Le devoir, 13 octobre 1919, lundi 13 octobre 1919
VOLUME X.— No 240 MONTREAL, LUNDI 13 OCTOBRE 1919 DEUX SOUS LE NUMERO Abonnements par la poste : Édition quotidienne |l CANADA ET ETATS-UNIS.«Uî 00 2NION POSTALE.8 00 Édition hebdomadaire CANADA.$2 00 ETATS-UNIS.2 50 UNION POSTALE.3 00 Directeur i • — fefaaêa ié HENRI BOURASSA )EV0 Rédaction et administration: 43.RUE SAINT-VINCENT MONTREAL.TÉLÉPHONE: Main 7460 SERVICE DE NUIT : Rédaction, Main 5121 Administration, Main 5153 FAIS CE QUE DOIS ! L’achat du Grand-Tronc L’affaire est à se faire.M.Mcighen l’a appris aux 'Communes il y a quelque soixante heures, le gouvernement se porte acquéreur du Grand-Tronc.Les tractations, engagées il y a au delà d’un an et demi, sont en train d’aboutir.C’est pour hâter le dénouement que le cabinet Borden, en l’absence du premier ministre, mais, vraisemblablement, avec sa permission, a saisi les Communes, vendredi soir, du projet dont les dépêches ont indiqué les grandes lignes.U est plutôt touffu.L’Etat, aujourd’hui propriétaire du A’ord-Canadien, ainsi que de l’Intercolonial, du chemin de fer de Vlle-du-Prince-Edouard, et du Transcontinental National, les exploite tous, en même temps qu’il est intéressé à l’exploitation du Grand-Tronc-Pacifi-que, mis sous séquestré il y a quelques mois, par suite de l'impossibilité de remplir ses obligations et du refus du Grand-Tronc de s’en occupe* davantage.II restait le Grand-Tronc qui, au temps de M.Hayes et sous sa présidence, a fait avec Ottawa un contrat par rapport à la construction d’un nouveau transcontinental.Le Grand-Tronc, en ce temps-là, prit des engagements formels dont il n’a tenu à peu près aucun et dont il cherche à se débarrasser depuis des années.Voilà un an et demi qu’Ottawa cherche un terrain d’entente avec le président du Grand-Tronc.Au cours de Tété dernier, des ministres, des hommes politiques et des financiers se sont réunis à Londres pour tenter de tirer T affaire au net.Il n’y a pas eu accord définitif.La rumeur dit qu’entretemps, des Canadiens entrés sans le sou dans la vie publique, il y a quelque trente ans, venus pauvres à Ottawa vers 18%, et apparemment sortis de la vie politique active il y a une quinzaine d’années, déjà millionnaires, ont acheté à Londres des obligations et du capital-actions du Grand-Tronc, histoire de faire une nouvelle et belle affaire.Quoi • qu'il en soit, le cabinet Borden, — protégé par ces politiciens depuis 1911 et qu’ils ont fort aidé en *1917, en consommant la coalition à son bénéfice et au leur, à la suite d’une campagne de presse mémorable et ^audacieusement menée, — vient de formuler une politique qui semble répondre à leurs désirs, si elle contrecarre les projets d’une autre faction, également coalitionniste, mais liée à des intérêts ferroviaires particuliers.*• * # On peut résumer ainsi les grandes lignes de la résolution Meighen, I qui formule la politique du cabinet par rapport à l’achat du Grand-i Tronc : le gouvernement va acquérir par arbitrage le capital-actions % privilégié et le capital-actions ordinaire du Grand-Tronc, d’une valeur nominale totale de 37 millions de louis sterling, — soit plus de 185 millions de dollars; il s’engage à prendre à sa 'charge les debentures et obligations du Grand-Tronc, d’une valeur approximative de $221,500,000; il promet aussi de verser un dividende annuel de 4 pour cent sur des obligations du Grand-Tronc pour 50 millions de piastres, ce qui fait 2 millions et demi d’intérêts à verser à chaque exercice financier.11 s’agit donc, en l'espèce, pour l’Etat d’une affaire de plus de 407 millions.Il commencera par ajouter à notre dette nette, qui dépasse le milliard et trois-quarts, celle du Grand-Tronc, qui est de plus de $221,500,000; puis il versera aux actionnaires une somme encore à établir, pour l’acquisition des 185 millions de titres qu’ils détiennent.Cette somme, une commission d’arbitrage la fixera; et si les trois arbitres qui étudieront l’affaire ne s’entendent pas, la Cour suprême ou le conseil privé trancheront le différend, sur appel d’une des deux parties.L’Etat, le montant à verser une fois fixé définitivement, donnera en reconnaissance de ce montant, aux actionnaires et aux obligataires, en échange de leurs valeurs, des titres portant intérêt à 4 pour cent, rachetables au jï'air à trente ans de leur émission.Une fois que la majorité des actionnaires auront ratifié la transaction, elle liera le Grand-Tronc ; un bureau de cinq administrateurs, — 2 choisis par cette compagnie, 2 par l’Etat et un dernier, désigné par les quatre premiers, — exploitera ce réseau ferroviaire jusqu'à ce que l’Etat ait échangé leurs titres aux actionnaires présents.De ce jour, l’Etat fusionnera le Grand-Tronc avec les chemins de fer qu’il exploite et administrera un ensemble de voies ferrées d’une longueur de 20,602 milles, dont un dixième à peu près est construit en territoire américain.Comme le régime ferroviaire du Pacifique Canadien et de ses compagnies subsidiaires des Etats-Unis est de 18,625 milles de long, le Canada en aura 2,000 milles de plus; il sera donc le plus grand propriétaire de voies ferrées du monde.* * * La question, on Be voit, est d’une extrême im/portance, outre qu’on Oa pose à une heure où nos finances sont loin d’être prospères, et dans des conditions singulièrement graves.Pour Tbeure, ainsi que nous le soulignions ces jours-ci, toute l’affaire démontre avec quel manque de prévoyance nous nous sommes engagés, depuis vingt ans, dans les entreprises de chemins de fer et quel peu de succès nous y avons eu, puisque, l’une après l’autre, ces entreprises, ne pouvant faire leurs frais, ont fini par retomber sur les bras de l’Etat.Pour leur trouver un débouché,, il faut, admettent les partisans et les adversaires du gouvernement, relier ces voies à celles du Grand-Tronc.Le mode d’acquisition du Grand-Tronc par arbitrage peut offrir des garanties, si les parties en cause ne conviennent pas au préalable d’un prix minimum trop élevé et si les arbitres sont des hommes droits, indé pendants de tout préjugé en faveur de tel ou tel groupes, et sont bien au (mirant des questions de voies ferrées; il ne faut pas (pie ce soient des créatures politiques, des pantins aux mains de tejle ou telle coteries financières.La prudence la plus élémentaire veut aussi que ces arbitres ou une v~ commission spéciale d’enquête judicieusement choisie recherchent ce qu’il y a (le vrai au fond de la rumeur qui rapporte (pie des brasseurs d’affaires sc sont livrés, depuis dix-huit mois et plus, sur le marché et dans les coulisses, à Londres, sur les titres du Grand-Tronc, à des opérations financières destinées à les enrichir.L’achat du Grand-Tronc par l’Etat est un acte dont on est encore loin d’être fixé sur les conséquences définitives, puisque jusqu’ici l’Elnt n’a tiré que des déficits de ses voies ferrées.Nous ne saurions donc être trop méfiants, trop précautionneux.Môme après tout cela, il n’est pas encore sûr que l’affaire tourne au profit du pays.Georges PELLETIER fy reprenne plus ! Je te.défends, tu entends?Mon neveu et moi nous avions assez vu le monde pour saisir le dessous des paroles; aussi, loin de nous alarmer de celles-ci, nous nous mimes à sourire, d’un air entendu.Flatté, notre voisin continua'.—Pourquoi as-tu mis ta casquette rouge, ce matin?Là! Dis-moi ça! La réponse était tout indiquée et comme Chariot ne cherchait jamais longtemps les siennes.—Ah! bien! fil-il d’un ton bonhomme, en levant des yeux où brillait une malice candide, c’était seulement pour faire fâcher les coqs d’Inde.” t Andrée JARRET.CHRONIQUE MUNICIPALE LES CARRIERES La presse a sommairement parlé, ees jours derniers, de la décision prise par l’ingénieur en chef de la ville, M.Doucet et pour laquelle il mérite pourtant, nous semble-t-il, de chaleureuses felicitations.Rien des fois et particulièrement après chaque accident qui coûtait la vie à une jeune victime, nous ayons parlé ici du danger des carrières.Nos lecteurs se rappellent peut-être avec quelle insistance nous avons demandé de les combler.Des gens au fait de ce qu’il en pourrait coûter pour arriver à cette cure, la seule qui puisse être véritablement radicale, nous ayant pré-vpnu qu’elle entraînerait trop de trais pour que la ville la tentât, nous réclamâmes l’érection de hautes palissades afin que l’accès de ces trous meurtriers fût au moins rendu difficile aux enfants.Nous réclamions depuis le commencement de l’été.D’autres journaux vinrent aussi à la rescousse et tu particulier une feuille hebdomadaire qui défend les intérêts des citoyens de la partie nord.M.Doucet, après avoir reçu des commissaires l’ordre de s’occuper de cette affaire, vient d’ordonner qu’on entoure ces carrières désaffectées d’une clôture élevée.Encore une fois, tous les dangers n’auront pas disparu; la police ne sera (tas justifiable de relâcher sa surveillance, mais on peut espérer au moins que les victimes seront moins nombreuses en 1920, que cette innée.11 y a toutefois à cela une condition péremptoire; c’est que l’ordre de M.Doucet aie reste pas, comme tant de ceux qui émanent de ’hôtel de ville, lettre morte, mais passe à exécution.PLUS DE PRECAUTIONS Récemment un soldat de retour du front a été tué par un agent de police.Celui-ci avait été assailli dans son domicile, il était en cas de légitime défense.Le jury l’a honorablement acquitté.Il y a d’autant plus lieu de s’en réjouir que eet agent avait un dossier exceptionnellement propre.Il se refait aujourd’hui les nerfs à la campagne.A son retour, il reprendra vraisemblablement ses anciennes fonctions.Nous n’avons pas la moindre objection à abandonner cette affaire iu jugement du chef de police qui agira, nous n’en doutons pas, avec circonspection.Mais il importe de ne laisser passer aucun événement, surtout un événement aussi regrettable que celui-là, sans en tirer des conclusions pratiques.Les agents sont armés de revolvers dont ils ont droit de se servir quand dans leur jugement il le faut pour effectuer une arrestation ou pour défendre leur vie mise en danger par un agresseur.Mais il est très rare que pour réduire un agresseur, fût-il de force herculéenne, il soit besoin de les qui ne pouvaient rester à la campagne faute d’une maison transformable ou encore parce que les oc-cupations du chef de famille l’obli-gdaient à rentrer en ville trop tôt, oéi sont-elles?Nécessairement, elles se sont tassées chez des parents, chez des amis, ou elles ont sous-loué quelques pièces à des prix profiteurs, chez des particuliers.La moindre affiche ‘‘à louer” les fait sortir de leur trou comme des araignées quand une mouche touche leur toile; mais leur précipitation et leur nombre ont instruit les propriétaires sur la gravité de la crise et il paraît qu’ils en profitent surabondamment.Rien ne fait tant plaisir aujourd’hui à un propriétaire, s’il faut en croire ces journaux, (lue de lui rendre sa maison.Il y logerait lui-même de la vermine, s’il le pouvait, pour vous en dégoûter.On cite des cas d’appartements ouvriers qui se louaient vingt dollars par mois, prix jugé fabuleux, et qui remis par leurs occupants, se sont enlevés comme pains chauds à quarante.Nos commissaires ne sont pas sans s’inquiéter de la crise.Ils la regardent comme ils ont envisagé toutes choses depuis qu’ils sont en fonction : sous l’angle des taxes.“Comment pourrons-nous profiler des profiteurs,” se sont-ils dit, “pour augmenter les revenus de la ville?” Qu’ils punissent les profiteurs, nous n’y voyons, pour notre part, pas le moindre mal; mais encore ne faut-il pas s’abuser.Ils comptent beaucoup pour y parvenir sur la déclaration des baux, qui, à notre bumble avis, ne donnera lieu qu’à des tricheries à n’en plus finir.Le meilleur moyen de résoudre la crise c’est de rendre le métier de propriétaire agréable.Il ne l’a pas été, jusqu’à cette raréfaction extravagante.Les taxes augmentaient avec la guerre et le coût des loyers n’augmentait guère avant {pie la diselte atteignît son paroxysme.Le meilleur moyen d’encourager la construction, c’est de ne point frapper le propriétaire de lois draconiennes ou inquisitoriales; c’est de lui-laisser sa latitude.Cela sau- B1LLET DU SOIR TOUT SIMPLE te aux yeux et devrait faire abandonner tout de suite aux commissaires leur projet de règlement relatif à la déclaration des baux.S’ils savent se montrer habiles, la cons-truclion qui a déjà fait des progrès sensibles depuis la fin de la guerre, prendra un nouvel essor.Les pauvres locataires trouveront à se loger autrement uu’à l’enseigne du profiteur ou de la belle étoile, et la ville prélèvera de grosses taxes sur les nouveaux immeubles.- - LE TRAMWAY < En prévision des Fêtes qui approchaient déjà, notre voisin, le vieux monsieur si digne, avec sa longue barbe blanche de prophète, s'était prosuiré une dinde maigre qu'il résolut d’engraisser lui-même, suivant l'art; sous ses apparences austères, le vieux monsieur cachait peut-être un gourmet.Pour nous, la dinde représenta une aubaine extraordinaire.Avertis, je ne sais comment, nous regardâmes d'abord par les interstices des planches, les Irons des noeuds absents, un mur de bois sèmirant notre propriété de colle an voisin.Mais très vite, nous primes plutôt l'habitude d'apporter l’une des chaises sans cérémonie de la raisiné, et montés dessus, dominant te mur, nous nous en donnions à eoritr joie.Après avoir attiré le coq d’Inde en lui je,tant des miettes, nous n’éprouvions pas de plus grand plaisir que relui de le faire fâcher.Celait si facile, d’ailleurs ; il suffisait de lui montrer un peu de rouge, O les amusantes rolères! Bientôt, le coq d’Tnde se gonflait * rd lr’ ailes tminantes, éplouant sa qurae, il se promenait, faisant F roue comme un paon.Et tout cela parce qu’il se smutil regardé.Seulement, comme nous avions déjà va le paon vivant de M.le Professeur des Sciences, an collège, ouvrir pour nous son merveilleux et gigantesque éventail, nous ne 'aisions que rire des efforts de notre ami, le coq d’Inde ; cc qui ne nous empêchait pas dsera de 400 homme -
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.