Le devoir, 13 février 1999, Cahier D
I.E |) E V I) I II .I.E S S A M E P I I \.I It I M A X ( Il E I I I K V li I E li I !» Il II LE DEVOIR Lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 5 ?Geneviève Cadieux Page D 7 Formes Page D 8 ARTS ÏPLS Bernardo Atxaga Comment peut-on être basque ?La musique d’une langue n’est pas seulement une question de forme, c’est une façon d’appréhender le monde CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT DU DEVOIR A PARIS Pour rejoindre Zalduondo en venant de la côte atlantique, il faut parcourir une centaine de kilomètres de montagnes et de plaines.Il faut passer le col de Santa Marina Je-suri, à 750 mètres au-dessus du niveau de la mer, et longer le parc naturel de Gorbeia avant de gagner la capitale, Vitoria-Gasteiz.On traverse ensuite une large plaine où l’on troque l’autoroute pour un chemin de campagne qui suit des terres agricoles.Surgit alors un minuscule village qui ne compte qu’un clocher et un café, seuls lieux de rassemblement de ce peuple rude qui cultive des pommes de terre réputées dans tout le pays.C’est là que se terre Bernardo Atxaga, l’un des écrivains basques les plus lus dans le monde depuis la publication d'Obabakoak (Christian Bourgois), un recueil de contes et de nouvelles traduit dans toutes les langues et salué comme l’acte de naissance de la nouvelle littérature basque.C’est dans ce village perdu qu’on vient de Madrid ou de Paris pour lui poser toujours la même sempiternelle question: «Comment peut-on écrire en basque?», une langue parlée par seulement deux millions de personnes.Ecrire en euskara Car Bernardo Atxaga a beau être aussi à l’aise en basque qu’en espagnol — toute son oeuvre est évidemment traduite en castillan —, il n’écrit qu’en euskara.Pas quesüon de déroger à cette règle, pas même pour une nouvelle publiée l’été dernier dans le grand quotidien madrilène El Pais.«Quelqu’un s’est levé dans un café littéraire du nord de l’Espagne il y a 15 jours et m’a dit: “Vous devriez écrire en espagnol, vous auriez plus de lecteurs.” C’est ridicule, je serai bientôt traduit en anglais et en arabe.L’essentiel, n’est-ce pas qu’un texte soit bon?Après, c'est l’affaire des traducteurs.Evidemment, écrire en espagnol serait plus pratique.Mais jç ne suis pas un homme pratique.Ecrire en basque, c’est ma façon de vivre à moi.C’est l’expression de ma personnalité.En espagnol, je n’écrirais pas la même chose.Vous devez certainement comprendre ça au Québec.» Pour Atxaga, qui oblige ses éditeurs à publier d’abord ses livres en euskara, le basque n’est tout simplement pas négociable.Assis au café Imaz alors que la nuit de janvier s'abat sur la plaine et que les paysans viennent prendre un verre après le boulot, Atxaga peut parler pendant des heures de cette langue venue du fond des âges et qui semble constituer pour lui l’essentiel de la définition de ce petit peuple tenace dont il dit qu’il a au moins offert deux choses au monde: la chasse à la baleine et l’Ordre des jésuites (fondé par Ignacio de Loyola).VOIR PAGE D 2: BASQUE mm 99Lrh JACQUKS C,RENIER .E DEVOIR Montréal.Le côté gai et Ira S U RANT DU BRUIT ET DES COI LEURS DU MARCHÉ JEAN-TaLO! Adélard Hébert, ex-tueur $! • \ ¦ v ’i.¦ MaF : GAGES, CHAUFFEUR DE TAXI A SI HEURES, VIL ET ABJECT PERSO! NAGE DE SON PROPRE AVEU.Sui MRituellement accès, une vision trèqjgjqque.Sans que ce soit un roman à’ n «Ecrire uni mettre au < plaidir et de L André Noël c edt de ûgcs, je fais une ) 2: FABLE rajj HHë! DE GESTES, DE TERRE ET DE MOTS LIBERTÉ 24i février 1999 140 pages 6$ En vente chez votre libraire t CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIMÉ SUR FOND GRIS OU DE COULEUR V~«r kr- '-*¦ •>» f.•**?&»* Ord.19.95.LE TIROIR AU PAPILLON Ord.49.95, -, Hélène Ségara | de rabais f BU MA tP*».$0N«>| .¦ ÿves duteu ARCHAMBAULT LA PLUS GRANDE MAISON DE MUSIQUE ET LIVRES AU ELANS DU C EUR COÜ2 / Hélène Ségara Hélène Ségara.Incluant un duo avec A.Bocelli.Yves Duteil Ses 20 plus belles chansons Bryan Adams On a day like today 2 JOURS SEULEMENT SAMED113 FEVRIER DIMANCHE 14 FÉVRIER sur tcu&nos DISQUES COMPACTS et CASSETTES Ieliqucllei blrnhei seulement! 2 JOURS SEULEMENT SAMED113 FÉVRIER DIMANCHE 14 FÉVRIER 500, rue Ste>Catherine Est • Place des Arts • Galeries Laval • Mail Champlain roman traduit du russe par Anne-Lise Birukoff Le Tiroir au papillon met en scène des personnages inoubliables, qui tentent de sauver leur part d'humanité dans un monde qui la nie sans cesse, et constitue un poignant plaidoyer contre la bêtise Qui m’aime me lise.«jim I bricj¦ Cet homme de 47 ans aux cheveux noirs boudés a longuement réfléchi à ce qui fait l'originalité des petites nations.Il répète d'ailleurs inlassablement: On peut aimer ce qui est petit.» «lœs petits pays n 'ont pas te choix.Ils doivent redoubler de dynamisme.Quand je suis aile à Montevideo, à Buenos Aires, à Mexico, j'ai découvert des noms basques partout.Une grande avenue et une station de métro de Miami se nomment Biscaya.Quand j'ai vu ça, j'ai eu l'impression de flotter sur un nuage.Iœs petites nations sont comme des volcans qui font éruption partout dans le monde.D'ici, de cette plaine entourée de sept montagnes, il est plus facile de rayonner sur le monde.» Bernardo Atxaga habite l’Alavara-Araba.la région sud du pays uii l'on parle le moins l'euskara.las tenanciers du café où il m’a donné rendez-vous ne parlent d’ailleurs pas un mot de ce qui était pourtant, il n’v a pas si longtemps, la langue maternelle de leurs parents.Mais les habitants apprennent maintenant la langue à l’école.Plus que n’importe quelle langue minoritaire, le basciue est un combat.Des milliers de Basques, petits et grands, s’acharnent dans tout le pays à réapprendre cette langue que la dictature de Franco a voulu éradiquer.Trente ans sans un livre, un journal, une manifestation publique en basque.Jusqu'il récemment, le basque n'avait pas d'existence sociale, dit Atxaga.C’est un peu comme moi t/ui suis sourd de l'oreille droite.Ici, dans la maison, je ne suis pas sourd, j’entends tout ce que vous dites.Mais quand je sais de chez moi et qu'il y a du bruit, je suis sourd.Socialement, les Basques étaiçnt sourds.» Jusqu'en 1965, l’Eglise était à peu près la seule institution à utiliser le basque.Atxaga en sait quelque chose.Sa mère était professeure et craignait de parler basque en public, de peur qu’on la dénonce.*Franco était un sot.En interdisant l'euskara.la danse traditionnelle et même les noms basques sur les bateaux, il nous a dans le fond rendu un immense service.Il nous a forcés à nous prendre en main.» Dans la postface de l’édition française d'Obabakoak, Atxaga a comparé le cheminement du basque au jeu de l’oie.Beaucoup de cases ont été franchies, mais certaines ne l'ont toujours pas été.Ce sont les plus menaçantes: "Mais nous poursuivrons nos tentatives, nous continuerons à écrire.Le tableau est là pour que nous jouions.» Bernardo Atxaga en a particulièrement contre les milieux littéraires incapables d'imaginer qu'un auteur basque (on pourrait presque dire québécois) ne soit pas folklorique.C'est une torture d'aller présenter un livre écrit en basque à Baris.Iœs journalistes sont toujours là à s'étonner que vous ne soyez pas un vieux croûton.Atxaga a habité Paris.Influencé par des auteurs comme Tristan Tsara, il écrit parfois dans la revue culturelle branchée Les Inrockup-tibles.Mais rien n y fait.«lœ poids des clichés est si fiirt.C'est fatigant à la fin.» La même chose se produit régulièrement à Madrid.11 y a deux ans.Atxaga y a monté une pièce.L’élite littéraire madrilène s'est étonnée en chœur qu’un auteur basque puisse parler d’autre chose que de l'identité basque.Ut violence d’un pays L’identité, Atxaga en a déjà longuement parlé.11 s’est longtemps intéressé à la violence qui déchire son pays.Dans L’Homme seul (Christian Bour-gois), il décrit l’action d’un ancien terroriste réfugié à Barcelone qui ne parvient pas à rompre avec ses racines.Batria o muerte!", c’est un slogan complètement dépassé qui n 'a plus de sens.Le problème basque a été terriblement théâtralisé.Même les membres de l’ETA ne croient plus à ces slogans qui dramatisent tout au point de justifier le meurtre.Nous ne sommes plus des adolescents, et ici, ce n 'est pas le Chiapas.» Atxaga reste convaincu que les militants de TETA vont définitivement abandonner les armes «si Madrid n'est pas complètement stupide».Commence donc une nouvelle ère.• Car le plus dur est encore à venir.Après l'abandon des armes viendra le vertige.Iœs anciens terroristes réaliseront bientôt qu 'ils ont passé 20 ans de leur vie en prison pour.du théâtre.Nelson Mandela est sorti de prison car il défendait une cause réelle.Mais les membres de l’ETA seront vite oubliés.Dans trois mois, personne ne se souviendra plus de leur nom.Il leur faudra apprendre le pragmatisme.Ce sera difficile.Il est toujours déchirant d’abandonner le romantisme et les mythes de sa jeunesse.» Le temps des remises en question serait venu.Et le nationalisme basque est à l’heure du bilan.«Certains nationalistes caressent encore le rêve d’un grand pays basque incluant la Navarre et le pays basque français.C’est un anachronisme à la fin du XX' siècle.C’est une vieille conception agricole et militaire de la nation.Qu ’est-ce que signifie le territoire à l’époque d'Internet?» Il serait même temps, selon Atxaga, que Basques et Castillans découvrent que leur langue a une longue histoire commune.On croit, par exemple, que le premier grand poète espagnol, Gon-zalo de Berceo, parlait le basque couramment.Le premier codex de langue castillane — rédigé au Moyen Age au monastère San Milan de la Cogolla, dans la vallée de la Rioja — fut annoté par les moines en basque.Depuis peu, Atxaga prépare un livre radicalement différent de ce qu’il a fait jusqu’à maintenant.Un ouvrage sans aucune ligne narrative et qui part dans tous les sens.«Je n 'aime pas faire deux fois la même chose.Après L'Homme seul, qui était un récit linéaire, et Obabakoak, une vingtaine de nouvelles reliées par un mince lien narratif, je veux faire quelque chose de complètement éclaté.» L’écrivain serait donc comme son pays, à l’aube d’une nouvelle saison.OBABAKOAK L’HOMME SELL Bernardo Atxaga Christian Bourgois Paris, 1991 et 1995,408 et 381 pages SUITE I)E LA PAGE I) 1 fable sur la conquête des marchés au Québec.Mon personnage principal [Adélard Hébert] part à la conquête du marché Jean-Talon et va utiliser tous les moyens possibles et impossibles, légaux et surtout illégaux, pour tenter de conquérir son territoire.Il croit manipuler tout le monde, mais il est finalement lui-même manipulé.Adélard, c'est la naïveté du Québécois qui veut conquérir les marchés, de tous ees entrepreneurs qui nous rabâchent les oreilles avec la conquête des marchés vers lesquels le Québec doit se lancer, ce qui est à mon sens une entreprise totalement suicidaire.» Du quotidien au roman André Noël, journaliste au quotidien Ixi Bresse depuis une quinzaine d’années, n'est pas le premier reporter que l’envie de passer du papier journal au livre chatouille.Mais à la différence de plusieurs, qui nourrissent soudain ce désir après avoir pris conscience — qui sait?— de l’aspect fugace d’une publication quotidienne, André Noël entretient ce rêve depuis des lustres.«Depuis que j'ai neuf ou dix ans que je rêve vraiment d'écrire un livre.» Après avoir tâté la poésie et la nouvelle, et publié dans des revues littéraires, il s’élance vers le roman.«Ça fait sept ou huit ans que je m'échine sur cette histoire.Ç'a été une entreprise colossale, et j'ai travaillé et retravaillé sans cesse.Je croyais qu'avec l'écriture d'un roman, il y avait deux écueils possibles: le piège de parler de soi, ce qu’on doit se réserver il me semble lorsqu'on a une longue carrière d’écrivain derrière soi, et puis aussi le danger de ne pas pouvoir rompre avec l’écriture journalistique.» Le style, des plus rafraîchissants, n’a rien de journalistique.Mais la vision et le mode d’écriture trahissent le regard acerbe du reporter «critiqueux», un des traits de caractère de la gent journalistique.Les clins d’œil s’accumulent, rédigé?dans un mode loufoque, et provoquent souvent le sourire.A côté d’une recherche fouillée, ici sur les techniques de billard, qu’il effleure dans l'histoire, là sur les courses de chevaux, le journaliste en lui cumule les flèches bien envoyées, la pratique éditoriale sur un mode humoristique, a l'endroit de quelques traits de caractère de notre société.Attaquant ici le désormais célèbre virage ambulatoire, un sujet tout à fait d’actualité, André Noël écrit: «Le hall [de l’hôpital] était bondé.Bour gagner de l'espace, les autorités avaient inventé les civières superposées.lœs patients de la civière supérieure étaient soignés par des infirmières montées sur des échasses.Iœs chirurgiens, eux, se déplaçaient en patins à roulettes.» Une critique sociale empruntent à la farce A l’histoire complètement loufoque et abracadabrante d’Adélard et sa bande (à l’hôpital, après avoir assassiné son propre père, Adélard Hébert rencontre une infirmière qui guidera ses prochaines frasques de voyou: à la demande de l’étrange petite bonne femme, il s’élance dans une aventure qui le mènera, entre autres choses, à enlever un enfant et à tenter de s’approprier le contrôle absolu des affaires du marché Jean-Talon) se juxtaposent ainsi tout au long du roman quelques pointes bien envoyées a l’endroit d’événements ou de façons de faire qui font sourire ou bondir l'auteur: outre le système de santé, le nationalisme étroit, la manifestation d'amour du Canada à l'égard du Québec avant le référendum, les pratiques de féminisation enragées, les régimes Montignac ou encore les relations inter-raciales passent sous sa moulinette.Alors qu’il veut s’infiltrer dans sa résidence, devenue asile politique pour des centaines de réfugiés, Adélard songe: «je devais surtout éviter de donner mon signalement aux guetteurs de Mussolini.Touareg saharien traque par les islamistes algériens, fedayin palestinien poursuivi parle Mossad israélien, moudjahid afghan exclu par les moudjahidines afghans, peu importe, j’avais l'accoutrement, le physique de l'emploi, je pouvais revendiquer moi aussi le droit d'asile à ma maman et à sa copine.» Dans ce qu’il qualifie lui-même d’équivalent romanesque d’Elvis Gratton, André Noël écorche au passage notre système, qu'il juge totalement corrompu.«On ne peut pas parler de la réalité dans les journaux, la réalité qui est beaucoup plus pourrie que ce que les journaux décrivent.parce qu'on vit dans un système de corruption généralisé, j’en suis totalement convaincu.Notamment à cause du financement des partis politiques, qui est très corrompu, et parce qu 'une bonne partie de la dette avec laquelle on nous rabâche les oreilles est due à des gaspillages d'argent dans des contrats publies par exemple.Ce n'est pas qu’on manque d’argent, c'est qu'il est mal réparti.» Hédoniste, critique et parfois même cynique par rapport aux événements, pensées, courants sociaux qui l’entourent, André Noël estime avoir concocté un roman qui, somme toute, lui ressemble un peu.«Au début, j’ai essayé de faire quelque chose de dramatique, et pendant des années j'ai essayé ce mode, mais ça ne fonctionnait pas.Je trouvais que l'histoire ne levait tout simplement pas.» Il joue alors de la plume sur un mode loufoque.«C'était comme si soudai nement j'avais ouvert les vannes de l'imagination.» La liberté qu'il goûte tout à coup lui ouvre plusieurs horizons et donne un ton original et tout à fait surprenant a l'histoire qu’il raconte.Avec des milliers d’heures de travail et de retravail sur son manuscrit, André Noël a d’ailleurs recherché constamment cette originalité dans l’histoire et le style au cours de sa rédaction.I.e roman, dans le ton et la forme, apporte d’ailleurs une note de gait té dans une littérature aux thèmes et aux approches plus obscures de façon générale.«Ecrire un livre, c’est se mettre au diapason du plaisir et de la fête, explique André Noël, qui travaille pourtant à un deuxième roman et tente de nouveau la trame dramatique.Et le fait que la littérature québécoise nous montre très souvent des côtés sombres, une certaine douleur, je trouve cela aussi très symptomatique de ce qu'est le Québec.Bour utiliser des vieux clichés, le peuple québécois est un peuple qui a été conquis, qui n 'a jamais été un peuple autonome, et ça s'accompagne de frustrations collectives et individuelles, et de beaucoup de souffrance intérieure.Ça se reflète jusque dans les livres.» LE SEIGNEUR DES RUTABAGAS André Noël I.a courte échelle, «Roman 16/96-*, Montréal 1999,2-18 pages ^ LETTRES QUÉBÉCOISES J E IJ N E S S h Le féminin actuel, en fragments Retour en adolescence LES FIANCEES DE LA MAIN (îail Scott Traduction de l’anglais par Paule Noyart Leméac, Montréal, 1999, 2-17 pages Comment faire le tableau de la génération des jeunes citadines d’aujourd'hui — dont celui de leurs rêves ;et désillusions —, du moins de celles qui «essaient de faire de leur vie un art (ne pas répéter celle de leur ni ère)»?«Comment, avec des mots, donner à voir et à sentir les émotions •et les lieux, les physionomies et les tempéraments?, C’est cela qu’entreprend de réaliser la narratrice du .roman de Gail Scott.«Elle 'dime imaginer le monde selon une grille architecturale >(eela fait partie de sa nouvelle approche de l’Ilistoire).U’s jeux de lumière, sur les frontons, sont différents dans chaque partie de la ville: dans les beaux quartiers francophones aux gracieuses maisons de pierres grises: façades symétriques aux ornementations diverses (un peu comme à la Nouvelle-Orléans), et dans ce quartier métissé, où tout se mêle de façon douteuse: briques, fer, auvents affaissés, demi-soleil, fleurs de lys, lampes d’Aladin sur leurs minuscules tourelles, éléments décoratifs commandés sur catalogue aux Etats-Unis au tournant du siècle.Et voici que le dernier jet de lumière souligne les bordures, donnant éi l'ensemble une allure fantastique, pleine de mystère." Regard sur l’entourage Le récit de Lydia — c’est ainsi qu'elle s’appelle — tient presque tout : entier dans le regard qu’elle pose sur •ce qui l’entoure.Les visages, les ob-ijets, les immeubles lui sont des objets d’observation: elle en note les volumes et les contours, mais sans froideur.Elle y cherche des significations, une cohérence dans laquelle elle pourrait se reconnaître.Lydia a trente-neuf ans, elle est tra-«ductrice de métier.Elle se juge un |x“u .*passée de mode, comparée aux étu-¦ diantes défilant sur le trottoir en collants noirs»', mais elle se sent surtout «vide, coupable» de voyeurisme alors que, pendant de longues heures, elle obser- ve les gens qui passent dans la rue, et plus particulièrement les clients d'un bar où elle a ses habitudes.Elle glane des bribes de leurs conversations, détaille leurs vêtements et leurs mines et, de la, tente de reconstituer leur univers.Lydia regarde et écoute, mais pour l'essentiel «elle médite sur les signes distinctifs de son époque».Lydia est la meneuse de ce jeu narratif, où elle est également partie prenante.En faisant le portrait de diverses jeunes femmes qu’elle croise ou qu'elle a fréquentées, elle retrace leur histoire respective tout en s’identifiant à certains de leurs traits de personnalité ou à des épisodes quelles ont vécus.Au fil des chapitres, c’est une galerie de portraits qui défile: celui de Nanette, une jeune fille secrète et rebelle, qui aime les écrivains surréalistes et qui adore sa mère; celui d’une autre, amoureuse d’un jeune militaire qu’elle suit dans diverses villes où il est affecté, et dont la figure, pour Lydia, rappelle celle d’Adèle Hugo; celui d’une femme de trente ans, en vacances à Cuba avec sa jeune amante qu’elle appelle sa «sœur» et dont elle s’inquiète — avec, au passage, les silhouettes délicieuses d’un groupe de quinquagénaires épanouies —; celui d’une autre, encore, qui «devient lesbienne» mais "tient à conserver une certaine ambiguïté» et dont les convictions féministes s’accommodent mal du sexisme des chansons «country» qu’inter-prète son amoureuse; celui d’une artiste, une rouquine évanescente qui refuse d’être maternée — par Lydia elle-même?—; celui d'une Torontoise, véritable sosie de Marilyn Monrœ, qui débarque à Montréal; celui d’un trio d’artistes, enfin, qui fait un spectacle dans lequel «le mouvement fondamental était un tango qui ne cessait de se défaire parce que dansé à trois».Passés et destins Lydia observe ces femmes, le plus souvent du bar où elle passe ses journées et ses soirées.Elle recrée leur passé et leur vie présente à partir de ses observations.Ces destins, réels ou à tout le moins plausibles — elle ne se cache pas d’y apporter parfois R o b e r t C II a r I r a n il le T Q U A R —¦ ¦ n )arch< TIER s mi n L A T I N r , _ _ Le Pennac nouveau est arrivé! i- * 'y?SaHlaartf W V IA.1- A.A T w- • 1 Notre prix : 19,95 $ 505, rue Sainte-Catherine Est, Montréal Téléphone : (514) 845-5243 Mezzanine Métro Berri-UQAM Ouvert tous les jours XYZ éditeur i b à * 0 0 » 0 0 A » : \ I A PcL bat La survie cie Vincent Van Ciotjn 112 p.• 16,95 $ Jean Pelchat La survie T , è) de Vincent Van Gogh n part ' en voyage.V ^ Sa destination) un champ dé blé V‘ v » d Auvers-Sùr-Oise, en France, il veut !•: V Oil!.I.!•: S S A M K 1)1 13 K T I) I M A N (' HE II V E V II I E II I !• 0 !» L I V R, E S
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