Le devoir, 11 avril 1998, Cahier D
L K DEVOIR.L !• S S A M K DI II E T D I M A X C II K A V III I 1 !• !» S LE DEVOIR « / Lettres québécoises Page D 3 La chronique de Robert iMlonde Page D 4 ?William Ronald Page I) 8 Formes Page D 10 En direct de la vie Entre le collectif et l'individuel, les dessous d’une époque Henri Lamoureux, l’homme engagé, l’auteur des essais L'Intervention sociale collective et Le Citoyen responsable, n’a pas oublié, pour son premier roman, d’être aussi un romancier.LE PASSÉ INTÉRIEUR Henri Lamoureux VLB Editeur, Montréal, 1998 233 pages BLANDINE CAMPION Une femme pleure.Elle verse des larmes sur son passé révolu dont elle ne parvient pas toujours à retrouver les traces.Elle laisse s’écouler de ses yeux, au milieu des rides qui se forment sur sa jeunesse, l’eau amère des illusions tronquées, des rêves inassouvis, des certitudes métamorphosées en vêtements gênants.Une femme sanglote pour un fantôme des années perdues, un amour évanoui dont le deuil n'a jamais été complété, traînant dans son corps et son cœur l’empreinte douloureuse du passage d’un homme.Une femme crie.Elle hurle la rage de son impuissance à communiquer avec celle qui est pourtant née de son ventre.Elle proteste de toute sa voix contre le sort qu’une époque démente réserve aux jeunes filles déboussolées, à tous ceux qui n’ont su ou n’ont pu se faire une place au chaud.Une femme laisse sa gorge former et expulser pour elle, du fond de son désespoir de mère meurtrie, de journaliste désabusée, «une longue plainte, la vingt-huitième lettre de l’alphabet, la seule qui permette de dire la détresse humaine».Enquête sur l’itinérance Cette femme, dont la couverture du nouveau roman de Henri Lamoureux, Le Passé intérieur, nous offre la merveilleuse représentation symbolique (une sculpture de Pablo Riviera intitulée Woman's Head with Tear), c’est Françoise Mercier.Journaliste-vedette de l’audiovisuel, elle entreprend, aidée de ses complices de toujours, une enquête sur l’itinérance.Ces complices, ce sont Jo, l'amie-ennemie des années de militantisme dans les rangs du parti communiste, rencontrée sur les bancs de l’UQAM, et Roger, croisé lui aussi au cours d’une jeunesse mouvementée soufflée par les idéaux propres à l’enthousiasme de la jeunesse.Mais les années ont passé, le militantisme et les idéaux ont laissé place aux compromis de la quarantaine: «Ils ont voulu changer le monde, mais la réalité a été plus têtue que le rêve.Ils exorcisent leur déroute dans la dérision et dans le cynisme bon enfant produit par les consciences qui s’amollissent.» Jo est devenue recherchiste et Roger, réalisateur.Ensemble, ils tentent de réaliser un reportage sur les laissés-pour-compte de la société québécoise d’aujourd’hui en préparant des émissions sur la Maison du père, L Itinéraire, l’incurie de l’Etat, la réaction du clergé, etc., et.surtout, une série d'entrevues avec des marginaux de toutes sortes.VOIR PAGF I) 2: LAMOUREUX M tL K rv\ v Cw % Passionnée de cinéma, auteur de scénarios de téléfilms, Emmanuelle Bernheim écrit aussi, avec une remarquable économie de moyens, des romans largement espacés (elle en a publié quatre en treize ans, dont Sa femme, Prix Médicis 1993), Ils sont brefs — à peine cent pages — et les dialogues y sont aussi rares que l’introspection.Peu de personnages.A part quelques figurants, une femme et un homme qui se croisent par hasard.Et entre eux, le désir, la passion, la possession espérée et redoutée qui se révèlent dans un geste, une sensation, un objet familier.Chez Bernheim, la narration se fait en plans rapprochés, comme on dit au cinéma.ROBERT CHAR TR AN I) u début de Vendredi soir, le personnage principal, üiu-re, est une jeune femme qui ne cherche pas d’aventure.Elle est tout simplement dans une transition de sa vie, propice à une certaine disponibilité.«Ixiure est en effet dans une double parenthèse.Elle vient d’emballer tout ce qu'elle possède parce que le lendemain matin, à huit heures, elle déménage: pour la première fois de sa vie, elle va vivre avec quelqu’un, un garçon qui s'appelle François.Elle n’est donc plus tout à fait chez elle, et pas encore chez lui.Et puis, il y a la grève des transports en commun, comme celle de décembre 1995, où la plupart des Français se sont retrouvés pendant plusieurs jours dans un gigantesque embouteillage; le temps était suspendu, comme si tout le pays se trouvait dans une parenthèse physique et sociale.» Coincée dans sa voiture, fébrile et impatiente, elle fait monter un autostoppeur, sans trop réfléchir à son imprudence: belle entrée en matière pour un éventuel cauchemar: «Il est vrai qu'elle aurait pu se trouver en danger.Elle est d’emblée attirée par cet inconnu, et notamment par son odeur, qui est un délicieux mélange de tabac blond, de cuir et d'eau de toilette.Or cet inconnu aurait pu être un psychopathe ou un violeur.Et il y a chez elle, au départ, une inquiétude qui est à la mesure de l'attirance qu'elle éprouve pour cet homme.Mais cela tourne à quelque chose d'assez délicieux, puisque lui aussi, manifestement, est attiré par elle.» VOIR PAGE D 2: BERNHEIM EMMANUELLE BERNHEIM \ C* ÏOn prut parhülenirnl rencontrer un inconnu l'espace (l'une nuil ou de
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.