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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1999-06-05, Collections de BAnQ.

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m ,^'v agi ?comme Lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 5 Essais québécois Page D 7 ?Le jardin de Yo-Yo Ma Page D 8 Amours félines La comédienne française Anny Duperey, tout en rendant hommage à deux de ses amis les plus fidèles, Titi et Missoui, personnages de race féline, refait le parcours de sa vie ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Les amoureux des chats, sachant qu’un doux pelage caressé, une patte de velours sur la joue, un regard qui comprend tout émergeant d’une élégante silhouette passant parmi les livres, valent bien des affections humaines, ceux-là savoureront chaque ligne du délicieux récit de l’actrice française Anny Duperey, également écrivaine.Ils goûteront aussi son style de souplesse et de fine sensibilité venu épouser les mouvements sinueux de l’animal qu’elle célèbre.D existe bel et bien des humains «à chiens» comme d’autres sont «à chats», les uns comprenant souvent mal les autres.Question d’affinités et de tempérament finalement, le chat possédant un côté mystique quand le chien, plus terre à terre, fréquente des eaux davantage sentimentales que spirituelles.Anny Duperey appartient indubitablement à la deuxième catégorie.«Les gens qui aiment les chats évitent les rapports deforce, dira-t-elle.Ils répugnent à donner des ordres et craignent ceux qui élèvent la voix, qui osent faire des scandales [.].Les gens qui aiment les chats font une confiance parfois excessive à l’intuition.» Voilà pour le profil type du maître qui l’est si peu mais cohabite avec son chat et le sert à ses heures sans jamais percer tout à fait ses mystères.Dans un délicieux récit autobiographique, la voici qui rend hommage aux félins de sa vie, à deux d’entre eux surtout, qualifiés de bêtes géniales, qui dans les moments de crise traversés par l’auteure se transforment en d’inespérés thérapeutes.Déclarations d’amour Récit, oui et non, tant Anny Duperey s’offre une liberté d’écriture, greffant des fragments de sa vie à des déclarations d’amour aux deux bêtes exceptionnelles qui partagèrent sa vie, abordant aussi l’art d’approcher les chats, de gagner leur estime, de respecter leur rythme et de fuir toute brusquerie.Ce que l’écrivaine appelle ses chats de hasard, ce sont ceux qui l’ont choisie pour maîtresse, ne laissant guère de solution de rechange à la cohabitation.D’avoir accepté de vivre avec ces félins, elle fut hautement récompensée par la précieuse relation qui s’établit entre elle et eux.«Je crois que ce qui est valable pour les gens l’est aussi pour les animaux: Il y a des cons partout.Et aussi des types formidables.» Ces types formidables de chats sont à l’honneur dans cet ouvrage.En témoignent ces hommages à Titi d’abord, chat d’écrivain qui l’adopta dans sa maison de campagne et qui n’aimait rien tant que de s’asseoir, immobile, fasciné, pour la regarder s’échiner sur ses textes.Hommage encore plus vibrant à Missoui, chatte à laquelle le livre est dédié, qui comprenait tout, consolait les peines, partageait les joies de la famille, trônant comme un sphinx au-dessus des vicissitudes de la vie quotidienne, mangeant à table et se prenant pour une humaine.En filigrane, c’est la vie d’Anny Duperey qui surgit par bribes touchantes, ouvrant des portes sur les traumatismes, l’angoisse, puis la lente VOIR PAGE I) 2: DUPEREY CLICHE REPETE A ECLAIRAGE DIFFERENT EN RAISON DU TEXTE IMPRIME SUR FOND GRIS OU DE COULEUR N’y a-t-il pas un singulier retour des choses dans la situation de cet Européen qui cherche ici ses racines alors que pour nous, Nord-Américains, c’est en Europe qu’elles se trouvent?ROBERT CHARTRAND En France, on le surnomme «l’Américain».C’est que Jean-Paul Dubois connaît bien le continent nord-américain, qu’il a sillon-; né à titre de grand reporter pour Le Nouvel Observateur, certaines de ses chroniques ont d’ailleurs paru en livre.Par ailleurs, on a cru voir dans ses romans des ressemblances avec ceux de John Updike, de Richard Ford ou de David Lodge.Et à l’instar de certains écrivains américains, Dubois a déjà dit, à propos de ses livres: «Je fais toujours de la fiction autobiographique.» Entendre par là que les histoires qu'il raconte, ses personnages, il les a tirés de ses rencontres et de ses observations.Jean-Paul Dubois parle de lui-même dans son œuvre, mais davantage du monde tel qu’il l’a vu.Si ce livre pouvait me rapprocher de toi ne fait pas exception; il est, à bien des égards, dans le droit fil des romans précédents.Le titre, souhait ou aveu, est dans le même ton intimiste que les autres: Je pense à autre chose, La vie me fait peur.Tous les nuitinsje me lève, Parfois je ris tout seul.Ce sont de ces phrases, moins anodines qu’il n’y paraît, que tout un chacun a dites un jour ou l’autre.L’alter ego Le personnage principal et narrateur est ici encore un homme qui a à peu près l’âge de son auteur, le même prénom, Paul, que plusieurs de ses prédécesseurs et un patronyme germanique: après Ackerman, Zimmerman, Oster-man, Klein et Miller, celui-ci s’appelle Peremülter.Romancier comme l’est Dubois, il est également né à Toulouse et en est lui aussi à son quatorzième livre.Mais à la différence de son auteur, Peremülter est un homme seul, divorcé et sans enfants.Lorsqu’il se met à l’écriture de son livre, il n’a «en tête que cette lancinante interrogation lourde du poids de toute une vie: qu’ai-je donc en moi qui m’a toujours empêché de vivre en paix?» Que peut VOIR PAGE D 2: DUBOIS •i-skWî.JACQUES CHENIER I.E DEVOIR A1C 1) 2 I.E I) E V 0 I R I, E S S A M E R 1 E T I) I M A N C 11 E (i .1 U I N !) !) wr Duperey SUITE DE LA PAGE D 1 libération de son esprit et de son cœur.Place à la petite enfance d’abord, si heureuse à Rouen auprès de parents aimants et d’une grand-mère folle des chats et qui partageait sa chambre avec treize d’entre eux.Puis vint la rupture brutale, le déracinement, les parents morts quand Anny avait huit ans, les chats évanouis dans le décor.Elle nous expliquera à quel point, après une jeunesse de dispersion et d’aventures, incapable de se fixer émotivement, l’arrivée de Titi dans sa vie lui facilita l’ouverture à l’autre.«Je découvris avec lui que vivre une vie moins sauvage et irrégulière n’avait rien d’ennuyeux, au contraire.» De dissipée, la voilà casanière; d’infidèle, elle devint monogame.«Je n'irai pas jusqu'à dire que je me métamorphosai grâce à mon chat, ce serait très exagéré.Mais il m'y aida, oui.D’abord, il m’aida à simplement être, en oubliant de paraître.» La belle actrice dé-.couvrait avec Titi qu’on peut être aimé pour soi, au delà de son apparence physique.Capitale découverte dans son existence agitée.Le mariage, les enfants, les aléas du métier surgissent à travers la lorgnette des rapports aux chats, présences apaisantes, celle de Missoui surtout, une bête souffreteuse qu’elle sauva de la mort et qui lui voua une reconnaissance indéfectible.«Quoi qu’on fasse, elle était là, elle regardait.Et son regard était si présent, si mobile et intelligent, son intérêt avait une telle constance que pour un peu on lui aurait demandé son avis.» Anny Duperey ne se contente pas d’évoquer l’influence de ses chats de leur vivant, mais après leur décès aussi, consciente que ses enfants connurent l’inéluctabilité de la mort à travers la perte de Missoui, soudain disparue en laissant un vide derrière elle.Au fond, ce que l’auteure décrit ici, c’est un art de vivre auquel participent activement ces présences poilues, intuitives, méditatives, complices et néanmoins distantes qui lui enseignèrent la sérénité, l’importance du moment présent et la vanité des angoisses qui tournent à vide.LES CHATS DE HASARD Anny Duperey Le Seuil, Paris, 1999,222 pages PALMARÈS de nos cinq succursale Ventes du 27 mai au 2 juin 199' f - NOMBRE DE SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION i 1 ROMAN 2 Paul Auster Leméao'A.-Sud 2 ROMAN 0.La petite fille qui aimait trop les allumettes * 32 Gaétan Soucy Boréal 3 BIOGRAPH.La prisonnière T M.Oufklr Grasset 4 ROMAN Q.Les gens fidèles ne font pas les nouvelles 5 Nadhe Bismuth Boréal 5 ROMAN Une veuve de papier 5 John Irving Seuil 6 ROMAN Q.Prodige 2 Nancy Huston LanéadAGud 7 PSYCHO.Le harcèlement moral 3Ï" M-FHirigoyen Syros 8 THRILLER L'associé 5 John Grisham R.Laffont 9 SPIRITU.L'art du bonheur 11 Dalaï-Lama .R.Laffont JlO ESSAI L'ingratitude * 12 Flnkielkraut Q.-Amérique 11 SANTÉ Je mange, je maigris et je reste mince! 8 M.Montlgnac Flammarion 12 GUIDE Escapades d'un jour : Montréal 54 Leif Montin S.D.F.13 ROMAN Q.2 Anne Hébert Seuil J4 ROMAN Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles 16 Melissa Bank Rivages |l5 ROMAN Océan mer * 65 A.Baricco Al.Michel (16 ESSAI Q.400 capsules linguistiques 12 G.Bertrand Lanctôt 17 THRILLER Tout à l'ego 3 T.Benacquista instant même H8 ROMAN Aux fruits de la passion 16 D.Pennac Gallimard jl9 ROMAN Geisha 16 A.Golden Lattes 20 ROMAN Q.Maître Eckhart 53 Jean Bedard Stock 21 ROMAN Q.Le pari V 16 D.Demers Q.-Amérique 22 ROMAN Un homme, un vrai 5 Tom Wolfe R.Laffont 23 GUIDE Gîtes du passant du Québec '99 16 Collectif Ulysse 24 BIOGRAPH.JL Montmorency LanéadA-Sud 25 ROMAN Sous le soleil de Toscane « il F.Mayes Quai Voltaire 26 SANTÉ Recettes et menus santé 33 M.Montlgnac Truster 27 PSYCHO.Ne vous noyez pas dans un verre d'eau 53 R.Carlson Stanké 28 SPIRITU.Conversation avec Dieu T.01 * 99 N.Watsch Ariane 29 ROMAN L'empreinte de l'ange 1?Nancy Huston LeméaôAOud 30 ROMAN La première gorgée de bière * 99 Philippe Delerm Arpenteur 31 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes de Venus * 1?John Gray Logiques 32 ROMAN Aimez-moi les uns les autres 1T D.Bombardier Seuil 33 ROMAN Les particules élémentaires 37 M.Houellebecq Flammarion 34 GUIDE Guide Voir : Italie 99 Collectif Flammarion , 35 GUIDE Plaisirs d'été pas chers 3 A.Demers Trécarré 36 SCIENCE Oiseaux, merveilleux oiseaux 32 H.Reeves Seuil 37 ROMAN L'équilibre du monde * 17 R.Mistry Al.Michel 38 PSYCHO.L’intelligence émotionnelle T.02 11 D.Goleman R.Laffont 39 CUISINE Pinardises : recettes & propos * 99 D.Pinard Boréal 40 SPIRITU.Manuel du Guerrier de la lumière 26 P.Coelho Carrière 41 ROMAN Q.É M-P Villeneuve VIctor-Levy .42 POLITIQUE Nouvelles douces colères 2 GCoutamorhe Boréal 43 PSYCHO.L'ogre intérieur 22 C.Olivier Fayard 44 PSYCHO.La force du désir 16 W.Paeinl 0.Jacob ' 45 PSYCHO.É André et Letord 0.Jacob 9 : Coups de coeur Renaud-Bray I " semaine sur notre liste ommanaez vos £X|WlOWê pAf posta OU /yjww.rcnau(LLr^ Montréal : 342-2815 Extérieur : 1-888-746-2283 Av.Parc • C-d-Neiges • Ste-Cath.• St-Denis • Brassard 276-7651 • 342-1515 • 876-9119 • 499-3656 • 443-5350 Ouvert 7 jours j u s q u ’ a minuit Livres 'AVâ perey d X Seuil Dubois Jean-Paul Dubois ne met qu’un mois à écrire chacun de ses livres, soit le temps de ses vacances annuelles SUITE DE LA PAGE I) 1 la littérature, devant une telle question?Peu de choses, apparemment, car il note qu’«i/« livre n’a jamais rendu meilleur»: ce devait d’ailleurs être le titre du roman.Jean-Paul Dubois lui-même ne croit pas plus que son personnage au pouvoir salvateur de la littérature.«Un livre ne peut pas apporter de rédemption à son auteur ou à ceux qui le lisent.Même s’il est excellent, ça n’est jamais qu’un livre.Je peux, en l’écrivant, y mettre ce que j’ai de meilleur, mais il ne faut pas que ça prenne la place de toute une vie.» Jean-Paul Dubois ne met qu’un mois à écrire chacun de ses livres — c’est-à-dire le temps de ses vacances annuelles —, sauf pour celui-ci, qui a été fait en deux fois.«Le hasard ayant fait que la parution a été décalée de six mois, j’ai eu l’occasion de le relire, et je me suis rendu compte que des choses n’allaient pas.Je trouve que c’est gênant de se relire ainsi, avec du recul.Et j’ai supprimé quelque quatre-vingts pages du texte original.» Son personnage est avant tout un homme qui, à l’approche de la cinquantaine, cherche la paix ou, comme il l’écrit lui-même, à combler ce «trou» existentiel qui lui donne des vertiges.A travers ses souvenirs et ses déplacements se dessine une quête du père, qui est un thème fréquent dans l’œuvre de Dubois; on le retrouve notamment dans La vie me fait peur ou Les poissons me regardent.Peremülter cite d’ailleurs un passage de Patrimoine, de Philip Roth, ce roman dont Dubois a déjà dit que c’était, peu ou prou, sa propre histoire avec son père: le personnage de Roth fait un rêve qui, écrit-il, «m’informait que, sinon dans mes livres ou dans ma vie, du moins dans mes rêves, je resterais à jamais un petit garçon, avec la conscience d’un petit garçon, de même que lui continuerait à y vivre non seulement comme mon père, mais comme le père, et à juger tous les actes que j’accomplirais».Ce père éternel, impossible à tuer, le quasi-quinquagénaire Peremülter, lui, va rechercher sa trace au Québec, près de La Tuque, où l’homme venait pêcher chaque année et où il est disparu.Racines américaines N’y a-t-il pas un singulier retour des choses dans la situation de cet Européen qui cherche ici ses racines alors que pour nous, Nord-Américains, c’est en Europe qu’elles se trouvent?«Mon personnage a vécu toute sa vie assis, à écrire.Or, pour recommencer le monde, je crois qu’il faut bouger.En Amérique, on ne connaît pas l’enracinement: les gens qui déménagent dix, vingt fois dans leur vie, ça n’a rien d’extraordinaire.Paul Peremülter vient chercher ici une histoire, un enracinement familial.Mais ce qu’il trouve surtout, c’est un moment de paix, dans un endroit calme, au milieu d’une nature sauvage.» Il travaille d’abord à Vancouver, puis se retrouve au Québec: ici comme là, il se trouve bien.Jean-Paul Dubois est formel: «C’est un pays tendre, le Canada, qui n’a pas de visées impérialistes, fl est sur le même continent que les Etats-Unis, mais c’est un autre monde, une entité beaucoup plus raisonnable, y compris en politique internationale.C’est, au fond, une version évoluée de l’Amérique.Si un jour les Etats-Unis se civilisaient, ils deviendraient le Canada.» Un concentré de sauvagerie Peremülter aura auparavant vécu aux Etats-Unis où, à l’inverse, les choses se passent mal.Dubois «l’Américain» n’est pas tendre envers les USA, qui sont, selon lui, un concentré de sauvagerie.«On m’a parfois reproché de les caricaturer.Or je n’ai pas inventé l’attentat d’Ok-lahoma City, les tueries dans les écoles.Sans compter ces millénaristes qui pullulent et ces gens qui spéculent sur la mort à propos du sida.Pensez seulement à l’importance qu’a eue un type comme Kenneth Starr: pendant des mois, le monde entier a vécu en fonction des histoires de braguette du président américain.C’est effarant, non?Bien sûr, il y a une Amérique qui réfléchit, qui pense mais, désolé: ce n’est pas cette image-là qu’elle répand dans le monde.C’en est plutôt une de brutalité et de perversion intellectuelle.» Dubois a inséré dans son roman un épisode identique à celui, réel et tout récent, où deux Blancs du Sud avaient traîné un Noir sur des kilomètres, attaché à leur camionnette.«Le racisme existe ailleurs, en Europe et ailleurs dans le monde, mais il n’est pas intégré à la culture comme il l’est CHAT SAUVAGE de Jacques Poulin «sa «On sc prend vite d’affection pour l’écrivain public et ses clients, pour son amie Kim.|.| Jacques Poulin semble avoir mis le meilleur de tous ses livres dans ce nouveau roman.« Raymond Benin.Voir LÈA-IÉAC/ACTES SI I) Été et lecture se conjuguent.Passez chez votre libraire! Dominique Scarfone affronte les principaux malentendus qui entourent la psychanalyse.CAUSERIE Que peut-on attendre de la psychanalyse aujourd’hui ?À l'occasion de la parution de Oublier Freud ?, la librairie Olivieri et les.Éditions du Boréal vous invitent à participer à une causerie animée par Jean-Pierre Denis avec : Dominique SCARFONE, auteur de Oublier Freud ?Patrick FROTÉ, auteur de Cent ans après Mardi 8 juin à 20h R.S.V.P.739-3639 Olivieri librairie-bistro 5219 ch.de In côte des-nelges T 514.739.3639 F 514.739.3630 H3T 1Y1 métro cote des neiges dans le sud des États-Unis.» Quant au beau-père américain de Peremülter, qui n’a pas grande estime pour ce gendre qui écrit des romans qui se vendent à peine, Dubois lui fait tenir un sermon sur la foi qui serait au cœur de toute chose, «dans la religion comme dans l’industrie».Selon le romancier, «la foi de cet homme, c’est la version angélique du stalinisme.De toute manière, pour moi, la foi est incompréhensible.C’est comme Dis-neyworld: un mystère, du merveilleux auquel il faudrait adhérer, ébahi.Alors que la vie de tous mes narrateurs repose au contraire sur le doute.Ils se sentent instables à propos de leur profession, de leurs sentiments.Ils cherchent.Et les voyages qu’ils font sont des avancées vers les épreuves sans la carte routière de la foi.Car je crois que le doute fait davantage marcher l’esprit.» Un hommage à Robert Lalonde Au passage, le personnage de Dubois rend hommage à l’écrivain québécois Robert Lalonde dont il cite un passage du Monde sur le flanc de la truite.Dubois lui-même est un admirateur de Lalonde: «Ça me fait du bien de lire cela.Ce n’est pas du tout mon univers et je ne saurais sûrement pas écrire de cette manière.Mais je l’admire.Plutôt qu’un hymne à la mère Nature, je vois plutôt dans son œuvre un chant sur le petit monde qui nous entoure, y compris le cycle des saisons.C’est une écriture qui m’est inaccessible et qui me réconforte.» L’idée même du livre est venue à Dubois au beau milieu d’un orage, alors qu’il se trouvait dans la région de La Tuque.«J’étais au lac Flamand.Soudain, parmi les éclairs et les coups de tonnerre, je me suis mis à penser à mon père qui est mort et qui pourtant n’était jamais venu à La Tuque.Je me suis rapproché de lui à ce moment-là, et le projet du roman a pris forme à cet instant.C’est curieux, non?Curieux également qu’une des premières choses que j’ai aperçues en arrivant à La Tuque, ç’a été un immense panneau où j’ai lu: “Dubois taxi’’!» Le roman de Jean-Paul Dubois se termine par une sorte d’apaisement, ce qui n’est pas fréquent dans son œuvre.«C’est ce qui le rend différent de tous mes autres livres.Il y a une marche forcée dans la forêt qui est une épreuve pour mon personnage et, sur le plan symbolique, une traversée de tous les pères qu’on a en soi.En dépit de l’ironie et de l’autodérision que pratiquent mes personnages, ce qui me motive à écrire, ce que je recherche, c’est une forme de douceur.La fin de ce roman-ci est plutôt triste mais on sent une ouverture.A quoi servent les livres, finalement?Il me semble que ceux des auteurs que j’aime — Lalonde, Norman Maclean, Jim Harrison notamment — sont chacun à leur façon une solution de rechange à l’angoisse du monde actuel.» A défaut d’être sauvés ou absous par la littérature, nous voici, grâce à elle, un peu moins souffrants.SI CE LIVRE POUVAIT ME RAPPROCHER DE TOI Jean-Paul Dubois Éditions de l’Olivier, Paris, 1999, 213 pages ESSAIS La Bible d’Elie Wiesel CÉLÉBRATION PROPHÉTIQUE Portraits et légendes Elie Wiesel Éditions du Seuil, Paris, 1998, 316 pages.I i • i N AÏ M RATTAN On connaît Elie Wiesel, le survivant d’Auschwitz, le témoin, le romancier, le Prix Nobel de la Pane, l’ami de Reagan et de Mitterrand.Avec son dernier ouvrage, Célébration prophétique, il nous rappelle qu'il est, qu’il fut depuis son enfance, un lecteur de la Bible et, depuis des années, un enseignant du Livre ainsi que de ses commentateurs talmudiques et des légendes qui entourent les figures bibliques.Wiesel poursuit une longue tradition, celle des étudiants de la Torah.Il lit le texte, cherche à le comprendre, se heurte parfois à des ambiguités, à d’apparentes contradictions, voire à des énigmes.D parcourt alors les commentaires talmudiques, ceux des grands rabbins qui, du Nachmanide à Rachi, ont tenté d’expliquer le texte.Souvent, U se trouve en face d’arguments opposés.Il évoque les légendes et, tout en acceptant l’histoire telle qu’elle est rapportée, il s’arrête, s’étonne, s’interroge.Pourquoi Dieu n’a-t-il pas permis à Moïse d’entrer dans la Terre promise?Pourquoi les fils d’Aaron furent-ils brûlés alors qu’ils célébraient Dieu dans le tabernacle?Wiesel n’hésite pas à exprimer un sentiment qui ne suit pas la tradition ou les idées reçues.Il cherche chez les commentateurs et dans les légendes des appuis.Ainsi, Agar n’est pas l’esclave arrogante, justement châtiée, mais une noble princesse égyptienne qui subit l’injustice de Sarah et d’Abraham mais que l’ange de Dieu accompagne toujours.Et Ismaël?Fallait-il qu’Abraham favorise Isaac, lui qui aimait aussi Ismaël?L'akeda, la ligature d’Isaac n’était-ce pas aussi un rappel de cette injustice?Sarah avait peut-être tort de favoriser si fortement son fils.Wiesel ne la condamne pas, mais cherche à comprendre.Parce qu’elle avait tort — et qu’elle le savait mais ne pouvait s’en empêcher —, il nous incombe, nous qui sommes ses enfants, d’essayer de corriger sa faute sans la renier, elle.Pourquoi ne partagea-t-elle pas son amour entre Isaac et Ismaël et ne s’efforça-t-elle pas de les rapprocher l’un de l’autre?Quant à nous, n’est-ce pas notre devoir de le faire?Wiesel fait vivre pour nous, nous fait partager la vie des prophètes, non comme des personnages antiques sinon archaïques, non comme des figures mythologiques, mais, plus simplement, comme des hommes et des femmes avec leur grandeur, leur force, leur piété, leur humilité mais aussi avec leurs faiblesses, leurs transgressions, leur orgueil et leurs colères.Il les aime, c’est évident, parce que, justement, ils nous sont proches, parce qu’ils nous ressemblent dans leurs manques et nous appellent à les suivre dans leur humilité et leur grandeur.Wiesel fait ici usage de ses talents d’écrivain et de romancier sans chercher à réduire ces grands acteurs de l’histoire à des produits de l’imaginaire.Il poursuit la tradition talmudique de débat et d’échange.Tout en obéissant aux règles de la langue d’origine du texte, il en fait une lecture personnelle afin d’atteindre le sens de la parole, poursuivant ainsi la pratique des ancêtres qui, depuis vingt-cinq siècles, étudiaient le Livre et discutaient à l’infini, sans parvenir nécessairement à des conclusions.En cela Wiesel obéit au précepte talmudique qui énonce que ce qui importe est la question, plus que la réponse.Aussi, termine-t-il souvent ses portraits sur des interrogations, se plaçant ainsi dans la lignée des étudiants et des enseignants.Pour lui, la Bible est un livre ouvert, vivant, qui n’a cessé de nous interroger du fait même qu’il nous invite à l’interrogation.MALAISES IDENTITAIRES Échanges féministes autour d’un Québec incertain Sous la direction de DIANE LAMOUREUX, CHANTAL MAILLÉ et MICHELINE DE SÈVE Est-ce que l'idée de la souveraineté du Québec est toujours défendable d'un point de vue féministe ?Quel sens peut prendre l’appartenance communautaire ?Le «nous» national a-t-il pour fonction d'inclure ou d’exclure ?(MMDANOUMUI CMANUl wuui mcwunmMvi MALAISES IDENTITAIRES tCMMoa» rtuMTR Aïnou* ou* QUCKCIHCamu* IM Wfem En questionnant les entrelacements du nationalisme et du féminisme, les auteures veulent aussi signifier que le féministe est un point d’entrée dans l'universel.Des texte de Micheline de sève, Anne-Marie Eortier.Diane Lamoureux, Chantal Maillé, Katherine Roberts,.Sherry Simon et Marid-i Blanche Talion.204 p., 19,95 $ Chez notre lit nuire Boréal les éditions du remue-ménage 110.rue Sainte-Thérèse, bur.501, Montréal (Québec) H2Y 1E6 Tél.(514) 876-0097 .Télec.(514) 876-7951 y LETTRES QUÉBÉCOISES LECTURE EN BREF La mort comme projet de vie DU SANG SUR LA CHAIR D’UNE POMME Maxime Roussy, alias M.St-A.Les Intouchables, Montréal, 1999, ;.192 pages A la manière de ces tueurs fous qui tirent sur tout ce qui bouge, la jeune narratrice du livre de Maxime Roussy n’épargne personne au cours de son récit tour à tour réaliste et délirant, véritable «clip» littéraire bourré de vio-¦ lence, d’obscénités où triomphe un humour plus noir que noir relayé à ! l’occasion par une ironie ravageuse.Les adolescents, qui sont les per-.sonnages principaux, ne sont pas jolis.Tous, ils sont effrayants dans leurs propos, dégoûtants dans leurs agissements.Et pour ajouter à ce climat iconoclaste, la plupart ont des prénoms bibliques, tout comme les patronymes des adultes.La narratrice s’appelle Marie Saint-Aubin — on la surnomme Mical: c’est sa drogue de prédilection — et son amoureux, Barabass; il triche à l’école, c’est un xénophobe violent qui aime bien tabasser les étrangers avec la complicité de son cousin Satan, lui-même parricide.Barabass a beau être vaniteux, prétentieux et condescendant, selon Marie, il n’empêche que «toutes les filles rêvent de le fréquenter».Plus odieux encore, il ambitionne de réaliser des films pornographiques; le premier a déjà été tourné avec pour vedette Sara, une amie de Marie dont la moitié du corps est refait par la chirurgie plastique, qui est enceinte pour la deuxième fois,et.qui a une maladie vénérienne! Elie, lui, plutôt .que de prophétiser, prend plaisir à violer des fillettes.Ces jeunes qui se droguent et se saoulent à en devenir comateux fréquentent tout de même l’école, appelée ici «Institut».Comme on s’y serait attendu, l’immeuble est une sorte de chantier sinistre et les cours y sont à l’avenant.Le récit de Marie démarre d’ailleurs par la description juteuse d’une classe en folie, dans un cours d’enseignement religieux et médiatique (sic) où le professeur, M.Jésus, porteur de stigmates, tente de , faire à ses élèves une démonstration de «l'art d'enfiler un condom».Le directeur, lui, est un sadique impénétrable qui organise des «batailles de bouffe» à la cafétéria alors que le professeur d’éducation physique ne peut pas ouvrir la bouche sans blasphémer.Mme Bethléem, qui enseigne le français, radote sur son expérience des camps.L’infirmière, en revanche, n’est que drôle: pour mieux communiquer avec les jeunes, elle s’exerce au parler ado.Mais comment en vouloir à ces pauvres pédagogues formés, selon Marie, «à écu-mer des bouquins, à participer à des mises en situation, à se prendre au sérieux.En vain.Jamais ils ne pourront saisir nos règles du jeu».Parents idiots Les parents du récit de Maxime Roussy ne sont pas en reste.Ils sont, sans exception, classés imbéciles ou idiots.Le père de Marie, amateur de pornographie comme la plupart des mâles — s’agirait-il d’une tare génétique?—, est un obsédé de la propreté; sa mère est une institutrice imprégnée de mysticisme nouvelâgeux.Ils sont tous «modernes», ces parents, c’est-à-dire qu’ils laissent en toute bonne conscience leurs enfants dériver à leur guise.L'un d’eux a-t-il violé sa fille avant que son fils et ses amis ne l’imitent?La mère ne leur en veut pas pour si peu: «Ils m’ont expliqué leur point de vue, je leur ai expliqué le mien.En se respectant mutuellement, nous sommes arrivés à un compromis juste et équitable.» Exceptionnellement, les parents de Marie vivent encore ensemble — sans doute pour des raisons d’économie.Ceux d’Abigaïl également, mais ils vont se séparer sous peu.A Marie qui lui demande avec qui, de son père ou de sa mère, elle ira vivre, elle répond: «Je vais aller là où il va y avoir la plus grosse piscine.» Tout va mal dans les couples et les familles, et chacun s’accommode de ce qui est ici une norme.Dans l’effroyable petit monde que décrit Marie Saint-Aubin, où on survit grâce à l'égoïsme et au cynisme, la mort est, avec la sexualité et son cortège de perversions, une obsession quotidienne qui n’effraie plus personne tant elle frappe souvent: il y a même un ta- Minime Roussy AlM M.U A pomme , - -11 V AC AU Ml ill# Elena Botchorichvili Le Tiroir au papillon ROMAN 210 PAGES • 22,50 $ Boréal Oui l’aime me lise.N .MUNI lilSMUUI ¦BMUu 240 PAGES • 22,50 $ « Une pensée bien vivante, incandescente et poétique.» Pierre Thibeault • ICI « Il y a tout un univers dans ce très court récit d’Elena Botchorichvili.» Robert Chartrand • LE DEVOIR 96 PAGES • 15,95 $ ®s Marcotte La Mort de Maurice Duplessis ET AUTRES RÉCITS Mi Roy Le Grand Respir NOUVELLES « Alain Roy joue sur tous les tons et dans tous les styles, du loufoque au fantastique.Un dénominateur commun à tous ces écrits : le sens de l’inattendu et de l’énigme, qui nous ramène au même point : la question de notre identité.» Carole Le Ilirez • L'EXPRESS « Un très beau texte, où la sobriété devient presque une prouesse, tant les sentiments exprimés sont intenses.» Reginald Martel • LA PRESSE « Une écriture précise et élégante.» Marie Labrecque • VOIR 200 PAGES • 19,95 $ Robert Lalondc Le Vacarmeur Fr» Magnenot Italienne ROMAN NOUVELLES « Ce recueil de nouvelles est le premier de Nadine Bismuth, une fille de 23 ans qui a un talent fou.[.] Pas un mot de trop et pas un qui manque.Une adéquation parfaite du propos et du style.» Reginald Martel • LA PRESSE NOTES SUR L’ART DEVOIR, DE LIRE ET D’ÉCRIRE « Une inoubliable promenade sauvage et savante en bordure des eaux, des forêts et de la littérature.» Jean-Paul Dubois LE NOUVEL OBSERVATEUR 174 PAGES • 17,95 $ Rimini, Pescara, Taranto, un homme, pèlerin de l’amour perdu, traque à travers toute l’Italie le souvenir de la femme qui l’a quitté.Un premier roman porté par une énergie et un mouvement irrésistibles.168 PAGES - 19,95$ Naie Bismuth Les $ens fidèles ne font pas les nouvelles L E l> E V OIK.I.E S S A M E I) I ,r> E T I) I M A N C II E (i .1 U I N I it !» !» AnoW NoC.l Le seigneur desmlabag?s Raymond Piante Le nomade BOMBARDIER en commun Liber mammmmmam JKAN-l’AUESTERCQ' Une littérature à découvrir D’UN BOL COMME IMAGE DU MONDE Werner Lambersy Le Loup de Gouttière/Communauté française de Belgique Québec/Bruxelles, 1999,63 pages D'UN BOL COMME IMAGE DU MONDE -Livres ** ESSAIS ÉTRANGERS Le flux en dix leçons Gates ou la vitesse de la connerie POÉSIE La première émotion Les hésitations de Lambersy et Pleau faut créer, nous dit Gates, un tel système dans l’entreprise, qui sera «l'équivalent numérique du système nerveux humain».Ainsi innervée, la direction de l’entreprise se verra fournir «un flux de données intégré au service concerné de l’organisation, au bon moment».La satisfaction est garantie: «[.] grâce à votre système nerveux d'entreprise, vos affaires progresseront à la vitesse de la pensée — et c’est bien là la clef de la réussite au XXI' siècle.» La vitesse La «vitesse de la pensée».Depuis quand la pensée est-elle rapide?N’a-t-elle pas besoin de mûrir N’a-t-elle pas besoin d’un moment pour prendre son souffle, pour s’arrêter?Les plus grandes pensées n’ont-elles pqs été le fruit de longues méditations?Évidemment, Gates parle ici de la pensée de l'entreprise, organisation cherchant des buts intermédiaires — livrer la marchandise, satisfaire des clients — pour atteindre le but final: le profit.Dans de telles circonstances, il est vrai que la «pensée» doit se soumettre à un impératif de rapidité.Pensons seulement à la frénésie journalistique, qui donne envie de faire l’éloge de la lenteur.Mais la notion de «vitesse de la pensée» devient terrifiante quand on la sort de son milieu d’application, l’entreprise, et qu’on l’applique à l’éducation comme le fait Gates dans son chapitre 22, d’une stupidité sans nom.«Les élèves sont les travailleurs de l’information par excellence, puisque apprendre n'est pas autre chose qu’acquérir des connaissances.» Gates plaide pour que tous les élèves obtiennent un portable.Dans son optique d’une fausse naïveté qui ne manque pas d’être suspecte, la teclmo-logie règle vraiment tous les problèmes.Sans en créer de nouveaux.Or elle en crée au moins un majeur la technique s’interpose entre nous et le monde et elle nous en donne une vision particulière.Par exemple, à lire Gates, on comprend que l’intelligence humaine n’est qu’une forme temporairement plus puissante bien que moins exhaustive «d’intelligence» informatique.Curieux pour des gens qui nous disent qu’il faut passer du mécanique à l’organique! L’éducation, c’est la lenteur, la patience.Il faut répéter.On ne fait pas que «remplir» une mémoire.Ce n’est souvent que plusieurs années après un effort scolaire, une lecture exigeante par exemple, que l’on se rend compte de ce que tout cela nous a apporté.On en vient même parfois à maudire les profs qui ne pensaient qu’au plaisir immédiat d’apprendre.Or l’ordinateur conforte cette illusion et Bill Gates y va à fond la caisse.«Tous les savoirs du monde» et autres clichés éculés sont répétés à satiété.Lire Gates a au moins cette vertu: on développe le goût de la poussière et des vieux livres.On a envie de citer Boileau: «Ne vous piquez point d’une folle vitesse!» Entendons-nous: les ordinateurs, comme toute technique, rendent des services.Ils sont parfois tellement pratiques qu’on s’en émeut.Mais à croire qu’ils vont régler tous les problèmes, à ne pas voir qu’ils influencent et réduisent notre vision du monde et de l’homme, on court à notre perte.arobitaille@sympatico.ca LE TRAVAIL À LA VITESSE DE LA PENSÉE Une vision pour le troisième MILLÉNAIRE Bill Gates Traduction de l’américain par Daniel Roche, Mari-Hélène Sabard et Catherine Vacherat Robert Laffont, Paris, 1999,409 pages Certains s’insurgeront que nous traitions d’un essai de Bill Gates dans cette chronique.«U reçoit assez de pub comme ça», m’a dit un ami.C’est le moins qu’on puisse dire, vraiment! Couverture du Time Magazine, articles dans tous les grands journaux américains, etc.Et c’est justement pour cela, selon moi, qu’il faut en parler.Pour plusieurs, Gates, président-fondateur de l’empire du logiciel Microsoft, serait une sorte de grand Satan contemporain.Un monstre tentaculaire conquérant même sur les fleurons de la nouvelle économie québécoise comme Softimage.Tant d’argent et tant de puissance effraient.Tellement que le gouvernement américain a entrepris, on le sait, de passer les ambitions commerciales de Microsoft au crible de la loi antimonopole américaine.Voilà qui en serait assez pour décou- 186 pages, 21 dollars Aimez-moi les uns les autres 224 PAGES • 27,95 $ REGARDS SUR LE POÈME Carnet de notes Michel Pleau Le Loup de Gouttière Québec, 1999,70 pages Provenant de générations et de cultures différentes, Werner Lambersy et Michel Pleau se retrouvent en poésie grâce à une écoute semblable du monde.Un monde dépouillé de ses artifices, de ses obstacles naturels.Là où commence la fuite intérieure des souvenirs nécessaires.De ces pôles, chacun interroge l’apparition d’une beauté inséparable du mouvement indicible de l’existence.Une poésie faite d’images et de signes, à la recherche du mystère de naître.Pour donner lieu à des œuvres aussi lentes et tragiques que la rencontre du temps.Né à Anvers en 1941, Werner Lambersy a toujours entretenu des liens féconds avec les éditeurs et le milieu littéraire québécois.À la suite d’échanges avec Le Noroît et Les Écrits des Forges, ce poète belge s’associe maintenant avec Le Loup de Gouttière et l’artiste Gabriel Lalonde, de Québec.D’un bol comme image du monde perpétue une quête fragile de «l'harmonie immanente en toutes choses», liée au «diapason universel» des origines.Devant l’épuration nécessaire de son langage poétique, Lambersy interroge le vide ainsi que l’abîme d’où émergent les choses.Tel un récit de la matière et des éléments, le geste fondateur du mélange reproduit dans un cadre métaphorique le désordre du big-bang.C’est donc à partir de l’émotion la plus simple que s’explique la réalité la plus complexe.Ce bol réunit les contraires et brasse la substance qui sépare le visible de l’invisible.Il mêle les contrastes de l’amour à même la solitude de l’unité première.Sous d’autres formes, cette intuition habitait déjà les derniers recueils de Lambersy qui s’inspire de l’art et de la sagesse chinoise: «Du chaos bien malaxé / la main / du rythme retira un morceau / Entre les doigts / le pouce et la paume / où la pression se fit plus douce / (Celle-ci pour l’esprit / celle-là pour l’âme / Et les autres pour être conformes / à la nature érectile / du plaisir) / Naquirent le bol de cuisine / et le trouble de l’homme / devant les femmes.» Malgré la force évocatrice de certains passages du recueil, on sent une certaine complaisance dans cette courte suite décousue.Il manque à cet ensemble la densité qui caractérisait l’écriture de livres tels Maîtres et maisons de thé, Architecture nuit ou encore L'Arche et la cloche.Trop souvent, les mots oscillent entre l’évidence et l’abstraction d'un message qui n’a rien à voir avec la poésie.De plus, on ressent une sorte de fabrication inytile autour du non-dit échappatoire.A d’autres moments, c’est la faiblesse de certaines images («les traîneaux à chiens de nos vies») qui brouille le lieu véritable du poème.Malgré ces lacunes passagères, il faut suivre l’œuvre exploratoire de Werner Lambersy à travers son cheminement sinueux.Expérience d’écriture Regards sur le poème de Michel Fléau est, en quelque sorte, un livre d’accompagnement à son dernier recueil de poèmes (Plus loin rfue les cendres, Le Noroît, 1996).Il regroupe quelques réflexions, ainsi que des anecdotes, sur sa propre expérience d’écriture où lire, vivre et créer se rejoignent.Toute cette conception se fonde sur la connaissance de l’autre en soi, d’une rencontre possible avec sa véritable solitude lorsque le poème s’adresse au silence de la mémoire.On devine dans cet apprentissage un besoin très concret d’unir la poésie à une présence vécue.Grâce au fragment, ce carnet ne s’enferme pas du côté du journal intime, ni dans l’essai théorique.Il forme plutôt une sorte d’archéologie des «lieux du poème» et de «l’écriture vivante»: «J’ai à dire qui je suis.Nous avons tous à dire qui nous sommes.La présence de l’autre me permet de me connaître, non pas parce qu’il me dit qui je suis, mais parce qu’il me donne l’occasion de lui dire ma présence et mon existence.Grâce à l’autre,’ il y a quelqu'un au bout de ma parole.» Sans vouloir déprécier les bonnes intentions de l’ensemble, il est apparent que ce travail ne va pas au bout de lui-même.Tout ce qu’il affirme est juste, mais ce regard reste toujours en surface d’une voue qui manque d’approfondissement.On se demande si certaines anecdotes sont à ce point essentielles.Également, il me semble un peu facile de, toujours revenir sur l’exemple de Nelli-gan ou encore sur les vers les plus connus de Saint-Denys Garneau.Four-' quoi faut-il s’en remettre à ce point aux «mêmes livres», aux mêmes réfé-; rences?C’est peut-être cette impasse, cette sécurité de l’œuvre, qui empêche, la poésie de Michel Pleau de suivre son' impulsion première.Loin de ce qu’elle possède véritablement, on pouvait s’attendre à beaucoup plus de la part de l’auteur de La Traversée de la nuit.Le carnet de Michel Pleau n’est pas un journal intime : il forme une sorte d’archéologie des lieux du poème rager tout chroniqueur de lire Gates, de rendre compte de son livre, même si ce dernier en vendra des tonnes; ce qui du reste devrait paraître paradoxal, voire contradictoire, de la part d’un chantre du numérique qui annonce la mort du livre.(Ici encore, d’ailleurs, Gates prédit la fin des manuels scolaires et leur remplacement par des sites Web.) Faut-il commenter Gates?Oui, je crois.Et non pas le critiquer simplement, avec un gros rire gras, avec mépris, mais aller au fond des arguments, des métaphores, de la vision du monde et de l’homme qui se dégagent de ce type de livres, lesquels se trouvent en moins de deux sur les tables de chevet d’une majorité de grands gestionnaires, dans des dizaines de pays.Autrement dit, des essais ont un grand impact Ils déterminent de nouveaux lieux communs, de nouvelles croyances; ils influencent la gestion au quotidien dans le privé comme dans le public.Des citations tirées de ce texte émailleront bientôt les discours les plus convenus, habituels.Les idées du «management», aujourd’hui, surtout lorsqu’elles proviennent de «CEO» ou de «p.-d.g.» qui ont «réussi» (chez nous, Charles Sirois nous indique ses Passages obligés), sont exprimées à tout vent, reprises couramment.Ces idées circulent de plus en plus rapidement dans les discours politiques, même si elles sont peu raffinées.Même si les p.-d.g.se permettent souvent de parler de ce qu’ils ne connaissent pas, de plaquer sur la société leurs analyses étroitement gestionnaires.De plus, à l’ère du tout à l’économie, de l’obsession du travail, de l’effondrement des institutions traditionnelles, c’est l’entreprise, selon plusieurs O’au-teur Thierry Pauchand, par exemple), qui reste la seule à pourvoir du sens à la vie.D n’est sûrement pas vain de se pencher sérieusement sur la source même des discours qui offrent une compréhension de l’histoire du travail, de son rapport à la technique.Un livre technique Certes, on trouvera plus éthéré, plus théorique que le livre de Gates et de son ghost writer, Collins Hemingway.Il y a une humilité de l’exemple, de l’étude de cas, dans ce livre, qui surprend.Gates aligne les enseignements tirés de l’expérience de grandes entreprises américaines et mondiales.Il parle aussi ouvertement des «revers de Microsoft», des erreurs commises.Notamment du fait qu’il était en train de rater le coche Internet, en 1995, lorsque Windows a été lancé.Au reste, Le Travail à la vitesse de la pensée, malgré les dénis de l’auteur, a les apparences d’un manuel technique.Chaque fin de chapitre propose une série de questions pour passer sa propre entreprise au test de M.Gates: «Pour que le flux de données devienne un élément intrinsèque de l’entreprise, douze étapes sont indispensables.» Le flux en «dix leçons»! Gates critique, et même parfois s’autocritique, mais il prêche surtout.C'est un donneur de leçons doublé d’un véritable thuriféraire du numérique.C’est même là le fil conducteur de l’ouvrage: à notre époque de convergence technologique, «rares sont les entreprises qui se servent des technologies numériques pour améliorer radicalement leur manière de fonctionner, exploiter pleinement les compétences de leurs employés».Bref, la mutation est là, à portée de main.Mais plusieurs ne font pas le saut.Le livre vise à convaincre le plus d’entreprises possible à passer au tout numérique.Et on est tenté d’ajouter «avec les logiciels Microsoft, évidemment»! Gates ressuscite de vieilles utopies, comme celle d’un bureau sans papier.D y a quelque chose de suranné chez lui, une tendance à systématiser sa vision du monde qui relève de l’idéologie pure.La métaphore qui traverse le livre est organique — mode oblige —, c’est celle du «système nerveux».Il Bob Rae Prospérité et bien commun Ex-premier ministre néodémocrate de l’Ontario, Bob Rae expose ici ses convictions sociales-démocrates confrontées à la tournure «économiste» du monde contemporain.roman plein d’humour et d autodérision.» LE NOUVEL OBSERVATEUR « un ouvrage au style vif, efficace, sans fioritures.» Use Lachance • LE SOLEIL werner uunbersy Seuil LIVRES ANCIENS ET MODERNES • Achat • Vente • Expertise 4.BOUQUINSRIE SUINT-DENIS 4075.rue St-Denis (angle Duluth) Achats à domicile (514) 288-5567 « Le seigneur des rutabagas (.) Totalement génial.On est vite accro à la prose délirante de l’auteur.» Karine Vilder.Clin d'œil « (.) une fable colorée et complètement désopilante (.) Une nouvelle voix originale ! » Pierrette Roy, La Tribune «Truculent.Débridé.Loufoque.Décoiffant.Le roman de Noël est tout cela.» Jean Fugère, Le Journal de Montréal « Le Nomade est écrit avec sensibilité, dans une langue imagée, au rythme soutenu.» Lise Lachance, Le Soleil «On retiendra de ce roman qui n’en est pas un tout à fait la qualité de l’émotion, la fluidité de l'écriture, la simplicité de la construction.Le Nomade apporte à l'œuvre de Raymond Plante une dimension nouvelle, inattendue.» Réginald Martel, La Presse LA COURTE ECHELLE I.E 1) E V OIK.LES S A M E I) I 5 ET 1) I M A N (' Il E li .1 I" I \ I !» !» !» —*¦ Livres •*— LE FEUILLETON Un certain été 1958 UNE VEUVE DE PAPIER John Irving Traduction de l’américain par Josée Kamoun Seuil, Paris, 1999,583 pages Est-il besoin de présenter John Irving, un des auteurs américains les plus lus aujourd’hui?Auteur du Monde selon Garp (1976, traduction: 1980), de L’Œuvre de Dieu, la part du Diable (1985, traduction: 1986), d’Une prière pour Owen (1989), il en est ici, avec Une veuve de papier, à son neuvième roman, auquel il faut ajouter un recueil de nouvelles (Les Rêves des autres, 1993) et un récit (La petite Amie imaginaire, 1996).Étant donné son passé de lutteur Outte gréco-romaine), la critique s’est souvent plu à recourir à des métaphores sportives lorsqu’elle parlait de lui.C’est même devenu un lieu commun, le roman y devenant une sorte de ring, l’écriture une série de coups habilement ou puissamment donnés, et le nombre de pages le témoin de son endurance marathonienne.Quand il fait plus court ou moins dense, on dit qu’il s’essouffle, quand il voit ample, qu’il est en grande forme, voire qu’il a retrouvé sa forme d’antan.Bref, c’est un sportif de la plume.Il est vrai qu’Irving ne fait pas dans le chétif, lui qui aime bien se comparer aux grands romanciers populaires du XIX' siècle, et notamment à Dickens, son maître.Et cette fois plus que jamais, avec ce roman de près de 600 pages.Heureusement pour nous, Irving est un fort habile auteur, sinon un excellent conteur.Et il est bien rare que nous nous ennuyions en le lisant.Il sait ménager les surprises, faire rebondir le récit, inventer des personnages (plutôt) crédibles, mélanger le tragique et l’humour, sinon le burlesque et le dramatique, voire même nous faire oublier que nous sommes en train de lire un roman et que cela comporte — ou devrait comporter — une certaine difficulté, ne serait-ce que celle d’y consacrer du temps et de l’énergie.On y entre, on le suit, et on va jusqu’au bout, avec parfois cette impression qu’un film se déroule sous nos yeux — ce qu’il n’est d’ailleurs pas donné à tous les écrivains d’atteindre.Avec ce dernier roman, on peut dire qu’Irving réussit parfaitement son coup, celui de nous embar- quer, même si cela s’étiole en longueur vers la fin.L’amour à seize ans On hésite parfois devant certains auteurs à résumer leur récit, voire même à y faire allusion tant ce n’est pas à ce niveau que cela se passe.Avec Irving, c’est tout le contraire.On se braque sur l’intrigue (d’ailleurs ici assez ténue), alors qu’on remarque à peine la narration, c’est-à-dire l’art de mettre tout cela en forme, de raconter à partir de moyens rhétoriques et langagiers.Comme si l’écriture devait se faire oublier pour faire place à la réalité représentée.Son art consiste donc essentiellement à mettre en place les ingrédients d’une «histoire» qui sera parfaitement cohérente en elle-même, soutenue par des personnages tout aussi cohérents et crédibles.Le reste doit venir de cette structure de surface qui engendre nécessairement du romanesque.Et ce roman, en effet, n’en manque pas.Quand il commence, nous sommes déjà dans le vif du sujet.Une petite fille de quatre ans est réveillée en pleine nuit «par le bruit d’un couple en train de faire l'amour» et croit tout d’abord que sa mère est en train de vomir.Il se trouve que l’homme qui est avec sa mère n’est pas son père, mais un jeune homme de seize ans que son père a engagé, Eddie.C’est l’été 1958, et Eddie en est à son premier boulot: servir d’assistant à un célèbre écrivain pour enfants, doublé d’un irrépressible tombeur de femmes, Ted Cole.On découvre bien vite que la mère, Marion, a perdu quelques années plus tôt ses deux fils dans un accident de voiture.Pour la consoler, le mari lui a fait un autre enfant, Ruth (qui est la petite fille du début).Mais rien ne peut consoler cette femme, qui s’est littéralement murée dans le deuil, sauf peut-être de rencontrer un jeune garçon qui lui rappellerait l’un de ses fils.Et c’est le cas d’Eddie.Ted Cole le sait et c’est d’ailleurs sur la foi de cette ressemblance qu’il l’a engagé.Cet été-là révélera à Eddie le sexe (oh, la performance éblouissante des jeunes garçons sous la plume d’irving!) et l’amour, mais rendra aussi impossible toute rencontre ultérieure avec une autre femme.Comme son père, Eddie deviendra enseignant et, surtout, commettra quelques Jean-Pierre Den is [Faites ., vosprovisions i« P°ur l’été! I I I I I I t I I IL II •5 E .£ s a a 11 À l'achat de trois livres Le Parchemin vous offre : Offre en vigueur Jusqu’au J y juin 1999 20% Q0 de n % 30* rabais sur le premier livre* de rabais sur le deuxième livre* de rabais sur le troisième livre* Sur présentation de cette annonce seulement Librairie le Parchemin La librairie des meilleurs prix Mezzanine Métro Berri-UQAM - Tel : (514) 845-5243 roman Seuil PAPIER romans plutôt médiocres racontant son amour éperdu pour Marion.Un monde d’écrivains Avant que l’été ne se termine, Marion va partir, sans même un mot pour sa fille qui ne saura jamais où elle est ni si elle est morte.«Si je me laisse aller à l’aimer et qu’il lui arrive quelque chose, se disait-elle, qu'est-ce que je vais devenir?Elle savait bien qu’elle n’aurait jamais la force de supporter la mort d'un enfant une fois de plus.» Marion ne réapparaîtra que trente-sept ans plus tard, après avoir produit plusieurs romans de nature autobiographique et s’être fait une certaine réputation au Canada, où elle avait choisi de vivre.Pendant ces années, Ruth va grandir et, surtout, devenir elle aussi une écrivaine — mais une écrivaine de réputation internationale (le monde irvingnien est plein d’écrivains).Traduite dans plusieurs langues, elle va beaucoup voyager, désespérant de rencontrer un jour un homme qui lui plaise (l'image de son père la hante).Lors d'un séjour de promotion de ses livres à Amsterdam, elle va assister à un meurtre en direct.Cachée dans la penderie de la chambre d’une prostituée, elle va voir un homme étrangler celle-ci.Cette partie du roman où Irving nous décrit les quartiers chauds d’Amsterdam et les diverses familles de prostituées montre que l’écrivain s’est bien documenté.Elle montre aussi que, pour avoir du succès aux États-Unis, rien ne vaut un personnage de serial killer, que ce soit dans im roman ou dans un film.Ça marche à tout coup.Pas mauvais en soi, ce long chapitre n’était pas absolument nécessaire, même s’il a servi à introduire le personnage d’un flic d’Amsterdam plutôt sympathique, par ailleurs fan inconditionnel de l’écrivaine Ruth Cole.Oh, coincidence! C’est là qu’Irving montre ce qu’il est vraiment un auteur à succès, désonnais prisoiuiier du «marché» qui lui assure son succès.C’est malheureux car il a beaucoup plus de talent que cela, et c’est un formidable conteur.Souhaitons-lui donc une aimée sabbatique où il prendrait le temps de réfléchir (si ça lui est possible de penser autrement) à ce que devrait être la littérature aujourd’hui, loin des sirènes de la notoriété et du succès qui n’ont jamais fait que perdre les écrivains dans les sables mouvants de la vanité.denisjp@mlink.net ^UN HABIT DEUJMIÈRE roman Seuil Un jour, l’existence de Rose-Alba, de son mari Pedro et de leur fils Miguel sera bouleversé par l’arrivée d’un étrange personnage, danseur de son état, seigneur de la nuit et de ses sortilèges.Seuil 144 PAGES* 19,' LE CIEL LE PATRIARCHE) BU DUPLESSIS DE QUEB Jacques V •mon PAYS SANS CHAPEAU Le ciel Claude lasm# de Québec EDITEUJ PAYS SANS CHAPEAU Une nouvelle Jition du plus La nouvelle édition en format poche de ce roman «le plus puissant, le plus bouleversant» de Dany Laferrière.fllne biogral phiction de ce despote -génial ?fou ?mégalomane ?- qui sut s'allier aussi bien le petit peuple des campagnes que le grand capital I des villes.Le patriarche bleu DUPLESSIS DES LIVRES ET DES IDÉES ?L'herméneutique de Maurice Blondel Son émergence pendant la crise moderniste Alain Letourneau On retrouve dans les textes du début du siècle de Maurice Blondel les intuitions qui conduisent aux grandes découvertes de l'herméneutique.312 PAGES.29.95 S Bellarmin or.oftct's 1.wouhs À quoi «crt l’hÎMoire?MllAHMIK -' Penser par lettre Sous la direction de Benoît Melançon Les auteurs de cet ouvrage affirment que la lettre est un objet dont l'interprétation est particulièrement féconde car nous avons tous eu un jour à « penser par lettre ».38-1 PAGES 29.95 s La place de l'autre Fonctionnaires et immigrés au Québec Carolle Simard Selon Carolle Simard, le rôle particulier du fonctionnaire travaillant avec les immigrés est le pivot central et le révélateur de la question controversée de l'immigration.176 PAGES.24.95 S PltlX ravmono-Kuhansky 1999 Le fils du notaire Jacques Perron 1921-1949 Marcel Olscamp e jeune Perron sous la loupe de Marcel Olscamp, c'est l’histoire du Québec secouée par de nouvelles idées.428 PAGES.29.95 S rrrr- Hegel ou de la raison intégrale Jean-Luc Gouin Cet ouvrage est une solide introduction à la pensée de I legel et l'Idéalisme absolu constitue une ambroisie que tout « honnête homme » est en mesure de bien goûter.232 PAGES.29.95 S Bellarmin JJjpT Les grands penseurs du monde occidental L'éthique et la politique de Platon à nos jours Jean-Marc l’iotte De Platon à nos jours, une histoire de la pensée si facile et si claire, grâce à l'esprit synthétique de ('auteur.624 PAGES.19.95 S jfan-Marc.PIOIU Les grands penseurs du monde occidenlal t il 9 N» *sw 4* 4 m /*»! .-— À quoi sert l'histoire ?Georges Langlois Donner un sens au monde qui nous entoure, cela veut dire à la fois lui trouver une signification et une direction.Coll.L'essentiel 216 PAGES 15.95 S Bellarmin 07****; rp'.- Initiation à l'éthique sociale Louis O'Neill Ce livre est en fait un instrument propre à fournir une armature intellectuelle aux militants tie l'action sociale, à ceux qui croient qu'on peut changer les choses, construire un monde plus humain.486 PAGES.34.95 S LA Carolle Sun PLACE DE Fonctionnaire cl immigré» «u Québec L'AUTRE — F I D E S LE DEVOIR, LES SA M E I) I ,r» ET I) I M A N C II E (i .1 U I N 1 9 9 9 Livres LITTÉRATURE FRANÇAISE Jeunes, caustiques et critiques Impertinences de Beyala et Chevillard AMOURS SAUVAGES Calixthe Beyala Albin Michel, Paris, 1999, 245 pages i GUYLAINE MASSOUTRE Les littératures africaines sont en plein essor.Elles forgent un discours critique autonome, une réponse articulée du Sud au Nord.Négritude: on se souvient, ce concept d’Aimé Cé-saire a fourni une clé d’entrée dans le champ politique de la littérature postcoloniale.Tigritude: ce concept de Wole Soyinka regroupe maintenant les appels à l’insurrection populaire.A çôté des traditions africaines — notamment en matière d’oralité —, après la dénonciation des servitudes ^.coloniales, les littératures balkanisées « d’origine africaine métissent aujourd'hui les corpus nationaux de leur re-l gard noir.1 Europhones par domination — î francophone, lusophone, anglopho-[ ne,.— les écrivains africains parlent d’eux-mêmes avec la distance ! narquoise des consciences tragiques.On les aime pour cela.Pour leur identité plurielle.Pour leur émotion \ inventive et leur lucidité grinçante.; Pour le déséquilibre entre leurs î éclats virulents et leurs plages tendres.Pour leur vision utopique, à chaque fois que le monde moderne se pare sous leurs mots de fables anciennes aux couleurs fascinantes.Calixthe Beyala, née en 1961 à Douala, au Cameroun, et installée à Paris, est un bon exemple de cette littérature africaine dispersée, profondément transformée par l’émigra-tion.Dans le days officiellement bilingue de sa jeunesse, la jeune romancière n’a pas vécu de conflit linguistique: «Le français a toujours été pour moi une langue extraordinairement élastique;.je peux le peupler de mes propres traditions et de tout ce que j’ai reçu comme culture de base, fondamentalement animiste»-, elle commente ainsi son plaisir d’écrire, très évident dans chacun de ses livres.Pourtant, l’aliénation de la On aime les écrivains africains parce qu’ils parlent d’eux-mêmes avec la distance narquoise des consciences tragiques Calixthe Beyala communication est omniprésente.«pata-pata-patata: Ah, ce pays des Blancs, ça vous rend dingue!», commérent les Marna de Belleville.Son écriture est marquée par une forte dualité: un style poétique, à propension surréaliste, et une forme prosaïque, nourrie de dialogues débridés.Beyala, conteuse et lectrice Malicieuse et verbalement truccu-lente, cette littérature multiforme accuse des réalités politiques accablantes pour l’avenir des peuples africains.Mais, grâce à son allant et à sa souplesse particulière, elle dément les pronostics sombres.Calixthe Beyala se défend quant à elle de confondre politique et écriture.Pourtant, lorsque l’accusation de plagiat l’a frappée, sous la plume entre autres de Pierre Assouline, elle a dû se situer: «Je reconnais plagier dès que j’écris Je, car Je appartiens forcément à un autre.» L’affaire demeure trouble, mais la conteuse s’est révélée.Entendre et rapporter, lire et écrire sont en continuité.Cette histoire est riche de sens.Elle montre que les littératures africaines, avec les ruptures qui suivent les mutations culturelles accélérées, courent de grands dangers.Ces auteurs ont conscience de leurs dé- GROUPE SCABRINI IMPRIMEUR PRÉSENTE LES AG M V MARQUIS i m p r i m e u LapUSSiOTl du livre.^ Romans Québécois 1- LA PETITE FILLE QUI AIMAIT TROP LES ALLUMETTES, Gaétan Souq, Boréal 2- MA MÈRE ET GAINSBOURG, Diane-Monique Daviau, L'Instant même 3- LE PRODIGE, Nancy Houston, Leméac/Actes Sud ^ Essais Québécois 1- LES BŒUFS SONT LENTS MAIS LA TERRE EST PATIENTE, P.Falardeau, VLB éditeur 2- PAYS ET MENSONGES, Luc Bureau, Boréal 3- ET DIEU CRÉA LES FRANÇAIS t.2, Louis-Bernard Robitaille, BD ^ Livres jeunesse Québécois 1- LE BON.LA BRUTE ET LE VAMPIRE, Louise Leblanc, La courte échelle 2- NOÉMIE t.7, Gilles Ttbo, Québec Amérique 3- CAILLOU ENVOIE UNE LETTRE, Jocelyne Sanchagrin, Chouette Poésie Québécoise 1- MUSÉE DE L'OS ET DE L'EAU, Nicole Brassard, Noroît Livres pratiques 1- JE MANGE.JE MAIGRIS ET JE RESTE MINCE, Michel Montignac, Flammarion 2- 400 CAPSULES LINGUISTIQUES, Guy Bertrand, Lanctôt éditeur Romans Étrangers ^ r___________________________________________ 1- UNE VEUVE DE PAPIER.John Irving, Seuil 2- L'ASSOCIÉ, John Grisham, Robert Laffont 3- UN HOMME, UN VRAI, Tom Wolfe, Robert Laffont ^ Essais Étrangers 1- IA PRISONNIÈRE.Michèle Fitoussi, Grasset 2- L’ART DU BONHEUR, Dalai Lama, Robert Laffont 3- LA PLUS BELLE HISTOIRE DES PLANTES, Collectif, Seuil Le coup de coeur Québécois 1- UN DIMANCHE À IA CAMPAGNE, RENAUD-BRAY Jacques Dorion, Trécarré Archambault Monique et livre*, 849-6201 • Librairie Champlgnj, 844-2587 • Librairie Clément Morin, (819) 579-4153 Librairie du Soleil, (613) 241-6999 • Librairie du Square.845-7617 • Librairie Gallimard, 499-2012 Librairie Gameau Inc., 384-8760 • Librairie G€ Cau, (819) 566-0344 • Ubrairie Hermès Int., 274-3669 librairie U Fureteur Inc., (450) 465-5597 • Ubrairie Le Parchemin.845-5243 • Ubrairie Olhieri, 759-3639 Librairie Pantoute, (418) 694-9748 • Ubrairie Renaud-Bray Inc., 342-1516 • Ubrairie Vaugeoin, (418) 681-0254 boires comme de leurs atouts.Un de leurs défis consiste à se démarquer des modèles fraîchement acquis.Or, quels que soient ses emprunts et sa parodie, Beyala s’est taillé une place importante dans cette nouvelle écriture.A un moment précis où des auteurs plus ou moins épuisés nous vantaient les mérites de l’intertextualité.Beyala mérite son succès, car elle introduit un sujet féminin énergique, souvent insolent sous ses dehors dolents.On l’aime en butte avec le monde des hommes, avec le monde des Blancs et avec le monde d’aujourd’hui en général.Howard Buten, Romain Gary et Paule Constant, qu’elle pille soi-disant — et disons-le, sans doute —, n’ont qu’à bien se tenir.Fière du matriarcat qui l’a nourrie, cette écrivaine contestée et primée pour Les Honneurs perdus, décrié en même temps qu’il était couronné par le Prix du Roman de l’Académie française, publie son dixième roman, tout aussi vif, intelligent et intense que les précédents.Pour La Petite Fille du réverbère, elle a obtenu le Grand Prix du Comité Français de l’UNICEF, en 1998.Naturellement menteuse, familière et imprévisible dans l’exagération — trait qu’elle qualifie d’africain —, Beyala soulève «de grands bonheurs simples estampillés d’amitié et de solidarité aux couleurs de toutes les nations».Amours sauvages raconte les sarabandes cocasses d’Ève-Marie, une Africaine mafflue de Belleville qui court après son homme, un Blanc écrivaillon, paresseux et infidèle.Les rires et les larmes, entre deux commérages et quelques clichés, se déversent abondamment.Ces clins d’œil sont tout ensemble superfi- EHIC CIIEVILLAHI) L'ŒUVRE POSTHUME I4E THOMAS PILASTER uis Al)trios* io.w/vr/r ciels, joyeux et désespérants.Amateurs de littérature populaire, ne manquez pas la prose crue, ponctuée d’alleluia, de Beyala.L’ŒUVRE POSTHUME DE THOMAS PILASTER Eric Chevillard Éditions de Minuit, Paris, 1999, 189 pages Chimères et coq-à-l’àne.Tels sont les ingrédients de base de l’absurde.Quand les associations logiques, l’ordre du monde, sont perturbées, on avance à coups de faux pas, de notes discordantes, de chutes incongrues, de dégringolades chaotiques.On rit, en se cassant le nez sur un aphorisme à courte portée.Tout est sens dessus dessous.Si bien qu’on finit par se demander: notre monde n’est-il qu’une somme de hasards?une construction burlesque?une farce grotesque?Voilà d’excellentes questions posées avec brio par le jeune Chevillard.D publie son neuvième roman en douze ans, qui depuis Mourir m’enrhume, en passant par La Nébuleuse du crabe, n’a cessé de surprendre tant il œuvre dans le paradoxe et la prédication impertinente.Avec sa pensée fragmentée et sa logique du non-sens, il nous met dans son sac.Ce dernier livre, comme d’ailleurs les précédents, est à peine un roman, puisque c’est d’abord une parodje du monde littéraire d’aujourd’hui.A travers un auteur fictif, nommé Pilaster, dont un certain Marson qui-l’a-bien-sûr-connu édite l’œuvre posthume, Chevillard fait le portrait des enfants gâtés de la littérature actuelle, universitaires, éditeurs, écrivains à succès moyen.Il nous livre ainsi un journal de jeunesse, une «prétentieuse méditation poétique inspirée d'un tableau de Delacroix», «un recueil de formules analogiques à prétention poétique, qui témoignait sans doute moins d’un renouveau véritable ou du souci d’ouvrir sa petite entreprise de littérature àd’autres formes d'écriture que de l’essoufflement de son projet romanesque», puis «un indéniable chef-d’œuvre».Ajoutez-y une conférence, des carnets, des poèmes haïku, le tout encadré par une préface, une note sur la présente édition et une chronologie, et vous aurez, en raccourci, le parcours authentiquement imité d’une édition savante.C’est impayable, cette manière intelligence de retourner les évidences et les truismes à l’envers.Exemple: «On ne sait jamais si un livre va se vendre ou non, prétend cet hypocrite écrivain à succès qui tape directement ses romans à la machine à calculer.» Chevillard a du flair; comme Pilaster qui se promène dans notre époque en se laissant conduire par son chien.Visiblement, il déteste la littérature passée au moule du gaufrier: quand on verse la pâte dans la structure inoxydable, ça ne peut jamais rater.EMPAILLER LE TORÉADOR L’incongru dans ia urrÉ rature FRANÇAISE DE CHARI.ES NODIER A Éric Cheviijard Pierre Jourde José Corti, Paris, 1999,348 pages Pour suivre la portée de l’incongru et la loufoquerie en littérature, on lira avec grand intérêt l’essai de Pierre Jourde, Empailler le toréador, qui parcourt les dimensions rhétorique, logique et philosophique de ce genre comique et pourfendeur, attaché à l’étrangeté du monde sous les plus insignifantes traces de sa matérialité originaire.Sous la direction de Philippe Poullaouec-Gonidec Michel Gariépy et Bernard Lassus Aujourd'hui plus que jamais, le paysage est enjeux.208 pages 25.00 S F.n collaboration avec ASSOCIATION NATIONALE DES ÉDITEURS DE LIVRES LA VIE LITTÉRAIRE Eux et leurs écrits De Jean-Paul Tapie à Edmund White, une réflexion sur la littérature gaie Existe-t-il une culture gaie?Et si oui, les auteurs gais écrivent-ils des romans gais?Qu’est-ce qu’un roman gai?La littérature a-t-elle un sexe?Martin Bilodeau Le Devoir Parti de ses propres certitudes quant à la pertinence de ces questions et hypothèses, le romancier Pierre Salducci a réuni, sous le titre $ Écrire gai (publié chez Stanké), les témoignages d’écrivains francophones et gais (à l’exception d’Edmund White, Américain francophile), à qui il a demandé «de parler d’eux, de leurs expériences, de leurs livres».Avec pour résultat une cacophonie littéraire allant de l’Ontario jusqu’à la Tunisie, en passant par le Québec, la France et la Suisse.En ouverture, dans un texte intitulé «Lis tes ratures, gai!», l’écrivain Jean-Paul Tapie fonce avec un bélier dans la mélodie du bonheur d’être gai, y allant d’une charge humoristique sur l’inexistence de la culture homosexuelle au delà des compilations de Dalida.«Aborder le sujet Le roman homosexuel, pour qui?oblige à en finir une bonne fois pour toutes avec ces deux baudruches qui encombrent le paysage homosexuel, la communauté gaie et la culture gaie.» Quelques lignes plus loin, l’auteur de Dix petits phoques remet ça: «Les homos n’ont en commun que leur sexualité; ce n'est finalement pas grand-chose.Il n'y a vraiment pas de quoi fonder une communauté, juste de quoi ouvrir un sauna.» Ét une librairie, peut-être?Écrire gai se veut en fait le carrefour d’une identité (l’homosexualité) et d’une démarche G’écriture).Par des textes variés et inégaux, des réflexions intéressantes, aux raccourcis et paradoxes fréquents mais assumés, l’ouvrage tente de répondre à des questions fragiles, dont la pertinence est relative selon la position du lecteur: «Toute littérature, en tant que produit de l'imaginaire d’un auteur, devrait être considérée avant tout dans son universalité et non pas se laisser circonscrire selon des concepts discriminatoires.Mais puisqu'il n’en est pas ainsi et qu’il est question ici de littérature homosexuelle, parlons de minorités et de préjugés», écrit le Québécois Pierre Manseau dans son texte intitulé «Un rôle à jouer».L’écrivain franco-ontarien Paul-François Sylvestre voit pour sa part dans son statut d’homosexuel dans un monde hétéro, de francophone dans un monde d’Anglos, la raison de son impulsion littéraire: «Si j’étais né francophone et hétérosexuel à Québec, c’est-à-dire en faisant partie de la majorité, je ne me serais probablement jamais lancé dans l’écriture», soutient-il dans «Vingt ans de cheminement».Edmund White, qui signe ici «Les Plaisirs de la littérature gaie», est le seul auteur à ne pas tenter de séparer homosexualité et écriture, à ne pas, finalement, dissocier une composante de lui-même de l’œuvre qu’il construit.Et pour marquer la distinction entre les deux littératures (la straight et la gaie), qui évoluent en parallèle, dont la première est aveugle à la seconde et la seconde, un miroir nécessaire à la communauté qu’il entend desservir: «D fardeau d'exprimer nos espoirs, nos craintes et l’évolution de nos valeurs retombe obligatoirement sur le romancier conscientisé», soutient l’auteur de La Symphonie des adieux, qui déplore un certain «stalinisme littéraire» qui exige des auteurs homosexuels qu’ils proposent des modèles «positifs».D’autres questions viendront bien le jour où on aura répondu à celles-ci à la satisfaction de toutes les parties.Marie-Claire Blais et sœur L’auteure de Soifs et à’U ne saison dans la vie d’Emmanuel lira ses poèmes à la Maison des écrivains, vendredi prochain à 17h30, accompagnée de sa sœur, l’artiste-peintre Hé; lène Blais, qui exposera les toiles qui lui ont été inspirées par les mots de sa sœur, l’écrivaine.Lesquelles toiles resteront accrochées jusqu’au 25 juin.L’entrée est libre, tant pour la rencontre que pour l’expo.Rappelons ici que la Maison est sise à Montréal au 3492 de l’avenue Laval.Deux auteures médaillées Les auteures de romans jeunesse Sylvie Massicotte et Maryse Pelletier ont toutes deux reçu cette semaine la Médaille de la culture française, décernée depuis 1916 par l’Association de la renaissance française.Sylvie Massicotte, qui partage son temps entre l’écriture romanesque, le cinéma et la chanson, est l’auteure des Habitués de l'aube et du Plus Beau Prénom du monde, publiés à La courte échelle.La même maison a également publié les romans de Maryse Pelletier, Une vie en éclat et La Musique des choses.Aussi dramaturge et scénariste, Mme Pelletier a déjà reçu le prix du Gouverneur général pour sa pièce Duo pour voix obstinées.Paysages de Gide La parution du premier tome d’une nouvelle biographie consacrée à l’auteur des Faux Monnayeurs et des Caves du Vatican (André Gide ou la vocation du bonheur, de Claude Martin, Éd.Fayard), de sa correspondan-cç complète avec Jacques Rivière (Éd.Gallimard) et de la nouvelle édition de son Journal en deux volumes dans La Pléiade domie à Stéphane Lé-pine et André Major matière à discussion et à réflexion.Leurs Paysages lit-téraires, qu’ils ouvrent dès 16h demain sur la Chaîne culturelle de Radio-Canada, en seront remplis.Avjs aux «gidiens».On cause de Freud Que peut-on attendre de la psychanalyse aujourd’hui?C’est ce à quoi tenteront de répondre le psychanalyste Dominique Scarfone (auteur de Oublier Freud?, Boréal) et le psychologue Patrick Éroté (auteur de Cent ans après, Boréal), devant une assemblée réirnie à la librairie Olivieri, mardi soir, à 20h.Jean-Pierre Denis anime la discussion.Pour y assister,.il faut réserver sa place en composant le (514) 739-3639.Bon été t i Cette chronique, la dernière de Ja saison, reprendra début septembre, dans la foulée des sorties d’automne.Ne manquez pas les deux prochaines éditions du Devoir de samedi, lesquelles contiendront un cahier lectures d’été, le premier (12 juin) faisant un, survol de la saison littéraire qui s’achève, le second (19 juin) proposant quelques nouveaux titres disponibles pour la saison de la plage, JACQUES GRENIER LE DEVOIR Edmund White UNE FEMME de Alice Parizeau «Avant de mourir, Alice Parizeau avait une foule de sujets de roman en tète.La grande faucheuse lui aura laissé le temps de n’en écrire qu’un seul, son plus réussi, son plus émouvant : celui de sa vie.» Koeli Poisson, LEMEAC Été et lecture se conjuguent.Passez chez votre libraire! t v r L E 1) E V I) I It .I.E S S A M E I) I 5 E T I) I M A X (' Il E I! .1 l! 1 N I !l !» !» I) 7 Livres ESSAIS QUEBECOIS Les historiens idéologues LE PASSE COMPOSE De Ouellet à Rudin Serge Gagnon Editions VLB Montréal, 1999,192 pages JM ai salué avec enthousias-* me, en novembre dernier, la parution en traduction française de Making History in Twentieth-Century Quebec (Faire de l’histoire au Québec) de l’historien Ronald Rudin.J’avais à ce moment qualifié ce livre de l’essai le plus roboratif de la saison, jugement que je maintiens malgré l’avalanche de critiques souvent féroces émises à l’égard du travail de Rudin.Plaidoyer en faveur de la reconnaissance de la «nature subjective» voire «polémique» de l’historiographie, réflexion animée par un esprit critique courageux et contagieux, Faire de l’histoire au Québec, je le rappelle, défendait la thèse suivante: «En d’autres termes, les historiens québécois du 20e siècle, dont nous évoquerons la carrière dans ces pages, diffèrent peu les uns des autres, à la fois en tant que praticiens d’une histoire "scientifique” exigeant des preuves adéquates et en tant que combattants inévitablement vaincus dans la bataille de l’objectivité.» Ainsi, de Groulx à Linteau, Durocher et Robert, par exemple, il convient moins de parler de «progrès» de la méthode historique que de «changements de style et de perspective».Dit autrement, nul historien n’échappe aux exigences de son temps, aussi scientifique puisse-t-il se vouloir et se déclarer.Avouant avoir déjà partagé de semblables thèses, l’historien Serge Gagnon, aujourd’hui revenu de son chemin de Damas, n’a pas apprécié la charge cavalière de son controversé collègue et s’il publie maintenant cette leçon d’épistémologie en recherche historique qu’est Le Passé composé, c’est en grande partie dans le but de réfuter les allégations relativistes de Rudin.Louis Cor nellier ?Mener un débat riche, instructif et nécessaire Science historique «La vérité historique n’est pas illusoire», écrit un Serge Gagnon visiblement courroucé.Rudin veut polémiquer?Son contradicteur, même s’il s’en défend bien, entre dans la mêlée avec un ton assez semblable.Amorcé par une concession (le livre de Rudin «est intéressant, parfois même fascinant»), le chapitre intitulé «À propos de Ronald Rudin» se transforme rapidement en une attaque en règle dirigée contre la pensée du professeur de l’université Concordia.«Œuvre médiocre», Faire de l’histoire au Québec constituerait en fait la preuve que «Rudin est davantage à l’aise dans l’accusation et l’invective» et que «la science historique ne l’intéresse pas».Serge Gagnon signe son livre seul, mais sa colère n’en reste pas moins représentative de l’accueil réservé à l’essai décapant de Rudin par les tenants d’une pratique scientifique de l’historiographie: «À quoi, demande Gagnon, l’auteur de Making History veut-il donc en venir?Il est difficile de connaître ses intentions.Il s’est sûrement beaucoup amusé.Il a méprisé davantage.» Je l’ai dit: le livre de Rudin m’avait conquis.J’ai donc lu avec grand intérêt la réplique de Gagnon, mais, à certains égards, la charge m’a plutôt déçu.Accuser Rudin, par exemple, de refuser le véritable débat me semble tout à fait injuste.Le personnage, c’est vrai, s’adonne avec entrain à la polémique, mais le questionnement épistémologique qu’il soulève m'apparaît néanmoins passionnant et essentiel.Aussi, je vois mal où veut en venir Gagnon quand il affirme que Rudin «accuse ses pairs de tenir des propos inexacts et mensongers».Le débat, à mon avis, se situe à un autre niveau qui est celui de l’objectivité et non celui des mensonges ou des vérités.Serge Gagnon, en introduction, pose d’ailleurs lui-même la question: «Dans quelle mesure l’historien a-t-il fait progresser la "connaissance” du passé?» Rudin répond: en adaptant cette connaissance à l’évolution idéologique de la société québécoise, et son livre en constitue une démonstration assez convaincante.Gagnon, lui, offre une autre réponse: «L'idéologie peut suggérer des pistes de recherche que les historiens sont capables d’emprunter avec détachement, contrairement à ce que pense Rudin.Maîtriser ses émotions, se prémunir contre le danger que constitue la projection sur le passé, à grands coups d’anachronismes plus ou moins conscients, de ses valeurs et préjugés, c’est simplement manifester de l’honnêteté intellectuelle.» Serge Gagnon Honnêteté intellectuelle On le voit, l’honnêteté intellectuelle prend ici deux visages distincts, difficilement réconciliables: d’un côté, la reconnaissance de l’historiographie comme nécessairement marquée idéologiquement: de l’autre, l’obligation de combattre et de dépasser cette emprise pour accéder à la connaissance scientifique.En ce sens, il faut comprendre que la thèse rudiniste ne consiste pas à traiter de menteurs les partisans de l’histoire scientifique, mais à constater leur échec, ce qui est fort différent.Il est assez ironique, d’ailleurs, de lire, dans le numéro d’hiver 1998 de la Revue d’histoire de l’Amérique française et sous la plume de Fernand Harvey et Paul-André Linteau, deux anti-rudinistes, cette formule tout à fait en accord avec la position de leur adversaire: «Nous ne nous prétendons pas plus objectifs que nos prédécesseurs ou nos successeurs; nous ne le sommes pas.Nous sommes seulement différents, d’une autre époque.» Ce à quoi un Rudin sceptique, dans le même numéro, réplique: «Mais ces auteurs, à l’instar de la plupart de leurs homologues au Québec et ailleurs dans le monde occidental, étaient quelque peu embarrassés à l’idée d’émettre des “opinions personnelles”, étant donné qu’ils étaient attachés à se poser d’abord comme scientifiques relativement libérés des partis pris de leurs prédécesseurs.» On peut s’y opposer, mais Rudin est clair: les historiens ne sont pas seulement mais toujours idéologues: Lin- teau et Harvey sont plus ambigus: que signifie, précisément, leur appel au respect d’une «certaine rigueur scientifique»?S’agit-il de garder ouverte la possibilité d’une certaine atteinte de l’objectivité?Il faudrait clarifier, et Serge Gagnon s’y applique à sa façon.Pour lui, il ne fait plus de doute que la subjectivité doive être considérée «comme un obstacle à la connaissance», et la tâche qu’il assigne à l’historien en prend acte: «Le métier d’historien exige de qui l’exerce un dépassement de sa propre subjectivité, celle de son temps et celle de l’époque étudiée.Il n'y réussit jamais parfaitement, mais cet idéal est un horizon auquel se réfère quiconque veut rendre compte de la scientificité de la littérature historique.» Critique et social À ce titre, les praticiens d’aujourd’hui sont mieux équipés que ceux d’hier puisqu’ils ont à leur disposition les fruits épistémologiques de «deux grandes révolutions méthodologiques»: l’histoire critique et l’histoire sociale.Gagnon consacre d’ailleurs l’essentiel de ses énergies à illustrer la pertinence des avancées rendues possibles par cette approche qu’il définit ainsi: «L’histoire "sociale", aussi appelée histoire “nouvelle", travaille à partir de textes-séries, comme des recensements, des contrats de mariage, des registres de l’état civil, des dossiers judiciaires, et c’est pourquoi on la qualifie de “sérielle”.L’histoire sociale s’intéresse moins aux grands événements et aux personnes célèbres qu’aux masses populaires dont on reconstitue le destin à partir de témoignages indirects; l’argumentation statistique y occupe une place importante.» Cela posé, l’historien s’emploie ensuite, dans les deux premiers chapitres de son livre, à développer une critique assez sévère de deux livres majeurs de l’historien Fernand Ouellet (Histoire économique et sociale du Québec, 1760-1850 et Le Bas-Canada, 1791-1840), néanmoins qualifié de «pionnier de l’analyse quantitative sérielle».Dans ces deux livres, Ouellet ten- PLUS DE IOO TITRES BORÉAL compflCT r * » M ! j ¦>> ! / ->
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