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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1998-12-19, Collections de BAnQ.

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M li I I !» !> S I) I ( I) I M A X ( S A M K I) I I) K V U I I! Les entreti S JP AJ J Un sommet euro-américain ANTOINK KOBlTAIl.i.k Conçus il y a onze ans sur l’axe Lyon-Québec, les Entretiens Jacques Cartier s’internationalisent rapidement ANTOINE ROBITAILLE ENVOYÉ DU DEVOIR À LYON Les Entretiens Jacques Cartier?Malgré onze années d’existence, on se questionne encore à leur propos, tant à Lyon qu’à Montréal où ils se tiennent une année sur quatre.La «deuxième ville de France» accueille les Entretiens les trois autres années, et c’est là qu’ils ont été conçus par l’énergique professeur et homme public Alain Bideau, véritable amoureux du Québec.On pourrait, d’une certaine façon, comparer les Entretiens à une sorte de petit congrès de l’ACFAS.Car il s’agit en fait d’un ensemble de colloques — seize cette année — portant sur les sujets les plus divers, allant de la biosécurité au mécénat, en passant par le multiculturalisme.Colloques où sont intervenus cette fois-ci un demi-millier de scientifiques, d’artistes, d’experts, de politiques.On a également déjà comparé les Entretiens Jacques Cartier, minisommet «d’élites», avec le World Economie Forum, fête des élites mondialisées qui se tient à Davos, en Suisse.Légitime, le rapprochement doit cependant être nuancé: plus modestes quant à leur taille, les Entretiens, organisés grâce à un budget de quatre millions de francs (environ un million de dollars), débordent toutefois les questions économiques; bien que leur axe politique soit, depuis le début, les relations Québec-France.Malgré l'absence de représentants africains francophones, les participants, cette année, provenaient de vingt-cinq pays.Le docteur Charles Mérieux, célèbre patriarche de l’industrie pharmaceutique à Lyon, président de la Fondation Mérieux et président d’honneur du Centre Jacques Cartier, affirmait même au journal Lyon-Capitale que les Entre tiens «sont devenus plus américains que québécois.C’était Lyon-Québec au départ; c’est devenu euro-américain».Des représentants de vingt-cinq pays, donc, se sont rendus à Lyon en ce début de décembre 1998.Et si, dans le passé, quelques partici- pants québécois avaient critiqué l’improvisation de certains colloques, on peut croire que l’événement de cette année ne les aura probablement pas déçus.La diversité des thèmes et des sujets était au rendez-vous, savant dosage de sciences «dures» et «molles».Des chercheurs, des politiques (beaucoup moins que par le passé, ce qui a déçu et inquiété les uns, mais réjoui les autres!), dont les maires de Montréal et de Québec, et des praticiens de toutes tendances.Quelques vedettes, comme Stéphane Hessel, diplomate qui a participé à la rédaction de la charte des droits universels, ou Joe McCormick, spécialiste des virus, dont la vie incroyable a inspiré un livre et le film Alerte.Des assistances visiblement plus nombreuses que celles de l’an dernier.En marge des colloques officiels, un débat «off», informel, portant sur «la richesse et la pauvreté au prochain siècle».De la culture, aussi, au grand plaisir de Lorraine Pintal, directrice du TNM et participante appréciée à un colloque sur le mécénat.Un concert triomphal d’1 Musi-ci devant 2500 personnes («trois rappels», insiste le commissaire de la Ville de Montréal, Normand Biron, un habitué des Entretiens).Notons enfin l’exposition de cinq designers québécois.Les textes de ce cahier, par la force des choses, ne rendent compte que d’une partie seulement des multiples activités et discussions de haut niveau de cette onzième édition des Entretiens Jacques Cartier.Entre autres, le revampement d’un vieux «muséum» lyonnais d’histoire naturelle a fait l’objet d’un beau débat, ancré dans un cas concret, sur la muséologie à notre époque.Incidemment, une proposition de Michel Côté et Roland Arpin, grands manitous du Musée de la civilisation du Québec, était au cœur du débat.Le colloque économique de cette année, intitulé Carrefour technologique France-Québec, a pour sa part donné lieu à des discussions franches entre entrepreneurs et gestionnaires de fonds, entre investisseurs et inventeurs.Une cinquantaine de Québécois, dont des dirigeants d’entrepises telles Hydro-Québec, la Caisse de dépôt, Bell, le Fonds de solidarité, y rencontraient 90 représentants français.Sous le feu des projecteurs, notons la création à Lyon d'un laboratoire de type P4, sorte de prison à haute sécurité pour étudier les virus, ces tueurs en série.Ce fut l’occasion de tenir une réflexion large sur des sujets techniques comme le mode de construction de ces laboratoires peu communs (il y en a cinq seulement au monde), mais aussi sur le retour de Le maire de Lyon, l’ancien premier ministre Raymond Barre, en compagnie de Michel Mercier, président du Conseil général du Rhone.1 Pierre Bourque, maire de Montréal maladies que l’on croyait éliminées, comme la tuberculose, et enfin sur le danger du bioterrorisme.D’autres aspects de l'événement sont abordés dans ce cahier spécial.Pour ceux qui commencent à attraper la piqûre, une bonne nouvelle: en 2(X)0, c’est à Montréal qu’auront lieu, pour une quatrième fois, les Entretiens Jacques Cartier.Le maire de Québec, Jean-Paul L’Allier, s’entretient avec Daniel Turp du Bloc québécois.E N T l> E T 1 E N S C K K A II 1 K II S I1 K C 1 A 1.K S T 1* l! Il 1.1 K A II 1, K U K V 0 1 II C a ii ni i il a 1 i h il 1.0 U1 S K MA 11 IF II OUI.F Cul a li 0 ni 1 i ii ii C II B 1 STI A N III OI’X A X TO IX F 11 (111ITAII,I.F C il ii vc r 1 il re 1 il c s i,ir ii | ( Il II IS r1 A X Tl F F FT | il II il 1 il ill il II 1 il gr 1 (’ll III STI A X VIFN II c v i s i n II 1) K N 1 S DFS.I A 11 DIX S M 1C II K1.F MAI.EX FA NT I1 il li 1 i c i 1 c I c n n ni i n a 1 i n n | • DA XI Fl.Il A 11 11 F Al’ Il c |> ré seul a n1c M A II I.FX'F COTE X a i| il c 11 c Ml Cil El INF Tl'IKi FOX 20.11).rue Mo ni real Tri.: ( île 10 eu r v.!)' r 1 agi*, ions enquêtes épidémiologiques de McCormick et de sa femme Susan Fischer-Hoch, qui dirige le nouveau laboratoire P4 de Lyon, sont dignes d’un roman d’espionnage.Le couple a d’ailleurs consigné quelques récits dans un livre intitulé Chasseurs de virus (Presses de la Cité, 1997).Le Devoir a rencontré M.McCormick alors qu’il participait au colloque des entretiens du Centre Jacques Cartier portant sur les laboratoires de type P4.— Ix Devoir: Vos péripéties avec les virus, dont celui de l'ebola, ont inspiré le film Alerte! McCormick: Oui, Richard Près-ton a basé son livre (Virus) sur le travail que je faisais.Il m’a visite aussi.Une enquête épidémiologique n’est pas sans ressemblances avec une enquête criminelle.Ix* détective doit être a l’écoute de son intuition et rassembler ses preuves soigneusement.— Mais vous n’avez pas aimé le film Alerte, à ce qu on dit.Trop fantastique, trop irréaliste, trop Hollywood! Qu’estxe qui était exagéré selon vous?Toute l’idée que soudain, l’ebola peut être transmis par voies aériennes.Il y a aussi cette idée que l’on puisse sauver le monde avec quelques millilitres de sérum d’un singe.C’est très romancé, irréaliste, exagé- ré.Si l’on avait bien réfléchi, ça aurait été possible de trouver une façon très fiable de rendre compte de cette réalité tout en racontant une bonne histoire.— Trouvez-vous qu'il y a des craintes exagérées actuellement autour de ces études?Beaucoup de choses que l’on dit sur ces virus sont exagérées.Pensez à ce qu’on a prétendu à propos du sida! Je pense particulièrement à l’ebola et à la fièvre de lassa, virus avec lesquels nous travaillons.L’idée que vous devez mettre des gens dans des bulles de plastique pour les traiter est ridicule.Ce n’est pas nécessaire.C’est mauvais pour le malade.— Oui, mais l’ebola, c'est tout de même très virulent, non?Certes, mais la transmission n’est pas si facile.Il faut des partages de Joseph McCormick, «l’Indiana Jones» du virus seringue, de sang, d’excréments.Moi j’ai travaillé directement avec les malades de l’ebola.D’autres personnes aussi.Ce qui me déçoit, c’est que pendant l’épidémie, plusieurs ont eu peur de toucher les malades.Ils n’ont même pas daigné prendre leur pression artérielle, à cause de peurs irraisonnées.— Et la sécurité maximale des laboratoires P4, trouvez-vous cela exagéré?Non, parce qu’on y fait des choses différentes.Il n’est pas question d’y soigner des malades, mais bien de fai- re des recherches avec de très grandes quantités de virus, beaucoup plus concentrées que ce qu’on va rencontrer sur le terrain.On a besoin de ces laboratoires, parce que c’est le seul moyen de faire les «réactifs», de créer des vaccins, d’étudier en profondeur des virus.C’est pour cela que l’on a besoin d’une telle protection.Mais pour soigner les malades, non.— Et le bioterrorisme, c’est un réel danger?Oui.C’est évident aujourd’hui.Mais les virus dont nous parlons ne sont actuellement pas envisagés comme des armes, on utilise plutôt les toxines.— Par exemple ?Des botulismes ou d’autres toxines, ou le charbon, une bactérie qui produit une toxine très forte.C’est tout à fait un classique du bioterrorisme, de la guerre bactériologique.On a la preuve, par exemple, que les Russes ont beaucoup travaillé avec le charbon pour développer des armes.— Parlez-moi de cas de bioterrorisme recensés.Ixs attentats au gaz sarin à Tokyo, par exemple, procédaient de cette logique.Il y a aussi toute l’histoire entre l’Iraq et l’Iran.Selon toutes les preuves que l’on possède, l’Iraq voulait mener une guerre bactériologique avec le charbon.Avec le pouvoir de la biologie moléculaire, aujourd’hui, qui sait s’il n’y a pas d’autres dangers que nous ignorons?C’est bien possible.Antoine Robitaille A Lyon, l’idée d’un labo à haute sécurité a germé dans la tête du patriarche Charles Mérieux, de la célèbre famille de producteurs de vaccins, dont le grand père Marcel a été l’ami apologétique de Pasteur.Le «IM», c’est la réalisation d’un grand rêve de Charles Mérieux, toujours infatigable à 92 ans, «un visionnaire exceptionnel», selon les mots du professeur Jacques Grange, chef de laboratoire au IM.Assis dernière son grand bureau, dont la vue donne sur une superbe vieille église de Lyon, Charles Mérieux parle étonnamment vite et après avoir évoqué une «mission marquante au Canada, en 1945», et sa grande amitié avec le biologiste québécois Armand Frappier (les rapports entre Lyonnais et Montréalais ne sont pas d’hier), il pointe certains passages de son autobiographie, écrite en 1988 ( Virus Passion, Robert I-affont).«Je revois Gerland [.] ce quartier que connaissent bien les Lyonnais |.| Il suffirait d’y construire ce fameux laboratoire de haute sécurité pour que Lyon devienne cette biocapitale dont je rêve depuis tant d’années.» Il faut dire que des rêves d’envergure, Charles Mérieux n’en a jamais manqué.Homme d’affaires prospère, l’argent a toujours été pour lui un moyen d’accomplir.Initiateur d’interventions virologiques humanitaires lors de grandes épidémies en Afrique et en Amérique du sud, il dit avoir vécu «la virologie industrielle avec la même passion que [son] père l’épopée Charles Mérieux t jÿ» pasteurienne».Dans cette perspective, le P4 est donc plus qu’un simple outil à la fine pointe de la technologie; c’est ce qui permettra, à Lyon, la continuation des grandes traditions médicales françaises.Nulle surprise que la fondation Marcel Mérieux ait décidé d’investir quelque 50 millions de francs dans sa construction.Un Américain dirait: -He put his money where his mouth was»\ Il reste maintenant à assurer les frais de fonctionnement, qu’on dit énormes.Mais il semble qu’une solution ait été récemment trouvée.Antoine Robitaille I.E I) K V () I U .I, E S S A M EDI I » E T D I M .\ N < Il E 2 ( I) E < K M H H K I II II S 5 ENTRETIENS JACQUES CA R TIER Carrefour économique Des dirigeants d’entreprises québécoises et rhône-alpines échangent leurs vues sur le capital de risque p PHARAND AZADJIA ANTOINE K O B IT AILLE ENVOYÉ DU DEVOIR À LYON Malgré la mondialisation et la convergence des valeurs qui en découlent, les différences culturelles sont encore déterminantes dans les nouvelles pratiques d’affaires, notamment le capital de risque.C’est ce que les participants au Carrefour technologique Québec-France, le nouvel événement économique des Entretiens du Centre Jacques Cartier, ont pu constater.Comme l’annonce l’expression, le capital de risque est un pari incertain.«Nous avons tous nos histoires d’horreur», confiait Raffy Zazangjian, de la firme française CDC Innovation.C’est là un type de financement dont l’importance va en s’accroissant dans une économie de l’immatériel et de services, qui a comme caractéristique l’incertitude, où les actifs sont pour la plupart intangibles et la vitesse des changements ne cesse d’augmenter.«La fenêtre d'opportunité semble se réduire constamment», note Bernard Hamel, de GTI Capital.Comme le veut la règle, les possibilités de rendements croissent proportionnellement au degré de risque.D’où l’attrait que peut avoir, dans la frénésie technologique actuelle, ce type d’investissement.En matière de capital de risque, comme en plusieurs autres domaines (quiconque a assisté aux Entretiens, où la comparaison est reine, l’aura remarqué), le Québec revendique un modèle particulier.Pierre Pharand, de Sofinov, la filiale de la Caisse de dépôt et placement spécialisée dans ce type de placement, dit sans ambages que sur cet aspect «le Québec est résolument américain, dans la mesure où l’on accepte de passer outre au grand principe catholique selon lequel on ne devrait pas s’enrichir Au contraire, on veut s'enrichir, c’est tout l’effet du Québec inc.» Sofinov gère un actif de 542 M $.«Vous êtes beaucoup plus humains que les Américains», fait cependant remarquer Pierre Michaud de l’Anvar (Agence française de l’innovation), dans la Jacques Ménard (au centre), président du conseil d’administration d’Hydro-Québec somptueuse salle de la Chambre de commerce de Lyon, place de la Bourse, où se tient le Carrefour.Opinion que Pierre Pharand reprend sans se faire prier: «Oui, on peut dire qu’on est moins cyniques, plus humains, on retire nos billes moins rapidement que les Américains.On a surtout le courage d’appuyer nos entreprises quand les résultats se font attendre.Nous sommes moins agressifs avec les entrepreneurs, parce que c’est avec eux que nous allons bâtir.» M.Pharand fait remarquer que contrairement à la plupart des investisseurs américains, Sofinov, comme filiale de la Caisse de dépôt, a une préoccupation bien particulière pour les entreprises d’ici, cherchant à leur offrir un soutien.«C'est même un de nos critères: il faut que l’entrepreneur soit prêt à accepter que Sofinov lui prodigue des conseils.C’est ce qu’on appelle le capital interactif.» Selon Bernard Hamel, de GTI Capital, s’il y a indéniablement une américanité du Québec dans l’investissement, des différences avec le reste du continent ne sont pas à négliger.Pour lui, les Québécois gardent davantage la tête froide que les Américains: «Aux Etats-Unis, les tendances, la frénésie entourant un produit, un secteur, ont une grande importance.Au Québec, parce qu’on sait que l'entreprise va connaître des hauts et des bas, que les modes vont passer, on va tenter de bâtir des fondements durables à l’entreprise plutôt que de se borner à surfer sur une vague.» I^i structure et la taille de l’économie y sont pour quelque chose, concède M.Pierre Pharand, de Sofinov, filiale de la Caisse de dépôt et Hamel, mais il y a selon lui une culture de l’investissement particulière à l’est de l’Amérique du Nord.«À l'Ouest, on est beaucoup Encore plus à l'Est, «on prend conscience du retard plus spéculatif.» Qlte le continent européen tout entier et la France en particulier, ont en matière de capital de risque», confie Denis Champenois, directeur général de la filiale Innovacom de France Télécom.Les carences des sociétés de capital de risque françaises seraient le peu de disponibilité à prendre des risques et la tendance à prendre «trop de temps à bouger».Selon M.Champenois, «en France, on cherche trop souvent encore le génial inventeur», alors que la priorité devrait être davantage de «développer le marketing».Probablement parce que «les Québécois sont dans le capital de risque depuis plus longtemps que les Français», comme le fait remarquer Pierre Pharand, le langage varie aussi, et de manière révélatrice.Bernard Hamel: «Les Français utilisent le mot patrimoine, alors que nous, on parle d’actif Il me semble que les actifs, c’est vendable.On peut transiger des actifs.Du patrimoine, on dirait que ça fait mal au cœur de s’en départir!», ironise-t-il avant d’ajouter que la monnaie unique européenne, en décloisonnant les pays, ferait peut-être tomber certains vieux concepts.Agissant souvent comme éclaireur pour GTI en Europe, Denis Champenois ne voit toutefois pas tellement de différence entre les Etats-Unis et le Québec en matière de capital de risque.«Etre humain, ça voudrait dire qu’on accorde une deuxième et troisième chances quand ce qui a été annoncé ne se réalise pas.Or c'est rarement ce qui se produit au Québec, et encore moins en France.» Pour M.Champenois, qui est sou-an roiNE robitaiixe vent amené à investir en Californie, c’est dans ce pays de l’innovation que l’on accor- ANTOINE ROBITAILLE placement spécialisée dans le capital de risque.de des sursis.«En Europe, si on rate la phase de démarrage, le projet tombe à l’eau, puisqu’on n'a souvent pas sous la mains les personnes compétentes pour relancer les choses.» Plus humain, le Québec?Le Québécois Michel Chioni, de la firme Acme Multimédia, a cherché à mettre en relief un certain décalage entre le discours des sociétés d’investissement et la réalité.En regardant les représentants de Sofinov, M.Chioni a raconté son expérience qui révèle selon lui que les investisseurs québécois sont encore trop peu portés à prendre des risques.Pour M.Chioni, au Québec, les professionnels de l’investissement ont «rarement été des entrepreneurs».Le résultat: le rapport qu’ils ont avec l’entrepreneur s'apparente à celui de banquiers.«Et quand vous négociez des conventions d'actionnaires, vous négociez fort!», dit M.Chioni en déplorant que dans le domaine du capital de risque au Québec, les investisseurs cherchent trop souvent à se munir à la fois «de bretelles et de ceintures».D’autres entrepreneurs présents, comme Francis Malka, de Semantix, ont toutefois désiré contrebalancer les propos de Michel Chioni en affirmant que les investisseurs québécois avaient le mérite d’appuyer et de conseiller les entreprises daps lesquelles ils investissent.Echanges Québec-Rhône-Alpes?Certes, mais comme dans toutes les activités des Entretiens, la discussion a aussi lieu entre Québécois.Et pour plusieurs, c’est un des aspects les plus intéressants.Pierre Vincent, de Viasat géo-technologie, une des entreprises invitées par les organisateurs à Lyon, faisait remarquer: «Comment pourrais-je avoir l’occasion, à Montréal, de converser aussi longtemps avec le président du conseil d’Hydro-Québec?» Le site du carrefour est encore actif pour quelque temps: http://www.carrefiourtechno.org M L'Université de Montréal, partenaire du Centre Jacques Cartier et hôte des Entretiens de l'an 20001 Université de Montréal www.umontreal.ca 7 I.Ë s S A M K I) I 1) K V 0 I li I) I M A X (' Il Ë I) K < Ë M 11 II ë I !) il S ENTRETIENS JACQUES CARTIER rsu ¦ 7£ zmgm V La nouvelle formule du Musée d’histoire naturelle de Lyon devra beaucoup aux suggestions de Roland Arpin et Michel Côté, du Musée de la civilisation de Québec.Un modèle québécois de muséologie adopté à Lyon Depuis cinq ans, les expériences muséologiques québécoises intéressent beaucoup les Français ANTOINE ROBITAILLE ENVOYÉ DU DEVOIR À LYON hebdomadaire Lyon Capitale titrait, le 2 dé-r cembre, «Musée: Lyon importe le modèle québécois».Depuis cinq ans en effet, les expériences muséologiques québécoises intéressent beaucoup les responsables français de ce domaine culturel.Des partenariats et des échanges d’expertise ont notamment été conclus avec le Musée de Pointe-à-Callière, et le Musée archéologique de Saint-Romain-en-Gal a importé plusieurs techniques et concepts de cet équipement de la région de Montréal.Ce dernier connaît actuellement un grand succès.Ceux qui aiment la notion de «modèle québécois» ont été bien servis aux Entretiens Jacques Cartier, en 1998.En effet, dans plusieurs secteurs abordés lors des Entretiens, le modèle québécois se classe très bien à des yeux français.Il fallait lire les propos du maire de Lyon, Raymond Barre, rapportés dans l’édition du Progrès du 8 décembre à propos des nouvelles technologies: «Un terrain où l’on constate que la province de Québec a su se donner les moyens de faire la course en tête».M.Barre, dans un discours au Carrefour technologique France-Québec, a aussi fustigé «un certain nombre d'attitudes françaises qui constituent autant de freins pour le développement».Comparant cette frilosité avec l’expérience du Québec, Barre a affirmé y voir que «le maintien d’une identité forte peut se conjuguer avec l'adaptation des hommes et des structures au monde moderne».On pourrait citer des déclarations comparables, tenus lors des colloques consacrés au mécénat, à la toxicomanie, aux commandes publiques et à l’identité, où un «modèle québécois», parfois idéalisé, avouons-le, a été invoqué.Certes, on ne porte pas à tout coup aux nues les expériences et pratiques québécoises.Mais certaines font figure de véritables exemples que l’on consulte et dont on veut s’inspirer.Aux Entretiens 1998, l’exemple le plus éclatant se situait dans le domaine de la muséologie.Aussi, quand le Conseil général du département du Rhône a décidé de rénover le plus ancien des musées lyonnais, le Muséum d'histoire naturelle, qui a porté plusieurs noms depuis sa création en 1772 (musée des bêtes, musée Guimet, etc.), le réflexe des conservateurs et responsables locaux a été de se tourner vers les têtes pensantes du Musée de la civilisation du Québec, qui vient de souffler ses dix bougies: Roland Arpin, directeur général, et Michel Côté, directeur des expositions et des relations internationales.Tous deux furent baptisés «parrains québécois du futur Musée de Lyon» par le journal Le Progrès, qui parla en termes élogieux de ce «lieu de diffusion de la culture» qui reçoit quelque 5(X) (XX) Visiteurs annuellement.Une journée intensive des Entretiens Jacques Cartier a donc été consacrée à l’examen, par une quarantaine de spécialistes, d’une approche conceptuelle développée par les deux Québécois à la suite d’une mission a Lyon en février 1997.«Nous n'avons pas hésité à opter pour l'audace en proposant une approche très originale», déclare Michel Côté.Il explique par exemple que dans un monde où les informations pullulent, le rôle du musée doit être ajusté.Le succès du Musée de la civilisation en est pour lui, en quelque sorte, une preuve.Dans un tel contexte, ce qui reste d’original au Musée, c’est, aux dires de M.Côté, «le contact direct avec un environnement et de ce contact, naît une nouvelle sensibilité, un intérêt qui peut et devrait se poursuivre ailleurs, par exemple par la lecture.» Le Musée, comme lieu de contact direct.Mais aussi comme lieu de débat et de questionnement, voire de formation continue et d’éducation populaire.«Nous avons proposé, explique Michel Côté, que ce nouveau musée, qui disposera d'une collection diversifiée, ethnographique et de science naturelle, table sur des interrogations et inquiétudes contemporaines comme la bioéthique, ce qui serait assez inédit et un domaine dans lequel Lyon pourrait devenir un leader mondial.» Une sorte de «Science Center», donc, à la torontoi-se?Surtout pas, répond M.Côté, qui suggère au contraire d’éviter le concept des «petits boutons qu’on pousse, en ignorant tout des processus déclenchés et en ne s'attardant qu’au résultat.Il faut intégrer une réflexion plus large.Les musées de sciences ont parfois tendance à oublier la société», dit-il.Un des premiers problèmes que les deux experts ont pu constater au Muséum d'histoire naturelle est celui des collections, qui occupaient toute la place et n’en laissaient presque pas aux activités de diffusion.«Le musée d'aujourd’hui ne peut plus être un conservatoire; il est devenu un lieu miroir, un lieu de réflexion et un lieu d’échange.» Ainsi, selon MM.Côté et Arpin, un thème ne doit plus être traité d’une seule façon, c’est-à-dire par l’exposition.L’institution doit tenter d’entrer en contact avec les publics par plusieurs canaux, tels des débat publics, des conférences.«Le musée est de plus en plus un véritable centre culturel.C'est un service d’action culturelle, un service pédagogique, un service d'information et un lieu de communication.» Pour attirer le public, les experts québécois ont aussi recommandé d’augmenter les expositions temporaires, qui »ri*i a5V > Pendant toute l’année 1996, avec un zoom de 300 mm, André Cornellier a pris 5000 photographies de Montréal illustrant les saisons, la population, l’animation des rues, les constructions en cours.Il achève aujourd’hui d’assembler les 1500 photos qui composeront la maquette de la murale.Montréal à 360 degrés Cent ans après William Notman, le photographe André Cornellier recrée la métropole québécoise en images CHRISTIAN RIOUX ENVOYÉ DU DEVOIR A LYON Au cœur de la Petite Bourgogne, le studio du photographe André Cornellier est coupé en deux par un rideau de plusieurs mètres de long.Chaque fois qu’il reçoit un modèle, André Cornellier le tire soigneusement.Seuls les intimes peuvent voir le projet que le photographe bien connu des milieux de la publicité québécoise caresse depuis maintenant six ans.Celui qui jette un coup d’œil derrière la tenture découvre une gigantesque murale de dix mètres de long par deux mètres de haut, qui sera bientôt composée de 1500 photographies de Montréal prises pendant une année entière.Mégalomane, André Cornellier?Il faut l’être un peu pour se lancer dans un projet aussi grandiose.Un projet que le photographe gardait pour lui avant de le révéler en décembre aux Entretiens Jacques Cartier, à Lyon.Cornelier admirait depuis longtemps la vue à 360 degrés qu’avait prise de Montréal William Notman en 1896.En neuf clichés, le grand photographe du siècle dernier offrait un panorama unique de Montréal illustrant l’industrialisation galopante qui avait fait de la métropole la capitale industrielle du pays.Panorama d’une ville, l’œuvre de Notman aujourd’hui au Musée McCord est aussi le portrait d’une époque.A San Francisco, Edward Muybridge avait fait la même chose au début du siècle.En 1990, le photographe Mark Klett avait eu l’idée de recréer une représentation à 360 degrés de San Francisco, de l’endroit précis où Muybridge s’était posté plusieurs dizaines d’années plus tôt.Il n’en fallait pas plus pour qu’André Cornellier rêve de reproduire le geste de William Notman, un siècle plus tard exactement.Il s’est attelé à la tâche dès 1992.En attendant l’année du centenaire, il a exploré tous les recoins de la ville.La tour d’où Notman avait pris ses clichés avait été détruite.Dans le même quartier du sud-ouest de Montréal, Cornellier a déniché un nouveau point de vue qui ne diffère pas trop du précédent.Pendant toute l’année 1996, il s’y est rendu chaque jour.En un an, avec un zoom de 300 mm, il a ainsi amassé 5000 photographies de Montréal illustrant toutes les saisons, mais aussi sa population, l’animation de ses rues, les constructions en cours.Bref, tout ce qui fait la vie d’une métropole.André Cornellier est un drogué au monoxide de carbone.I.a dernière fois qu’il est allé à la campagne, il est revenu en courant après quelques heures.Trop d’air frais lui fait tourner la tête! Ses fins de semaines, il les passe à New York et ses vacances à Tokyo.«Le stress de la ville est une très bonne chose, dit-il.C’est ce qui nous pousse à aller plus loin.» Après avoir remis trois fois son ouvrage sur le métier, il achève aujourd’hui d’assembler les 1500 photos qui composeront la maquette de la murale.Celle-ci aura la forme de gigantesques lèvres.Il s’agit d’un clin d’œil au fameux montage du photographe américain Man Ray où des lèvres surplombent la ville.«Je voulais raconter une histoire et montrer comment la ville n’est pas statique, dit Cornellier.J’ai voulu illustrer comment les habitants de Montréal trouvent eux-mêmes les solutions à leurs problèmes.C’est ça une ville: des gens qui trouvent des solutions à leurs propres problèmes.» Contrairement à Notman qui s’intéressait surtout aux immeubles et aux usines, Cornelier a mis l’accent sur ceux qui habitent la ville.Lorsqu’on parcourt la murale — qui dans sa forme définitive aura 20 mètres de long par quatre de haut —, on découvre des centaines de personnes qui sortent des maisons, jouent dans les parcs, conduisent leur voiture, etc.En superposant des photos des mêmes lieux prises à différents moments, Cornellier aime dire qu’il a «fait se rencontrer des gens qui ne se sont jamais vus».Ixs saisons aussi se rencontrent puisque la mosaïque illustre aussi bien l’hiver que l’automne, l’été et le printemps.Le montage des prises de vue du ciel, explique-t-il, est un travail complètement abstrait.11 s’agit de jouer avec les couleurs et les teintes exactement comme le ferait un peintre.Cornellier ne se gêne pas pour faire des retouches.Au début, il voulait utiliser à la fois la couleur et le noir et blanc.11 a finalement choisi le noir et blanc.Ix seul tirage des 151 K) photos de la maquette a demandé un an.La version finale exigera au moins autant de travail.André Cornellier est pour ainsi dire fasciné par le temps qui passe.Il suit depuis cinq ans la danseuse Dniise Ixcavalier et compte le faire pendant encore cinq ans.«Je fais avec elle ce que j'ai fait avec Montréal pendant un an.» Il est en pourparler avec le musée McCord et le Centre canadien d'architecture qui pourraient être intéressés par son œuvre.«Dans un siècle, dit-il, peut-être qu’un photographe voudra réaliser un nouveau panorama de Montréal.Il le fera à sa façon, avec les moyens de son époque.Ce sera peut-être des photographies à trois dimensions.Peut-être qu’en appuyant sur une maison, un film nous en fera voir l'intérieur et les gens qui y vivent.Moi, je souhaite simplement qu après avoir vu ma murale, les Montréalais ne voient plus jamais leur ville de ta même façon.» + La ville imaginaire JACQUES C,RENIER LE DEVOIR Pour la cinéaste Agnès Varda, la ville est un immense réservoir d’art populaire souvent ignoré et méprisé.f Q V Mieux que dans les monuments, la vie des villes s’exprime dans les murales populaires et les graffiti.Tellement que la publicité tente elle aussi de faire «spontané».CHRISTIAN RIOUX ENVOYÉ DU DEVOIR À LYON T a ville est assoiffée d’art», dit " J-/un habitant de Los Angeles dans Mur, Murs, un film tourné par Agnès Varda en 1980 sur les immenses peintures murales qui décorent les quartiers est de la mégalopole américaine.Dix-huit ans plus tard, l’auteure de Cléo de 5 à 7 est toujours aussi convaincue que la ville est un immense réservoir d’art populaire souvent ignoré et méprisé.Il suffit de se laisser bercer par les longs travellings de Mur, Murs dans les quartiers chicanos de Los Angeles pour s’en convaincre.Contrairement à tous ceux qui, architectes, urbanistes, planificateurs ou designers, veulent mettre de l’ordre dans l’anarchie urbaine, en faire du beau, du gentil et du bien rangé, Agnès Varda fait partie de ceux qui cherchent plutôt à mettre en valeur cet art spontané que produit chaque jour la vie urbaine.«Un jour, dit-elle, je m’emmerdais à Los Angeles et j’ai vu ces murales.Alors, j’ai commencé une enquête.Il m'a fallu des mois pour retrouver les auteurs.[.].Le système de l’art est fondé sur l’argent.Or, ces peintures, souvent fascinantes, sont faites par des inconnus pour presque rien.Parfois on leur a simplement prêté un échafaudage.Certaines sont faites pour râler, d’autres pour faire beau.Je me souviens d’un Christ peint en jeans.Toutes sont sous-estimées car ce n 'est pas la ville mise en scène, ce n’est pas de l’architecture, mais tout simplement la ville qui s’exprime.» Ijü pub graffiti On se plaint souvent de la publicité qui couvre nos murs.Mais se souvient-on des allures de salon mortuaire des villes de l’ancien bloc de l’est où l’affichage était la plupart du temps interdit?Les murales, les graffiti et tout cet art spontané font aujourd’hui partie de notre environnement.Tellement que la publicité s’est depuis peu emparée des graffiti et des .murales.Combien de grandes peintures sur les murs de nos villes ou de faux graffiti qui portent en petit dans un coin le logo de Nike ou de Pepsi Cola, histoire de faire croire qu’il s’agit d’art sauvage.La cinéaste française se souvient des mois de tournage dans East LA.Les gangs chicanos l’avaient à l’œil sans jamais l’importuner.Jusqu’au jour où, plutôt que de filmer une murale, elle filma un mur rempli de graffiti.«Les murales, c’était beau.Mais les graffiti, c’était dégoûtant.Ils avaient honte.Il a fallu leur expliquer que tous ces noms, ces mots griffonnés, c’était beau.Que ça avait une grande valeur.Alors ils nous ont aidé à transporter les caisses et sont venu boire une bière avec nous.» Agnès Varda ne le cache pas, elle a un petit faible pour les taggeurs.«Je pense que les taggeurs s’expriment, mais qu’ils veulent aussi emmerder.Il y a une révolte contre la propriété dans le tag.En même temps, il y a une vérité.Je ne trouve pas ça dérangeant qu’on écrive son nom partout.Il y a là quelque chose qui échappe aux gens sérieux des mairies, aux urbanistes et aux architectes.C'est la vie des villes.Le portrait de la ville et de ses angoisses.» La ville miroir Pour la cinéaste, cet art éphémère est un témoignage.«Moi aussi mon film est éphémère.Jean-Luc Godard disait: "Il y a plein de gens prêts à vivre leur vie, mais pas toujours à la représenter".J’aime l’idée de la représentation et de la pagaille dans la ville.Iss gens redécorent tout le temps.Us vivent dans l’idée que ça ne va pas durer.Cela fait très peu de temps que Ton protège les immeubles.Moi, je suis plus intéressée par les gens que par les toits.» Cette passion pour la ville n’est pas nouvelle.En 1975, Agnès Varda a tourné Daguerréotypes, un film sur la rue où elle habite, à Paris: la petite rue Daguerre à deux pas de Montparnasse.On lui a souvent demandé si elle avait fait modifier les façades pour tourner les longues randonnées parisiennes de Cléo de 5 à 7.Pas du tout.«On se voit dans la ville.Les personnages de fiction utilisent la ville comme un miroir.Les murales, c'est la même chose.Elles montrent le désir de durer et d’exister.» Lors de son enquête à Lis Angeles, Agnès Varda avait découvert que les musées ne s’étaient jamais intéressés à cet art populaire.Certains des mu-ralistes quelle a connus sont devenus des artistes connus.«Ceux que je considérais comme les meilleurs, dit-elle, sont demeurés inconnus.Ixur révolte était trop forte, trop cachée.» Parce que l’art est souvent là où on ne l’attend le moins.y a des relations qui mènent loin.Le capital actif des Québécois ! I K I) !•: V (III!, I K S S A M Y.I) I I !» K T I) I M A X (' Il K 2 (I l> V.( K M II II K I II !l M E
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