Le devoir, 18 juillet 1998, Cahier A
LE DEVOIR V o i.I.X X XIX - N " I r> 8 i\l O N T H K A I., I.K S S A M EDI IS K T I) I M A X (' Il E I !» .1 II I I.I.K T I C A II I K II S i .o r> $ + i a x e s = 2,2 r> s LES ARTS Le peintre Serge Lemoyne (1941-1998), page B 1 ÉCONOMIE Montréal accueillera dix nouveaux Centres financiers internationaux, page C 1 LES SPORTS Bombe sur le Tour de France: l'équipe Festina est exclue, page C 10 ÉCONOMIE Calatrava, un Vinci de Tan 2000, page D 1 PERSPECTIVES Mourir à petite dose À Montréal, une nouvelle organisation criminelle versée dans le trafic des stupéfiants essaie actuellement de se tailler des parts de marché aux dépens des autres organisations.Comment s’y prend-elle?En coupant les doses comme les prix.Résultat net: les jeunes sont la cible privilégiée de cette organisation.Serge Truffa ut Il y a plusieurs mois de cela, les marchands de la drogue la plus dure qui soit, il s’agit évidemment de l’héroïne, ont mis en marché un nouvel emballage.Plutôt que de vendre au gramme ou au demi-gramme, ces marchands ont proposé la dose à 40 $.Puis, il y a quelques mois, ils ont développé l’emballage à 20 $.Mais voilà que depuis peu, on peut se procurer la dose à 10 $.L’impact physique ou mental — ou les deux— de celled est évidemment moins prononcé que la dose à 40 $.Comparativement à celle à 40 $, la dose à 10 $ intéresse peu ou attire peu l’usager de longue date, qui connaît ses capacités ou plutôt son degré d'absorption.En fait, parce qu’elle est peu onéreuse et moins pure que celle des autres emballages, la dose à 10 $ s’adresse à ceux qui ne sont pas en-* * * core des «consommateurs avertis».En clair, elle a été conçue pour ceux qui n’ont guère de moyens financiers à leur disposition et, surtout, qui veulent goûter quelque chose qu’ils n’ont jamais goûté.Et comme l’inclination pour l’expérimentation est plus marquée lorsqu’on est un ado, une jeunesse, c’est l’ensemble de ceux-ci et celles-ci qui est visé.Avant toute chose, il faut maintenant préciser, avec l’agent Yan Lafrenière du SPCUM, que la conception de ce nouvel emballage est le fait d’une nouvelle bande organisée qui entend bien jouer du coude avec les bandes conventionnelles ou connues, i.e.les motards et la mafia.L’origine de ce nouvel acteur à la bourse de l’or en poudre est pour l’instant inconnue.Il entend s’y prendre en misant sur le fait que l’accro à la poudre blanche demeure très fidèle à son fournisseur.Autrement dit, la stratégie de marketing de cette bande consiste à faire miroiter le nirvana à petit prix dans un premier temps et à le transformer en client captif après coup.Osons le mot, c’est du marketing 101.Aujourd’hui, il y a donc de plus en plus de jeunes qui s’enfilent de la poudre qu’on en comptait il y a cinq ou dix ans.Selon les dernières statistiques disponibles, les hospitalisations de patients aux prises avec des problèmes de drogue ont augmenté de 25 % au cours des récentes années.Qui plus est, il y en a d’autant plus de ces jeunes qui se payent des détours particuliers qu’il y a de plus en plus de jeunes qui, l’été venu, débarquent à Montréal.René Charest, du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), a constaté un nouveau phénomène: de plus en plus de jeunes anglophones originaires de Vancouver avaient élu domicile à Montréal.Pourquoi?Parce qu’à Vancouver, le petit qui est pincé par la police à faire le squeegee pour une deuxième fois se verra dans l’obligation de débourser.2000 $! Allez va, encore un effort! C’est hypocrite, ça.2000 $ imposés à des pantalons troués, des pantalons de maigres, ça tient vraiment du pense-petit.Misère! Le résultat net de tout cela, c’est que la situation, pour citer Bkiise Lefebvre, de la Régie de la santé de Montréal, est plus que jamais préoccupante.Car non seulement le jeune s’expose à connaître, entre autres choses, les affres du jnanque, il s’expose en plus à contracter le sida.A ce propos, il faut d’abord préciser que l’amateur d’héroïne se fait quotidiennement moins d’injections que le friand de cocaïne.Ce dernier, selon les propos de M.Lefebvre, se fait plus de cinq piqûres par jour.Par contre, avant de se l’enfiler dans les veines, il va se l’enfiler dans le nez pendant passablement de temps.Autre chose: on devient plus rapidement dépendant de l’héroïne que de la coke.On résume: une nouvelle bande tente actuellement de convertir une nouvelle clientèle à la consommation d'héroïne.Ce faisant, la pression auprès des intervenants en santé publique ne cesse d’aller en progressant au moment même où, dans la foulée du déficit zéro, on coupe tous azimuts.De fait, Montréal, selon Normand Bourgeois, directeur du Centre de recherche et d’aide aux narcomanes, est 20 ans en retard par rapport à ce qui se fait en Europe.Car ici, pour avoir accès au traitement à la méthadone, il faut attendre de huit à dix mois au minimum.«Faute de moyens suffisants, nous traitons 10 % d’usagers alors qu’il faudrait en traiter de 50 à 60 % pour être efficaces sur le plan de la santé publique.» Résultat, l’ensemble des «piqués» constitue le groupe social au sein duquel la propagation du sida est incontrôlée.Bref, c’est la mouise.M É T É 0 Montréal Québec Ensoleillé avec Ensoleillé avec-passages nuageux, passages nuageux Max: 26 Min: 19 Max: 26 Min: 15 Détails, page C 9 Agenda INDEX .B 7 Éditorial .A 8 Annonces.C 8 Livres .I) 1 Les Arts .B 1 Le monde .A 6 Avis publics.C 4 Les sports.C 10 La bourse.C 5 Montréal .A3 Economie.C 1 Mots croisés .C 9 www.ledevoir.com « On a vu de vrais Indiens!» JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le pow-wow annuel de Kahnawake, le week-end dernier, a attiré plus de 10 000 visiteurs.Les membres de cette communauté mohawk, située tout près de Montréal, ont maintenant remis sur les rails un projet d’envergure pour attirer les touristes à longueur d’année.Kahnawake s’ouvre aux touristes En attendant la construction d'un vaste complexe récréotouristique, les Mohawks se font la main en accueillant des milliers de touristes européens Le tourisme amérindien est un marché en pleine expansion.La communauté mohawk de Kahnawake, qui compte bien en profiter, remet de l’avant un projet d’envergure dans le domaine touristique.Histoire d’une évolution prudente et en dents de scie.MARIE-CLAUDE DUCAS LE DEVOIR Depuis le début de l’été, trois ou quatre soirs par semaine, de 60 à 200 touristes arrivent à la salle paroissiale de Kahnawake pour participer au Festin dans la forêt, un forfait qui comprend un souper amérindien et un spectacle de danse et de chants traditionnels.Ces activités ne sont en fait que le prélude à un projet récréotouristique d’envergure prévu [jour l’an 2000.Annoncé une première fois il y a plus de deux ans, le projet a été retardé pour diverses raisons et a subi quelques transformations.«Les Festins sont pour nous une répétition, explique le grand chef du conseil de bande, Joseph Tokwiro Qoe) Norton.Ils nous permettent d'entraîner des gens et de donner un aperçu de ce que l’on pourrait offrir.» Norton, réélu récemment à la tête du conseil de bande, a la ferme intention de voir débuter, dès le printemps prochain, la construction d’un complexe qui comprendra un musée, la reproduction d’un ancien village amérindien, un café-théâtre et un hôtel d’une centaine de chambres.Pour les touristes, surtout les Européens, qui débarquent au Québec, la présence d’autochtones représente un réel attrait touristique.C’est un marché que diverses communautés amérindiennes, un peu partout au Québec, ont commencé à courtiser, qu’il s’agisse des Hurons de Wen-dake, près de Québec, ou des Montagnais de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean.Kahnawake, aux prises, comme bien des communautés amérindiennes, avec des problèmes de chômage, ne veut pas être en reste, surtout après que la VOIR PAGE A 10: KAHNAWAKE La Cour criminelle internationale verra le jour Plus d'une centaine de pays donnent leur accord à la création d'un tribunal qui jugera les présumés criminels de guerre JOCELYN COULON LE DEVOIR Après cinq semaines de tortueux et vifs débats, plus d'une centaine de pays ont donné leur accord hier à Rome à la création de la Cour criminelle internationale (CCD qui pourra juger les présumés criminels de gperre.Jusqu’à la dernière minute, plusieurs pays, dont les Etats-Unis, ont tenté de limiter les pouvoirs et la compétence de cette nouvelle instance, mais leurs interventions ont échoué.Une large majorité de 120 pays ont voté pour, sept ont voté contre et 21 se sont abstenus.Douze pays n’ont pas pris part au vote.«C’est un grand jour.Nous assistons aujourd’hui à la naissance d'une nouvelle organisation qui pose un jalon important dans la transformation du droit humanitaire international», a déclaré le ministre canadien des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy, au cours d’un entretien téléphonique hier soir.Le ministre est à Rome depuis jeudi et signera aujourd’hui, en compagnie du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, le traité donnant naissance au tribunal.+ Malgré son enthousiasme, le ministre a tenu à souligner qu’il restait une étape cruciale avant la mise en place de cette cour qui comptera 18 juges: la ratification du traité par 60 pays, une opération qui pourrait prendre plusieurs années.Hier matin, après une longue nuit de négociations entre délégations, le président du Comité de rédaction du traité, le Canadien Philippe Kirsch, a déposé une synthèse du projet de traité qui comportait plusieurs modifications VOIR PAGE A 10: COUR Boris 1er enterre Nicolas II «Nous sommes tous coupables», déclare le président à Saint-Pétersbourg Nicolas II et les siens reposent désormais parmi les derniers souverains de la dynastie des Romanov, dans la crypte de la cathédrale Pierre et Paul, située à l’abri des pierres de la forteresse de Saint-Pétersbourg érigée au bord de la Neva.Tournant «l’une des pages les plus honteuses de son histoire», selon les dires mêmes de Boris Eltsine, la Russie a offert hier des funérailles impériales à son dernier tsar, 80 ans jour pour jour après l’assassinat du monarque et de sa famille par les Bolcheviks.Le président russe qui, après maintes tergiversations, s’était finalement résolu à assister à ces obsèques controversées, a voulu faire de cet événement un symbole pour le pays, en lançant un appel à la «repentance et de réconciliation nationale».Nos informations, page A 6 REUTER Moreau, père et filles Que reste-t-il de nos humours.politiques?Avec son dernier spectacle, Le Chum à Céline, Jean-Guy Moreau ose de nouveau proposer «une réflexion sociale et politique».C’est bien le seul, ou presque, à faire encore dans ce genre au Québec, comme le constate à longueur d’année sa fille, Sophie Moreau, rabatteu-se nationale pour le Festival Juste pour rire.Par contre, sa sœur, Véronique Moreau, chasseresse de têtes humoristiques en Europe, constate que là-bas, même les jeunes tiennent le fort politico-rigolo.Portrait de famille avec STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Dis-moi de qui tu ris et je te dirai qui tu es.L’humour est une éponge idéologique.Dans son dernier one-man show, lancé cette semaine au Cabaret du Musée Juste pour rire, Jean-Guy Moreau, qui imitait Lévesque et Trudeau dans Mon cher René, c’est à ton tour, quelques mois après le premier référendum, rit donc maintenant de (ou avec) René Angelii, «le chum à Céline», comme l’annonce le titre du spectacle.El alors?Quelles nouvelles sur notre situation existentielle?Que conclure du passage d’un René à (et sans) bouffons du roi.l'autre?Que les entrepreneurs (culturels) ont maintenant remplacé les politiciens au sommet des hit parades nationaux?Que le débat constitutionnel cède définitivement le pas à la (mythique?) pensée unique, néolibérale à souhait, avec ses «number one» (c’est le mot clé du spectacle), ses self-made men, ses champions de la «performance» dans le contexte de la mondialisation?«Ce n 'est pas un spectacle sur la politique, mais c’est encore un spectacle où il est question des problèmes sociaux, des questions politiques», résume l’inimitable imitateur, interviewé hier.«Disons que c’est VOIR PAGE A 10: MOREAU EffifflEÏ bïVSTl L’humoriste Jean-Guy Moreau entouré de ses deux filles, Sophie (à gauche) et Véronique, toutes deux rabafteuses de nouveaux talents pour le Festival Juste pour rire.778313000696 ll_ ME DDIT EM RESTER GpU’UNE.endus ! • Déjà 100 000 billets vendus ! 100 000 billets vendus ! • D Omnium du Maurier Les Internationaux de tennis féminin du Canada Du 15 au 23 août 1998 • , ' .*¦ .’• ' .' - .Stade du Maurier, Montréal • Réseau ADMISSION: (514) 790-1245 • 1 800 361-4595 Billets à partir de 10 $ Renseignements et achats de groupes: (514) 273-1515 Stade du Maurier re et à l’ancien maire», dit-elle, tout etj rappelant que son poulain est en em traînement Le maire sortant est le véritable adversaire pour le Parti Nouveau Montréal, analyse Mme Bazin.Dès cette semaine d’ailleurs, une séj-rie de sondages internes seront entre pris pour connaître les intentions des Montréalais face au scrutin du 1er ndr vembre.«On ne néglige personne.Mais pour le moment, c'est Bourque, parce que les gens sont peut-être encore prêts à lui accorder leur confiance.Aujourj.d'hui, c'est ça, mais ça peut bouger croit Mme Bazin.ï; Pour Michel Fréchette, seuls les partis politiques étaient en campagne; électorale jusqu’à présent.«Im campagne n ’est pas jouée.L’électorat commence à peine à s'éveiller.Il nous faut vivre dans la crainte et le respect de l'adversaire.On ne peut pas pompeusement “discarter” un des candidats», assure.M.Fréchette.Mais les commentaires de ce dernier laissent entendre que M.Duchesneau est l’ennemi à battre.«Duchesneau va devoir subir l’épreuve d’uni campagne électorale, soit émettre dès idées et donner un point de vue sur Vatf tualité.[.] Il est arrivé un peu déifia On lui a construit une aura artificielle Rien n’est plus facile à démasquer, qu'une campagne de communications superficielle.Confronté tous les jours aiQç médias, tu ne peux pas faire semblant•{ dit-il, cinglant.» La période d’échauffement est teri minée.Les partis sont en place, les ai pirants maires connus et les équipe$ presque complétées.Il ne reste plus que la véritable campagne électoral^; là où il faudra risquer des idées.'IjaW1 f Joignez- r et venez orofite ?-vous à la tradition estivale Patrimoine et venez profiter de réductions allant jusqu’à 40% sur nos mobiliers-démonstrateurs sélectionnés Bonaldo sera en vacances du I 9 juillet au 3 août inclusivement BONALDO La maison des idées nouvelles 105, St-Paul ouest, 3' cl 4' étages, Montréal Ift.: (514) 287-9222 1-81 y La salle de montre est fermée tous les dimanches durant l’été ^at/ttwoine Au Centre Décor 440, 3932 Autoroute Laval Ouest, Laval Québec H7T 2P7 (450) 687-6867 j*. Nos prix sont imbattables! ______Comparez, vous serez convaincu ! La fameuse célébration annuelle m 6Ô Economisez jusqu à Literie Le plus grand choix de literie et accessoires AUX PLUS BAS PRIX GARANTIS ! ^Zfamsutta CANNON SHEFTEX Edredons(/f duvet Le plus grand choix d'édredons de duvet et accessoires AUX PLUS BAS PRIX GARANTIS! Édredons de duvet d'oie blanche Construction en cloisons 12 po Simple 79®* Double 9993 Grand 109“ Très grand 1 4993 Springmaid MARI EX Dan River loujicncc Douillettes réversibles Simple, double, grand «J Toutes grandeurs Ensemble de draps en percale ni 180 fils au pouce carré 1695 CANNON MART EX STEVENS jnmMermsr ’tmMtrrwM/ Couvre-matelas______ mple 99S ROYAL VELVET Serviettes R.O.M.Bain 993 Essuie-main Ô95 Débarbouillette 395 â SIMMONS Beautwst Oreiller JT • .VN Oreiller de duvet blanc 95 Descentes de bain Débarbouillettes Essuie-mains Taies d'oreiller en super percale îëW>;.9:’w 200 fils au pouce carré , ' Assortiment d'imprimés _ legeres imperfections ¦ paire 2 ^ Sieges ib remaourres Sorties de bain en ratine 39** Rideaux de douche Ensemble en jrercale L'ensemble compren la douillette, les draps, le volant et le(s) couvre-oreiller(s).en plastique variés A partir de LevoloT Holican HunterDouglas smrounTE.DucmService .domicj|e grQtujt W.331-5260 Stores horizontaux et verticaux stores plissés • stores en bois • romains ntures • dentelles • canlonniéres bouf fontes • parures complexes tissus et plus encore ! Jusqu’à 50% e rabais sur le prix sugge Le plus grand choix de matelas Sealy et Simmons aux plus bas prix1 Livraison PG335E3 * Installation Cadre de ,vec enst*e mateias Retrait vieux matelas de IOO Le Charmeur de Sealy Simple 9900 ens.199 Double 1 49” ens.289 Grand 1 89" ens.379" Articles maison Beautysleep Evasion de Simmons Simple 1 89" ens.329" Double 249" ens.399“ Grond 279“ ens.449 Économisez 52% Ens.4 more Prix sugg EPARGNEZ U TPS ET LA TVQ’ OU NE PAYEZ RIEN AVANT UN AN Nm» vc*j* ircinlcnns une réduction de pnx équivalente à la TPS et i la TVQ Détail» en mapun Lits en laiton et fer, tapis et boutique pour bébé La plus grande selection aux plus bas prix garantis STATUS lepine m E V (II It .I.E S S A M E I) I IS E T I) I M A X ( Il E I !• .1 I' I L L E T I il II S A (i LE DEVOIR LE MONDE REVUE DE PRESSE Aux armes, citoyens ! Semaine délirante en France.La victoire au Mondial de soccer et les festivités de la fête nationale ont fait vibrer la fibre patriotique chez tous les Français qui n’ont pas raté une occasion d’entonner La Marseillaise.Un chercheur français s’interroge sur l’actualité de l’hymne national.Aux Etats-Unis, un universitaire rappelle que les Américains se méfient énormément de la politisation de la morale et de la religion.Enfin, un scientifique estime que l’explosion démographie de l’Afrique se déroule dans les plus mauvaises conditions.Jocelyn Co u Ion Le Devoir Sous le titre provocateur «Les fantasmes de la Marseillaise», un professeur de philosophie, Joël Martine, s’interroge dans le quotidien Libération sur la signification profonde des paroles du célèbre hymne national français.Celui-ci «n’est pas particulièrement pacifique, écrit-il.On s’est enthousiasmé de son bellicisme.On peut aussi le trouver intolérable, ou encore, l’excuser par de bonnes raisons historiques».Le chercheur rappelle en effet que l’hymne national, écrit en 1792, était avant tout «un appel à une guerre citoyenne de défense de l’indépendance nationale et de la liberté» alors que la France faisait face aux menées contre-révolutionnaires et aux agressions extérieures des ennemis de la révolution.Mais une phrase, «Qu'un sang impur abreuve nos sillons», se révèle particulièrement brutale, souligne l’auteur.«De quoi ce refrain est-il la métaphore?Les ennemis de la patrie porteraient-ils leur indignité jusque dans leur sang?Est-ce à dire que les patriotes auraient quant à eux le sang pur?» Le professeur se demande «comment se fait-il que depuis deux cents ans le pays de Descartes et des Lumières puisse charrier un imaginaire aussi stupide dans les paroles sacrées de son hynine national?» 11 y a, bien entendu, des explications à ce chant guerrier, explications qu’on peut tirer de la psychanalyse.Et Martine d’analyser les vers les plus, disons, controversés de l’hymne, comme «Contre nous de la tyrannie l’étendard sanglant est levé» ou «Ils viennent jusque dans vos bras, Égorger vos fils, vos compagnes!» Ces vers, écrit-il, sont aisément déchiffrables puisqu’ils font référence à la communauté nationale, au danger extérieur ou à la tyrannie politique, mais ils ont aussi un sens profond, caché, comme les ennemis qu'on transforme en bêtes, ce qui autorise à les saigner plus facilement.Pour l’auteur, «il y aurait sans doute plus à dire sur l’image des sillons, terre à la fois blessée et ennoblie par le soc phallique du laboreur.Mon intention n'est pas ici de mener très loin l’analyse, mais de rappeler qu’en deçà de ses significations politiques [.] La Marseillaise fonctionne sur le mode des fantasmes archaïques, aussi violents qu ’irrationnels».Si de pareils fantasmes émanaient d’un individu, on lui conseillerait une psychanalyse, écrit Martine, qui se demande toutefois ce que les psychanalistes proposeraient «s’agissant d’une nation et de ses institutions».Il n’a pas de réponse à donner mais termine son texte sur quelques interrogations comme celles-ci: «Dans quelle mesure les individus adhèrent-ils aux mythes nationaux?S’agit-il d'une croyance profonde, pour laquelle vous seriez prêt à mourir ou à tuer?Voire d’un délire fantastique?Ou seulement d’un brave folklore ludique, comme dans les hymnes des supporters de football?» Aux armes, citoyens! La presse du monde ?Contrairement à une idée répandue, si les Américains sont très religieux, ils n’acceptent pas que des individus ou des groupes organisés politisent la morale et la religion.C’est du moins la conclusion que tire un spécialiste des comportements politiques de l’université de Boston, Alan • Wolfe, qui a mené une longue enquête de quatre ans auprès de 200 familles, toutes races confondues, dans des banlieues sélectionnées selon des critères très précis en Géorgie, Californie, Oklahoma et dans le Massachusetts.Dans un entretien au quotidien Le Monde, le sociologue américain livre les principales découvertes de son enquête.En 1992, dit-il, Wolfe avait l’impression que le discours moralisateur et religieux de Pat Buchanan et de Newt Gingrich, de la Coalition chrétienne et des Promise Keepers dominait complètement l’arène politique et menaçait même de devenir le nouveau credo du Parti républicain.Pourtant, il constatait aussi que les gens auxquels il parlait ne partageaient pas ce discours.Il a donc cherché à y voir plus clair.Résultat: «Il y a eu d’abord le retour de bâton sur Le contrat avec l’Amérique de Newt Gingrich et la bataille budgétaire qui a provoqué la fermeture de l’administration, dit-il.Ralph Reed a ensuite quitté la Christian Coalition parce qu’il s'est rendu compte qu’il n'atteindrait pas les buts qu’il s’était fixés.Puis les organisations comme Promise Keepers [qui réunissaient des centaines de milliers d'hommes pour prier dans des stades] se sont mises à licencier leur personnel, et aujourd'hui, Newt Gingrich est obligé de se recentrer s’il veut se placer dans la course à la présidence.» Cette débâcle politique fait dire à Wolfe que «les gens sont opposés à la politisation de la religion.Ils sont croyants, ils sont religieux, mais ils pensent que c’est leur affaire personnelle».En aucun cas les Américains ne voient dans la religion «un code de valeurs absolues auquel tout le monde doit se conformer.» L’étude de Wolfe porte aussi sur les conflits raciaux, la sexualité, les politiques sociales et la classe moyenne.Là encore, elle bouleverse les idées reçues sur les grandes batailles de société censées déchirer et balkaniser l’Amérique.«L’image qui s’en dégage est celle d’une Amérique très centriste, unie dans sa diversité, par un certain nombre de valeurs communes et encline à rejeter les extrêmes», écrit Ixt Monde.?Un nouveau fléau menace-t-il l’Afrique?Peut-être.Dans une opinion publiée par l’hebdomadaire Jeune Afrique, le démographe Jacques Vallin écrit que l’Afrique aborde dans les plus mauvaises conditions sa présente explosion démographique.Selon toutes les prévisions, «les deux tiers des trois milliards d’individus qui naîtront au cours du prochain demi-siècle seront africains», la fécondité des Africains a tout de même commencé à diminuer.Mais au cours du prochain siècle, les Africains auront la pénible tâche de gérer la période de transition avant que leur démographie se stabilise.Et cette transition sera difficile.Contrairement à l’Asie et à l’Amérique latine qui ont profité des trente glorieuses pour atténuer les effets de leur croissance démographique, «l’Afrique est au contraire entrée dans cette phase décisive au pire moment, quand, dans les années quatre-vingt, elle subissait de plein fouet les conséquences de la crise économique».Villon plaide donc pour une aide économique importante afin «de créer sur ce continent des conditions de développement économique et social aptes à répondre axa besoins.» Boris 1er enterre Nicolas II «Nous sommes tous coupables», déclare le président à Saint-Pétersbourg GRIGORY DUKOR REUTER i*» .L ^ * Dans les rues de Saint-Pétersbourg, des Russes ont commémoré hier la mort, survenue il y a 80 ans jour pour j'our, de la famille impériale en tenant des icônes et des portraits de Nicolas II and son épousé Alexandra Fyodorovna.Pour des raison de sécurité, l’accès à la forteresse Pierre et Paul avait été interdit au public, et réservé aux invités et aux journalistes.Le peuple s’est ainsi retrouvé exclu des cérémonies La Russie a enterré hier à Saint-Pétersbourg son dernier tsar, Nicolas II, exécuté il y a quatre-vingt ans par les communistes.«En rendant à la terre le corps des innocents tués, nous voulons expier les pêchés de nos aïeuls», a déclaré M.Eltsine à l’ouverture d’une cérémonie religieuse au cours de laquelle il a soigneusement évité de confirmer que les cercueils contenaient bien les restes de la famille impériale.VÉRONIQUE SOULE ENVOYÉE SPÉCIALE DE LIBÉRATION Saint-Pétersbourg — Midi, vendredi: trois coups de canon retentissent depuis la forteresse Pierre et Paul.Boris Eltsine, costume et cravate noirs, pénètre dans la cathédrale où sont exposés les cercueils du tsar Nicolas II et de sa famille, exécutés il y a 80 ans par les bolcheviks.Il fait alors un geste qui veut résumer tout le symbolisme de ces funérailles: le chef de l’État, ex-dignitaire communiste, serre la main du prince Nikolai Romanoviteh, chef de la Maison Romanov.D’abord assis au premier rang, Eltsine passe ensuite l’essentiel de la cérémonie debout, dominant la foule des invites de sa haute stature.Comme s'il voulait marquer ainsi sa présence.Pour le président, cette cérémonie est un moment capital: il s’agit pour lui de rester dans l’Histoire comme celui qui a donné une sépulture digne au dernier des tsars et qui a réconcilié tout un peuple avec son passé.«C’est un jour historique pour la Russie, commence-t-il en ouvrant la messe.En mettant en terre ces restes [les ossements des Romanov déterrés dans les années 70, ndlr], nous,voulons expier les péchés de nos ancêtres».Puis le chef de l'État parle des funérailles comme d’un grand moment «d’unité du peuple et de repentir de la faxde commune».La forteresse Pierre et Paul est étrangement vide.Pour des raison de sécurité, l’accès a été interdit au public, et réservé aux invités et aux journalistes.La population de fait se retrouve exclue.Pour qu’elle puisse s’incliner sur les tombeaux impériaux, à partir de ce samedi, il est prévu d’ouvrir gratuitement la forteresse — en fait un musée payant — chaque jour de 18 à 20 heures.«Nécessité politique et militaire» Dans la cathédrale, quelque 200 personnes se pressent.Les descendant?des Romanov sont venus en nombre d’Australie, des États-Unis, d’Europe.A leurs côtés, l’élite politique et culturelle russe, en bonne partie issue de la nomenklature communiste, est bien mieux représentée que prévu.Après les défections du Patriarche Alexis II et du président, on avait craint une désertion.Le revirement-surprise d’Eltsine a décidé bon nombre de députés et de gouverneurs à venir.L’aurait-elle pu, il est peu probable que la population ait manifesté un grand enthousiasme.Pour beaucoup, Nicolas II, un piètre politique au pouvoir en des temps difficiles — la Première Guerre mondiale et la guerre civile — garde une mauvaise image.Dans un sondage publié hier par un quotidien pétersbourgeois, 53 % des personnes interrogées considèrent l’exécution de la famille impériale comme une «nécessité du point de vue militaire et politique».Les polémiques et les intrigues politiques qui ont marqué la préparation des funérailles n’ont certainement pas contribué à éclairer cette période-charnière de l’histoire russe.En fait aucun débat de fonds n’a eu lieu.L’événement a été accaparé par Jes politiques, préoccupés par des calculs à court terme.A ce petit jeu, Èltsine était donné gagnant par la plupart des analystes.Dans son discours à la cathédrale, le président a donné la mesure de ses talents byzantins.«Quelle virtuosité politique!», s'est même exclamé le commentateur-vedette de la télé NTV.Le président n'a pas une seule fois évoqué nommément les auteurs du massacre d’Iekaterinbourg, les bolcheviks qui ont fusillé la famille impériale et sa suite dans une cave avant de jeter les cadavres au fond d’une mine.«Ceux qui ont commis ce crime sont coupables, a déclaré le président.Ceux qui, pendant des années, ont avalisé ce crime le sont officielles.aussi», a ajoute l’homme qui, en tant que chef du PC de Sverdlovsk (ex-Iekaterinbourg), a fait dynamiter la maison ou était gardée la famille impériale.Puis d’enchaîner sur un saisissant raccourci: «Nous sommes tous coupables».Comme chaque fois qu’il s’exprime sur l'histoire récente, Eltsine entretient la confusion.Silence sur l’authenticité des ossements et messe parallèle du Patriache Sur le point en débat —,1’authenticité des ossements impériaux contestes par l’Eglise —, le président a aussi démontré toute son habileté.Pas une fois, il n’a explicitement confirmé que les petits cercueils de chêne — 1 mètre 20 chacun — contenaient bien les restes de la famille impériale.Une façon de ménager le Patriarche.Eltsine entretient avec lui les meilleurs rapports, mais ceux-ci ont été récemment ternis par des divergences sur les funérailles.Alors que le Patriarche disait hier une messe parallèle, les prêtres délégués pour dire la messe de Saint-Pétersbourg avaient pour consigne de ne pas prononcer les noms fatidiques, le doute subsistant sur les ossements.L’archi-prêtre Boris Glebov a donc appelé à prier «pour les morts et les tortures pour la foi, dans les années de répression violente».«Cela aurait pu être un événement d’une grande portée symbolique, regrette Mikhail Berg, journaliste et écrivain petersbourgeois.Au lieu de cela, on a assisté à de sales jeux politiques sur les cercueils.Pour l’écrivain, la population globalement ne voit pas l’enjeu: «Une hausse de 1 % des retraites aurait plus d’impact».Pour Eltsine en revanche, l’intérêt est clair: «If nine a massacré le tsar, Eltsine est celui qui l’a enterré.» D’autres affichaient hier leur satisfaction.«Après avoir nié pendant des décennies qu’il existait un passe impérial, on a enfin renoué les liens avec ce passé», se félicite Tatiana Karamitcheva, de l’Union de la noblesse de Saint-Pétersbourg.Elle se félicite de la venue d’Eltsine: «Sa présence rehausse le statut de cette cérémonie qui risquait d’être redxdte à un événement pétersbourgeois.» Les Russes se sentent peu concernés Moscou — Les Russes se sentent peu concernés par l’événement et, au-delà, par un hypothétique rétablissement de la monarchie hormis les monarchistes, les héritiers des Romanov, les hautes sphères de l’Etat et les médias.Le Centre russe d’étude de l’opinion publique, dirigé par Youri Levada, a plusieurs fois interrogé les Russes sur le sujet.¦ Comment réagit l’opinion devant cet événement?Tout cela est un peu artificiel et, ces derniers temps, gonflé par les médias.La plupart des gens n’accordent pas d’importance à ces problèmes.Mais on vit dans un flou politique et certains —10 % environ —, pensent que la monarchie peut encore sauver la Russie.Ce sont plutôt des jeunes que des vieux, ces derniers ayant été façonnés par l’idéologie soviétique.Mais les jeunes sont largement indéterminés, donc changeants.Monarchistes un jour, na-zillons le lendemain, démocrates le jour suivant.¦ Quelle place le tsar Nicolas II occupe-t-il dans ce paysage?On le perçoit comme une victime des bolcheviks, mais une victime parmi d’autres.En revanche, personne ou presque ne le perçoit comme un grand homme politique.Plutôt comme quelqu’un de faible, d’impressionnable qui n’a su ni garder ni réformer le pouvoir et l’a vidé de son sens.¦ Quelle attitude les Russes adoptent-ils vis-à-vis de l’enterrement des restes du tsar?On a posé la question aux Moscovites.61 % pensaient qu’il fallait enterrer les restes le plus vite possible, 15 % jugeaient qu’il valait mieux attendre.Les autres ne s'intéressent pas au problème et leur nombre est encore plus conséquent en province.Ce désintérêt est explicable: la tradition monarchiste a été rompue il y a bien longtemps maintenant.En France, le pays est républicain, mais les groupuscules monarchistes s’appuient sur une tradition.Ici, les associations de nobles sont récentes et un peu fabriquées, c’est un jeu.Libération I M A \ CHE I !» I I I I.I.E I I !» !» 8 A 9 IDEES Cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme La censure, une routine comme les autres au Vietnam La méfiance et la peur envers les «idées malsaines provenant de l'étranger» sont érigées en système VINCENT BOUCHARD L'auteur a été coopérant volontaire pour le Centre canadien d'étude et de coopération internationale (CECI) dans le sud du Vietnam de mars 1997 à mars 1998.e magazine L’actualité traitait récemment de la liberté «surveilée» des journalistes vietnamiens.Mais qu’en est-il du citoyen ordinaire, de M.Tout-le-monde, et des étrangers?A Hô Chi Minb Ville (ex-Saïgon).des Vietnamiens font la file qtmli diennement pour faire inspecta des colis en partance pour l'étranger, ou provenant de l’étranger, lit comme pour d’autres aspects irritants du communisme vietnamien, ils s’y sont habitués.Dans la ville de l’oncle Hô, à Hô Chi Minh Ville, une adresse est bien connue des Vietnamiens qui ont de la famille a l’étranger.C’est le 232, rue Vo Thi Sau, nom d’une jeune révolutionnaire tuée à l’âge de seize ans par les Français, lors de la première guerre d’Indochine (1940-54).Celle adresse abrite une succursale du département de la culture et de l’information, euphémisme boisé (langue de bois), désignant en fait le département île la censure.Livres, cas settes, vidéocassettes, disquettes.Cl) ROM et autres mediums potentiellement unir-révolutionnaires sont passes au crible par des employés chevronnés, qui affichent une étonnante «camaraderie".Tout matériel suspect doit être inspecté, à l’entrée comme a la sortie du pays.lit première fois que je suis allé là-bas, en mai s 1998, je me suis muni de la plus puissante ru ine |xmr la circonstan ce: le sourire.J’avais une boîte contenant près d'une centai ne de livres, la plupart des romans en langue française et an glaise, quelques livres d'histoire, des biographies, des ou vrages scientifiques et quelques recueils de légendes et di poésie vietnamiennes.Lorsque j'ai montré mes livres a la ca manide du premier guichet de service, elle m’a reçut un tan dé de dresser une liste exhaustive de ces derniers.On n'cxi geait donc pas de voir les livres.J’ai souri, et je me suis mis tout de suite à l'ouvrage, sur place, en griffonnant dans un carnet les titres et les auteurs de mes quelque quatre-vingt-seize bouquins.Après un peu plus d’une heure de transcription, sous les yeux curieux des Vietnamiens, j'ai déposé ma liste au premier guichet et suis reparti avec un reçu.L’opé-ration de censure allait prendre trois jours, tout ça pour rapporter mes livres.au Canada.Au retour, on m’a annoncé qu’aucun de mes livres n’était confisque et que je devais payer 20 (KH) dongs (2,25 $) pour le -service" rendu.Aucun de mes ouvrages n’était clairement anticommuniste, ce qui annulait toutes mes chances detre un jour engagé par la CIA Cependant, mes «saines» habitudes de lecture me vaudraient peut-être plusieurs nouveaux amis en France, dont Robert Hue.Quoi qu’il en soit, ce cirque de la censure m’a paru bien ridicule.Et je me suis mis a réiléchir sur les motifs d’une telle méfiance envers un Canadien inoffensif travaillant pour une organisation humanitaire.A-t-on peur que des livres «malsains» se retrouvent entre les mains de Vietnamiens vivant à l’étranger, les fameux Viêt Kiêu?Peut-être.Ces derniers ont un pouvoir financier et un nouveau bagage idéologique qui attiient certains membres de leur famille vers d’autres deux.Mais une raison encore plus plausible m’a traversé l'esprit: l'argent.Par exemple, la censure d’une vidéocassette coûte 15,000 dongs (presque 2 $) à tout Vietnamien, à l'entrée comme à la sortie du pays.Ajoutons à cela les cassettes audio, les livres, ou tout autre objet douteux, et on ar-riu au constat que ce vaudeville doit rapporter quelques millions de dongs au gouvernement vietnamien.c est ainsi qu’a chaque jour, les camarades de la rue Vo f in Sau visionnent avec zèle des réunions de famille, les pi entiers pas d’un bébé, des mariages, des funérailles, ou liait autre événement méritant d’être filmé et envoyé au delà du Pacifique.Et on peut supposer qu’à chaque vidéocassette.ces derniers doivent espérer entendre un propos anlirevolutionnaire, livré avec ferveur, après l’ingestion abusive d'alcool de riz.ou à jeun.S’ils ont le bonheur de prendre quelqu’un en défaut, on peut supposer qu’ils auront droit a une récompense.Quant au fautif, peut-être aura-t-il a payer un supplément sur sa vidéocassette «tnal-saim Bienvenue au Viêtnam, pays du dualisme bon-mauvais et de l'idéologie marxiste-léniniste, où on passe à la censure comme on fait son épicerie.Un «boulier patriotique» où les perdants sont très nombreux RICHARD VOGEL REUTERS Bien que le problème du travail des enfants n’ait pas l’ampleur qu’il a atteinte dans des pays voisins comme la Birmanie ou la Thaïlande, plusieurs enfants vietnamiens doivent travailler, souvent dans des conditions très difficiles, pour venir en aide à leurs parents.ANDY SOl.OMAN REUTERS Ia> Van Khoi, 85 ans, est un des derniers Vietnamiens à parler la langue des anciens colonisateurs français, qui ont quitté le pays il y a plus de trente ans.On le voit ici en train d’attendre la visite de patients dans son bureau de médecine traditionnelle vietnamienne, tout près du lac Hoan Kietn, près de Hanoï.-Ti ous trouvez que les recen- Vsements de Statistique Canada représentent une invasion éhontée de votre vie privée?Que iliriez-vous d’une méthode de classement qui vous assignerait une «valeur» de 1 à 12, selon vos allé geances politiques passées?Au Viêt-nam, cette pratique est confirmée par des citoyens de Can Hio et de Ho Chi Minh Ville, de même que par des professeurs étrangers travaillant là-bas.En matière de ségrégation sociale, les Vietnamiens n’ont rien a envier aux Indiens.En effet, au Vietnam, le gouvernement note ses citoyens sur une échelle de 1 à 12, selon leur passé politique et autres variables cruciales, comme l’ethnie et les antécédents familiaux.Cette invraisemblable pratique a été constatée par des enseignants étrangers, qui ont remarqué un chiffre de 1 à 12, à côté du nom, sur des listes d’étudiants.Elus on s'approche du 12, plus la vie est difficile.D’ailleurs, j’ai connu un uü 10, dont le père a fait les camps de rééducation après la capitulation de Saïgon en 1975.La classification inlluencerait, entre autres, l’entrée à l’université, l’obtention de bourses pour étudier à l’étranger, l’accès à des emplois du secteur public, mais aussi du secteur privé.Le passé militaire, et par le fait même politique, semble être la pièce maîtresse de cette classification, qu’on pourrait qualifier de «baromètre patriotique».Le système favorise donc largement les Vietnamiens du Nord, car ces derniers ont beaucoup moins de chances d'avoir combattu aux côtés des Anéricains (rendant la guerre.Dans cette justice saugrenue, les chiffres représentent les jurés, alors que le juge reste bien caché.C’est le «Grand Frère» qui distribue aux membres de sa famille un nombre révélateur.Cette gigantesque loterie nationale, qui fait peu de gagnants, influence quotidiennement la vie sociale des Vietnamiens, surtout dans le sud du pays.Et contrairement aux autres loteries, celle-ci est obligatoire.Tout le monde espère une numérolo-gie favorable, qui échappe pourtant à leur contrôle.Ce chiffrage, qu’on reserve généralement au bétail, rappel- le la classification pratiquée au Cambodge lors de la prise de pouvoir par Fol Pot en 1975.Les «70» désignait la classe paysanne, révolutionnaires précoces, alors que tous les autres citoyens étaient rangés dans la catégorie des «75», convertis sur le tard, et de force, à la cause révolutionnaire.11 ne fait aucun doute que la pratique existe au Vietnam.Cependant, il s’avère difficile d’en apprécier le fonctionnement intime, de même que l’étendue.Toute tentative dans ce sens, de la part d’une organisation internationale quelconque, serait certainement qualifiée d’ingérence.En attendant, les citoyens vietnamiens doivent espérer d’être perçus comme de bons apôtres par les autorités.Et si ce n’est pas le cas, ils pourront se plaindre, en privé, que le gouvernement a leur numéro.Le boulier automatique gouvernemental est prêt, il se met à tourner, les boules s’entrechoquent vigoureusement, votre numéro vient d’être tiré.Est-ce un six ou un neuf?Attention, la différence peut vouloir dire un avenir meilleur.Vincent Bouchard Au Québec, le droit à la vie privée d’une personne est «transmissible» à ses descendants depuis 1994 Le tombeau est d’argent, le silence est d’or La vie privée ne peut se définir sans égard aux exigences de la vie sociale PIERRE TR H DEL Professeur en droit de l'information et du commerce électronique au Centre de recherche en droit public à la faculté de droit de l’Université de Montréal — - il u cours des récents mois, plusieurs événe Aments sont venus mettre en lumière certaines carences dans les approches retenues au Que bec afin d’assurer un équilibre entre la protêt tion de la vie privée et l’exercice des autres ü==J droits fondamentaux.Les dispositions du Code civil au sujet de la protection de la vie privée lais sent peu de place à l’exercice des autres droits fonda mentaux et des activités à caractère collectif comme celles qui consistent à rendre compte de l’actualité ou des événements historiques.Le législateur québécois a choisi de conférer au ilioit a la vie privée un caractère de transmissibilité, l-e second alinéa de l’article 35 du Code civil précise que nulle al teinte ne peut être portée au droit à la vie privée d'une personne «sans que celle-ci ou ses héritiers y consentent ou sans que la loi l’autorise.L'interdiction de porter atteinte à la vie privée cesse donc lorsque l’intéressé a consenti à une telle atteinte.Ce droit de consentir à une atteinte à la vie privée d'un défunt est même reconnu a ses héritiers.C’est un changement de cap important par rapport à l’ampleur qu'avait le droit à la vie privée lors de l’adoption de cette disposition en 1994.Avant cette date, le droit à la vie privée mourait avec son titulaire.üi transmissibilité du droit à la vie privée constitue une innovation qui étend le champ de la vie privée au delà de ce qui est nécessaire pour protéger la dignité des personnes.La nature du droit a la vie privée s oppose normalement à ce qu’il passe aux héritiers car c est un droit attaché à la personne se fondant sur un souci de garantir le respect de son intimité.Lorsque la personne meurt, elle n'a plus d’intimité à protéger: d’autres valeurs prennent alors le dessus.Avant l'adoption de ces dispositions du code québécois, et dans la plupart des autres pays démocratiques, on convenait qu’avec la mort, il n y avait plus lieu de protéger l'intimité du défunt mais il fallait plutôt veiller à ce que la vie privée de ses proches restés de ce monde continue de recevoir une protection.A|jrès le décès d’une personne, les impératifs liés à l’histoire et a la préservation de la mémoire l’emportent sur la protection de la zone d’intimité du disparu.En rompant cet équilibre qui prévalait dans notre droit, le législateur a brise l’équilibre qui doit exister entre le droit à la vie pi ivee et les autres valeurs qui contribuent à la préservation des conditions essentielles aux échanges dans une démocratie.Peut-être faut-il mettre cette exagération sur le compte d'une certaine hystérie, à mon sens largement exagérée, au sujet des périls qui menacent la vie privée.Mais le droit a la vie privée, la liberté de la presse et les autres droits de la personne sont des composantes également importantes des libertés et de la dignité humaine.Toutes sont nécessaires à l’existence d’un état de liberté et de dignité.Elles sont inhérentes à l’existence d'une société régie par le droit.En se mettant à privilégier un de ces droits et en ne laissant qu’une part congrue aux autres droits, comme on a choisi de le faire au Québec, on accroît le risque d’effets pervers comme ceux que l’on commence à constater.Ainsi, est-il normal que les héritiers d'une personne ayant joué un rôle historique majeur aient un droit de veto sur ce que l’on peut écrire à son sujet ?Déterminer ce qui doit être protégé au titre de la vie privée et ce qui doit circuler au nom de la liberté d’information demeurera toujours une tâche difficile.Mais il y .i dans la notion même de vie privée, telle que dévelo|> pée par les tribunaux et les auteurs en France (d’où notre droit s’inspire sur ce point), et dans une moindre mesure au Québec, les concepts permettant d’opérer ce difficile départage entre ce qui doit rester caché et ce qui peut être diffusé.D’abord, nous avons tous une vie privée et une vie publique.C’est une évidence dont on tarde à faire découler des conséquences au plan du droit à la vie privée.Tout n’est pas vie privée lorsqu’il s'agit d’information relative aux personnes.Si l’on s’accorde pour reconnaître que tou- te personne doit pouvoir soustraire sa vie privée aux ingérences et aux divulgations, on convient que la vie publique doit être ouverte et transparente.Comme nous vivons en société, il est des aspects de notre vie qui ont un caractère public tandis qu’il y a certains types de renseignements référant à des aspects de la vie d’une personne qui sont inclus dans le «domaine» de la vie privée.La jurisprudence québécoise a énuméré plusieurs éléments de la vie d’une personne qui sont fréquemment i attachés a la sphère privée: l’intimité de son foyer, ses origines raciales, son état de santé, son anatomie et son intimité corporelle, sa vie conjugale, familiale et amoureuse, ses opinions politiques, philosophiques ou religieuses et l’orientation sexuelle.Mais la protection accordée à la vie privée varie en fonction de certains facteurs.Ce qui est aujourd’hui réputé faire partie du domaine de la vie privée d'une personne pourrait devenir, au fil des ans ou suivant un changement dans les mœurs, une information d'intérêt public./Ainsi, il y a deux décennies, la violence conjugale était considérée comme relevant de la vie privée; aujourd'hui, on convient aisément que cela relève de l’intérêt public.C’est que le champ de la vie privée varie en fonction des mentalités de chaque époque.Le champ de protection de la vie privée varie aussi en fonction des personnes.Comme les personnes ne jouent pas toutes le même rôle dans la société, ce qui est une information assimilable à un aspect de la vie privée pour l’une ne le sera pas forcément pour l’autre.En ignorant cela, on accroît le risque de prohiber la circulation de renseignements qui sont pourtant revêtus d’un intérêt public manifeste.Dans les sociétés démocratiques, on reconnaît que l’intérêt légitime du public à être informé est l’une des valeurs fondamentales permettant la délimitation du droit à la vie privée.C’est pourquoi on considère que le domaine de la vie privée des personnes qui doivent représenter la collectivité et gérer les fonds publics est moins grand que celui du simple citoyen.En raison de la nature de leur participation aux activités de la société, les renseignements relatifs à certains aspects de la vie de certains individus n’entrent pas d’emblée dans le domaine de leur vie privée, le public ayant un intérêt légitime à en être infor- mé.Ainsi, on a traditionnellement postulé que lorsqu’une personne meurt, l’intérêt à écrire l’histoire et à rendre compte de ce quelle a accompli l’emporte sur son droit à l’intimité.C’est ce sage équilibre qui est rompu dans l’actuelle législation québécoise et qu’il importe de rétablir.Pour aider à apprécier l’intérêt public, les tribunaux ont dégagé le standard de l'expectative légitime de vie privée.Ce standard fait référence aux circonstances dans lesquelles se trouve une personne.Il contribue à délimiter le domaine de la vie privée en fonction de la situation de la personne.Par exemple, il est admis que certains lieux sont privés et une personne raisonnable est en droit de s’attendre au respect de son intimité lorsqu’elle s’y trouve.En revanche, il est des lieux où cette expectative est moins grande, voire inexistante.Ainsi, une personne raisonnable ne s’étonnera pas d’être vue sur la rue en plein jour mais elle s’opposera avec raison à ce qu’on capte son image lorsqu’elle se trouve dans une salle de toilette.L’appréciation de l’intérêt public est donc une composante intrinsèque de la définition de la vie privée.Elle préside à la détermination de la portée de la vie privée en permettant le départage contextué entre les intérêts afférents à la préservation de l'intimité des personnes et les autres valeurs qui peuvent rendre légitimes les intrusions et les divulgations à propos d’une personne.C’est de cette façon que s’établit, en démocratie, le nécessaire équilibre entre le droit à la vie privée et les autres valeurs qui doivent également être préservées.La vie privée n’a pas un contenu défini au fil des sensibilités infiniment variables des individus mais constitue un droit dont le domaine s'harmonise aux exigences de la participation à la vie sociale.A moins de renoncer à l’équilibre pourtant essentiel entre les différentes valeurs qui fondent la démocratie, on ne saurait aborder la question de la protection de la vie privée en incluant dans cette notion tout ce qui agace ou dérange et qui est parfois, pour le meilleur et pour le pire, inhérent à la vie en société.Ansi, plutôt que de s’épuiser à protéger la vie privée des morts, investissons dans les moyens appropriés afin de protéger effectivement la (vraie) vie privée des vivants! L ’ E our le débat constitutionnel bloquerait la marche vers les.sommets politiquement enneigés.Ailleurs, la chose est donc encore possible.Tout près de nous, même.En ce moment même, en la salle du Gesù, le volet anglo du festival propose The Underdogs, une pièce sur un éventuel Québec souverain.CBC fait un malheur depuis quelques années avec l’émission 'Ihis Hour Has 22 Minutes, qui se paye chaque semaine la tête des dirigeants du pays.«Au Canada anglais, l'humour politique n’est pas mort, loin de là, dit Bruce Hills, le programmateur de Just for laughs.Les bonnes blagues sur Jean Chrétien, Preston Manning ou Lucien Bouchard sont toujours payantes.» Que Jean-Guy Moreau se le tienne donc pour dit.S’il veut redevenir un beau gros «number one», qu’il change de langue (ou qu’il fasse carrière en France), comme la blonde à René.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.