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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1998-04-25, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR V o L .I X X .\ I .\ N !» (I M O \ I li É A l.L E S S A M E D I 2 5 K T LIVRES Le plus récent roman de Margaret Atwood, page D 1 LES ARTS Les canaux spécialisés révolutionneront-ils la télévision ?, page B 1 l> I M A X < Il E 2 (I A V I! I I.I !» !» S MONTRÉAL Loin du compte, les Expos récoltent de nouveaux appuis, page A 5 .-) (' A II I E IV S I .!» r> $ + T A x »: s = 2 .2 S FORMES La maison écologique de l'architecte Jacques Poirier, page D 10 PERSPECTIVES Tenir les livres C’est un premier ministre «lecteur» qui a tenu les rênes du Sommet sur la lecture et le livre.Lucien Bouchard aura souvent essayé de ramener les discussions de ce premier sommet culturel de l’histoire québécoise autour du principal intéressé, celui qui lit, ou qui devrait lire, rappelant à l’ordre les commerçants, petits et grands, pour qui le livre est affaire de négoce, ne l’oublions pas.Il y avait là de quoi combler les vœux de plusieurs des principaux maillons de la chaîne du livre, du plus petit au plus grand, de l’écrivain au lecteur: un Sommet sur la lecture et le livre, présidé, qui plus est, par le premier ministre Lucien Bouchard.Sa seule présence, et aussi les quelque 40 millions de dollars qu’il insuffle à cette industrie chambranlante, ont agi comme un baume sur les plaies de l’univers livresque.Félicitons-nous, entendait-on en coulisses, non seulement notre gouvernement place-t-il la culture en haute estime, mais il croit aussi que la lecture peut «nourrir notre identité de Québécois», comme l’affirmait M.Bouchard au moment d’inaugurer l’événement L’objectif est clair: effacer de nos registres cette sombre statistique selon laquelle près de la moitié de nos comparses lisent très peu ou pas du tout Fort bien.Mais voilà sans doute l’un des seuls consensus solides au-Marie-Andrée tour desquels il y a lieu de célébrer Ch o u i h a rd car, sur les voies possibles pour donner «le temps de lire» et en faire «un art de vivre», les divisions demeurent.Regarnissons les tablettes de nos bibliothèques, dit-on.Au cours des trois prochaines années, l’achat de près de deux millions de nouveaux bouquins servira cet objectif, remplumant les libraires au passage.Livres québécois, ou livres.américains traduits par les Français?Donnons le goût de lire le plus rapidement possible, ajoute-t-on — le président de l’Union des écrivains du Québec, Louis Gauthier, coloré personnage, propose même de iwusser cette option jusqu’au département d’obstétrique de tous les hôpitaux du Québec où, parmi les couches, les crèmes et les préparations lactées, ixmrraient se glisser un livre pour le bébé, et un autre pour la mère! Mais comment s’y prendre?L’école, la garderie, la famille — même les grands-parents, une idée proposée en plénière et retenue par le premier ministre — peuvent jouer un rôle dans «l’éveil à la lecture», mais encore faut-il déterminer un plan d’action précis et entièrement concerté.Dans la foulée des échanges, il aura été facile d’oublier, parfois, l’objet de la politique de Louise Beaudoin: le lecteur.Transformé trop souvent en consommateur de livres, avec toutes les prémisses commerciales que cela comporte, ce lecteur—et le futur lecteur, puisque le taux d’analphabétisme n’a rien de réjouissant: seulement 56 % de la |X)pulation a des habiletés de lecture suffisantes — a trop souvent pris le deuxième rang des débats.Aux éditeurs, distributeurs et libraires, fort certainement tous amoureux des livres mais aussi à leur remorque financière, Lucien Bouchard a pris soin de rappeler le but de l’opération: s’assurer que l’on lise davantage et, pour faciliter l’opération, empêcher toute hausse du prix du livre, «déjà trop cher».S’étonnera-t-on alors qu’à la portion des débats que tous attendaient avec la plus grande impatience, cette fameuse plénière autour de la philosophie du prix unique, le président de séance ait rapidement entériné l’idée d’un groupe de travail, issu de ce groupe de travail qu’on croyait être le sommet?La tendance est aux audiences, comités et autres instances conçues pour discutailler: certaines questions, comme le choix d’un emplacement pour une future Grande Bibliothèque, méritent plus de verbosité, semble-t-il, qu’un sommet sur la lecture en entier.Jugez par vous-même: trois jours entiers contre quelque 12 heures d’échanges bien minutés.Peut-être pour signifier que les querelles commerciales avaient assez duré, Lucien Bouchard a dont dit oui à cette nouvelle ramification à laquelle siégeront des partisans de toutes les mesures, dont l’économiste Pierre Fortin, nouveau venu dans cette chamaillerie purement économique, avouons-le.Au terme de ses réflexions approfondies — le groupe n’a plus que deux mois pour trouver la solution miracle —, c’est à la ministre Louise Beaudoin, curieusement effacée dès le moment où son capitaine a pris la barre, que reviendra le soin de trancher.La tâche ne sera pas mince: il faudra aller au delà de tout ce qui s’est déjà dit ou écrit sur les bienfaits et préjudices du prix unique, tentant de prouver «hors de tout doute raisonnable» que telle ou telle autre option n’entraînerait pas la hausse du prix du livre, celui qu’on achète chez Wal-Mart ou cet autre recommandé par le libraire du coin.Voilà ce dont Lucien Bouchard voudra être convaincu, pour que le lecteur, qu’il soit bouquineur ou adepte des paniers d’épicerie, découvre le plaisir des mots sans avoir l’impression de mettre le nez dans son livre de comptes.M E T E 0 Montréal Nuageux.Dégagement en après-midi.Max: 15 Min: 4 Québec Nuageux avec éclaircies.Max: 8 Min: 1 Détails, page C 4 INDEX Agenda.D 8 Livres.D 1 Annonces.C 12 Les Arts.B 1 Avis publies.C 11 Economie.C 1 Editorial.A 12 Le monde.A 10 Les sports.C 14 Montréal.A3 Mots croisés C 11 Politique.A 8 www.ledevoir.com Changement de garde JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a passé l’éponge, hier, et a signé la pétition de son jeune député Stéphan Tremblay.Le combat de Stephan Tremblay ne fait que commencer Le fauteuil du député Stéphan Tremblay a fait beaucoup jasé cette semaine.Un peu trop même, selon le principal intéressé, qui aimerait bien discuter de mondialisation et de pauvreté plutôt que de la couleur dudit objet.Le fauteuil sera de retour cette semaine au Parlement, mais le combat de Stéphan Tremblay, lui, ne fait que commencer.JUDITH LACHAPELLE LE DEVOIR Cinq jours après le début de la tornade, le député Stéphan Tremblay fera une pause cette fin de semaine pour réfléchir aux façons de mener son combat sur le terrain.Sa sortie de lundi dernier a eu l’effet d’une bombe, mais le député veut maintenant revenir aux choses sérieuses.Le fauteuil, pour ceux qui s’en inquiéteraient, est dans son comté du Lac-Saint-Jean et sera de retour mardi à Ottawa.Et le débat que Stéphan Tremblay veut soulever pourrait prendre son envol à cette occasion avec une discussion sur l’Accord multilatéral sur l’inves- tissement (AMI), à la demande spéciale du Bloc.Stéphan Tremblay aura au moins réussi la première partie de son plan.Les images de la télévision qui l’ont montré soulevant son fauteuil à bout de bras, avant d’être entouré par une meute de journalistes à sa sortie de la salle des débats, ont fait le tour du monde.Des appuis venus non seulement du Québec mais aussi de France, de Belgique, des Etats-Unis et de la Suède se sont mis à pleuvoir.On a admiré son courage de sonner l’alarme sur la mondialisation des marchés, sur l’augmentation de l’écart entre riches et pauvres ainsi que sur l’apparente impuissance des élus à régler le problème.Hier, en entrevue, il s’est expliqué sur les circonstances de son coup d’éclat.D’abord, son geste était planifié.Prévu initialement pour le 25 mars à l’occasion du deuxième anniversaire de son élection, il a ensuite été repoussé jusqu’à lundi dernier, anniversaire de son arrivée à la Chambre des communes.Ensuite, le fauteuil, c’était son idée.«On savait que c’était “kamikaze”», reconnaît-il, en ajoutant que ça aurait pu mal tourner pour lui et son équipe, qu’il aurait pu être ignoré et mis de côté.«On avait même prévu une traversée du désert pendant quelque temps, et j’étais prêt à la faire.Je savais qu’on avait raison!» VOIR PAGE A 14: COMBAT Enquête Sondagem Bouchard doit rajeunir son équipe Plus de 70 % des Québécois souhaitent un remaniement PIERRE O’NEILL LE DEVOIR Même si leur gouvernement est en panne et que leur système de santé est en crise, les Québécois ne jugent pas qu’il faille pour autant crucifier le premier ministre Bouchard.A leur avis, l’injection de nouvelles ressources financières dans le réseau de la santé et un remaniement ministériel majeur constituent le passage obligé vers le rétablissement de la confiance populaire.Une enquête d’opinion publique réalisée par la maison Sondagem pour le compte du Devoir tend à démontrer que le gouvernement dispose encore d’une certaine marge de manœuvre, pourvu qu’il prenne des mesures correctrices.La très grande majorité des Québécois (84,5 %) trouvent «très ou assez important» que le gouvernement réinvestisse de l’argent dans la santé, en opposition avec les 12,3 % pour qui cette idée est ' (i A V H I E I !) !) 8 / d écriture aux quatre coins du Québec.D’hier à aujourd'hui Le marathon d’écriture intercollégial a déjà huit ans.Depuis ses débuts, le concept a bien sur changé ; le nombre de participants est passé de 18 à 220 ; de nouveaux collaborateurs, comme les Éditions Québec Amérique, se sont joints au cégep André-Laurendeau ; l’organisation d’un tel événement requiert désormais des mois de préparation.Qu’à cela ne tienne ! Les années ont beau passer et l’événement gagner en popularité, l’envoûtement des collégiens et collégiennes est pour sa part demeuré intact.Fidèles souveraines, l’imagination et l’inspiration continuent de transcender ce 24 heures de création littéraire.Un succès sans précédent C’est donc de 14h30 à 14h30, les 13 et 14 mars derniers, que s’est tenu le 8e marathon d’écriture intercollégial.Sous le thème C'est arrivé un soir de pleine lune, 220 étudiantes et étudiants réunis au cégep André-Laurendeau, aux cégeps de Chicoutimi, de Rimouski et de Victoriaville, ont vécu, selon leurs dires, des moments inoubliables.Au cégep André-Laurendeau, aucun effort n’avait été ménagé afin que les participantes et participants se souviennent de cette nuit d’écriture.Sous la présidence d’honneur de Stéphane Bourguignon, entre autres auteur du Principe du geyser et scripteur pour de nombreux humoristes, des spécialistes de l’écriture sous toutes ses formes avaient accepté d’animer des ateliers d’écriture.Il n’en fallait pas plus pour inciter les étudiantes et étudiants alors réunis à lire leurs écrits sous l’oreille attentive de ces mentors.Nous vécurent alors.Des moments amusants.La rupture amoureuse a pris des airs de blagues, dans le cadre de l’atelier sur l’humour, animé par Stéphane Bourguignon.Ne portant pourtant pas sur l’humour, l’atelier sur la chanson présenté par la parolière Sylvie Massicotte a offert une autre occasion de bien rigoler quand un étudiant s’est improvisé auteur interprète avec une chanson portant sur le poids de la laideur physique.Imaginez quatre hommes dans une pourvoirie occupés à festoyer l’anniversaire de l’un d’eux.Tout à coup, quatre femmes arrivent en hydravion.Quelques jours plus tard, les épouses des chasseurs arrivent à leur tour.Voilà le début de scénario pour lequel Michel Poulette a demandé aux étudiantes et étudiants de concevoir une fin.On en a alors vu de toutes les couleurs, tout comme dans l’atelier sur la BD animé par Tristan Deniers.^Marathon^ d'tçrüure intercollégi 8 e édition .engageants.Franco Nuovo a lui aussi soulevé la foule en encourageant marathoniennes et marathoniens à se prononcer, en tant que columnist, sur des sujets chauds, comme les compressions budgétaires, les grèves, la taxe à l’échec.Il va sans dire que certains textes ont suscité des cris et des applaudissements, dont voici un extrait : .« .ce n'est pas une journée ou deux de grève qui me tuent, loin de là.C’est plunk ce courant de pessimisme au cube qui bouffe à la société l'espoir de s’en sortir.C’est écoeurant, on favorise l’élitisme dit-on et que devrait-on favoriser ?Lepourritisme !.» Durant l’atelier animé par Normand de Bellefeuille, éditeur adjoint aux éditions Québec Amérique, ces jeunes visionnaires assoiffés de justice et d’idéalisme ont tout de même dû se rendre à certaines évidences ; par exemple, même bourrés de.talent, certains auteurs ne parviendront pas à être édités et ce, pour mille et une raisons tout à fait hors de leur contrôle.Voilà qui explique, en partie, pourquoi sur 912 manuscrits reçus l’an dernier, seuls 27 ont été publiés.enlevants Enfin, juste avant que ne se termine cette extraordinaire nuit blanche, Christian Vézina a sublimé le marathon.Ce conteur de Pile d’Orléans nous a offert des moments de pure grâce en déclamant avec un élan venu d’on ne sait où les écrits des grands poètes.Du Cyrano de Rostand, à Raymond Devos en passant par Prévert, il les a fait vivre avec une telle authenticité ! Il m’apparaît impossible de décrire son talent et l’ambiance qu’il a su créer; les mots ont parfois de ces limites.Il fallait y être, il fallait le voir, l’entendre et frémir.Le repos du guerrier Leurs pieds ont repris le rythme de tous les jours, leur tête s’est de nouveau remplie du quotidien, et les étudiantes et étudiants s'en sont retournés d’où ils venaient, comme si de rien n’était.Pourtant, de cette guerre sans merci qu’ils ont livrée à l’épuisement intellectuel sont nés des histoires, des fantasmes, des personnages, des émotions qui maintenant viendront frapper aux portes de l’imaginaire et de la création afin de pouvoir encore vivre.Tous l’auront bien vite compris, on ne peut tourner ainsi la page sur un 24 de création littéraire ! LE CONCOURS LITTERAIRE Le vendredi 14 mars, à 16h, Stéphane Bourguignon a dévoilé le thème qu’il avait choisi d’imposer pour le concours littéraire.L’efficacité de I appel conférence a rendu possible la divulgation simultanée de cette information aux participantes et participants de tous les cégeps.Dès lors, tous devaient produire un texte d’environ 25» mots autour de L’instant d’apres j’étais déjà ailleurs.Après la remise des textes, des jurys locaux ont dans un premier temps choisi les meilleurs textes dans chacun des cégeps hôtes.Par la suite, un jury provincial composé d’enseignants de différents cégeps du Québec ont décerné, parmi les 17 finalistes, les premier et deuxième prix.C’est ainsi que Emmanuelle Fournier Chouinard, du cégep de Rimouski, a remporté le premier prix, qui consistait en un exemplaire du dictionnaire Robert Historique de la langue française en deux tomes, alors que Maude Pomerleau, du cégep Marie-Victorin, a raflé le deuxième prix, soit le dictionnaire Robert de la langue française sur cédérom.Parce que tous ne peuvent gagner, mais que plusieurs le méritent, nous tenons à féliciter tous les participantes et participants de ce concours, dont les finalistes étaient les suivants : Magalie Allard (Cégep de Shawinigan) Catherine Lavoie (Cégep d’Alma) Caroline Blais (Cégep de Sainte-Foy) Mathieu Lavoie (Cégep de Sainte-Foy) Simon Lambert (Cégep de Sorel-Tracy) Steve Le bel (Cégep de Victoriaville) Isabelle Thériault (Cégep de Rimouski) Étienne Laurence (Cégep de Rimouski) Patrick Roy (Cégep de Victoriaville) Isabelle Payette (Cégep de Bois-de-Boulogne) Marie-Soleil Roy (Cégep Jolictte-de-Lanaudièrc) Jean-Philippe Berthold (Cégep Montmorency) Oscar Chica (Cégep Montmorency) Marie-Aude Boislard (Cégep de l’Outaouais) Néransra Siharath (Cégep de Saint-Laurent) prix Emmanuelle Fournier Chouinard (Cégep de Rimouski, DEC intégré en sciences, lettres et arts) Le Râle « Madame.» Ce râle d’agonie parvint à mon oreille à la seconde ultime où je sentis la dernière fibre me rattachant encore à ce maudit costume de chair se rompre.Enfin, la triste pantomime s’achevait ; le rideau de la mort s’abaissait doucement, jalousement, comme pour interdire aux spectateurs de découvrir le véritable enjeu de ce drame.> Les principaux acteurs gisaient au sol, moi, lui, semblables à de pauvres marionnettes abandonnées à elles-mêmes, dans le théâtre de leur vie, par un Dieu, un Directeur, qui ne daignait plus faire jouer leurs ficelles, soucieux qu’il était d’aller vider quelques bouteilles avant la prochaine représentation.L’allégorie de ce que fut ma vie se présenta à moi simplement, clairement.Loin d’en éprouver de la tristesse, je sentis, en cet instant sublime, sourdre en mon être, par petites vagues tout d’abord et bientôt en un torrent à la fois infernal et salvateur, le plaisir si ardemment recherché tout au cours de mon pèlerinage en cette vallée de larmes.On dit que le trépassé par décapitation garde ses facultés encore quelques instants dans la mort.Pure vérité qui mç value cette dernière et unique véritable extase.J’en atteste sur mon bonheur lavé et sur mon chef, à ce jour solitaire.Voilà d’ailleurs l’explication de ma préférence du sabre qui tranche en lieu et place du fleuret ou de l’épée qui transperce.Pardonne-moi mon amour, mon amant, d’avoir ainsi abusé de toi, d’avoir usurpé un costume qui n’était pas de mon sexe pour pouvoir me dépouiller d’une enveloppe qui n’était pas à la mesure de mon âme.« Madame.>• Soubresaut de terreur dans cette voix que jusqu’alors, jamais homme ou Dieu n’avait fait tressaillir.Et moi, le corps immobile, vertical.Et moi, la tête qui tombe, qui tombe et qui n’en finit plus de tomber.Les yeux ouverts, fixés sur toi et une partie de ce qui fut moi.Et les vagues de jouissance qui me submergent.«Madame.» Trop tard ! L’instant d’après, j’étais déjà ailleurs.Maude Pomerleau (Cégep de Marie-Victorin, Arts et lettres, option littérature et expression imaginaire) mj) Croquée sur le vif, Emmanuelle Fournier Chouinard, la grande gagnante du concours littéraire.2e prix m L’instant d’après j’étais déjà ailleurs J’ai fermé la porte sans bruit, sans me soucier de la nuit qui venait de recouvrir le ciel de son bleu uniforme et pénétrant, de ses étoiles immobiles et de la lune encore un peu endormie.J’ai regardé les marches de bois qui descendaient dans la cours, ces marches qui me séparaient de la chaleur réconfortante de la maison familiale.J'étais entre deux mondes, là, debout sur la galerie, les mains dans les poches de ma veste rouge.J’ai tourné légèrement ma tète pour voir, avant de partir, la lumière jaune qui se faufilait entre les carreaux de la fenêtre, et mon regard s’est finalement fixé sur l’escalier qui m'attendait dans la pénombre invitante.J’ai posé mon pied sur la première marche puis sur la deuxième.De là, j’ai promené mon regard dans la nuit qui s’étendait à perte de vue devant moi, les yeux dans la noirceur mystérieuse de l’horizon.Je suis ensuite descendue sur la marche suivante, je me suis arrêtée instinctivement.J’ai fermé les yeux et pris une grande respiration comme si chaque particule de la Voie lactée entrait dans mes poumons pour me faire revivre à nouveau.J’ai fait un pas de plus et de là, j’ai laissé le silence me pénétrer doucement.J’étais si bien dans ce calme profond, ce calme obscur qui m’habite si souvent.L’ombre des ténèbres se retrouvait maintenant derrière mes paupières closes, comme deux écrans qui transposaient l’intensité ; en suspension devant mes yeux.Il n’y avait que la caresse du vent pour me rappeler que j’étais là, debout dans l’escalier.1 Si on me donnait 24 heures pour écrire ce qui me chante, que pourrait-il bien sortir de ma plume ?Les premières minutes verraient sans doute le papier accueillir des réflexions bien senties sur l’éducation, sur la vie publique, sur le destin des peuples.Mais sans doute, à la 86 400e seconde, serais je devenue poète ou coquine prosatrice ! C’est tout le charme du Marathon d’écriture que de créer un environnement propice à la libre émergence des idées ou des images, autant qu’au fin cisèlement du stvlc.Cette expérience remarquable prend chaque année de l’ampleur, grâce à l’appui de nombreux partenaires, dont le ministère de l’Éducation du Québec.Le jour est enfin venu de goûter ensemble, dans les pages du Devoir, les fruits du 8e Marathon d’écriture.La ministre de l’Éducation Gouvernement du Québec Ministère de l’Éducation Pauline Marois Stéphane Bourguignon président d’honneur du R marathon d’écriture intercollégial.FONDATION DU CÉGEP ANDRÉ-I.AURF.NDEAU REMERCIEMENTS Monsieur Louis Martin, président de la Fondation du cégep André-Laurendeau Madame Pauline Marois, ministère de l’Éducation (Direction générale de l’enseignement collégial) Madame Louise Beaudoin, ministère de la Culture et des Communications Madame Liza Frulla, députée de Marguerite-Bourgeoys Les éditions Québec Amérique Les dictionnaires Le Robert Les Services alimentaires CVC COMITE ORGANISATEUR du 8e marathon d’écriture intercollégial Au cégep André-Laurendeau Gilbert Forest, coordination provinciale Jean-Jacques Barrette, ressources matérielles Annie Bonneville, coopérative étudiantes Francine Duquette, direction des études Marie-Josée Fiset, ressources matérielles Line I .égaré, communications Manon Lepage, affaires étudiantes Marie-Pier Poulin, département de lettres Julie Roberge, Département de lettres Au cégep de Chicoutimi Ghislain Lcspérancc, coordination Au cégep de Rimouski (dément Mainvillc, coordination Au cégep de Victoriaville Renée Roy, coordination Collaboration spéciale Les Editions Québec Amérique iv ^ CJÈXÆP ANDRÉ-LAURENDEAU Cégep de Victoriaville |Cégep de Rimouski CÉGEP CHICOUTIMI t L E DEVOIR.I.E S S A M E I) I E T I) 1 M A X (' Il E 2 li A V II I I.I !» !l S A 3 -?LE DEVOIR —- MONTREAL Les «primes de marché» sont contestées à l’UQAM Comme ailleurs, un petit groupe de professeurs est nettement privilégié par rapport à la majorité Les universités ont l’habitude de verser des primes à un certain nombre de professeurs pour les attirer ou les empêcher d’aller ailleurs.Mais en ces temps de compressions, cette mesure n’est pas très populaire à l’UQAM.PAU LE DES RIVIÈRES LE DEVOIR L5 Université du Québec à Montréal distribue chaque ’ année 245 000 $ en primes à 27 professeurs, dont le salaire dépasse ainsi largement la rémunération maximale prévue à la convention collective des professeurs.la distribution de ces primes suscite un profond mécontentement au sein du coips professoral, parce que la direction demande depuis de nombreuses années aux professeurs «ordinaires» de travailler plus et de se serrer la ceinture.En trois ans, les professeurs ont subi une baisse de salaire de 1 % et renoncé à deux hausses de 1 % prévues pour le secteur public.La direction a augmenté le nombre d’étudiants par salle de cours et, surtout, laissé vides les chaises des professeurs qui ont pris leur retraite, ce qui a entraîné une augmentation de la tâche.«À l’UQAM, il y a un système de promotion bien précis, mais là, c'est l’arbitraire qui règne.Etant donné que cela a lieu en période de compressions, nous avons l’air de dindons», résume L>uis Gill, vice-président du Syndicat des professeurs de l’UQAM.Li direction de l'UQAM invoque «la situation de concurrence» dans laquelle elle est placée.«Nous sommes obligés, pour retenir certains professeurs, de leur offrir certaines conditions», résume Jean-Paul Legrand, directeur du service des ressources humaines à cet établissement.Sur les tensions que cette réalité crée parmi les professeurs, M.Legrand répond par une question: «Est-ce que cela crée des tensions de recruter le Prix Nobel de physique?» Rien n’interdit à la direction de l’UQAM — ou d’une autre université — de verser à un professeur un salaire plus élevé que ce qui est prévu dans la convention collective.L’an dernier, les salaires des «hors-taux», comme les décrit le syndicat des professeurs, dépassaient le salaire au sommet de l’échelle par des pourcentages variant de 1 % à 7 %.Deux catégories de professeurs reçoivent des primes, ceux qui sont très en demande ailleurs dans le système universitaire ou dans l’entreprise privée.A l’université, on les retrouve surtout dans les départements de sciences économiques (il y en a sept à 1' UQAM), et de sciences administratives (notamment en finance), où il y en a cinq.Certains reçoivent leur prime à l’embauche, d’autres en cours de carrière (une di- zaine à l’UQAM dans cette dernière sous-catégorie, dont le salaire est majoré de 10 % en moyenne et de 17 % dans un cas).Une autre catégorie de professeurs mieux payés que leurs collègues comprend ceux qui ont délaissé l’enseignement pour occuper des fonctions de cadre et qui reviennent ensuite à l’enseignement C’est le cas par exemple de l’ex-recteur Claude Corbo qui, même s’il est revenu à l’enseignement, conserve son salaire de recteur, qui est de 123 000 $.M.Corbo fait partie d’un groupe de sept personnes qui se partagent un salaire moyen de 94 760 8.Mais cette possibilité de garder son salaire de cadre n’existe plus depuis le 1" juin dernier, moment où le syndicat a réclamé et obtenu que l’ex-cadre qui retrouve sa salle de cours retrouve du même coup son salaire de professeur Les primes existent ailleurs Il n’y a pas que l’UQAM qui distribue des largesses à certains professeurs.11 s’agit là d’une pratique institutionnalisée un peu partout A l’Université de Montréal, le président du syndicat des professeurs, André Tremblay, rappelle que les primes sont un sujet débattu depuis longtemps en raison de l’opposition des professeurs à cette habitude.Cela dit, M.Tremblay est d’avis que, dans certains cas, il est difficile d’éviter les primes de marché.«Si on cesse les primes de marché au département des sciences économiques, il n’y aura plus de département», dit-il pour illustrer son propos.Ce qui n’enlève rien au fait que «nous avons toujours manifesté un malaise par, rapport à cela».A l’Université Laval, l’ensemble des primes de marché ne doit pas dépasser 300 000 $.Certaines sont versées à l’engagement, d’autres en cours d’emploi pour retenir un professeur qui se voit offrir de meilleures conditions ailleurs.La marge de manœuvre dont disposent les universités canadiennes de langue anglaise est beaucoup plus étendue puisque le principe de paie au mérite y est reconnu et accepté.Ce n’est pas le cas dans les universités francophones.Même si la majorité des professeurs savent que les primes sont parfois incontournables, plusieurs se rebiffent contre leur multiplication qui n’est pas étrangère au gel des salaires des professeurs dont ils font les frais.«Saviez-vous, demande le vice-président du Syndicat des professeurs de l’UQAM dans le dernier bulletin syndical, que ces primes, récurrentes, augmentent d’année en année et que les réductions salariales auxquelles vous avez consenti au cours des trois dernières années ont en partie servi à les défrayer?» Les professeurs craignent aussi le retour de conditions de travail totalement arbitraires auxquelles les syndicats ont graduellement mis fin il y a 20 ans pour leur substituer un système de promotion clairement défini.'~p>onn«?z .Nouf> n’curons -fcnif' que?fa trK>)-fré Clu chcrrttn .(314) 87/ 1331 un 1 800 367-8363 (514) 257-8711 1-888-234-8533 www.devp.org DÉkELOPPEAIENr nR Er R4ix IIMF SOLUTION MÊMES PROBLÈMES EE3Ï3BÏÏH3 LA SOLIDARITÉ FONDATION DLS MALADIES DU COEUR DISTINCTIVE 2 U 1 S I N E y/ J’amt?t/OU/' RESTAURANT • PAVILLON JARDIN CHEF TRAITEUR 48, rue Sainte-Ursule, Vieux-Québec 418 694.0667 J» tgSWjg ypjii uu.it.j ft ¦ * 1 y : •ù k *>:r ¦ * £ fi % ?i Avoir du nez JACQUES NADEAU LE DEVOIR LOUIS BARATIN, de l’organisme Clowns sans frontières, a flairé une bonne affaire: il vend des nez.Et c’est tout à son honneur, puisqu’avec son boniment, le clown baratineur fait d’une pierre deux bons coups: tout en semant les sourires, il amasse des fonds pour venir en aide aux pays africains, à l’occasion des Journées africaines et créoles.ate her Compagnons 1269, Van Horne, Outremont tél.: 277-5772 prop.: Maxime Basilières et Jérôme Dallaire Ouvert 7 jours/sem.flîtftrot/uetions, /veuilles d’é/touue, couleur* e.vcefittonnelles /(> ù 20% t/e rtt/ttti.s .sur co/fection I M A X ( Il E > (i A V It I I.I II !» S A i:t IDEES Refus global, cinquante ans après L’art de ne pas savoir être parent Le message de Manon Barbeau est clair: que le calendrier indique 1948 ou 1998, que le parent soit artiste, plombier ou professeur, un enfant ne supporte pas l’abandon NATHALIE DYKE Candidate au doctorat en sciences de leducation à l’Université de Montréal es membres signataires du manifeste Refus global ont eu un culot remarquable, unique dans l’histoire du Québec contemporain, et sans a u c un doute une influence décisive sur l’entrée de la société dans la modernité.Or il semblerait, d’après le documentaire de Manon Barbeau, que certains des signataires n’aient pas su comment maintenir, voire comment imaginer, les relations familiales avec les valeurs auxquelles ils souscrivaient.Cette difficulté a eu des répercussions douloureuses sur certains des enfants qui, devenus adultes, souffrent de toute évidence d’une solitude profonde, destructrice et inconsolable.Bien sûr, le point de vue présenté est limité aux enfants qui ont souffert et ne présente pas la trajectoire de l’ensemble des enfants des signataires de Refus global.Or, d’une part, cela n’enlève rien à la vérité décrite et, d’autre part, il reste que le documentaire permet d’ouvrir une brèche intéressante dans l’univers de la postmodernité.En effet, au delà des souffrances exposées, le fdm de Manon Barbeau pose un regard réflexif fondamental car il contribue à déconstruire les illusions du plan de la modernité et revient à la question de l’identité et de ses sources qui seront toujours, qu’on le veuille ou non, familiales.Plus que tout, il questionne l’absence d’éthique, de normes, de règles de conduite dans la sphère familiale.Comment expliquer une telle négligence de la part de quelques-uns des parents interviewés?Evidemment, tout le contexte de l’époque est absent de ces témoignages hautement subjectifs ainsi que les réactions sûrement stupéfaites des signataires eux-mêmes devant l’impact social imprévisible du manifeste.Mais ce que l’on retient, à partir de la version du documentaire de Manon Barbeau, c’est un désir ou un besoin viscéral chez certains des signataires de se libérer, de se réaliser, de faire éclore au maximum toute la créativité ressentie dans un contexte socioculturel oppressant, voire complètement inhibant.En ce sens, il s’agissait d’un désir absolument moderne, caractérisé par un besoin de se réaliser, de vivre son authenticité, fondé sur un refus des normes dictées par la société.Selon Charles Taylor (Grandeur et misère de la modernité), le sens de l'appel à l’authenticité et à la réalisation de soi doit aujourd’hui non pas être rejeté mais débattu.Tout parent, engagé sur une base quotidienne dans une relation d’affection avec son ou ses enfants, sait très bien que la croyance en la possibilité de vivre des relations familiales sans éthique est une illusion.L’éducation même d’un enfant consiste à le préparer à prendre place dans un groupe social plus large que celui de sa famille d’origine, où certains comportements sont acceptables et où d’autres ne le sont pas, en fonction évidemment de l’univers culturel ambiant.Les comportements parentaux répondent aussi à des critères culturels d'acceptation et donc à certaines exigences morales qui émanent non seulement du parent lui-même mais également des autres.Le problème avec la modernité, par rapport à la sphère familiale, se situe dans le fossé qui s’est creusé entre d’un côté le désir de déterminer la nature de nos relations sans tenir compte du regard des autres et, de l’autre côté, l’obligation inévitable pour la vie en société de tenir compte des autres.Autrement dit, nous devons nous questionner sur notre idée de la liberté.Il me semble que ce qu’a décrit Manon Barbeau s’inscrit au cœur même de ce débat en abordant directement le caractère conflictuel de la culture moderne.Le documentaire révèle également la nature absolument non rationnelle de l’être humain dont les actions véritables ne sont pas toujours cohérentes avec les idéaux projetés.Cela dit, l'adaptation au rôle de parent n’est pas facile pour tous les couples, autant ceux d’hier que ceux d’aujourd’hui.Dans le cadre de la re- MAURICE PERRON Une exposition à l’appartement de la famille Gauvreau, 75, rue Sherbrooke Ouest, à Montréal, février-mars 1947: Claude Gauvreau, Mme Gauvreau, Pierre Gauvreau, Marcel Barbeau, Madeleine Arbour, Paul Emile Borduas, Madeleine Lalonde, Bruno Cormier, Jean-Paul Mousseau.cherche doctorale que je mène sur la formation d’une famille et les apprentissages en jeu dans ce processus, les parents québécois rencontrés, ces trois dernières années, se plaignent beaucoup du fait qu’un nourrisson n’aime pas être seul et combien il peut être exigeant de répondre à ses besoins continuels d’affection profonde.Par ailleurs, à la question ouverte «Qu’avez-vous appris depuis que vous êtes parents?», les réponses des hommes et des femmes sont concentrées autour de trois pôles très clairs: le sens de la responsabilité, une nouvelle représentation de la liberté (réduite évidemment) et la connaissance de ce qu’est un enfant et comment en prendre soin.Ce qui émane de l’acquisition de ces savoirs, en construction au fil des jours et des interactions avec l’enfant, c’est un rapport à l’autre complètement différent, teinté d’empathie et d’ouverture, qui oblige une réorganisation fondamentale des priorités des parents, assurant ainsi à l’enfant une place importante et surtout une reconnaissance de sa valeur.Cet engagement responsable fondé sur l’intégration entière de l’enfant dans la vie de ses parents, car c’est bien ce dont il s’agit, lui permet d’acquérir une confiance de base («basic trust») qui lui servira toute sa vie ou, si elle a fait défaut, lui fera mal et rendra ardues ses tentatives de créer des relations d’affection avec d’autres personnes.Ce sentiment de confiance a été mis au jour, aussi dans les années 50, par Erik Erikson, pédiatre et psychanalyste américain, et demeure toujours incontournable pour le développement sain d’un être humain.En effet, il doit être intériorisé, ou bien au sein de la famille, ou bien à travers des relations d’affection profonde avec des personnes-substituts qui ont un comportement parental, pour permettre la formation de l’identité ainsi que la capacité d’entrer en relation authentique avec les autres.Ce fait se dégage clairement des témoignages du documentaire de Manon Barbeau et d’une abondante littérature scientifique portant sur la santé mentale.Maintenant, gare aux mauvaises langues qui, déjà, taxent ce documentaire de règlement de comptes entre une femme et son père, d’exercice thérapeutique aux frais de l’ONF, de subjectivisme non généralisable, et quoi d’autre.Manon Barbeau a su mettre des mots et des images splendides sur une réalité, la sienne et celle de quelques autres enfants de signataires de Refus global, qui n’avait pas encore été exprimée et qui, au contraire de ce que certains ont pu avancer, transcende la subjectivité de l’auteur.Du même souffle, nous reprenons contact avec les besoins fondamentaux des enfants qui, eux, se moquent éperdument du contexte social moderne ou postmoderne.Le message est clair: que le calendrier indique 1948 ou 1998, que le parent soit artiste, plombier ou professeur, l’existence commune nous a appris qu’un enfant ne tolère pas la solitude, ni l’abandon par ceux qui sont censés l’aider à grandir.Enfin, nous sommes renvoyés derechef à débattre du sens de l'authenticité, de sa valeur et surtout de sa mise en pratique.La vie avant tout, mes enfants Les enfants mal aimés et abandonnés ne sont pas Vapanage des parents-artistes EVE LANGEVIN Réalisatrice à Radio McGill et artiste multidisciplinaire =11 st-ce que l'art doit primer sur la responsabi- Elité parentale?», demandait Odile Tremblay dans une édition récente du Devoir.Dans un autre journal, un rédacteur demandait si «les Grandes Causes valent l!===J qu’on leur sacrifie familles et amis» au sujet du ,film de Manon Barbeau, Les Enfants de Refus global.A chacun ses réponses, semble-t-il.Pour ma part, je crois que oui, pour ceux et celles qui en sentent la nécessité intérieure ou qui en ont le tempérament.Et non pour ceux qui valorisent le couple, la famille.Que voudrait-on?Que ces artistes aient abandonné leur art pour mieux s’occuper de leurs enfants?Ils n’étaient sans doute pas capables de bien réaliser les deux! Je frémis à l’idée que les signataires auraient pu entrer dans le moule de l’époque.Je frémis à l’idée qu’ils auraient pu renoncer à leur passion d’un nouveau langage, à leur pulsion de colère et à leur égoïsme qui fut sans doute nécessaire pour résister au rejet, qui a parfois valeur de survie, malgré les apparences.J’ai lu et relu leur manifeste, j’ai lu les écrits de Borduas, j’ai vu, apprécié et critiqué leurs œuvres: je frémis à l’idée qu’ils auraient pu ne pas les faire, qu’ils auraient pu rentrer chez eux, faire un gros spaghetti familial à la chandelle et tricoter serré une famille parfaite, une famille idéale, avec un beau nonos pour Chienchien.Pour moi, ils ont été et demeurent des héros vivants sur le plan du travail.Pour le reste, les principaux intéressés jugeront eux-mêmes de leur vie et mourront heureux ou malheureux comme n’importe qui.Et nous, nous comprendrons peut-être mieux leur colère ou leur jubilation, leurs désirs et leurs désespoirs qui répondent à l’âme de notre époque.Quant aux enfants, les mal-aimés, les abandonnés ne sont pas l’apanage des parents-artistes! En tant qu’adultes, on en a le talent ou non, certains s’en découvriront capables, d’autre incapables, certains seront des héros de leur vie familiale et d’autres des minables.Qu’on soit artiste, ouvrier, policier, professeur, commis, secrétaire, politicien, p.-d.g., infirmière, etc., ne transforme pas subitement le «potentiel» parental! Qu’est-ce que ces questions sur l’éthique entre vie privée et impératifs de création?Un artiste génial verra son œuvre dévaluée s’il abandonne ses enfants?On se trompe de cible.C’est cette vie inhumaine qu’on devrait critiquer.Une vie qui nous amène à faire de faux choix, à avoir de faux regrets et à se bercer d’illusions ! Se libérer de ces conditionnements est une tâche spirituelle de titan.Certaines personnes, artistes ou non, célébrités ou non, en ont fait le centre de leur vie, avec les conséquences prévisibles et imprévisibles, heureuses et malheureuses.Aujourd’hui, ce conditionnement est toujours là, mais encore plus puissant (à cause entre autres dp bruit médiatique et de la mondialisation des échanges).A ce titre.Refus global est toujours d’actualité, la mainmise des chapelles catholiques a été remplacée par les chapelles néolibérales, bien pires encore car non seulement ont-elles détruit (temporairement) les forces vives de la grande majorité des «citoyens» mais, en plus, elles détruisent notre environnement physique, les lieux mêmes de notre survie et de notre alimentation quotidienne.Si des familles entières ont été décimées par ces luttes dans le passé, ce sont maintenant des communautés entières qui sont et seront englouties par ces nouveaux enjeux, ce qui est bien plus grave et bien plus révoltant, me semble-t-il.La nouvelle guerre squatte l’âme et l’esprit du peuple tout en laissant vivant un simili-corps pour qu'il consomme.C’est là la vraie guerre actuelle qui se mène avec de nouvelles armes et de nouvelles victimes, des victimes qui n’ont même plus la force de voir comment elles sont interreliées tellement elles ont été vidées et se sont vidées de leurs sensations d’être.En 1995, en résonance avec Refies global, j’écrivais avec le Groupe AllHum’Arts que la dictature des chiffres était terminée.S’en porte garant le lent et complet épanouissement de toutes nos pér- ima couverture de Refus global, de Paul Emile Borduas, ceptions et de tous nos sens vitaux qui sont nos véritables trésors.Nous pensions qu’il est plus important que l’artiste soit un phare spirituel, dans le sens d’animer l’esprit du peuple sous la surface des choses, plutôt qu'un dissimulateur d’art commercial, d’art mort-né savamment fabriqué par les faux-monnayeurs de tout acabit, marketteurs, critiques, marchands d'art, «empoisonneurs des sources vives» et autres ego sur quatre pattes pour qui une seule signature vaut au moins 36 millions.Ils encensent les artistes alors que ce devrait être nous qui encensions la vie et la mort, le sublime, le magique et la création comme des lieux du sacré.Que les critiques critiquent.Qu’ils amènent les artistes à aller plus loin.Chaque parole mérite d’être entendue.Aucune œuvre n’est parfaite.En revanche, aucune ne mérite d’être accablée.Chaque métier a ses exigences et chaque personne y met un niveau d’implication et d'engagement différent.En ce qui concerne le travail des artistes, nombreux sont çeux qui semblent rester étrangers à leur propre œuvre.A l’autre extrême, un petit nombre y sont tellement engagés de l’intérieur qu’ils y transfèrent toutes leurs forces et qu’il n’en reste plus pour le reste, la famille, par exemple.Ils sont humains, donc faillibles.C’est idiot, mais dans ce débat, on dirait qu’on veut jeter par terre des héros parce qu’on en désire de plus grands encore, des espèces de saints qui seraient capables de tout réussir parfaitement, travail, famille, vie sociale, sexuelle, spirituelle, etc.J’ai reçu le film de Barbeau comme le journal intime d’un processus de compréhension et de répulsion des actes de ses parents.C’est ce qui en fait son intérêt pour moi, parce qu’il me connecte à ma propre histoire.Pour moi, ce film parle bien plus de la quête d’identité, de cette souffrance qui est si caractéristique du destin du peuple québécois et dont nous sommes tous porteurs, chacun à notre façon.L’artiste en moi est profondément agacée par les prétentions de victime de la cinéaste.Mais l’enfant abandonnée en moi comprend et pleure ce sentiment d’injustice aussi.Alors, comme le dit si bien l’une des enfants des signataires dans le film, chacun décide de faire sa vie et d’assumer son destin et essaie de transformer ses ressentiments en force de vie.Comme le faisaient certains autochtones en se couvrant de la cendre de leurs morts, je me couvre de la chape des meilleures parties que furent mon propre père, mes pères, mes mères, des gens politiques ou des artistes illustres de ma famille, de mon pays ou d’ailleurs; je me couvre de ce manteau qui me protège, qui m'inspire et qui me donne de la force.Les enfants spirituels de Refus global Et les vieux, profs émérites ou artistes, meurent dans leur tour dorée, seuls comme des dieux.ROBERT TANGUAY Montréal " — es enfants de Refus global, Lee ne sont pas seulement les enfants biologiques des signataires, ce sont les artistes de notre génération i .-J qui, 50 ans plus tard, véri- table génération X des artistes, sont tellement écrasés, soumis à la loi du «système» des arts visuels, que plus rien ne se passe, ou, même, que tout passe dans l’indifférence du terrorisé.Nous témoignons des mêmes symptômes que la génération X.D’abord, tout le monde le sait, il y a trop d'artistes.Depuis les années du Refus, une augmentation d’environ 400 %.Pourquoi en forme-t-on encore autant à l’université?Voilà.Le système mis en place par ces révolutionnaires de bonne volonté fonctionne très bien.Ils sont tous bien en place et font tourner la machine: centres d’artistes, ateliers collectifs, galeries, musées.le réseau saturé est fourni de chair à canon par l’université par ces mêmes profs qu'on retrouve aux conseils des centres d’artistes.Ils forment de bons petits consommateurs qui vont ensuite servilement s’insérer dans le réseau et louer atelier, acheter peinture et naïvement croire qu’ils vont devenir des artistes.L’iniquité y règne à plein, même 50 ans après le Refus.Ce ne sont pas de petites démissions offusquées qui me feront croire à la pureté du réseau des arts.Qu’ils démissionnent de leurs jobs de prof, boursiers en plus pour créer, et qu’ils créent avec un revenu annuel de 10 000 $ par année comme la majorité silencieuse des artistes, et là, je les croirai peut-être un peu plus d’être outrés de telles dénonciations.Cinquante ans après le Refies, personne n’ose ouvrir la bouche de peur d’être excommunié de ce réseau encore plus mesquin et hypocrite que celui du catholicisme étouffant dénoncé à l’époque de Borduas.De deux, nous avons tous vécu plus ou moins cet abandon partagé par ces «enfants du Refus».Nous sommes la génération des transitions et des entre-deux.Mon père a fait son cours classique et n’a jamais changé de couches.J’ai pu vivre les premières grandes transformations dans les écoles primaires (rapport Parent, etc.) et je suis dans la génération des nouveaux pères, je dois à la fois être bon père sans avoir eu le moindre modèle et reste aussi ce salopard de père à qui on enlève les! enfants.Ce ballottage intergénérationnel, je l’ai vécu partout dans ma vie.Dans les arts visuels, même chose.Quel héritage spirituel m’a-t-on légué?Rien que des ruines.Les vieux «consolident les acquis» en nous fermant leurs portes et ne nous transmettent rien de cette flamme, cette passion que j’ai pu lire dans Refies global.Tout ce que j’ai appris sur cette période «révolutionnaire», j’ai dû le lire, les «vieux» profs ou artistes émérites crèvent à petit feu dans leur tour dorée, solitaires comme des dieux, baby-boomers dans l’âme, dépensant leur retraite dans le Sud l’hiver, genre: «J’ai travaillé, je l’ai mérité; toi, travaille!» Donc, même 50 ans après le Refus, comment faire un constat, une synthèse?La nouvelle génération est presque totalement ignorante ou inconsciente des luttes menées par ce Refus, ce besoin de liberté.Qui secouera cette torpeur générale devant les molles réalisations artistiques d'aujourd’hui?Qui criera que c’est assez?Relire et retrouver l’extase tripa-tive créatrice libérante.De petites démissions offusquées ne me feront pas croire à la pureté du réseau des arts L ’ É Q II I I» E I)U DEVOIR i i nérumnM i .rnalktes A l'information générale et métropolitaine : Louis Lapierre {adjoint au directeur de l'information).Sylvain Blanchard.Jean Chartier (régions).Paule des Rivières (éducation).Jean Dion.Louis-Gilles Francœur (environnement).Kathleen Iévesque (actualités politiques municipales).' , , , ri ni',,, Mvles (Imlitinue municibale) Isabelle Paré (santé).Jean Pichette (justice), Clément Trudel (relations de travail).Serge Truffaut (questions urbaines) ; Michel Carneau (caricaturiste) ; Diane Précourt (pages editonales, responsable des pages thématiques) ; Martin Duclos et Christine Dumazet Caroline Montpeut, tsn, n ty
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