pour aider à la défense de leurs écoles et sauver par leur héroïsme l'avenir de leurs chers enfants.'' Il associe à cet hommage tous les instituteurs et institutrices religieux et laïcs, “dont le dévouement et l’abnégation ne se sont pas démentis un seul instant an milieu des mille ennuis, des mille tracasseries, des mille injustices que leur attachement an devoir leur a valus, i.eurs sacrifices dans ces heures critiques onl démontré toute la force (/n'avait développée chez eux une éducation catholique et française ; .< Ile éducation qui a fait de notre race une race fière et jalouse de ses traditions nationales, de su langue el de sa foi.” L'orateur ne veut point passionner un débat qui parait s'apaiser, mais il constate que la réaction n’a été qu’un sursaut du vieil honneur français et chrétien.Il affirme que la résistance “ne connaîtra ni trêve ni défaillance”, qu’elle “se poursuivra tant ‘que restera sur cette terre française et catholique un père français el mie mère française".“Nous n’avons pas voulu la guerre., dit-il, nous demandons à grands cris la paix, mais une paix sans lâche, une paix qui nous assurera le droit de conserver notre entité nationale, le droit de parler et de faire parler à nos enfants la langue sucrée des aïeux.” M.Genest clôt son discours par un émouvant et discret hommage à la noble compagne de sa vie, que son état de santé empêchait de prendre sa part de la fête, qui l’“r/ soutenu de ses conseils el de ses encouragements aux heures les plus sombres de ta résistance et des poursuites judiciaires.Dissimulant souvent ses inquiétudes et ses appréhensions dans les moments les plus critiques de la lutte, elle trouva toujours dans son patriotisme éclairé le conseil qui fortifie en illuminant la voie”.* # # On avait voulu faire de cette séance de clôture une sorte de fête de la tradition.Les petits enfants chantaient les vieux chants français et M.Bourassa avait été prié d’indiquer les origines de nos traditions, les raisons que nous avons de les conserver, les moyens que nous devons prendre pour y réussir.Le sujet était vaste.L’orateur lui a consacré une pleine heure et demie, et l’on comprendra que nous «’indiquions ici que les tètes do chapitre d’un discours très nourri de souvenirs historiques.d’observations personnelles, de conseils et d’appels directs, et qui, à maintes reprises, a été longuement acclamé.M.Bourassa, résumant le tableau de la France du XVlle siècle, a fait eu quelque sorte t’invenlaire des traditions religieuses et sociales que nos ancêtres ont apportées de France: une foi solide et éclairée, un profond respect de l’autorité et un juste sens des légitimes libertés, un excellent esprit de famille el un bon espril social.Il a montré dans la paroisse la cellule sociale qui a été pour nous le foyer de tous les progrès.Puis, il a discuté et détaillé les conséquences de la conquête anglaise, qui ont développé entre autres choses un esprit de concession excessif, un faux loyalisme, un faux patriotisme, Te régime parlementaire avec scs duties de parti débilitantes, une certaine défaillance religieuse qui tend à faire considérer rr qui est.à cause de notre voisinage des protestants, comme ce qui devrait être.Contre toutes les faiblesses et les défaillances il a demandé une énergique réaction: la lutte contre la double conscience, l’application à tous nos actes de la foi que nous professons, la restauration d’un vrai patriotisme qui ait pour base l’amour de notre seule patrie, le Canada, lu restauration de l'esprit de famille, le maintien d’écoles profondément catholiques et françaises, la restauration des moeurs et •lu bon goût — le goût de la vérité, le courage moral, la vieille probité française, Ta vie simple ci l’économie, un esprit social pins intense, plus pratique, la volonté de rester mailres de nos organisations, etc.Et toute notre vie individuelle et sociale, a-l-il insisté, doit être appuyée sur le roc tie la foi.I De celte thèse ardente, quo nous ne «faisons qu'esquisser.Mgr l’Ar-' chevêque de Salnt-Bonlface devait dire quelques minutes plu» tard qu’elle ôtait digue d’un chrétien, d’un patriote, d’un homme d’Etat.O « * L’uue des notes caractéristiques du congrès a été, avec la discussion des questions économiques, la part attribuée è la propagande par la presse.Le prédicateur en avait fait le thème de son sermon, Mgr Latu-lipe et le Dr Saint-Pierre, de Ford City, en ont éloquemment parlé à la séance du soir.Nous aurons l’occasion d’y revenir.Disons simplement, pour terminer ces notes hâtives, que ie comité de l'Association a été réélu en bloc, avec un nouveau membre, M.l’abbé Brosseaiï, de Haileybury.Orner HEROUX.BILLET DU SOIR SAMARITAINS Rue Saint-Laurent, près Dorchester, vers six heures du soir.Il y a foule sur le trottoir, long défdé de voitures, d’automobiles, de camions et de tramways sur la chaussée.Un piéton, mal vêtu, cherche à travers les gens, se heurtant de l'un à l'autre, son chemin.Il a la démarche incertaine, là canne tâtonnante, les grosses lunettes noires d’un demi-i aveugle.A l’encoignure des deux j rues, il hésite.On le devine pressé ! de traverser, mais peureux de s’aven-| turer à travers le courant gui pour-1 ra.it le broyer.Quelques secondes se passent.L’homme attend, au bord de la chaussée.Va-t-il se risquer ?Un colosse, au visage qu’on dirait taillé à coups de serpe dans un bois rugueux, rapproche.Il lui prend le bras.“Où allez-vous ?Vous ne voyez pas clair ?” dit-il d’une voix de basse formidable, sur un ton rude.— “Je veux traverser la rue, mais je ne puis pas.’’ Le demi-aveugle n'en peut dire plus long.L'autre le prend à l’épaule, fait un geste de la main à un chauffeur en train de.démarrer, et qui suspend son départ, guette une seconde une interruption dans le défilé, s'engage à travers la rue, pilote jusque, de l’autre côté son compagnon de hasard, lui dit : “Tout droit, il n’y a pas de danger”, et revient du côté qu’il avait quitté, retrouver un camarade qui Vattend.: “Ce pauvre diable-là aurait eu du mal à ne pas se faire écraser”, dit le colosse.j Rue Craig, près du champ de ' Mars.La neige a fondu, le pavé perce, dur aux pauvres bêtes de trait j attelées çt des traîneaux bien chargés.! Un camionneur roue de coups un j cheval vigoureux mais qui ne peut \ avancer.Jurons à la bouche, le char-j relier fouette sans relâche, tandis que | ta bêle s’épournonne et manque de ¦ tomber à chaque nouvel effort.Quatre ; gaillarde surviennent, mal vêtus, poings solides, visage peu engageant.i Ils voient la scène.— “C'eut pas un i bon charretier”, dit l'un.- “Hé, l'ami, ménage loti cheval ! ” crie l’autre.— “Tu as une bonne bête, pourquoi la faire mourir ?” dit le troisième.Le camionneur jure plus fort.Le.quatrième passant n’y tient plus.“Sacre moins, on va t’aider; c’est de valeur de.maganer ton cheval comme ça ! ” dit-il.Tous les quatre descendant dans la boue de la chaussée, examinent l’attelage, laissent souffler la bête: un d’eux lui frotte même les naseaux d’une grosse main amicale et lui caresse la croupe; puis, tous quatre disent au charretier qui grommelle : “Laisse-nous faire, tu vas voir ça ! ” Un prend les guides, deux autres se mettent de chaque côté de la charge, le dernier se pose à T arrière, l’épaule accotée, contre la barre du camion, et hue donc ! Celui, qui conduit ne jure pas.mais parle ii la bête, l’encourage sans crier; on devine qu’il sait mener les chevaux.Une minute plus tard.le.mauvais pas est franchi, la voilure s’en va et les quatre hommes, sur le trottoir, le visage un peu congestionné, la suivent de l’œil, disant : “Ça sait seulement pas faire tirer un cheval ! ” Paul Poirier.BLOC- NOTES Justes protestations «Le gouvernement anglais se propose d’établir, selon les dépêches, un bureau d'information publique permanent, dans le genre de ceux que nous avons eus pendant la guerre, en Angleterre, aux lEtats-Unis et au Canada.Le Manchester Guardian, un des journaux les plus sensés du Royaume-Uni, proteste contre le fonctionnement en permanence d’un pareil bureau.Il deviendra, dit-il, une soiie d’agence de presse ministcrieWe entretenue aux lirais du pays pour l’avantage du parti au pouvoir, et aidera à la presse reptile à déformer l’opinion, sous couvert de fournir aux contribuables des renseignements officiels.Un autre journal anglais, le Daily News de Londres, écrit sensément: “Le public a dû endurer pendant la guerre d’être nourri au biberon pur «le bureau de l’inlforma-tion publique; mais il n’y a aucune espèce de raison pour que cette sorte de prussianisme reste en permanence dans nos moeurs.’’ IM.«Bo-nar Law, parrain de ce projet, est l'ami intime de Beavenbrook; tous les deux «ont si bien tripatouillé l'opinion et la presse anglaises pendant la guerre, sous couleur de propagande de guerre, qu’ils voudraient sans doute continuer ce jeu.Il reste néanmoins assez de journaux indépendants en Angleterre pour que le «projet ait quelque misère «à aboutir.Ici aussi, nous avons connu le “spoon-feeding’’ dont parie le Daily News ; nous avons un bureau de l’information publique qui, depuis son premier jour, n’est autre chose qu’un encensoir à ministres, brûlant à n’en plus finir de l’encens sous le nez de nos gouvor- LA SESSION D’OTTAWA liants, surtout d«e «MM.Borden et (Rowell.On aurait cru que ce bureau fermerait avec la venue de la paix.1] n’en est rien.M.Nicholls, qui le dirige, a l’air sûr d’occuper ce poste tout «ie temps de la période de reconstruction, ce qui est assez vague, comme durée.«C’est une façon d’érig-er en (nsiitution permanente aux frais du public une machine de propagande gouvernementale.Elle a pourtant coûté assez cher au public, jusqu’ici, et pour rien du tout : à preuve la publication du Bulletin officiel canadien, mieux connu sous le nom de Rowell’s Weekly, dont le Ve ms de Toronto ilui-mêirie condamne l’existence inutile.Ces formules Enfin, le percepteur de ('impôt sur le revenu a fini par recevoir des formules françaises.Ce n’est pas trop tôt ; car nous avons pu les obtenir quelque soixante-douze heures seulement] avant l’expiration du délai dans lequel il faut déposer au fisc te rapport exigé par M.White pour 1918.De toute nécessité, le fisc devra prolonger de quelques jours, et même d’une couple de semaines, le délai que fixe la loi, sans quoi des milliers de personnes, dans notre province, seront en contravention avec l’autorité et s’exposeront, sans qu’il y ait eu de leur faute, à une amende assez lourde.Comme l'autorité elle-même a créé la situation anormale où sont les contribuables cana-diens-français.n'est-ce pas à elle d'en subir les conséquences ?Hâblerie lin auteur anglais île passage au Canada, ces mois-ci.a gravement laissé entrevoir aux gens de Toronto et d’Ottawa que, d’ici un siècle, la capitale de l'empire britannique sera au L '«a*La.soit à Toronto, soit à Ottawa même.D’autre part, l’archevêque anglican de Cantorbêry vient de déclarer à des soldats de la Colombie-Anglaise que leur province “ est déjà en train de devenir le pivot de l'empire et que, d’ici soixante ans, le centre de gravité de l’empire sera dans l’Ouest ”.Cet excellent homme doit être du Midi.Il a le “ mirage ” des provinciaux de Daudet Les Etats-Unis ou nous ?Le correspondant de la Gazelle à Londres câble ce matin à son jour-nal que, d’après un des membres de la mission commerciale canadienne en Angleterre, les commandes anglaises se portent plutôt vers les Etats-Unis et les pays neutres, tels que la Norvège, la 'Suède et le Danemark.que vers le Canada.Notre mission commerciale a même fait des représentations â ce sujet
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