Le devoir, 10 avril 1999, Cahier A
LE DEVOIR Exigez votre Télé choix! '-nr>^ Vol.X (’.- X ° 7 7 M O N T R É A L .L E S S A M EDI 1 0 E T 1) 1 M A N U II E 11 AVRIL 1 9 9 9 1 C A 11 1 E R S 1 .95$+ i A X K S = 2.2 5 S LES ARTS La chronique d’Odile Tremblay: Coup de chapeau, page B 10 .Cft-s V, Ider*' ” fl ^ 'éVfflr'ÊL.ESIéL LIVRES A Le Moyen Age de la romancière Maryse Rony, page D 1 ÉCONOMIE Immobilier: Vannée du changement, page B 1 LES ARTS Que sera la télévision publique de Van 2000?page B 1 PERSPECTIVES Les lendemains qui déchantent L’après-déficit zéro s’annonce plus difficile que prévu en lever de rideau du deuxième mandat du gouvernement Bouchard.À mille lieues d’un moment propice à la réunion des «conditions gagnantes» référendaires, en des lendemains qui déchantent, l’employeur gouvernemental affronte des syndiqués qui gardent l’œil rivé sur ses futurs surplus budgétaires.Les infirmières sont les premières à se présenter au bâton.Les obstacles s’accumulent devant le gouvernement Bouchard dans sa course aux «conditions gagnantes» pour la tenue d’un référendum sur la souveraineté.Le plus récent écueil à éviter est la réussite de négociations avec les secteurs public et parapu-blic, qui s’annoncent longues et pénibles.Après avoir créé un consensus social important autour de l’atteinte du déficit zéro, le gouvernement doit H maintenant gérer l'effritement d’un bel objectif socioéconomique devant les revendications plurielles de divers lobbys.Ceux-là mêmes gardent tous un œil rivé sur les surplus budgétaires que Bernard Landry aura de plus en plus de mal à camoufler.Entre les éducatrices en garderie, les infirmières, les juges, les ensei-Mu r i o gnantes, les fonctionnaires et bientôt Cloutier les municipalités, qui recevra combien, et dans quel ordre de priorité?Poser le problème sur des bases strictement mathématiques ne tient toutefois compte en rien des besoin;, exprimés, et trop souvent justifiés, des employés de l’Etat.Souhaitée par tous pour le bien de tous, l’atteinte du déficit zéro a forcé les syndiqués du secteur public à se serrer plus d’une fois la ceinture au cours des dernières années.En outre, les réformes majeures entreprises par le gouvernement dans les secteurs de la santé et de l’éducation ont risqué de provoquer l’étouffement en poussant un cran plus avant les douloureux forceps du déficit zéro.C’est dans ce contexte particulier que les 45 000 infir-rpières de la FIIQ montent les premières aux barricades.Eloquemment leur communiqué d’hier passe sous silence leur demande d’une augmentation salariale de 15 % en trois ans.Les infirmières veulent surtout améliorer rapidement leurs conditions de travail en forçant les établissements de santé à pourvoir les postes vacants.L’été s’en vient, les vacances aussi.Les infirmières éreintées ne veulent pas revivre la dernière saison estivale alors que les départs à la retraite de 1997 ont fait en sorte que plusieurs d’entre elles n’ont pas encore pu prendre leurs vacances de l’an dernier.Leur menace de débrayage est réelle, insiste la présidente de la FIIQ, Jennie Skene, parce que les infirmières vivent un ras-le-bol.Elles souhaitent que la ministre Pauline Marais intervienne auprès des établissements afin qu’ils affichent les postes à pourvoir: 1000 pour l’été, 2500 au total.Cette épreuve de force sera déterminante pour les actions futures des autres syndicats du secteur public.La détermination démontrée par les deux parties influencera les techniques de combat des employés de l’Etat qui se suivront, à l’automne, au guichet des surplus budgétaires.Aux premières loges, les enseignantes de la CEQ et les autres syndiquées de la CSN et de la FTQ continueront de réclamer leur juste part.En dénonçant les méthodes de calcul du gouvernement pour établir une «relativité» salariale, les syndicats ont visé au cœur de la Loi sur l’équité salariale.Est-ce que la commission du même nom osera renvoyer le gouvernement à ses calculatrices?Pendant ce temps, des négociations ont bel et bien lieu entre les comités patronaux de négociation et leurs vis-à-vis syndicaux du secteur public.Pour l’heure, le sujet demeure la décentralisation des négociations.Plutôt que d’en faire un concept uniforme et généralisé, le gouvernement cherche en fait une petite ouverture dans la muraille syndicale afin d’obtenir que des assouplissements à l’organisation du travail puissent être discutés dans les établissements de santé et dans les commissions scolaires.Toutefois, plus le temps passe, plus le gouvernement devra laisser tomber ces demandes et s’asseoir à la table pour véritablement négocier avec ses 400 000 employés.La stratégie devra prestement faire place à des pourparlers pointilleux mais incontournables sur les milliers de clauses normatives.Sérieusement amochées par les réformes, les conditions de travail doivent être revues et corrigées.De même, les discussions sur les salaires seront vite influencées par le baromètre des surplus.Plus le temps avancera, plus les syndiqués auront l’impression de pouvoir arracher un pactole au gouvernement.Ainsi, le printemps du déficit zéro paraîtra bien loin et aura été bien court.Ce consensus durement acquis lors de larges sommets socioéconomiques sera vite oublié pour faire place à la gestion de crise, à un slalom gouvernemental entre des conflits de plus en plus nombreux.M É T É 0 Montréal Ennuagement.30 % de probabilité d’averses.Max: 9 Min: -3 Québec Ensoleillé avec passages nuageux.Max: 6 Min: -2 Détails, page C 10 1 N I) E X Annonces .C 8 livres .D 1 Bourse .C 7 Le monde.A 7 Les Arts.: .B 1 Les sports.CIO Avis publics.C 4 Montréal .A3 Économie .Cl Mots croisés.C 4 Editorial .A 8 Politique .A 6 www.ledevoir.com ¦IUWP-U''.Le Canada ne recevra pas de réfugiés Ottawa se plie à la demande du Haut-Commissariat aux réfugiés et suspend son programme d'accueil des Albanais du Kosovo MANON CORNELLIER DE NOTRE BUREAU D'OTTAWA Les Canadiens devront ouvrir leurs portefeuilles plutôt que leurs foyers s’ils veulent venir en aide dès maintenant aux Albanais du Kosovo car le Canada a suspendu, à la demande du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), son programme d’accueil en territoire canadien.Les 5000 réfugiés qui devaient commencer à arriver lundi resteront dans les pays voisins du Kosovo.Seuls ceux qui ont des besoins spéciaux ou de la famille au Canada et qui sont référés par le HCR pourraient venir au pays très bientôt.«La situation change très rapidement et peut changer encore au cours des prochains jours.Il semble que la situation des réfugiés s’est améliorée et que l’évacuation d’urgence qui avait été demandée n'est plus requise à très court terme.Le Canada va continuer ses préparatifs et maintenir un état d’alerte, de sorte que si la situation évolue au cours + des jours à venir et que le Haut-Commissariat décide de procéder à une évacuation d'urgence, nous serons prêts», a indiqué hier la ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Lucienne Robillard.Mme Robillard a précisé que Sadako Ogata, haut-commissaire du HCR, a constaté au cours des derniers jours que les réfugiés n’avaient plus un besoin urgent de protection et que dans les circonstances, ses plans devaient changer.La politique du Haut-Commissariat aux réfugiés a toujours été de garder les gens dans les pays voisins du Kosovo afin de faciliter leur retour quand la situation sera VOIR PAGE A 10: RÉFUGIÉS ¦ La tension monte entre Washington et Moscou ¦ Les soldats américains toujours détenus, page A 7 Les infirmières votent pour la grève Le recours à Varrêt de travail ne sera exercé qu'en dernier lieu et «sans mettre la population en danger», promet la FIIQ ISABELLE PARÉ LE DEVOIR Amèrement déçues de la lenteur de leurs négociations avec Québec, les infirmières ont brandi hier la mena ce d’un arrêt de travail, fortes d’un vote à plus de 63 % en faveur d’une grève à déclencher au moment opportun.La présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), Jennie Skene, s’est dite très satisfaite de ce résultat «significatif», obtenu au terme d’un vote de grève qui a récolté la participation de 41 % des 46 000 infirmières de la FIIQ.De plus, les infirmières, qui réclament une augmentation de salaire de 15 % en trois ans, ont rejeté à 93 % les offres patronales, qui leur proposent plutôt une hausse de 5 % au cours de la même période.«Les infirmières n’en peuvent plus.Elles sont démotivées parce que les mêmes problèmes persistent depuis deux ans.Des unités de soins fonctionnent encore seidement grâce aux heures supplémentaires.Qu’est-ce qui empêche les hôpitaux d’afficher des postes plutôt que de payer des gens à temps et demi?», s’est insurgée hier la présidente de la fédération infirmière.Toutefois, Mme Skene affirme que le recours à la grève ne sera exercé qu’en tout dernier lieu et «sans mettre la population en danger».Des heures et des journées de «récupération» à être déclenchées une journée à la fois, appuyées par 77 % des infirmières, font aussi partie des cartes qu’a en main le syndicat infirmier.Reste que ce nouvel appui à la grève, estime la présidente de la FIIQ, demeure beaucoup plus marqué que celui obtenu auprès des infirmières en 1996-97 (60 % d’appui et 30 % de participation), lorsque les syndicats avaient fait front commun contre la volonté du gouvernement Bouchard de sabrer 6 % dans les salaires.Cette fois, les infirmières sont au bout du rouleau, insiste la fédération.Rien n’a changé dans les conditions de VOIR PAGE A 10: INFIRMIÈRES Mémoires d’une JEUNE FILLE BLESSÉE JACQUES NADEAU LE DEVOIR Chaque orphelin de Duplessis avait une mère, ou plutôt une fille-mère, comme on disait à l’époque.Le Devoir a recueilli le témoignage bouleversant de Pauline F., une actrice bien involontaire de ce sombre épisode de l’histoire du Québec.Un reportage de Louise Leduc, à lire en page A 6.Les facettes inconnues d’Eisenstein Le futur complexe de Daniel Langlois propose cent dessins du grand cinéaste russe Ex-Centris, le futur complexe cinématographique de Daniel Langlois, entrouvre ses portes (on ne peut pas tout visiter car les lieux sont encore en chantier) à une exposition aussi étonnante que remarquable: cent dessins d’Eisenstein, le grand cinéaste russe du Cuirassé Potemkine.Ceux-ci n’avaient pas traversé l’Atlantique depuis 1932.Et les voici, rieurs, grivois, dévoilant des facettes inconnues du maître.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR est l’humour d’Eisenstein qui nous frappe de plein fouet à travers ses dessins.Le grand réalisateur russe qui fit du cinéma un art véritable a nagé dans les eaux de la tragédie.Chefs-d’œuvre tant qu’on voudra que son Cuirassé Potemkine ou son Ivan le Terrible, mais pas comiques, ça non.Alors, le découvrir si coquin, forcément, ça frappe.Caricatures, dessins grivois, avec la reine Elisabeth F,r en vedette auprès d’un membre dressé.Tiens donc! Puis, on cherche et trouve ses sources d’influence: Picasso, Matisse, Cocteau, Daumier.Que valsent les inspirations bibliques, shakespeariennes, freudiennes, les modèles traités façon cubiste, avec période mexicaine plus exubérante.Sainte Véronique, Salomé, Lady Macbeth, taureau en croix: il y va d’un trait tantôt assuré, tantôt naïf, avec le clin d’œil amusé pas loin.«Le dessin fut sans doute pour lui un exutoire sous un régime rouge qui mettait tant de bâtons dans les roues de sa création», estime Jean Gagnon, commissaire de l’exposition et directeur des programmes à la Fondation I^aiiglois.Il précise avoir voulu donner une vue d’ensemble sur les dessins du cinéaste, toutes époques confondues.On va des débuts très cubo-futuristes des années vingt à l’éclatement d’un style personnel avec les angoisses profondes, les rapports au père, à la mère, venues faire surface.«Quant à l’humour d’Eisenstein, les gens qui l’ont connu en témoignent.C'était un homme drôle, timide.et imbu de VOIR PAGE A 10: EISENSTEIN JACQUES GRENIER I.E DEVOIR Tous les dessins d’Eisenstein ne quitteront peut-être pas Montréal après l’exposition.Daniel Langlois est en pourparlers pour en acheter quelques-uns.> 778313000696 Message à notre clientèle Bell a prévu un ensemble de mesures afin de maintenir ses services pendant la grève des téléphonistes et des techniciens.Nous continuerons notamment d'assurer, de manière prioritaire, le maintien des services essentiels tels que le 911, l'accès aux hôpitaux, à la police et aux services d'incendie.Nos services d'assistance téléphonique, incluant le Service de Relais Bell pour malentendants, demeureront en opération.Nous continuerons aussi d'assurer l'installation et la réparation d'équipements et ce, dans les meilleurs délais possible.Vous pouvez toujours nous joindre.N'hésitez pas à communiquer avec nous en composant le 310-Bell.Vous pouvez également nous joindre 24 heures sur 24 grâce au service Internet Bell Direct au www.bell.ca.Prenez note que nos magasins TéléboutiqueMC Bell seront ouverts normalement afin de vous offrir notre éventail de produits et services.Nous regrettons tout inconvénient que pourrait occasionner le présent conflit de travail et souhaitons vous offrir le meilleur service possible compte tenu des circonstances.Merci à l'avance de votre compréhension. A 3 L E DEVOIR.LES SA M EDI 10 E T D I M A N 0 IIE II A V II I L I II 9 9 ?LE DEVOIR ?_ - MONTRÉAL Moi, je chocolat Martine ! www.chocolatmartine.com Éducatrices en garderie Protection des espaces verts du Fort de la montagne Charest presse Québec de hausser les salaires ROBERT DUTRI SAC LE DEVOIR Le chef du Parti libéral Jean Charest presse le gouvernement de consentir des hausses de salaire aux éducatrices en garderie.«Je ne sais pas ce qui retarde le gouvernement.En attendant, c’est les parents qui paient le prix», a dit Jean Charest alors qu’il s’apprêtait, hier, à visiter le Salon Pepsi Jeunesse (s/c) au Palais des congrès de Montréal.«J'entends tout le monde dire qu’ils sont d’accord avec une augmentation de la rémunération.Nous l’avons dit dans la campagne.Le gouvernement du Parti québécois l’a dit.La ministre l’a dit, sauf qu’elle ne semble pas être capable de traduire ça par des gestes», a rappelé M.Charest.Jeudi, près de 3000 éducatrices syndiqués des garderies ont débrayé pour une deuxième journée en deux semaines.Iæ salaire des employées affiliées à la CSN est de 11,45 $ l’heure et il peut être inférieur à 10 $ l’heure dans les garderies privées non syndiquées.Les éducatrices réclament une échelle salariale uniforme pour tout le Québec variant de 13,25 $ à 18,55 $ l’heure.Les idées de Sirois Par ailleurs, M.Charest s’est montré ouvert aux idées politiques de l’homme d’affaires Charles Sirois.Celui-ci, qui a agi comme recruteur de candidats pour le Parti libéral en préparation des dernières élections, les a exposées dans son dernier ouvrage, Passage obligé - Passeport pour l’ère nouvelle.Pour M.Charest, la notion de responsabilisation de l’individu, que met en avant M.Sirois, «cadre parfaitement avec la philosophie libérale», qui se distingue de celle du Parti québécois, «étatiste et interventionniste».Le Parti libéral prépare une période de réflexion «très ardue» au cours des prochaines années et il «va beaucoup s’ouvrir sur tous ceux qui ont quelque chose à dire, incluant M.Sirois», a mentionné M.Charest.Par contre, Jean Charest se montre prudent quand il s’agit d’appuyer les propositions précises de Charles Sirois.A l’égard de sa proposition d’instaurer un revenu minimum garanti à tous les Québécois qui ont atteint la majorité, M.Charest n’a manifesté aucun enthousiasme, qualifiant cette question de «compliquée».M.Sirois a en outre proposé une réforme en profondeur de l’enseignement supérieur.L’Etat cesserait de soutenir financièrement les universités, qui pourraient, en revanche, exiger les frais de scolarité qu’elles désireraient.Les étudiants paieraient le coût réel de leurs études mais bénéficieraient de prêts fournis par.l’État, à l’instar dp système de vouchers pratiqué aux États-Unis.«Je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure formule.Nous sommes ouverts, remarquez, à ces débats», a dit M.Charest.Mais pour le chef libéral, l’important, pour l’enseignement postsecondaire au Québec, c’est le financement de base.«On en est à un élément très, très simple: il faut remettre de l’argent dans nos universités, ce que le gouvernement tarde à faire.» Jean Charest Un échange fructueux avec Léger, selon la CSN NORMAN I) ELISEE PRESSE CANADIENNE Il y a eu un «échange fructueux» hier entre la ministre Nicole Léger et les représentants des travailleuses en garderie affiliées à la CSN, a soutenu hier la vice-présidente de la centrale syndicale, Claudette Carbonneau.A l’issue d’une réunion entre la ministre et les délégués CSN des garderies, Mme Carbonneau s’est réjouie des positions de la ministre Léger sur quatre [joints: ¦ il y a eu un accord de principe pour instaurer une échelle salariale unique à travers tout le Québec; ¦ la ministre a convenu de la nécessité de régler le dossier des conditions de travail dans les garderies avant la fin du printemps; ¦ la porte-parole du gouvernement reconnaît la nécessité de rehausser les salaires des travailleuses en garderie, qui gagnent en moyenne 11,41 $ l’heure; ¦ enfin, la ministre a admis la nécessité d'une reconnaissance de la profession de travailleuse en garderie.Mais ces points positifs n’ont pas encore causé une remise en question de la grève générale illimitée que promettent pour le 22 avril prochain les travailleuses des 250 garderies syndiquées du Québec, a expliqué Mme Carbonneau.Les représentantes syndicales veulent une autre rencontre avec Mme Léger avant la date du dé- clenchement de la grève.11 y a au total quelque 300 autres garderies privées dont les employées ne sont pas encore syndiquées.Cette rencontre a fait suite à une manifestation où, jeudi dernier, quelque 2000 manifestantes se sont retrouvées en face de l’Assemblée nationale.Les travailleuses en garderie réclament une augmentation de salaire substantielle.Elles ne touchent actuellement qu’un salaire horaire moyen de 11,41 $.Elles voudraient négocier une échelle salariale qui ferait varier leur salaire entre 13,25 $ et 18,25 $ l’heure, selon l’expérience.Elles réclament aussi un régime de retraite convenable.L’ensemble de leurs revendications est évalué à 9,7 millions de dollars sur trois ans.Li ministre responsable du dossier, Nicole Léger attend toujours le rapport d’un groupe de travail créé au sein de son ministère pour étudier le dossier du redressement salarial des employées en garderie.On cherche une formule qui permettrait de reconnaître l’expérience et l’instruction des éducatrices en garderie tout en respectant la capacité de payer du gouvernement.Mme Léger s’est dite disposée à formuler une offre de redressement salarial dès ce printemps.Une première manifestation s’était déroulée à Montréal, il y a 10 jours.EN BREF Des Chiliens occupent toujours une église (Ije Devoir) — Six Chiliens (deux hommes, une femme et trois fillettes) occupent depuis 23 jours l’église adventiste de Westmount pour réclamer de la ministre fédérale de l’Immigration, Lucienne Robillard, qu’elle leur accorde un permis ministériel de cinq ans.Les six Chiliens, sous un ordre d’expulsion, sont sortis de la clandesti- nité pour exiger également une enquête indépendante sur le travail de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié ainsi que la suspension des déportations.Ils estiment que la CISR ne base pas ses décisions sur l’étude du dossier des candidats mais uniquement sur leur pays d’origine.Les réfugiés ont déjà refusé une offre du ministère qui leur proposait de présenter une requête d’immigration pour des motifs humanitaires et de compassion.Cette solution est insuffisante, estiment les Chiliens, puisque 95 % des requêtes sont rejetées.64 pages - 9.95 $ ?DEC inc.(514) 843 5991 En uenle dans toutes les librairies Mireille BARRIÈRE CÉLÉBRITÉS/Coiloctlon blographiQue canna Lauaiiée L'auteur du Ô Canada.Héritage Montréal s’adresse à Copps L’organisme propose de créer une Maison du patrimoine Héritage Montréal se tourne vers la ministre du Patrimoine canadien, Sheila Copps, pour stopper la vente de la Ferme sous les noyers, la section ouest de l’ancienne ferme des sulpiciens, par la Société immobilière du Canada au promoteur Lépine.JEAN CHARTIER LE DEVOIR Le président d'Héritage Montréal, Gérard Beaudet, a eu une conversation avec Sheila Copps cette semaine et il propose maintenant de créer la Maison du patrimoine qui relie les organismes patrimoniaux de Montréal aux quatre universités et au Centre canadien d’architecture.Il s’agit de préserver les trois espaces verts qui restent du Fort de la montagne, les terrains morcelés de la seigneurie des sulpiciens.Héritage Montréal demande d’ouvrir au sud-ouest du parc du Mont-Royal une coulée verte traversant la Côte-des-Neiges, à l’angle de l'avenue des Cèdres, pour rejoindre le domaine Marianopolis et la Ferme sous les noyers, un domaine pour descendre dans la verdure jusqu’à Sherbrooke.Le porte-parole d’Héritage Montréal dans ce dossier, l’architecte paysagiste Jean Décarie, signale que la location au collège Marianopolis, pour une période de 40 ans, du nord du domaine des sulpiciens vient à échéance sous peu; il redoute un nouveau projet de condominums là aussi.Pourtant, ces deux domaines prolongent le parc du Mont-Royal, à flanc de montagne, à côté de la Sacred Heart School of Montréal, une deuxième institution de langue anglaise au nord de la propriété des sulpiciens.Au début des années 80, il avait été question d’un sentier pour réunir les trois sommets de la montagne.On remet de l’avant cette idée car on craint une répétition du désastre des années 80 avec la construction du Belmont et des trois tours du Fort de la montagne (un nom choquant, selon Dino Bumbaru), des tours qui s’ajoutaient au Ramezay, au Regency et à l’horrible Seaforth, voisin de l’Ermitage.JACQUES GRENIER l.E DEVOIR Les solariums de la Ferme sous les noyers, vus d’un boisé qui les domine, une deuxième propriété des sulpiciens, louée au collège Marianopolis.Héritage Montreal veut conserver ces boisés et aménager la Maison du patrimoine dans cet ancien bâtiment de ferme.Ce poumon vert respire à Montréal, près des gratte-ciel de la Plaza Alexis-Nihon.La tour du Belmont Le Belmont, une tour datant de 1987 sur la côte Atwater, bloque la vue entre le site du Fort de la montagne et la Ferme sous les noyers.Cette tour d’habitation fait irruption entre la ferme, à l’orée de Westmount, et le bassin, jouxté à un jardin français, un bassin fissuré et gardé à sec de nos jours, et encerclé par des stationnements à la place du jardin, sur le domaine classé du Fort de la montagne.Les difficultés financières du Grand Séminaire et des sulpiciens ont causé ces rétrécissements du plus grand de tous les domaines de Montréal.L’entrée principale où mènent les rues du Fort et Chomedey, à la hauteur de Sherbrooke, introduit au site classé mais aucun fonds n’a été versé aux sulpiciens par le ministère de la Culture pour une restauration.Alors, ils vivotent de revenus provenant des stationnements.Les seigneurs de Montréal ont besoin de fonds pour protéger et remettre en valeur cette extraordinaire propriété patrimoniale au pied de deux montagnes.Car la spéculation immobilière se fait sentir âprement, rue Atwater.Mais les fonds du patrimoine ont tous été alloués à la restauration des églises, 80 millions depuis quatre ans.L’observatoire «Ce lieu de patrimoine, à la croisée des expériences américaine et européenne, écrivent Jean Décarie et Gérard Beaudet, le président d’Héritage Montréal, permettrait d'exprimer et de développer la spécificité historique et culturelle de Montréal en Amérique du Nord.» Leur projet vise à créer une société sans but lucratif, «potentiellement assortie d’une fondation, dont le conseil regrouperait tous ces intervenants comme autant d’actionnaires» pour ouvrir la Maison du patrimoine et l’observatoire, un nouveau souffle pour la montagne et les espaces verts des sulpiciens.Ils écrivent; «Les organismes de protection et de promotion du patrimoine sont nombreux, en commençant par l’UNESCO et l’OVPM, ICOMOS et 1C- CROM à l’international — avec qui les échanges nombreux pourraient se nouer ici —, au niveau national, Héritage Canada et la Commission des biens culturels du Québec, et local, Héritage Montréal, Sauvons Montréal, les Amis de la montagne, les Amis et pro-.priétaires des maisons anciennes du Québec, l’Association québécoise du patrimoine industriel, le Conseil des monuments et sites du Québec, la Fondation du patrimoine religieux, les ècono-musées du Fier Monde, des Deux Rives et les sociétés historiques des quartiers Saint-Henri, Côte-des-Neiges, Ixichine et Sault-au-Récollet.» L’inventaire insuffisant Héritage Montréal récuse l’inventaire réalisé au début des années 80, ce qu’a invoqué la nouvelle ministre de la Culture du Québec, Agnès Maltais, pour refuser une intervention.Cet inventaire parait insuffisant car il a permis la construction de tours de condos contestées, rue Atwater, signale Dino Bumbaru, vice-président d'Héritage Montréal.Six tours d’habitation resserrent l’espace vital du Fort de la montagne.Alors, on demande une nouvelle étude pour examiner l’ensemble des propriétés des sulpiciens et le morcellement survenu pendant le XX1' siècle.Pourtant, le Collège de Montréal conserve le haut mur de la propriété, qu’on aperçoit au fond des rues Selkirk et Seaforth.De l’autre côté, dans la cour intérieure, il y a un jeu de balle au mur en plein Montréal, à deux pas de Sherbrooke et de Saint-Mathieu.Jean Décatie fait voir les noms de toutes les rues qui entourent la Ferme sous les noyers, des noms qui proviennent de l’histoire du Fort de la montagne, à savoir le chemin des Sulpiciens, le chemin de l’Abbé-Picquet, l’avenue de l’Abbé-de-Breslay, le chemin Daulac, la rue Barat, l’avenue de Ramezay, l’avenue des Cèdres.C’est pendant la guerre, en 1942, que le ministère de la Défense nationale s’est approprié la Ferme sous les noyers, qui donne à même la côte de l’avenue Atwater.Le quartier général de la Force terrestre l’a cédée en octobre 1998 à la Société immobilière du Canada, la société chargée de vendre des terrains fédéraux.Cette instance n’a pas à se préoccuper de ce que le site ait appartenu aux Seigneurs de Montréal, sur le flanc de la petite montagne des sulpiciens.Le cas du juge Flahiff L’enquête de la magistrature suivra son cours ROLLANDE PARENT PRESSE CANADIENNE Il en va de la confiance du public dans ses institutions judiciaires que l’enquête du Conseil canadien de la magistrature sur la conduite du juge Robert Flahiff condamné à trois ans de prison pour recyclage de fonds provenant du trafic de stupéfiants, suive son cours, malgré les objections du juge lui-même.Ainsi ont tranché les trois membres du comité d’enquête qui lanceront véritablement leurs travaux mardi, maintenant qu’ils ont rejeté les requêtes du juge Flahiff de la Cour supérieure.Le mois dernier, le juge Flahiff avait demandé, par l’entremise de ses avocats, que le comité d'enquête suspende ses travaux jusqu’à ce que les recours d’appels soient épuisés.Mais les membres du comité d’enquête, le juge en chef du Nouveau-Brunswick, Joseph Z.Daigle, le juge en chef adjoint de la Cour fédérale du Canada, John D.Richard, et M1' Patrick Healy, avocat et professeur de droit à l’université McGill, ont rejeté cette demande de sursis.Devant le comité, le procureur indépendant Jacques Bellemare, mandaté pour présenter la preuve à l’encontre du juge Flahiff, a déjà annoncé son intention de présenter toute preuve portant sur la possession et le transfert d’argent reprochés au juge Flahiff et qui ont fait l’objet de six chefs d’accusation.M' Bellemare veut également interroger le juge Flahiff sur sa conduite durant l’enquête poli- MEPHISTO M Marcher c'est vivre La boutique MEPHISTO M de Montréal chez TERRAÜFIRMA LES COURS MONT-ROYAL (MÉTRO PEEL) Tél : {514) 845-3007 cière et le procès, plus précisément sur sa non-collaboration à ladite enquête, son attaque dirigée contre le juge présidant son procès et finalement sur sa défense de bonne foi, non soutenue par son témoignage.M' Bellemare entend aussi évoquer la condamnation prononcée (coupable) et la sentence imposée (trois ans de prison) dans le but de démontrer qu’elles s’opposent aux exigences de maintien en fonction du juge Flahiff.||§ 50 HEURES tfsm piï ES WH» nES SPAAJ ! 50% D’ESCOMPTE j 3 50% DU PLANCHER P C’est toute une vente ! MONTRÉAL 3&3913 1*5*» P 2 r 1.K I) \: V OIK, I, K S S A M K I) I 10 K T D I M A X (' HE II A V II I I.I !» !» !» A 4 ?LES ACTUALITÉS- Ottawa annonce de nouvelles mesures pour éliminer les substances toxiques LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR Au moment où sa politique de déréglementation du transport des matières dangereuses était dénoncée par les écologistes québécois, la ministre fédérale de l’Environnement, Christine Stewart, annonçait une série de mesures en vue d’éliminer de nouvelles substances toxiques dans des proportions allant dans certains cas jusqu’à 90 %.Les produits toxiques visés par ces nouvelles mesures, la plupart volontaires, sont particulièrement .utilisés par les industries de la sidérurgie, de la fusion, du métal de •base et du finissage des métaux.Une autre politique d’élimination, elle aussi volontaire jusqu’à nouvel ordre, sera mise en place pour contrôler la dispersion des fibres de céramiques réfractaires.Mais de nouveaux règlements vont prendre le pas des mesures volontaires, jugées trop peu efficaces, pour , limiter l’usage de substances toxiques comme le dichlorométhane et le chrome hexavalent.Le dichlorométhane est abondamment utilisé dans le décapage des peintures d’avion, la fabrication de mousses, l’industrie pharmaceutique, des adhésifs et dans les produits de nettoyage.On prévoit de réduire les rejets de ces secteurs de 85 % d’ici 2007.Quant à l’industrie du finissage de métal, on prévoit qu’elle réduira de 75 % ses rejets de chrome hexavalent, lui aussi cancérigène, grâce à un règlement prévu pour l’an prochain.La sidérurgie sera pour sa part appelée à réduire ses rejets d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, de plomb, de mercure, de dioxines et de furannes.Ces mesures n’ont pas empêché deux importants regroupements environnementaux du Québec, le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement (RNCRE) et l’Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), de critiquer sévèrement hier la politique de déréglementation envisagée par Ottawa dans le domaine du transport des substances dangereuses.Le Devoir révélait, il y a quelques jours, qu’Environnement Canada entendait récupérer la gestion du transport des matières dangereuses mais que ce ministère fédéral envisageait de mettre fin au système de manifestes, qui permet de suivre le déplacement des toxiques, et d’alléger les normes en ce qui a trait aux matières dangereuses vouées au recyclage même s’il s’agit de produits identiques à ceux jugés carrément dangereux.Pour le RNCRE, il est inadmissible que le Canada adopte des règles moins sévères à l’endroit des producteurs de matières dangereuses au moment où nos voisins du Sud rendent leurs producteurs responsables de leurs déchets même une fois éliminés, sauf s’ils les envoient au Canada où ils deviennent la propriété et la responsabilité des éliminateurs canadiens! Le RNCRE estime d’autre part qu’on ne peut alléger les normes sur les matières dangereuses parce qu’un industriel décide soudainement d’en faire des matières recyclables, une décision qui ne réduit en rien le niveau de danger quelles représentent pour la société.Le RNCRE estime que le Canada et le Québec doivent revoir rapidement les règles qui rendent de plus en plus alléchantes nos entreprises comme sites d’élimination finale et les gouvernements doivent impérativement voir à ce que la responsabilité juridique des clients américains de nos entreprises soit maintenue de ce côté-ci de la frontière.Quant à l’UQCN, son directeur, Denis Bergeron, estime lui aussi que seul le niveau de danger d’un produit doit dicter les méthodes de transport, d’entreposage et d’élimination, ce qui l’amène à s’opposer comme le RNCRE à la distinction qu'Ottawa entend introduire dans la loi canadienne de l’environnement pour alléger le fardeau administratif et juridique des recycleurs.Ces formes de déréglementation, conclut Denis Bergeron, traduisent en réalité bien plus la faiblesse des moyens que les gouvernements consentent aux gestionnaires environnementaux qu'une saine logique d’intérêt public.Vêlements pour enfants 0-18 ans boutique Vêtements de maternité tnfanls Deslongchamps 1007, rue Laurier Ouest, Outremont Tel.: 274-2442 ACURA Le sort des 40 000 kilomètres de petits cours d’eau Les environnementalistes se mobilisent Le sort des petits cours d’eau de la vallée du Saint-Laurent pique de plus en plus l’intérêt des environnementalistes qui réalisent que, pendant qu’ils parlaient de dépolluer les rivières, d’autres rayaient de la carte des écosystèmes aquatiques entiers à la pelle mécanique et à la «pépine» dans des régions entières! LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR La commission Beauchamp sur l’eau devrait prendre l’initiative de faire évaluer rapidement les impacts cumulatifs de l’artificialisation de plus de 40 000 kilomètres de petits cours d’eau dans la vallée du Saint-Laurent afin que les commissaires et le grand public puissent prendre, au moins une fois, la mesure de ces pratiques, concentrées principalement en Mon-térégie, pour discuter sur une base factuelle des mesures de contrôle et de restauration qui s’imposent.C’est en ces termes qu’a réagi hier la porte-parole de la coalition Eau-Secours, Louise Vandelac, à la suite de la publication dans Le Devoir de deux rapports du ministère de l’Environnement du Québec, faisant état de la décision de ce ministère de continuer de ne pas appliquer les exigences de la Loi de l’environnement à «l'entretien» des cours d’eau agricoles et du non-respect systématique des exigences du ministère par les municipalités qui profitent de cette dispense controversée.D’autre part, il a été impossible de sa- PRESSE CANADIENNE Toronto — Un groupe antiféministe revient à la charge pour exiger la destitution de la juge Claire L’Heureux-Dubé, de la Cour suprême du Canada, alléguant qu’elle a fait preuve de parti pris féministe.REAL Women of Canada soutient qu’en plus de rendre un jugement partial, la juge L’Heureux-Dubé a induit en erreur le Conseil canadien de la magistrature, le mois dernier, au sujet de son affiliation passée à des organisations féministes.Le groupe dit avoir la preuve que la juge L’Heureux-Dubé a dissimulé le fait quelle a déjà été membre de la Fédération internationale des voir hier du ministère ce qu’il est advenu des 53 demandes de certificat d’autorisation déposées en 1996 par différentes municipalités pour creuser ou reprofiler à la pelle mécanique de nouveaux petits cours d’eau, des projets pour lesquels le MEQ applique cette fois la Loi de l’environna ment en exigeant des promoteurs municipaux une étude de répercussions environnementales.Quant au directeur général de l’Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), Denis Bergeron, il établissait hier un lien entre la destruction «à 70 ou 80 % du réseau fin de cours d’eau du Québec» et la pollution diffuse d’origine agricole que ces cours d’eau, transformés en égouts, charrient dans les cours d’eau principaux, où elle annule tous les efforts consentis à coups de dizaines de millions pour l’assainissement des tributaires du Saint-Laurent.«Une évidence s’impose de plus en plus à tous ceux qui analysent le dossier: la priorité environnementale en matière de protection de l’eau, c’est maintenant la pollution diffuse, principalement d’origine agricole.Et les agriculteurs qui en sont à l’origine, ajoute De- avocates et de l’Institut canadien de recherches sur les femmes (ICREF).REAL Women avait porté plainte une première fois le mois dernier contre la juge L’Heureux-Dubé.Le groupe l’accusait d’avoir tenu des propos «pro-férninistes» dans un jugement où elle reprochait à un juge al-bertain d’avoir utilisé des stéréotypes dépassés dans une cause d’agression sexuelle.Le Conseil de la magistrature a rejeté cette plainte la semaine dernière.Son rapport comprenait une réponse de la juge L’Heureux-Dubé, qui disait ne pas se rappeler avoir été membre de la fédération des avocates et avoir fait partie pendant nis Bergeron, sont aussi responsables de la mort biologique des cours d’eau qu’ils creusent et redressent comme s’il s’agissait de fossés leur appartenant.Ils estiment avoir un droit acquis en agissant ainsi et ils refusent, ce qui est pire, de considérer le tort qu’ils font au patrimoine aquatique et à la collectivité, la vraie propriétaire des cours d’eau.» Louise Vandelac se surprend de constater que ce ne sont plus les grandes organisations et institutions sociales qui défendent l’environnement mais les artistes — «qui se mobilisent plus maintenant pour la souveraineté des ressources» —, comme ceux qui vont participer au spectacle-bénéfice de mercredi prochain au Spectrum sur la question de l’eau, ce qui va de pair avec l’engagement de Richard Desjardins dans le dossier de la forêt.C’est probablement relié, dit-elle, au fait que les institutions, comme le ministère de l’Environnement, abdiquent leurs responsabilités, comme dims le dossier des petits cours d’eau où ce ministère n’exige plus des municipalités, comme le prévoit la loi, une étude des répercussions environnementales pour «l’entretien» des cours d’eau.Cela va de pair, dit-elle, avec «l’érosion» des pouvoirs du MEQ, qui résulte de la dissociation récente entre la gestion des écosystèmes et celle de l’eau.Denis Bergeron y voit carrément un «étranglement volontaire» du ministère de l’Environnement au profit des ministères à vocation économique.peu de temps de l’ICREF.REAL Women accuse cette fois la juge L’Heureux-Dubé d’avoir dissimulé le fait quelle a été vice-présidente canadienne de la fédération.Le groupe se dit particulièrement troublé du fait que son engagement au sein de l’institut de recherche est survenu entre 1976 et 1977, alors quelle était juge à la Cour supérieure du Québec.Selon Joseph Magnet, professeur de droit et spécialiste en droit constitutionnel à l’Université d’Ottawa, cette nouvelle plainte pourrait nuire à la juge L’Heureux-Dubé, même si les contradictions concernant ses associations passées pourraient être tout à fait innocentes.«C’est une affaire de crédibilité et ça n ’aide sûrement pas sa crédibilité.Il y a dans le milieu judiciaire des gens qui pensent qu’elle prend parfois des libertés avec la loi.Cela pourrait leur donner des munitions.» Peter Russell, professeur de droit à l’Université de Toronto, estime pour sa part que peu de juges seront aptes à siéger si on donne suite à la plainte et qu’il est interdit d’avoir eu des affiliations politiques par le passé.«Nous aurions au Canada un tribunal pour le moins étrange s’il n’était pas permis d’avoir appartenu à une organisation engagée avant d’être nommé», dit-il.Tarifs d’électricité La Régie est pressée de tenir des audiences LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR Deux importantes associations estiment que les consommateurs québécois d’électricité devraient bénéficier de diminutions des tarifs en raison notamment de la fin des paiements sur de nombreux barrages québécois, ce qui les a incitées à réclamer hier à la Régie de l’énergie une audience sur les tarifs en vigueur dans la province.Selon Manon Lacharité, porte-parole (l’Action Réseau Consommateurs (ARC), qui mène ce dossier de front avec la Fédération des associations coopératives d’économie familiale (FACEF), la Régie de l’énergie a actuellement le pouvoir, en vertu des articles 48 et 25 de sa loi, d’enclencher un processus d’audiences publiques sur les tarifs d’électricité.Les deux associations ont formellement déposé une requête en ce sens malgré le fait que Québec tergiverse depuis des mois à encadrer de façon réglementaire l’examen des coûts de production de l’électricité dans la province.La régie a recommandé en août dernier à Québec d’autoriser la tenue d’un premier examen en profondeur des coûts de production de l’électricité mais Québec cherche des moyens depuis cette date de contourner ou d’annuler l’effet de la loi actuelle et les recommandations de la régie.On craint à Québec qu’un examen des coûts empêche le gouvernement d’empocher les revenus en croissance d’HydroQuébec, malgré un gel officiel des tarifs jusqu’en 2002.Des sources fiables au sein d’Hy-dro-Québec précisent que plusieurs se réjouissent à la haute direction du fait que le gouvernement s’apprêterait à émasculer par loi la nouvelle régie, dont le pouvoir d’examen serait ainsi réduit à néant avant même d’avoir clé utilisé ne serait-ce qu’une fois.Une telle stratégie, à laquelle industriels et écologistes s’attendent depuis des mois, pourrait toutefois donner lieu à une riposte majeure au niveau international de la part des groupes québécois, qui pourraient s’associer à des concurrents américains pour faire annuler le permis d’exportation d’Hy-dro-Québec sous prétexte que, contrairement aux exigençes de la loi américaine, la société d’Etat québécoise ne serait alors plus contrôlée que par une régie fantoche.; Quant à la demande d’audience sur les tarifs, qui a été déposée hier par les deux organismes, elle va dansde même sens qu’une autre requête déposée en décembre, cette fois par (es consommateurs industriels d’électricité, qui ont eux aussi la certitude de pouvoir justifier des baisses de tarifs compte tenu de l’évolution à la baisse des coûts d’Hydro-Québec.Selon Ronald O’Neary, de la FjA-CEF, «de plus en plus de consommateurs ont de la difficulté à payer leur facture d’électricité: il est inacceptable que les Québécois ne puissent bénéficier pleinement, par exemple, de la baisse des coûts d’amortissement des grands barrages et de voir cette diminution se refléter dans leurs tarifs».Petits et grands consommateurs estiment que la régie ne peut se cacher derrière les hésitations de Québec pour ne pas utiliser à tout le moins les pouvoirs que lui reconnaît déjà sa loi.www.niicrotec.net/~autjour site internet • Kosovo : Honte au Canada.ÎVoir article sur notre et au Bloc ! Ü sur le WEB Journal progressiste et indépendantiste Des antiféministes s’en prennent à la juge Claire L’Heureux-Dubé Le groupe REAL Women demande la destitution de la juge en raison de son parti pris féministe Très, très SPÉCIAL, 'WWM.; : WiËm mmy, EL Edition Spéciale 1999 wm.wm, P.D.S.F.10 800$ if Climatiseur / Groupe électrique j/ltatlio AM/FM avec lecteur Cl) ^ Régulateur de vitesse Puissant moteur VTEC d Deux coussins gonllaliles (SUS) d Système d'entrée sans clé et tellement plus./mois' 30t$ Offre» tlt* location-hail d'une durée limiter, par l’entremise île Honda Canada Finance lue.S.A.( .Tarifa mensuel* île location-huil d'une durée tie 4H main, établis pour l'Anira I.0F.L (modèle MII444X).Total de* puieuieiifa : 14 8*24 S /14 784 S.M n aeomple de 804 8 ou oplion 0 S eomptanl a 408 S par moi* et un premier versement Mint requis.I,e modèle offert peut différer de rilhiMlralion.Allocation de 24 00(1 km par année (frais de 0,10 $ par km supplémentaire).Taxes, immatriculation et assurance en mis.4 la fin du hail.volts pouvez, retourner le véhicule ail concessionnaire ou l'aeheler pour une valeur résiduelle prédéterminée.H'.D.S.I.de 10 800 S pour l'Aeura I.OLI.(modèle MIJ444X).Transport et préparation (840 $).taxes, immatriculation et assurance en sus.Ournnlic At tira limitée de 4 aus/100 000 km.Voyez votre concessionnaire pour plus de détails, /.es ilrux/ireinirr*r nvrricvH il'rnlrrlirn non! nmi/iri».An*i*t{ Antenne électrique td Deux coussins gonflables (SRS) et tellement plus.® Une vision pi inspire un élan île passion, acura OtTn-s .le location-hall d'n.Iiircc limitée.|iur l'entremise de Honda Canada llminec Inc.S.A.C.Tarifs mensuel» de loeiitlon-liull d'une durée de 4H main, étnhlls pour l'Arum Inlep-a (modèle DC434X) 199t.Total de» paiement» : I l 1124 S / lu 404 S "l u acompte de 2 325 $ ou option 0 S comptant à 343 S pur nml» et un premier vcmemcnl «ont requis.l e modèle offert peut différer de l'illustration.Allocation de 24 (MHI km par année (frais de ll,tU S par km supplémentaire), faxes.Iinmalrleulallon et assurance en sus.K la fin du hall, vous pouvez retourner le véhicule au concessionnaire ou l'acheter pour une valeur résiduelle prédéterminée.Garantie Aeura limitée de 5 niis/100 000 km.Voyez votre concessionnaire pour plu» de détails, /.es deux premier* «rrrirr» il entretien «ont eomprtn.Aoubtlaner routière 24 hrurrn Acura.Acura les concessionnaires fiables ACURA PLUS 255, boul.de la Seigneurie Blainville GALERIES ACURA 7100, boul.Métropolitain Est Anjou ACURA DE LAVAL 2500, boul.Chomedey Laval ACURA GABRIEL 4648, boul.Saint-Jean Dollard-des-Ormeaux LUCIANI ACURA 4040, rue Jean-Talon Ouest Montréal ACURA BROSSARD 9100, boul.Taschereau Brassard i mm 4624 I.E S S A M E I) I I) I M A X C II E II AVRIL I !) !) !> A « L E I) E V DIR.ACTUALITES?Orphelins de Duplessis A 81 ans, le courage de témoigner Pauline L.E assiste douloureusement au débat qui déchire le Québec Que n’a-t-on pas entendu dans le débat sur les orphelins de Duplessis?C’est la faute du gouvernement! Non, de l’Église! Et les médecins, alors?De replis stratégiques en maladroites défenses, le débat a un jour sombré dans une imprudente généralisation: ces enfants abandonnés n’avaient-ils ni père, ni mère, ni grands-parents?Oui, et l’une de ces filles-mères, Pauline L.F., assiste aujourd’hui douloureusement, comme tant d’autres acteurs bien involontaires de ce sombre épisode, au déchirement d’un Québec à la mémoire sélective.LOUISE LEDUC LE DEVOIR n recommence tout, d'accord?» Aucun m % problème, vous voulez que l’on omet-; J ¦ I te certains détails?«Peut-être mon - ^ m nom de famille, par respect pour mes ;I A A enfants.Sinon, je n’ai rien à cacher.L’autre jour, je n’étais pas en forme, je sautais d’une année de ‘¦iW vie à une autre, tout était décousu.Il faut recommencer.» ! - Recommencer, surtout, pour la cassette de son témoi-gnage, dont Pauline veut absolument une copie pour l’en-'voyer en France à sa fille.*.À 81 ans et demi, Pauline en est arrivée à cet "état de grâce fait de la plus totale indifférence à l'égard du qu’en-dira-t-on et des médisances.'Mieux encore, elle s’est sentie investie de la mission de se raconter parce que, croit-elle sans fausse modestie, sa petite histoire «vaut bien ~ quelques pages de l’Histoire du Canada».> Prise deux, donc, toujours assises sur de petites chaises droites, dans la cuisine d’une mai-¦son de Pointe-aux-Trembles.Cette fois, Pauline arrive avec devant elle cinq ou six pages de notes d’une écriture serrée et fine, qu’elle lira sans lunettes, mais difficilement, à cause de ses cataractes.«je suis venue au monde en 1917.On m’a raconté qu’à ma naissance, le médecin a averti ma mère de ce que je ne vivrais pas vingt-quatre heures.» Née prématurément, Pauline, fille d’agent de police, sera de santé fragile.«J'ai passé la majeure partie de mon enfance, puis de mon adolescence, au lit.Je n’ai pas connu la compagnie des garçons.Ce n’est pas que j’étais collet monté.Quand t’es pâlotte, t’es pas très attirante! Après ma cinquième année, ayant accusé trop de retard, j’annonce à ma mère que je ne veux plus aller à l’école.Elle n’insiste pas.Une cinquième année, c’était bien suffisant à une fille pour laver des couches, disait-on à l’époque!» 1942.Pauline, âgée de 24 ans, se rend chez une amie.Chemin faisant, elle croise un jeune homme qui la regarde avec insistance.Il se rappelle à son lointain souvenir, du temps où ils fréquentaient la même patinoire.Il lui demande où elle va, puis lui propose de l’accompagner puisqu’il se rend dans la même direction qu’elle pour rembourser à des amis une somme empruntée.«Nous sommes arrivés sur le seuil d’une maison de chambres.“Il commence à faire pas mal noir, me fait-il remarquer, tu devrais rentrer, j’en ai pour une minute."J'accepte, je reste dans la porte, mais je viens de faire le geste fatal qui marquera ma jeunesse, mes années de mariage, puis ma vieillesse.Il m’empoigne le bras, m'entraîne au deuxième étage en me signalant de me la fermer, sinon, m'avertit-il “les quatre autres que t'as vus en bas te feront ce que je vais te faire”.» A l’étage d’une vieille maison de chambres, en dix mi-nutes.«Le mot “dépuceler" sonne trop doux.Défoncer est ¦ plus juste.Il m’a défoncée.Je me suis sentie souillée et j’avais beau me laver, rien n’y faisait.C’est comme si une épaisse couche de goudron me recouvrait le corps.» Se disant absolument ignorante «des choses de la vie», Pauline impute d'abord l'arrêt de ses règles, puis ses nau- - sées, au choc subi.«Allez demander à mes enfants aujourd’hui s’ils ont été renseignés! On n’a pas le droit d’élever ses enfants dans l’ignorance complète.Mon homme, plus tard, était gêné de parler de ces choses-là.Je me suis chargée d’en parler pour deux! Et plus que tout, mon fils a appris à respecter les femmes.» Deux mois plus tard, Pauline croise de nouveau le violeur.«Il m’accoste avec un sourire engageant.“Je crois que je suis mal prise”, lui dis-je.Il me regarde, furieux: “Si tu penses que tu vas me coller ton petit! Va lui trouver un père ailleurs!"» Sept mois dans une chambre Pendant sept mois, Pauline gardera la chambre presque sans arrêt, dans des chemises de nuit toujours plus amples.«Vous savez, dans les albums de famille, on ne me voit jamais sur les photographies de groupe après les noces, sur le parvis de l’église.J'étais tout le temps au lit.Une fois enceinte, personne, dans ma famille, ne s’est donc douté de quoi que ce soit.J’étais malade, pensait-on.Comme d'habitude.» En 1942, on se confessait de tout et même.d’un viol.Iœ curé sera donc le premier informé du drame et il insiste auprès de Pauline pour qu’elle l’aj> prenne à sa mère.Le dernier mois et demi de sa grossesse sera passé à l’extérieur de la maison, dans un hôpital privé.«Au lieu de me tendre la main, tout le monde me cachait, pour se protéger eux-mêmes.Ma mère voulait au premier chef éviter que mon père apprenne ma grossesse.Et pourtant, personne mieux que lui n'aurait pu m’aider!» Avant même l’accouchement, Pauline est appelée à renoncer par écrit à son bébé.Elle avertit l’infirmière quelle devra vite quitter la pièce «avec lui et surtout, surtout, avant les premiers cris de l’enfant.«Mais quand il est né, je n’ai pas pu résister.J’ai demandé le sexe de l’enfant.Je parlais vraiment pour rien dire! Quelle différence est-ce que cela pouvait bien faire, vu la suite des choses?Je me souviens que l’infirmière s’est extasiée devant mon fils, en le voyant beau et fort.Ça m'a soulagée, pensant qu’il partirait donc vite en adoption, que tout le monde en voudrait.Cinquante-quatre années passeront sans que je ne revoie mon bébé.» Pauline ne se voile pas la face, le viol a facilité l’abandon de l’enfant.«Je craignais ma réaction, j’avais peur que chaque fois, en le regardant, je reverrais dans ma tête la scène de sa conception.» De retour de l’hôpital, Pauline reprend le lit, se fait dire par son frère que, le soir maudit, elle aurait tout de même pu se défendre.Elle se souvient que l’idée de passer sa vie à pleurer silencieusement sur son sort lui est passée â l’esprit.C’était sans compter sur cette fielleuse déclaration de sa mère.«“Plus un homme ne voudra de toi!", m’a-t-elle lancé.C’est exactement ce que j'avais besoin d'entendre! Piquée au vif, je suis sortie de ma torpeur et je me suis dit: ma fille, il faut que tu te trouves un mari! Merci maman! Non, tu n’auras pas eu le plaisir de voir ta fille rater sa vie!» À la recherche du fiancé Commence alors la recherche effrénée du fiancé.Et pourquoi pas cet Irlandais de la rue De Lorimier, ami de son frère, venu quelques fois à la maison?Ne venait-il pas, en plus, d’obtenir sa décharge de l’armée?«Je me suis mariée en égoïste, par défi, sans amour.» Le voyage de noces à Québec, sans doute.— Es-tu malade! C’était bien trop loin!, rétorque Pauline dans un grand éclat de rire.— .Drummondville?— Encore trop loin! Non, à Sainte-Adèle! De toute façon, un voyage de noces à oublier, la jeune mariée, traumatisée par une première expérience sexuelle, ayant vite hâte d’en finir avec son devoir conjugal.«Puis, progressivement, au cours du mariage, je me suis fait prendre au piège.Oui, je suis tombée amoureuse de mon mari: il m’a eue, par sa bonté!» Jamais l’Irlandais ne saura quoi que ce soit de la première grossesse de sa femme.Jamais, non plus, ne gagnera-t-il plus de 80 $ par semaine.Vint le premier enfant «officiel» de Pauline, un fils.«Je croyais qu’il ferait oublier le premier.J'avais tort.On ne rem- «Je m’imaginais ses premiers pas, ses premiers jeux, je me le figurais tout propre, adopté par une famille riche» mm H * JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pauline a connu la vie difficile d’une fille-mère à l’époque de Duplessis.À 81 ans, indifférente aux qu’en-dira-t-on, elle a senti le devoir d’apporter son témoignage au débat de société qui déchire le Québec.«Si je parle aujourd’hui, c’est pour que la chose soit imprimée, à jamais.» place pas un enfant par un autre.Je m’imaginais ses premiers pas, ses premiers jeux, je me le figurais tout propre, adopté par une famille riche, faisant son entrée à l’école, puis sa première communion.» Les années passent, l’Irlandais se fracture une hanche et ne s’en remet jamais.Puis, il y a 21 ans, leur fille tombe enceinte.Pauline, pourtant ravie, éclate en sanglots en se souvenant de sa première grossesse à elle.«Ma fille, surprise, insiste pour connaître les raisons de mes lames.Je lui fais promettre de ne rien raconter, ni à son frère, ni à son père, ni à personne, puis je lui raconte tout.Elle gardera le secret.dix-huit ans!» 11 y a trois ans est mort l’Irlandais.«U soir même des funérailles — des funérailles en toute simplicité, on n'est pas plus riche dans la mort que dans la vie! —, avant de repartir en France, ma fille, en m’embrassant, me glisse à l’oreille: “Vas-tu le chercher, maintenant?" Je lui explique que je le ferai sûrement, mais que ce n 'est vraiment pas la journée pour parler de cela.» Puis, un matin, le téléphone sonne.C’est le bout de son histoire dans lequel Pauline dit adorer se plonger.«Ma fille me répète toujours: tu sais, toute la France connaît ton histoire!» «Comme un mashmallow au soleil!» Il était donc neuf heures et cinq précisément, continue Pauline.«Au bout du fil, une dame me demande: “Vous êtes Mme F?Vous êtes bien Mme F.?"Je réponds que oui, et elle poursuit.“En 1942, vous avez donné naissance à un enfant, à l'Iwpital Bellevue?” Je deviens muette et j’éloigne un peu le récepteur de mon oreille et j’entends: “Mme F.?Mme F.?Vous êtes tombée?” Je reprends mes esprits, et je lance: “Vous allez m'annoncer qu’il est mort, je suppose!" C'était stupide de dire cela: pour voir s'ils se seraient donné le trouble de me téléphoner s’il était mort! “Non, me répond-elle, il n’est pas mort, il vous cherche!" Ces paroles-là, je les aurais fait broder d’or! Et t’auras beau écrire les plus belles choses dans Ion journal, jamais, jamais tu n’écriras quelque chose de plus beau, de toute ta vie! Ces mots-là m'ont fait fondre comme un mashmallow au soleil!» Par pure coïncidence, la veille des retrouvailles, Pauline écoute à la télévision une émission de Jean-Luc Mongrain sur le thème des orphelins de Duplessis.«Je n 'avais jamais entendu parler de cela, mais je me mets à écouter.» Pauline passe chez la coiffeuse — «Ce n'est pas rien, j'allais à la rencontre de mon fils!» — puis se jure, chemin faisant avec ses deux autres enfants, qu’elle l’acceptera tel qu’il sera, sans le juger.Quelques minutes avant la rencontre, sans vraiment savoir grand-chose sur le sujet, elle ose tout de même une question à la travailleuse sociale: «“Mon fils, il n’est pas un enfant de Duplessis, toujours?" Elle a penché la tête, a répondu que oui.Puis, tout s'est passé très vite.J’ai entendu: “Voici votre fils." Il est entré, s’est appuyé sur la porte, et je regardais dehors, gênée.Il m’a sauté au cou, m’a dit: “Ça fait si longtemps que je vous attends!" Il me serrait si fort qu’il m’étouffait.Je lui demande pardon, il me dit que rien n’est de ma faute, je lui dis que j’ai tout de même ma part, il me jure qu’il m'a pardonnée.Quelques minutes après, mon fils me demande: “Qu’est-ce que l’on fait ici ?On s’en va?On s’en va.ensemble?"» Pauline annonce alors à son fils fraîchement retrouvé qu’une surprise l’attendait dans l’autre pièce: son frère et sa sœur.Il lui apprend qu’il a aussi une telle surprise pour elle et, en un clin d’œil.il la fait arrière-grand-mère!» De fil en aiguille, Pauline rattrapera les années perdues.Elle apprendra que son fils, jamais adopté, n’a jamais su comment une mère peut cajoler, aimer, consoler.«Une mère, il n’a pas connu ça, lui! Il se faisait plutôt menacer, lorsqu'il était turbulent, de se faire envoyer à Saint-Jean-de-Dieu.Us enfants ne savaient pas trop ce que c’était, mais ça leur faisait peur! Mon fils, étiqueté débile mental, y a passé un an, selon son dossier, avant d’être transféré au Mont Providence.De son année à Saint-Jean-de-Dieu, il ne se souvient d’à peu près rien, parce que les médicaments qui lui étaient prescrits l’assommaient pendant la plus grande partie de la journée.» En apprenant les quelques «volées» reçues par son fils, Pauline dit avoir parfois rêvé d’avoir devant elle la religieuse «pour l’étrangler»'.«Mon fils me rappelle alors l'une des religieuses, qui était bien bonne pour lui, qui le protégeait.Ce n'est pas moi qui ai vécu cet enfer, c'est donc à moi d’essayer de gardér la tête froide, de faire la part des choses.Si je ne l’ai pas gardé, mon garçon, oui, il a bien fallu que les gens s’en occupent, et je remercie les religieuses qui l’ont fait.Et peut-être était
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.