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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1999-03-06, Collections de BAnQ.

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'Stiit-â > / (WW mm mm Lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 5 ?LE DEVOIR ?Hommage à Maurice Perron Page D 9 Formes Page D 12 ESSAIS La question identitaire La langue constitue Vappartenance primordiale et Vultime recours LES IDENTITES MEURTRIERES Amin Maalouf Editions Grasset Paris, 1998,211 pages NAÏM KATTAN On connaît Amin Maalouf, l’écrivain libanais qui a choisi le français comme langue d’expression, pour ses romans Les Échelles du Levant, Léon l’Africain et Le Rocher de Tanios, pour lequel il obtint le prix Goncourt.Son premier ouvrage, Les croisades vues par les Arabes, est un essai historique.Nous retrouvons dans son dernier livre, Les Identités meurtrières, l’historien et l’homme de réflexion.Maalouf constate, comme tant d’autres, que la question identitaire déchire des pays et engendre des conflits et des guerres sanglantes.Son pays natal, le Liban, en est l’exemple.L’auteur passe en revue des évidences que nous assène constamment l’actualité et remonte à des lignes de force tracées par l’histoire.Chacun de nous, estime-t-il, se caractérise par ses appartenances familiales, religieuses, ethniques.Ainsi, divers éléments constituent notre identité.Dès que l’un de ces éléments subit une répression extérieure, nous nous trouvons devant le choix soit de le masquer, de le cacher, soit d’en exagérer l’expression.Maalouf relève dans son pays d’origine ainsi que dans l’ensemble du Proche-Orient des constantes qui peuvent servir d’exemples pour comprendre d’autres régions du monde.Chrétien, il s’élève néanmoins contre les jugements hâtifs qu’on porte sur l’islam.Toute religion, pense-t-il, comprend des éléments d’amour et de respect de l’autre mais aussi des exclusivismes qui peuvent conduire à la haine et à la persécution.Ainsi, les meurtres, les oppressions archaïques qui ensanglantent l’Algérie et l’Afghanistan obscurcissent la figure de l’islam, qui a connu des siècles de gloire, d’acceptation des autres monothéismes et qui, aujourd’hui encore, peut surmonter les crises que traversent certains pays.Visage occidental Le fait est que la modernité technique, scientifique, artistique arbore un visage occidental.Certes, tous les pays peuvent en profiter et il faut s’en réjouir, car il importe d’accueillir tout ce qui contribue au progrès de l’homme.Cependant, les autres civilisations, les autres cultures sentent, avec raison, qu’elles sont infériorisées et souvent, à tort, qu’elles sont humiliées.D’où l’exacerbation de leur revendication identitaire.Celle-ci trouve refuge dans la religion mais, dit Maalouf, ce ne sont pas les religions qui fondent les sociétés.Celles-ci leur donnent leur dimension d’amour ou de haine, de respect ou d’intolérance.Pour Maalouf, la langue constitue VOIR PAGE 1) 2: IDENTITAIRE Elle avait toujours manié la plume, mais dan l’anonymat le plus complet.Ne voilà-t-il pas que, pour le premier de ses écrits qu’elle lance dans l’arène publique, Suzanne Gagné récolte une mention spéciale du jury du prix Robert-Cliche 1998.Léna et la Société des petits hommes est un premier roman original, touffu d’idées grandioses et bruyantes, mais qui, paradoxalement, met en scène le grand pouvoir du silence.MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Paradoxal en effet qu’un livre aussi retentissant, tant par la forme que la fraîcheur du propos, soit orchestré autour d’une seule chose, parfois discrète, parfois aussi tapageuse: le silence; Léna et la Société des petits hommes raconte pourtant une histoire plutôt commune, celle d’une petite fille que le lecteur cueille à l’aube de ses onze ans pour la suivre au fil des mots jusqu’à la vie adulte, et qui revêt à son tour la peau d’une jeune maman.IAna évolue tout de même dans une famille à qui l’on pourrait prêter quelques caractères originaux.Père anthropologue, professeur d’université: Bernard Pratt impressionne son brin de fille, qui voitdans ses idées saugrenues çt le code social auquel il s’astreint une façon tout à fait rafraîchissante de croquer la vie.Du haut de ses cinq pieds et un pouce, le père Pratt — que l’on surnommera Dad tout au long de cette histoire — s’intéresse aux pygmées et fonde au début des années 60 la Société des petits hommes (!!!), caste d’une douzaine de membres se réunissant en secret pour échafauder quelque plan à saveur de mystère.«La bande des douze se réunissait secrètement pour chercher des moyens d’enrayer la discrimination sociale et professionnelle dont ils se disaient victimes, et prouver au monde entier que les petits hommes étaient en fait les plus grands», découvre Léna à propos de son original de père quelque temps après son décès.Avec Dad et Léna, c’est Mary — Mother pour les intimes — qui complète le trio familial.Elle aussi s’est forgé un univers codé, un quotidien réglementé et régi par une série de lois, qu’elle impose à sa fille sans que celle-ci en soit particulièrement charmée.Après le décès de Bernard Pratt, une mort qui oriente le roman entier, l’épouse s'enfonce encore davantage dans son «bataillon de règlements».VOIR PAGE D 2: SILENCE ¦ : m .« £ - *• s pé cia 1 Publié le samedi 20 mars 1999 IK DEVOIR Tombée publicitaire le vendredi 12 mars 1999 Salon du livre de l’Outaouais CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIMÉ SUR FOND GRIS OU DE COULEUR JACQUES GRENIER LE DEVOIR Livres IDENTITAIRE Un écrivain généreux, clairvoyant et réaliste SUITE DE LA PAGE D 1 l’appartenance primordiale et, par conséquent, l’ultime recours.A l’heure de la mondialisation, il importe que chacun de nous s’initie à plusieurs idiomes.D’abord, sa langue maternelle, qui est sa marque identitaire, ensuite une langue d’échange qui, selon lui, ne peut être que l’anglais et, entre les deux, il faudrait introduire celle du choix du cœur et de l’amour.Tout en affirmant ses appartenances, Maalouf s’est toujours soucié de l’autre.Dans Les croisades vues par les Arabes, il révèle au lecteur occidental une version complémentaire, différente de l’histoire, de son histoire.Dans ses divers romans, que ce soit Léon l’Africain ou Les Echelles du Liban, il met en scène des personnages partagés, aux cultures métissées qui, en dépit de l’hostilité qui les frappe, proclament leur identité et affirment leur dignité: «Je rêve du jour où je pourrai appeler tout le Proche-Orient, comme j’appelle le Liban et la France et l'Europe “patrie", et “compatriotes” tous ses fils, musulmans, juifi et chrétiens de toutes dénominations et de toutes origines.» Pour l’écrivain, la réconciliation commence par l’affirmation de soi et la reconnaissance de la dignité de l’autre, dans sa différence.Il est, certes, généreux mais, plus que cela, il est clairvoyant et réaliste quand il prône l’entente.Ces réflexions pourront avoir l’air d’évidences pour certains, d’une réitération de faits connus.Mais quelle joie, quelle satisfaction de les entendre à nouveau dans la bouche d’un homme qui a vu de près le visage de la haine et qui sait la repousser.SILENCE Attachement GILLES CYR pourquoi ça gondole • l’HELXAGONE parcours toutes les laitues / bientôt je veux / en savoir davantage / oignon tomate / quoi de la courge?/ au marché / des fruits nous séparent.» Sans nous prévenir, cette rencontre amusante dévoile pourtant l’essen'ce même de la recherche poétique de Cyr.Un art qui exige le pari d’une attention, à la fois méticuleuse et incàr-née.Comme si ces strophes réduites du poème élargissaient les parois d'un temps solide, d’une sphère commune.D’ailleurs, il est presque injuste d’abandonner une lecture aussi fascinante.Plus qu’un recueil parmi d’autres, Pourquoi ça gondole reste un grand livre, à l’image du parcours rigoureux de Gilles Cyr.Dupuis Rien ne m’apparaît aussi difficile que le fait de se prononcer sur l’œuvre téméraire d’un auteur de la relèvè.On distingue les influences, les défauts, mais également certaines promèsses hâtives.Enfin, à quoi doit-on s’attendre?D’une page à l’autre, cette question me revient sans cesse au.fil des vers d’Attachement de Jean-Philippe Dupuis.En quatrième de couverture, l’éditeur parle à’«une voix chaleureuse et familière, à la fois, procjœ et lointaine, sans âge ni sexe, [qui] se dégage de ce [premier] recueil».Avec [es mêmes précautions, j’hésite à ën-tenijre une parole encore trop dNdè-te.A partir d’une suite de rencontres quotidiennes, on croise l’errance d'iine solitude immobile.Cette voix aimerait sublimer l’anecdote banale ainsi que le battement paisible des souvenirs.Elle note un émerveillement lucide.Elle utilise le registre de l’énumération et de la simplicité.Dans ce cas, est-ce un obstacle inopportun?Prenons ce passage au hasard: «un moteur démarre au loin / un avion etisuite passe dans le ciel / tout se succède sans fin / nos yeux comme du verre au soleil / il nous arrive de fermer les yeux / le temps de nous écarter/une bouteille d'eau à la main / les herbes hautes guident nos genou?/ la terre du chemin est sèche / elle entre dans mes souliers / je la sens devenir humide / nous cherchons un cours d'eau / il reste dans le ciel un peu de lumière / la nuit va commencer / je le vois aux fleurs qui s'inclinent».Tout m’amène à croire que la poésie de Jean-Philippe Dupuis s’engage trop rapidement dans un cycle homogène.Elle se tient trop près de la réalité autonome.Que demeure-t-il alors du mystère enfoui des jours?Pourtant, on se dit que rien n’est encore perdu.Qui m'aime me lise.S SYMPA 1 HJ c POESIE À partir du 6 mars, la librairie Olivieri présente l’ensemble des titres de la collection Poésie Gallimard.À cette occasion, vous pourrez visiter une exposition-panorama d’un demi-siècle de poésie.O IVieri 5219 côtedes-neiges H3T 1Y1 UbraTr'^” T 514.739.3639 F 514.739.3630 métro côte-des-neiges KH Marc-Aimé IguérinI I des penseurs DédagoDiaues Les idées mènent le monde.72 pages - 28 $ 1 683433 I.E DEVOIR.I.K S S A M E I) I fi E T D I M A N (' Il E M A R S I !> !l il I) 3 SOURCK BORÉAL Gii.U.s Marco™ LA MORT DE MAURICE DUPLESSIS anielle Dubé Ça sent la lavai et le thym, comme dans le: de Pagnol.Un ete Provence Danielle Dubé Tag et Yvon Paré Un été en Provence 304 p.• 24,95 $ éditeur et poétique roman traduit du russe 96 PAGES • 15,95 $ par Anne-Lise Birukoff Une pensée bien ivante, incandescente Pierre Thibcault, Ici « Il v a tout un univers dans ce très court récit aElena Bôtchorichvili.» Robert Chartrand, Le Devait Le destin d’une famille, la chute d’un empire.Un récit dense et bouleversant.BOTCHORKM Jean Marcel FRACTIONS 2 Camels »x 4Ï oJ Lt il'iMiH.eo.tl aylnt fvU< »«*v ( 4*» 4- «-*¦'*»), V*.f.lu* tfjïi Ju UjOt-A A* (, f—Ât *tV4 lu • 1HEXAGONE LETTRES QUEBECOISES Érudit éblouissant, Jean Marcel donne ici à lire des fragments sur des sujets A variés: le temps, le Moyen Age, la musique, la mort, la littérature.D’une grande richesse, Fractions 2 est une œuvre incomparable d’un de nos meilleurs écrivains.EB ÜfHEXAGONE ‘ • www.edbexagone.com -w'Ct vlilSSC CXi- Lt-Ï tc'‘6’2c% tC courts, intitulés Inconnus, sont regroupés quatre à la fois.Les narrateurs y observent les autres, des gens de conditions diverses aperçus dans des lieux publics et dont ils essaient d’imaginer la vie ou le destin à partir d’un simple geste, de bribes de conversation ou d’une manie qu’ils ont remarquée.Ces exercices où le monde est un objet de curiosité sont pour la plupart assez peu convaincants.Que dire, que penser sinon n’importe quoi de gens dont on ne sait finalement rien?Le plus réussi de ces petits récits est peut-être, paradoxalement, celui qui paraît raté: dans Le Gars, le narrateur-observateur finit par abandonner son personnage, avouant avec une belle candeur qu’il n’arrive à rien imaginer à son sujet.Le meilleur et le plus substantiel de La Mort de Maurice Duplessis se trouve heureusement dans les trois récits les plus longs.Le Commentaire de l’É-pître aux Romains en est bien un, mais il s’agit aussi de bien autre chose.Le texte de saint Paul apparaît d’abord comme une simple lecture de vacances: mais peu à peu, le lecteur, un homme d’aujourd’hui qui essaie de se représenter l’apôtre tel qu’il était véritablement par-delà l’écran de l’Histoire, se découvre avec celui-ci des affinités étonnantes.Il se sent interpellé par ce texte tout autant que par sa compagne alors qu’il assiste, médusé, à une collision inattendue entre sa lecture et sa vie du moment.Dans Autobiographie, un avocat réputé se penche sur sa propre vie, réussie certes, mais dont il ne parvient pas à trouver le sens.Il a beau retracer son enfance, sa jeunesse d’étudiant, son mariage, il ne sera jamais que «celui qui fabrique du récit avec des demi-vérités, des omissions, quelques intuitions vagues, des trous, des absences, peu importe, qui agrippe la ligne de ce qu’il fut peut-être et la tire de son passé jusqu'à ce moi présent qui éprouve l’incoercible besoin de continuer quelque chose, d’être quelque chose».Ne lui reste, en fin de compte, que le désir de marcher dans un champ en fixant la ligne d’horizon comme un idéal inatteignable.Enfin, le texte éponyme, La Mort de Maurice Duplessis, est une tentative de lecture des derniers moments du premier ministre, alors qu’il agonise sur la Côte-Nord en 1959.Le narrateur est un homme d’aujourd’hui, qui a «refait» récemment sa vie avec une femme plus jeune, et à qui on demande son témoignage sur cette époque qu’il a vécue.Il n’a pas connu Duplessis; peut-être l’a-t-il croisé une fois dans une rue de Québec.Son témoignage est donc constitué d’événements connus de tous, auxquels il mêle des souvenirs de sa propre jeunesse.Se dessinent alors le climat de ce moment charnière et la figure du célèbre premier ministre, recréés par un homme lucide dans un tableau à la fois touchant et dur.Dans ce dernier récit, notamment, Gilles Marcotte se révèle un remarquable prosateur — c’est ce titre, plutôt que celui d’écrivain, auquel il dit aspirer —, où il dose parfaitement la critique et la fiction, l’Histoire et l’imaginaire.relia rtrand@videotron.ca ; Gilles Marcotte Deux catégories Le recueil se compose de deux catégories distinctes de récits, présentés en alternance.Huit textes, très MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Pendant que les journalistes d’ici s’interrogent quant aux répercussions d’une présence québécoise au Salon du livre de Paris, le boum médiatique français tant espéré par la partie québécoise commence à laisser entendre quelques murmures.Il faut comprendre que l’invitation du Québec au Salon et, surtout, ces répercussions dont on n’a cessé de parler — le changement de vision des Français sur la littérature québécoise après l’événement, les possibles projets de coédition, le paysage de distribution du livre québécois en France — sont très directement liées à l’intérêt des médias français.De ce Québec moderne dont on a tant vanté les mérites, que capte ront-ils?Outre la délégation d’auteurs invités par l’organisation française et québécoise à fouler le sol du Salon, les éditeurs d’ici y ont mis toute la gomme: on parle désormais de près de 200 auteurs, certains payant eux-mêmes leur escapade parisienne, d’autres ayant réussi à se faire inviter par une organisation autre que celle du Salon.Editeurs, attachés de presse d’ici, de là-bas, pour tous ceux dont la littérature est publiée par un éditeur français déjà, cette joyeuse cavale se mettra en activité dès les premiers jours du Salon pour dénicher une entrevue par-ci, un bout d’entrevue par-là, avec un peu de chance une «télé», peut-être deux; ces moments de visibilité augmenteront d’autant plus les chances de piquer la curiosité du public français et de l’inciter à passer du journal.au livre.Blitz Déjà, une ribambelle de journalistes français sont passés par le Québec pour préparer des suppléments ou des dossiers spéciaux.Des partenaires de l’événement littéraire sont venus jusqu’ici pour effectuer des entrevues avçe des auteurs de leur choix.Ainsi, L'Événement, L’Express, U Figaro, libération, Livres-Hebdo, Le Magazine littéraire, Le Nouvel Observateur, Rage, Le Pèlerin Magazine, Le Point, Télérama, La Vie, Elle ont dépêché des équipes sur place à cet effet.Des journalistes du Monde passaient par Montréal ces jours derniers afin de recueillir les propos d’auteurs québécois.A titre d’exemple, notons la parution ces jours derniers en France de Page, un magazine littéraire destiné surtout aux libraires et aux lecteurs les plus réguliers des librairies de la France.Un dossier Vive le Québec livres! (à côté de ce délicieux titre trône en page couverture une.feuille d’érable rouge!!!) y trace un portrait de la littérature québécoise.Par un entretien avec l’éditeur et historien Denis Vaugeois (éditions du Septentrion), le magazine s’attarde notamment aux «premiers pas en Amérique du Nord», et plus spécifiquement à ce que les Indiens ont apporté aux Québécois; il trace ensuite un panorama de la littérature d’ici, de Maria Chapdelaine à Bonheur d’occasion, en passant par L’Avalée des avalés et Les Belles-Sœurs.La littérature des auteurs dits migrants est également passée à l’examen, en plus de la poésie et des revues culturelles québécoises.La dramaturgie du Québec, le jouai, le féminisme et ses répercussions sur les auteures québécoises, le français parlé ici, la chanson et le cinéma québécois en plus d’un regard sur les cinquante ans du Refus global complètent le dossier.Plusieurs plumes québécoises ont participé à la rédaction de ce numéro, qui met en vedette sous forme de portraits Elise Turcotte, Pierre Yergeau, Gaétan Soucy, Hélène Monette, Martine Desjardins, Pierre Samson, Daniel Danis et Michel Marc Bouchard.XYZ éditeur ¦ m m 1781, rue Saint-Hubert, Montreal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone: (514) 525.21.70 • Télécopieur: (514) 525.75.37 Courriel: xyzcd@mlinl{ (ier lui plaisait et il y serait demeuré Mais il a quitté l’un à cause de la grève de 1955 et l’autre en 1966, par solidarité avec Gérard Pelletier qui venait d’être congédié.Marcotte a occupé ces divers postes avec une égale compétence, mais sans vraiment avoir planifié quoi que ce soit.Il le dit volontiers: sa carrière, pour l’essentiel, a été circonstancielle.Ses opinions lui ont parfois valu des critiques et certaines inimitiés.Le milieu littéraire lui en a voulu de ses affinités idéologiques avec les gens de Cité libre, de ne pas être nationaliste à une époque où c’était la norme, même s’il était un fervent défenseur d’un Québec français, et de juger mineure la littérature québécoise, ce qui ne l’a pas empêché de s’y intéresser passionnément.Ces circonstances, favorables ou adverses, dont il a su s’accommoder très tôt, donnent une tonalité particulière à l’oeuvre du critique.Marcotte, dans les diverses analyses d’œuvres qu’il a publiées, s’est tou-e r t jours attaché à voir dans la ra ml littérature une forme particulière d’«information» sur la réalité, comme il s’efforce de la lire en se situant lui-même par rapport à elle.L’œuvre romanesque de Marcotte peut être divisée en deux époques auxquelles correspondent des tonalités différentes; la première comprend trois romans plutôt graves, parus entre 1962 et 1973, alors que dans ceux de la seconde, depuis 1989, se manifestent l’ironie et la dérision.Mais depuis le début, Marcotte, comme il l’a dit lui-même, invente «des histoires pour tenter de répondre aux questions qu’on se pose».Ses personnages sont presque tous des hommes d’âge mûr, bien installés dans la vie, qui auraient toutes les raisons d’être sereins, sinon heureux.Mais les rapports de couple, les mœurs actuelles — qu’on appelle aujourd’hui du nom détestable de «valeurs» — les désarçonnent.Ils tentent, chacun à sa façon, de trouver un sens à leur passé ou à leur condition présente.Ils ne se demandent pas: qu’ai-je fait de ma vie?mais plutôt: tout cela a-t-il un sens?et lequel?Ce moment où je me trouve, ce lieu où je suis sont-ils significatifs?Suis-je ici et maintenant par hasard?Et pour ceux qui sont des lecteurs ou des mélomanes: cette musique que j’écoute, ce livre que je lis, de quelle (s) manière (s) m’interpellent-ils?Comment éclairent-ils ma situation, alors qu’ils paraissent m’être tout à fait exotiques?Les personnages de Marcotte rejoignent ainsi le critique qui les a inventés; ils sont attachés comme lui aux circonstances et portés — ou forcés — à analyser leur situation dans son historicité proche ou lointaine, en tenant compte de tous les référents.Ils s’efforcent d’être les lecteurs de leur propre vie, interpellés par une signification qui se dérobe.Ainsi Im Mort de Maurice Duplessis est-il un livre bien moins passéiste qu’il ne le paraît.Il s’y trouve autant de préoccupations urgentes, immédiates que d’Histoire.Histoires et circonstances Et les Français ?^299098 I.K I) K V Oil!.I.K S S A M K I) I II K T I) I M A N C II K M A I! S I !) !l !» I) I CHRONIQUE ^- LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Mon enfance «embellie» ?Un écrivain peut-il revisiter son enfance sans la regarder aussi avec ses yeux d’adulte ?Voyez comme la vie est faite! Un écrivain, de quelques années mon aîné, m’écrit pour me mettre en garde contre ce qu’il appelle un «embellissement à retardement» de mon enfance délurée.Attention, m’écrit-il, à la tentation perfide de vous montrer sur le tard en enfant génial en route pour le prix Nobel, la béatification ou tout au moins le ruban de la légion d’honneur.D’après lui, je glorifie non pas le mystère et l'incertitude de mon commencement sur la terre, mais le petit Mozart ensoleillé, déguisé en pauvre enfant d’école comme les autres, que je fus, en toute innocence, dès mes premières années dans l’univers.Que j’apparaisse à mon mentor tel un scri-bouilleur en mal d’auréole, occupé à dissiper le malentendu qui a retardé l’éclosion de l’être radieux, pour ne pas dire illuminé, qu’il fut en arrivant au monde me chagrine.Le petit garçon ordinaire, que ma mère a tenté vaille que vaille d’élever à grands coups d’amour et de légitime impatience, n’est, pa-rait-il, visible nulle part dans cette espèce d’éloge funèbre, fabuleux et surtout prématuré, qu’est ma drôle de chronique d’enfance à la petite semaine.Je lui semble partout et tout le temps surnaturel, prodigieux, immortel et non coupable, bref, invraisemblable, et surtout considérablement abusé par des magies de ti-cul, hors de portée des enfants élevés comme du monde.Apparemment, pour mon sermonneur, l’enfance — celle du poète comme celle du commun des mortels — est un piège dont on ne se tire qu'en se dévorant une patte, et en jurant, bien sûr, de faire payer à ses frères humains l’horrible mutilation.L’enfant ordinaire serait celui qui ne voit rien, n’entend rien, pas même lés mots qui lui sont adressés, et qui endure son martyre en méditant une vengeance magistrale.S’il m’attrape en flagrant délit d’émerveillement inouï, c’est que celui qui m’écrit ne voit pas l’enfant «ordinaire», roulé en boule sous la galerie, debout sur la pince de la chaloupe, ou assis sagement au salon, les coudes sur ses genoux, en proie au temps qui passe trop lentement ou trop vite, elfe que je fus à longueur de ces journées «fabuleuses», qu’il m’accuse d’avoir vécues en prodige incompris.Il me semble pourtant montrer un petit garçon libre et entravé, souvent extraordinairement mené en bateau par les grands et leurs drames shakespeariens, de temps en temps éveillé, le plus souvent embrouillé, à l’occasion épouvanté et, oui, de temps à autre immodeste en diable.Un petit garçon ordinaire, pour moi, c’est ça: une ébauche d’être, lumineuse et très pâle, une âme encore en fusion et qui, de temps en temps, lance des éclairs — le plus souvent malgré lui —, voit, entend, devine, soupçonne entraperçoit et se prépare à se souvenir — qui plus est s’il doit devenir écrivain — des orages et des éclaircies, de tous ces beaux cataclysmes qui auront été et resteront les plus beaux, les plus graves et les plus vrais de sa vie.Il m’a piqué, cet ami très lointain, il m’a même ébranlé.Si lui, l’écrivain qui sait, ne voit pas, ne devine pas, ne soupçonne pas l’enfant différent des autres mais aussi pareil à eux que fut le narrateur de ma chronique — qui n'est pas que moi, je veux dire qui est aussi ce que je voulais être, croyais être, ce que j’entendais, voyais, imaginais, pensais comprendre —, si cet homme averti n’entraperçoit pas le petit garçon qui rêvait au prodige mais s’en trouvait bien éloigné, c’est que, peut-être, il y a, de mon côté, emportement, maladresse, aveuglement et — pris de doute, je peux me surpasser en pressentiments de terreurs fabuleuses — mystification, peut-être.Que mon enfance m’échappe, ou plutôt s’échappe de moi, à tort et à travers, pêle-mêle, magique et terre-à-terre, imaginée et vraie, délurée et simpliste, «immodeste», c’est qu’elle est racontée par un adulte qui estime être ce qu’il est précisément à cause de ce commencement trop grand pour lui.Bien sûr, alors, mes évocations doivent paraître fabuleuses, invraisemblables et prodigieusement dénuées de la plus élémentaire humilité.C’est que j’imagine toujours — peut-être à tort — que le lecteur apercevra l’enfant seul, prostré et songeur, l’écolier que n’auréole pas encore la clarté du «génie» méconnu», surtout que ce même lecteur verra l’amour, l’ironie et la tendresse dans cette posture inconfortable, souvent acrobatique, parfois douloureuse où on le voit se tordre le cou pour tenter de regarder derrière lui, afin de trouver où commence le fil qu’il ne cesse de dérouler sans jamais en voir le bout.C’est que, peut-être, aussi, mon correspondant est effrayé par le mystère, c’est-à-dire l’inaccompli, celui d’hier comme celui d’aujourd’hui, l’inaccomplissable, tout ce qu’on regarde sans le comprendre, tout ce qui nous constitue et qu’on cherche à retracer, dans le bois touffu des souvenirs.Élit-on ce qui est advenu, en revisitant son enfance, ou bien tente-t-on de retrouver le trou, la faille par où sont arrivés jusqu’à nous des clartés, des terreurs, des visages inconnus, des mots lâchés trop vite, des fulgurances qui nous ont peut-être exagérément bouleversés?On n’en sort pas: notre commencement fut, pour le moins, mystificateur.Le mystère qui présida à notre naissance nous escortera jusqu’à la sortie, que ça fasse ou non notre affaire.«Ce que tu fais là est grave!», m’écrit charitablement l’homme de lettres, et il ajoute aussitôt: «Arrête-toi!» Mais je n’ai jamais pu, jamais su m’arrêter, aussi intarissable, hélas, qu’immodeste, si vous aimez voir les choses comme ça.(Et voilà que j’entends la voix de ma vieille amie Françoise Loranger murmurer à mon oreille: «Robert, méfiez-vous de la modestie, elle est presque toujours fausse!» Puisse la mise en garde de mon vilipendeur détenir une part de faux, elle aussi, d’immodeste, c’est-à-dire puisse l’écrivain s’alarmer exagérément.Car, enfin, l’enfance nous surpasse et on ne la dépasse jamais.Ce qui peut conduire à la réciter avec démesure, j’en conviens.Non pas pour satisfaire un orgueil trop longtemps tenu en laisse, mais parce que le temps, loin d’abolir le mystère, au contraire le décuple.Pour peu que, l’enfance en question, on ne la quitte pas trop tôt.Robert L a I o it (I e ?Pris de doute, je peux me surpasser en pressentiments de terreurs fabuleuses.Mystification, peut-être.VOLUME 23 • NUMÉRO 2 «PRINTEMPS 1999 IWÊk revue possibles printemps 1999 ETHNIES, NATIONS, SOCIETES n, brov dm cuWi » portogoont w» la nation, en*» ¦»>*« «• -.dfcàcoii, là» Irwwo'l la pnn territoire.Et », pour le* Mwera'"»*» S'*000" Eiktions lUIHNit mn-HOMME U toi dlw,., U* •4 la coAKtaK* plon*t°in» itOH KRN** l'outra r*vol«Ho« tronqo»* t U Canada angloll 10 «ovambc* «wn.rtan T GAWÜ GAGNON Mactr4ol, V C#v«***braJW»- ÏÏÏÏ^it d*ück~a* d'un* Frog».ddo-otnatl" OUf KXROS* IMAOC JOSE ! O*»™* llilomUmo a* U notlomdltmo : do> Hn, damoll HWK m«MI Mimât.OUI* «mmat poésie n fiction t Intravuo av~ FMI OS DUfUSO™ » o»*i»k « »x>i ]_rr d'oudoto au piautrwa an Wbamodan OAUOe t**n*u la* nation» dan* la contant.Intat national Nain éclat* STtmM**AN Tratai limtüno* JACQUES GAUTt*» .U paid», mal.tu Md*-" OJîCXE HLTfMT GQA.Y documint Hommoflo à Cmndhi* OUKNCOM Co«torta nFRAT-lANCEMENT le VENDREDI 12 MARS, 19 H 30 ^ zlDavid, salle DR-200,1430, rue St-Dems - Info • 529 Abonnement individuel: 25,00 $ Abonnement institutionnel: 40,00 $ Abonnement de soutien: 40,00 $ Le numéro simple: 8,00 $ Par la poste: 10,00 $ Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec H3S2S4 NOM___________________________________________ ADRESSE_______________________________________ VILLE____________________________CODE POSTAL_ PROVINCE_____________________TÉLÉPHONE________ OCCUPATION____________________________________ CI-JOINT CHÈQUE OU MANDAT-POSTE DE 25,00 $ POUR UN ABONNEMENT À QUATRE NUMÉROS À COMPTER DU NUMÉRO La loi du marché Un premier roman dans les écueils de Vactualité André Noli des rutabagas or» isiv «mu» LA COURTE ÉCflKLU! { LE SEIGNEUR DES RUTABAGAS André Noël Éditions La courte échelle, Montréal, 1999,248 pages DAVID HINCE v A des lieues du récit fleurant bon le terreau historique ou des expériences avant-gardistes d’un corps professoral malgré tout assagi, la première œuvre du journaliste André Noël aura de quoi confondre les critiques tenants d’une littérature «sérieuse», pour qui le divertissement serait signe de dilution et d’abdication devant les goûts de la masse.Imperméable à ces grandes visées édifiantes, l’auteur a opté pour la voie royale du plaisir d’écrire.En commettant cet inclassable Seigneur des rutabagas, il procède sur le mode carnavalesque, plutôt rare au Québec, en y déployant toute la verve et les rebondissements que cela comporte.Au départ, séduit par le style personnel de cette écriture, rythmée et haute en couleurs, le lecteur ne pourra cependant qu’achopper sur des faiblesses flagrantes, agacé par des choix d’une relative complaisance.Ce roman spaghetti gravite, pour l’essentiel, autour du personnage d’Adélard Hébert, tueur à gages quinquagénaire, obèse et peu ragoûtant, dont les inclinations à la méchanceté n’ont d’égal que le plaisir qu’il trouve à assouvir ses perversions.Provocateur jusqu’au bout des ongles, il n’a de cesse de rivaliser avec lui-même, que ce soit par sa grossièreté ou par sa froide indifférence à la misère d’autrui.Ainsi, pour preuve, cet incipit laconique et presque dérisoire: «Quand j’ai rencontré Régina, je n'avais pas tué depuis longtemps.Sauf papa, bien sûr.Mais ce n’est pas la même chose.» Dès les premières lignes, le ton est donné.L’ironie et l’exagération seront de mise, le répugnant criminel finissant même par gagner la sympathie du lecteur grâce à ses réparties aussi démesurées qu’odieuses.Nous apprenons donc ensuite comment Adélard abrège les souffrances de son père, en l’asphyxiant avec désinvolture sur son lit d’hôpital, non par compassion mais parce qu’il commençait à trouver ce malade en phase terminale trop accaparant! Au moment de disposer du corps, il fera la connaissance de Régina, préposée à l’entretien et femme aux multiples ressources, qui l’impressionnera par sa force brutale et son caractère obstiné.Celle-ci devinera bien assez vite la nature peu scrupuleuse de son interlocuteur, mais loin de le dénoncer ou de le fuir, elle détournera à son profit cette fascination naissante du vilain pour sa personne en l’investissant d’une double mission: récupérer son fils, aux mains de l’ex-mari, un avocat véreux et tout-puissant, puis assassiner le beau-frère, qui donne du fil à retordre à sa sœur.Dans tous les sens Cela aurait déjà pu constituer la trame d’un roman en soi, mais heureusement, l’auteur ne s’est pas borné à monter une simple intrigue policière classique.Les développements, depuis les funérailles du père jusqu’à la scène finale, iront dans tous les sens et selon une progression chaque fois plus invraisemblable que la précédente.Le périple de notre crapule ira en cumulant les rebondissements: messe vaudou, partie de pêche meurtriè- re, voyage au Mexique, domicile sous l’occupation de réfugiés, et ce n’est qu’un survol! Ce foisonnement, presque digne des récits de Cervantes, doit beaucoup à la galerie de personnages secondaires ainsi qu’au décor de fond où se prépare l’avenir criminel d’Adélard, c’est-à-dire le marché Jean-Talon et sa populace.Pour ne pas moucharder, disons seulement que, tout à ses aventures, notre tueur finit par céder à ses ambitions: détrôner son ex-employeur mafieux et devenir lui-même le seigneur, cruel et bienveillant, de ce haut lieu du commerce maraîcher à Montréal.C’est ici que le lecteur «grand public» se sentira le moins dépaysé.Si chaque sous-récit ajoute en quelque sorte à l’embrouillamini d’une intrigue déjà hors de l’ordinaire, les lieux où ils prennent place seront, au contraire, des plus familiers pour le lecteur montréalais.I.e marché bien connu, le quartier de la Petite Italie et sa rue Dante, de même que tous les commerces aux alentours ont si peu endossé le maquillage de la fiction qu’on se croirait parfois en plein journalisme documentaire! Comme on dit dans le métier: seuls les noms ont été changés.Cette «adhésionAau référent réel — entendez ici le réel presque touristique de l’actualité — se propage non seulement à la géographie du roman, mais aussi aux descriptions des autres personnages, chacun devenant la caricature de thèmes mille fois répétés dans les médias.Que ce soit le chauffeur de taxi haïtien, adepte du vaudou, le mafioso italien opérant son racket auprès des commerçants du marché ou la belle réfugiée chinoise aux revendications politiques trop criardes, tous ces protagonistes contribuent à la touche «locale» du roman, lequel n’évite toutefois les clichés ethniques et médiatiques qu’en les grossissant, les déformant à outrance.Ce faisant, l’auteur en profite pour écorcher au passage (et à la plus I H I grande joie du lecteur) les symp; tomes de la rectitude politique.Reste à savoir si, en recourant presque systématiquement à cette technique d’amplification par l’absurde, l’auteur ne se complaît pas d’une certaine' façon dans la parodie ou le cabotinage.Ce réalisme, ou mieux, cette ma: nière de coller au réel, en dépeignai^ des lieux connus ou les figures types d’une culture donnée, se retrouve bien entendu dans les œuvres dç nombreux auteurs québécois, depuis Ducharme et Poulin, en passant par Tremblay ou Monique Proulx.Ce qui permettra néanmoins de sublimer ce§ indicateurs du réel, de dépasser leur évocation au degré zéro, c’est la force de l’écriture et la capacité de Fautes à nous révéler ces lieux et (tes époques sous des angles autres, différents des images préconçues vébiciur lées par le discours général.Quelle in! novation y a-t-il à reconduire, meule sous l’angle de la parodie, la réaliUî telle qu’on nous la présente quotidien nement, avec son lot de stéréotypes çj d’a priori?ym Lorsque André Noël entraîne, personnages à travers des lieux copir muns aussi subtils que le virage ana bulatoire, le régime Montignac, Finir quité des banques ou même l’affaire Lewinsky, on est effectivement en droit de se demander jusqu’où le roman peut devenir un fourre-tout pour les pseudo-récits de la vie moderne; actualité, tendances et obsessions des médias?La réponse m’apparaît claire; le plaisir ressenti à la lecture (si plaV sir il y a.) reste éphémère, c’est la satisfaction du consommateur reconnaissant un nom, un lieu ou un produit, puis qui s’en détourne pour chercher ailleurs une nouvelle réassurance.Ne transparaît de tout celii qu’un talent certain de conteur, up sens inné de la phrase et du verbe, lesquels réclameront déjà plus d’imaginaire et moins de clichés pour nouf soulever au prochain roman! davidhince@iname.com -, WfWtfTïïïïa Une autopsie pour Agatha Huguette Bouchardeau inspecte la vie et l’œuvre de lady Christie.Fructueuse enquête.Grandes Biographies/Flammarion 286 pages.29,95$ \ r.i IM III Publié le .samedi 2Q mars 1.9.99 Tombée publicitaire le vendredi 12 mars 1 Salon du livre de l’Outaouais B la liberté rt>t»an L’ARPENTEUR DIS pi.ms H O VI MHS et C Éditions Libre Expression 2016, rue Saint-Hubert Montréal H2L3Z5 SUZANNE GAGNÉ • .t LITTÉRATURE JEUNESSE Héros ordinaires KATE QUELQUE PART François Gravel Québec Amérique, coll.«Titan», 1998,138 pages GISÈLE DESROCHES Kate quelque part pourrait être un roman d’amour comme un autre.Un de plus.Les circonstances sont banales.Mais l’amour ne l’est jamais tout à Êiit, n’est-ce pas?Un gars de cinquième secondaire, Jean-François, rencontre une fille, Kate, dans l’effervescence des années 60.Woodstock.L’amour libre.Tout ça.Ils s’aiment.Elle vient de l’ouest de Montréal, lui de l’est Un grand amour.Mais pourquoi, 25 ans plus tard, le narrateur entreprend-il de raconter cet amour d’adolescence?Il y a quelque chose! Et l’on pressent le drame.On le guette.On le vit François Gravel met des mots sur le désir, l’absolu du rêve, la confusion, l’amitié, la passion.Il lance au passage des questions comme autant de bouées: La beauté, est-ce si important, finalement?Et les différences culturelles?Sociales?Qu’en est-il des convictions politiques, philosophiques?Les personnages sont aussi vrais que possible et l'analyse, sensible.Chapitre après chapitre, on en suit attentivement le fil, prenant plaisir à reconnaître au passage les questions qui ont agité ou agitent encore nos amours.Ce qu’il en reste, tant d’années après.Mine de rien, l’auteur repasse tous les clichés, les chocs de la différence, les découd, interroge les valeurs auxquelles on s’accroche au début de notre rie amoureuse.Et la magie opère.Les personnages existent vraiment On les côtoie.On les connaît On se rend compte de leur courage ordinaire, de leurs méprises ou de leur cohérence.S’ils nous aident à vivre, c’est que l’écriture de François Gravel évoque, accompagne sans juger, questionne, trouve une résonance au fond de nous.C’est ce qu’on appelle le souffle, je crois.Une histoire parmi tant d’autres, qui a l’avantage de ressembler tant à la vraie rie qu’elle l’éclaire d’une nouvelle tendresse.ADIEU, VIEUX LÉZARD Texte d’Agathe Génois, illustrations de Leanne Franson, Dominique et compagnie, coll.«Libellule» 88 pages Puisqu’on en est à la tendresse, je voudrais signaler un petit roman destiné aux enfants de 8 à 11 ans, Adieu Vieux IJzard, qui, s’il ne concerne pas les amoureux, contient pourtant beaucoup d’amour.Il y est question d’une grand-mère grincheuse et détestable que Cathou, entre deux crises de découragement, essaie tant bien que mal d’apprivoiser.C’est la seule grand-mère qu’il lui reste.«Je la regarde petits coins par petits coins.Il est plus facile d'aimer une personne difficile à aimer en la regardant petit bout par petit bout plutôt que d’essayer de l’aimer d’un seul coup.» Il y est question de centres d’accueil,! de zoo thérapie, de la maladie de «zaïmè-re».C’est frais, sincère, émouvant.Et c’est à Cathou que revient le mot de la fin: «Pourquoi est-ce si difficile de dire ce qu’on a sur le cœur?Pourquoi on tremble autant avant de le faire?Et encore un peu après?» Ali bon?Les enfants aussi?LE MANUSCRIT ENVOLÉ Texte de Sonia Sarfati, illustrations de Caroline Mérola, La courte échelle, coll.«Roman Jeunesse», 1999 Les amateurs de mystère et dé suspense de neuf ans et plus connaissent déjà les romans de Sonia Sarfati.La série Soazig compte déjà trois titres également publiés en Europe sous l’étiquette Epigones.Cette fois, de retour du Festival de Cannes avec ses parents (voir La Comédienne disparue), la jeune et intrépide Soazig refuse de se laisser abattre par le désastre qui les attend à la maison: le vol du manuscrit auquel ses parents travaillaient depuis des mois: un scénario de film! Avec son ami Simon, elle se lance dans une enquête à rebondissements, qui réserve quelques surprises aux lecteurs.Une enquête qui se déroule dans un contexte très actuel et un milieu culturel riche: petits cafés et boutiques de disques usagés du Plateau Mont-Royal, entrevues avec des comédiens, réalisateurs, etc.Une enquête qui n’exclut pas les erreurs de jugement, les découragements et les rapprochements fulgurants comme en font parfois les enfants.Un suspense efficace: de quoi tenir en haleine jusqu’à la dernière page.Au-delà de la camera.On se laisse prendre, c on acquiesce, on sourit, on est séduit, oui, voilà, on est séduit.Louise Du P RÉ, - romancière Une maîtrise remarquable de l’écriture romanesque.Stanley Péan, romancier Voici un écrivain de l’instinct, tel que je les préfère.Monique Proulx,.romancière - vlb roman 21,95 S If vlb éditeur ¦wJ 1 11 www.edvlb.com —«- Livres •* FEUILLETON Le long fleuve intranquille.Un an après la chute du mur de Berlin, à un mois de la guerre du Golfe, Taylin amorce un long périple qui devrait la conduire vers sa liberté.Chemin faisant, elle prend la mesure d’une Europe en pleine mutation, de plus en plus intolérante et xénophobe.L’Amérique sera-t-elle différente ?Taxi pour la liberté : un roman qui dérange de la bonne façon.En semant chez le lecteur une émotion qui ne veut plus le quitter! Primesautier, rafraîchissant, émouvant, imprévisible.Hélène Rioi x, romancière tr* Inspiré de sa vaste expérience de journaliste, le premier roman de GILLES GOUGEON nous plonge en pleine aventure, celle que partagent des millions d’hommes et de femmes à qui le XXe siècle avait promis un nom, une maison et une terre.Comme Taylin, l’héroïne de cet émouvant road, book, ils parcourent le monde en quête d’une patrie.Taxi pour la liberté raconte leur histoire.Jean-Pierre Den is ?MICROCOSMES Claudio Magris Traduction de l’italien par Jean , et Marie-Noëlle Pastureau Editions L’Arpenteur, Gallimard, 1998,275 pages Claudio Magris s’est fait connaître à travers le monde grâce au livre qu’il faisait paraître en Italie en 1986, Danube (prix du meilleur livre étranger, 1990) — livre qui racontait un voyage à la fois existentiel et érudit le long de cet immense fleuve qui parcourt à peu près toute l’Europe et qui fut témoin de tant d’événements, heureux ou malheureux, le Danube.Fil rouge qui permit à l’auteur de déployer son immense culture de l'histoire européenne — en particulier de la Mitteleuropa —, ce récit disait aussi son amour sans réserve pour tout ce qui est liquide et déborde les frontières: mer, fleuve, rivière, pluie, bruine.L’auteur l’avoue lui-même, il est hydrophile.C’est peut-être bien pour cela que, bien qu’il ait écrit des essais, des romans, des pièces de théâtre en bonne et due forme, il n’est pas l’homme d’une seule forme littéraire, qu’il lui arrive parfois de les mélanger, comme dans ce dernier livre, Microcosmes, qui englobe à la fois le récit de voyage, la fiction et les considérations et réflexions qui relèvent de l’essai ou du livre d’histoire.À cinquante-neuf ans, cet enseignant de littérature allemande à l’Université de Trieste est l’un des intellectuels les plus respectés d’Italie et aussi l’un de ses meilleurs écrivains (il a obtenu l’an dernier pour Microcosmes le prix Strega, le plus prestigieux des prix littéraires italiens).Ce qui ne gâte rien, il est aussi un homme d’une grande simplicité.Rien de grandiloquent chez lui, plutôt une sorte d’inquiétude à l’égard des petites choses, des petites gens qui risquent à tout moment de disparaître, d’être effacés ou emportés par le courant de l’histoire ou par l’oubli.Ses origines y sont sans doute pour quelque chose.Enfant, il habitait la région de Trieste, à peine à cinq kilomètres du rideau de fer qui venait de départager le monde en deux.Quelques années Elus tôt, pourtant, cette Istrie qui avait asculé sous la coupe du communisme après la Seconde Guerre mondiale était encore italienne, avec des gens semblables à lui.Quand vous voyez ainsi un lieu connu se transformer soudainement en un lieu inconnu et menaçant, il vous vient à l’esprit qu’aucune identité n’est certaine en ce bas monde, que rien n’est durable, et que les choses ont toujours au moins deux côtés, deux visages, quand ce n’est pas plusieurs.Il y a aussi que cette région frontalière, à la suite des diverses invasions qu’elle connut à travers son histoire, fut toujours multilingue, accueillant des noms italiens, allemands, slaves.Une lenteur sinueuse Au départ de ce livre, une série d’articles commandés par le Corriere della Sera en 1991 auprès de différents écrivains pour qu’ils fassent des récits de leurs voyages.Acceptant le défi, Magris se concentra pour sa part sur une région qu’il connaissait bien, entre Trieste, où il enseigne, et Turin, où il fut étudiant.Sur la suggestion de sa femme (morte il y a maintenant trois ans), ce projet devait cependant prendre une tout autre dimension et gagner en profondeur.Ce qui en est résulté est tout à fait remarquable.Mêlant la description érudite, les observations psychologiques, les confessions autobiographiques et la fiction, l’auteur y prend un soin extrême à relever ce que nous pourrions appeler la «petite histoire» afin d’en faire apparaître la grandeur et l’universalité.Il n’y a, pour Magris, ni lieux ni gens insignifiants, c’est-à-dire qui ne mériteraient pas qu’on en parle.C’est un peu l’envers de Danube, ce grand livre sur un grand fleuve chargé d’histoire.Ici, que de petites histoires: le café San Marco, les îles de Lussino et Cherso, une forêt, une lagune, la colline dominant Turin, le jardin public de Trieste.des lieux écartés, négligés, apparemment sans histoires, mais que Magris fait littéralement chanter parce qu’il aime ces lieux et les gens qui y habitent.Mais qu’on ne s’y trompe pas.Magris ne fait pas ici l’apologie du «small is beautiful», pas plus qu’il ne vante les vertus de la petite province où l’on de Gilles Gougeon 281 pages - 24,95 $ trouverait encore une authenticité ou une pureté qui aurait partout ailleurs été perdue.Il connaît trop ce vice de notre époque effrayée par les progrès techniques et qui se réfugie dans la nostalgie d’un temps meilleur ou encore une «infatuation viscérale pour son clocher» — aussi bien dire un délire, voire un mensonge.Le café San Marco, par exemple, n’est pour lui un café, un vrai, que parce qu’on y trouve des gens de toute catégorie.«Celui où ne campe qu’une seule tribu, qu’il s'agisse de femmes du monde, de jeunes gens promis à un bel avenir, de groupes alternatifs ou d’intellectuels d’avant-garde, n’est qu’un pseudo-café.Toute endogamie conduit à l’asphyxie.» Ajoutons encore cette sorte d’indifférence tranquille et indulgente qui y règne, obligeant l’écrivain qui y est assis à tempérer «le délire de toute-puissance latent dans l’écriture» (cette prétention à ordonner le monde avec des morceaux de papier et à trancher doctement sur la vie et la mort), et vous avez là, en une sorte de microcosme, à la fois le monde et les règles de la civilité qui sont nécessaires à sa bonne marche.Attention à la réalité, mais aussi humilité et ironie, telles sont les qualités qui empêchent le monde de sombrer dans la violence ou l’arbitraire.«Ecrire, s’interrompre, bavarder, jouer aux cartes; un rire à une table voisine, un profil de femme, indiscutable comme le destin, le vin dans le verre, couleur dorée du temps.Les heures s’écoulent, aimables, insouciantes, presque heureuses.» Magris a choisi la lenteur, la sinuosité, l’enroulement.Quand il aborde la boue de la lagune, qui semble si sale, c’est pour rappeler que c’est par là qu’elle est précisément salutaire.«Cette couleur trouble, qui ternit l'or du sable d’une humidité brunâtre, a la chaleur et la douceur du limon, le limon de la vie, qui n’est ni propre ni sale, dont sont faits les hommes et les visages qu’ils aiment et qu’ils désirent, et dont les hommes se font des châteaux de sable et des statues de leurs dieux.» La forêt grouillante de symboles Résumer ce livre est proprement impossible tant l'auteur, à force de prêter attention à la diversité et aux singularités du monde, pour petit qu’il soit, finit par en tracer un portrait d’une richesse inouïe.L’Histoire avec un grand H n’y est d’ailleurs pas absente, même si elle n’apparaît qu’au travers de destins singuliers, et souvent en des lieux qui, en d’autres temps, nous auraient donné des légendes, par exemple cette forêt de la Nevoso, entre Trieste et Rjéka, «d’abord autrichienne, puis italienne, yougoslave et enfin Slovène, [qui] se moquait de ces changements de noms et de frontières, [car] elle n’appartenait à personne», et qui Ait un point névralgique pour la guerre des partisans.On y trouve encore aujourd’hui le château du Nevoso, miraculeusement épargné par toutes ces guerres fratricides, simplement parce qu’il y avait là un intendant tchèque, Leon Sauta, qui savait rappeler aux vainqueurs du moment que, puisque cette propriété désormais leur appartenait, il aurait été absurde de la détruire.Il le dit aux Italiens, aux Allemands, aux partisans, obtenant chaque fois les mêmes résultats, preuve que «la logique et l’analyse grammaticale, si on leur faisait un peu plus de crédit, pourrait épargner bien des ruines».Encore une fois, un grand livre, mais fait de ces petits riens qui, convergeant, finissent par éclairer l’histoire et lui donner un sens.den isjp@ni link, net CLAUDIO MAGRIS Microcosmes Commandez, vos livres chez Rcnaud-Bray \oiis expédions partout au Québec niv.lv.' nu lllt'NS.i!VI IV.1 Montréal : 342 - 2815 1 m I.E I) E V OIK, I.E S S A M E 1) I (i E T I) I M A N C 11 E M A US I !) !) !) 1) () -«r [ I y ESSAIS ÉTRANGERS \ A la défense de Pierre Bourdieu Un ouvrage rappelle les concepts clés de la pensée du sociologue et invite à prendre la mesure de la «révolution symbolique» dont son œuvre est le vecteur PIERRE BOURDIEU ET LA THÉORIE DU MONDE SOCIAL Louis Pinto Albin Michel, 264 pages THOMAS FERENCZI ’ LE MONDE Les controverses suscitées par les interventions publiques de Pierre Bourdieu ont quelquefois obscurci l’image de celui qui est aujourd’hui largement reconnu comme l’un des grands penseurs de la société contemporaine.Le mérite du livre de Louis Pinto est d’inviter ceux qui critiquent le sociologue à prendre la mesure de son œuvre.Pour Louis Pinto, le travail de Pierre Bourdieu représente «une révolution symbolique», comme on en rencontre de temps en temps en musique, en peinture, en philosophie, en physique ou.en sociologie.La révolution de Pierre Bourdieu est, selon Louis Pin- ARCHIVES LE DEVOIR Le sociologue Pierre Bourdieu to, «cette manière nouvelle de voir le monde social qui accorde une fonction majeure aux structures symboliques».L’éducation, la culture, la littérature, l’art, aujourd’hui les médias et, bien sûr, la politique, appartiennent à cet univers.Ce qui caractérise les «champs de production symbolique», ce n’est ni la logique de leur fonctionnement interne ni leur pure et simple instrumentation au service de la classe dominante, mais le fait que les «rapports de forces entre agents» ne s’y présentent que «dans la forme transfigurée et euphémisée de rapports de sens».C’est cette volonté de surmonter les «fausses antinomies» — entre interprétation et explication, structure et histoire, liberté et déterminisme, individu et société ou, par-dessus tout, subjectivisme et objectivisme — qui donne à la sociologie de Bourdieu son originalité.Convertir le regard On n’entrera pas ici dans le détail de son œuvre, dont Louis Pinto rappelle quelques concepts clés, en particulier ceux d’«habitus», de «champ», de «capital»; ces notions visent toutes à «convertir le regard» du sociologue pour lui permettre de mieux saisir cette «totalité complexe» qu’est 1’ «ordre du symbolique».«Faire le pari que l'on peut ne pas séparer dans l’analyse le sens et la violence, la connaissance et la politique, écrit Louis Pinto, tel est le principe même de cette science du symbolique suggérée par Pierre Bourdieu».Entreprise ambitieuse, ajoute l’auteur: pour Bourdieu, «la sociologie est, en droit, une science au même titre que la physique» car «le monde social est connaissable comme l’est le monde physique».Certes, l’approche scientifique n’est pas la seule possible: Pierre Bourdieu reconnaît que «l'œuvre littéraire peut parfois dire plus, même sur le monde social, que nombre d'écrits à prétention scientifique» (ce qui n’est pas le cas, apparemment, de ces autres activités concurrentes que sont le journalisme et l’essayisme, deux de ses cibles favorites).Reste que la démarche scientifique garantit «une connaissance explicite et systématique».Qu’on n’attende pas de Louis Pinto une analyse critique.Ce n’est pas son propos.Il soutient non seulement toutes les positions théoriques du sociologue, mais aussi tous ses choix politiques.C’est la partie la moins convaincante du livre.Autant la présentation raisonnée de l’œuvre sociologique de Pierre Bourdieu, dans les cinq premiers chapitres, est riche, éclairante, stimulante, autant la défense et illustration de ses engagements politiques, dans le sixième chapitre, déçoit par son ton polémique (seuls les sociologues saisissent les «enjeux réels», les autres, «intellectuels de parodie», se contentent de «clichés pour news magazines») et ses énoncés en langue de bois.Le combat politique tend alors à se substituer à la réflexion théorique.Les simplifications qu’appelle le premier ne sauraient toutefois faire oublier les apports précieux de la seconde.\s rand concours de JOURNALISME LE DEVOIR 19 9 9 VOUS QUE LE JOURNALISME INTÉRESSE ET QUljTES INSCRIT À TEMPS COMPLET DANS UN CEGEP OU UN COLLEGE DU QUEBEC, VOILÀ UNE OCCASION D'AGIR.Pour saisir cette chance de mesurer vos aptitudes et - qui sait?- de faire vos débuts dans un grand journal, il s'agit de rédiger un article critique d'au moins 700 mots, sur une manifestation sociale ou culturelle d'ici: rassemblement populaire, événement sportif, film, livre, pièce de théâtre, ou autres.?A retenir: • Votre participation à ce concours peut s'insérer dans le cadre de vos cours.• La date limite des envois de textes au journal Le Devoir est le 19 mars 1999.• La remise des prix aura lieu en mai 1999.« A gagner: 1er prix: Une bourse d'études de 2 000$ ainsi qu'un voyage et séjour de découverte conviviale de la France (condition d'admissibilité, avoir 1 8 ans et plus).2° prix: Une bourse d'études de 2 000$ 3e prix: Une bourse d'études de 1 000$ Des prix de participation, tels des logiciels et des abonnements au Devoir et à la revue Forces, seront aussi attribués par tirage.La Fondation' de DEVOIR pruftnriirt dt frjnçjit 1 - 800-267-0947 AtWHiiiitin (jurlx-ci dd pinfci*rurr\ rl Votre professeur de français vous en dira davantage sur les modalités de participation.CONSULAT GENERAL DE FRANCE A QUEBEC Société d'édition FORCES MULTIMEDIA R l S -»- LITTÉRATURE FRANÇAISE Aimer?Ah, la belle affaire.Geneviève Brisac et la mystérieuse Jeanne Dautun enquêtent autour d'un territoire privé VOIR LES JARDINS DE BABYLONE , Geneviève Brisac Éditions de l’Olivier, Paris 1999,204 pages GUYLAINE MASSOUTRE 'T'oi/f est moderne sauf les senti-" J.ments.» Telle est l’épigraphe, entre parenthèses, mi-avertissement mi-excuse, comme une phrase volée, une remarque incidente et légère.Première dérobade.Le lecteur ouvri-ra-t-il ce livre qui hésite entre la mode et l’éternité et navigue à vue sur le flot des apparences?Comment raconter une nième histoire d’amour?Suffit-il de découper une vie en tranches et de prévoir ces montées dramatiques qui donnent un but, sinon un sens, à une existence?Et si c’était le chemin qui compte, plus que le point d’arrivée, qui pour tous est le même?Voilà le problème.Si dire la vie est une question de point de vue, vivre n’est pas si simple.D’un côté, évidemment, il y a la somme des regards qui s’y rapportent.Les documents, les rapports médico-légaux, les enquêtes scientifiques.Les récits, même: «Ces petits cris inutiles, ces histoires que tout le monde connaît par cœur, rencontres, magie des rencontres, cheveux souples dans le vent, lèvres fraîches de ceux que l’amour a frôlés, hasard objectif des rencontres, à quoi succèdent fatigues et lassitudes, regards noirs, colères et jalousies, cheveux hérissés de ceux qui s'aiment et vont vers la fin de leur amour.Kaputt.On vous l’avait bien dit.» La plume est belle, mais l’histoire est finie, au bout de cinq pages à peine.D’un autre côté, pour celui qui vit, elle se poursuit, sans spectacle, une fois que l’enchantement a cessé.Sous l’empire de Flannery O’Connor Le roman — une autofiction — de Geneviève Brisac se déroule sur deux plans.Celui des faits: une enquête très scientifique portant sur la sexualité des Françaises fournit la trame d’un récit classique à Nouk, l’héroïne.Et celle de ses impressions fugaces, minuscules, presque risibles, qui se cachent derrière la banalité de son quotidien, se surimpose par pans.Là où les faits continuent d’agir sans rupture et sans fin.C’est à Flannery O’Connor (1925-1964), l’écrivaine géorgienne dont Robert Lalonde a louangé «la voix terrible, ironique et mordante» dans les pages du Devoir, que Geneviève Bri- Voir les jardins de Babylone Geneviève Brisac sac emprunte le sens de la rêverie, ses combats contre la bêtise, sa haine des conformismes et de la mièvrerie.Dans l’essai biographique qu’elle lui a consacré, Loin du paradis, Flannery O'Connor (Gallimard, 1991, coll.«L’un et l’autre»), elle explique ce qu’elles comprennent l’une et l’autre si bien: «L’œuvre romanesque s’adresse à tous ceux qui cherchent à approfondir leur sens du mystère au contact de la réalité, et leur setts de la réalité au contact du mystère».L’écriture trempe dans les trompe-l’œil et les dérobades.Plus elle constate que le réalisme de Flannery est une manière de tordre les apparences pour révéler la réalité cachée, plus elle s’enhardit à dénoncer à son tour la famille, les médecins, les psychologues, bref tous ceux qui savent de quoi la réalité est faite.Ni les luttes féministes, dans l’orbite de Mai 68, ni la maternité ne permettent à Nouk de se libérer des amours enfantines ratées.Il y a davantage encore à deviner dans ce livre: l’adulte, tout caparaçonné de modernité, se construit en renonçant à son innocence: mais la conscience qu’il en ri AC M V MARQUIS imprimeu LapüSSion du livre.garde fait fondre comme glace les miroirs de la normalité.Les neiges d’antan Qu’est devenu votre premier amour, votre premier désespoir?Vous ne dites rien?Une chanson bon marché vous obsède: «ûatts quelle poubelle vont nos amours?Celles qu’on dit et celles qu’on tait, celles qtt’on sait et celles qu'on ne sait même pas.» Ce refrain à fredonner distraitement retient la narratrice; comme Alain Resnais dans son film On connaît la chanson, elle se montre sensible aux clichés porteurs de rêves inassouvis, de déceptions et de joies envolées.Ces mirages lui font battre le cœur.Pourquoi?parce qu’un monde replié y affleure au contact des mots.Babylone surgit en plein Paris.A ce compte, qui n’a pas vu Syracuse et ces jardins de Babylone qu’ont chantés Henri Salvador et Yves Montand?Aimer?La Belle Histoire, titrait Le-louch, qui, lui, a su comment la dire.Geneviève Brisac, quant à elle, s’interroge: «Où sont passées les clameurs de notre jeunesse?» La question est moins nostalgique que linguistique, plus poétique que scientifique.L’enquête soulève une énigme fondamentale autour du langage, une question d’initiative rhétorique.Quant au fond de l'affaire, Proust a raison: «Aimer est un mauvais sort comme cetix qu’il y a dans les contes, contre quoi on ne peut rien jusqu’à ce que l'enchantement ait cessé.» UN AMI D’AUTREFOIS Romans Québécois 1- ON DIRAIT MA FEMME.EN MIEUX, Robert Charlebois, Stanké 2- LE PARI, Dominique Demers, Québec Amérique 3- ET MATHILDE CHANTAIT, Denis Monette, Logiques Essais Québécois 1- ABOLISSONS L’HIVER, Bernard Arcand, Boréal 2- MONDIALISATION DE LA PAUVRETÉ, Michel Chossudowsky, Écosociété 3- SYMPATHIE POUR LE DIABLE T.2, Paul Marchand, Lanctôt éditeur Livres jeunesse Québécois 1- CHARLOTTE PORTE-BONHEUR, Macha Grcnon, Alexandre Stanké 2- LES DENTS D’HECTOR, Walsh/Martchenko, La Courte Échelle 3- CONTES POUR ENFANTS, Gahrielle Roy, Boréal Poésie Québécoise 1- L'ARMOIRE DES JOURS, Gilles Vigneault, Nouvelles éditions de l’Arc Livres pratiques 1- RECETTES ET MENUS SANTÉ, Michel Montignac, Tmstar 2- GUIDE PRATIQUE DES CARRIÈRES D’AVENIR AU QUÉBEC - 1999, Collectif, Mri Carrière Romans Étrangers 1- AUX FRUITS DE LA PASSION, Daniel Pennac, Gallimard 2- CRÉANCE DE SANG, Michael Connelly Seuil 3- LE CERCLE DES LOUPS, Nicholas Evans, Albin Michel N .Essais Étrangers 1- MANUEL DU GUERRIER DE LUMIÈRE, Paulo Coelho, Anne Carrière 2- L’ÂME DE HEGEL ET LES VACHES DU WISCONSIN,Alessandro Baricco, Albin Michel 3- LE FRANÇAIS D’ICI, DE LÀ, DE LÀ-BAS, Henriette Walter,J-CLattès Le coup de coeur Québécois S*N.1- LE VACARMEUR, Robert Lalonde, Boréal ARCHAMBAULT S II E R 11 K O O K E Archambault Musique et litres, 849-6201 • Librairie Champlpty, 844-2587 • Ubrairie Clément Morin.(819) 5794153 Librairie du Soleil, (613) 241-6999 • Librairie du Square, 845-7617 • Librairie Gallimard, 499-2012 Librairie Garneau Inc., 384-8760 • Librairie GG Caza, (819) 566-0344 • Librairie Hermès Inc., 274-3669 Ubrairie U Fureteur Inc., (450) 465-5597 • Ubrairie Le Parchemin, 845-5243 • Librairie Olivier), 739-3639 Librairie Pantoute, (418) 694-9748 • Librairie Renaud-Bray Inc., 342-1516 • librairie Vaugeols, (418) 681-0254 EN COLLABORATION AVEC ASSOCIATION NATIONALE DES ÉDITEURS DE LIVRES Jeanne Dautun Plon, Paris, 1998,136 pages Qui se cache sous ce pseudonyme?L’encre parisienne a abondamment coulé, car ce mince roman raconte l’idylle d’une inconnue avec une célébrité du monde politique.Toute la presse y a reconnu François Mitterrand, mais le secret féminin reste entier.L’écriture est remarquable de concision, la phrase, journalistique; l’histoire sensible et contenue, d’une portée générale.On a dit de ce livre qu’il était froid, presque impassible.N’en croyez rien: il porte la distance des souvenirs de trente ans d’âge et des jugements d’une vie d’expérience.«Je contresigne mes actes», affirme la narratrice, femme de tête tout à sa mémoire d’une liaison avec l’intelligence.Dans la clandestinité des 5 à 7, d’une facture très parisienne, elle considère cet entre-deux amoureux avec un certain cynisme; à cause des rendez-vous fixes, de la chambre d’hôtel, du temps mesuré.Qu’était-elle pour cet homme au destin public?«Qui sait si tel rayon d’archive ne contient pas, sous la poussière des années, une recension laconique dont la sécheresse du rendu ne saura jamais resituer ce dont elle traite?» Ce récit, d’une rare lucidité sur (es rapports de force qui côtoient la douceur du plaisir, ouvre des perspectives sociohistoriques d’une grandefti-chesse.La transaction secrète fié l’amour y est replacée dans le contèx-te idéologique des années soixante, enraciné dans l’histoire de France.(La vie quotidienne y est aussi merveilleusement croquée.Au point qjç* l’essai prime sur le portrait.La liaisph pourrait même ne pas avoir existé: personne n’en émet l’idée.Mon pronostic sur l’auteure?Question de, style et de portée: Françoise Giroud.A Jirç, vraiment Umilun lu nini d'autrefois FU IN I a I.K I) K V (MK.I.K S S A M K |) I (l K T I) I M A N ( Il K 7 M A K S I «> il il I) Livres ESSAIS QUÉBÉCOIS Identité et authenticité GLOBE Revue internationale d'études québécoises Volume 1, numéros 1 et 2 1998,142 et 114 pages LJ énergique programme w d’études sur le Québec de l’Université McGill vient de se doter d’une revue pluridisciplinaire qu’il veut internationale.Pour son numéro de lancement, la revue Globe a choisi le thème de l’iden-lité à l’heure du pluralisme culturel et politique.Quatre auteurs se sont donc fait confier le mandat de réfléchir aux possibles nouvelles «raisons communes» (c’est le titre du dossier, emprunté à Fernand Dumont) que devrait valoriser la société québécoise actuelle.Publiée à titre posthume, la contribution du père Julien Harvey s’avère plutôt décevante.De son vivant, «cet apôtre du rassemblement» (selon Ixiuis Balthazar) avait développé, en compagnie de son collègue Gary Caldwell, la notion d’une «culture publique commune» pour le Québec avec l’intention non dissimulée d’en faire une référence de partage et de conciliation.Malheureusement, le texte que publie ici la revue Globe manque de force, d’originalité, et ne parvient donc pas à rendre la pertinence des travaux antérieurs du jésuite qui nous avait habitués à plus.Vague résumé des thèses par ailleurs fort intéressantes développées par Margaret Atwood dans son Survival (nous n’avons pas connu de révolution, notre mentalité de survivants, notre nordicité, etc.), ce court essai ne rend pas justice à la mémoire de son auteur.Le sociologue Jacques Beauche-min, pour sa part, questionne la légitimité de l’entreprise souverainiste dans le cadre d’une société où le droit tend à remplacer le politique et où l’idéal démocratique se définit de plus en plus dans une perspective libérale.Il tente d expliquer les accusations d’ethnicisme et d’antidémocratisme développées par les détracteurs du mouvement indépendantiste à partir de cette nouvelle donne et il pointe, dans ce contexte, les problèmes que risque d’occasionner une mince victoire du OUI.Il ne s’agit pas pour lui de dénigrer le projet souverainiste, qu’il dit tout à fait légitime (même s’il prône une solution plus nuancée), mais d’inciter à la lucidité en refusant aussi bien le «catastrophisme fédéraliste» que la «célébration prématurée de l'accession sans soubresauts à la souveraineté».Une réflexion pertinente, j’en conviens, mais somme toute assez convenue, dans le fond comme dans la forme.Citoyenneté créatrice Plus technique et un peu fastidieuse par moments, la contribution du politologue François Rocher ouvre cependant des pistes de réflexion prometteuses.Plaidoyer en faveur d’un «modèle fonctionnel de la citoyenneté» adapté à un Canada multinational, ce texte prend acte de la tension qui existe à l’heure actuelle entre univer- L o ii i s Corn allier ?salisme et particularisme non pour la résoudre mais plutôt pour la faire servir à la définition d’une citoyenneté créatrice parce que respectueuse de ces deux versants.Reconnaissant l’importance et la valeur des «identités intermédiaires» qui prennent place entre le citoyen et l’État, un tel modèle trouve sa force en combinant le principe de la nécessaire préservation des communautés à celui du respect des valeurs humaines universelles: «En d’autres termes, l'égalité présumée des citoyens au sein d’une même communauté politique ne doit pas masquer le fait que ceux-ci peuvent avoir un attachement tout aussi profond, sinon plus, envers leur communauté première d’appartenance (qu’elle soit culturelle ou nationale).» Un fédéralisme ainsi conçu en serait un profondément renouvelé par rapport à celui que l’on subit en ce moment.S’il se résumait à ces trois textes, ce premier numéro de la revue Globe mériterait un accueil assez peu enthousiaste.Le manque d’éclat qui les caractérise risque de susciter l’indifférence chez le lecteur.En revanche, le texte d’ouverture, que j’ai gardé pour la fin, vient donner du tonus au dossier.Signée Jocelyn Maclure, cette réflexion sur «la fragmentation contemporaine de l’identité» en contexte québécois questionne et inspire.Modernes, les Québécois ne peuvent plus compter sur le seul ressort de la tradition afin de consolider leur schéma identitaire.En ce sens, la volonté de réifier la québécitude, de lui accorder une essence immuable (basée sur la langue, sur l’histoire, sur une manière d’être) à laquelle la quête d’authenticité nous contraindrait à adhérer, s’avère plutôt problématique et surtout appauvrissante.Par ailleurs, l’antinationalisme primaire professé par certains (dont Marc Angenot et Régine Robin) et qui considère toute forme d’enracinement comme antimoderne et dangereux véhicule lui aussi une idéologie paralysante incompatible avec le sens moderne.Un «projet narratif» Pour sortir de cette impasse stérile, Jocelyn Maclure nous propose de concevoir l’identité comme un «projet narratif» dont l’éthique de la créativité foucaldienne peut fournir un exemple probant.Définie comme trajectoire, comme capacité créatrice capable de régénération, l'identité devient ainsi un projet plus qu’un donné: «Faire de soi une œuvre d’art, à recréer perpétuellement, au cœur du règne moderne de l’éphémère: voilà le défi posé par Baudelaire — et Foucault — au sujet contemporain.» Une telle posture comporte cependant ses failles.La fugacité qui caractérise la modernité, son mouvement incessant (autodestructeur) risquent en effet d’égarer le sujet ainsi laissé à lui-même.C’est la raison pour laquelle il convient de ne pas abandonner l’idéal d’authenticité cher à Charles Taylor et que Maclure résume en écrivant qu’il «engage le contemporain autant à découvrir qu'à formuler son identité».Va, donc, pour la créativité, mais seu- LIVRES PRATIQUES , UN CŒUR EN CHEMIN •.Susanna Tamara Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli Desclée de Brouwer ¦ ¦ Paris 1998,168 pages Un livre sous forme de lettres hebdomadaires adressées par l’au-teure, écrivaine italienne, à une jeune amie partie en Afrique.Au rythme des mois, des saisons qui prennent des couleurs différentes, de ses états d’âme, Mme Tamara nous parle «avec simplicité et sans voile» de sa famille, de ses amis, des événements et de ses lectures; elle nous livre ses pensées les plus légères et ses pensées profondes.Un livre authentique qui pousse à la réflexion.Soit dit en passant, «Le chêne qui pousse devant sa fenêtre» est le même dont il était question dans Va où ton cœur te porte, vendu à plusieurs millions d’exemplaires et porté à l’écran.! ' I LE JOURNAL DE CHAQUE JOUR L’ILLUMINATION Dan Millman Traduit de l’anglais par Annie J.Ollivier Editions du Roseau Montréal 1998,190 pages L’auteur appelle «illumination» la pleine réalisation de soi à travers les douze passages de la croissance personnelle qu’il nous propose en introduction.Il s’agit à la fois d’un livre et d’un journal émaillé des citations de Dan Millman et d’extraits de ses écrits qu’on trouve en haut et en bas de chaque page sur laquelle le lecteur, à son tour, est invité à noter ses réflexions, ses difficultés, ses progrès et ses reculs.«Nous pouvons très peu sur nos pensées, nos émotions, mais sur nos comportements, nos actions, nous pouvons tout», constate l’auteur.INNOCENTE CULPABILITE Mairie de Solemne Éditions Dervy Paris 1998.106 pages Il s’agit d’une série d’entretiens avec Paul Ricœur, Stan Rogier, Jean-Yves Leloup et Philippe Naquet.Peut-être, comme l’écrit Marie de Solemne, «sommes-nous condamnés à faire mal pour apprendre à bien faire [.]?L'homme est imparfait, mais néanmoins perfectible.Mais pour y parvenir, le sentiment de culpabilité s’avère être une aide précieuse.Sans lui, comment évoluer?Comment ne pas sombrer dans le néant de l'indifférence?» Tout au long, cet ouvrage insiste sur l’amour, l’amour de l’autre mais aussi l’amour de soi comme «le moyen le plus sûr de transformer la adpabilité morbide en adpabilité saine, c'est-à-dire d’échapper à la névrose pour entrer dans la maturité de l’état responsable».LES CLÉS SPIRITUELLES DE LA RICHESSE Deepak Chopra Traduit de l’anglais par Danièle etAudouinSoualle Presses du Châtelet Paris 1998.107 pages Trois ans après la publication des Sept Lois spirituelles du succès, livre vendu à cinq millions d’exemplaires à travers le monde, cet auteur à succès s’interroge cette fois sur le sens de la richesse, tant spirituelle que matérielle, et les moyens de l’attirer à soi.Ainsi que l’enseignent les préceptes de l’Ayurveda, une science indienne cinq fois millénaire, la richesse, tant spirituelle que matérielle, est à la portée de chacun d’entre nous.Partant du postulat que toute richesse matérielle et spirituelle provient d’une même source d’énergie, Deepak Chopra indique, dans ce petit livre de belle présentation, à couverture cartonnée, comment retrouver le chemin de cette source, grâce à la méditation, d’abord, mais aussi par l’exercice de la charité, le désintéressement et la canalisation des flux d’énergie.GUÉRIR D’UN PARENT ALCOOLIQUE Paulette Chayer Gélineau et Fabienne Moreau Éditions Novalis Ottawa 1998,144 pages Si l’alcoolisme est un phénomène bien connu, son impact sur l’entourage de la personne alcoolique l’est, en revanche, beaucoup moins.Ces deux psychothérapeutes, qui ont chacune à leur crédit une longue expérience dans des centres de traitement pour alcooliques puis en clinique privée, montrent, dans ce livre pratique écrit dans un style simple et accessible, quelle est la nature de cet impact; quelles sont les conséquences de l’alcoolisme sur l’entourage, notamment sur les enfants; comment ils sont touchés par la peur, la honte, la violence verbale; comment l’enfant, devenu, adulte, peut apaiser ses souffrances.A la fin de chaque chapitre, les auteures proposent des exercices pour aider le lecteur à trouver une certaine forme d’apaisement Renée Rowan LIVRES ANCIENS ET MODERNES • Achat • Vente • Expertise A BOUQUINERIE SAINT-DENIS 4075, rue St-Denis (angle Duluth) Achats à domicile (514) 288-5567 Triptyque www.gcntT.mpn.net/inpi\ Lise Blouin lise Blouin MASC.A OU lidiih.Fluru et les 'mitres reman.2501> 10 ' Bu«h.(lira ti lo autre* Paît) On cavale à rr.nérs le inonde en mnipapnie de para, la meilleure amie de sa mère, elle-même aux trousses de son amant disparu, quelles découvertes Hubert fera-t-il dans l'amour -qu'une génération precedente n'a pas su transmettre' Oue’rescrvc 1 siècle neuf' là si l'art transcendait- l;a Question de passion, toujours._r ____ e du Québec sous foutes ses facettes Simon Belkin Le mouvement ouvrier juif au Canada 1904-1920 Traduit du yiddish par Pierre Anctil Cet ouvrage, déjà publié en yiddish en 1956, retrace la montée au Canada du mouvement révolutionnaire juif Poale-Zlon qui va infiltrer toute la classe ouvrière juive canadienne en quelques années.396 paies.29,95 S Pierre Anctil Tur Malka Flâneries sur les cimes de l’histoire juive montréalaise Pierre Anctil propose une synthèse globale des grands thèmes relatifs à l'histoire et à la culture juives de Montréal.202 piges, 19.955 Arlette Corcos Montréal, les Juifs et l’école Pourquoi cette diversité d’écoles juives à Montréal?Comment sont-elles nées?Quels sont les enfants qui les fréquentent?Étude approfondie, ce livre contribue à faire la lumière sur ces délicates questions.Israël Medresh 308 pigas, 27,50$ Le Montréal juif d’autrefois Traduction et introduction de Pierre Anctil Le Montréal juif d’autrefois trace un portrait plein de verve et d'humour de la vie juive du début du siècle (1905-1918).Ce livre ouvre la voie à une connaissance en profondeur de la communauté de langue yiddish montréalaise.1 ¦ - .: } 274 paces, 27,50$ a u I O a n* d ’histoire Septentrion www.septentrlon.qc.ca lement dans la mesure où certains horizons identitaires (la langue, la communauté) la balisent sans la restreindre.I-a formule cerne bien le projet: «Bref entre le confort d'une authenticité tricotée serrée et l'indifférence à l'égard de valeurs communes qu’une majorité de Québécois (es) ressent le besoin d’affirmer, une identité québécoise plurielle et labile tente laborieusement de se profiler.» Di démarche est intéressante, mais je ressens néanmoins le besoin d’y a|> porter une nuance.Ainsi, quand Maclure condamne le nationalisme québécois qu’il appelle «substantialiste»,je ne peux qu’être d’accord avec lui sur le fond.Cela dit, l’éthique particulière qu’il lui attribue (et dont, à son avis, je serais un des tenants; voir son article dans Iœ Devoir du 16 août 1997) pour la dénigrer me semble au contraire méritoire en ce quelle insiste sur un nécessaire ancrage pour nous qui vivons dans un monde moderne en proie au désœuvrement.Défendre une certaine québécitude historique et culturelle ne signifie pas réifier son identité, mais plutôt fonder son projet narratif sur une tradition qu’au lieu de nier on réinvente en la respectant.Il s’agit, en d’autres termes, d’acquiescer à une quête de cohérence qui ne se limiterait pas au sujet dans son rapport avec le monde, mais qui tiendrait aussi compte de ceux qui l’ont précédé.Oui, les identités sont des trajectoires, mais afin que celles-ci ne se perdent pas dans l’insignifiance, celui qui les trace doit le faire avec la conscience qu'il n’en est pas l’instigateur mais le libre continuateur.Les identités plurielles qu’appelle Maclure resteront sans épaisseur si elles atténuent (à la suite de Foucault) ce fonds mémoriel.La revue Globe est donc lancée, et deux fois plutôt qu’une puisque les deux premières livraisons (qui pré: sentent aussi des recensions de livres) paraissent simultanément, la deuxième faisant place à des «études libres» consacrées à une analyse de l’image de l'Amérindien dans Cowboy de Louis Hamelin, à la place du roman jeunesse dans notre champ littéraire, à un regard critique sur la culture d’entreprise au Québec et à un plaidoyer en faveur de la formai tion générale (surtout la philosophie, ici) en tant que projet critique et herméneutique.Trop tranquille et un peu fade dans, l’ensemble, ce coup d’envoi n’en demeure pas moins plein de promesses» Longue vie à Globe et au programmé d’études sur le Québec de l'Université McGill! buis.cornellieKa collanaitd.qc.ca Arlette Cousture de grands romans à relire ou à découvrir Les filles de Caleb une nouvelle édition, revue et corrigée dont chaque tome est offert jusqu’au 31 mai au prix exceptionnel de 14 $ Arlette Cousturf.I Ariette Cousture Les Filles I Les Fuies de Caleb I de Caleb Léchant du coq NOUVELLE ÉDITION Km 7 Le cri de foie blanche Ces enfants d’ailleurs chaque tome de l’épopée nord-américaine des enfants Pawulsky est aussi offert jusqu’au 31 mai au prix exceptionnel de 14 $ ARLETTE COUSTURE ARLETTE COUSTURE ŒS ENFANTS D'AILLEURS ROMAN Même les oiseaux se sont tus CES ENFANTS D'AILLEURS TOMI 2 I.envol des tourterelles Libre f^Bqmsion I.r.I) K V (( I li .I.K S S A M K I) I (i K T I) I M A X (' Il K M A II S I I) !l ! B A N D E DESSINÉE Qjegfl 'MM m\q\qL- 4 SOURCE CASTERMAN Détail d’une planche de L’Outreniangeur, de Ferrandez et Benacquista |Tf \J& sÊëBœjr trfasf mm Lîi-i» il! De Flaubert à Benacquista SALAMMBÔ Gustave Flaubert et Druillet Albin Michel, Paris, 1998.182 pages En 1857, Flaubert déclara: «Je vais écrire un roman dont l’action se passera trois siècles avant Jésus-Christ, car j'éprouve le besoin de sortir du monde moderne, oit ma plume s’est trop trempée et qui d’ailleurs me fatigue autant à reproduire qu’il me dégoûte à voir.» C'était Salammbô, le récit de la rébellion d'une armée de mercenaires contre Carthage, celui aussi de l’amour entre le chef des soldats pigistes, Màtho, et la fille du sufflète Hamilcar, Salammbô, vierge mystique.De [heroic fantasy avant la lettre, propre à inspirer un mégalomane comme Druillet, qui commença cette libre adaptation en 1980 pour la terminer en 1987, y ajoutant une dimension S.F par le truchement de son personnage fétiche, Lone Sloane.Dans ce qui est en définitive davantage un mélange de roman et d’illustrations qu'une bédé, les dialogues cèdent le pas à de larges extraits du texte de Flaubert, transposés en vignettes narratives de longueur très variable.Côté visuel, Druillet s'en donne à cœur joie, illustrant avec un luxe infini, parfois en double page, les cités antiques, leurs temples et leurs champs de batailles.L'artiste utilise aussi la photographie et l'infographie, qui en était alors à ses premiers balbutiements.L'histoire n'est pas toujours facile à suivre, les caractères employés arrachent parfois les yeux, mais l’œuvre demeure colossale.ADÈLE BLANC-SEC Tonie 8: Le mystère des profondeurs Tardi Casterman, Belgique, 1998,48 pages Ébranlée en son fondement même par une féroce rage de dents, Adèle Blanc-Sec n’en répond pas moins à l'appel de détresse d’une connaissance.Son chemin va alors croiser, comme par hasard, celui du Dentiste, un cambrioleur qui vient de purger dix années de prison et qu’épie le commissaire Laumanne.Faute peut-être d'avoir lu quelques-uns des tomes précédents, j’avoue que l'actuel épisode me laisse perplexe et sans plaisirs, sinon celui procuré par la beauté des images, par la reconstitution en couleurs du Paris d'après la Grande Guerre.Il manque une clé pour décrypter ce pastiche de roman-feuilleton et de polar qu’on présume réfléchi mais qui se perd quelque part dans les clins d’œil abscons.Vaudeville postmoderne pour sémiologues endurcis ou simple raté, allez-y voir.T AB AS KO n° 15 Collectif, Québec, 1998,24 pages Si la bande dessinée québécoise vous semble terne et l'underground montréalais décadent, un fanzine de Québec, Tabasko, trouvera peut-être grâce à vos yeux.Dans ce presque mensuel au tirage minuscule, au format hors normes (14 par 43 centimètre), l’humour prédomine, lié à un certain travail formel: jeux sur les pléonasmes {Le Bleu Lavabo) ou sur le médium (Jim le malingre, Bertrand le goéland).Eric Asselin, un des fondateurs de Tabasko, dessine même certaines bédés de la main gauche, se servant alors du pseudonyme «Leif tende».C’est ôtais et rigolo, inégal mais souvent inspiré, et il y a dans ce jeune noyau d’artistes des individus dont on devrait réentendre parler, que ce soit dans la bande dessinée ou dans d’autres domaines où plusieurs d’entre eux œuvrent déjà, le multimédia, la vidéo.Disponible dans quelques librairies spécialisées.L’OUTREMANGEUR Ferrandez et Benacquista Casterman, Belgique, 1998,64 pages Séléna est un commissaire de police obèse qui somatise un traumatisme en dévorations solitaires.Apprenant qu’il ne lui reste plus que deux ans à vivre, Séléna découvre sur ces entrefaites la culpabilité d’une jeune femme dans une affaire de meurtre, la cache, lui extorquant en retour 364 soirées intimes.De celles qu’on suppose?Avec L'outremangeur, le romancier français d’origine italienne Tonino Benacquista, mieux connu pour ses polars {La Madonne des sleepings, lui Commedia des ratés) a gagné à Agoulême le prix René Goscinny du meilleur scénario.Une attribution très prudente compte tenu des autres albums en liste, mais il est vrai que ce récit de pardon et de rédemption est d’une parfaite économie, sans temps mort, bien desservi par la sensibilité graphique de Ferrandez, à qui on doit également Les Carnets d’Orient.VIE LITTÉRAIRE Bric-à-brac Vie littéraire grouillante de tout et de rien.L’écrivain Michel Tremblay met la dernière main à un roman qu’on prédit étonnant.Derniers instants pour les écrivains qui souhaitent soumettre des idées à la Tournée des écrivains dans les écoles.Et les finalistes du prix Trillium 1998 sont dévoilés.M a r i e - A n cl r é e Chou i n a r d Le Devoir Le romancier et dramaturge Michel Tremblay est à mettre la dernière main à un prochain roman, attendu pour novembre prochain, a-t-on appris au cours de la semaine.Aux dires de la directrice générale de Leméac éditeur, ce livre, qui devrait vraisemblablement s’intituler Hôtel Bristol, devrait étonner les habitués de Tremblay.«C’est le livre le pins court que Michel ait écrit, court mais d'une densité surprenante, a précisé l’éditrice, visiblement très enthousiaste.Il explore une piste où il n'avait jamais osé s'aventurer.C’est toujours le même monde, celui de Tremblay, mais la façon de présenter ses personnages est différente.» Michel Tremblay, qui ne participera pas au Salon du livre de Paris parce qu’il se rétablit d’une opération, est actuellement en train de terminer ce roman, livrant chaque dimanche à son éditrice ce que celle-ci appelle son «salaire du dimanche».«Tous les dimanches, je viens au bureau parce que je sais que Michel va me faxer un bout du roman», raconte-t-elle.Ainsi, à coups de huit ou dix pages, l’auteur lui dévoile son dernier-né, attisant sa curiosité et la faisant parfois se précipiter; sur le téléphone afin de connaître la suite de l'histoire.A suivre.Tournée des écrivains Peu de jours nous séparent désormais de cette date qui met fin au processus d’inscription de la Tournée des écrivains dans les écoles du Québec.Au delà du 12 mars, il ne sera plus possible de soumettre des projets ou d’effectuer des demandes.Le ministère de la Culture et des Communications convie donc tous les écrivains professionnels à soumettre des projets de rencontre destinés aux jeunes.Rappelons que la tournée permet à des élèves de toutes les régions du Québec de serrer la pince de leurs auteurs préférés en plus de les entendre discourir sur l’a b c du métier, l’entreprise ayant bien sûr pour objectif de stimuler le goût de la lecture.Est admissible à ce programme tout écrivain professionnel actif dans l’une des différentes catégories littéraires: roman, poésie, conte, récit, nouvelle, bande dessinée, littérature jeunesse, théâtre, essai, cinéma et télévision.Les projets doivent être destinés à des élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire: ils seront évalués «en fonction de leur mérite sur les plans littéraire et éducatif» par un comité francophone choisi par l’Union des écrivains du Québec ou par un comité anglophone sélectionné par la Quebec Writers’ Federation.A partir du moment où le projet d'un écrivain a retenu l'attention des comités de sélection, il accède à un réper- toire de ressources culture-éducation accessibles aux milieux scolaire, municipal et culturel (également disponible par la voie électronique).Pour renseignements additionnels et inscriptions, on s’adresse à l’Union des écrivains du Québec (514-849-8540 ou www.uneq.qc.ca), a la Quebec Writers’ Federation (514-933-0878) ou encore au ministère de la Culture et des Communications.Les formulaires sont même disponibles sur le site Internet du ministère {http://www.mcc.gouv.qc.ca).Prix Trillium 1998 Le gouvernement ontarien dévoilait récemment les noms des finalistes de langue française pour l’obtention du prix Trillium 1998.Il s’agit, [jour la portion francophone dévoilée il y a peu, de Marguerite Andersen (Les Crus de l’Esplanade, Prise de parole), Jean Mohsen Fahmy (Amina et le mamelouk blanc, L’Interligne), Pierre Raphaël Pelletier (Il faut crier l'injure, Le Nordir), Daniel Poliquin (L'Homme de paille.Boréal) et Stefan Psenak (Les Corps en sursis et Du chaos et de l'ordre des choses, Le Nordir).Le prix Trillium est le prix littéraire le plus important en Ontario.11 est décerné chaque année à un auteur de langue française résidant en Ôntario.Cette année, 39 œuvres de langue française ont été soumises à l’attention du jury.Le récipiendaire, dont le nom sera connu ce printemps (en même temps que celui de l’écrivain ayant récolté le prix de langue anglaise), recevra 12 000 $.Une somme de 2500 $ sera allouée à l’éditeur pour lui permettre une promotion accrue de l’œuvre primée.L’an dernier, l’écrivain Roger Levac avait remporté le Trillium 1997.MARTIN CHAMBERLAND LE DEVOIR VT Le romancier et dramaturge Michel Tremblay rg u éb e c Le Québec est Vinvité dfhonneur du prochain Pour souligner l’événement, Le Devoir publiera un cahier spécial consacré à la littérature et à l’édition québécoise.Il sera encarté dans l’édition régulière du journal le 13 mars 1999 et distribué au Salon du livre de Paris.Les personnes et organismes intéressés à obtenir des exemplaires de ce supplément peuvent adresser leur demande au service à la clientèle: • Tél.: (514) 985-3355 • Sans frais 1 -800-463-7559 Le prix de vente de chaque exemplaire est de 0,60 $ (auquel s’ajoutent des frais d’envoi de 0,40 $).Pour toute commande de 100 exemplaires ou plus, le prix de vente est de 0,50 $ (incluant les frais d’envoi).LE DEVOIR Salon du livre de Paris, qui se tiendra dans la capitale française du 18 au 24 mars 1999.p o é s I E Uavant-goût du livre en gestation sur le premier poète JEAN CHARTIER LE DEVOIR Pierre Perrault publie un long poème au fleuve qui est la prémisse du livre à venir sur le navigateur Jacques Cartier, qu’il considère comme le premier écrivain de ce pays, l’écrivain fondateur, et dont il connaît de grands passages par cœur, en vieux français, le français des hommes venus de la France maritime pour s’établir sur les bords de ce grand cours d’eau au nord de l'Amérique.Le Visage humain d’un fleuve sans estuaire paraît aux Ecrits des Forges.Pierre Perrault avait publié dès 1961 un premier livre de poésie chez Bel-larmin, il a récidivé à Parti Pris, à L’Hexagone, puis à l’Action nationale en 1995 avec Irréconcialiabules, avant de choisir la maison d'édition triflu-vienne fondée par Gatien Lapointe.Dès l’abord, Pierre Perrault, le poète des hommes du fleuve, donne l’ampleur du défi: «je le nommerai d’emblée et d'expérience / l'indescriptible!!!» L’approche du fleuve se fait dans un poème qui reconsidère les lieux de passage, les points de contact, la découverte et l’établissement.L’écrivain a exploré ce grand fleuve tumultueux toute sa vie à la recherche de ses navigateurs, de ses insulaires, de ses habitants de rives tellement changeantes, avec un faible pour les hommes du Nord, notamment pour le pays de Charlevoix et la Basse-Côte-Nord.Il se demande, au terme de sa quête inassouvie: «comment décrire avec des métaphores / la métaphore elle-même?.» A la fois point de départ et point d’arrivée, la grande voie d’eau miroitante suscite l’interrogation: «comment, en somme, nommer un fleuve / aussi vaste que la perte de vue.» Le poète dresse le bilan de ses échoueries après le tournage de films au petit jour, dans la brume ou le soleil, souvent dans les parages de son île préférée, au milieu de l’estuaire, avec les hommes dont il a fait une légende, les révélant à eux-mêmes, a lui et au monde.Il évoque à la fois la découverte et la fin du monde: «un fleuve parsemé d’échouages qui se démanchent.cimetière de raqueuses à court d’inspiration.un fleuve qui a égaré le fer des haches à équarrir et la fausse équerre des charpentiers de navires à bout d’âge et qui n’ont plus d’usage un fleuve qui cherche ses mots dans la parlure.U 7) PIERRE PERRAULT LE VISAGE HUMAIN D’UN FLEUVE SANS ESTUAIRE comment dire un fleuve qu’on ne navigue plus?» Le cinéaste reconsidère tout après avoir traqué les explorateurs, les inventeurs, les découvreurs, après avoir donné la parole aux grands silencieux du fleuve.Préoccupé par le rythme du texte autant que par celui du fleuve, il écrit encore: «Un fleuve dialectal de sonorités nouvelles / et de mots métissés d’amêrindianité.» L’écrivain passe en revue tout ce qu’il a observé pour cerner la pratique des hommes de ce fleuve, si intimement liée à l’imaginaire collectif: «les mots d'un fleuve à connaître par le capelan des grandes mers de mai.à parcourir par Téperlati de ses lunes d'automne.à déguster par le poulamon de ses glaces.à chasser par le loup-marin de ses mouvées, qu’il soit d'esprit, pivelé, marbré, barre-noire, barre-sale, baie Saint-Georges harpe, de glace, du Groenland, tête-de-cheval ou autrement.» Un fleuve de mémoire Pierre Perrault a fait son choix et ce n’est pas du côté du droit, ni du roman.Il réside en un autre lieu, tout à l’écriture de l’artisan et de l'homme des mers, à la jonction de la réalité rude de l'homme d'ici et de sa recouvrance de parole.Il écrit à ce sujet: «n’est-on pas toujours dépaysé par la fiction?et nous voilà distrait d’un fleuve de mémoire par les innombrables subterfuges de la fable marchande de rêves en trompe-l'œil même quand elle prétend nous raconter à nous-mêmes alors qu’elle s'emploie surtout et toujours à nous dépayser».En fin de compte, après avoir examiné tout ce qu’ont découvert les scientifiques au fil des ans sur la grande voie d’eau au nord de l’Amérique, entouré de tout ce qu’on a écrit sur le lieu à nul autre pareil, il se commet sur la définition des limites du fleuve: «peut-être bien qu’il suffirait de s'en tenir à la description que fait Cartier sans préjugé de cette portion du fleuve qui se trouve entre Québec et Tadoussac entre l'étroit et l’évasif, et qu’il décrit tout simplement comme l’habitat des blancs dauphins blancs que les savants s'entêtent à nommer béluga, d’un mot russe qui signifie esturgeon blanc, ce qui n 'empêche pas les pêcheurs de marsouins de l’ile aux Coudres de les nommer marsouins depuis toujours tout simplement».A l’affût de l’homme des îles et de l’homme des rives de la terre ferme, Pierre Perrault, lui-même originaire de la rue Papineau, en plein milieu de Pile de Montréal mais ancré dans l'estuaire jusqu a la fin des temps, écrit: «je n'hésite pas à nommer fleuve toutes ces eaux que j'ai fréquentées de Québec à Blanc Sablon et de marsouin blanc en voiture d’eau.fleuve sans commencement ni fin».Après avoir emprunté l’expression «la rivière de Montréal» pour qu’on garde l’appellation de fleuve aux rives proches de l’immensité, Pierre Perrault conclut le poème de l’estuaire en prenant la parole à son tour au terme du long périple et de sa quête: «et je propose à ceux qui s’en préoccupent le moindrement d'interroger, avant qu’il ne soit trop tard, ce silence des anses, lourd de mots incomparables, afin de le mettre au monde du langage.ce qui est bien la seule façon sérieuse de construire un pays pour la suite du monde». L K I) K V l) I 11 , I.K S SA M K I) I li K T D I M A X ( Il K 7 M A It S I I) il il I- I T T É K A T II R i: K IRAN G È R E \ A la recherche de la parole LE LIVRE BREF David Albahari Traduit du serbo-croate par I.jilyana Huibner-Fuzellier et Raymond Fuzellier Éditions Balzac-Le Griot, Montréal, 1998,98 pages N Aï M RATTAN Un écrivain signe un contrat avec un éditeur.Son manuscrit portera le titre suivant: Le Livre bref.11 se rend dans un village, s’installe dans la maison d’un ami et s’emploie à la rédaction de son opus.Il achète des carnets, un feutre noir et fin.Tout est prêt.11 décrit la maison, fait, dans le menu, le récit de sa vie quotidienne, partagée entre les conversations avec la caissière du magasin d’alimentation, le facteur, le voisin et les appels téléphoniques de son éditeur.Que va-t-il écrire?Et d’abord, qu’a-t-il à dire?«Prenons, par exemple, mon Livre bref.On peut dire, on peut le dire tout à fuit franchement, que, sur le plan expérimental, je le possède en sa totalité, que je èohnais son début, son milieu et sa fin, mais que je ne parviens pas à en trouver le rcfiet approprié dans les mâts et, par conséquent, c'est le plus souvent en vain que je Remplis les pages, sachant que ces mots ne transmettent pas mon expérience (.).» L’écrivain se laisse di-vççtir par ce qui l’entoure; 500 attention se disperse.Flüira-t-il par se concen-{ivrir et, pour commencer, lkv effectuer un retour sur Une tentative de vaincre la violence qui nous cerne de toute part en cherchant dans la littérature un moyen d’y échapper [Hnemer ; ; *(.) un éditeur tout disposé à accepter même ce qu’il reprochait le phis à toute prose, en particulier à la hiienne, cette obsession de soi face au hionde entier, ce miroir qui n'est qtf’un point focal, sans surface, et qyi, paradoxe, au lieu de précision et tf[exactitude, offre une plus grande dégradation, un gauchissement plus grand que n'importe quelle glace déformante.» Il demeure sur place, n’avance pas, tourne en rond.Où gît le réel, comment distinguer le concret de l’imaginaire?«Si réel que le monde puisse être, il est d’abord le produit de l'imagination, et plus on s’efforce de le représenter comme réel, plus il devient irréel.» Les jours se passent en préparants.Il inscrit des détails, apparemment insignifiants, mais qui sont le seul réel saisissable.Il a forcément recours aux mots, et c’est justement là que le dilemme surgit dans toute son ampleur.«Chaque porte est une entrée et une sortie, comme l’est aussi chaque mot; tout texte raconte deux histoires en même temps et, par conséquent, l’écrivain ne peut pas savoir avec certitude laquelle il écrit réellement, ni s’il écrit toujours la même, peu importe laquelle, à moins qu’il ne balance entre les deux, sans le savoir, ou en le sachant, et pourtant incapable d’accomplir quoi que ce soit.» Une entreprise ironique Nous suivons l’auteur dans ses tentatives, dans ses efforts aussi illusoires que forcenés.Sans nous en rendre compte, nous sommes au terme de ce Livre bref, rédigé à l’intérieur du récit de l’écriture: une entreprise ironique et, en fin de compte, émouvante.Ce que cherche Albahari n’est pas un système mais un moyen de saisir le réel et, ce faisant, d’atteindre le sens de toute écriture.Il tente, surtout, d’aller à la rencontre de lui-même.A partir de menus incidents, il fait état de son existence de tous les jours et se trouve, finalement, non seulement en face de lui-même mais en face de l’homme.L’éditeur est parcimonieux dans sa présentation de l’auteur.Celui-ci écrit en serbo-croate.Il a publié de nombreux ouvrages, fut traduit dans plusieurs langues et vit aujourd’hui à Calgary.Cela éclaire peu le mystère dans lequel ce roman est enrobé.Nous savons que l’écrivain-narrateur de ce Livre bref séjourne dans un village pour écrire.Nulle indication de pays, de langue, de culture.Or, d’après moi, il ne s’agit pas d’un universalisme abstrait.Et là, je suis obligé de rappeler un souvenir personnel.Cela remonte à une vingtaine d’années.Je fus invité par la City University de New York à participer à une rencontre internationale d’écrivains séfarades.Il y avait là des écrivains qui vivaient aux États-Unis, en Israël, en France.L’un venait de ce qui était encore la Yougoslavie.11 s’agissait justement, en l’occurrence, de David Albahari.Né après la guerre, il explorait ce qu’il venait de découvrir: son origine juive et séfarade.Je me souviens de son récit: inattendu, émouvant et, dans un certain sens, exceptionnel.Je regrette que le livre qui devait réunir nos textes ne vit pas le jour.C’est avec surprise que j’apprends qu’Albahari vit aujourd’hui à Calgary.Ce souvenir éclaire, pour moi, son Livre bref.Nous ne sommes pas devant une tentative d’évasion ou d’oubli.Certes, la difficulté de se situer, de se dire, est au cœur de toute entreprise d’écriture.Elle l’est certainement davantage dans le cas d’un écrivain qui découvre, après coup, qu'il est l’héritier d’un passé lourd et qu’il vit dans un espace, dans une partie du monde dominée par ce que Amin Maalouf appelle «les identités meurtrières».Le Livre bref m’apparaît, dès lors, comme une tentative de vaincre la violence qui nous cerne de toute part en cherchant dans la littérature un moyen d’y échapper.Dans sa fragilité, dans l’absence des solutions globales qui finissent généralement dans le totalitarisme, celle-ci nous permet, dans un ultime recours, d’affirmer que l’écrivain est aussi l’homme qui, conscient des menaces des servitudes mais aussi des moyens d’y résister, peut, à travers les mots, redonner à la parole sa puissance d’exiger la liberté.GALERIE DE BELLEFEUILLE Vernissage MARION WA G S C H A L Œuvres récentes Rencontre avec l’artiste les samedi et dimanche 6 et / mars de 1 Ah a 17h | 1367, AVENUE GREENE, WESTMOUNT, TÉL.: (514) 933-4406 lundi au samedi tOhOO - 18000 dimanche 12h30- 17h30 René Derouin Betwee n- P a r a i s o bois reliefs polychromes, céramiques, bronzes et œuvres sur papier Rencontre avec l’artiste le samedi 6 mars de 14 h à 16 h Jusqu’au 27 mars .GALERIE SIMON BLAIS 4521, rue Clark Montreal H2T 2T3 514.849.065 Ouvert du mardi au samedi de 10 h 00 à 17 h 30 11 I S T O Leçon de culture civique Comment la synthèse républicaine a permis d’éviter l’uniformisation HISTOIRE CULTURELLE DE LA FRANCE Tome 3: Lumières et libertés Tome 4: Le temps des masses Sous la direction de Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli Seuil, collection «L’Univers historique» Paris, 1998,390 pages et 408 pages DOMINIQUE KALI FA LIBÉRATION En vif essor depuis une quinzaine d’années, l’histoire culturelle demeure cependant un objet indécis et mobile qui hésite souvent entre plusieurs directions.Celle de la «création» et du monde des idées, celle des attitudes, des mœurs ou des sensibilités fles classiques «mentalités»), celle enfin d’un questionnement préalable sur la totalité du monde social, lequel n’aurait de sens qu’une fois éclairées les multiples représentations qui le fondent, l’ordonnent ou le mettent en scène.Premier essai de synthèse consacré à ces questions, XHistoire culturelle de la France, dont les deux derniers volumes (XVIII -XX' siècles) paraissent aujourd’hui, a plutôt fait sienne la dernière de ces approches, même si la diversité des auteurs ou celle des travaux pris en compte l’engagent par endroits sur la voie de la pluralité.La modernité Une interrogation centrale structure cependant l’ensemble, celle des modalités d’entrée de la France dans la modernité.Adossé aux travaux d’Habermas et de Norbert Elias, le texte d’Antoine de Baecque analyse finement la double émergence, au XVIH' siècle, d’une sphère publique et d’un système de représentation inédit, autant dirigé contre les formes du pouvoir que contre l’ignorance, la violence ou les «humeurs» du peuple.Un temps restreinte à la République des lettres, cette «pensée critique», retravaillée et adaptée par des communautés plus larges, politisée surtout après 1750, échoue finalement, durant la Révolution, à «régénérer» l’homme social.Prolongeant cette réflexion pour le XIX'siècle, Françoise Mélonio met surtout l’accent sur la construction, l’éducation notamment, d’une identité, d’un «sens commun», qui s’affirme à la fois comme un lien social et une culture civique.Laquelle devient démocratique au XX' siècle (Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli) grâce à la culture, voire la «monoculture républicaine», dont le très volontaire programme d’acculturation aurait protégé la France du déferlement d’un «tout-venant culturel», qui ne triomphe vraiment qu’avec la «déflation» affectant le pays à la tin des années 60.Là réside pour les auteurs l’un des fondements de la «singularité française»: en dépit de la «culture du conflit» qu’elle suscita en politique, la synthèse républicaine constitua un «filet protecteur» permettant de résister à la massification et à l'uniformisation culturelle.Que le parcours soit passionnant n’empêche pas l’ouvrage d’inviter au débat.Moins d’ailleurs en raison des lacunes qu’enregistre inévitablement une telle entreprise (qu’en est-il des sciences, ou du Front populaire?) que de quelques questions traversant tout le livre.Et d’abord celle concernant cette «exception française», qui gagnerait sans doute à s’ouvrir davantage aux très denses historiographies étrangères, américaine notamment, que seul le texte d’Antoine de Baecque a véritablement convoquées.Très attachée à la vie des «idées» cl à la culture «légitime», la partie consacrée au XlX siècle ne permet peut-être pas de mesurer toute la portée de l’immense production d'imprimés à grande circulation, qui bouleverse alors l’ordre et la représentation du monde, aux sources d'un âge des masses qui se signale autant par l'uniformisation de l’offre que par la fragmentation et la distinction croissante des pratiques.Surtout, ne faudrait-il pas se déprendre plus encore des ruptures ou des périodisations politiques pour envisager d’autres découpes du temps, plus attentives aux évolutions ou aux scansions du monde social?Questions complexes évidemment, qui disent surtout la richesse d’un domaine en voie de constitution, et où converge aujourd'hui une part essentielle de la réflexion historiographique.V I E N T 1) E PARAI T R E IA MARIÉE AU GRAND JOUR Mode, coutumes et usages au Québec, 19101960 Lorraine Bouchard Hurtubise HMH, Cahiers du Québec n° 121, collection «Ethnologie» Montréal, 1998,130 pages Dans cette étude, qui fut à l’origine un mémoire de maîtrise présenté à l’Université Laval, l'auteur s’interroge sur la signification que revêt la robe de mariée, symbole par excellence du mariage.Ses recherches ont pour cadre le Québec francophone de 1910 à 1960 et s’appuient sur une série d’entrevues menées auprès de femmes qui ont convolé à cette période.Le costume y est abordé en tant qu’objet témoin des coutumes et des valeurs d'une époque désormais révolue.Nombreux documents photographiques.LA RÉFORME DE LA SANTÉ AU QUÉBEC Sous la direction de Pierre Fortin Fides, Cahiers de recherche éthiques n° 22 Montréal, 1999,243 pages S’il est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre au Québec au cours des dernières années, c’est bien la fameuse réforme de la santé! Fameuse surtout à cause des problèmes qu’elle a suscités et des mécontentements qu’elle a occasionnés.En 1985, le gouvernement créait la commission Rochon afin d’évaluer le fonctionnement et le financement du réseau de la santé au Québec.Huit universitaires, préoccupés par les enjeux éthiques de la réforme des services de santé et des services sociaux, abordent le sujet dans une série d’analyses et d'études portant sur le contexte de cette réforme et sur ses répercussions sociales, économiques et politiques.Cette publication devrait non seulement susciter une réflexion sur la question mais aussi nourrir le débat.LES PATRIARCHES ET L’HISTOIRE Sous la direction de Guy Couturier Cerf/Fides, Montréal 1998,337 pages Le point de départ de ce collectif: un article inédit du père Marie-Joseph Lagrange, o.p., fondateur de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, écrit en 1905 et intitulé «Les Patriarches et l’Histoire».Dans ce texte, Lagrange proposait une lecture religieuse des récits bibliques «dans un contexte historique réel, tout en tenant compte du fonctionnement de la mémoire populaire et des habitudes narratives de l'époque».Mais voilà, l’article de Lagran-ge est refusé et ne sera jamais publié.C’est donc une édition critique de ce texte surprenant, de cette lecture historique des récits bibliques relatifs aux Patriarches — ancêtres du peuple hé- breux — que propose Maxime Allard.Suivent un texte de Guy Couturier sur l’apport du successeur de Lagrange, le père Roland de Vaux, ainsi qu'un texte de Léo Laberge sur la question de l’historicité des Patriarches.Le texte de La-grange vaut d’être lu pour sa volonté de contribuer à la connaissance historique des récits bibliques.Et Maxime Allard s’efforce d’analyser les raisons qui en ont si longtemps différé la publication.Étonnant.LE PROBLÈME MOHAWK AU QUÉBEC Chénier Levac Les Éditions Chénier Levac, Laval, 1998,162 pages «D’ailleurs, quand on nous dit quoi faire, on n’écoute jamais.» — Philipps Jacob, chef conseiller, responsable des Peacekeepers de Kahnawake C'est sur cette éloquente citation que s’ouvre l'essai de Chénier Levac, avocat en relations de travail.Dans cet ouvrage, il propose son analyse de la question mohawk, mettant surtout l'accent sur le rapport de force et le leadership que possède la nation mohawk et qui, jusqu’à présent, lui a permis de négocier à son avantage avec les représentants des instances gouvernementales.Selon Levac, «pas besoin de Warriors.Toute solution au problème mohawk au Québec passe par la reconnaissance de la Nation mohawk comme ordre de gouvernement».Un point de vue historieo-légal de la question qui va au delà des barricades habituelles.LA TRISTE FIN DU PETIT ENFANT HUÎTRE ET AUTRES HISTOIRES Tim Burton Edition bilingue illustrée par l’auteur, traduction de René Belletto, 10/18, collection «Domaine étranger» Paris, 1998,123 pages Pour son 3000' titre, 10/18 a sélectionné le premier livre de l’un des jeunes cinéastes américains les plus prisés de l'heure, Tim Burton.Dans cette suite d’étranges poèmes, le réalisateur de Batman, Ed Wood, Mars attaque et Édouard aux mains d’argent met en scène une variété de personnages, exclus et étranges, parfois cruels mais tout de même attachants par leur fragilité et leur tendresse.Des personnages solitaires qui émeuvent autant qu’ils font rire, bien qu’ils ne soient pas toujours rassurants.Accompagnées de dessins de l’auteur, ces historiettes en vers sauront toucher l’enfant qui sommeille en chaque adulte, sans pour autant le conforter.Un bijou! Les fans de Burton adoreront! Marie Claude Mirandette CciAf* Jl’ACjUAfâiy an dernier, l’institution des ' plaines d’Abraham avait consacré au phtographe Maurice Perron une exposition et un catalogue majeurs, qui poursuivaient l’énorme travail de rattrapage à faire dans la compréhension de cette production quelque peu oubliée et dont le statut ambigu joue toujours contre elle.L’habitude est de dire que Perron, dans l’histoire culturelle du Québec, arrive à un moment où la photographie n’a jamais eu qu’un rôle secondaire, même pratiquée au coeur de la rupture provoquée par le mouvement automatisme.Le réflexe rabat cette pratique au rang de photographie documentaire, lui refusant le rang d’art à part entière.Les regards portés sur l’œuvre photographique de Perron permettront-ils, dans la foulée des travaux publiés l’année dernière dans le cadre du cinquantenaire de Refus global, de lui redonner une place dans l’histoire de la photographie québécoise?Maurice Perron n’a jamais exposé avec le groupe des Automatistes.Il en a pourtant documenté les gestes et la vie.Ses images ont habité le manifeste Refus global, dont il a été l’éditeur.Ses photographies ont par la suite servi à illustrer des études sur l’automatisme, à en fournir le matériel photographique, mais n’ont jamais été étudiées, ou si peu, pour elles-mêmes.Les études ont pu montrer l’importance de la photographie dans le mouvement automatiste, mais rarement a-t-on poussé la recherche à vouloir réellement situer historiquement Perron à l’intérieur de ce que le médium pouvait offrir comme possibilités, compte tenu du paysage culturel et artistique du Québec des années cinquante et soixante.RICHARD-MAX TREMBLAY Reading Tower, de Carole Wainio (1998) SVV; Ku, iij i liinr riïi r'J'ÎMü«8 Le Musée d’art contemporain de Montréal rend hommage à Maurice Perron, artiste signataire du Refus global./Vo.s passions façonnent spontanément, imprévisiblement, nécessairement le futur.— Paul-Émile Borduas, Refus global MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec :::: Aux fruits de la passion Pennac Éditions Gallimard 220 pages 24.95S mits.de passion La tribu Malaussène et ses proches ont le remt de vous annoncer le mariage O 17 Thérèse Malaussène avec le comte Marie-Colbert de Roberval, conseiller référendaire de première classe.Cet avis lient lieu (Linvitation.Exposition Mousseau-Riopelle chez Muriel Guilbault.Françoise Sullivan et Claude Gauvreau.Novembre 1947.MAURICE PERRON (AVEC LA PERMISSION DU MUSÉE DU QUÉBIvC) Spontanéité Serge Allaire, professeur d’histoire de l’art à l’UQAM, publiait l’an dernier des entretiens avec Perron, ejans le numéro spécial de la revue Etudes françaises intitulé L'Automatisme en mouvement (automne-hiver).Dans ces discussions, Perron livrait ses pensées sur ce que Allaire a nommé «les conditions de la pratique photographique en relation avec le développement de l'automatisme.» On y lit l’importance pour Perron de la spontanéité et de l’instantané dans la photographie, qui pour lui ne peuvent être celles de la peinture.Selon Allaire, que nous avons joint, «Perron aura cherché à rompre avec la banalité et la rigidité documentaire de la photographie de son temps».Méconnue, toute cette période est toutefois encore à explorer.Pour le chercheur, l’importance de Perron tient à son «exploration de l’acte photographique»: «1m photographie chez les Automatistes n avait pas la reconnaissance qu’elle aurait pu avoir par ailleurs dans les avant-gardes.Ce qu’on exigeait de la photographie, on le voit à lire la correspon- dance de Borduas, c’était une fonction documentaire.Dans ces lettres, on lit que Borduas attend de Perron d'illustrer et de documenter ses tableaux.Il ne semble pas que les Automatistes aient compris le rôle de la photographie du point de vue de l’Automatisme.» Dans le groupe, la photographie comme moyen d’expression n’était pas reconnue.Perron précise dans les entretiens qu’il n’a même jamais eu de discussion sur la pratique avec Borduas, qui pourtant a touché de la photographie.Allaire insiste sur cette dimension, en dépit de la sécheresse du paysage culturel québécois à l’époque où Perron exerce la photographie dans le groupe automatiste.Malgré le peu d’intérêt du groupe pour la photographie, Perron s’est «complètement inventé comme photographe».Ainsi, pour l’historien de l’art, les mots de Borduas — «Maintenir généreusement l’accent sur la passion dynamique» —, pris dans son texte Projections libérantes, disent parfaitement le rapport de Perron à son médium de prédilection.Au Québec, l’histoire de la photographie a été majoritairement investie à partir des années soixante, avec l’émergence de la photographie d’auteur.Fin des années trente et années quarante, le documentaire «pur et dur» est (jiffusé par les agences d’Etat, l’ONF et Î’OFQ, avec une forte dimension idéologique et propagandiste.Le documentaire s’est affirmé comme pratique d’auteur dans les années soixante et soixante-dix, ici comme ailleurs.Dans les années où Perron gravite autour du groupe, seuls quelques magazines américains peuvent servir de sources au photographe, dont Life.De la photographie surréaliste, par exemple, il ne connaîtra qTie quelques exemples de Man Ray.Allaire souligne que, dans ces années, «la culture photographique était presque inexistante.Il faut comprendre la détermination de cet homme à pratiquer la photographie comme acte photographique.Il avait des moyens absolument ridicules, pour ce qui est de l'éclairage et de la pellicule.Il était autodidacte».«Il a exploré les possibilités du médium, au sens automatiste.Borduas disait que le sens ne peut surgir que de l'exploration de la matière.On peut transposer ces paroles en photographie, au niveau de l’acte photographique, Perron a exploré définitivement la matière photographique, avec certes des bonheurs et des erreurs.Cette dimension n’avait pas la reconnaissance du milieu automatiste.Lui-même ne la valorisait qu’à peine.Je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à découvrir dans son oeuvre.» Aux dires d’Allaire, la série des autoportraits impressionne encore plusieurs photographes, qui s’étonnent que ce genre de travail se faisait ici dans les années quarante.«L’automatisme était favorable comme milieu, par sa liberté d'explorer dans la création Perron aura ressenti cette liberté.Ce qu’il lui aura manqué, c’est qu’on ne s'est pas suffisamment intéressé à la photographie à l’époque pour reconnoitre cette exploration.C’est récemment qu 'on le découvre.» SOURCE UNE SYLVIE PERRON Maurice Perron à sa table de travail À voir au Centre d’exposition de Baie-Saint-Paul Prolongation jusqu’au 19 avril 1999 JIAj&Ÿ a Samedi 20 mars, 15 h Conférence de .Monique Brunet-Weinmann, spécialiste de Riôpelle, sur le thème t(La symbolique du temps n l'œuvre» © Centre d'art Baie St-Paul.23, Ambroise Fafàrd Baie St-Paül Tel.: (418) 435-3681 Groupe La Mutuelle BANQUE NATIONALE pelé Québecl TlHAiiii: Le Soleil I.K I) K VOIR, I.K S S A M K I) I (i K T I) I M A X (' Il K M A l< S I !) Il II I) I I Hommage à Maurice Perron Témoin de l’intime La photo n’a jamais été pour Perron qu’une histoire d’amitié qui a traversé les années À QUÉBEC Chambre branchée VINCENT DESAUTELS CORRESPONDANT DU DEVOIR A QUEBEC le Refus global et si's signataires Sous l'œü de» lo caméra de Mourice Perrcy diant à l’École du meuble, «ami des peintres», la pratiquait en dilettante, sans chercher à se faire valoir autrement: il photographiait ses intimes comme il le fera encore tout au long de sa vie.Maurice Perron a bien essayé d’ouvrir un studio par la suite, pour réaliser assez vite que photographier sur commande, ce n’était pas pour lui.Tirer le portrait des amis et des proches, voilà qui suffisait amplement à cet homme qui, après l’aventure de Refus global, fera carrière dans l’industrie du meuble.C’est une amitié d’enfance avec Jean-Paul Riopelle qui fera en sorte que son destin croise celui du groupe des automatistes.Entré à l'École du meuble la même année que lui, Maurice Perron fait la connaissance de Borduas, de Mousseau, de Barbeau et de tous ceux qui signeront plus tard le célèbre manifeste.Il s’était inscrit pour apprendre le métier d’ébéniste, sans trop connaître le programme d’une école qui se voulait éclectique.Pour lui et pour plusieurs, ce sera davantage qu’une formation: ce sera un éveil, grâce entre autres à l’enseignement de Borduas.Le reste de l’aventure mènera au manifeste Refus global, ce pavé dans la mare stagnante d’une société étriquée.Maurice Perron y a joué un rôle déterminant; en tant que photographe, bien sûr, puisque ses clichés ont illustré le manifeste, mais surtout en tant qu’éditeur.Comme aucune maison d’édition ne voulait prendre le risque de publier un tel brûlot, Maurice Perron choisira d’assurer lui-même la publication de Refus global.Si le cercle des automatistes et son manifeste ont pris aujourd’hui des proportions de légende, il reste que, pour beaucoup de signataires, dont Maurice Perron, il s’agissait avant tout d’une histoire d’amitié qui a traversé les années.«La photographie, commente Nathalie de Blois, c’était sa façon de s'exprimer avec ces gens-là.Pour lui, c'était une forme de partage; il se donnait à travers ses cli- Ah! ils se sont bien tus, ceux qui voyaient dans le réseau Internet un simple effet de mode; aujourd’hui, le réseau des réseaux est devenu incontournable dans de nombreuses sphères d’activités.Le domaine des arts visuels n’y échappe pas non plus; mieux encore, Internet lui sert de champ d’expérimentation et plusieurs artistes l'envisagent désormais eux aussi comme un nouvel espace public où la création artistique commence à prendre sa place.On est loin des utilisations élémentaires que sont le courriel ou la promotion par page Web interposée.Mais cette nouvelle voie pour l’art visuel n’est pas sans susciter de grandes questions chez ceux qui l’explorent.C’est ce à quoi le centre d’artistes la Chambre blanche s’applique à répondre, aujourd’hui et demain, dans un programme de conférences visant à mieux comprendre «l’art réseau».Car l'arrivée du réseau Internet oblige à redéfinir bien des choses pour la communauté artistique, du problème des droits d’auteur aux modes de production de l’œuvre d’art, en passant par la place du public vis-à-vis de cette nouvelle forme d’expression et de diffusion de la chose artistique.Aussi la série de conférences proposées à la salle Multi du complexe Méduse abordera-t-elle le phénomène sous ses volets théorique, esthétique et juridique.Plusieurs spécialistes feront part de leurs recherches en la matière, sur place ou par vidéoconférence.Notons entre autres la participation de Derrick de Kerckove, jadis assistant de Marshall McLuhan; de Normand Tamaro, spécialiste en propriété intellectuelle; de Louise Poissant, directrice du groupe de Recherche en arts médiatiques de l’UQAM; de Ginette Daigneault, qui rédige actuellement une thèse sur l’art réseau.ART RÉSEAU: UN NOUVEAU MÉDIUM DE CRÉATION Programme de conférences organisé par la Chambre blanche Les samedi 6 et dimanche 7 mars à la Salle Multi de Méduse MAURICE PERRON (AVEC LA PERMISSION DU MUSEE DU QUEBEC) Portrait de Jean-Paul Riopelle et Françoise Sullivan.Février 1948.l’auteur des principaux documents photographiques reliés au cercle des automatistes était rarement crédité pour son travail, dont on a usé largement sans se soucier de l’origine des clichés.«C’était frustrant pour lui: non seulement ne recevait-il pas de droits, mais on ne mentionnait même pas son nom», rappelle la commissaire du musée.Une certaine amertume L’homme en a gardé une certaine amertume que la reconnaissance des dernières années aura peut-être réussi à dissiper.«Le jour du vernissage au musée, il était lumineux», aime se souvenir Nathalie de Blois.Il aura fallu cependant que le photographe résiste, exige, qu'il ferme la porte parfois, pour que son apport, tant sur le plan documentaire qu’artistique, soit mieux intégré à l’histoire du mouvement automatiste.La photographie, à l’époque de Refus global, n’avait pas encore le statut artistique dont elle jouit aujourd’hui.Et Maurice Perron, étu- FRANÇOIS PERRON son travail», révèle encore Nathalie de Blois.«Si j’avais su l’ampleur que ça allait prendre, j’aurais photographié pas mal plus que je ne l'ai fait! J’aurais fait un effort pour témoigner du maximum», lui confiait modestement le photographe.VINCENT DESAUTELS Le jeudi 25 février, Nathalie de Blois, commissaire invitée du Musée du Québec, s’est rendue une dernière fois chez Maurice Perron.Depuis un an, elle travaillait à l’acquisition par le musée des œuvres du «photographe des automatistes» et, cette fois, son mandat était bel et bien terminé.Elle venait simplement lui montrer ce qu’elle remettrait au musée afin d’obtenir son ultime approbation.«Etes-vous content?» s’enquit la jeune femme auprès de l'artiste.Maurice Perron jeta un dernier regard sur le travail accompli.«Je suis content que tout ça se règle enfin», soupira-t-il.Maurice Perron ne sera pas parti sans avoir eu la satisfaction de voir son travail reconnu.Si aujourd’hui le succès de l’exposition que lui a consacrée le Musée du Québec est tel qu’une prolongation s'avère indispensable, ce n’est qu’un juste retour des choses.Il fut un temps pas si lointain où i l * Maurice Perron chez lui.chés.» L’œuvre photographique de Maurice Perron reste avant tout la chronique de cette amitié exceptionnelle, au delà de la valeur historique qu’elle a acquise depuis.«Il restait à la fois fier et humble par rapport à ça; il se permettait un regard critique sur ' [%- -** Maurice Perron, Autoportrait, vers 1949-1950.Épreuve argentique, Rolleicord, 25,5 x 25,5 cm MUSÉE DU QUÉBEC SS Parc des Champs-de-Bataille, Québec (418) 643-2150 www.mdq.org Le photographe Maurice Perron (1924-1999) nous a quittés, mais il nous laisse des traces immortelles d'instants de lumière.Le Musée du Québec est honoré de servir sa mémoire.* \ i D 12 4 PROSmUTES AREN’T BORN.2;HiTOff>:ïï La publicité est un reflet de la société contemporaine et la technologie numérique a profondément changé la profession du graphisme, souligne une rétrospective de 50 ans de la publicité et du graphisme.Mais cette célébration de la production publicitaire ne dépasse malheureusement pas le niveau superficiel de l’esthétique, de l’image et pèche par son manque d’analyse critique des finalités et de l’influence sociale publicitaire.CHARLES-ANTOINE ROUYER Toronto — Les avancées technologiques ont bouleversé la conception graphique, rappelle l’exposition temporaire de l’Institut de culture contemporaine du Musée royal de l’Ontario.«En l’espace de 50 ans, la télévision et l’ordinateur ont fait leur apparition», rappelle Howard Creel Collinson, le conservateur de l’exposition.«Nous sommes tellement habitués à la manipulation de la réalité avec l'informatique.», ajoute-t-il à propos d’une couverture de l’hebdomadaire Maclean’s datant de 1972.La reine Elizabeth et le président américain Kennedy se retrouvent sur la même photo, un coupé-collé surprenant à l’époque et à la portée de pratiquement n’importe qui de nos jours.Les étapes de la production graphique ont beaucoup évolué, éliminant du même coup une partie des tâches plus manuelles de la publicité.«Un grand nombre de métiers a disparu, souligne Howard Collinson: celui de la mise en page, de la production des éléments visuels, qui demandaient un long apprentissage dans le passé, ont disparu.L’illustration joue certes encore un rôle, mais la publicité fait beaucoup appel à la photographie.» Il rappelle au passage comment A.J.Casson, l’un des membres du Groupe des Sept, ces peintres impressionnistes paysagistes canadiens du début du siècle, gagnait sa vie comme graphiste publicitaire à Toronto.«À l’époque, au début du siècle, la photographie n'était pas encore très développée.Mais les goûts esthétiques privilégiaient aussi l’illustration.Les gens aimaient les dessins à la main.» La technologie a simplifié la chaîne de production mais du même coup a facilité l’entrée d’intervenants dont la formation n’est peut-être pas toujours à la hauteur, poursuit Howard Collinson.«L’arrivée de l'informatique dans la conception graphique a libéré l’imagination, le processus créatif, en réduisant les contraintes technologiques, mais il n’y a plus aucun apprentissage; au lieu de passer des années en typographie, un étudiant de première année en design peut manipuler la typographie.Tout le monde peut le faire, cela veut dire que l'on peut engager des gens qui ne sont pas bien formés.» La profession du graphisme tente d’ailleurs de se structurer davantage précise-t-il, indiquant le nouveau titre de concepteur graphique agréé en Ontario.(Voir encadré) Une banderole publicitaire en carton pour les transports en commun exposée illustre aussi l'influence de la production publicitaire sur l’environnement physique.«C’est du carton.Elle n’est pas illuminée par derrière.C'est aussi pour cela que nous collectionnons des originaux», souligne Howard Collinson.«Im texture visuelle du monde est tellement déterminée par la présence physique de la publicité.Le paysage urbain est constitué par la publicité et l’architecture», résume-t-il.Mais si les matériaux, les techniques de fabrication ou les intervenants ont connu des mutations, le contenu aussi a profondément évolué.«Les publicités vont beaucoup plus vite», résume Howard Collinson.«Un spot publicitaire de deux minutes, c'est comme regarder Guerre et paix», plaisante-t-il.«Aujourd’hui, les annonces font de 15 à 30 secondes.Quelquefois une minute, mais cela revient très cher.» Ce nouveau visage de la publicité traduit une ambiance de fin de siècle où la stimulation sensorielle ou intellectuelle est effrénée.«Que ce soit sur papier ou L E 1) E V 0 1 IV .LES S A M E I) I (i E T l) 1 M A N C 11 E 7 M A It S I !• !» !» ?LE DEVOIR « *4' * "'] JVjirwi C « 4 IIMi-iV ¦*V—f A hole lot of flavour.à la télévision, on attend de nous que nous les absorbions plus vite, note le conservateur.Cela fait partie de l’environnement surchauffé dans lequel nous vivons, du bruit qui nous entoure», conclut le conservateur.Cette omniprésence publicitaire de nos jours touche au deuxième thème de cette exposition temporaire, soit que la publicité reflète la société du moment.«La publicité et le design font totalement partie de notre culture et constituent un excellent témoignage sur certains aspects de la vie en Amérique du Nord», résume Howard Collinson.«La publicité est devenue une forme principale de communication de notre temps.Qui dépense des millions de dollars pour savoir ce que pensent les gens?Les agences publicitaires davantage que les anthropologues, lance-t-il.Une énorme part de la communication publique se déroule par le médium publicitaire», conclut-il, abordant sans doute le volet de l’exposition que l’on ne peut s’empêcher de remettre en question.Car la publicité est présentée ici comme un moyen de communication passif, reflétant une société bien définie.Alors qu’en réalité, la publicité communique activement, elle peut façonner la culture en créant des besoins et des modes, la finalité première du message publicitaire.La publicité n’est donc pas uniquement un miroir reflétant fidèlement les préoccupations contemporaines, c’est aussi une loupe grossissante braquée sur une infime facette sociale, voire même un prisme qui déforme la réalité et qui bien souvent l’embellit.Le conservateur de l’exposition convient que sa réalisation ne vise qu’à présenter telle quelle la production publicitaire et qu’elle ne propose aucune analyse du contexte ou des finalités publicitaires.«C’est un phénomène social incroyable en soi.C’est un pan énorme de la culture de la fin du XX' siècle», constate-t-il simplement «Est-ce bien ou mal?», s’in-terroge-t-il tout de même, reconnaissant dans la foulée la prépondérance publicitaire exagérée de nos jours.«[Un propriétaire] de chaîne de télévision ou de journal pourrait finir par considérer le contenu comme du remplissage entre les annonces publicitaires.» Et sur la façade du musée lui-même, une banderole immense annonce l’ouverture prochaine du Musée de l’enfance, en lieu et place de l’ancien planétarium fermé par les compressions budgétaires.Les logos d’un fabricant américain de céréales et d’un fabricant suédois de meubles y trônent en bonne place.Signe des temps, effectivement.Musée royal de l’Ontario: (416) 586-8000, Internet www.rom.on.ca Catalogue de l’exposition (en anglais seulement): 60 $ PRÉSENTATION DE L’EXPO L’exposition Publicité et design au Canada - Cinquante ans d'histoire du Musée royal de l’Ontario (ROM) retrace 50 ans d’histoire de la publicité et de la conception graphique.Cette rétrospective commémore le 50" anniversaire du Club canadien de la publicité et du design (CCPD).Elle est à l’affiche du ROM depuis le 13 février, et ce jusqu'au 18 juillet 1999.L’exposition rassemble plus de 130 publicités créées pour la presse écrite et 55 pour la télévision.Les productions exposées ont été choisies parmi les lauréats annuels du CCPD depuis 1949.Le CCPD rassemble près de 400 créateurs publicitaires et graphistes du Canada anglophone principalement.L’exposition marque également le début de la création d’archives permanentes sur la publicité et la conception graphique au ROM.Automobiles, mobilier, vêtements, fromage, les annonces sélectionnées couvrent toute la gamme des produits de consommation, ainsi que des manifestations culturelles jusqu’à des thèmes plus humanistes comme la sensibilisation au racisme ou à la prostitution infantile.On retrouve également exposées aux murs de la galerie de l’Institut de culture contemporaine des couvertures et des doubles pages de magazines primées pour leur mise en page.Les œuvres présentées ont été choisies parmi les seules réalisations qui ont été envoyées sur une base volontaire par les lauréats de ces 50 dernières années et non parmi la totalité des créations primées.Le conservateur aidé de publicitaires a ensuite déterminé quelles réalisations seraient exposées, selon leur importance du moment.Par exemple, une publicité datant de 1973 pour une banque figure ainsi dans l’exposition.«C’est la première publicité bancaire qui a pris le thème de la banque proche des gens.Cela était très original à l’époque, se sont exclamés les publicitaires qui m’ont comeillê», précise le conservateur de l’exposition, Howard Collinson.Et si l’on souscrit au thème de l’exposition, publicité reflet d’une société, on ne peut s’empêcher de souligner qu’aucune annonce publicitaire francophone ne figure dans l’exposition.Côté Club canadien de la publicité et du design, on invoque le manque de soumissions envoyées depuis le Québec.Les annonces de candidatures n’étaient qu’en anglais, reconnaît-on toutefois une fois interrogé.Pour que quelqu’un reçoive un message, ne faut-il pas le lui envoyer dans sa langue?C’est SOURCE THE ADVERTISING & DESIGN CLUB OF CANADA pourtant le b.a.-ba de la communication publicitaire, non?Pour un club de publicitaires, et qui se dit «canadien», cela laisse songeur.Club canadien de la publicité et du design/Advertising and Design Club of Canada: (416) 4234113, courriel: adcc@interlog.com DÉSIGNATION DE CONCEPTEUR GRAPHISTE AGREE Concepteur graphique agréé: une première ontarienne L’Ontario est la première province du Canada à avoir instauré une désignation officielle de concepteur graphique agréé (Registered graphie designer ou R.G.D.).La technologie informatique ayant facilité la production graphique et du même coup l’accès à la profession, des graphistes ont jugé bon de tenter de relever la barre.«Le titre de R.G.D.n’est pas un permis [obligatoire] comme pour les médecins ou les architectes», explique Carmen von Richthofen, directrice générale de l’Association of graphie designers of Ontario, qui décerne le titre.«Nous voulons seulement nous assurer de normes minimales de compétences professionnelles, alors que l’on peut se dire concepteur graphique ou concepteur sur le Web après un cours de deux semaines en graphisme sur informatique.» L’association a reçu l’aval du Parlement ontarien le 25 avril 1996.Après une période de transition terminée au 31 décembre 1998, il faudra dorénavant passer un examen et soumettre un portfolio, après avoir étudié trois ou quatre ans dans une école de design et totaliser sept ans de formation et d’expérience professionnelle.L’examen sera prêt au printemps et devrait prendre une journée complète.«L’idée d'une accréditation vise à protéger la sécurité du public, explique Carmen von Richthofen.Legrand public ne réalise pas à quel point le design joue un grand rôle dans leur vie.Que ce soit la signalétique dans un aéroport ou bien la recherche d’un nom dans un annuaire.» Association of graphie designers of Ontario: (888) 274-3668, Internet: www.argdon.org FORME.GRAPHISME-PUBLICITE Galerie de l’Institut de Design Montréal 390, rue Saint-Paul Est Marché Bonsecours Montréal (Québec) Canada H2Y 1H2 Téléphone (514)866-1255 C YŸJC' l D’AILLEURS Vitrine unique ¦ JI_J-, .OBJETS DESIGN.POUR VOUS! Pour acheter, collectionner ou, simplement, regarder.mmwmmmrn rntwmmmmmmKmmmm Heures d’ouverture Tous les jours de 11h à 16h i
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