Le devoir, 27 mars 1999, Cahier D
I.K I) K V (I I lî , I.K S S A M K I) I 2 7 K T l> I M A X < il K 2 N M A li S I !l il il ?LE DEVOIR * Lettres québécoises Page I) 3 Le feuilleton Page D 5 Essais québécois Page 1) 7 ?Peter Krausz Page D 11 Formes Page D 12 Jacques Godbout La cohérence de l’œuvre Toujours en pratiquant l’art de ne pas se prendre au sérieux, l’auteur de Salut Galanteau revient, avec Opération Rimbaud, sur les lieux et le temps de ses débuts.ROBERT CHARTRAND Dans nombre de ses films et de ses livres, Jacques Godbout se révèle un observateur souriant de ses semblables, qui aborde certains sujets parfois graves sans se départir de son sourire en coin.Cette légèreté dans le ton, qui appartient à la tradition anglo-saxonne, serait selon lui un trait québécois.«IÀ-dessus notamment; nous sommes des liritan-niques d’expression française; nous avons des rapports avec l’humour beaucoup plus simples que nos cousins de l'Hexagone.» Godbout, lui, pratique avec une belle constance l'art de ne pas se prendre au sérieux.«On m'a demandé récemment: les livres que vous écrivez, est-ce de la littérature?J’ai répondu oui.Vous savez, le respect qu’on avait pour la littérature quand j’étais étudiant, qui nous faisait entrer dans les livres de Malraux ou de Gide comme dans un domaine sacré, ça ne colle plus.Il n ’empêche que chacun des romans qui paraît aujourd'hui est de la littérature, mais sans le “L" majuscule d'autrefois.Il y a bien encore des écrivains — surtout des poètes — qui sacralisent la littérature, mais ils appartiennent à un autre monde.» Opération Rimbaud se veut un roman d'aventures auquel Godbout a travaillé en s’amusant, comme en témoignent certains jeux de mots qui paraissent un peu faciles («papa était une mer de savoir, maman un repère de sécurité», «les caches disponibles, le cash disponible»), mais c'est également un certain regard sur une époque bien précise.Toute l’action se dçroule sur quelques mois, en 1967.«A ce moment très précis, tout était en train de changer, ici comme partout ailleurs en Occident: les rapports entre hommes et femmes, les mœurs, la perception de l’autorité.» Jésuite agnostique U- personnage principal et narrateur du roman, Michel Larochelle, incarne bien les contradictions du moment.Agnostique, il s’est fait jésuite pour courir le monde et jouer les redresseurs de torts comme les héros des romans qu’il a lus, tout en ayant son avenir assuré.«J'en ai rencontré un bon nombre à l'époque, aussi bien en Afrique qu’ici, qui pensaient comme lui.Larochelle est un bon petit soldat qui obéit aux ordres — n’oublions pas qu’Ignace de U>yola, le fondateur de la compagnie, était lui-même un militaire —; il a foi dans son armée, mais il va la perdre lorsqu’il se rendra compte VOIR PAGE I) 2: GODBOUT SSP*,- gjfpK g®:,'; v ipK vvS' ¦ I D 2: SHIMAZAKI Cette auteure d’origine japonaise arrive avec Tsubaki, un premier roman en français publié chez Leméac/Actes Sud.L’intrigue est située à Nagasaki, l’influence littéraire est hongroise.Quant à Aki Shimazaki, elle est peu ou prou une enfant du village global, ayant adopté Montréal, voix issue de la mosaïque contemporaine d’influences.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Aki Shimazaki est une frêle dame souriante et mystérieuse qui vous reçoit chez elle entre chat et livres.C’est ici qu’elle enseigne le japonais à des Québécois, des Européens, des personnes qui s’en vont vivre à Tokyo ou ailleurs et qui veulent décrypter cette langue difficile.Elle vous parle du bouddhisme zen, du Japon de son enfance, de la langue française, objet de son coup de foudre en 1991 dès son arrivée à Montréal.Même quelle s’était dit alors: «Un jour, j’écrirai en cette langue.Je le jure.» Et ses yeux brillent quand elle en parle.Mission accomplie! Tsubaki, son roman, sort tout chaud des presses de Leméac, coédité par Actes Sud et dans la langue de Racine, s’il voqs plaît.„ a A écouter son fiançais un peu hésitant, on se dit qu’il y a du miracle derrière cette langue rédigée sans être maîtrisée complètement, mais à coups d’acharnement et de dictionnaires, défrichant son terrain pouce par pouce, récrivant le texte cinq fois.Avec son intrigue campée dans le Japon de la guerre, à Nagasaki, plus précisément à l’ombre du champignon atomique, Tsubaki est comme une fleur hybride, en français donc mais si nippon par l’esprit, par la concision du style.Sa prose est un écho à sa philosophie bouddhiste.Le Grand Cahier.Mais quand vous interrogez l’auteure sur ses sources littéraires, au lieu de vous citer Kawabata ou Akutagawa, elle demande: Agota Kristof, vous connaissez?C’est çette romancière hongroise qui l’a vraiment influencée, et non les auteurs japonais.Elle prise son style incisif, dénudé, zen en un mot.A l’heure où Aki suivait ses cours de français, un professeur lui a conseillé de lire Le Grand Cahier.Elle l’a lu, relu, jusqu’à s’en imprégner.Et voilà! JS Roland Arpln La fonction politique des musées Chantal Bouchard On n’emprunte qu’aux riches I j valeur tooolinpiiMique ri \) mbotlquc de» emprunt» BT-?KMi Bartha Maria Knoppers Le génome humain : patrimoine commun de l’Humanité?ATT Jtsfe.Zaki Laïdi L.a tyrannie de l’urgence £ || André Patry Les grandes ÇJjnférences Considérations sur le langage Cette collection invite à la « barre des témoins » ceux qui, par leur travail et leur expérience, peuvent faire saisir les enjeux de la société d'aujourd’hui.48 PAGES - Ç,9Ç S CH.Fl DES • MUSÉE DE LA CIVILISATION ÉD3QÉ 7 + CLICHÉ RÉPÉTÉ À ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT.EN RAISON DU TEXTE IMPRIMÉ SUR FOND GRIS OU DE COULEUR JACQUES GRENIER LE DEVOIR I) 2 V.I) E V 0 I It I.E S S A M E I) I E T I) I M A N C II E 2 8 MA It S I !) !) it Livres GODBOUT Roman d'aventures, Opération Rimbaud est également un pied de nez aux grandes communautés religieuses SUITE DE LA PAGE D 1 qu'on le manipule.C’est, si l’on veut, un idéaliste relatif: il sait tirer son .épingle du jeu et il n’aime pas être ¦floué.» Il a eu des parents qui res-•semblent, mais en moins noir, à ;ceux de Rimbaud.• ; C’est aussi un mémorialiste qui, ien attendant le dénouement de son aventure, en retrace les étapes par -écrit.Ne ressemble-t-il pas, à cet iégard, au fameux François Galar-;neau que Godbout avait créé en -1967, précisément?«Larochelle 'pourrait être son frère aîné, encore -fiu’il soit dans un autre champ d’ac-’-tfon autrement plus vaste.Et il est 'bien moins naïf: Galarneau, lui, croyait que le monde ressemblait à l'idée qu’il s’en était faite.» Opération Rimbaud est un nom de code, celui de la mission (le mot iest à entendre dans tous ses sens) ;que l’on confie à Larochelle et qui le «Conduira en Ethiopie, là où le poète laùx semelles de vent, incarnation ‘suprême de la révolte «vécrite», séjourna longuement après s’être détourné de la poésie.Godbout lui-même connaît le pays: il y a enseigné dans les années 50.Jouant les Moïse malgré lui, Laro-chelle doit faire sortir d’Ethiopie les Tables de la Loi qui, selon la tradi-;tion, auraient été dérobées dans le •femple de Jérusalem par Ménélik, ;le fils du roi Salomon et de la reine •de Saba.C’est leur descendant direct, l’empereur Hailé Sélassié — ;qui régna effectivement sur le pays -jusqu’en 1974 —, qui confie la mission à Larochelle.Roman d’aventures, portrait ironique d’une époque charnière, Opération Rimbaud est également un pied de nez aux grandes communautés religieuses, et plus particulièrement aux jésuites, dont Jacques Godbout a été l’élève.«C’est une LIVRES ANCIENS ET MODERNES • Achat • Venu* • Expertise 4 BOUQUINERIE SAINT-DENIS 4075.rue St-Denis (ongle Duluth) Achats à domicile (514) 288-5567 congrégation dont les bons pères, fort compétents intellectuellement, ont toujours été très proches du pouvoir, étant donné qu ’ils éduquaient les futures élites.D’où les occasions de s'adonner à divers trafics, de devises notamment.Je ne dis pas qu’ils sont malhonnêtes, mais on imagine facilement que la communauté ait pu servir de couverture.Les jésuites avaient une mission spirituelle, mais ils vivaient dans le monde, dans tous les sens du terme.» Mœurs et pulsions Le «père» Larochelle, lui, y est tout à fait.Il ne réprime pas ses pulsions — on est homme, que diable! —, mais ses rapports avec les femmes ressemblent à des rendez-vous ratés.«Les mœurs étaient en train de changer en 1967.Les femmes voulaient être les égales des hommes, mais plusieurs, comme un de mes personnages, ne savaient pas encore tout à fait comment faire avec leurs égaux.Et puis, à l’époque comme aujourd’hui, l’amour ou le désir, qui sont de l’ordre du privé, se coordonnaient difficilement avec le public, c’est-à-dire les ambitions, la carrière.On ne peut pas vivre en amalgamant les deux.Il n’y a qu’à voir Bill Clinton.» Mais le héros d’Opération Rimbaud est surtout tiraillé entre deux appétits contradictoires, récurrents dans l’œuvre de Godbout: celui de l’aventure dans le vaste monde et celui de la retraite.«Oui, c’est un aller-retour continuel.Mais au delà de ce mouvement, je me suis rendu compte récemment que mes romans étaient autant d’étapes d’un vaste parcours d’ensemble: de L’Aquarium jusqu'aux Têtes à Papineau, mes personnages circulaient dans des espaces plutôt familiers, à la recherche de leur identité; depuis, je les fais se promener dans le monde, comme si, sachant qui ils sont, ils peuvent repartir où bon leur semble.» Et Jacques Godbout d’ajouter en souriant: «Oui, décidément, je suis très content Jacques Godbout JACQUES GRENIER LE DEVOIR MARGUERITE MAILLET, LES TROIS POMMES D'OR Conte traditionnel acadien, à partir de 6 ans 6,95$ Bouton d'or Acadie les trois pommes^or de la cohérence de mon œuvre!» Il est en revanche tout surpris de constater qu’à une année près, son héros a le même âge que lui: tous deux avaient trente-cinq ans en 1967: «Tiens, je l’aurais cru plus jeune.» Michel Larochelle est-il plus naif que ne l’était son auteur à la même époque?Quoi qu’il en soit, Godbout a vécu cette époque et les suivantes à sa façon: en y intervenant, tout en poursuivant sa propre route.Il s’implique, s’engage parfois, mais ne s’agrippe pas: s’il faut passer à un autre climat, il le fait sans états d’âme.«Quoi faire d'autre?La vie est une suite de rencontres, de métamorphoses qu’il faut vivre le mieux possible sans en souffrir.Mon frère Claude, qui est cinéaste, avait fait un film sur moi, qu’il avait intitulé fort justement Le Présent singulier.Cela caractérise, je crois, mon œuvre.Je m’intéresse à tout ce qui se pense, se fait — il y eut même une époque où j’avais l’impression de pouvoir tout suivre — et qui me donne le goût de vivre.De “vécrire” — on y revient toujours.Mais le présent bouge: il ne me laisse pas le choix.Oh, bien sûr, je peux déplorer des horreurs, comme ces autoroutes qui défigurent un quartier ou un paysage, un quartier.Mais je ne vais pas en faire un drame.» Et de se rappeler ces propos de l’actrice française Michèle Morgan, rencontrée lors d’un festival du film en République tchèque.C’était en 1996.Pour meubler la conversation pendant un trajet en taxi, ils avaient parlé de tout et de rien, et notamment du bonheur, qu’elle avait défini ainsi: «Le bonheur, c’est d'avoir une bonne santé et une mauvaise mémoire.» Godbout, qui n’est pas amnésique pour autant, acquiesce.«Je ne suis pas de ceux qui rêvent de se venger d’un échec, ou qui sont obsédés par le désir de se reprendre.Le ressentiment n’est sûrement pas bon pour le foie.» Le sien, selon toute apparence, est en excellent état.OPERATION RIMBAUD Jacques Godbout Boréal, Montréal, 1999,154 pages SHIMAZAKI L’auteure a découvert le français à Montréal en 1991 SUITE DE LA PAGE D 1 Comme Ying Chen, comme Dany Laferrière, comme tant d’autres auteurs ici, Aki Shimazaki est une enfant du village global.Elle appartient à cette mouvance d’écrivains québécois venus d’ailleurs, porteurs d’un imaginaire nourri à des sources lointaines qui se déversent ici et enrichissent le nôtre.Sauf qu’elle est toute nouvelle dans le paysage littéraire et affirme ne pas avoir rencontré un seul écrivain d’ici.Elle a émigré en 1981 à Vancouver à l’âge de 26 ans, y a habité cinq ans.Après une transition par Toronto, Aki a adopté Montréal comme sa vraie terre d’accueil.Le côté latin, ouvert des gens l’a séduite.Pas question pour elle de vivre en vase clos dans la communauté japonaise.Ex-étudiante en littérature, elle joue de la flûte, enseigne, voyage entre les,arts, les cultures.A sa feuille de route, une novella en japonais publiée en feuilleton dans le Nikka Times, journal nippon torontois.Mais son éditeur lui fit remarquer qu’il y avait trop de sentiments.Remarque qu’elle trouva fort juste.«Les émotions doivent naître dans la tête du lecteur, sans qu’on cherche à les lui imposer», s’est dit la romancière.Tsubaki aura donc, en réaction, un style minimaliste.«Simplicité, simplicité, répète la romancière, c’est ce qui m’a guidée.» Elle croit au destin tracé d’avance devant lequel l’individu doit s’incliner, comme elle croit que tout geste a des répercussions ailleurs dans le grand tout Aki ne connaissait pas l’anglais avant de débarquer à Vancouver.Le français, elle l’a découvert en 1991, à son arrivée à Montréal: une dizaine de mois à plancher, puis vint le perfection- nement acquis au jour le jour, à travers les lectures, les recherches.Nagasaki Dans le roman, il est question, à Nagasaki, d’un père qui mène une double vie, qui a un fils de sa maîtresse et une fille légitime, lesquels tomberont amoureux sans connaître la vérité.La fille tuera le père, la bombe explosera, et le remords hantera la dame qui, après sa mort, léguera par lettre la vérité à sa propre fille.«Quand j’étais petite, tlans ma campagne japonaise, mes patents parlaient très peu de la bombe.Vous savez, le Japon est un pays où il y a plusieurs catastrophes naturelles, les tornades par exemple.Des régions sont détruites, et on reconstruit sur leurs ruines sans trop en parler.Cela dit, il subsistait la vieille mentalité qu’il fallait mourir pour l’empereur.Après mon arrivée au Canada, j'ai vu cette société avec un recul.C’est ce nouveau regard qui filtre dans mon livre.» La guerre et ses bombes l’ont récupérée au fil de ses lectures.Pourquoi Nagasaki?«Parce que toute une communauté chrétienne y était installée et qu’il m’apparaissait ironique que des chrétiens y aient largué une bombe sur d’autres chrétiens.Parce que la mort avait une autre connotation en temps de guerre; mon héroïne pouvait alors tuer son père avec plus de facilité.Cela dit, on ne tue pas impunément.Pour nous, bouddhistes, on ne peut pas plus échapper à son destin qu’aux conséquences de ses actes.» Autobiographique, son histoire?«Mon père est le plus gentil et fut le plus fidèle des hommes, répond Aki Shimazaki.Je n’ai pas voulu brosserie portrait de l’homme japonais, mais montrer un caractère universel», précise-t-elle.Tsubaki devrait être le premier volet d’une JACQUES GRENIER LE DEVOIR Aki Shimazaki trilogie.Deux autres romans suivront, qui ne seront pas des suites mais des éclairages sur d’autres membres de la même famille.La rédaction de Tsubaki fut commencée il y a deux ans, puis un professeur de français l’a aidée à corriger les coquilles, avant de lui conseiller de frapper à la porte de Leméac.Une semaine plus tard, la maison d’édition acceptait de le publier.Alors tout s’est enchaîné très vite: Actes Sud coéditait pour la France.A Toronto, Talon Books prit les droits de traduçtion avec diffusion au Canada, aux Etats-Unis, en Angleterre.Un parcours sans faute! Elle se pince encore pour y croire.TSUBAKI .i y Aki Shimazaki ., Leméac/Actes Sud, coll.«Un endroit où aller», Montréal/Arles i 1999,121 pages POÉSIE L’enracinement de Recherches sur le langage et vision la foi chrétienne DAVID CANTIN En lisant les derniers recueils de Jacques Gauthier et de Richard Foisy, on constate à quel point ces œuvres sont imprégnées d’pne véritable inspiration religieuse.A l’image d’une symbiose directe avec le monde, ces regards se précisent dans un étonnement qui éclaire une expérience vivante de la foi chrétienne.Loin d’être réducteur, ce trait souligne l’essence même des fondations que ces voix détiennent, à travers la part spirituelle du langage.Mais aussi, comment l’expérience humaine et poétique se transforme dans la lumière silencieuse de l’attente.L’EMPREINTE D’UN VISAGE Jacques Gauthier Éditions du Noroît, Montréal, 1999, 79 pages Récipiendaire en 1997 du prix de l’Alliance française d’Ottawa-Hull pour Ce jour qui me précède (Le Noroît), Jacques Gauthier revient à une prose poétique des plus denses dans L'Empreinte d’un visage.S’inspirant du carnet littéraire, ces poèmes se divisent en cinq suites où l’on passe de l’abandon au désir de l’autre, pour mieux entendre une solitude contemplative.Tel un cheminement intérieur, l’acte de présence quoti- .«BSitiiicm it Chaque année ce pommier produisait trois pommes d'or.une fois qu'elles étaient mûres, ces pommes étaient volées./v Regroupement des éditeurs canadiens-français DEBAT Québec-France: regards sur un éternel malentendu À l’occasion du lancement du numéro 2 de la revue ARGUMENT, la librairie Olivieri vous invite à un débat: Québec-France: regards sur un éternel malentendu Participants: Véronique DASSAS Yvan LAMONDE Michel MORIN Animateur: Daniel Tanguay Vendredi 2 avril à 19 h Olivieri librairie-bistro 5219 ch.de la côte-des-neiges T 514.739.3639 F 514.739.3630 H3T 1Y1 métro côte-des-neiges Notre bistro est ouvert tous les Jours à partir de 11 heures dienne ne demande qu’à intensifier le sens fécond des choses.Une fenêtre s’ouvre sur l’extérieur afin de mieux comprendre le passage du temps ainsi que l’absence qu’il génère.Pour Gauthier, ce trajet dans l’immobilité du corps devient une éloge de l’âme qui éclaire la présence de l’ange, du Christ et de Dieu.Désormais, cet itinéraire révèle le chemin emprunté par un amour aussi grandissant qu’abyssal.Patience Il y a dans ces proses une patience de l’émerveillement où s’énumère le désordre naturel du visible que l’invisible annonce.Cette empreinte que suggère le titre devient donc le signe d’un espoir, d’une inspiration que la poésie achève dans son horizon d’ouverture: «La pénombre me transmet le vertige jusqu’aux cernes de l’ivresse.Elle se déplace dans la foulée d’une lucarne.L’errance se mire dans mes prunelles.L’énigme travaille en secret dans la traversée du poème noué à ma vie.L’invisible fit relance la parole du Christ, l’écho des lentes lueurs nocturnes.Il fait si froid au bout de mes terres désolées, comme si la peste avait tari les fontaines.Mais la flamme vacillante du vin éclaire le vent assassin sur l’homme des douleurs.» Ces impressions de vie et de voyages forment un livre très personnel qui n’a pas peur d’interroger le risque ainsi que l’engagement de la foi.Dans sa démarche éthique, il suit un fil des plus délicats.Toutefois, L’Empreinte d’un visage de Jacques Gauthier demeure un recueil fragile que l’inquiétude sereine marque de son sceau distinctif.LE PROPRE DU TEMPS, " Richard Foisy > Le temps volé éditeur, coll.«à l’escçle de l’escriptoire» Montréal, 1998,97 pages Le Propre du temps de Richard Foisy s’imprègne de la patience de l’artisan.Paru de manière discrète et confidentielle, il est plutôt rare qu’un premier recueil m’attire à ce point.On sent déjà un lieu en éclosion, une nature complexe où réapparaît, sans cesse, l’ombre du mont Royal.Accompagné de quatre illustrations de Réjeanne U-zotte, ce livre observe le pèlerinage secret qui s’élève de chaque jour.Il ne faut que quelques vers, ou encore une image, pour sentir cette beauté alchimique qu’annonce la naissance perpétuelle du monde.On devine ainsi le sens profond auquel renvoient l’arbre, l’oiseau, le pollen, l’ange et le bourgeon.Spontanément, ces poèmes transmettent une source ainsi qu’une inspiration qui se rattachent à une certaine lueur biblique.Le ton évite l’impasse de la grandiloquence ou du pastiche.Il y a plutôt une exigence de l’attention: «Sans laisser sa transparencé / Ni troubler l’eau de son chant, / l’oiseau roule son grelot / Comme Sisyphe sa pierre./ Le temps que le soir / Eponge dans l’herbe / les frasques laissées / Là par le soleil, / Et la nuit opère / Tandis que l’étoile / Au bord du ciel vide / Flamboie sur le monde.» On reconnaît dans l’art poétique de Foisy la distance et la réponse du mystère.Enfin, pour reprendre les mots de Rilke que cite Jacques Gauthier, «tout s’écarte, un grand calme se fait, et l’inconnaissable se dresse, silencieux» grâce à ces poètes.—SJ Étatisme et déclin du Québec irn^ii: n , Pl< ||\ PI M[||‘,|< Bilan de la Révolution tranquille Jean-Luc Migué Voici une analyse décapante de la Révolution tranquille, pivot autour duquel gravite l’interprétation reçue de l’histoire du Québec.Avant, c’était la grande noirceur; après, la modernité libératrice et le progrès triomphant.L’observation des faits contraint pourtant à peindre un tout autre tableau.Si la Révolution tranquille a marqué chez nous un tournant de l’évolution économique et sociale, ce fut un tournant pour le pire qui a signalé le début d’un élargissement progressif de l’écart entre la croissance de l’Ontario, du Canada et des États-Unis, d’une part, et celle du Québec, de l’autre.252 pages / 24,95$ :Les Éditions Varia C.R 35040, CSP Fleury.Montréal (QC) H2C 3K4 Tél.: (514) 389-8448 • Téléc.: (514) 389-0128 courriel : varia@mlcrotecnet Diffusion : Prologue I Internet : www.varle.com1 - Lire aux éclats Ion du livre de l’OutaOUais.du 24 au 28 mars 1999, Adultes: 6$ Adolescents: 3$ ENFANTS: GRATUIT (12 ans et moins) Gratuit pour les 20 ans Remise de coupons-rabais d’une valeur équivalente à votre prix d’admission valides au Salon ou chez les librairies participantes de l’Outaouais jusqu'au 30 avril 1999 (détails à l'entrée).Venez aussi voir le Café Internet «* Plus vite, plus l’fun! » sur modem câble de vidéotron (Laurentien) ltéc _VV Vidéotron Vv% (Laurentien) Itée “ÂV È> bcnrolt 90,7* MST g-as-' ^ f Gatineau m» www.slo.qc.ca sj-jom^hj*Huit Q IlH.e.t ^ 182 PAGES • 19,95 »>.pr ritr.ru it QUI A1MAI1 ThOP-U-S AUUMUTl KmilUl UlOMil i r vac ap vr i V; K V 0 I R .1.K S S A M EDI 2 7 K T I) I M A X (' Il K 2 « M A R S I II II !) I) 5 -4tr Livres LE FEUILLETON La fausse naïveté du regard LES MALENTENDUS Benoît Duteurtre N RF Gallimard Paris, 1999,140 pages « O bserver et décrire ce qu’il voit»: ainsi Milan Kundera parle-t-il de la tâche du romancier aujourd’hui.Tâche d’autant plus urgente, d’autant plus nécessaire que nous ne savons plus voir ce qui disparaît chaque jour sans que nous nous offusquions, pas plus que ce qui apparaît — qui n’était pourtant pas là hier — pour nous étonner.Le monde est de plus en plus neuf, veut-on nous faire croire, mais comme il manque de souvenir, il est en fait de plus en plus vieux.Même le nouveau a l’air de sortir d’un rêve qu’on aurait déjà fait.Ou d’un cauchemar, c’est selon.On n’arrête pas la comédie humaine.Que vient faire ia littérature ici?Justement, nous redonner la vue, à tout le moins nous proposer un regard.Depuis plusieurs années, Benoît Duteurtre s’y emploie, avec une bonne dose d’ironie et un brin de candeur.Dans L’Amoureux malgré lui (1989), il explorait la sexualité d’un jeune homme qui avait misé sur l’amour et les femmes à défaut de croire en son talent de musicien.Dans Tout doit disparaître (1992), c’était au tour du monde des stars et du journalisme, dont il égratignait au passage la fausseté et la vanité.Dans Gaieté parisienne (1996), le milieu gay saisi du point de vue d’un jeune homme qui préférait se définir comme un hétérosexuel n’aimant que les hommes.Dans Les Malentendus, son septième roman, nous voilà enfin plongés dans l'univers des immigrants et des clandestins qui peuplent Paris et sa périphérie.Et toujours, comme figure centrale, un jeune homme quelque peu naïf, encore plein d’illusions, que la- réalité confond et blesse.Ainsi notre jeune héros, étudiant de Sciences-Po «rayonnant comme une femme enceinte», va-t-il proposer à un responsable politique de gauche un programme d’accueil des immigrants et des clandestins jusqu’à ce qu’une nuit, alors qu’il se promène sur les bords de la Seine, il soit attaqué précisément par ceux-là dont il s’est fait une cause.Perdra-t-il pour autant la foi?Non, mais il sera sonné, préférant s’accuser de n’avoir pas su établir le dialogue.Pas de romantisme, toutefois, chez cet auteur qui pratique l’ironie et la distance comme d’autres s'exercent à la célébration nostalgique et à l’amour de soi.Le héros duteurtrien est un héros divisé qui voudrait croire alors que tout s’y oppose.Jean-Pierre Den is ?Un monde à la limite du simplisme idéologique et politique de notre époque Le théâtre des contradictions Il y a quelque chose du théâtre dans ce roman, notamment par cette sorte de miniaturisation obligée du milieu afin que les protagonistes puissent se rencontrer, faire connaître leur identité et engendrer du récit par leur confrontation.Son Paris et sa proche banlieue nous semblent tout petits, voire tout entier soumis à la logique des oppositions.Quartiers riches et quartiers ou banlieues pauvres, Français et immigrants, gauche et droite, bien portants et handicapés, exploiteurs et exploités, et ainsi de suite.Portrait d’une France divisée, déchirée entre une tradition d’accueil et de tolérance (la France des Lumières) et une autre qui, à la suite de la montée du lepénisme mais aussi des excès de Mai 68 qui ont précipité toute une génération dans les bras du capitalisme et des attachés-cases, encaisse très mal le choc des cultures et, surtout, des conséquences de l’exclusion et de la pauvreté en cette fin de siècle envahie par le chômage.I-a confusion qui règne dans tout cela est assez représentative de l’époque — cette époque qui a perdu aussi bien ses références que son sens de la mesure et de l’être-en-semble.Il y a ces immigrants de deuxième ou troisième génération qui, bien que Français de plein droit (ils ont leur citoyenneté, la sécurité sociale, etc.), n’arrivent pas à se tailler une place dans la société.Se débrouillant comme ils le peuvent (vols, larcins, drogue), ils n’en profitent pas moins de leurs privilèges pour exploiter à leur tour les clandestins (sans papiers, eux), leurs frères pourtant.Il y a aussi cette classe étudiante de bonne famille, prompte à monter sur les barricades pour défendre les droits des immigrants et des sans-papiers, qui a pour modèle les révolutionnaires de Mai 68 mais ne peut s’empêcher de traiter tout le monde, sans distinction, de fascistes.Il y a encore les bourgeois affairistes qui, eux, font coïncider leurs intérêts avec de nobles causes (commerce oblige) , comme cette entreprise, Handilove, qui a pour clientèle les handicapés à qui elle promet le paradis sur Terre grâce à un matériel technologique ultrasophistiqué et fort coûteux.L’insolence et la bonne conscience de ces entrepreneurs sont celles des gens de leur milieu, qui ont compris les lois du marché et de la publicité, qui connaissent la marche du monde et n’ont pas d’états d’âme.Ça n’en fait pourtant pas de mauvaises gens, de cyniques requins.Ils sont au contraire portés par l’esprit du temps, animé par un esprit utopique tout entier tourné vers l’accomplissement des rêves de confort et d’efficacité.Le politically correct est leur bannière, la clé magique qui leur permet d’entrer dans les rêves d’autrui pour mieux les servir et en retirer des bénéfices.«Nous avons banni l’affreuse notion d’“infirme”.Ne faudrait-il pas remplacer “personne handicapée" par quelque chose de plus neutre?Un terme concret, sans connotation humiliante: “individu à traction mécanique”par exemple?» Un monde caricatural Le monde présenté ici par Duteurtre est presque caricatural à force de jouer sur des antinomies à la mode, à la limite du simplisme idéologique et politique de notre époque.C’est même probablement voulu.Est-ce ainsi que les hommes vivent?, aurions-nous envie de nous écrier.En sommes-nous arrivés à ce point de rupture sociale que toute communication véritable ne peut que briller par son absence, à ce point de malentendu que nous n’avons plus pour nous que les clichés et les solutions simplistes pour résoudre nos contradictions?Il y a bien le «sexe» par lequel transitent des désirs qui ont encore quelque chance d’être transgressifs par rapport à l’ordre social dominant.Par exemple, en nous poussant à outrepasser les frontières des classes sociales, en favorisant les rencontres interraciales, en mêlant les cartes.En somme, en amenant un peu d’humanité et de variété dans tout cela.Mais on a en même temps l’impression que ces rencontres obéissent elles-mêmes à une sorte d’inconscient idéologique, à une culpabilité collective qui s’empare des esprits les plus démunis, les plus incertains dans leur identité.Milan Kundera parlait d’une «école du regard».Je vois bien, en effet, ce roman repris par le cinéma, précisément parce qu’il traite de l’actualité sociopolitique et offre un découpage simple de la réalité — avec, en prime, des contradictions qui donnent le sentiment que ça respire encore, qu’on n’est pas complètement aliénés ou bouffés par le système.Ainsi Rachid, le clandestin sans papiers, se retrouve-t-il dans la vie amoureuse de Cécile, la p.-d.g.de Handilove; ainsi l’étudiant de Sciences-Po qui rêve d’établir une politique d’accueil aux immigrants mais qui s’est fait attaquer et dépouiller par une bande de loubards tombe-t-il amoureux d’une Tunisienne, histoire de ne pas paraître de droite après qu’on l’eut traité de fasciste dans le journal étudiant; ainsi Jean-Robert, l’homosexuel handicapé qui s’est cassé un bras dans une des machines infernales (un fauteuil roulant motorisé) proposées par Handilove, laisse-t-il tomber sa plainte contre la compagnie parce qu’il aime Rachid qui aime Cécile.L’ordre est sauf, mais toujours aussi prévisible.Et le cirque des apparences peut continuer.denisjp@mlink.net LIVRES PRATIQUES Impôts inmit mem,c RÉDUISEZ VOS IMPÔTS Danièle Boucher Les Editions Québécor Outremont, 1999,320 pages Le titre est certainement séduisant en cette période de l’année.Ecrit par une comptable, membre de l’Ordre des comptables généraux licenciés du Québec, ce guide pratique permet d’avoir une vue d’ensemble des fiscalités fédérale et québécoise applicables aux individus.Il tient compte, entre autres choses, des propositions budgétaires présentées le 24 février 1998 par le gouvernement fédéral et le 31 mars de la même année par le gouvernement du Québec.De plus, le texte considère les changements relatifs à la fiscalité des individus apportés par tous les communiqués et annonces rendus publics par les gouvernements du Canada et du Québec jusqu’au 31 :octobre 1998.Cet ouvrage répond ¦ par ailleurs à bien des questions que Ton se pose tout au cours de l’année, par exemple: quelle est l’incidence fiscale si l’employeur vous fournit une voiture ou quelles sont les .conséquences d’un don ou d’un prêt Commandez vos livres chez Renaud-Bray Nous expédions par poste ou messagerie Pour commander : Montréal : 342-2815 Extérieur : 1-888-746-2283 E-mail : sad@renaud-bray.com Via ’ et \ ; ; www.renaud-bray.com d’argent à des membres de la famille?COMMENT RÉDUIRE VOS IMPÔTS?Samçon Bélair/Deloitte & Touche Ijes Éditions Transcontinental inc.Montréal, 1998,310 pages Il s’agit de la onzième édition d’un guide pratique qui, depuis longtemps, a fait sa marque.Il n’a donc pas besoin qu’on s’y attarde.Qu’il suffise de rappeler qu’il contient une foule de trucs pratiques et de stratégies de planification pour vous faciliter la tâche.LES FONDS VEDETTES 1999 Riley Moynes et Michael Nairne Traduit de l’anglais par Danielle Bleau Les Éditions Transcontinentale inc., Montréal, 1999,359 pages Ce guide de fonds communs de placement (FCP) présente une méthode rigoureuse de sélection parmi les fonds les plus performants.On y trouve une information pertinente sur un nombre impressionnant de FCP; des données claires sur la constance, l’efficacité, les frais et les risque associés à chacun des quelque 1800 fonds communs offerts au Canada; des renseignements sur 45 nouveaux fonds-vedettes, et beaucoup plus encore.Un outil de référence très pratique.Renée Rowan RENE AMMANN, , LA BOUTEILLE MAUVE Roman jeunesse, à partir de 9 ans 12,95$ Éditions du Blé paiement sécuritaire LIVRAISON RAPIDE - i;',ULA‘ -L • JC.René Amman" Roman I ÎPb/O^UT fc i L i IÆWL I Il ne fout pas mettre la charrue avant les œufs.m JACQUES BENJAMIN La beauté pure en mouvement Le premier demi-siècle des danseurs des Grands Ballets Canadiens.Hpf* ifckxpics Benjamin LA BEAUTÉ PURE EN MOUVEMEÎ Un petit livre qui raconte le quotidien des danseuses et des danseurs des Grands Ballets Canadiens.Leurs triomphes sur scène mais aussi leur travail en répétition et en coulisses, à Montréal et en tournée.Vol.de 172 pages, illustré 19,95$ CARTE_____________ Distribution Fides BLANCHE ESSAIS La ruée vers l’os L’histoire de l’homme et l’évolution de cette discipline racontées par Yves Coppens LE GENOU DE LUCY L’histoire de l’homme et l’histoire de son histoire , Yves Coppens, Éditions Odile Jacob Paris, 1999,256 pages PHILIPPE-JEAN CATINCHIN LE MONDE En 1974, Yves Coppens codiri-geait avec Donald Johanson et Maurice Taieb la mission internationale qui exhuma de l’Afar éthiopien les restes préhistoriques les plus universellement connus: ceux de Lucy.Depuis, le savant est devenu professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de paléoanthropologie et de préhistoire; il a signé nombre d’ouvrages de vulgarisation, fort bien reçus de la critique comme du public, et conseille volontiers les romanciers scrupuleux (Debout dans le ventre blanc de silence, troisième volet du roman préhistorique de Pierre Pelot, Sous le vent du monde, vient de paraître chez Denoël).Il livre aujourd’hui avec Le Genou de Lucy, dédié à son fils Quentin, plus jeune que Lucy de quelque trois millions d’années, un regard composite et personnel sur ce qu’il nomme joliment lui-même «la ruée vers l’os».YVES COPPENS LE GENOU DE LUCY L’histoire naturelle racontée comme Histoire de l’homme Pour Quentin, Yves Cop- une saga pens a rassemblé en faisceaux convergents sa conception de l’histoire de l’homme, l’historique de cette science neuve qui n’en finit plus de réviser ses éphémères certitudes, une esquisse d’autobiographie, un portrait de la fameuse Lucy, qui n’est certes pas la plus vieille femme du monde, mais «le squelette le moins incomplet d'une préhistoire parmi les plus anciennes».Sans oublier en final, récréation mutine ou nécessaire concession à la poésie des origines, l’étonnante postérité de cette improbable aïeule, morte, à 20 ans à peine, noyée, comme un démenti inutile à l’aventuré humaine à venir, selon la vision lyrique et somptueuse d’Andrée Ché-did dans Lucy, la femme verticale (Flammarion, 1998).Un tel plan — et un tel brassage des genres — pose quelques problèmes.De registre d’abord: le mince glossaire proposé en annexe est loin de préciser tous les termes délicats rencontrés, mais les éléments autobiographiques, comme les évd-cations de Lucy, fossile ou mythe, sont totalement accessibles.De ton ensuite: Coppens a une récurrente propension à l’autocélébra-tion dans la partie où il expose Sa conception de la discipline, mais Sa vivacité et son humour savent corriger ce réflexe d’orgueil.Reste une introduction vivante qui conte l’hi^ toire naturelle comme une saga pleine de rebondissements, de fausses pistes et de mystère, qui porte aussi à tout un chacun un message d’espérance et d’humilité.ANDRE PAYETTE essai 22,95 $ ; PAYETTE iviconti Une carrière remarquable étalée sur plus de quarante ans.Une réflexion originale sur le journalisme au Québec “j vlb éditeur www.edvlb.com etc LcV ici tï 1c vie Cl 9 77 I.K I) K V 0 I H , L E S S A M EDI 2 7 E T 1> I M A N C 11E 2 « M A R S I il I) !l r«iy .4M» TTW Un jardin ,u> |»\lon-l)elonm- mission 1 Il AN n s I ron i s Mission impossible Des écritures en direct qui se cherchent Qui a lu Nappaaluk ?Portrait d’une Inuite que le destin fit écrivaine AGENCE STOCK/ROBERT FRECHETTE Plus de trente ans se sont écoulés depuis la rédaction de Sanaaq, mais Mitiarjuk Nappaaluk continue de donner des conférences dans les écoles du Nunavik et de publier régulièrement des textes dans la revue Tumivut.spontanément de rédiger une fiction basée sur ses expériences.Fille aînée 11 faut dire que rien dans la vie de Mitiarjuk Nappaaluk n’a été ordinaire.Fille aînée d’Atassi Ullatuarusiq, elle s’est vu très tôt confier le rôle du garçon que son géniteur n’avait pu avoir, même s’il avait construit son habitation à proximité du rivage pour «favoriser la naissance d’un chasseur» (pour favoriser la naissance d’une fille, la tente ou l’igloo aurait été érigé plus à l’intérieur des terres).Elle n’a pas oublié qu’il l’envoyait à la chasse avec un fusil et seulement deux balles afin qu’elle apprenne «à être réfléchie et adroite».Elle se souvient également avoir été, comme le veut la tradition, promise très jeune à Naalak Nappaaluk et, sous la pression des missionnaires qui s’efforçaient d’encadrer les traditions inuites, mariée à lui alors qu’elle était encore adolescente.Son récit se nourrit de ses souvenirs et de scènes de la vie courante.Elle, qui n’est entrée dans une maison qu’à l’âge de trente ans, raconte volontiers les famines qui ont amené le gouvernement fédéral à sédentariser les Inuits.(En fait, ce sont les photos du Torontois Richard Harrington publiées à la une du Toronto Star le 11 avril 1950 qui ont brusquement sensibilisé les autorités gouvernementales aux disettes meurtrières qui affectaient périodiquement les populations autochtones du nord du Canada.) «Un jour, de bonne heure au printemps, quand les jours commencent à s’allonger, la famine sévissait dans notre campement.Nous n'avions rien à manger, ni aucune huile à brûler.», raconte Mitiarjuk lorsqu’elle amorce l’histoire authentique de Tukirqiq.Et, à en croire Louis-Jacques Dorais, même quand elle narre les épisodes de la vie de Sanaaq, même lorsqu’elle introduit quelques anachronismes — dans son récit, qu’elle situe parfois avant l’arrivée des Blancs en 1914, ses personnages connaissent le thé et le tabac —, «la valeur ethnologique de son texte demeure».Bernard Saladin d’Anglure qui, au milieu des années 60, a entrepris la traduction et l’étude de Sanaaq pour étayer sa thèse de doctorat à l’Ecole pratique des hautes études à Paris, ne s’y est pas trompé.Intellectuelle «Sous nos latitudes, Mitiarjuk Nappaaluk serait perçue comme une intellectuelle bourrée de talent, insiste Louis-Jacques Dorais.Dans son village de 480 habitants, c’est simplement une aînée qui commande le respect.» Les sculptures de la chapelle, c’est elle.L’encyclopédie inuite (rédigée en 1965-67), où l’on découvre entre autres que là où dans le ciel les Blancs voient la Grande Ourse les Inuits distinguent.le caribou, c’est encore elle.Plus de trente ans se sont écoulés depuis la rédaction de Sanaaq, mais Mitiarjuk continue de donner des conférences dans les écoles du Nunavik et de publier régulièrement des textes dans la revue Tumivut.En fait, sur son banc, dans la chapelle, seule la juxtaposition de son chandail 80 % en polyester, de son jean et de ses kamiks (bottes en feutre et peau de phoque) trahit les concessions faites au temps.Dans une société où tout se bouscule, elle demeure, à l’instar des héros du film de François Truffaut Fahrenheit 451, une sorte de «femme-livre» à la charnière de deux mondes.Ses petits-enfants n’apprennent que l’inuktitut jusqu’à l’âge de dix ans puis sont initiés au français, à l’anglais et à Internet; ses fils se repèrent dans la toundra et le blizzard avec l’assistance du GPS et d’un satellite mais ne savent plus, comme Naalak, retrouver leur chemin en examinant les seules stries laissées sur les pierres par les glaciers.En cette froide journée de natsialut (période qui chevauche mars et avril), son mari Naalak et son fils Lukassi ont profité d’une grande marée pour se glisser sous les tonnes de glace de la banquise, qui se pose sur le rivage comme un livre abandonné sur la tranche, et aller ramasser des moules.La cueillette a été bonne.Dans la cuisine familiale, on a poussé la table et les chaises le long d’un mur, posé un carton sur le sol et chacun s’est assis autour, sur le carrelage, pour manger les mollusques ou bien du caribou cru et congelé découpé en tranches et trempé dans du mesurak (de la graisse de béluga rancie).S’il s’était agi de nourriture de Blancs achetée au magasin général, elle aurait été consommée à table.La conversation est allée bon train, ponctuée de mamartuk («c’est bon»), et.Mitiarjuk a raconté comment à quatre ans elle avait trouvé une perle dans une moule et comment, «en échange, le gérant du comptoir de la Compagnie de la baie d’Hudson avait offert à sa famille de la farine et du sucre pour un mois».SANAAQ Mitiarjuk Nappaaluk Éditions Inuksiutiit Katijarnajiit, Groupe d’études inuit et circumpolaire, Université Laval, Québec Traduction en français par Bernard Saladin d’Anglure Presses du Collège de France, Paris (épuisé) Regroupement des éditeurs canadiens-français EST-CE QU’HIER N’EST PAS FINI?Claude Ponti Éditions de l’Olivier Paris, 1999,278 pages GUY LAIN E MASSOUTRE A chaque cuvée, on trouve de grands crus et des vins ordinaires.Entre les deux, tous les palais peuvent goûter la gamme des produits bien faits.De même, ce second roman de Claude Ponti, d’ordinaire auteur pour les jeunes, a de quoi divertir sans toutefois posséder cet art qui ne vous lâchera plus jusqu’au point final.On y sent de louables desseins mais aussi la facture du tâcheron: «La vie, c’est donner un concert de violon, en apprenant en même temps le violon et la musique devant un public exigeant et déchaîné.tout en fabriquant le violon et l’archet.» Le titre, assez accrocheur, recouvre moins une énigme qu’un roman d’initiation impatient.Il s’agirait, nous dit-on dans la liste des sources, d’une phrase de l’enfant Louis XVII à sa mère, Marie-Antoinette, lors de la fuite royale à Varennes, en 1791.Aucun autre lien avec l’anecdote historique ne suivra.Toutefois, on collera à un style anecdotique en suivant la vie de bohème de Victor, un étudiant des beaux-arts, entre deux cours, deux cafés, deux fantasmes et quelques conquêtes.Où donc Claude Ponti fait-il sa marque?D’abord, en créant une trentaine de Victor.Ils se multiplient comme de petits pains, au gré des malaises de Victor, l’incarnation littérale.Dès lors, le narrateur se livre à maintes privautés avec ces virtualités de lui-même, plus audacieuses que sa propre indéfinition.Victime, bourreau et spectateur, Victor accomplit un rituel au terme duquel l’enfant en lui est mis à mort — genre oblige — pour naître à la maturité.Comme un lézard en état de mue, il change de peau.Au delà de cette histoire banale, l’écriture de Ponti offre une certaine qualité d’allant.Des chapitres courts, des phrases énergiques et des images frappantes donnent du nerf à un récit bourré .d’allusions aux événements à venir.À première lecturq, le procédé tient lieu de suspense.À le reparcourir, le roman gagne en construction, et ces mille pistes ouvertes dans la gesticulation et le bouillonnement des pensées quotidiennes se résorbe comme une ambiance de prime jeunesse rimbaldien-ne: «Le buffet est ouvert et verse dans son ombre comme un flot de vin vieux des parfums engageants.» Avoir vingt ans Victor improvise: «C'est absolument parfait.D’une subtilité de couleurs et d’une contemporanéité sidérante.Vous avez une finesse de tons et une hardiesse dans la simplicité.Comment avez-vous fait?», rève-t-il de s’entendre dire par son professeur de dessin.Ce prince du pinceau se sent en réalité insignifiant, même pas bon à se suicider: «Il n’était rien, n’avait rien à vivre, donc rien à tuer.» Déprime.Pour pallier cette pauvreté de fond, le roman collectionne les jeux de mots avec cette naïveté de «l’enfant qui avait sauvé son village et peut-être son pays en bouchant de son doigt le trou creusé par la mer dans la digue».C’est parfois si trivial qu’on se demande si quelqu’un, avant d’éditer ce texte, l’a vraiment lu.Heureusement, la Danjei vague de lire submerge le fragile édifice tandis que Victor, encore enfant, découvre «l'horreur et la félicité d’être» baudelairiens qui le plongent dans des délices solitaires prometteurs.Quant aux meilleurs moments du livre, ils nichent dans les lettres de son ami Yaci-ne, un amateur de «stupeur fragile» et de murs fendus en deux par la concentration de l’esprit, qui saura quitter ses études pour s’abandonner aux sourires inconnus.C’est lui qu’on voudrait suivre.LISE-MARIE PILON-DELORME, MISSION ÉTOILES FILANTES Récit jeunesse, à partir de 8 ans 9,00$ Les Éditions du Vermillon Auteure d’un roman, Sanaaq, dont la traduction en français n’a été polycopiée qu’à quelques dizaines d’exemplaires, Mitiarjuk Nappaaluk demeure, à ce jour, la seule romancière du Nunavik.« s ALAIN GERBIER 9000 habitants aussi vaste que la LIBÉRATION France qui occupe tout le nord du I Québec au delà du 55‘ parallèle).Mal- Kangiqsujuaq — Le ciel est bleu, le froid coupant comme une lâme.Les bateaux sont scellés dans la glace.Le village est engourdi et le silence n’est épisodiquement rayé que ppr le bruit d’une motoneige lancée à pleine vitesse ou par celui de camions jaunes qui, prisonniers d’une agglomération dont les routes ne mènent nulle part, butinent d’une maison à l’autre pour y livrer l’eau douce pompée dans un lac voisin.¦ Soudain, les chiens se lèvent et Hurlent à la mort.Instinctivement, les villageois qui cheminent vers le magasin général ou en reviennent se figent et tournent la tète vers le pro-riiontoire qui domine le fjord.Après quelques minutes, presque sans bruit, catapulté au-dessus du vide, un avion en surgit, noue sa route au-dessus du détroit d’Hudson et s’éloigne vers le sud.Les chiens reposent le museau dans la neige et les rares passants de nouveau s’animent.Entre les bungalows posés sur des trépieds d’acier pour cause de pergéli-sol, une petite femme trottine en serrant le col de sa parka.Elle contourne l’église anglicane, se glisse le long du réfrigérateur communautaire où s’entassent des monceaux sanguinolents de caribou et de phoque et des chapelets d’ombles de l’Arctique et puis, après avoir hésité au milieu d’une large bande de neige — blanc de mémoire d’une improbable rue estivale —, elle pique sur un bâtiment bas caparaçonné d’aluminium dont elle pousse la porte.Si l’endroit a des allures de garage, et si le père Jules Dion, maître des lieux après Dieu et le pape, cumule les fonctions de prêtre et de concessionnaire d’une marque de motoneige, il n’en abrite pas moins l’authentique mission catholique de Kangiqsujuaq à 7000 kilomètres de Rome et à 2200 kilomètres au nord de Montréal.La pièce centrale lambrissée et peinte,en vert a des allures de, salle de gare.A gauche, une cuisine.À droite, la chambrette du prêtre d’origine belge encombrée d’un lit et d’une étagère chargée de livres religieux, de bibles en inuktitut (la langue des Inuits) et de répertoires de pièces mécaniques.Au fond, derrière une cloison amovible, la chapelle du village.Une vingtaine de bancs de bois sans dossier font face à un Christ en stéatite, à des chandeliers en pierre à savon, et côtoient, sur un petit autel, une magnifique Vierge à l’enfant du même caillou.Mitiarjuk Nappaaluk abandonne Son anorak sur une table, effectue une génuflexion, se signe et, petit bout de femme frêle, s’assoit sur un banc pour s’y recueillir.C’est curieusement dans ce lieu que s’est noué il y à une quarantaine d’années son des-tjn d’écrivain inuit.Un destin unique puisqu’elle demeure, à ce jour, la romancière du Nunavik («le pays où vivre» en inuktitut, une région de gré ses 68 ans, c’est toujours une très belle femme avec de longs cheveux noirs, de grands yeux et un visage en lame de ulu (le couteau traditionnel en forme de demi-lune).Son parcours est quelque peu original puisqu’elle n’a publié qu’un seul roman en inuktitut, Sanaaq (du nom de son héroïne, une sage-femme), et que sa traduction en français n’a été polycopiée qu’à quelques dizaines d’exemplaires.Saga Mieux, la suite de cette saga, dont le manuscrit a été confié à l’anthropologue Bernard Saladin d’Anglure, attend depuis près d’un quart de siècle d’être éditée! Mais, c’est là une consi-dérâtion temporelle de Qallunat (de Blanc) car, comme le souligne le père Dion, «chez les Inuits, seul le présent compte; le passé est passé et, pour ce qui est de l’avenir, eh bien, on verra.Mot clé en inuktitut, “imaa" signifie.peut-être».Essentiellement orale, la culture inuite n’a guère favorisé l’émergence d’écrivains inuits.Au Québec, (au Nunavik), seulTamusi Qumaq, de Povungnituk, sur la côte ouest de la baie d’Hudson, auteur d’une autobiographie et d’un dictionnaire de 30 000 mots avec définitions en inuktitut, aurait pu, jusqu’à son décès en 1993, prétendre faire concurrence à Mitiarjuk Nappaaluk.Mais à bien y penser, rien ne semble pouvoir se comparer à la démarche de Mitiarjuk.«Elle a, tranche Bernard Saladin d’Anglure, tout simplement réinventé le roman.» «Elle est curieuse de tout et avait pour elle de savoir écrire, renchérit son collègue et disciple Louis-Jacques Dorais, professeur d’anthropologie à l’Université Laval de Québec.C’est, explique-t-il, à la fin du XIX' siècle au Nunavik et dans les années 20 au Nunavut [moitié orientale des Territoires du Nord-Ouest qui obtiendra son autonomie gouvernementale à la fin de ce mois] que l’écriture syllabique a été implantée.Mise au point par des méthodistes pour transcrire les langues amérindiennes cri et ojibwe en Ontario, elle a été adaptée en 1876 à l’inuktitut par un prêtre anglican, James Peck, qui venait d’ouvrir une mission au nord de Kuujjuaraapik.» En fait, Mitiarjuk Nappaaluk, qui a vu le jour en 1931 dans un igloo entre l’actuel site de Kangiqsujuaq («la très grande baie») et celui de Qajartalik («là où l’on met les kayaks»), est née à l’écriture de sa rencontre, 20 ans plus tard, avec le père Robert Léchât, l’un des prédécesseurs du père Dion.A son arrivée à Kangiqsujuaq, ce missionnaire ne maîtrisait pas l’inuktitut et il a demandé à Mitiarjuk — qui ne possède toujours que cette langue — de l’écrire pour accélérer son apprentissage et rédiger des textes à l’intention de ses ouailles.La jeune femme, qui n’avait connu de livre que la Bible, a pris goût à l’exercice et entrepris Est-ce qu’hier n’est pas fini ?Claude Ponti a* lOëttu AUX FRUITS DE LA PASSION Daniel Pennac Gallimard Paris, 1999,221 pages M.Pennacchioni, dit Pennac, a 56 ans, donc l’âge des jeunes retraités en France.11 n’enseigne plus: il écrit à temps plein.Pas un instant pour chômer.Depuis que ce roi du pavé de Belleville a fait un tabac avec le ramdam de ses grandes gueules, il donne des conférences, écrit des articles.Ce roman-ci, il l’a publié en partie l’été dernier dans Le Nouvel Observateur.Comme la littératurè populaire fleurissait en feuilleton jadis.Son lectorat, naguère scolaire, s’est élargi, mais son écriture, qui semble avoir trouvé sa recette, laisse deviner un certain essoufflement.Bon pamphlétaire, avec sa plume stimulante et drôle, Pennac demeure l’homme d’un titre: Comme un roman, un plaidoyer pour une pédagogie de la lecture vivante.Il a insufflé de l’oxygène à une activité en péril.Lire un bon roman, à l’heure où la télévision gagne toutes les manches, est chez lui sinon le mot d’ordre, du moins la priorité.Car ce chevalier de la lecture s’est attaqué à «cet insupportable fardeau de l’effort inabouti», ce poids d’ennui qui plombe les paupières sous l’effort de lire.Joignant le geste à sa parole enthousiaste, ce complice du livre est devenu un auteur de best-sellers: un million d’exemplaires vendus pour Au bonheur des ogres, autant pour Ixi Fée Carabine et La Petite Marchande de prose.Il a signé plus d’une vingtaine d’ouvrages, ciblant diverses tranches d’âge.Deux personnages s’en échappent, tels le bonhomme de pain d’épices du conte, à peine créés: Kamo et M.Malaussè-ne.On croyait le filon épuisé.Mais non, le clan Malaussène ressuscite dans Aux fruits de la passion, en la personne de Thérèse et de son frère Benjamin, le narrateur, entouré de leur joyeux bataclan familier.La verve Pennac Quand Louna, la gueule en feu, s’écrie qu’imaginer les amours de sa sœur aînée avec «un monsieur raide comme un décret» relève A’«un phénomène aussi improbable qu'une tulipe sur la planète Mars», on est de retour chez Pennac.Un monde cocasse, fait de heurts sociaux et de rencontres invraisemblables — ici, Thérèse Malaussène avec MC2, un haut fonctionnaire coincé — sur lesquels p une nuée de personnages curieux jettent leur regard caustique, tout en favorisant la mêlée.La technique sportive du romancier consiste à tendre son micro aux jeunes.Ni le polissage des mœurs ni les conventions langagières sophistiquées ne les accablent: voyez «cette émission de télé, la grand-messe conjugalo-caritative, la fucking cerise sur le monstrueux gâteau de ce putain de mariage».Etourdis par des influences mêlées et prompts aux emballements sans lendemains (car ils ne changent pas le monde), ils font claquer leur style verbomoteur, source du plaisir intarissable de Pennac.De fait, cette langue populaire, un argot issu du polar et modernisé par les beurs, a secoué l’édition française.Cette verdeur fait maintenant école; jusqu’à Amélie Nothomb qui en capte l’acidité sans oser les cocktails linguistiques colorés de la nouvelle mulliethnicité française.Le phénomène déborde le cas Pennao.Comme les photos polaroïd aux contours grisâtres, une génération d’auteurs à l’écriture spontanée tend à évincer les travaux littéraires peaufinés.L’importance des dialogues et du style parlé, avec le rajeunissement du vocabulaire et des références culturelles — qu’on rattache en F'rance au «phénomène banlieue» —, apparente cette écriture au scénario et à l’écriture scénique.Elle se consomme vite et; se consume intensément.Pennac promettait-il un retour à la grande littérature?Mission impossible.L’intrigue est trop mince, l’inflation verbale galopante et le tempo trop endiablé pour capter plus qu’un instantané de société.d'artichaut sur une étoile filante ! s Etrange, très étrange ! La Fédération québécoise du loisir littéraire est un organisme sans but lucratif qui se consacre à la promotion de ta lecture et de l'écriture pratiquées dans un contexte de loisir.FEDERATION QUÉBÉCOISE DU LOISIR LITTERAIRE Concours Hugo 1999 LA FÉDÉRATION DU LOISIR LITTÉRAIRE vous invite à participer en grand nombre à la 9' édition de son concours annuel : le Concours Hugo 1999.Règlements : 1- Texte en langue française 2- Longueur : 200 à 500 mots 3- Sujet : Lettre à.4- Date limite de réception des manuscrits : 1" mai 1999.5- Prix : 200 $ pour le meilleur texte; publication des trois meilleurs textes dans la Revue du Loisir littéraire et attestation.Loisir littéraire du Québec 4545, av.Pierre-de-Coubertin, C.P.1000, succursale M Montréal (Québec) HIV 3R2 Le statut de membre en règle est exigé.Les participants doivent faire parvenir leur texte en quatre exemplaires dactylographiés à double interligne, qui ne seront pas rendus.On doit utiliser un pseudonyme.Pour obtenir le formulaire d'inscription, s'adresser à: (514) 252-3033 Téléphone: Télécopieur: (514) 252-3033 (514) 251-8038 I.K l> !'¦ ' ° 1 |{ • 1 t s S A M EDI 27 E T 1) I M A N (' 1IE 2 8 M A It S I !l !l !l I) ~ Livres 'AM ESSAIS QUÉBÉCOIS Ix* philosophe Alain Finkielkraut JACQUES SASS1EK Rendre grâce L’INGRATITUDE Conversation sur notre temps Alain Finkielkraut Avec Antoine Robitaille Québec Amérique Montréal, 1999,230 pages « I / y a, écrivait récemment le critique Gilles Anquetil dans Le Nouvel Observateur, un vibrato Finkielkraut.Un frémissement particulier de la main ou de la voix qui accompagne les indignations de cet intellectuel toujours secoué d’inquiétude.» Ce vibrato, le collègue Robitaille, pas chiche, a voulu l’entendre et nous l’offrir en partage, d’où cette profonde «conversation sur notre temps» intitulée L’Ingratitude, que publie ici la maison Québec/Amérique en version entièrement récrite puisque, comme l’indique Finkielkraut, «rien de moins vivant désonnais que la parole vive, quand elle est abandonnée à elle-même».Il y a de bons livres, intelligents, éclairés; d’autres sont grands, profonds, troublants.L’Ingratitude s’inscrit d’emblée dans la seconde lignée.Rédigé dans une langue admirable, brillant mais sans orgueil, cet essai vient nous rappeler que la véritable critique n’a que faire de l’hypocrite retenue dont se réclament les pleutres; sa seule et unique demeure est la générosité lucide, dans les refus comme dans les adhésions.Générosité: ce mot parvient difficilement à se faire entendre dans une époque d’ingratitude comme la nôtre: «Ce qui caractérise notre temps, c'est, comme l’a noté profondément Hans Jonas, la nature quasiment compulsive du progrès.» C’est en ce sens qu’il faut comprendre le propos d’Alain Finkielkraut: obnubilés par l’idéologie du changement, du mouvement, animés par le fantasme d’une modernité enfin libre et autonome parce que débarrassée du fardeau de ses morts encombrants, adhérant à la fuite en avant techni-ciste afin de tourner une fois pour toutes le dos aux préjugés des anciens, consommateurs béats plutôt qu’héritiers obligés, nous pratiquons sans même nous en rendre compte, souriant sur le chemin des Dames, un nihilisme par où se perd notre humanité.Nouvelle tradition Le philosophe pose la question: «À délier ainsi l’être de l’héritage, est-on, comme le croit notre temps, plus libre, plus lucide et plus ouvert?» Nos progressistes modernes l’affirment, eux qui ont fait du progrès, qui était un arrachement à la tradition, notre nouvelle tradition.Le mot «conservateur» est devenu une insulte aux yeux de tous, et l’argument de la nouveauté, notre nouveau passeport philosophique et social.Ces révolutionnaires, affirme pourtant Finkielkraut, se trompent de bataille.Péguy l'avait déjà dit: «Une révolution est un appel d'une tradition moins parfaite à une tradition plus parfaite, un appel d'une tradition moins profonde à une tradition plus profonde, un reculement de tradition, un dépassement en profondeur; une recherche à des sources plus profondes; au sens littéral du mot, une ressource [.].» M^is cette ressource, aujourd’hui, est vouée aux gémonies.À l'heure du cosmopolitisme débridé qui nous impose d’abandonner la belle expérience de l’hospitalité au profit de l’idéologie dévoyée de la tolérance, la tradition est une balafre culpabilisante qu’on s’empresse d’anéantir ou de faire servir, en l'altérant, de caution à notre arrogance moderne.Ainsi, victimes de la dictature de ce «conservatisme du mouvement», les œuvres des anciens, lorsqu’elles sont relues, ne le sont pas afin de nous permettre d’entrer en contact avec une altérité révélatrice de la part d’opacité qui nous habite, mais bien plutôt dans le but d’illustrer la bêtise du génie passé.Nous serions, aujourd’hui, enfin libres et modernes, contrairement à ces esprits du temps passé que le préjugé aveuglait: «Tous les testaments sont aujourd'hui périmés par notre sensibilité à la diversité des héritages.Nul mort ne peut plus nous disputer le dernier mot.C’est ainsi que la dénonciation vertueuse de l'ethnocentrisme débouche sur sa modalité la plus inquiétante: l'ethnocentrisme de l'actuel.» Chesterton, que cite Finkielkraut, avait déjà dessiné, avec son style inimitable, les traits de cette posture que sa présomption rend ridicule: «Ce n ’est pas faire preuve de courage que de s’en prendre à des choses séculaires ou désuètes, pas plus que de provoquer sa grand-mère.L o U i s Cornellier ?' L’Ingratitude est de la lignée des livres grands, profonds, troublants L’homme réellement courageux est celui qui brave les tyrannies jeunes comme le matin et les superstitions fraîches comme les premières fleurs.» Provoquer sa grand-mère: voilà le nouveau programme de ceux-là (et les situationnistes à la Debord et Vaneigem en sont) pour qui l’épanouissement de la vie exige que l’ancien monde soit défait, de ceux-là qui ont rejeté cette idée selon laquelle «s'il faut sans nul doute aider les vivants tout neufs à pousser, à s'épanouir et à se débrouiller dans la vie, la première mission de l'école est l’introduction du nouveau venu dans un monde plus ancien que lui.[.] Im transmission est nécessaire à la liberté».Refuser le fardeau de l’héritage n’entraîne pas une libération mais un abandon de l’homme nu à sa détresse insurmontable.Les petites nations Cette réflexion sur «l’impudence des vivants» qui constitue le cœur de cette conversation, Alain Finkielkraut la doit en partie au concept de «petites nations» tel que développé par Milan Kundera et auquel la guerre en ex-Yougoslavie a conféré toute sa tragique profondeur.«C’est, écrit-il, le déracinement, autrement dit, qui révèle l’enracinement à lui-même.Il faut que viennent à manquer les conditions d’une vie libre pour qu’on cesse de croire à une liberté inconditionnée.» Précaires et périssables, les petites nations, et le Québec en fait partie, connaissent cette expérience de la catastrophe qui fait prendre conscience qu’«j'/ faut un monde à la liberté».Iœur nationalisme, cette «non-coïncidence du réel et du rationnel», uri scandale aux yeux des chantres de la stricte loyauté civique, elles le vivent «comme une ressource et comme un don» visant à rappeler que le Babel des nations «est cette réalité têtue qui ne se laisse pas dissoudre en fonctionnalité pure».Depuis 1945 cependant, le souvenir des événements de la Seconde Guerre mondiale jette le discrédit sur ce nationalisme et incite plutôt à la suspicion qu’à la sympathie.Finkielkraut nous invite pourtant à adopter une position plus sensible à l’égard des «petites nations» et à tirer leçon de leur attitude.Leur résistance à l’uniformité repose sur une peur, mais sur une peur «pour cette chose belle, gratuite, fragile et périssable qu’est la patrie non mortelle des mortels que nous sommes» et dont ils se veulent les héritiers.Est-ce à dire qu’il faille donner un appui inconditionnel à tous les nationalismes?Ce serait mal connaître et mal lire Finkielkraut que de le croire.Penseur subtil plus que théoricien obscur, moins manieur de concepts qu’éclaireur du vif de l’existence, le philosophe français ne propose d’aucune façon d’adhérer à une identité essentialiste qui déboucherait sur un enfermement ethnocentrique.Ce dont il parle, c’est de l’art d’hériter d’un monde qui, seul, peut nous permettre d’accéder à un universel qui ne serait pas une «version moderne de l’idylle» mais plutôt «ce projet modeste et grandiose: être avec les autres sur un pied d’égalité.Avec et non pas comme».Il y a, c’est vrai, un romantisme des petites nations susceptible de dérailler, d’entraîner des conséquences néfastes: «Or, comme dit Péguy dans un autre contexte, les épreuves terribles n’embellissent pas forcément leurs victimes.Le plus souvent, au contraire, la misère avilit.» Et cet avilissement suscite parfois un ressentiment («lui-même légitime», ajoute-t-il, comme pour répondre à Marc Angenot) porteur de bien des dérives, ainsi que la spirale yougoslave et le conflit israélo-palestinien peuvent en faire la démonstration.Doit-on pour autant tout renier?«Qu'est-ce à dire sinon que le malheur s’atteste aussi dans les maladies qu’il engendre et que la sympathie pour les nations vulnérables est condamnée à la vigilance?» Efficace dans son rôle d’avocat du diable qui pratique la contradiction pour obliger son vis-à-vis à nuancer et à approfondir, Antoine Robitaille écrit en postface que son intention était d’amener Finkielkraut à préciser son projet d’opérer «un dépassement de l’opposition trop tranchée entre l’ethnique et le civique».Il peut dire: mission accomplie.L’Ingratitude, ce «plaidoyer pour l'amour du monde», est une épiphanie qui terrasse la pensée réductrice: «Contre l'invention de l’homme, il faut, avec Hans Jonas, défendre obstinément l'idée que l’homme est à découvrir et que le passé doit nous y aider.Il ne s’agit donc pas d'être nietzschéen mais d’être au rendez-vous et de ne pas se tromper de bataille.» Sa conclusion sera notre héritage.louis.coniellier@collanaud.qc.ca / npMAII Une seule toile s’échappe de cet entretemps, L’ile devant Chinon (1986), qui fait penser à la manière brute de Anselm Kiefer, comme le fait remarquer Denise Roy, conservatrice du musée et signataire du texte du catalogue.Roy a préféré garder cette toile en particulier pour marquer le départ de ce qu’elle voit, avec les séries subséquentes, comme une période charnière dans la production du peintre.Comme plusieurs œuvres de Krausz auparavant, cette toile met en scène une critique de l’antisémitisme.Les nouvelles séries sont les suivantes, pour lesquelles la conservatrice a choisi de sélectionner 24 toiles: De Natura (Humana), Suite roumaine, Entre chien et loup et la plus récente, les Bréviaires méditerranéens.Il ne faut pas s’attendre à voir des œuvres où Krausz a jumelé à de petits paysages éloignés des éléments sculpturaux tirés du vocabulaire de la nature morte, tels que ceux vus également il y a deux ans, à la galerie de l’UQAM cette fois, dans le cadre de l’exposition Vanités.Du paysage Depuis quelques années, Krausz retourne à ce genre décimé depuis que l’école de Barbizon et les autres pleinairistes du XIX' siècle ont contribué à son ascension comme genre majeur, bien qu’il connaisse au XXe siècle quelques soubresauts, notamment avec le Land Art ou, en outre, reformulé dans la foulée de la fétichi-sation de la collection dans l’art contemporain, par le truchement de la pratique de l’herbier (on pense ici à Francine Larivée, par exemple, qui expose une très bonne pièce à la galerie La Centrale actuellement, dans une exposition de groupe, Amour/Horreur, fort inégale et au titre limitatif).Krausz explore donc de front ce passage parfois nommé «artialisation», selon ce terme qui récemment reprend du galon (et avant que vous ne bondissiez de votre chaise devant ce mot quelque peu monstrueux et accusiez qui que ce soit de fourbir un autre tortueux néologisme, sachez qu’il vient de Montaigne, ce mot), entre les motifs offerts par la nature et cet abrégé remodelé que constitue le tableau de paysage.Si la production de Krausz semble s’assagir au moment où il passe au genre du paysage, elle n’est pas pour autant passée du côté de la mièvrerie.Le peintre est désormais passé maître dans la réactualisation de techniques anciennes (fresque, peinture à base d’œuf).De cette façon, il obtient à la surface de ses toiles des effets de couleurs tranchants qui tendent à la saturation, d’une intensité remarquable, qui parfois peuvent faire penser à certaines toiles fauves par exemple, ou LES PAYSAGES Peter Krausz UN ARTISTE CHOISIT Fenêtre sur le paysage dans nos collections Musée d’art de Joliette 145, rue Wilfrid-Corbeil, Joliette Jusqu’au 18 avril BERNARD LAMARCHE La dernière fois que nous avons croisé Peter Krausz, ce dernier était à l’affiche du Symposium de la nouvelle peinture du Canada, à Baie-' Saint-Paul, il y a deux ans.Nous avions tenu une entrevue avec le peintre sur ce terme paradoxal de «nouvelle peinture», que Krausz jugeait alors, et pour cause, «malhabile».La question lui était expressément adressée, en relation avec sa peinture qui, à plusieurs égards, se tourne vers le passé, et un passé lointain.Cette forte impression est confirmée par l’accrochage des œuvres du peintre au Musée de Joliette, qui fait retour sur les six dernières années de sa production, des années qui correspondent, dans la carrière de Krausz, à l’abandon des sujets ouvertement chargés politiquement et à l’exploration spécifique des registres de la,peinture de paysage.SOURCE MUSEE DE JOLIETTE Landscape and Memory, «° 32 Outre l’efficacité sans conteste de cet accrochage morcelé, une étrange sensation persiste alors que nous est donnée, à même la salle, la référence historique, qui semble se substituer comme modèle à toute une pratique actuelle et récurrente en art de ce type d’accumulation de petits formats, comme si la référence historique réintroduisait comme origine le recours à ce mode d’accrochage, gommant l’actualité de cette pratique.La référence à l’histoire ajoute peu de choses ici (pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre, par exemple l’accrochage soutenu et débridé des salons du XIX' siècle, assurant le même effet de distanciation?).Ceci dit, l’exposition comblera les amateurs de ce type de peinture que Krausz est un des rares à pratiquer au Québec, mais elle risque peu de se gagner les gens qui n’y entendent rien.A moins que l’intensité de lu- L’ART AU XXe SIÈCLE .Sous la direction de Ingo F.Walther Taschen, 1998 2 volumes, 840 pages L> étude se targue d’être la «plus ex-' haustive des monographies sur l’art du XX' siècle».Avec son index de 780 fiches biographiques des artistes dont les œuvres sont reproduites dans l’ouvrage et plus de 2000 reproductions couleurs, l’étude est effectivement co-, lossale.Elle fait naturellement dans le succinct, mais présente toutefois de larges pans de l’histoire accélérée de l’art du XXr siècle, dans un texte clair, sans théorisation inutile, ce qui en fait un outil de référence luxueux mais appréciable.Un panorama, donc, qui montre un grand nombre des enjeux globaux de la période couverte, en même temps qu’il cherche à rendre certains traits singuliers des productions engagées, même lorsque ces dernières se fondent dans l’appartenance à un groupe.Iœ seul écueil, de taille, concerne la méthodologie de l’ouvrage, sa manière de cloisonner ses partitions en fonction des médiums: la peinture (volume 1) et puis la sculpture, les nouveaux médias et la photographie (coincés dans le volume 2).En plus de négliger certaines pratiques qui furent importantes dans ce siècle, cette manière pose d’emblée problème pour ce qui est de la classification des pratiques hybrides.Par exemple, le cas de Marcel Duchajnp: une de ses pièces maîtresses, Etant donnés.(1946-1966), un environnement, est discutée dans le chapitre sur la peinture alors que rien n’en est dit dans la portion sur la sculpture, qui pourtant traite d’installations.Quelques autres dérapages n’ont pas été évités.Modeste, la présence canadienne se limite à cinq artistes: Alex Col-ville, Jean-Paul Riopelle et Miriam Schapiro (née à Toronto, mais qui a œuvré aux Etats-Unis) pour la peinture, Jeff Wall en photo et George Trakas pour la sculpture.B.L.Bréviaires méditerranéens, «°2 (détail), de Peter Krausz le ¦y mière de ces tableaux, et ceci tient davantage de l’habileté que de tout# autre chose, ne les séduise.Pour finir, le Musée de Joliette a demandé à Krausz, qui a été conservateur et directeur pendant onze an6 de la galerie du Centre des arts Sal-dye Bronfman, de fouiller dans ses collections et de monter une exposition sur l’histoire du paysage en peinture.Rien de très surprenant ici, outre une belle rigueur, sinon qu’on n’a pas hésité à sortir des réserves des tableaux passablement abîmés-On peut par ailleurs y voir certaines des motivations de la production de Krausz.Ceci dit, d’autres paysages sont accrochés dans les salles de jn collection permanente, dont certains qui renseignent pertinemment bien sur les voies empruntées par je peintre et qui ne sont pas dans l’accrochage «spécial».On vous laisse trouver lesquelles.çncore à certains expressionnistes.A ceci près, par contre, que Krausz ne partage pas la vigueur des traits des premiers, ni la violente gestuelle des seconds.Au contraire, l’attachement de cette touche à l’application minutieuse des couleurs est déconcertant, alors qu’elle se transforme, par l’addition des couches de pigment, en une surface toute faite de badigeons de matière.Bien que cette peinture se soit soustraite avec les années à ses aspects les plus acérés, quelques traits notoires demeurent.Le passage de Krausz par la veduta, cette lointaine ouverture aménagée dans le fond des tableaux religieux de la Renaissance, que certains voient comme les balbutiement d’une laïcisation de la nature, lui permet de construire des effets d’une facture vertigineuse.Ce sont de vastes contrées méditerranéennes devant lesquelles ses toiles nous placent, le plus souvent avec deux plans très éloignés qui se répondent, sans ligne d’horizon.Tout se passe comme si, dans ces tableaux, le paysage laissait sa place à la terre, celle que l’homme a modelée, lacérée de ses routes et aplatie par sa culture.Plus juste encore serait de dire que Krausz rabat le pays, celui qu’on lit comme indéterminé, sur le paysage, qui lui reçoit sa «cosmétique» de la faculté de l’art à domestiquer la nature (à ce sujet, il faut lire les lignes extrêmement bien informées du Court traité du paysage, de Alain Roger, NRF-Gallimard, 1997).De fait, ces toiles jouent de l’un et de l’autre, dans leur manière de rendre compte d’aussi larges portions de pays, qui semblent ne pas avoir été encloses par les marges du tableau.De plus, ces œuvres ne renoncent pas à jouer de quelques effets éthérés, domaine duquel cependant il devient aventureux de passer les frontières.Mosaïque Une des pièces les plus spectaculaires de l’ensemble consiste en le Bréviaire méditerranéen n° 2 (1998), qui regroupe sur le mur du musée une trentaine de tableautins horizontaux, autant de vues sur un même paysage générique, aux teintes d’ocres, qui rend sur un mode sophistiqué un modèle d’accrochage ici pris à l’histoire.Cette fragmentation reprend sa configuration à un mur du porche de la basilique Santa Maria de Trastevere à Rome, sise sur le site d’une des plus anciennes églises de Rome, dans lequel ont été encastrées des pierres antiques lors de sa reconstruction au début du XVIII1' siècle.Bréviaires méditerranéens, n° 4 IM in ¦r m » &AJ LE RENOUVEAU DE L'ART RELIGIEUX AU QUÉBEC 1930 • 1965 filfllj il» ’J Sikikl Olivier (friand.' Notre-Dame de ftwtm.M Franc ( 19$?.fabrique de laparüinç Marie-Reine-du-Horide ei Saint-Patrice.Rawdon.Photo Mutée du Québec, P.mick Altman.DU 11 MARS AU 1 7 OCTOBRE 1999 Peintures, sculptures, pièces d'orfèvrerie, vitraux, vêtements sacerdotaux et meubles réalisés par des artistes du Québec entre 1950 et la fin du concile Vatican II.en 1965 Heures d'ouverture : Du mardi au dimanche de 11 lia 17 h 45: le mercredi jusqij à 20 h 45: fermé le lundi.Droits d'entrée (taxes incluses) : Adultes : 5.75 $ Aînés (65 ans et plus) : 4.75 $ Étudiants : 2.75 $ Moins de 16 ans : gratuit.MUSÉE, DU QUEBEC SS l’arc des Champs-île baiaillc.Québec (il R 5IT5 (418) 64 3-2 I SO htip:V/W.ww.nidq;org l é Musée du Québec èst subventionne par le ministère
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