Le devoir, 13 mars 1999, Cahier E
LE DEVOIR Mars, toute une délégation d’écrivains québécois s’envole pour le Salon du livre de Paris, qui nous ouvre toutes grandes ses portes.Gilles Vigneault, si familier de la France, y est l’invité d’honneur.Aux jeunes auteurs désireux de percer là-bas, il dit: «Rêvez, parce que le mot “rêve” contient la possibilité de la réalité.» ODILE TREMBLAY Qle devoir uand Gilles Vigneault vous parle de la France, NatasR-quan n’est jamais bien loin.A croire qu’il traîne un pont avec lui, reliant des points poétiques sur sa carte intérieure.Ses yeux bleus vont du Saint-Laurent à la Seine et la dimension temps s’en mêle.Dans son discours envolé valsent hier et aujourd’hui, son enfance, sa prochaine tournée en France, le livre de photos sur la Minganie dont il est en train d’écrire le texte et son propre avenir, que ce fils d’une mère centenaire voit très long.Soixante-dix ans, quatre décennies de carrière derrière lui.Il n’a pas envie d’être statufié, Vigneault, juste de continuer à écrire, à chercher, à douter, à se promener sur la planète en conservant son monde avec lui comme une tortue d’eau salée.On croit que l’auteur de Gens de mon pays est notre barde à nous; c’est oublier que la France l’a adopté aussi.Nous nous le partageons, en somme.Sa voix rauque résonne des deux côtés de l’Atlantique, et un peu plus là-bas qu’ici, parce qu’on est toujours plus grand hors de chez soi.Alors, quand est venu le temps de nommer un invité d’honneur pour le prochain Salon du livre de Paris, qui déroule le tapis rouge aux Québécois, le nom de Vigneault s’est imposé, comme une figure de proue au navire.Il s’avoue d’ailleurs ravi de sa fonction d’ambassadeur dans ce Salon, flatté même, conscient d’avoir toujours été considéré davantage comme un chansonnier que comme un écrivain.Il trouve parfois bien lourd le statut de vedette, à ses yeux un peu surfait.«Les affiches nous font une tête plus grosse que la réalité», précise le chantre avant d’ajouter: «Des fois, je me demande si je vends mes livres parce que je chante ou parce qu'ils sont bons.» Tout le monde a des doutes sur soi, même Gilles Vigneault.Qu’est-ce qu’un écrivain si ce grand homme des mots n’en revendique pas le titre?Depuis le temps qu’il chante à Paris, un autre que lui serait devenu un peu pa-rigot.Pas Vigneault.Il lui manque l’accent et l’arrogance.«On est de son enfance comme d’un pays», lance-t-il en citant Saint-Exupéry.L’ombre de Natashquan passe.Ix“s premiers pas N’empêche.Dès 1965, il faisait ses premiers pas parisiens à Bobino, et à l’Olympia dès 1969.Ses.nombreuses tournées à travers la France, il les a fait démarrer en 1968, en première partie du spectacle de Reggiani.Un pied là-bas, un pied ici.Vigneault rêve encore du jour où il pourra faire du tourisme en France tant il y a toujours travaillé.Le poète est le roi de la digression.Vous le lancez sur une piste, il y roule un moment, vous jette deux ou trois répliques en pâture puis s’envole ailleurs, du côté de Clinton, de Larry Flynt, du festival de la chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, qu'il trouve si chouette, et des jeunes qui s’expriment à son avis bien mieux qu’autrefois.Il rit de vos efforts dérisoires pour le ramener au thème du jour, adore naviguer entre les idées, les concepts, vous entraîne à sa suite sur la vague où vous guettez le reflux.Et Paris, là-dedans?«Ah oui!» Et nous voilà repartis.Nul n’est moins blasé que Gilles Vigneault sur une France qu’il connaît pourtant si bien.Quand, jeune chansonnier à la tête farcie de «tant ti di lam», il a foulé le sol de Paris avec sa guitare et ses chansons, il sentait le besoin de retrouver là-bas les véritables sources du langage, y aspire d’ailleurs toujours.C’est en suivant le fleuve du français qu’il voyage, Vigneault, convaincu que celui qui se coupe de ses racines ne deviendra jamais quelqu’un ailleurs.«Atteindre l'universel dans l’écriture, c’est être si profondément de son village qu’un pêcheur japonais puisse se retrouver dans un pêcheur de Natashquan», estime-t-il.Ecrivain francophone Percer à Paris.Rêve éternel de tout écrivain québécois.Là est le bassin immense des lecteurs francophones, là sont tant de pairs, le passé littéraire aussi.11 y croit, à l’impact de la présence québécoise au Salon du livre de Paris, Vigneault.«Ça va apporter de la communication entre les différents écrivains francophones sur la Terre, et c’est toujours ça de pris», lance-t-il, confiant.Une poignée de nos auteurs y parviendra pourtant, qu’importe?A tous, Gilles Vigneault recommande de garder la barre le plus haut possible, de ne pas remiser leurs rêves.«Si on met la barre trop bas, on peut s’y enfarger, trébucher dessus.Tandis qu’en l’élevant un petit peu plus à chaque jour, on s’entraîne.C’est toujours Lire le >' - 'à-A—: * ,v > r *« r.ÇQ} %'* mm • ¦ ¦¦ / «L’invitation du Québec au Salon du livre va apporter de la communication entre les différents écrivains francophones sur la Terre, et c’est toujours ça de pris» dangereux de rester confiné dans une exigence limitée.Alois, à ceux qui rêvent de reconnaissance parisienne, je dis: rêvez, parce que le mot “rêve” lui-même contient la possibilité de la réalité.» Vigneault n’a pas de problème avec le fait que les artistes québécois en France soient servis par leur petit cachet d’exotisme.«L’exotisme, ç’a du bon, et ça jouera longtemps.Dans tout Français, il y a quelqu'un qui regrette que son ancêtre ne soit pas parti d’Europe pour coloniser le Québec.D'une certaine façon, les écrivains fiançais en province sont plus éloignés de Fatis que les auteurs québécois.L’exotisme nous sert aussi.» Gilles Vigneault se définit comme un homme chanceux, chanceux d'avoir reçu sa formation de la nature dans un Natashquan qu'enfant, il ne savait pas apprécier à sa juste valeur.Chanceux aussi d’avoir fait ses humanités au séminaire de Ri-mouski en y potassant le latin, chanceux d’être un artiste reconnu en Europe.Et quand on lui demande la recette pour percer à Paris, il répond qu’il n’y en a pas, sauf une, pas nécessairement attrayante: beaucoup de travail, une exigence.Ajoutez la foi en soi pour être capable d’avoir foi en l’homme en général.«Croire et croître.L’un aide l’autre à grandir.» Vigneault préfère trouver le verre de l’humanité à moitié plein qu’à moitié vide.II se définit comme un optimiste, y voit une question de gènes, un legs de ses ancêtres, mais aussi une position philosophique qui ouvre sur la meilleure partie de l'être humain, celle à laquelle il V\kWÔAW Entre Paris et la Minganie Gilles Vigneault est l’invité d’honneur du 19e Salon du livre de Paris ne cesse de s'adresser.¦f l K I) K V 0 I It .I, K S S A M EDI I 8 E T I) I M A N C II E I 1 M A H S I l A và LL le Québec fleurit À Paris / % ¦in v Le Printemps du Québec en France 16 mars au 21 juin 1999 Elle est emballante l'invitation qui nous est faite d'exposer à Paris notre imaginaire, notre poésie et nos idées, comme nous le propose le Salon du livre.Éditeurs, auteurs, libraires, tous les acteurs de la chaîne du livre d'ici y répondront avec la passion dont les Québécoises et les Québécois sont capables.Le Salon du livre de Paris inaugurera le Printemps du Québec en France, moment fort pour la visibilité internationale de la culture québécoise.Fier d'être le premier État francophone invité dans ce cadre, le Québec s'inspirera de cette expérience sans précédent pour faire connaître et diffuser, à travers le monde, les trésors de sa culture.Québec L E I) E V 0 I It .L E S S A M EDI I 3 E T I) I M A X ( Il E I I M A H S I !l I) !> E 3 Lire le L’écrivain québécois et son double L’aventure collective des écrits individuels Il y a des lieux de la parole et de l’écrit.Le Québec est l’un de ceux-là.«Dans toute la Cité, nous sommes peut-être les seuls en cet instant à vibrer pour un texte d’une frayeur, d'un enthousiasme, d’un bonheur comparables à ceux qui faisaient trembler à Delphes la Pythie sur son trépied, lorsque, à travers elle, Apollon venait prononcer, mais sans l’élucider, un texte énigmatique.» Il y a de l’orgueil, de la démesure chins cette phrase de Jean Larose, mais elle formule avec justesse comment les mots, sous toutes leurs formes, font partie intégrante de ce coin d’Amérique.Et ce que les auteurs racontent, les Québécois y croient.Souvent sans lire.Et quand ils sont récipiendaires d’un prix, c’est tout le Québec qui le reçoit.(La fierté fut collective quand Gabrielle Roy, dans les années 40, Anne Hébert, dans les années 50, Marie-Claire Blais ou Réjean Du-charme, dans les années 60, ont été ailleurs, en France, honorés.) Les textes lire ce double cahier consacré à la littérature québécoise convaincra du lien qui existe entre l’auteur et son lecteur.Indépendamment de la discipline ou du métier de celui ou celle qui signe.Seuls les tons varient.Universitaire, auteur, journaliste ou écrivain, tous entretiennent une relation étroite avec ce qu’ils recensent ou ceux et celles qu’ils rencontrent.L’universitaire utilise les outils de recherche et son approche se veut historique, ou globalisante, mais tou- jours transparaît son intention avouée de participer activement à la conscience nationale: n’est-il pas souvent lui-même aussi penseur, auteur ou éditeur?L’auteur d’articles de revues a une relation d’intimité avec l’objet culturel: n’a-t-il pas tous les droits, celui qui lit et écrit pour la seule gloire de la littérature?Le journaliste voit dans sa rencontre avec l’auteur l’occasion de transmettre les motifs de son enthousiasme: comme si l’objectivité résidait dans la reconnaissance, nécessairement partagée, de la qualité intrinsèque du roman, de l’essai, du poème ou du texte théâtral.L’écrivain montre que la littérature est une parole en relais et que les textes des autres deviennent siens: l’identité n’est pas le fait de l’appartenance, fréquente, à la même maison mais plutôt dans la reconnaissance, malgré les projets individuels, d’une aventure collective et partagée.Les textes de ces pages sont, indépendamment des styles, d’intention identique, comme si la langue utilisée, au delà des codes linguistiques, avait pour source la seule émotion, signifiée par l’enthousiasme dans le propos, et le besoin de justification, si le doute soudain surgit, du propos du texte originel.L’aventure de l’écriture devient ainsi partie d’un programme plus vaste où ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la défense et l’illustration de la langue québécoise.Ecrivains et auteurs participent de la même «renaissance» et tout est permis et utile: l’emprunt et la citation, l’ici et l’ailleurs, l’Amérique et l’Euro- pe, l’Indien et le Noir, le microcosme et les grands espaces.Dépassant son projet littéraire, l’écriture québécoise est perçue, et souvent produite, dans un projet aux ramifications politiques, sociales et culturelles.Ecrire au Québec signifie définir la société, l’espace social de l’écrivain et de son sujet — ce qui explique que longtemps la langue d’expression ne pouvait être que française ou québécoise —; parler de l’écrit québécois entraîne le recours à un discours de proximité — où le «je» et le «nous» se confondent, toute distance quasi abolie, le lecteur, l’auteur et le «critique» visant le même objectif; lire ce que le Québec littéraire produit permet finalement de lire le Québec.Un portrait Peut-il y avoir une distance, dans un tel contexte, quand la littérature est l’objet de l’enjeu?Qu’en est-il de l’objectivité du regard si, en quelques pages, est tracé un portrait de la littérature québécoise?Il est connu que toute lecture dépend d’un temps, ici, d’un moment — où le Québec obtient du Salon du livre de Paris le statut de pays hôte —, et qu’alors les modes et les coups de cœur interviennent dans l’établissement des sélections.Pour qui connaît la littérature québécoise, des noms surgiront à la mémoire, soulignés par leur absence dans les pages qui suivent Une année plus tôt, une année plus tard, ayant participé ou participant à la rédaction de ce journal, un roman ou un texte plus loin, d’une maison d’édition plutôt qu’une autre, ils auraient pu se retrouver parmi les auteurs retenus.Il faut toutefois savoir que les absents ici n’ont aucun tort.Ce cahier veut dresser de la littérature québécoise une image dynamique où seraient reflétées à la fois sa pluralité, sa continuité et sa diversité.Il y eut un préalable établi par les organisateurs du Salon quand les salles d’exposition furent nommées en hommage à des écrivains québécois décédés: il apparut alors nécessaire de mentionner leurs œuvres, toutes majeures, pour informer un public français et les rappeler au lecteur québécois.Et de ces noms, reprenant le passé de l’auteur ou revenant sur ses écrits, une organisation thématique a été établie: elle a influé sur l’établissement de la liste finale des auteurs.Quant aux différents collaborateurs de ce cahier, ils ont été choisis selon leurs compétences, leurs disponibilités et leurs liens, divers, entretenus avec l’objet littéraire.Un souci constant a prédominé durant toute la préparation et la production de ce cahier spécial: initier et donner le goût de la littérature d’ici.Car Le Devoir est, et depuis longtemps, un intervenant dans la vie culturelle québécoise.Normand Theriault Normand Thériault est le directeur de la section culturelle au journal Le Devoir.R E L E Q U E li E C (' K r A II I K B S I’ K C I A L K S T I1 U II L I K I1 A II I.E II E V (I I 11 I) i r e cl in ii du c a hier NORMAND T II É K IA T LT Coordination .NORMAND T II K It IA U LT ET (i U Y I.A IXE MA S S (Il T K E I) i r c c I i ii ii a r I i s I i f| il e CHRIS TI A X 11 E F F T Collaboration STÉI» Il A XK liA 11.LA B G KO X.FIIAXCIXK HORDE], EAU.BLAND IKK CAM N (IX.I1É.MV (Il A 11 EST.ROBERT CHART 11 AND.M A 11 IF A X I) Il F K C II 01’ I X A 11 I), .1 F A X IM Fil II F DF.XIS.(il SELF I) FS 11 (IC II FS.Il AV MO XI) DEVOS, (i LOIIIA FS.COM FF.MICHEL (i A II X F A U.USE fi A IJ VIN.1 FA X - CLÉ 0 fi 01) IX.HERVÉ CT AV.NANCY IIIIS TO X.MAIIC I.A ISF 11 (i F.MICHEL LAC0.MI5F.ROBERT LA I.0X DE.SI.MOX LAXtil.OIS, ALEXANDRE I.AZA 11 I DÈS.S T FI» IIA X F I.F I* IX F.SOI, A X (i F I.F V F SQ F F.(il 1.1.F S MARCOTTE.(ilJVLAIXF MASS0TTIIF.ROBERT M F L A X ÇO X.F 11 A X (DIS X 0 II M A XI).1A CI) C F S P E L L F T 1ER.1.0 11 11 A IXE l’I X T AI.1 F A X PRO V F X C II F 11.FRANÇOIS RICARD.CHRISTIAN H 101 X.ROBERT SAI.FTT1.-CHANTAI, SAVOIE.ODILE TREMBLAT.YOLANDE VI LL F NIAI HE Révision MICHÈLE MALENFANT ET,MARTIN I)I < LOS Maquette MICHELINE T U R (i FOX Mise en pages PAUL H EX X FIT.YVES D AVI (i X (IX ET MARIE-PAILLE VILLENEUVE P U b I i e i I é JACQUELINE AVRIL.DANIEL BARBEAU, (i II IS I.A IX F C Û T F.M A I! I.F X F C Û T F.CIII1IS TI A X F LE fi A U I.T ET CLAIRE PAQUET Mer ri à l’Associai ion liai ions le des éditeurs du livre.:i R1 a inline Campion, à Marie Andrée Chou i û a rd el à 11 oberl C h a i l ra n d LE DEVOIR Rédacteur en chef: R F 11 X A 111) DE SC (IT F AUX «?; ( ' ' 2(150.rue de Hlrury.H' étage Montréal (Québec) Il S A 3 Ml) Tel.: (51 I ) 9.65 3333 Co û r r i e ré Irai ro u-iififf: reTÎaeli n il @ I rdrvo i r.eo ni ¦•¦•'•¦l’iÿiï'v Au service de la littérature et des idées LES ÉDITIONS DU BORÉAL Maison de littérature générale établie à Montréal, le Boréal fait paraître chaque année Soixante^dix titres et compte un catalogue de près de mille titres.Appréciés par les lecteurs et couronnés par de nombreux prix et distinctions, les auteurs du Boréal proviennent du Canada anglais ou de l’étranger, mais surtout du Québec.La maison offre ainsi au lectorat franco^ phone un riche panorama de cette littérature d’Amérique du Nord qui s’écrit en français.LES ÉDITIONS DU BOREAL 4447, rue Saint-Denis Montréal (Québec) H2J 21.2 Canada Téléphone (514) 287-7401 Télécopieur (514) 287-7664 Courrier électronique : boreal@editionsboreal.qc.ca N’hésitez pas à consulter notre site internet pour en savoir plus long sur la maison, sur les nouveautés et sur les activités de nos auteurs.http://www.edilionstioreal.qc.ca DIFFUSION AU CANADA Diffusion Dimedia 539, boul.Lebeau Saint-Laurent (Québec) H4N 1S2 Canada Téléphone (514) 336-3941 Télécopieur (514) 331-3916 DIFFUSION ET DISTRIBUTION EN EUROPE Les Éditions du Seuil Service des commandes B.P.n” 29 Ballai n villie rs 91162 Longjumeau Cedex Téléphone / Répondeur (01) 69.10.89.09 Télécopieur (01) 64.48.49.63 Venez nous rencontrer au Salon du livre de Paris • Stand Boréal R61 f F-*TO«fr E 4 1.E D E V 0 1 R , 1.E S S A M EDI 1 ; I E T 1) I M ANCHE 1 1 4 M A R S 1 i) il il M ut — .— — «»¦»• Lire leJH isîl < r U i1 « « 5» m t « M Espace d’ouverture S’alimenter à toutes les sources Il y eut choc, pour le lecteur de La Petite Poule d'eau, d’apprendre que celle qui avait si bien décrit le Montréal de Bonheur d’occasion pouvait raconter une enfance manitobaine.Avec les années, Gabrielle Roy allait faire sien le territoire québécois, et les Québécois allaient faire leur cette auteure venue d’un autre lieu alors si proche, le Canada français.Si, au tournant des années 50, tout était à faire — le lieu et la littérature —, au fil du temps le débat art-culture-littérature prit place — et se déroule toujours — sans affrontement sur la place publique.La littérature québécoise se construit dans un espace d’ouverture où sont inclus les livres qui parlent du lieu — le Maria Chapdelaine de Louis Hémon a toujours fait partie intégrante du patrimoine — et les auteurs qui habitent le territoire.Pays jeune ou signe d’ouverture, toujours est-il que l’exclusion semble être la seule valeur qui soit à exclure.Quand Dany Laferrière, comme Emile Ollivier, voulut raconter Haïti ou Ying Chen écrire «sa» place Tiananmen, cela devint de la littérature québécoise, éditeurs et critiques s’entendant sur l’appartenance, comme s’il ne pouvait être question d’appropriation.L’édition québécoise ne craint d'ailleurs pas d'inscrire dans ses catalogues des manuscrits dont la langue d’écriture n’est pas le français Oe ¦texte original des romans de Patino est en espagnol) ou dont l’histoire et son auteur sont d’origines outre-frontières (Kokis nous amène au Brésil, son pays d’enfance).Dans le climat politique où vit le Québec, fait de référendums, de discours sur le nationalisme, de la définition d'une société distincte qui serait ethnique ou civique, il y avait, récemment encore, un espace flou dont faisaient les frais les auteurs anglophones.Pourtant, le Montréal de Mavis Gallant, plus près du «Golden Square Mile» que du Saint-Henri de Roy, est québécois.Quant à l’auteur Trevor Ferguson, il est définitivement lui aussi montréalais.La littérature québécoise est une jeune littérature et l’explication de son ouverture ne semble point être dans la seule volonté de se constituer rapidement un corpus.D’ailleurs, s'il est une espérance, c’est que rapidement se fassent connaître des textes de création provenant des nations autochtones du territoire, les romans d’Assiniwi étant de rares témoins de ces civilisations.Littérature d’ouverture, auteurs d’origines diverses, histoires locales et chroniques d’ailleurs, autant de façons de définir un univers littéraire où le lieu de naissance, le propos, la langue ne sont que des référents et non des conditions préalables.Le Québec sait que ses premiers auteurs venaient d’outre-mer, de France plus précisément.Normand Thériault FRANÇOIS RICARD Tout en étant considérée comme «classique», c'est-à-dire comme l’un des monuments du passé littéraire national, son œuvre reste en même temps l'une des plus actuelles et des plus vivantes auprès des lecteurs.Fait plutôt exceptionnel, Gabrielle Roy n’a pas eu à traverser ce «purgatoire» d’oubli plus ou moins prolongé qui suit ordinairement la dispari-! tion des écrivains.Depuis l’année de sa mort, tous ses livres, sans exception, ont continué d’être réimprimés régulièrement et restent présents dans les librairies comme s’il s’agissait de nouveautés qui viennent juste de paraître.Aujourd'hui comme il y a vingt, trente ou quarante ans, le public de Gabrielle Roy ne se limite ni à celui de la littérature «commerciale» de grande diffusion ni au milieu plus restreint des écrivains et des spécialistes, ces deux «sphères» de la vie littéraire ordinairement séparées, sinon ennemies.Tout en jouissant auprès du grand public «populaire» d’une faveur, voire d’un attachement qui ne se dément pas au long des années, comme en font foi les tirages, son œuvre est également de celles qui suscitent, dans les cercles de la critique savante, ici comme à l’étranger, la plus grande quantité de thèses, d’analyses et de «recherches» de toutes sortes.De même, l'œuvre de Gabrielle Roy a ceci de particulier que c’est peut-être la seule que l’on puisse dire authentiquement «canadienne», au sens fédéral du terme, dans la ’ mesure où, entièrement traduite en anglais, elle est lue ; également dans les deux communautés linguistiques et occupe une place majeure dans les deux traditions, les deux institutions, les deux marchés distincts qui consti-; tuent, qu’on le veuille ou non, le Canada littéraire d’aujourd’hui.Cette singularité tient sans doute à plusieurs facteurs, , au premier rang desquels il faut situer l’ampleur, la diversité, la richesse à la fois thématique et formelle de cette • œuvre, toutes qualités qui la distinguent fortement, il faut ‘ bien l’admettre, de la plupart de celles des auteurs québé-; cois et canadiens de la même génération.Après Bonheur • d'occasion, qui l’a imposée dès le début comme une roman-! cière de tout premier plan et a marqué un toùrnant décisif dans l’histoire de la littérature québécoise moderne, Ga-' brielle Roy, loin de demeurer l’«auteur d’un seul livre», a .donné une douzaine d’autres ouvrages, tous aussi beaux, tous aussi fortement pensés et écrits, qui présentent entre eux assez de différences et de continuité pour former véritablement ce qu’on appelle une œuvre, c’est-à-dire un univers à part, reconnaissable entre tous, un territoire vaste et varié, complet, cohérent et proprement inépuisable.Or cet univers, on ne peut en expliquer la genèse, l’évolution ou la signification par le contexte où il s’est formé.Contrairement à bien d’autres œuvres de la littérature québécoise tout entières déterminées par les courants littéraires ou idéologiques plus ou moins passagers dans lesquels elles s’enracinent, celle de Gabrielle Roy semble ne tenir son impulsion et ses orientations que d’elle-méme, n’obéir à aucune autre loi que celles de sa propre inspiration et de son propre accomplissement.Déjà, Bonheur d'occasion était, en son temps, un livre inattendu, quasi miraculeux, que rien dans la littérature québécoise des dé-; cennies précédentes ne permettait de prévoir.Et il en ira de même pour chacun des livres suivants de Gabrielle Roy, qui semblent toujours, par rapport au mouvement, aux attentes et aux «canons» littéraires de leur époque, soit en retard, soit en avance, c’est-à-dire proprement inclassables, comme s’ils relevaient d’un monde à part, d’une logique autre, unique, n’ayant que peu à voir avec les circonstances immédiates et l’esprit du jour.Dans les années 60 et 70, par exemple, lorsque la littérature québécoise est à l’engagement politique, à la contestation sociale Magnifique souveraine et à l’expérimentation formelle, la romancière poursuit inlassablement, sans dévier du chemin qu’elle s’est tracé, sa méditation sur l’existence, sa recherche d'un langage et d’une forme capables de dévoiler et de communiquer à tous le secret qui la hante.Il est peu d’œuvres, dans la littérature d’ici, qui aient réussi à sauvegarder une telle autonomie, une telle «souveraineté» et qui, en retour, y aient gagné une telle pérennité.Magnifiquement souverain, cet univers est en même temps d’une étendue et d’une diversité incomparables.S’y rejoignent, à côté de la Gabrielle Roy des grands romans d’observation (Bonheur d’occasion, 1945; Alexandre Chene-vert, 1954; La Rivière sans repos, 1970), celle des «chroniques» plus intimes, inspirées de sa jeunesse manitobaine (Rue Deschambault, 1955; La Route d'Altamont, 1966; Ces enfants de ma vie, 1977).A côté de la Gabrielle Roy des espaces infinis de l’Ouest (La Petite Poule d'eau, 1950; Im Montagne secrète, 1961; Un jardin au bout du monde, 1975), celle de la n;iture familière de Charlevoix (Cet été qui chantait, 1972).A côté de l’essayiste (Fragiles lumières de la terre, 1978), la conteuse (Contes pour enfants, 1998) et l’épis-tolière (Ma chère petite sœur, 1988).Et partout, dans chaque livre, dans chaque histoire, dans chaque mot qui forme cet univers, il y a cette femme, cette artiste en quête du sens le plus proche et le plus lointain, que nul ne peut jamais saisir mais dont nul ne peut se détourner, car c’est le sens même de son art auquel elle a tout donné et, à travers l’art, celui de sa vie, de nos vies, c’est-à-dire de notre souffrance inguérissable et de notre espoir sans fin.Un sens qui se montre et se cache non seulement à travers les personnages, les histoires et les paysages issus de l'imagination de la romancière, mais aussi, et peut-être avec plus d’insistance encore, dans sa propre existence et son propre visage.Aussi est-ce par le récit d’elle-même, par la transformation de son existence en matière de roman, que Gabrielle Roy achèvera son parcours d’écrivain, en donnant Im Détresse et l'Enchantement (1984) et Le temps qui m’a manqué (1997), la plus grande autobiographie littéraire jamais écrite et publiée au Québec.Gabrielle Roy, née en 1909 à Saint-Boniface (Manitoba), décédée en 1983 à Montréal, a reçu d’abord le prix Femina pour Bonheur d’occasion, en 1947, et deux fois le prix du Gouverneur général pour l’ensemble de son œuvre.Elle a publié notamment aux Editions Bcauchemin Alexandre Che-nevert (1954), Rue Deschambault (1955), La Montagne secrète (1961), La Rivière sans repos (1970), Un jardin au bout du monde ( 1975), puis aux Editions HMH 1 a Route d’Altamont (1966), enfin aux Éditions du Boréal la Détresse et l'Enchantement (1984), Fragiles lumières de la terre (1996), !/¦ temps qui m’a manqué (1997).Contes pour enfants (1998).François Ricard est professeur et essayiste.Il a notamment publié au Boréal La Littérature contre elle-même (1985) et Gabrielle Roy, une vie (1996).Tout cet itinéraire pour m’habituer à la mort, toutes ces images pour l’apprivoiser.Les autres?Ont-ils existé ou est-ce que ce ne fut que du langage, des impressions lumineuses dans mon cerveau fatigué?I jc facteur ne m’apporte jamais leurs lettres, mais je le guette toujours.Est-ce que j’ai oublié de leur envoyer mon adresse depuis toutes ces années?Ils sont peut-être en train de dormir.Il ne reste que leurs images déformées dans les miroirs de ma mémoire, leurs surfaces glissantes et un écho de ce qui fut.Je me rends compte que c’est ma propre image que je regarde, sous toutes ces métamorphoses.Elles forment un tissu du souvenir que j’appelle identité.La vie n’est d’ailleurs qu’une succession de morts, de moments qui se figent en forme de cicatrices.C’est moi-même que je cherchais à travers tout ces moments du passé, pour savoir qui je suis, d’où je viens.Maintenant je sais: je viens de loin, de nulle part.Je ne suis rien d’autre que le contenant d’un contenu de souvenirs, la forme qu’ils prennent en s’agençant en récit.Sans eux, je suis vide et sans volume.Sergio Kokis, Le Pavillon des miroirs f* 4 t • 4 4 * * « • V i:: 4 * * Vf i *£ < tu f \ 3 l« I ii « ui JfOVSïo FRANCOIS pardbhiies.X X \ M- FRANCOIS BARCE10 ilTi'TOj François Barcelo auteur de éé Avec Barcelo, on s’amuse dans les choses graves, qui ne sont jamais là où on le croit.99 Jean-Rock Boivin Le Devoir Arlette Cousture Les Filles de Caleb METTE Le chant du coq N AN S il 1RS S ALL Arlette Lotis turc ROMAN ême les olstauv.e sont tor j&urajs voulu vous dire William ,.il, WR ¦ : ¦ éé Aidette Cousture sait magnifiquement raconter des histoires passionnelles, mais elle y ajoute le goût des grands espaces, des décors somptueux, des êtres qui savent toujours dépasser le destin.99 Christine Ferniot Lire Cousture auteur d’Emilie Stand R51 ma Michel Arseneault^Franç OIS B ARCELO^PlERRE BÉLAND ^Jacques Benoit ^Janette Bertrand ^Adrien Bigras^ Jacques Bissonnette^Hélè ne - Andrée Bizier^André Bo lduc £o Andrée Boucher^Pa n Bouyoucas^Léo Boyer^An dré Boyer .^Claude B r i è r e £a Pierre Carons Jean-Marc Ca rpentier^Colette Chabot^ Marie-Andrée Champagne^ Solange Chaput-Rolland^F R A N ÇO I S C H A R T I E R £3 L U C C H A R trandâiMonique Chevrier^ Joe Clark^Marcelyne Clau dais ^Michel Cormier A r l e tt e Cousture^ André C r o t eau & Marc Dauphin^Moniq ue De Gramont^Lorraine D esjarlais^iFrancine Deslon gchampsj&Marcel Dubé^Be N O IT D U T R I ZA C £a T H É R È S E D U V alaRaymonde Gauthier^Mi c h e l Gendron^Georges-Hé bert Germain ^Pauline Gill ^Gilles Gougeon aAgop Ha cikya n ^Clarence Hogues R 0 g er Laçasse fa Chantal Lac ROix^a Daniel Larouche^Lo u i s e La traverse^ Andrée Le Bel £a Marie-J osée Longcham ps&Ruth Major-Lapierre^C L A U D E MARCEAUi&CHRISTINE Martin^Maureen McTeer* Ghislaine Meunier-Tardifs Mia et Klaus^Achille Mich aud ^Michel Michauds Pau 1 Michaud ^Pierre Mongeau ^Michèle Morgan^Floren ce Nicole^Luc Noppen^Pa ul OhlMean 0'Neil.^Danie L L E OUELLET ÂiFRANCINE OUE LLETTE^aALPHONSE P ÂQ U E T £a C laude Paquette ^Fernand P atryâiClaude Paulette^Lis e P a ye t t e Æa Johanne Poulin-Gagnon.^Robert Prévost^A lice Quinton .^Bernadette R enaud i^ajean-Claude Robert £a Michel -Pierre Sa rrazin ^ Michelle S A R R A ZI N éa F E R N A N d Seguin^Louise S I M A R D £a G U Y S I M O N eau£aJean-Yves Sou CY£a Louis-Martin T A R D £a LI S E T H O U I N §! bibliothèque du Québec Québecss Histoire béothuk Une culture millénaire disparue est déjà fait dans ma tête.Ainsi, il m’arrive d'écrire très vite, presque de manière sténograpliique, pour suivre ce qui est en train de se passer dans ma tête, parce que si je ne parviens pas à garder le rythme, le lendemain, c’est la même histoire, mais dans une version différente!» L’origine de ce don, de ces histoires offertes à son esprit, Sergio Kœ kis avoue humblement, avec un sourire amusé, n’en rien savoir: «J’ai vu des êtres humains, j'ai lu des livres, mais ce qui se passe dans ma tête, je ne sais pas d'où ça vient!» Le romancier accepte tout simplement ce mystère, source inépuisable de plaisir, celui des lecteurs, bien sûr, mais aussi, et surtout, le sjen.Ecrivain lecteur passionné, Sergio Kokis enrichit donc l’imaginaire québécois de toutes les fictions essentielles au déroulement de sa propre existence, qu’il conçoit, elle aussi, comme une histoire: «Les livres que j’écris, ce sont ceux sans lesquels je ne peux pas vivre et que personne d’autre n’a écrits.J'écris pour vivre des choses que je ne retrouve ni dans les films ou les livres ni dans la vie.En fait, j'écris comme un lecteur: j'écris les histoires que j’aimerais entendre.» Le public, lui aussi, les a jugées à son goût.Sergio Kokis est né à Rio de Janeiro, au Brésil, en 1944.Ce peintre, qui a aussi étudié la psychologie à Strasbourg et à Montréal, a reçu quatre prix pour son premier roman, Le Pavillon des miroirs (XYZ, 1994).Depuis, il a public chez le même éditeur Negao et Do-ralice (1995).Errances (1996), L’Art du maquillage (1997), Un sourire blindé (1998) et Le Langage de la création (Nuit blanche, 1996).Blandine Campion est critique littéraire au journal Le Devoir.Acri ÎVolliuL; Bernard Assiniwi Montréal/Arles, Leméac/Actes Sud, 1996,427 pages FRANÇOIS NORMAND Rarement un roman historique aura réussi à traduire avec-une telle profondeur l’âme et la détresse d’un peuple se sachant condamné à disparaître.Cette prouesse littéraire, nous la devons à l’écrivain-historien Bernard Assiniwi dans sa Saga des Béothuks.Le 5 juin 1829, mourait de la tuberculose, à l’hôpital de Saint John’s (Terre-Neuve), la dernière des Béothuks, une dénommée Shanawditith, qui fut inhumée au South Side Cemetery.Shanawditith appartenait à une nation amérindienne qui vécut sur l’île de Terre-Neuve pendant des siècles et qui fut exterminée par les colonisateurs britanniques aux XVIII' et XIX' siècles.La Saga des Béothuks, c’est un cri violent du cœur, un devoir de mémoire, un pavé dans la mare de l'histoire officielle afin de ne pas oublier le destin tragique de ce peuple.Bernard Assiniwi fait débuter l’histoire des Béothuks au tournant de l’an mil.Anin, un jeune Béothuk, entreprend de faire le tour de ce qu’il croit être le monde: l’île de Terre-Neuve.C’est le choc culturel.Anin entre en contact avec des Vikings établis au nord de l’ile.Fondateur d’un nouveau clan, le jeune Béothuk est l’ancêtre de tous les personnages dont les faits et gestes de la vie quotidienne nous sont racontés avec simplicité.Au cours de ce voyage historique, qui s’étend sur plus de huit siècles, Bernard Assiniwi nous fait découvrir une culture dont les mœurs et les coutumes en surprendront et en fascineront plus d'un.De la structure socioéconomique à la mythologie des Béothuks en passant par la res publica amérindienne, l'auteur nous offre une véritable immersion dans une culture millénaire maintenant disparue.I-a présence d'une quantité impressionnante de mots de 1; langue des Béothuks dans le roman est d’autant plus enrichissante.Angoisse Le lecteur capable de se laisser imprégner graduellement par l’esprL du roman pourra presque ressentir, la frustration, la peur et l’angoisse que les Béothuks ont certainement-(lû éprouver, assistant impuissants à-leur lente extermination.«Tous 1er,J historiens nous ont décrits à travers 1ère yeux des premières personnes qui nous' ont rencontrés [les Français et les An-' glais).Or ces gens-là nous ont décrit:' par rapport à cc qu’ils étaient.[.] It' se sont trompés largement», avait* confié Bernard Assiniwi en entrevue au Devoir en juin 1997.La Saga des Béothuks.c’est l’histoire d’une nation amérindienne ra ' contée par un Amérindien.Résultat:! le lecteur réalisera que ceux qu’on a; qualifiés de -sauvages» n’avaient pas! qu’un seul but dans la vie, soit manger le prochain repas sans vraiment; penser au lendemain, ni n’étaient> des gens dénués de vie politique er se souciant guère du reste.Au contraire.Le lecteur découvrira une culture riche et étonnante,' fort différente de la nôtre Un voyage enrichissant, un vibrant appel à l’eu-, verture d’esprit.Bernard Assiniwi est ethnologue et écrivain.Il retrace les légendes in-‘ diennes avec, entre autres, Les Cri-i des marais (Leméac, 1979), Conte: adultes des territoires algonkins! (avec Isabelle Myre, Leméac, 1985)! signe des ouvrages documentaires; comme La Médecine des Indiens! d’Amérique (Guérin, 1988), avant de publier La Saga des Béothuk"! (Leméac/Actes Sud, 1996).François Normand csl jour naliste a:: journal Le Devoir.Marie mmwf mignon Mi!JW.!ll Série Petit Géant Demers Dom QUÉBEC AMÉRIQUE La Mystérieuse Bibliothécaire Marie-Tempête QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com En 25 ans, aux éditions Québec Amérique, nous n'avons à notre mission première, soit celle de permettre aux plus grands écrivains québécois de réaliser leurs projets.Qu'il s'agisse de littérature, d'ouvrages de référence, de biographies, de guides pratiques ou de cédéroms, nous sommes fous de livres et notre vision d'éditeur demeure toujours la même : soutenir le développement d'œuvres de qualité, à l'image des Québécois et à celle du monde contemporain, et en assurer la plus grande diffusion possible.Au Québec, comme à l'étranger.Voilà des vertus que la France a su reconnaître chez six de nos auteurs qui ont le privilège d'être ces jours-ci invités d'honneur du Salon du livre de Paris.Bravo à nos ambassadeurs et longue vie à leurs ouvrages.Mon brise-déprime Interdit Série Noémie Car comme on dit chez nous, « seuls les fous ne Le Matou Juliette Pomerleau Le Multidictionnaire Le Principe du geyser LAvaleur de sable de la langue française La Grammaire en tableaux K 8 L K I) (•: V 0 I It , I.K S S A M EDI I 3 E T 1) I M A N C II E I I M A R S 1 !» !) i) Lire le Le cadeau du bibliothécaire Le rêve comme refuge ultime Le Rentier Comle de CaiaIa^Ia Gilberto Flores Patino Traduction de l’espagnol par Ginette Hardy Montréal, Fides, 1998,143 pages ROBERT CHARTRAND Le Dentier Comte de Cantabria s’ouvre sur un monde qui semble à peine survivre, où tout achève ou est déjà révolu.Nous sommes au Mexique, dans la ville de San Miguel de Allende, fondée selon une légende «à l’époque où les lutins produisaient des rêves» et qui serait en train de se dissoudre dans le néant: certains de ses habitants assurent même qu’elle n’existe plus.Il y a bien pourtant une église, un parc, un restaurant et un jardin public où «une très antique histoire s’est répétée» mais que tout le monde semble avoir oubliée.Il s’y passe des violences.Une révolution est peut-être imminente.Ce climat troublé, le narrateur du roman fait mine d’en avoir à peine connaissance, et il assure à ses proches qu’il n’en pense rien.Monsieur Arzate, comte de Cantabria, est un homme trop las du poids de la vie pour se préoccuper de l’actualité.Ce modeste bibliothécaire est revenu s’installer dans la demeure familiale où il avait vécu son enfance, entre un père attaché à la terre et une mère fantaisiste qui lui racontait des histoires merveilleuses.Mais pourquoi Arzate est-il revenu après toutes ces années?Et à quoi bon habiter cette maison hantée par les fantômes du passé?Cherche-t-il à exorciser le souvenir de cette «terrible nuit» où son enfance a brutalement pris fin?Arzate est le témoin récalcitrant de son propre passé.11 n’a que faire de l’estime qu’on lui porte et refuse qu’on le désigne par son titre: la noblesse de la lignée s’est éteinte pendant sa jeunesse, dans la honte.Mais la braise de la passion couve sous la cendre de la lassitude: Arzate est troublé par la fille de dona Estela, An-gelita, une femme-enfant de 45 ans à qui il veut faire l’amour en récitant des passages du Cantique des cantiques — il connaît mieux les Saintes Ecritures qu’un abbé de sa connaissance —; la scène qu’il décrit est si belle, son désir si intense qu’«i7 faut que cela ait eu lieu», comme il le clame en public, au grand scandale des témoins.Mais il se peut qu’Angelita n’ait été qu’une amante fantasmatique: «Ai-je été assez réelle?» demande-t-elle à Arzate après leurs ébats.Imaginaire A mesure que son imaginaire l’envahit, la vie «réelle» du bibliothécaire de San Miguel rétrécit comme une peau de chagrin.«Je suis celui qui a la tête pleine de rêves et dont la vie est vide», constate-t-il avec désabusement.Ne sachant plus très bien qui il est, il croit avoir été, dans ses vies antérieures, arbre ou «fille du marquis de Syrie», ou encore «scribe d'une femme qui toutes les nuits racontait des histoires à un roi, afin qu’il ne la tue pas».Arzate se sent devenir les mille avatars de son imagination, de ses lectures, de son passé, puis le spectateur de ses métamorphoses, mais aussi le narrateur qui décrit les précédents.Véritable personnage-gigogne dont le récit, à son image, est présenté dans une succession de mises en abyme, il va au hasard dans la ville comme il circule dans sa tête fatiguée, à la fois meneur et victime d’un jeu de miroirs où il se réfracte à l’infini.Le bibliothécaire Arzate, qui s’égare parfois dans le labyrinthe de ses désirs, est un lecteur de Borges; pour un peu, il aurait d’ailleurs pu être un de ses personnages.Gilberto Flores Patino a fait là un cadeau somptueux à la littérature québécoise.Le Dernier Comte de Cantabria est un roman tragique et séduisant, tout à fait latino-américain.C’est un chant tourmenté en l’honneur du rêve, cet ultime refuge de l’homme dans un monde dévasté.Gilberto Mores Patino est né au Mexique en 1941.Il est installé à Montréal depuis onze ans et publie en espagnol, au Mexique, des ouvrages traduits au Québec aux Éditions du Boréal (Esteban, 1987: La Pégase de cristal, 1990) et, chez Fides.Les Contes de mon père (1996).Robert Chartrand est professeur et critique littéraire au journal Le Devoir.LANCTOT liPI M l ) K un carrefour de toutes les formes Mai 68 (Rivages, 1998).i, iq .:.ml Christian Rioux est le correspondant à Paris du journal Le Devoir.Espoir permis Une fresque venue des Caraïbes Emile Ollivier Paris, Albin Michel, 1983/1994, Le Serpent à plumes 210 pages ALEXANDRE LAZARIDÈS C'A omment raconter la misère, les souffrances séculaires de V' son peuple sans faire dqns la rancœur ou le misérabilisme?Emile Ollivier, écrivain et professeur haï-ien installé depuis longtemps à Montréal, y réussit dans Mère-Solitude, sorte de fresque où les données de l’histoire se conjuguent fabuleusement avec le destin de la famille Morelli.L’ancêtre des Morelli, «modeste cordonnier qui ne menait pas large sur la place de Valence».était arrivé dans les Caraïbes en même temps que le conquérant espagnol.Son dernier descendant, le jeune Narcès, entreprend une «quête» pour percer le silence, entretenu par tantes et oncles, qui entoure sa naissance.Sa mère est morte pendue, «parmi les insultes, le haine et le crachat».Le vieux Absalon.dont, la propre famille est liée à celle de Ncr-cès par les liens de la servitude, cette «étrange soudure», ressuscite pwr lui, tel un rhapsode è.1?mémoire infaillible, les faits et gestes des Mord-ii tout au long de quatre siècles.Hauts en couleur Cette resurrection est l’occasion rh tracer des portraits hauts en couleur de personnages excessifs dans leur destin et leur caractère — forbans, illuminés, alchimistes, hermaphrodites —.dont l’histoire, enflée par les rumeurs, n’est évoquée par la population qu’avec crainte.Gabriel Morelli, oncle de Narcès et journaliste de son état, avait embrassé la cause des opprimés contre le parti au pouvoir dans les années 50.Il sera arrêté, puis relaxé sans raison apparente.Nous découvrirons plus tard que la mort de Noéinie, la mère de Narcès, est liée à ce dernier fait (nous ne dirons pas comment), ce qui n’est pas sans rappeler le destin de la Tosca de Sardou.Mais peut-être que l’essentiel n’est pas là.Narcès découvrira l’histoire de sa famille et, «par-delà, chose encore plus grave, l’histoire de [son] pays, ce rocher chauve, cette terre de montagne avec sa pierraille, ses alluvions, sa mort à petit feu».Après plusieurs décennies de richesse et de gloire dues au «commerce illicite des chairs humaines» et dont le seul vestige est une résidence décrépite, la famille des Morelli n’a fai) que déchoir par suite des coups d’Etat et des jacqueries qui secouent Trou-Bordet depuis la fin du XIXr siècle.Trou-Bordet est une «ville vomie par la mer, coincée par la montagne», située sur une «île coupée en deux», dont le nom rrc sera jamais prononcé.La beauté des lieux attire les touristes.Ils affluent, bien étonnés de trouver encore une certaine joie de vivre chez un peuple épuisé par la misère et épouvanté par les massacres.L’un de ces touristes se fait dire par l’oncle Gabriel devenu guide: «S’il vous plait, monsieur le.touriste, ne touchez pas à ifamiMiS Solitude notre joie: elle est une fleur fragile.» Au terme d’une quête qui l’a aidé à mûrir, Narcès voudrait partir, mais ne le peut pas.Il ne lui reste plus qu’à continuer d’espérer, comme son peuple.Et il faut croire que l’espoir est permis quand on compte parmi les siens un écrivain capable de leur servir un festin poétique aussi riche que Mère-Solitude.Professeur el écrivain, Emile Ollit vier habile Montréal depuis 1965.Ses romans, La Discorde aux cent voix (Albin Michel, 1986), Passages (I.'Hexagone, 1991), Les Urnes scellées (Albin Michel, 1995), ont tous été primés.Alexandre Lazaridés collabore aux Cahiers de théâtre Jeu et q publié La Poétique de Paul Valéry aux Presses de l’Université de Montréal en 1978.CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIF I.K I) K V (t I H .I.K S S A M K I) I 1 :$ K T I) I M A N C II K I 4 M A R S I I) () I) K 9 Des quêtes d’identité, nouvelle manière Au cœur de l’intimité de chacun Nonobstant les différences stylistiques et thématiques considérables qu’on ne manquera pas de trouver entre leurs œuvres respectives, les auteurs regroupés ici explorent «l'identité problématique des individus dans un monde devenu contingent», qui caractérise le roman contemporain, selon l’expression célèbre de Georges Lukacs.Mais l’identité qui est en cause ici n’est pas métaphysique, pas plus que la quête dont elle est l’objet, comme ce fut le cas chez bon nombre de romanciers des années 40 et 50.Il s’agit plutôt d’une affaire personnel- MARC LABERGE Derrière chez moi, il y a un pont qui enjambe une rivière.Elle me parle de toi parce qu’elle se souvient.J’y suis allé encore hier pour t’entendre penser.'¦'L’eau me raconte le plaisir que tu éprouvais lorsque tu te penchais pour la regarder passer.Elle se rappelle aussi le reflet de ton visage, qu’elle s’amusait à déformer et à faire réapparaître dans le courant pour mieux t’envoûter.De tfljirésence discrète elle n’a rien oublié, ni ces heures cou-lées^doucement et patiemment à t’écouter rêver.-¦'La rivière m’a raconté que, par des fissures d’aurore, le soleil t’a caressé de sa main juste avant que tu te faufiles danfe ta clairière, derrière ta maison, derrière les sentinelles de sapins.Et dans ce matin comme tu les as toujours aimés, royalement déployé par les fées, tu as respiré lb'jour neuf.Les herbes blondes dansaient déjà avec le vent’quand les fleurs des champs t’ont dévoré de leur troublante fragrance.Le nez au sol, tu as humé la terre, les mousses, en quête de verdure pour y poser tes pieds nus défis une aube naissante.Au bas d’un chêne, tu as causé ünmoment avec ton amie la chenille verte, vautrée dans la cofolle d’un beau lys blanc.C’est elle qui t’a rassuré, une fois de plus, devant l’ampleur de la tâche de rester un homme capable de croire aux gnomes poseurs de rosée, ceux-là'mêmes qui exaucent les vœux.Puis l’odeur de la forêt chauffée par le soleil t’a enivré, et la fraîcheur de l’ombre t’â'Cbmblé.Tu te plaisais à imaginer des bêtes dans les fouïrés juste à côté et, parfois, apeuré mais prêt à affronter les pires dangers, tu te retournais soudainement, convaincu' de voir apparaître un de ces grands fauves qui régnent dans tes rêves.Tu as sifflé en chœur avec les mésanges qui'gazouillaient pour te séduire, avant de déguerpir en trombe vers la montagne et de bigarrer l’horizon de leurs prouesses acrobatiques.Bravement, seul dans le silence en compagnie de ton amante la pane, tu t’es couché sur le dos parmi les longues herbes, les mains derrière la tête.Puis, avec ton air de sans toit ni loi, un foin entre les dents, les yeux remplis de ciel bleu tu as cherché dans la forme des nuages des augures prometteurs d’indépendance.Mais quand les longs oiseaux aux ailes froides ont patrouillé ta solitude et que les vents sont devenus grands, chargés de musique et de ciel, tu étais de nouveau en proie à l’angoisse de naviguer sur cette marée humaine fourmillante de pièges et de ténèbres.En traversant le pont à ton retour du crépuscule endormi, j’ai bien vu que tu ne rentrais pas bredouille de ton rendez-vous avec la lumière.Ta tête, perdue dans les étoiles, débordait d’images et de pensées cueillies le long du chemin et qui te suivaient gaiement en volutes, attendant que tu les largues.Je te savais en banquet avec la vie.Et je savais, moi la rivière, que les ensorcelés seraient nombreux à s’inventer de tes mots pour partir, heureux de vivre, jusqu’à perte de vue.Toi qui n’a jamais cessé de te ressourcer à l’école du silence, tu as engendré dans ton sillon des fils et des filles dé fa solitude.Tu es devenu aussi immense en nous que cesgrandes étendues sauvages qui nous habitent fîclic Leclerc, poète, écrivain, homme de théâtre et de la chanson, né en 1914, est décédé en 1988.Le Fou de File, Moj, rpes souliers, Pieds nus dans l’aube, Adagio ou Adan-te ont été réédités dans la Bibliothèque, québécoise ( J988 et 1989).Nuit blanche a .fait paraître Tout Félix en chansons ‘et henri Rivard vient de produire en 1994 une édition ttixàeuse de ses textes.ÎÎ4 'itMarc Laberge est conteur et photographe.Son G A dernier ouvrage, Le Glacier, est paru chez Québec Amérique en 1995.Raymond Devos est un comique français.s T v- ÿfyt-iÿr & + .L ¦ v le, logée au cœur de l’intimité de chacun, enfouie sous les vieilles peurs ataviques, les conformismes ambiants, l’à-quoi-bon postmoderne, les blessures de l’enfance ou, tout simplement, le glacis trompeur du quotidien.Quant à la sphère où se joue cette recherche d’identité, c’est celle de la proximité immédiate des personnages.La société ou le vaste monde, s’ils s’y trouvent, se profilent au loin: le milieu significatif, c’est celui des intimes, des amis, de la famille, souvent.Peu d’analyses psychologiques dans la tradition française, cependant, chez ces auteurs; ce sont les événements et les émotions qui dominent, et dont l’interprétation est laissée à la discrétion des lecteurs.Là-des-sus, ces écrivains québécois ont des affinités avec leurs voisins américains.Les personnages, eux, ne sont ni médiocres ni héroïques — encore que certains rêvent de l’être —; ce sont des hommes et des femmes qui se cherchent et qui parfois se trouvent, par quelque caprice du hasard ou à la suite d’un itinéraire long et douloureux.Ce sont rarement des battants, mais il y a chez eux une énergie qu’ils vont brûler à tenter de conquérir cette identité, vitale à leurs yeux, et qui est, somme toute, assez modeste: ce sera, pour certains, une intégrité personnelle, une certaine cohérence, ou, pour d’autres, la paix ou l’estime de soi.S’il y a parmi eux quelques naïfs, d’autres cultivent volontiers l’ironie et l’autodérision.Mais ce sont, pour la plupart, des utopistes modérés, si l’on peut dire, qui, sachant le bonheur impossible, aspirent à un certain bien-être.Ceux — assez nombreux — qui sombrent dans le désabusement ne le font qu’en dernier recours.Cher Féijx, >¦ as • O ' ! > Je t’écris comme un enfant s’adresse au père Noël.Comme lui.je sais que tu existes.puisque nos chemins se SONT CROISÉS.Je t’ai rencontré.Je t’ai PARLÉ.Je T’AI CHANTÉ.Toi, le poète, tu déposais parfois la plume et, la guitare EN BANDOULIÈRE, TU T’EN ALLAIS PAR MONTS ET PAR VAUX CHANTER SUPERBEMENT LA IANGUE DE CHEZ NOUS AVEC LES MOTS DE CHEZ TOI.«MOI MES SOULIERS ONT BEAUCOUP VOYAGÉ.» J’AI EU L’IMMENSE PRIVILEGE DE T’ACCOMPAGNER LORSQUE TU PARTAIS FAIRE TA TOURNÉE.TA HOTTE PLEINE DE TES SI BELLES CHANSONS QUE TU DISTRIBUAIS À QUI DÉSIRAIT LES ENTENDRE.TU NE TE FAISAIS PAS PRIER.Sache que tu ne feras jamais partie des poètes disparus.Tant pis pour toi! TU ES TROP PRÉSENT DANS NOS CŒURS.TU AS TELLEMENT AIMÉ TON PROCHAIN QUE LES ONDES d’amour que tu as émises nous traversent et vibrent en NOUS À JAMAIS.Tu FUS UN HOMME DE CRÉATIONS.Un homme de chansons, de poèmes, de contes, de musique! De THÉÂTRE aussi! Remarquablement doué.Tu nous as donné une œuvre généreuse, vibrante, inspirée.Tu FUS LE PORTE-PAROLE DE NOS PETTPS BONHEURS, DE NOS GRANDES MISÈRES, DE NOS BEAUX SOUVENIRS.De nos regrets.De NOS IMMENSES ESPOIRS SURTOUT.Merci mon frère! Laisse-moi t’appeler mon frère! À toujours.À bientôt! Entends-tu, sur tes accords de guitare, tes mélodies CHANTÉES PAR TOUS CEUX QUI T’AIMENT?À TOI, Raymond Devos La riviere nous parle de toi ** Dans un pays tranquille nous avons reçu la passion du monde, épée nue sur nos deux mains posée Notre cœur ignorait le jour lorsque le feu nous fut ainsi remis, et sa lumière creusa l’ombre de nos traits * ’ C’était avant tout faiblesse, la charité était seule devançant la crainte et la pudeur * * Elle inventait l’univers dans la justice première et nous avions part à cette vocation dans l’extrême vitalité de notre! amour *] La vie et la mort en nous reçurent droit d’asile, se regardèrent avec des yeux aveugles, se touchèrent avec deg< mains précises ;! Qes flèches d’odeur nous atteignirent, nous liant à la terre comme des blessures en des noces excessives O saisons, rivière, aulnes et fougères, feuilles, fleurs, bois mouillé, herbes bleues, tout notre avoir saigne son par;! fum, bête odorante à notre flanc -! Les couleurs et les sons nous visitèrent en masse et par petits groupes foudroyants, tandis que le songe doublait' notre enchantement comme l’orage cerne le bleu de l’œil innocent *1 La joie se mit à crier, jeune accouchée à l’odeur sauvagine sous les joncs.Le printemps délivré fut si beau qu’il' nous prit le cœur avec une seule main T* Les trois coups de la création du monde sonnèrent à nos oreilles, rendus pareils aux battements de notre sang ;! En un seul éblouissement l’instant fut Son éclair nous passa sur la face et nous reçûmes mission du feu et de là* brûlure *> Silence, ni ne bouge, ni ne dit, la parole se fonde, soulève notre cœur, saisit le monde en un seul geste d'orage?! nous colle à son aurore comme l’écorce à son fruit Ü! Toute la terre vivace, la forêt à notre droite, la ville profonde à notre gauche, en plein centre du verbe, nous avaiç! çons à la pointe du monde » \ Fronts bouclés où croupit le silence en toisons musquées, toutes grimaces, vieilles têtes, joues d’enfants, amoui ^ rides, joies, deuils, créatures, langues de feu au solstice de la terre O mes frères les plus noirs, toutes fêtes gravées en secret; poitrines humaines, calebasses musiciennes où s’exaâ-J pèrent des voue captives .!-• Que celui qui a reçu fonction de la parole vous prenne en charge comme un cœur ténébreux de surcroît, et n’a» de cesse que soient justifiés les vivants et les morts en un seul chant parmi l’aube et les herbes Anne Hébert, Mystère de la parole V ¦% Venez rencontrer les auteurs d’XYZ éditeur ¦>ii III M )ldi; s un Louise Duprè Bertrand Asslnlwl Sergio Kokis Régine Robin Louis Hamelin Jean Désy Nairn Kattan Hélène Monette XYZ Stand du Québec • Salon du livre de Paris i-iliuiir LIVRE-ALBUM «LE CIRQUE» DE JEAN-PAUL RIOPELLE ET GILLES VIGNEAULT Livre-album comprenant 12 gravures originales et d'interprétation (eau forte, 60 cm x 90 cm) de Jean-Paul Riopelle, imprimées par Alain Piroir en collaboration avec l'atelier Circulaire et 6 textes inédits de Gilles Vigneault, dans un boîtier de Pierre Ouvrard.Tirage limité de 75 exemplaires numérotés.iicnei lem iatii Partenaire de l'édition Orner DeSerres Acquisition et renseignements : 705, rue de Lorraine, Longueuil (Québec) Canada J4H 3R6 Tél.: (450) 677-8365 ou (514) 570-0682 Courriel : mtart@dsuper.net ¦MMHMMMHNNflMMI IFFÈRENT.EN RAISON DU TEXTE MAL IMPRIMÉ I, E 1) E V OIR, L E S S A M E I) I 13 E T I) 1 M A N CUE I 1 M A R S I !» !» !» LJk HETi ROUGE Lire le.Ame ‘liébeA Les textes habites L’expérience littéraire au cœur de la vie culturelle et spirituelle du Québec ; GILLES MARCOTTE LJ œuvre d’Anne Hébert nous habite si profondément, tant ! de ses phrases chantent dans nôtre mémoire, qu’au moment de la cqnsidérer dans son ensemble nous arrivons difficilement à prendre devint elle la distance qui nous permettrait d’en apercevoir nettement les proportions, les articulations.Parmi ces phrases, celles qui ouvrent la grande fable du Torrent, et qui •.)'ônt pas cessé de m’enchanter depuis que je les ai lues pour la première fois, ;n 1950: «J’étais un enfant dépossédé du tftonde.Par le décret d'une volonté anté-nçure à la mienne, je devais renoncer à toute possession en cette vie.Je touchais au monde par fragments, ceux-là seuls lui m’étaient immédiatement indispensables, et enlevés aussitôt leur utilité terminée.» Rien de plus beau, de plus terriblement juste, ne s’était écrit au Québec, et nouTs nous reconnaissions aussitôt dans cette description d’une absence au monde, d’une privation du monde qui était trop réelle, en même i temps que nous étions portés, par le rythme profond, au-delà des servitudes que dénonçait ce grand texte.Trois ans plus tard, c’était Le Tombeau des rois: autre exploration d’un monde dévasté par l’angoisse, mais débouchant cette fois, non pas sur la seule et épouvantable richesse» de la ) (bute, par quoi se terminait Le Torrent.mais sur un «reflet d’aube», en forme d’interrogation: «D'où vient donc que cet oiseau frémit / Et tourne vers le ma-tjh / Ses prunelles crevées?» Nous dé ouvrions une grande poésie, qui nous offrait, parla rigueur et la cruauté même du récit qu’elle en faisait, une sortie de nos empêchements traditionnels, un véritable dénouement.Le Torrent et Le Tombeau des rois furent deux grands moments, non seulement de l’expérience littéraire, mais de la vie culturelle, spirituelle du Québec.J’en parle au passé, mais nous aurions tort de croire que, depuis lors, ils ont perdu de leur nécessité, qu’ils ont épuisé leur vertu.Ce sont là des textes véritablement souverains, que le passage du temps, les relectures ne font que rendre plus pré sents.S’ils nous habitent si profondé ment, c’est qu’ils sont eux-mêmes habités, j’oserais dire hantés par des images qui ne cesseront pas d’être reprises, approfondies durant la longue, féconde carrière d’Anne Hébert.Elle ne fait pas que reprendre ces images pour les travailler, leur donner de nouveaux développements, mais elle va jusqu’à citer souvent de ses premiers vers dans les œuvres romanesques qui suivront, comme pour attester leur caractère proprement séminal.Une action à moitié rêvée Ce sera d’abord, en 1958, Les Chambres de bois, roman d’une action à moitié rêvée, sans localisation précise (sauf un Paris comme entrevu dans les brouillards du rêve), très proche encore de la généralité poétique, et qui n’emprunte pas en vain son titre à un des plus beaux poèmes du Tombeau des rois, La Chambre de hois'.«Il n’y a ni serrure ni clef ici / Je suis cernée de bois ancien.» Si ce premier roman n’est pas encore tout à fait dégagé du poème, le suivant, Kamouraska, paru en 1970, fera d’Anne Hébert la grande romancière que l'on sait.La faveur populaire est au rendez-vous: en témoigne le prix des libraires, reçu l’année suivante, qui n’est pas un prix d’élite.Mais Kamouraska, roman romanesque s’il en est, plein de personnages, d’actions passionnées, violentes, n’en reste pas moins entièrement fidèle aux intentions premières de l’œuvre.Quand la narratrice, cette Mme Rolland mal résignée qui nous accueille à la première page du roman, se dit: «Rien ne doit plus m’échapper.La vraie vie qui est sous le passé», elle assume cette formidable exigence de lucidité qui était celle des voix entendues dans Le Tombeau des rois.C’est une telle exigence, non moins que les grandes passions, et peut-être même plus qu’elles, qui donne à ce roman et à ceux qui le suivront, Les Enfants du sabbat (1975) et Les Fous de bassan (prix Femina 1982), leur puissance quasi hypnotique.Deux violences s’affrontent: celle de comprendre, de déchirer les apparences du réel, les faux-semblants, et celle d’aimer, de souffrir, de vivre jusqu’à ses plus extrêmes conséquences les suprêmes tentations de l’existence.Le charme de l’écriture, le lyrisme ne doivent pas nous faire oublier que de grandes cruautés déchirent le monde romanesque d’Anne Hébert, loin de tout accommodement, de toute pitié trop facile.«Je suis la terre et l’eau, disait le poète de Mystère de la parole, tu ne me passeras pas à gué, mon ami, mon ami.» Décors parisiens Entre Les Enfants du sabbat et Les Fous de bassan, œuvres abondantes où jouait librement la générosité romanesque, s’était glissé un bref récit, Héloïse (1980), qui étonna la critique, non seulement à cause de ses dimensions réduites mais aussi parce que l’auteu-re quittait les espaces canadiens pour un Paris qu’elle habitait déjà depuis plusieurs années, un Paris fascinant et inquiétant, le Paris des appartements secrets, du métro.Et c’est encore à Paris que se déroule l’action du dernier paru de ces courts romans, l’étonnant Est-ce que je te dérange?(1998).«Lumière douce de septembre à grands traits répandus.A travers des rafales de cloches j’entends ruisseler la fontaine de l'église Saint-Sulpice.» Paris apparaît également dans L'Enfant chargé de songes (prix du Gouverneur général, 1992), et c’est de la Ville lumière que viendra la comédienne Flora Fon-tanges pour jouer Beckett dans sa ville natale (Le Premier Jardin, 1988).Pas plus qu’elle ne quittait son Québec d’origine lorsqu’elle écrivait à Paris, Anne Hébert ne quitte pas véritablement Paris lorsque s’amorce son retour.L’autre bref roman québécois qu’elle publie ces années-là, Aurélien, Clara, Mademoiselle et le lieutenant anglais (1995), s’écrit encore dans la langue très pure, un peu haletante, de ses récits parisiens.On parlera enfin d’un retour à la poésie, avec deux titres fortement évocateurs, Le jour n’a d’égal que la nuit (1992) et Poèmes pour la main gauche (1997); et au théâtre, avec une cantate historique, Elle de la demoiselle, jouée récemment au festival de Trois, et qui nous a fait nous souvenir d’une des pièces maîtresses de la dramaturgie de la Révolution tranquille, Le Temps sauvage, d’une belle et grande passion.Tout n’est pas dit, sans doute.Celle qui disait il y a plusieurs années: «Le poète est au monde deux fois plutôt qu’une», par son incarnation dans le monde et par la création d’une «seconde vie», est totalement présente parmi nous.Anne Hébert a commencé à publier ses poèmes en 1942 à Montréal.A partir du Tombeau des rois, en 1953, elle publie poèmes et romans aux Editions du Seuil.Un habit de lumière est le dernier titre qui parait aux mêmes éditions.Gilles Marcotte a reçu en 1997 le prix Athanase-David, la plus haute distinction accordée à un écrivain par le gouvernement du Québec.Son dernier écrit, La Mort de Maurice Duplessis, et autres récits vient paraître aux Éditions du SeuiL ARCHIVES LE DEVOIR Le charme de l’écriture, le lyrisme ne doivent pas nous faire oublier que de grandes cruautés déchirent le monde romanesque d’Anne Hébert.Un goût sauvage de liberté Jeanne-Mance Delisle prête sa plume à l'Abitibi La routy Jeanne-Mance Delisle Lachine, Editions de la pleine lune, 1996,216 pages JEANNE-MANCE DELISLE pleine LUNE GUY LAI N E MASSOUTRE \ A cinq cents kilomètres au nord de Montréal, sous la baie James, s’étend l’Abitibi, une vaste région de forêts et de lacs, truffée de mines.Jadis l’Eldorado de ses premiers défricheurs et explorateurs, elle attira des aventuriers en quête de fortune rapide et des hommes au fier tempérament.Certains prospérèrent, d’autres y déversèrent des énergies mal canalisées par ce milieu fruste.Si l’on excepte ses autochtones, l’Abitibi n’est habitée que depuis 85 ans; aussi sa jeune littérature apporte-t-elle sur cette population un regard vif, lucide sur sa réalité, née de l’audace et du courage, et attaché à la fierté de ses rêves, comme à montrer ce que le cinéaste Gilles Carie, enfant du pays, a nommé «la vraie nature de Bernadette».Nouvelliste, romancière et dramaturge, Jeanne-Mance Delisle, domiciliée à l’orée de la forêt abitibienne, prête sa plume à sa petite communauté culturelle isolée.Elle écrit des récits de vie âpres, sous l’empire de fortes émotions ou de la nostalgie, des histoires de mœurs à saveur locale, peu policées.Elle met en scène des êtres durs, instinctifs, incapables de raisonner, mais souvent sensibles et rêveurs.Authentiques mais comme sortis du monde des contes, primitifs plus que socialisés, ses personnages aux contours bruts et aux agissements imprévisibles sont en tous points romanesques, tantôt clownesques tantôt infects, plus hauts en couleur que les héros manichéens des romans populaires de sa jeunesse, car ils existent vraiment.Aidé Letendre, dans La Bête rouge — son surnom —, est l’un de ces petits hommes résistants et farceurs, à la gueule couturée et au corps tatoué, qui, dans une rafale de mots et les invectives à fleur de peau, vous lâche le récit de sa vie sans vous laisser respirer.Ce diable roux, qui, pendant plus de vingt ans, s’est comporté comme un fauve enragé, relate son épopée douloureuse et terrible.Sa première révolte naît dans sa famille, où les Indiens, les métis et les Blancs constituent une lignée de déserteurs et de ténébreux torturés, à la morale taillée sur mesure.La parlote livresque L’écriture de Jeanne-Mance Delisle — «la parlote livresque», dit le narrateur — est emportée par la fougue et la langue colorée des entretiens qui l’inspirent.Une réflexion sur la violence, née des forces qui s’affrontent dans le clan, s’en dégage.Aidé, qui a mis le feu à l’église, se retrouve à seize ans sommairement jeté par les siens dans la blanche froidure, avec un crucifix pour seul bagage.Hanté dès l’enfance par le désir de saborder l’autorité, il conquiert dès loi s la sienne, sans égard pour les fragiles fondations posées par ses pairs, foreurs; trappeurs, prospecteurs, ferrailleurs.Ces «têtes de beu» au corps bouffi par l’alcool, mais à l’énergie de feu et à la volonté d’acier, ces barbares déconcertants, ces cœurs de glace capables de fondre en larmes poussent le bouillant Aide, sacrilège et profanateur, vers son destin: il purgera sept ans de prison pour vol à main année.Mais sa plus grande faute est ailleurs.Le roman adopte la franchise brutale de ces gens, habitués à recevoir des coups autant qu’à en donner.Leurs orages et leurs drames forment un matériau envoûtant, une galerie de portraits qui tiennent autant du vaudeville que du cas social récurrent.Aux rudes excès de leurs fringales amoureuses, de leurs angoisses exaspérées ou de leurs décisions précipitées, une tendresse et une subtile délicatesse fait contrepoids.On passe sans transition de la souffrance «aussi intense que celle du damné assoiffé au fond de l’enfer» à des instants de bonheur infini à écouter le bruissement d’un oiseau changeant de branche.La forêt, théâtre de la sexualité, y occupe une grande place; les femmes s’y consïl-ment comme des tisons ardents, attisées par le souffle dévorant d’hommes aussi lourds et patients à la chasse que des ours.; fùAXime-OlMe-r Oko\A\ec Cri du cœur / Ecrire de façon coulante, naturelle MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Maxime-Olivier Moutier écrit pour être heureux.Rien de plus.Rien de moins.Jeune auteur québécois, récemment plongé dans le succès à la suite de la parution de son dernier roman, Marie-Hélène au mois de mars, Moutier regarde autour de lui et ne se reconnait pas tellement dans la horde d’auteurs qui l’entoure.«Ou bien c’est moi qui ne suis pas un vrai écrivain, ou bien c’est eux.» Il est âgé de 27 ans.A déjà trois livres à son actif, et cette réputation qui le précède d’être débordant d’authenticité, vrai partout où il passe, dans tout ce qu’il dit et écrit, peu importent les risques que cela comporte.A la veille du Salon du livre de Paris, qui ouvre grande sa porte à une kyrielle d'auteurs québécois, Maxime-Olivier réfléchit à la portée de cet événement et à sa façon d’aborder l’écriture, qu’il croit différente de celle des autres.Je n’ai rien à voir avec les autres écrivains, je m’en rends bien compte», explique Moutier, directement de Paris où il est allé en opération de reconnaissance, quelques semaines avant l’ouverture du Salon.Lui-même peu attiré par la lecture — même si depuis qu’il publie il furète davantage d'un bouquin a l’autre —, le jeune auteur ne se rappelle pas avoir envié déjà un écrivain en formulant l’ambition ,d’être en mesure d’en faire autant plus tard.Et pourtant, il le fait.«Mais à ma manière», précise-t-il.Sa manière, comme il l’explique, ne consiste pas à tenter de raconter une histoire, ni même a trouver les mots pour dire ce ,:qu’il pense; il essaie plutôt d’atteindre d’état de grâce qui lui permettra d'écrire de façon coulante, naturelle.«J'ai toujours cru que, de façon générale, créer était essentiellement un cri du cœur.C’est sans doute pour ça que je \ ne peux pas comprendre tous ceux qui 'se posent mille et une questions pour savoir quoi écrire et comment l’écrire.Leur désir n’est pas le même que le mien; ils se cassent la tête pour trouver JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le jeune auteur Maxime-Olivier Moutier ne se rappelle pas avoir envié déjà un écrivain en formulant l’ambition d’être en mesure d’en faire autant plus tard.des histoires.Moi, je ne fais pas de compromis, j’écris avec le cœur, l’intuition, l’impulsion, j’impose ce que je se>is au moinent où j’écris.» A la veille de l’opération Salon du livre, l’écrivain — qui fait partie de la délégation d’auteurs invités de façon particulière à représenter le Québec — s’interroge quant aux retombées et a la signification d’une invitation du Québec par la capitale française.Le franc-parler à l’avant-garde, il avance: «Les gens pensent que tout à coup, parce qu’une quarantaine d'auteurs québécois vont se pavaner en France, ça va changer la face du monde.Im vérité, c’est que les Français n’en ont rien à foutre de notre petite littérature! Tout simplement parce qu’elle n’a pas ce qu’il faut pour attirer les Français, quoi qu'on en dise.» Opérer une révolution Quoi qu’on en dise en effet, Maxime-Olivier Moutier étant curieusement l’exemple type d’une retombée quantifiable de l’intérêt des Français pour notre littérature, puisqu’un éditeur français s’intéressait récemment à certains de ses volumes.«Je ne crois pas qu’on ait actuellement l’étoffe pour impressionner les Français, et pourtant on l’a fait avec la chanson, le théâtre! Dans ces secteurs-la, il y a eu une révolution, on a réussi à changer des choses.Est-ce que Robert lœpage s’est demandé comment les autres faisaient les choses avant de se lancer dans la forme de théâtre qu’il a créée?Non.Et voilà une voie unique qui a fonctionné.Est-ce que les gens aiment ce que je fais parce qu’ils sentent que je ne force pas les choses et que je laisse mon intuition faire le travail?Je ne sais pas.Peut-être bien, après tout.» Nous présenterions donc une littérature frileuse parce que les auteurs se soucient plus de ce qu’ils devraient écrire pour être lus que de ce qu’ils ont envie de dire.«Quand on fait une déclaration d’amour à une femme, y pense-t-on pendant trois jours?Non.Et si on la mijote trop longtemps, ça rate.J’essaie de ne jamais forcer les choses, je travaille plutôt à chercher l’état dans lequel je dois me trouver pour écrire, je ne me torture jamais pour savoir quoi écrire.Mais il faut être prêt à ne pas faire de compromis, à dire les choses comme elles viennent, sans plus.Au Québec, le problème est simplement que les gens ne sont pas prêts à payer le prix de cette façon de faire, c'est-à-dire d’avoir peut-être l’air complètement idiot.» Le dernier récit de l’écrivain, salué par la critique, cadre parfaitement avec cette façon non raisonnée de procéder.Publie à l’automne dernier, Marie-Hélène au mois de mars a été écrit alors que Moutier, âgé à ce moment de 23 ans, se trouvait en institution psychiatrique à la suite d’une tentative de suicide.Complètement anéanti par une peine d’amour, le jeune homme s’est accroché au crayon, voyant là une des seules façons de ne pas succomber aux charmes de la mort Depuis, l’eau a coulé sous les ponts.D’autres livres sont écrits, prêts à être publiés.Rien de semblable à Marie-Hélène., qui, à cause du caractère grandement particulier lié à la genèse du livre, ne pourra sans doute jamais être égalé dans le genre.Trois manuscrits, lettres à mademoiselle Brochu, Éléments pour une nouvelle esthétique de la crise amoureuse et Pour une éthique urbaine, ont succédé à Marie-Hélène.Ils ont tous été écrits pour la seule et même raison: «J’écris pour être heureux.Ça ne fonctionne pas toujours, mais c'est ce que j'ai trouvé comme moyen d’arranger les choses lorsque ça ne tourne pas rond chez moi.» Avant de faire paraître en 1998 Marie-Hélène au mois de mars, Maxime-Olivier Moutier signait Potence Machine (1996) et Risible et noir (1997).toujours chez Diptyque.Marie-Amlrée Choninard est journaliste au journal Le Devoir.aa SS I.E I) K V 0 I H , I.K S S A M EDI I A K T D I M A X < Il K II M A It S I !) Il !l K 1 h Lire le vJ&aw Ÿier/e La mission du texte La tragédie et le malheur ordinaire JACQUES GRENIER LE DEVOIR Jean Pierre Girard a un cycle romanesque ambitieux.F CM ¦ I Aux antipodes de la rectitude politique Trois visages du plaisir ROBERT CHARTRAND Jean Pierre Girard a eu un départ dans la vie plus états-unien que québécois: il avait des dispositions pour le tennis et le football — américain — et, à 21 ans, il a hérité d’un troupeau de cent bœufs de boucherie.Mais il ne sera ni athlète professionnel ni éleveur.Il vend les bêtes, entreprend des études supérieures: Jean Pierre Girard a décidé qu’il serait écrivain et professeur.Girard est de ces auteurs pour qui l’écriture est une longue patience, à laquelle il s’astreint volontiers.Il éprouve même du plaisir à retravailler ses textes jusqu’à ce qu’ils atteignent ce qu’il appelle leur «intégrité», fond et forme confondus.L’œuvre, le texte: ce sont les maîtres mots de l’entreprise de Girard.Tout doit leur être subordonné.*L’Iiomme est plus petit que l'auteur qui, lui, est plus petit que l’œuvre», estime-t-il, ce qui autorise peu d’épanchements personnels.«Je prends garde de ne pas contaminer mes textes avec mes sentiments, mes idées, mes émotions.Je me sers parfois de mes observations ou de mes souvenirs, mais jamais de quelque élément personnel brut qui n’a pas été transposé, qui n 'a pas traversé le prisme d'une écriture.» Et il soumet ses phrases à l’épreuve du «gueuloir»: «Je les relis à haute voix pour bien les entendre; c'est lorsque les mots sont mis en bouche qu’ils prennent chair, en quelque sorte.Et puis, cela me force à ralentir.» S’il a écrit pour la radio, la scène, le cinéma, Girard est d’abord un nouvelliste — on dit parfois nouvellier au Québec —; il est de ces jeunes écrivains québécois qui ont contribué au regain de faveur, dans les années 80, pour ce genre qu’avaient pratiqué naguère certains de nos meilleurs auteurs — Yves Thériault, Anne Hébert, Gabrielle Roy, Claire Martin —, enco-re qu’ils aient dû leur réputation à leurs romans.Girard est un fervent admirateur de l’écrivain américain Raymond Car-ver, ce champion du minimalisme, dont la hantise du dépouillement l’amena, dans ses derniers textes, à supprimer toute trace d’histoire.Mais Girard ne le suit pas jusque dans ses excès.Il y a dans certaines de ses nouvelles, comme dans celles de Car-ver, un sentiment de menace, des petits faits qui révèlent une tragédie ou un malheur ordinaire.Girard, comme l’Américain, a le souci du climat juste et se donne le même mot d’ordre: «Pas de trucs».Nulle justification, ni explication d’ordre psychologique ici.Pas davantage de recherche d’effets, mais la même obstination à planter son regard devant un objet ou une situation, si banals soient-ils, pour y débusquer un drame, une émotion.Mais l’écriture de Girard est plus chatoyante que celle de Carver.Il a volontiers l’épithète étonnante — des petites bouchées peuvent être «parfaitement carcérales» et le bonheur, dresser ses «toiles filamenteuses» — et ses phrases peuvent être, au besoin, sèches, syncopées ou se développer en d’amples périodes.Son lexique peut jouer sur tous les registres, selon la condition et l’âge de ses personnages.Girard a même parodié le parler «belge» dans une des nouvelles de Silences, son premier recueil.Accumulations L’écriture, parfois mimétique, s’immisce par avancées successives, par accumulation de petits traits dans l’intériorité des personnages, saisis à un moment critique de leur vie, qu’ils ont vu venir ou non, et où ils ont soudain la révélation de leur servitude, de leur mauvaise foi ou, au contraire, celle d’une liberté, d’un affranchissement tout proche auquel il leur suffit d’avoir l’audace d’acquiescer.Les situations où ils se trouvent sont souvent inhabituelles, parfois spectaculaires, mais jamais impossibles.Le vraisemblable, ce qui aurait pu ou dû se produire, permet, bien mieux que la plate copie de la réalité, de saisir les personnages dans un moment de vérité: le mot, qui revient fréquemment dans les nouvelles de Girard, ne désigne pas quelque précepte moral mais plutôt l’occasion offerte aux personnages de coïncider avec eux-mêmes, de se trouver en accord avec le monde ou de prendre enfin en charge leur propre vie.Cette vérité — ces vérités —, comme l’indiquent les titres des recueils de Girard, peut se trouver dans divers Silences, dans le non-dit ou dans l’intervalle entre les mots; dans des lieux ou des rôles qui sont autant d'Espaces à occuper, dans des imaginaires féminins — dans Léchées, timbrées — ou, dans Haïr?, dans la douleur amoureuse redoutée, ressentie ou subie.Médaillé de bronze, catégorie nouvelles, aux Jeux de la Francophonie de 1997 à Madagascar — l’athlète sommeille toujours en lui! —, Jean Pierre a sur le métier un cycle roma- nesque très ambitieux dont le titre provisoire est L’Octogonie des pronoms-, chacun des huit romans sera écrit dans la perspective d’énonciation d’un pronom différent: je, tu, il, elle, nous, vous, ils, elles.«Je mettais déjà beaucoup de soin à choisir les pronoms dans mes nouvelles, à trouver la voix narrative la plus porteuse de sens: ce sont des passerelles qui permettent au récit d’accéder à une sorte de matérialité.» Professeur et écrivain.Jean-Pierre Girard a adopté la nouvelle comme forme d'écriture pour scs premiers textes: Silences (1990), Espaces à occuper (1993), Léchées, timbrées (1993) ou Haïr?(1997), tous publiés à L’instant même.Il travaille présentement à un cycle romanesque en huit volumes.Robert Chartrand est critique littéraire au journal Le Devoir.'Uw kom\t eà me \>a\$e Pauline Harvey Montréal, Les Herbes rouges, 1992,158 pages ALEXANDRE LAZARIDÈS \ A la veille de célébrer son quarantième anniversaire, une Montréalaise accepte de mettre de côté sa tranquillité pour découvrir trois visages du plaisir, soit, par ordre alphabétique, baiser, écrire et voyager.Plus exactement, elle cherchera—et c’est le programme du roman de Pauline Harvey — à les faire coïncider, à en jouir simultanément.De cette narratrice, nous ne saurons guère plus, ni son nom ni les activités disons plus terre à terre qui lui permettent de voyager et de fréquenter les hôtels.Un tel souci de réalisme n’est pas de mise dans ce monde un peu bohème, pour lequel fréquenter les cafés, les terrasses printanières et les restaurants exotiques compose un mode de vie en soi.On reconnaît là une certaine intelligentsia des années 80, désabusée sans cynisme, démunie sans fausse honte, insouciante du passé et de l’avenir puisqu’"// n’y a que l’unique minute présente à vivre».Changer le monde n’est pas son Lut, si ce n’est par la magie du verbe ou de l’œil, qui sait regarder un tableau de musée aussi bien qu’un tableau de la vie quotidienne sans chercher à les distinguer.Grandes villes Elle découvrira que les grandes villes, même si elles ne se ressemblent pas, produisent le même effet «Ici, nous sommes tous des étrangers», avait-elle conclu au terme d’un examen du paradoxe que constitue Montréal, ville aux longs hivers, à la fois francophone et d’immigration, irçiplantée sur le continent américain.A Paris aussi, où elle avait rejoint son amant, la narratrice trouvera que «c’est agréable d’être une étrangère».ATellaro, elle constatera que tous deux sont «devenus des étrangers, des voyageurs, des habitués des chambres d’hôtel».Elle passe, en effet, le plus clair de son temps recluse dang son hôtel, à écrire au lit, on ne sait trop quoi, peut-être ce roman même que nous sommes en train de lire.Plus tard" à Boston, elle passera vingt jours ainsi, à écrire et à éprouver jusqu’aux plus extrêmes limites le corps de son homme.* C’est qu’«w« homme, ça sert à jouir, s’il y a des amants leur nom est jouissance, sexualité, un homme est une valsé»: Son partenaire des jeux d’alcôve se prête volon: tiers à ce vertige, se mue en objet androgyne, homme «pute» facile à manipu: 1er (au sens propre du mot) et extraordinairement habile à faire jouir.En une telle compagnie, une femme se libère de sa propre liberté et petit donc «écrire avec la bouche d’un homme colled au mont de Vénus».Plus important, la narratrice a compris qu’une simple femme est «la chose la plus insignifiante du monde», mais aussr que «c’est tout ce qui intéresse le monde».Aux antipodes de la rectitude politique contemporaine, il y a là, semble-' t-il, matière à déranger et à réjouir.Pauline Harvey, née en 1950, a publié aux Éditions de la Pleine Lune Le Deuxième Monopoly des précieux (1981 /HQ, 1996).la Villi' aux gueux (1982), Encore une partie pour Bcrri (1985/BQ, 1995); à L’Hexagone, Pitié pour les salauds (1989); aux Herbes rouges, Un homme est une valse (1992) notamment.Alexandre Lazaridès a publié-Valéry: Pour une poétique du dialogue (Presses de l’Université de Montréal, 1978).PAULINE HARVEY UN HOMME EST UNE VALSE LES HERBES ROUGES / ROMAN GREGORY BAUM Le nationalisi perspectives et religieuses f frtfatf a* Afqin Ç McmAn Pierre Destuisseaim des expressions Louis Hémon Maria Chapdelaine Ils \ll.ll II URS (OMIS I AN I \S IIQUI-S QUÉBÉCOIS * DU XIX SU C 11 BEST-SELLER I3Q CHANTAI BOUCHARD nombril Histoire d’une obsession québécoise (ruirçginsftt dJtîUWiirdiit L'ANNÉE ?POUHQUE ?ecoNoviiauE ?SOCIALE ?CULTURCUe nDR-UDcm» Pierre DesRuisseaux Dictionnaire des expressions québécoises Félix Leclerc Andante Michel Tremblay C’t’à ton tour, Laura Cadieux EQ Au Québec : Éditions Fides En Europe : Éditions du Cerf Gilles Vigneault Entre musique et poésie ¦lü mmmmm D E V 11 I II U I U A X C II !¦ Lire le Okowe&ô t Ecrire bien et vrai Le témoin de la fragile vérité L’écriture du dépassement Une saga tournée vers l'avenir îMxwlif jorcée Victor-Lévy Beaulieu, Munticiil, VLB, 1976/1997, Éditions , i roi' Pistoles, 191 pages ŒUVRES COMPLÈTES TOME 12 MICHEL CARNEAU ment également une saga — qui redouble celle des Beauchemin —, mais qui est tournée cette fois vers l’avenir, le large, la mer, les grandes eaux de la passion amoureuse et de l’aventure langagière.Projet épique Elles débutent par le récit d’un amour perdu et retrouvé par et dans les mots et se terminent par la relance du projet épique qui hante l’auteur depuis les tout débuts de son entreprise.Entre ces deux extrémités, on retrouve l’entrelacement savant d’un grand roman familial qui se déploie autour de la figure triangulaire constituée par les personnages de Job J.Jobin, un océanographe fantasque et beau parleur, de France, l’épouse délaissée, et de Blanche «forcée», l’amoureuse suicidaire, et d’un non moins magistral roman d’écriture placé sous la figure tutélaire de Melville, aimant et cœur battant du cycle.Blanche forcée s’impose comme le récit peut-être le plus lisse, le plus transparent de toute la production romanesque de Beaulieu, comme le plus lumineux aussi tant il est visiblement porté par un grand bonheur, une aisance souveraine dans l’écriture.Cette joie rayonnante résonne jusque dans la complainte désespérée du héros-narrateur frappé à mort dans son amour éperdu pour la créature fabuleuse qu’incarne Blanche, disparue pour toujours et qu’il tente de rejoindre dans les souvenirs et les rêveries.Si Blanche représente l’absolu de la passion amoureuse, Melville symbolise pour sa part l’accomplissement de l’écriture.Et le livre en forme d’hommage qui lui est consacré représente un sommet indépassé et peut-être indépassable non seulement des Voya-geries mais de l’œuvre entière de Beaulieu.Le lecteur y trouvera rien de moins qu’ün livre total, qui convoque et intègre plusieurs registres d’écriture couvrant de multiples réalités.BLANCHE FORCEE A.A élène Monette elle écrit bien comme on dit ce qui n’a aucune importance mais elle écrit vrai ce qui en a beaucoup elle écrit: La dérision nous perdra tous risibles nous serons perdus aussi ridicules que prévu pourquoi écrire si ce n’est pour mieux sentir et mieux savoir et en être des êtres plus humains dans l’histoire des choses inscrites la dérision oh tant de fois a été crachée sur les femmes TV ES PELLETIER ‘ I I ans l’œuvre colossale, immen-1 ’ \ fie Victor-Lévy Beaulieu 'm-J ~ - assurément la plus considérai/' .le la littérature québécoise com mporaine —, on trouve de tout, le nu illeur comme le pire, les som-«.; du sublime comme les abîmes ck la trivialité.Il m’apparait du coup ¦n.i, ' pou oiseux de prétendre opé-lii dans cette production qu’il ivférable de prendre en bloc, Y.o qu’elle est, dans ses réussites fL il vantes comme dans ses ra-‘ 'ji'ctaculaires.I ,ii la critique a commencé à édr ‘ un classement normatif de ., :uvre, plaçant au sommet Les ni ; ” et Don Quichotte de la ' an" le registre de la fiction l'Oman esque, Monsieur Melville dans Il comprend une interprétation de l’œuvre du grand écrivain américain — prétendant elle-même à la totalisation — et une réflexion sur le travail créateur et sur la nature et les conditions du discours critique (inspirée par Sartre).Il réunit des fragments autobiographiques sur l’enfance, i’ado-lescence, l’entrée dans le monde, qui nous racontent la naissance fiévreuse d’un écrivain.Il s’offre comme un prodigieux roman polyphonique d’abord en tant que fiction sur Melville et les siens, ensuite en tant qu’élément central, cœur des Voyageries, enfin comme moment capital du développement de Im Grande Tribu, cette œuvre définitive qui hante l’auteur depuis sa venue dans le monde de la création.En somme, Les Voyageries, et plus particulièrement Monsieur Melville, incarnent exemplairement ce qu’attend Victor-Lévy Beaulieu de l’écriture: qu’elle exprime dans la flamboyance ies aspirations les plus élevées de l’humanité, appelant ainsi au dépassement de soi et au «grand partage» avec tous.Praxilla (450 ans avant l’ère chrétienne) écrivait bien ce qui n’a aucune importance mais elle écrivait vrai ce qui en a beaucoup elle écrit, Praxilla: le plus beau de ce que je laisse en arrière c’est le soleil lui-même et puis les éblouissantes étoiles et le visage de la lune et puis en leurs saisons les concombres et les pommes et les poires pendant des tas de siècles on lui tombe dessus à cause de ses concombres un certain Zonobion déclare: «Il faut être simple d’esprit pour mettre sur le même plan les concombres et le soleil et la lune.» Hélène Monette rsement qui se défend poserai pas ici un autre, rnt de suggérer qu’on utrsr dans cette œuvre ¦ perte, celle des Voyage-eroupant la trentaine sacré - aux Beauchemin.i d'accès particulière-••ssante en ce qu'elle sorte de modèle réduit îticr-' tout en possédant i movement.Ce cycle ¦ ' boucle à l’intérieur / globalement prolifé-tinuelk: expansion, vrai-deslinée, par les am-¦" qui la portent, à l’in- achew.:n’.Les i ¦.agrries représentent une ou-Vertur dans une œuvre régie jusque-là par une quête fiévreuse des ’origines familiale et collectives, d’un ¦passé devenu mythique.Elles for- on jurerait que dans tout ce qui s’inscrit beaucoup est fabriqué pour que nous soyons moins et il y a beaucoup de dérision et de style (parfois c’est la même chose) il y a beaucoup d’écritures qui se protègent et puis il y a celles et ceux qui se pâment aussi bien devant le concombre que le soleil et dont la voix fraîche et nue traverse les millénaires à cause d’une fragile vérité Hélène Monette est d’abord écrivaine.Poète, elle public, entre antres aux Ecrits des Forges, Lettres insolites (1991) et, aux Herbes rouges, Kyrie eleison l'HtXAGOMr.Yolande Vmcnjairc Céleste tristesse & i HEXAGONE Sylvain Trudel Le souffle de l’haimattcm littéraires TYPOj Le deuil du soleil 0HSI CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE MAL IMPRIMÉ A la découverte du Québec Venez visiter notre stand (P-50) et rencontrer nos auteurs, dont: SMILEY Marie-Andrée Beaudet Claude Beausoleil Marie-Claire Blais Denise Boucher Marcelle Brisson Paul Chamberland Ook Chung Cécile Cloutier Denise Desautels Michel Détail tels >: Madeleine Gagnon Michel Garneau Jean-Louis Gaudet Lise Gauvin Roland Giguèrr Naïm Rattan Dany Laf'erriére Micheline La France Richard Langlois Paul-Marie Lapointe Nicole Macé Henriette Major Annie Molin Vasseur Pierre Morency Pierre Nepveu Émile Ollivier ^ Jacques Parizeau Yves Préfontaine Rober Racine Jean Royer.Michel Sarra-Bournet Serge Patrice Thibodeau Michel Van Schendel MICHEL DÉSAUTELS ABLA FARHOUD Paul-Marie Lapointe Le vierge incendié TYPOR YOLANDE VILLEMAIRE PAUL-MARIE LAPOINTE SYLVAIN TRUDEL DENISE PÉRUSSE MADELEINE GAGNON LE CROUPE rlb éditeur ?M’HEXAGONE VILLE-MARIE u n (rature www.cdhexagone.com www.edvlb.com www.e I, K I) K V 0 I H .I.K S S A M EDI I A E T I) I M A N C II E I 4 M A R S I !l !» !) E 1(31 Lire le £Mioi\ Hors Québec Trouver de nouveaux lieux de distribution MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Ces derniers mois, le milieu de l’édition a été observé sous toutes ses coutures.Si le Sommet sur la lecture et le livre a plutôt placé les projecteurs sur les librairies, reconnues comme étant la plaie à panser le plus rapidement possible, les éditeurs n’en ont pas moins quelques interrogations à méditer pour se refaire une santé.Il n’y a pas si longtemps, l’ancienne ministre de la Culture et des Communications, Louise Beaudoin, affirmait haut et fort vouloir doubler la consommation de livres québécois en sol français dans un laps de temps bien court.soit deux ou trois ans.Selon certaines données, le Français consomme l’équivalent de quelque onze cents de livres québécois par année seulement, tandis que son vis-à-vis québécois dévore l’équivalent de 15 $ de livres français annuellement.Des chiffres éloquents quant aux pas de géant qu’il reste à parcourir en matière d’exportation de notre littérature.«Nous allons nous adresser à toute l’Europe!», disait encore la même ministre de la Culture et des Communications lors d’un dévoilement embryonnaire de la programmation du Printemps du Québec en France, auquel le Salon du livre de Paris donne en quelque sorte le coup d’envoi.Même s’il reste fort à faire en matière d’exportation, quelques maisons d’édition québécoises ont déjà le vent dans les voiles.Des statistiques issues de 1995 révèlent que les éditeurs de littérature agréés retirent un peu plus de 20 % de leurs bénéfices de la vente de leurs livres à l’étranger.La coédition, de plus en plus populaire, et la recherche d’antennes françaises par l’entremise de distributeurs-diffuseurs bien établis là-bas permettent de mousser l’aventure hors Québec mais demeurent encore des inconnues pour nombre de petits éditeurs d’ici.Il faut de plus compter désormais sur l’édition électronique, cette vente littéraire effectuée directement à partir du vaste cyberspace et dont plusieurs parlent encore avec méfiance.L’histoire et là tradition prêtant une affection plus grande au support papier qu’à la voie électronique, les éditeurs sont encore trop peu nombreux à posséder une adresse sur l’inforoute.Et malgré l’avantage indéniable que procure cette présence — promotion, accessibilité plus vaste, ouverture des frontières —, l’argent manque et la crainte demeure de voir l’écran remplacer le livre.A cette timide volonté de mettre le pied dans la danse électronique, le monde de l’édition voit toutefois certaines initiatives, comme celles de l’Union des écrivains du Québec avec son site L’île (centre de documentation virtuel présentant plus de 700 écrivains québécois), promettre une promotion élargie de ce qui s’écrit de ce côté-ci de l’Atlantique.Si ces mesures permettent d’envisager des jours meilleurs, il reste toutefois fort à faire avant que le défi de l’exportation, voie de l’avenir par excellence, soit affaire classée.Jeunes maisons Une production annuelle de 4000 nouveaux titres MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LJ édition québécoise se porte fort bien, merci.À preuve: en 1997, la matière grise québécoise a donné lieu à la publication de plus de 4000 nouveaux titres, littérature générale, jeunesse et essais confondus.Destiné à un bassin de population de quelque sept millions d’âmes — pas toutes lectrices, mais en voie de le devenir —, cet amas de pages neuves, néanmoins publié dans une plus grande diversité, ne garantit pas un nombre d’exemplaires plus élevé, les éditeurs ayant récemment pris le parti d’imprimer en plus petite quantité et d’augmenter la fréquence des tirages, ce qui semble être une tendance observable ailleurs.^wJoAchoiA iaAioiaAc Fringantes — les plus mûres d’entre elles dépassant à peine la soixantaine —, nos maisons d’édition sont donc jeunes, et en plein essor.On estime que les deux tiers des maisons d’édition — elles sont 200 maisons commerciales environ — ont à peine 20 ans: l’âge où tout encore est permis.Car notre histoire locale de fabrication des bouquins est encore bien jeunette.En 1960 encore, rare était la production nationale, la grande majorité des titres qui meublaient nos tablettes provenant de l’étranger.La maison d’édition Fides, encore très bien portante, faisait figure de précurseur en 1937 en ouvrant ses portes.Une dizaine d’années plus tard, c’est le Cercle du livre de France qui voit le jour sous le coup de baguette de Piçrre Tisseyre, devenant plus tard les Editions Pierre Tisseyre.Devant la faible production éditoriale locale, le gouvernement du Québec décide de s’immiscer dans l’affaire, intervenant d’abord au début des années 60 puis à nouveau vingt ans plus tard (Loi sur le développement des entreprises dans le secteur du livre, toujours en vigueur), dans le secteur des librairies, afin de favoriser l’ouverture de commerces voués au livre et, par ricochet, la publication de nouveaux titres bien de chez nous.Désormais, on compte au Québec quelque 130 maisons d’édition dites agréées, c’est-à-dire reconnues par le gouvernement grâce à la Loi sur le développement des entreprises dans le secteur du livre.Il semblerait donc que les incitatifs gouvernementaux aient insufflé à cette industrie alors embryonnaire l’élan dont elle avait besoin pour prospérer.Une production abondante En regard d’autres pays comme l’Allemagne, la France ou encore l’Angleterre, le nombre de livres publiés au Québec est à certains égards plutôt étonnant compte tenu de l’étendue de sa population: dans sa Brève Histoire du livre au Québec, l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) note qu’«i7 se publie au Québec 502 titres par million d’habitants contre 395 pour la France et 200 pour les États-Unis».Pilier indiscutable de l’activité litté- Marif-llck-nt' m mois de mais LscHluiii MASCA raire, la librairie — aujourd’hui encore sous le coup d’intenses discussions quant aux façons d’assurer sa survie et celle d’une littérature variée — vacille tout juste avant ce sérieux coup de pouce qu’on lui donne au début des années 60.En crise, ce secteur compte en 1962 une librairie pour 32 000 habitants, alors qu’en France, cette statistique vaut pour 7000 Français.Ironiquement, certains libraires espèrent aujourd’hui encore une incursion gouvernementale pour les sauver d’une situation fragile.Très intimement liée au cours de l’histoire, qu’elle soit de nature sociale ou politique, l’édition québécoise connaît des départs fulgurants: qu’on pense seulement à la publication d’un petit manifeste incendiaire, dont on célébrait le 50"' anniversaire en 1998.Refus global, cri du cœur d’une poignée d’artistes et d’intellectuels dirigés par les associés au peintre Paul Emile Borduas, marque l’un de ces moments forts.Publié en 1948 dans un Québec encore étouffé par de nombreuses contraintes de tout ordre, le manifeste a imprimé sa marque dans notre petite histoire littéraire.Miron et Hébert D’autres gestes d’édition allaient définir la couleur de la littérature: avec l’apparition en 1953 de L’Hexagone, aujourd’hui partie prenante du Groupe Ville-Marie littérature (deux maisons y figurent, en plus de L’Hexagone, VLB éditeur et Typo).C’est le poète Gaston Miron, l’une des figures les plus importantes de notre littérature, disparu avec l’hiver de 1996, qui crée la maison.Miron le Magnifique, tel qu’on l’a souventes fois dénommé, est connu notamment pour L’Homme rapaillé, qui rassemble l’ensemble de ses textes.En collaboration avec Olivier Marchand, c’est la publication du recueil de poèmes Deux sangs qui marque les premiers pas de la maison.Avec dans son sillage des poètes de renom, Miron et L’Hexagone sont rapidement associés à un lieu d’échanges idéologiques, imprimant partout où ils passent un sceau de qualité rapidement reconnu.Elles fêtaient cette année leurs 40 ans; dirigées à l’époque par un certain Jacques Hébçrt, aujourd’hui devenu sénateur, les Editions de l'Homme démarrent en lion.Une sordide histoire ayant ébranlé le Québec des années 50 leur sert de point de départ: ce qui allait devenir dans la mémoire collective l’affaire Coffin, l’histoire de cet homme accusé d’avoir tué trois touristes américains en Gaspésie et condamné pour cela à la pendaison, devint le premier coup — et quel coup! — de la maison.Coffin était innocent, pamphlet des plus audacieux à une époque où nul n’osaij dire mot, donne le coup d’envoi aux Editions de l’Homme, qui ont aujourd’hui 40 années à leur actif.Aujourd’hui, l’édition québécoise est composée de ces voix découvertes en plein essor éditorial, devenues désormais nos piliers nationaux.Aux Anne Hébert, Réjean Ducharme, Marie-Claire Blais, Gaston Miron, Michel Tremblay, Jacques Poulin et autres s’ajoutent chaque saison de nouvelles plumes, venues d’ici et d’ailleurs, qui contribuent à la toile diversifiée que présente notre littérature.Les \\s)rc ¦ Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) L’AN EL existe depuis que des organismes représentant des éditeurs ont décidé, en 1992, d’unir leurs forces et de créer l’association: éditeurs de manuels scolaires, de littérature générale et de livres universitaires travaillent depuis à la même enseigne.Cent un membres sont représentés par l’ANEL (un nombre inégalé à ce jour), dont le mandat est divisé en deux rôles bien distincts, explique sa directrice générale, lise Oligny.Avec d’un côté le rôle de pourvoyeur de services — par l’entremise d’assemblées d’information, de séances de formation, d’envoi de bulletins —, de l’autre celui de représentant politique auprès de certains organismes clés dans le développement du secteur de l’édition.Plus d’une vingtaine de comités s’activent dans les coulisses à scruter quelques-uns des dossiers chauds de l’heure et qui préoccupent les éditeurs québécois: «On pense à des sujets comme la reprographie, les droits en bibliothèque, le crédit d’impôt, les subventions accordées au secteur de l'édition parles conseils des arts, et bien sûr l’exportation de notre littérature, qui a pris une place considérable ces derniers temps dans le cadre du Salon du livre de Paris», explique lise Oligny.¦ Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française (ADELF) Initialement créée à la fin des années 70, au moment où était pilotée la loi 51 sur les entreprises reliées au secteur du livre, l’ADELF a par la suite été mise en veilleuse, étant ressuscitée au gré des événements.Après la houle que créa l’imposition de la taxe sur les produits et services (TPS), où l’association renaissait de ses cendres étant donné l’urgence de la situation, l’ADELF est de nouveau bellement active depuis mai dernier.Cette fois, c’est le Sommet sur la lecture et le livre (au printemps dernier) qui a donné lieu à ce besoin de se regrouper à nouveau, les distributeurs et les diffuseurs étant les seuls à ne pas avoir d’association porte-parole de leurs membres, aux côtés des libraires, écrivains et éditeurs par exemple.Le directeur général, Çeorges La-berge, associé déjà aux Editions du Trécarré et à Diffrilivre notamment, compte à son regroupement une trentaine de membres, divisés en deux classes: les distributeurs, membres, et les diffuseurs, membres associés (c’est-à-dire n’ayant pas drçit de vote en assemblée générale).«A eux tous, ils représentent environ 90 % du chiffre d’affaires de ce qui est distribué au Québec», explique M.Laberge, qui œuvre seul au sein du regroupement mais s’est associé quelques comités pour réfléchir sur des questions précises reliées au milieu.On pense notamment à des discussions autour d’assurances collectives pour certains services possiblement regroupables, la Banque de titres de i la langue française, de même que l’observation de façons de faire à l'étranger.¦ Union des écrivaines et écrivains du Québec (UNEQ) Le Québec constitue une active fourmilière d’écrivains: depuis la fondation de l’UNEQ enl977,on dénombre quelque 1009 de ces adeptes de l’écriture, versés qui dans la poésie, qui dans le roman, l’n rit dramatique, l’essai ou le livre jeunesse par exemple.Sa mission première est de «veiller à la promotion et à la diffusion de la littérature québécoise au Québec et à l’étranger, de même qu’à la reconnaissance du métier d’écrivain».Ses tentacules sont nombreuses et sont dirigées vers la défense des droits et des intérêts des écrivains, explique la présidente de l’organisme, Denise Boucher.Parmi les dossiers et services occupant l’UNEQ, notons la présentation et la mise en place d’un contrat-type d’édition, dont on recommande de plus en plus sinon l’utilisation, du moins la lecture, l’intérêt accru pour le dossier des droits de reprographie étant dorénavant entre les mains de COPIBEC.«Notre programme de parrainage entre un écrivain professionnel et un filleul intéressé par l’écriture est également très actif», note Mme Boucher.Parmi les préoccupations de l’association, l’enseignement de la littérature québécoise dans notre système sco- , I laire, les tournées d’écrivains à || l’étranger et dans nos propres écoles.L’UNEQ est également responsable de l’organisation, chaque année, d’un grandiose Festival de la littérature aux activités multiples. livre de service — qu’on pense ici aux guides pratiques, à la psychologie po-pulaire, aux livres voués à la croissante personnelle, à l’alimentation, à la vie familiale, aux loisirs, etc.— attire une clientèle qu’on dit de plus en plus volumineuse, ventes à l’appui.Inspiré peut-être du marché américain, où ce type de littérature se retrouve en quantité plus qu'industriel-lè, le Québec a emboité le pas et compte lui aussi une quantité appréciable de ces maisons d’édition pour lesquelles le livre de service constitue principale denrée littéraire.f * Editions de l’Homme Pionnières en la matière, les Editions de l’Homme explorent les différentes avenues que permet ce type de littérature depuis plus d'une vingtaine d’années.L’éditeur Jacques Laurin évoque les premiers bouquins du D' Gendron sur le brûlant thème de la sexualité au début des années 60.«Ce que nous faisons aujourd'hui encore correspond tout à fait à la philosophie du fondateur, Edgar Lespérance.A l'fpoque, il voulait permettre aux gens de pouvoir se renseigner sur certains thèmes sur lesquels ils savaient peu de Choses, explique l’éditeur.Dans la rue, les gens apostrophaient l’auteur et lui criaient des insultes à cause des sujets qu'il osait aborder, et pourtant dans Une langue des plus pudiques.» Depuis, l’eau a coulé sous les ponts.Le livre de service, tel que Jacques Laurin le définit lui-même, a toujours la cote.«Us gens ont besoin de ce type de littérature parce qu’ils tie savent pas toujours à qui s’adresser et ont la possibilité, avec le bouquin, de lire et de relire comme bon leur semble.Tristement, ça correspond sûrement à un besoin parce que nous vivons dans un monde étrange, poursuit M.Lau-rin.Quand j'étais plus jeune, c’était avec Nelligan et Balzac que je trouvais yëponse à mes questions.Aujourd'hui, on vend aux parents des livres sur l'inceste pour les éclairer.» ARCHIVES LE DEVOIR Le livre de service a toujours la cote.Québécor Aux Éditions Québécor, un autre éditeur qui fait ses choux gras du livre pratique et de service, 60 % du chiffre d’affaires est issu directement du pratico-pratique livresque.Une cinquantaine de titres par année, que l’éditeur des Éditions Québécor, Jacques Simard, appelle ses «valeurs sûres».«Parce que le lecteur s'y dirige spon- tanément, en sachant en quelque sorte ce qu’il cherche et va y trouver, ex-plique-t-il.C’est une approche très différente du roman, qui laisse une porte ouverte.» Directement branchés sur les besoins de la société, sur ses bonheurs et ses petits malheurs, ces éditeurs sont à l’affût de nouvelles tendances qu’ils observent, des problèmes qu’on souhaiterait voir davantage Marché ciblé Les jeunes Québécois sont de bons lecteurs traités.À l’occasion, après avoir déterminé un de ces besoins qu’on souhaiterait voir approfondi, ils contacteront eux-mèmes un spécialiste et «commanderont» un livre.«Il faut avoir le pif, ça, c'est certain», explique Jacques Laurin, des Éditions de l’Homme.D’autres éditeurs québécois sont très actifs dans le secteur du livre de service; notons, à titre d’exemple, les Éditions Logiques, Guy Saint-Jean éditepr, les Éditions Michel Quintin, les Éditions, Ulysse (guides de voyages), les Editions Broquet et les Éditions du Trécarré.Édition scientifique Moins connue du grand public parce que destinée à un lectorat beaucoup plus spécialisé, l’édition scientifique et technique est néanmoins très présente sur la scène québécoise.Aux côtés des nombreux essais que publient chaque saison les maisons d’édition à vocation plus littéraire, les presses universitaires et autres entreprises de l’édition vouées aux ouvrages techniques conservent une certaine stabilité malgré leur vocation particulière.Alimentée notamment et abondamment par les idées des chercheurs et des professeurs d’université, l’édition universitaire est véhiculée au Québec par quelques maisons phares, telles les Presses de l’Université I^aval, les Presses de l’université McGill, les Presses de l’Université de Montréal, associées à la maison Fides depuis cet été, ou les Presses de l’Université du Québec.Au total, on estime à près d’une vingtaine de maisons celles qui s’adonnent à la science et à la technique.Souvent de coût très élevé en rai> port avec le nombre de ventes qui en découlent, l’édition scientifique possède ses propres modes de fonctionnement.Obligés de dépenser de petites fortunes pour la seule préparation d’un essai ou, encore pire, d’un manuel technique, les éditeurs doivent aussi conjuguer avec des délais de production d’une durée assez étendue, entretenir des relations étroites avec les professeurs d’un secteur donné et surveiller d’un oeil attentif les progrès des disciplines qui les intéressent.Pour compenser ces contraintes liées au milieu, les éditeurs scientifiques et techniques bénéficient d’une longévité livresque peut-être plus grande que leurs acolytes du secteur littéraire, une moyenne s'échelonnant entre deux et vingt ans pour des sujets et des secteurs donnés.GISÈLE DESROCHES Que la littérature jeunesse soit en santé au Québec, une visite en novembre au Salon du livre de Montréal le démontre.Métropole d’un territoire immense de sept millions d’habitants, Montréal accueille le plus gros Salon du livre francophone au pays et les activités qui s’y déroulent témoignent du dynamisme du secteur jeunesse.Les journées scolaires sont très achalandées.Des classes entières assistent à des jeux ou à des entrevues préparés à leur intention.Le dimanche matin, une scène est prise d’assaut par des bouts de chou en pyjama venus écouter des auteurs et des illustrateurs leur raconter des histoires.La Courte Échelle, qui occupait quatre espaces il y a dix ans à l’intérieur du stand de son distributeur, oc-cupe maintenant 18 espaces à elle toute seule, et sous sa propre bannière.Autant que le géant Gallimard.Même pendant la fin de semaine, des centaines d’enfants font la queue afin d’obtenir un autographe de leur auteur préféré, sous l’œil vigilant du personnel engagé |x>ur faciliter la circulation.On a multiplié et placé stratégiquement les tables de signature.Des animatrices projjosent en permanence des activités dans les quatre aires réservées à l’ani-mation.Au stand-château Héritage, on a doublé l’espace occupé au Salon du livre de Montréal depuis dix luis (de 12 à 24 espaces-stands).Le personnel revêt des costumes aux couleurs vives afin de faciliter leur repérage: l’affluence y est telle, certaines heures, que la circulation est carrément bloquée.Parfois livrés en otages aux jeunes collectionneurs de signets, les auteurs ixiur la jeunesse font l’envie de leurs confrères qui écrivent jxmr adultes, sécluuit parfois de longs moments aux tables de signature désertées.300 titres annuellement Les jeunes lisent, choisissent pour une large part des œuvres québécoises, connaissent de plus en plus les auteurs et les collections.Selon une étude datant de 1994 du ministère de l’Education qui compare les habitudes et les compétences de lecture de jeunes Québécois et de jeunes Français, la comparaison des moyennes obtenues au résultat global donne un léger avantage aux Québécois sur leurs confrères français.la production jeunesse québécoise compte environ 300 nouveaux titres par année.Plus d’une vingtaine: d’éditeurs se répartissent le marché jeunesse, qui n’a pas été touché aussi durement par la crise du livre.Selon Louis Dubé, de la Société de développement des équivalents culturels (SODEC), la santé du secteur est excellente.Si quelques rares éditeurs connaissent des difficultés, la plupart (Chouette, La Courte Échelle, Dominique et Compagnie, Hurtubise HMH, de la Paix, Québec Amérique, Michel Quintin, Raton laveur, Vents d’Ouest, etc.) conservent leur part de marché malgré l’augmentation du nombre total de publications, pu encore sont en progression.Mille-Iles et Les 400 Coups effectuent une percée remarquée.Sou-lières éditeur également Seul Coïncidence-Jeunesse a tiré sa révérence.Selon l’ANEL, si on exclut les manuels scolaires (42,3 %), en 1996, la production jeunesse (17,3%) atteignait plus de la moitié de la production générale destinée aux adultes (31,5 %) au chapitre du nombre de litres publiés.Les Statistiques de l’édition au Québec 1997 révèlent qu«en littérature jeunesse, le nombre de titres a augmenté de 17,9 % en 1997 et le tirage moyen continue de baisser depuis 1994».Cela signifie que de nouveaux joueurs ont trouvé une place (nouveaux créneaux, nouvelles collections.) et qu’on est plus nombreux à se partager le marché., Bertrand Gauthier, de La Courte Échelle, affirme que le marché québécois du secteur jeunesse arrive à maturité, que le terrain est très occupé, ét le salut ailleurs.On s’affaire donc à trouver des débouchés.On exporte çle,s; droits, on importe des albums (MH lan/Les 400 Coups), on coédita' (HMH), on tente d’ouvrir des marchés.: On vise la France et le Canada anglais (La Courte Échelle).Même sorçilej cloche chez Dominique et Compagjûç,; où l’pn s’attaque au marché morççlÉ des Etats-Unis.Depuis l'automne 1998, Dominique Payette, directrice génÊMJ le, prépare deux versions de sed albums qui sortent simultanément èb français et en anglais.La SODEC o^ une aide à l’exportation en conséqi}çùJ ce.Bertrand Gauthier souligne element le problème de la visibilité.«ILy Ü dix ans, la sortie de chacun de nos libres bénéficiait d’une couverture de prJs'sè.Aujourd'hui, non seulement dans «Cfc tains journaux l ’espace est-il réduit, mqis il est réparti entre plus de titres.» Problème de visibilité également en France où la solution, d’après lui, réside dans l’alliance avec des petits ou moyens éditeurs afin de s’assurer au moins d’iine place intéressante sur les tablettes (les librairies.La Courte Échelle aura ppp espace au Salon du livre de Paris (qvpç la Librairie du Québec à Paris), en périphérie du stand du Québec.Gisèle Desroches collabore du journal Le Devoir. 1 !) il il M A R S Il I M A X (' Il K S A M K II I I) K V (l I II I.K S Lire le Imaginaire collectif La littérature québécoise de grande consommation CHANTAL SAVOIE Des feuilletons publiés dans les journaux à la fin du siècle dernier jusqu’aux thrillers de Chrystine Brouillet, en passant par Les Aventures étranges de l’agent IXE-13, l’as espion des espions canadiens, la littérature de grande consommation publiée au Québec va allègrement son petit bonhomme de chemin, au gré des caprices de la société qui la crée et la consomme.Depuis un siècle, avec l’avènement de la société industrielle, elle a ’ connu plusieurs formes et autant de ; formats.Ses heures de gloire et la fortune des éditeurs qui la font circu-; 1er n’ont pas attendu l’arrivée des médias électroniques pour se manifester.Le Québec des années 1940-1960, une époque qu’on dit par ailleurs de grande noirceur, a vu s’étaler à pleines pages les pulps, fascicules et livres de poche, aux titres parfois gaillards, aux couvertures souvent racoleuses, aux récits d’aventures musclés ou aux sentiments touchants.Dès les années 50, des journaux québécois commencent à publier une liste de titres s’étant bien vendus durant la semaine.Naquit ainsi le best-seller que nous connaissons aujourd’hui.Mais si l’idée reste la même, le contenu des ouvrages qui gagnent la faveur du grand public évolue en étroite corrélation avec le contexte social.Qui se surprendra du succès important des Insolences du frère Un-tel au début des années 60?De celui de La grosse femme d'à côté est enceinte de Michel Tremblay au cours des années 70?Quant aux années 80, elles ne.marqueront pas uniquement les variations sociales dans les contenus des ouvrages.C’est tout un pan de la littérature québécoise qui s’ouvre et va se développer, celui des romans écrits spécifiquement pour le marché de grande consommation.Beauchemin et Cousture Occupant ainsi un créneau jusqu’alors exploité à peu près exclusivement par les traductions françaises d’ouvrages américains, des Québécois et Québécoises connaîtront le succès avec des romans populaires qui tiennent de la saga et d’autres récits à succès.Yves Beauchemin ouvre le bal avec Le Matou, tandis qu’Arlette Cousture surprend tout le monde et fracasse des records de vente avec les deux tomes de ses Filles de Caleb.Dans la foulée du succès de Beau-chemin et de Cousture, le roman québécois destiné au lecteur moyen connaît une croissance indéniable.S’en détache particulièrement le roman féminin historique.Les Filles de Caleb, Une enfance à l’eau bénite de Denise Bombardier, Au nom du père et du fils et Le Sorcier de Francine Ouellette, les trois tomes de la trilogie Marie LaFlamme de Chrystine I3rouillet, les deux tomes du Roman de Julie Papineau de Micheline La-chance et Maïna de Dominique De-mers, pour ne nommer que les plus évidents, proposent des intrigues qui recréent différents moments de l’histoire du Québec.Nous sommes bel et bien au pays qui a pour devise «Je me souviens».Dans un autre fdon, les genres à suspense paraissent se porter de mieux en mieux.Chrystine Brouillet, parmi les pionnières du thriller, signe, tout à fait dans l’air du temps (!), des suspenses au succès retentissant, parmi lesquels se trouvent même un serial killer.Plus récemment, des thrillers politiques d’ici ex- ARCHIVES LE DEVOIR Arlette Cousture U .rfie JACQUES NADEAU LE DEVOIR Yves Beauchemin mm -**¦*¦- ploitent les cadres national et international dans leurs intrigues.Un Québécois, François Barcelo, signe également un roman, Cadavres, dans la célèbre Série noire.Mais l’évolution du best-seller passe également par sa transposition dans d’autres médias.La consécration suprême d’un roman populaire à notre époque est certes la production de téléséries dans la foulée du succès du livre.Celles réalisées à partir du Matou dYves Beauchemin, des Filles de Caleb d’Arlette Cousture, A'Au nom du père et du fils et du Sorcier de Francine Ouellette, ainsi que de Juliette Pomerleau dYves Beauchemin marquent autant de moments forts de l’histoire des best-sellers au Québec et rappellent la place fondamentale de ces productions médiatiques, tant imprimées que télévisuelles, dans l’imaginaire collectif.Quant à la valeur littéraire qu’on attribue aux best-sellers québécois, elle demeure le plus souvent problématique.Derrière une certaine fierté à voir des productions culturelles lo- cales gagner la faveur du public, au.détriment des mégamachines cullu-, relies américaines qui .déferlent invariablement dans ce créneau, demeuv re une circonspection évidente des ; gardiens et gardiennes de la qualité littéraire.Le bonheur des uns fait h;, scandale des autres.Chantal Savoie est une spécialiste de la culture populaire et aussi critique au journal Le Soleil.u r e Le Vaste Monde Scènes d’enfance Vallier est venu au monde au pays' des anges sans ailes, des superstitions émoustillantes et des songes palpables comme les pommes accrochées au pommier.Est-ce sa faute s’il a le nez trop bien débouché, les oreilles trop grandes ouvertes, des yeux tout autour de la tête et la main fouineuse ?Dès lors, il ne faut pas s’étonner de ce que son nez trouve, de ce que sa main cherche, de ce que ses singuliers talents suscitent.Opération Rimbaud Se faire traiter de Jésuite ne le gênait pas trop.Michel Larochelle assumait son rôle : parcourir le mbnde au service de la Compagnie, trafiquer, résoudre les différends politiques avec doigté et n’utiliser la violence qu’en cas d’absolue nécessité.Mais quand, en mars 1967, le Général des Jésuites lui demanda de rencontrer le Négus Hailé Sélassié, sa vie bascula : comment réussir une mission dans ce pays où jadis Rimbaud était allé s'échouer ?Qui seraient ses complices à la cour du Roi des Rois ?Aimez-moi les uns les autres Le Québec, à l’aube des années 60.De l’adolescence à l’âge adulte, le parcours d'une rebelle, d’une forte tête, d'une battante.Il lui faudra se désengluer d’une enfance confite en dévotions, d’un milieu réducteur en diable, apprendre, se forger des convictions.A l’instar de son pays elle s'éveille, s'insurge, s’implique.Mais sous son désir éperdu d’exister se tapit un souhait, une prière : « Aimez-moi les uns les autres ».Les Editions du Seuil publient également : Pierre Billon, Marie-Claire Blais, Louis Caron, Gilles Dostaler, Anne Hébert, Suzanne Jacob, René Lapierre Michèle Lemieux, Pierre Pratt, Hubert Reeves, Charles Taylor, André Vachon, Gilles Vigneault.Editions du Seuil * .¦aeattma i?«wf ip|ggpMiNq|l Mi< ' mumi ici la création Ici Radio-Canada 'Iff1 Télévision et radio www.radio-canada.ca •j. I.K I) K V (III!.L K S S A M EDI I A K T I) I M A \ (' Il K I I M A It S I !) Il !l ¦>rtrgs Lire le J e rOUy(t fl U voix La parole québécoise, au théâtre et en poésie, se démarque du modèle hexagonal G U Y L AI N E MASSOUTRE S % il existe au Québec une jeune tradition de l’écrit, ' c’est que ses jeux avec la langue orale, aussi vivants que la passion, constituent son plus beau défi.Quelle langue écrire pour exprimer le tempérament québécois?Chaque auteur se pose cette question et y répond.De multiples langages, fabriquant volontiers des images de puissance, ont ainsi fleuri: des paroles proférées en silence ou déclamées en scène.La poésie et la dramaturgie québécoises se prêtent aux accents variés de sa parole, lue en silence ou mise dans la bouche.Son plus beau dénominateur commun n’est-il pas ce texte sensible, aux racines solidement attachées à la société d’où il émerge, mais légèrement décalé par son regard libre sur son verbe?Miron le militant a vécu son engagement politique «à bout portant», selon ses termes.Sa poésie, née du choc de sa conscience d’homme québécois colonisé et de sa fierté, invente un territoire de rêve, qui proclame sa «terre amère», sa «terre amande».Sa voix, fabuleuse et intense, qui a aussi fait de lui un homme de scène, inaugurait cette langue que le professeur Georges-André Vachon a appelée la langue «américoise».Au théâtre, les auteurs ont franchi d’autres frontières de l’oralité.L’aventure du «jouai», ce cheval de Troie du parler populaire brut, est devenue le matériau de l’œuvre de Michel Tremblay.Elle n’en a pas moins servi un réalisme universel, où les délires et les rêves du petit peuple ont ex- primé la vision d’une génération d’artistes en colère.Plus jeunes, René-Daniel Dubois, Normand Chaurette et Michel Marc Bouchard portent leurs émotions et leurs images vers d’autres scènes que l’affirmation identitaire.Le premier est l’adepte d’un délire verbal forcené, le second tourne le dos aux thèmes québécois, le dernier plonge dans les mélodrames familiaux actuels.Tous leurs personnages côtoient la déroute, et leurs discours furibonds, hallucinés ou mystérieux renvoient à ce lieu de la fiction où le réel s’invente et où les rêves se déploient La parole du Québec reflète une culture populaire dans une culture savante.Conforme aux enjeux occidentaux du divertissement, elle sait se faire l’écho des murmures où glisse le mal de vivre, dans «la rengaine des arbres qui se défeuillent» et face à l’hiver symbolique du songe, «corbeau empaillé de froid» (Jacques Brault).Aux littératures francophones, elle ajoute ce que le poète appelle ses «leçons de solitude», un engagement dans le langage où le prestige de l’écrit est reconduit à sa source vive.De la contre-culture lyrique de Claude Beausoleil aux lignes pures de Denise Desautels, en passant par la géographie poétique de Jean Morisset, que nous découvrons sous la plume de Nancy Huston, le corps du pays, avec ses villes, ses eaux et toutes ses âmes, se lève dans son texte, à la fois pour marquer sa trace et pour prendre place sur les chemins du monde.LISE (» A 11V I N Si Miron avait pu assister à cet événement qu’est la participation du Québec, à titre d’invité d’honneur, au Salon du livre de Paris, il n’aurait pas manqué d’en être fort heureux.Je crois même qu’il en est d’une certaine façon le premier artisan.Car son métier d’éditeur l’avait tout naturellement porté à s’intéresser à la diffusion de la littérature québécoise et il en était devenu, au fil des ans, l’un des ambassadeurs attitrés.Je le revois encore, lors du Salon du livre de 1985, haranguant le public et interpellant les passants, jusqu’à ce que l’un ou l’autre s’arrête, étonné d’abord puis séduit par cette parole généreuse.A côté de l’homme de spectacle vivait l’ouvrier infatigable qui, dès 1953, en fondant sa maison d’édition, avait contribué à l’essor de cette même littérature que, quelque trente ans plus tard, il souhaitait faire connaître au monde.Car tel était l’objectif qu’il s’était fixé en entreprenant la lourde et périlleuse entreprise qu’a été la fabrication de l’anthologie Ecrivains contemporains du Québec, à laquelle je Doète de l’intranotilté De la surconscience linguistique à l’imaginaire de la langue il m’avait associée.L’ouvrage, publié d’abord chez Seghers en 1989, se promettait d’attirer l’attention du public français et francophone sur cet ensemble polyphonique qui s’était désigné, depuis les années 60 et grâce à l’intervention de Miron lui-même, sous le nom de littérature québécoise.Alors que l’homme de métier multipliait ses interventions sur tous les fronts, Miron l’écrivain a toujours refusé de s’inclure dans l’anthologie qu’il préparait.Il faudra attendre la réédition de 1998 (L’Hexagone/Typo) pour y trouver son nom, à titre posthume, avec celui des autres poètes.Cette attitude révèle, plus qu’un simple excès de modestie, un aspect du rapport toujours problématique que l’homme entretenait avec la littérature.Comme si Miron se voyait toujours en retrait, à côté ou à l’écart du livre en tant qu’entité fixée et figée.Comme si toute publication lui était douloureuse, arrachée à des siècles de silence ou à ces «siècles de l’Iiiver» qu’il fait vivre dans l’un de ses poèmes.Cet homme à la parole innombrable, animateur de poésie, éditeur et agitateur public, reste malgré tout l’homme d’un seul livre, L'Homme rapaillé, publié pour la première fois en 1970 (prix de la revue Etudes françaises) et qui rassemble ses principaux textes.Ouvrage constamment réédité avec de nombreuses variantes, jusqu’à la dernière édition publiée de son vivant et qui comporte en spus-titre: «Version non définitive».Ixi question identitaire Livre fragmenté et livre-somme, L’Homme rapaillé renvoie aux angoisses de son temps par son insistance à rappeler une question identitaire toujours irrésolue, par son inachèvement même et par sa manière de se dire en constante gestation.Mais il renvoie surtout à une poétique faite de tensions et de contradictions, qui trouve dans ces oppositions mêmes le lieu et l’occasion du surgissement de la parole.Un des poèmes les plus célèbres du recueil s’intitule L'Amour et le Militant.I )u titre, je retiens d’abord le «et» disjonctif.Il y aurait ainsi toute une énumération à faire sur ce modèle: «Miron et le politique», «Miron et la langue», qui se terminerait par «Miron et la poésie».Militant pour la souveraineté du Québec, Miron n’en déplore pas moins cette distraction de lui-même que lui lait vivre le militantisme.«Il n’y a rien de plus éloigné de la poésie que le militant linguistique», m'avouait-il un jour.Aussi, je dirais de cette œuvre qu’elle est une œuvre de l’intranquillité, et en cela emblématique de la littérature québécoise.Intranquillité de ce «je» dont la difficulté de dire devient le fondement même de la poétique.Intranquillité de celte quête d'un amour toujours à venir et d’un pays voué à l'incertitude.Intranquillité de cette langue au statut sans cesse remis en cause et dont le poète a défendu l’usage avec acharnement d’abord, puis avec fatigue mais sans jamais baisser les bras, disant sa lassitude devant un combat sans cesse recommencé.N’est-ce pas cette précarité même qui, chez Miron, aura permis de transformer la surconscience linguistique qui était la sienne et que connaît tout écrivain québécois en imaginaire de la langue?Attitude éminemment créatrice qu’il résume en une formule-choc: «Et moi je m’invente, tel un naufragé, dans toute l'étendue de ma langue.» Pareille invention, fruit d’un labeur patient et d’une exigence de rigueur rarement aussi poussée, a quelque chose de la recherche mallarméenne.Aussi n’est-ce pas étonnant d’entendre Miron, poète toujours insatisfait de ses vers et écrivain malgré lui, déclarer quelque temps avant de mourir: «Si peu que j’aie écrit, la littérature est toute ma vie.» le paradoxe de l’intranquillité, c’est quelle s’inscrit dans une durée.La poésie mironienne est une poésie à la fois intimiste et collective, prospective et immétnorielle, écrite avec «les maigres mots frileux de [s]cs héritages / avec la pauvreté natale de [s]a pensée rocheuse».Elle participe de cette force et de ce privilège de l’intranquillité que la littérature québécoise partage avec d’autres littératures qui, sur la scène du monde, déroutent et dérangent, car elles ne seront jamais établies dans le confort et l’évidence de leur statut.L’œuvre de Gaston Miron, ce «forcené magnifique», en est l’un des témoins les plus éclatants.Gaston Miron ( 1928-1997) domine la poésie québécoise avec L’Homme rapaillé (Prçsses de l’Université de Montréal, 1970) et Courtepointes (Edition de l'Université d’Ottawa, 1975).Son œuvre complète vient de paraître dams la collection «Poésie» de Gallimardj Essayiste, nouvelliste et critique, Lise Gauvin est directrice de la revue Etudes françaises.Elle a publié Lettres d’une autre, ou Comment peut-on être québêcois(e) (Typo, 1987), Fugitives (Boréal, 1991), Écrivains contemporains du Québec (avec Gaston Miron, Segliers, 1989, Typo, 1998), L’Ecrivain francophone à la croisée des langues, Karthala, 1997, prix France-Québec), À une enfant d’un autre siècle (Lemèac, 1997) et, en collaboration.Nouvelles d’Amérique (L’Hexagone, 1998).ERIC MAHONEY.Elle est repartie en me disant que l'amour était au-dessus de tout Efle a oublié ses gants.Si vous la voyez, dites-lui.et puis mm.Ne lui dites rien.Recevoir est une valeur exponentielle.Je ferai comme si c’était monsieur Caroubier qui me les avait donnés.N’empèche quelle est entrée chez moi.Je vous le jure.C’était elle, en chair et en us.Je sais que vous pensez que je suis fou, mais je vous jure sur la tête de ma ntère que je l’ai vue, de mes propres yeux.Martina North existe, j’en ai la preuve.J'ai senti qu’elle était neutre, que des serpents à sa base avaient enfin réussi à se libérer d'eUe-même.Quelle heure est-il?lYmrquoi monsieur Caroubier ne vient-il plus me voir?Il m’a pourtant dit qu’il serait à l'heure.DAWN GRISANTE II neige.Il a peut-être du mal à garer sa voilure.Mais moi je suis là.Normand Chaurette, Le Passage de (Indiana t JACQUES GRENIER LE DI Yves Beauchemin Victor-Lévy Beaulieu Claude Beausoleil Bernard Assiniwi François Barcelo Neil Bissoondath Jean Bédard Lise Bissonnette Stéphane Bourguignon Chrystine Brouillet Normand Chaurette Marie-Claire Blais Louis Caron François Charron Chung Ying Chen Dominique Demers Guy Comeau Denis Côté Arlette Cousture Denise Desautels Patrice Desbiens 19‘Salon Jean Désy Louise Dupré Paris expo - Porte de Versailles Trevor Ferguson Mavis Gallant Jean Pierre Jacques Godbout Girard nMHîriïrr Louis Hamelin Anne Hébert David Homel Suzanne Jacob L’Ariel remercie Halbant / Kirsch de transporter québécois à cette grande fête, le Salon du Livré les livres à Paris 1999 Raymond Klibansky Nairn Kattan Sergio Kokis Marie Laberge Jacques Lacoursière Maxime-Olivier Moutier Dany Laferrière Robert Lalonde Michel Lessard Pierre Morency Michel Noël Émile Ollivier Lucie Papineau Stanley Péan Claude Poirier Monique Proulx Jean Provencher Rober Racine Régine Robin Paul Roux Serge-Patrice Thibodeau Laurent-Michel Vacher Marie-Éva de Villers Georges Sioui Gaétan Soucy Élise Turcotte Jacques Tardif Gilles Tibo Gilles Vigneault 19-24 mars 1999 L ltQiiAcc i l’honneur .- - MM&Wë e - .- ^ ^ _________a.-_ r.___ ~ * 1.K I) K V OIK.I.K S S A M K I) I I K K I M A X I Il K II M A II S I !) Il !» E I!) Lire le ÎVfiWi \ A Pécart, un peu Quand le poème a le dernier mot ROBERT MELANÇON Jacques Brault est un homme réservé qui a choisi de vivre un peu en retrait de ce qu’on appelait naguère «le monde», quelque part à la campagne, parmi les champs, les bois, les collines et les eaux, en se laissant emporter par le grand rythme immémorial des saisons, des jours et des nuits.On aura compris que cette prise de distante répond, non sans paradoxe, à un désir d’être vraiment présent au monde, dans une autre acception du terme, plus près des écorces, des pierres, des mousses, du grand jeu de lumière que font ensemble le soleil et les nuages.Plus présent à soi aussi, moins diverti par ces mille niaiseries importantes dont on s’occupe dans des bureaux et qui font la matière redondante, toujours nouvelle et toujours périmée, de ce qu’on lit dans les journaux.Pascal écrit que tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il ne sait pas rester dans une chambre.Jacques Brault a choisi la plus vaste, qui est une campagne désencombrée, près du lac Champlain.Si vous lui demandez en quoi consiste la poésie, il vous regarde d’un air dubitatif comme pour vous laisser entendre à quel point une telle question ne se pose pas.Il se l’est posée pourtant, cette question, il se la pose constamment Et comme il est l’homme le plus courtois qui soit d’une exquise politesse faite de respect d’autrui et de respect de soi, il vous proposera une réponse qui sera à peu près celle-ci: ! «Il y a une saveur de l’existence, parfois très amère, qu ’on eut éprouver indépendamment de ce qu'on fait ensuite, en in- Îistant sur le mot ’faire”, qu’on produise ou non des objets de ingage.Je crois à cette expérience non pas simplement en vertu d'un présupposé ou d'un a priori.J'ai rencontré parfois des êtres qui n’avaient rien à voir avec la littérature, la philosophie, les arts.À mes yeux, ils étaient sensibles à cette poésie de l'existence qui tient simplement à la capacité d’accueillir les concentrés vitaux dans la vie quotidienne: tout à coup, il y a cristallisa-\ion de l'instant.Ça peut être tout à fait heureux, malheureux, pu encore de l’ordre du grand comique ou du tragique.» Griffonnages ! Bien entendu, direz-vous, la saveur de l’existence.Cela touche aussi bien les notaires et les voyageurs de commerce.Vous aviez en tête les poèmes, ceux dont on fait des livres.Jacques Brault en a publié dix, depuis Mémoire en 1965, sans pompter des essais, un roman, des pièces de théâtre.Voilà donc un homme qui écrit, qui fait des livres, un «écrivain».Vous insistez pour parler de littérature.Si vous reformulez l/otre question, Jacques Brault vous dira en levant un peu les sourcils qu’il n’écrit pas vraiment, qu’il «griffonne» dans des cahiers d’écolier, sur des bouts de papier, que les poèmes et (es essais naissent, comme par distraction, sans qu’il y soit |x)ur grand-chose, de ses «griffonnages».Il est inutile d’insisr 1er vous n’en apprendrez pas plus.Jacques Brault n’est pas du genre à étaler ses manuscrits ni à théoriser sur l’écriture, qu’il assimile à une grâce.«Ça reste un peu mystérieux pour moi», répondra-t-il à un questionneur insistanL Ce mystère, il l’a fréquenté dans de très vastes lectures, des troubadours à Emily Dickinson, de Basho à Saint-Denys Garneau, de Borges à Mallarmé.Il en a parfois tiré des essais subtils, informés par un savoir aussi précis que pudique, qui ne s’étale pas, qui ne se barde pas de références, qui laisse venir ce qu’il tient à apixder, parce qu’il sait que tel est bien son nom, un «donné» ou une «grâce».«Ça peut être vécu dans le silence, et ça n’est pas nécessairement porteur de possibilités langagières.Au moment même, quelque chose s’est produit.Et la mémoire va tout passer au crible par la suite.Je suis obligé de dire que j’y crois parce que j’ai de la difficulté à le démontrer, mais je pense qu'à l’origine de toute poésie, même de la plus quintessenciée, doit se trouver cette expérience primordiale.» Alors, pourquoi écrire?Des poèmes, des essais, tant de mots, tant de pages depuis plus de 30 ans ?«Peut-être en vient-on à la poésie justement pour préserver l’énigme, non seulement pour la conserver mais pour la mettre à l’abri parce qu 'elle contient la plus précieuse valeur de l’existence.» Mettre à l’abri l’énigme: sans doute est-ce là ce qui donne son centre de gravité à une existence faite de réserve et de courtoisie, d’amitié attentive et distante à la fois, qui le donne aussi à une œuvre subtile et savante, pudique et accueillante, l’une des plus nécessaires d’aujourd’hui.Tant de discrétion attentive est une morale, qui se défie des grands mots, qui luit toute pose, qui ne se soucie que d’être, sans toute la fragilité de l’existence telle qu’elle est donnée à chacun.Ainsi, dans ce poème de Moments fragiles, choisi un peu au hasard parmi tant de pages miraculeusement limpides et mystérieuses: Je gravis une colline et je m’assois solitaire sous un ciel vide à mes pieds s’endort comme un chien ma tristesse C’est, comme toujours en matière de poésie, le poème qui a le dernier mot.Jacques Brault, né en 1933, est l'auteur d'études critiques sur Alain Grandbois et Saint-Denys Garneau.Il a public aux éditions Grasset Mémoire (1968) et La Poésie ce matin (1971), aux éditions du Noroît Poèmes des quatre côtés (1975), Vingt-quatre murmures en novembre (1980), Trois fois passera (1981), Moments fragiles (1984).Il n’y a plus de chemin (1990), Au petit matin (L’Hexagone.1993) et, aux éditions du Boréal, üi Poussière du chemin (1989), O Saison, ô châteaux (1991), Chemin faisant (1994).Robert Melançon est professeur.Son dernier ouvrage est Notes sur un jour d’hiver (Éditions du Silence, 1994).Les mille feux de l’homme de glace Pour chasser les ténèbres et éloigner les fantômes Voiowme de Qacc Jean Morisset Préface de Kenneth White Illustrations de René Derouin ; Montréal, Éditions CIDIHCA, 1995, I I NANCY HUSTON i Nous avons (leur de vivre le foisonnement nous fait peur l’immensité du monde son impureté son infinie complexité la confusion des langues l’étrangeté tout nous fait peur sauf l’identité, l’identité nous rassure on se resserre autour comme autour d’un feu de camp on chante des chansons identitaires pour chasser les ténèbres et éloigner les fantômes.je suis paraît-il un québécois pure laine foulée maganée élastique et éclectique 30 % polyester 30 % au coton et le reste trempé jusqu’aux os dans du sang huronquois mélangé avec des babiches de scotch tape et deux trois gouttes d’irish mist pour faire tenir l’histoire en place-Jean Morisset homme impur comme nous tous mais le sachant le revendiquait, grand voyageur grand parleur bourlingueur rieur, refuse de s’éfriquer et de s’étiqueter.C’est un écrivain.Il ne met pas beaucoup de majuscules dans la vie, les puissants ne l’impressionnent lias il a la démocratie dans le sang dirait-on, c’est un ami un géographe un historien un poète un universitaire à la retraite mais au fond ce qu’il est du matin au soir, c’est un écrivain.11 parle trois ou quatre langues et en baragouine plusieurs autres, ce n’est pas grave, on iieut communiquer si on le veut, le problème c’est que la plupart d’entre nous ne le voulons pas vraiment, ou pas souvent, il écoute les contes et les poèmes des aufresjes adapte, les traduit, nous les offre, c'est un passeur, un homme du monde haha, tout le contraire d’un homme mondain c’est un homme du monde entier un homme de la planète.Il zigzague à travers les continents, grand nord, îles du pacifique, haïti, nouvelle-zélande, mexique, froid et chaud ne lui font lias peur fondant la crise du verglas il est resté dans sa maison sans courant par moins dix et quand la ixili-ce est venue lui demander: «Quelle est votre source de chaleur?» il a touché son cœur en souriant et on l’a laissé Jean Morisset L’Homme de glace illustrations de René Derouin mjm ri.&ïn' tranquille parce que ça se voyait que c’était vrai), il dort sous la tente, dans l’igloo, la hutte, la case, mange ce qu’on lui propose de manger et le trouve bon, relève les traces, les signes, collectionne des bricoles, ramène sculptures peintures et junk, et aussi des carnets d’une rare beauté, carnets dans lesquels il dessine, note, colle, cite, raconte, reconstruit, met en forme sa vie sur cette Terre, jour par jour, pas à pas, attentif, respectueux, drôle.Rien n’est perdu, dispersé, dilapidé, il prend la vie et les êtres sans se prendre trop au sérieux lui-même: ce n’est pas parce que j’écris un poème que j’en suis l’auteur couleurs cherchant un nom sans demander chemin émotions allant-venant sans autre avertissement d’où viennent les sons circulant à travers nos veines désir de l’espèce dans la tige de l’aube ce n’est pas parce qu’un poème a oublié de se présenter au rendez-vous par hasard que je n’en suis pas l’auteur.Comme certains peintres prolifiques, Morisset le fécond, le généreux, l’intarissable, le bavard oui aus- si parfois, inscrit sur chaque page la date à laquelle elle a été écrite parfois l’heure aussi, le lieu aussi (Matua, Tessimor, Paris, Belo Horizonte, Port-au-Prince, Dallas.).La richesse de ce qu’il a vu compris vécu fait tourner la tête.Jean Morisset a énormément écrit mais assez peu publié, on peut lire avec intérêt ses essais, dont Les chiens s’entre-dévorent (1977) et Ted Trindell: Métro Witness to the North (1986); mais si on veut le connaître vraiment, goûter à son humour en plus de sa lucidité et de son éloquente colère militante, il faut lire le rçcueil de poèmes L’Homme déglacé, Éditions CIDIHCA, 1995, préface de Kenneth White, illustrations de René Derouin.Jean Morisset est, de formation, géographe.Son mare majeure, est L’Identité usurpée (1985), parue en trois volumes aux éditions Nouvelle Optique après Les chiens s’entre-dévorent.Indiens, Blancs et Métis dans le Grand Nord canadien (Nouvelle Optique, 1977).Nancy Huston est romancière.Son dernier livre paru est L’Empreinte de l’ange (Lemèac/Actes Sud, 1998).m JACQUES NADEAU I.E DEVOIR Jacques Brault U€ Trait d’union entre les accents Le français vibre au rythme de ses accents.Paris-Québec.TV5 fait le trait d’union en ondes et à son kiosque au Salon du livre de Paris.1V5 i E 20 I.E I) K V OIK, I.E S S A M EDI I A E T I) 1 M A N C II E I I M A K S I !» !» il Lire le., Québec CluxureUe L’éternel ado Des récits avec d’étranges équations à plusieurs inconnues YVES RENAUD Marc Béland et Jean-Louis Millette dans Le Passage de l’Imliatia, de Normand Chaurette HERVÉ GUAY Si, par hasard, vous rencontrez l’auteur dramatique Normand Chaurette et lui demandez ce 1 qu’il fait dans la vie, la réponse qui suivra ne sera peut-être pas celle que ¦ vous attendez.Il n’est pas du genre à se proclamer écrivain et préfère se cacher sous une occupation plus commune.Un jour, il sera professeur, instructeur.De quoi?Allez savoir.Comprenez: il a un petit penchant > pour le secret et son œuvre théâtrale en est constellée.Ce théâtre a vu le jour en pleine fièvre naüonaliste.Ce pourquoi peut-être Chaurette s’est abreuvé du mythe Jittéraire québécois par excellence, Emile Nelligan, ce Rimbaud du Nord qui allume encore la flamme poétique de tant d’adolescents québécois.Mais moins que la figure tutélaire du poète maudit, surprend surtout .lors de la création de Rêve d'une nuit d’hôpital en 1980 le classicisme d’une langue en rupture avec l’ensemble du théâtre québécois du temps qui n’en a encore que pour le parler populaire de Michel Tremblay et de ses émules.Une langue étrangère Le premier choc passé, cependant, ce qui a semblé rafraîchissant chez le nouvel auteur passe désormais pour un défaut.Certains l’accusent d’agir en colonisé, d’avoir intériorisé une langue étrangère.On impute aussi au fait qu’elles soient trop littéraires les échecs des créations suivantes telles que Fêtes d'automne (1982), Province-town Playhouse, juillet 1919, j'avais 19 ans (1982), La Société des Métis (1986) ou encore Fragments d’une lettre d’adieu lus par des géologues (1988).On loue encore la beauté de son écriture, mais Chaurette acquiert bientôt la réputation d'être injouable.Entre-temps, le territoire littéraire et géographique couvert par l’auteur _ s’est considérablement étendu.Il s’est ouvert sur les États-Unis, la France, le Cambodge, l’Angleterre et l’Égypte.Mais, pour l’essentiel, Chaurette s’en est tenu aux thèmes qui l’obsèdent (l'enfance, la folie, le génie créateur, le vrai et le faux, le rêve) sans jamais ces- ser de construire «des récits emboîtés, superposés et qui semblent se nier à mesure qu’ils se créent», comme le dit si bien Jean-Cléo Godin.La fin des années 1980 mettra toutefois fin à l’aura d’«injouabilité» en- tourant l’œuvre dramatique de Chaurette.Plusieurs reprises marquantes ramèneront à l’avant-plan son théâtre tandis qu’il ne cesse de semer de nouveaux textes qui connaîtront pour l’essentiel le sort des premiers.L’on n’a qu’à penser à la création des Reines en 1991 et à Je vous écris du Caire, trois ans plus tard, qui ne passent toujours pas la rampe lors du premier essai.U Passage de l’Indiana, créée en 1996 lors du cinquantième anniversaire du Festival d’Avignon, dans une mise en scène de Denis Marleau, sera l’exception qui confirme la règle.Cette consécration en Hexagone aura du reste des suites.La Comédie-Française accueillera l’année suivante les querelles de palais des Reines, toutes droites issues du Richard III de Shakespeare.Chaurette s’est d’ailleurs mesuré maintes fois au grand Will dont il a traduit plusieurs textes (.Comme il vous plaira, Le Songe d’une nuit d’été, La Tempête, Roméo et Juliette, Corio-lan).On a aussi fait appel à lui pour Schiller (Marie Stuart) et Ibsen (Hed-da Gabier).Ses pièces les plus récentes ont en outre été traduites en anglais, en italien, en catalan, en espagnol et en allemand.Plusieurs de ses pièces ont également été produites hors du Québec: à Toronto, à Vancouver, à Paris, à Bruxelles, à Florence, à Barcelone et à Édimbourg.Asociaux et créateurs hors du temps À l’écart des grands débats politiques, ce théâtre est en revanche peuplé d’asociaux, d'êtres à part, de créateurs hors du temps, qui n’ont que faire de l’extérieur, sensibles aux souvenirs impérissables qu’a emmagasinés leur mémoire.Cette absence du politique dans ses textes, Chaurette l’explique par le fait qu’en général ce discours est mieux reçu ailleurs qu’à la scène.L’auteur préfère de loin enfermer ses personnages dans un «piège mental» tendu avec soin et dont ils auront bien du mal à se dépêtrer, s’ils y arrivent jamais.Bien souvent, ces pièces donnent lieu à d’étranges équations à plusieurs inconnues avec ce que cela comporte de gratuité et d’abstraction, mais de jeu aussi.Car sous l’apparente froideur — d’aucuns diront l’intellectualité de l’enveloppe —, il y a dans le théâtre de Chaurette le spectre de quelque grand adolescent attardé qui collectionne les tours de passe-passe, les secrets extérieurement anodins et les coups de théâtre.Cela se voit notamment par l’amusement démesuré que l’auteur manifeste à l’égard de l’histoire et de la géographie, les correspondances et les hasards qu’il organise comme des exercices de décodage de même que cette pseudo-objectivité de la langue qui l’apparente à celle de la science-fiction, mais une science-fiction à rebours, qui reconstruit à sa guise le passé, même récent.Au reste, l’écrivain est très attaché à l’âge de l’adolescence.C’est à cette époque de sa vie qu’il dit s’être «arrêté».De l’adolescent de 12 ans, Chaurette prétend avoir gardé la faculté d’émerveillement, l’écartèlement entre la solitude et le grégarisme, une propension à faire la fête.Des éléments qui, lorsqu’on y regarde de plus près, trouvent leur place dâns son théâtre.A divers degré^, ées pièces tiennent en effet du rituel de passage ou du pacte juvénile.Instants précieux arrachés à l’éternité par un auteur dramatique, éternel adolescent, dont c’est le secret le moins bien gardé.I 1 ¦* -rri— Le répertoire de Normand Chàhmte est publié chez Leméac et Actes Shd.Ses succès sont Province!own Way-house, Juillet 1919, j’avais 19 Uns (1981), Les Reines (1991), Jb'kms écris du Caire et Le Passage dé l’Indiana (1996).Il est aussi l'auteur de a ,.j '•'re- nouvelles, Le Pont du Gard -vu de nuit (Leméac, 1998).:,M ' Hervé Guay est critiqué dé théâtre au journal Le DeVoir.T» 19-24 mars 1999 Le Salon fin Livre est organisé sons l'iftide du le Québec à l’honneur «5* [^EDITION Paris expo • Porte de Versailles • Hall 1 SYNDICAT NA 111 19e Salon |j.f fotfj.• Forum des auteurs • Café Littéraire • Esoace sciences pace jeunes pace BD __pace Multimédia Journées grand public du vendredi 19 au mercredi 24 mars de lOh à 19h Nocturne : mardi 23 jusqu’à 22h Journée professionnelle Lundi 22 mars de 9h30 à 19h • Pavillon Québec • Espace revues • Espace régions • Carré des arts • Le «Petit Théâtre» Prix d’entrée : 30 Frs Livres anciens & modernes de collection - Bibliophilie Entrée gratuite pour les libraires, bibliothécaires, les enfants de moins de 12 ans et les groupes scolaires accompagnés.Renseignements : http ://salondulivre.reed-oip.fr Reed-OIP oTp 11, rue du Colonel Pierre Avia BP 571 • 75726 Paris Cedex 15 • France -J ! I.E I) E V 0 I It , I.E S S A M K I) I I It E T I) I M A X (' HE II M A It S I fl it fl K 2 I Lire Archéologue de l’intime Un poète entre l’ombre et la lumière BLANDINE CAMPION Si l’appellation n’avait déjà été employée, on aurait pu la nommer «la dame en noir».Cheve-.i lure ténébreuse, tenue sombre, Denise Desautels pourrait apparaître comme drapée dans une aura de ., npjrceur, n’étaient ce de ce regard çlpir, éclairé de l’intérieur, et de la çhaleur de cette voix, toute basse, .empreinte de pudeur.Dès l’abord, .Denise Desautels affiche ses couleurs.Elle navigue dans l’existence entre l’ombre et la lumière.,Sa familiarité avec la première lui .vjenl d’aussi loin que l’enfaqce.En effet, tout comme la narratrice de son premier roman, Ce fauve, le bonheur (1998), personnage fortement .inspiré de sa propre expérience, Denise Desautels a grandi dans un univers à la fois hanté par la mort et ! dans lequel cette dernière était refu-i séç, niée, refoulée au nom d’un bon-, heur gluant.Ce bonheur à tout prix laisse cependant un goût amer, il I contamine tout ce qu’il touche: «Us Paysages, les pensées, la vie future, tout était empoisonné.» Pour parve-[ nie A traverser cette densité initiale, imposée, l’art sous tous ses aspects , | se Révèle comme une porte de sor-.fie,'comme une bouffée d’oxygène.UP|tempérament d’artiste porte alors la future écrivaine à s’intéresser en particulier à la musique, à la peinture et, de manière générale, à la création dans son ensemble, ce qui l’amènera, dans les œuvres à venir, à conjuguer son talent à celui d’autres artistes tels que Martha Townsend, Michel Goulet, Francine Simonin, Betty Goodwin, Peter Krausz.Mais avant cela, il lui faudra apprendre, selon une expression empruntée à Gail Scott qu’elle affectionne particulièrement, à «vivre grande», à se recréer un espace de li-]ipf,té et, pour cela, l’écriture s’impo- se comme la forme essentielle de la création: «C’est à l’adolescence, une adolescence presque tardive, que j'ai pris conscience que l'on ne pouvait pas faire comme si la mort n'existait pas.Qu'il fallait un jour ou l’autre faire ses deuils.Le langage s’est alors imposé comme le moyen d’y arriver, sinon le plus efficacement possible, car ce n'est pas toujours facile, du moins le plus rapidement possible.Et cela devient finalement toute une vie traversée par l’écriture, le langage et la pensée.» La venue à l’écriture se fait alors tout naturellement pour Denise Desautels, puisqu’elle seule permet de traverser l’opacité à la fois intérieure et extérieure, et de redonner un sens à ce qui s’était laissé gagner par l’ombre: «J’avais besoin de comprendre.À la fois comprendre le monde et me comprendre moi-même.Mon travail, depuis toujours, va dans cette voie-là, tiraillé par le monde et par l’intime.La critique a souvent souligné l'importance de la part autobiographique dans mon travail, ce que je ne peux nier.Mais j’essaie surtout de percer l’autobiographie, de me rendre à ce qu’il y a d’universel.» De Comme miroir en feuille (1975) jusqu’à «Ma joie», crie-t-elle (1996), l’écriture constitue pour l’auteure une façon d’agripper le monde, d’en explorer les couches successives, d’en traverser les époques pour accéder de nouveau à la lumière de l’aujourd’hui dans toute sa complexité: «Mon temps est un temps passé.Je serais portée à dire que même le présent, je le vis au passé.Tout mon travail d’écriture est ainsi une façon de me ramener au présent, de donner du sens au présent en essayant de fouiller le passé de telle sorte qu’il rende le présent plus habitable.» Don et lucidité Pour ce cheminement de toute une vie, Denise Desautels a choisi de privilégier, comme nombre de ses :- JACQUES NADEAU LE DEVOIR L’écriture constitue pour Denise Desautels une façon d’agripper le monde, d’en explorer les couches successives.consœurs québécoises, l’écriture poétique, cette forme de langage qui ouvre à la fois au don de soi et à la lucidité: «Je cite souvent cette phrase d’Anne Hébert qui disait que l'écriture est une traversée de l'ombre et de la lumière, au moment où elle abordait la poésie.Comme je me sentais moi- même tellement dans l’ombre, je me disais que l’on ne peut pas à ce point avancer à tâtons dans une écriture de prose, qu’il n’y a que la poésie qui peut nous permettre ces tâtonnements.» Avancer à tâtons, oui, mais pour aller au plus profond des failles de l’être, dans toute sa dimension humaine, le soi rejoignant l’autre dans cette traversée parfois douloureuse, où rie a n’est jamais donné d’avance, même pas les mots qui en sont pourtant l’instrument essentiel: «Avec le temps les choses se sont précisées puisque je me suis perçue comme une archéologue, qui fouille, qui creuse, qui vrille.En fait, je pensais qu’il fallait fouiller toute l’opacité qui nous habite, qui habite le monde.Et je voyais le langage comme la possibilité de pénétrer cette opacité.» Une archéologue de l’intime, c’est ainsi que se définit elle-même Denise Desautels, rappelant que son travail de poète, qui allie lyrisme et rigueur, qui se nourrit du doute aussi bien que de la passion, ne s’éloigne jamais vraiment d’une attention constante portée au «vivant» dans son ensemble, face lumineuse de cet univers aux multiples facettes dont sa poésie nous ouvre les portes: «J'aime bien cette expression “archéologie de l’intime”.Il me semble que c'est assez juste parce que effectivement le mot “intime" est plus intéressant, plus riche que le mot “autobiographie”.Il est très proche de mon projet et en même temps il englobe l’ensemble de mon travail puisque je pense que toutes les petites intimités finissent parse ressembler.Mon travail porte sur ce qui se passe à l’intérieur de soi, à l’intérieur du vivant, à la fois attaqué de toutes parts par les émotions, les pensées, les douleurs, les mots et stimulé par les rêves, les passions, les utopies.C'est ce travail de l’ititérieur et de l'extérieur que j'essaie de faire se rejoindre.» L’extérieur, c’est aussi la vie telle qu’elle se manifeste là dehors, juste sous nos yeux, puisque, pour cette poète, il est impossible d’écrire sans être consciente «qu'il y a à côté un fusil, que la menace du monde est toujours là, et que l’on ne peut pas vriller l’intérieur sans voir que, par la fenêtre, les fusils parlent».En effet, pour Denise üc.sulels, 1 intime et le politique au suis large, sont loin d’être incompatibles et constituent au contraire des préoccupations intimement mêlées.Ainsi, le travail sur le langage est aussi pour elle le moyen de faire entendre une voix, non pas qui.joint à la cacophonie du monde, mais qui tente d’en faire surgir les sens possibles, de lui donner de nouveaux sens, afin, parfois, d’en modifier le cours: «Dans les textes de la fin des années 70, du début des années 80.c’était le besoin de dire, la découverte que l’on pouvait crier, hurler tout ce qu’il y avait d’inconnu en soi.Quand l'inconnu finit par devenir du connu, peut-être y a-t-il de petites éclaircies qui se font, avec lesquelles ou peut travailler.Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d'autres noirceurs qui s’accumulent, mais au moins on peut s’accrocher à ces petites éclaircies qui sont stimulantes.Je pense effectivement que c’est avec ce début de lumière que j’ai pu avancer.» Pourtant, après plus de 25 ans, l’urgence d'écrire reste la même, «car plus la lumière se fait, plus les questions et les réponses sont nombreuses.Et on s'aperçoit que le terrain est miné.Ce n’est jamais fini.Mais on peut changer le monde par l’écriture.J'y crois».Denise Desautels, née en 1945, est reconnu pour son travail en lien avec des artistes visuels.Elle a publié huit ouvrages aux Éditions du Noroît, dont le plus connu s’intitule Mais la menace est une belle extravagance (1989).Signalons en outre la Répétition (NBJ, 1986), le Vif de l’étreinte (Roselin, 1994), De la douceur: livre-objet (Roselin/Paris.La Cour Pavée, 1997), Ce fauve, le bonheur (L’Hexagone, 1998).Blandine Campion collabore au journal Le Devoir.KWWIt l * ‘ I V 1967 Les Québécois «La rébellion du Québec apporte encore plus.Son problème fondamental nous concerne tous.Le monde va-t-il, sinon s’unir sous une domination, du moins se soumettre à un type uniforme.À tous ceux qui s’y refusent, le Québec livre son exemple et lance son appel.» Préface de Jacques Berque 1997 «Québec, une histoire de Cœur Il est naturel d’aimer ce pays Qui nous a accueillis quand la dictature, la faim ou la foi aveugle nous en voulait à mort.(.) ce pays a mis à notre disposition: son ciel, ses rivières, ses saisons et sa langue.Mwen renmen ou, Québec.Je t’aime Québec.» Poème de la Fête nationale, Dany Laferrière SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTREAL Vouée à la défense et à la promotion des intérêts du peuple québécois Plud prèd de ce qui voud tient à cœur * BANQUE LAURENTIENNE I-: 22 I.K I) K V Oil!, I, K S S A M K DI I A K T I) I M A X < Il K II M A II S I !l !» !» Lire le 'Québec AuriKMtO*»**- !>«««• TRfSORS IMAGES PASSIONNANTE! Titres parus •Trésors d’Amérique française • De La famille Plouffe à La petite vie.Les Québécois et leurs téléromans • Zoom sur les miniatures • Les Autochtones du Québec.Des premières alliances aux revendications contemporaines • Imaginaires mexicains.Voyages dans le temps et l’espace • Le Musée de la civilisation : une histoire d’amour • Trésors de société.Les collections du Musée de la civilisation À PARAiTRE EN I 999 • Québec-France : images et mirages • Déclics.Art et société : le Québec, 1960-1980 • Place-Royale.Berceau de l’Amérique française FIDES Distribution *n Frinc* : Éditions du Cerf MUSf.l DE IA CIVILISATION Québec :: www.mcq.org Permission accordée Une écriture à laquelle il faut céder Encore me jeté, eom yerneWex Michel Tremblay Montréal, Leméac, coll.«Théâtre», 1998,67 pages LORRAINE CAM E R LA I N Sa verve et son «monde», Michel Tremblay les doit pour une large part à sa mère.Et dans sa dernière pièce, plus que jamais, Tremblay rend à Nana ce qui revient à Nana.Encore une fois, si vous permettez, demande-t-il à ses lecteurs et spectateurs.Nous le lui accordons, sachant bien que ce ne sera pas la dernière fois: Rhéauna Tremblay continuera de «hanter» l’œuvre du fils, resté si près de Nana que sa «descendance» de personnages est tout empreinte d’elle, de sa folle passion du mélo, de son abondante parole et de son humour débridé, qui révèle — de manière si québécoise — les choses qu’il cherche à cacher.11 y a quelques années, La Maison suspendue avait mis au jour certains «motifs» de la lignée des créatures romanesques et théâtrales de Michel Tremblay.Cette comédie en un acte fournit à son tour à qui s’intéresse à l’univers comme à l’écriture de Tremblay certaines clés pour lire et goûter son théâtre, ses romans ou ses récits autobiographiques.Et la pièce se lit à merveille.Dès le prologue, le narrateur déroule le tapis rouge de la culture pour rendre hommage à celle qu’il élève au rang des plus grands personnages de théâtre de tous les genres et de tous les temps.«Elle est la tante de Rodrigue, la cousine d'Electre, la sœur d'Ivanov [.] Et quand elle s’exprime dans ses mots à elle, ceux qui parlent autrement la comprennent dans leurs mots à eux." C’est bien là le secret de cette femme.N’est-ce pas celui du théâtre ou de la littérature atteignant à l’universel?Nana, qui a connu l’ivresse des grandes passions par sa totale adhésion aux drames et aux mélos romanesques, et la joie de vivre par sa façon de faire de «l’exagération en tout genre» sa marque de commerce, son modus vivendi, cette «femme toute simple», cet- Ne blâmez jamais Dubois La folle théâtralisation de tous les clichés Ue blxMez jxm*\té \&ç> hédoui vté René-Daniel Dubois Montréal.Leméac, coll.«'Fhéâtre», 1989,200 pages JKAN-CL É O (J O I) I N Panique à Longueuil (Leméac, 1980) et Anne est morte (inédit, 1990) marquent pour l’instant les limites de l’œuvre dramatique de René-Daniel Dubois, dont une seule pièce a connu un grand succès populaire et critique à la scène: Being Al Home With Claude (Leméac, 1986), dont on a également produit une version cinématographique fort réussie.L’œuvre compte une dizaine de pièces aux titres déroutants, fantaisistes, sans lien évident avec le récit qu’ils coiffent: 26 bis, Impasse du colonel Eoisy se lit comme une adresse, mais les personnages de cette pièce n’y habitent pas; Adieu, docteur Mün-ch ne présente ce docteur qu’au-delà de la tombe, alors qu71««e est morte traite bel et bien de la mort d’une femme — et même de deux, puisque cette Anne meurt en lisant un récit de la mort de Marie Stuart —, mais ce qui caractérise cette pièce, c’est d’abord le rapport au livre et l’inextricable réseau intertextuel qu’il finit par dessiner.Ije titre sert moins à définir un récit qu’à décrire une atmosphère.Dérouter Nul titre, toutefois, ne semble, autant que Ne blâmez jamais les bédouins (Leméac, 1984), fait pour dérouter le lecteur-spectateur: dans cette pièce étrange, on rencontre une cantatrice italienne et divers personnages parlant rfhtckd OkàTC houclLAéd La parole acérée «Nous, les dramaturges, sommes des passeurs.» SOLANGE LÉVESQUE Depuis une vingtaine d’années, Michel Marc Bouchard poursuit avec constance la création d’un univers dramatique remarquablement polyphonique.Aussi habile à dresser la comédie qu’à nouer le drame, l’auteur prête à un large spectre de personnages d’origines et de conditions sociales fort diverses une parole acérée qui rejoint les publics de tous âges.Plus de 25 pièces balisent déjà son parcours.L'Histoire de l'oie, œuvre sur la violence faite aux enfants, a fait le tour du monde, traduite en plusieurs langues; à l’instar des Feluettes ou la répétition d’un drame romantique et des Muses orphelines, cette pièce destinée au jeune public a reçu plusieurs prix importants.Lorsqu’il considère l’ensemble de ses œuvres dramatiques à la lumière du travail accompli par ses prédécesseurs, Michel Marc Bouchard perçoit une double filiation: «Par ma façon d'employer l'oralité, je me situe dans la lignée directe de Tremblay.Par ailleurs, ma propension à raconter des histoires et ma manière de le faire me rapprochent plutôt de Marcel Dubé», précise-t-il.Mais Bouchard se reconnaît également d’autres référents: Brecht, Shakespeare, Pirandello et Tchékhov, par exemple, ont joué un très grand rôle dans le développement et l’évolution de sa dramaturgie.«Je me sens plus tourné vers l’extérieur que centré sur le Québec.L’ouverture sur le monde me sollicite beaucoup; elle m’est essentielle», ajoute l’auteur, pour qui cette ouverture sur un univers pluriel se rattache au substrat de son œuvre: «Il y a dans mes pièces une volonté d'établir des liens avec l’ensemble du monde.J’observe chez mes personnages une soif de l’univers et du mouvement qui égale, sinon dépasse en intensité la revendication du pays d’origine.Cette soif, explique-t-il, se manifeste par une présence concrète ou fantasmée de l’Autre; dans Les Muses orphelines, par exemple, il est question d’une femme amoureuse d’un bel Espagnol.Dans Le Voyage du couronnement, les personnages règlent un vieux compte avec l’Angleterre.Dans Les Feluettes., on retrouve la France mythique à travers trois personnages en exil.» Echos d’une mémoire collective C’est à travers un solide ancrage social que Michel Marc Bouchard conçoit son engagement et son impact comme dramaturge: «Nous, les DANIEL KIEFFER Marie-France Lambert et Louise Portai dans Les Muses orphelines, de Michel Marc Bouchard dramaturges, sommes des passeurs.Nos œuvres vibrent au diapason de la mémoire collective et réagissent aux angles vifs de la société.Les échos qui résonnent entre les lignes de nos textes excèdent les limites de notre conscience», remarque l’auteur.«Incidemment, mes personnages se montrent tous assez sévères, très exigeants avec eux-mêmes.À l’image de notre société, ils paraissent un peu schizophrènes, avance-t-il.Je crois que nous pourrions caractériser le peuple québécois par deux ou trois éléments qui entrent toujours en confrontation dans sa psyché collective: la tradition et la modernité, les racines et l'ailleurs, l’ambivalence entre “pays" et pays.Ces chocs se concrétisent, entre autres, dans la langue: nous sommes en réalité un peuple trilingue: nous parlons un français de l'oralité, l’anglais et enfin ce français châtié que nous utilisons notamment dans les médias et dans l’écrit, avance Michel Marc Bouchard.Il est malaisé de suivre une boussole lorsqu'on est sollicité par tant de repères.Et pas facile pour un dramaturge de conserver le naturel des dialogues tout en préservant la qualité de la langue.» Questions de vie et de mort À même ces «éléments qui entrent en confrontation», Michel Marc Bouchard puise l’inspiration qui nourrit le dynamisme de son théâtre: «Iœs questions m’intéressent toujours plus que les réponses, qu'elles aient trait à la politique ou à la philosophie, affirme-t-il.Dans des pièces comme La Contre Nature de Chrysippe Tremblay, j'ai remis en question la position que les adultes adoptent par rapport à l’enfance.Dans Le Chemin des passes dangereuses, j’ai senti le besoin d’opposer trois visions: une vision citadine typique, une vision banlieusarde et une vision rurale.Je me suis demandé: à quoi sert de vivre?Pourquoi avons-nous cette impression que la mort nous amène à la vérité?Et dans Le Voyage du couronnement, pourquoi les adultes ont-ils souvent tendance à sacrifier la génération qui vient au nom de son avenir?Mes pièces mettent toujours en scène le pouvoir de la vulnérabilité des êtres.» La mentalité «schizophrénique» dont il parlait plus haut, Bouchard la perçoit aussi dans le clivage que l’on effectue au Québec entre le «théâtre d’été», systématiquement voué à la comédie, et le théâtre monté le reste de l’année: drame, tragédie, etc.«Cette division amuse les Européens; “Compte tenu de la rigueur de vos hivers, ne vaudrait-il pas mieux faire l’inverse?" suggèrent-ils avec un sourire!» En 1999, la diffusion européenne et américaine de l’œuvre de Bouchard connaîtra encore de l’expansion: au moment où Le Chemin des passes dangereuses jouera en France, Les Muses orphelines sera présentée à Paris.La traduction espagnole des Muses.sera jouée au Mexique et L’Histoire de l’oie, racontée en allemand au pays de Brecht.Tandis que les spectateurs d’un festival irlandais de lecture de pièces découvriront The Coronation Voyage à Belfast, le public québécois assistera à la création d’une comédie mordante raillant le monde des médias: Les Aboyeurs.Us Feluettes.et L’Histoire de l’oie ont déjà été portées au grand et au petit écran; le tournage des Muses orphelines est sur le point de démarrer.Michel Marc Bouchard a des projets plein ses tiroirs.Michel Marc Bouchard a publié chez Leméac La Contre Nature de Chrysippe Tanguay, écologiste en 198 !, l a Poupée de Pélopia en 1985.Les Feluettes ou la répétition d’un drame romantique en 1987.Les Muses orphelines en 1989, L’Histoire de l’oie en 1991.Les Grandes Chaleurs en 1992.!/- Voyage du couronnement en 1995 et Le Chemin des passes dangereuses en 1998.Solange Lévesque est critique de théâtre au journal Le Devoir.La collection Images de sociétés est une coédition du Musée de la civilisation et des Éditions Fides.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Michel Tremblay PWw te «simple femme» n’a rien à envier à personne.Elle est restée aux yeux de son fils tout un personnage.Par elle sont advenus théâtre et littérature.Lire le dialogue Outre le prologue, qui lui ouvre grande la porte du théâtre, et la scène finale, révélant à Nana, qui ne les aura pas connues de son vivant, les ficelles de la machine scénique et de la fiction théâtrale, la pièce comporte trois moments de dialogue entre la mère et le fils.A lire.Vraiment.Il faut voir Nana user d’imagination et y aller de toute sa verve pour servir à son «enfant niai-seux» de dix ;uis, en guise de réprimande, le récit «exemplaire» de ce-qui-est-vraiment-arrivé-à-la-tante-Gertrude.Plus encore, il faut s’engager avec l’imagination voulue dans la montée dramatique d’un véritable combat identitaire entre la mère et le lils de dix-huit ans, que Tremblay ancre dans une hilarante histoire de roast-beef trop saignant — je vous souhaite le plaisir des rires qui m’ont alors assaillie! Il faut se laisser gagner aussi par les détours si touchants de la mère, voulant à la fois dire et taire sa peur de mourir.Et voir comment le dramaturge qu’est devenu, par sa grâce, le narrateur-Tremblay enclenchera encore une fois, juste pour elle, la mécanique du coup de théâtre.Si vous ne succombez pas aux jongleries de Nana qui, ne pouvant dormir, «rêve» à Huguette Oligny, dont elle se demande «c'est qui, elle, dans la vie?» (faisant référence à Tremblay et à son Vrai Monde?), Nana qui, dans sa j folle rêverie, lance à son fils cet appel: «Quand tu seras là [dans le monde U des artistes], si jamais tu réussis à y : aller, pense à ça pis essaye de me trou- , ver une réponse.» (ce qu’il fait ici); si I vous savez résister à la victoire de j Nana dans une guerre à la vie à la mort avec la tante Gertrude; si vous : ne vous laissez pas toucher par le récit de la mort de cette dernière par une Nana acculée à sa propre mort, eh bien, je ne vous envie pas.Michel Tremblay, né en 1942.a public un nombre imposant de récits et de romans, dont les plus connus sont ce- \ groupés sous le titre générique des I Chroniques du Plateau Mont-Royal (Leméac éditeur).Ses pièces les plus jouées sont Les Belles-Sœurs, A toi pour toujours, la Marie Lou, l‘lin- | promtu d’Outrernont et Albertine en cinq temps, toutes éditées chez Ixmêac.Lorraine Canwrlain est directrice de programme à l’Université de Montréal; elle a aussi dirigé les Cahiers de théâtre Jeu et le collectif Ix> Monde de Michel Tremblay (Montrèal/Carnières, Lansman-Jeu, 1992).LJi.i René-Daniel Dubois JACQUES NADEAU LE DEVOIR avec des accents étrangers, mais on y chercherait en vain l’ombre d'un bédouin.Y trouve-t-on, même, de véritables personnages?Certes pas «père Noël» et «Staline», décrits l'un et l’autre comme un «train expérimental».Ix*s trains jouent un rôle primordial dans ce récit qui n’en est pas un, car ils traversent un désert grand comme le monde, en évoquant tantôt le plus célèbre topo du mélodrame ou de la bande dessinée fie héros sauvant in extremis la cantatrice attachée sur une voie ferrée), tantôt les affrontements entre les grandes puissances mondiales, tantôt encore — ce sont les moments les plus ixiétiques — les grandes épopées orientales que nous a fait connaître le cinéma japonais: «Sur la route de Kyoto Kyoto Osaka, un jeune moine marchait, marchait, ne marchait pas.» Ne cherchons |ias (trop) à comprendre: ce théâtre n’est pas fait pour les gens raisonnables que tant de brouillages narratifs déconcertent.Il faut, il est vrai, une certaine habitude du théâtre pour apprécier cette folle théâtralisation de tous les clichés qui réduit a néant les notions traditionnelles d’intrigue et de personnage.Seul Flip, peut-être, se détache comme personnage crédible, charnel: un jeune étudiant québécois surdoué, prénommé Octave et surnommé Flip, parlant aussi bien le français que le jouai.Flip, on le voit bien, est une figure de ce brillant dramaturge polymorphe qui ne se contente pas de créer cette œuvre, mais qui en interprète à lui seul (à deux reprises) tous les «personnages»: René-Daniel Dubois.Des deux versions de cette pièce qu’il a prévues —«pleine distribution» et «solo» —, seule cattle dernière a jusqu’ici été jouée.Dans les deux, l'auteur note à la fin qu'on peut *s‘interroger sur la pertinence de faire traverser le plateau par un chameau», Aucune mention du fier bédouin quille monte: c’est l’auteur, bien sûr! U £ tfg! —.—.-.4• René Daniel Dubois a publiiiWp, nique a Longueuil en 1980, Ni mez jamais les bedouins en lOtjd'Al Being At Home With Claude en ïSBp' riiez L inear.Polémiste, il a aussi «fila bore au film de Jacques (jodboui, Ije Sort de l'Amérique (Oflice national du film.1998).f;s3|| Jcan-Cléo God in est professeur à l’Université de Monlrédl.// a publié Henri Bosco: une poétique du mystère (Presses de l’Université de Montréal, 1968).CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT, EN RAISON OU TEXTE MAL IMPRIMÉ I.K I) !•: V II I I! .I.K S S A M K I) I I K I II I M A \ < Il K I I M A II S I II II !l K 2:*> Lire 0\\>fô t\K Àmérime La bibliothèque imaginaire québécoise, ou Vaventure des voyages qui n’ont pas eu lieu Québec GUYLAINE M AS S O II T R E Nelligan, le jeune poète baudelairien qui, il y a juste un siècle, a exalté sa mélancolie clans sa poésie, inaugure la modernité québécoise, consciente de son indépendance et de son histoire.De Nelligan à Suzanne Jacob, d’Hubert Aquin à Louis Hamelin ou de Marie-Claire Blais à Gaétan Soucy, elle s’ouvre sur le monde, sans ligne de parti, mais en proposant le Québec comme ligure centrale de son Amérique intérieure.Entre des univers de nostalgie et de rupture, cette littérature aux silhouettes farouches mâche et remanie sa saisie de l’identité collective.Tantôt centrée sur le «nous», tantôt exacerbée par la révolte, elle demeure fidèle au projet inquiétant de Nelligan de sombrer peu à peu «dans l'abîme du Rêve».Inventive de nouveaux vaisseaux — son vocabulaire et ses phrases —, rythmée et mobile dans ses parcours, elle s’est donné des modèles et des références, en prenant d’emblée des positions de refus.«Refits global», a-t-elle affiché, véhémente.Négativement créatrice, elle a ainsi proclamé son existence, angoissée et ravageuse, pour mieux se déployer aux dimensions de la géographie continentale d’ici et des lectures d’ailleurs.Ix-s personnages de Réjean Dueharme, aussi dégagés des contraintes sociales que leur invisible auteur, déconstruisent à l’envi les cercles d’enfermement qui les guettent.Comme lui, Marie-Claire Blais explore une collectivité marquée par l’adolescence.Cahin-caha, la somme de ces individualités asociales qui la hantent constitue une race de paumés, les «drifters», l’envers d’un monde déshumanisé.Chez Aquin, la dimension esthétique de l’écriture, très présente chez les auteurs que nous relisons dans nos I ! ) j RÉJEAN RO MI DOUX pages, se formalise.Cette conscience de la machine d’écriture, catalysée par des intrigues policières, pistent le tracé rebelle de ses romans.On la dit contestataire, volontiers ironique, bousculant la grammaire autant que le savoir.Son discours nationaliste, durant les années 70, lui a prouvé sa «québécitude», sa nord-américanité française.Aujourd’hui, cette écriture franche, à l'inconscient libéré, s’active dans toutes les directions où les mots s’échappent.«Nous nous mêlerons au monde comme une goutte d’eau à l'encre d’un verre.En se retirant, nos eaux auront semé la terre de merveilles.» (Dueharme) On la dit moins politique, depuis la dernière décennie, et prête à assumer la mosaïque de la nouvelle société québécoise.Il est vrai quelle bouscule ses frontières vers l'univers états-unien, parfois jusqu’au Mexique.Mais n’ex-celle-t-elle pas,dans «la traversée des apparences» (Marie-Claire Blais)?À sa façon provocante, tour à tour exubérante et froidement tranquille, elle continue à jeter des ponts vers les pôles européens auxquels son histoire et sa langue la relient.L’écriture québécoise jazze, sur le mode «dévadé» (Du-charme) quelle s’invente.N’est-ce pas l’image d’une société qui se transforme plus vite que ses membres?Ix‘s êtres s’y frôlent, maniant sans transition la tendresse et l’humour noir, la douleur et l’ironie, la conscience et tous ses refus.Elle se fait fort, en changeant maintes fois de vitesse, d’enfourcher les paradoxes grâce auxquels notre monde devient chaque jour un peu plus lisible.Le passage météorique du phénomène Nelligan dans le firmament culturel, à l’orée du siècle, avec ses répercussions durables dans les étendues de la postérité, a pris la figure au Québec d’un véri-table mythe aux significations multiples et paradoxales, dans l’imaginaire collectif comme sur le plan spécifiquement littéraire ou esthétique.Enfant difficile d’un père irlandais et d’une mère canadien ne-française en milieu montréalais à la fin du XIX' siècle, Emile Nelligan choisit très tôt d’être poète et rien d’autre, et connaît le destin du génie (resté sans doute en promesse ou â l’état d’ébauche, comme le critique Diuis Dantin l’a dit), héros sublime et maudit frappé par la schizophrénie et définitivement aliéné â l’âge de dix-neuf ans, survivant ensuite plus de quarante années dans une réclusion asilaire plus accablante et plus hermétique, dans un autre contexte, que la légendaire dérobade de Rimbaud.L’œuvre mince mais authentique, qu’il a alors abandonnée et qui dut être recueillie et publiée par d’autres que lui, a donc été faite, toute, â l’âge de l’apprentissage et de l’imitation, et l’étonnant n’est pas d’y reconnaître l’empreinte des poètes nourriciers (Baudelaire, Poe, Verlaine, Rollinat, Ro-denbach, romantiques, parnassiens, symbolistes ou décadents), mais que dans douze, quinze, vingt poèmes, Nelligan ait trouvé son accent personnel et l’autonomie de son langage thématique et musical, apte à susciter, au-delà de l’exercice de virtuosité ou de pur amusement, cet exercice d’être où l’on devient exemplairement ce que l’on crée, fût-ce une chanson.C’est la réalité esthétique et humaine de l’œuvre qui légitime l’émergence et la vérité du mythe.L’homme Nelligan se projette dans son œuvre, y dessinant son image en relief: figure d’adolescent sublime, fixée dans l’éternité du signe, entre des antécédents originaires bien caractérisés et les vicissitudes prochaines de l’aliénation.L’œuvre est un portrait fidèle, tout ensemble limpide et énigmatique: elle montre et cache, à la fois, l’adolescent conforme qui sauve les apparences dans la correction, comme le voyant tragique qui déraisonne transcendanlale-ment et qui perdra bientôt l’intelligence de ses visions.Le normal et l’extraordinaire Il faut savoir reconnaître sous l’apparence et dans le style l’un et l’autre moi, le normal et l’extraordinaire, les voir se faire et se défaire, dans la précipitation fatale d’un destin et l’exemplarité irrépressible d’un mythe.Au-delà de ce qui se passe à la surface, Nelligan est l’homme qui veut être poète à dix-neuf ans; il s’ébat en réalité dans une autre dimension où la poésie est une vraie religion, à la Rimbaud justement.Là les seuls exercices spirituels sont ceux du «long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens.Toutes les formes d'amour, de souffrance, de folie; H cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences.Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit — et le suprême Savant! — car il arrive à l'inconnu, et quand, affolé, il finirait par perdre l’intelligence de ses visions, il les a vues! Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innommables».Sous le masque policé du beau jeune homme affleure donc «l’âme monstrueuse»; sous la forme exemplaire et parfaite du sonnet ou du rondel s’élabore ainsi la poésie de l’expérience inénarrable.«Je est un autre», dans la vie et dans l’œuvre, et chaque poème est un acte dans «l’annotation de sa marche au Progrès».On ne peut inventer formules qui collent plus littéralement au programme et au vécu de Nelligan, et surtout à sa volonté de devenir jusqu’à l’outrance poète.En foi de quoi, Nelligan se trouve incarner emblématiquement le drame de notre psychisme collectif, qu’il a vécu dans son propre cœur, au plus intime de son instinct et de sa conscience, puis dans le long accablement de son destin.Sa fortune littéraire est en tous points exceptionnelle.Dans la première moitié du siècle, l’œuvre s’impose: quatre éditions du recueil, qui s’augmentera de cinquante-cinq poèmes dans une première édition critique en 1952, sous le titre Poésies complètes 1896-1899.C’est en 1991 que sortira l’édition en deux tomes des oeuvres vraiment complètes et critiquement établies du poète: Poésies complètes (189&1941) et Poèmes et textes d'asile (1900-1941), cependant que n’en finissent plus de paraître les éditions partielles ou intégrales, scolaires, savantes, d’amateurs ou d’artistes des poèmes et que se multiplient les études et commentaires jusqu’à nos jours, constituant le massif littéraire québécois sans doute le plus historiquement important du siècle.Sur la réalité d’une œuvre à peine inchoative mais sans prix, le mythe national n’est donc pas près de s’évanouir.Émile Nelligan, né en 1879, marqua l'année littéraire 1899 avec son poème la Romance du vin.Il est décédé en 1941, après avoir séjourné pendant plus de 40 ans en institutions psychiatriques.Iks éditions récentes de scs Poésies complètes ont parti a La Table ronde (1998) et chez Typo (1998).Réjean Robidoux a reçu eu 1964 le prix du Gouverneur général pour son essai Roger Martin du Gard et la religion (Aubier, 1964).P % i C .I; , ' lui-miniyenfin.Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses.Encaissé dans mes phrases, je glisse, fantôme, dans les eaux névrosées du fleuve et je découvre, dans ma dérive, le dessous des surfaces et l’image renversée des Alpes.Entre l’anniversaire de la révolution cubaine et la date de mon procès, j’ai le temps de divaguer en paix, de déplier avec minutie mon livre inédit et d’étaler sur ce papier les mots clés qui ne me libéreront pas.J’écris sur une table à jeu, près d’une fenêtre qui me découvre un parc cintré par une grille coupante qui marque la frontière entre l’imprévisible et l’enfermé.Je ne sortirai pas d’ici avant échéance.Cela est écrit en plusieurs copies conformes et décrété selon des lois valides et par un magistrat royal irréfutable.Nulle distraction ne peut donc se substituer à l’horlogerie de mon obsession, ni me faire dévier de mon parcours écrit.Au fond, un seul problème me préoccupe vraiment, c’est le suivant: de quelle façon dois-je m’y prendre pour écrire un roman d’espionnage?Cela se complique du fait que je rêve de faire original dans un genre qui comporte un grand nombre de règles et de lois non écrites.Fort heureusement, une certaine paresse m’incline vite à renoncer d’emblée à renouveler le genre espionnage.J’éprouve une grande sécurité, aussi bien l’avouer, à me pelotonner mollement dans le creuset d’un genre littéraire aussi bien défini.Hubert Aquin, Prochain Episode VIClOR-i m BEAUI.IIU LES CONTES QUÉBÉCOIS DU GltAND-PÈRE FORGERON À SON PETIT-FILS BOUSCOtTE ÉDITIONS XROIS-P,STOLES V: enuos do la grande tradition des légendes et des contes français, nos histoires de loups-garous, de revenants, de chasse-galerie et de maisons hantées, peuplent touiours notre imaginaire.Pour avoir baigné dedans comme dans de l’eau bénite depuis mon enfance, c’est un grand plaisir pour moi de raconter ce que mon grand-pbre nous narrait alors que pareil h Vulcain dans sa boutique de forge de la rue Vézina des Trois-Pistoles, il donnait tout son sens à l’esprit de voyagerie: les légendes et les contes viennent de la pensée collective; fondamentalement, ils sont l’écriture de tout un peuple et l’expression sacrée de son affranchissement.LES CONTES QUEBECOIS DU GRAND-PÈRE FORGERON À SON PETIT-FILS BOUSCOTTE S&388SSS0 : U 31, Route Nationale fst, Trois-Pistoles (418) 851-8888 — LES RELATIONS PUBLIQUES L'OCCIDENT IMAGINAIRE la vision de l'Antre dans la conscience f Hassib Samir Fl-Husseini 1998,234 poges LES RELATIONS PUBLIQUES dans une société en mouvance Danielle Maisonneuve, Jean-François Lamarche et Hues St-Amaml 1998, 412 pages $$0 sMCSST* Distribution : FRANCE DIFFUSION DE L’ÉDITION QUÉBÉCOISE Librairie du Québec k Paris 30, rue Gay-Lussac.75005 Paris.France Téléphone: 33 1 43 54 49 02 Télécopieur: 33 1 43 54 39 15 BELGIQUE S.A.Diffusion- Promotion - Information Département la Nouvelle Diffusion 24, rue de Bosnie, 1060 Bruxelles, Belgique Téléphone: 02 5388846 Télécopieur: 02 538 8842 SUISSE GM Diffusion SA Rue d’Etraz 2, CH-1027 Lonay, Suisse Téléphone: 021 803 26 26 Télécopieur: 021 803 26 29 Téléphone: (418)657-4130/4125 JfXV Presses de l’Université du Québec Catalogue internet : www.uquebec.ca/puq Télécopieur: (418) 657-2096 K 2875, boul.Laurier, Sainte-Foy (Québec) G1V 2M3 marketing 8 puq.uquebec.ca K 2 1 l K I) K V 0 I It .L E S S A M EDI I 3 E T I) I M A N C 11 E I I MARS I 0 !» !» Lire le Québec Ol\àeC\ô~ÙAkô Lumière et foudre Vivre et mûrir avec ses personnages GLORIA ESCOMEL ("A y est ce parcours de réminiscences de John Mal-^ colin à travels les années [.I qui nous transporte vers cette vie d’un écrivain, les paysages motivants de son existence, comme si nous avions toujours vécu à ses côtés, le suivant dans ses doutes intérieurs», écrit Marie-Claire Blais dans Parcours d’un écrivain.Pour parler d’elle, on voudrait avoir les qualités du critique évoqué, car c’est ainsi qu’elle-mème nous révèle ses personnages, à travers les paysages mouvants» de leurs consciences et ceux, dépaysants, du passage d’une conscience à l’autre.L’univers de Marie-Claire Blais ne se dévoile qu’à travers ce jeu de diffractions et de subjectivités, sans qu’aucune narratrice extérieure intervienne pour imposer son propre regard; cc procédé, qui dépasse l’utilisation déjà particulière que l’auteure faisait du monologue intérieur, se révèle, dans Soi/s, magistralement maîtrisé.Le pullulement des personnages isolés dans un monde que leur subjec-dvité reflète en autant d'images que celles d’un miroir éclaté produit l’effet paradoxal d’un microcosme qui, tout en les assemblant les cloisonne.Im-possible de partager le même présent malgré des aspirations semblables, sauf, peut-être, à travers la musique, la beauté, la compassion.Les barbaries du temps et les inégalités inéluctables façonnent les êtres humains: cette ba- nalité, valable pour tout bon personnage romanesque, est dépassée dans Soifs par cette notion des «paysages mouvants» qui ne figent ni les caractères ni l’évolution des pensées.L’art de la nuance et la multiplicité des points de vue intérieurs — sinon narratifs — abolissent le manichéisme et la complaisance dans les visions misérabilistes qui ont pu être reprochées à la romancière, et dont elle continue à se défendre.«Il y a de l'espoir, dans Soifs mais Dans la lumière et la foudre, qui constitue le deuxième volume de la trilogie que j’ai conçue, je voudrais montrer d’une manière plus accusée, la part de lumière, de beauté, mais aussi accroître la prise de cons ience sur l’état du monde.U y aura toujours des gens qui préféreront ne pas le voir, ni l’assumer.Mais d'autres, comme certains de mes personnages, vont s'engager de plus en plus dans des actions salvatrices, des femmes, surtout, comme Mélanie, déjà présente dans Soifs, ou apporter une vision plus lumineuse, surtout des artistes, des peintres, aux projections soulevées par l’espérance et la poésie, d’avantage, en tout cas que les écrivains, dont Iq vision, plus aiguë, est plus noire.» A entendre cette petite voix encore enfantine au téléphone, on se surprend encore du contraste entre la manière dont elle parle de son univers et celle dont elle l’écrit.C’est que Marie-Claire Blais est avant tout soucieuse de la justesse de ses procédés: «Je cherche encore, pour Dans la lumière et la foudre, des formes différentes, plus accessibles et plus fluides.» Reflets d’époque Qui connaît l’œuvre de Marie-Ckiire Blais, saluée par un prix de langue française pour son premier roman Im Belle Bête, garde l’impression d’avoir «toujours vécu à ses côtés»: ses personnages ont mûri avec elle, reflets de leurs époques respectives, sans pour autant s’être démodés.D’eux, elle a su saisir l’impérissable révolte: celle d’un Jean-le-maigre, l’espace à'Une saison dans la vie d’Emmanuel, mal dégagé de la grande noirceur, celle de Pauline Archange ([lie nous verrons Vivre! Vivre! et passer à travers Lis Apparences de lu vie adulte.En quarante ans d’écriture, fuyant toute complaisance aux modes littéraires, Marie-Claire Blais n’a cessé de chercher une voix juste en renouvelant ses approches du récit et celle de ses points de vue narratifs.Pierre, dont les parents pacifistes et tolérants sont de la génération du «Peace and Love», se retournera contre leurs valeurs devenues — déjà! — «politiquement correctes» et mènera sa Révolution du Printemps 1981 dans un rêve âpre de brutalité.C’est à partir d'ici que la romancière, écartelée entre les générations, s’ouvre aux paysages d’ailleurs.Ceux de l’Ouest états-unien avec Pierre, ceux du Sud avec Johnny, qui y rencontre une Israélienne parlant d’Europe et de Washington.On a déjà dit le cosmopolitisme de Soifs.L’univers social de Marie-Claire Blais évolue au même rythme que le nôtre et ses personnages s’étoffent à travers de nouveaux désarrois confrontés aux vagues et reflux des idéaux.Quatre ans après la parution de Soifs, ses personnages ne l’ont pas quittée puisqu’elle n’a cessé d’en écrire la suite, qui devrait paraître cet automne.«Mais je ne peux le garantir, se reprend-elle lorsque interrogée au téléphone.Je cherche encore d’autres structures, pour un roman plus accessible, qui me permettront d’introduire de nouveaux personnages dans un cmi texte pin vaste, car or.voyage beaucoup dans ce.roman.» Elle travaille ses phrases pour les rendre plus enveloppantes et fluides tout en bâtissant la structure du troisième volume qui clôt la trilogie.Après La Belle Bête, Tète blanche i Institut littéraire de Québec, 1959 et I960j.Le jour est noir, Marie-Claire Blais obtient le Médicis avec Une saison dans la vie d'Emmanuel (Jour, 1965/Grasset.1966).Soifs (Boréal, 1997) est le dernier roman d’une œuvre aussi consacrée a la poésie, au théâtre, à l’essai et au cinéma.Gloria Esccmel est romancière et nouvelliste.Au Boréal sont parus Les Eaux de la mémoire (1994) et Pièges (1992).1RBR lU-WJWL-U.lté j&w ! Météorite Le poète, parolier, scénariste, créateur.anonyme LORRAINE PINTAL Le parcours de Réjean Duchar-me dans la galaxie de la littérature québécoise est celui d’un météorite.Sa traînée lumineuse fragmente la profondeur de nos nuits fauves et le choc qu’il provoque cause tremblements de sens et raz-de-marée de mots.L’univers de Ducharme sê déconstruit sous nos yeux de lecteur, éblouis.La puissance dévastatrice de ses images, le souffle ravageur df- son langage, l’étrangeté de ses personnages dissimulent chez lui une pudeur presque maladive qui accentue l’authenticité de son génie.Les mots traduisent une émotion si fulgurante qbe la grammaire telle que nous levons apprise à la petite école échoue à contenir l’explosion.On avale l’œuvre de Ducharme par le ventre, comme Bérénice Einberg, le petit être farouche et sauvage de L’Avalée dés avalés, se sent avalée par le dedans lorsqu’elle parle du visage trop beau de sa mère.; C’est d’ailleurs par la serrure du ventre de la mère que je me suis infiltrée dans le monde romanesque de Ljucharme pour y découvrir ensuite celui du poète, du parolier, du scénariste, du créateur de toiles ou de sculptures iconoclastes qu’il signe sous le pseudonyme de Roch Plante.Et enfin, sans crier gare, alors que d'autres bien avant moi (je pense à dès metteurs en scène comme Yvan Canuel et Jean-Pierre Ronfard) avaient accosté son œuvre théâtrale, j’ai été parachutée violemment sur l’ile perdue de Inès Pérée et Inut Tendu.Inès et Inat sont à l’œuvre dramatique de Ducharme ce que les héros de L’Hiver de force, André et Nicole, sont à ses romans.Phénomène semblable chez Vincent et sa sœur Férié dans Les Enfantâmes.Même soif d’amour, même quête de liberté, même rage de vivre en marge de la société établie et même rejet de l’abrutissement des masses, qui emprisonnent leurs rêveries de rêveurs éveillés.Tout comme dans sa pièce Ha ha!., les jeux de rôle dans lesquels l’auteur emprisonne ses personnages confèrent à ses écrits un caractère hautement théâtral.On pourrait affirmer que la figure ducharmienne est l’emblème du déchirement entre là vérité du «moâ» et sa représentation.Tous et toutes sont plus ou moins condamnés à jouer leur propre rie, quitte à être considérés par l'ensemble du genre humain comme de piètres acteurs.Et la véritable saltation réside dans le ratage de leur?, p -formances, ce qui pour Ducharme est l’exploit suprême, la véritable poisse.Même le langage échappe aux règles de la communication normale: ; «Tout le monde qui parle chinois dans sa propre langue pour être sûr que je comprenne rien» (Mimi, Ha ha!.).IXS PAPARAZZI Martin Dràinville et Adèle Reinhardt dans Inès Pérée et huit Tendu de Réjean Ducharme Dans la foulée de grands auteurs comme Eugène Ionesco ou Claude Gauvreau, la langue chez Ducharme ne coule pas; elle bégaie, elle secoue, elle cogne dur, elle invente ses idiomes, elle frappe le mur de la logique, elle se heurte à ses propres sonorités, elle nous atteint comme de véritables chocs électriques.Souffle baroque Le triomphe du «Stextra! Stexcel-lent!», du «Oeillon! Oeillon don!» et du -Ne me dis pas bitch que c’est pas moi ton os!», du faux poète Roger dans Ha, lia!., procure à l’expression de la culture québécoise un souffle baroque qui gonfle jusqu’à l’éclatt ment k verbe rag'-vr de Ducharme I a lucidité désespérée dont il fait preuve lorsqu’il s’attache à xtirper de ;• on moâ .es démons intérieurs et à les offr ir en pàtui e au-/, requins de la culture rend périlleuse l’analyse des enjeux de son écriture.L’errance d’André et Nicole dan- L’Hiver de force nous offre quelqiu oistes d’explica- tion.11 y dévoile son désespoir flottant sur la couche grasse des idéaux.Il capitule devant l’absurdité de la vie.11 vomit sur les lâches qui s’enfoncent dans la médiocrité générale.Il recouvre sa peau d’une couche impénétrable qui le protège de la douleur de vivre.«Nos horreurs et nos dégoûts ne font qu’empirer le mal qui nous est fait et améliorer le plaisir de ceux qui nous le font.Alors n’en éprouvons plus; ouvrons-nous; brûlons nos venins, nos boucliers, nos vêtements; offrons-nous, ten-donsmous, donnons-nous, faisons-nous fourrer.» (André, L'Hiver de force).Doit-on s’étonner que Réjean Du-charnu ni» choisi rance, al plutôt que d’abîmer la partie sensible d( • c n êfr au ontact de l’air ambiant?Doit on se surprendre de le voir s'enfermer dans un mutisme trop lourd depuis la soi lie de son dernier-né, Va savoir?\à ili ne ede Duc ha i n fil.a un immen: e trou que l’on aurait en d" 1 n émoi: de rinçons oient cnil- r?if.1 r.nvi ion profonde que son œuvre traversera les frontières et les époques réussira a le combler et à confirmer la force et la puissance de son talent.Ecrivain très secret, Rejean Duchar-?ik publie L'Avalée des avalés (Gallimard, 1966).suivi, chez le même éditeur.de Le Nez qui voque ( 1967), L’Océantume ( 1968), La Fille de Christophe Colomb (1969), L’Hiver de force (1973), Ha ha!.(1982), Dé-dé (1990) et Va savoir (1996).Il a ¦ i narisé I/-s Bons Débarras (1978) 11 • Beaux Souvenir.(1981) peu: Francis M(tnki*tr’n en plus de.signer, soir, le non: de Roch Plante, peintures et sculptures.Lorraine Pinlal est comédienne, ineüeiav en scène et directrice artistique du Théâtre (lu No: .Monde Elle • mis Ha liai 1990 et Inèn Pérée.19.97.WÈ !*III ) NADKAU LE DEVOIR i l'Hi Marie-Claire Blais n’a cessé de chercher une voix juste en ¦ '< renouvelant ses approches du récit et celle de ses points de vue ' " narratifs.C *’*'¦( i'filJII -„- - III i .ans ’ n'ruP.1-113'.I Une culture en labyrinthe Modernité formelle et écriture baroque L’ÀvèiÿkoiAAlre Hubert Aquin Montréal, BQ, 1993,396 pages G UY LAI N E MASSOUTRE Quand il s’est ôté la vie, en 1977, Hubert Aquin savait qu’il laissait derrière lui l’image d'un écrivain à la fois brillant et sujet aux agitations convulsives.Il avait connu la gloire, en 1966, avec Prochain Episode, un roman en partie écrit dans l’aile grillagée d’une clinique psychiatrique, où il se retrouva à la suite d’activités subversives.Ce roman aux relents de révolte révélait l'esprit d’un peuple.Il traçait en outre le parcours imaginaire d’un grand lecteur de romans, amateur d’histoire et avide de voyages, en y intégrant de grands pans d’autobiographie où Aquin épanchait furieusement ses amours et ses drames.Né en 1929, cet homme public séduisant a mené une réflexion qui l’a consacré «l'écrivain québécois qui a le plus marqué le psychisme du Québec des années 1965-70», selon Gaston Miron.Incarnant les forces de changement appelées «Révolution tranquille»— un euphémisme dans son cas —, il s’est livré à maints excès: l’Organisation spéciale, une invention de son cru apparentée au Front de libération du Québec (FLQ), l’alcool et les drogues, mêlés aux crises épileptiques, des liaisons amoureuses et la course automobile, ces désirs d’accélérer le temps, thèmes qui figurent dans son œuvre.«Je n’ai jamais voulu être réduit à un rôle, ni à une fonction, ni même à une profession.A quoi ça tient?Je me le demande.On ne veut pas que son entité soit réduite.On dirait que les virtualités comptent plus que les réalités chez les Québécois.» il a voulu vivre au maximum, tout en portant les aspirations de sa génération dans la littérature universelle.Dans ses romans se dessine une Amérique francophone, férue de culture française et européenne, mais aussi une Amérique de vitesse, de meurtres et de viols, de rage ef de passion.Elle contient en outre l’affirmation québécoise d’un peuple qui chercha les mots de sa liberté chez lcr penseurs de la décolonisation, Franz Fanon et Albert Memmi.Voyez Prochain Épisode.Trou dr mémoire (1868), écrit en Suisse où il tenta en vain d’émigrer, et, plus éclatés el rebelles encore, Point de fidte (1971) et Neige noire (1975).L’écriture baroque i J Antiphon ni rc (1969) marque le -oint cufrninanl d’un projet littéraire TOI ¦nrn;> HUBERT AQUIN LANTIPHONAIRE qui suivit ensuite la pente de l’aùto-destruction.Deux trames entrecroisées constituent l’intrigue, conçue,'selon l’esthétique de Joyce, où l'érudition et le quotidien sont symboliquement reliés par une trame musicale.Aquin connaissait fort bien cet univers aux «constellations multiples», comme il l’a écrit, et il l'a transposé, imité et parodié dans l’intertextualité astucieuse et intrigante de son œuvre.L’histoire contemporaine de deux couples, celui de Christine et Jean-William Forestier et celui de Suzanne et Robert, amant de Christine, se déroule concurremment à celle de Renata, dépositaire en contrebande du manuscrit de Beau sang, situéç à la Renaissance.L’une sillonne les Etats-Unis, à partir du Québec, l’autre la France et l’Italie.Dans les deux trames, les crises d’épilepsie modifient le cours des événements, les rendant dramatiques, voire mortels.Le livre de Beausang, consacré à l’épilepsie, sert de lien entre ces intrigues, Christine cherchant à exhumer l’œuvre de Beausang dans une thèse qui n’aboutira pas.Entre ces époques et les personnages se tissent des correspondances qui vont jusqu’à avoir une relation de cause à effet.Comme pour Renata, la vie de Christine est brutalement transformée lorsque la violence s’abat sur elle.Pour Aquin, l'histoire se répète dans le labyrinthe du temps, où elle s’enchâsse en se transformant jusqu’à s’anéantir.Au-delà de sa double modernité formelle (une écriture qui emprunte au collage et à la postmodernité) et thématique (l’Amérique viojen-te), son écriture baroque, étayée par un sens solide du roman policier, propose une vision noire de l’homçie, cherchant avec urgence dans l'errance amoureuse, voyageuse ou délinquante un lieu pour planter les!racines de son identité et de sa culttire menacées.IjPS romans d'Hubert Aquin sonvjpû ms au Cercle du livre de Frubc (Montréal).Ils sont aujourd'hui dupe nibles dans l'édition critique de’se œuvres complètes, publiées dans IK entre 1992 et 1998.Guy lai ne Massait tre est critique', littéraire au journal Le Devoir.J I.K 1) K V Oil!.I.K S S A M EDI I A E T D I M A X < Il K I I M A K S I !) !) !) E 25 Lire le S-c\éL\i\ 6oiicvj La mémoire tourmentée Les ténèbres de FAmérique Gaétan Soucy Découvrez Rendez-vous au Salon du livre à Paris, du 19 au 24 Mars 1999 150FF 29,95$ 100FF 16,95 $ edltlonjcolaire@hurtubisehmh.com ,ebs.D.E.Q Diffusion de l'Édition Québécoise Librairie du Québec Sari • 30, rue Qay Lussac • 75005 PARIS Tel.: 01.43.54.49.02 • Fax: 01.43.54.39.15 IHi jLittérature edition.litteraire@hurtubisehmh.com Louis Roy ÿl \ean mstiinS (L'édition québécoise Une œuvre de la «cruauté» comme l’entendait Antonin Artaud lier de front une œuvre littéraire et un travail d’homme de science.Réalise enfin qu’il ne serait au mieux qu’un scientifique moyen, ce qui renforce sa conviction qu’il n’y a rien d'autre à faire pour lui sur cette terre gu ’écrire».Voilà donc l’itinéraire capricieux d’un jeune homme curieux de tout, qui rêva de tout entreprendre, qui continue de connaître des périodes d’exaltation, puis d’abattement, et qui résiste «comme il peut au délabrement du monde et particulièrement du Québec».Mais y a-t-il dans ces détails sur l’homme des clés pour la compréhension de son œuvre?Soucy a déjà affirmé dans une entrevue qu’«ow ne sait jamais en quoi consistent les êtres et les choses», que «la réalité a cette richesse; voilà pourquoi elle est étourdissante à vivre».C’est peut-être cet inconnaissable, dont il a eu le soupçon très tôt dans la vie, qu’il explore diversement dans chacun de ses livres./ Enigmes Les trois romans que Gaétan Soucy a publiés depuis 1994 sont des constructions rigoureuses et finement ouvragées, des univers labyrinthiques où le lecteur doit accepter de se perdre quelque temps avant de pouvoir s’y retrouver.11 faut être patient et attentif à la lecture de ces énigmes qui ne s’éclairent souvent qu’à la toute fin sans être résolues tout à fait, menées avec autant de fantaisie que de discipline, conjuguant esprit de finesse et esprit de géométrie.Soucy, pourrait-on dire, poursuit une œuvre de la «cruauté» comme l’entendait Antonin Artaud à propos de son propre théâtre, c’est-à-dire une entreprise d’une extrême rigueur.C’est le passé proche ou lointain de personnages tourmentés qui est au cœur des romans de Soucy; ce sont des recherches du temps perdu, pleines de chausse-trappes et de noirceurs.Chez Soucy, on se tourne vers son passé comme on reviendrait sur les lieux d’un crime.Ainsi, L’Immaculée Conception — qui fut publié en France, dit l’auteur, «sous le titre illégitime de 8 décembre» —, dont le personnage principal, au prénom risible — Rémouald —, est un homme sans qualités, objet de fréquentes moqueries, dominé par la femme qu’il aime et qui a subi sa vie davantage qu’il ne l’a vécue.Mais peut-être a-t-il été un Mozart assassiné, cet homme épris de beauté qui se pose de vastes questions sur les desseins de Dieu et sur l’âme et dont le cerveau est parcouru de véritables «tempêtes de mémoire».Dans L’Acquittement, un quadragénaire — on est en 1946—retourne dans son village natal après vingt ans d’absence.Toute la vie de cet homme, qui cache, «sous des apparences de faiblesse, une subtilité intrigante, un peu mystérieuse, empreinte d’intelligence et de simplicité, de douceur et de force, qui sont synonymes», va se jouer — se rejouer — là, en quelques heures.Sera-t-il absous, et de quelle faute?Enterrement Dans La petite fille qui aimait trop les allumettes, qui est le plus achevé des romans de Soucy, le passé est tout proche et plus inquiétant encore que dans les précédents.Dans un décor de bout du monde et un climat dont l’âpreté rappelle certaines des nouvelles d’Anne Hébert, deux enfants s’apprêtent à enterrer leur père, qu’ils ont craint et ridiculisé tout à la fois.Le narrateur est un des deqx jeunes, qui a parmi ses livres de chevet L’Ethique et affirme avoir «fait sa syntaxe» en lisant les Mémoires de Saint-Simon! Le roman, c’est son journal, un «évangile de l’enfer» à la fois cruel et drolatique, véritable fête du langage où se bousculent, ponctués de «peuchère», néologismes et québécismes, proverbes et expressions idiomatiques.Ce roman à l’écriture baroque, jubilatoire, que Soucy a écrit en un mois à peine, est une plongée dans des ténèbres effrayantes suivie d’une échappée fulgurante vers la lumière, une exploration carnavalesque de ces «questions sans réponses qui semblent former le noyau dur du monde».Gaétan Soucy est professeur et a publié au Boréal L’Immaculée Conception (1994), L’Acquittement (1997) et La petite fille qui aimait trop les allumettes (1998).Robert Chartrand est professeur et critique littéraire au Devoir.JACQUES GRENIER LE DEVOIR BERT CHARTRANI) Gaétan Soucy est de ces écrivains qui répugnent à commenter leur œuvre — «lisez mes livres: j'y ai mis tout ce que j’avais à dire», disent-ils à mots couverts — ef davantage à parler d’eux-mêmes.Il à cependant dérogé furtivement à cette réglé en 1996, dans une «autobiographie approximative» qui accompagnait le communiqué |de parution de son deuxième roman, L’Acquittement.Sur deux courtes pages, parlant de lui à la troisième personne — souvent pluslpropice aux confidences que le «je» —, il énuihère des moments forts de sa vie.Ce fut un ejnfant sensible et tourmenté.Il apprend brutalement, à l’âge de quatre ans, «ce qu’il n'avqit jusqu’ici que deviné confusément, à savoir que les êtres sont n\ortels.Choc dont il n 'est pas à ce jour rétabli».A cinq, il prie toutes les nuits «pour le salut de tout un chacun».41 fut un lecteur précoce et éclectique.A 12 ans, il lit Edgar Poe et Camus; puis, ])eu après, Sartre: La Nausée le «subjugue» et il «traverse L’Etre et le Néant le cœur battant»', il est «bouleversé» par l’œuvre de Beckett en même temps qu’il expérimente, «comme tout le monde, la drogue, le sexe, le rock'n'roll, les sentiments et le niépris des sentiments, les conceptions subversives et le snobisme».Puis il se met à la lecture de philosophes, étudie les mathématiques et l’astrophysique et «envisage naïvement de rne- Momque Bosco edition.leunesse@hurtubisehmh.com Lsonfiteor HURTUBISE 150FF 39 95 PHil Editions Hurtubise HMH Ltée 1815,avenue De Lorimier Montréal, (Québec) H2K 3W6 Tél.: (5 1 4) 52 3 -1 52 3 Télec.: (514) 523-9969 195FF 49,95 $ 115FF 18,95$ Coviboy Louis Hamelin Montréal, XYZ, 1992,418 pages FRANCINE BORDELEAU Avec son œuvre constituée pour l’heure de six titres, Hamelin s’affirme comme un écrivain de la démesure, plongeant avec allégresse en territoires apocalyptiques.En 1989, Louis Hamelin, biologiste de son état, célébrait ses trente ans en publiant un premier roman coup-de-poing: La Rage, qu’allait auréoler le prix du Gouverneur général.Dans ce livre-là, il y avait de la puissance et du style, une architecture et la naissance d’une voix singulière.De La Rage au Soleil des gouffres, un roman sur les sectes — celles-ci étant prétexte à une histoire chargée de multiples réseaux de sens — qui s’amorce dans un bled c}u Québec, se poursuit dans les Etats du désert américain et s’achève à Teotihuacân, site d’une civilisation classique antérieure aux Toltèques, l’intensité de cette vopc ne se démentira pas.A mi-chemin de ces deux récits, Cowboy scande l’œuvre de Louis Hamelin comme un livre charnière.Le bled perdu — un lieu cher à Hamelin, qui peut représenter l’exacte antithèse de l’utopie — s’incarne ici dans un village des confins nordiques baptisé Grande-Ourse.Et dans ce village où cohabitent tant bien que mal Amérindiens et Blancs, la civilisation est en complète décadence.La Pourvoirie Gran-de-Qurse, dépeinte dans les prospectus destinés aux riches touristes états-uniens comme un «paradis de chasse et pêche», est en réalité un royaume de la déréliction gouverné par le sexe et l’alcool, par le racisme et la haine.Royaume pourri que hante le fantôme d’un Indien assassiné par un Blanc.LuuLs Hamelin Cowboy Ténèbres Depuis La Rage, Louis Hamelin explore continûment les ténèbres, se plaisant à faire du «nord de la nuit» sa matière de prédilection.Mais de surcroît, dans Cowboy, roman à l’écriture enfiévrée où un village prend l’allure d’un microcosme apocalyptique, les ténèbres semblent peser de façon paroxystique.Autochtones ou Blancs, tous s’enfoncent, impavides, dans un cauchemar et dans l’horreur tranquille d’un monde où le mal est déjà accompli.Tout québécois qu’il soit, le bourg nordique de Grande-Ourse illustre aussi une certaine idée de l’américanité — de cette américanité dont se réclament un nombre croissant d’écrivains d’ici et des Antilles.Cowboy est, comble d’ironie, le surnom d’un «Indien d’Amérique».Par ailleurs, tout, dans l’écriture d’Hamelin — jusqu’au rythme, jusqu’à l’impulsion —, témoigne que le Québec se situe dans un espace résolument américain.11 n’est pas inutile de préciser que l’américanité qu’il revendique n’est nullement tributaire d’un quelconque impérialisme états-unien: elle procède au contraire de la réappropriation du territoire, de l’inscription dans un confinent.Son œuvre dévoile donc quelques-uns des visages de ce que, faute de mieux, on appellera une autre Amérique.Le continent sera finalement traversé de part en part, de l’Atlantique au Pacifique, dans Le So- ! leil des gouffres, dont le style et les' enjeux ne sont pas sans rappeler Cowboy.De Schefferville, l’ancienne ville minière située aux limites du Labrador — le Nord appartient décidément a la cartographie personnel- .le de l’écrivain —, jusqu’au Chiapas mexicain, où l’histoire trouve son dénouement, ce dernier roman d’Hamelin visite encore et tou-' jours les ténèbres.Dans ce livre riche en symboles, le millénaire qui s’achève commande une sorte de bilan.«Nous sommes gouvernés par deux gouffres: Hiroshima, le soleil de la matière, et Auschwitz, la caverne de nos âmes», dira l’un des personnages principaux.Voilà sans conteste une phrase clé, révélant ce qui fut jusqu'à maintenant le leitmotiv de Louis Hamelin, écrivain dont les textes empreints tout à la fois de fureur et de lyrisme ne craignent pas d’excaver ces zones fascinantes et nécessaires du souverain mal.Louis Hamelin, né en 1959, est l'auteur de La Rage (Québec Amérique.1989), Ces spectres agités (XYZ, 1991), Cowboy (XYZ.1992), Betsi Larousse ou l'ineffable eccéilé de la loutre (XYZ, 1994), Le Soleil des gouffres (Boréal.1996).Francine Bordeleau collabore à Lettres québécoises. HT* 26 I.E I) E V 0 I H .L E S S A M EDI I \\ K T I) 1 M A N C II E I I M A 1$ S I II II il Lire le Québec ôu&mwe ^cob Je la lis et je m’éveille un peu plus Le désir effrayant de voir, d’être vu, de réciter le monde ROBERT LALONDE Le visage, la représentation d’un visage peut faire en sorte que je ' ne me morcelle pas, ne me disloque pas, ne me fragmente pas.J’entends Suzanne Jacob.La voix de l’écrivain nous arrive habituellement sans visage.Pourtant, je vois son visage, à Suzanne Jacob, son visage qui parle, comme un masque de théâtre, éclairé, tout seul avec sa bouche d’oracle, qui profère à voix basse, brisée, des sortilèges.Paroles qui mêlent et démêlent, ne nichent pas longtemps dans le creux de l'oreille, descendent dans la chambre du cœur, désensablent les reins, nettoient les os, comme l’eau de la mer blanchit le bois de grève.J’essaie de dire à quel point je ne suis plus lemème; je suis changé, en je ne sais quoi — en enfant, pour sûr, un enfant désobéissant», éveillé, fantasque —, puisque je iis Suzanne Jacob.Je suis déjà mutant: un sage, un fou, en moi, sç dresse, les bras en l’air, il va pousser un cri, un grand éclat de rire, un infini soupir, ou peut-être même une longue phrase, qu’il ne sait pas qu'il héberge, comme une maladie, comme le com-npiceinent d'un amour.En tout cas, je sins éveillé.Je me demande même où j’étais, avant, où je regardais, qui j’écoutais, si même j’avais des yeux, des oreilles, avant, si je n’existais pas en obéissant aveugle et sourd.Je suis soudain pris d’effroi de mourir avant ma mort, du désir violent de m’éveiller entièrement, au risque de perdre connaissance, c'est-à-dire de perdre ce que je crois savoir de moi.J’entre dans une espèce de songe de medccine-man, une tente tremblante, d’où je ressurgirai neuf, ahuri, lucide, désemparé et tendre jusqu'à désirer m’abolir pour le difficile amour des autres.Elle n’est pourtant pas apostolique, Suzanne Jacob, mais elle est stupéfiante: elle révèle, à la manière de cette solution acide qui fait naître les visages sur une photographie, visages dont vous décou- vrez qu'ils vous regardaient sans doute depuis longtemps avec une détresse d’amour que vous n’aviez pas encore aperçue.Visages dénudés, âmes à fleur de joues, faces qui vous blessent et vous sauvent, dans la même phrase saisissante, Et je vois, je commence à voir, j’entraperçois, je m’éveille encore un peu plus, je me mets à douter de mon ancien regard de faux clairvoyant.Et c’est là que le drôle de séisme se produit: ce goût de rire trop fort, de hurler doucement, de lâcher toute mon âme dans un soupir, une exhalaison signifiant l’agonie de l’obtus en moi, qui ne savait pas, l’innocent, le sansrdessein.Nous rions Quand nous nous voyons — trop rarement —, nous rions, beaucoup, elle et moi.Ce n’est pas moi qui la fait rire, ce n’est pas elle qui me faire rire: nous rions, follement, sonorement, simplement de savoir que nous sommes si peu, que nous sommes tant et tant, que nous ne savons pas ce que nous sommes, ce que nous faisons, de savoir que pourtant nous nous éveillons, nous nous éveillons en riant, le visage nu, masque extraordinairement léger, diaphane, au regard grave, presque noir.Nous sommes, ensemble, comme nous sommes chacun de notre côté, épouvantés et insouciants, obsédés, acharnés, interrogatifs, glorieux, insignifiants: nous écrivons, nous entrapercevons, nous doutons ensemble de la nuit de nos livres, du petit abîme qui sépare la lune dans le ciel de la lune écrite, comme elle l’écrit si bien.Dans La Bulle d’encre, elle murmure — et le séisme a lieu de nouveau, et j’en tremble, et je m’éveille: «Au début, un seul regard, c’est tous les regards du monde.Aucun regard, c’est la mort encore fraîche qui rôde et qu’on entend rôder.On sait que c’est elle: on en arrive.» Toutes les phrases, tous les récits — les siens, les miens, tous les livres — naissent de ce désir effrayant de voir, Suzanne Jacob HUBERT GROOTECLAES d’être vu, de réciter le monde, de nous «déployer en lui en nous modulant».More, Pomme Douly, Galatée, Laura Laur, ne dirait-on pas trois sœurs — qui seraient quatre, comme les mousquetaires — désobéissantes, affolées mais tranquilles, superbement éveillées, debout, fières et fragiles, dans une grande lumière de survie, vous savez, cette clarté d'aube magnifique, incertaine, qui succède aux très mauvaises nuits?Des rescapées, tirées du grand péril par quelques pauvres mots qui, pour une fois, ne seront pas perdus.«L’écrivain est peut-être aussi celui qui a perdu les histoires qui lui ont été confiées.Il passe peut-être sa vie à tenter de retrouver ces trois ou quatre histoires qui feraient de lui cet être tranquille en possession des histoires vivantes dont il a hérité, dont il a la garde.» Et elle rit, Suzanne Jacob, sans ironie, sans se moquer.Simplement, elle sait que tranquille, et en possession des histoires primordiales, on ne l’est jamais tout à fait.«Et Dieu vit que cela étçit bon.Mais où et quand Dieu a-t-il créé son propre discernement?.» Le diable le sait, Suzanne, et l’écrivain, s’en doute.Romancière, dramaturge, chansonnière.essayiste et poète, Suzanne Jacob a reçu, en 1983, le prix du Gouverneur général du Canada el le prix Québec-Paris pour son roman Laura Laur (Le Seuil, 1983).Elle ç également obtenu le prix de la revue Etudes françaises pour La Bulle d’encre (Boréal, 1997) en 1997 et le prix du Gouverneur général pour son recueil de poésie La Part de feu (Boréal.1997) en 1998.Des nouvelles, I%: lez-moi d’amour, ont été éditées au llif réalenl998.¦ %p .>h‘ me une assise de la conscience, mais comme une distance i qu'elle a pour fonction de créer», écrit-il dans Le Lieu de l'homme (1968), le livre dans lequel il reconnaissait le mieux le sens de ses recherches.Voici un ouvrage qui mérite de figurer parmi la liste des meilleurs livres de ] sciences humaines écrits en langue française depuis i l’après-guerre.On y retrouve explicités les concepts du-, montiens, les clés qu’il a proposées pour interpréter le monde.Li culture première est un milieu, un ensemble de modèles et d’idéaux qui orientent la vie quotidienne.L'homme vit enserré dans un tissu social, fabrique des ob-| jets, tisse des relations avec les autres hommes, s’identifie à un territoire, un pays.Mais il n’est pas enfermé dans ce 3 milieu.Il se donne un horizon, une culture seconde, il prend une distance, il interprète le monde.L’homme ac-; quiert une conscience historique, il adhère à des idéolo-! gies et en fabrique, il élabore un savoir savant et une an-J thropologie, il produit des œuvres de culture qui incarnent la signification du monde, il communique avec | d’autres à travers des médias.La stylisation est au cœur I de ce processus de dédoublement et c’est par elle que | s’affirme l’autonomie de l’objet culturel.On aura reconnu quelques-uns des concepts qu’il a mis I en avant: culture première, culture seconde, dédoublement, stylisation, sans oublier vécus parallèles, cette belle j.expression qui décrit «ces expériences particulières dans 1 lesquelles s’exprime la signification totale de l’Expérience».; Le théâtre, la cérémonie religieuse, la fête: autant de lieux, de vécus parallèles dans lesquels l’être humain retrouve une totalité qui tend à disparaître des conduites i quotidiennes rationalisées et morcelées.Le vécu parallèle | origine d’un dédoublement qui n’est pas reflet, mais bien transposition dans une expérience autre où se cristallise le sens d’une culture donnée.La référence nationale Des trois modes de la pensée anthropologique que Du-?mont distingue dans L’Anthropologie en l’absence de l'homme (1981) — celui de l’opération, celui de l’action et celui j de l’interprétation —, c’est à ce dernier que se rattache j son entreprise savante.Pour lui, la société n’est pas un ; système, c’est un ensemble de mécanismes qui travaillent I à son intégration.Dans sa magistrale Genèse de la société I québécoise (1993) et dans Raisons communes (1995), no-| tamment, il propose le concept de référence nationale j, pour qualifier la construction de cette forme originale de | groupement qu’est la nation.Appartenance civique, com-| munauté politique, sentiment national, référence nationale: voilà des distinctions analytiques susceptibles d’éclairer les débats souvent empreints de confusion — et de I polémique - sur la question nationale et le nationalisme.«Ce langage, ces rituels, ces discours nous insèrent dans une I nation, une communauté politique, une classe, une généra-j tion.Ils nous offrent des outils pour nos conduites et nos pen-¦ sées, mais aussi une référence pour nous situer dans l’histoi-1 re, pour nous conférer une identité que nous partageons I avec d'autres.» L’identité culturelle enferme-t-elle l’individu dans son i appartenance?L’auteur de Raisons communes formule au- Distanee et mémoire trement la question.«Afin de communier avec les œuvres de l’esprit, de se convertir au doute, à l'ironie, à la raison, faut-il rompre avec le monde des communes appartenances, cesser de partager avec d’autres de semblables références?» Pour lui, il est permis de se préoccuper du sort de la culture québécoise sans nécessairement prêcher pour le cocon national ou définir l’exclusive en regard de son origine.La culture est le milieu de l’existence et la nation est d’abord la communauté d’un héritage historique, ajoute-t-il.En insistant autant sur la mémoire (voir L’Avenir de la mémoire, 1996), comment saisir l’une des mutations les plus importantes en cours dans les sociétés développées contemporaines: le métissage et le brassage des populations, tels qu’on les voit à l’œuvre aux Etats-Unis ou au Canada?Les nations se transforment de l’intérieur et la mémoire peut-elle encore servir d’unique référence, de référence principale?Les idées là-dessus sont partagées, on le sait.Quel modèle d’intégration privilégier?Le meltbig pot à l’américaine?Le patriotisme constitutionnel à la Habermas, l’intégration républicaine à la française, le multiculturalisme à la canadienne?Dumont avait clairement en tête l’intégration à la française et la référence à la mémoire.Mais les références peuvent être conflictuelles, changeantes.Une nouvelle référence québécoise, une nouvelle francophonie est-elle en émergence comme le donnent à penser plusieurs intellectuels qui réfléchissent sur ces questions en ce moment?Les francophones du Québec ne sont-ils qu’un groupement parmi d’autres, ou au contraire le groupement qui élabore la référence identitaire à la recherche de raisons communes?Ces questions le préoccupaient au plus haut point au soir de sa vie, et il n’aura malheureusement pas eu le temps d’y répondre ni de donner une suite à sa Genèse de la société québécoise, dont le premier chapitre a été publié dans Recherches sociographiques (1997) après son décès.Il laisse cependant des clés, des outils conceptuels pour s’y attaquer.Le sociologue et poète Fernand Dumont, décédé il y a deux ans, condense à lui seul cette époque.En utilisant le Québec comme «lieu de l'homme» particulier, il n’a jamais cessé d’élargir ses perspectives sur la culture «comme distance et comme mémoire», sur la culture comme «demeure humaine».Fernand Dumont a interrogé le caractère problématique de l’identité québécoise, mais aussi le territoire sans frontière de la culture.D’autres penseurs ont concentré davantage le tir théorique, en s’intéressant au paysage québécois (Luc Bureau), à l’histoire populaire nationale (Jacques Lacoursiè-re), à l’histoire naturelle du Nouveau Monde (Pierre Mo-rency).D’autres encore ont relié les discours d’ici et d’ailleurs (Pierre Nepveu et Régine Robin) ou carrément plongé au plus profond de la psyché humaine en traçant le portrait des malaises de la civilisation contemporaine (Ginette Ferland).Avec Charles Taylor, l’auberge conceptuelle de l’essai abrite un philosophe du contemporain.Le professeur de McGill attribue lui-même, en partie, à ses origines biculturelles et bilingues, francophone et anglophone, à Montréal, au Québec et au Canada sa position théorique, en équilibre constant entre la grandeur et la misère de la modernité, la continuité et la rupture, la philosophie et une multitude de disciplines.Raymond Klibansky, pour sa part, incarne encore davantage l’intellectuel universel, d’ici et de nulle part, de maintenant et de toujours, capable aussi bien de tracer l’histoire de la mélancolie dans la culture occidentale que de proposer un état de la philosophie au Québec.Des essais?Oui, si l’on veut, parce qu’avec ce fourre-tout, on peut tout.La transcendance, référence nécessaire aux cultures L’œuvre de Fernand Dumont est inclassable.A la fois sociologue, philosophe, littéraire et historien, il a laissé des ouvrages qui révèlent une pensée toujours d’une grande actualité.La réflexion sur la transcendance occupe une place majeure dans son œuvre, à côté de travaux sur l’épistémologie et la culture.Pour lui, «la référence à la transcendance est nécessaire aux cultures comme à la raison».Dans Le Sort de la cidture (1987), il précise: «Je parle ici de transcendance, on m’aura compris, non pas nécessairement comme si elle s’identifiait à Dieu, mais comme ce devant quoi l’homme se tient quand il avoue sa finitude, quand il consent à la tâche indéfinie de s'en affranchi''» Et au soir de sa vie, il a donné un livre très personnel, fort émouvant à lire — Une foi partagée (1996) —, témoignage de sa foi, certes, mais aussi un grand livre de sociologie sur la crise spirituelle i Dugas Jacques Fee .siwff j cünçcF pal 1 '•*' I k>i IKl fffW» com UEBEC Des origin* .-ACOURSIÈRE SEPTENTRION Lire le Parmi ses auteurs : Rosalie BERTELL .Dominique BLONDEAU.Denis BLONDIN.Jeanne-Mance DELISLE.Jérôme ÉLIE.Suzanne FAVREAU .TrevorFerguson .Célyne FORTIN .Alain GAGNON.RobertG.GIRARDIN.Pauline HARVEY.Nicole HOUDE .-.Julie KEITH.Roger MAGINI.Pascal MILLET.Marie-Josée NADAL .Monique PARISEAU .Ginette PELLAND .Esther ROCHON.LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL / A Au Québec : Editions Fides — En Europe : Editions du Cerf Trevor FERGUSON auteur de La Vie aventureuse d’un drôle de moineau invité au Salon du livre de Paris fi erre Okocc \ac\\ Devenir fleuve Le poète qui communie avec la nature JEAN PROVENCH ER Comment pourrait-on ne pas être attentif à la nature — à toute la nature, des cailloux aux étoiles —, comment ne pas s’en émerveiller quand on est, comme Pierre Morency, fils et petit-fils d’authentiques sourciers?U- poète, aussi naturaliste, se souvient d’avoir vu son père localiser l’eau qui courait sous la terre sans instrument—la baguette de coudrier n’avait plus cours — en observant simplement le sol, en examinant son relief.Chez les Morency, il y a longtemps qu’on a «l'œil américain», selon la belle expression de Flaubert, c’est-à-dire ce regard qui entend, hume et sent autant qu’il sait voir.Pierre Morency observe la nature de la même façon qu’il l’écrit: par petites touches successives et délicates.C’est également ainsi qu’il aborde les gens.Quand je parle de lui à certains de ses amis, ils parlent de son élégance, de sa pudeur, de son sens du lyrisme, de sa curipsité, de son souci du travail bien fait.Evoquant le travail passionné du naturaliste Morency, Yves Berger, dans la préface à Lumière des oiseaux, le compare à Buffon et à Audubon.Le ixiète originaire de Irauzon est en effet un fin observateur et, comme eux, un artiste de l’exactitude.Ifprend plaisir à décrire les bonds d’un animal, à reconnaître chez tel oiseau un chant inhabituel, à noter les craquements terribles qui secouent les arbres sous l’effet du froid dans la forêt.Et il sait rendre tout cela avec une telle justesse qu’en le lisant nous en sommes nous-mêmes témoins.L’auteur des Histoires naturelles du Nouveau Monde est peut-être plus curieux des faits de la nature que des hommes, sauf quelques proches et les petites gens, avec qui il se sent fort à l’àisë.Morency n’est pas misanthrope, loin s’en faut, mais il ne peut pas, litté- Pierre Morency râlement, «sentir» certaines personnes; son odorat est en effet si fin qu’il l’oblige à fuir les foules.«Il y a des parfums qui me donnent la migraine», affirme-t-il.Dans Im Vie entière, il décrit le «bouquet de fines odeurs végétales» qu’il sent lorsqu’il prend un nourrisson dans ses bras: «Il y a de l’érable bouilli, de l'essence de vanille dans du miel d’oranger, de l'écorce de bois sent-bon, de l’eau de violette, de l'esprit de carotte mêlé à l’avoine fraîche.» Et Morency assure qu’il a senti bien d’autres parfums encore: «Je n’ai noté que ceux-là pour ne pas avoir l’air d’en remettre!» Là-dessus, il ressemble à Henry David Thoreau, le philosophe de Walden qui, par une sorte d’identification à la fois sensuelle et mystique avec la nature, en retirait un supplément d’être qui décuplait son sentiment d’être en vie.ARCHIVES LE DEVOIR Communion Si vous ne connaissez pas Morency, lisez Im Vie entière et vous le verrez devenir fleuve, ou Lumière des oiseaux, où il devient un des leurs.Car il a également quelque chose de François d’Assise, l’auteur du Cantique des créatures.Morency arrive vraiment à parler aux animaux.Dans la pleine nature, il croit la communion possible.Il y a quelques jours, j’étais dans ma maison de campagne lorsque, entre chien et loup, j’aperçus dans la cour, à la mangeoire de lard, un grand duc d’Amérique, le plus grand de nos rapaces nocturnes, le plus imposant de nos hiboux.Une bête magnifique.Et pour moi, alors, un cadeau.Une bonté.Le lendemain, je ne pus m’empêcher de raconter cette visite rare à Pierre, ajoutant: «Dieu que j’aurais aimé le garder avec moi!» Et lui de me répondre: «Mais tu le possèdes, Jean.Le Québec pour tous Transmettre l'esprit d'une époque obldoke ooo\Aà l’espace québécois.Iras plus poètes) des lecteurs, quant à eux, liront Geo-graphie de la nuit comme une envolée enjouée contre la technocratie, Fins-, trumentalité, le 9 à 5, le réalisme, lç béton, la banlieue, les horloges, les,' gratte-ciel, la transparence du langage et des signes.On ne reprochera pas à' l’auteur de voir grand et de ratisser large; on le comprendra de s’être lais- ; sé emporté par un sujet sur lequel la,' lune ne se couche jamais.Bienvenue aux éveilleurs de nuit.Professeur.Luc Bureau a aussi publié LaTprre et moi (Boréal.1991) et, Entre l’Éden et l’Utopie: les fonde' merits imaginaires de l’espace québé-, cois (Québec Amérique.1984).Robert Saletti est professeur et collabore au journal Le Devoir.) Bibliothèque Cette prestigieuse du Nouveau Monde collection rassemble, en éditions critiques, les textes fondamentaux de la littérature québécoise depuis les débuts de la Nouvelle-France jusqu’à nos jours.Marcel Dugas POÈMES EN PROSE Édition critique par Marc Pelletier Jacques Ferron CONTES Édition critique par Jean-Marcel Paquette ) t ¦M I ia BAS-SAINT-LAURENT 2 3A 3 4a 4 sa 5 6a 6 1 1 1 i 1 1 1 a 1 I I « I I I i I I I I i I I I I I I I I I I i I i I I I I I I f f I a I I I I a I I I I a SUîfSBL, if - GASPESIE a a a a a a a a a 1 1 a 1 1 1 1 1 a 1 1 1 1 1 1 1 1 a a a a a a a a a a a a a 1 a a a a a a a 1 i « 4 * a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a 1 a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a 1 a a a a a 1 a I3A COTE-NORD 14 15A 15 16A .16 17A 17 18A 18 a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a .¦ fjüf a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a 19A ILES DE LA MADELEINE20 21A 21 22A 22 23A 23 24A 24 a a a a a « a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a a « a a a a a a a a a « a a a a a a a a a a a a BH1B— V ,ViW lv' “v £,T v :¦¦¦¦ >:*li 1 ” * jk \ ^ m—iri Éfr- Si¦ a a 1 a a 4 a a a a a a a a a a aa a a « 11 a a a a a a a a a a a a a a 1 a a aia a 1 a a a a a a a 1 a Les plus beaux souvenirs se développent ici.Si votre objectif est de passer des vacances à un endroit où le plein air et la nature spectaculaire côtoient la richesse culturelle et la joie de vivre des habitants, Le Québec maritime vous offre ses meilleurs angles tout au long du très photogénique fleuve Saint-Laurent.Le Québec || maritime Bas-Saint-Laurent, ( iaspésic, Côte-Nord, Iles de la Madeleine 84, rue Saint-Germain Est, bureau 205 C, Rimouski (Québec) G5L 8M1 E-mail : quemarit@globetrotter.qc.ca www.quebecmaritime.qc.ca Tourisme Québec (Numéro vert de la France, tous les jours de 15 h à 23 h) 0-800-90-77-77 Tourisme Québec 1-800-363-7777 Motiin rt kCiiH Mliinli‘1"1' m Canada Québec ss Crédits photos : Pascal Arseneau, Robert Baronnet, Jean Bédard, Claude Bouchard, Benoît Chalifour, J.-F.Bergeron, Sylvain Majeau, Michel Laverdière, Jacques Turcotte, Éric Lebel, Sébastien Cloutier, Pierre Rambaud mm M miÊÊÈÈÊ I
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