Le devoir, 31 octobre 1998, Cahier D
"HP ~Æm ndue» littéralement en l’espace d’un an! ' «Je suis folle, complètement folle! C'est un défi que je m’étais donné, je me suis obligée à le faire parce que je me suis dit: “C’est maintenant ou jamais.” Et je l’ai fait!» VOIR PAGE D 2: ARDENTE MARIE LE DEVOIR Lettres québécoises Page I) 2 Le feuilleta» Page I) 5 Essais québécois Page I) 7 Faune grimaçante d’une nuit v A la fin octobre, les esprits plus ou moins infréquentables arrivent dans les rues.et sortent des librairies 0 1)1 LE T R KM H LAY LE DEVOIR T oute une faune de la nuit reprend du service le jour de IT lalloween, une faune menaçante et inquiétante usant de sortileges, de fioles, d'enchantements pour nuire aux insolents mortels qui ont ose les defier.Dénions, sorcières, fantômes de tous poils, croque-mitaines et lutins font la ronde dans l'obscurité des rues en tendant des citrouilles.Arrive la fin d’octobre.ces esprits plus ou moins infréquentables atterrissent sur les rayons (les libraires entre les pages d’ouvrages merveilleusement illustrés où les hiboux et les pendus hurlent a la lune.Ils racontent et mettent en images des histoires d’épouvante, mystérieuses et poétisées a I attention des enfants mais aussi des adultes qui les parcourent avec un frisson et un sourire.L’Halloween est la nuit de toutes les superstitions, prévient-on le lecteur.Faire sa lessive consisterait à laver son propre linceul: labourer les champs reviendrait a faire œuvre de fossoyeur.Quant aux chevaux, s'ils ne sont pas rentrés a l’écurie le star venu, les âmes erra ides risquent fat de les emprunter et de les exténuer.•• Les editions Avis de tempête, spécialisées dans le fantastique de haut vol, publient chaque automne les perles du genre, dont le superbe Halloween.Sur des textes de Patrick Jé-zéqucl et Bénédicte Murant, on y présenté, sur fond d’I listoire et de traditions populaires, toute la garde et l'arrière-garde des esprits malfaisants qui rôdent en cette nuit fatidique.Cérémonies païennes La fête de ITIalloween remonte a de vieilles traditions celtiques, près de dix siècles avant notre ère.la nouvelle année débutait alors le premier novembre, nuit au cours de laquelle les trépasses, les humains et les démons se mêlaient soudain en d’étranges cérémonies païennes et festoyaient autour de grands feux.A l’avènement du christianisme, la fête des morts garda sa case du 1 novembre et sa veille: «AU Hallow s Even- s'est transformée finalement en Halloween.Place donc aux suppôts d'enfer qui y dansent le sabbat.Voici la sorcière, édentée, redoutable, à nez pointu et a fichu: «Un corbeau espionne et vole pour elle, une araignée, cachée derrière l’oreille, lui susurre secrets et conseils; un chat noir aux perçants yeux verts lui rappelle son alliance avec Satan, tandis qu’un crapaud habillé de velours et de clochettes la suit partout et s’introduit léi où elle ne peut aller:•• Pas recommandable, la sorcière.On aura droit à la liste des quinze crimes dont cette engeance le-minine infernale se rendait coupable.David Tomas Page D!l Formes Page I) 12 Cette saison, le groupe Ville-Marie Littérature vous propose pas moins de vingt-sept nouveautés.CONSULTEZ NOTRE CATALOGUE COULEUR INSÉRÉ DANS CETTE ÉDITION DU DEVOIR.LE GROUPE k-»vY l’HEXAGONE vlb éditeur ^ JL.JiJDLu I) 2 I.K I) K V 0 I I! I.K S S A M K I) I Al II (' T (I B R K K T I) I M A X (’ E I X 0 V K M li H E I II II M Livres ^VA FAUNE L’horreur est ici en majesté, délicieusement terrifiante SUITE DE LA PAGE D 1 Le démonologue Jean Bodin, qui sévissait au XVL siècle, précisait avec grand sérieux que la nature noire de ces dames se reconnaissait à certains traits précis, entre autres: «Elles se nourrissent de chair humaine, de pendus ou de frais cadavres» et «Elles se font les esclaves du diable et copulent avec lui».Au bûcher, les sorcières! Leurs amis, les démons aux corps monstrueux, à la pilosité foisonnante, maladroits et stupides, ne cessent de brûler leurs longues queues aux flammes incandescentes de l’enfer.Dans le cortège de l’innommable qui gémit dans la nuit suivront les fantômes en une ondulation sinistre, susceptibles et revanchards, dont le moindre manque d’égard suscite l’immortel courroux.Frappés par le grand froid intérieur qui suinte de leurs tombes humides, ils mendient un peu de chaleur humaine ou, à défaut, l’âtre des cheminées, et émergent du cimetière à la queue leu leu en quête d’un peu de feu.«Après le coucher du soleil, les âmes des morts sont plus serrées sur terre que le sable sur la côte, dit-on.Et ils profitent de l’ombre grandissante pour s'échapper de leur couche funèbre.» N’allons pas oublier les lutins tour-menteurs, taquins et fantasques qui ne rêvent que de tours pendables, ni les ogres en mal de chair humaine, pervers, insatiables, aussi monstrueux qu’ignobles.Ces personnages voraces sont nés de l’imaginaire collectif à l’heure des famines et des épidçmies dévastatrices dans un Moyen Age où la chair enfantine, tendre et dodue, était convoitée.Les contes, les traditions populaires allaient fricoter aux enfants des destins funestes, les engraissant dans des cages pour nourrir ogres et sorcières affamés.L’horreur est donc ici en majesté, multiforme, délicieusement terrifiante.En témoignent d’autres volumes publiés pour la circonstance, dont le beaucoup plus sérieux Dictionnaire du Diable de Roland Villeneuve.Cette brique entend explorer toute la symbolique attachée au Malin, qui n’a pas perdu sa popularité en un monde où tant de sectes se proclament de son esprit malfaisant.«Sa griffe n’apparait-elle pas en filigrane / ÉDITIONS AVIS DF.TEMPÊTE Une page A’Halloween.Sorcières, luti)is, fantômes et autres croquemitaines.dans les guerres, les holocaustes et les génocides qui de manière sinistre jalonnent le cours de l’Histoire au XX' siècle?», demande l’auteur en invitant le lecteur à se familiariser avec la bète.Envoûtements posthumes, faiseurs de pluie, grimoires, sorcières, ténèbres extérieures, Vénus noire: à chaque mot clé sa référence historique, sa rubrique sulfureuse.Invitation au voyage dans l’ombre des terreurs inconscientes, ce livre, comme tous ceux qui émergent à l’Hallo-ween parmi les citrouilles à rictus, nous rappelle que la raison est une mince coquille sous laquelle toutes les angoisses du monde pullulent en prenant d’inquiétants visages.HALLOWEEN Sorcières, lutins, fantômes et autres croque-mitaines Patrick Jézéquel et Bénédicte Morant Illustrations de Jean-Baptiste Monge et Erlé Ferronnière Avis de tempête, Morlaix, 1997, n.p.DICTIONNAIRE DU DIABLE Roland Villeneuve Omnibus, Paris, 1998,1084 pages ARDENTE MARIE Intense.Un mot, un seul, pour résumer la femme, l’œuvre, les personnages aussi SUITE DE LA PAGE I) 1 En attendant la naissance publique de cette trilogie — dont elle ne souffle mot pour l’instant —, la romancière évoque avec sa passion légendaire ces personnages qui ont habité le passé littéraire encore récent.Ils ont pour nom Laurent et Nathalie, leurs vies chamboulées à la naissance de la petite Erica, leur univers broyé le jour où le petit ange de neuf semaines s’envola.«Reçu le rapport d’autopsie.Rien.Aucune raison, aucune cause connue.Hypothèse: stress, absence d'un certain réflexe d’autoressuscitation.Comme ça.Un bébé de neuf semaines serait supposé se ressusciter lui-même?[.] Ne sont sfirs que d’une chose: elle est morte.Erica est morte.Elle est morte normale et en santé.Quelle dérision! Ils ne savent pas que c'est pire, que c’est atroce de n'avoir aucune raison?[,.] Cause du décès — inconnue ou presque: syndrome de mort subite du nourrisson.» Devant la mort de cet enfant si longuement attendu, un couple s’anéantit pour mieux se reconstruire.Laurent et Nathalie.Tous deux assommés, affaissés par cette mort survenue au moment où on attendait tout de la vie.Pour s’empêcher de sombrer, lui doit s’accrocher à l’amour qui le lie à cette femme flamboyante.Pour éviter de couler, elle doit vivre sa dérive, heurter tous les obstacles et souffrir pour s’assurer qu’elle existe encore.«Perdre un enfant, c’est déjà affreux, explique Marie Laberge.Mais perdre un enfant sans raison aucune, c'est un scandale, un vol pur! Survivre à son enfant, c’est totalement à l’envers du mouvement normal de la vie.C'est très difficile pour moi de retrouver l’origine exacte de ce livre, mais ce que je sais, c’est que de toutes les morts, la mort d’un enfant est la plus puissamment révoltante.Et je pense aussi que c'est la plus mutilante et la plus dévastatrice.» Écrits sensibles Fidèle à sa fibre passionnelle, à cette proximité d’avec les émotions — qui lui coûte autant qu’elle lui offre, affirme-t-elle — l’auteure de Noël Audet Par F autrui UOmbre de Vepervier LECTURE DE POESIE LE NOROÎT/OLIVIERI Pierre DesRuisseaux Louise Dupré Pierre Ouellet Nicole Richard Olivieri l i b r a l r e Mercredi le 4 novembre 20 heures La soirée sera animée par Hélène Dorion et Paul Bélanger RSVP 739.3639 5219 ch.de la Côte-des Neiges 514.739.3639 fax: 739.3630 H3T 1Y1 métro Côte-des-Neiges teur I félicite ses finalistes au Prix du Gouverneur général du Conseil des Arts du Canada 1998 La Terre promise, Remember ! Revoici du Noël Audet tendre et mordant.Cette fois, il réussit un portrait truculent du Québécois éternel.Une fresque humoristique mettant en scène sa grande famille québécoise, telle que le temps l'a dessinée depuis Jacques Cartier jusqu'à Lucien Bouchard.L'une des oeuvres littéraires les plus ambitieuses de notre époque.La Terre.promise, Remember.368 pages, 22,95 $ Régine Robin Hélène Rioux Le Golem de l’écriture Traduction du roman Self de Yann Martel QUÉBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com OiiiBic amiriqui Le Golem de l'écriture De r.mtohction .lu Uvbcrsoi rntowii ¦ Marie Laberge / Unreal 47 ans ajoute avec cette cérémonie angélique un maillon de plus à la chaîne des écrits sensibles, aux côtés de Juillet, Quelques adieux, Le Poids des ombres, Amabelle.Qu’ajouter, se demande-t-on, à l’épais registre des entrevues quelle a accordées au fil des écrits, toujours dipo-sée à se raconter, à dévoiler l’âme de ses personnages comme on parle d’une meilleure amie, d’un amant ou d’un frère chéri.Séductrice, oui; charmante, aussi: envoûtante, assurément; agréable, c’est certain.Jonglant de nouveau avec l’urgence de vivre — cette ardeur qui l’anime elle-même de la prunelle de l'oeil à l’éclat de rire en passant par le geste, tout aussi théâtral que le propos —, Marie Laberge a envahi l’espace de ce couple en pleine cassure, tentant d’imaginer la douleur suivant la perte d'un enfant, les divers modes de survie qu’on imagine pour arriver à sortir la tête de l’eau noire et glacée.«C’est sans doute parce que je n’ai pas d'enfant moi-même que j'ai réussi à aller dans ce coin inaccessible pour plusieurs.Avec un enfant, je crois que serais incapable d’écrire une chose pareille.» Pour parler de la vie, c’est le coup de la mort qu’elle emploie de nouveau.Sous la lorgnette de ce couple solide, uni par un amour vrai, toutefois rudement ébranlé par l’éclatement de leur trinité familiale; mais aussi par une troisième voix, celle de Rémi, séropositif depuis longtemps confronté à l’idée de la mort.«De nos jours, on a une façon de nier quelque chose de très fondamental, et qui fait partie de la vie: la mort! explique Marie Laberge.Ce qui fait Commandez vos livres chez Renaud-Bray Nous expédions partout au Québec poste* ou messagerie.I Montréal : 342 - 2815 I Extérieur : 1-888-746-2283 E-mail : saduncnaud-bray.com Les corps en sursis Stefan Psenak Roman Éditions du Nordir 15$ lifl ' * qu 'on ne règle rien, je pense, et que les morts s'empilent les unes sur les autres sans qu'on ne les ait jamais affrontées.Pour vivre intensément, il faut vivre avec ses morts, pas contre eux, pas en dépit d'eux, pas maigre, mais avec.Apprendre que ça fait partie de la vie.» Les deux «je» Pour trouver la voix de cette douleur qu’elle transmet, Marie Laberge expérimente ici une toute nouvelle forme d’écriture: non seulement ose-t-elle l’emploi du «je», mais elle le prête à ses deux personnages principaux, Laurent et Nathalie, qui écrivent parallèlement un journal.Ce journal personnel qu’on ouvre et qui constitue la totalité du livre, est très régulier, et ses auteurs y sont fidèles.Sans jamais se lire l’un et l’autre, les deux amoureux couchent sur papier la couleur de leur dérive.Une page Nathalie.Une page Laurent.«Cette structure m’est venue dès Iç début, et s’est imposée rapidement.A cause de l’ampleur de la douleur, poursuit la romancière, quj construit toujours ses romans aux Etats-Unis, au bord de la mer, toute seule pour s’abandonner à l’écriture.Je voulais que le lecteur entre lui-même dans cette douleur sans que j'aie besoin, moi, de l'amener.J’ai d’abord eu peur que cette forme nouvelle m’empêche de m’abandonner aux personnages, qu’elle mène à la censure.Mais j'ai vu qu’au contraire, cette règle me donnait la liberté au lieu de la contrainte.» Plus jeune, la petite Marie ressentait une certaine exaltation à l’annonce d’une cérémonie des anges dans la paroisse.«C’était l’expression consacrée pou r les funérailles d’un enfant.» Exaltation parce que tout ce qui entourait cette cérémonie avait tout pour laisser croire à un bel événement plutôt qu’à la grisaille d’une tragédie.«Il y avait le nom lui-même, très beau, puis ce petit cercueil blanc, qui ressemblait presque à un gâteau de noces.Et puis j’apprenais tout à coup qu’il y avait un corps d’enfant mort dans ce bel objet.J’avoue que le choc était assez intense.» Intense.Un mot, un seul, pour résumer la femme, l’œuvre, les personnages aussi, tout ceci intimement lié et mêlé.L’auteure a de nouveau servi le bouillon des émotions, une tempête psychologique qui l’apaise elle-même une fois couchée sur papier, en laquelle il semble que des milliers de lecteurs se retrouvent.«Je ne sais pas si j’essaie d’écrire le sentiment d’urgence ou si c'est ce sentiment qui me pousse à écrire.Tout ce que je sais c’est qu'on n’est pas obligé de s'éteindre avant de mourir.Et bien sûr, écrire des choses comme celles-là, c’est grave, dense; c'est vrai.Mais je ne peux pas perdre de temps à autre chose! De toute façon, je ne saurais pas comment écrire ni vivre autrement.» LA CEREMONIE DES ANGES Marie Laberge Boréal, Montréal, 1998, 343 pages Nfr* n p, I S ' OKI's I, J’ouvre un œil.Inès est à quelques pas de moi.Elle se rhabille lentement.je y est m, Aüfflt A Regroupement des éditeurs canadiens-français LE DEVOIR » 4 I !•; I) K V O I It , I !• S S A M K I) I Al II < T (I I! I! K K I I) I M A X < Il K I " X 0 V K M I! I! E I !l il S i) -*• L I V R E s »- LETTRES QUÉBÉCOISES Les mémoires d’enfer d’une petite fille LA PETITE FILLE QUI AIMAIT TROP LES ALLUMETTES Gaétan Soucy Boréal, Montréal, 1998,181 pages Les romans de Gaétan Soucy — il en est à son troisième depuis 1994, après L'Immaculée Conception et L’Acquittement — sont des constructions rigoureuses et délicates, des univers labyrinthiques où le lecteur doit accepter de se perdre quelque temps avant de pouvoir s'y retrouver.Il faut être patient et attentif à la lecture de ces énigmes qui ne s’éclairent souvent qu’à la toute fin, menées avec autant de fantaisie que de discipline, conjuguant esprit de finesse et esprit de géométrie.Soucy poursuit une œuvre de la «cruauté» comme l’entendait Antonin Artaud à propos de son propre théâtre, c’est-à-dire une entreprise d’une extrême rigueur.Mais où se cache donc la petite fille qu’annonce le titre du roman de Soucy?On ne la trouve guère dans le premier tiers du livre et lorsqu’elle apparaît soudain, c’est une révélation pour elle comme pour nous.Pourtant, elle était là depuis le début, petit arbre caché par la forêt.Mais nous, pauvres aveugles, n’avions pas su la reconnaître.Nous sommes guidés, il est vrai, par un narrateur plein de bonne volonté, mais fantasque.Et puis, il a son âge et ses soucis qui ne l’aident pas dans la rédaction de ce qu’il appelle son «testament» familial.lin domaine délabré Son récit aurait pu être un conte merveilleux ou fantastique.Le climat et le lieu s’y prêtent, dès le début.Nous sommes dans un domaine délabré entouré d’une pinède: c’est là qu’habitent le narrateur, son frère et leur père, qui vient de se suicider par pendaison.Ils vivaient en sauvages», à l’écart du monde.Ils ne fréquentaient personne; seuls quelques-uns de leurs «semblables» passaient par là: un quêteux, quelque associé du père.Iæs deux enfants vivaient sous la coupe de ce dernier, père archétypal, véritable figure biblique: chaque année, il sacrifiait un bouc; il avait ses tables de la loi, un «code de la bonne maison» en douze articles; et les frères le soupçonnent de les avoir créés, comme l)ieu l'a fait pour Adam, avec un peu de boue qu’il aurait animée de son souffle.L’homme était sévère.Dur, même: il distribuait volontiers des «horions» aux deux enfants.Ils le craignaient, certes, mais le narrateur reconnaît que «Père existant de ce côté-ci des choses, la vie du monde du moins avait un sens»’, «tout cela avait une direction».S’ils reconnaissent son rôle tutélaire dans leur vie, les frères le traitent, depuis sa mort, avec un irrespect qui a parfois des accents comiques.1-e narrateur désigne plaisamment la jeunesse de son père comme l’époque où il était «beau bonhomme».Et son frère s’apprête à scier tranquillement le corps du pendu: ainsi pourra-t-il l’incinérer dans le poêle, en pièces détachées.Car maintenant que les voici orphelins, ce qui les occupe, ce n’est ni le deuil, ni le chagrin, mais la manière la plus commode de disposer du cadavre.Ils ont songé à un cercueil d’abord, bien sûr.C’est pour en chercher un que le narrateur (il se dit plus débrouillard et plus intelligent que, son frère) s’est rendu au village.A un prêtre qui lui demande où est sa mère, l'enfant répond qu’- K H Tout ce qu’il faut savoir pour comprendre le Québec d’aujourd’hui 4oo pages inédites .\£\)fcV°W 21,95$ La vie québécoise sous toutes ses facettes Un bilan complet, illustré et chiffré Une rétrospective des événements marquants Une analyse des grandes tendances sociales, démographiques, culturelles et économiques Un survol de l'actualité dans toutes les régions Un dossier spécial sur l'évolution de la criminalité Une synthèse des plus récentes données sur les pratiques religieuses En vente chez votre libraire -*¦ L I V R, E S L 1 T T É R A T U R E FRANÇAIS E Les amants damnés Sur les ailes du désir; le saut de l'ange RIVE DANGEREUSE Christine Chaufour Verheyen Fayard, Paris, 1998,396 pages G U Y LA I N E M A S S O U T R E Existe-t-il un mythe qui ne soit pas littéraire?se demandèrent un jour des spécialistes réunis, üi question n’était pas celle du Sphinx, iqais elle contenait la réponse.Car Œdipe, Icare et Orphée, Eve et Antigone sont des symboles qui racontent la chute de leur Atlantide.Ces récits, qu’on appelle des mythes, deviennent des romans en se transformant en faits divers.C’est là une façon de comprendre l’imaginaire littéraire.Or, Rive dangereuse est une telle île fantastique, un lieu fatal auquel l’espoir s’agrippe.Pur fantasme, métaphore de la chute collective, le rêve des amours damnées gravite autour de notre condition mortelle.Iii où l’homme confronte le sacré, où la nature émerge du chaos.Le «bateau ivre» de cette expérience tangue dans une effroyable tempête, hésitant entre renaître et s’engloutir.Christine Chaufour Verheyen, philosophe de métier, revivifie l’esprit de cette aventure, la tentation de l’utopie, symbolisée dans son roman par l’enfant, et de l'apocalypse, qui s’accomplit dans une chaîne de morts volontaires.L’archétype qui fonde ce livre est ici le plus connu de tous: le mariage interdit d’Œdipe avec Jocaste, sa mère, et le destin tragique dont les enfants héritent.Le mot tabou est l’inceste, cette union réservée aux dieux, mais prohibée aux humains.Faire de ce lieu commun le motif romanesque central était doublement risqué.Le lecteur ne recherche-t-il pas les divertissements inédits?Mais l’auteure relève le défi: ce premier roman nous propose un examen de conscience palpitant, une cosmologie parfaitement sentie et, surtout, un élan éclairé dans le monde d’aujourd’hui.La fureur incestueuse Au départ, il y a le viol de Marie, lorsqu’elle a douze ans.Un enfant naît, qui est placé en adoption.Mais Marie suit un chemin aveugle qui la propulse au centre d’un amour merveilleux, avec ce fils dont elle ignore l’identité réelle.Tels Isis et Horus, les dieux égyptiens, ils auront quatre enfants, unis et déchirés par un amour mortifère.L’autisme continue, en éludant l’horreur qui fonde la tragédie antique: le frère et la sœur s’aiment charnellement, exaltant leur propre essence dans l’unité amoureuse et troublée qui leur a donné le jour.Attisée par le risque du châtiment suprême, qui plane au-dessus de la morale, leur passion pousse à un paroxysme des moments de délire délicieux.La trame est simple et révulsive, mais notre imagination s’empare rapidement de la parabole.Habilement distillée dans le monde actuel, sa vérité intemporelle met en branle les émotions du mythe.C'est une question de foi, cet «éclair de joie et de transcendance» qui décrit bien un amour de cinglés.A aucun moment, l’ouvrage n’apparaît comme une histoire vraie.Pourtant, sous l’empire de l’imaginaire, qui dé- guise avec magie ses modèles et ses transgressions, la lecture nous procure les impressions que seule la vérité éveille d’ordinaire.La fiction sert-elle nos désirs latents, comme Freud l'a montré, ou nous renvoie-t-elle un miroir décadent?Ce pur roman empathique se garde bien de rire, comme il évite les lourdeurs didactiques, pour mieux faire exploser «l'étreinte invivable», la violence de vivre.Jadis, l’inceste des Atrides servit a régler des comptes entre les dieux olympiens.Aujourd hui, chez Christine Chaufour Verheyen, ses ravages sont reçus comme une grâce.Son charme maudit vient assurément de la faute originelle, perdue dans la nuit des temps chrétienne.Seule la folie résurgente des hommes la rappelle.C est pourquoi elle joue le premier rôle existentiel.Camus 1 a déjà écrit: que faire alors du bien et du mal, de la res|X)nsabilité personnelle?Une seule réponse: l’amoralité est éphémère.Notre liberté est une arme fatale, et la mort justiciere vient toujours nous sanctionner.Entre deux verdicts, les grands amours filent bon train.«Ne dis rien, écoute le vent dire qu'il y a un paradis», tel est le refrain des mots doux dont «on connaît la chanson», comme l’a dit Alain Resnais dans son film.Profitons-en puisque, dans ce fantasme, la liberté d’écrire et la légèreté des personnages font un mariage heureux.Mais Marie, comme Jocaste, est dépositaire de la Loi: elle qui donne la vie la reprend en se supprimant elle-même.Un déferlement de violence s’ensuit.Gabriel, frère de ses propres enfants, agite quant à lui sa pulsion de mort en sombrant dans la folie.De très belles pages, tout en douceur, lui sont consacrées.Si on suit l’auteure, la famille aimante se referme comme un piège, incapable de s’ouvrir à l’altérité.Un ange passe Cependant, chacun sait qu’à vouloir faire l’ange, on fait la bête.En l’occurrence, cela se produit en quatrième de couverture, où Rive dangereuse reprend presque mot pour mot celle de L'Empreinte de l’ange, de Nancy Huston.Le détail est amusant, le plagiat sympathique, la coïncidence douteuse.Il est vrai que la mythologie de l’inceste est un bon conducteur des onirismes libérateurs.Qu’avant la chute, l’ascension gracieuse et innocente des anges nous permet de rêver d’un corps sublimé.Au musée des clichés des dix dernières années, une légion de livres d’art, de photographies, de romans, de guides parapsychologiques arborent le signe de l’ange.Que dire de ce rêve de transcendance et d’élection divine, sinon qu’un vent messager agite nqtre fin de siècle?Il suffit de relire la Ugende des anges (Editions de Minuit, 1994) de Michel Serres pour que l’amour, la vie et l’âme s’élèvent dans les corps floconneux du tohu-bohu céleste.Christine Chaufour Verheyen, comme Nancy Huston, vous donnera des ailes.«Le péché, vous savez, on s’y engage personnellement, volontairement, et gravement.», prétend la première.Un rien de ce chahut, propagé dans un sourire féminin, agite la pesanteur mélancolique de notre fin de siècle en une pantomime écumante.C'est une invitation inattendue pour un bal masqué.Christine Chaufour Verheyen Rive dangereuse I muni BANDES DESSINÉES Rêve ou crève Du littéraire en bande dessinée VICTOR ET RIVIÈRE André-Philippe Côté Soulières éditeur, Montréal, 1998 63 pages DENIS LORD La tentation de faire du littéraire en bande dessinée suscite la méfiance.On en connaît d’aucuns, chez Cas-terman par exemple, mais nous ne les nommerons point, ayant la délation en horreur, qui, à trop vouloir en faire, pataugèrent dans des vers à la fois maniérés et patauds.Comme si la bédé avait besoin de lettres de noblesse.Danton, vécus-tu en vain?Infirmant cette règle d’une certaine incompatibilité des genres, le Victor et Rivière d’André-Philippe Côté est d'autant plus remarquable que, s’inspirant de la vie de Verlaine et Rimbaud, l’auteur réussit à composer un collage de citations de ces poètes sans jamais y sacrifier la fluidité de son art qui, faut-il le rappeler, est celui de la bande dessinée.Paul Victor est un quadragénaire qui retourne enseigner la littérature à l’Université Laval après une année sabbatique, un divorce, une dépression et quelques mémorables bitures.A son corps défendant, puisque sa véritable vocation est la poésie.Mais voilà, du prosaïque avant toute chose.Le hasard veut que, donnant un cours sur Verlaine et Rimbaud, Paul Victor fasse la rencontre d’Alice Rivière, une jeune poétesse d’un immense talent, vaguement sans-abri, vaguement délinquante, qui vient raviver sa flamme de poète déclinant.Verlaine/Victor, Rimbaud/Rivière, c’est l’équinoxe d’une saison en enfer où tous se révèlent hautement inflammables.Autour des personnages principaux s’esquisse un microcosme littéraro-universitaire québécois: Catherine, l’ancienne femme de Paul, Ernest, un professeur frustré, Xavier, un poète qui cherche une rime avec bouteille.IJn festin d’images Caricaturiste au quotidien Le Soleil, auteur de la populaire série de strips Baptiste, Côté est un vétéran de la bédé québécoise, un des rares auteurs à avoir persisté dans son art malgré la difficulté d’en vivre.Si certaines de ses œuvres revêtent parfois un caractère alimentaire, elles lui ont vraisemblablement permis de continuer à dévelop-per ses talents, qui atteignent ici un point culminant.Les citations du duo maudit, auxquelles s’ajoutent celles de Baudelaire, de Neliigan et de Saint-De-nys Garneau, trouvent un écho graphique dans son éblouissante palette.Le pinceau épouse les visions des poètes: la mise en case s’éclate, les cadrages et les styles alternés — cubisme et surréalisme par exemple — se justifient dans le propos et s’épousent harmonieusement.Le dynamisme de l’ensemble est saisissant.Riche à souhait visuellement — ce n’est rien de le dire —, Victor et Rivière ne manque pas non plus de substance.En actualisant la légende de Verlaine et Rimbaud et en la transposant dans la ville de Québec, Côté propose aussi une réflexion sur l’affrontement de deux âges.L’un où, avec des velléités de révolte, on fait le constat de sa vie, de l’échouage de ses anciennes aspirations, et l’autre où on fonce dans le tas avec rage.On serait porté à y voir un parallèle entre le travail de Côté pour Safarir et ses œuvres à caractère plus personnel; on serait aussi tenté d’y percevoir une allégorie du Québec, marinant dans les eaux troubles du confort et du rêve, «se mourant par manque d’imprudence».Enfin.Presque mineurs mais irritants, certains défauts d’impression empêchent de jouir pleinement des splendeurs de Victor et Rivière.Dans plusieurs pages, des traits de visage, des lignes de contour sont estompées, à moitié effacées.Il semblerait que la présence simultanée d’aplats de noir et de traits fins ait donné des migraines aux imprimeurs.Déplorables peccadilles techniques qui n’empêchent pas Victor et Rivière de se ranger d’emblée parmi les œuvres majeures de* la bande dessinée québécoise.-=-^-1 1 1-— i i ™ SOURCIi SOULIÉRIiS ÉDITEUR Une scène de Victor cl Rivière, le dernier album de bandes dessinées d’André-Philippe Côté.fitère fsr s£M6/.Ae>te ses AJ les ue , 6êaaj r Vf, M(V«LM£tZ/ tlMCL Vf S NiléfÇ, Qui t IktOAPe.TE ET SE et Ctacy&g, exiué Sut?LESOt, tiuÉü t?£s ruées.» WÊÊÊÊÊÊÊÊÊ L K I) K V (lia.I.K S S A M K DI Al 0 ( T U I! Il K K T D I M A X C II K I X (I V K M II II K I II II X I) 7- Livres **- ESSAIS QUÉBÉCOIS Mélanges politiques Trois témoignages-chocs pour alimenter le débat sur la souveraineté LE TEMPS DES HYPOCRITES André Néron VLB éditeur, Montréal, 1998,224 pages Vous êtes convaincu que le grenouillage se pratique allègrement dans les coulisses de la politique politicienne?Que ceux qui s’autoproclament défenseurs de nobles causes travaillent pins à leur avancement personnel qu’à la réalisation des projets susceptibles d’améliorer le portrait social?Les souverainistes, sur ce plan, ne vous inspirent rien de plus réjouissant que les fédéralistes?Lecteur du Syndrome de Pinocchio du journaliste André Pratte, vous êtes désabusé du jeu politique et, citoyen consciencieux, vous voyez mal comment parvenir à sortir de ce bourbier même si c’est là votre souhait le plus cher?Si la description vous convient, la lecture du Temps des hypocrites d’André Néron changera peu de choses à votre désarroi.Stratège politique ayant vécu de l’intérieur les tractations politiciennes des dernières années (il a été, successivement, organisateur politique du PQ, conseiller général à la SSJB-M, directeur général de l’ADQ et chef de cabinet du Bloc québécois), André Néron a décidé de prendre la parole, de briser le silence, afin de faire connaître aux militants souverainistes, auxquels s’adresse son «cri d’alarme», le côté sombre, voire mesquin, de ceux qui se disent leurs représentants.De Dumont à Parizeau Témoignage d’un homme aigri, U Temps des hypocrites se présente comme une chronique événementielle menée à visage découvert et non sans un certain courage.La récolte?Le PQ fourre son nez partout et manœuvre en permanence pour garder la mainmise sur l’agenda politique souverainiste; Mario Dumont serait «un être tout à fait mesquin doté d'un ego disproportionné»; Lucien Bouchard aime «manœuvrer dans les coulisses», il «a plus que jamais développé une mentalité de dictateur» et il «n’a rien fait, ne fait toujours rien et ne fera jamais rien pour augmenter les chances de victoire du OUI»; Michel Gauthier «est un homme foncièrement paresseux»; Gilles Ducep-pe, un «menteur consommé» et un politicien sans envergure; en fin de compte, seuls Jacques Parizeau, un homme avec «un sens profond de l’humilité» et «prêt à faire tout ce qu'il fallait pour gagner le référendum», et.André Néron, un stratège acharné, sincère et dont la carrière est remplie de bons coups (l’entente BQ-PQ-ADQ sur la souveraineté-partenariat, c’est lui, dit-il), s’en tirent avec les honneurs.Au total, donc.Le Temps des hypocrites nous apprend moins de choses qu’il ne confirme des appréhensions.Toute vérité étant bonne à dire en ce domaine, il va de soi que ce genre d’ouvrage peut avoir son utilité.Souverainiste convaincu, André Néron s’en prend aux porteurs de la cause qu’il accuse, anecdotes à l’appui, d’avoir négligé et trahi l’essentiel au profit de leurs petits intérêts personnels et mesquins.En revanche, sur la cause elle-même, rien ne sera avancé.Ici, le pourquoi se limite au comment.Aussi la manœuvre déçoit-elle un peu, tant il me semble évident qu’un règlement de comptes, aussi justifié soit-il, ne saurait tenir lieu de réflexion.LE PRESQUE PAYS André D’Allemagne Lanctôt éditeur, Montréal, 1998 1(X) pages Indépendantiste tout aussi convaincu, sinon plus, que Néron, André D'Allemagne, un des fondateurs du RIN, reprend du service intellectuel en publiant Le Presque Pays, un essai dont la visée est de réitérer le caractère nécessaire de l'indépendance nationale.Le XX' siècle, écrit D’Allemagne, fut, poursuivant en cela le mouvement entrepris au siècle précédent, «un monde de nations».D' principe des nationalités («à chaque nation son État») et celui de la décolonisation serviront à légitimer le droit des peuples à l’autodétermination.Comment expliquer, alors, «l’exception québécoise», cas flagrant d’une nation au sens propre du terme, mais colonisée et demeurée telle?L’argent et les votes ethniques?D’Allemagne rejette le premier tout en reconnaissant que les seconds créent «une situation paradoxale en ce qui concerne la démocratie», mais sa réponse transcende ce constat S’appuyant sur les conclusions de l’école historique de Montréal (Fré-gatilt, Brunet, Séguin), qui présentent la Conquête comme un cataclysme pour la société canadienne de l’époque, 1 essayiste suggère sa thèse la plus originale: «En Nouvelle-France, la conquête britannique arrive, si l’on peut s'exprimer ainsi, trop tôt.Ixi nation n’a pas eu le temps de se former.» Aussi, «contraire- Déchirer la surface du quotidien.m.Regroupement des éditeurs canadiens-français LE L o ti i s C o r il e 11 i c r ment aux autres peuples ayant subi la triste expérience d’ttne conquête, les Canadiens n’avaient jamais été en situation de se gouverner eux-mêmes.Ce fait est capital: peut-on avoir la nostalgie de ce que l'on n’a jamais connu?» Élans brisés La suite se résumera à une série d ’«élans brisés».Le désir d’autonomie resurgira avec les patriotes, lors de la Révolution tranquille, en 1980, en 1995, mais «l’absence ou du moins la faiblesse d’un sens national», phénomène explicable par la colonisation perpétuelle de notre peuple, notre «complexe d’impuissance», nous empêchera de pousser la logique à terme.Notre «besoin de sécurité, réelle ou illusoire» (fondement de l’argumentation fédéraliste), ne devrait pourtant pas entraver notre «aspiration à l’autonomie», tant il est vrai que préférer le w premier à la seconde relève de l’aliénation et de l’infantilisme collectifs.D’Allemagne est catégorique: cette «peur de vivre» qui nous maintient dans un état de dépendance entraîne une anomie sociale dont la prolifération des sectes ésotériques, la dispersion de la famille, le taux de suicide élevé, les «infanticides et meurtres conjugaux» et la «promotion (et non simple acceptation) de l'homosexualité» (celle-là en fera sursauter quelques-uns) en constituent des manifestations.Comment, dans ces conditions, offrir un terrain d’accueil invitant aux immigrants?Ce qui peut surprendre, c’est que D’Allemagne, malgré ce constat plus que sombre, ne désarme pourtant pas.Bien sûr, conclut-il, «les vents mauvais» (le poids de> l’histoire, cette anomie, le phénomène de la mondialisation) concourent à assombrir les perspectives, mais parce que la nation reste le seul «foyer et le refuge du projet démocratique», «l’accession à la souveraineté, dans le cas du Québec, est non seulement un droit, mais même un devoir».Claire et cohérente, cette réflexion d’un ancien combattant de retour au front n’apporte cependant lias grand-chose de nouveau à un édifice argumentatif qui cherche à élargir le nombre de ses adhérents.La thèse d’une conquête survenue trop vite fournit un angle original à la démonstration, mais je doute fort que le caractère apodictique de la proposition d’ensemble, présentée de façon résolue et plutôt dogmatique, parvienne à contrer, et ce serait là son intention, le «scepticisme ambiant qui règne dans certains milieux intellectuels».QUI PROFITERAIT DE L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC?Jean-Paul Lefebvre Éd.Varia, Montréal, 1998,192 pages Qui profiterait de l’indépendance du Québec?se demande le fédéraliste et ancien syndicaliste Jean-Paul Ix-febvre.Sa réponse, partisane et peu susceptible d’éclairer le débat, se résume à ceci: personne, hormis les politiciens et les fonctionnaires de carrière du Québec.Nous sommes libres, écrit-il, un certain nationalisme d’affirmation nous a permis dç prospérer dans le cadre canadien, l’État fédéral est notre allié (il aurait «d’ailleurs beaucoup investi dans la défense de la langue française et le développement de la culture française», tout comme Trudeau «a beaucoUp contribué à la promotion de la langue française, de la culture, française et des citoyens et citoyennes qui en étaient porteurs»), alors pourquoi chercher à briser ce cadre positif?Les indépendantistes (et le PQ surtout), quoi qu’ils en disent, entretiendraient une «symbolique du mépris» en véhiculant un nationalisme ethnique.Ne faisons pas leur jeu et allons de l’avant en choisissant plutôt de faire évoluer le fédéralisme canadien, suggère Lefebvre.Pour faire bonne mesure, il se dissocie enfin des Galganov et Johnson et affirme appuyer la loi 101.Cela dit, on me permettra de douter de la bonne foi de l’essdÿiste (serait-ce de son bon sens politique?) quand il déclare partager les objectifs de «l’aile progressiste de notre société» et qu’il dénonce la tendance néolibérale pour nous inviter, quelques pages plus loin, à appuyer.Jean Charest! Combattre le néolibéralisme en votant Charest?Sourions, pour ne pas pleurer ou prendre le mors aux dents.Faut-il vraiment ajouter*quelque chose?Ce sera simple: cet essai ne profitera à personne, pas même aux fédéralistes de bonne foi.louis.coniellier@collanaucl.(ic.ca André d'Ali.km a c; nk K; presque EDITEUR Haïku sans frontières André Duhaime Poésie Éditions David 30$ haïku 24.95 S 12 C00 fjilmô répertorié> I m s le i -mm Le nationalisi perspectives éthiques et religieuses $ frétât* a* *(•»» C *•*»"** — UNE HISTOIRE DAMOUR Jean Le Moyne Une parole véhémente N0UVEAUTES GREGORY BAUM Quand politique et éthique se croisent pour parler du nationalisme.24.95 s Une enquête originale sur l'application des politiques d'émigration par les fonctionnaires.Corolle' Simard PLACE DE Fonctionnaires et immigrés au Québec L'AUTRE MUES Le répertoire le plus complet des films disponibles.Distribution Fides En vente chez votre libraire IARCEL BROUILLARD Sur la route (le l,!\ !,.(
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