Le devoir, 4 juillet 1939, mardi 4 juillet 1939
Montréal, mardi 4 juillet 1939 REDACTION ET ADMINISTRATION 430 EST, NOTRE-DAME MONTREAL TOUS LES SERVICES TELEPHONE : BEUit 3361* SOIRS, DIMANCHES ET FETES Administration : Rédaction Gérant : BEIair 3366 BEiair 2984 BEIair 2239 DEVOIR y VOLUME XXX — Na 153 Directeur-gérant : Georges PELLETIER FAIS CE QUE DOIS Rééacteur en chef : Omet HEROUX TROIS SOUS LE NUMERO ABONNEMENTS PAR LA POSTE EDITION QUOTIDIENNE CANADA $ 6.00 (Sauf Montréal at la banlieue) F.-Unii et Empire britannique 8.00 UNION POSTALE ,10.00 EDITION HEBDOMADAIRE CANADA 2.00 E.-UNIS et UNION POSTALE 3.00 La conférence de Canton Le caractère de cette réunion où se rencontrèrent des hommes d'étude du Canada et des Etats-Unis-Les questions discutées — "L'Amérique du Nord et ses relations extérieures" - Les conclusions des orateurs — La trop petite part que prennent à ces conférences périodiques nos concitoyens de langue française La conférence qui, du 19 au 22 juin dernier, réunissait 3 Canton, New-York, plus de cent cinquante intellectuels canadiens et américains ne devrait pas passer inaperçue au Canada français.Plusieurs comptes rendus des séances ont déjà paru dans nos journaux et laissé voir l’importance des questions qu’on y a étudiées.Il ne sera pas sans intérêt, croyons-nous, de fournir aux lecteurs de chez nous des renseignements plus détaillés sur la genèse et le fonctionnement de ces réunions d’études, sur le rôle qu’y ont joué les Canadiens français et sur les discussions qui nous intéressent plus particulièrement.^ Cette conférence, h troisième du genre, était comme les précédentes sous les auspices conjointes de la Carnegie Endowment for International Peace et de deux universités: l’unversité Saint Lawrence de Canton, New-York, et l’université Queen’s de Kingston, Ontario.Celles-ci abritent tout à tour les congressistes.Ainsi, en 1935, la première conférence eut lieu à Canton, coquet petit boutg situé à quelques milles d’Ogdensburg, et, il y a deux ans, c est la vieille institution presbytérienne de l’Ontario qui hébergea l’université internationale ambulante., Les invités sont, pour la plupart, des professeurs d’universités canadiennes et américaines, attachés à des chaires d’histoire, d’économie politique ou encore de cette science que les Anglais appellent political science.Ajoutez à ceux-ci un certain nombre de publicistes, de diplomates et d’hommes publics particulièrement distingués, et vous aurez constitué l’auditoire des réunions.Ainsi on a pu rencontrer là lord Tweedsmuir, Owen-D.Young, sir Robert Borden, Newton-D.Baker, James-Brown Scott, James-T.Shotwell, John-W.Dafoe, William-Henry Moore, le général John-F.Ryan, sir Robert Falconer et Edward-J.Noble.On s’étonnera peut-être du rôle obscur que tiennent les Canadiens français dans ces assises où sont étudiées à fond des questions qui sont d’un intérêt capital pour notre pays.Selon les règles d’une juste proportion, les nôtres devraient compter pour un quart au moins de la délégation canadienne.Or, en 1935, il n'y avait à Canton que trois Canadiens français: le P.Marchand, O.M.I., le Père Saint-Denis.O.M.I., et M.Gustave Lanctôt,/tous d’Ottawa.A la deuxième conférence, celle de Kingston en 1937, à part deux professeurs de langue française de l’université Queen’s, MM.Biéler et Tirol, les seuls représentants du Canada français étaient le P.Saint-Denis, O.M.I., MM.Lanctôt et Mariôn, des Archives Nationales, et l’auteur de cet article.C’est alors que M.Marion souligna discrètement l’absence de tout délégué canadien-frapçais de la province de Québec et l’importance d’une représentation adéquate de la minorité française au Canada, Cette année, un des professeurs de l’université Saint Lawrence nous assurait qu’une quarantaine de Canadiens français avaient été invités à Canton.Seulement trois de la province de Québec s'y rendirent: MM.Jean Bruchési, sous-secrétaire de la province, Roger Brossard, avocat, de Montréal, et Jean-Charles Harvey, directeur-rédacteur du journal Le Jour.Pourtant, ilty aurait des avantages incontestables à ce que nos intellectuels fréquentent ces réunions, ne fût-ce que pour venir en contact avec les meilleurs penseurs anglo-saxons du Canada et des Etats-Unis.Et à peu de frais.Les dépenses de voyage et d'hospitalisation sont défrayées par la Carnegie Endowment.La petite université Saint Lawrence, richement dotée par les Young et les Mellon, nous assure, dans ses pittoresques pavillons, une chambre très confortable et des repas presque somptueux.Si on en juge aussi par l’accueil chaleureux fait au groupe français et par les applaudissements prolongés qui soulignèrent les remarques du P.Saint-Denis, de M.Marion et de M.Harvey, ce monde universitaire et politique ne nous est pas antipathique.Le thème général de la conférence, cette année, était brûlant d’actualité: L’Amérique du Nord et ses relations extérieures.On cherchait à provoquer opportunément des discussions sérieuses et à susciter des échanges de vues entre les auditeurs et les conférenciers.Chaque avant-midi et chaque après-midi, nous nous retrouvions dans les salles de cours, où un maître autorisé résumait eft quelques mots le problème soumis à la discussion générale.Dans les réunions solennelles de la soirée, des travaux plus élaborés étaient lus pour être, le lendemain, soumis à une critique serrée, dans une de ces round table discussions si à la mode dans ks milieux anglo-saxons.Les premières études eurent pour objet les intérêts économiques internationaux des pays d’Amérique et leurs répercussions d’ordre commercial et fiscal.On attaqua ensuite le vaste problème des intérêts politiques extérieurs, pour finir par les questions si âprement controversées de la défense militaire et de l’intervention dans les guerres européennes.Les travaux les plus intéressants, à notre point de vue, furent ceux de M.Lower, professeur d’histoire à l’Université de Manitoba, de M.Stacey, un Canadien de naissance également professeur d’histoire à l’université de Princeton, et de M.Frank Scott, professeur de droit à l’université McGill.MM.Lower et Scott ont brillamment soutenu la thèse nationaliste, affirmant sans ambages que le Canada n’a aucun intérêt vital engagé dans les conflits qui agitent 1 Europe et l’Orient.Les conclusions qui ressortent avec évidence de toutes les communications faites à Canton, en n’excluant pas celle de M.Stacey, qui paraît être un impérialiste convaincu, c’est que les dangers d’invasion pour le Canada sont imaginaires, que les dépenses militaires faites présentement par le gouvernement canadien sont en fonction d une expédition européenne et que, en dépit de leurs déclarations équivoques, MM.King et Lapointe n'hésiteront pas à envoyer nos troupes au delà des mers si la Grande-Bretagne entre en guerre.Tout cela confirme ce que le Devoir ne cesse de répéter depuis longtemps.M.Stacey et l’aile impérialiste de la délégation canadienne ont toutefois le mérite d’être plus objectifs et plus francs que nos hommes politiques.Us ont fait de notre politique extérieure une analyse poussée qui devrait être retenue.Sur un point seulement, voudrions-nous contester leurs assertions.Us prétendent que l’opposition à la solidarité impériale et à la participation canadienne aux guerres extra-territoriales reste quantité négligeable.Comme M.Scott l’a rappelé en réplique, aux trois millions de Canadiens français il faut ajouter un nombre respectable de Canadiens anglais résolument opposés, eux aussi, aux aventures européennes.D’ailleurs, ajoute-t-il, la clé de notre unité nationale, il faut la chercher dans l’autonomie complète du Canada.II n’est donc pas nécessaire d’être fataliste au point de croire que les visées impérialistes de la bureaucratie canadienne et de la haute finance triompheront infailliblement de l’opinion de la majorité des citoyens canadiens.Tous ces débats se sont déroulés dans l’atmosphère la plus sereine et ont toujours gardé un ton fort élevé.Qu’il y ait encore des carrefours où des hommes qui pensent et qui réfléchissent puissent se rencontrer pour discuter des affaires canadiennes-américaines, c'est signe que la démocratie continue à vivre en Amérique du Nord et qu’elle a des compensations très réelles.Lorenzo DANIS, O.M.I.de i'Universitê d’Ottawa.Hitler semble plutôt s’intéresser aux relations avec les États du sud-ouest Billet du soir Bonheur gratuit Il y a toujours des peines latentes,^’est inévitable; il y a des épreuves tenaces, temporaires ou perpétuelles.Il y a aussi la pensée des misères humaines, des méchancetés humaines, des guerres possibles et inhumaines.Mais il y a tous les malins un grand ciel bleu, au-dessus des arbres d’un vert lout neuf et merveilleux; il y a de vastes gazons repo sauts et beaux; il y a eu des buissons de lilas mauves ou blancs, des masses de chèvrefeuilles roses et odorants; il y a eu les iris, les pivoines, les lout petits lis jaunes au parfum si doux; U y a toutes les fenêtres ouvertes, et la légèreté de l’air, et la longueur des jours, avec plus de branlé le soir, plus de beauté à l’aurore.Sans autre raison, en regardant lout cela, nous devrions être heureux.Il y a les rivières aussi qui reflètent le ciel; qui le mirent, le promènent dans leurs courants; il y a beaucoup de jeunes jardins; des lacs, des montagnes, la mer.il y a les vastes champs où les futures moissons germent.Il y a l’air du matin, frais, léger, limpide même en ville.U y a Pair du soir, un peu plus lourd, un peu chaud souvent, mais si coloré par ce soleil jaune qui se couche dans un beau lit violacé.Il y a lout te jour le triomphe de ta lumière sur d'inimaginable» teintes; le triomphe sur le monde, d’ineffables par-rums, le triomphe de l’été élendn devant vous, paré de ses plus splen-dires atours.Et cela peut combler de joie même les plus pauvres; ces spectacles sont gratuits; cet air, n'importe qui peut en savourer la jeunesse, la voix des oiseaux, tout le monde peut l’écouter; cet air, ce soleil, Us foui pousser partout des fleurs, autant dans les champs que dans les plus riches parterres; Us en fout pousser dans les jardins el en vous-même.De la moindre promenade, ne ttntrez-vous pas ébloui, enlhousias- I me.Heureux malgré les peines latentes, les constantes et incurables de marcher d’un pak allègre?heureux d’avoir des yeux, de respirer, de marcher d’un pas allègre?heu-; reux comme dans la jeunesse, même si vous avez fini de vivre les âges joyeux?Ne rentrez-vous pas avec un panier de fleurs?Mais les autres, hélas! pourquoi ne veulent-ils pas voir comme vous que.ces fleurs sont magiques?Pourquoi ne sentent-ils pas en eux la confiance qui est en votre âme, qui nail en vous parce que le monde esl vert et le ciel si grand, si bleu?Pourquoi tous ne sont-ils pas convaincus qu’à la fin tout sera merveille, joie, triomphe?Pourquoi la Foi au Ciel sans limites n’est-ellc pas à tous facile, devant le monde, quand le monde est neuf et beau?., Qiitind le monde ainsi crie alleluia, alleluia?Michelle Le NORMAND Juin 1939.Bloc-notes L’alliance Herridge-Aberhart C’est fail.M.Herridge, nui fut jadis libéral el ami de M.King, puis conservateur, confident, beau-frère el même conseiller de M.R.-B.Ben-net.ensuite de quoi il fut ministre du Canada à Washington, vient de fonder un parti nouveau el aussi de contracter alliance avec M.Aber-hart, le grand exposant du créditis-ine canadien.M.Herridge ne devient pas créditiste, — ou moins il ne l’a pas dit.C’est plutôt à son nouveau groupe politique, — le parti de la Démocratie nouvelle, — que M.Aberhart a donné ces jours-ci, de façon explicite, son approbation el son adhésion.“I^e caucus du groupe fédéral créditiste, dit M.Aberhart, à Edmonton, approuve de lout coeur les principes oc la Démocratie nouvelle tels qu'exposés dans le discours de M.Herridge au Toronto District Labor Council, le 28 juin.L'appel de M.Herridge se fonde sur l’unité dans un programme destiné à obtenir les résultats que réclame le peuple canadien; programme positif et constructif en accord asec les principes et la politique préconisés par le mouvement crédi-tistc mondial.C’est de la démocralie en action.Je suis cent pour cent pour les principes du Credit social dans chaque province, mais je suis également partisan de la Démocratie nouvelle dans le champ fédéral, .Je recommande fortement à tous les partisans du Crédit social de joindre le drapeau de la Démocralie nouvelle au leur.Je suggère que nos groupes adoptent immédiatement les principes du mouvement de la Démocratie nouvelle et les élu-dieqt pour les comprendre à fond, de sorte que, le temps venu de nommer des candidats, nous puissions présenter un front uni”.C’est dire que le chef des créditistes canadiens, grand predicant de leurs théories, se rallie net au groupe Herridge en vue de la campagne fédérale, et incite tous ses partisans à faire leurs les principes et Je programme Herridge.S’il était mauvais d’un bout à l’autre, il ne rallierait guère de monde.Il comprend deux parties, en substance: la partie crill-que, exposant les abus du régime présent et les dénonçant, et la partie constructive, si l’on peut dire.La partie critique ne manque ni de fond ni de justesse, sur certains points.Quant à la partie constructive, elle est bien moins solide cl repose même sur des théories nébuleuses.Il y a au surplus dans le programme Herridge tout l’aspect impérialiste, si l’on peut dire, dont on a hâte de voir ce qu’en feront lcu! alliés québécois de M.Aberhart; car il y a une aile créditiste québécoise désireuse de présenter des candidats â la prochaine élection fédérale, et qui commence d’en aligner quelques-uns.Les créditistes québécois se défendent d'avoir quoi que ce soit à faire avec l’impérialisme, tant avec celui de M.Aberhart, qu’avec celui de M.Herridge.Par ailleurs, on a vu que le chef communiste Thn Buck a donné son adhésion très nette au programme de la Démocratie nouvelle, tout en gardant ses idées communistes.Rien que cela suffit a rendre assez perplexe sur la véritable nature de cette alliance multipartite, si l’on peut dire, cerlaitts étant impérialistes, d’autres se défendant de l’être, certains étant communistes, d’autres touchant au socialisme, d’aucuns prêchant un vague socialisme d’Etat, le groupe québécois, de son côté, se défendant d’être soit socialiste, soit socialisant, soit communiste, soit impérialiste, et se réclamant de la doctrine catholique.Ce sont en bref des alliés qui, tout en étant des alliés, ne sontj pas des alliés et s’entendent pour ne fas s’accorder de bout en bout.uisqu'il y aura des candidats cre-ditistes dans certains comtés québécois, on attendra avec curiosité leurs explications quant à M.Herridge, leur nouvel allié, M.Aberhart, leur chef présumé, et sur certaines théories auxquelles ceux-ci attachent beaucoup d’importance.Lesquelles plaisent et lesquelles déplaisent à nos créditistes, le point est à définir par le détail et le plus clairement possible.G.P.Au Parc LaFontaine L’inauguraiion des concerts populaires de la Société Saint-Jcan-Bap-tisle a pris hier soir un exceptionnel éclat.M.Blanchard, l’Acadien de ITle du-Prince-lidouard que nos lecteurs connaissent bien et qui est l’un des plus ardents champions du français qu’il y ait en Amérique, assistait au concert.Le chef du secrétariat de la Saint-Jean-üaptisle, M.de la Rochelle, en a profité pour le présenter à la foule, et ce fut l’occasion d’une belle manifestation d’amitié canado-acadienne.M.de la Rochelle a dit le rôle NOS DEUX PARTIS POLITIQUES Ils ont uni leurs destinées sur des points vitaux (IX,et dernier article) L'esprit de parti leur ferme les yeux sur un sentiment grandissant — La crédulité de l'électeur ne sera pas étemelle — Comment une douzaine de députés libéraux ont déjà réagi — Les déclarations ministérielles de cette année leur ont déjà donné raison de voter contre les armements — La condition fondamentale de l'unité canadienne L'ATTITUDE DES CREDITISTES ET CELLE DE LA CCF.(par Léopold RICHER) OTTAWA, 4.— Le Canada serait-il plus en sûreté avec le groupe qui représente la doctrine du crédit social aux Communes qu’avec les deux j vieux partis?plications contradictoires (les déclarations officielles de cette année leur ont pleinement donné raison).Ce sont: MM.Maxime Raymond (Beauharnois-Laprairie),Wilfrid Ga- En aucune façon.Si M.René Pelletier, le jeune député créditiste de Rivière à-la-Paix, a déjà manifesté qu’il partage les sentiments anticons-! son (Selkirk), Wilfrid * Lacroix criptionhistes de ses compatriotes des province* de l’Est, ses collègues; (Québec-Montmorency), Charles Pa —à commencer par le chef du groupe, M.Blackmore—-ne se sont opposés ni aux préparatifs militaires ni à une politique d’intervention dans les guerres de U Grande-Brel.gue; ils cm mtae soulem, que le crédit social ; j^o, (TiraSiurLSri'u’-offre une excellence méthode de defrayer le coul des armements.Alliés i combe (Laval - Deux - Montagnes), au gouvernement Aberhart, les créditistes fédéraux ne sont pas sans ! Hervé Brunelle (Champlain), Ar-endosser les vues du premier ministre albertain qui, un jour d'enthou rent (Québec-Ouest), Alphida Crète (St-Maurice-Laflèebe), Pierre Gau-(Portncuf), Jean-François siasme, a déclaré: “Nous autres, de l’Albcrla.nous sommes loyaux jusqu’au trognon.” Les créditistes du Québec, qui ne veulent pas de la par-! , ticipation du Canada aux guerres extra-territoriales, imitent les députés M.Blanchard à l’Ile^du-Prince- ^,ibéraux Tui.depuis trois ans, ont voté à plusieurs reprises contre le gou- j Edouard.M.Blanchard, dans une ! verneineid sur les crédits militaires et condamnent par conséquent la ; rapide improvisation, a rappelé le ! politique extérieure du parti.passé des Acadiens de File, leurs ! Un seul groupe parlementaire s’est prononcé franchement — et cha-! rendus prar™'«Sie'Sïir™,'.
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