Le devoir, 16 avril 1999, Cahier A
LE DEVOIR Vol.X C • N ° 8 2 PERSPECTIVES Les blocages du Bloc Le Bloc québécois tient en fin de semaine un conseil général où doit être lancé un débat sur le projet souverainiste.Quatre rapports rendus publics cette semaine serviront de rampe de lancement.Cette réflexion escamote toutefois une question cruciale: l’évaluation des moyens d’action du Bloc pour mieux défendre dès maintenant les intérêts du Québec.Depuis sa naissance en 1990, le mandat du Bloc québécois n’a pas changé.Son but est toujours de préparer la souveraineté mais aussi, d’ici là, de défendre les intérêts du Québec à Ottawa.Obligé de justifier à intervalle régulier la raison d’être de son parti, le chef bloquiste Gilles Duceppe annonçait en janvier dernier que le Bloc consacrerait la prochaine année à enrichir la réflexion sur le projet souverainiste.Quatre chantiers ont été mis en branle, uqe consultation est prévue ce printemps et un congrès devrait clore cette démarche au début de 2000.Les premiers rapports des groupes de travail ne manquent pas d’intérêt ni parfois d’idées provocatrices et étonnantes, que ce soit sur le partenariat, la mondialisation, la démocratie ou la défense des intérêts du Québec.Mais une question n’a pas été posée.Le Bloc peut-il jouer un rôle différent ou jouer différemment celui qu’on lui attribue déjà?«Ce n’était pas notre mandat», répond Pierre Paquette, le coordonnateur de cet exercice de réflexion.Un seul chantier, celui sur la démocratie, a fait une proposition précise au Bloc en lui demandant d’assouplir sa discipline de parti, question de donner l’exemple aux autres formations québécoises.Pour le reste, rien.On étoffe la liste de revendications à transmettre à Ottawa mais on ne propose aucune avenue pour enrichir la stratégie bloquiste.Il ne suffit pourtant pas d’étirer la liste des demandes du Bloc, encore faut-il qu’il livre la marchandise.Après presque dix ans d’existence, il serait pertinent qu’il évalue l’efficacité de ses méthodes et en envisage de nouvelles.Le Bloc n’a pas besoin de se faire dire de défendre ce qu’il estime être les intérêts du Québec.Il le fait déjà aux Communes.Mais peut-il faire plus ou mieux?Certains enjeux débordent les frontières québécoises et pourraient bénéficier d’un élargissement des solidarités.Ceci est d’autant plus vrai quand on constate que lorsqu’il est seul au front, le Bloc est traité avec condescendance par le pouvoir fédéral, et pour une seule raison: son option.Ses plus grandes victoires, il les a remportées lorsqu’il avait le poids du gouvernement du Québec derrière lui.Les députés bloquistes ont déjà expérimenté de nouvelles façons de faire, en particulier dans les dossiers de la pauvreté et de l’assuran-ce-emploi, où ils ont souvent travaillé de pair avec le NPD.Des députés ont aussi accepté d’aller expliquer le projet souverainiste à des groupes ailleurs au pays.Depuis les élections de 1997, le chef bloquiste Gilles Duceppe a entrepris une tournée du Canada dont le thème central était le partenariat.Mais d’ici une victoire d’un OUI et d’éventuelles négociations avec le Canada, d’autres dossiers doivent être résolus dans l’intérêt immédiat du Québec.Des alliances stratégiques pourraient donc s’avérer utiles lorsque vient le temps de les piloter.On songe à la protection des renseignements personnels, au traitement des jeunes contrevenants, au problème des sans-abri, aux prochaines négociations commerciales multilatérales.Aucun chantier n’en parle.On préfère insister sur les liens internationaux du Québec.L’exemple le plus frappant est celui de la ronde de pourparlers qui doit commencer d’ici la fin de l’année à l’Organisation mondiale du commerce.Personne n’a pensé à suggérer la création d’un front commun provincial pour forcer Ottawa à associer les provinces à la définition de sa position.On demande plutôt — ce qui est nettement moins réaliste — que le Canada soit représenté par une «équipe bina-tionale» composée de délégués canadiens et québécois.Au moins deux chantiers recommandent au Bloc de défendre la place du Québec dans les forums multilatéraux et de poursuivre le travail qu'il fait déjà au sein des associations parlementaires internationales.Agir sur la scène canadienne, qui ne peut être ignorée tant que le Québec fait partie de la fédération, n’est pas un sujet de préoccupation, sauf pour y promouvoir le partenariat.La société civile du reste du pays offre pourtant de nombreuses possibilités d’alliances, bien que bon nombre de groupes progressistes, plus ouverts par le passé aux aspirations souverainistes, aient été échaudés par l’entrée en vigueur du libre-échange.Contrairement à la majorité des Québécois, ils s’opposaient à l’accord car ils craignaient qu’il porte atteinte à leur spécificité face au géant américain.Le sentiment de trahison qui en a résulté a miné les rapports.H y a donc des ponts à reconstruire mais personne ne l’éVôque.Pourtant, cela pourrait être dans l’intérêt immédiat et futur du Québec, peu importe l’option qu’il adopte.i i * > Les «chantiers» du Bloc évitent la question des alliances stratégiques Ma non Co.rnellier :?* » I oîjmvi Montréal Ciel variable.Max: 11 Min: -2 T É 0 Québec Ciel variable.Max: 8 Min: -1 Détails, page B 6 INDEX Annonces .B 6 Les sports.B 8 Avis publics.A9 Montréal .A3 Culture .B 9 Mots croisés .B 6 Économie .A7 Plaisirs .B1 Éditorial A 10 Politique .A 5 Le monde .A6 Télévision B 10 www.ledevoir.com M 0 N T R.É A L .POLITIQUE La souveraineté rattrape Bouchard à New York, page A 5 i
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