Le devoir, 13 juillet 1998, Page(s) complémentaire(s)
V o l .I.X X X I X LE DEVOIR x " i "> M O N T R É A L .L E L II N I) I I 3 .1 II I I.I.K T I !) !> 8 8 7 c + r axks = 1 $ / T» it o Nto I $ PERSPECTIVES Les états du jazz La 19' édition du Festival international de jazz de Montréal a illustré ou plutôt confirmé que ce que l’on nomme le jazz est plus que jamais éclaté.Il n’y a pas un état du jazz mais bien des états du jazz.Le miracle du jazz des années 80, c’est au fond un costume trois-pièces.Symboliquement parlant évidemment.Après les années 70, les années décontractées, Wynton Marsalis et les siens ont pris d’assaut les scènes du monde pour imposer, voire ré-imposer, un jazz qui jamais ne s’éloignait des travaux signés en leur temps par Dexter Gordon, Bird, Dizzy Gillespie, Art Blakey et ses Messengers, Thelonious Monk, Miles Davis et autres Lee Morgan.C’était l’époque, celles des années 80, d’un jazz bien mis, très bien mis même.En rejouant à qui mieux mieux les morceaux de bravoure du jazz «inventé» par Charlie Parker et les siens, Marsalis, Terence Blanchard, Bobby Watson et quelques autres, ont coupé l’herbe sous le pied de ces variétés qui collaient au jazz comme des sangsues.Des noms?Spyro Gira, gros canons du jazz-fusion, du jazz «moi je roule des mécaniques».C’est ça, roule! Aujourd’hui, ce jazz, le jazz dominant des années 80, s’est recyclé dans le Lincoln Center Jazz Orchestra que dirige, encore lui, toujours lui, Wynton Marsalis, animateur de ce mouvement né au début des années 80 pour réaliser ceci: une réappropriation du jazz, art noir, par les Noirs.Heureusement ou pas, c’est selon le point de vue où on se place, ce jazz, en fait son esthétique, a fait son temps.Ce n’est pas qu’il soit dépassé.C’est plutôt qu’il s’agit là d’un Se rf{e courant qui n’invente plus grand-Truffant chose.Un courant qui au fond illustre la grandeur passée du jazz mais pas tellement de quoi sera fait le jazz de demain.Il s’écoute bien, très bien même.Mais il ne surprend pas.Pas du tout.Ce faisant, et c’est un paradoxe, ce jazz de facture très classique faisait faux boncj à ce qui est dans la nature même de cette musique.A savoir, inventer encore et toujours.Créer sans cesse.Créer en regardant droit devant et pas trop en arrière.Aujourd’hui, si ce qu’on appelle le jazz se porte plutôt bien c’est grâce au boulot de réhabilitation réalisé par Marsalis dans les années 80 et au métissage qui a cours depuis maintenant plusieurs années.Actuellement, il n’y a pas de courant dominant.Il y a une multitude de courants.Entre l’usage abondant que fait untel des musiques juives, celui des calypsos, celui de l’électronique, des folklores africains, des ballades anglaises et irlandaises, des tenants et aboutissants du blues, des musiques japonaises, du rap, du hip hop, du groove, des tables tournantes, le jazz est métissé comme jamais.Ainsi que l’a confié André Ménard, grand responsable de la programmation, «le jazz d’aujourd'hui, c’est le creuset de toutes les musiques».Il a perdu le label américain Rour mieux gagner celui du monde.A ce propos, et ainsi que l’a souligné André Ménard, «de toute façon il est évident que si ça n’avait été que des Américains, le jazz n'existerait plus.C’est grâce aux Européens, les Français surtout, que le jazz existe encore.C’est eux qui les premiers l’ont mis dans les salles».11 a donc perdu le label américain pour gagner ses galons de musique du monde.Cela a donné ceci: on a entendu l’accordéon de Richard Galliano et le tambour sénégalais de Mor Thiam, les tables tournantes de DJ A-Trak, les cris de John Zorn, les salsas de Tito Puente, les compositions de Gustav Malher revues par le pianiste Uri Caine, la pesanteur du trompettiste Norvégien Nils Peter Molvaer, le gospel de Liz McComb, le ska de L’Orkestre des pas perdus etc.On a entendu tout cela et d’autres encore.Notamment le saxophoniste Joe Henderson dont la prestation illustre peut-être bien un certain malaise.De quoi s’agit-il?A trop aligner platement le solo du saxo avant celui du trombone, avant celui de la trompette et celui du vi-braphoniste, pour mieux reprendre en cœur et répéter la formule tout au long du spectacle, on finit par lasser le public.Lorsque sur scène on produit une musique qui n’ajoute rien à celle que l’on peut entendre sur disque, on tue la musique.Cela étant, une autre variable est en train d’accélérer l’éclatement du jazz.Il s’agit des nouvelles technologies et plus particulièrement le «ouaibe».Internet De plus en plus, les artistes qui rencontrent certaines difficultés à faire enregistrer leurs musiques parce que jugées trop avant-gardistes, donc peu rentables à court terme, se lancent à corps perdus dans les possibilités qu’offre le Net.Au lieu de se battre, ils confectionnent des sites sur lesquels ils proposent les morceaux qu’ils ont composés et enregistrés en totale liberté artistique.Ils font cela sans avoir le souci de plaire au producteur, au v.p.du marketing, au.Bref, ils ne sont plus obligés de plaire à tout le monde et à son père.Ils font ce qu’ils veulent Point Ce faisant, ils réduisent le nombre d’intermédiaires.Et nous, on gagne sur toute la ligne.Car ainsi on s’éloigne de la standardisation.Il n’y a pas de courant dominant mais une multitude de courants M E Montréal Ciel variable.Risque d’orages Max: 31 Min: 17 T E 0 Québec Nuageux avec éclaircies.Max: 28 Min: 15 Détails, page A 4 INDEX Agenda.B 6 Le monde.A 5 Annonces.B 7 Les sports.B 5 Avis publics.A 4 Mots croisés.B 7 Culture.B 8 Planète.B 3 Économie.B 2 Politique.A 4 Éditorial.A 6 Télévision.B 6 www.ledevoir.com LES ACTUALITÉS Le peintre Serge Lemoyne s'éteint à 57 ans, page A 3 LE MONDE Les Japonais sanctionnent le premier ministre, page A 5 ?L’ENTREVUE f Eric-Emmanuel Schmitt: le théâtre philosophique, page B1 La France, avec panache! La revanche de «Mémé» Jean Dion CJ était beau, non?En tout cas, de quelque côté de la barrière que l’on se soit trouvé, c’était clair.Et que ceux qui avaient lancé des roches à «Mémé» aillent se faire voir.La France ne doute plus, elle a gagné, et elle a gagné avec panache.Il n’y avait rien pour l’arrêter.Rien.Rien, pas même la prestigieuse sele-çao auriverde, première puissance mondiale qu’une réputation en béton précédait.Irrésistible, portée par la grâce, par la destinée un peu aussi, par une confiance en elle-même surtout, servie par une cohésion impeccable qui lui a encore permis une domination à peu près sans partage, l’équipe de France a remporté hier la XVI'' Coupe du monde de football, la première de son histoire, la dernière du siècle, taillant en charpie une fois pour toutes les suspicions que de toutes parts, à commencer par la France elle-même, on avait entretenues à son égard.Les Bleus ont vaincu le Brésil par un score incontestable, sans équivoque aucune, de 3-0 dans le match ultime, présenté devant 80 000 spectateurs qui ont pourtant mis du temps à vraiment y croire et à le manifester au Stade de France à Saint-Denis, en banlieue du nord de Paris, et des centaines de millions de téléspectateurs— 1,7 milliard selon les estimations les plus répandues, soit un être humain sur trois, voire un sur deux ayant accès à la diffusion sous une forme ou sous une autre.VOIR PAGE A 8: REVANCHE PAULO WHITAKER REUTERS Auteur de deux buts dans la finale d’hier contre le Brésil, Zinedine Zidane est le vrai héros de ce match.«Ça y est, on est champions du monde.J’avais envie de marquer.Pour rendre à mes coéquipiers ce qu’ils m’avaient donné.Je ne réalise pas encore.Je pense à mon fils Luca», a déclaré Zidane après le match historique.Ci-dessous, quelques-uns des milliers de fêtards qui ont envahi hier soir les rues de Montréal pour célébrer la victoire française.Même les perdants étant de bonne humeur, car de nombreux partisans du Brésil se sont joints aux «tricolores».JACQUES NADEAU LE DEVOIR Retour de la violence meurtrière en Ulster Trois enfants périssent dans un incendie criminel KRISTIN GAZLAY ASSOCIATED PRESS Belfast — Tournant dans la crise déclenchée en Irlande du Nord par l’interdiction faite à la marche orangiste de traverser le quartier catholique de Portadown.La mort hier de trois enfants dans un incendie criminel bouleverse la donne: aucune marche ne vaut une vie, martèlent bon nombre de dirigeants, en appelant les catholiques à ne pas riposter et les orangistes à cesser le face-à-face.Le drame a eu lieu à l’aube à Ballymoney, ville majoritairement protestante à environ 65 km au nord-ouest de Belfast.Dans la maison visée s’était installée depuis une semaine la famille Quinn, dont la mère est catholique et son compagnon protestant.Il n’est pas rare que des couples mortes soient la cible d’attaques dans la province.On entendait Richard, 10 ans, Mark, 9 ans, et Jason, 7 ans, hurler tandis que leur maison était la proie des flammes, selon le voisinage qui affirme qu’un grand bruit a précédé l’incendie.Les parents ont réussi à fuir, avant d’échouer à sauver les enfants, repoussés par les flammes.+ Un service funéraire, catholique, devait être célébré demain matin pour les trois petits garçons, a annoncé le prêtre de la paroisse Peter Forde.Ijà police, qui a annoncé qu’une manifestation s’était dispersée juste avant l’attentat contre la maison, a lancé un appel urgent à témoin pour tenter d’identifier les manifestants.VOIR PAGE A 8: IRLANDE FESTIVAL D’AVIGNON Œdipe le tyran rate le bateau À LIRE EN PAGE A 7 m*** Dans les rues de Montréal Beaucoup de Français de cœur ÉRIC DESROSIERS LE DEVOIR La France a touché hier à un rêve en remportant la Coupe du monde de football.Ils ont été des milliers à Montréal à partager sa joie.En battant le Brésil, le champion défendant et grand favori de la finale, par un score de 3 à 0, la France remportait pour la première fois le titre convoité.A l’exemple des Parisiens qui sont descendus à plus d’un million avenue des Champs-Elysées pour célébrer la victoire, une foule joyeuse s’est répandue dans les rues de Montréal en fin de journée en chantant et en agitant des drapeaux tricolores.La journée commence beaucoup plus tôt pour les véritables supporters de l’équipe de France.Ils se sont donné rendez-vous à leur quartier général officieux, le café Le Barouf rue Saint-Denis.Quatre heures avant le match, l’endroit est pratiquement rempli.Il reste seulement quelques places dans l'arrière-boutique, où une télévision a été installée à côté des toilettes.S’y trouvent évidemment des Français, mais aussi plusieurs «Français de cœur», comme ces trois jeunes hommes qui sortent une feuille de papier sur laquelle se trouvent les paroles de la Marseillaise, histoire de réviser un peu.L’idée est bonne car ils auront, par la suite, de nombreuses occasions, d’appeler avec tout le monde les citoyens aux armes contre, non pas les Brésiliens, mais ces «féroces soldats.[venus] égorger nos fils et nos compagnes».Plusieurs ont d’ailleurs leur peinture de guerre, le visage barbouillé de bleu, de blanc et de rouge, comme Mel Gibson dans le film Braveheart.L’humeur est toutefois résolument à la fête.On chante tout le temps, on boit beaucoup et on parle un peu de football.De temps en temps, le projecteur d’une caméra de télévision vient réchauffer de quelques degrés de plus des partisans et une salle qui n’en ont pourtant pas besoin.L’arrivée à l’écran de l’équipe française est saluée par une clameur de joie.Les joueurs brésiliens et les arbitres n’ont de leur part pas droit aux mêmes égards.VOIR PAGE A 8: FRANÇAIS 6^182^3301 778313000641 L E I) E V (IIR, LE LUNDI 1 3 .1 U I L L E T I i) » 8 A 8 =-* LE DEVOIR ?— ACTUALITES Allégresse dans le monde.sauf au Brésil AGENCE FRANCE-PRESSE La victoire de la France a été saluée dans l'allégresse dans de nombreux pays sauf au Brésil où la consternation a su,bmergé les supporteurs de la «seleçao».Aux Etats-Unis, la victoire de la France a suscité des scènes colorées d’enthousiasme et d’allégresse de la part de nombreux Français à New York et Washington, Un millier de spectateurs, rassemblés sur la 60'""' Rue à New York, ont laissé éclater leur joie après la victoire de la France.La rue s’est transformée en une mer de drapeaux français.A Washington, quatre à cinq cents personnes s’étaient rassemblées dans i’amphithéâtre archi-comble de la Maison Française, auprès de l’ambassade de France, pour regarder la rencontre devant un écran géant.Celle-ci était retransmise en espagnol par la chaîne câblée Univision.Des voitures de supporteurs français, pavoisées du drapeau tricolore, sillonnaient les rues du quartier proche de Georgetown ou du centre de la capitale fédérale, devant des badauds américains quelque peu médusés.En Grande-Bretagne, plus d’un millier de Français ont célébré l’évènement dans le quartier de South Kensington à Londres en bloquant la circulation avec des drapeaux tricolores, des cornes de brume et des danses.Les Marocains, qui ont suivi la finale devant leur petit écran, ont été de fervents supporteurs de l’équipe de France, plusieurs d’entre eux implorant Dieu pour que les tricolores remportent le trophée.Interrogés dans les rues et les cafés de Rabat, ils ont exprimé leur soutien à la «France victorieuse et à Saïd Belqola» l’arbitre marocain de la finale.«C’est normal que nous soutenions la France car ce pays est plus proche de nous», a estimé un jeune homme avant d’ajouter: «On n’oubliera jamais le coup que nous ont joué les Brésiliens en privant le Maroc de la qualification pour le deuxième tour, en offrant sur un plateau la victoire aux Norvégiens».Mais au Brésil, la patrie du football, tout le monde était en deuil.Les Brésiliens sont en effet tombés de haut après la défaite de leur équipe.Une grande tristesse s’est installée parmi les millions de supporteurs déjà prêts depuis la demi-finale à faire la fête du «penta» (cinquième titre de champion du monde) aux quatre coins du pays.Tous sont rentrés chez eux après «avoir reçu ce sceau d’eau froide sur la tête», a affirmé un supporteur.«Il fallait qu'on soit champions.La deuxième place ne nous intéresse pas», affirmaient nombre de supporteurs déçus, d’autres en larmes.«Nous avons quand même toujours le meilleur football du siècle, vu que nous sommes encore quatre fois champions», a déclaré le président brésilien Fernando Henrique Cardoso à l’issue du match.Soixante blessés Paris (AFP) — Soixante personnes ont été blessées, dont dix grièvement, ce matin peu avant 3h, après avoir été heurtées par une voiture entrée dans la foule, sur les Champs-Elysées, qui célébrait le triomphe de la France au Mondial de football a annoncé le porte-parole des pompiers de Paris.Les blessés souffrent pour la plupart de fractures, principalement aux membres inférieurs, et de contusions multiples «mais pour aucun d’entre eux, le pronostic vital n'est engagé», a précisé le porte-parole.«Un véhicule fou a heurté de manière très désordonnée plusieurs personnes sur 200 mètres», a-t-il précisé.La majorité des victimes ont été transportées dans des hôpitaux de Paris et de la région, ont indiqué les pompiers.Une dizaine de victimes demeuraient étendues sur des brancards et enveloppées dans des couvertures de survie en attendant leur évacuation.S.V.P.Assurez-vous que ce papier journal soit recyclé.LE DEVOIR Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue de Bleury, 9" étage, Montréal (Québec), H3A3M9 Place-des-Arts Ds sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333 Le site Internet du Devoir: www.ledevoir.com Comment nous joindre?La rédaction Au téléphone Par télécopieur Par courrier électronique Pour l’agenda culturel La publicité Au téléphone Par télécopieur Extérieur de Montréal Les avis publics et Au téléphone • - Par télécopieur ' Les petites annonces et la publicité par regroupement Au téléphone (514) 985-3322 Par télécopieur (514) 985-3340 Les abonnements Au téléphone (514) 985-3355 du lundi au vendredi de 8h à 16h30 Par télécopieur (514) 985-3390 Extérieur de Montréal 1-800-463-7559 (sans frais) (514) 985-3333 (514) 985-3360 redaction@ledevoir.com (514) 985-3551 (514) 985-3399 (514) 985-3390 1-800-363-0305 (sans frais) appels d’offres (514) 985-3344 (514) 985-3340 Ia Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir Inc.dont le siège social est situé au 2050, rue de Bleury.O' étage, Montréal.(Québec).H3A 3M9.Il est imprimé par Imprimerie Québécor LaSalle, 7743, rue de Bourdeau, division de Imprimeries Québécor Inc., 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.L’agence Presse Canadienne est autorisée à employer et a diffuser les informations publiées dans Le Devoir.Ia Devoir est distribué par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc., 900, boulevard Saint-Martin Ouest, laval.Envoi de publication — Enregistrement n’ 0858.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec.IRLANDE Appels aux orangistes SUITE DE LA PAGE 1 L’Irlande du Nord est bouleversée.«Tous doivent désormais se demander ce qu ’ils peuvent faire pour apaiser la tension», a lancé David Trimble, chef du tout nouvel exécutif d’Irlande du Nord.Seamus Mallon, son numéro deux catholique, a estimé que les trois enfants avaient été «sacrifiés pour les prétendus principes des gens du nord de l'Irlande, incapables de régler ce qui est fondamentalement une querelle paroissiale» — allusion à la marche orangiste à Portadown.«Quels sont vos principes maintenant?», a demandé Mallon sur la BBC.Exigent-ils qu’on enlève la vie d’«un enfant, deux enfants, trois enfants?».Les deux chefs de l’exécutif ont appelé les orangistes à quitter immédiatement Portadown et à «rentrer chez eux.S'ils le font [.] ceux de Garvaghy [le quartier catholique de Portadown] doivent reconnaître la signification d’un tel geste.Rien de bon ne peut sortir de la poursuite du face-à-face» ont-ils jugé.Et pour Ronnie Flanagan, chef de la Royal Ulster Constabulary, la police protestante, ce drame marque un tournant.«Pour moi, cela change tout.» Ces enfants sont «les vraies victimes de nos affrontements», a-t-il déclaré.Avant d’ajouter, les yeux cernés: «Il y a des choses beaucoup, beaucoup plus importantes que de défiler ou de s’opposer aux défilés.» «Nous devons plus à notre jeunesse.» Trop c’est trop.Les dirigeants religieux protestants d’Ul-ster, qui avaient jusque-là gardé le silence face à l’escalade de la violence, sont intervenus.Robin Eames, archevêque de la branche irlandaise de l’Église anglicane, a appelé les orangistes à cesser le mouvement «je veux qu’on laisse une chance aux pourparlers.Rien ne vaut la vie de trois petits enfants.» Mais les orangistes n’entendent pourtant pas céder.A la suite d’une réunion des dirigeants de l’Ordre d’Orange, les membres de la confrérie ont déclaré que le face-à-face pourrait durer «indéfiniment».Depuis dimanche dernier, les orangistes campent autour de Dumcree, devant l’église où leur marche s’est interrompue, après que les forces de l’ordre leur ont interdit de s’engager dans Garvaghy Road, la principale artère du quartier catholique.Samedi soir, pour la sixième nuit consécutive, de nouveaux incidents avaient éclaté autour de Dumcree, faisant 20 blessés.Hier, la Commission des parades a rejeté une nouvelle demande de passage de l’ordre d’Orange.À Belfast-Nord, un jeune homme de 18 ans a été frappé à mort dans la matinée.La police soulignait que le quartier où a eu lieu cette agression a connu d’importantes violences intercommunautaires ces derniers jours.Pour sauver la fragile pane de la province, Mo Mowlam, secrétaire d’État à l’Irlande du Nord, a appelé protestants et catholiques, «mères, pères, fils et filles» à ne pas sortir de chez eux aujourd’hui, grand jour de parades protestantes: c’est en effet la commémoration de la bataille de la Boyne, qui vit en 1690 la victoire du roi Guillaume d’Orange sur les catholiques du roi Jacques IL Le plus grand rassemblement depuis la Libération Paris (AFP) — Le triomphe historique de la France au Mondial de football a provoqué, dans la nuit de dimanche à lundi, les plus grands rassemblements observés à Paris et dans le reste du pays depuis la Libération, il y a plus de cinquante ans.La France entière a exulté et le champagne a coulé à flot dès le coup de sifflet final concrétisant la première victoire (3-0 contre le Brésil) de$ tricolores dans une Coupe du monde.A Paris, une marée bleu-blanc-rouge de plus d’un million de Parisiens et d’autres supporteurs venus de toute l’Ile-de-France et de province, a déferlé sur les Champs-Elysées, principal théâtre de la célébration des exploits des «Bleus» d’Aimé, Jacquet depuis le début du tournoi.À 01h30, selon la préfecture de police, plus d’un million et demi de personnes déambulaient, dansaient, chantaient ou criaient sur «la plus belle avenue du monde» et dans les artères environnantes.«C’est du jamais vu depuis 1945 et les défilés de la Victoire», ont souligné de nombreux témoins âgés.Aucune manifestation n’a rassemblé, depuis, autant de monde sur les Champs-Elysées, notamment le défilé gaulliste de plusieurs centaines de milliers de personnes de juin 1968.Des embouteillages se sont rapidement formés, après le match, en divers points de la capitale dans une ambiance de folie tandis que floris-saient aux blacons et aux fenêtres des drapeaux tricolores.«Zidane président», «On est les meilleurs» ou encore «On est les champions» étaient les slogans résonnant le plus souvent, sur fond de Marseillaise entonnée spontanément et de concerts d’avertisseurs, de trompes et d’autres instruments.Les portraits des joueurs étaient projetés au laser sur l’arc de triomphe de l’Etoile tandis que pétards, feux d’artifice et feux de Bengale éclataient dans la nuit.«Bravissimo» proclamait un slogan projeté sur l’affiche géante mentionnant «Allez la France» apposée récemment sur la façade de l’Assemblée nationale.Cafés, bars et restaurants, pris d’assaut en début de soirée, étaient pleins à craquer de consommateurs multipliant les tournées à la santé des vainqueurs.Sur le boulevard périphérique embouteillé, certains automobilistes jouaient au ballon entre les voitures.La fermeture du métro à 01h30 laissait présager que des dizaines de milliers de personnes s’apprêtaient à passer la nuit dehors, a-t-on souligné à la préfecure de police.Ces images de liesse se sont reproduites dans tout le pays, de Strasbourg, à Bordeaux, de Rennes à Montpellier, de Lille à Nice et dans toutes les capitales régionales, mais aussi dans toqtes les autres villes et villages de France.A Marseille, ville natale de «Yazid» Zidane, plus de 60.000 personnes acclamaient sur les plages du Prado leur héros et ses 21 copains de la sélection française.Par dizaines, des jeunes supporteurs plongaient dans les eaux du Vieux-Port «Ca va être la fête toute la nuit.C'est mieux qu’un,conte de fée», lançait un jeune homme, hilare.À Bordeaux, plus de 40 000 personnes ont fêté la victoire scandant notamment le nom de Christophe Dugarry, le Bordelais de l’équipe.Massées sur la place Bellecour, au coeur de Lyon qui n’avait pas vu ça depuis longtemps, plus de 40 000 personnes ont salué la victoire par une ovation intense en faisant la «Ola».JERRY LAMPEN REUTERS Une foule d’un bon million de personnes a envahi les Champs-Élysées la nuit dernière après la victoire française.iW m • REVANCHE Mise en boîte SUITE DE LA PAGE 1 Et c’est Zinedine Zidane, dit Zizou, l’artisan de l’attaque blanchi jusque-là dans le tournoi — il avait auparavant raté deux matchs en raison d’une suspension pour carton rouge —, qui a scellé la conquête historique en convertissant deux corners en autant de buts de la tête à la 28e et à la 45' minutes.Il s’agissait des premières réalisations de la France en première mi-temps, et des premiers filets enregistrés par des joueurs autres que des défenseurs, depuis le début des éliminatoires directes.Emmanuel Petit a confirmé la victoire française en passant le K.O.sur une échappée dans les arrêts de jeu de fin de match.Les Français ont contrôlé la rencontre tout du long, confinant leurs rivaux à un jeu erratique et à de maigres et rarissimes chances de but que le gardien Fabien Barthez, en grande forme, a repoussées.Ils leur ont donné la médecine que ceux-ci aiment tant administrer à leurs adversaires, maîtrise du tempo, prise de possession du centre, contre-attaques éclairs.Même après l’expulsion du défenseur Marcel De-sailly, qui écopait d’un deuxième carton jeune à la 68' minute, l’équipe de France réduite à dix équipiers n’a pas bronché et a continué son œuvre de mise en boîte de la formidable attaque brésilienne.Seules d’incroyables occasions de marquer ratées, notamment par l’attaquant Stéphane Gui-varcTi qui ne pouvait absolument pas acheter un but, ont empêché les supporters français de vraiment respirer avant que Petit ne vienne fermer la boutique.Immense pour une sélection qui devait d’abord sa présence en Coupe du monde à son statut d’équipe hôtesse, qui n’avait donc pas passé le stade des qualifications depuis 1986 — et qui n’aura pas à le faire avant un bon bout de temps étant donné qu’elle a déjà son ticket pour le Mondial de 2002 à titre de champion défendant! —, cette victoire constitue aussi une revanche gigantesque pour l’entraîneur Aimé Jacquet (Mémé), qui se retrouve au sommet du monde après avoir été traîné dans la boue depuis des mois par bien des «experts» et autres huiles médiatiques, du quotidien L’Equipe entre autres, qui lui reprochaient, en dépit de succès indéniables depuis 1994, une personnalité terne et le jeu qui allait avec.Hier, Jacquet a d’ailleurs refusé de tourner la page et en a profité pour régler quelques comptes.«Depuis deux ans, on a beaucoup travaillé avec notre équipe technique et la récompense est arrivée, a-t-il dit.Elle est justifiée.[.] C’est une grande joie et un grand résultat.Et pourtant, depuis longtemps, nous avons été trahis par des journaux.jamais je ne pardonnerai, jamais.» Fabien Barthez a aussi tenu à apporter de l’eau au moulin de la rancœur transformée en vengeance assouvie.«Il y a quelqu’un qui a écrit “Écoutez-nous et vous serez champions du monde”.On n’a pas eu besoin d’écouter ce genre de personnage», a-t-il déclaré.L’équipe de France aura donc négocié un parcours parfait, inespéré, sept victoires en sept matchs, 15 buts marqués contre deux accordés, avec comme unique ombre un passage à vide offensif en milieu de tournoi (face au Paraguay, à l’Italie et pendant 45 minutes contre la Croatie) qui aurait pu lui coûter cher mais dont elle a su se relever, chaque fois, in extremis.La victoire ne tenait qu’à un fil, mais il n’a jamais cédé, le fil d’Aimé.Quant à la sélection brésilienne, s’il faut dire que les attentes exagérément élevées placées en elle sont souvent de nature à la faire mal paraître, il reste qu’elle en aura laissé plusieurs sur leur faim.Elle a montré de nombreuses hésitations face à la Norvège (1-2), au Danemark (3-2) et aux Pays-Bas (1-1,4-2 aux penaltys) et a été surclassée par la France, mais peut-on tenir rigueur à une équipe qui perd en finale mondiale?Ronaldo a 21 ans.Denilson, 20.Roberto Carlos, 25.Ces trois-là seront les piliers du Brésil en 2002, et tout en ayant montré que la jeunesse a ses failles, ils ont prouvé qu’il ne faudra jamais organiser un tournoi planétaire en ignorant l’équipe phare du siècle, quatre fois championne.Battue un jour, menaçante toujours.?Le trophée remis hier aux joueurs français était bel et bien l’authentique Coupe du monde, présentée pour la première fois aux champions de 1974.Conçue par l’artiste italien Silvio Gazzaniga, elle est faite d’or massif 18 carats, pèse cinq kilos et mesure 36 centimètres de hauteur et 15 de largeur.Elle a succédé à «La victoire aux ailes d’or», dite aussi Coupe Jules Rimet du nom du président des Fédérations française et internationale de football qui le premier lança l’idée d’un tournoi mondial.En temps ordinaire, le trophée est remisé dans le sous-sol d’une banque de Zurich, en Suisse, pays où se trouve également le siège de la FIFA.Le pays vainqueur se voit toutefois remettre une réplique plaquée or qu’il conserve pendant quatre ans.?On le dit à chaque fois, mais réellement, cette Coupe du monde fut peut-être la plus spectaculaire et la plus intéressante qu’il nous ait été donné de voir.Avec l’élargissement du cadre à 32 équipes, on a pu assister à une poussée de nations dites moyennes — Chili, Paraguay, Mexique, Croatie, Danemark — et constater le resserrement global de la compétition au détriment de puissances traditionnelles telles l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie.Si les géants comme le Brésil semblent vaciller, oh! tout légèrement, c’est sans doute moins parce qu’ils s’écroulent que parce qu’ils sont rejoints, oh! tout lentement.Et d’une pareille situation, si bien sûr elle s’avère à long terme, c’est le football qui sortirait gagnant, comme disait le poète.Le même poète, soit dit en passant, qui aura certainement une ode à composer sur les jours présents.C’est que la Coupe a été gagnée le 12 juillet, et demain c’est le 14 juillet, et aujourd’hui il y a le pont, et vous imaginez dans quel état s’en sortira la France?Patron, un pastis.Bien tassé.AUTRES INFORMATIONS EN PAGE B 4 FRANÇAIS Une mi-temps atrocement longue SUITE DE LA PAGE 1 On commente et on chante beaucoup durant le match.Un petit gros rigolard, bien imbibé de pastis, rafraîchit l’assemblée de grands jets de sa bouteille d’eau.Plusieurs regardent distraitement l’écran lorsque, à la 27' minute de jeu, un corner est dévié dans le filet brésilien.Le ballon n’a pas atteint le fond du filet qu’éclate un hurlement de joie.La cohue est terrible.Tous le monde saute, crie, chante, les murs en tremblent.Il pleut de la bière et de l’eau.L’explosion de joie se reproduit une vingtaine de minutes plus tard, quelques instants avant que la première mi-temps ne s’achève.On arrive à peine à y croire au Barouf.on est à 45 minutes du rêve.La seconde mi-temps est atrocement longue.L’équipe française repousse une après l’autre les attaques que lance contre sa mascotte, le gardien Fabien Barthez, une équipe brésilienne soudainement inquiète.L’assemblée est finalement libérée à la toute fin par le troisième but de l’équipe de France.On commence alors à chanter un refrain qui ne cessera plus: «on a gagné».On s’embrasse, on rit, on pleure aussi un peu.Dehors, une foule immense attend l’équipage du Barouf.A gauche, à droite, la rue Saint-Denis est bondée de supporters heureux et couverte de drapeaux de la France.La procession se met en marche vers le sud.Sur les trottoirs, les passants affichent de larges sourires et applaudissent.Certains semblent plutôt surpris ou ne pas comprendre.D’une voix à la fois nostalgique et chargée de bonheur, une Française glisse à l’oreille de son voisin: «tu imagines ce que ça doit être sur les Champs-Elysées».Plusieurs drapeaux et maillots brésiliens font partie de la procession.«Ils ont été les meilleurs, reconnaît Isidoro.Je suis content pour eux, c’est leur premier titre.Je n’aurais pas été là pour les Italiens.» Pour Anna et Bob, les Brésiliens n’ont aucune excuse.«Ils n'étaient tout simplement pas là, dit Anna .Je n'ai jamais vu une équipe du Brésil comme ça, ajoute Bob.Im finale aurait été meilleure si les Croates avaient joué à la place du Brésil.» Après avoir traversé le futur site du Festival Juste pour rire, rue Saint-Denis, les milliers de marcheurs sont dirigés, par des policiers aussi efficaces que discrets, rue Sainte-Catheri- ne pù ils traversent le site d’un autre festival, celui de jazz.A chaque carrefour, ils sont salués par les klaxons des automobilistes, spectateurs forcés de toutes ces réjouissances.Des drapeaux de dizaines de pays flottent maintenant parmi les drapeaux tricolores.On agite aussi une réplique ébréchée du trophée de la Coupe du monde, un paip baguette et un chandail du Canadien.A partir du coin de la rue Bleury, les marcheurs se mêlent aux voitures et autobus coincés sur place.Une femme fait sauter le bouchon d’une bouteille de champagne au coin de la rue Stanley et arrose la foule (d’accord, d’accord, c’était seulement une bouteille de vin mousseux!).À la boutique de souvenirs La belle province, le vendeur assure ne pas être inquiet des risques de vandalisme.Faisant référence aux hooligans anglais, il ajoute à la blague: «Mais si ça avait été l’Angleterre qui avait gagné, ça fait longtemps que mes vitrines seraient à terre.» Les policiers détournent une fois de plus le flot des marcheurs vers le nord, rue Guy, puis vers l’est rue Sherbrooke.la procession, qui commence à fondre, revient donc vers son point de départ., et la fête continue.
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