Le devoir, 17 janvier 1998, Cahier D
I.H I) K V U I U .I.K S S A M K I) I 17 K T I) I M A X C HE IS .1 A X V I K It I II !) s ?LE DEVOIR * médias Lettres québécoises Page ü 3 Im chronique de Robert Ixilonde Page D 4 Ij; feuilleton Page D 5 ?Michel de Broin Page D 6 Grille télé du week-end Page D 7 Formes Page D 8 k i v W JOSEE LAMBERT ¦S&M mme une «La prose, quand elle s'installe, t'emporte co une rivière.Les mots déboulent, coulent, dans i émotion terrible.Tu ne peux plus te cacher.» Page d’histoire / Emile Zola et l'affaire Dreyfus Il y a cent ans et quatre jours aujourd’hui, le monumental «J’accuse!» d’Émile Zola faisait prendre un tournant décisif à l’affaire Dreyfus.Dans une lettre ouverte au président de la République, Félix Faure, publiée dans L’Aurore, Zola s’attaquait avec virulence au complot diabolique qui avait mené au «sacrifice» du capitaine Alfred Dreyfus sur l’autel de l’opinion publique.Durant cette période trouble de la III' République, Zola devra même s’exiler temporairement en Angleterre pour échapper à la justice française.Retour sur l’un des articles plus retentissants de l’Histoire.FRANÇOIS NORMAN I) LE DEVOIR Paris, le jeudi 13 janvier 1898.L’Aurore, un quotidien républicain-socialiste, publie un retentissant réquisitoire d’Émile Zola, «J'accuse!», dans lequel le grand écrivain et journaliste — Zola, avant de se consacrer entièrement à son œuvre littéraire à partir de 1880, collabora à de nombreux journaux — prend la défense d’un certain capitaine français d’origine juive, Alfred Dreyfus, accusé injustement d’espionnage au profit de l’Allemagne puis condamné à la déportation à vie par le conseil de guerre.Éort de toute l’influence que lui confère alors son œuvre littéraire, Zola dénonce avec sa plume d’une redoutable efficacité le complot machiavélique de l’état-major français, qui a mené à la condamnation de Dreyfus.Son implication politique aurait un prix, Zola le savait d’ailleurs pertinemment.«Je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la Loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation.Et c’est volontairement que je m’expose.[.] Qu'on ose me traduire en cours d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour! j’attends», signe-t-il courageusement en conclusion de son éditorial.Zola n’attendra pas longtemps.Un mois plus tard, il est condamné à un an de prison puis à 3000 francs d’amende pour avoir publié cet article.Mais quel article! «J'accuse!» Près de 300 000 exemplaires de L’Aurore sont vendus en quelques heures dans les rues de Paris, ce 13 janvier 1898.Le titre barre toute la première page: «J'accuse.! - Lettre au président de la République [Félix Faure] - Par Emile Zola».Dans sa lettre vitriolique, il dénonce les incertitudes du procès qui ont mené à la première condamnation de Dreyfus, en novembre 1894, met en cause les responsabilités de l’état-major français, accuse le conseil de guerre de partialité, parle de «preuves étouffées» puis «d’enquête scélérate».ë Un PUR JOYAU du e AMOUREUX et un poète ouvrent toutes grandes les vannes du cœur I E A N C H A R1.E B O 1 S es communiqués de presse, les quatrièmes de couvertures le présentent à la fois comme un rédacteur, un traducteur, un scénariste et un parolier.Mais pour professer le métier de «rédacteur-conseil» ou mieux, d’«écrivain public» dans des secteurs aussi divers que la chanson, le cinéma ou les musées, Jean Charle-bois n’en est pas moins un écrivain tout court et non des moindres, contrairement à ce que pourrait laisser croire le relatif silence de l’institution littéraire à l’égard de son œuvre.Certains critiques et lecteurs fidèles ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, qui fréquentent et apprécient ce poète prolixe qui, depuis plus de vingt-cinq ans, soit depuis 1972, nous a’bfferï pâs'moins de quatorze recueils tout au long desquels son talent s’est affiné, conjuguant peu à peu l’usage ludique du langage à l’exploration de l’espace et du discours amoureux, jusqu’à devenir cette expression profondément humaine, personnelle, du désordre des sens et des sentiments.Passionné d’Éluard, dont la lecture lui est un enchantement constant, Jean Charlebois s’inscrit ainsi dans la lignée des poètes qui ont su, tant en France qu’au Québec, mener l’expression de l’amour jusqu a sa quintessence: Aragon, Miron, Neruda Pourtant, cet homme au caractère à la fois chaleureux et réservé ne se considère surtout pas comme un «savant de la littérature».Il avoue même être fasciné non pas par la littérature comme telle, mais bel et bien par l’écriture, source inaliénable de joie qui lui permet d’échapper à l’instinct de mort présent en tout individu.Il se définit lui-même, en toute humilité, comme un «producteur», l’homme laissant alors la parole au poète pour nous livrer la métaphore: «Je suis un producteur agricole.Je plante des arbres fruitiers.Je les élève.Parfois les gens arrêtent, achètent mes fruits, puis s’en vont.Parfois la saison est très bonne, parfois moins bonne.» «En ce moment, je suis heureux, car ce sont de nouveaux fruits qui arrivent», ajoute-t-il en jetant un regard ému sur la couverture de son premier roman, L’Oiselière, qui sort ces jours-ci conjointement en France et au Québec, aux éditions Parole D’Aube et aux éditions de L’Hexagone.Sacré moisson en effet que ce magnifique roman de passion et de mort, dans lequel le poète a mis tout son art au service d’un sublime hommage à l’amour et à la femme.Rien, en effet, dans ces 220 pages, ne ressemble de près ou de loin à un cliché, à une facilité, à un artifice ou, pour mieux dire, à un exercice de style.Non, ce ro-man-là relève plutôt d’une écriture de la nécessité, même s’il a été longtemps mûri: «Je portais cette histoire depuis longtemps.Elle était gravée dans mon paysage mental, elle se promenait ça et là.Parfois, j’ai essayé, comme dans mon dernier recueil, de faire passer cela en prose, mais ce n’était pas ça.» Ce recueil, c’est De moins en moins l’amour de plus en plus, paru en 1996 et finaliste du prix du Gouverneur général, qui associait en effet poèmes et brefs récits pour dire déjà tous les «frissons intérieurs» que le poète amoureux a «ar-rac/t[é)s des murs de son angoisse», comme le fera plus tard le protagoniste et narrateur de L’Oiselière.VOIR PAGE D 2: CHARLEBOIS VOIR PAGE I) 2: J’ACCUSE! Claude Bleton Marcel Cailloux Judith Cowan Vénus Khoury-Ghata André Goulet René Lapierre Christine Palmiéri LIBERTÉ 234 décembre 1997 128 pages 6$ En vente partout où on aime les livres i V s. I.K l> K V O I li .I.K S S A M K I) I 17 K T I) I M A X ( Il K IM .1 A N V I K II I !l !) S I) 2 -Livres J’ACCUSE ! SUITE DE LA PAGE I) 1 Zola s’attaque particulièrement aux généraux Boisdeffre et Gonse, en dénonçant l’erreur judiciaire, les intrigues contre la révision du procès, et l’acquittement par ordre d'Esterhâ-zy, un officier français d’origine hongroise, le vrai traître, qui avouera son crime à la fin de 1898.Une des formules de l’écrivain passera d’ailleurs à la postérité: «La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera.» Zola est alors poursuivi en justice pour diffamation.Menacé de mort, il sera escorté sous haute protection lorsqu’il se présentera au tribunal.Fidèle à lui-même, il profitera de cette tribune pour lancer cette phrase célèbre au visage de la jeune III' République: «Je n'ai pas voulu que mon pays restât dans le mensonge et l’injustice, dira-t-il au jury.On peut me frapper ici, [mais] un jour la France me remerciera d'avoir aidé à sauver son honneur.» En se lançant ainsi dans la mêlée, Zola venait de faire passer Dreyfus au second plan, le caractère symbolique de l’affaire dépassant désormais de loin son caractère individuel.La presse se mobilise et se divise en deux camps, les dreyfusards (intellectuels, socialistes, radicaux, républicains modérés antimilitaristes, tous réunis dans la Ligue des droits de l’homme) et les antidreyfusards (la droite nationaliste cléricale et les antisémites, regroupés dans la Ligue de la patrie française), qui s'affronteront autour de grands principes politiques et moraux.On connaît la suite.Après plusieurs retournements spectaculaires, Dreyfus est finalement réhabilité puis réintégré dans l’armée, en juillet 1906, avec ses grades et fonctions.Entretemps, Zola était mort asphyxié Ce 29 septembre 1902) sans avoir vu la réhabilitation de Dreyfus, dans des circonstances jamais élucidées.Mort accidentelle?Assassinat?La question de savoir si la cheminée de son logis avait été volontairement bouchée s’est effectivement posée.Dreyfus: un bouc émissaire parfait.C’est en 1894 que débute ce qui va devenir la légendaire affaire Dreyfus dans une France encore humiliée par la défaite de 1870 aux mains des Allemands, et qui n’a pas renoncé à (Al-sace-Lorraine.A l’époque, l’opinion publique française est convaincue qu’un nouvel affrontement avec l’Allemagne est inéluctable.Aussi, l’intérêt que les Français portent à leur armée et, a fortiori, à la trahison, est sans précédent.En septembre 1894, les services de renseignements français interceptent donc un bordereau d’envoi de cinq documents de la Défense nationale destinés à l'attaché militaire de l’Allemagne à Paris, le lieutenant-colonel Maximilien Von Schwartzkoppen.Or, ces documents proviennent de l’état-major français.Un officier d’origine alsacienne et juive, récemment affecté à l’état-major, sera soupçonné en raison de la prétendue similitude de son écriture avec celle du bordereau.Mais surtout, le capitaine Dreyfus était Alsacien et juif.un coupable parfait.Arrêté en octobre 1894, puis jugé sommairement par le conseil de guerre, il est condamné à la dégradation militaire et à la déportation perpétuelle sur File du Diable (en Guyane), le 22 décembre 1894.Après une première campagne d’antisémitisme dans la presse et l’armée, l’affaire tombe dans l’oubli jusqu’en 1896.Bref, l’opinion publique est satisfaite, mais elle ignore la machination imaginée par l’état-major de son armée.L’affaire redevient d’actualité lorsque le nouveau chef du service de renseignements, le commandant Pic-quart, persuadé que le vrai coupable est un officier français dénommé Es-terhâzy, le dénonce et exige la révision du procès de Dreyfus.Traduit devant le conseil de guerre, Esterhâ-zy est cependant acquitté le 11 janvier 1898, ce qui ne manque pas de créer une vive consternation chez de nombreux intellectuels et gens de gauche.C’est d’ailleurs après l’acquittement d’Esterhâzy et de la mutation de Pic-quart en Tunisie que L’Aurore publie le retentissant «J'accuse!», un titre ju- dicieusement trouvé par l’éditorialiste Georges Clémenceau.La lettre ouverte de Zola allait avoir un impact foudroyant.Li majorité de la presse européenne l’acclame.Aux yeux des historiens, c’est à ce moment qu’éclate vraiment l’affaire Dreyfus, qui divisera si profondément l’opinion publique et qui constituera une redoutable épreuve pour la III1' République.Peu après la publication du «J’accuse!», on imposa une révision du procès à la suite de la découverte de faux ajoutés au dossier de Dreyfus, et dont l’auteur, un certain colonel Henry, devait se suicider.Entre-temps, la mort du président de la République, Félix Faure, et la crise politique avaient porté au pouvoir une coalition de gauche.En août 1899, bien que l’innocence de Dreyfus est plus qu’évidente, un conseil de guerre réuni à Rennes condamne à nouveau Dreyfus à dix ans d’emprisonnement avec circonstances atténuantes! Mais quelques jours plus tard, coup de théâtre, Dreyfus est gracié par le npuveau président de la République, Emile Loubet Pourtant, ce n’est que le 12 juillet 1906 que le jugement de Rennes sera cassé et que Dreyfus sera réintégré dans l’armée, qui l’avait si honteusement trahi.Il sera même décoré de la Légion d’honneur.Enfin, la publication en 1930 des carnets de Schwartz-koppen devait prouver définitivement l’innocence de Dreyfus et la culpabilité, au moins partielle, d’Esterhâzy.CHARLEBOIS Parler d'amour SUITE DE LA PAGE I) 1 Mais pour que le roman prenne enfin forme, il faudra attendre la rencontre d’un grand petit livre qui bouleversera l’existence de Jean Charlebois: La plus que vive, de Christian Bobin.La lecture de ce texte superbe et généreux servira de catalyseur au poète.Dès lors, le crayon glissera sur le papier, emporté par le courant lyrique, sans faiblir, sans parvenir à s’arrêter.Le résultat?Une véritable merveille de sensibilité, d’authenticité, de délicatesse.Une histoire dans laquelle on plonge avec délice, bercé, emporté par une écriture ciselée, éclatante d’images toutes plus expressives et émouvantes les unes que les autres.Parler d’amour n’a rien en soi d’original et il est particulièrement malaisé d’innover en la matière.Ceci explique la banalité de l’intrigue qui sous-tend le roman de Jean Charlebois, qui met en scène trois personnages principaux: «Utuis-Marie est amoureux de sa femme.Et sa femme meurt.Louis-Marie et sa femme ont une fille, Florence, dont on ne sait si elle a cinq ans ou vingt ans.Son âge joue au fur et à mesure de ce que Louis-Marie a à dire.» Et la parole, c’est tout ce qui reste, avec ses souvenirs, à cet homme à qui la mort vient de voler le meilleur de lui-même.Alors, page après page, Louis-Marie, ce «fruit égaré qui poussait dans SACRE MOYEN AGE ! O .Martin Blais «domine porte d'entrée au Moyen Âge, on peut difficilement demander mieux.» Robert Saletti, Le Devoir «L'ouvrage de Martin Blais foisonne de renseignements et tient sa promesse de faire dire au lecteur : Sacré Moyen Âge.» Dominique Paupardin, La Presse 278 pages F I D E S WW*** Jean Ciiarlèïois L’OiSELI! un champ de marguerites», va laisser ses phrases l’emporter, s’adressant tantôt à la fille chérie, tantôt à la «morte aimée», pour tenter de recréer, dans la matière même de son langage, la beauté et l’amour qui faisaient toute la quintessence de cette femme incomparable: «Je me dois de trouver l’amour enfoui dans ta mort, invisible comme le silence.Je cherche l’amour— je me dis qu’il finira bien parse mouler ata mots, par affleurer — pour que ta luminance paraisse.Reparaisse.» Tout comme son personnage, Jean Charlebois s’est laissé entraîner par l’écriture: «La prose, quand elle s'installe, t'emporte comme une rivière.Les mots déboulent, coulent, dans une émotion terrible.Tu ne peux plus te cacher.» Ainsi, au lieu de jouer le rôle d’un écran, la fiction a œuvré, pour le poète devenu romancier, comme un révélateur photographique.Chaque sensation, chaque sentiment, chaque émotion, est venue s’inscrire dans les lignes de son roman, donnant à celui-ci le ton de véracité qui constitue l’une de ses multiples qualités.Au nombre de ces mérites, mentionnons notamment l’intensité et la finesse de l’écriture.Assonances, allitérations, jeu sur les homonymies se succèdent sans que jamais ne soit démentie la fonction lyrique et dramatique qui leur est assignée.Toute la richesse de la langue est ainsi mise au service de l’histoire d’un amour absolu mais vraisemblable, crédible, n’en déplaise à ceux qui, non contents d’annoncer la mort du roman, prophétisent en plus celle de l’amour.L’éclair de la conviction brille d’ailleurs dans les yeux de l’auteur lorsqu’il affirme: «Oui, c'est vivable, c’est faisable.Ce n’est pas une utopie, cette histoire n’est pas si inventée que cela: ça se peut, si on regarde comme il faut, et si l'on vit comme il faut.Et j’aimerais que mon roman serve à nourrir la sensibilité des lecteurs, qu'il permette aux hommes en particulier de sentir qu'ils sont en mesure de sentir aussi, et qu 'ils doivent cultiver cette sensibilité.» Oser parler d’amour lorsque l’on est un homme, romancier et québécois de surcroît, n’est pas une mince gageure.Jean Charlebois a pourtant choisi de suivre la difficile règle à laquelle nous enjoignait Paul Eluard, l’un des plus grands poètes de l’amour de notre siècle, lorsqu’il écrivait: «Hommes, femmes qui perpétuellement naissez à l’amour, avouez à haute voix ce que vous ressentez, criez je t'aime par dessus toutes les souffrances qui vous sont infligées, contre toute pudeur, contre toute contrainte, contre toute malédiction, contre le dédain des brutes, contre le blâme des moralistes.Criez-le contre tous les avatars de la vie, contre l’absence, contre la mort.» Jean Charlebois, contrairement à la très grande majorité des romanciers québécois, a accepté le risque du lyrisme.Il a choisi de suivre la difficile voie du récit amoureux, et nous devons lui être reconnaissants de ce courage.Dans son inoubliable Fragments d’un discours amoureux, Roland Barthes soulignait dès l’introduction de son ouvrage: «La nécessité de ce livre tient dans la considération suivante: que le discours amoureux est aujourd’hui d’une extrême solitude.Ce discours est peut-être parlé par des milliers de sujets [.], mais il n’est soutenu par personne [.].Lorsqu’un discours est de la sorte entraîné par sa propre force dans la dérive de l’inactuel, il ne lui reste plus qu’à être le lieu, si exigu soit-il, d’une affirmation.» Le roman de Jean Charlebois est un merveilleux cadeau fait à la littérature québécoise justement parce qu’il naît de la nécessité évoquée par Barthes, mais surtout parce qu’il est, enfin, l’espace d’une affirmation qui, selon les vœux d’Eluard, a pris la forme d’un cri oublieux de toutes les barrières.Et quel beau cri ! L’OISELIÈRE Jean Charlebois L’Hexagone / Paroles d’Aube, Mont-réal/Vénissieux, 1998,224 pages DISQUES COMPACTS, LIVRES, CASSETTES, DISQUES, BD 3694 St-Denis, Montréal Choix et Qualité 7|3 Mont-Royal Est, MU Métro Sherbrooke 849-1913 Métro Mont-Royal 523-6389 V' ¦ OUVERT 7 JOURS m.histoire Voix écrites GILLES LESAGE LE DEVOIR L’ÉVANGÉLINE, 1887-1982 Sous la direction de Gérard Beaulieu Editions d’Acadie, Moncton, 1997, 416 pages Quinze ans après la disparition du journal L’Évangéline, 18 auteurs en font un premier bilan exhaustif, sous la direction de Gérard Beaulieu, professeur d’histoire à l’Université de Moncton.«Entre l’élite et le peuple», pour reprendre le sous-titre de ce collectif, quel a été le rôle du principal organe de communication du peuple acadien pendant près d’un siècle?Cet ouvrage en retrace l’évolution sous plusieurs facettes, en relate les difficultés qui ont mené à sa perte, au moment même où la société acadienne prenait son essor.De valeur inégale, certes — c’est presque toujours le lot de recueils de textes disparates —, voici une première analyse d’un média important qui, pendant des décennies cruciales, fut une véritable institution nationale.Ce collectif ouvre des pistes, suscite des interrogations, ne tire pas de conclusions péremptoires.Eptre l’élite et le peuple, où logeait L’Evangéline?La question et le débat sont ouverts.«L’Evangéline a occupé en Acadie une place peut-être encore plus importante que celle du Devoir dans la société québécoise, rappelle M.Beaulieu.Pendant 95 ans, ce journal a été considéré comme l’une des institutions nationales.U journal L’Evangéline, à l’instar du personnage dont il porte le nom, est devenu un mythe pour beaucoup de ses contemporains, lecteurs assidus ou observateurs sceptiques.On comprend alors l’étonnement et l’incrédulité générale qui ont accueilli l’annonce de sa fermeture en septembre 1982.» Paradoxe: l’attachement de la population acadienne à L’Évangéline suscitait de grands élans de générosité pour en empêcher la disparition, mais pas assez pour inciter un nombre suffisant de personnes à s’y abonner et à le lire régulièrement.«Etaité-sie québécoise.En un sens, ses nombreux livres parus en français, depuis le milieu des années"70, se rapprochent plutôt d'une esthétique d'écriture cana-dienne-anglaise et américaine; je pense notamment à son mode d’expression très narratif qui laisse toute une ampleur au caractère oral du vers.Mais il faut surtout insister sur l'humour grinçant de sa vision tragicomique du monde, où l’on s’étonne parfois des événements loufoques des «conséquences de la vie».Publiant très |xju ces dernières années, il revient avec deux courts recueils chez des éditeurs différents en Ontario et au Québec.Aux éditions Prise de parole à Sudbury (son principal éditeur), Desbiens fait paraître un long poème s'intitulant La Fissure de la fiction.Ce titre annonce le projet du poète solitaire qui cherche à entreprendre la rédaction d’un premier roman.Prétexte idéal, cette rumeur met en scène l’univers habituel de Desbiens avec ses images comiques où se condensent les désespoirs quotidiens de l’artiste maudit et reclus de la société.En quête d’alcool et d’amour, on suit alors le narrateur à travers ses déambulations urbaines dans Montréal: «Il descend la rue Saint-Denis, / terrorisé par les terrasses / Par les terribles terrasses pleines / qui lui glacent les veines comme le sourire sans-cœur de l’hiver./ Il tourne à gauche sur Ontario / s'éloignant encore un peu plus de / l’Ontario qui est et sera toujours / sur son dos comme une boule de bowling./ Il est le bossu de l'Ontario et / il voudrait baver sa rage chaude et / bouillante sur tout ce qui bouge En filiation directe avec l’univers poétique d'Al Purdy ou de David Mc l’adden, cette recherche d’effets est devenue beaucoup trop prévisible.On a surtout l'impression que Patrice Desbiens veut à tout ,prix faire du Desbiens.Aux jeunes Editions docteur Sax de Québec, l’auteur réunit quelques poèmes dans une plaquette sobre possédant un charme artisanal.Sous cette présentation graphique attirante, L'Effet de la pluie poussée par le vent sur les bâtiments n’arrive pas toujours à surprendre a travers sa complaisance ironique.C’est encore «l’homme invisible» qui tente d’échapper aux anecdotes de son existence lamentable.Il faut dire qu’on est loin de la pertinence de Sudbury (Prise de parole, 1983) ou de Dans l'après-midi cardiaque (Prise de parole, 1985) ! Depuis Faillite sauvage (1rs Herbes rouges, 1981).l’œuvre de Jean-Marc I )esgent se rattache plutôt à l’esprit démesure de la contre-culture américaine (de Burroughs à Brautigan).Alors que Desbiens s’isole dans son humour, Desgerft n’hésite pas à expérimenter les multiples facettes de son lyrisme.Ce qui le caractérise est d’ailleurs cette façon de faire cohabiter différents registres dans un même poème.Avec lœs Paysages de l’extase, il choisit le motif des amoureux enlacés, en opposition avec l’effroi d’une epoque confuse.Cette suite qui compte 11 variations s’étend sur le caractère abyssal de l’amour dans la tradition fié vreuse de l’extase mystique: «Deux amoureux appellent les astres radicaux / et le vent des portes du monde: / il est le plus beau désir des choses / et des garçons, des bêtes et des filles./ Alors, nos chairs n ’ont plus de poids / dans la lourdeur des langues, /alors, les abimes disparaissent au milieu des batailles./ Deux amoureux nous enseignent / comment ne pas tomber dans le vide des choses, nous prient comme si nous étions la lumière du réel, / donnent sens à l'attachante boite de la nuit [.].» Alerte, Desgent se permet plusieurs clins d’œil dans les tableaux qu’il fait de la réalité tourbillonnante.On découvre, notamment, des allusions incisives sur la situation politique du Québec actuel.C'est, peut-être, ce qui m’agace le plus d;uis cette poésie, comme un besoin de surprendre à la moindre occasion.Pour autant de trouvailles, Desgent nous entraîne sur la voie néfaste du discours idéologique.Je me demande alors s’il ne s’agit pas d’un autre de ses pièges.Le petit prince retrouvé Q Lt- littérature québécoise Oser Saint-Exupéry en reprise LE PETIT PRINCE RETROUVÉ ’ Jean-Pierre Davidts Illustrations de Marie-Claude Favreau, Les Intouchables Montréal, 1997,85 pages • Ol MARIE-ANDRÉE CHOUINARD 1 LE DEVOIR Antoine de Saint-Exupéry terminait l’histoire de son Petit Prince en lançant un appel à tous les cœurs tendres: «Si [.] un enfant vient à vous, s’il rit, s’il a des cheveux d’or, s’il ne répond pas quand on l’interroge, vous devinerez bien qui il est.Alors soyez gentils! Ne me laissez pas tellement triste: écrivez-moi vite qu'il est revenu.» En offrant cette ouverture, l'écrivain et aviateur français se doutait-il qu’un auteur un jour s’y infiltrerait, jouant d’une audace que certains applaudiront peutêtre mais que d’autres percevront comme un geste d’une arrogance littéraire déplacée?Nul ne le sait.Publié récemment par la maison d’édition Les Intouchables, Le Petit Prince retrouvé de l’auteur Jean-Pierre Davidts, connu notamment pour la publication de titres jeunesse, se veut une suite au récit du petit blondinet au grand cœur.CNoius lé retrouvons donc ici, avec sa rose en tête, sa boîte et son mouton sous le bras — le mouton étant ici «visible pour les yeux et le cœur» —, ce Petit Prince des temps modernes à l’âme toujours aussi pure et à l’innocence égale en beauté.Le garçonnet, folâtrant d’une planète à l’autre, croise ici non pas l’aviateur perdu en plein désert qu’était Saint-Exupéry mais plutôt un naufragé échoué sur une île.«Es-tu un chasseur de tigres?», demande le Petit Prince au nouveau venu, Son mouton broutant paisiblement à ses côtés.Car sur la planète du petiot et de sa rose, apprend-on par la suite, vit un tigre potentiellement dangereux pour sa fleur et son mouton.Dans sa quête effrénée pour un chasseur de tigres, errant de planète en planète, le Petit Prince rencontre un écologiste obsédé par la protection des Insignifica minuscula, puis un publicitaire prêt à vendre n’importe quoi à n’importe qui, un statisticien fou des chiffres, un gestionnaire, un Levert prêt à effacer toute autre couleur de la surface de sa planète et une fillette esseulée.Doit-on vraiment comparer l’œuvre à celle de son prédécesseur?Car voilà où le bât blesse: malgré une écriture ,voulante et fort agréable, des idées somme toute originales, fallait-il oser emprunter les traces de Saint-Exupéry sans qu’on y sente une forme de çapital éditorial ou l’ombre d’un coup médiatique?Il ne le fallait pas, l’œuvre de l’écrivain français, n’ayant pas besoin, 50 ans plus tard, d’un écho «rafraîchi» tel celui-là.1 Saint-Exupéry lançait lui-même l’invitation à une suite, diront les auteurs.Chaque lecteur y aura vu un appel à reconnaître, dans les sociétés bigarrées que sont les nôtres, un Petit Prince, une âme pure, aux sentiments des plus limpides.Flairant le défi, la bonne affaire, d’autres y auront perçu la bénédiction nécessaire pour retrouver le divin enfant et faire part de ses épopées contemporaines.; «J’ose espérer, affirme le narrateur dans sa lettre à Saint-Exupéry, que [le Petit Prince) aura gardé de moi un qussi vivant, et agréable souvenir que de vous.» A cause de cette désagréable touche d’arrogance, permettons-nous d’en douter.L’étranger révélateur R b e r I C hart r a n il ?pourtant moins beau que son mari et l’amant qu’elle avait laissé au Canada, qui l’avaient séduite.Dans d’autres récits, le charme de l’étranger sera plus insidieux.C’est le cas du Québec pour Mark, ce Boston-nais de la nouvelle El Dorado: lui qui peste contre notre réseau routier et la mocheté du paysage va éprouver une attirance troublante pour Perry, cette Montréalaise aussi «bohème» que la province où elle vit; cette grande et forte femme, enceinte de plusieurs mois, qui n’a pas honte de ses varices, cette «femelle éclatée», qui ressemble à la fois à une lionne et à une reine viking, il la voit soudain comme épouse parfaite «dont il s'imaginait que la chaleur de son ventre et de ses seins gonflés d’hormones se répandait dans sa tête, chassant un froid héréditaire».Dans Le Temple du jaguar, l’exotisme émane donc des personnes autant que des lieux.Il en va ainsi de la capricieuse beauté aussi de Lil, cette jeune femme du récit Tomber, dont Colin juge d’abord l’allure banale, et les gestes, maladroits.Mais la démarche chancelante de Lil éveillera brusquement chez l’homme mûr le double instinct du chasseur et du protecteur.Ces séjours à l’étranger et ces rencontres dues au hasard provoquent chez les personnages mêmes un sentiment d’étrangeté, le constat d’une distance par rapport à eux-mêmes qu’ils vont tenter d’abolir.Se perdant apparemment ailleurs, ils se retrouvent, car l’étranger — lieu ou individu — est doté, dans les nouvelles de Keith, d’un coefficient de vie ou d’authenticité qui fait défaut aux personnages principaux eux-mêmes.Cet exotisme paraît plus déroutant encore dans la dernière nouvelle du recueil, qui s’intitule précisément Le Temple du jaguar.Lors d’une visite guidée du site maya de Tikal au Guatemala, Beth, qui accompagne son mari en voyage d’affaires, a subitement la révélation de la finitude de toutes choses, qu’il s'agisse des entreprises les plus ambitieuses ou du banal ennui.L’escalade périlleuse du temple devient pour elle celle de la dernière chance.I\iis elle assiste froidement à la chute mortelle d’un de ses compagnons; ce spectacle — c’est ainsi qu’on sacrifiait les victimes chez les Mayas — , elle en est sûre, n’est que la suite normale d’un enchaînement d'incidents où se dessine la cohérence du destin.La voici donc au sommet du temple, dans un lieu et à un moment où semble régner la plus grande incertitude, où il lui parait que tout pourrait advenir.Va-t-elle elle-même se jeter dans le vide?«Rien n'était sûr, sinon le plongeon lui-même.» Quoi qu’il en soit, cette nouvelle est peutêtre la moins réussie du recueil: l’éloge de l’exotisme a ici quelque chose de grandiose qui s’accorde mal avec les préoccupations plutôt banales de l’héroïne.Il y a des couples dans toutes ces nouvelles, mais ce sont les individus qui sont racontés, maris et femmes dont la vie amoureuse passée ou présente se porte mal.On ne se parle guère, chacun garde pour soi ses blessures secrètes et renonce à si* confier à l'autre.On en a un bel exemple avec Les Lapines et L’Histoire de Karl, deux nouvelles dont la trame narrative est la même: une simple randonnée à la cam-pagne d’un couple, Joney et Karl, et de leurs deux jeunes enfants.La première nouvelle est racontée du point de vue de la femme, et la deuxième, de celui de l’homme.On le constate au fil des deux récits: Joney et Karl ne s’accordent ni sur l'interprétation du passé, ni sur leur situation présente.Désir d’évasion.voire de disparition de la femme, alors que l’homme déplore qu’ils n’aient pas compris plus tôt.Ces «lapines», qui sont les moutonnements de l’eau dans des rapides, vers lesquels se précipite leur petite fille, qu’est-ce qu’il faut en penser?Four la femme et sa jeune enfant, ils représentent une envie d’évasion, voire de disparition; le mari, lui, y voit le simple désir — très ancien chez lui-même — de posséder un animal à soi.Èxception intéressante parmi ces récits qui mettent en scène des bourgeois moyens: Un après-midi au Belle-rive où, dans un hôtel luxueux de Lausanne, une baronne espagnole rend visite à sa vieille tante.On y parle de futilités, on se querelle pour des riens, mais peu à peu émerge la dure vérité sur les infidélités des hommes — celles du père de la baronne, celles de son mari.Mais ce qui importe dans le grand monde, c’est la sauvegarde des apparences: pourvu que cela ne se sache pas ou ne soit pas dit.Et puis, si les convenances ne sont pas respectées, la baronne peut à tout le moins s’estimer heureuse de conserver son statut: même trompée et trahie, elle n’est pas quittée.Il y a dans cette nouvelle une cruauté subtile aux accents tchpkhoviens.Écrites et menées sans recherche d’effets, ces nouvelles de Julie Keith sont des machines narratives toutes simples mais non dépourvues de finesse.Dans Le Temple du jaguar, l'art de raconter s’exerce avec une sûreté aussi discrète que convaincante.ce qu’on fait si bien au Québec! • 1500 verbes de plus que les autres guides • 130 modèles faciles à utiliser • usage des prépositions • grammaire des verbes • fréquence d’emploi des verbes • aucune exception Les verbes logiques André Dugas et Hubert Manseau 248 pages LE TEMPLE DU JAGUAR Julie Keith.Traduction de l’anglais par Hélène Rioux.Éditions de la Pleine Lune, Montréal, 1997,221 pages Comme il est dit très justement au dos du recueil de Julie Keith, «on entre dans ces nouvelles sur la pointe des pieds, sans faire de bruit, pour ne déranger personne».Chacun des neuf récits s'ouvre en effet sur une situation banale de la vie quotidienne — une petite famille qui se ballade en auto, une dame qui marche dans un couloir d'hôtel, une autre qui a décidé de couper ses cheveux blancs —, du presque rien, tout juste de quoi amorcer, mine de rien, une histoire.La plupart des personnages n’ont rien de remarquable, eux non plus.Ce sont souvent des bourgeois prospères, Canadiens ou Américains, ambitieux parfois, plus habiles dans leur carrière que dans leur vie affective.Ils ne sont pas vraiment malheureux: tout juste amers lorsqu’ils se rappellent des épisodes de leur passé, ce lieu des manques et des trahisons, qui contamine peu à peu leur présent jusque-là serein.De là, il suffit alors d’un regard insistant, d’une remarque désobligeante pour que s’installe un climat de malaise, d’exaltation ou de tristesse qui ébranle ces existences pourtant si bien organisées.L’habileté de conteuse de Julie Keith est là, pour une bonne part, dans cette faculté de rendre l’anodin signifiant; tout sert ici, mais le lecteur ne s’en rend compte que rétroactivement, à la fin de sa lecture.Keith pratique une saine gestion narrative, qu’on dirait plus répandue chez les romanciers et nouvellistes anglo-saxons, où on attache beaucoup de prix à la vraisemblance des personnages et des situations, de même qu'à la solidité de l’intrigue.Peu d’abstraction ici.Même la subjectivité a des assises objectives: ainsi, les humeurs et les sentiments des personnages sont rendus par des gestes et des paroles; les je-ne-sais-quoi des contours ou, à défaut, des coordonnées.Chez ces femmes et ces hommes raisonnables, les accès d’irrationalité — un désir amoureux soudain ou une rupture brusque — sont des ébranlements, des transports qui, précisément, se produisent ailleurs, alors qu’ils sont en voyage à l’étranger ou en visite chez des amis: le déplacement géographique accompagne ou provoque celui de l’âme.C’est parfois le génie des lieux qui va opérer, comme pour Elizabeth, dans lœ Chat de jade, en séjour à Hong-Kong avec son main et qui décidera d’y rester, envoûtée par la beauté bariolée de l'ile.Mais auparavant, c’est la douceur et la tendresse romantique de Ted, cet amoureux transi Patrick Nicol i », ./- "T K ¦ s •.¦MfÀmëéÆû TJne satire politique féroce.Un roman ' jjgâ, élinquant./ «L’auteur déploie une ironie décapante» Stanley Péan Ici «Très amusant, très in té ressant, très incongru» René Homier-Roy, C’est bien meilleur le matin «C’est simple, amusant aussi, mais cette simplicité dissimule une critique en ombré chinoise du Canada, de son système politique, social et de ses valeurs,» Franco Nuovo, Le Journal de Montréal «Tout y passe, depuis l’économisme manipulateur jusqu’aux fadaises du Nouvel Âge, en passant par la médiocrité des médias.» Réginald Martel, La Presse «Un livre hautement sati rique» Christiane Charette, Christiane Charette en direct «Patrick Nicol raconte ces hommes sans qualité à sa manière, qui est assez singulière» Robert Chartrand, ¦ Le Devoir «Amusant et subversif» Sylvain Houde, Voir EEI vlb éditeur I LITTÉRATl’RÉ /> ./ / /., 1 _/.v 584 pages, 21,95$ La présence de l’Etat au Québec La criminalité FIDES LE DEVOIR En librairie dès maintenant gaBMBgg JULIEN SAUCIER LE DEVOIR «Le monde est dans une aube blême, traversée de grands gestes brisés.Je ne sais pas dire ma désolation enragée et qui m'étouffe le cœur.» L’homme qui plantait des arbres Il n’y a plus grande littérature qui tienne! Blessée à mort dans son sommeil, la forêt n’est plus que têtes arrachées, bras cassés, troncs fendus.Deuil des corneilles, des geais, au-dessus des arbres morts: un seul long vol noir, funeste, silencieux comme la glace.Pas un cri, pas un gémissement, pas un pleur: c’est la paix noire de l’inimaginable survivance.Le jour ne se lève pas, ne se lèvera peut-être plus jamais.Le monde est dans une aube blême, traversée de grands gestes brisés.Je ne sais pas dire ma désolation enragée et qui m’étouffe le cœur: Rien ne bat plus en moi, je suis comme endormi de chagrin, et je ne vois plus, n’imagine plus rien.Trop de mon espérance est tombé avec les branches.Je savais par cœur telle ramure de pin, tel nœud noir dans le Y du bouleau, le merisier qui se remettait d’un méchant coup de vent, le jeune érable sauvé de l’orage: ils sont tous gisants, écrasés, cadavres sur la neige.J’étais perché, moqueur polyglotte sous la feuillée: me voici abattu, allongé dans mon cercueil de glace, un grand cri gelé au travers de la gorge.Il était fier, il était fou, l’homme qui plantait des arbres: c’est pour les offrir, bras tendus, à la mort dans le ciel, que nous les avons fait naître et vus grandir.Nous les avons sauvés du nodule noir, de la tordeuse, de la sécheresse, du gel, des épidémies de chenilles et les fourmis rouges, pour les voir s’agenouiller, cœurs fendus et bras morts dans la neige, noire de bourgeons tombés.«Je regarde dehors et ne vois que la mort», dit le poète.Je ne saurais dire autrement.Ce matin, j’ai peur.J’ai peur de ne pas savoir comment vivre avec mes morts.Tant de ciel! La soudaine clairière, un ravage! Un gigantesque marais gelé, hérissé de chicots.Chaque tronc encore debout a le flanc déchiré d’une longue blessure pâle, et qui luit comme de la chair à vif.Comment me tiendrai-je debout, seul et si petit, dans cette savane désolée?Où nichera la fauvette, se perchera la chouette, se cachera le butor?Aurons-nous un printemps sans oiseaux, un mois d’avril vide, lisse et muet, interminable semaine sainte, hantée par d’effrayants fantômes de branches en fleurs et le souvenir déchirant du vent dans les feuillages?Les mots et les arbres Quelque chose en moi est tombé, s’est fracassé et git sur la glace, bras écartés.J’écris et je parle en spectre: les mots ne disent rien, ne servent plus à rien.Les miens, ceux des autres, les mots de colère, de consolation: les mots qu’on prononce après l’horreur résonnent dans un grand vide, une absence inenta-mable.Les arbres sont morts, et je n’en mène plus large.Par la fenêtre, échancrée d’éclisses, j’aperçois le chien qui rôde, dans les ruines du sous-bois.Il hume et renifle les cadavres démembrés, la queue basse et les oreilles sur la tête.Je voudrais pleurer, mais je suis sec et raide comme du bois mort, pas même bon à brûler: bois pourri, arbre foudroyé, au méchant goût de soufre.J’ai mis vingt de ces arbres dans mes histoires, où ils gesticulent a présent en enfer: ils sont fictifs, irrémédiablement.Je croirai bientôt moi-même les avoir inventés.Fabulations, ces flammes cuivrées du sumac, ce volètement d’écus dorés du tremble, ce feu cramoisi du chêne, au commencement d’octobre.Chimères cette chevelure envolée du saule, ce salut lent et grave du sapin, quand je passais près de lui pour aller au lac, cette hesitation bruissante du lilas, quand je le croisais, pour me rendre à la grange.Inventés, ces coups de vent sonores dans les hauteurs du peuplier, la plainte soyeuse du fèvier, la rumeur d’église du cerisier en fleurs, ce craquement sourd du bouleau, celui qu’on avait peur de voir tomber sur la maison, les soirs de grands vents.Au moins aurai-je eu le temps de vous sauver de l’oubli, vous autres.Mille de vos pareils ne seront plus jamais observés, admirés, encore moins décrits.Célèbre-t-on un arbre disparu?C’est à peine si nous savons garder mémoire des nôtres, ceux qui traîtreusement s’en sont allés.La mort est violente et injuste, toujours.On me dira: «Mais qu’est-ce qui lui prend, à ce plumitif des terres noires?! Le malheur est humain, pas botanique! On gèle et on vit dans les ténèbres, un peu partout au pays, et Monsieur, lui, déplore son boisé dégarni, comme un Jean-Jacques Rousseau éberlué!.» Il est vrai, mais nous nous relèverons, et pas eux.Et nous nous relèverons sans eux, ce qui ne m’entre pas dans la tête, ni dans le cœur.Il me semble que nous sommes, à tous égards, entrés dans une ère qui a follement partie liée avec la mort.Celle des arbres n’était, tout bonnement, pas envisagée, il faut croire.Elle me laisse abruti et les yeux brûlants d’incrédulité et d’inespérance.Je subis une misère de iièvre dans sa savane dévastée, et je n’y peux rien: ces arbres m’étaient refuge et nourriture, raison d’espérer le vent et d’attendre patiemment la fin des orages, roulé en boule dans ma chaleur.Raison de faire certaines phrases, qui ne trouveront plus jamais moyen de s’articuler sans leur ombre, leurs bruits, leur majesté, tranquille ou furieuse.Ces mots-là, indisables: comme leurs ramures, bons à faire du feu.IJn matin de mai.J’en reviendrai, sans doute, quelque matin de mai, où fleurira le muguet et balancera le mil dans la brise légère.Patience: le fouet du saule nouveau-né chassera le souvenir du grand arbre tombé.Je serai le Petit Poucet d’une forêt d’enfance et de bosquets, d’arbustes et de broussaille.J’y tracerai des sentiers sans m’arracher les bras, et verrai l’immensité du ciel arriver chez nous de partout sans encombre.Je verrai, je verrai.Mais aujourd’hui, c’est l’hécatombe, le massacre, l’horreur et mes yeux restent secs devant tout ça.Trois vestes de laine sur les épaules, je cherche à tâtons, dans les ténèbres de ma bibliothèque, ce livre de Giono, où je sais qu’il est question d’arbres, de forêt, d’un recommencement insoupçonné et fabuleux, du retour fracassant des arbres et des hommes ensemble dans les rues d’une ville.Je cherche, les doigts engourdis et le cœur battant, et finis par trouver le passage en question, qui m’arrache enfin une larme, tiède et douce.Je le récite au chien, d’une voix tremblante qui lui fait dresser les oreilles sur la tête: «Nous appelons ces arbres nouveaux de tout notre vent et de tous nos oiseaux.Ils se précipitent à notre rencontre.Leurs feuillages sont encore sanglants du gros effort qu'ils ont fait pour naître entièrement purs d’une chair entièrement intelligente, Nous les embrassons.Nous les chargeons d’oiseaux.Nous entrons avec eux dans les avenues.Nous écorchons les maisons avec nos ramures mélangées.Nous charmons les rues avec nos racines plus puissantes que les serpents sacrés.Nous couvrons les toits, renversons les murs.L'orage de notre sève ébranle les plus orgueilleuses fondations.Sur nos feuillages descendent les oiseaux, puis le silence, puis la splendeur.» Les arbres et nous, vivants et de nouveau réunis, en noces triomphantes.Oh!.A o b c r I /.il I Il d c J’écris et je parle en spectre: les mots ne disent rien LES VRAIES RICHESSES Jean Giono Livre de poche (La Pochothèque) I r i I.K U K V (Il II .I E S S ,\ M K I) I I E T I) I M A X ( Il E I .s .1 A X V I K II I !l il 8 i) r> S LE FEUILLETON Tragédie grecque ANTIGONE Henry Bauchau Actes Sud, Arles, 1997,356 pages En lisant les tragiques grecs, on comprend mieux pourquoi Freud fut à ce point fasciné par la civilisation hellène et les œuvres dramatiques qu’elle nous a léguées.Difficile en effet de trouver un canevas plus clair, plus pur, une représentation plus dynamique des forces de l’inconscient, une expression plus juste des passions humaines quand elles ne sont pas entravées par la morale ou les simagrées de la bonne conscience.Les actions, et leur motivation, répondent à des lois aussi strictes que celles commandées par les sociétés.Elles en ont aussi le caractère implacable.«Le vrai roi sçlon la nature, je le sais, c'est Poly-nice — confie Etéocle à Antigone —.Je suis seulement roi par l’effort constant, je ne ferai jamais tes grandes actions qu’il peut faire, mais qu’aurait été Polynice sans l’offense fondamentale que je lui ai faite?Le souverain d’une médiocre cité.Je sais ce que j’ai fait, je n’ai pas voulu la justice mais la puissance.C'est parce que Polynice est si admirablement, si stupidement solaire que j’ai dû m’opposer à lui et le combattre avec mes armes, celles de la nuit et celles de l’or que j’ai fait affluer à Thèbes.» Comment dire mieux l’ambition, la souveraineté et l’obscure blessure qui pousse à la rivalité.Quand Antigone revient à Thèbes après dix années d’errance sur les routes avec son père Œdipe, elle retrouve la famille qu’elle a pbandonpée, c’est-à-dire ses frères, Etéocle et Polynice, et sa sœur, Ismène.Jocaste, sa mère, est morte depuis longtemps, s’étant enlevé la vie à la suite des révélations d’Œdipe, son mari et son fils.Ce qu’Antigone retrouve à son retour, c’est ce qui était déjà là avant son départ, mais encore à l’état larvaire.Polynice, véritable dieu solaire, sûr de sa puissance et de ses droits, qui a fait graver sur ses armes «le plaisir ou la mort», et Etéocle, sorte de dieu de la nuit, qui a toujours souffert de l’ombre portée par Polynice sur sa vie, qu’il admire pourtant et tout à la fois hait.L’un et l’autre, comme on en trouve tant dans les récits anciens, sont des frères ennemis.Ils ont décidé de se faire la guerre jusqu’à ce que l’un d’eux cède ou meure.En fait, il n’y a même pas cette alternative puisqu’on sait qu’aucun ne cédera devant l’autre.Il reste donc la mort.Antigone, qui est la vie, est revenue pour empêcher cette tuerie.Mais personne ne croit qu’elle réussira, pas même sa sœur, Ismène.«Tu crois pouvoir l’arrêter, c’est un rêve, Antigone, lesgriejs de Polynice et d’Étcocle n’ont pas cessé de grandir depuis dix ans.Leur rivalité est un fleuve débordé qu ’on ne peut plus endiguer.» Et d’ajouter: «En réalité tu ne penses qu’à toi, à ta bonté, à ta grande âme comme tu Tas toujours fait.» Car la rivalité n’est pas qu’entre les deux frères.« — Tu me détestes, Ismène?— Naturellement je te déteste, je te déteste presque autant que je t’aime.Pourquoi as-tu ainsi confisqué notre père?» Les racines de cette rivalité sont profondes.Ismène, qui était la préférée de son père, a été trahie par Antigone lorsque cette dernière a suivi Œdipe dans son exil, devenant ainsi la fille sacrée de son père.Quant à Jocaste, elle a toujours préféré Polynice à Etéocle.Il était sa fierté solaire — aussi bien dire, en termes psychanalytiques, son phallus.Argument auquel n’est certainement pas insensible Henry Bauchau, qui est lui-même psychanalyste et tout à la fois ]X)è-te, dramaturge et romancier (une vingtaine d’ouvrages depuis 1958, dont Antigone, qui vient compléter la trilogie commencée en 1990 avec Œdipe sur la route et Diotime et les lions).Paix et guerre Ce qui est fascinant dans le monde des passions lorsqu’elles sont portées à ce point d’incandescence, c’est l’ambivalence des sentiments qui les animent.Antigone veut la paix, la réconciliation, l’amour.Pourtant, en plusieurs occasions, elle ne fera pas ce qu’il faut — alors qu’elle le peut — pour rompre le charme maléfique de la haine et éviter ainsi la guerre.Comme ses frères ou sa sœur, elle aime la force, la tension, l’affrontement altier, l’événement guerrier qui révèle la grandeur des protagonistes.Oh! Comme elle se trouble quand elle voit défiler ses frères en armes, comme elle s’exalte devant leur beauté, leur puissance incarnée! Comme elle est fascinée pur la puissance liée au pouvoir et à la beauté! Cela aussi, c’est la vie! Comme lui dira Ismène: «Arrêter tous ces mâles, c'est comme si tu croyais que leurs sexes vont cesser de se dresser pour nous.Comme si nous ne désirions plus que se poursuive ce dangereux salut qu'ils nous font.» Au fond, elle ne veut rien abandonner (ce qui est le propre du désir), ne renoncer à rien.Son rêve de réconciliation, aussi généreux, aussi sincère qu’il soit, porte en lui-même sa faille et sa tromperie.Ce serait perdre l’essentiel qui est la beauté sauvage du monde lorsqu’il vit dans la force absolue, sans compromis.Antigone, la fausse fragile, l’insoumise, l’insensée, la mendiante de l’avenir est aussi la proie du sang qui coule en elle — sang de l’inceste qui commande l’admiration démesurée pour ce qui est., démesuré.Aussi est-elle souvent le véhicule de ce qui la dépasse et parle en elle, à travers elle.Voyante, elle voit ce qui n’a pas encore eu lieu, entend qu’on lui parle dans ses rêves; sujette aux transes, elle voit souvent son corps agir sans son accord.Ça vient, ça agit.C’est.Elle est.Et pourtant, elle a toujours dû prendre le chemin le plus long, le plus ardu.Car pour refaire l’histoire autrement, pour recommencer sur de nouvelles bases, il faut travailler au loin, à la périphérie des événements, ou encore en leur sous-sol, invisiblement, en silence.C’est d’ailleurs là un trait d’Antigone qui se fait entendre sans dire un mot, ou use du cri quand il n’y a pas d’autres solutions pour se faire entendre.Et quel cri! Amour et haine «Nous t’aimons à cause de ta beauté, qui n'est pas celle de Jocaste ni d'Ismè-ne, mais, plus cachée, plus attirante, celle des grandes illusions célestes [.).Avec toi, on croit aux dieux, à ceux qui éclairent et à ceux qui transpercent.On croit au ciel, aux astres, à la vie, à la musique, à l'amour à un degré inépuisable.» Ainsi lui parle Polynice lorsqu’elle le rejoint à son camp.Mais est-ce suffisant?Les dés sont depuis trop longtemps jetés.Antigone, qui a passé sa vie à mendier sur les routes pour Œdipe l’aveugle, ne peut encore ici que mendier un peu de raison chez son frère.Entre les deux sculptures qu’elle a faites de Jocaste fia Jocaste d’Etéocle et celle de Polynice), Polynice çhoisit celle qui la représente telle que vue par Etéocle.Nous comprenons alors que Polynice a besoin d’Etéocle pour accroître sa lumière, ou plutôt pour se donner à la vraie lumière, celle de la nuit vaincue.«Être admirable dans la victoire, c’est facile, l'être comme Etéocle dans la défaite et la comparaison perpétuelle c’est ce que jamais je n’ai pu surpasser [.].Etéocle est le futur.Im fiitur de la nuit, contre lequel les débris de la lumière, doivent lutter.Par simple vaillance, Antigone.» A la même question (Pourquoi la guerre quand on s’aime tant?), Etéocle répond dans le même registre.«C'est notre façon à nous d’être libres.Ma pauvre sœur, je crois que tu ne comprendras jamais rien à la haine.Im haine, c'est l’amour en dur.» De cette haine qui entraînera les deux frères dans la mort, profitera (comme toujours) le «politique» incarné ici par Créon.Et Antigone devra aussi payer de sa vie pour s’être opposée à l’édit qui voulait que Polynice, le traître, ne soit pas enterré mais livré aux vautours et aux chiens.Faut-il toujours une victime pour que l’histoire change?.Ce livre est admirable sur bien des plans.La force du récit, la clarté de son exposition, la grande richesse des sentiments exprimés et leur complexité, la beauté et la force des images, l’écriture toujours juste, dont le rythme et la scansion rappellent celle du théâtre antique, tout concourt à faire de ce roman une grande œuvre.de il isjjfani lin k.net Jean- Pierre Den is ?Pour refaire l’histoire, travailler à la périphérie des événements :U' Henry .M liauchau ANTIGONE 1.I T T É K A T II K E F K A N Ç A I S K L’ambassadeur des civilisations précolombiennes Lire VHistoire telle que vue par les exclus de la modernité LA FÊTE CHANTEE et autres essais de thème amérindien J.M.G.le Clézio le Promeneur/Gallimard, Paris, 1997,241 pages G U V 1.AI N E M A S s O U T R E On connaît l’engagement du romancier le Clézio auprès des peuples amérindiens.Sans être ethnologue, il n’en est pas moins leur meilleur ambassadeur.Car ce qu’il nous transmet, dans son livre, c’est sa compréhension profonde de l’harmonie des civilisations amérindiennes, qui n’est ni «un secret ésotérique, ni une énigme», mais qui se dégage du témoignage cohérent de leurs textes sacrés, de grandes épopées aussi belles et solennelles que L’Iliade et L’Odyssée.Parce qu’il a vécu parmi les «sauvages».appris leur langue et partage leur mode de vie, il est aujourd’hui convaincu que leur attachement à la nature est plus équilibré et plus satisfaisant que nos credos matérialistes.C’est pourquoi les personnages, dans ses romans, prêtent souvent leur voix aux cultures autochtones dont il préfère les valeurs à celles de la civilisation occidentale, qui mène inexorablement à «la déshumanisation de la technique et â la catastrophe urbaine permanente».Dans ce recueil d’essais, son experience se double d’une solide culture, dont fait état notamment un article substantiel de soixante-dix pages consacrées à la «Relation de Mi-choacan», compilation, a la Renaissance, par un religieux espagnol, du message des derniers prêtres du Michoacan.L’ouvrage commence par un récit autobiographique très captivant, La Fête chantée, dans lequel Le Clézio évoque son séjour parmi les Emberas du Panama, entre 1970 et 1974.Cette rencontre décisive, survenue après un voyage en Thaïlande, mit un terme à son désir de se retirer dans un monastère bouddhiste.Pendant qu’il déambulait dans Panama, il fut invité par un groupe de jeunes gens du peuple Embera.Les quatre années qu’il passa en leur compagnie au bord d’un fleuve et dans la forêt firent du voyageur en quête de paix intérieure un homme réconcilié avec le monde.C’est une véritable conversion qui nous est rapportée dans ce livre, une libération.Comme un enfant mal préparé à vivre, Le Clézio découvrit comment les plantes, la terre et l’eau donnent leurs richesses naturelles à celui qui vit à leur contact: «J'ai appris la vanité des objets de notre monde de la consommation, vains parce que la chaleur, l'humidité, les insectes les rendent inutilisables».Ce monde fruste se pare de mille et un signes de beauté, dont Ix Clézio décrit le luxe avec émotion.On saisit aisément que les plaisirs évoqués ont des équivalents très coûteux dans notre monde moderne.Di beauté des femmes, l’ingéniosité des habitations, les couleurs, les jeux de lumière, les sensations, même les rapports humains y gagnent un raffinement insoupçonnable.Culture et nature Leur culture n'y est pas en reste.Ixs chants, la musique et les légendes amérindiennes répondent à leur manière aux sentiments et aux interrogations de ces peuples, qui ne nous sont pas étrangers.On savait déjà que, dans leur appréhension apparemment sommaire, ils ont observé les propriétés des plantes et leurs vertus médicinales.Mais ce que Le Clézio apporte, c’est que le sorcier, un paysan doublé d’un savant, peut aussi nous faire partager sa communication avec les esprits invisibles, que Le Clézio comprend comme l’accession au langage de la nature.«Ce que je découvrais ainsi, c'était l'intelligence de l’univers, son évi- dence, sa sensibilité.Im relation étroite qui unit les êtres humains non seulement au monde qui les entoure, mais aussi au monde invisible, aux songes, à l’origine de la création.» Il n’est plus ici question de mythes, mais de sociétés passionnantes qui se laissent pénétrer et aimer.Les quinze chapitres suivants rassemblent des articles consacrés aux Indiens du Mexique.Leur objectif est de nous faire sentir le vide que la perte de ces civilisations creuse pour l'humanité tout entière.On sait que la prétendue supériorité des Espagnols a reposé sur les agissements militaires d’une poignée de conquérants, mais on n’a pas fini de revenir sur les malentendus qui ont conduit à la destruction tragique d’une civilisation à bien des égards fort avancée.Ix Clézio ne masque pas, pour autant, la barbarie qui, à nos yeux comme à ceux des compagnons de Cortès, frap-pait les rituels sacrificatoires aztèques du sceau de l’horreur.Mais les Indiens interprétèrent les épidémies de grip-pe, de variole, de coqueluche apportées par les Espagnols comme des messages de mort, symboles d’une culture qui, elle aussi, torturait à mort les prisonniers.Ce sont là des exemples de ces croyances et préjugés qui ont fondé bien des rapports de force, menant les hommes soit à leur perdition, soit à la gloire de la domination.Ainsi, par sa réflexion sur la précarité des civilisations, Le Clézio éveille notre sens des menaces — nucléaires, écologiques —, qui pèsent plus que jamais sur notre monde.Avec le doigté sensible de son écriture, il nous convie à une méditation sur l’Histoire et sur la relativité des fondements de nos mentalités.La grandeur du royaume des dieux Le Clézio s'inscrit dans la lignée des promoteurs de l’indigénisme.Rendant hommage à ces hommes d’exception, comme Bartolomé de Lis Casas, qui tentèrent par tous les moyens de contrer la destruction de la civilisation mexicaine, il œuvre à la résurrection d’un passé prestigieux, non pas parce que l’Histoire doit être refaite, mais pour deux raisons: parce que cette redécouverte «donne l’exemple d’une harmonie entre le monde et l'homme», qui nous fait de plus en plus défaut, et parce que les révoltes indiennes actuelles, comme celles du Chiapas, s'inscrivent dans la logique du désir des indigènes d’assumer leur passé, menacé d’oubli ou de disparition.Partout en Amérique, il est aujourd’hui difficile d’être Indien.L’isolement condamne celui-ci à se dénaturer rapidement.Au mieux, il est objet d’étude scientifique.Lt curiosité du touriste ne le sortira pas davantage du pessimisme qui l’accable.Aussi le plaidoyer de Ix Clézio est-il limpide: «Quelles que soient nos origines, notre responsabilité dans la survie de ces peuples est engagée.Ims Amérindiens ne nous sont pas étrangers.Ils sont une part de nous-mêmes, de notre propre destinée.» C’est là le plus beau message du livre, qui consiste à nous faire lire l’Histoire vue par les exclus de la modernité.Un livre n’y suffit pas, mais on comprend comment les faits historiques suivent les mythes qui ancrent l’espèce humaine dans la terre et dans l’univers.Ix discours du chef Seattle, prononcé à l’Assemblée des Tribus en 1855, répondant à l'offre du gouvernement d’acheter les terres indiennes et de constituer des réserves, paraît d’un humanisme et d’un universalisme d'une beauté troublante, et son contenu, toujours actuel.C’est un message d’espoir pour que cessent les souffrances de ces peuples et les injustices qu'ils subissent, pour qu’ils vivent en paix dans la différence de leurs races anciennes et qu’ils continuent, sans orgueil et sans bruit, leurs prières et leurs danses magiques, destinées à sauver le monde dont ils ont depuis longtemps pressenti la probable destruction.LIVRES PRATIQUES MOURIR AUJOURD’HUI Sous la direction de Marie-Frédérique Bacqué Editions Odile Jacob Paris, 1997,276 pages Ecrit en collaboration avec plusieurs spécialistes de la question, celte réflexion originale s’attarde aux nouveaux rites funéraires.Un des auteurs, Jean-Claude Besance-ney, note que ces rites sont en passe de changer de façon significative.Il cite plusieurs exemples de rituels modifiés, améliorés, et enfin réellement habités.Actuellement, remarque-t-il, on cherche à retrouver en leur sein un peu de la personne disparue.Un livre qui nous éclaire sur ce que vivent les familles en deuil, mais aussi les professionnels du funéraire.LES SAISONS DE LA VIE , Claude Michaud Editions du Méridien Montréal, 1997,500 pages La structure du couple a été brusquement et profondément bouleversée depuis la fin des années soixante, et rien n’indique que ce soit terminé.L’évolution des indicateurs statistiques est, à cet égard, impressionnante.Le nombre de mariages diminue, le nombre de divorces augmente fortement, l’union de fait se généralise, les naissances hors mariage se multiplient de même que le nombre de familles monoparentales et celui des personnes vivant seules, note l’auteur, professeur de psychologie de l’éducation à l’Université d’Ottawa, dont la réflexion porte sur cette mouvance.Il s’agit d’un voyage dans la vie, des étapes de la croissance de l’individu et du couple, des étapes prévisibles du divorce.Renée Rowan PIERRETTE M 0 N D 0 U «Anamnèse» Du 20 janvier au 15 février Musée Pierre Boucher § 8 5 8 L a v i o I e 11 e, Tr o i s - R i v i è r e s ( 8 1 9 ) 376-4459 Jusqu'au 31 janvier CONSEIL QUÉBÉCOIS DE L’ESTAMPE La parole imprimée : EXPOSITION ANNUELLE GALERIE DOMINION 1438.rue Shurbrooke .Ouest, Montréal 845-7471 MARIE-FRANCE BRIÈRE Lauréate du Prix Louis-Comtois 1996 Association des galeries d’art contemporain et Ville de Montréal Ouverture de l’exposition le 17 janvier Vernissage le 24 janvier à 16 b GALERIE CHRISTIANE C H A S S A Y 372, me Sainte-Catherine Ouest.Salle 418 Montréal H3B1A2.Tel.+ télécopieur: 514 875*0071 ti .LES.PARADIS .DU.MONDE/ l’art populaire du Québec du 23 octobre 1997 au 1er mars 1998 Venez faire connaissance avec l’artiste Recycleur inventif Florent Veilleux et ses créations surprenantes.Ce DIMANCHE de 13 h à 16 h -riK.- Musée McCord 690, rue Sherbrooke Ouest.Métro McGill, autobus 24 Information : (514) 398-7100 SHÜ3 I.K DEVON! Cette exposition a été réalisée par le Musée canadien des civilisations avec l'appui de la Compagnie Ford du Canada Limitée \ I f I.K l> K V dill.I.E S S A M E I) I I K T I) I M A X < Il E I S .1 A X V I K II I il il S Igg É -y.-*"- - • g .»«üPj^?4s»a .! u J J a a a a a JM JS.üi3 fi - ?.81 • :J : , .JJ,; _t v !W Cette annonce, parue le 10 janvier dernier, aurait dù se lire comme suit : Appel de dossiers aux artistes et conservateurs en art actuel Date limite 13 FÉVRIER 1998 d'EXPOSltlON S.v.p.inclure: DES GOUVERNEURS ^ • curriculum vitae récent • prdjet d'exposition ^ • démarche artistique • dossier de presse ou autres documents • diapo.identifiées (10), • enveloppe affranchie pour retour de dossier Faire parvenir au: Centre d'exposition des Gouverneurs 90, chemin des Patriotes Sorel (Québec) J3P 2K7 Téléphone: (514) 780-5720 Télécopieur: (514) 780-5737 Le centre d'exposition des gouverneurs bénéficie de subventions accordées par la Ville de Sorel et le Conseil des Arts et des Lettres du Québec.CENTRE ^ Du 24 septembre 1997 au 15 février 1998 MUSÉE DU QUÉBEC Parc d« Champvde-Bataite.C)uét*«c Cette exposition est présentée grâce a une contribution financière du ministère du Patrimoine canadien (Programme d'aide aux musées) Heures d’ouverture : Du mardi au dimanche de 11 h à 17 h 45 ; le mercredi de 11 h à 20 h 45.Droits d'entrée : 5,75 S (aîné : 4,75 S; étudiant : 2,75$ ; moins de 16 ans : gratuit) Renseignements 643.2150 http://vnrw.mdq.org Le Musée du Québec es» sutr/ent»onné par * mrr.ufre de u ,vV» et >s Comme,rncatiw u .>t*r Vivre parmi les cendres Quand Cendrillon définit les rapports entre Vartiste et le Musée Découvrez l’œuvre d’un pionnier de la sculpture contemporaine québécoise et de l’art intégré à l’architecture.Plus de 190 peintures, sculptures, dessins, gouaches, gravures, objets d’art décoratif, marionnettes et maquettes pour des projets d’art public.Des œuvres réalisées par Charles Daudelin entre 1940 et aujourd'hui.Petits bronzes créés par Charles Daudelin en vente exclusivement à la Boutique du Musée.Procurez-vous le livre Daudelin à la Boutique du Musée.Également distribué en librairie par Les Publications du Québec.BERNARD LAMARCHE Quand les critères deviennent limpides afin de choisir l’objet des couvertures, quand les déchirements causés par l’espace restreint dans lequel on évolue s’évanouissent, des expositions se distinguent et surgissent d’elles-mêmes de la masse.Parfois la taille des événements nous emporte.Sinon, c’est en raison de sujets de prédilection, de courants en art ou de problématiques récurrentes dans ce domaine que l’emballement se produit (croyez-nous, les astres ne nous aident guère).Autrement, les raisons de l’actualité peuvent informer un choix et reporter a des lunes ultérieures la couverture d’autres expositions.C’est le cas ici.La petite salle du centre d’artiste Skol accueille en ce début de saison une exposition loufoque, qui a pour cible «la fougue et la passion» exposées à l’automne par le Musée d'art contemporain de Montréal (MACM).La proposition collective de Mathieu Beauséjour, de Michel de Broin et de leurs complices (Martin Boisseau et G.D.Photo), qui ont mis de côté pour ce faire leurs productions respectives, établit, en images manipulées, une série de parallèles entre la structure des musées en général et le récit de Cendrillon, la bonne faite princesse, en particulier.Le projet est mis en branle par des artistes, le détail est d’importance, qui n’ont pas été invités au bal.Détronipez-vous toutefois, parce que rien, dans cette entreprise menée avec une humeur amusée — c’est d’ailleurs le sous-titre de l’affaire, «s’aMusée» — ne tient de l’amertume ou de la frustration de n’avoir pas été sélectionnés pour la grande exposition du musée, ce qui est tout à l’honneur des instigateurs du projet.Les vierges offensées ont été mises à l’écart.Pas question de succomber à la facilité d’y voir un Salon des refusés.Le matériau de base de ce projet a donc été le récit de Perrault, et plus précisément des archétypes qu’il renferme.Le récit, comme le démontrait fermement le psychanalyste Bruno Bettelheim dans sa Psychanalyse des contes de fées, cache les rivalités fraternelles (c’est le titre d’une des images) propres au complexe œdipien: «L’histoire de Cendrillon, telle que nous la connaissons, nous semble bâtie autour des angoisses et des espoirs qui forment le contenu essentiel de la rivalité fraternelle; et autour de l’héroïne triomphant de ses sœurs qui l’ont avilie», écrivait l'auteur en 1976.Sur les mythes d’artistes Tout y passe dans ces mises en scène où Cendrillon et les mégères sont replacées habilement dans le contexte du MACM: de la mythique Difficulté d'être artiste dans un monde hostile à la Moquerie bleue, qui tire son nom de la moquette que les artistes vendent au pouce carré (authentifié) pour financer le projet, sans oublier de tracer un parallèle entre l’avilissement de Cendrillon et celle de l’artiste comme travailleur aliéné.On y traite donc ironiquement des conditions ardues (évidemment!) dans lesquelles évoluent les jeunes artistes aujourd’hui et du système des beaux-arts comme en étant un d’inclusion et d’exclusion, ce qu’actualise le récit de la pantoufle de verre, etc.Finalement, le gentilhomme de la cour, délégué du prince, sera associé au commissaire d’exposition, qui sélectionne, selon des critères établis, ceux et celles à qui fera le fameux soulier.On voit où les artistes veulent en arriver.S’il y a matière à raillerie envers le musée dans cette exposition, on l’a dit, ce n’est pas à partir d’une quelconque amertume qui ferait le pain du délaissé que ces artistes agissent.Le commentaire du collectif s’applique au matériel promotionnel avec lequel le MACM a moussé son événement.On se rappelle que le musée avait démembré une des œuvres de Carol Dallaire pour en confectionner son affiche publicitaire.Or, incidemment, cette image affichait fièrement l’effigie d’un escarpin rouge chaussant le pied à l’extrémité de la jambe d’une femme ni plus ni moins en train de se masturber.Du haut des talons rouges de la fougue passionnée à la pantoufle de verre de celle qui «vit dans les cendres».SUUKCK S En haut a gauche, Prendre son pied, l’œuvre qui sera envoyée au Musée donation.Ci-haut, La Difficulté d’être artiste dans un inonde hostile, d( pièces de Mathieu Beauséjour et Michel de Broin.SOURCE SKOI.en deux Une exposition loufoque qui a pour cible «la fougue et la passion» l’affaire était trop belle, amusante, et pas aussi littérale qu’il y paraît.Le 26 octobre dernier, les deux artistes et leurs complices se rendaient sur l’esplanade de la Place des Arts pour faire essayer le fameux soulier rouge à des artistes invités pour l’occasion.On retrouve des images de cette performance dans un diptyque, Prendre son pied, qui sera envoyé par la suite en donation au musée (un test sur le sens de l’humour du musée au sujet duquel on vous renseignera plus tard).Les essais se font en foulant, justement, une «moquerie bleue», la même qu’on retrouve au sol de la petite salle de la galerie.Dépassant de loin la rivalité fraternelle et la question de l’instance légitimante que sont les parents dans cette rivalité, le projet Cendrillon met un bel accent sur les enjeux inhérents au choix de l’imagerie sulfureuse par l’institution.Une dimension qui n’avait pas été soulevée directement jusqu’à maintenant.C’est l'image que se construit le musée que le collectif d’artistes brocarde, une image que s’impose une institution regroupant des professionnels dont la principale tâche est précisément de se questionner sur le rôle des images.À qui le soulier fait L’exposition met en un relief très pertinent la manière avec laquelle le musée s’est lui-même défini comme une instance propre à générer les fantasmes.L’auto-déclaration du musée comme lieu de fantasme en appelle au récit de Cendrillon, ce qui dépasse l’unique parenté iconographique.Précisément, le récit de Cendrillon, dont les premières versions écrites remontent au delà du IX' siècle, sublime la sexualité toute orientale, surtout toute fétichiste, associée à la chaussure et au pied modelé comme motif d’élection.Avec un sens aigu des enjeux des nouvelles cartographies institutionnelles qui redéfinissent l’importance stratégique et hiérarchique des différents lieux de diffusions, l’exposition révèle le leurre que constitue cette fantasmatique étriquée, vieux relent du XK"' siècle.D’un autre point de vue, on expose ouvertement combien, en fin de compte, tout un chacun voudrait se retrouver au bal.L’autre photographie du diptyque au cadre doré, que le collectif cherchera à donner au MACM après l’exposition, présente une photographie de la façade du musée lors de l’exposition De fougue et de passion.Conjuguée aux lèvres rouges de l’œuvre de Geneviève Cadieux qui règne au-dessus de l’édifice, l’image promotionnelle de l’exposition-vedette de la dernière saison du MACM transforme la coquille du musée en un ironique dépôt de fragments corporels.Sertis de leur cadre doré, les deux volets du diptyque condensent les différents registres unissant l’iconographie promotionnelle à l’histoire queries frères Grimm ont aussi popularisée.Plusieurs éléments dans le dispositif d’accrochage des images du conte recontextualisé permettent de saisir l’attitude nourrissant l’ensemble du projet et dénotent un détachement rieur face à l’institution.Par exemple, la succession des images ne respecte pas la linéarité du récit originel.On y reconnaît les épisodes typiques du conte, en même temps qu’on doit admettre que le contexte fait défaut au récit dès qu’on gratte un peu.Ainsi, la salle d’exposition du MACM, où le bal devrait normalement se tenir, devient la chambre où est assignée Cendrillon par ses vilaines sœurs, et ainsi de suite.Ce qui reste alors, c’est le malaise souriant des visiteurs à qui l’on demande de se déchausser avant d’entrer dans la salle, comme pour se plier eux aussi à l'essayage.Le spectateur gagne la mise et risque à son tour d’être élu.Ah oui, au fait, demandait un ami, qui c’est, Cendrillon?À suivre Dans le cadre de cette exposition, notez qu’un site Internet présente sommairement le projet et recueille vos commentaires au sujet de ce projet relativement modeste en taille.Ln voici l’adresse: http://199.84.135.2/Cendrillon.De plus, le 24 janvier à 16 heures, une rencontre avec Charte DauoeLr fentre Kcrcx&e.1947 P«rre 591671 37 cm Coi Musée u« beam ans du Canada CENDRILLON, UN CONTE, UN MUSÉE Mathieu Beauséjour, Michel de Broin et leurs complices Skol 460, Sainte-Catherine Ouest, local 511 Jusqu’au 8 février la galerie d'art Stewart Hall ,Centre < ulturel de Pointe-Claire I7f), Bord du Lu, Pointe-Claire, 630-125 Du 17 janvier au 22 février 191 PASSAGE(S) Le Fonds d’œuvres du CIAC Une exposition du Centre international d' contemporain de Montréal présentée grâ au programme Exposer dans lîle du Conseil des arts de la CUM Ouverture officielle le dimanche 18 janvier 1998 de 14 h à 16 h 1 ' 8 février, conférence par Marine van Hi La deuxieme vie de l'arbre , Entrée libre • Accessible oui fauteuils mjuIi Horaire oe ia Galerie: du lundi au vendredi, de 14 h à 17 h, lundi et mercred de 19 h à 11 b, samedi et dimanche de 13 h b 17 I.K I) K V (I I It .I.K S S A M K I) I 17 I) I M A N < I S JA X V IKK I !l II S I) 7 LE DEVOIR A LA TELEVISION SAMEDI NOS CHOIX Paul Catichon Patience et longueur du temps.Les choix télé demeurent encore aléatoires en fin de semaine puisque la programmation continuera d’être perturbée pour tenir compte des conséquences de la tempête de verglas.LA COURSE DESTINATION MONDE Reprise du début de la nouvelle édition de la Course, diffusé samedi dernier.Radio-Canada, 17li LES COUCHE-TOT Un talk-show souvent surprenant, animé par deux enfants (pré-ados, en fait).Radio-Canada, 18h30 MYSTERE B Ce documentaire de Philippe Baylaucq veut nous faire découvrir le peintre québécois Marcel Baril, qui quittait le Québec il y a près de 50 ans pour s'installer à Paris et qui entend revenir chez nous pour exposer ses œuvres.Télé-Québec, 19h30 CONFRONTATION Un concours d’habileté opposant les joueurs participants demain au match des étoiles de la ligue nationale de hockey.Radio-Canada, 22h OCSGD mcso ŒDtD® CD Branché La Course destination monde Le Téléjournal O Ce soir Les Couche-tôt Juste pour rire.cette semaine Cinéma / L'AMOUR EN EQUATION (4) avec Tim Robbins, Meg Ryan Le Téléjournal / La Météo (21:54) Confrontation 98 Sport/ Cipémay UN DEPUTE AU-DESSUS.(4) (23:50) O CB CE) 0033 CD 3D OU S® Cinéma /LABAMBA (4) avec Lou Diamond Phillips, Esai Morales (16:00) Le TVA Cinéma / LES AVENTURES DE JACK BURTON (4) avec Kurt Russel, Kim Cattrall Gala du championnat canadi patinage artistique en professionn el de Le TVA TVA Sports (22:55) / Loteries (23:14) Cinéma / CAUSE PERDUE (4) avec J.Woods, R, Downey Jr.(23:25) SU®)®) ® S® Cinéma / DIN0SABELLA (5) Dessins animés (16:00) Il était une fois.Les Aventures de la courte échelle Québec plein écran / Claude Béland Arts et Spectacles / Mystère B.Cinéma/MARIS ET FEMMES (3) avec Mia Farrow, Judy Davis Droit de parol e(22:56) Lectures de fin de soirée (23:56) m ta s® ED® SU Pub Habitaction Grand Journal (?) Hebdo Sports (17:40) Le Chaînon manquant Cinéma / L'HISTOIRE SANS FIN II: UN NOUVEAU CHAPITRE (5) avec Jonathan Brandis, Clarissa Burt Cinéma / LA FALAISE DE LA MORT (5) avec Sylvester Stallone, John Lithgow Le Grand Journal Box Office Le Journal FR2 Aujourd'hui Bull, jeunes Simplement.iJrnl du siècle Monde ce soir ICdnàTokyo I Grands Reportages I Le Journal RDI Ent.des artistes Trajectoires La Facture Griffe Mtl spectacle m Vins.Journal suisse Olympica iThalassa Journal FR2 Fiesta Télécinéma Coup de coeur Journal beige Bon Week-em ?D Biogr.(16:00) Des Crimes / ! Emeutes I Arpents verts I .juste pour rire Les Grands Hôtels / Miami I Henri VIII, les scandales d'un roi Les Francofoliei >: Carole Laure Les Cordier, juge et flic 3D La Vie en vrac/C'est quoi le luxe?Combat.chefs Croque la vie Solo Diagnostic/Trauma 1 Tango Jeux de société Éros et Comp; 1 agnie Déclic (MB 1X5 SPAM Fiona Apple.Fax I Box-Office Perfecto The 97 Smash Hits Poll Winners Musique vidéo Bouge de là | Groove (SS MusiMax Collection (14:00) Top 30 MusiMax Garth Brooks Live from Central Park MusiMax Collection ŒD Soeur volante Radio Enter | Chair de poule Les Jules Sport Académie Joy.Naufragés Premières Fois (TTF) Scooby Doo Poucette / Bientôt il pleuvra Torn et Jerry Yogi l'ours Fifi Brindacier Road Runner Splat! Le Zinzin.Les Simpson Capitaine Star Patrouille.Highlander Les Simpson Y en a mare ®SD Cyclisme (15:30) Golf SPGA / Championnat Mastercard Sports 30 Mag Ligue .quest.Coupe du Monde de ski alpin Patinage de vitesse / Championnat c lu Monde junior Les Superstars WWF Sports 30 Mag Ski Mag B (S Figure Skating / Ice Wars / Part 1 Saturday Report Fashion File Boys Who Loved Hockey Top 50 Players NHL All-Star Skills Contest Sat.Report Late Edition Cinéma/GOD ON THE ROCKS ?DOS CD (Vision (16:00) Entertainment Now Newsline Regional.Canadian Figure Skating Championships Cracker Once a Thief CTV News Nightline World of Skiing World Championship Wrestling Puise Habs this Week Star Trek: Voyager Pulse / Sports Xena.(16:00) The Simpsons Global News Jake and the Kid The Adventures of Sinbad PSI Factor Cinéma/HIROSHIMA avec Kenneth Welsh, Richard D.Masur Inside Country Sat.Night Live EU Cinéma (15:00) Runaway Bay Round the.Escape.Two Fat Ladies National Geographic / Okavango Cinéma / BEAU GESTE (4) avec Gary Cooper, Ray Milland 1 Conv.Cinéma/THE Lk 'ES OF A BENGAL LANCER (22:15) CE) U3) ® European Figure Skating Championships News ABC World News Wheel of.Jeopardy Nothing Sacred Cracker Boys and Girls are Different.Men, Women and the Sex Difference News Psi Factor Roseanne Pub Pub Star Trek: Deep Space Nine Roseanne Baywatch CE) m NCAA Basketball / UCLA - Stanford (16:00) CBS Evening News Entertainment this Week The Magnificent Seven Early Edition Walker, Texas Ranger News Hercules X-FileS (23:35) Big East Basketball / St.John's - Providence (16 00) Wheel of.Jeopardy CE su Golf / Bob Hope Classic (15:00) NBC News Jeopardy N.Y.Wired TV Censored Bloopers The Pretender Profiler Saturday Night Live N.Y.Wired Siskel & Ebert ES (57) Points North Antiques Roadshow The Lawrence Welk Show Thin Blue Line .Being Served Keeping Up.No Place Like.Austin City Limits / Sheryl Crow Cinéma /MY LIFE TO LIVE (3) avi 2C Anna Karina On Tour Week in Bus.Decor.Wall Street Cinema Juries on Trial The Editors McLaughlin Gr.Yes, Minister Keeping up.Chef! Faith.Future Ripping Yarns I Sessions at West 54th Cinéma ®s VideoFlOW (14:30) MuchMegaHits R.S.V.P.Fax Pop-Up Video Intimate & Interactice with Moist Fax Beavis & Butt-Head Us® Billiards Golf / Championnat Mastercard Sportsdesk Winter X Games Winter X Games Sportsdesk CINEMA AU PETIT ÉCRAN LES AVENTURES DE JACK BURTON DANS LES GRIFFES DU MANDARIN (4) (Big Trouble in little China) É.-U.1986.Drame fantastique de J.Carpenter avec Kurt Russel, Kim Cattrall et James Hong.Deux casse-cou poursuivent des Orientaux qui ont enlevé deux jeunes femmes pour le compte d’un esprit malin vieux de deux mille ans.T’U4 / 8h30 L’AMOUR EN ÉQUATION (4) (I.Q.) É.-U.1994.Comédie sentimentale de E Schepisi avec Tim Robbins, Meg Ryan et Walter Matthau.S’étant pris de sympathie pour un jeune mécanicien, le physicien Albert Einstein décide de l’aider à conquérir le cœur de sa nièce.SRC 19h30 MARIS ET FEMMES (3) (Husbands and Wives) É.-U.1992.Comédie de mœurs réalisée et interprétée par Woody Allen avec Mia Farrow et Judy Davis.La rupture d’un couple d’amis amène deux intellectuels à remettre en question leur propre mariage.TQ 21 h UN DÉPUTÉ AU-DESSUS DE TOUT SOUPÇON (4) (Faith) G.-B.1994.Drame de mœurs de J.Strickland avec Michael Gambon, John Hannah et Susannah Harker.Un journaliste mène une enquête sur la présumé infidélité conjugale d’un politicien bien en vue.SRC 23U50 PSYCHOSE (1) (Psycho) É.-U.I960.Drame policier de A Hitchcock avec Anthony Perkins, Janet Leigh et Vera Miles.Des meurtres successifs se produisent dans un motel géré par un jeune homme étrange.CanalD 0U30 Classification des films: (1) Chef-d’œuvre — (2) Excellent — (3) Très bon — (4) Bon — (5) Passable — (6) Médiocre — (7) Minable DIMANCHE NOS CHOIX LA SEMAINE VERTE L’émission présente des reportages sur les conséquences du verglas sur nos arbres et dans les campagnes.Radio-Canada, midi Paul Cauchon MATCH DES ETOILES En provenance de Vancouver, le Match des étoiles de la LNH, qui met aux prises cette année les joueurs nord-américains contre les joueurs européens.Radio-Canada, 16U EMISSION SPECIALE Radio-Canada fera le point sur le verglas et les pannes.Radio-Canada, 19U30 LES SEINS, ON S’EN OCCUPE Une grande émission de 90 minutes sur la prévention et le dépistage du cancer du sein, avec plusieurs personnalités.Radio-Canada, 20h GOLDEN GLOBE AWARDS Un gros spectacle, un gros gala qui permet à ia presse étrangère de Hollywood de récompenser les meilleurs productions de cinéma et de télévision de l’année, et c’est souvent un prélude aux oscars.NBC, CTV, 20h 03D03 IDCZDQ 3D ID® CD Hockey / Match des Etoiles (16:00) La Vie d'artiste O Au-delà de l'image Les Beaux Dimanches / Les seins, on s'en occupe! Les Beaux Dimanches/ L'Oreille de Joé Le Téléjournal Au delà des apparences (22:27)/Sport (23:27) Cinéma/LES ARNAQUEURS (4) avec Anjelica Huston (23:50) OSJCS 0033 Cinéma / COEUR DE LION: LA CROISADE DES ENFANTS (5) avec Eric Stoltz, Gabriel Byrne (16:00) Le TVA Cinéma/TOM ET JERRY (4) Dessins animés Cinéma / LES MÉMOIRES D'UN HOMME INVISIBLE (5) avec Chevy Chase, Daryl Hannah Le TVA/ TVA Sports (22:25) Loteries Vins et Fromages Pub 03 OB® (4® ®®® (3® @® SOS Croco Mais où se cache Carmen Sandiego?Science- friction Pignon sur rue En pleine nature Cinéma/L'HOMME PERCHE avec Marcel Sabourin, France Arbour Cinéma / LE MARI DE LA COIFFEUSE (4) avec Jean Rochefort, Anna Galiéna Québec plein écran Lectures de fin de soirée / Pause (23:46) i2j gj g® 03® (4® Passion plein air Pas si bête que ça! Le Grand Journal Hercule Accès interdit Cinéma/VALMONT (3) avec Colin Firth, Annette Bening Le Grand Journal Pub USD Le Journal FR2 Aujourd'hui Bull, jeunes Vers Nagano | Ent.des artistes Monde ce soir La Facture Grands Reportages I Le Journal RDI Scully RDI Point de presse Second Regard Enjeux plus SOUS.(15:30) Journal suisse Cap Aventure | Ecole des fans / Francophonie Journal FR2 Bons Baisers d'Amérique I Bouillon de culture Temps présent (21:35) Journal belge Francophonie I Viva (23:15) w~ Biogr.(16:00) | Les Francofolies: Carole Laure | Arpents verts |Ciné.I Cousteau/La Papouasie III Biographies/Tom Cruise IFilière D/THÂN, DANS LA GUERRE INVISIBLE Jazz / Luther Allison | Vie en vrac/ltinéraire d'un voyou I Combat.chefs | Croque la vie Méd.d'enquête Santé.vedette Canal Vie / Hôpital Chicago Hope Victoire Histoires/Entreprises familiales I Guérir.Ailleurs/Ketchup dans le curry (ME Musique vidéo (13 00) Fiona Apple.I Fax Bush - Coming from Nowhere I Musique vidéo Bush - Coming from Nowhere ®D • | MusiMax Collection (14:00) Maximax MusiMax Collection ŒD Soeur volante Ma sorcière.Les Aventures de Sinbad Chahut Bahut Joy.Naufragés Premières Fois ‘ (SB Scooby Doo Ivanhoë Robin des bois Barbe rouge Yogi l'ours Fifi Brindacier Road Runner Capitaine Star Le Zinzin.I Les Simpson I Image par image Highlander Les Simpson Cadillacs.@ Soccer / Impact - Drillers (16:00) Sports 30 Mag | Hockey LHJMQ / Match des Étoiles des midget AAA Coupe du Monde de ski alpin Sports 30 Mag Génération.O NHL Ail-Star Game(i6:00) Emily of New Moon Elvis Tour of Champions Sunday Report Undercur- rents Sunday Report Nation's/Sports CD Nation's/Sports 33® NBA Basketball (14:30) The Seventh Heaven Newsline Littlest Hobo Due South The 55th Annual Golden Globe Awards CTV News Nightline CD Inside Track Fashion TV Puise Travel, Travel Pulse/Sports œ Ready or Not The Simpsons Global News Heart of.Talking Heads 60 Minutes Simpsons King of the Hill I The X-Files The Practice Sportsline Newsweek ED Imprint.(16:00) Footnotes: The Classics of Ballet | Dialogue Cinéma / QUIET WEEKEND (5) avec Derek Farr | Heartbeat A Village Affair (1/2) This Life 2 / More II Life (22:45) Allan Gregg Cinéma 3D Cinéma / BAD MEDICINE (5) (16:00) News ABC News Cinéma/RUBY BRIDGES avec Chaz Monet, Penelope Ann Miller Cinéma/NIGHTMARE STREET avec Sherilyn Fenn, Thomas Gibson News Pub (13) Visions & Values (12:30) E.T.This Week ® Pub (13:30) ABC News M*A*S"H The Entertainers 3D NCAA College Basketball / Nouveau-Mexique Arimin HC nnt Sunday News Seinfeld 60 Minutes Touched by an Angel Cinéma /BEST FRIENDS FOR LIFE avec Gena Rowlands, Linda Lavin Mad About You Pensacola ISI • m i£Uiia \ iu uu; News Sunday News News Xena 3) Basketball (15:00) NBC Golf / Bob Hope Classic Dateline NBC 55th Annual Golden Globe Awards Viper ® News Extra Weekend I ED Financial.Visions of Light Thumbnail.Birdwatch Naturescene Nature / Yellowstone Otters Masterpiece Theatre / Reckless (1/3) Ballykissangel m Mollie Katzen's Healthweek Travels Europe ITNWrld Focus | Religions.BallyKissAngel Performances / San Francisco Opera Celebration | The Richard Tucker Opera Gala Cinéma MM) Fax R.S.V.P.MuchMegaHits Combat des clips Spice Girls: Girls Talk Fax MuchMusic Countdown MuchEast SB) Curling (15:00) Sportsdesk | .to Nagano | Curling TSN Sportsdesk CINEMA AU PETIT ÉCRAN TEMOIN SOUS SURVEILLANCE (4) (Witness) É.-U.1985.Drame policier de P Weir avec Harrison Ford, Kelly McGillis et Josef Sommer.Un policier doit protéger un jeune garçon, membre d’une secte rigoriste, qui a été le témoin d’un meurtre.TVA 13h30 TOM ET JERRY (4) (Tom and Jerry — The Movie) È.-U.1992.Dessins animés de R Roman.Un chat et une souris viennent en aide à une fillette qui a maille à partir avec sa méchante tutrice.TVA 18U30 VALMONT (3) Fr.1989.Comédie de mœurs de M.Forman avec Colin Firth, Annette Bening et Meg Tilly.Une marquise fait appel à un vieux complice pour se venger de son amant qui vient de l’abandonner pour épouser une fille de quinze ans.TQS20U LE MARI DE LA COIFFEUSE (4) Fr.1990.Comédie de mœurs de P Leconte avec Jean Rochefort, Anna Galiéna et Maurice CheviL Fasciné ' par les coiffeuses depuis sa tendre enfance, un homme épouse l’une d’entre elles et passe son temps à l’observer.TQ 21 h LES ARNAQUEURS (4) (The Grifters) É.-U.1990.Drame de mœurs de S.Frears avec Anjelica Huston, John Cusack et Annette Bening.Un jeune arnaqueur devient l’objet d’une rivalité entre sa mère et sa petite amie qui vivent elles aussi d’activités illicites.SRC 23h50 Classification des films: (1) Chef-d'œuvre — 12) Excellent — (3) Très bon — (4) Bon — (5) Passable — (6) Médiocre — (7) Minable I.K I) K V 0 I R , I.E S S A M EDI 17 K T I) I M A N C II K IR .1 A N V 1ER I !) !) R I) 8 S3* sa '«ft -safe-:-?m C> est un congé sabbatique qui a donné le temps à Avi Friedman de s’intéresser au Mexique.D’ordinaire, il dirige le programme de logements à coût abordable, ou Affordable Homes Program, fondé en 1989 (avec le célèbre essayiste Witold Rybczynski, en allé depuis) par l’école d’architecture de l’université McGill.Lui et ses étudiants s’attachent à élaborer de nouveaux modèles d’habitat, susceptibles d’intéresser les Québécois moins fortunés de l’avenir Oes jeunes, les personnes âgées, les familles monoparentales) auxquels les promoteurs, trop conservateurs, ne proposent rien d’intéressant.«Pour les constructeurs du Québec, dit-il, la recherche et le développement, ça consiste à prendre sa voiture le dimanche pour aller voir ce que font les compétiteurs.Or la société a évolué en profondeur et radicalement.Pas étonnant que les ventes fléchissent : 50 % des familles ne correspondent plus au modèle traditionnel auquel les développeurs continuent toujours de s’adresser.» Les recherches du programme de McGill ont débouché sur des expériences concrètes, comme la maison évolutive dont un prototype grandeur nature était construit sur le campus en 1990 et qu’on a vue ensuite reproduite par des promoteurs de la région montréalaise à plusieurs centaines d’exemplaires.Ces projets réussissent à atteindre leurs objectifs: réduire les coûts de construction grâce à des astuces techniques ou de design, inventer des espaces plus restreints mais plus souples et plus adaptés aux clientèles cibles, ménager les ressources naturelles.«Nos enquêtes auprès des acheteurs montrent, par exemple, que les gens aiment disposer d’un espace non fini, où ils préparent leur seconde carrière, leur avenir, désormais précaire: c'est un atelier, un sous-sol, dans lequel ils s'expriment et qu’ils aménagent eux-mêmes», dit M.Friedman.L’aspect esthétique reste le côté le plus pauvre de ces projets, qui continuent de reproduire les anciennes typologies (corniches, frontons, etc.).A croire qu’on ne peut pas faire de la bonne architecture avec des bons sentiments.On devrait, pourtant ! Pp$ de R&D pour la construction ?SOPHIE GIRONNAY Toutes les occasions d’exporter et de relancer notre économie que le Québec rate, actuellement, c'est inimaginable! Il faut le dire, il faut en parler, merci, merci d’être venue.», s’emballe le professeur Avi Friedman dans son petit bureau de McGill encore chaud, où je lui rends visite malgré la tempête, quelques heures à peine avant que la Grande Panne ne paralyse le centre-ville.En ce petit midi verglacé, si Avi Friedman parle d’entraide et d’échange, de solidarité, de générosité, c’est dans une perspective internationale qui dépasse de loin «notre» triangle de glace.Et tandis qu'il me narre son aventure dite de «la Casa a la Carta» et les conclusions qu’il en tire, des images réconfortantes de cactus et de soleil, dç mariachis et de tequila défilent dans nos têtes.A nous deux le Mexique! En novembre dernier, en effet, était exposée, lors d’un grand salon de l’habitation mexicain, le Salon ConstruExpo de Guadalajara, une maison témoin de 50m- mise au point par Avi Friedman, en collaboration avec Guadalupe Dipp, une architecte et promoteur mexicaine.Fruit d’une recherche de plusieurs mois, ce nouveau concept d’habitat, baptisé Casa a la Carta (maison à la carte), a fait sensation dans la presse locale et chez les visiteurs, curieux, constructeurs, acheteurs du Mexique.Bâtie avec des composantes et selon des techniques québécoises, la maison offre aux Mexicains un habitat qui respecte leurs goûts (mais il faudrait leur demander ce qu’ils en pensent!).Destinée à une classe moyenne en pleine expansion et qui dispose des fonds ou des hypothèques nécessaires à l’achat d’un premier logement, cette maison ne coûte pas plus cher qu’une maison locale de même taille, c’est-à-dire dans les 15 000 $.Mais au lieu de prendre plusieurs mois à se construire, comme c’est la règle au Mexique, elle ne prend que quelques jours à monter et offre une qualité de finition (salle de bains équipée, armoires de cuisine, éclairage.) tout à fait inconnue la-bas.Soutenu par 40 000 $ de subventions de la SHDL et de la SHQ (Société d’hypothèques et de logement et Société d’habitation du Québec), lancé par Promexpo, une firme montréalaise spécialisée en expositions internationales, ce projet-pilote devrait susciter quelques échanges intéressants.apres: Pour Avi Friedman, en tout cas, qui, en temps nor-mal; dirige un programme de recherche appliquée à l’université McGill, ce nroiet hors fron-tières a été une révélation.Il est temps, pour les Québécois, de sortir de leur petit cocon.«A cause des climats auxquels nous devons faire face, affirme-t-il, le Québec a mis des années à développer des techniques de construction qui sont aujourd’hui parmi les meilleures au monde.Im preuve, ces jours derniers, malgré les stress épouvantables et tout à fait exceptionnels que subissent nos habitations, elles tiennent bon.On ne signale pas d’effondrements, pas de toits enfoncés.» Au Mexique, au contraire, la construction est lamentable.On monte un mur en blocs de ciment puis on le troue à coups de massue pour y faire passer la plomberie.Les ouvriers prennent des mois à ériger une simple masure, où la pluie s’infiltre en hiver, où on étouffe pendant l’été.Même les produits manufacturés sont de très mauvaise qualité.«Nous pouvons vraiment les aider», affirme M.Friedman à propos des Mexicains.qui à leur tour ont à nous offrir des débouchés faramineux.Jugez plutôt: si le Mexique veut maintenir son parc d’habitations à son niveau actuel (sans même songer à l’augmenter pour abriter plus de personnes), il devra construire, d’ici 2005, pas moins de 710 000 logements neufs ! Le Québec, par comparaison, n’en bâtit que 30 000 par an.«Ici, nos jeunes diplômés en architecture et en design ne trouvent pas de travail et sont dans une situation dramatique.Là-bas, on a besoin de notre expertise.» Reste à trouver comment favoriser l’échange.C’est dans cette optique que s’inscrivait le projet Casa a la Carta.Gringos s'abstenir! «Qui suis-je, moi, pour dire aux Mexicains ce qu’ils doivent construire et comment le faire?Le plus grand défi de ce projet était de respecter les habitudes culturelles et les besoins de la clientèle que nous cherchons à rejoindre.Pas question de nous comporter en gringos paternalistes», insiste bien Avi Friedman.En fait, l’universitaire a procédé de la même manière que dans son programme de recherches habituel, c’est-à-dire en commençant par plusieurs mois d’observation des us et coutumes de l’habitant.Il a constaté, par exemple, que les Mexicains — par goût ou par nécessité — ont l’habitude d’améliorer ou d’agrandir leur logement au fil des années.Il n’est pas rare de voir des pères de famille ramasser çà et là des matériaux de construction, deux madriers, un tas de briques, en prévision d’éventuels travaux.La maison demeure un projet en évolution permanente, avec des morceaux finis, d’autres en devenir.La Casa a la Carta reprend cette idée.D’abord, elle offre une unité de base qui prévoit, dès le plan initial, des agrandissements subséquents.L’espace rangement qui se trouve au centre peut se convertir en cage d’escalier, qui mènera à un futur deuxième étage.Et puis, les fabricants québécois qui fournissaient les matériaux et les différentes composantes de la maison témoin ont été impliqués dans le processus d’élaboration.Ils ont adapté leurs produits aux besoins de la cause.Si bien qu’on a pu mettre sur pied un catalogue de fournitures (cloisons, bains, planchers, fenêtres et portes, systèmes d’éclairage, et que sais-je encore) que les propriétaires ou les constructeurs mexicains pourront commander à la pièce, au fur et à mesure de leurs besoins, c’est-à-dire, donc, «à la carte».Enfin, le plan de base de la Casa a été conçu dans le respect des valeurs mexicaines, fondées sur la famille (qui est de 4,3 personnes en moyenne).Par exemple, on entre directement dans la cuisine, pièce principale et cœur du foyer, lieu de rassemblement où la mère de famille officie et représente toujours, aux dires d’Avi Friedman, «l'âme de la maison».Après le couloir rangement et la salle de bains, la demeure se finit par deux chambres qui ouvrent sur le patio.Au fond de cet essentiel espace extérieur, on peut ajouter, éventuellement, deux pièces en annexe.Que cette Casa venue du froid séduise ou non les Mexicains, pour Avi Friedman en tout cas, la démonstration est faite.Nous avons quelque chose à donner, et les Mexicains également: «Ils m’ont appris l'usage des couleurs fortes, leur importance dans la ponctuation d’un aménagement.Et aussi l’amour de la lumière, des liens à maintenir entre l'extérieur et l’intérieur, l'art de concevoir des espaces chaleureux, favorables aux êtres humains et à la famille.Autant de leçons que je retiens, pour tous mes projets à venir, qu’ils soient ou non pour le Québec.» ID Séminaires de formation pour diplômé-es en design - Horaire complet, Hiver et printemps 1998 Institut de Design Montréal 390, rue Saint-Paul Est Marché Bonsecours (niveau 3) Montréal (Québec) Canada H2Y1H2 Téléphone 15141866-2436 Télécopieur (514) 866-0881 E-mail idmSidm qc ca Site web http //www idm qc ca L'Institut de Design Montréal reçoit présentement des inscriptions pour son programme de séminaires en gestion.Ce programme s'adresse aux diplômé-es universitaires de 1995,1996,1997 et 1998 des différentes disciplines du design (design industriel, design graphique y compris infographie et multimédia, mode, architecture, architecture de paysage, design d’intérieur, urbanisme, etc.) sans égard à leur statut d'emploi.Grâce à la participation de Développement des Ressources Humaines Canada et à la collaboration de l'Institut de Design Montréal, seuls des frais d'inscription de 15 $ par séminaire sont exigés pour permettre aux participants de réserver leur place.Le but du programme est de renforcer l'expertise des jeunes designers, de soutenir la formation universitaire en design et de permettre aux diplômé-es d'intégrer le marché du travail en disposant d’outils complémentaires en gestion.Les places disponibles étant limitées, elles sont attribuées selon la formule premier arrivé, premier servi.Les inscriptions pour tous les séminaires se font par téléphone.Horaire - Hiver et printemps 1998 Rudiments du lancement d une entreprise (2 jours, 9 h a 17 lil Samedi et dimanche, 28 février et 1er mars 1998 Samedi et dimanche, 21 et 22 mars 1998 Samedi et dimanche, 25 et 26 avril 1998 Marketing (1 journée, 9 h à 17 h) Samedi 7 mars 1998 Samedi 28 mars 1998 Samedi 9 mai 1998 Portfolio I et II (2 soirs) Mercredi 11 février ei mercredi 18 février 1998 Mercredi 13 mai el mercredi 20 mai 1998 Propriété intellectuelle (1 soir, 18 11 à 21 h) Mercredi 18 mars 1998 Mercredi 6 mai 1998 Pour renseignements et inscriptions Institut de Design Montréal (514) 866-2436, poste 28 OBJETS DESIGN.POUR VOUS! Du lundi au samedi : 11 h à 18 h Dimanche 11h à 17h En janvier, 25% d escompte sur les articles à prix régulier pour nos membres.D1C
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