Le devoir, 8 août 1998, Cahier D
i.i: n i \ u i it \ M I I) i I U | M A \ ( III !l \ III I I !l II N I I l.i: DEVOIR Lettres québécoises Page l> 3 Ixi chronique tie Robert Ixilonde Rage 1)4 drille tele du week-end Rage / ) 5 ?Littérature jeunesse Rage I) 3 Formes Rage I) 3 I 1 C' T I O N K T K S I* A C E La sensualité avant tout Pierre Samson et l'espace brésilien Dans quelle mesure et de quelle manière l’espace dans lequel s’inscrit le quotidien des auteurs devient-il un espace mental qui inspire, nourrit ou construit l’écriture?Des réponses à ces questions posées aux écrivains francophones d’ici, afin d’apprendre d’eux les mécanismes mentaux, les affinités électives cpii les ont poussés a métamorphoser un espace géographique en espace de la fiction et, au bout du compte, à plonger dans la fiction de l’espace.It I \ N I) I N I t A M I’ ION \ A l’origine de la fascination qu’éprouve Pierre Samson pour le Brésil, il y a tout d'abord plusieurs rencontres marquantes avec des gens venus de la-bas et qui ont fail découvrir a l'écrivain les mille et une facettes de cette contrée dont il n’avait, au départ, qu'une image imprécise, la fréquentation de ces personnes issues de milieux 1res différents, exprimant chacune dans sa différence la réalité complexe de cette partie de l’Amérique du Sud, a amené Pierre Samson a se familiariser avec ce pays pour lequel il s'est senti, d'emblée, des affinités.En écoutant ces amis, je me suis rendu compte qu'il y avait autant de Brésil qu'il y a de Brésiliens.C "est sans doute aussi vrai pour le Qué-bee, mais c'est beaucoup plus marqué là-bas parce que les différences entre les lasses sociales sont très prononcées, dans un pays qui abrite 160 millions d'habitants, ce qui est énorme.Toutes res rencontres m'ont donné un nouveau regard sur le Brésil et m'ont amené a m 'y intéresser de plus près».Trilogie brésilienne Pourtant, lorsqu'il entreprend la rédaction de son roman Le Messie de Belém (lfltlti), roman qui constitue le premier volet de ce que l’auteur nomme lui même sa "trilogie brésilienne .Pierre Samson n’a encore jamais foulé un sol qu'il s’est plu a reconstituer dans son imaginaire, a partir des témoignages entendus.Grâce a cette impulsion première, le romancier a pu ouvrir la porte a sa créativité et se laisser prendre par une fiction qu'il a fait sienne: Je me suis permis d'inventer un lieu et de vivre dans ce lieu-là, ce qui était 1res important pour moi.Quand /'écris, le monde extérieur n'existe plus et je vis dans un univers complètement fantasmatique que j'ai appelé le Brésil.Bien sûr, mon Brésil a de nombreux pidnts communs avec le vrai, puisque j'ai fait des recherches concrètes.C’était important que mon écriture ait une base solide, mais je considéré que basque on atteint un certain niveau de probabilité d'un pays, c'est la que l'écrivain doit entrer en action ¦¦.Ce n'est donc pas pour faire découvrir au public québécois un espace étranger et lointain que Pierre Sam-son a plongé sa plume dans la lièvre tropicale.Loin de se complaire dans l'exploitation du simple exotisme VOIR PAG I I) 2SKNSUAI.ITÉ c rivai n chantait I eulacf^^l^^l on est 1951,qu’il n’y avait VOIR PAGE B 2: LF.-I- Dcs boites de livres à ciel ouvert! Des livres anciens, neufs ou d'occasion, à tous les prix, pour tous les goûts.cil collaboration a\ LA MAISON DE VUS u: devoir ¦ b Environnement Canada CI IRC 80 Service des porcs caJEtCTOn Les Bouquinistes du Saint-Laurent \ A Québec TKRRASSK DUFFKRIN Jusqu'au août tic* Il ha 23 h À Trois-Pistoles LA MAISON DK VLB Du 14 au 1 août de 1 1 h à 22 h iouvernement du Québec I Ministère de la Culture et des Communications Une production et réalisation d'Hélène Tirole n n c Gouvernement El El du Quebec CLICHE REPETE A ECLAIRAGE DIFFERENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIME SUR FOND GRIS OU DE COULEUR L K I) K V 01 It .L E S S A M EDI S E T I) I M A X ( Il E !l A 0 V T I till N 1) 2 LECLERC Guy Mauffette, le «lièvre-frère» SUITE DE LA PAGE D 1 L’escalier Mièvreries, gentillesse excessive, facilités de contenu et de forme: c’est tout cela qu’on a reproché à l’oeuvre écrite de Félix qui n’en a pas été moins populaire pour autant.Qu’en pense Yves Beauchemin, lui-même écrivain populaire s’il en est?«J’ai des souvenirs très lointains d’Adagio et d’Andante que j’ai lus lorsque j’étais collégien.Ce fut, pour autant que je m'en souvienne, des lectures agréables.Leclerc a été considéré par la critique comme un écrivain mineur et il est vrai que son imagerie souvent naïve — ces rois, ces princesses, ces animaux qui parlent — de même que sa symbolique terrienne ne collent pas beaucoup aux préoccupations des Québécois d'aujourd’hui.» Yves Beauchemin a lu récemment deux des pièces de théâtre de Leclerc: Sonnez les matines et Le petit bonheur, qui l’ont heureusement surpris.«La structure de ces pièces m'a paru excellente et il y a là une qualité d’écriture qu'on ne trouve pas toujours chez le parolier; Bozo, par exemple, est une jolie chanson mais pleine de chevilles.» Cela dit, Beauchemin estime que l’œuvre de Leclerc est populaire au bon sens du terme.«Comme chez Hugo ou Dickens, le public s’y reconnaît: elle lui paraît accessible.Là-dessus, l'œuvre de Leclerc me paraît très française car, à mon avis, l’hermétisme n ’est pas dans le génie de notre langue.Et puis, l'hermétisme, c’est emmerdant!» Mêmes propos de la part de Raymond Devos qui a bien connu Leclerc lors des tournées de spectacles qu’ils ont faites ensemble dans les années 50 et 60.«Félix était un conteur avant tout, dont on aurait dit qu’il dansait avec les mots.Il se servait d’images simples, naïves parfois parce qu’il avait compris que, pour entraîner les gens très loin dans l’imaginaire, il faut partir du quotidien, du sol.Certains artistes talentueux restent méconnus parce qu’ils ont oublié de mettre un escalier dans leur œuvre; or, tout ce qu’ils ont créé est au premier étage.Félix, lui, a mis un escalier dans tout ce qu’il a écrit.» Le lièvre-frère Mais s’il y a quelqu’un qui a connu et fréquenté Félix Leclerc — homme et œuvre confondus — c’est bien Guy Mauffette, l’animateur de la célèbre émission radiophonique Le Cabaret du soir qui penche qui, on l’oublie souvent, a été à l’origine des succès de Leclerc comme dramaturge et comme chansonnier.Mauffette fut le compagnon des premières heures, le «lièvre-frère» comme l’a désigné Félix, qui lui a ouvert de nombreuses portes.«Quand Félix s'est amené à Montréal, en 1938, il était déjà un illustre anonyme.Je lui ai présenté le tout Montréal de l’époque.» Grâce à Mauf- TIRÉ DK FÉLIX LECLERC.ROI.POÈTE ET CHANTEUR.JEANI'AUL SERMON TE.ÉD.DU ROCHER Félix Leclerc avec Jean-Pierre Chabrol, en 1969.«Il paraissait immense; il l’était.» fette, Félix Leclerc a animé de nombreuses émissions de radio à Radio-Canada et a pu rencontrer l’imprésario Jacques Canetti qui allait lancer le chansonnier Leclerc en France.Mauffette a également mis en scène les premières pièces de Félix Leclerc, dont il reconnaît à mots couverts les faiblesses.«Ces textes, c’étaient, de sa part, comme des chansons de la première pureté.Vous savez,, nous étions très jeunes à l’époque.» À Vaudreuil puis à Montréal, rue Saint-Viateur, dans la maison des Compagnons de Saint-Laurent, Mauffette et Leclerc ont travaillé et ri ensemble.«Félix, c’est une grande part de ma jeunesse, nous avons été ensemble pratiquement jour et nuit pendant des années.Voilà pourquoi il ne m’est pas facile d’en parler: c’est un être qui me possède trop.» Guy Mauffette y arrive tout de même à sa manière, fine, aérienne.«Félix était un garçon à part, il chantait avant tout la royauté et les tziganes, la terre et la famille.Et il y a toujours eu chez lui cette ambivalence entre la bonté et la cruauté.Il pouvait dire des choses très dures, et tout ça s’effaçait avec un sourire et une tape sur la cuisse.Je dois avouer (et puis non, je n ’ai rien à avouer) que si j’aime bien ses écrits, ce sont surtout ses chansons qui me vont directement au cœur: il y dit des choses tellement belles, tellement hautes! Elles vont durer, j’en suis sûr.» Pour Guy Mauffette, on comprendra que Leclerc, l’homme et l’œuvre, sont indissociables.Dans un joli poème inédit qu’il nous a fait remettre par notre collègue Solange Lévesque, Mauffette rend un hommage à l’ami de toujours, «Grand fantôme vivant de La Tuque à d’Orléans ami personnel, impossible et charmant.» Il évoque poétiquement leurs souvenirs communs et, avec une discrète amertume, la séparation du début des années 50 alors que Félix Leclerc s’envolait vers la gloire parisienne: Départ, éloignement, oubli mordoré peine profonde, rancœur, chantiers de pleurs philosophie, on s'habitue Voisins, parents, amis soudainement étrangers Adieu, boules de neige la main du sapin se fait austère et austère la jeunesse en allée Masque inconnu Les grandes orgues étouffent le petit harmonium la gloire se fait lasso Adieu, petit cheval foin, blé, avoine, grange et remise Loin du Lac des Deux Montagnes le fleuve continue Un parti Deux messes Salut Jean-Baptiste.Je t'aimais bien, tu sais.Guy Mauffette l’a bien senti tout comme le grand public: Félix Leclerc est aussi présent dans ses contes que dans ses pièces de théâtre et ses chansons.On y entend sa voix comme s’il n’avait jamais pu s’effacer derrière ses personnages.C’est sans doute là ce qui fait le charme de son œuvre et, aux dires des critiques, sa faiblesse.Il a fait lui-même, dans son Dernier calepin, un bilan de son œuvre qui n’est pas sans lucidité: «C’est une œuvre frileuse, peureuse comme moi.Rangez-moi avec les musiciens, les outardes, les innocents, les contemplatifs.Toute ma vie loin de la foule, mais aussi toute ma vie seul en face d'elle, à défaire des nœuds.» 2 0 ACTES SUD ans de découvertes H ODnml Bufhhol/ !'»*»« Un1 Christyne Brouillet Du lundi au jeudi à 19 h Une réalisation de Christophe Rodriguez (radio première chaîne '$¦ Radio-Canada Un bon d’achat chaque semaine des éditions Actes Sud, d’une valeur de 100 $ (taxes incluses) Une sélection des oeuvres publiées aux éditions Actes Sud, d’une valeur de 1000 $ (taxes incluses) - Tirage 27 août Un forfait champêtre d’une 6n de semaine pour deux personnes dans un des établissements du réseau Hôtellerie Champêtre d’une valeur de 600 $ - Tirage 27 août.Pour participer, écoutez l’émission Un été à croquer animée par Christyne Brouillet, diffusée du lundi au jeudi de 19b à 21b sur les ondes de la première chaîne de Radio-Canada.Chaque semaine, une nouvelle question sera proposée.Trouvez la réponse sur le site internet Infoculture de la radio de Radio-Canada au http://radio-canada.ca/infoculture Remplissez le coupon-réponse qui sera publié tous les mardis et samedis dans Le Devoir du 7 juillet au 22 août.Le tirage se fera à tous les jeudis de chaque semaine.Faites-le parvenir à l’adresse suivante ix Devoir Concours »Actes Sud, 20 ans de découvertes / Un été à croquer *» 2050, rue de Bleury, 9c étage Montréal (Québec) H3A 3M9 N'oubliez pas d'inclure également le nom et l'adresse de votre libraire préféré.En collaboration: LE DEVOIR ; B55PS ÆA1* r ^ MV* WTIONDfS I IBH MMI.S IM UH;8IC ^Hôtellerie Champêtre ! 800 714-1214 Question: Quel vent soufflait sur Berne le jour où Romain Gary détruisit un portrait de lui-même peint par Vennard ' Réponse Nom Adresse Code postal Ville Téléphone (bur.) (rés.) (téléc.) (e-mail) Ma librairie préférée Adresse SENSUALITE Un romancier qui se dit lui-même essentiellement citadin et peu sensible aux beautés de la nature SUITE DE LA PAGE ü 1 ou bien de chercher à se plier à une quelconque mode, le romancier écrit avant tout pour partager avec ses compatriotes un espace mi-réel, mi- rêvé à travers lequel il peut s’exprimer plus librement que s’il ancrait sa fiction dans la réalité québécoise, dont ses romans portent cependant la trace, au-delà des différences de lieu et de climat.Le climat, justement, est l’un des éléments essentiels qui préside à l’écriture pour ce romancier qui se dit lui-même essentiellement citadin et peu sensible aux beautés de la nature.Son second roman, Un Garçon de compagnie, publié en 1997 aux Herbes rouges, est très largement marqué par cette primauté de tout ce qui touche aussi bien à l’ambiance qu’à la température.«Naturellement, je ne porte pas vraiment d'attention à ce qui est concret, je ne suis pas très sensible aux paysages.Plutôt que d’observer, je préfère imaginer à partir de ce que je vois.Le décor sert essentiellement mon échappée dans l’imaginaire.Dans Un Garçon de compagnie, j’avais une intrigue en tête, j’avais une structure.Mais j’ai surtout cherché à fabriquer un climat qui, tout en restant possible dans la réalité brésilienne, serve avant tout l’œuvre et fasse progresser l’histoire.Et je me suis arrangé pour que, de ce climat géographique, ressorte le climat plus intérieur qui règne sur les personnages».Chaleur torride et esprits enflammés, suffocation physique et étouffement psychologique se font donc écho dans ce récit où chaque geste, chaque mot concourt à faire progresser la tragédie qui couve dans la [jetite communauté de Saudade, rendant de plus en plus intime et de plus en plus inextricable le lien qui unit le personnage et le décor dans lequel s’inscrit son destin.Le troisième volume de la «trilogie brésilienne», sur lequel travaille actuellement Pierre Samson, manifeste d’une manière encore plus aiguë ce lien, puisque l’auteur a choisi de faire accéder le cadre de l’intrigue lui-même au statut de personnage.«Dans ce roman, le décor est l’un des personnages et l’un des narrateurs de l'histoire.Le décor dans lequel les personnages doivent évoluer est si important pour moi que, pour mieux communiquer la situation dans laquelle les protagonistes se trouvent, je n’ai pas trouvé mieux que de donner la parole à la petite ville, qui a sa propre personnalité, son propre caractère.C’est une petite ville blessée et qui dit sa blessure».Suggérer plus que dire Ainsi, dans le processus de création qui est celui de Pierre Samson, si le personnage amène son propre décor, sa propre géographie, le décor lui aussi s’incarne dans un personnage particulier, dont il constitue un véritable négatif, au sens photographique du terme.Entre l’individu et l’espace, entre le réel et l’imaginaire, se tisse tout un réseau de relations qui passent avant tout par un contact diffus, essentiellement sensuel.Car pour Pierre Samson, la sensualité constitue non seulement le mode privilégié de rapport au monde, mais aussi la quali- LES HERBES ROUGES Pierre Samson PIERRE SAMSON UN GARÇON DE COMPAGNIE LES HERBES ROUGES / ROMAN té première de l’écriture.«En tant que lecteur, ce sont les écrivains qui font appel à mes sens qui m’attirent le plus.Et en tant qu’écrivain, la sensualité est, je pense, ce qui me caractérise le mieux.Je vis dans une société nord-américaine où les sens sont considérés comme quelque chose de répréhensible, de sale, ce que je vis vraiment comme un handicap.Mon écriture cherche donc à pallier le manque de sollicitations ou l’interdit de la sensualité que nous vivons ici.C’est ma façon de grandir».Au-delà des multiples descriptions d’odeurs, de couleurs, de goûts qui parsèment les récits de Pierre Samson, la sensualité se traduit concrètement dans l’écriture par les différents discours qui s’y entremêlenl et qui tous concourent à donner au lecteur, par petites touches indirectes, le plus d’indices possible sans pour autant lui offrir une clé de lecture.Espace intérieur dans un premier temps, la sensualité devient ainsi à la fois une manière de dire le monde et un mode de communication avec l’autre, que cet autre appartienne à la fiction ou qu’il s’incarne dans le lecteur, auquel l’auteur reconnaît le droit de rêver, de s’impliquer par ses sens dans le texte: «Il faut respecter la liberté du lecteur, le laisser respi-, rer en quelque sorte et non pas le mener sur des rails en lui donnant toutes les solutions.C’est en tout cas que ce j’essaie de faire dans mes romans, qu’ils se passent au Brésil, terre de sensualité, ou ailleurs».En effet, après ses trois romans «brésiliens», Pierre Samson désire, comme il dit, «passer à autre chose», pour ne pas tomber dans le piège de la facilité.11 évoque déjà le projet d’un roman qui se déroulerait à Montréal, par lequel il pourrait poursuivre, au delà du simple plaisir de l’écriture, sa recherche essentielle: «J’ai le souhait d’approfondir la langue et la narration.C’est pour moi ce qu’il y a de plus important: je veux avant tout explorer en profondeur, au-delà des intrigues, des choix de personnages, l’espace de la narration.En un sens, je me considère comme un spéléologue de la langue».POLITIQUE INTERNATIONALE Fascinante Amérique ATLAS DES ETATS-UNIS LES PARADOXES DE LA PUISSANCE Sous la direction de Philippe Lemarchand Editions Complexe, 1998,288 pages JOCELYN COU LON LE DEVOIR Il y a quelques semaines, André Fontaine, auteur d’une magistrale histoire de la guerre froide, se demandait dans les colonnes du Monde s’il existe toujours un supergrand.Pour certains, écrivait-il, la réponse ne fait pas de doute et ce sont les Etats-Unis qui occupent ce rang.Leur thèse est simple: les Etats-Unis «se mêlent de tout, imposent à une planète de plus en plus mondialisée la dictature non seulement économique, mais idéologique et culturelle d’un marché sans âme, trouvant partout les chevaux de Troie nécessaires pour assurer le relais de leur prédominance», écrivait Fontaine.Le brillant analyste ne partageait visiblement pas ces clichés.Bien au contraire.Il se demandait si «cette image ne commencerait pas à réclamer de sérieuses retouches» puisque n’importe quel observateur attentif des affaires internationales est en mesure de çonstater quotidiennement que les Etats-Unis semblent totalement dépourvus de moyens face aux agissements de Nétanyahou en Israël et de Milosevic au Kosovo, aux crises qui déstabilisent la région des Grands Lacs africains, à la montée en puissance de la Chine et à l’élargissement du club nucléaire au Pakistan et à l’Inde.Devant ce nouveau désordre mondial, «comment ne pas conclure que, si Soils lu ilircclion de Phllip/te l.ciiiuieliiiiul Les Paradoxes de la Puissance lliamBranassK .: " rcuTîT'u Mil h tlande (J* f DITIONS Vf COMPLEXE IV RENFORCEZ VOS ATOUTS le Parchemin QUARTIER LATIN «On jouait chez Naroumov, officier aux gardes à cheval.La longue nuit d’hiver s’écoula sans qu’on s’en aperçut.» g À l'intérieur du Métro Bcrri-UQAM Téléphone : (514) 845-5243 les États-Unis restent encore à bien des égards la seule superpuissance, ils ne garderont pas nécessairement ce statut toujours», concluait-il.Porter le flambeau Le propos de cet Atlas des États-Unis recoupe sensiblement l’analyse de Fontaine.Pour les auteurs, «l'espa-ce-monde s'organise autour de l’Amérique et toutes les régions sont imbriquées dans un partenariat avec les Etats-Unis», mais ceux-ci «louvoient entre un modèle hégémonique, source de pouvoir mais aussi de confrontation, et un modèle multipolaire dans lequel les décisions majeures seraient partagées avec leurs principaux alliés, l'Europe et le Japon, voire avec d’autres grandes puissances comme la Chine et la Russie».Toutefois, ces hésitations ne pourront durer longtemps, car déjà «les Etats-Unis finissent pas perdre la main sur certains dossiers» alors que «leur absence de leadership sur des questions d’intérêt mondial est fréquemment critiquée», écrivent-ils.L’Amérique tient toujours le flambeau, mais elle impose de moins en moins ses options par la force.Elle exerce plutôt son influence grâce au contrôle sur les idées (soft power), qui consiste essentiellement à convaincre les autres que les intérêts américains sont les leurs.Pour l'instant, ça marche., Si la domination extérieure des Etats-Unis reste solide, ses faiblesses intérieures sont nombreuses, d’où ces «paradoxes de la puissance» dont parlent les auteurs et qui ont inspiré le sous-titre de l’ouvrage.En effet, les Américains semblent incapables «de répondre aux défis qui conditionneront leur succès au XXL siècle — amélioration du système éducatif, maîtrise du système de santé, rétablissement de la cohésion sociale», écrivent les auteurs.Pourtant, les ressorts cachés de cette civilisation unique au monde sont multiples et peuvent réserver d’énormes surprises à ceux qui seraient tentés de croire que l’anarchie menace la stabilité intérieure du pays.De plus, les Etats-Unis sont la seule société au monde qui se régénère constamment grâce à l'irrésistible attrait qu’exerce toujours X«American dream».«Ainsi, en 1991, lorsque le gouvernement américain a organisé une loterie mondiale dotée de 40 000 visas, 15 millions de candidats ont tenté leur chance», soulignent les auteurs, qui ajoutent que l’immigration permet aux Américains de forger «une culture-monde» d’une formidable séduction.«Laboratoire du futur», mais aussi «terre des excès», l’Amérique continue et va continuer de fasciner.On préfitt même qu’après un XX' siècle américain, il y aura un XXI' siècle américain.Pour le découvrir, pour l'apprécier ou le détester, cet Atlas des Etats-Unis es \ \ I 477395 L K I) K V II ! K , I.K S S A M K DI S K T D I M A X ( Il K !l A 0 I T I !l !l S L I V R E S ¦» I.I T T É R A T Il K E J E U N E S S E Vitrine de saison Image tirée de Petit récit ensoleillé mais orageux en fin de journée, par Didier Jean et Zad.CASTKRMAN CAROLE TREMBLAY LA MARQUE DE ZORRO Johnston McCulley, Folio Junior, 283 pages.Avant de zébrer les écrans d’Hollywood, le renard (Zorro, en espagnol) n était qu’un modeste feuilleton intitulé le Fléau du Capistrano.Gallimard Jeunesse nous propose ici la version originale des aventures de ce Robin des Bois californien.Les lois du genre étant ce quelles sont, chaque chapitre enfile son lot de rebondissements sur un scénario cousu de fil blanc et farci de perles pas forcément «politically correctes».(«Ah! Les femmes, ces étourdies sentimentales».) Une façon amusante de mesurer l'évolution dqns la façon de raconter une histoire.A partir de 10 ans.Johnston McCulley La marque de Zorro %é Iono eptttxvta v»n cheval et galopa futletmtneni dam In ténèbre* m SOUS UN CAILLOU Zidrou et Emile Jadoul, Casterman, Collection Courant d’air, 26 pages.Critch, Sprotch et Flatch sont trois horribles bestioles qui vivent sous un caillou.Mais voilà qu’un jour la vie sous pierre leur pèse.Motivés par l’espoir de rencontrer de nouvelles créatures à embêter, les trois larrons du microcosme font des pieds et des pattes pour soulever leur abri.Mais les quelques millimètres qu’ils parviennent à arracher à la gravité leur reviennent brutalement sur la tête.Et c’est en éclopés que ces cloportes continuent à s’ennuyer sous leur caillou.Les couleurs vives sur fond noir des illustrations de cet adorable petit album s’allient à merveille au texte vivant et délicieusement sonore.Pour les entomologistes de 2 ans et plus.PETIT RÉCIT ENSOLEILLÉ, MAIS ORAGEUX EN FIN DE JOURNÉE Didier Jean et Zad, Casterman, Collection Courant d’air, 26 pages.En deux phrases et 36 dessins, les mésaventures de Hugo le hérisson sur une plage bondée.Les tout-petits compatiront avec le minuscule animal tour à tour bousculé, engueulé, renversé et piétiné par les vacanciers tous plus gros et plus stressés les uns que les autres.Ils se réjouiront tout autant de sa crise qui tourne en danse de la pluie.Les nuages, fort obéissants, s’exécutent aussi sec.De surpeuplée qu’elle était, la plage devient pratiquement terrain privé pour le petit hérisson maintenant calmé.Un peu simplet et convenu comme scénario, mais à 2-3 ans, on n’est pas trop exigeant côté structure narrative.SEULS EN AVION Olivier Melano, L’École des Loisirs, 37 pages.Voici une espèce de mode d’emploi sous forme de bédé pour les enfants qui prennent l’avion seuls pour la première fois.Léa et son jeune frère Théo traversent toutes les étapes entre le départ et l’arrivée, avec un minimum de fiction et un maximum d’informations.Enregistrement des bagages, distribution des cartes d’embarquement, contrôle de sécurité, manipulation des sièges et de leurs boutons affiliés et explication des consignes de sécurité, tout y passe.Pour rassurer les voyageurs en herbe ou faire patienter ceux qui rêvent d’en être.' .75»i.rMct»v SEULS ENAVION I* O E S I E parole cachée INTIMITES ET AUTRES POÈMES Albert Lozeau choix et présentation de Pierre Nepveu, Les Herbes rouges, coll.«Five o’clock», Montréal, 1997,94 p.LA LANGUE OUBLIÉE YongChung éditions du Noroît, Montréal, 1998,68 p.DAVID CANTIN De différentes façons, chaque poète tente d’éveiller en lui une parole juste et authentique.Pour certains, cette langue personnelle s’avère un obstacle majeur au fil des recueils.Néanmoins, le geste poétique surprend parfois par des trouvailles inattendues.Parmi les nombreuses pages d’une œuvre, un simple instant peut nous faire entrevoir cette parole cachée.C’est ce détail qui m’amène à réunir les livres d’Albert Lozeau et Yong Chung.Au-delà des époques et des cultures séparant ces poètes, il y a des moments incontournables dans ces quêtes de «la langue oubliée».Car pour reprendre la réflexion profonde de Cristina Campo, *L'attention est le seul chemin vers l’inexprimable, la seule voie vers le mystère».Une voix incertaine Dans l’histoire de la poésie québécoise, Albert Inzeau n'a jamais tenu la place d’un Nelligan, d’un Saint-Denys Garneau ou d’pn Grandbois.Membre marginal de l’Ecole littéraire de Montréal au début de ce siècle, il souffre de paralysie et restera enfermé dans sa chambre tout au long de son existence fragile.Ainsi, on ne peut construire un mythe séduisant autour de ce poète rêveur et solitaire qui ne pourra jamais voyager.Mais voilà qu’on réédite aux Herbes rouges (dans la collection «Five o’clock») un choix de poèmes de D)zeau afin d’éclairer, à nouveau, cette poésie des plus discrètes.Tout d’abord, il me paraît essentiel de saluer l’excellente présentation que signe Pierre Nepveu, en situant cette écriture dans une perspective contemporaine.Il est vrai que Lozeau reste inclassable car «[il] n'est ni exotique ni un moderne avant la lettre».Malgré la faiblesse de bien des poèmes, on découvre des vers qui conservent une simplicité intempo-relle.Certains moments font ressurgir cet espace de l’attente où la vie prend forme dans sa quête la plus immédiate; «La lampe s’est éteinte et le livre est fermé», «Notre âme à peine lue est close comme un livre», «Il fait du vent.Je lis.Le vent tourne la page».Loin de la rhétorique figée de certaines pages, ces vers (et bien d’autres) apportent une autre dimension à la poésie de Lozeau.Il nous projette dans une audace des plus naturelles.Grâce à eux, on devine que cette poésie a su transcender son espace restreint.Parfois inégal, Intimité et autres poèmes retrace cette voix encore incertaine qui aura cherché à transmettre sa [ d’un monde toujours en mouvement.Un peu comme Lozeau en son temps, il m’apparaît difficile de situer la poésie de Yong Chung dans les multiples tendances de la relève québécoise actuelle.Son deuxième recueil au Noroît ne cherche pas à provoquer, ni à séduire immédiatement.On imagine plutôt cette œuvre dans une perspective de l'attente.La langue oubliée symbolise ce besoin de réunir l’influence de plusieurs cultures; passant des origines japonaises à l’appartenance québécoise, jusqu’aux grandes traditions artistiques de l’Europe.Chez Yong Chung, le poème est avant tout un dialogue qui reflète plusieurs chemins.Ainsi, on croise dans ce livre des poèmes courts, des proses, de même que des sonnets ri-més.Cette quête dans la diversité stylistique est peut-être l’un des principaux obstacles que l’on rencontre.Au lieu de rassembler une voix personnelle, cette tentative nous éloigne d’une véritable inspiration poétique.Comme si ces poèmes hésitaient entre l’anecdote et l’essentiel.Pourquoi certaines images me donnent l’impression de briser un élan caché?Une parole cherche d’ailleurs à se déprendre du poids encombrant de Baudelaire, Verlaine ou Garneau; «Le ciel dévorait l’ombre/protégeant le pissenlit / en cet instant la vie brûle /tous les toits».lorsqu'il ose s’élever à ce niveau, on voit que Chung découvre sa propre langue poétique.Pour l’instant, cette voix reste dispersée dans le reflet intuitif d’une histoire individuelle.Au loin, on distingue quelques promesses uniques.Il faudra donc attendre, pour savoir si Le débit intérieur (Noroît, 1995) et La langue oubliée sont les premiers pas vers une œuvre accomplie.L E T T K E S Q II É B E C O 1 S E S Une île devenue roman David Macfarlane L’ARBRE DU DANGER David Macfarlane, roman, Les Herbes rouges, 1998,303 p.Il est difficile d’imaginer — du moins |X)ur des lecteurs québécois — matière moins romanesque que l’histoire d'une famille d’hommes d’affaires de Terre-Neuve.C’est pourtant de cela qu’il s’agit dans ce premier roman du journaliste ontarien David Macfarlane: L’Arbre du danger raconte l’ascension et le déclin, tout au long de ce siècle, de la famille Goodyear, mais aussi de leur île même — histoire d’individus et de leur quasi-pays, singulières toutes deux et plus prenantes qu’il n’y paraît — sans lien de parenté avec les magnats américains du caoutchouc.Les Goodyear sont une vraie famille terre-neuvien-ne dont le romancier a rencontré les survivants pour se documenter.Ce sont des petits-bourgeois — sans lien de parenté avec leurs homo- ?nymes, magnats américains du caoutchouc — établis depuis quelques générations sur cette terre inhospitalière dont Jacques Cartier, cité dans le roman, disait en 1534 qu’«o« ne devrait pas appeler Neuve Terre ce pays de pierres et de rochers anguleux.Il n’y a là rien d'autre que de la mousse et de chétifs arbrisseaux épineux, disséminés, rabougris et desséchés.Bref, je crois que cette terre était celle destinée par Dieu à Caïn».Cette terre inhospitalière, battue par la mer, dont on dit que c’est aussi la région du monde où il y a le plus de brouillard, a été peuplée contre la volonté de certains hommes d'affaires britanniques: ils préféraient quelle reste une réserve forestière, une sorte de forêt domaniale où ils pourraient s’apprivisionner sans avoir de comptes à rendre à quiconque.D’ailleurs, selon le roman de Macfarlane, il semble que Terre-Neuve ait été de tout temps tournée vers l’extérieur, comme si sa prospérité et son imaginaire ne pouvaient lui venir que d’ailleurs., De l’Angleterre d’abord, puis des États-Unis.La fierté terre-neuvienne est faite d’aliénation, pour une bonne part; ces insulaires, à cet égard, sont nos cousins.Destins singuliers Le narrateur de L’Arbre du danger est un des descendants des Goodyear.Né à Hamilton, en Ontario, il va entreprendre de retracer l’histoire de son ascendance maternelle par attachement familial, mais aussi pour faire taire sa mauvaise conscience d’avoir grandi dans la région la plus prospère du pays alors que ses parents et ses grands-parents ont vécu dans l’une clés plus pauvres.Or, la singularité de leur destin est intimement liée à celui de leur île natale.Son récit englobera donc l’histoire politique et sociale de Terre-Neuve au long de ce siècle.L'Arbre du danger décrit la prospérité, venue à partir de 1909 alors qu’a été construite une papeterie britannique qui alimente les journaux de la métropole.Puis, c’est le moment crucial de la Première Guerre mondiale, où la fierté des Terre-Neuviens — et celle des Goodyear — a atteint des sommets.Les Terre-Neuviens se disaient britanniques avant tout et, de fait, ils n’étaient pas encore citoyens canadiens.Ils allaient donc se battre pour la mère-patrie et avaient levé leur propre régiment qui allait vivre l’enfer des grandes batailles de 14-18 — celles de la Somme, dYpres — et dont peu des leurs sont revenus vivants.Trois frères Goodyear vont y mourir.Le roman de Macfarlane raconte aussi les années noires qui ont précédé et suivi la Crise de 1929, puis l’installation des Américains et de leurs bases navales en 1942, de même que l’intégration de file dans la Confédération canadienne en 1949, mais c’est la Première Guerre mondiale qui est l’élément majeur du roman: les combats dans les tranchées, la peur des soldats, les assauts meurtriers, les morts reviennent comme un leitmotiv Robert C h ( i r t r a n tl qui souligne la disparition des trois frères Goodyear, mais aussi celle d’une époque faste où tous les Terre-Neuviens brandissaient leur bravoure et se croyaient uniques de leur espèce.L's Goodyear, comme les autres, eux-mêmes s’inventent un passé mythique auquel ils croient ferme, si bien que le narrateur a quelque peine à démêler, dans l’histoire ancienne et récente de la famille, les parts de l’affabulation et de la réalité.Iœ grand-père Josiah, qui se disait terre-neuvien avant tout et férocement attaché à ses origines britanniques, n’avait que mépris ]x>ur les Canadiens.Ses frères, morts à la guerre, et la génération suivante — les oncles et tantes du narrateur — sont décrits tour à tour: ambitieux, fantasques parfois ou querelleurs.La famille fut prospère — grâce au commerce du bois, puis à la construction de routes — et serait peut-être devenue riche si elle avait eu de la chance et un |X'u plus de flair.Exactitude documentaire David Macfarlane réussit fort bien à rendre vivants ces personnages et l’histoire de leur île en présentant chacun des épisodes comme des scènes saisies sur le vif, souvent assez courtes, agrémentées d’une foule de petits détails qui nous donnent l’illusion d’y être.Comme en font foi les remerciements à la fin du roman, Macfarlane s’est longuement renseigné auprès des membres de la famille Goodyear, il s’est documenté sur l’histoire de Terre-Neuve de même que sur la guerre de 14-18 — il s’est même rendu sur les champs de certaines grandes batailles —, bref, il a abordé sa matière romanesque en journaliste, comme s’il préparait un documentaire.Mais il a su conserver l’exactitude des détails tout en les rendant souvent saisissants, qu’il décrive la précision meurtrière du Mauser, ce fusil allemand que les soldats alliés redoutaient tant, ou qu’il trace un portrait du premier ministre Joey Smallwood, ce politicien retors, volontiers autocrate, qui fut une sorte de Maurice Duplessis en plus mégalomane.L’histoire officielle permet même à David Macfarlane de glisser dans son roman des intermèdes savoureux.Ainsi, à propos de l’installation des bases navales américaines sur File, le narrateur retrace l’origine du mot «New-fees», ce surnom sans connotation de.mépris au départ, et qui est devenu l'occasion des blagues que l’on sait; le narrateur, pour une des rares fois du, récit, manifeste de l’humeur à l’endroit des rieurs, ces Canadiens qui «gèrent leur économie de la même manière qu’ils ont inventé leurs blagues: en ajoutant l’épithète «canadien» à des noms de compagnies américaines [.] en se grattant sur le parquet de la bourse de Toronto chaque fois qu ’un agent de change éprouve une démangeaison à Wall Street».Et d’ajouter plus loin que «les Terre-Neu-viens n’ont jamais été plus ineptes que tout autre peuple)sic).» Leur plus grand défaut, ç’a été d’être pauvres plus souvent qu’à leur tour.L’agencement chronologique de L'Arbre du danger, enfin, est particulièrement réussi.Le récit s'ouvre et se termine par la visite du narrateur à sa grand-mère, devenue sénile, qui ne reconnaît plus personne.Dans tout le corps du roman, le narrateur nous plonge dans l’histoire de sa famille, comme s'il prêtait sa jeunesse et sa lucidité à cette vieille dame pour sauver de l’oubli ce qu'elle a vu et, par la même occasion, retracer ses propres origines.Son récit n’a rien de linéaire.On s’y déplace dans le siècle dans un désordre apparent, des années 70 au début du siècle, puis dans les années 40: ce sont des rencontres, des conversations ou le rappel d’un souvenir qui suscitent le portrait d’un personnage, un épisode de l’histoire de la famille Goodyear ou de l’île même.L chronologie se soumet à l’histoire à raconter: L’Arbre au danger, même s’il s’appuie sur un appareil documentaire important, est un véritable roman qui, à en juger par les éloges reproduits en quatrième de couverture, a été reçu avec enthousiame à sa parution en 1991, au Canada anglais et aux Etats-Unis.Alberto Manguel (l’auteur de la très belle Histoire de la lecture, chez Actes-sud/Lémeac) l’a qualifié de «chef-d’œuvre», alors qu'un cri-, tique du Washington Post l’a jugé «extraordinairement brillant et émouvant».C’est, en tous cas, un roman très habilement construit.Terre-Neuve et certains de ses insulaires deviennent, dans L’Arbre du danger, des morceaux d’écriture.DAVID MACFARLANE L’ARBRE DU DANGER LES HERBES ROUGES / ROMAN Marcel |.-B.Tardif Commandez vos livres chez Renaud-Bray Nous expédions partout au Québec .poste ou messagerie.1 Montréal : 342 - 2815 1 Extérieur : 1-888-746-2283 E-mail : sad@renaud-bray.com Pierre-Esprit Radisson VOYAGE CHEZ LES ONNONTAGUÉS Ce texte peu connu, même des historiens, est traduit ici pour lu première fois et commenté par Aurélien Boisvert.Avec sa vivacité coutumière, Radisson y raconte son second séjour en Iroquoisie.Cinq cartes géographiques ont été ajoutées au texte afin de permettre aux lecteurs de mieux situer les épisodes.167 pages Prix total : 18,00 $ • Aperçu des mœurs et coutumes des Agniers au dix-septième siècle • Histoire du Montréal de 1640 à 1G72 • Une vallée de la mort attendait les Français • Prisonniers des Agniers • Nation iroquoise Un cri d’appel à la révision permanente des processus de vente dans l’entreprise La réingemerie de la vente par le télémarketing de conquête 208 pages 29,95 $ 72601 I.K I) Y.V 0 I l( .I.Y S S A M K II I .s K T I) I M A X < Il K !» A 0 I' T I !» !l S I) I LA CHRONIQUE LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Le rêveur «Cest le rêveur qui remporte.» Le chien rôde autour de moi, malgré lui impressionné par «cette espèce de solitude hautaine et indéchiffrable de qui est occupé à créer», comme l’écrit Ga-brielle Roy.J’ai encore une fois repris Ixi route d'Altamont, ce chemin qui fait apparaître puis reculer «les rêveuses distances», ce sentier au bout duquel vous attend la fin de la vie, si pareille à l’enfance.La grande romancière s’écoute, prête l’oreille aux échos de très vieilles voix, qui n’ont rien perdu de leur jeunesse, de cette hâte à découvrir les mystères de la joie et de la tristesse: «Si on ne se dépêche pas terriblement, bien des choses nous échappent et même celles qui restent immobiles à vous attendre.» Gabrielle avait une âme de voyageuse, une «âme sur rails», comme disait Paul Morand, une âme qu’usait l’impatience, au bord de «l'immense plaine songeuse et triste».«C'est presque toujours, dans une famille, le rêveur qui l’emporte.» Celui qui préfère le temps de là-bas à celui fixé dans la mémoire, celui qui sait que la plaine est une mer morte, une mer qui portait des bateaux, autrefois.Celui qui sait que s’il lance un cri dans les champs, l’écho de sa plainte lui reviendra, transformé en «appel tendre».Je lis et relis Gabrielle pour éprouver que j’ai toujours un cœur, souvent ratatiné dans sa cage, mais vaste comme une galaxie, un cœur qui se serre et se dilate, un cœur simple, qui s’épouvante ou ralentit, selon qu’il espère ou qu'il bat à rebrousse-désir.Car c’est le cœur de Gabrielle qui parle, qui écrit: on le sent battre sous la mêlée des mots, frétiller comme la truite dans la puise, s’impatienter entre vos doigts, comme si vous teniez dans votre poing une sauterelle affolée, qu'il n’appartiendrait qu’à vous de délivrer.Souvent, j’arrête ma lecture, le cœur étouffé, ou bien emballé, et je pars marcher avec le chien, trop ému, bouleversé de «cette indifférence à notre égard de notre propre pensée», chaviré par le recommencement de ma jeunesse, qui jamais ne me pardonnera de l’avoir laissé filer, dans un nuage d’aventure inachevée et de poussière restée en l'air.J’avance alors dans l'herbe comme un spectre, une espèce de grande perche survivante, un ressuscité perclus de rhumatismes, un vieil enfant souriant gravement aux étourneaux: je ne me suis pas assez dépêché, pas plus fin que les autres, je n’ai pas vu muer la couleuvre, je n'ai pas visité l’Egypte, je n’ai pas aperçu juillet, qui a passé comme un après-midi derrière le volet de la chambre où je somnolais, je n’ai pas su aimer cet ami, plus sérieusement éprouvé que moi, et qui m’écrivait des lettres trop déchirantes, je ne lis que deux langues, n’en écris qu’une, le temps se dépêche plus que moi, je traîne, je traîne, déjà les pieds me font mal et j’ai si peu marché.Le chien me supplie de la queue: «prenons le champ, tous les deux filons assister à la sieste des chevreuils, à l’éclosion du cocon, suspendu à la branche du mûrier, au saut de la truite, au bond de l'écureuil, à la virevolte du martin-pêcheur! Viens, jongleur endormi, songeur arrêté! Hier, tu ne t'es même pas baigné, l’eau est si bonne encore, où donc étais-tu, es-tu, à quel âge t'arrêteras-tu de vouloir et de douter et commenceras-tu à voir et à courir?.» Gabrielle aurait aimé mon chien, toujours paré à la promenade, impatient et curieux, beau temps, mauvais temps.Bientôt, nous vivrons «ces jours abandonnés, qui ne sont plus de l’été, ni encore à l’hiver».Les champs sont ensoleillés de verge d’or, même sous le ciel gris.L’ombre des bouleaux, la couche d’herbe tendre, le creux de la baie, le lit dans la chambre avec ses cinq fenêtres grandes ouvertes, les parfums mêlés des luces et du méli-lot: tout nous attend.L’univers été vibre encore des «charmes et des sortilèges de l'inconnu», alors qu’attends-tu pour grimper sur la colline et, en montant, «jeter du poids — ou des fautes?» Gabrielle a l’âme fruitée et un peu acide de cette Gabriella, girojle et cannelle de Jorge Amado.Une âme d’épices et d’étranges langueurs, une âme au ras de l’horizon, une âme hantée par l'épouvantable retard que pend le corps si lent, aux élans si facilement entravés.«Comme si ce pays où j'allais ne fut pas sur la carte mais seulement au bout de la confiance.» Oui, c’est bien ça, dis-je au chien qui trépigne dans l'herbe, nous n’allons pas quelque part, nous allons quelque temps, nous n’avons qu’une heure, qu’une minute pour vivre «cette vaste rêverie où nous sommes si seuls à savoir ce que nous pensons de nous-mêmes.».Roch, mon beau-père, a eu quatre-vingt-dix ans cette année.Courtes saisons qui, à l’écouter, ont passé comme la journée d’hier, rapide et pourtant bien remplie.Roch a autant de projets qu’il a de souvenirs: il se rappelle abondamment et tire de nombreux plans.Il ne dort pas encore, il rêve tout éveillé — et bien éveillé! — il en a beaucoup vu, il n’en a pas assez vu, il enseigne l’attention et l’ardeur à vivre, sans pérorer ni sermonner.Nous sommes encore au lit, retenus par quelque songe industrieux, impénétrable, pendant qu’il nage.Au petit-déjeuner, nous l’entendons louer l’eau fraîche, déplorer la progression des roseaux au bord du lac, raconter l’oiseau-mouche, l’étirement paresseux du chien dans l’herbe, l’éclosion insensée des daturas.Il se dépêche encore, même si lentement, et l’on sent en lui «ce ravissement dans l’étonnement, ce sentiment d’une révélation à la fois simple et naturelle et si grande pourtant que l’on ne sait trop qu’en dire, sinon: “Ah, c'est donc ça!"» C’est donc ça la jeunesse, l’attention, la confiance, le prolongement de soi-même dans une hâte à vivre que n’arrête pas l’élancement des vieux os.Roch continue sans doute à jouer à ce drôle de jeu «que nous jouons, les uns avec les autres, à travers la vie, pour tâcher de nous rencontrer».Roch ne saute pas à tout moment au «déjà-je-l’ai»: il est encore et toujours «cet enfant dont le désir est presque un supplice».Et le voilà parti avec le chien, dans le bois, d’où il reviendra tranquillement pour déplorer la mort du tremble, et saluer la renaissance du bouleau.Pour accueillir les jours neufs, les ranger aux côtés des anciens, son cœur s’est élargi.Vieillir ne rétrécit pas tout.Maman a quatre-vingt-cinq ans.Elle se considère miraculée et demeure impatiente.Vieillir ne résorbe pas les désirs, n’écourte pas l’espérance, n’escamote pas les effrois.Vieillir aiguise l’attention, ou bien l’abolit tout à fait.J’imagine que ça dépend du cœur, et non pas de la tête, qui n’arrête jamais de se remplir.(«Vieillir, disait Prévert, c'est être condamné à avoir la tête bourrée!»).Même hanté jusqu’à la fin par ce «tragique désir de perfection», dont parle Gabrielle, on peut vieillir avec «des désirs très simples et si purs que la meilleure volonté du monde ne saurait les satisfaire».Non pas vieillir en paix, mais en vie, tout simplement, c’est-à-dire toujours existant dans «la fête pas terminée, même si presque finie.» Le chien s’énerve, j’écris trop longtemps (mais c’est que ça prend du temps pour paraître faire vite et vivant, pauvre jappeur!).La route d’Altamont, au bout de «cet immense quadrillage au-dessus duquel le ciel pensif a l’air de méditer depuis longtemps quelle pièce du jeu il déplacera, si jamais il se décide», ne mène, bien sùr, qu’à soi-même, qu’à son propre cœur, qu’à l’enfance mystérieuse, qu’à «cet écho qui répond à quelque chose en nous, mais à quoi?» Gabrielle chuchote: «En quoi pouvait-il être bon, à soixante-dix ans, de donner la main à son enfance, sur une petite colline?.Contre le ciel, un contour léger, une ligne tout juste perceptible, comme en font les enfants lorsque sur du papier ils s’amusent à dessiner le ciel et la terre.» L’enfance dernière de Gabrielle, mon chien, mérite que je m’y attarde.Attends encore, j’achève.Ecoute et réponds-moi, réponds à Roch, à maman, à Gabrielle: — «Est-ce la même angoisse qui, souvent depuis dans ma vie, m’a éveillée, m’éveille encore à l’aube avec le sentiment d’un départ imminent, triste parfois, parfois joyeux, mais presque toujours à destination inconnue?Est-ce le même départ dont toujours il s’agit?».LA ROUTE D’ALTAMONT Gabrielle Roy, Boréal compact, 1992.ARCHIVES I.E DEVOIR Gabrielle Roy, au temps de sa jeunesse.La grande romancière s’écoute, prête l’oreille aux échos de très vieilles voix, qui n’ont rien perdu de leur jeunesse, de cette hâte à découvrir les mystères de la joie et de la tristesse: «Si on ne se dépêche pas terriblement, bien des choses nous échappent et même celles qui restent immobiles à vous attendre.» Robert I.a I o n cl e Z^- Cest donc ça la jeunesse, l’attention, la confiance, le prolongement de soi-même dans une hâte à vivre que n’arrête pas l’élancement des vieux os Une fiction touristique Daniel Saint-Onge poursuit les aventures de son héros TREKKING UNE AVENTURE DE MICHEL OTOLL AU NÉPAL Daniel Saint-Onge, Éditions Triptyque, Montréal, 1998,242 pages.BLANDINE CAMPION Le Népal: un pays d’un peu plus de 18 millions d’habi-tants, coincé entre le Tibet et l’Inde, à mi-chemin entre le Moyen Age et le 20 siècle, avec ses autochtones aux origines diverses qui partagent leur existence entre la culture du riz, l’élevage des yacks, le commerce et les multiples temples hindous ou bouddhistes qui parsèment ses paysages.Une capitale, Katmandou, qui n’a cessé de fasciner les Occidentaux en mal de quête spirituelle, de paradis îu*ti-ficiels et de «trips» aux relents de «flower power».Line chaîne de montagnes parmi lesquelles trône le toit du monde, l’Everest, qui draine chaque année toute une foule bigarrée de touristes de luxe, d’aventuriers en tout genre ou de simples mortels en mal de sensations fortes.Voilà pour les faits.C’est dans ce pays dont la réalité culturelle reste difficilement accessible dans sa totalité aux cartésiens que nous sommes, que Daniel Saint-Onge a choisi de situer la nouvelle aventure de son héros, que certains lecteurs ont peut-être déjà découvert lors de la parution, en 1995, de Uanganati: une aventure de Michel O’toll en Equateur.Un héros marginal On l’aura compris à la lecture des titres des romans de Daniel Saint-Onge, nous sommes ici en territoire (littéraire) connu: un personnage principal quelque peu marginal mais haut en couleur, aussi curieux qu’intrépide, grand séducteur devant l’éternel et qui a la fâcheuse tendance à se fourrer dans des situations compliquées; des personnages secondaires plus pittoresques les uns que les autres; une action qui, chaque fois, prend pour cadre un pays lointain et particulièrement exotique dont le récit nous fait découvrir les diverses facettes: et bien sûr des aventures trépidantes aux innombrables rebondissements.Trekking: une aventure de Michel O’toll au Népal correspond parfaitement au portrait dressé ci-dessus.Le protagoniste et narrateur est bien un aventurier dans l’âme, avec tout ce que cela implique.Venu on ne sait trop d’où (si ce n’est du Québec), il va on ne sait trop où (si ce n’est faire du trekking dans la région du Solu Khumbu), pour des raisons qui restent connues de lui seul.Le lecteur n’en saura pas beaucoup plus sur les antécédents de cet homme qui poursuit son chemin et modifie son itinéraire au gré des circonstances et des rencontres.En début de récit, Michel O’toll arrive donc à Katmandou où il profite de l’hospitalité de son ami Vincent Bal-lard, rencontré alors qu’ils étaient tous deux volontaires pour le Centre de Coopération internationale, une ONG canadienne, et devenu depuis directeur du bureau régional du CCI pour l’Asie.Evidemment, dès les premiers jours de ce séjour qui se voukiit avant tout touristique, les événements prennent un tour imprévu.C’est ainsi que le protagoniste fera la rencontre inopinée de Gopal Charpi, un conducteur de rickshaw (sorte de scooter-taxi), qui travaille pour le compte d'un certain Sharad Sungur, directeur fortement antipathique du Conseil national des études sociales, avec lequel collabore le CCI.Bon gré, mal gré, le malheureux Népalais devra abandonner son moyen de subsistance, sa famille, sa ville, et se fera le Sancho d’un Michel O’toll devenu justicier [xiur le compte du rimpoche Sordji Threp Agnye, un étrange garçon de huit tins considéré jxir les bouddhistes tibétains comme la réincarnation du lama (sorte de grand prêtre et de guide spirituel).Car, c’est dans l’ordre des choses, le héros du roman d’aventures est aussi un redresseur de torts.Dans le cas présent, c’est à l’enlèvement de jeunes enfants sherpas que sera confronté le protagoniste, au fil d’une enquête pour le moins mouvementée qui le conduira sur les hauteurs himalayennes.DanieLSa1 Une 1 Michel O’to Mélange des genres Si Daniel Saint-Onge, que la photographie proposée en quatrième de couverture présente lui-même comme une figure de grand voyageur, a choisi de se frotter au roman d aventures, il ne s’en est cependant pas tenu là.Son texte mêle en effet épisodes rocambolesques, anecdotes pittoresques, intrigue policière, réflexions socio-culturelles sur la réalité népalaise et exposés quasi touristiques.Ic lecteur sera ainsi amené, par exemple, à appréhender au détour d’une |)éripétie de l’action la difficile cohabitation des différentes castes qui constituent la société népalaise, la pénible condition de la femme dans cette même société, les subtilités des différentes religions qui se mêlent et s’entrecroisent, la conciliation parfois malaisée entre les mentalités occidentales et leurs homologues orientales, la ixirtée réelle de l’action humanitaire, le pouvoir de l’argent, les conséquences désastreuses de l’inceste, du travail des enfants mineurs, etc.Le tout donne un résultat, certes non dénué d’intérêt mais pour le moins inégal.En effet le fragile équilibre entre la fiction et la réalité qui fait toute la valeur de ce type de roman est ici difficilement atteint.Si les lecteurs peuvent éprouver un plaisir certain à découvrir les us et coutumes, les croyances et superstitions des Népalais, à savourer les descriptions des paysages grandioses de la chaîne himalayenne ou à se familiariser avec la langue du pays, ce plaisir laisse vite la place à la lassitude lorsque de (trop) longs paragraphes que l’on |xnir-rait croire tout droit sortis d’un «guide du routard» viennent briser le rythme de l’action et miner un suspense pourtant nécessaire à la bonne marche de l’intrigue.De plus, le discours du narrateur, sensé avant tout relater les aventures de ce dernier, perd lui aussi de sa crédibilité et de sa vivacité lorsqu’il se met au service d’une description détaillée et monotone de tout ce qui peut souligner la spécificité du pays où se situe l’action.Bref, entre le roman d’aventure, le récit de voyage et le guide touristique, le roman de Daniel Saint-Onge finit par se perdre, faisant perdre du même coup l’attention d’un lecteur qui ne parvient plus vraiment à adhérer aux tribulations peu crédibles du héros.Espérons que la prochaine aventure du sentimental Michel O’toll rendra enfin tout ses droits et à la fiction et à la vraisemblance.BANIJES DESSINÉES Chauffeur, suivez cette hormone ! BLACK HOLE TOME 1: SCIENCES NATURELLES Charles Burns.Traduit de l’américain par Jean-Paul Jennequin Delcourt, France, 1998,62 pages DENIS LORD Si les œuvres de l’Américain Charles Burns ne se classent pas dans le fantastique et la science-fiction à proprement parler, des éléments de ces genres sont omniprésents dans ses récits.Robots, monstres, mutants et extraterrestres s’y inscrivent comme des icônes de la culture populaire américaine et participent d’une satire de cette société, de sa soif de réussite et de conformisme.Il y a une sorte d’ironie chez Burns dans son emploi de la S.F.et du fantastique, mais aussi quelque chose qui, par-delà le second degré, ressemble à une tendre nostalgie des fameuses bédés d’horreur de EC comics.Ixis lisait-il dans sa jeunesse?Ses personnages principaux, souvent des jeunots (Blood Club, Curse of the molemen), consomment ce type de littérature et leurs lectures se fondent souvent au corps du récit principal en d’astucieuses mises en abîme.Black Hole a commencé à paraître en fascicule chez l’éditeur américain Kitchen Sink en 1995, à un rythme si lent et erratique que trois ans plus tard, l’histoire, la plus longue à ce jour entreprise par Burns, est loin d’être terminée.Ce sont les deux premiers épisodes que nous propose aujourd’hui Delcourt.Dans une petite ville américaine, quelques adolescents d’un «high school» sont victimes de la «crève», une nouvelle maladie se manifestant par des mutations épidermiques, des lésions corporelles et, au dernier stade, la pousse de nouveaux membres.Métaphore du sida?Des modifications physiologiques et autres surgissant à l’adolescence?Chris Rhodes, dont on suit les péripéties dans une suite de rêves et de flashes-back, a été contaminée en faisant l’amour avec Rob Facincani; on ignore cependant comment ce dernier a attrapé la crève.Aux lisières du terrain de rencontre secret des personnages, un boisé baptisé «Planète Zénon», vivent une série d’êtres difformes et mystérieux qui, on le présume, devraient nous révéler leurs secrets dans les épisodes ultérieurs.Avec encore une fois une indéniable ironie qui l'apparente au mouvement Pop’Art, Burns perpétue du côté plastique un certain classicisme américain, celui des super-héros des années soixante par exemple.Si habile et précis qu’il soit, son trait s’éloigne foncièrement peu de celui de Bob Montana dans Archie.Ce qui en détermine l’originalité et la saveur tient au travail d’équilibre des masses de noir et de blanc, qui procure richesse et plénitude aux cases, et aussi à cette manière si typique et élégante de délimiter ses ombrages par des contours en zigzags.Plus introspectif que dans Skindeep ou Defective story, l'auteur s’attache dans Black Hole à dépeindre les angoisses, les aspirations et les mœurs d’adolescents de la classe moyenne, en rupture de ban, découvrant l’amour, l’alcool, le pot et les hormones.Il le fait avec justesse, sans pour autant se défaire de ce sens du grotesque et de la dérision qui en fait un auteur très suivi.I Publié le samedi 29 août 1998 Tombée publicitaire le vendredi 21 août 1998 L Y.I) K V (I I It .I.K S S A M EDI 8 E T I) I M A N turr* Hr ut hr r « l/hinh Itrdt) IWJ tdrUllt Norib Wk MICAH LEXIER 11s l,i* dimanche.venez participer an\ ateliers ; J'rtv l'«ir ••ni* Iaü'Ji'M! 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