Le devoir, 28 mai 1998, Cahier B
Agenda Page B 6 Culture Page B 8 Economie Page B 2 Les sports Page B 5 REGIONS I.E I) K V II I II .L K .1 E T I) I 2 S M Al I 9 !> 8 Joliette Les phares du golfe du Saint-Laurent Le dernier combat des producteurs de tabac JEAN CHARTIER LE DEVOIR Il ne reste que 60 producteurs de tabac à cigarette dans la région de Joliette, au lieu de 145 en 1983, et ceux-ci s’attendent à une nouvelle saignée.«Ils vont éliminer la production au Québec parce qu'ils veulent réglementer la saveur de la cigarette», déclare Daniel Coutu, le président de l’Office des producteurs de tabac jaune du Québec.On produit du tabac dans la région de Joliette depuis 1928 parce que les nuits y sont plus chaudes que dans les Cantons-de-l’Est, explique le fermier de Saint-Thomas de Joliette.En fait, le climat de cette région se compare quasiment à celui de la péninsule du Niagara, son compétiteur.Il n’empêche que le tabac pousse plus riche en nicotine et en sucre réducteur dims la région de Lanaudière.«C’est une question de sol.On choisit des variétés qui viennent à maturité plus vite qu'en Ontario», explique M.Coutu.En ce moment, l’Ontario produit 80 millions de livres de tabac à cigarette, tandis que le Québec n’en récolte plus que 6,5 millions de livres au lieu des 15,5 millions de livres de 1984.A titre de comparaison, il se consomme 20 millions de livres de tabac par année.«Nous, on livre directement en Ontario aux usines de Simcoe et d’Aylmer pour la préparation, et ça revient aux usines de MacDonald et d’Imperial Tobacco à Montréal, parfois chez Rothman's à Québec.» Il déplore le coup dur des années 80 et craint une répétition de la désaffection des producteurs.Il comparaît en commission parlementaire aujourd’hui, à Québec, à ce sujet, à propos de la loi 144 que doit déposer le ministre Rochon.Ce producteur de tabac de Saint-Thomas de Joliette s’oppose avant tout à la réglementation de la saveur de la cigarette qui diminuerait la teneur en nicotine.Il s’est entretenu cette semaine avec le député de Ber-thier, Gilles Baril, à ce sujet, et il a sollicité l’appui du bouillant député de Joliette, Guy Chevrette.Selon Daniel Coutu, il y a une hausse de la production de tabac partout dans le monde,,sauf au Québec.En Ontario et aux Etats-Unis, on accroît la production.Et au Mexique, «c’est la folie furieuse», ajoute-t-il.Mais avec le projet de loi qui s’en vient, il s’attend à une baisse de la consommation.Vers la pomme de terre Certaines fermes de tabac ont grossi, mais la moyenne se situe à 80 acres, estime pour sa part le secrétaire général de l’UPA de Joliette, Gilbert Nicole.Toutefois, le volume total de la production a diminué depuis dix ans.M.Nicole mentionne que beaucoup d’agriculteurs se sont recyclés dans la production des pommes de terre, car le sol sablonneux est utilisé pour l’une et l’autre des productions.Quant à l’Office des producteurs de tabac à pipe et à cigare du Québec, il ne compte plus que 12 producteurs dans la région de Joliette, comparativement à 1000 producteurs dans le bon temps du tabac à pipe, il y a 40 ans.Le plus gros producteur a 12 arpents, dit Gaétan Laporte, le coordonnateur de la production à la Coopérative fédérée de Saint-Jacques de Montcalm.Toutefois, il y a beaucoup de travail manuel dans cette production.Il reste d’ailleurs 150 employés à l’usine d’Imperial Tobacco à Joliette.Selon Gaétan Laporte, ce sont les prix davantage que les mesures sur la santé qui ont touché ces producteurs.Le prix n’est que de 1,40 $ à 1,45 $ la livre.«Ixi plupart ont lâché il y a 10 ou 15 ans à cause des conditions du marché», explique-t-il.République dominicaine a pris la place du comté de Montcalm.«Dans la production de tabac à cigare, ça ne peut pas se détériorer bien plus que ça.Vous en connaissez, vous, des gens qui fument le cigare?», demande-t-il, en exceptant le cigare de haute qualité qui, lui, vient de Cuba.Ce n’est plus qu’une culture d’appoint, le tabfic à cigare, dans la région de Joliette.A vrai dire, le dernier coup dur est survenu il y a une dizaine d’années.Selon M.Laporte, les mesures Rochon ne vont pas changer grand-chose à la situation du tabac à cigare.Ix' secrétaire de l’UPA conclut que les séchoirs en bois typiques de la région ont été remplacés par des installations du type des tentes-roulottes.«Les séchoirs sont plus étanches et le séchage ne se fait plus à l'air naturel», re-connait-il.Les vieux séchoirs ne servent que de remise à la machinerie de fermiers, ce qui signifie que l’allure typique de la région du tabac est sur le point de disparaître.f Sébton il Phares en fonction I Phares inutilisés Ile plate | ILE SAINTE-MARIE j PETITE iLE AU MARTEAU Ile aux perroquets Ileducorosscl | ILE DU GRAND CAOUIS fl - Ile aux oeufs (j CAP OE LA MADELEINE fl —-STE-MARTHE-DE-GASPÉ fl CAP-CHAT fl — PTE MITIS fl —^ BON-DÉSIR fl -, iLE ROUGE fl -, /"* CAP À L’EST fl -, \ / Httrr- StPtwr» CAP-OE-RABAST PTE CA BUTTON CAP DE LA TABLE ESCARPEMENT BAOOT Gttpé PTE OU SUD-OUEST Ttrw-Nauw N— fl CAP-DES-ROSIERS N- fl CAPGASPÉ - fl PERCÉ fl CAP-DËSPOIR * PORT-OANIEL-OUEST il Rlmoutkl '—fl iLE BtCOUETTJX - -' —fl ILE VERTE | ILE DU POT À L’EAU-DE-VIE '—fl LE LONG PÈLERIN — fl CAP DE U TÊTE AU CHIEN fl CAP AU SAUMON PILIER DE PIERRE r*JOU5MC -jZ.fl ROCHER AUX OISEAUX -'fl ILEBRION -fl CAP ALRIGHT - fl CAP-AUX-MEULES fl ÎLE D’ENTRÉE ILE DU HAVRE-AUBERT PTE BONAVENTURE Brun$wick QUEBEC Le Québec n’a pas su conserver ses gardiens de phare, contrairement à Terre-Neuve et à la Colombie-Britannique Les 36 phares allumés dans le golfe du Saint-Laurent n’ont pas la cote à Ottawa.Seulement les phares de l’île Verte et de Cap-des-Rosiers ont été «classés» par le Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine (BEEFP).Cette protection parcimonieuse n’a pas arrêté des destructions de phares pour cause de travaux jugés nécessaires et refusés, comme à l’île Blanche, au large de Baie-Sainte-Catherine, et à pointe Heath sur l’île d’Anticosti.JEAN CHARTIER LE DEVOIR Aucun phare du Saint-Laurent n’a pu conserver un gardien ainsi que la maison du gardien, contrairement à 24 phares de Terre-Neuve et à 27 phares de la Colombie-Britannique, de sorte que les ensembles patrimoniaux des phares du Saint-Laurent ont tous une dimension plus restreinte de nos jours.Georges Cossette, l’ingénieur responsable du service des installations de la garde côtière dans la région laurentienne précise: «On s’est convertis à la télésurveillance.Tous nos phares ont été automatisés.Dans d’autres régions, ça a été plus long, notamment à Terre-Neuve et sur la côte Ouest.» Il ne reste qu’un seul phare avec un gardien dans les Maritimes, dans la baie de Fundy, mais à Terre-Neuve, on a stoppé l'automatisation à 35 phares sur l’île, précise Mike Clement du bureau des Pêches et Océans à Saint John’s, tandis que 24 phares ont pu garder leurs gardiens.Cela change le portrait d’ensemble au moment où on entreprend une nouvelle étude sur la valeur patrimoniale des 400 phares du Canada.Pablo Sobrino, le directeur des programmes maritimes de la garde côtière de Vancouver, précise que l’opinion publique s’est opposée très fort sur la côte Ouest, car on y considère que les gardiens de phare ont un impact très grand sur le patrimoine.C’est pourquoi on n’a réussi à automatiser que six phares sur la côte Ouest durant les années 80 et huit en 1995.Dans ce contexte, le ministre des Pêches et Océans, David Anderson, a annoncé récemment que les gardiens de phare vont conserver leurs postes dans 27 phares de la Colombie-Britannique et qu’il met la situation sous examen pour les 24 phares dotés d’un gardien à Terre-Neuve.Toutefois, on ne sait pas d’où proviendront les budgets nécessaires.Un conseiller principal aux communications de la garde côtière, Richard Lessard, reconnaît que «ça fait très curieux».«Le Québec a pris les devants dans le programme de déshumanisation des phares.Ça s’est fait chez nous et pas ailleurs au Canada», dit-il.La décision du ministre Anderson survient au moment où le processus de cession des phares aux communautés locales a été gelé dans le Saint-Laurent et les Maritimes, en attente d’une modification à la loi de cession par le Conseil du trésor pour favoriser les sociétés sans but lucratif, après les municipalités, comme récipiendaires.Les deux classifications revues Les phares de l’île Verte et de Cap-des-Rosiers sont les deux seuls à avoir été «classés» par les soins du Bureau d’examen des édifices fédéraux du ministère du Patrimoine canadien dans le Saint-Laurent, précise le surintendant Geprges Cossette.A la Commission des monuments et sites historiques du Canada, on reconnaît 13 sites nationaux depuis 1985, dont les phares de Pointe-au-Père, de l’ile Verte et de Cap des-Rosiers, comme «monuments historiques nationaux», mais la chose est en voie d’être révisée pour novembre prochain.Le problème de la faible classification des phares du Saint-Laurent fait que plusieurs ont pu être détruits en raison de travaux jugés nécessaires en période de coupe budgétaire.Ainsi, le phare de l’île Blanche a été démoli voilà deux ans, comme on l’a fait pour le phare de Pointe-Heath, sur l'ile d’Anticosti, et le phare de Natashquan quand on a vu que la côte était érodée.Il y a une quinzaine d’années, on avait laissé aller le phare de Capaux-Oies.On a fait de même avec le phare du Long Pèlerin qui, n’étant pas classifié, reste en ruine.On ressent le besoin de réexaminer la situation, précise Michel Audy, le secrétaire exécutif de la Commission des monuments et lieux historiques du Canada.Il y a quinze ans, dit-il, on a classé 13 phares, du point de vue architectural et historique, selon le critère de l’évolution de la technologie.Cela lui paraît insuffisant de nos jours.«Nos critères sont différents de ceux du Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine, qui considèrent plutôt l’importance locale et régionale.À l’automne, un historien déposera une nouvelle estimation de la valeur historique des 400 phares.» L’appellation «classé» a l’avantage de protéger les phares de la destruction.On tient à préciser à Pêches et Océans qu’il n’y aura plus de phares détruits dans le Saint-Laurent, à moins que ceux-ci ne représentent un danger évident et nécessitent des investissements importants.Toutefois, dans le fleuve, à Sorel et à l’île d’Orléans par exemple, il n’y a plus que des alignements lumineux.13 phares «reconnus» Le surintendant régional du Service des installations de la garde côtière de la région laurentienne, Georges Cossette, dit que treize autres phares du Saint-Laurent se situent dans la catégorie des «phares reconnus».C’est un premier niveau de protection.Il s’agit des phares de Cap-Saumon, de l’ile Rouge et de l’île Bicquette dans l’estuaire; en Gaspésie, se trouvent Seulement deux phares québécois ont été classés monuments historiques, seule garantie contre la démolition GARDE COTIERE Le phare appelé la Toupie se tient à huit kilomètres au large du Saguenay dans le fleuve Saint-Laurent, avec l’île Rouge entre lui et l’île Verte.On l’appelle également le Haut-Fonds Prince parce que le prince de Galles s’y est échoué quand il est arrivé d’Angleterre au début du siècle.C’est la terreur des marins dans la brume.Les phares du golfe du Saint-Laurent dans cette catégorie les phares de Rivière des Martres, de Cap-Madeleine, de Cap-Gaspé, du Cap-d’Espoir, de la pointe Bonaventure et de l’escarpement Bagot; il en est de même à l’île d'Anticosti pour les phares du Cap de la Table, du Cap-de-Rabast et de la pointe Carleton, et finalement à l’ile du Havre-Aubert, aux îles de la Madeleine.Georges Cossette dit qu’on cessera cet été d’allumer le Pilier de pierre, au large de la rivière des Trois-Saumons, mais qu’on ne démolira pas ce phare.Néanmoins, Pêches et Océans vient d’éteindre les phares de la pointe Mitis, de Cap-Chat, de Rivière des Martres et de Cap-Madeleine en Gaspésie.Toutefois, des organismes locaux les ont pris en charge immédiatement, dit-il.Dans les Maritimes, les protestations ont stoppé le programme de cession des phares, car il y a deux ou même trois phares dans des municipalités.On trouve 90 phares dans les Maritimes et 55 à Terre-Neuve, comparativement à 38 dans le Saint-Laurent.Il mentionne que le phare de Blanc-Sablon, sur l’île Greenley, a été cédé pour l’écotourisme.Les phares de pêcheurs L’ingénieur ajoute qu’il s’agit de phares pour la navigation commerciale dans le Saint-Laurent et les Grands Lacs tandis que ceux de Terre-Neuve servent pour les pêcheurs.«Ça se fait de manière plus traditionnelle, leur positionnement; il y a peut-être la différence climatique lorsqu’il y a du brouillard.» Néanmoins, à Québec, le personnel de la garde côtière s’est montré étonné d’apprendre qu’il restait des gardiens de phare dans les deux provinces sises aux extrémités du Canada.La situation paraît différente d’une province à l’autre.Dans le Saint-Laurent, il y a surtout des systèmes lumineux.Les phares se trouvent sur la Côte-Nord — 15 phares, dont six sur la Basse-Côte-Nord.Il reste six phares sur l'ile d’Anticosti, qu’on appelle parfois l'ile aux Naufrages, et dix en Gaspésie.Par contre, on ne compte que cinq phares dans le Bas-Saint-Laurent, où il y a eu des ravages et où le programme de cession est important.La cession de Cap Saumon Le début du programme de cession remonte à 1996.Auparavant, le phare de Pointe-des-Monts avait été cédé pour un «Couette et café».Le phare de Rivière des Martres conserve un mécanisme d’horlogerie de la fin du XIXf siècle, entretenu par un conservateur exceptionnel.On parle de la cession prochaine des phares de Cap Saumon et de Cap au Chien, en amont et en aval de Saint-Siméon.Quant au phare de l’ile Rouge, datant du début de ce siècle, il devait être cédé aux Sentinelles du Saint-Laurent pour des visites en zodiac, mais devant le gel du programme de cession il leur a été loué, dans le nouveau parc du Saguenay, jusqu’en 2002.L’ingénieur raconte au sujet du phare de l’ile Blanche que «c’était un pilier assis sur un haut fonds».«Des millions étaient nécessaires pour le réparer.Alors, il a été démoli et transporté pièce par pièce.» Du Pilier de pierre, l’ancien surintendant de la division des Aides à la navigation, Jacques Champagne, disait récemment qu «il faudrait dépenser une fortune pour maintenir ce phare.On veut arrêter le service cet été.Il y a une bouée en lieu et place dans le fleuve».Pour ce qui est du phare de la Malbaie, il doit être cédé sous peu.Seuls dans la nuit —-?le devoir *- ECONOMIE Gordon Thiessen ne se fixe pas de cible à partir de laquelle il hausserait le taux directeur La banque centrale volera au secours du dollar s’il y a crise de confiance rüi.* Aif C-t'
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