Le devoir, 27 juillet 1998, Page(s) complémentaire(s)
V o i.I.X X X I X N " un» ?-?FONDÉ EN 1910 ?- LE DEVOIR PERSPECTIVES Charest l’excentré Le chef libéral Jean Charest a tout avantage à continuer d’œuvrer à l’extérieur de l’Assemblée nationale.Champion de la concertation, il lui manque vraiment une expérience parlementaire indispensable.Et tant que son champ d’action demeurera excentré, l’électorat ne pourra pas juger de ses qualités d’homme d’État.Incertitude politique en vue.La politique contemporaine exige l’émergence d’une nouvelle sorte de leaders, comme l’a affirmé le principal intéressé, Jean Charest.L’ancien député de Sherbrooke aux Communes ne croyait jamais si bien dire.Il est l’un des politiciens contemporains québécois qui répond le plus naturellement du monde aux besoin de concertation et d’ouverture aux particularismes sociaux, une nécessité intrinsèque de la démocratie que nous vivons aujourd’hui.En outre, dans cette société hantée par les intérêts corporatistes et habitée par des citoyens désintéressés, M.Charest possède les qualités d’un meneur qui n’a surtout pas l’air de requérir un engagement autre de la part des citoyens que celui de voter.Aux yeux des fédéralistes québécois, notamment, il possède un réel pouvoir, un charisme sans pareil.Contrairement à Daniel Johnson, Jean Charest est un homme politique qui ratisse et qui persuade le plus largement possible.Politicien d’une autre génération, sauveur du Canada pour les uns, %, .a fossoyeur du Québec pour les 1 autres, l’ancien chef conservateur (MémèT est arr’v^‘au DLQ avec une nouvelle approche et dans un nouveau contexte.Même s’il s’esquive t ij| constamment quand la question na- M .tionale revient à la surface, la vision C l ° */ c e Jean Charest ressort toutefois de plusieurs des textes qu’il a écrit au ?cours des dernières années.En clair, il croit au Canada comme nation des Québécois, donc à celui de Pierre Trudeau davantage qu’à celui de Robert Bourassa.Dans cette nation égalitaire où le gouvernement central est fort et les provinces sur un pied d’égalité, le Québec a un caractère spécifique qui ne lui confère toutefois aucun jxiuvoir législatif particulier.Il doit, selon le nouveau chef libéral, participer sous le leadership fédéral à la définition de normes et d’objectifs communs pour l’ensemble des provinces.M.Charest a également amené avec lui ses collaborateurs conservateurs: conseillers, attachés politiques et futurs candidats.Il n’allait clairement pas abandonner la formation qu’il avait mis quelques années à reconstruire: il la fusionnerait plutôt à son nouveau parti.L’idée d’une coalition arc-en-ciel a très vite germé dans ce nouveau terreau fédéraliste québécois, un sol qui avait vu le Parti conservateur de Brian Mulroney faire élire une majorité de députés au Québec en 1984.Cette nouvelle alliance est celle d’un éternel compromis en renouvellement constant Et c’est là que l’effet Charest s’inscrit dans la mouvance politique moderne, cellç de la représentativité au détriment de la représentation.A l’ère de la démocratie fonctionnelle, au sein de laquelle les groupes d’intérêt ont presque entièrement pris la place dps élus, le chef libéral mène le combat de la concertation.A l’extérieur des murs de l’Assemblée nationale, sur toutes les tribunes, il est celui qui écoute et qui exerce un pouvoir sans lieu propre.Dans une démocratie de plus en plus horizontale, Jean Charest peut être considéré comme un «sujet incertain mais authentique», dirait sans doute le politologue Jean-François Thuot.Quand il est entré en politique provinciale, le nouveau chef libéral a bien délimité le cadre de son action, il n’est pas un sauveur, mais un leader.En politique moderne, le leader est sans nul doute celui qui doit se situer à la convergence de l’écoute des groupes et de l’acçeptation du rôle de régulation qui est désormais dévolu à l’Etat Comme disait en entrevue un jour Bernard Landry, le gouvernement se doit d’être de gauche et de droite.Dans une démocratie fonctionnelle, le |x»uvoir n’est plus autoritaire mais joue constamment les cartes de la concertation et de la conciliation pour rester bien en place.Mais encore plus caméléon qu’homme de principes, Jean Charest excelle pour sa paid à être partout à la fois, avec tout le monde et en faveur de tous les points de vue.En fait foi sa toute première bourde politique comme chef libéral qu'il rattrapera très vite, le temps de recentrer son discours un peu plus à droite sans donner l’air d’abandonner sa gauche.Avant même d’être couronné chef du PLQ, M.Charest a en effet évoqué la possibilité qu’un gouvernement du PIjQ retarde d’un an le déficit zéro afin d’injecter des fonds dans le réseau de la santé.La réaction des milieux d’affaires sur ce passage obligé des finances publiques a été telle que le nouveau chef libéral a été obligé de rentrer dans le rang illico.Cet épisode laisse toutefois craindre qu’il y ait peu de place dans un gouvernement représentatif libéral pour les groupes et les organismes qui ne contrôlent pas les leviers économiques.Ainsi, quand le Parti libéral tient un colloque spécial sur la santé et la pauvreté, les membres écoutent attentivement.Mais quand, lors du même rassemblement, leur chasseur de tête officiel, Charles Sirois, leur rappelle que les plus démunis doivent eux aussi travailler et être responsabilisés si nécessaire, ils applaudissent à tout rompre.Que serait donc un gouvernement Charest au sein de la nouvelle démocratie québécoise, sinon un lieu tantôt anonyme, tantôt fraternel, à l’image du leader lui-même, exerçant un pouvoir invisible, qui se cache constamment pour mieux gérer la complexité?M É T É 0 Montréal Québec Ennuagement Ciel variable, en mi-journée Max: 25 Min: 10 suivi d’averses.Max: 26 Min: 15 Détails, page B 6 INDEX Agenda .B 7 Éditorial .A 6 Annonces.A4 Entrevue .B 1 Avis publics.B 6 Le monde .AS Culture .B 8 Les sports .B 5 Économie.B 2 Mots croisés.B 6 www.ledevoir.com M 0 N T 11 É A L , L E L U N 1)1 2 7 L’ENTREVUE Salomon Cohen, envers et contre tous, page B 1 .1 11 I I.I.E T M) !l 8 LES ACTUALITÉS AT and T s'allie à British Telecomm un i cations, page A 4 ?LES SPORTS Hakkinen tient tête à Ferrari en Autriche, page B 5 Emplois : Montréal remonte la pente La métropole passe du 24e au 16e rang des villes nord-américaines SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR Après avoir végété au dernier rang des 24 principales villes nord-américaines pour ce qui est de la création d’emplois pendant plusieurs trimestres consécutifs, Montréal a quelque peu remonté la pente pour accéder enfin à un rang plus acceptable, soit le 16* .Selon l’analyse signée par les experts de l’Office de développement économique de la Communauté urbaine de Montréal (CUM), cette embellie est le résultat des efforts déployés dans le but de moderniser l’infrastructure économique de la région et plus particulièrement par ceux portant l’empreinte du secteur des hautes technologies.L’analyse en question a été confectionnée récemment pour le bénéfice des firmes de cotation new-yorkaises Moody’s et Standard and Poor.Après étude des différentes indicateurs, les experts de l’Office en sont arrivés à la conclusion que Montréal est relativement mieux pourvue qu’auparavant pour profiter du cycle de croissance en cours sur le continent, ainsi que pour encaisser les contrecoups du prochain ralentissement.Ce regain d’énergie fait écho à quatre facteurs ou variables: une main-d’œuvre qualifiée et moins coûteuse que bien des villes nord-américaines, un tissu économique diversifié et plus perméable aux échanges, un effort prononcé en matière de recherche et développement, et enfin VOIR PAGE A 8: EMPLOIS Viva el Perü ! MARTIN CHAMBERLAND I.E DEVOIR mm*.* y - * .T—**.: i bàt.JmjËL k ; àytàil LA VACHATA, une danse péruvienne, a réuni hier Pamela Nagaro et Pascal Rhéaume.Ils célébraient la Fête nationale du Pérou en compagnie de plusieurs centaines de personnes au parc Jeanne-Mance.Le passé a-t-il un avenir ?LE MONDE Clinton est cité à comparaître ¦ À lire, page A 5 Belgrade se déchaîne Test décisif pour la guérilla kosovar Les forces spéciales de la police serbe ont poursuivi hier leur offensive contre les séparatistes albanais de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), au cours de laquelle au moins deux policiers et huit Albanais ont été tués.Près de 48 heures après le lancement d’une vaste opération contre des positions de l’UCK dans le centre de la province, les forces spéciales, des unités qui disposent d’armements lourds, gagnaient du terrain.De nouveaux échanges de tirs ont par ailleurs eu lieu à la frontière entre la Yougoslavie et l’Albanie, accroissant la tension déjà vive entre les deux pays.HÉLÈNE DESPIC-POPOVIC LIBÉRATION Stimlje, Kosovo — Trônant devant la caisse de sa petite épicerie familiale, dans la rue principale de la bourgade de Stimlje, où ne circulent plus que des véhicules de police, Arben se sent soudain l’âme d’un stratège militaire.Il prend une feuille de papier, dessine les positions des forces serbes et en face celles de l’Armée de libération du Kosovo (UCK).Le front n’est qu’à huit kilomètres de sa maison, à peine à trois ou quatre kilomètres à vol d’oiseau, là-haut derrière la colline d’où montent d’épaisses colonnes de fumée.Elles s’échappent du village de Zborce, un bastion de l’UCK.«Les Serbes ont pris les premières maisons à l’entrée du village, mais nos forces tiennent encore.Il s’agit d’un village stratégique.S’il tombe, les Serbes s’assurent le contrôle des crêtes et des routes», dit-il sentencieux.Ce stratège amateur exprime l’avis général au Kosovo.La bataille qui fait rage depuis samedi au Kosovo est bien la plus grande opération menée dans la région depuis le début du conflit au printemps dernier.Concertée, menée depuis plusieurs directions par d’importantes forces de police serbes, appuyées par l’armée, elle constitue un test décisif pour l’UCK, malmenée par deux récents revers.Selon des sources serbes, tout aurait commencé vendredi soir à Lapusnik par une attaque des combattants de l’UCK contre une position serbe, à quelque 30 km à l’ouest du chef-lieu du Kosovo, Pristina, à l’entrée de la route qui la relie à la seconde ville du pays, Pec, et qui est bloquée depuis le mois de mai par les guérilleros albanais.L'ampleur de la riposte, l’imposant matériel et les effectifs déployés, la multiplicité des points d’attaque, laissent toutefois penser qu’il s’agit d’une opération longuement mûrie.Depuis l’aube samedi, les forces serbes sont parties à En cette fin de siècle, en France, un débat estival sur le rôle et la place de l’histoire soulève des polémiques qui ne manquent pas d’avoir des résonances chez nous, pays du Je me souviens.ANTOINE ROBITAILLE Montpellier, — Le ciel est bleu comme la Méditerranée, qui n’est pas loin.Bleu, aussi, comme le maillot des footballeurs français.Mais ni l’appel de la mer ni l’effervescence d’une victoire sportive aussi récente que sans précédent n’ont contraint la pensée à prendre des vacances, à Montpellier, du 15 au 19 juillet.Ils appellent ça depuis 13 ans les Rencontres de Pétrarque, du nom de l’humaniste de la Renaissance qui étudia à Montpellier, capitale «provinciale» à la séculaire vocation universitaire.Le caractère se veut ouvertement estival.C’est en plein air, cour Pétrarque, au cœur de la vieille ville, que se tiennent cinq débats de quelque trois heures entre une vingtaine d'historiens, de philosophes et de politiques.Devant eux, salle comble et comblée.Assises dans la chaleur, six cents personnes de tous âges, ve- nues goûter aux plaisirs du débat et de la polémique avec leur bouteille d’eau, leur éventail et leur carnet de notes.Les derniers arrivés sont, cette année, les premiers servis par un écran géant installé dans une ancienne salle capitulaire attenante.Voilà autant de spectateurs attentifs, prêts à réagir, lors des périodes de questions.L’atmosphère est studieuse: non pas universitaire, car il s’agit de l’enregistrement d’émissions de radio qui seront diffusées au mois d'août sur les ondes de France-Culture (l’équi-valent de Radio-Canada FM), principal organisateur des rencontres, placées sous l’égide du journal Le Monde.Le thème Le thème de ces treizièmes rencontres: le passé a-t-il un avenir?Brûlante question débouchant sur celle du «bon usage du passé» dans la VOIR PAGE A 8: HISTOIRE VOIR PAGE A 8: KOSOVO 0I.EG POPOV REUTERS L’UCK «résiste fortement», admettent les forces serbes.4 778313000641 Agenda Page B 7 Culture Page B 8 Economie Page B 2 Sports Page B 5 ?L ENTREVUE Salomon Cohen Envers et contre tous Héros de la guerre de Six jours en Israël devenu militant souverainiste et candidat du PQ une fois émigré à Montréal, Salomon Cohen jette un regard critique sur la communauté juive de sa nouvelle patrie Salomon Cohen a été un héros de la guerre de Six Jours, en Israël, avant de devenir candidat du Parti québécois dans la circonscription d’Outremont en 1994 et de défendre le OUI de porte à porte sur un territoire très difficile lors du référendum de 1995.Pour le 50' anniversaire d’Israël, Salomon Cohen se souvient.Il raconte ses souvenirs de la guerre de juin 1967, ses déboires au consulat d’Israël, et il dit que l’affaire Levine n’est pas un cas isolé de discrimination.JEAN CHARTIER LE DEVOIR alomon Cohen a combattu sur le front syrien lors de la guerre de Six Jours, déclenchée le 6 juin 1967.11 avait fait son service militaire de 1963 à 1965 à Iftah, sur la frontière israélo-libanaise.On l’a rappelé d’urgence en mai 1967 pour l’envoyer sur le front de la Syrie.Sur 12 mois, il dit qu’il a été rappelé 111 jours, une situation hors de la normale pour un réserviste.Il était arrivé à l’âge de 14 ans au port de Haifa, la ville où il vécut 12 ans.Il venait du Maroc et filait des jours heureux à Kiryat Hamaaravit-ch, sis juste de l’autre côté du port, avant cette guerre terrible.Sa mort fut annoncée et il ne revint au pays que parmi les derniers soldats.Ce fut par conséquent un retour qui étonna le voisinage: «Il y avait plusieurs Salomon Cohen.Parmi les morts, mon nom apparaissait.» Quand il a traversé son quartier, tout le monde l’a regardé comme un revenant.On était interloqué de le voir revenir d’outre-tombe.«Quand je marchais avec mon sac, sur les 500 mètres qui menaient à la maison, il y A eu tout un émoi.» A partir de 1961, Salomon Cohen a vécu en Israël avec ses parents et son jeune frère.Ses trois autres frères y habitaient depuis belle lurette.«Je suis parti à la guerre trois semaines avant tout le monde et je suis revenu trois semaines après tout le monde», raconte-t-il.Il servait dans l’artillerie sur le pire front.Il a alors connu l’enfer de la guerre du Golan.«Moi, j'étais sur le front syrien.Ce n était pas de la tarte.Les soldats en face étaient aguerris.C'était épouvantable.Nous étions dans un bunker sous la terre.On a reçu cinq obus dans le coin, des obus à mettre des maisons par terre.» Un de ces obus a pénétré dans la terre, traversant le béton armé sur deux mètres et menaçant la position.«A un moment donné, je pensais que j’avais perdu la vue.Je ne voyais que du blanc.Il y avait une fumée blanchâtre partout.Mon chef m’a dit en me tapant sur l’épaule: ‘Tu n’as rien, Salomon.”J’étais sous le choc.C'était atroce.» La guerre du Golan, il n’a pas aimé du tout II dit que la stratégie des Syriens a d’abord été de noyer le terrain pour que les blindés israéliens foncent sur eux et tirent à bout portant Mais ça ne s’est pas passé comme ça.Différent du front égyptien Il se rappelle de cette guerre d’il y a trente ans comme si elle datait d’hier: «Nos blindés ont fait le détour.On était à 200 mètres des positions syriennes.J’étais parmi ceux qui ont conquis le Golan.C’était très dur.On était sept dans la position.Un obus a fait que le canon de ma mitrailleuse a plié tellement c’était chaud.On a reçu une pluie d’obus à la frontière.» Il se souvient d’un avion arrivé à l’improviste.«Je me suis précipité tête première dans l’abri.Je n’ai jamais su s’il s’agissait d’un avion syrien ou israélien.» Il se rappelle la mort d’un officier soviétique qui combattait avec les Syriens, blessé grièvement, et qui demandait en train de mourir, s’il pourrait encore faire l’amour.«Ce n’était pas comme le front égyptien.Tous les aérodromes militaires ont été bombardés dans une guerre éclair en Égypte, par les avions.Côté syrien, c'était blindé contre blindé, soldat contre soldat.» 11 dit qu’il n’y a qu’à Jérusalem où c’était pire.«A Jérusalem, ça se battait maison par maison.» Salomon Cohen parle ainsi de ce cauchemar: «Ce n’étaient pas des fedayins qui se battaient contre nous mais des soldats de carrière dans un face-à-face.Je ne savais pas que ça devenait un village fantôme, qu'il n’y avait plus rien, pas de vie.Ce qui m’a secoué le plus, ce sont les soldats morts dans une position de fœtus, accroupis, tombés raides, des Syriens et des nôtres.Une bombe a fait sauter quatre ou cinq personnes.C'était terrible.» Il parle de la guerre d’usure qui s’ensuivit «J’ai perdu mon meilleur copain au canal de Suez entre 1967 et 1970.» Il n’y avait plus de guerre mais des escarmouches.«L’histoire d’Israël, c’est une histoire d'attentats et de harcèlements de l’Etat d’Israël.Nous, on est quatre millions contre 100 millions.Ils nous auraient à l’usure.» Il s’arrête avant de dire qu’Israël est un des rares Etats qui continuent à se construire pendant la guerre.Le kibboutzzim Salomon Cohen avait adopté sans réserve la vie communautaire avant la guerre.«J'étais plutôt kibboutzzim, membre du kibboutz de Ramatyohanali.J’étais des plus heureux.C’est là que j’ai appris la vraie démocratie participative, la vie démocratique.J’étais un idéaliste dans ce temps-là.J’adorais ça.Si j’avais eu la chance de rester là-bas, j’y serais resté, mais je devais aider ma famille.» La guerre a été le point tournant de sa vie en Israël.«Je suis allé travailler après le service militaire.C’était une déchirure.J'ai étudié l’électrotechnique et j'ai travaillé pour la Ville de Haifa.» Puis, il a eu un boulot de stewart avant de devenir le bras droit du gérant de la discothèque du mont Carmel, une discothèque avec une vue imprenable sur le port de Haïfa.En 1971, il est venu à Montréal comme touriste pour visiter son frère.Très vite, il s’est établi à Montréal: «J’étais marié en 1973.J’ai vu ce qui se passait ici.Ça ne m’a pas pris beaucoup de temps pour devenir souverainiste, pour prendre fait et cause pour le peuple souverainiste.» «J’ai dit: ça n’a pas de sens, un peuple bafoué de la sorte.Ç’a été un prolongement de ce que j’ai fait en Israël.Je me suis dit: ce serait intéressant de bâtir un pays.Alors, j’ai suivi un cours d’histoire au cégep du Vieux-Montréal et ça m’a ouvert des horizons sur le peuple du Québec.» Quand il examine le chemin parcouru depuis son arrivée à Montréal, il dit sans ménagement: «Les libéraux fédéraux ont fait reculer la démocratie canadienne.C’est la tyrannie de la minorité.Le Québec a reculé.Et dans la communauté juive, ce que j’entends, ce n’est pas rose.C’est comme le traître qu’on accuse.» Il s’arrête un moment avant de faire le rapprochement suivant avec l’actualité: «Plus encore que David Levine, en moi, je rassemble des éléments explosifs.Je suis marié à une Québécoise francophone.Elle n ’est pas juive de naissance et j’ai la tare d’être un juif souverainiste.En plus, je suis un Cohen.Ils voient le diable en la personne de Salomon Cohen.C’est le Satan des Iraniens.» Il trouve de telles attaques terribles: «David Levine, c’est un anglophone; moi, je suis francophone.Les juifs sépharades sont francophones.Ceux qui comptent à Montréal, ce sont les ashkénazes.C'est un problème en Israël entre sépharades et ashkénazes.Cela constitue l’une des raisons pourquoi je suis resté là.Que les juifs arabes soient traités de la sorte, comme les derniers des derniers en Israël, je n’ai jamais admis ça.» La sortie de Golda Meir Salomon Cohen a connu le meilleur mais aussi le plus dur en Israël.Il se rappelle bien un épisode marquant: «Golda Meir a dit: “Ceux qui ne parlent pas le yiddish ne sont pas de bons juifs."Alors Moshe Dayan a piqué une colère et lui a répliqué: “En tout cas, ils sont les premiers au front.”» Il explique la chose ainsi: «Nous, les sépharades, on ne parle pas le yiddish; on est issus des pays arabes, lœs juifs marocains sont traités de façon lamentable.Vous savez, les “panthères noires" en Israël revendiquaient les bonnes jobs.Les sépharades ne sont pas instruits, pas éduqués, ils ne sont pas les premiers en Israël.» Cela le conduit à faire un lien avec son combat au référendum québécois.«Pour le référendum de 1995, je pensais que les sépharades voteraient à 70% contre et à 30 % pour.En fait, le vote a été d'au delà de 80 % contre.Chez les ashkénazes, c'est 95 à 100 % contre.Ils ont happé la communauté sépharade en donnant le prétexte de la communauté juive et de la religion.» Il voit l’évolution de la situation de la façon suivante à Montréal: «Auparavant, on voyait le clivage.Mais les juifs sépharades n’ont pas beaucoup de sous ni de structures.Alors, les ashkénazes ont aidé les sépharades à s'organiser à Montréal et il s’est créé des dépendances.C’est pour ça qu’il n'y a aucun leader qui se déclare souverainiste, sinon, les subventions sont coupées.» Cet idéaliste forcené a fait de gros efforts pendant plus de deux ans.Il dit: «Moi, je suis allé chercher des juifs pour me dmner un coup de main au référendum.lœPQa fait des efforts.Bernard iMndry a fait énormément d’efforts.Mais à la dernière minute, ils lui ont tourné le dos.Il reste qu'il y a un problème au PQ.lœs apports extérieurs ne sont pas suffisamment intégrés.Moi, j’ai ouvert un local sur Côte-des-Neiges, une chose inhabituelle pour le PQ.Dhabitude, on cache les locaux ata immigrants au deuxiè- «Les libéraux fédéraux ont fait reculer la démocratie canadienne » JACQUES GRENIER I.E DEVOIR «J'ai vu ce qui se passait ici.Ça ne m’a pas pris beaucoup de temps pour devenir souverainiste, pour prendre fait et cause pour le peuple souverainiste», raconte Salomon Cohen, me étage.Moi, j'avais une façade sur Côte-des-Neiges.» Cela le blesse, ce qu’il appelle la mise à l’écart des socio-démocrates et des immigrants au Parti québécois.Mais la pire injure lui est venue du consulat d’Israël en mai 1997.Il raconte: «J’étais avec Guy Bouthillier au 49 anniversaire de l’État d’Israël.Un avocat ashkénaze s’est approché et lui a dit en me regardant: “Vous, vous avez le droit d’être souverainiste, mais pas lui.Lui, c’est un traître”, et il m’a traité de tous les noms.» Salomon Cohen n’en est pas revenu.Il s’en souvient très bien.Il ajoute: «Il m'a dit: Tu n’as aucune crédibilité d’être là."» Il insiste: «On était là pour fêter l'indépendance de l’État d’Israël.Pour Israël, ils l'acceptent, l’indépendance, pas pour le Québec.Pourquoi deux poids deux mesures?» Par la suite, il s’est fait insulter par le même individu à cause de ses origines marocaines.Il dit qu’il a eu droit aux pires invectives, qu’il préfère ne pas répéter.Salomon Cohen conclut: «Moi, je suis encore Israélien.J’ai trois nationalités.Ma mère a donné cinq fils à cet État.J'ai des frères qui ont fait plusieurs guerres.Moi, j’ai combattu pour Israël.» Le mouton noir Il y a des militants souverainistes durs dans les communautés culturelles, des juifs, des arabes.J'en ai rempli un plein local dans Côte-des-Neiges, l’ancien restaurant Paesano, au moment de l’élection en 1994, des Maghrébins, des Africains, des iMtino-Amêricains.Ça les a secoués à l’exécutif d’Outremont, mais il n’y a pas de structure d’accueil pour les intégrer au Parti québécois.» Salomon Cohen dit son sentiment sur le lien qu’il a assumé entre les communautés culturelles: «Vous savez, ils se sentaient des nôtres par solidarité.Mais un membre influent de l’exécutif d'Outremont m'a dit: Tu perds ton temps, Salomon.”» Il conclut: «J’ai hâte qu’il y ait une ouverture plus grande.» Il trouve que la vie est ingrate pour les militants souverainistes.«Si tu regardes la façon dont les gens comme moi sont traités, les Marco Micone, les Giuseppe Sciortino, les Umberto di Genova, on leur fait la vie dure dans les communautés.Les establishments des communautés culturelles sont subjugués par les fédéraux.Même chez les Haïtiens.J’ai parlé à l'un des candidats et c'est pareil.» Salomon Cohen agit à titre de vice-président des Amitiés Québec-Israël depuis une dizaine d’années, une association membre du Congrès juif canadien.Les choses ont changé dans cette instance depuis trois ans.«Ils nous ont mis à l'écart, les membres sympathisants à la souveraineté du Québec.Depuis le référendum, il y a un changement radical.On nous écarte.C’est comme si on n’avait jamais été affiliés.Auparavant, on était invités du Consul général; maintenant, il faut lui tordre le bras.» Il est vrai que l’ancien consul, Shalom Shir-man, était originaire de Belgique et francophile averti.Salomon Cohen fait (les différences entre les différents groupes.Il dit ceci: «Chez les juifs hassidiques, un groupe de Boisbriand a soutenu le OUI.lœur option remonte à René Lévesque.Eux, ils vivent comme en Israël.Ils s’en fichent des structures s’ils peuvent bien vivre avec leur religion.» Il se souvient d’une discussion fort longue qu’il a eue en 1980 avec un juif hassidique en faveur de la souveraineté.«Il m’a introduit dans une vingtaine de synagogues de la communauté hassidique.» Puis un Marocain l’a accompagné aux synagogues de la communauté sépharade.Mais il dit qu’il faut s’y prendre de la bonne manière et ne froisser personne.Pour lui, les juifs sépharades ont été détournés de leur vote naturel en 1995.«Au référendum, ils ont été déviés de leur trajectoire.J’aurais pensé que les sépharades auraient aidé les autres à s'intégrer.Mais c'est plutôt le contraire qui a prévalu.Il y a 75 000 ashkénazes à Montréal, dont environ 10 000 hassidiques, et 25 000 sépharades.» Cela lui a donné un coup, ce retournement d’opinion à la dernière minute.Or la situation ne s’améliore pas du tout, loin de là.«Le problème, c’est qu’on vit une période charnière en ce moment.» Il s'étonne et se choque de ce qu’il voit: «Normalement, les juifs parlent quatre ou cinq langues.Mais la jeunesse parle surtout l'anglais à Montréal.Au sens culturel, le mouvement va vers l’anglais.Il m’a été impossible de trouver une carte de bar-mits-vah en français au Centre Rockland.Je trouve ça inadmissible.Les sépharades sont une des rares communautés à perdre du terrain à Montréal.» Ce qui l’étonne le plus, c’est que Québec n’a jamais mis le système fédéral à rude épreuve.Pour lui, «le gouvernement du Parti québécois est un gentil garçon», et Salomon Cohen n’aime pas ça.«Moi, je me sens comme un combattant de la souveraineté.Il faut pousser à bout le système canadien pour voir s'il va craquer.On ne l’a jamais fait.C’est à nous [que revient] le fardeau de la preuve.Un gouvernement du Parti libéral peut être un bon gouvernement, lui aussi.» Il raconte que sa participation à la campagne électorale dans Outremont l’a financièrement ébranlé.Il est évident que la candidature dans,un comté perdu représente un gouffre.Il conclut de cette expérience: «Personne ne me regarde et ceux qui ont travaillé pour moi ont été bafoués.» Salomon Cohen juge que les choses ne s’arrangent pas, au contraire: «Ce n’est pas fini, l'affaire Ijevine.C’est une stratégie de le harceler.Il y a des centaines de gens qui sont traités comme ça.» (J.C.) e e refaire Tombée publicitaire le vendredi 7 août 1998 j Publié le samedi 15 août 1998
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