Le devoir, 7 novembre 1998, Cahier D
lChe\ Tfevnb'aV vap'ag* !S son«eS ' lecteur de mes livres» r -'f Essais québécois Page D 7 lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 5 Keitli Haring Page D 12 Formes Page D 14 Le patrimoine des mots 40 OOO termes en 4300 pages pour raconter Vhistoire de la langue française DIANE PRÉCOURT LE DEVOIR Les dictionnaires sont faits pour être consultés; à moins d’être vraiment accro à la lettre, il ne nous viendrait pas à l’idée d’en faire des livres /lo I Vine lo /'oc rlo CÜC" ois, la consultation se transiorme rapidement en un fabuleux voyage dans le patrimoine de ces mots qui nous servent à tout instant de souffle communicationnel.Le Dictionnaire historique de la langue française des Éditions Ixj Robert en est un exemple patent.La deuxième édition «enrichie», qui vient de paraître, présente l’origine et l’histoire des mots auxquelles ne peuvent s’attarder les dictionnaires étymologiques qui s’arrêtent au grec et au latin.Au bas mot, ce sont 40 000 termes qui s’exposent ainsi aux aventures et mésaventures du temps, et qui remontent aussi loin que.l’an 842.Prenons le mot travail.11 serait issu d’un latin populaire tripaliare, littéralement «tourmenter, torturer»! «En ancien français, lit-on dans ce nouveau Robert, et toujours dans l’usage classique, travailler signifie faire souffrir physiquement ou moralement.» Beau programme pour les relations patro-nales-syndicales! Un autre exemple?Allons du côté d’un terme à la mode ces temps-ci: le mot politique.On y apprend qu’il est «emprunté par l’intermédiaire d’une forme de latin tardif politice au grec politikê, «science des affaires de l’Etat» (.].Rien là de bien surprenant.jusqu’au moment où l’on nous renvoie, un peu plus loin, au mot police: «Le nom [politique] s'est imposé en français aux dépens de l’emploi spécialisé de policie, représentant du latin politia (police).» Retournons quelques pages en arrière et à police, on peut lire: «Emprunté au latin politia qui, à époque tardive, et accentué sur le radical, désigne l’organisation politique, le gouvernement.» Politique, police: même combat?Il y en a un qui va être content! Pierre Varrod, directeur général des Dictionnaires Le Robert, était à Montréal cette semaine pour la promotion du nouveau document: «Cette deuxième édition, dit-il, moins luxueuse et donc plus accessible, s’adresse aux professionnels de l'écrit, bien sûr, mais aussi au grand public, aux gens qui s’intéressent à la langue.D'ailleurs, les Québécois ont une sensibilité particulière pour la langue.» Et comment.Dans le cas du Petit Robert, par exemple, l’éditeur vend un exemplaire au Québec pendant qu’il en écoule seulement deux en France pour une population dix fois plus importante.Les articles de ce Dictionnaire historique publié en trois volumes ne se limitent pas aux seuls mots isolés.Les insertions encadrées sur les langues, notamment, se lisent comme de véritables récits.Le nouveau-né chez les Robert a pris forme sous la direction d’Alain Rey, qui écrit, sur l’héritage du premier colonialisme, dans la partie intitulée «La langue française dans le monde — Li francophonie»: «Vint le VOIR PAGE D 2: PATRIMOINE «Je suis le prem mmsmm SË2§££%ëL' ' LES BONS LIVRES EN FORMAT DE POCHE En vente chez votre libraire Catalogue complet : www.livres-bq.com CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON OU TEXTE IMPRIMÉ SUR FOND GRIS OU DE COULEUR Un parc public, un écrivain installé à lire sur un banc, observant à la dérobée les passants qui l’entourent.Qui est l’auteur?Celui qui a écrit le roman écrit à l’intérieur du roman, ou l’auteur du livre que l’on tient entre les mains?Question intéressante à laquelle nul n’est certain d’avoir répondu à la fin de ce fascinant Parc univers, avec en prime la satisfaction d’avoir tenté le tout pour le tout pour trouver un filet de réponse.M A R I E - A N I) R E E CHOUINAR I) LE DEVOIR Dès qu’il le peut, Hugues Corriveau court la tranquillité d’une terrasse, un coin d’ombre dans un parc public, et s’installe, jouissant de longues minutes du spectacle qui s’offre à lui, activité humaine s’étiolant un peu partout.Spectateur de la vie, voyeur comme tous les auteurs, affirme-t-il, il entame alors sa récolte d’images, s’abreuvant au vécu des autres pour construire sans même en être pleinement conscient le plancher du livre prochain.Assis dans un parc public,.un parc Lafontaine montréalais version imaginaire, l’écrivain du dernier roman de Hugues Corriveau — Paré univers — |x>se des yeux inquiets sur les occupants du lieu public, sou» deux.«Il fait beau.Mais il est mal.à l’aise depuis que, tantôt, il a vu l'itinérante d'Italie.Il craint que derrière elle ne s'attarde quelque atome maléfique.Lui qui lui a volé trop de son âme en l’utilisant sans vergogne, en la plaçant an centre de son histoire, dans ce livre qu'il tient chaud entre ses doigts.» Cet écrivain (U* Parc univers, ce pourrait bien être Hugues Corriveau.Comme lui, il aime à se nourrir des existences d’autrui, lui empruntant le rôle de voleur dame.Comme lui, il vit avec celte impression d’être «d'une indécence absolument folle!», à construire ainsi sa mosaïque romanesque à partir de parcelles d'âmes attrapes çà et là.Comme lui, il jette un regard presque étonné sur le document qu’il tient dans la main, sur ce VOIR PAGE I) 2: CORRIVEAU JACQUES CiKEMEK LE DEVOIR ?Lé DéVOIR ?^ I.E i) E V OIK.I.K S S A M K HI 7 V.T |) I M .\ \ c || e K N O V K M II II K I !l !» « I) 2 PATRIMOINE La situation du français dans le monde SUITE DE LA PAGE DI XVI siècle.Peu après les aventures coloniales immenses de l'espagnol, du portugais, puis du néerlandais, le français s’est à son tour lancé à la conquête du monde pour des raisons économiques et idéologiques.Une volonté politique plus faible et donc des moyens plus réduits l’ont souvent soumis, à partir du XVII siècle, à l'expansion concurrente de l'anglais.Im présence mondiale du fran- le Parchemin QUARTIER LATIN «Il s'avança vers moi : Tenez, acceptez ceci, et gardez le secret de ma fugue.» Ying Chen, Immobile t Éditions Boréal | À l’intérieur du El Métro Berri-UQAM | Téléphone: (514) 845-5243 çais, à l'exception des traces importantes du colonialisme du XIX siècle, est aujourd’hui celle de la résistance à l’anglophonie.Trois régions du monde en témoignent différemment, en cette fin du XX s.: l’est du Canada; une partie de la zone caraïbe; l’océan Indien.» Qui a dit que l’histoire se repète?Encore ceci, à propos de la situation du français dans le monde: «Ainsi, hors d’Europe et du Canada, le français ne conserve une importance institutionnelle et culturelle majeure qu’en Afrique et dans des «îles» [.].U reste (Inde, Asie du Sud-Est, Moyen-Orient) ne relève plus que d’une certaine influence culturelle.Celle-ci est importante dans le monde, mais [.] partout en butte à la concurrence inévitable et en général triomphante de l'anglais.» Dans sa préface, Alain Rey explique l’objet du Robert historique comme «le vocabulaire du français moderne.On n’y a envisagé les mots disparus que lorsqu'ils éclairaient la suite vivante de l’évolution.L’ancien français est en partie pour nous une langue étrangère: on l'évoque ici en tant que passage obligé vers notre usage d’aujourd’hui, en tant que garant de continuité, en tant que médiateur.» Les trois volumes aux nombreux pictogrammes et graphiques, faciles de consultation et dont la reliure souple contraste avec le coffret rigide qui les réunit, renferment au total 4300 pages de ces incursions dans la biographie des mots qui ont façonné la nature des échanges au fil des époques.LE ROBERT Dictionnaire historique de la langue française Sous la direction de Alain Rey Dictionnaires Le Robert, Paris, 1998 3 volumes, 4304 pages i y p MICHEL DÉSAUTELS Un premier roman Michel Désautels REMARQUABLE -PAR LA CREDIBILITE DE SES PERSONNAGES L ORIGINALITE DE SES DESCRIPTION^ ET LA FINESSE DE SES ANALYSES PSYCHOLOGIQUES roman 19,95 $ RIX Robert-Cliche DU PREMIER ROMAN CEQ QUÉBEC LOISIRS vlb éditeur LECROLPE VHI EMARi; flfia/ïÜ'RE «r Livres -•- CORRIVEAU il est en lice cette année pour le prix du Gouverneur général, catégorie poésie SUITE DE LA PAGE I) 1 livre qu'il vient de publier — le 19'! —, «un livre très curieux, avec un univers plutôt particulier.» Particulier, que oui! Avec une structure peu commune, et plusieurs niveaux de compréhension juxtaposés les uns aux autres, l’écrivain a choisi de construire un livre à l’intérieur d’un livre.Installé presque à demeure au parc Lafontaine, un écrivain s’apprête à ouvrir un roman, Le Désordre, qu’on imagine être sa toute dernière mouture.Encore chaud, le livre est lu pour la toute première fois par son géniteur, qui s’étonne de ce qu’il y trouve.Pendant la lecture, se déroulent sous nos yeux et sous les yeux de l’écrivain lui-même, premier témoin des agitations du parc public, les actes quotidiens de la vie publique.Entourés que nous sommes de quelques âmes errantes, toutes particulières, se dénoue alors un scénario véritable, tenant à la fois du drame psychologique et du roman policier.Au plus grand bonheur du lecteur, s’entremêleront au récit de Parc univers quelques pages du Désordre, roman à l’intérieur du roman.Âmes errantes Au-delà de cette construction inusitée, qui contribue au vent de fraîcheur qu’apporte ce livre, Hugues Corri-veau raconte la vie du parc à partir de ce lieu uniquement, et autour de quelques bizarroïdes créatures, toutes venues chercher en ce lieu à -remplir un cruel vide.«L’idée de départ qui a mené à Parc univers, c’était uniquement un parc public, explique Hugues Corriveau, que l’on connaît aussi pour la publication non seulement d’autres romans, mais de poésie, d’essais et de nouvelles.Et chaque personnage devait aussi avoir des souvenirs de parc, des souvenirs enfouis qui seraient réveillés au contact du parc.» Ces personnages sont Florence, une infirme clouée à son fauteuil roulant et que l’on devine hideuse, repoussante, impressionnante aussi.Attachée à elle, un peu comme son alter ego, l’infirmière Marguerite qui fut un jour engagée pour la promener, et qui depuis reste accrochée à son infirme, la secondant dans une «entreprise de détestation» propre à l’âme écorchée qu’elle est devenue au fil des rejets.«Florence, oiseau crochu de la mère en allée, mauvaise conserve, vinaigrée, glaireuse.Elle trouve le plaisir suspect, n'aime personne, donne au mot “tristesse" un sens qu’il n’a pas: ce mot fut pour elle un baume, un lieu de refuge.Elle ne rit pas, ou si peu.Délibérément désagréable.Fait en sorte qu’on ne la fréquente pas.Trouve en la solitude un accomplissement.» Et puis il y a Hermès, sorte de fou portant en ce parc le rôle d’oiseau de malheur, distribuant ses litanies à gauche et à droite, mauvais esprit messager des menaces, sans plus.«Que tout ce délabrement fasse mourir de peur les sangsues dans les étangs, crie-t-il.[.] Que la malédiction vous avale tous, vidangeurs.fossoyeurs.J’ai traversé le Rhin et j'ai vu des grenouilles.» Il y a aussi Armand-le-maigre, attiré vers Marguerite, et puis Poincaré le boucher à l’habit noir, sombre personnage aux idées tordues, celui vers lequel Florence est inexorablement attirée car elle a vu en lui celui qui peut agir sur sa propre haine, celui qui peut devenir l’auteur des pensées meurtrières qui l’habitent, mais que son infirmité empêche de faire traverser de la vile intention au crime.Et Céleste l’itinérante d’Italie, Céleste qui depuis le jour où elle a perdu ses propres enfants sur le petit pont du parc Monceau, erre, pauvre âme perdue colmatant les brèches de son cœur en s’adressant au souvenir de ses ouailles à travers le bric-à-brac qu’elle traîne avec elle.Innocence assassinée Le mélange de ces individus, tous témoins les uns des autres, mènera sous la plume de M.Corriveau à la fabrication d’une histoire culminant par un meurtre — peut-être même deux —, la véritable mort se trouvant ici plutôt représentée dans l’anéantissement de l’innocence, sous plusieurs formes.«Cette infirme que je décris a vraiment existé, et elle a erré dans les couloirs de l’école où j’enseigne pendant un an, explique M.Corriveau.Elle était vraiment difforme, effrayante, et les gens avaient peur d’elle.J’étais fascinée par le personnage, je me suis toujours demandé comment on pouvait vivre à l'intérieur d’un corps comme celui-là, le regard qu'on pouvait porter sur les autres.Et c’est sans doute comme cela qu’est née l'entreprise de détestation que mènent Florence et Marguerite; cette idée de deux femmes qui se liguent l’une à l'autre pour organiser le mal m’a beaucoup séduit.» Depuis qu’il a commencé à publier — en 1979 — Hugues Corriveau est toujours passé d’un genre à l’autre, voguant allègrement d’un code littéraire poétique à la structure plus conventionnelle de l’essai, sans jamais y perdre son latin — en l’espace de douze mois, il propulse cette année un recueil de poésie, un autre de nouvelles et puis ce roman! Comme un baume pour récompenser la somme de travail abattu, il est en lice cette année pour le prix du Gouverneur général, catégorie poésie, une troisième nomination pour ce genre.Tant mieux pour le livre s’il gagne! affirme le lauréat potentiel.Une fois publié en effet, le volume ne lui appartient plus, devient un objet de fascination l’espace de quelques jours, puis se dissocie ensuite de son auteur, qui accepte les honneurs qu’on lui décerne sans nécessairement se les attribuer.Avec ce petit dernier, toutefois, l’inquiétude d’être incompris en raison de la structure particulière qui mène l’histoire a pris le dessus jusqu’à maintenant sur la fierté créatrice.«Im question de deux romans, construits l’un dans l’autre, m'a beaucoup inquiété.D’ailleurs, c’est le tout premier roman que je dois relire une fois publié pour être certain que l’histoire se tient, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant.Comme l’écrivain qui pose un regard sur le livre qu’il vient de publier, Le Désordre, j’ai moi-même eu à relire Parc univers, comme pour le sortir de l’imaginaire où je l’avais tant travaillé.C'est curieux, et 11ugues Corriveau ire unh XYZ oit i tour Komamdids c’est même un phénomène assez rare de devoir faire comme un de ses personnages, une fois le livre publié!» Surpris par les méandres dans lesquels Rare univers entraîne, le lecteur trouvera plaisir à habiter les pensées, des créatures étranges imaginées par Corriveau, en même temps qu'il prendra vite un rythme effréné de lecture pour courir à l’aboutissement des deux livres.«Je suis moi-même le premier lecteur de mes livres, j'en suis totalement convaincu.De la même façon que je suis le premier à m’étonner du chemin que prend mon livre.Et s'il n'y avait pas cette surprise, ce bonheur de se laisser étonner par le livre, je pense que je n ’écrirais pas.» PARC UNIVERS Hugues Corriveau XYZ éditeur, Montréal, 1998 180 pages roman Vcyapez clans des régions inexplorées de la planète littéraire et musicale Salsa et tequila - Le Mexique Le lundi 9 novembre 1998, à 19 h 30 Votre guide, Louis Jolicœur, vous offre ses plus beaux textes.À la Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, Montréal (métro Sherbrooke) Réservation obligatoire : (514) 849-8540 Entrée libre UNEQ Union des écrit aines el écrivain* québécois Le Devoir o Mauner CONSEIL DESERTS COMMoOAorr UHBA1M „ DF MOL MUAI Jfl .«dl* uqp Georges Raby Une baleine Lancement au uai des Brume 4481 St-Denis (métro St-Denis) dans mon lit et autres histoires impossibles Planète rebelle / Éditions du Bouc Mardi le 10 novembre - 5h à 7h Bienvenue à toutes et à tous! «Mas» Y a rien qui se passe, c’est plate à mort.Si seulement c’était comme à Old Orchard.le /*.Gribouillis barbares Denise Paquette Roman jeunesse Bouton d’or Acadie 8,95$ Regroupement des éditeurs W m canadiens-français LE DEVOIR Le nouveau VVilliam Glassc" contrôler.S-,\ft'tHWER UcsEdiUons logiques Classer 384 pages La liberté de choisir i William Elasser | I I I ! Aussi oilerts: • Contrôler ou influencer La thérapie de la réalité |* Vivre ensemble i i________________ Apprenez à vous sentir plus libre.Adaptez-vous plus facilement aux changements.Développez .votre aptitude a etre heureux.En vente dans toutes les bonnes librairies Les Editions LOGIQUES — Distribution excluiive: I.OCilDISQUI 1225, rue de Conde, Montreal (Quebec) H3K 2E4 Tel.: (514) 933-2225 • Fax: (514) 933-2182 IOBlquB@cani.orQ • http://www.loglque.coni ?> i I |.; |) |.; VOIR.I.\i S S A M \.I) I I T I) I M A X ( Il K K X O V K XI R R K I !l !l M I) :i Gaétan Sep Boreal LA PETITE FILLE ?£i QUI AIMAIT TROP LES ALLUMETTES Gaétan Sep LA PETITE FILLE QUI AIMAIT TROP LES ALLUMETTES mwâ L**.,/+ Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Venez rencontrer Carole Lambert auteur de Fêtej gourinandej " au Moyen Age Imprimerie nationale Editions le jeudi 12 de 18 h à 20 h 9h à 22h année 1 120, ave.laurier ouest outrcmonl, montréal tri.: • téléc.: 274-3660 Htr.Ki- ll I IVR H DI RIEN ET AUTRES SOUVENIRS Anne Elaine Cliche XYZ, collection Romanichels Montréal, 1998,320 pages Si, d’entrée de jeu, on voulait couper court e,t réduire ce roman d’Anne Elaine Cliche à l’expression la plus simpliste de son anecdote, on dirait qu’il y est question A’«Un juif élevé chez les jésuites et identifié à un saint martyr canadien, le tout raconté par une femme!» Ce sont là précisément les propos dépités d’un des personnages, l’éditeur Achille Goyer, à la romancière Elizabeth Anne Cadieu, qui n’est pas sans ressembler à l’auteur Cliche: les deux sont nées en Abitibi et en sont à leur troisième roman.Le cher homme croit que ce n’est pas en racontant des histoires pareilles ([lie les livres de sa protégée vont trouver un public., Mais Cadieu, comme Anne Elaine Cliche elle-même, a choisi sa voie: elle écrit des livres, sans s’occuper d’en faire des «produits» culturels de consommation courante.Le roman de Cliche se désigne et se commente ainsi lui-même dans sa deuxième partie, intitulée «Notre histoire», qui poursuit la première tout en faisant retour sur celle-ci.On pourrait même dire que Rien et autres souvenirs, ce sont en fait deux livres qui tentent d’en for-rrier un seul, mais qui n’y parviennent pas.1 Le premier, «La Mort de René Goupil», est cependant un roman-roman.Un homme de théâtre, Jeremy Schwall, y raconte une double quête: cèlle de sa genèse familiale et son travail d’acteur qui s’efforce de se pénétrer du personnage de René Goupil, ce Jésuite dont le martyre a été relaté par son compagnon Isaac Jogues, et qu’il doit incarner sur une scène montréalaise.L’entreprise de Jeremy est ardue: par où commencer lorsqu’il s’agit de faire revivre les fantômes du passé, si lointains, si flous: la famille de Jeremy a presque disparu, et René Goupil est mort en 1642.Car pour Jeremy Schwall, il ne s’agit lias que de reconstituer ce qui a déjà qu lieu, mais si possible de s’adonner à une authentique œuvre de création.Comme Dieu lui-même, il dit partir c|e rien — d’où le titre du roman — Comme s’il ne se résignait pas à ce cjui est pourtant une fatalité: toute création humaine n’est jamais qu’une est une re-création, un bricolage plus ou moins réussi de matériaux — mots, faits, idées, sentiments — qui ont déjà servi.Schwall ou Levy Et d’abord, lui-même, Jeremy, d’où vient-il?Son père est-il un Schwall ou un Levy?Comment donner forme et sens à ce magma originel qu’a été la famille juive montréalaise où il est né, dont les garçons ont étudié au collège Jean-de-Brébeuf — autre compagnon de René Goupil —?Il évoque sa sœur Ida, son jeune frère Barnaby et surtout l’aîné, Chammaï, dont on çroit comprendre qu’il fut une sorte de Caïn moderne.Jeremy dévoile douloureusement son théâtre familial, oil se sont peut-être perpétrés un fratricide et un inceste; il navigue à l’estime dans les eaux troubles du passé mais aussi sur celles, très réelles, de la rivière Richelieu, à bord d’une coquille de noix qu’il a baptisée Leviathan.Jeremy Schwall est donc un personnage judéo-chrétien jusque dans les moindres fibres de son être.Il est l’incarnation — peut-être trop parfaite — des propos d’Anne, un des per-spnnages de Lq Pisseuse, le premier rôman d’Anne Elaine Cliche, qui écrivait: «Le judaïsme et le christianisme sont préoccupés tous deux par la même question: la filiation et l’image qui la sçus-tend.» Cliche, d’un livre à l’autre, dst fidèle à ses propres préoccupations de même qu’à ses auteurs de Robert C h a r t r a n d Cliche est fidèle.À Réjean Ducharme et Hubert Aquin, entre autres.prédilection: Réjean Ducharme et Hubert Aquin, entre autres, dont l’ombre plane sur ses romans et à qui elle a consacré une étude, Le Désir du roman, parue en 1992.La seconde partie de Rien et autres souvenirs est d’ailleurs tout ce qu’il y a de plus aquinien.Jeremy Schwall n’est désormais plus qu’un simple personnage, alors que la narration est prise en charge par la romancière Cadieu; c’est elle, y apprend-on, qui a écrit la première partie, et non Schwall.Outre ses démêlés avec son éditeur, elle exhume à son tour des pans de son enfance, et notamment ses rapports avec sa mère et sa sœur.Cadieu explique aussi comment elle s’est servie de certains éléments de sa propre vie pour alimenter le «roman» de la première partie: son mari est un metteur en scène de théâtre qui monte un spectacle sur René Goupil avec un acteur qui s’appelle effectivement Jeremy Schwall.Mais elle ne connaît celui-ci que de nom: elle lui a inventé de toutes pièces une famille et un passé.Or, la fiction rattrape la romancière, surtout à propos de Chammaï Schwall — ou Levy —, ce frère aîné de Jeremy: ce personnage trouble, qu’el-le croise à plusieurs reprises, revu et corrigé par Cadieu, se révélera être fort différent de celui qu’elle avait imaginé, sous la plume de Jeremy.Itinéraire à la Aquin Les lecteurs d’Hubert Aquin reconnaîtront un itinéraire familier lorsque Elizabeth Anne Cadieu, de Montréal se rend à New York puis en Israël.C’est finalement là, dans le pays du Livre, à la faveur (le ses observations du pays qu’elle parcourt et de conversations avec Chammaï et des Israéliens rencontrés par hasard, qu’elle se sent peu à peu «entrer» dans ce livre qu’elle écrit.Il y aurait enfin coïncidence entre la vie et l’œuvre: la romancière ne se distingue plus de ses personnages.Dans cet amalgame d’autobiographie et de fiction, dans ce récit qui tout en progressant se désigne et se commente lui-même, on voit bien 1,’hommage qu’Anne Élaine Cliche a voulu rendre à Hubert Aquin, plus précisément à l’auteur de Neige noire et de Prochain épisode.Mais chez lui, ces procédés narratifs n’en étaient pas.On pourrait dire que Hubert Aquin n’a pas pu, littéralement, écrire autrement qu’il l’a fait.L’enchevêtrement de son œuvre et de sa vie fut tel qu’on ne peut les dissocier, même avec le recul.Il a d’ailleurs payé cet enchevêtrement de sa personne: son existence tumultueuse et sa fin tragique en témoignent.Dans le roman d’Anne Élaine Cliche, par contre, on sent l’artifice à l’œuvre, surtout dans la seconde partie.On ne voit pas la pertinence ou la nécessité de cette auto-désignation du roman.Tout se passe comme si la romancière débarquait tardivement dans son propre récit, à la manière d’une étrangère ou d’une intruse qui entend éclairer la lanterne du lecteur tout en s’efforçant de «faire corps» avec son texte.Sa prise en charge n’est d’ailleurs pas sans coquetterie (les titres de ses romans: La Diseuse, Im Treizième Tribu doivent bien nous dire quelque chose.), et elle utilise parfois un ton professoral.Les considérations sur la situation d’Israël, sur la question palestinienne, sur la Kabbale sont intéressantes; on tombe même sur des pirouettes amusantes comme cette assimilation du Canada à Canaan, la Terre Promise.Mais dans le contexte, les unes et les autres font l’effet de conversations entre intellectuels cultivés.La piste de la première partie de Rien et autres souvenirs était pourtant belle.C’est, si l’on veut, une version moderne, baroque, du Livre de Jérémie, qui fut le seul des Prophètes à parler de lui-même, parmi ses oracles et ses lamentations.Mais il avait ses raisons, impérieuses, de le faire.Jeremy Schwall se tirait fort bien d’affaire en narrateur, nous faisant sentir la douleur et la difficulté qu’il y a à parler de soi; son frère Chammaï ne s’y est pas trompé, qui dit à la romancière Cadieu: «C’est le rythme qui est frappant dans votre livre.» Or, ce rythme haletant, cette narration arrachée au néant ont disparu dans la seconde partie du roman de Cliche.Ce n’est pas la facture «moderne» du roman d’Anne Élaine Cliche qui gêne — encore qu’elle puisse rebuter les lecteurs qui n’aiment que les romans conventionnels —, ni les citations de Rimbaud.de Shakespeare ou de James Joyce.C’est plutôt l’ombre tragique d’Hubert Aquin, romancier réputé difficile, qu’on n’a pas fini de ljre; l’admiration que lui voue Anne Élaine Cliche prend ici des allures d’imitation, de pastiche, respectueux certes, mais peu convaincant.Rien et autres souvenirs est un roman de quelque 130 pages qui,en se poursuivant, s’est avalé et s’est digéré lui-même.Chammaï — encore lui! — avait prévenu la romancière Cadieu: «Vous n’aurez pas de jolies critiques dans les journaux littéraires de votre pays.» Nous voici donc forcés de lui donner raison, qupique pour d’autres motifs.Anne Élaine Cliche, par la voix de son personnage, a couru astucieusement au devant des coups.Et le pauvre chroniqueur littéraire se rend compte après coup qu’il n’était, comme la romancière, qu’un des personnages du roman qu’il vient de lire, et dont les propos avaient déjà été annoncés.Anne Élaine Cliche Rien et autres souvenirs XYZ éditeur Romanichels ÉDITIONS DU NOROIT Hugues Corriveiiii ! Hugues Corriveau i LE LIVRE DU FRÈRE FINALISTE AU PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL Le coup de cœur de la critique et des libraires > T « Un romancier exceptionnel et extraordinaire, [.] une œuvre qui le situe tout naturellement parmi les plus grands écrivains québécois.» Reginald Martel, Lti Presse «Un chef-d’œuvre.Une œuvre étrange, parfaitement réussie.» Robert Lévesque, Midi-culture, SRC * «Un livre qui m’a ébloui.Une écriture phénoménale.C’est immense, c’est rare.Un livre exceptionnel.»- Jean Fugère, De bouche à oreille, SRC « Un livre qui nous happe, nous fascine, nous désarçonne.» Lise Lachance, Le Soleil « Ce roman est une expérience, pas un divertissement.» Pascale Navarro, Voir Boréal Qui in dime me lise.qui aimait trop les allumettes ROMAN LETTRES QUÉBÉCOISES Un roman sous haute surveillance t- y C.P.156, Suce.De Lorimier, Montréal H2H 2N6 « L’un des grands livres que j’ai lus.Le livre des archétypes de l’âme québécoise : l’homme sauvé par l’écriture.» Jean Dumont Librairie Générale Française (Québec) «Un Faulkner québécois ! » Nathalie Tremblay, Chapter’s (Montréal) « Surprenant, incongru., génial ! » Yvon Lachance, Librairie Olivieri (Montréal) «Un roman où la solitude fait place à l’espoir.Magistral ! » Lina Lessard, Les Bouquinistes (Chicoutimi) 182 PAGES* 19,95$ ( I.!•: I) K V (III!, I.!•: S S A M K l> I 7 V.T I) I M \ \ (• Il K h X 0 V V.M I! It K I SI SI S I) 4 -L I V I! E S I* O É S I K Se défaire de son passé Entre le désir et l’absence de l’être aimé LA CHRONIQUE Le vaste monde aperçu chez le barbier '{sriisji ^•Whu: \ '"N’ essai — Ha! Ha! Ha! — Que c’est que ça mange en hiver, ça, des zannacondasi — Y a faite le tour du monde, lui, coudonc, pis sans grouiller de sa chaise! — Y fait son Jos Connaissant, un point c’est toute! — Ton catéchisse, tu le connais-tu aussi ben que ta géographie, le taon?J’étais consterné, abattu, épouvanté par leur courte vue, leur innocence effrayante, leur amnésie.Je désertais le salon de barbier, à demi tondu, une grande couette dans la face et qui me fouettait les joues, le cœur ratatiné au creux de ma poitrine, comme une vieille pomme au fond du baril.J’arrivais chez nous, essoufflé, poussais la porte du hangar et trouvais papa, assis devant son établi, le pinceau à la main, ses lunettes sur le bout du nez, une sarcelle de bois, à l’aile déjà irisée, nichée dans sa paume.11 ne me retournait pas, il agréait mes larmes, mes reniflements, sans se démonter.— Que c’est qui t’ont faite encore?Sa voix était légèrement excédée, presque tendre.Incroyance et ignorance Papa connaissait par cœur mes extravagances de globe-trotter immobile, mes déambulations fabuleuses sur place.Il m’écoutait miséricordieusement, hochait tristement la tête en m’entendant déplorer l’incroyance de tout un chacun, riait avec moi de l’ignorance des tondus obtus, caressait mes cheveux d’étoupe, comme on promène, à rebrousse-poil, sa main dans la fourrure de l’animal indomptable.— Mais si t’arrêtais, aussi, de leur lancer par la tête tes fredaines! — Mais, papa, j’ai la tête tellement pleine d’affaires! — Garde-les pour toi.On se rapproche pas des autres en leur contant des histoires qu’y comprennent pas.— Y devraient les comprendre, pourtant! — Y devraient, mais y sont pas capables.— Pourquoi?— Parce que! — Parce que quoi?— Ah, tu m’achales avec tes sau-dites questions fatigantes! Penses-tu que je leur conte mes couleurs, moi, que je leur explique pourquoi je m'enferme à longueur de journée, pour bar-bouiller tout mon saoul?Ce qu’on aime, ce qui nous travaille, ce qui se passe entre soi-même pis soi-même, on n’en parle pas, on le fait.On s’adonne à nos ensorcellements comme à des faiblesses, quasiment comme à des (léchés, en cachette.—Ali oui?Comment ça?— «Comment ça, comment ça!» Je le sais-tu, moi?C’est comme ça pis c’est toute! Asteure, va jouer, t’es dans mes jambes, j’ai de l’ouvrage! L’ouvrage de mon père, le mien: même déchargement de la mémoire pleine à craquer, même fresque démente, même ébauche, même trompe-l’œil, même pointillisme approximatif?Sans doute, oui.Et je ressortais du hangar, à demi consolé, à demi accablé, en tout cas persuadé de mon ardente singularité, jumelle de celle de mon père, qui s’adonnait à son art en pécheur ravi et bien caché.Il fait crier l’injure Pierre Pelletier Roman Éditions du Nordir 22$ Suis-je vraiment en vie, dans cet état d'extase à la limite de la démence ?)f m.Regroupement des éditeurs canadiens-français LE DEVOIR Je suis un enfant, je suis à peine né, mais je suis très vieux, il y a en moi des amours, des guerres, des gr.uids gestes héroïques, (les révolutions, des morts, les souvenirs d’extases peu ordinaires, au bord de grands fleuves tumultueux.Quand je grimpe sur le banc de neige, je n’aperçois pas seulement le village, le lac, les champs blancs, hérissés de grandes herbes rousses, mais les dunes du Sahara, les déferlements de l’océan Pacifique, les (biaises de CapChat, les plages de Cuba, les grands glaciers de la baie d’Hudson.J’ai l’immense géographie du monde dessinée sur les parois de la cervelle et tous les oiseaux de la terre me survolent, sternes et pélicans emmêlent leurs ailes, m’encerclent comme un épouvantail et m’enlèvent dans le grand ciel vide et blême.Louis, le barbier, était le grand responsable de mes odyssées sur place.En entrant chez Louis, je devais m’asseoir sur une chaise droite, attendre mon tour, patienter tandis que monsieur Charlebois ou monsieur Grand’Maison était sous les ciseaux du barbier.Sur la petite table, ils m’attendaient, les beaux lieux de la terre, les personnages chevaleresques, en noir et blanc, sur les pages glacées des magazines: Sri Lanka, Spetsaï, New York, Terre de Feu, Chinois dans leurs rizières, nègres en grappes dans des bennes de camions, esquimaux dérivant sur leur banquise de glace, Brésiliens en transe, dans des rues décorées comme des reposoirs de Fête-Dieu.Il existait, le vaste monde né avec moi, elles existaient, toutes ces contrées entrevues dans mes songes, il était bien réel l’univers en chamaille, entraperçu au détour du chemin ou à la messe du dimanche, alors que je pensais somnoler, ou m’en aller dans la lune.Je ne découvrais pas ces parages-là, je les reconnaissais, je n’apprenais pas l’existence des volcans, celle des sorciers de Zimbabwe, des pêcheurs d’Islande, je les retrouvais, mes jongleries étaient attestées, mes visions corroborées.Je savais bien que j’avais vécu des vies sous les tropiques, d’autres sur la mer déchaînée, d’autres encore tout en haut des montagnes.Je n’étais pas fou, ni même distrait, surtout pas rêvasseur: je me souvenais, c’est tout Baleinier ou nez-percé Ce baleinier à barbe blanche m’avait une fois fait monter sur son bateau, cette papoue m’avait fait goûter ses galettes vertes à saveur de pissenlit, ce nez-percé chassait à mes côtés, il n’y avait pas si longtemps, j’avais dormi dans cette cahute de joncs tressés, au son de ces grenouilles sifflantes, dont je connaissais par cœur les mouchetures phosphorescentes.J’avais nagé en compagnie de cet ange-de-mer ver-sicolore, j’étais descendu, avec ce mineur argentin, dans ce long tunnel aux parois miroitantes d’argent pur, j’avais fumé le calumet avec ce Navajo placi- de, aux joues ridées comme une vieille pomme, je m’étais enfui du village, avec ce grand nègre rieur, aux premiers crachats de feu du Kilimandjaro.Je n’avais pas besoin des fermons du curé ni même du saint Evangile pour concevoir que tous les humains étaient frères et sœurs, cousins; cousines, que tous ces inconnus étaient d’autres moi-même, diversement déguisés, dispersés sur les côtes des mers, dans des vallées profondes et sombres comme abîmes, dans des villages si dissemblables et si pareils au nôtre.Je n’avais pas non plus besoin d’entendre les langues, les patois, les accents pour comprendre que mes pareils articulaient notre charabia (l’éberlués, le sabir que jaspinent tous les exilés du monde, tous les perdus, chassés du paradis, regroupés en tribus.Venait mon tour sur la chaise du barbier, où je prenais place comme un petit Jésus au temple, et entreprenais de publier à pleine voix notre parenté avec les Africains ou les Perses, tous ces étrangers du bout du monde, si proche de chez nous.Iii |x>tite flamme de la Pentecôte, moi, je savais en faire bon usage: je jaspinais en connaisseur, sans reprendre mon souffle, confirmant le destin des caravaniers du désert, des pêcheurs de crevettes de notre voisine la Virginie, du cyclone, de l’iceberg, du taureau percé de banderilles en Espagne —• une contrée sise à proximité — de la pluie de sauterelles, s’abattant sur les champs du Texas, pas bien loin de chez nous.Anacondas et gratte-ciel les déjà tondus, les futurs tondus me dévisageaient avec des yeux soupçonneux, mais je prenais leur incrédulité pour de la ferveur, et je continuais, intarissable, à dépeindre la création hétéroclite et les vivants multiformes, insistant sur l’appétit féroce de l’anaconda du Paraguay, la dextérité des tresseuses de paniers de Tanzanie, la beauté des enfants peuls des savanes du Sénégal, les hauteurs vertigineuses des gratte-ciel de Manhattan.J’avais la bouche pleine de cette salive du conteur arabe, de la chanteuse portugaise, du goûteur de vins de Bordeaux, (Je la grenouille ava-leuse de rats de l’Equateur: j’étais inépuisable, je jacassais sans finir, j’étourdissais mes interlocuteurs, ne leur laissais pas placer un mot, pas même une exclamation, pas même un soupir.Il me fallait me vider de mon trop-plein de paysages et de personnages, dégorger le sang de tous ces carnages, aperçus trop vite, sur les pages, et qui me faisaient mal au cœur, me déprendre de toutes ces images, qui m’engloutissaient comme des sables mouvants.— Woh! ti-gars, tu me donnes mal à tête! — Y a été vacciné avec une aiguille de gramophone, c't’enfant-là! — Le serpent du Texas qui t’a piqué, l'as-tu faite empailler au moins?R o b c r I L a I o il il e ?Cette papoue m’avait fait goûter ses galettes vertes à saveur de pissenlit CHRONIQUE I)U TEMPS ANIMAL Luc Lecompte Éditions du Noroît, Montréal, 1998 93 pages DE QUELLE BOUCHE SOMMES-NOUS?Corinne Larochelle Éditions du Noroît, coll.«Initiale» Montréal, 1998,74 pages DAVID CANTIN En 199G, la parution d'Inventaire (Le Noroît) marquait un tournant dans l’œuvre poétique de Luc Lecompte.Il me semble que ce recueil s’inscrivait déjà comme un second départ.De Ces étirements du regard (L’Hexagone, 1986) à La tenture nuptiale (L’Hexagone, 1989), cette parole hésitait toujours à travers une certaine cérébralité du verbe et de la perception.Pourtant, Inventaire a fait table rase en voulant tout remettre en cause, de l’émotion à l’écriture même du poème.Désormais, on serait tenté de définir ce livre comme un appel face au désordre intérieur.Deux ans plus tard, Chronique du temps animal constitue non pas la suite mais la phase originelle du doute.De façon morcelée, ce recueil trace surtout un prolongement nécessaire dans ces «coincidences de l’œil et du monde».En quatre parties, Lecompte tente d’habiter les choses à nouveau, d’en comprendre le sens profond.Après son «inventaire» d’une crise émotionnelle et esthétique, il redécouvre l’instinct animal de l'homme qui passe du bouleversement à la contemplation.A travers une série de courts tableaux au langage dépouillé, une voix se souvient de ce dilemme imprévisible entre le désir et l’absence de l’être aimé.C’est à ce moment que l’individu cherche à comprendre le poids insupportable de sa propre solitude comme une lumière aveuglante: «Tu racontes un temps animal, une saison libre derrière l’inventaire achevé, un espace d’insectes, d’instinct et d’instables mouvances.À tes côtés, comme un ange subalterne, le chien veille sur l'enfance oubliée et renouvelle l'odeur tremblante des choses.Te voici un animal plein de silence.» Moins sombre que l'œuvre précédente, ce recueil est traversé de connotations spirituelles.Évidemment, la figure de l’ange qui renvoie à l’exergue de Rilke, mais aussi dans cet éveil des sens face à la nature première.Sans faire appel à la facilité, cette poésie nous amène vers son propre chemin.Il y a là une culture, un savoir et une émotion qui ne trahissent jamais le poème.De plus, on ressent une grande humilité derrière ces mots qui rendent hommage au père disparu.Grâce à Chronique du temps animal, la poésie de Luc Lecompte ose prendre désormais sa véritable direction.LUC LECOMPTE CHRONIQUE DU TEMPS ANIMAL Nouvelle voix Constamment, de nouvelles voix ne cessent de faire leurs marques dans l’horizon de la poésie québécoise contemporaine.De quelle bouche sommes-nous?de Corinne Larochelle s’inscrit déjà parmi ces livres prometteurs.En 1993, un premier recueil intitulé Im Femme d’encre (Éditions du Loup de Gouttière) laissait entendre quelques résonances.Toutefois, cette deuxième œuvre va beaucoup plus loin dans ses intentions.Grâce à une structure et une thématique englobante, De quelle bouche sommes-nous?se présente avec bien des qualités.Dès les premières pages, on discerne une écriture elliptique, assez per- litlitions du Noroît IL .Ml IL , I - // JACQUES PARIZEAU sonnelle, où l’image joue un rôle décisif.S’inspirant d’un abandon amoureux, une mémoire enfouie cherche à traverser la difficile épreuve du désir.Autour de cette trame délicate, l’acte d’aimer questionne désormais le rapport vital qui existe entre la vie, les êtres et le monde: «De l'autre côté des nuages / l'oubli emporte les corps / en pièces détachées / en blessure isolée du bleu / reste la fin de semaine / inondée d'étreintes / du miel des cous / aux courbes des lobes / un peu de vêtements / comme des morceaux de toi / retouchent l'épaule / les traces se touchent entre elles / puis forment la goutte d’eau / qui contient la lune.» Il y a toute une sensibilité charnelle derrière cette écriture qui interroge ses propres craintes.Parfois, Corinne Larochelle laisse même entendre un érotisme discret dans la collision de nombreux symboles évocateurs.Mais aussitôt, on surprend l’état de latence que cause la chaleur du désert, du sable et des dunes de l’imaginaire.C’est grâce à ces tremblements intérieurs qu’une véritable tension poétique se réalise face à l’appel des sens.Comme si le vertige passionnel nous révélait l’ambiguïté première de notre existence.Suivant les pas e( l’influence de Marie Uguay, d’Élise Turcotte et de Rachel Leclerc, Corinne Larochelle nous ramène à l’essence d’une voix qui ne demande qu’à s’accomplir.m-m Le Québec saura-t-il TIRER SON ÉPINGLE DU JEU FACE AUX IMMENSES DÉFIS QUE POSE LA MONDIALISATION?Jacques Parizeau Le Québec et la mondialisation Une bouteille à la mer?lb éditeur 6,95 S ILF.CROUl'l I [ VIUI AiAKII ! I uhmiui I • !.Grand Prix d Montréal Finalistes.Les I NiailOlCO du Grand Prix du livre de Montréal 1998 Danny LAFERRIÈRE Le charme des après-midi sans fin Lanctôt Éditeur Yan MUCKLE Le bout de la terre Les Éditions du Boréal Gaétan SOUCY L'Acquittement Les Éditions du Boréal Michel VAN SCHENDEL Bitumes l'Hexagone Joël YANOFSKY Jacob's Ladder The Porcupine's Quill La remise du Grand Prix du livre de Montréal aura lieu à l'hôtel de ville de Montréal le lundi 16 novembre 1998 à 11 heures MONTREAL c'est toi ma W//e! L E I) E VO I II .I.K S S A M E I) I K T I) I M \ .\ C II E 8 X O V E M It It E I !» !» « i) r> LE FEUILLETON La superstition de la vie CHIEN Paul Nizon 1 'reduction de l’allemand par Pierre Deshusses : Actes Sud, Arles, 1998,117 pages Entre L'Année de l’amour, le premier roman de Paul Nizon publié en 1981 (traduit chez Actes Sud en 1986) et Chien, son dernier roman, se dessine une courbe où, malgré une continuité évidente, certains rapports s’inversent, voire se détruisent.Autant le premier se voulait le récit d’un écrivain plongeant dans la «littérature» (symbolisée par la ville) afin de mieux renaître à lui-même à travers une expérience de dénuement, autant le second cherche-t-il à se débarrasser de ce même écrivain pour mieux permettre à l’écriture de se présenter toute nue, comme «sans histoire», au cœur d’une ville de plus en plus réduite, de moins en moins attrayante.Chez cet auteur qui pratique volontiers ce que l’on a appelé l’autofiction (qui n’est pas l’autobiographie), on voit bien que l'obsession ¦du dénuement suit son •cours, mais en se radieali-•sant, en allant au bout de >sa logique.Le titre, Chien, pourrait ¦d’ailleurs s’accompagner d’un point d’exclamation tant il est près de l’inteijec-tion — cet émoi ressenti devant une réalité qui n’a •plus de mots mais qui demande quand même un son, un cri.‘Pas de jubilation ici face aux pouvoirs de l’écriture, qui apparaît plutôt comme une posture artificielle, une ‘ pose, un détournement de la vie, une parodie du réel.Il y a pourtant en Nizon un théoricien de l’écriture, et c’est bien pour cette raison qu’elle évolue, se cherche, se contredit, se malmène, se blesse parfois, se refuse à la facilité et au ronronnement.1 Pas de paix pour cet écrivain «existentiel» qui n’en finit plus de piéger la vie partout où elle manque à l’écriture, oii elle se réserve sauvagement ¦contre l’idéalisation, la récupération 'esthétique.Il y a, au fond de cette ¦opération primitive, comme une faille originelle, qui est presque un refus du salut, de la rédemption.Chien, c'est cet animal en nous qui se refuse à anticiper, à calculer, à thésauriser, à s’intégrer pour mieux asseoir ses privilèges ou suivre fate-1 ment l’échelle de ses progrès.Animé par un instinct sans faille pour le présent, le plaisir intense mais sans but, l’errance voyageuse, même ce qu’il symbolise comme attachement et comme fidélité (à l’homme, à son maître) sera abandonné par le narrateur qui n’en conservera que l’âme vagabonde, l’incarnation du désir de liberté («[.] une fois dans la rue, je n’étais qu’attente, chien qui renifle et remue la queue.») Aussi la capacité d’amour qui consiste, chez le chien, à ne se lier qu’à des individus, jamais à un lieu.Car tout lieu enferme.Et c'est une bien étrange leçon roma- nesque qui nous est fournie ici que de (se) refuser (à) toute histoire pour mieux laisser la voie libre à son absence, c’est-à-dire au pur possible.L’écriture comme vagabondage Chien, c’est l’histoire d’un vagabond qui, sans être un sans-abri, a décidé de ne plus être retenu par rien, même pas par son chien — dont le récit ne fait ici que se souvenir.Habitant à Paris (Nizon, faut-il le rappeler, s’y est jadis exilé et y vit depuis), ce vagabond-narrateur est un homme de la rue qui passe le plus clair de son temps à réfléchir, mais sans avoir véritablement de pensées.En fait, sa seule obsession c’est d’échapper à l’histoire, à toute histoire, pour mieux se concentrer sur le quotidien, la réalité qui l’entoure.«Quand il ne pleut pas, je vais dans le parc.Je m’assieds sur un banc et regarde les gens.Il y a des gens tout à fait singuliers, ceux que je préfère ce sont les enfants.» Cet homme avait pourtant une femme, des enfants, une profession qui l’amenait à voyager, un chien aussi qui le suivait dans ses déplacements.Puis un jour, il a tout laissé tomber.Pourquoi?On ne le saura pas vraiment.Nizon est plutôt avare en explications de type sociologique ou psychologique.Ce qui est avancé par le narrateur, qui s’interroge là-dessus, tient aux souvenirs d’enfance et au fait qu’il habitait un hôtel (propriété de ses parents), qu’il n’y avait pas vraiment de vie de famille mais que des clients de passage, qu’il a été privé d’attention maternelle et que c’est un miracle qu’il ait pu suivre à l'école — école dont il revenait d’ailleurs le plus souvent en empruntant des chemins de traverse.Un destin, un tempérament, une dissidence, une faille intime?Toujours est-il qu’il avoue n’avoir pas volontairement fui mariages comme emplois, mais simplement avoir un jour «dévié».«Je ne pouvais vivre qu'en transit, ou bien entre deux chaises, comme on dit.Dès que j’étais installé dans un appartement ou un emploi, les choses perdaient leur saveur.Je connaissais tout d’avance, et ce monde connu s’étendait devant moi comme un désert.» Nous sommes bien dans ce ro- I Montréal : 342 - 2815 sad(lw»v #¦ # 0 # / AnwU V>-r Mvttr.u: \ 7w»5 et N etïts fards ÿÿSur ü'into M-r.lHi tiqaittV Cuisines d’Afrique, ESSAIS QUEBECOIS MUSÉE INTERNATIONAL DE U PARFUMERIE , La réhabilitation du rôle majeur joué par Lionel Groulx dans la pratique et l’institutionnalisation de l’historiographie au Québec est un des axes principaux de l’ouvrage de l’historien Ronald Rudin, Faire de l'histoire au Québec.Vanilles Orchidées EDISUD 256 p.( 30,95 $ Brasse-camarade historique FAIRE DE L’HISTOIRE AU QUÉBEC Traduction de l’anglais par Pierre R.Desrosiers Ronald Rudin Septentrion, Sillery, 1998,280 pages la thèse voulant que la Conquête ait été à l’origine de notre pauvreté et de notre impuissance subséquentes.Leur radicalisme à ce sujet entraînera des frictions avec Groulx qui le jugeait susceptible de provoquer la déprime et la passivité.Cependant, presque jusqu’à la mort de celui-ci, ces historiens lui garderont une estime et une admiration qui leur interdiront de souhaiter une rupture trop brutale.144 p„ 47,95 $ i BULLETIN D’HISTOIRE POLITIQUE ' Automne 1998, Comeau & Nadeau, Montréal, 1998 230 pages Je serai affirmatif: le livre de l’historien Ronald Rudin, Faire de l’histoire au Québec, est assurément l’essai le plus roboratif de la saison.Polémique sans agressivité, savant sans présomption, original sans extravagance, ce projet, dont l’intention principale est de traiter «des rapports entre l'historiographie et la société globale québécoise tout au long du XX siècle», marque un moment important de la réflexion historiographique actuelle.Basé sur la thèse selon laquelle «tout au long du XX' siècle, des générations successives d'historiens québécois ont produit des œuvres qui reflétaient à la fois l’évolution de leur profession et les changements survenus dans leur propre société», cet ouvrage s’articule autour de quatre axes principaux: une réhabilitation de rôle majeur, central, joué par Lionel Groulx dans la pratique et l’institutionnalisation de l’historiographie au Québec, une présentation relativement détaillée des thèses opposées défendues par les représentants de l’école de Montréal (Frégault, Brunet, Séguin) et ceux de l’école de Laval-Québec (Trudel, Ouellet, Hamelin), une récusation de la notion libérale (aussi dite whig) selon laquelle l'historiographie serait en constant progrès et, finalement, une critique du courant que Rudin nomme révisionniste (Linteau, Durocher, Robert et d’autres) qui postule une normalité clans l’évolution historique du Québec et qui se réclame de l’objectivité scientifique.i L’axe central, cependant, reste la critique du révisionnisme puisque c’est elle qui détermine l’ensemble du propos.Il existe, écrit Rudin, un paradoxe révisionniste que Jean-Paul Bernard, lui-même lié à cette tendance, a bien relevé: cette école, en effet, insiste pour montrer «une modernisation hâtive de la société québécoise», mais elle défend au même moment l'idée d’une «modernisation tardive de l'historiographie correspondante», ce qui lui permet, entre autres, d’ignorer l'apport majeur de Lionel Groulx.Ix> rôle de Groulx Pourtant, de dire l’historien qui enseigne a l’Université Concordia, dès le début du XX' siècle, la notion d histoire comme science objective apparaît, principalement portée par Groulx.la pensée de ce dernier, d’ailleurs, présente une constante évolution qui la fait passer d'une conception de l’histoire comme fabrique à héros inspirants à une autre plus consciente des déterminismes économiques et sociaux.Groulx reste marqué par son époque, mais ses travaux intègrent aussi les avancées historiographiques du temps.- Plus encore, c’est lui qui s’activera a mettre sur pied 1 infrastructure nécessaire (en fondant par exemple 1 Institut d'histoire de l’Amérique française et sa revue) afin d’assurer l’évolution de la profession historienne au Québec.Axissi, quand les révisionnistes d’aujourd’hui tentent de nier son apport au développement de l’historiographie québécoise, ils ne font en cela que refléter, comme tous leurs prédécesseurs, «les conditions ambiantes et l'évolution de la discipline»: «À mesure que les Québécois ont entrepris, particulièrement depuis une trentaine d'années, de se donner d’eux-mêmes l'image d'un peuple depuis longtemps "moderne”, Groulx est devenu une source d’embarras à cause de ses opinions sociales et politiques.» Réfutant la prétention des historiens a l’objectivité scientifique (intention légitime mais toujours déçue), Rudin se propose aussi de présenter les versions contradictoires défendues par les écoles de Montréal et I-aval, mais il refuse d’y voir un progrès par rapport a celles qui les ont procédées: «L’historiographie québécoise des années 1940 était différente de.celle des années 1920, mais cela ne veut pas dire qu’elle était “meilleure.”» • A Montréal, la chose fait partie de l’histoire — si on peut s’exprimer ainsi, les Frégault, Séguin et Brunet défendront La réponse de Québec À Québec, la perspective historiographique se fera autocritique et, défendue par Marcel Trudel, Fernand Ouellet et Jean Hamelin, privilégiera les causes internes (dont le catholicisme réactionnaire) pour expliquer le retard québécois.Inspirés par les Annalistes français, ces historiens nous diront responsables de notre propre malheur en fondant leur vision sur une approche radicalement différente de celle de l’école de Montréal.Cela dit, malgré ses divergences de vues, les deux écoles, suivant en cela le point de vue de leurs précurseurs, s’entendent donc pour reconnaître le caractère distinct et spécifique de la société québécoise.Les révisionnistes, eux, le nieront.Le Québec des années 1960 était une société normale, donc moderne, et son histoire, selon eux, ne différait pas non plus, sur l’essentiel, de celle d’autres sociétés occidentales: «Ce faisant, ils ont mis l’accent depuis trente ans sur les forces matérielles et ont, du même coup, marginalisé certaines articulations fondamentales de l’historiographie québécoise, par exemple le rôle de la religion et l'antipathie envers les conquérants anglais — toutes caractéristiques qui plaçaient les Québécois à l’écart de la dynamique occidentale.» Rudin rejette cette approche.À son avis, »les historiens devraient pouvoir considérer à la fois la normalité et la spécificité de l’histoire du Québec».De plus, Rudin invite les historiographes (et leurs lecteurs) à relativiser la notion d’histoire objective afin d’admettre «la nature polémique de l’historiographie», nature qui n’exclut pas, cependant, la quête de la vérité, même si elle la reconnaît fragile et toujours aux prises «avec le problème d’équilibrer les exigences de [la] profession et celles de [la] société.» Passionnant brasse-camarade historique, Faire de l'histoire au Québec réjouira ceux qui.comme moi, entretiennent des rapports troubles avec les prétentions scientistes de certains des praticiens de ce que l’on appelle les sciences de l’homme.11 ne s’agit pas, évidemment, de répudier l’esprit de méthode.Il s’agit simplement d’accepter, dans la douleur qu’impose la modestie, que ces narrations que sont les reconstruits historiques tirent leur grandeur et leur vérité de leur complexité fragile et que le choc des visions assumées demeure la meilleure voie d’accès à une réalité toujours fuyante, celle de l’existence humaine.Ixi querelle épistémologique Qu’une entreprise aussi audacieuse et provocatrice suscite la controverse, cela va de soi.On pourra lire, pour s’en convaincre, les réactions de certains historiens et sociologues (Trépanier, Deshaies, Bédard, Gagnon, Beauchemin et Bourque) à l’ouvrage de Rudin, colligées dans le Bulletin d’histoire politique dont le dossier principal, par ailleurs, por-te sur «Us Rébellions de 1837-1838 au Bas-Canada.» Ainsi que le mentionne Pierre Trépanier, «y a-t-il peau plus sensible que la peau d’un historien?Dans la corporation, meurtrissure vaut flétrissure, et gare à la loi du talion!» Rudin ne faisant pas dans la dentelle, il était donc inévitable que son propos déclenche une querelle épistémologique dans le monde de l’historiographie nationale.les critiques présentées dans le Bulletin sont d’inégales valeurs (celles de Deshaies et Bédard se limitent, par exemple, à une tentative de réhabilitation des historiens de l’école de Montréal, passablement écorchés par Rudin), mais celle de Serge Gagnon mérite d’être prise en considération.Nuancée, honnête aussi bien dans la réfutation que dans l’adhésion à certaines des thèses «rudi-nistes», cette réflexion enrichit le débat en plaidant pour «une science sociale en présence de l’homme» qui saurait éviter le relativisme, considéré ici comme un piège que Rudin transforme en projet.Permettez, en terminant, que je sermonne un peu: ce serait péché de ne pas suivre ce débat qui touche à l’essentiel.louis.coniellier@collanaud.qc.ca I.o ii i s C o r ii e 11 i e r ?Avec Rudin, le débat sur l’histoire québécoise touche à l’essentiel 212 p., 30,95 $ 154 p., 79,95 $ 176 p., 31,95 $ 178 p„ 41,95 $ istribution Fides En vente chez votre libraire ¦ 1) s i) i: y o i ii s s a m i: i> i K T I) I M A .V l \ o y i: ni i: i: !l S V R, E S L K 1.I V K K l) E 1’ O C H K La vie et rien d’autre MARCH!.J KAN Explorons cette semaine cette zone dans laquelle la littérature s’abreuve directement au vécu.Ex plorons ce territoire que les Kerouac et les Miller ont contribué à rendre célèbre, et allons voir ce qui se trouve à la fois en amont et en aval de ces récits de vie.Du subterfuge entourant une prostituée de Vienne aux souvenirs parfois cocasses d’un jeune Sri-Lankais, la vie nous réserve des surprises.HISTOIRE D’UNE FILLE DE VIENNE RACONTÉE PAR ELLE-MÊME Josefine Mutzenbacher Traduit de l’allemand Folio, Paris, 1998,28(î pages «On dit que les jeunes putes font les vieilles bigotes.Ce n'est pas mon cas.Je suis devenue pute très tôt et tout ce qu’une femme peut faire dans un lit.sur une table, une chaise, un banc, contre un mur ou dans l'herbe, dans l’encoignure d'une porte ou dans une chambre de passe, dans le train, dans une caserne, au bordel ou en prison, je l'ai fait.» Voici comment s'ouvre ce bien singulier récit, sans auteur ni traducteur, qui a pour cadre Vienne au XK1' siècle.La Josefine Mutzenbacher du titre a bien existé, la chronique de l’époque l'atteste, mais il semble qu’elle ait bien peu à voir avec l’écrivain qui, tout au long de cette fausse autobiographie, utilise abondamment le «je».Nombreuses furent les rumeurs à propos de l’identité de l’auteur de Josefine Mutzenbacher, la plus exquise (et la plus probable) l’attribuant à Félix Salten, rendu célèbre pour son Bambi, qui inspira Walt Disney.Mais qu'à cela ne tienne, Josefine Mutzenbacher est un récit grivois remarquablement rédigé et traduit avec une extrême élégance.MON APPRENTISSAGE À PARIS Casanova Rivages poche/Petite Bibliothèque, Paris, 1998,412 pages Cet ouvrage est constitué d’extraits Josclïnc Mui/vnbachei I i listoitv (Tune lïlk* (le Vieillir J i at muer par ellr-mèmc Wl du monumental Histoire de ma vie, mieux connu sous l’appellation de Mémoires, qui constitue l’essentiel de l’œuvre de Casanova.Les extraits ici reproduits concernent deux séjours à Paris, le premier allant de l’été 1950 à l'automne 1952, le deuxième allant de l'hiver 1957 à l’automne 1959.Dans sa préface, Chantal Thomas indique qu’après Venise, son lieu de naissance, Paris joue un rôle décisif dans la vision du monde de Casanova, le libertin s’y trouvant en parfaite affinité.Mon apprentissage à Paris constitue donc une excellente introduction aux écrits de Casanova.DERNIERES LETTRES Vincent Van Gogh Mille et une nuits, Paris, 1998 104 pages Dans la fort jolie collection économique des éditions Mille et une nuits, voici les Dernières lettres de Van Gogh, qui font figure de testament esthétique du peintre suicide.Un petit cadeau à offrir, ou à s'offrir, pour mieux comprendre les tourments du génie.UN SILENCE D’ENVIRON UNE DEMI-HEURE Boris Schreiber Folio, Paris, 1998, deux tomes 887 et 967 pages À la lin de la décennie 1980, Boris Schreiber a entrepris la publication de sa biographie romancée.Ont ainsi été publiés Le lait de la nuit.If tournesol déchiré et Un silence d'environ une demi-heure, ce dernier ouvrage valant à son auteur le prix Renaudot 1996.Récompense pleinement méritée pour un auteur de grande envergure, un esprit classique qui se plaît à sculpter les phrases avec finesse et virtuosité.Un silence d’environ une demi-heure commence au milieu des années 1930 et progresse à mesure que l’horreur gagne l’Europe et que la famille de Schreiber doit apprendre à se cacher, doit apprendre à survivre plutôt qu’à vivre.Indéniablement l’un des temps forts de la littérature française récente.IA ME ET MOI Marcel Lévy Phébus libretto, Paris, 1998 215 pages En 1992 paraissait, aux éditions Phébus, le premier ouvrage de Marcel Levy, La Vie et moi, sous-titré «Chroniques et réflexions d’un raté».Ce premier livre découlait d’une correspondance d'une quinzaine d’années entre l’auteur et son éventuel éditeur.Au fil des échanges, Lévy avait soumis de nombreux textes à l’éditeur MICHAEL ONDAATJE à \A «Tout lfmonde debout» avec Patrick Huard et Véronique Cloutier Du lundi au vendredi de 6 h à 9 h ÉMOTION ROCK / Pierre Bourgault Commente l'actualité Vers 7 h 40 du lundi au vendredi 98,5 FM ESSAIS et celui-ci, tout en reconnaissant leur valeur, les jugeait tous impropres à la publication.Lui parvint, enfin, un texte qui avait le potentiel pour devenir un livre.11 s’agissait du récit de la vie de l’auteur, ou si vous préférez d’un traité sur l’art de manquer sa vie.Le succès fut immédiat et Marcel Lévy devint, à 93 ans, un débutant en vogue.Cette Vie et moi est un petit livre à l’humour citronné qui a de quoi réjouir ceux qui méprisent l’arrivisme.DES BARBELÉS DANS MA MÉMOIRE Alain Stanké Stanké.10/10, Montréal, 1998 191 pages Depuis sa première édition, en 1969, sous le titre J’aime encore mieux le jus de betterave!, on a vendu une quantité phénoménale d’exemplaires de ce livre, vibrant témoignage d’un enfant qui, à cinq ans, commence un troublant périple au cœur des atrocités de l’Histoire.11 s’agit d’un texte émouvant, fidèle à son projet de présenter la guerre à travers une sensibilité d’enfant.On peut regretter, cependant, qu’Alain Stanké l’éditeur n’ait pas donné à Alain Stanké l’écrivain tout l’appui qu’il méritait.En effet, la qualité matérielle du livre laisse à désirer, les caractères typographiques étant trop petits, les marges presque inexistantes et l’impression trop pâle.UN AIR DE FAMILLE Michael Ondaatje Traduction de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek Points, Paris, 1998,219 pages Starifié par l’adaptation cinématographique de son dernier roman, L’Homme flambé, devenu Le Patient anglais, Michael Ondaatje raconte ici sa famille, une collection d’excentriques capables de traverser les catastrophes avec une inaltérable bonne humeur.Un air de famille est ainsi un petit ouvrage de facture très moderne qui, comme l’écrit Michèle Gazier dans sa présentation, •1 - au kid tkiéufti tut I» u Jim IiIiiIi TRECARRE “tBÎ 1.ÜTERIÜ CHERCHER ET TROUVE O ANS INTERNET cents outils de consultation.De quoi aider — en français — les explorateurs dans l’âme.CHERCHER ET TROUVER DANS INTERNET Louis-pilles Lalonde et André Vuillet Les Éd.Logiques, Montréal, 1998 139 pages Les auteurs nous proposent douze des meilleurs outils de recherche dans le Web en nous apprenant quand et comment les utiliser.Grâce aux scénarios proposés, ils nous initient à la recherche et nous aident, par leurs conseils, à développer nos propres stratégies de recherche.Ils nous assurent qu’en suivant à la lettre leurs indications, on trouvera ce que l’on cherche, _______ que ce soit un site, un document, une image ou un logiciel! En feuilletant ce guide, cela semble, en effet, assez facile.CORRESPONDANCE D’AFFAIRES ANGLAISE Brigitte Van Coillie-Tremblay, Madeleine Bartlett e( Diane Forgues-Michaud , Les Éd.Transcontinental/Les Éc.De la Fondation de l’entrepreneur-ship, Québec, 1998,394 pages Un livre pratique non seulement pour la secrétaire mais aussi pour l’homme d’affaires qui doit rédiger une lettre ou une note en anglais.Avec cet ouvrage, on n’a pas de quoi se tracasser si l’on ne connaît pas parfaitement la langue de Shakespeare.Les auteures, un trio gagnant qui a déjà publié de grands succès dans le domaine du guide de rédaction, fournissent non seulement les règles d’usage de la correspondance anglaise et ses différentes caractéristiques, mais elles offrent en plus 126 modèles de documents d’usage courant: lettres, notes, contrats, cartons et autres.Tous ont été endossés par des entreprises.LA RÉINGÉNIERIE DE LA VENTE PAR LE TÉLÉMARKETING DE CONQUÊTE Marcel J.-B.Tardif Isabelle Quentin Editeur, Coll.«Les communicateurs», Saint-Hyacinthe, 1998,202 pages Cet ouvrage, dont la préface est de Bernard Landry, se veut un cri d’appel à la révision permanente des processus de vente dans l’entreprise.Le télémarketing de conquête est une technique de signalisation-vente à la pièce des biens et services de consommation finale, où l'appelant traite chaque client sur la base de ses besoins et attentes personnels avant de moduler l’offre en conséquence.Cet ouvrage, écrit par un consultant et professeur de gestion, s’adresse avant tout aux dirigeants d’entreprise qui refusent de se faire damer îe pion par la concurrence.Renée Rowan ta réingénierie de la vente park?- telemarketing de conquête Entretiens inédits Un moment exceptionnel ! DENISE _ bombardier u TÊTE FROIDE CŒUR TENDRE Dans un climat de confiance, Denise Bombardier nous entraîne dans une salutaire interrogation sur la qualité de l’information à la télévision et pose un regard lucide sur sa vie, son métier, ses amours Entretien inédit avet PIERRE MAISONNEUVE NOVAL1S CLAUDE CASTONGUAY UN ARTISAN DU QUÉBEC MODERNE Un homme libre ! Au-delà des anecdotes et des intrigues qui se trament dans les coulisses du pouvoir, Claude Castonguay fait le bilan des grandes réformes sociales au Québec et nous amène dans les méandres de son jardin secret.Entretien inédit avec pierre MAISONNEUVE NOVA LIS DÉJÀ PARUS DANS LA MEME COLLECTION JEAN-CLAUDE TURCOTTE -L'homme derrière le cardinal RENÉ DUPÉRÉ-Le créateur de la musique du Cirque du Soleil NOVALIS ouveautés ( .u-u’ 326 pages, 30 $ 524 pages, 38 $ 208 pages, 59 $ r^vGMï- awfljl *»4êêS8 § * xvm mA >• a 276 pages, 24,95 $ i lü ï àii*" 344 pages, 35 $ 276 pages, 24,95 $ 688 pages, 42 $ LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL ^ I) 12 I, K I) K V (t I lî .I.E s S A M E I> I 7 K T I) I M ,\ \ ç || |.; s \ I) V E NI l( li K I !t !( K ARTS VISU K L S Graffitis américains Haring est d’abord un «kid» imbibé d’une culture populaire marquante RÉTROSPECTIVE KEITH HARING Musée des beaux-arts de Montréal Pavillon Jean-Noël Desmarais 1380, rue Sherbrooke Ouest Jusqu’au 10 janvier BERNARD LAMARCHE Après l’escale inaugurale au Whitney Museum, qui l’a organisée, après des passages à Miami, à San Francisco, à Toronto, la rétrospective de l'artiste américain Keith Haring débarquait à Montréal cette semaine, au Musée des beaux-arts (MBAM).Keith Haring.Très peu ne connaissent pas Haring, dont la comète foudroyante a ébloui le monde de l’art dans les années quatre-vingt, avant que le sida n’ait raison de lui.Tous le connaissent, mais plusieurs ignorent peut-être qu’ils le connaissent.C’est que Haring, dans sa volonté de marier art et populisme, n’a jamais reculé devant la possibilité de prêter (vendre?) son coup de crayon à des ¦causes» commerciales.Vous vous souvenez peut-être d’une petite famille tracée au crayon coloré d’une publicité de Chrysler, il y a quelques an- nées?Ces coups de crayon, c’était la manière Keith Haring.Dire cela cependant, c’est ignorer la provenance de Haring, c'est se soustraire à ce qu’était l’extravagance du contexte ;irtistique à New York lors de ces années fastes, c’est nier la dévastation montante causée par le sida à cette époque, c’est oublier l’importance qu’a prise la culture de rue dans ces mêmes années, qu’on pense au rap, au break-dancing, aux graffitis, etc.Haring c’est d'abord cela: un «kid» imbibe d’une culture populaire marquante, élevé à coup de télévision, de bande dessinée, de science-fiction, reconnaissables partout dans sa production.Évidemment, c’était avant les interventions illicites dans le métro new-yorkais, la vie de discothèques, puis la consécration «glamourous» par le monde de l'art.C’était par contre aussi avant son engagement social contre l’armement nucléaire, avant sa généreuse implication auprès des enfants démunis, avant que le sida, dont il sait atteint dès 1988 (il est né en 1958), ne le fasse réagir fortement, puis disparaître, le 16 février 1990, à l’âge de trente et un ans.C’était aussi avant la rencontre à l’école, à la fin des minées 70, avec la asarg.SOL'RCL MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTREAL DJ, 1983, de Keith Haring BRIAN MKKRETT/MBAM Une partie de l’exposition Keith I taring au Musée des beaux-arts de Montréal production de certains artistes, dont Stuart Davis, Paul Klee, Jackson Pollock, et Mark Tobey.Avant d’entendre une conférence de Christo et Jeanne-Claude, les emballeurs du Pont-Neuf à Paris, avant sa visite de la rétrospective Pierre Alechinsky en 1977, sa lecture assidue d’une conférence de Dubuffet et celle, décisive dit-on, du Traité général de sémiotique d’Umberto Eco en 1979, alors qu’il fréquente la School of Visual Arts de New York.Complexe, le personnage?C’est peu dire.Surtout qu’à voir la simplicité de ses graphiques signalétiques, il n’est pas impensable que l’on croit devant ces œuvres, à un monde d’abord et avant tout consacré à des choses, disons, épidermiques.Rétrospective Ce que la rétrospective du Whitney permet de saisir: Haring est tout sauf unidimensionnel.Sa production, simple en apparence, répétitive en surface, y prend une profondeur à laquelle seule pouvait contribuer la rencontre dans un même lieu de plusieurs aspects de sa production, vu l’éparpillement de ses interventions (le métro, les écoles, la rue, les galeries, le commerce, le vidéoclip, les bars).Ce type de production peut causer problème.Tout spécialement tributaire du contexte culturel, social et matériel qui l’a vu naître (comme toutes les productions, nous direz-vous, mais celle-ci perd grandement de son sens en dehors de ce contexte, rétorquerons-nous).des choix importants devaient s’imposer.Présenter Haring dans la blancheur silencieuse des cimaises muséales eut gommé le populisme de sa production, eut ennobli indûment son œuvre.Inversement, de-vait-on s’engager dans la voie de l’«en-tertainement», de l’animation des reconstitutions qui parfois frôlent le ridicule?Admettez que l’excitation frivole des années quatre-vingt tombée — le cinéma américain a par contre investi récemment ces années fastes — rien n’allait permettre de bien saisir l’importance du contexte duquel allait émerger Haring.Non plus ne pouvait-on se permettre pour Haring d’en faire un martyr, de donner à sa biographie des allures d’hagiographie comme pour l’autre vedette de la scène new-yorkaise des années 80, lui aussi graffitiste, lui aussi d’un trop rapide mais combien foudroyant passage sur la scène artistique, Jean-Michel Basquiat (1960-1988).Ainsi, pour la version du MBAM — les œuvres demeurent, les mises en scène, d’un endroit à l’autre, changent —, a-t-on choisi, avec pertinence, de laisser certaines salles à nu, et d’en habiller d’autres aux couleurs, formes et fonctions des endroits que s’est appropriés Haring et d’autres auxquels il a été invité à se produire.De la reconstitution La première salle est occupée par des œuvres de jeunesse: un ruban vertical, expressionniste bien que l’on reconnaisse une forte schématisation, de 1978 (Everybody Knows Where Meat Comes from, It Comes from the Store)', un dessin touchant quand on connaît le personnage, fait d’un même motif schématisé, répété «all-over», d’un pénis erectile (un thème, le sexe, omniprésent dans sa production), dédié à Kenny; une série d’images de photomaton, portraits de Haring à 12 ans, etc.üi seconde salle est consacrée aux œuvres dans le métro de New York, sur les murs de laquelle on a esquissé le typique carrelage blanc.Ici, impossible de résister à une envie de renoter l’encadrement protecteur des papiers noirs extraits du métro, qui jure avec l’effort de reconstitution.Que voulez-vous, muséologie oblige.N’empêche que c’est là que Haring, face à la menace de se faire prendre à cette activité jugée illégale (on le voit se faire arrêter sur un vidéo), a développé à la craie ce style rapide, schématique, ce tracé preste qu’on connaît aujourd’hui.Côté reconstitution, on a aussi reproduit à grands traits les installations du sous-sol de la galerie lony Shalrazi, «black-lights» et murs criards inclus, oil l’artiste exposait dès 1982, exposition à partir de laquelle il allait s’imix)-ser dans le milieu établi des musées et des galeries.On y retrouve la Statue de la Liberté (1982) bariolée des gralfitjs de Haring, les vases qu’il a peints, etc.On a aussi voulu suggérer dans une autre salle l’atmosphère du Taradi$r{ Garage, vidéo de Grace Jones (Haring, y participait) et boule de cristal a l’a|> pui.11 faudra s’attendre à une expose tion qui «groove».,j j Paradoxes Mais en rester là ne suffit pas.I hiring c’est bien sûr le Pop Shop, où il a pu mettre à profit ses talents de concepteurs d’objets commerciaux, c’est aussi les belles années du PS.122, école désaffectée du East Village, devenue lieu de performances en 1980.mais aussi une furieuse réflexion sur les signes plastiques.Ses lignes contours reprennent le motifs de chiens rampants, d’ovnis, de foules admiratrices, de pyramides, de téléviseurs, d’ébats sexuels: transcendant "la barrière de lu langue, de la nationalité, de la race, de l'orienta tion sexuelle», il traite de sujets sérieux: «la destruction nucléaire, le fanatisme religieux, la des-, traction de l'environnement, le progrès, technologique, la création d'une culture universelle, et le pouvoir en général».Paradoxalement, sauf pour les dernières toiles de sa vie, plus chargées ef denses visuellement, apocalyptiques et chaotiques, il ne délaissera pas son* style télégraphique simple.Il reprendra ses signes plastiques isolément, les cadrera dans des narrations bédéistes, en fera des icônes populaires indélogeables.Puis leur donnera des inclinations clairement politiques (comme’ lors de la mort du graffitiste noir Michael Stewart aux mains des policiers en 1985) d’autres plus frivoles (son là; ineux mais combien ambigu bébé irradiant), d’autres franchement plu;?amères, mais constructives (il faut voir ce squelette se masturbant, d’où jaillis: sent des bouquets de Heurs).Art et commerce, frivolité et inquiétude se rencontrent.Agitateur publicitaire et artiste prolifique, Haring aura été tout ça.Pour notre plus grand bonheur, l’exposition n’essaie pas de réconcilier toutes ces réalités, elle en montre plutôt les diverses avenues.PROGRAMMATION 1998 € Lu ulul) dus uolluuliomiuurs ul amateurs d'art Au programme : des visites de collections privées, des rencontres d'artistes dans leur atelier et des échanges avec des experts sur des sujets variés ! Visite de la collection d'oeuvres d'art de la Banque Nationale Conférencière : Francine Paul Conservatrice de la collection Date : mardi 17 novembre 1998 à 17 h 30 Lieu : Banque Nationale 600, rue de la Cauchetière O., 4e étage Coût : 25 S non-membres gratuit pour les membres Prochaine activité : Rencontre avec l'artiste Françoise Sullivan dans son atelier Date : mardi 8 décembre Faites partie d'un Club dynamique pour être à la fine pointe en art! Adhésion annuelle : 200 S/personne; 300 S/couple Pour renseignements et inscription : Louise Faure (514) 847-6236 == MUSÉE D'ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec ss Jusqu’au 21 novembre • « "é ‘ i /¦ ; l A\ JOHN DOYLE: peintures, aquarelles, collages GALE R I E I) OMINION 14A8.rue Sherbrooke Ouest.Montréal 845-7471 Du inar.au sam, de IOh à I7h ________ ___________________^__ VIOLAINE GAUDREAU Quatre fois juin Dessins et céramiques Jusqu'au 14 novembre GALERIE SIMON BLAIS 4521, rue Clark Mgptreal H2T 2T3 514.849 1165 Ouvert du mardi au samedi de 10 h 00 à 17 h 30 Corrcspo Barcelone, 20 octobre 1998 Cher Rober, Tu m’as un jour raconté, en parlant de ton enfance, tes jeux avec les mouches.Je crois que cela a débuté par une histoire de cerf-volant.nous parlions de Benjamin Franklin.Tu disais avoir réussi à faire voler une mouche en lui plaçant un fil autour du cou.Mais en fait, le plus souvent, tu les observais, les étudiais, les disséquais minutieusement.Selon tes dires, capables de me faire imaginer tout un répertoire de gestes précis et attentionnés, tu les soumettais à diverses expériences de survie et de réanimation.Congelées une.puis deux, puis trois minutes, elles reprenaient vie graduellement ou mouraient, pendant que tu dressais, chronomètre en main, des compilations d'une grande précision, scrupuleusement retranscrites dans des registres.Dès lors, j'ai cru mieux comprendre ton travail d’artiste.Je te voyais penché sur les mots et les lettres du dictionnaire, scalpel en main, les détaillant, les épinglant, jour après jour.Manipuler, découper, enluminer.dans la fièvre de la nuit.Cette histoire d’entomologiste amateur devint pour moi « l’enfance de | ton art ».Cette histoire d'enfance fut également le début d'un récit sur l’art que je cultive depuis, à partir de ton jardin de mots.Louise Déry ndances Outremont, 25 octobre 1998 Chère Louise, Ce que tu m’écris de Barcelone me renvoie à quelque chose d’étrange.Dans le roman que j'écris présentement, Gabriella, onze ans.se rend les soirs d'été dans le Pré aux Pleurs pour attraper des lucioles qu’elle mange couchée dans l’herbe «en fermant les yeux vers les étoiles».Elle avale ces lucioles pour «éclairer les battements de son cœur».Le narrateur s’interroge : l’avenir doit-il être incertain pour que le bonheur vienne à soi ?Cette question et le rituel de Gabriella sont des énigmes pour moi.Lorsque je suis avec Gabriella, c’est l’enfance, la quête, la découverte, la solitude, le désir de communier avec le mystère de la nature qui m’animent à travers elle.Tu écris : «l’enfance de ton art ».Oui.Nous L sommes tous la résonance, la vibration de notre enfance.Les rêves et les désirs sont plus forts que tout.Tu le sais.Ln 1991.tu organisais l’exposition Un archipel de désirs m musée du Québec.Avec ce titre magnifique, tu offrais des visions de l’origine, l’irréversible des songes en soi.Tu as fait cheminer.Ton art consiste peut-être à observer et à inviter ceux et celles qui, par leurs gestes, nous convient à participer aux secrets du vivant en les révélant.Rober Racine Colloque L'artiste et/ou le commissaire W p 1 : Samedi le 14 novembre à 13h à la Galerie VOX.Entrée libre, 460 Ste-Catherine Ouest, espace 320, Montréal.Renseignements : 844-6993 VOX remercie les artistes qui ont yacit.trament écrit as lettres ainsi que le Conseil des Arts du Canada, le Conseil des arts cl des lettres du Québec, le Conseil des Arts de la Comiuuuaufc urbaine de Montréal, le Service de la culture de la ville de Montréal, la COI’ÉC, le Department de cultura de la Generalitat de Catalunya, le journal Le Llevoir et la brasserie Le Cheval Blanc pour Inu appui.IZ MUSÉE D'ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec ns V Benson & Hedges et l’épopée automatiste Que ceux tentés par I aventure se joignent à nous - Refus Global, août 1948 itJf.V / du 9 mai au at) novembre 1998 lR5.ru-! .lintn-Cv.hc .t OüCM.Wo/itrêlDf j- .•< :-,14)1)4/ Cu [LO plut dit» AiH ill ,-r >q l» / r»> î) u BANQUE NATIONALE LE DEVOIR CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIME SUR FOND GRIS OU DE COULEUR 1685 I, K I) K V 0 I R , I, K S S A M E l> I 7 E T I) I M A X < Il E 8 X 0 V E M 15 H E I !> 9 8 D I -> ARTS V I S II E L S Peinture, peinture Une virée automnale que les tableaux animent BERNARD LAMARCHE Ly engouement estival pour la i peinture abstraite, gracieuseté de l’événement Peinture peinture, organisé par l'Association des galeries d'art contemporain de Montréal (AGAC), ne doit pas être en reste.La manifestation a démontré la vitalité de la peinture non-figurative.Or, il serait incohérent de ne pas en faire le suivi.Chose dite, chose faite.Chacun des artistes de la présente petite virée figurait dans les rangs de Peinture peinture.LES DES DU ROI OLAV Arthur Munk Galerie B-312 372, rue Sainte-Catherine Ouest espace 403 Jusqu’au 14 novembre Si l’on se souvient bien, à Peinture peinture, les œuvres d’Arthur Munk étaient présentées dans une salle orchestrée autour de la peinture comme une exploration de motifs et de patterns», en autant que ces derniers ramènent à la surface une réflexion sur l’organicité des formes.En ce sens, il était possible que cette salle implique un travail double de fascination pour les textures colorées et, inversement, de répulsion, tant la métaphore organique était prégnante.La peinture d’Arthur Munk participait de cet état dans la mesure où elle recherchait une sorte de complémentarité des formes et des couleurs — des patterns — au sein d’une relative discordance.Cette fois-ci, dans les nouveaux locaux de la galerie B-312, Munk a transposé ces problématiques à même le déploiement de l’espace.Dans Les Dés du roi Olav, le peintre a entrepris de meubler l’espace entier de la galerie des grincements d’une peinture qui cherche avant tout à se trouver un ton.D’abord la petite histoire.Le titre fait référence a un récit relatant le partage des territoires frontaliers entre la Norvège et la Suède au XL siècle.«Un dé était utilisé à cet effet, mais lors du dernier lancer, celui-ci se brisa, introduisant dans la chaîne des événements un hasard inattendu», reprend le communiqué de l’exposition.«Doit-on y voir une métaphore de la fonction déstabilisante de l'œuvre d’art?», demande-t-on en conclusion de cette brève présentation.La métaphore filée trop rapidement a ceci d’heureux qu’elle nomme le semblant d’aléatoire que supporte cette toute dernière production.En effet, Munk a associé des textures et des couleurs à des formes sculpturales monolithiques accrochées au mur, ce qui force la perception à se constituer dans l’espace.Certes ce ne sont pas des paramètres inédits dans l’art qui se fait maintenant, mais Munk parvient, par l’utilisation limite de couleurs peu fréquentables entre elles, à donner du caractère à ses shaped-canvases installâtes.Parmi les œuvres qui se détachent (sans jeu de mots), à noter ce Panorama.Sur un mur complet de la petite salle de la galerie, Munk a peint un motif irrégulier dans des tons de crème, pouvant étrangement rappeler les cavités du cerveau.Flottant à la surface de ces flaques informes, d’autres tableaux découpés reprennent sans les reproduire les configurations obtenues dans le fond mural.Ces «cellules» ajoutent à la valse des formes peintes.Un des motifs de prédilection de la production récente de Munk demeure la succession des rayures.Un énième retour sur le motif de la grille, mais un retour qui ne s’abîme pas dans la platitude.Attracteur simple d’Arthur Munk FRANÇOIS-XAVIER MARANGE Galerie Eric Devlin 460, rue Sainte-Catherine Ouest espace 403 Jusqu’au 21 novembre Jouant sur de tout autres espaces, la dernière production de François-Xaviçr Marange, à la galerie Eric Devlin, semble prendre une tournure plus mordante que lors de la précédente exposition, il y a deux ans au même endroit Si certaines œuvres attirent moins l’attention, notamment celles où les formes sont clairement définies à même leur détachement du fond, d’autres, sensiblement plus ambiguës, tant dans leur facture que dans les effets de la représentation, risquent de questionner le regard davantage.Là où l’artiste fourbit ses meilleures armes, c’est lorsqu’il travaille avec le noir et le blanc.Là, il nous semble que les tableaux de Marange gagnent une dimension illusionniste d’une relative complexité.Le tremblement des traits se marie à la solidité décisive des lignes noires qui créent des lézardes dans la texture des blancs.Munk a entrepris de meubler l’espace entier de la galerie des grincements d’une peinture qui cherche avant tout à se trouver un ton Les fonds ne sont jamais lisses chez Marange.Le travail particulier de la ligne ajoute aux effets de textures du fond.Ainsi, peu importe comment on fait la lecture de ces grattages, elle est, dans ces tableaux qui ne semblent représenter que des branchages asséchés, constamment brouillée par les niveaux de référen-tialité de ces formes sombres.Ainsi, jamais n’est-il totalement possible de lire ces formations comme de simples inscriptions graphiques.Aucune lecture n’exclut les autres, ce qui fait souvent la qualité de ce type de production picturale.Ces branches se regardent d’un point de vue strictement formel, certes, mais aussi font se chevaucher plusieurs niveaux de figuration.Un de ces niveaux concerne la plasticité des œuvres.Des brèches sont créées à la surface des tableaux, font basculer le fond qui du coup est ravalé au premier plan.Alors là, la découpe devient plus littérale, comme s’il s’agissait d’un mur transpercé de l’usure du temps.Une œuvre ne cadre pas dans ces considérations, sans doute la plus magistrale du lot, qui fait les frais du carton d’invitation de l’exposition.Dans ses mouvements de lignes, Mouvement du dedans suggère la fumée lente qui monte après que le feu se soit éteint.La masse noire du bas s’effile vers le haut, tournant au tragique les jeux des autres tableaux et un des vieux défis de la peinture, toujours à résoudre, celui de la représentation.GALERIE BERNARD 90 av.Laurier Ouest Tél.: 277-0770 ROBERT SAVOIE «gestes expressifs et inédits» aquarelles japonaises - Sumi du 4 au 28 novembre 1998 à Idu mardi au vendredi de 11 h 00 à 17 h 30, samedi 12 h 00 à 17 h 00 i Outremont Galerie d’art d’Outremont 41, avenue Saint-Just tél.:495-7419 HOMMAGE A ROBERT LAPALME 1908 -1997 CARICATURES ET GOUACHES Du S au 22 novembre 1998 Conférence de Jean-François Nadeau le mercredi 11 novembre à 20 h Robert Lapalme, 1908-1997 Droits d’entrée : 3 $ Mardi au vendredi de 13 h à 18 h Samedi et dimanche de 13 h à 16 h Café Galerie d’art & Vieux-Montréal d’autrefois Rares pièces de collection des années 50-60 de «Joseph Guinta» Scènes de marché public sur Saint-Paul Est et Place Jacques-Cartier : formats 24 X 30 et 20 X 24.2.34, St-Paijl Ouest,Vieux-Montréal Ri:nsf.k;nemksits : 844-2133 RACINES Exposition des oeuvres sélectionnées dans le cadre du Prix d’excellence en métiers d’art - Montréal 1998 Du 25 octobre au 22 novembre Galerie des métiers d’art du Québec Marché Bonsecours, 3S0, rue Saint-Paul Est Montréal (Québec) H2Y IH2 Tél.: (514) 878-2787 Fax: (S 14) 878-8017 Courriel: cmaq@metiers-d-nrt.ac.ca Site internet: httftf/www.metiers-d-art.qc.ca Heures d’ouverture : Tous les jours de lOh à I8h V.T J 4 ' / ! - ‘ R.ibs PAUL I.ITHERLANI) LOUISE ROBERT Galerie Christiane Chassay 358, rue Sherbrooke Est Jusqu’au 21 novembre De Louise Robert, dont les œuvres viennent d’être présentées à la FIAC de Paris, où seule figurait du Québec la galerie Christiane Chassay, on peut dire qu’elle fait partie des artistes qui, sur une longue période, parviennent à rester très proches de leurs manières, sans jamais se contenter de faire du surplace.En effet, une fois de plus, on reconnaîtra sans efforts la marque de commerce de Robert, cette manière de briser la surface de la toile d’écritures maladroites.lit où la précédente série de Robert gagnait en violence, cette dernière mouture semble s’être assagie, mais pas au point de tomber à plat.C’est que pour la première fois depuis qu’elle peint, Robert s’est rabattue sur le strict format du tableau, quelle reproduit dans le tableau, délaissant pour l’instant les métaphores géographiques qui rapprochaient auparavant ses toiles d’un questionnement sur le paysage.Il se trouve que dans la production récente de Robert, au moment où se raffermissent les références au tableau et à son format rigide (la production de Robert s’est toujours affai- (A Y L'HEI KKI X Un certain penchant, 1998, de François-Xavier Marange rée par toutes sortes de moyens de faire s’éclater les limites du tableau), l’écriture qui a toujours joué du cadre de la représentation devient à la fois plus bavarde (non pas au sens péjoratif du terme) et un cran plus hésitante.Cette hésitation du verbe est signifiante dans la mesure où l'écriture relate parfois des bribes de conversations, bref, des paroles plus labiles.Aussi, là où la mise en abyme du format du tableau (le tableau dans le tableau) est plus affirmée, les relations intra-textuelles se déploient davantage.Des tableaux petits formats semblent reprendre le centre des grandes toiles presque carrées, et sont relancés par d’encore plus petits en leur centre.Pour une fois, Robert a même usé çle la photographie, non sans intérêt.A voir.L’ERRANCE DU TRACÉ Harlan Johnson Galerie Trois Points 372, rue Sainte-Catherine Ouest Jusqu’au 14 novembre Finalement, quelques mots trop courts pour vous parler de la production de Harlan Johnson, à la galerie Trois Points.Sa production a ceci de particulier, qu’au contraire des précédentes, elle ne table pas autant sur les plus beaux atours de la peinture, sur ses capacités de séduction.Du moins pour ce qui est de la cohabitation des motifs, à la fois organiques et liquides, de même que pour l'application très visible des pigments.Comme plusieurs peintres de sa génération, Johnson se réclame de l’impur.De fait, sa peinture en devient presque visqueuse.Ceci dit, on pourrait élaborer longtemps là-dessus, la peinture de Johnson a le mérite de jouer ses cartes dans une référentialité qui exclut le jeu des motifs décoratifs.Son lexique de forme est organique, comme plusieurs, alors que ses (p)références sont claires: il emprunte son imaginaire à des mondes aquatiques et végétaux.A prendre où à laisser.Un peintre suisse en Italie 4 mi ï m m ‘-«firjmwm ¦ m Du 8 octobre 1998 au 3 janvier 1999 Voyez les plus beaux paysages de Rome, Naples, Sicile et Malte tels qu’ils ont été représentés par un virtuose de l’aquarelle, l’artiste suisse Abraham-Louis-Rodolphe Ducros (1748-1810).Catalogue de l’exposition en vente à la Librairie-Boutique du Musée.MUSÉE DU QUÉBEC SS M1r-4l1.un I ouïr- ltirt!nl|>lii Orients, l ire Au /V» ult Ijltuun et Au tomhrau At lu famille l'I/turia ((li'tjill.vers I “S*l.Muscc cantonal tier Beaux-Arts sis- lausannc.Cette exposition est organisée en collaboration Pare des (.Itamps-dc-UatailIc 1 lettres d ouverture: Droits d entrée Rosie Godbout Dr Reine, à Aimée, à Rose-Marie.(Artefact familial) «, t.ette exposition est organisée en eollahora avec le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.Elle bénéficie du soutien de PRO HELVETIA Fondation suisse pour la culture / Arts Council of Switzerland.Ils* il l VI I IA ¦ Parc des Chainps-dc-lLitaille Québec GIR 4113 (418) 643-2150 http://www.niilq.org Heures d’ouverture: Du mardi au dimanche de Il h à 17 h 45; le mercredi jusqu'à 20 h 45: fermé le lundi.Le Musée du Québec est subventionne par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.Droits d’entrée (taxes incluses): Adultes: 5,75 S Aines (65 ans et plus) : 4,75 $ Étudiants: 2,75 S Moins de 16 ans: gratuit.É I D I 4 I.K l> K V (I I li .I.E S S A M E l> I 7 E T I) I M A N C 11 E H X 0 V E M I! It E I !l !» S BiÊm.¦* U«r S?£.*sSa>/ (k.tfrvM.A.lfomi'rlJ I SSE555S55 fâSSqaag ?LE DEVOIR ?SOURCE CINKI'LEXODEON La troisième dimension tl’IMAX Le cinéma IMAX en 3D du Festival Hall sera équipé d’un nouveau procédé de lunettes électroniques permettant d’obtenir un effet en trois dimensions étonnant.Famous Players, qui jouit d’un contrat exclusif avec IMAX, va ouvrir dix de ses salles IMAX 3D équipées de ces lunettes, au Canada, dont une à Montréal.Ixs lunettes électroniques sont équipées d’un obturateur indépendant pour chaque œil et sont synchronisées par infra-rouge avec les deux projecteurs du film.L’obturateur droit et gauche s’ouvrent en alternance.L’image gauche est projetée sur l’écran par le projecteur gauche lorsque l’obturateur pour l’œil gauche est ouvert; même chose du côté droit.Le tout 48 fois par seconde, soit deux fois la vitesse de projection des images du cinéma traditionnel (24 images/seconde).L’effet de profondeur est paraît-il saisissant.Même le cinéaste français Jean-Jacques Annaud, qui vient de signer une fiction en IMAX, n’en croit pas ses yeux.REGARD OBLIQUE Concours pour architectes La Ville de Toronto a lancé un concours architectural pour le méga-projet de Dundas Square à l’intersection des rues Yonge et Dundas.Des commerces seront rasés, puis une place publique sera aménagée et un centre de divertissement sera construit, pour tenter de redynamiser ce quartier du centre-ville.Date de clôture: mi-novembre 1998.Renseignements: www.cily.loronto.on.ca e Toronto à Vancouver en passant par Montréal et Québec, d’énormes complexes de salles de cinéma voient le jour.Ces nouveaux grands complexes cherchent à retrouver le confort et la grandeur des salles d’antan, tout en conservant la diversité et la souplesse de choix de films et d’horaires qu’offrent les multiplexes (des complexes, soit dit en passant, qui s’épanouissent en grande partie dans les immenses banlieues galopantes).Et le public semble réagir favorablement.Famous Players annonce des hausses de fréquentation de 46 % à 79 % sur 12 mois après l’ouverture de nouveaux complexes a Hamilton, St.Catherine ou Windsor, en Ontario.«Les gens veulent sortir de chez eux-, résume Dennis Kucherawy , vice-président aux relations publiques commerciales chez Famous Players, «mais ils en avaient assez des écrans de la taille d'un timbre poste, d’un son acceptable et d'un service ordinaire.» Pour combattre le «cocooning» et la concurrence de la vidéo et de l’électronique domestique, les propriétaires de salles de cinéma ont compris qu’il fallait revenir aux grandes salles, grands écrans, à grand renfort de technologie toutefois, pour le son notamment.Mais on finit aussi par reinventer la roue.Par exemple, la disposition des sièges en gradins en escaliers redevient la norme.Enfin.Par contre, les écrans sont maintenant incurvés, assurant une meilleure visibilité depuis les côtés.Le son numérisé permet des effets spéciaux, comme l’éloignement d’une voiture, depuis l’arrière vers l’avant de la salle.Les salles traditionnelles sembleraient somme toute se rapprocher du procédé IMAX.L’effet Titanic Et derrière ce regain pour les nouvelles salles de cinéma, l’effet Titanic, encore lui, semble avoir joué un rôle, en drainant des masses de spectacteurs dans les salles obscures modernisées, souligne Dennis Kucherawy.«Les gens sont allés au cinéma pour voir Titanic et ils se sont rendus compte que ce n'était plus les salles de cinéma qu’ils avaient connues.Surtout les plus de 35 ans, dont les 50-60 ans qui n’allaient plus au ciné-pia.» L’effet baby-boomers vieillissants serait-il présent aussi?Ainsi donc, les circuits de distribution du cinéma en salles se modernisent, intégrant des designs qui ont fait leurs preuves avec le dernier cri technologique.Reste à espérer que le produit au cœur de tout cela, l’art cinématographique, puisse continuer de faire vibrer les spectateurs par la qualité de ses acteurs, de ses scénarios, de son émotion, et non grâce aux kilowatts de basses qui résonnent dans les cages thoraciques.Gare à la surenchère de stimulation affective et sensorielle, trop courante en cette fin de millénaire.Finalement, le fond résistera-t-il à la forme, le contenu à l’emballage, le produit au médium de distribution?Et outre la culture en soi, les tympans des spectateurs et le tissu urbain pourraient aussi en faire les frais.À Toronto Un imposant complexe de divertissement, le Festival Hall, pousse en plein centre-ville de Toronto.Le futur édifice couvrira pratiquement tout un pâté de maison, soit 21 400 metres carré sur trois niveaux.Il abritera a compter du printemps prochain 14 salles de cinéma totalisant quelque 4700 sièges, dont une salle IMAX-3D, ainsi qu’une méga-librairie et un centre de jeux électroniques.Ix Festival Hall incarne notamment la mutation que traversent les distributeurs de films à l’heure actuelle.Notons que ce projet immobilier de 70 millions a vu le jour grâce à l’assouplissement du plan d’occupation des sols dans ce quartier le «Entertainment District» torontois, autrefois réservé aux manufacturiers.Cette implantation en plein cœur du centre-ville, au coin des rues John et Richmond, a d’ailleurs fortement influencé la conception de l’édifice.Son promoteur immobilier, David Langler présente Festival Hall comme l’anti-centre commercial.«Tous les commerces seront tournés vers la rue», souligne-t-il.«Seulement cinq locataires occuperont l’édifice.C'est un centre urbain contemporain et non un complexe de banlieue», insiste David Dingier.«La redécouverte de la grande rue est une question déterminante dans le design des commerces de détail», ajoute l’ancien urbaniste de Toronto qui s’empresse d’ailleurs de pointer du doigt le Centre Eaton.«Ils sont en train de le rouvrir vers la rue», lance David Langler.Les 14 salles de cinéma du Paramount, Toronto Famous Players trôneront au troisième niveau.Les commerces de détail situés en-dessous permettent cette ouverture vers la rue, explique l’un des architectes de l’édifice.«C’est une grosse boite noire [les cinémas], résume Seth Matson du cabinet The Kirkland Partnership Inc., posée sur des piliers en briques tout autour pour rappeler le passé industriel, et entre les piliers, il y aura les commerces, sur deux niveaux doubles, autorisant la construction de mezzanines intermédiaires.» Ces niveaux doubles ont permis aux architectes de conserver une grande souplesse dans l’aménagement des niveaux inférieurs, en prévision de la valse des commerces successifs.A l’étage supérieur, les 14 salles de cinéma afficheront toutes des gradins en escaliers.Les propriétaires de cinéma redécouvrent, semble-t-il, cette conception intérieure d'antan et qui coule de source: elle évite à tous les spectateurs de ne pas êtrp gêné par les têtes devant eux.A l’extérieur, cet énorme volume rectangulaire sera habillé de verre, à deux exceptions près, car les façades de briques de deux immeubles classés ont du être conservées.A l’arrière, la brique a été retenue pour refléter le style d’une rangée de maisons victoriennes, des logements résidentiels.Saluons donc un autre effort des architectes pour tenter d’intégrer l’édifice au tissu urbain diversifié qui l’entoure, la façade donnant sur la rue John où abondent les terrasses de cafés a été construite en retrait, pour y accueillir une terrasse également.Relier l’intérieur à l’extérieur Les deux façades vitrées devraient aussi permettre un lien visuel entre l’extérieur et l’intérieur, la rue généralement très animée et les magasins et entrées du cinéma.la façade principale sera barrée d’un immense escalier roulant dans son tunnel de verre, convoyant les cinéphiles vers le complexe cinématographique sis à une hauteur de cinq étages conventionnels.Les spectateurs déboucheront alors dans un hall dont la vue devrait couper le souffle: par dessus les toits, les tours illuminées du quartier financier.Mais sobriété et esthétique ne seront peut-être pas toujours de mise la nuit venue.A grand renfort d’éclairage au néon sur les façades vitrées, on rappellera avec force la vocation divertissante du lieu.Un clin d’œil au Time Square new-yorkais ou au Piccadilly Circus londonien, confient architectes et promoteur.Incorrigible Toronto dans sa quête identitaire, railleront certains.D’autres prêcheront la patience, pour juger sur pièce si cela tourne au tapage ou à l'enchantement visuel.Pourtant, un cube de Rubik gigantesque planté sur le coin du bâtiment comme un furoncle sur le bout du nez peut d’ores et déjà faire craindre le pire.Si la détente des contraintes urbanistiques a certes permis de relancer l’immobilier, il ne faudrait pas que le verre, l’acier et la lumière crue ne viennent grignoter les charmes d’un des rares anciens quartiers torontois, où rues étroites et entrepôts en briques rénovés distillent un charme digne de Boston.Croisons les doigts.Cinéma d’antan Le cinéma en première classe dans de petites salles de projection V.I.P avec service de boisson au siège: voilà une autre stratégie pour redorer l’image du bon vieux cinéma d’antan.Pas de tapage visuel ici, mais du feutré, des panneaux de bois, du bleu marine reposant sur les murs, de petites tables individuelles en cerisier et des sièges ocres, importés de France pour leur confort.Les quatres salles V.I.P.de 24 à 36 sièges du Complexe Varsity Cinéplex Odéon s’inscrivent dans le cadre de l’expansion d’un petit cinéma de deux salles, situé au cœur d’un centre commercial en plein centre-ville, au coin des rues Bay et Bloor.Deux anciens magasins et un couloir ont ainsi été transformés haut la main par le cabinet d’architecte torontois MacLenna Jaunkalns Miller.En plus des quatre salles V.I.P, six grandes salles de projection avec gradins en escaliers ont été ajoutées.Il a fallu d’ailleurs rehausser le toit du centre commercial.Iœ soin apporté à l’aménagement des salles VIP se retrouve dans le nouveau hall du complexe.L’éclairage contribue imperceptiblement à l’atmosphère très reposante.Au plafond des formes géométriques diverses distillent une lumière colorée ici bleue, là verte ou encore jaune.«Ce ne sont pas des néons, mais un éclairage cathodique», précise Andrew Filars-ki, l’architecte qui a géré le projet.Les touches colorées se reflètent sur le mobilier en acier.Des panneaux en ébène Sa-pele aux murs viennent renforcer l’intimité.On trouve même un aquarium de poissons tropicaux, baigné des accents violacés d’une lumière noire.«Nous avons tenté d’employer la lumière pour animer le lieu par endroits, tout en gardant une atmosphère douce», résume Andrew Filarski.Et sur les contraintes d’évoluer au sein d’un édifice déjà existant, il confie: «Je préfère, car c’est un bon exemple d'intensification urbaine.» 1 msn fi ?r'Çw’Æfi f tfil 1%' fj| IjPfy § v, fl# Nouveaux cinémas, nouvelles salles nouveaux films Une première en design graphique au Québec ID Institut de Design Montréal 390, rue Saint-Paul Est Marché Bonsecours (niveau 31 Montréal (Québec) Canada H2Y 1H2 Téléphone (514)866-2436 Télécopieur.(514) 866-0881 E-mail idm@idm qr.ca Site web : http //www.idm qc L’Institut de Design Montréal (IDM) est fier de s'associer à la réalisation de la première Biennale de design graphique du Québec 98, événement des plus marquants pour le milieu dont les retombées ne pourront être que bénéfiques pour l’ensemble de la profession.Organisée par la Société des designers graphiques du Québec (SDGQ), en partenariat avec l École des arts visuels de l’Université Laval et IUQAM, la Biennale se déroulera à Québec du 5 novembre au 5 décembre 1998 et s'articulera dans une démarche critique et réflexive de la création graphique québécoise et internationale contemporaine autour du thème «Fonction/Expression» Le colloque d'inauguration, qui se poursuit aujourd'hui.réunit six conférenciers (trois de la Suisse et trois du Québec) qui nous feront partager leur vision du métier et leurs expérience et culture respectives à partir de la problématique proposée.Un moment privilégié de réflexion et d'analyse d'une profession en pleine ascension.À cette occasion, les travaux des conférenciers suisses Roger Pfund et Adrian Frutiger seront exposés à la Galerie des arts visuels de l’Université Laval du 5 novembre au 5 décembre.Par la suite, du 14 janvier au 21 février 1999, la Galerie du Centre de Design de l'UQAM présentera les travaux de Roger Pfund OBJETS DESIGN.POUR VOUS! Heures d'ouverture de la Galerie IDM : Tous les jours, du lundi au dimanche, de 10 h à 17 h f V
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