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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1998-09-05, Collections de BAnQ.

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pp»~ MH Ying Chen romdn ^ L .«a t Roréal Site .ftS" , laiia IftMK |#£* M IMMOBILE BIBLIOTHEQUE QUEBECOISE Les bons livres ’ en format de poche LE DEVOIR Micah Lexier Page D 7 Grille télé du week-end Page D 8 Formes Page D 10 Fanny Joly La tortue hyperactive Elle écrit sans arrêt.Du matin au soir et parfois même la fin de semaine.Depuis sa sortie de la très sérieuse Sorbonne, il y a plus de vingt ans, elle a inondé les mondes de la publicité, de la télé, du théâtre et surtout de la littérature jeunesse de ses textes farfelus.Pourtant, chaque ligne qu’elle couche sur papier est le fruit d’un travail long et ardu.Portrait d’une bûcheuse en folie.CAROLE TREMBLAY /'Y uand on a lu ne serait-ce qu’un kJ seul des délirants livres pour enfants de l’auteur française Fanny Joly, on s’attend à rencontrer une espèce d’extrovertie volubile, une hyperactive dotée d’une personnalité exubérante.Or la réalité, croisée cette semaine à Montréal, est tout autre.Celle qui a concocté une cinquantaine d’histoires cocasses pour la jeunesse, rédigé les textes humoristiques des spectacles solo de sa sœur, la comédienne Sylvie Joly, participé à l’écriture de près d’une demi-douzaine de téléfilms comiques, travaillé régulièrement comme rédactrice publicitaire, en plus d’élever trois enfants, est une charmante dame, calme et presque timide.Marie Lallouët, éditrice chez Cas-terman, où va bientôt paraître le tout dernier Joly, Ne m’appelez plus jamais Grochouchou, dit d’elle que c’est son auteur la plus sérieuse et la plus ponctuelle.Une vraie première de classe.«Elle écrit des choses hyper drôles, mais elle est sérieuse.» Une affaire de brouillons Fanny Joly n’est pas une tornade, c’est une bûcheuse.Elle travaille sans arrêt, remettant cent fois sur le clavier ses facéties.Son écriture alerte et son style fluide donne l’impression de textes écrits d’un trait.Rien n’est plus faux.Fanny Joly travaille très lentement.Elle prend des notes et réfléchit parfois pendant un mois entier avant de commencer à écrire.«Ensuite, rédiger me prend un temps alors pire que tout, explique-t-elle.Je fais un brouillon à la main, après je le passe à la machine, je l'imprime, je le relis, j'arrête pas de le corriger.C’est vraiment comme un travail de sculpture.Les premiers brouillons que je fais sont monstrueux, je ne pourrais pas les donner à qui que ce soit.Si vous lisiez les premiers brouillons que je fais, vous vous diriez, elle est folle, c’est une folle.» Quand, une fois par mois, comme elle s’astreint à le faire, Fanny Joly rencontre des classes d’enfants, elle exhibe ses manuscrits et toutes les étapes du travail d’écriture.Les élèves sont à la fois renversés et consternés devant tant d’efforts.«Les maîtresses, elles, se frottent les mains: quand on vous dit qu ’il faut faire un brouillon.Vous voyez, Fanny Joly vous dit la même chose.» Pour abattre tout le travail qu’elle entreprend, la bûcheuse plus-que-disciplinée s’enferme dans son bureau, dans son appartement parisien à quelques pas de la tour Eiffel.«Je ferme à clé même.Je mets des boules Quiès.Je ferme les rideaux.Je mets le répondeur.Je ferme tout.» VOIR PAGE D 2: JOLY ARTS VISUELS LA Vit tfEUUfcfcl Lf RESTANT QUI REPR VIE Â VIVRE, SUR U STATISTIQUES D’ESP Lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 5 *»T\ VOIR PAGE D 2: CHEN «Raconter des histoires qui peuvent se passer partout, parce que jyécris sur la condition humaine» qui constitue une de ses facettes les plus charmantes.Mais ç’a été plus fort que moi, il a fallu que je le fasse.» Ce temps qui «n’est jamais perdu», croit-elle, «qui n’avance pas», dont on capte un seul moment, s’arrêtant, «Immobile», pour le goûter.C’est la réincarnation qui sert de prétexte à Ying Chen pour plonger dans les abîmes du temps.Une femme mariée à un archéologue conjugue aux aléas de sa vie moderne les travers d’une mémoire trop vaste: elle porte en effet le souvenir d’une vie antérieure, vieille de quelques siècles, où elle fut chanteuse d’opéra célèbre, troisième épouse d’un prince, dans un palais de bord de mer, avec en guise d’amant un serviteur à une seule oreille.Bâti sur deux paliers, l’un ancien, l’autre moderne, le roman de Ying Chen utilise les méandres de la mémoire pour permettre de voguer de l’un à l’autre.Pan ancien: la marche d’un homme vers l’échafaud; une femme empoisonnée; la servitude d’un esclave récompensée par la cruauté de sa douce.Pan moderne: un archéologue universitaire dérangé par les artefacts de la mémoire de sa femme; une femme incapable de se laisser porter par le bonheur; une panoplie de remèdes inventés par la société pour panser les plaies de la mémoire.Lorsque Ying Chen termine un manuscrit, elle le dépose, le reprend à nouveau, et puis le lit à haute voix.De la même façon, lorsqu’elle lit un livre, elle ne s’absorbe pas dans une lecture silencieuse mais s’offre le plaisir de le dévorer, en prononçant les mots les uns après les autres.«C’est pour la musique des mots que je lis.Pas toujours pour le contenu.» Pour la musique.Enchaînement mélodieux des mots, une impression qui reste lorsque, après avoir écouté cette écrivaine se raconter, l’on reprend son dernier morceau, sa partition littéraire, et on en lit quelques extraits à haute voix.Rythme.Perfection des mots.Tournures musicales.Pur charme.Avec ce quatrième roman, Immobile, dont elle accouche tout juste trois mois après la naissance de son deuxième enfant, l’auteure de 37 ans offre de nouveau le plaisir de la musique des mots.Après La Mémoire de l’eau, Lettres chinoises et enfin L’Ingratitude, prix Québec-Paris, roman ayant frôlé les hauteurs des prix du Gouverneur général et Femina, elle embrasse l’éternité et tente de «saisir l’insaisissable», ce temps qui nous file entre les pattes.«Quand j’étais petite, affirme Ying Chen, les yeux rieurs, je disais que je voulais écrire mais pour prolonger ma propre existence et me donner une sorte d’éternité.Aujourd’hui, j’ai compris que les livres ne sont pas voués à l'éternité, et moi non plus.» L’éternité.Cette idée du temps qui la poursuit depuis longtemps et sur laquelle elle se devait d’écrire.«C’est un thème tellement vaste, on dira peut-être que je suis prétentieuse, ou non, plutôt ambitieuse, explique-t-elle avec cette discrétion timide m :-y.mm MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR 1) 2 I.h |) !•: V 0 I H .I.!•: S S A M K I) I .') K T I) I M A X < Il K (i S K I* T K M H l< E I !M) S ^ Livres JOLY Rédactrice à 19 ans SUITE DE LA PAGE D 1 Travailler à la maison comporte ses avantages mais aussi son lot d’inconvénients, surtout lorsque de l’autre côté de la porte, trois enfants, maintenant âgés de de sept, quatorze et dix-huit ans s’agitent.«Quand ils étaient petits, c’était vraiment difficile.Mon dernier, quand il était tout petit, lorsqu’il voulait me parler, il m’envoyait des bouts de papier sous la porte.Il devait penser elle est toujours avec du papier, peut-être que si je lui envoie du papier, elle va s'intéressera moi aussi.Des fois, je me disais, c'est paradoxal, je suis en train d’écrire des livres pour les enfants et j’ai mon propre enfant derrière la porte qui veut communiquer avec moi.Mais bon, si on choisit de travailler, il faut travailler.Pour me déculpabiliser, je me dis que toutes mes copines qui travaillent dans des bureaux, elles partent le matin et elles rentrent le soir et on se demande pas pendant ce temps-là si elles sont méchantes ou pas méchantes.» Ecrire a pratiquement été le premier travail de Fanny Joly.Elle a commencé à travailler comme rédactrice publicitaire à dix-neuf ans, pendant ses études de lettres à la Sorbonne.L’envie d’inventer des histoires pour les jeunes lui est venue quand elle a eu des enfants.«J’ai découvert que c’était un univers très riche avec plein de choses drôles et intéressantes.Ça m’a donné envie d’essayer.» Son premier ouvrage, écrit avec une copine médecin, était un livre rigolo, mais didactique, portant sur la nutrition.«j’ai mis trois ans avant de réussir à le faire publier.D’ailleurs, c’est grâce à la ténacité de ma copine médecin, qui n’a jamais lâché prise, que le livre a été publié.» Fanny Joly a ensuite commencé à collaborer à la revue J’aime Lire, le mensuel jeunesse des éditions Bayard.Sa carrière d’auteur pour enfants s’est ensuite enclenchée et les parutions se sont enchaînées de manière exponentielle.Elle apparaît aujourd’hui au catalogue de sept éditeurs dans des collections s’adressant à tous les groupes d’âges.Si on a l’impression d’être inondé de ses écrits, c’est qu’en plus des quatre ou cinq nouveautés qu’elle produit par année, autant de ses anciens textes parus dans la presse enfantine sont repris sous forme de livres, chez Bayard.Tout ce qu’elle écrit se veut drôle (et est drôle).Elle n’a pas du tout envie de rejoindre les rangs des missionnaires de la littérature enfantine qui se font un devoir d’ex- r v SOURCE CASTERMAN Fanny Joly: «J’ai mis trois ans avant de réussir à publier mon premier ouvrage.D’ailleurs, c'est grâce à la ténacité de ma copine médecin, qui n’a jamais lâché prise, que le livre a été publié.» pliquer aux enfants à quel point la vie est dure."Moi je voudrais revendiquer une espèce de fantaisie absolue.J’ai horreur du “politically correct", donc je voudrais être insolente.J’ai du mal à ne pas être insolente, y compris à l’égard de ça.» Gudule et Gaston Parmi ses grands succès, on compte la désopilante série «Un bébé?Quelle drôle d’idée», chez Hachette, dans la collection de poche Cadou.Une série qui met en scène les rapports à la fois tendres et grinçants de Gudule, la grande sœur d'environ cinq-six ans, et Gaston, son bébé frère à qui elle explique la vie, son sens et son mode d’emploi.Que le parent qui ouvre Bébé en vacances, sans se reconnaître dans le croustillant et fastidieux départ en vacances de cette petite famille lui lance la première pierre.Et comment résister à cette réplique aussi comique que caustique de Gudule: «Avant que mon petit frère naisse, je rêvais que je jouais avec lui.Je faisais la cuisinière, il faisait le rôti.» Quand on pratique l’humour, on manipule pratiquement toujours un peu de méchanceté.Mais Fanny Joly l’assume.«Fondamentalement je suis très méchante.En même temps gentille, mais aussi très méchante.J'arrête pas de voir des trucs dont j’ai envie de me moquer tout le temps, tout le temps, tout le temps.» Son sens de l’humour lui vient de sa famille où le rire était une chose aussi importante que le pain et le beurre.«Dans ma famille, le rire était une valeur suprême.On était huit enfants, et mon père était très coléreux.Celui qui pouvait réussir à le faire rire pouvait tout désamorcer.C'est vraiment un pouvoir magique.» Chez Casterman, Fou de foot, un roman pour les huit ans et plus, a connu un succès fracassant en France.Vingt mille exemplaires de l’histoire de Sonia, une fillette qui veut jouer au soccer avec les garçons, ont été vendus en cette année de Coupe du Monde.Ne m'appelez plus jamais Grochouchou, qui sortira dans un mois dans la même collection, raconte l’histoire de Clodobert, l’horrible fils d’un milliardaire qui voit sa vie bouleversée le jour où il rencontre Cio, la fille du maçon venu briqueter son dernier caprice, une piscine d’eau sucrée.La machine Joly n’a vraisemblablement pas fini de tourner, même si son moteur vit son bonheur au jour le jour, sans attaches éditoriales et sans plan de carrière.CHEN Ecrivaine universelle SUITE DE LA PAGE D 1 La marque de commerce de la jeune écrivaine, qu’on associe à l’une des découvertes littéraires les plus percutantes de la dernière décennie, demeure: style dense, précis, dépourvu de toute fioriture, ce qui fait la force et la beauté de cette seconde langue qu'elle manipule avec amour mais infinie précaution.Ying Chen décrit l’histoire d’une femme dont le trop-plein de mémoire lui interdit tout accès à la simplicité du bonheur.En essayant d’expliquer chaque parcelle de son quotidien moderne par un fragment du passé, elle se condamne à errer sans fin dans l’éternité, sans cesse à la recherche de l’origine de son destin.«Ce serait trop bête de compromettre la vie présente au nom d'une prétendue vie antérieure», tente de raisonner la narratrice, qui n’a d'autre identité que celle-là.Voilà qu’en l’espace de 150 pages, la pauvrette essaie tant bien que mal de s’extirper de ce cycle infini, mais en vain.«Fatiguée de cette nouvelle vie, mais incapable de retourner en arrière, je ne sais trop où aller.Je suis un navire troué, je dois accoster à tout prix, sans dignité, en hâte.» Et encore: «Ma tête est donc mon enfer, ma mémoire mon ennemi.[.] Et puisque je ne sais jamais vivre comme il faut, ce que je désire le plus aujourd’hui, c’est d’être vivante.» Avec un regard amusé, un brin incrédule, Ying Chen observe la couverture de Immobile, image floue, sorte de fondu qui illustre bien à son avis le voyage imprécis d’une époque à l’autre.«La sortie d'un livre, c’est le passage d’un concept spirituel à un objet concret.Il y a toujours un moment où je le regarde un peu comme si c'était quelqu’un d'autre que moi qui l’avait fait.» L’avalanche de fleurs que lui a valu son dernier roman, L'Ingratitude, l’a d’abord un peu surprise.L’étonnement gêné a ensuite cédé le pas à une autocritique encore plus incisive, comme si cette conscience soudaine d’un lecteur jetant un coup d’œil pardessus l’épaule accentuait une tendance à l’insatisfaction.«Cette réponse des lecteurs a été des plus encourageantes, explique-t-elle.Mais j’ai soudainement réalisé que mes livres étaient réellement lus, et je demeure toujours préoccupée par une question: “Est-ce que je peux véritablement faire mieux?" Avec le temps, je me rends compte que je suis de moins en moins satisfaite de mon travail.» Liber Nicole Jetté-Soucy L’homme tragique Nature de l'action politique SC r: d- X 'N M nimmiTUfU ni: iv DfH\ RrXKtlI lKf.U d X Yves Lever Petite critique de la déraison religieuse Dix ans après son arrivée au Québec — elle débarquait tout droit de Shanghai' pour effectuer une maîtrise en création littéraire à l’Université McGill —, on parle encore de Ying Chen comme d’une auteure sino-qué-bécoise, une étiquette qui pèse à l’au-teure, dont l’œuvre a souvent été analysée à partir de ses origines.«J'aimerais qu’on me perçoive comme un écrivain universel.» En fait foi son choix, dans Immobile, de ne préciser ni le lieu, ni la date, ni même le nom des personnages, leur accolant pour seule identification une banale lettre, S.ici, A.là, une pratique déjà entreprise avec L’Ingratitude.«Tout ce que je veux, c’est raconter des histoires qui peuvent se passer partout, parce que j’écris sur la condition humaine.Indéniablement, j’utilise ma propre mémoire pour écrire.Mais j’écris sur la vie, de tous et de personne.» Écriture de l’essentiel Presque volubile lorsqu’il s’agit de parler des aléas de la vie de maman combinés à la discipline d’écrivaine, Ying Chen adopte une certaine réserve lorsqu’il est question de son rejeton littéraire.Elle voulait écrire un roman sur la question du temps.Soit.Puis elle eut une idée pour camper l’un de ses personnages, idée qui la mena à effectuer des recherches, idée qu’elle refuse toutefois de préciser publiquement.«J'ai décidé de laisser tomber cette idée parce que je ne voulais pas faire de mon roman un best seller.» Comment?D’autres auraient sauté avec entrain sur un éclair de génie susceptible de gonfler le volume des lecteurs, et celui des ventes! Humble, décidée, elle repousse la recette du succès et choisit d’investir dans la philosophie et la réflexion.Pour le bien des lecteurs, ici privés du détail de cette anecdote selon le vœu de l’écrivaine, ajoutons seulement que ladite idée portait un caractère sensationnel qui «aurait détourné l’attention des lecteurs, les aurait dirigés vers autre chose que l’essentiel».La capacité de voir l’essentiel, pour le lecteur— «qui fait la moitié du travail», dit-elle — mais aussi la capacité d’écrire l’essentiel, un talent dont est pourvu l’écrivaine, ainsi que l’affirme Yvon Rivard, professeur de création littéraire à l’Université McGill, celui-là même qui vit dans les écrits de sa jeune élève d’alors une plume de grande valeur.«La force de Ying est que rien ne la distrait de l’essentiel, croit M.Rivard, invité cette semaine à présenter le roman de son ex-protégée devant un public principalement constitué de libraires.Elle a réussi à montrer la fixité des choses qui passent.Elle regarde tout du fond des âges.Elle a le pouvoir d’évoquer l’essentiel, qui est généralement ce que l'on perçoit juste avant la mort mais que certains jeunes écrivains, comme elle, saisissent rapidement.C’est à la fois le détail et la vaste étendue.Im goutte d'eau et la rivière.» En voulant dépasser les limites du temps à travers le temps lui-même, Ying Chen démontre que l’Histoire, cette trame «uniquement constituée d’interprétations et dénuée de toute réflexion» se répète, inlassablement.En marge de l’Histoire qu’on nous présente dans d’épais volumes, l’auteure cherche, elle, cette pause réfléchie plutôt que la froideur des faits, et se plaît à imaginer ses lecteurs, «immobiles» devant un mot, une phrase, une réflexion.IMMOBILE Ying Chen Boréal, Montréal, 1998,155 pages.Voir New York et mourir NEW YORK Espaces de rêve Costanza Poli Traduction de Catherine Ianco Gründ, Paris,1998,134 pages CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR CJest la ville dont on rêve, laissant derrière elle mille odeurs, parlant mille langues, constamment en mouvement, érigeant chaque semaine un nouveau décor sur les lieux du passé.Une ville célèbre pour ses excès, avide de superlatifs, friande de records, la terre promise de tant d’immigrants; on voudrait avoir une vie pour la découvrir.New York, tel que contée dans New York, Espaces de Rêve, publié chez Gründ, à Paris, ne déçoit pas 1 amateur.On passe des soirées dans le salon rose de 1 hôtel Algonquin, en plein cœur des années folles, en compagnie de la rédaction du magazine New Yorker et des plumes brillantes et excentriques de la ville, à la visite des grands musées de la mégalopole, sans oublier les constructions d’Harlem, de Lower East Side ou du quartier chinois.Le livre respire à chaque ligne la passion pour la Grosse Pomme, retrace l’histoire de ses édifices, de la grandeur de ses mécènes, traque ses plus belles maisons.Sous la plume de Costanza Poli, dans la traduction de Catherine Ian-co, illustrée de magnifiques photos, New York est dévoilée sous toutes ses coutures, en passant par les quatre siècles qui l’ont faite comme elle est aujourd’hui.L’histoire de la ville Jadis colonie hollandaise, la Nouvelle Amsterdam, qui allait devenir New York, était achetée aux Algonquins par le gouverneur Peter Minuit en 1626, pour la modique somme de 60 florins (24 $ US), et quelques babioles.A cette époque, «on n’y voyait que de rares cabanes regroupées autour d’un moulin et d’un petit fort», lit-on.On y buvait cependant beaucoup, semble-t-il.On y comptait un débit de boisson pour douze hommes, avant ~ue l’austère gouverneur Peter Stuyvesant n’en vienne à taire fermer les tavernes à 21h.C’est à cette époque que fut érigée la fameuse muraille que longe Wall Street, le château-fort de la finance internationale.La colonie était si petite qu’elle ne résista pas, quand quatre navires britanniques en prirent possession «sans tirer un seul coup de feu», en 1664.Charles II d’Angleterre en fit cadeau à son frère le duc dYork, et la colonie nichée sur l'ile de Manhattan fut rebaptisée New York.On relate l’histoire des premiers journaux de la ville, celle entre autres du New York Weekly Journal, dirigé par John Peter Zenger arrêté, accusé de diffamation par le gouverneur Cosby, puis acquitté.On décrit certains passages de la guerre de l’Indépendance, puis l’arrivée en Amérique de plusieurs groupes ethniques, retenus pour fouilles et examens médicaux à Ellis Island, Pile des larmes, porte de l’Amérique, qui n’a cessé de fonctionner qu’en 1954.L’ouvrage relève ces vers d’Emma Lazarus, gravés sur le socle de la statue de la liberté: «Donnez-moi vos foules misérables et lasses, impatientes de respirer un air de liberté.» Au début du siècle, l’argent affluait dans la Grosse Pomme, et de plus en plus d’immigrants se pressaient aux portes du paradis américain, contraints, une fois sur place, à travailler d’arrache-pied pour gagner à peine de quoi vivre.La fin de la Première Guerre mondiale voit poindre la prohibition, qui traîne dans son sillage les alambics clandestins et le gangstérisme.Petite fleur En 1933, Fiorella La Guardia, né d’une mère juive et d’un père italien, devient maire de New York.On le surnomme «Petite pleur», tant il inaugure espaces verts, parcs et jardins.A cette époque sont érigés le Rockefeller Center, financé par le magnat du même nom, et l’Empire State Building.L’ouvrage propose aussi quelques itinéraires pour rêver dans la ville.Il cite ce texte, inscrit sur une sculpture de bronze d’Evgueni Vuchetich, dans le jardin de l’édifice des Nations unies, qui reprend ces mots d’Isaïe: « [.] Les nations ne lèveront plus l’épée contre d’autres, et elles n’apprendront plus à guerroyer.» Du côté de l’East River, il pose un regard sur le banc logé sous le pont de Queensboro, où Woody Allen et Diane Keaton immortalisait l’amour naissant dans le film Manhattan.Il visite le pont de Brooklyn, premier pont suspendu du monde, dont le chantier coûta la vie à vingt personnes, dont l’architecte.Après le Guggenheim, le Museum of Modem Art, et le Metropolitan Museum, le guide propose les galeries de SoHo ( pour South of Houston Street) et de Tribeca (pour Triangle Below Canal).Et de Greenwich Village, on apprend que c’est un ancien quartier résidentiel, créé en 1822, presque instantanément, par des bourgeois chassés de leur demeure par l’épidémie de fièvre jaune.Il doit aujourd’hui la jeunesse de sa population à l’Université de New York, fondée en 1831.C’est sans parler de la multitude de restaurants et d’une foule d’autres lieux qu’il faut voir et sentir à New York et que ces Espaces de rêve, avec force détails et anecdotes, ne font que rendre plus attirants encore, comme si la Grosse Pomme gardait toujours le charme du grand mirage américain.Aussi dans la même collection: O V c 0 tu ° c ^ • Un pêcheur de haute mer a immolé son enfant dans un étang, il l’avait ligoté d’algues.Lise Bissonnette, « Le purgatoire » dans Quittes et Doubles, Scènes de réciprocité, Boréal, 1997.fài/tfci/oKf W la PC>G de 1st Grande f?iMurthètf\*e du GuGékec est mssu écrixaune 1 Entre la possum des lu/res et ï écriture.Lose E?L5S
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