Le devoir, 3 octobre 1998, Cahier D
• ™"lwj err ¦,‘‘M V;' îùvér lav< réussi à chait pour exp du matelot.«, l’histoire de la mort dence», raconte ne le dos à la poé; ser la prose, mal passage touteijj écriture nour Swap lu Devoir Lettres québécoises Page I) 3 Le Feuilleton Page I) 5 ?Betty Goodwin Page DW Formes Page I) 12 ALBERTO MAN G II EL Histoires personnelles, histoire universelle Le pari était de taille: retracer toute l’histoire du livre.Si on se Ile au succès de librairie de Une histoire de la lecture, on peut dire qu’Alberto Manguel l’a bien tenu.Un livre particulier, une existence singulière.ROBERT CB A R TR A NI) Alberto Manguel était de passage à Montréal pour participer au quart de siècle des éditions Actes Sud, mais aussi pour parler de ce livre inclassable.Une histoire de la lecture est un livre savant: il a nécessité des années de recherches, comme en témoignent les quelque 700 notes en fin de volume.11 s’avère toutefois accessible: il connaît un succès de public dans tous les pays où il a été distribué.Ce projet un peu fou, ou plutôt «utopique- tant son objet était vaste, est né de presque rien, d’une impulsion initiale aussi simple qu’aléatoire — comme toute fécondation, en somme.«J’avais écrit un article sur l'histoire des anthologies pour le New York Times et comme mon texte leur avait plu, ils m’ont demandé d'en écrire un autre.Je me suis dit: pourquoi ne pas aller plus loin ?Chaque lecteur fabriquant sa propre anthologie, qui est la somme de ses lectures, pourquoi ne pas réfléchir sur ce qui définit un lecteur, sur son histoire?» Le projet ri Une histoire de la lecture était désormais lancé, dont la cofn-plexité, l’immensité sont vite apparues à Manguel.«Dès le début de la rédaction du livre, j’ai fait deux constats: cette entreprise était presque infinie, et puis je ne savais rien de cette matière que j'avais choisie et qui englobait ci vrai dire toute l'histoire de l’humanité.» Il n’abandonne iras, mais renonce sagement à la prétention de tout couvrir.Il s’est laissé guider par le hasard de ses recherches dans diverses bibliothèques en Amérique et en Europe, retenant, en plus des grands événements, de nombreux détails sur lesquels il tombait.«Me demandant pourquoi nous lisons silencieusement, j'ai été entraîné vers Saint-Augustin.J'ai voulu connaître la couleur de ses cheveux et de ses yeux.Mille petits détails qui m'ont amusé follement, beaucoup plus, à vrai dire, que la rédaction même.» Son livre est truffé d’anecdotes, qui le rendent vivant et séduisant pour un large public.«Je n'ai pas voulu que le livre m’ennuie moi-même.Ht puis, j’avoue que je raffole des commérages.J'ai donc raconté des épisodes de la grande histoire en passant par la petite.» Un roman et ses personnages Le livre de Manguel se lit comme un roman, chaque chapitre étant centré sur un personnage qui en devient en quelque sorte le thème.«Ça méfait plaisir que vous me le disiez, mais cette construction n’était pas voulue au départ.J'avais commencé le livre sans savoir au juste où je me dirigeais, sinon que le domaine que j'avais à explorer était vaste comme le monde.F.t j'ai choisi une procédure finalement assez curieuse.J'ai commencé par écrire des chapitres sur différents thèmes et c’est par la suite que je me suis rendu compte que chacun était construit autour d’un personnage, une sorte de lecteur phare: Rainer Maria Rilke, Dmise Labé, Kafka.Une fois la plupart des chapitres écrits, je me suis demandé: comment vais-je les structurer, les agencer?L'ordre chronologique n'était pas pertinent, puisque personne ne lit ainsi, en commençant par La Chanson de Roland pour terminer — si l'on peut dire — par les romans de Marie Darrieussccq.» Sa propre histoire de lecteur, tout a fait singulière, Manguel n’avait pas songé à en parler, car il croyait quelle n’intéresserait personne.Un ami l’a détrompé.«J'ai fait tire le manuscrit à Sam Pe.rsky, un garçon très intelligent qui a écrit lui-même des livres très fins sur les mythologies gaies de notre époque.Il m'a dit: ce qui manque à ton livre, c'est ta voix à toi.Alois, sans me mettre au premier plan, je me suis dit que je pouvais faire passer ce fil autobiographique dans le livre en y glissant ma propre expérience des choses.» VOIR PAGE I) 2'.MANGUEL r R)yV- ï-à j , j ./ I h voir m uit b b p bu dau l • dis- p| / ïihbl ijbh'Ab ü ' >fc U Àfl ’ [ ms lL fii'Msroi %./ iMliimbohté: l Tune ÿï0.JSfe ÛÈ )ib pour binbnm b cousii'/b de et w'CV r Ju Ykiife^e d'n.iib ‘ I ÉlBEll: r (RIE- ANDRÉ E IUINARD DEVOIR «À proprement parler, j’ai fait sauter Jean-François Vèzina-Côté, quatorze ans.Décapité par la déflagration.Sa tête rousse a volé dans les airs et s'est nichée dans l’immense sapin bleu sur le parterre de scs parents.L’auteur, Michael Delisle noncez la première portion a l an glaise, la seconde à la française évoque son passé musical et d’anciennes leçons de piano visiblement bien intégrées pour associer ce début percutant et toute l’entrée en matière de son roman aux premiers temps forts d’une sonate.«Après l’avoir terminé, je me suis rendu compte que j’avais conçu le livre sous la forme d’une sonate, avec un premier mouvement allegro, un deuxième plus lent, plus tragique, et une finaleStaccato, ce qui m’avait complètement échappé à l'écriture», explique Delisle, que l’on a d’abord connu comme poète mais qui se consacre aujourd’hui exclusivement à la prose, avec déjà nouvelles et romans (huis son baluchon d écrivain Le Désarroi du matelot met en scène deux hommes, l’un, Richard Daudelin, criminel sans remords mais aussi axe central de cette «histoire de la mort d’une, providence», l’autre, Renaud Harris-son, détective privé sans envergure, dénué d< pouvoir sur les êtres qui l’entourent, j où il croise la roule de Daudelin et en fait secrètement l’objet d’une obsession démesurée.VOIR PAGE D 2: DELISLE CLICHE RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFERENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIME SUR FOND GRIS OU DE COULEUR PHOTO MARTIN CHAMBERIAND L K l) K V OIK, I.!• S S A M K l> I 3 |,; 0 Boni, des I*orges.(819) 091-3371.20h30 Récital de poésie.Calé Bar Zénob, 171.rue Bonaventure, (819) 378-9925.Poètes : revue Entrelacs.lôWy.HH.HHEÏW lOhOO Fernand Leduc rencontre.Galerie d'Art du Parc, 864.des Ursulines, (819) 374-2355.16h00 Apéro—poésie.Les 15 ans de l'Atelier Silex.Hall d'entrée, I lôtel de v ille, place «le I Hôtel de ville, (819) 379-0121.17h00 Apéro-poésie.Musée des religions de Nicolet, 900, rue Louis-Fréchette, (819) 293-6148.20h30 Récital-jeune poésie.Café Bar Zénob.171, rue Bonaventure, (819) 378-9925.Le mercredi 7 octobre 17h00 Apéro-poésie.Centre social du pavillon des Humanités, Cégep de I.R., 3175, boni.Laviolelte, (819) 376-1721.Coût : 3,00$.Mise en scène: Pierre Legris.17h00 Apéro-poésie.Collège de Shawinigan, 2263, boul.du Collège, (819) 539-6401.20h00 .Jazz-poésie.Rest o-Bar Le Somnambule, 599, 4e rue, Shawinigan, (819) 537-5718.20h00 Café-rencontre: poète Ixiuis Caron.Vieux Presbytère de Batiscan, 340 Principale, Batiscan, (418) 362-3137.Coût d'entrée: 4,00 $.20h00 Récital-poésie du Comité de Solidarité Fiers-Monde: poèmes de liberté.Café Bar Zénob, 171, rue Bonaventure, (819) 378-9925.Ix?jeudi 8 octobre 17h00 Chanson-poésie.I-e VÜlebrequin.301, 6e rue, Grand-Mère.(819) 533-3174.Chansonnier : Michel-Maurice Fortin, poètes : Rolande Ross (Québec), Catherine Hunter (Manitoba), Marc Arseneau (Acadie).17h00 Apéro-poésie.Centre social du pavillon des Humanités, Cégep de Trois-Rivières, 3175, boni.Laviolelte.(819) 376-1721.Coût : 3,00 S.20h00 L'Ensemble Tirelou interprète Félix Leclerc.Salle Anaïs Allard-Rousseau, Maison de la culture, 1425 Place de I I lôtel-de-ville.10,00 $ TTC.Réservations (819) 380-9797 entre 1 IhOO et 181.00.20h30 Chanson-poésie: Ferhat, poète algérien chante pour la libérté dans son pays.Calé Bar Zénob, 171, rue Bonaventure, (819) 378-9925.Prix 5,00$.Ce montant sera versé à la famille d'un poète algérien assassiné.20h3Q Récital-poésie.Calé La Pierre Angulaire, 39, Chemin des Loisirs, St-Klie-dc-Caxton, (819) 268-3393.21h30 Erotisme et poésie, l-e Maquisart, 323, rue des Forges, (819)379-0235.Coût: 10,00 S ttc.Le vendredi 9 octobre ]9h00 Récital en langue espagnole.Salle Rodolphe-Mathieu.Pav.Michel-Sarrazin, U.Q.Lit.(819)370-1502.19h00 Poèmes en langue anglaise.Eglise anglicane St-James, 811, des Ursulines, (819) 374-6010.201.00 Chansons-poésie : Grand parleur, petit faiseur: Kevin Parent.Salle J.-A Thompson, 36/ rue îles Forges.Prix: 28,00 S + taxes et services.Réservations entre I 11.00 et I8h00 : (819) 380-9797.201.30 Spectacle de poésie en langue portugaise.Calé Bar Zénob, 171, rue Bonaventure, (819) 378-9925.211.30 Hommage à Félix Leclerc.Le Maquisart, 323, rue des Forges: Fabiola Toupin, Manu Trudcl, Viviane Arnaux, François Michaud, Guy Marcotte et d'autres.Coût d'entrée : 10,00 $.Réservations : (819) 379-0235.Le samedi 10 octobre - 20h00 GRANDE SOIREE DE LA POESIE .Maison de la culture de Trois-Rivières, 1425, place tic l'Hôtel île ville.Prix : 6,00 $ 1 PC.Réservations entre I IhOO et 181.00: (819) 380-9797.Animation: Michel Carneau.Diffuseur olliciel: Radio-Canada ME 30 poètes sur scène.Ix* dimanche 12 oclobre 1 IhOO Brune h-poésie.Le Salon du livre de Trois-Rivières reçoit Thérèse Renaud et Fernand Leduc» signataires du Refus Global (1948).I lall du Musée des arts et traditions populaires.200.Laviolelte.(819) 572-0406.Coût : 18.00 $ TTC.13h00 Poèmes en cerf*volant.Groupe l'Oeil tactile.Création de cerf-volants, poèmes et dessins.Activité familiale.Terrasse du Parc Portuaire.20hÛ0 .Jazz-poésie.Récital des médias.Avec Josée Boudreault de Cogeco Télévision et ses invités.Resto-Bar lx* Nord-Ouest, 1441, rue Notre-Dame, (819) 685-1 151.20h50 Lèvre» urbaine» fêtent ses 16 ans.23hU0 Poèmes de nuit : dernier tour du monde.Café l'Jar Zénob, 171, rue Bonaventure, (819) 378-9925.Tous les poètes invités encore présents.radio chaîne culturelle «*f Radio-Canada lilt I IJ fil t JM OFI l«.Il I r» m cm A 55 AM O n i'i'L'(».n r.Tn 17.71 H M ÙO 11 Lu 1 © ik ((OU COGECO Télévision BUROMAX Nr* |^| Nouveau Brunswick Muiib l|.*lllè« 1 ulturr Consulat Général de France à Québec Service Culturel Scientifique et de Coopération et : • xjLn I t \\(ÆW Le Nouvelliste MOI» («ft cflo MOTEL DLS GOUVERNEURS U0U Bleue dry Tourisme Québec 3 r trois -f iviflff’s Télé-Québec im i IIM « m U i A’ b monde des troglodytes urbains, des » dépossédés, des marginaux (pii n’ont pu trouver leur place se transforme presque aussitôt en un trou béant qui aspire tout ce qui vit vers les eaux glacées de la rivière (l’air, dans le tunnel, est sous pression).Et voilà les hommes projetés au-dessus d’un geyser d’eau et de boue, flottant un moment dans l’air avant de retomber dans l'East River.L’un d’eux s’est cassé les deux bras, un autre y a perdu la vie.Sa veuve, pour tout dédommagement, se voit offrir cent malheureux dollars par Randall, l’un des hommes de la compagnie.C’est le prix à payer pour avoir la conscience tranquille.Cet événement va toutefois changer la vie de Nathan Walker qui, par amitié pour le défunt et compassion pour sa femme, va se mettre à fréquenter la veuve, Maura O’Leary, avant d’épouser sa fille, Eleanor.Bien que dans ces bas-fonds tout le monde soit égal et que la couleur de la peau ne compte pour rien, Maura O'Leary prévient Walker que ce mariage ne peut avoir de suite heureuse.Elle connaît le monde qui l’entoure! Passerelles Décrire la joie du moment sis entre la vie et la mort Trois générations On va donc suivre pendant trois générations l’histoire de Walker et de sa famille: la mort de sa femme, heurtée par la voiture d’un Blanc qui se soucie bien davantage des chromes abîmés de sa voiture que de la femme qui gît ensanglantée dans la rue, la revanche de son iils (qui a fait la guerre de Corée), qui tue quelque temps après ce Blanc, est traqué par la police et battu à mort, la lente déchéance de la femme de ce dernier qui se tue à petit feu à la Tequila puis à l’héroïne, le départ au loin de ses deux filles, puis le déclin de Walker lui-même qui, perclus de rhumatismes, n’a plus que son petit-fils, Clarence, surnommé Treefrog.Ironie du sort, alors que Walker a construit le New York souterrain, Clarence, lui, le construit en hauteur.Ange équilibriste, il se promène sur les poutrelles d’acier qui sillonnent le ciel de Manhattan, sans jamais éprouver le moindre vertige.Un autre drame survient qui va briser à son tour Treefrog et le jeter dans une vie d'errance et de clo-chardise, au fond de ce même tunnel que son père a creusé.C'est là maintenant qu’il vit, entouré d’autres déchets de la société, c’est- ROSWITHA HECKE L’auteur irlandais Colum McCann à-dire d’autres êtres meurtris qui ont, comme lui, complètement décroché.Il y a un ancien flic, un ancien professeur de dessin, une ancienne danseuse, un pédophile, un batteur de femme, et lui-même, qui s’est livré à certains attouchements bien innocents sur sa fille.C’est le monde des troglodytes urbains, des dépossédés, des marginaux qui n’ont pu trouver leur place qu’a peint ici Colum McCann.Il l'a fait avec beaucoup de respect et de compassion, dans la tradition du roman réaliste, avec une touche de lyrisme qu’il est allé puiser dans leurs rêves.C’est un hommage aux sans-abri de New York, mais aussi bien aux bâtisseurs de nos empires.Car on oublie trop souvent - aujourd’hui plus que jamais! - la force de travail qui est à l’origine de nos richesses, cet immense et anonyme labeur qui a élevé nos villes, creusé nos souterrains, bâti nos chemins de fer, dressé nos barrages, dragué nos fleuves.Bien sûr, les conditions des travailleurs ont changé et on ne retrouve guère aujourd’hui de Germinal.sauf en des pays lointains.Mais il est important de se souvenir.C’est cet effort de mémoire qu’a fait McCann, l’appliquant a la riche Amérique, à son racisme, à sa cruauté, a sa mégalomanie, à sa folie des grandeurs.Mais aussi à ses petites gens, ses immigrés, ses êtres meurtris et dépossédés.La résurrection est-elle possible sans mémoire?Et peut-on s’ouvrir au ciel si on a toujours refusé de regarder en dessous?Pour ceux et celles qui aiment les histoires sensibles.dcnisjpCa inliiik.net CORPS SEUL Rabah Bekunri Gallimard Paris, 1998, 70 pages ET LA MORT ÉTAIT DONC AUTRE CHOSE Yadollah Royaï Editions Créaphis Coll.«Les cahiers de Royaumont» Paris, 1998,50 pages DAVID CANTIN La souffrance et l'angoisse sont parfois porteuses de lumière.Devant la mort éventuelle, certains poètes osent répliquer par une joie des plus sauvages.C’est ce qu'illustrent, admirablement, les livres de Rabah Belamri et Yadollah Royaï.( îrâce au recueillement intérieur, ces voix retrouvent un monde perdu dans sa brûlante unité.Depuis le décès de Rabah Belamri en 1995, son œuvre n’a pas encore reçu l’éloge posthume qu’elle mérite.À la fois poète, romancier et conteur, cet Algérien qui a vécu à Paris est toujours resté en marge des modes et des tendances littéraires au fil des quinze dernières années.Son souffle poétique vient d’un lieu beaucoup plus profond, s’enracinant dans une forme de sagesse intime.Après Pierres d’équilibre (Le Dé bleu/Le Noroît, 1993), Corps seul m’invite à redécouvrir une poésie qui puise à la source d’une douleur existentielle féconde.Ce mince volume regroupe donc les derniers poèmes de Belamri, dont la plupart proviennent de tirages limites aux Editions d’art B.G.Iafabric.Afin de reproduire les nombreuses stèles intérieures, le ton de cette parole cherche a être bref et incisif.À l'image des mouvements du derviche tourneur, ces spirales de mots forment de courtes arabesques oii réapparaît le mystère tragique du destin: «Donnez-moi une route / vers le pont noir de ma voix donnez-moi un mot qui soit une aiguille de boussole / je cherche l'œil que nulle paupière ne limite il cannait l’eau qui chante dans la fracture de lame / et le versant brûlé du ciel autour de ma gorge la racine a encore fleuri / je la croyais vaincue par les sables de la prière / est-ce des pétales ou des épines qui tombent / sur la page.Il y a là une mémoire présente qui assume l'inquiétude derrière l'apprentissage de cette «fragilité du temps».Tel un refus de s’enliser dans l'horreur humaine, ce poète éclaire le passage de l'oubli et du silence.Comme il l’exprime si bien, «ma préhistoire n'en finit pas de s’écrire".C’est à partir de cette quête de vérité que la vie devient entière, que notre parcours ne se termine jamais.Pour comprendre cette leçon, il faut lire l'œuvre unique de Rabah Belamri.Une énigme persane Malgré son exil en France, le poète iranien Yadollah Royaï demeure pratiquement inconnu des lecteurs de langue française.Désormais, grâce à l'initiative de Bernard Noël et des traducteurs de la Fondation Royaumont, on découvre ce chant kaléidoscopique qui traduit la permanence ainsi que le changement d'une sensibilité radicale.Comme l'indique son titre, Et la mort était donc autre chose témoigne d’un éveil qui résulte du combat persistant face au malaise d’être au monde.Le recueil qui suit vient, en quelque sorte, dévoiler le mystère obsédant de ce constat interrogatif.Dans l’alternance de la prose au vers, cette poésie cherche à briser le mouvement circulaire de sa propre énigme.Comme si ses élans verbaux produisaient une collision de la pensée poétique: «Quand le vent, apprenait l’erreur à la branche quand l'oiseau poussait au vent le berceau de l'erreur / dans le creux de mes mains le jet se cachait / quand je pensais à la pierre / quand je pensais à la pierre / dans ma main le lien se cachait 7 dans ma main — nid pour le jet — / jet qui était le lien — quand, parfois, je pensais à la pierre:» Peut-on parler d'une forme (h* révolte métaphysique?11 y a pourtant ici une violente collision des forces contraires qui s’unissent dans ce chant des plus intenses.D'ailleurs, on imagine un horizon intuitif où la beauté et l'effroi se rencontrent pour traduire cette mémoire confuse.Ixj poème passe ainsi de l’événement vécu à la contemplation philosophique, a travers une parole capable de les rassembler dans un seul mouvement.Quant a la traduction, Bernard Noël mentionne ce trait essentiel en quatrième di* couverture: ¦ Iss étrangetés dues à la distance entre le persan et le français ne sèment heureusement pas ici des notes exotiques: elles renforcent au contraire la présence d’une sensibilité qui, pour être radicalement autre, n’en trouve pas moins dans la langue le même miroir.» !•: I) I T I O N Le retour de John Cowper Powys Trente-cinq ans après la mort de John Cowper Powys, son œuvre rencontre un nouveau public, tant en Angleterre qu'aux Etats-Unis.L’éditeur new-yorkais Overlook Press assure avoir vendu en un an trois fois plus d’exemplaires de la réédition en format de poche ri71 Glastonbury Romance (qui date de 1933) que durant les quinze années précédentes.Ce succès est corroboré par la librairie Waterstone’s, à Londres, qui assure en vendre douze exemplaires par mois.C’est peut-être tout simplement une façon de pousser les ventes, en tout cas la presse a suivi et les héritiers et les Powys Societies des deux côtés de l’Atlantique ne peuvent que se réjouir.John Cowper Powys a toutefois toujours fait l’objet d'un culte d'admirateurs comme George Steiner, Henry Miller ou encore Martin Amis.La plupart de ses livres sont disponibles en français, répartis chez plusieurs éditeurs (L’Age d'homme, Bourgois, Criterion, Flammarion, La Différence, Gallimard.Granit, Grasset, Mercure de France, Minerve.Phébus, Seuil).Le Monde •Iff -i g i ¦P r Tni Colum McCann t .* '¦ fl sons 1 réduction sur tout*! m mm tél : (514) 844-2587 @33 Ê H H M Horaires de centres commerciaux ¦ ¦ KLasalle : Carrefour Angrignon tél : (514) 365-2587 K Laval : Centre Laval ! _ ___.j M tél : (450) 682-2587 trois jours, trois magasins.Le vendredi, le samedi et le dimanche, 2, 3 et 4 octobre 1998 Félicitations! Des milliers de jeunes ont choisi Oampigny ‘sauf les magazines, journaux et articles déjà réduits Visitez notre nouvelle boutique.______ RADIO BOUTIQUE Radio-Canada Le Match des étoiles de François Gravel Livre préféré des jeunes, catégorie 9-12 ans* le Parchemin Q U A R T I E R LATIN «No tengo nunea mas, no tengo siempre.» ( le n’ai pas île jamais plus, ni de toujours) Pablo Neruda.IWtc chilien mort quelques jours aprts le 11 septembre 197A À l’intérieur du ^ Métro Berri-UQAM Téléphone : (514) 845-5243 Les contes de Gabrielle Roy réunis pour la première fois épitê.Uei.L “R* e Contes pour entants " ILLUSTRATIONS DE NICOLE LAFOND Quatre histoires d’animaux écrites avec une maîtrise incomparable de l’art du récit, dans une prose d’une limpidité parfaite où l’humour et l’attendrissement se mêlent à la gravité secrète qui caractérise l’auteur de Bonheur d'occasion.Elles s’adressent aux enfants, bien sûr, mais également à tous les lecteurs de Gabrielle Roy.Boréal Oui ni aime me lise.112 PAGES • 19,95 S Chanson pour Frédéric de Tania Boulet Livre préféré des jeunes, catégorie 12 ans et plus* Également au palmarès Le Match des étoiles de François Gravel 4e position Catégorie 12 ans et plus* Maïna tomes 1 et 2 de Dominique Demers position Catégorie 12 ans et plus* *Les Palmarès Imprimerie Gagné des livres préférés des jeunes de la Livromagie et de la Livromanie 1997-1998 UÉBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com QUEBEC AMERIQUE I.Y.I> K V U I I! .I.\: s S A M !•: I) I :’> E T I) I M A X < Il K I (I < T 0 B II R I !) 9 .8 L I V II E s É R A T U R E CANADIENN E Le peintre et son livre LE PEINTRE DU LAC Jane Urquhart Traduction de l’anglais par Anne Rabinovitch Albin Michel, Paris, 1998,378 pages NORMAND THÉRIAU LT LE DEVOIR Il arrive parfois en cours de lecture d’un livre de se dire que celui-ci pourrait être recommencé, réécrit sous un autre angle, à partir d’un autre point de vue, ou de la réalité d’un des personnages «secondaires» dont la richesse s’impose.Non pas que cette lecture déçoit, quand tout au contraire elle crée un emballement, laisse soupçonner un désir d’en savoir plus ou de se raccrocher plus longtemps à la réalité du livre.Pourtant, quand la dernière page se tourne et que le livre se referme sur Le Peintre du Lac, tout a été dit et force est d'admettre que l’entreprise d’écriture a été menée à terme.Le nom d'Urquhart est déjà associé à la peinture canadienne.Dès les années soixante, un artiste de ce nom, prénommé Tony, œuvrait dans la région de Toronto.Comme Jane, celle qui signe le roman, s'avère être l’épouse de l’aruste, une possible lecture du roman se dessine.D’ouverture toutefois, nous sommes ailleurs.1937.Dans une baie près de l’actuelle ville de Thunder Bay, au nord du lac Supérieur.Le texte du livre, à la première personne, aurait été rédigé vers 1977.Un peintre, Austin Fraser, sans pudeur, ce que l'âge permet, fait le bilan d’une vie: «J’ai manqué I Armory Show d’un an.Je n’ai participé à aucune des deux guerres.Je ne suis jamais allé plus au nord que la rive opposée du lac Supérieur.J'ai évité l'amour.•• L’intention n'est toutefois pas autobiographique.C’est le discours, plus que les faits, qui lie les parties du livre: «Chaque après-midi, quand j’en ai terminé avec mon travail, la mémoire me fait signe de la rejoindre dans la rue, elle insiste pour que je marche en sa compagnie dans la neige.» Un discours, comme dans les propos des soliloqueurs des romans de Thomas Bernhard, dont on aurait ici soustrait le cynisme, le désabusement pour permettre d’éclore à la vie des personnages que rencontre cet artiste américain, né à Rochester, ville de Kodak, ville de l’instantané.Un discours, donc, d’une mémoire dont le déroulement n’est pas chronologique mais qui, par strates, dessine les Sara, George, Augusta ou Vivian, êtres de chair dont la réalité trace le profil du peintre.Un discours où soudainement, à quatre reprises, le lecteur est pris à partie, forcé d’abolir la distance par un «vous voyez» comme dans «Vous voyez, elle percevait, en moi, l'entrepreneur».Un monde de doubles Ce récit qu’élabore Austin Fraser, peintre à la réussite consacrée à New York, s’il est de lecture facile, s’avère de propos complexe.11 est fait de doubles.Parfois, la chose est clairement signifiée: «Il n’y a désormais qu’un seul monde de l’art [.].La guerre a achevé l'autre.» Ailleurs, il faut comprendre que la perception du père se fait par la présence d’un géniteur et d’un autre être, qu’en une Jane Urquhart Un roman sur la création et ses créateurs nuit les propos d’une femme laissent découvrir.Continuellement, l’opposi-tion « >1 s nte: le tableau et le sujet du tableau, le côté sqd et le côté nord du lac Ontario, les Etats-Unis et le Canada, le socialiste et le «capitaliste», l’épouse et la femme aimée, la nature et la vie urbaine.Ces doubles semblent cependant nette que des épiphénomènes par rapport au propos principal: le narrateur veut redonner vie à tous ces êtres dont il a tout fait pour nier l’existence, comme dans les tableaux qu'il signe où, à partir d’objets fidèlement tracés, lentement il accumule les couches successives de peinture pour que le produit final ne laisse plus rien voir de la forme des objets initialement esquissés.Dans son travail de peinture, il mène à terme cette opération d’élimination de ce que lui (et l’histoire de l'art contemporaine) appelle les pentimenti: «Ces fantômes des formes anciennement exécutées que l’artiste a eu l’intention d’occulter pour l’éternité.» En résumé, Fraser, l’auteur, se venge du peintre qu’il a été, formé qu’il fut par Robert Henri à la Art’s Student League: «Chaque sensation est précieuse, enseignait-il.Proiégez-la, ché-rissez-la, conservez-la, Ne la révélez jamais.Vous devez développer l’équilibre qui permet au monde de venir à vous, et ne lui rendre que ce que vous avez exprimé dans votre art.Si vous restez seul, sans être distrait par la société et l’amour, ce sera plus facile à accomplir.» Le portrait ainsi tracé est impitoyable: la distance mise par l’artiste avec la société va plus loin que la cruauté.«C’était bien pire.C'était un acte de.négligence.» Peindre et écrire D’ailleurs, au delà de l’auteur du récit, il y a l’auteur du livre.Jane Urquhart pose un jugement sur tout travail de création, et l’on peut penser que, si elle a choisi le monde pictural, quelle a côtoyé, plutôt que celui de la littérature, qu’elle professe, c’est affaire de distance, comme dans un défi lancé à elle-même.Comme s’il était plus facile de mettre en scène des créateurs d’un autre temps, d’un autre art (les Robert Henri, Abbott Thayer et Rockwell Kent du livre ont eu une existence réelle en ce début de siècle).Comme si l’auteure, encore jeune (elle est née en 1949), gardait pour soi le sujet d’un prochain livre, d’une plus longue réflexion à être menée.L’ambition de Le Peintre du lac est immense.L’écriture même du livre correspond au projet pictural décrit et, souvent, devant nos yeux, apparaissent le bras, l’arbre, la maison que les mots définissent.Ainsi, l’atrocité de la première grande guerre est fortement ressentie tout en faisant surgir un Canada, «impérialiste», que l'Histoire rejoint.Toutefois, le sujet du livre est bien le pouvoir de l’artiste, l’impudence d'un pouvoir: «Cette relation, cette impression que l’artiste possède, contrôle, et est donc libre de manipuler tout sujet — animé ou inanimé — qui a, même fortuitement, retenu son attention, était la pièce maîtresse de sa philosophie.» Livre magnifique, Le Peintre du lac, par son résultat, impose à l’art une œuvre de décapage: ce que le titre anglais, The Underpainter, disait clairement.Que pour ce roman Jane Urquhart ait obtenu en 1997 le prix du Gouverneur général est tout à fait compréhensible.L’art de la guerre Des grands capitaines aux grandes batailles DICTIONNAIRE DE STRATÉGIE MILITAIRE Gérard Chaliand et Arnaud Blin Éditions Périn, Paris, 1998 793 pages JOCELYN COULON LE DEVOIR La stratégie, écrit-on généralement dans les manuels des écoles d’état-major, est la conduite générale de la guerre et l’organisation de la défense de la nation.11 s’agit là, bien entendu, d’une définition restrictive qui ne porte que sur les opérations militaires d’un conflit.Gérard Chaliand et son collègue Arnaud Blin élargissent un peu plus la définition de ce concept en y introduisant les éléments politiques, économiques, idéologiques et parfois religieux qui expliquent mieux son évolution au cours des siècles.En effet, une stratégie limitée à la seule action militaire ne pourrait mener une guerre.C’est plutôt un ensemble de dispositions instrumentalisant les ressources entières des États qui est à même d’y parvenir.Le Dictionnaire de stratégie militaire a comme ambition d’embrasser tout le champ de ce que l’on pourrait appeler l’art de conduire la guerre.Gérard Chaliand, directeur du Centre d’études des conflits à la Fondation pour les études de défense de Paris, et Arnaud Blin, du Beaumarchais Center for International Research de Washington, assisté d’une dizaine de collaborateurs, ont réussi ce pari.Après une courte introduction, l’ouvrage renferme plus de 200 articles, parfois courts, parfois très longs, qui couvrent NOUVEAUTE aux Editions TROIS CLAIR-OBSCUR A RIO Claire Varin Claire Varin nous introduit dans l'univers d'une jeune journaliste québécoise qui, touchée par le Brésil dans toute sa singularité, y vit une relation amoureuse initiatique avec un moine tibétain, à la recherche d'elle-même, de l'amour.En verte chez vorre libra’re Les Éditions des Glanures et les Librairies Clément Morin ^ présentent l'eJPrix littéraire Qlément Morin attribué au salon du Livre de Trois-Rivières Bourse de 2000$ assorti d'un contrat de publication Ouvert à tous les auteurs de 18 ans et plus Chaque manuscrit doit compter au moins 70 pages (dactylographié a double interligne) Informations supplétnprtlaires: (819) 375-6180 v»19j» 537-7013 toute l’histoire militaire mondiale, de la bataille de Meggiddo, en 1457 avant Jésus-Christ à la guerre du Golfe.Mais au delà des batailles, le dictionnaire rend compte aussi des théories et principes de la stratégie, des théoriciens, des typologies des guerres et de ceux qui les ont menées.* Moyen Age Si les hommes et les peuples, qui ont guerroyé de l’Antiquité jusqu’au Moyen Age, ont peu théorisé sur la stratégie militaire, leurs actions révèlent une connaissance parfaite de cet art.«La violence armée, écrivent les auteurs, n’a pas suscité dans la plupart des sociétés une réflexion particulière tant, semble-t-il, les armes ont paru davantage devoir à la pratique qu’à la théorie.» Il y a bien, ici ou là, quelques traités sur l’histoire de la guerre, sur la pratique des sièges, sur la guérilla ou même sur la façon dont les peuples combattent.Mais rien de substantiel sur l’art de la guerre, sinon le vieux classique chinois de Sun Tzu dont l’Occident ne découvrira la richesse qu’au XVIir siècle.Cette lacune ne donne [tas nécessairement de mauvais résultats.«Il n’est point nécessaire, et l’Histoire l’atteste, de disposer d’un coipus d’écrits stratégiques pour mener à bien des opérations militaires», soulignent les auteurs.Ainsi, au Moyen Âge, en Occident, «l’essentiel du savoir en matière martiale se glanait à la chasse, aux joutes et aux combats.C’est l’expérience plus que l’étude, et parfois le talent, où l’intelligence s'allie au coup d'œil et à l’audace, qui faisait le général.» Chaliand et Blin soulignent avec justesse que la force armée la mieux organisée, la plus mobile et la plus disciplinée du monde antique et médiéval, celle des Mongols de Gengis Khan, est issue d’une société qui ne connaissait pas l’écriture.11 faut donc attendre la Rentûssar.ce, avec Machiavel, et les XVII' et XVIII1' siècles, av'-c la redécouverte des classiques grecs, latins et chinois, pour que la stratégie dépasse les seules opérations militaires et ouvre le champ de la réflexion.Le débat porte essentielle ment, disent les auteurs, sur la manière de mener les combats et le rôle du politique.Il ne durera pas longtemps puisque «la Révolution française change de façon radicale les conditions de la guerre en Europe».La guerre à caractère absolu Les révolutionnaires, puis Napoléon, imposent les notions de souverai-nefé du peuple, de droits de l’homme, d’Etat-nation, de levées en masse qui conduisent à la guerre à caractère absolu.Le temps des armées de mercenaires et des conflits dynastiques est terminé.Le peuple en arme déferle sur le champ de bataille et mène la guerre avec une fureur et une cruauté dont l'aboutissement est la destruction de l’autre.«Ix> champ du stratégique» commence à s’accroître et à se spécialiser.On étudie, de façon compartimentée, la technologie, la logistique, les campagnes, la philosophie politique et la théorie militaire.Avec l'arrivée du nucléaire, «la stratégie est divisée entre ce que les Anglo-Saxons appellent grand strategy, soit le but ultime de celle-ci ou stratégie globale, et une stratégie proprement militaire visant la conduite de la guerre», soulignent les auteurs.Deux mondes pas nécessairement incompatibles mais qui, parfois, semblent travailler l’un sans l’autre.Chaliand et Blin affirment que la stabilité apportée au monde par la dissuasion nucléaire a limité les conflits à des guerres classiques, des guerres de guérilla et des actions à caractère terroriste.Sans négliger le nucléaire, la stratégie doit donc revenir à l’étude de ses concepts classiques.Mais elle doit intégrer un nouvel objet d’analyse, la dimension sociale, écrivent les auteurs.Celle-ci prend une importante grandissante avec l’arrivée sur le champ de bataille des communications et des médias, modifiant ainsi le re gard du politique et du militaire face au déroulement d’un conflit.En constant mouvement, la guerre est véritablement un art.I.I T T É R A T U R U F R A N Ç A I S E Odes à récriture Portraits de femmes qui disent la joie de vivre GUY LAIN E MASSO UTRE DERNIÈRES FEUILLES Suzanne Prou Grasset, Paris, 1998,161 pages La romancière Suzanne Prou n'était pas pressée de mourir puisqu’elle a laissé un livre en chantier.Elle avait commencé un roman à la première personne.La mort l’a interrompu, avant qu’il ait un tiù-e.Sur son bureau, ses héritiers recueillent d’autres feuillets que sa sœur, qui préfacera l’ouvrage, identifie comme des souvenirs d’enfance.Il y a encore une centaine de pages inédites, fragments d’une autobiographie en marge de son récent Album de famille.Et puis, quelques feuillets distincts réfléchissent sur le «je» de l’écrivain.L’écriture est superbe.Dense, concise, d’allure définitive.Ainsi nait le projet d'un livre posthume, le trentième que signe Suzanne Prou.Un titre s’impose: tout simplement Dernières feuilles.Des parfums de violette «Ixi jeune jille du troisième étage se parfumait à la violette.» L’ouverture du livre est proustienne.Simple, un peu surannée, elle attise la curiosité.Cette silhouette fleurie et odorante ne porte-t-elle pas un programme d’écriture?Si elle rappelle les héroïnes des romans de Prou, c’est que la narratrice est attirée par la transparence et par le mystère de cette inconnue.En îa suivant, elle songe: «Peut-être aurais-je voulu que ma jille lui ressemblât?.C'était elle, son image vivante et gaie qui deviendrait pour moi celle du temps perdu.» Allez savoir pourquoi cette jeune fille ressuscite un souvenir obscur.Jusqu’au dernier moment, l’écriture l'a cherché.En vain.«Qui m'aimera assez pour y prendre plaisir?» Suzanne Prou, inquiète de ce «je» spontané et naturel, écrivait pour elle-même ses souvenirs d’enfance.On peut donc y voir une manière de testament.Un peu honteuse à l’idée de se dénuder, de lever le voile de la fiction, elle ouvre sa mémoire au fil d’une chonologie très souple.Le récit y gagne en sincérité et en générosité.Son but?Relier le décor de sa jeunesse à ses romans, parce qu’il lui a fourni plus d’un cadre et maintes anecdotes.Elle boucle ainsi son œuvre et sa vie, en retournant ves les premiers pas d’une double existence.Née en 1920, elle demeure attachée aux tableaux chatoyants et heureux de sa Provence natale.Grimaud, Cirasse, puis Biskra, en Algérie, et Nam-Dinh, en Indochine, prêtent lieu à des descriptions méticuleuses de la campagnarde.De retour dans la métropole, elle découvre Gide, Proust, Valéry et Joyce, lectures marquantes qui contribuent à la folle ambiance de l’époque, que symbolisent les chansons de Charles Trenet.Après la guerre, viennent les premiers romans — les manuscrits retournés, les attentes infructueuses, le labeur acharné.Écriture et socialisme Enfin, le succès arrive avec Pata-pharis, soutenu par Alain Bosquet.Écrire devient alors sa raison sociale: «J’écris comme l’arbre donne ses feuilles: à l'époque du renouveau je donne les miennes, moi aussi.» De là, elle s’engage dans le parti socialiste et milite dans un mouvement pour la paix.Pourtant, ses romans ne sont guère politiques.Mais elle regardera toujours la bourgeoisie d’un œil critique.Malgré tout, elle préfère retourner aux vieilles gens et aux choses anciennes: «Le passé en s’éloignant devient poésie, il est la richesse que je garde, l’humus qui a nourri mes racines et qui continue jour après jour de m'alimenter.Pourquoi me priverais-je d’évoquer la terrasse des Bernardini, ou le baguier d’albâtre de ma mère, ou le pré foisonnant de narcisses, ou le coins Mirabeau et ses fontaines, puisque je les ai aimés?» Les dernières pages donnent un vrai bonheur de lecture.Quand elle évoque le plaisir d’écrire ce léger mouvement de la main qi accroche une image fugace, nous approchons du visage secret de cette femme élégante, intérieure et plutôt retenue.Et son «je», habité et mobile jusqu’à la Les Éditions desGlanure$ ettxc nxtiisc-iv ejut A't'ut'Û o fini .Vous aimez les histoires ?Avec Le Roman de Julie Papineau Micheline Lachance vous fera aimer l'Histoire ! ttr nnountwr ¦ hAcokelu^c lackHPioe, tw tcmtlLfce CJ\AI défHM-tiàn hjotre yeux.le MARDI G octobre 1998, à 19 h 30 à la Maison de la culture Frontenac ( métro Frontenac) - Entrée libre Ses livres seront vendus sur place par la Librairie du Square.Animés par Jean Fugère, Les mardis Fugcrc sont une production de l'Union des écrivaines et écrivains québécois, en collaboration avec conseil la Maison de la culture Frontenac.DlsjzfRTS 'S^f UNI O | |, Djryom @ VIII* de Montréal rhe UiwiihII SUZANNE; PKOIJ Dernières Feuilles fin, plus près que jamais de Suzanne Prou, estompe joliment la démarcation entre la réalité et ce qui a peut-être été son imagination rêveuse.LA LANGUE D’ANNA Bernard Noël POL, Paris, 1998,102 pages Faut-il présenter le poète-romancier, auteur de contes et critique d’art Bernard Noël?Si vous ne le connaissez pas, sachez qu’Aragon le tenait «pour l’un des poètes les plus importants de notre temps».Il possède un public fi-dèie, amateur de fortes émotions esthétiques.C’est un écrivain obsédé de visions, qui aime la matérialité des corps et des objets.Qui vous plombe à ses côtés le temps de la lecture et vous laisse une sensation de vertige.En somme, ses happy few voient dans son œuvre exigeante, originale et presque hautaine un accomplissement inégalé.Héritier du surréalisme, né en 1930, Bernard Noël a frotté son écriture au contact de Matisse, Magritte, Moreau, Zao Wou-Ki, Artaud, et de bien d’autres.Il a signé un magnifique volume sur les Peintres du désir, en 1992.Il s’y livre à son thème favori: la matérialisation du désir, du sublime, des sens, de l’obscur et de l’immédiat.On y comprend comment le monde, d’un genre entièrement féminin, lui procure l’occasion de voyager dans son propre corps, matrice de tous ses iivres.Il fui proche de Maurice Blanchot et grand lecteur de Georges Bataille.Poète et homme d’expérience, il a choisi de faire de l’écriture «l’expérien-ce de l’expérience».Manière de dire que la création dépasse ce qui est fait, vu et entendu; donc la mort.C’est un homme du paroxysme contenu, du drame immobile.Il porte ses mots comme des flambeaux, pour ranimer la quête du sens.Ti cliva et le langage Dans son dernier texte, La Langue d'Anna, un court roman en forme de monologue, il donne la parole à une diva au seuil de la mort.Élle va libérer une charge viscérale.En un seul paragraphe, encadré par des points de suspension, Anna avance en elle-même, souveraine, pour chercher le noyau solide de son être: «J’entre sur une scène et je me retrouve dans ma tête.Je femtf donc mes yeux et j’entre dans un rêve, qui est ma vie.» Le texte est éminemment théâtral.Anna est un être de papieh dont les mots portent jusqu’à sa bouche toute la sensorialité du langage.Bernard Noël rend hommage atic actrices italiennes, ces Juliette, anxiété de Vérone.«J’ai trop de nez, trop (\e seins, trop de hanches, trop pour uft monde où compte seulement la peak, mais c’est avec ce nez, ces seins, ces hanches que je contruis un corps assiz souple pour se glisser dans toutes lès têtes.» Immatérielle, la langue d’Aniçi joue des apparences.Elle a les mots pour toucher nos rapports au^ autrefe, pour se glisser sous îa peau.Élan originel, elle est la muse enfin faite auteu-re.Mais elle est surtout la voix de ra rumeur que chacun porte en soi, l’iç-avouable, la pulsation, l’intime désir de vivre.U' plus désarmant pour le lecteur, c’est que, dans cet état physique de création, il n’existe plus d’inconscicifl.Pas d’interdit ni de retenue.les peu fs et les joies, l’insolence et les cris soldent naturellement.lu langue s’ouvle à une jouissance déliée.Lisez, poqr sentir la vie impétueuse couler.Henwut Soc! La Langue d’Anna I.K l) E V 0 I U .I.K S S A M K I) I :i K I' I) 1 M A \ < Il K I Réitéré mains libres pour une consultation facile Svo, > vi/ Us Édition» LOGIQUES TÏ4,s ! Chercher et trouver dans Internet 144 pages Reliure mains libres I En vente dans toutes Tes bonnes librairies' Les Editions LOGIQUES — Distribution bhcIusIvu: I ot iinisi.n I 1226, rue de Condo, Montréal (Quebec) H3K 2E4 tel.: (514) 833-2226 • Fan: (514) 933 218?lofllquB@cam.orB • http://www.loglquo.com Laurent-Michel Vacher La passion du réel La philosophie devant les sciences m : mm ’ •>4 jteA.' L I V H E S malgré son enthousiasme et la pertinence de certaines de ses critiques concernant le constructivisme, n’est pas parvenu à me convaincre du caractère incontournable de la science pour l’entreprise philosophique.Mon inculture scientifique joue peut-être pour une part, mais elle ne saurait expliquer le fond de ma résistance.Ma conviction, c’est que la solution constructivisme-réalisme scientifique n’épuise pas l’éventail des postures possibles sur le plan philosophique.Accepter que l’univers naturel puisse exister indépendamment de ma construction de sujet connaissant, cela ne signifie pas que les philosophies autres que le réalisme soient obsolètes et exclues.Pour connaître le réel qui m’entoure et que j’accepte comme tel, la science m’offre sans conteste une voie royale que je serais stupide d’ignorer.Cela dit, pour réfléchir à l’absurdité de l’existence humaine, pour essayer de comprendre Auschwitz, pour reconnaître que le concept de «il y a» de Lévinas cerne avec force l’expérience d’une conscience humaine au contact du monde, fut-il construit ou réel, à quoi cela me sert-il de savoir que la charge d’un électron est de 1,602.10-19 coulomb?Vacher a sûrement raison: une certaine philosophie s’est sentie en compétition avec la pensée scientifique et ce fut son erreur.Cependant, quand Vacher dit que «scientifiques et philosophes sont partenaires en pensée» et qu’il ajoute que les seconds ne sauraient revendiquer une quelconque valeur sans se mettre à l’école des premiers, il en commet une lui aussi.La philosophie partenaire de la science?Oui, dans certains cas.Inexorablement soumise?Non.Dans La Passion du réel, une contribution importante à notre vie intellectuelle qui devrait fouetter les philosophes québécois, Laurent-Michel Vacher cite une phrase magnifique de Robert Debré: «Nous avançons dans l’obscurité, lentement, nous n'avons guère de force.Mais nous avançons.» La science, bien sûr, peut nous y aider.Mais la lanterne philosophique, même ignorante de la nature des protons, nous demeure indispensable.louis.coniellier@collanaud.qc.ca I C LES SOIREES fit es L’URGENCE OU LA DÉVALORISATION CULTURELLE DE L’AVENIR?Conférence de Zaki Laïdi Auteur de Géopolitique du sens, Desclée de Brouwer Malaise dans la mondialisation, Textuelles Le temps mondial, Complexes Un monde privé de sens, Fayard Le mardi 6 octobre 1998, à 19h30 Goethe-Institut, 418, rue Sherbrooke est Pour information : Librairie Zone libre Tél.: 844-0756 Dictionnaires, arobas et méthode DICTIONNAIRE DES MOTS CROISÉS Ixirousse Larousse-Bordas Pains, 1998,1026 pages La nouvelle édition du Dictionnaire des mots croisés répertorie les noms communs et les noms propres du Petit Ixirousse 1998.Ce répertoire méthodique contient plus de 106 (XK) mots regroupés selon leur nombre de lettres; ils sont classés dans l’ordre alphabétique normal, puis dans l’ordre alphabétique inverse, c’est-à-dire à partir de la dernière lettre du mot.On y trouve* également quelques tableaux annexes: les pays avec les capitales, les monnaies et les langues, les éléments chimiques et leur symbole; les unités de mesure et leur symbole; les divinités et héros de la mythologie.DICTIONNAIRE DES MOTS CROISÉS Use Beaudry Les Editions Québécor Outremont 1998,437 pages Alors que le précédent ouvrage se présente comme un répertoire méthodique de mots, celui-ci est de facture différente.L’auteure a en effet compilé les définitions de grilles des grands quotidiens et de divers magazines spécialisés des douze dernières années.Il renferme plus de 140 (XX) mots, y compris d’innombrables antonymes, synonymes, noms d’affluents, de cours d’eau, de localités, d’îles, de lacs, de ports, d’aéroports, de pays, de monnaies, de symboles chimiques, de constellations, d’animaux, de plantes, d'arbre;?, d’écrivains, d’artistes, de chefs d’Etat, de Prix Nobel, de papes, de dieux, etc.Les cruciverbistes y trouveront leur compte.AGENDA 1999 DES CONNAISSANCES Testes de Marie-Noël Delatte Editions de la Pleine Lune Montréal, 1998,38-1 pages Connaissez-vous la signification de l’arobas des adresses électroniques?U* nom de l’arbre emblématique du Québec?Celui de l’homme qui fut le premier à apercevoir les anneaux de Saturne?L’origine du réseau Internet?Savez-vous en quelle année fut délivré le premier passeport?Qui était Emmeline Pankhurt?Ét Dracon?Avez-vous entendu parler de la calmoduline?Les réponses à toutes ces questions, vous les trouverez dans l'Agenda des connaissances 1999, qui se démarque des agendas classiques en vous apportant, à chaque jour du calendrier, un court texte sur des sujets aussi variés qu’intéressants.Un agenda de belle présentation et différent.IA MÉTHODE SILVA POUR LES DÉCIDEURS José Silva et Robert B.Stone Traduit de l’américain par Véronique Julien Editions Hélios Genève, 1996,191 pages Avec cette méthode qui, depuis plus de vingt ans, a fait le tour du monde, vous apprendrez à combiner le côté logique de votre cerveau avec l’autre côté — souvent endormi —, celui de la créativité.«Nous sommes allés aussi loin que nous le pouvions avec les processus logiques, déductifs et intellectuels de l'hé-misplière gauche.Mais notre éducation a largement ignoré les facultés intuitives, perceptives et créatrices de l'hémisphère droit», estiment les auteurs.Cet ouvrage développe les applications de la méthode Silva dans des dizaines de caè courants d’interactions avec des personnes dans les contextes les plus divers.Les responsables, tant au niveau de la famille que dans une entreprise multinationale, peuvent appliquer ces techniques, affirme-t-on.Renée Rou an DENISE DESAUTELS «LA NARRATION, TRÈS DÉPOUILLÉE, EST TRAVERSÉE D’IMAGES SÉDUISANTES.» Robert Chartrand, Lu Devoir «Un très grand PLAISIR DE LECTURE.» Danielle Laurin, Radio-Québec «Tout est mesuré, NUANCÉ, MODULÉ.» Laurent Maii.hot, Le Couac Denise Desautels Ce fauve, le Bonheur • l’HEXAGONE 21,95 S l’HEXAGONE U GiÛÜPÏ L JU £ umam I K I» K V () I II .I.!•: S S ,\ M K I) I 3 !'¦ T l> I M A \ (! Il K | o c T n |i || |.; | DDK Baptiste Morgan roman L/n.Ui/iii mânic Quorum -Ma*-»! l.O
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