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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1998-11-28, Collections de BAnQ.

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i.!•; i) K v (i I il .i !•; s s \ m i: i> i •> s i: i i> i m ,\ x r il i: 2 n \ o v K m iî h k i î» i» « ?LE DEVOIR ?Lettres québécoises Page I) 3 lxi chronique de Robert Lalonde Rage I) 4 h' feuilleton Rage I) 5 Littérature française I) 6 Essais québécois Rage I) 7 ?Duane Michals Rage D 9 Formes Rage I) 10 Serge Lamothe La dérive d’une génération flouée Un homme, visiblement de vilaine humeur, s’enferme dans une chambre d’hôtel.Il voulait la 22, celle où il a vécu des moments lancinants, inoubliables, mais elle est occupée.11 s’installe dans la chambre voisine.Vérifie le mécanisme de son pistolet Beretta 9 mm, pose un sac de poudre à portée de sa main, s’assure qu’il a des réserves suffisantes d’alcool.Il guette et il réfléchit.Qui sont ces «autres» qui le traquent?Quel est ce «Plan» parfaitement au point qu’il s’apprête à exécuter?ROBERT CHARTRAND Le premier roman de Serge Lamothe démarre comme un polar, mais pour l’essentiel, il se situe sur un tout autre registre.«Ce climat de roman policier, c’est simplement le cadre du récit.J'ai trouvé, apres avoir beaucoup cherché, que c’était l'armature qui convenait an propos du livre.Et parla suite, tout le reste est venu.» Le reste de La Dingue Portée, qui est aussi son cœur, c’est une longue lettre, entrecoupée de réflexions sur le vif, que Charles Godin écrit à son fils Simon qu’il n’a pas vu depuis plusieurs années.«Il veut se raconter à son fils et, ce faisant, reconstituer sa vie, y mettre un peu d’ordre.Et offrir à Simon des références, des clés dans l’espoir qu’il se tire mieux d’affaire que lui.» Charles Godin est né au tout début des années 60, comme son auteur, qui ne proteste pas contre la coïncidence: La Longue Portée est, pour une bonne part, un roman autobiographique.«Je ne crois pas en la fiction pure qui ne s'appuie sur une façon d'appréhender le monde.Si on excepte cette fable des enfants-lumière que raconte le personnage de Nadia, le reste du récit s’inspire de la réalité.Mais elle est travestie, trafiquée, si bien qu 'en cours de rédaction, je me suis surpris à ne pas pouvoir départager la part de fabulation et celle de l’aulienticité dans ce que j'étais en train d'écrire.» IJn entre-deux Le personnage principal raconte donc sa jeunesse, sa famille; ce père absent a lui-même eu des parents qui ne se sont guère occupés de lui.«En effet, dans le livre, d’une génération à l’autre, les parents sont absents, comme s'il y avait Ici une loi des séries.Et chaque fins, ce sont les grands-parents qui prennent la relève.Ça, c'est en tous cas symptomatique de ma génération, ou plutôt d'un segment de celle-ci: ceux-qui sont nés vers I960.Ils sont le wagon de queue des "baby boomers” et n 'appartiennent par tout à fait à la génération X.Plusieurs d'entre eux sont les enfants que les baby boomers ont eus VOIR PAGE 1) 2: DÉRIVE Avec le Dictionnaire des lieux imaginaires, Alberto Manguel écrit la géographie d’un univers plus réel que la réalité; les mondes et les lieux de la littérature.RÉMY CHAREST Les plus beaux voyages sont peut-être ceux qu’on rêve ou, à tout le moins, ceux qu’ont rêvés pour nous les auteurs de notre littérature, créateurs d’une infinité de lieux imaginaires allant de la cité à la péninsule en passant par la montagne, la planète ou le pays, créés de toute pièce pour notre bon plaisir et pour la bonne marche des récits.Quand ils sont bien faits, ces nouveaux mondes ont autant de réalité que le nôtre, comme en témoigne avec force le Dictionnaire des lieux imaginaires d’Alberto Manguel et Gianni Guadalupi, où les auteurs recensent par centaines les lieux d’atterrissage de l’esprit humain, avec cartes et illustrations à l’appui.Guide immense du voyage intérieur, ce dictionnaire inusité trouve enfin (grâce au succès considérable de la tout aussi originale Histoire de la lecture publiée par Manguel) une édition française chez Actes Sud, après des développements et transformations qui se sont étalés sur plus de vingt ans.Après l’exploration de la chronologie de la lecture, les lecteurs francophones peuvent maintenant explorer la géographie, tant humaine que physique, de la lecture.Le réel amélioré Cette aventure encyclopédique commence vers la fin des années 70 alors qu’Alberto Manguel, de passage en Italie au fil d’un parcours qui l’a mené, depuis sa naissance, d’Argentine en Israël et de Tahiti au Canada, retrouve chez un dénommé Gianni Guadalupi une même affection profonde pour le réalisme bien particulier des univers inventés.«Nous respections tous deux l’imaginaire comme du réel, explique Manguel, qui était l’un des invités d’honneur du Salon du üvre de Montréal.Ceci nous permettait d'aborder les livres comme des chroniques de voyage.D but, pour nous, était de reconstruire les lieux suivant la logique du récit.» On pourrait croire, à première vue, que cette envie était fortement liée à la vie de voyageur d’Alberto Manguel, à cette découverte de nouveaux espaces VOIR PAGE D 2: GÉOGRAPHIES bJD c/) iàSft* tin-',,, -k M.SOWA Tremblay rfà ton to vu.V'.fra Cad'veU' Uanço\s LES BONS LIVRES EN FORMAT DE POCHE En vente chez votre libraire Catalogue complet ; www.livres-bq.com Stanley Péanup,age des songe* WUe\ÏÏrmouches CLICHE RÉPÉTÉ À ECLAIRAGE DIFFERENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIMÉ SUR FOND GRIS OU DE COULEUR I.K I) K V 0 I It .I.K S SA M K DI 2 S K I I) I M A X ( Il I.Il X (I V K XI I! I! K I !l !) S —*• L I V II K S "• DÉRIVE GÉOGRAPHIES «J’ai voulu montrer des jeunes qui s'adonnent à des expériences-limites» SUITE DE LA PAGE I) 1 par erreur, ou alors qu 'ils étaient trop jeunes pour s'en porter responsables.C’est une sous-génération coincée entre les deux autres, qui a grandi dans les bras de l'Etat-Providence et qui, une fois adulte, a constaté qu’on ne lui avait laissé que des miettes.» La cohorte de Serge Lamothe et de ses personnages aurait donc été aussi mal aimée que peu préparée à affronter la vie?-Nous avons grandi en nous faisant seriner un double refrain.Il y avait une promesse et une menace: celle de la société des loisirs pour tous, et la certitude imminente de l’holocauste nucléaire.Or, nous avons compris plus tard que la première était un canular, et l’autre un mauvais pronostic.» Et entre-temps, comme les personnages du roman de Lamothe, ces jeunes s’appliquaient surtout à cultiver une douce insouciance.«En fait, on nous a appris à ne pas nous sentir impliqués: à quoi bon se préparer au travail, puisqu'il allait devenir obsolète, et pourquoi s’en faire avec l’avenir puisque la planète allait sauter incessamment?» Il n’empêche que le jeune Charles Godin se pose de vastes questions auxquelles il espère trouver des réponses en faisant des études de sciences religieuses, et il se fabrique une famille d’emprunt au sein d’une commune, dans les Cantons de l’Est, la «Tribu», où on s’adonne jusqu’à la défonce à diverses drogues.«J’ai voulu montrer des jeunes qui s’adonnent à des expériences-limites.Ce n’est par pur désœuvrement; ils ont un idéal, qui est de s'évader d'un réel qui leur parait plat et borné.Et leur quête d’absolu, ils la pousuivent par la drogue et en se référant à diverses religions qu'ils explorent sans trop de conviction, en s’intéressant à leurs rêves qu’ils se racontent, espérant y trouver un sens caché, une dimension nouvelle à l'existence.» Leurs références sont pour le moins hétéroclites: ils lisent et citent pêle-mêle Carlos Castaneda, Marcel Proust, la Bible ou la Bhagavad-Gitâ.«C’est une autre de leurs caractéristiques, de pouvoir passer sans transition d’un registre à un autre.» Ces jeunes ont également été les premiers «à être abreuvés de télévision jusqu’à plus soif», comme le dit le romancier.Dans un des épisodes du livre, Godin se rappelle avoir vu tout enfant l’assassinat du président John Kennedy en direct à la télé, et de la réaction qu’avait eue sa mère.«Il y a beaucoup d'indicible autour de cet événement.Ç’a été un véritable traumatisme qui, pour certains, a duré des années.» Fascination Le père raconte aussi à son fils l'histoire tragique de son amour pour Nadia, cette jeune fantasque qui faisait aussi partie de la commune.Elle était la maîtresse en titre de Stephen Galaczy — quel nom prédestiné! —, un garçon séduisant que Charles lui-même admirait beaucoup: Galaczy était à la fois une idole et un concurrent.«C'est un des moteurs du roman, cette fascination de Charles pour Galaczy.Il l’a aimé, puis s’est senti trahi par lui.Ce triangle amoureux et tragique entre Charles, Nadia et Stephen est au centre du mon roman, qui est avant tout une histoire d’amitié, de fidélité et de trahison.D’ailleurs, tous les personnages sont marqués par la duplicité.Charles se dit faible, alors qu’il est le seul à rester avec Nadia; et Nadia, qui est éprise d’absolu et de merveilleux, a une innocence qui n’exclut pas le goût de la luxure.Charles parle d'ailleurs de sa lubricité d'écolière.» Le triangle amoureux est invivable, comme les triades familiales: Charles et Nadia ne pourront vivre avec leur fils Simon, pas plus que leurs propres parents ne sont restés avec eux.Et dans la dernière partie de Im Longue Portée — le livre lui-même est divisé en trois «Tiers»—, nous voici dans les années 90: Charles Godin, écœuré de la dérive de sa vie, suit une cure de désintoxication, une de ces thérapies où les patients sont menés à la dure.Serge Lamothe sait de quoi il parle.«Il y a au Québec deux maisons de ce genre.Ce sont des thérapies longues, de six à huit mois, pour les toxicomanes qui ont tout essayé auparavant.C'est leur dernière chance.Le taux de réussite y est infime: 5 % des patients s'en sortent vraiment.J’ai trouvé intéressant de montrer de l’intérieur ce milieu assez secret, que le public connaît mal.Imaginez une centaine de junkies, très abîmés, qui vivent ensemble et se racontent ce qu’ils ont fait de pire.J’ai voulu en faire un portrait fidèle, mais en désamorçant la dureté de la situation avec des épisodes cocasses.» Trahison Après la «Tribu» fraternelle de la commune, voici la tribu sauvage dont la plupart des membres sont incapables de tenir parole: comment s’en étonner alors qu’ils ont eux-mêmes été trahis dès le départ?Serge Lamothe parle à la fois de ses personnages et de sa propre génération: «Il y a eu tant de promesses non tenues qu'ils y voient une véritable malédiction.Franchement, il y en a marre de cette culture du compromis, de cette tiédeur qui règne, où tout est ni oui, ni non, où tout ce qui est passionné devient suspect.Et nous avons cette impression que tout le monde, mais alors là, TOUT IJ?MONDE a quelque chose à nous vendre! «Le plus navrant, ce n'est pas l’objectif de tous ces vendeurs plus ou moins déguisés, mais l’obligation qu’ils se croient de nous prendre pour des imbéciles.Je crois qu'il y a quelque chose d’inassouvi dans ma génération, une soif qui n’a pas été étanchée.On commence à entendre sa voix, chez des écrivains comme Pierre Yergeau ou Gaétan Soucy.On voit dans leur écriture, dans leur imaginaire, un refus des compromis et des compromissions.» Serge Lamothe a des solidarités littéraires prestigieuses.Sa Longue Portée, au-delà des confidences et de la part autobiographique, est un solide premier roman.L\ LONGUE PORTÉE Serge Lamothe L’instant même, Québec, 1998,206 pages Liber UXOIIIIS Introduction à la négociation internationale par la simulation RÉSONANCES sous la direction de SlïTlOH HcU*cl ® llarrl Dialuflin J»rc la pnyrhanalyw Résonances Dialogues avec la psychanalyse Liber 'in r 1/ Georges-Hébert Germain lauréat du prix La Plume d’Aronde L/E LIVRE le plus réclamé par les abonnés de la Magnétothèque au cours de 1998 a valu à son auteur de recevoir le pri il La Plume (PA ronde qui témoigne de la popularité d’un auteur auprès d'un public bien particulier : celui des personnes aveugles et malvoyantes qui ont accès aux livres-cassettes A de la Magnétothèque.EN VENTE PARTOUT Éditions Libre Expression 2016, rue Saint-Hubert Montréal II2L 3Z5 DENISE PÉRUSSE Un guide UNIQUE QUI CONDUIT LE LECTEUR VOYAGEUR DANS PLUS DE TRENTE LIEUX f ji/iDc ()cx lieux }) rcripaim LEGENDAIRES DE NOTRE LITTERATURE « fHTXARwr/ Tlb éditeur 384 pages, 32,95 $ nombreuses photographies en couleurs • l’HEXAGONE/vlb éditeur unawTuœ Un ouvrage d'une amplitude étonnante où le plaisir de la lecture est immédiatement perceptible SUITE DE LA PAGE l) 1 qui le conduisait assez naturellement vers les espaces de la littérature.Pourtant, il n’en est rien, si on se lie à l’auteur et surtout, au style de vie très contraire du co-auteur de l’ouvrage: «Il doit y avoir un rapport entre la lecture et le voyage dans ma vie, mais pas comme source de dictionnaire.Gianni Guadalupi, qui en a eu l’idée originale et avec qui j'avais entrepris le projet dans les années 70, déteste voyager.Il ne voyage vraiment jamais.Il a une petite maison à la campagne, près de Milan, héritée de sa mère, et il ne va presque jamais en ville.Notre point commun, c’était vraiment la littérature.Nos petits trésors cachés étaient les mêmes.» Loin de se limiter à une perspective touristique, la démarche permettait donc plutôt d’élargir la perspective sur les ouvrages consultés.Pour illustrer cette idée, l’auteur du Dictionnaire fait référence à une pièce qu'il avait vue dans les années soixante en Argentine: «C’était une pièce sur Dracula, mais jamais on ne voyait ce personnage apparaître durant la pièce.Un tel procédé permet de voir ce qu 'il y a autour.C’est la même chose pour le dictionnaire.Il est intéressant pour le lecteur de retrouver les œuvres parles lieux, sans passer parle récit.» De cette démarche, les deux compagnons de route tirent d'abord, en 1981, un Guide de nulle part et d'ailleurs, compilant avec un plaisir presque maniaque les lieux en tous genres, de l’Utopie de Thomas More à la Terre du Milieu de Tolkien en passant par le Pays Imaginaire où s'envole Peter Pan, Pile de la Tempête de Shakespeare, le pays d’Oz et bien d’autres encore, tirés autant d’ouvrages fondamentaux et mondialement connus que de manuscrits obscurs, reposant tranquillement sur les rayons des bibliothèques nationales.En 1987, le livre se cristallise en un Dictionary of Imaginary Places, volume grand format, abondamment illustré, aux allures d’encyclopédie et de beau livre, tout autant que de dictionnaire proprement dit.La version 1998 de l'ouvrage est en fait une version réduite de cette édition principale, autant par son format plus standard que par le nombre un peu plus restreint d’entrées.Ce changement, Manguel l’explique par une volonté de tenir le livre dans un format similaire à ce- lui de YHistoire de la lecture, mais aussi par la multiplication des ouvrages à grand format sur des thématiques relativement excentriquést là où, au moment de la première publication, ce genre d’ouvrage était a peu près inexistant.S’il peut sembler avoir perdu un peu de son enT vergure pour ceux (pii en ont connu l’état précédent, le Dictionnaire reste tout de même un ouvrage d’une amplitude étonnante, où le plaisir de la lecture, de la découverte des nouveaux mondes est immédiatement perceptible.Comme l’explique l’auteur: «La géographie imaginaire est un reflet du monde réel, mais un reflet amélioré, transformé, et pas seulement consciemment.Il s'agit de la création de lieux imaginaires où l'histoire semble pouvoir prendre son envol,>< Un tel effort est toutefois fort exigeant, souligne-t-il: «L'auteure de science-fiction Ursula K.Le Guin dit que les règles de la fiction sont plus rigoureuses que celles du réel.Si on décide que le ciel est vert, il y aura des conséquences sur tout le récit, par la couleur que prendront tous les objets, etc.Il y a une logique qui doit s’imposer et à laquelle on devient contraint.» Les façons dont les auteurs de tous pays et de toutes époques ont répondu à ces exigences logiques sont carrément innombrables.Parfois légères et fantaisistes, parfois sérieuses et calculées jusque dans leurs moindres recoins, leurs inventions démontrent sans cesse la portée de l’imagination humaine.On y démontre peut-être même la supériorité des réalités imaginaires sur la réalité.réelle.Le voyageur qui veut explorer la planète évolue dans un monde fini, un environnement dont les limites sont mesurables et dont les paramètres sont fixes.Le voyageur de l’imaginaire, lui, peut renouveler sans cesse les territoires ouverts par son esprit ou par celui des autres.Libérée des lois de la physique, la planète littérature peut grandir et se remodeler à l’infini.DICTIONNAIRE DES LIEUX IMAGINAIRES Alberto Manguel et Gianni Guadalupi.Traduction de l’anglais par Patrick Reumaux, Michel-Claude Touchard et Olivier Touchard Leméac/Actes Sud, Montréal / Arles, 1998,550 pages ioeAUSOLEIL LE CHANT ou VOYAGEUR «8ESRO CS CLAUDE BEAUSOLEIL Le Chant du voyageur CAROLE DAVID La Maison d’Ophélie La Maison d’Ophélie explore ta frontière qui sépare la vie normale du chaos.Une méditation sur cette question qui demeure énigmatique : qu’est-ce qu’un poète ?La bonne idée?Les certificats-cadeaux de la librairie Gallimard 3700 boul.St-Laurent.tél : 499-2012 , hC- LES HERBES ROUGES / POÉSIE L V.I) K V OIK, I.K S S A M K 1) I 28 K T I) I M A \ < Il E 2 !l N O V E M 15 K E I Hi) 8 I) 3 nap L i v r i: s LETTRES QUÉBÉCOISES LITTÉRATURE JEUNESSE Uinvolution tranquille PREMIERE JEUNESSE Jean Larose Leméac, Montréal, 1998,307 pages Jean Larose est un intellectuel — il est professeur de littérature à l’Université de Montréal — qui sait se faire polémiste pour dire ses convictions, Im Petite Noirceur et surtout L'Amour du pauvre, parus chez Boréal en 1987 et en 1991, ont créé des remous: Larose y assimilait l’égalitarisme à l'équarrisage pour tous et critiquait assez plaisamment le faux progressisme des pédagogues de la participation et de la créativité, de même que la fatuité de tous ceux qui, dans les médias, propagent ce qu’il a appelé la «contre-culture de consommation».Il a répliqué à certains de ses détracteurs dans Im Souveraineté rampante, un pamphlet paru en 1994.On peut trouver l’homme altier et sa manière cassante; il est malaisé de ne pas réconnaître la rigueur et la lucidité de ses propos lorsqu’il affirme notamment que la culture de masse n’est que ce quelle est, que l’immédiat est triomphant, qu’on n’est pas forcément passéiste si on trouve des torts à son époque.Sans doute pourrait-il dire, comme Jacques Julliard l’écrivait dans Le Nouvel Observateur il y a peu, que ce qui est écœurant dans notre époque, ce n’est pas la disparition des valeurs mais «leur confusion dans le noir chaudron de la bêtise et de la vulgarité».Ce n’est pas gentil, mais cela mérite qu’on s’y arrête.Première Jeunesse, au premier coup d’œil, semble donner raison à ceux qui ont déjà accusé Larose, l’ayant mal lu, d’être un nostalgique du cours classique.C’est en effet le roman de la fin d'une époque et du désarroi d'une certaine jeunesse qui rêvait à d’autres bouleversements que ceux qui lui sont tombés dessus.L’histoire se déroule sur un segment sociohistorique très court, qu’on peut situer, même s’il n’est pas daté dans le livre, vers 1966-1967.La Révolution tranquille bat son plein, avec notamment les grandes réforrpes de notre système d’éducation; l’Eglise catholique, elle, vit l’après-Vatican II.Ici comme un peu partout en Occident, une nouvelle modernité se répand, à une vitesse et avec une facilité apparente dont on ne s’est pas beaucoup étonné depuis.Cet ébranlement a rarement fait l’objet d'une mise en scène romanesque: c’est cela que larose h! entrepris.> I » 1 Morgue et originalité Le narrateur de Première Jeunesse, Hobert C h il r I r a n il ?Un roman complexe d’une cohérence remarquable François, se remémore aujourd’hui cette époque où il était un jeune collégien plein de morgue, brillant élève mais forte tête, cultivant avec son ami Aurélien une originalité un peu hautaine.Ils affichent leur amitié toute particulière; leur connivence paraît telle qu’on leur soupçonne une intimité sexuelle.Vont-ils jusque-«là»?Ils sont en tout cas plutôt fiers de leur réputation sulfureuse et jouent un peu à l’entretenir.Entre ou parmi eux, Solange, une jeune fille qui affiche une sensualité débridée et dont ils se partagent les faveurs.Mais elle est trop sauvage pour n’être qu’un objet; ils préfèrent se dire «les metteurs en scène du spectacle renversant de son plaisir».Et il y a Claire, la plus fantasque d’eux tous, qui s’offre à François, se disant venue au monde pour le préparer à connaître la femme de ses rêves; elle avait «une manière de monter en épingle les mots rares de préférence aux ordinaires, de s'acharner sur eux, d’en déplier et faire sonner jusqu’aux syllabes muettes, presque de faire entendre le s du pluriel, qui était exaspérante, mais qui étonnait comme une série de coups de théâtre».Ce qui lie d’ailleurs ces quatre jeunes gens, c'est notamment une propension à la théâtralité qu’ils manifestent dans leurs gestes, leurs paroles et leurs rêves.Sans doute un peu poseurs, ils ont besoin d’afficher leur individualité, de projeter la révolte qui gronde en eux contre l’ordre établi où ils ont été formés.Four marquer par la dérision leur distance par rapport aux autres, ils se fabriquent une prononciation qu’ils baptisent le «romain», parodie de cet accent ronflant, nasillard si répandu dans le clergé de l’époque.Et ils se moquent du paternalisme onctueux des adultes, tous personnages ridicules à leurs yeux, qu’ils voient venir avec leurs gros sabots.Tous quatre fascinés par la sexualité dont ils sentent bien la charge subversive, leur imaginaire nourri des œuvres de poètes «aériens» — Saint-Denys Carneau, Rimbaud, Nerval —, ils entendent choquer pour de bon leur entourage.François et Aurélien, chacun de son côté, préparent un coup d’éclat qu'ils espèrent aussi spectaculaire que possible.Ils ont en eux les instruments de leur révolte.Aurélien va réussir le sien: ce sera un happening assez semblable à celui qu’avait monté à l’époque l’artiste américaine Carolle Schneemann et qui s’intitulait Meat Joy.François, lui, sera moins heureux.La pièce de théâtre scandaleuse qu’il avait longuement préparée va tourner en fête bruyante et consensuelle.Car Gilberto Flores Patino LE DERNIER COMTE DE CANTABRIA 1.E DERNIER COMTE DE CANTABRIA SEANŒ DE SIGNATLIRI à la librairie Le Parchemin jeudi 3 décembre 1998 de 16 h à 18 h 505, rue Sainte-Catherine est, Montréal Mezzanine métro Iterri-UQAM (514) 845-5243 PREMIÈRE JEUNESSE V-:; entre-temps, la modernité a envahi le collège.L’ironie, la distance critique n’ont plus cours.Sensation immédiate Voici venu brusquement, dans le petit milieu du roman comme un peu partout en Occident, le règne de la sensation immédiate, de ces valeurs dominantes qu’en 1981 Jean Larose avait relevées, dans Le Mythe de Nelligan: croyance dans une jouissance non différée, triomphe du naturel et de la simplicité, exaltation du «spontané», de Y «enfantin» contre ce qui est intellectuel ou de l’ordre du langage.Le personnage principal de Première Jeunesse n’est pas nostalgique de l’ancien régime, mais il aurait bien aimé qu’on le bouleverse autrement.Du nouveau, il constate les dégâts un peu partout autour de lui: la langue à la mode est une sorte de sabir primitif, les animateurs de radio qui parlent de tout en ayant l’air de s’y connaître sont jugés géniaux — ici, c’est Michel Desrochers qui écope —; les professeurs ont cédé le pas aux pédagogues éperdus de méthodes «nouvelles»; les adultes se mettent à jouer aux copains avec la jeunesse.Dans ce bilan que fait le narrateur de la nouvelle modernité, le polémiste Larose a pris la place du romancier.Cette chronique parfois carnavalesque du passage affolant d’un monde à un autre est enchâssée par de courts chapitres, en italiques, sortes de fragments d’un discours amoureux absolu où François rend hommage à la femme qui l’a fait naître, femme idéale, éthérée, qui l’aurait mené au paradis et dont il s’est détourné pour retomber dans l’enfer de sa solitude.Que penser de ces chapitres énigmatiques?Reprennent-ils, sur un registre quasi my- thique, la quête amoureuse qui circule dans tout le roman, ces rapports complexes de François avec Solange et Claire, mais aussi avec sa propre mère?En reconnaissant dans ses propres traits sa ressemblance avec celle-ci, est-il capable désormais de devenir amoureux d’une autre femme?Risquons ceci: Première Jeunesse laisserait entendre que les rapports amoureux, comme la conduite de la vie, comme la littérature, reposent sur une distance nécessaire sans laquelle il n’est pas de compréhension possible.Le roman de Jean Larose est complexe et d’une cohérence remarquable.Sa langue est parfois altière, de même que ses jeunes personnages de jeunes sont pleins d’orgueil; ils se rendent coupables avec superbe de ce péché magnifique, le premier des sept péchés capitaux, celui dont s’était rendu coupable Lucifer: ils pèchent contre Dieu lui- AMELIE NOTHOMB Mercure roman Pour habiter cette île, il faut avoir quelque chose à cacher.Je suis sûre que le vieux a un secret.«Palpitant, intelligent, énervant, passionné - passionnant.» ELLE «Brillant à l'extrême.» LE MAGAZINE LITTÉRAIRE ALBIN MICHEL SOURCE GUERIN ¦T* St* Entre souris et chat Des histoires écrites de la grande manière DOUZE HISTOIRES POUR LES ENFANTS üsejutras Guérin, Montréal, 1998,51 pages LE DEVOIR Il fut un temps où les contes pour enfants étaient écrits selon un scénario connu: l’histoire se devait d’être simple et témoigner d’une capacité, chez les protagonistes, d’exprimer la bonté et la compréhension.Plus important encore, il fallait surtout, en ce qui concerne l’écriture, que le texte soit clair, la phrase bien construite et que le discours, lorsque familier, soit rendu sans que ne soit opéré d’accroc à la syntaxe, à la grammaire ou au dictionnaire de la langue française.C’est à cette tradition de bon goût que Lise Jutras souscrit pour son jx*tit livre Douze Histoires pour les enfants, qui vient de paraître chez Guérin accompagné d’illustrations signées par Sylvie Jutras.Pour cette publication sont donc appelés à la barre souris, chats, ours ou lapins auxquels se joignent sorcières et singes.Dans toutes leurs aventures, rien n’est construit de façon à dérouter l’enfant car l’histoire est de compréhension facile et l’accident, lorsqu’il a lieu, ne dépasse pas le niveau de l’incident ou de l’anecdote.Un exemple.Dans Les Lunettes de M.l’Ours, si l’animal semble être la terreur de la forêt, tant il est bruyant, il rencontre rapidement un lapin sympathique auquel il explique son problème: sa myopie corrigée, il partagera par la suite la forêt avec ses nombreux amis.On le voit, rien de complexe.L’histoire sait demeurer accessible.De plus, la langue de l’auteure est exemplaire, si bien que ce livre est un complément utile pour le jeune enfant de niveau primaire.Initiation à la lecture et apprentissage de la langue, tels sont les objectifs aussi atteints sans que l’ouvrage devienne rébarbatif.Quant à l’enfant, il se retrouvera facilement dans la succession des événements qui y sont narrés car, s’il y a recours à l’allégorie animale, les situations décrites font toutes référence à des situations de son quotidien.Et ce petit monde se déroule dans un univers où le drame et la catastrophe disparaissent devant les bons sentiments.Une illustration de Sylvie Jutras pour les Douze Histoires pour les enfants, qui vient de paraître chez Guérin.MICHEL DÉSAUTELS «Un style élégant, très personnel [.].Un bonheur d’écriture qui devient pour nous, jusqu’à la fin dramatique et inattendue, bonheur de lecture.» List: LAChanci;, Le Soleil Michel Dcsautel «Un grand cru |.|.Un coup d’envoi fort réussi.» Stani.hy Plan, Ici «Le jury ne s’est pas trompé.|.| M.Désautels réussira à vous passionner [.].Chapeau!» Reginald Martix, La Presse «Un roman qui se lit d’une traite, sans temps mort, d’une écriture sobre, efficace, convaincante.» Radio-Canada yIo éditeur roman 19,95 S JLAN LUGF.Rt rix Robert-Cliche D U P R E M I E R ROMAN E CEQ fed QUÉBEC LOISIRS vlb éditeur I.FÇKOm VIlU-MAKIt urrCKARKi: I.I) K V 0 I K .I.K S S A M V.DI 2 K K T I) I M A N ( Il K wmm m m m™ MONTREAL d’Édith .rSk .il® r ' L'AUTEU RE LA PLUS PROVOCANTE DE LA RENTREE! DENISE bombardier TETE FROIDE CŒUR TENDRE MTV'AWS NOVALIS L 1 T T É R A T U R E Q U É B É COIS K Le mari, la femme et leur amant LA CHRONIQUE I)U SEL SUR LA PEAU Louise Cartier Editions du remue-ménage Montréal, 1998,156 pages BLANDINE CAMPION Dans son premier roman, intitulé Du sel sur la peau, Louise Cartier a réuni tous les ingrédients pour créer une histoire torride.Ijc décor est constitué par un cadre enchanteur, une ville balnéaire du Mexique où se côtoient à peine touristes venus de partout et autochtones, une ville paradisiaque avec ses plages, sa chaleur tropicale, ses flamboiements colorés et sa langueur océane.Qui plus est, l’intrigue s’inscrit dans une sorte de bulle temporelle, une parenthèse dans la durée routinière du quotidien: le récit, en effet, se déroule durant les quelques jours magiques des Fêtes de tin d’année qui ouvrent la porte à toutes les festivités et les débordements, un temps de vacances presque hors du réel.Quant aux trois protagonistes, ils sont jeunes, beaux, pleins de vie et portent leur désir à fleur de peau, mêlant leurs corps dans les lits symboliquement rapprochés d’une chambre d’hôtel.Pourtant, si l’érotisme, la chaleur, et les sentiments exacerbés sont au rendez-vous, le premier roman de Louise Cartier est loin de tisser lé récit d’une intrigue idyllique.Pas de sentimentalisme facile ici, ni d’érotisme de commande, bien au contraire.D;uis Du sel sur la peau, le soleil brûle, la mer se fait dangereuse, la chambre d’hôtel finit p;ir devenir étouffante et les vacances reprennent leur sens premier de temps vide, révélant la vacuité des relations et des êtres sous le masque du plaisir et de l’amour.Ainsi, placé sous le signe du mensonge, de la mesquinerie, des petites jalousies cruelles, des faux-semblants, le rêve que voulaient s’offrir la narratrice, son mari Julien et leur amant Thomas tourne au cauchemar et se colore d’une teinte dramatique, khi grande histoire passionnelle espérée, entretenue de peine et de misère par ces trois êtres en mal d’amour, se fait tragédie intime.Quand la tension croît au lil des pages, seul le déchirement peut être vainqueur de la guerre secrète que se livrent les trois amants.Un carrousel vicieux Malgré l’espace infini de la mer toute proche, malgré les étendues brûlantes des alentours, c’est en huis clos que se déroule le drame de ces trois êtres qui ne savent s’aimer sans se déchirer.Ils étouffent dans cette relation sans issue, qui fait régner entre eux une pression permanente, parfois à peine soulagée par quelques moments de grâce indicible, le plus souvent insoutenable.Comme le souligne la narratrice, l'histoire vécue par les trois personnages est cette éternelle histoire du carousel amoureux, où les sentiments tournent en rond, où chaque membre du trio court après les autres sans jamais parvenir à les rattraper: «Je suis amoureuse de Thomas qui est amoureux de Julien qui est amoureux de moi.» Et le récit met particulièrement l’accent sur cet aspect circulaire de la relation vécue par les personnages puisqu'il se présente comme une succession cyclique de rapprochements et de rejets, une alternance de plus en plus douloureuse de querelles et de rémissions, les journées finissait par se ressembler dans leurs rituels finalement pathétiques: les repas pris tantôt à trois, tantôt en solitaire; les rares moments d’intimité à deux immanquablement suivis de crises; les nuits folles à trois qui laissent la place à l’insomnie rageuse.Toute la gamme des sentiments, de la passion dévorante aux bouffées de haine, en passant par le désir, la tendresse, l’indifférence, la lassitude, le dépit, la colère, le chagrin, sont expérimentés par la narratrice qui nous décrit la longue descente en enfer que représentent pour elle ces soi-disant vacances à trois.Et c’est tout le talent de La mort en boîte Louise Cartier d’avoir su éviter à ses personnages, et plus particulièrement à sa narratrice, de tomber dans les clichés, dans les évidences faciles, dans les attitudes monolithiques.L’un des principaux intérêts de ce roman se situe justement dans les incertitudes, dans les moments de doute, dans le questionnement continuel où est plongée la narratrice, face à cette relation qu'elle sait démoniaque et imix)s-sible, sans toutefois être capable de s’en extraire.Prisonnière de son désir pour Thomas, de son attachement pour Julien, elle ne peut que contempler la déliquescence progressive qui s’empare d’eux et surtout, d’elle-même.Plus que la mort d’un amour à trois, c’est de la mort lente d’une femme qui se1 cherche et se perd que traite ce roman.Une mort toute intérieure mais néanmoins rendue de manière particulièrement poignante par le dédoublement du récit, au cour duquel des passages en italiques soulignent le discours a |X)sterio-ri de la narratrice, de la parfd’elle-même qui tente de survivre à cet autre «moi» en train de se défaire irrémédiablement pendant ce séjour mexicain.Une sensualité exacerbée Comme l’indique déjà le titre, Louise Cartier a su conférer une très grande sensualité à son récit, une sensualité exacerbée qui constitue une autre réussite de ce roman.Si le choix de la narration à la première personne permet au lecteur de plonger dtuis l’intériorité dévastée de cette femme et de comprendre de l’intérieur la puissance de son désarroi; si l’intimité qui règne entre les trois membres du trio est aussi faite de sentiments, tout aussi fragiles et mouvants soient-ils, les corps, les contacts physiques, et les sens en général tiennent une place prépondérante à la fois dans la diégèse et dans l’écriture de la romancière.En effet, le discours de la narratrice est attentif aux couleurs chatoyantes du décor mexicain, aux odeurs enivrantes des fleurs qui entourent l’hôtel, au bruit fracassant des vagues, aux cris excités des touristes en délire, aux saveurs multiples qui s’offrent à sa bouche avide: goût du sel sur la langue lorsqu’elle boit des margari-tas, goût du sel sur la peau de ses amants, mais aussi goût des larmes salées sur ses joues quand la douleur de l’exclusion se fait trop forte.Cette image du sel, récurrente dans le récit, en cristallise les éléments prépondérants: l’eau de cette mer terrifiante dans laquelle la narratrice ne suivra pas ses amants, la sueur des corps désirés / désirants, les pleurs versés sur ce qui ne peut que mourir et qui constituait jxnir-tant «le sel de la vie» de la narratrice.Comme dans une tragédie grecque, tout ce qui se joue ici le fait sous le signe de l’intensité et de la violence.Une fois le processus enclenché, plus rien ne peut sauver les personnages d’eux-mêmes et c’est jusqu’au bout qu’ils devront vivre leur aventure hors du commun, tout en sachant qu’ils ne s’en sortiront pas indemnes.Mais si Louise Cartier a choisi de placer ses personnages dans un espace hors de leur quotidien, si le temps lui-même est un temps «à part», les individus quelle a créés sont eux, profondément humains, avec leurs faiblesses et leurs forces, leurs petites compromissions et leurs grandeurs passagères, leurs contradictions, leurs espoirs pitoyables aussi.Certes, le canevas de la trame romanesque n’est en rien nouveau.Pourtant, tout en s’en tenant à ce schéma du trio amoureux, qui reste classique malgré la relation homosexuelle entre les deux hommes, Loui-se Cartier a su mener son récit jusqu’à un paroxysme de sentiments et de sensations, tout en gardant la dimension profondément humaine de personnages poussés au bout d’eux-mêmes.JM aimais m’enfermer, me séquestrer, me ela-* quemurer, vivre ces extraordinaires minutes de manque palpitant, d’empêchement essoufflant, de fausse mort provisoire et qui me faisait battre follement le cœur et goûter mon sang, comme un agonisant oublié du monde dans sa crevasse, un abattu, un mourant épouvanté mais tranquille et qui allait réussir prodigieusement sa disparition.Je plongeais du boiit du quai, ouvrais mes yeux dans la transparence glauque, restais au fond jusqu’au bout de mon souffle, et même un peu plus longtemps: j’endurais un très exaltant supplice, courais un merveilleux danger, ne remontais qu’après avoir bien senti que j’avais failli mourir.Et jetais très fier de ça, de ma témérité extravagante, du beau risque que je prenais, tout seul, sous l’eau, à lâcher des bulles précieuses, à perdre ma vie, à ne garder que ce courage des nerfs qui, bientôt me ressusciterait, me ferait crever la surface du lac avec un cri sauvage qui allait faire damner maman et enrager mon père.— Un jour, tu vas y rester mon gars! Et ce sera ben bon pour toi! Mais je ne demandais pas mieux que d’y rester, je voulais, non pas vraiment mourir, surtout pas disparaître, mais vivre comme l’algue ou l’esturgeon, connaître à longueur de jour les clartés troubles, la vie ondoyante, le silence absolu du chenal.Je vouktis voisiner le doré et l’écrevisse, souplement me remuer sans subir mon poids, sans m’empêtrer dans mes mouvements gauches, je voulais devenir anguille, brochet, miroiter entre deux eaux, frôler le sable doré du haut-fond, resplendir léger, écervelé, dans le courant, fuir avec la vague, me laisser ballotter, je voulais perdre ma pesanteur, mon insignifiance de marcheur maladroit et si lent.Dans la noirceur du cagibi, sous l’établi du hangar, je subissais un beau martyre de solitude, méditais dans mon néant, extraordinairement attentif aux chuintements, craquements et bardassements de la vie lointaine, la vie des autres, leurs errements de fantômes autour de moi.J’étais et je n’étais pas là, je ne comptais plus, mon existence à moi ne comptait plus, seule durait mon attention aiguisée, mon oreille, la seule de mes antennes dépliée, prodigieusement alertée.J’exerçais mon écoute, ne laissais passer aucun grattement, aucun chuchotement des choses, entendais la peur ou le contentement dans les voix, n’écoutais plus les mots mais l’émotion qui les faisait naître, comprenais la tendresse et l’effroi dans les syllabes de mon nom, articulées par ma cousine Cktire qui se cherchait, qui promettait de me trouver.Désiré et introuvable Je l’écoutais s’éloigner, savourais son' égarement, perdais peu à peu son piétinement dans l’herbe, la chanson qu’elle turlutait en traversant le jardin.Alors j’endurais un délaissement effrayant et magnifique, résistais au désir terrible de sortir de ma cachette: tout mon corps se reposait infiniment dans ce temps et cet espace volés et souvent je m’endormais de contentement, de cette joie apaisée de me savoir désiré et introuvable.J’épiais les vrais sentiments de maman, tapi sous la galerie, roulé en boule entre les pattes du chien, humant la terre mouillée.Maman étendait ma culotte, ma chemise, mes camisoles sur la corde à linge — je me plaisais à imaginer que ces pauvres guenilles-là, plus jamais je ne les porterais, puisque je n’existais plus — et alors, à son sautillement sur les planches, ou au râclement des semelles de ses gros souliers, je percevais avec sûreté la tristesse de maman, ou au contraire son allégresse, et il me semblait alors la connaître mieux que ne la devinaient les autres, et je l’aimais d’un grand amour, perspicace et dissimulé.Je n’étais, bien sûr, pas si magique que ça, car souvent maman, reprenant son panier vide, me lançait, d’une voix que faisait siffler la pince à linge coincée entre ses dents: —J'veux pas t’entendre te plaindre si tu sors de là enrhumé, ou ben les fesses râpées par les roches pointues.Il y avait, parmi ces mots-là, toute sa tendresse, toute son inquiétude et aussi une miséricordieuse tolérance pour mes disparitions, mes escamotages, mes fausses agonies sous la maison.Et je restais là, longtemps, content et tranquille, à siester dans le noir avec le chien, à contempler la mince barre du jardin ensoleillé, entre deux marches de la galerie.Encoignures de portes, panier à linge, arbustes et clôtures: toute cachette m’était bonne et heureuse, lieu à révélations, lieu où exercer mes sens, lieu à secrets.J’étais sûr d’avoir affaire dans les coins, derrière, dessous les meubles, là où ma présence abolie ouvrait un chemin aux sensations primordiales, aux sortilèges jjurs des émois compliqués, là où je devinais la vérité des sentiments, soupçonnais la puissance des songes et m’abandonnais au foisonnement maboule des choses.Sans le savoir, je me préparais à témoigner de la complexité de notre existence de rêveurs éveillés, d’anges mutilés, de saints «incanonisables».KoberI L a / o n (l e ?Un miracle aussi considérable que la multiplication des pains Déjà, Le soir des cadeaux Et puis, un 2‘1 décembre, alors que je faisais semblant de dormir sur le sofa du salon, pendant que papa «enveloppait» nos cadeaux, j’eus l’idée de faire partager a notre père ce bonheur mystérieux de la fausse mort.Mal m’en pris, comme de raison, mais ce fut vi aiment plus fort que moi! Ma petite sœur dormait à mon côté, à poings fermés.Papa s’apprêtait à enrober de joli papier doré la boîte dans laquelle dormait la poupée que ma sœur de quatre ans avait supplié le Père Noël de lui apporter.La poupée était la sœur jumelle de Suzanne, exactement de la même taille, même minois endormi, mêmes boucles blondes, même regard brun velouté.Iœs yeux mi-clos, je ne perdais pas un geste de notre père Noël, et priais pour que maman l’appelle à la cuisine: mon plan de nègre était au point, il me fallait à tout prix venir à bout de ce tour merveilleux et qui me vaudrait une gloire sans équivoque, qu’on se raconterait de Noël en jour de l’An, jusqu'après ma mort véritable.La Providence est indulgente pour les insignifiants et les espiègles, c’est bien connu.Maman appela notre père à la cuisine.Prestement, je soulevai ma petite sœur endormie, la glissai dans la boîte, couchai la poupée sur le sofa, où je regrimpai mimer à ses côtés le plus profond et le plus innocent des sommeils d’enfant sage.Papa revint aussitôt, s’agenouilla, reprit son ouvrage, emballa ma petite sœur, en sifflotant, comme si de rien n’était.Je jubilais, triomphais déjà, imaginais la bonne terreur et puis les rires et puis ma légende répandue de par le monde.Impuissant à garder plus longtemps le secret de mon éblouissante prestidigitation, je me dressai sur le sofa, la poupée au bout des bras, et déclarai, d’une voix d’outre-tombe, étouffée par mon rire fou: — Papa je pense que Suzanne est morte.Est toute raide pis ses yeux sont comme des yeux de catin! Jamais je n’oublierai l’effrayant regard noir que leva alors sur moi mon père: deux trous de pistolet qui me visaient, pris du désir épouvantable d’en finir avec le diable en personne qui avait fini par prendre ma place, irrévocablement.— Maudit fou! ses mains tremblantes arrachaient le papier doré, dans un grand bruit qui me déchira le cœur, comme s’il avait été fait, lui aussi, de papier très mince.Il tit revoler le couvercle de la boîte, attrapa Suzanne comme si déjà elle n’était plus là, comme si c’était à lui de rendre à la poupée qu’il serrait contre sa poitrine le souffle en allé.Quand ma petite sœur ouvrit les yeux et allongea ses bras pour les accrocher au cou de papa, je fus quasiment persuadé, moi aussi, qu’il s’agissait d’un miracle, aussi considérable que la multiplication des pains.Je ne reçus pas de présents, ce Noël-là, pas même le billet de deux piastres roulé dans une cravate que m’offrait, chaque année, mon oncle Edmond.On m’enferma, toute une longue journée, dans la cave où je tins compagnie aux pommes ratatinées dans le baril, aux rats et aux araignées, où je fis le mort, près de la fournaise, infiniment perplexe, très inquiet de ce monstre que j’hébergeais malgré moi, qui trouvait la mort moins tragique que notre vie, et qui avait vu pleurer son père pour la première fois.SOURCE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE Le petit garçon aux jouets (détail), d’ Bouchard ttmhtr PIERRE MAISONNEUVE UNE REFLEXION DIRECTE ET FRANCHE Je ne provoque que des réactions d'adhésion ou de rejet total (.) mais j'assume ce que je suis.Denise Bombardier • UNE VIVE POLÉMIQUE • TQS « désinvite » Denise Bombardier.Louise Cousineau - La Presse • UN LIVRE DÉRANGEANT • Quel dommage que cette bonne femme soit si prétentieuse car elle sait dire les choses essentielles.Didier Fessou - Le Soleil • UN SUJET CONTROVERSÉ • La télé ne vit plus que pour la rentabilité (.) elle s'engouffre dans la facilité.Franco Nuovo - Journal de Montréal Robert Laffont Bouquins, une collection Robert I.afFont en vente chez tous les bons libraires.• Une réflexion en profondeur sur la qualité de l'information à la télévision • Des confidences inédites sur sa vie, ses paradoxes, ses amours.• Dictionnaire des symboles • Encyclopédie des vins et alcools • Les découvreurs • Dictionnaire du cinéma • Tout l'opéra et bien d'autres.Fa ites le plein de BOUQUIN 25% de remise du sur les 50 meilleurs titres, 15 novembre au 31 décembre 98. L I V It E s **- LE FEUILLETON Proust de l’Est MUSÉE INTERNATIONAL DE U PARFUMERIE LE LIVRE DES MEMOIRES Péter Nàdas Traduction du hongrois par Georges Kassai Plon, coll.Feux croisés, Paris, 1998 779 pages (qui est écrivain) et d’en raconter la lin tragique.Ce qui intéresse'cependant l’écrivain dans cette plongée en trois temps dans l’histoire contemporaine des pays de l’Est, c’est moins la réalité socio-politique de la dictature communiste (présente tout de même), que les intimes mouvements en spirale de la mémoire et du corps de ses héros, les incertitudes de l’identité, les dédoublements et les contritions de la personnalité.Même les orientations sexuelles s’en trouvent déroutées.Les relations complexes entre les personnages, présentés le plus souvent dans des trios qui mêlent homo et hétérosexuels, sont en effet affaire de variations infimes dans le champ des sensations physiques et des états de conscience.«“Krisztiân!” eussé-je aimé m’écrier dans ma surprise [.] prononcer son nom à haute et intelligible voix, ce serait comme de toucher son corps nu, et c’est pourquoi je l'évitais, attendant toujours que d’autres se joignent à lui pour rentrer afin de ne pas l’accompagner ou emprunter le même chemin [.] je ne cessais de l'observer, de le suivre comme une ombre, d’imiter ses gestes devant la glace, et j'éprouvais un plaisir douloureux de savoir qu’il ignorait tout de mon manège, tout de mes: efforts pour faire su rgir en moi-même ces qualités cachées et ces traits caractéristiques qui me rendraient semblable à lui [.]».Pour l’essentiel, ces relations mettent en scène les amours de jeunes garçons: Krisztiân, Prém, Kalmân Csüzdi (tué au combat en 1956) et le narrateur principal — auxquels il faut joindre quelques filles, souvent accessoires: Livia, Théa l’actrice, Hédi la juive, Maya, Sidonie.dont les relations avec les hommes, quand ce n’est pas avec les femmes, ne cessent de conduire à des culs-de-sac.Elles concernent aussi les membres de la famille du narrateur principal.Son père — un procureur de la République au service de l’appareil totalitaire et un coureur de jupons —, qui se voit un jour accusé du viol d’une petite fille et se suicide; sa mère, qui a un amant et se meurt d’un cancer; sa jeune sœur trisomique, avec laquelle il échange des jeux à la fois innocents et barbares.Et puis quelques autres personnages qu’on soupçonne d’espionnage.L’effort de la forme Ce qui est admirable dans ce récit qui ne rechigne jamais devant l’effort de la forme, la poursuite acharnée d’un langage sensible, c’est bien entendu sa force d’évocation amoureuse, sa capacité d’entrer dans les motivations profondes, quitte parfois à se laisser entraîner dans des longueurs.On y trouve aussi des scènes dont la densité ne cesse d’étonner et de ravir.Pourtant, quelque chose manque à ce roman qui n’emporte pas totalement notre adhésion, qui l’empêche précisément d’être à la hauteur de Im Recherche et qui tient sans doute à son dessein général, à son architecture.Proust avait réussi le prodige de faire rayonner le monde autour de son narrateur, tant dans le temps que dans l’espace, sans jamais que nous perdions le sens de sa continuité, de son unité.Chez Nàdas, au contraire, cette unité est rompue, tant par les voix narratives que par les points de vue.Mais n’est-ce pas en même temps la condition inévitable de tout écrivain aujourd’hui, en cette époque où plus aucune certitude, aucune vision générale ne tient, où tout s’est relativisé?De quoi peut-on alors triompher quand le moi, divisé, est non seulement soumis au intermittences du cœur mais aussi de l’Histoire?De l’oubli, sans doute.denisjp@nilink.net rière des voiles de plus en plus épais, et si elle se laisse un tant soit peu appréhender et révéler, ce ne sera jamais que dans l’expérience d’un plaisir qui ne peut atteindre la plénitude et d’une attente qui ne peut être comblée.» Il est vrai que de la ponctuation pourrait facilement être ajoutée sans nuire au propos, mais nous n’aurions plus, justement, ce rythme obsédant, cette litanie impressive qui fait la marque de l’auteur et son style — un style d’ailleurs si proustien que cela finit parfois par nuire à la lecture, tant nous sommes habitués à entendre la voix de Marcel dès qu’une phrase s’allonge un tant soit peu et prend ces accents de madeleines trempées dans la mémoire du corps.Ce n’est pourtant pas un pastiche (qui le pourrait, aussi lon-m, guement?), mais le choix délibéré d’un style fin de comme si Nàdas Mais il parlait du temple de son corps.» (Jean 2,21).Cet exergue illustre pour une bonne part le sujet de cet admirable livre que l’auteur, Péter Nàdas (qui partage avec Marguerite Duras le privilège d’avoir été couronné par le Prix de littérature européenne), a mis douze ans à écrire.Autant d’années qu’il nous a fallu à nous, lecteurs français, pour le voir traduit puisqu’il est paru dans son pays, la Hongrie, en 1986.On peut comprendre l’hésitation ou le découragement des traducteurs devant cette «brique» dont la langue rappelle tout à la fois Proust et Thomas Mann, mais surtout Proust.Chatoyante, pleine d’incises et de digressions, parfois interminable et labyrinthique, extrêmement réflexive et intimiste, sa phrase est un tourbillon de sensations et d’impressions qui ne cessent de s’approfondir en repoussant toujours plus loin le temps de conclure.Voyez par exemple ce passage sur la mère du narrateur, et dont nous n’avons pourtant retenu que le tiers:«[.j l’aveuglement avec lequel elle nous laissait nous égarer dans un territoire si dangereux sur le plan affectif, elle qui aurait dû pourtant savoir que nous faisions quelque chose 1 que nous n’aurions pas dû et que, en la circonstance, c'était elle la séductrice, car, privée du toucher et de la vue, la perception mutuelle recourt à d’autres voies, plus réceptives, plus primitives, plus animales pourrait-on même ajouter, et, dans cette situation, la chaleur, l’odeur, les mystérieuses émanations et les rythmes de l'autre corps peuvent en dire bien plus long qu’un regard, un baiser, une étreinte, ce qui vaut également pour l’amour, dans lequel les diverses positions et techniques ne sont jamais une fin, mais de simples moyens pour aller plus profond, alors que la fin elle-même ne cesse de se dérober dans des régions de plus en plus enfouies, der- Vanilles \ Orchidées A.Vcim V\L-KDm«amuX Cuisines ED1SUD 144 p., 47,95 $ siècle avait voulu faire contrepartie, par l’écriture la plus riche qui soit, la plus sensuelle, la plus corporelle aussi, à l’évidement des sujets et des consciences (de leur mémoire) qu’il a connu sous le régime politique de son pays.En ce sens, aussi bien le subjonctif — qui a déserté à peu près complètement la langue française —, que ce creusement de la conscience à l’aide d’une langue raffinée et quasi immatérielle, peuvent-ils apparaître aujourd’hui comme les marques d’une profonde subversion.C’est faire usage de ce qui est interdit dans la nouvelle positivité langagière qui domine notre temps.Mémoires en forme dé labyrinthe Résumer cette somme, vous vous en doutez, est impossible.Disons cependant que l’auteur utilise trois voix narratives qu’il entrecroise au fil du récit et des chapitres.L’une évoque la Hongrie stalinienne des années 50, l'autre le Berlin-Est des années 70 (donc, avant la chute du mur), la troisième la fin du XX' siècle.Toutes ces voix s’emboîtent et se complètent pour donner chacune leur tour un aperçu de la vérité, dont celle du narrateur principal et d'un ancien amoureux de ce dernier du temps qu’il était adolescent, Krisztiân, qui va entreprendre d’éclairer la personnalité du premier 256 p., 30,95 $ 0 ë 0 0 0 0 #1 Le choix délibéré d’un style fin de siècle 212 p., 30,95 $ ¦yMu''»v N Cuisine & fêtes , en Provence y.154 p., 79,95 $ 176 p., 31,95 $ LE LIVRE 5 MÉMOIRES , ./ Roam \ o *y Kkbocw-Fahi Ma Cuisine arménienne\ 160 p., 25,95 $ I Montréal : 342 - 2815 Lectures d'alcôves Délices érctiques cite éclatés 41,95 $ Lecture de textes érotiques en compagnie de : Hugues Caniveau Claire Dé Cécile Philiyye Distribution Vides la Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, Montréal ( métro Sherbrooke ) - Entrée libre Une production de l'Union des écrivaines et écrivains québécois, en collaboration avec la Maison Cakao T r LtrUAir -J JN JELyj Réservation obligatoire : (514) 849-8540 Lll |/|j\ ()lr En vente chez votre libraire i itc\ écrivante* et éctivi EDISUD X ASWÙ Mumt Tians et N etits farcis -'5?Oillo iansard Bruno AUBOIRON Métiers de Provence Lggjf.0&> foista» y;S'N /VN rç Noël Provençal Commandez vos livres chez Renaud-Bray Nous expédions partout au Québec .poste ou messagerie.Saveurs V traditions u x croises Extérieur : l- SS S -7-46 -2283 I-mail : sad(ur les mêmes raisons, cela s’appelle aussi de la discrimination et dessert les femmes: «Résultat “systémique”, comme on dit: les femmes engagées sur quotas seront soit incompétentes, soit suspectes de l’être, et resteront ainsi toujours moins égales, en statut informel, que leurs collègues mâles.» Au surplus, les ratés de l’histoire ne se corrigent pas en en établissant de nouveaux: «En quoi ma camarade Unetelle, “écartée injustement” de l'université parce qu’elle a investi ses vingt ans dans la carrière amoureuse, obtiendrait-elle une quelconque réparation du fait qu’on offre un emploi éi sa fille bornée, tandis que son fils remarquable est laissé sur le carreau?» Je pose la question: peut-on réfuter semblable argumentation?Rédigé dans un style nerveux et indigné qui tempère assez bien ses emportements, L'Antiféministe ne laissera ni lecteurs ni lectrices insensibles.On accusera assurément Nicole Gagnon de conservatisme (elle qui déclare pourtant être de tendance socialiste depuis sa prime adolescence) et on aura sans doute raison de le faire à certains égards (par exemple, sa suggestion qu’une privatisation des services d’avortement serait pensable me parait carrément réactionnaire et son dogmatisme linguistique, critiquable), mais il ne faudrait pas trop rapidement user de l’anathème, nous interdisant ainsi le passage obligé par la complexité des enjeux (linguistiques, sociaux, politiques) soulevés par ce bref essai.Comme l’écrit Nicole Gagnon, «dans un monde en proie aux transformations aveugles, les institutions conservatrices ont un rôle indispensable» et les hauts cris jetés à l’encontre d’une Loi dite patriarcale et aliénante ne devraient pas nous amener à confondre «le principe anthropologique général de la Loi avec un mode d’organisation sociale».Déjà parus dans la page Idées du Devoir, certains extraits de L’Antiféministe avaient suscité la controverse.Si ce livre et le commentaire que j’en propose ici servent à relancer le débat, et non le simple affrontement de postures bétonnées, ils n’auront pas été écrits |X)ur rien.L’ironie au féminin Pour faire la part des choses, pour partager une vision plus positive du mouvement des femmes au Québec, on pourra lire avec un certain plaisir l’essai littéraire que 1 ride Joubert, pro-fesseure (avec le e ici) à l’Université Queen’s, consacre à «l'ironie au féminin dans la littérature québécoise» à travers deux cents œuvres de prose fic-tionnelle publiées entre 1960 et 1980.Ix Carquois de velours invite le lecteur à partager un «pacte de lecture» fondé sur «un parti pris chromosomique» qui exige un décodage de l’ironie présente dans les texte?«en fonction du sexe de l’auteure».À l’origine d’un tel parti pris, un des postulats principaux du féminisme littéraire: les femmes ont une vision du monde différente de celle des hommes.Lucie Joubert a travaillé avec doigté et efficacité.Les considérations théoriques qui ouvrent l’essai (définition de l’ironie, présentation des différentes figures de rhétorique et des procédés stylistiques qui servent d’outils à l’ironiste) sont remarquables de clarté et s’avèrent par la suite opérationnelles.Définissant l’ironie au féminin dans la littérature comme «une façon de défier le discours dominant», Lucie Joubert présente aussi les cibles de cette ironie (l’Eglise, les médecins, le monde de l’éducation, le couple, les hommes, etc.) et elle recense en les analysant avec justesse les extraits du corpus qui correspondent à ces différents univers.Relecture intelligente de la récente production littéraire féminine au Québec, Ix Carquois de velours, en préférant le concept d’écriture au féminin à celui d’écriture féministe, rejette une lecture strictement idéologique afin d’adopter une vision plus englobante, même si elle reste «marquée».Ixt résultat final est un ouvrage qui rend hommage à l’écriture des femmes en l’étudiant avec rigueur et passion et qui tend à confirmer le caractère spécifique de la vision féminine en concluant que, si les hommes et les femmes pratiquent tous deux l’ironie, la manière féminine présente un visage singulier, plus intime: «L’ironie du quotidien devient alors l'ultime triomphe de la parole des femmes; qu’elles soient, à travers leurs personnages, des novices dans un cloître, des épouses trompées, des patientes impatientées, elles demeurent dans l’opposition où elles trouvent la liberté de critiquer, de remettre en question, d’évaluer, de proposer des avenues nouvelles, mais toujours d’un point de vue marqué par la nécessité du féminin.» Qu’on se le dise: désormais, la varlope ne fonctionne plus à sens unique.louis.coniellier@colla>iaiid.qc.ca L a u i s Cor nellie r ?La féminisation des titres, notre jouai national et «le jument» YVES BRUNSVICK ET ANDRÉ DANZIN ¦LE CHOC DE LA mondialisation! rlb editeur/UNESCO essai 14,95 $ Au-dela du mouvement des AFFAIRES COMMERCIALES ET FINANCIERES, LA MONDIALISATION EN COURS ANNONCE DES CHANGEMENTS RADICAUX ET, PEUT-ETRE MEME, LA NAISSANCE D UNE NOUVELLE CIVILISATION.vlb u çitourr VlUBtARir UTüKM.v I , •««nii-r La Quêt< ¦e de Melville rom «m Qucnrc Amérique de Melville Marie Gagnier nous présente un livre « géant », mettant justement en scène des personnages « géants », dans un style dont la singularité et le déploiement sont sans équivalent actuellement au Québec.Drame familial, situations limites, personnages excessifs, obsessions destructrices, voici un roman sur l'intransigeance, mais aussi sur la force des désirs et des rêves.344 pages, 24,95 $ Marie Gagnier QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com QuCnu AMdtiQut I) 7 É CO N O M I E Outiller l’entreprise l LA 11 I) E TU RC O TT K LE DEVOIR Le Mouvement québécois de la qualité, dont la mission est de venir en aide aux entreprises dans leur demarche pour améliorer la qualité de leur gestion et de leurs produits pour mieux faire face à la concurrence mondiale, a mis sur le marché un document composé d’un ensemble de fiches baptisé 1rs Outils de la qualité.Pour améliorer leurs résultats, rappelle-t-on en introduction, les entreprises les plus performantes ne procèdent ni par la pensée magique ni par l’improvisation.Hiles se donnent des méthodes et des techniques développées avec le temps.Iss Outils de la qualité |xnit être considéré comme la synthèse de ce savoir.Ix*s fiches constituent en somme un ensemble cohérent de moyens concrets pour permettre à toute entreprise de s’inscrire dans le cheminement de la qualité.Afin d’assurer une évaluation complète, le Mouvement québécois de la qualité a mis au point un instrument de mesure qu’on appelle le «qualimètre».Pour s’améliorer, il faut en effet avoir une bonne connaissance de ses forces et de ses faiblesses et assurer un suivi de ses progrès.Ix- système de mesure proposé prévoit deux étapes: une autoévaluation et une évaluation détaillée en vue d’une attestation obtenue d’une équipe d’évaluateurs réputés.Par cette méthode du qualimètre, on peut évaluer tous les aspects de la vie de l’entreprise: le leadership, la gestion de l’information et des données, ainsi que leur analyse, la planification stratégique, la gestion des processus, les résultats de l’organisation et la satisfaction de la clientèle.lx‘ document comprend un tableau synthèse qui ixmiet de mesurer à quel point l’entreprise1 est avancée dqns le maniement des outils de qualité.A partir d’un tel diagnostic, on put sélectionner les outils à implanter en priorité et les intégrer a la gestion de l’entreprise.U“ Mouvement québécois de la qualité prévoit améliorer son produit de façon continue, en procédant à des révisions et des additions, ce qui est rendu facile avec la formule des fiches.Une deuxième série d'outils paraîtra le printemps prochain.U's utilisateurs de ce guide peuvent par ailleurs entrer en communication avec plusieurs entreprises qui pratiquent déjà cette méthode et dont les noms apparaissent dans le document.En somme, «ces outils sont de nature à aider les entreprises à faire les bons choix au bon moment afin que leurs efforts d’amélioration continue soient couronnés de succès», fait valoir Jean-Marie» Gonthier, président du Mouvement québécois de la qualité.I-e document qui contient ces 42 outils est publié en partenariat avec le ministère de l’Industrie.du Commerce, de la Science et de la Technologie et se vend tout de même à bon prix, soit près de 100 $ pour les membres du Mouvement et près de 120 $ jxiur les non-membres.LES CONTES QUÉBÉCOIS DU GRAND-PÈRE FORGERON À SON PETIT-FILS BOUSCOTTE DE VICTOR-LÉVY BEAULIEU EN SÉLECTIOlNJ " OFFICIELLE 1\ Pour le grand prix du public du Salon du livre de Paris EN MARS PROCHAIN! SSKIWSh^ SSü-.»7 CITOYEN ESSAIS trennes ! DANIEL JACOBY PROTECTEUR L/1 VICTOR-LEVY BEAULIEU LES CONTES QUEBECOIS DU GRAND-PÈRE FORGERON À SON PETIT-FILS BOUSCOTTE 3 1 , «Il y a eu des moments où la littérature québécoise, que je compare beaucoup au phénomène du cinéma québécois, a fonctionné beaucoup en France, d’autres où elle n’a pas fonctionné du tout», explique M.Flammarion, dont la maison française a publié nombre d’auteurs de chez nous, tels Gabrielle Roy, Roger Le-melin, Marie-Claire Blais, Gilles Marcotte ou Louis Hamelin.Ce qui pourrait intéresser les Français actuellement, «c’est le renouveau littéraire».«Il y a ici une modernité, une force de vie, une ouverture vers l’Europe que les Français apprécient jusque dans la littérature.Ce n’est certainement pas avec l’image passéiste de la littérature québécoise que les choses vont se passer.» Cette opinion concorde en tous points avec celle véhiculée par les organisateurs du Salon du livre de Paris, qui ont misé sur la «modernité» pour présenter notre littérature.En s’appuyant sur des figures très connues de notre passé littéraire, on souhaite pouvoir introduire de nouveaux visages.On apprenait récemment que le Salon de Paris consacrera quatre salles à des auteurs québécois de renom: Anne Hébert, Hubert Aquin, Gabrielle Roy et Gaston Miron.Mais ce renouveau, nuance M.Flammarion, n’a iras nécessairement besoin d’etre étiqueté «québécois» pour susciter l’intérêt du lectorat français, reprenant ainsi un refrain que plusieurs fredonnent au sujet de l’attrait de nos «cousins» pour nos livres.«U’S Français sont éberlués devant l’innovation, c’est un peu pour cela qu ’ils aiment tant Robert Lepage par exemple [c’était sans compter la dernière critique de Lepage à Paris.].Dans le domaine de la création, de la fiction, elle a toujours été assez ouverte et perçoit comme un enrichissement énorme tout apport, peu importe d’où il vient, qu’il soit africain ou québécois.Dans un passé récent, les lecteurs ont été très déçus d’une production maison très académique, artijicielle, conventionnelle, et c’est en partie grâce à ces étrangers que la littérature française elle-même est en train de changer.» eu Ernest Flammarion aurait-il soupçonné ou souhaité une incursion de sa grande maison d’édition jusque de notre côté de l’Atlantique?Quatre générations plus tard et 122 ans après la fondation de Flammarion, c’est pourtant ce qu’a décidé Charles-Henri Flammarion, arrière-petit-fils du fondateur, en inaugurant Flammarion Québec il y a quelques semaines.La maison, dirigée par l’éditrice Louise Loiselle, a déjà deux titres à son actif depuis le début de ses activités, en juin dernier, le premier écrit par Jacques Jacob, le second par l’historien Pierre Turgeon.De passage à Montréal lors du récent Salon du livre de Montréal, Charles-Henri Flammarion serrait les mains de sa petite équipé québécoise, furetant à gauche et à droite dans le vaste kiosque, les deux nouveaux livres de la maison sous les yeux.Avant d’en arriver à la fondation de Flammarion Québec, la route a été longue, et parsemée de réalisation signées Flammarion en sol québécois.Il y eut d’abord, peu après la guerre, la librairie Flammarion de la rue University.Vingt ans plus tard, en distribution cette fois, c’est la consécration de Socadis, l’un des plus importants distributeurs québécois.Ce fut ensuite Flammarion limitée, avec le mandat premier de publier des best-sellers mondiaux destinés au marché québécois.«C’était dans la logique de passer à l’étape suivante, c’est-à-dire le projet de publier des auteurs québécois et canadiens, pour le marché ici d’abord, et puis pour la diffusion à l’étranger possiblement», expliquait Charles-Henri Flammarion à ce sujet la semaine dernière.Sans avoir l’intention de publier en quantité industrielle, la maison compte élargir son marché aux seuls auteurs québécois francophones et s’intéresser au marché ca-nadien-çmglais, que l’on pourrait traduire.A ce sujet, des pourparlers sont déjà en cours pour une œuvre de la Canadienne Ann-Marie Mac-Dopakl (Fall on Your Knees).A côté des quelques fictions qui vont composer le catalogue de la maison, on pense à publier, un peu comme la maison mère le fait et en quantité impressionnante, des guides pratiques «un peu adaptés à la réalité québécoise», ajoute M.Flammarion.L’ouverture de la maison concorde avec le moment où le Salon du livre de Paris s’apprête à ouvrir sa porte aux auteurs et éditeurs québécois.Hasard ou coïncidence?«C’est un simple concours de circonstance! Ça faisait longtemps qu’on pensait à la fondation de la maison d’édition, qu’on tournait autour de la possibilité de le faire, et ça n ’a rien à voir avec le Salon de Paris.» à.Société littéraire de Laval ( »rvsi i..rue Sherbrooke Ouest Montréal H3G IK4 Tel.: 347-1112 Fax: 847-111$ Iht mercredi au samedi île 10 lu) 17 h a E-mail : wadgnrce@total.net P Weli : http://www.tatal.net/~wudgorce I.K I) K V (t I It .I.K S S A M K 1)1 2 S K T I) I M A \ ( Il K 2 !l X 0 V K M It It V.I !l ü S Eric Daudelin SILENCE Dans le cadre de l'exposition Résonances ART AFRICAIN sculptures et bijoux jusqu'au 6 décembre GALERIE SOLEIL 207, Laurier O., Mtl 272-4100 Du mardi au samedi de 10h à 18h, le dimanche de 12h à 16h :site web : pages.infmit.net/tellem MTS ARTS VISUELS Moments de petite grâce Une exposition exigeante pour des photographies complexes DUANE MICHALS: MOTS ET IMAGES Musée des beaux-arts de Montréal Pavillon Jean-Noël Desmarais 1380, rue Sherbrooke Ouest Jusqu’au 10 janvier 1999 BERNARD LAMARCHE Parallèlement à la rétrospective de l’œuvre de Keith Haring, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) présente une sélection imposante des œuvres du photographe américain Duane Michals (né en 1932).Pour ce faire, le MBAM a fait appel aux services de Marco Livingstone, qui avait collaboré avec le musée à quelques reprises, en 1994, pour l’exposition Pop Art, en 1995, lors de la rétrospective des œuvres d’un autre Duane, Hanson celui-là, et plus récemment afin de monter la rétrospective des œuvres de George Segal, en 1997.Entre autres réalisations, la prestigieuse route de Livingstone comprend l’organisation d’une rétrospective de l’œuvre photographique de Michals, ainsi que la rédaction d’un ouvrage de luxe, The Essential Duane Michals, repris cette année en traduction [Duane Michals, Photographe de l’invisible, Éditions de La Martinière).Donc, le spécialiste de la monographie est également spécialiste de la production de Michals, ce qui devrait, normalement, donner une exposition d’un calibre relevé.Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une rétrospective.L’exposition porte une attention toute particulière aux images de Michals, qui sont accompagnées de cette typique écriture cursive qui transporte la signature de l’artiste.Exit donc les œuvres où Michals enduit l’image photographique des couleurs de la gouache, exit aussi les portraits percutants que le photographe a pu réaliser, de même que les projets de commande (l’artiste n’a pas le dédain de la photographie commerciale, ayant collaboré au magazine Life et à l’album Synchronicity, du groupe rock The Police).Une des caractéristiques formelles premières de l’œuvre de Michals, est l’ajout à l’image de dires labiles, parfois graves, toujours plus ou moins habiles, et toujours aussi d’une tendresse et d’une sensibilité toutes intimes.Ainsi, les écritures viennent troubler le mutisme imagé de la photographie, et brouille la tranquille assurance de ce qui est montré.Dans ses textes, Michals déroute le plus souvent les évidences de ce qui est montré, |xmr attirer l’attention sur ce que l’on réserve habituellement aux secrets du domaine de l’innommé, de l’indicible.Ainsi, en plus d’une sélection d’œuvres qui replace le contexte de la production de Michals, trois séries en entier sont accrochées aux cimaises du musée: Salut, Walt Whitman (1996), Questions sans réponse (1994) et Tête en bas, à l’envers et à reculons (1993), des premières versions de cette dernière ayant été présentés à Montréal dans le cadre du Mois de la photo à Montréal, édition 1989, à la galerie John A.Schweitzer (la série fait également, comme d’autres, le sujet d’un livre).Dès la fin des années 60 (il commence en amateur à produire des photogra- du 7 novembre au 5 décembre 1998 OBSIRVATQIRE4 M2, rue Sain!» l'allicrim* Ouctil, Espace I2
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