Le devoir, 12 juin 1999, Cahier D
m0m Poésie Page D 3 Lettres québécoises Page D 4 Le feuilleton Page D 5 Littérature américaine Page D 6 Essais québécois Page D 7 Romans policiers Page D 8 Littérature jeunesse Page D 10 Histoire Page Dll Littérature française Page D 12 LITTÉRATURE FRANÇAISE Dis-moi qui tu hantes.Retour sur la saison qui s’achève Romans de fraîche date, ils occupent la scène de l’année littéraire qui se termine.Le privilège de l’écriture romanesque, c’est d’occuper nos cavités intérieures et d’y déposer des vins qui vieilliront bien.GUYLAINE MASSOUTRE Ils allient la notoriété et la compétence.Ils sont là pour nous séduire, créatures de perditions, dispensateurs immobiles d’un plaisir exclusif et sans pareil.Rappelez-vous.Laure Adler, avec sa magistrale biographie, Marguerite Duras (Gallimard), a montré en gros plan les combats de celle qui se trouvait du génie; bravo pour le prix qui l’a récompensée.Puis, Philippe Sobers, avec son Casanova l’admirable (Plon), a donné un second souffle à l’insatiable cabotin qui mit à l’épreuve des faits vérifiés sa docte connaissance des désordres du monde.S’il ne fallait choisir qu’une perle, une seule trouvaille littéraire, c’est Le Dit de Tianyi (Albin Michel) de François Cheng qui emporterait mon suffrage.La Chine et l’Occident, placés en perspective, campent un théâtre où des acteurs dénaturés jouent une comédie féroce.Perdus dans cette inhumanité, quelques êtres libres voient, vivent et consignent ce qu’une terre inouïe de dénuement, inouïe de richesse leur donne en pâture: un lot de chagrins inconsolables et le souvenir d’une longue rage de faim.La beauté de sa langue s’emparera de vous comme l’ombre de la montagne lorsque le soir tombe.Les auteurs que l’on suit 11 y a les auteurs qu’on aime suivre.Christian Bobin, avec Geai (Gallimard), un petit récit mélancolique et merveilleux sur l’enfance; Bernard Chambaz, avec Le Pardon aux oiseaux (Le Seuil), un roman fraternel du voyage; Amélie Nothomb, qui mesure avec son Mercure (Albin Michel) le froid de ses sarcasmes.Patrick Modiano, pour Des inconnues (Gallimard), qui s’égare dans l’ordre de la question s’il les poursuit ou si c’est elles qui le hantent.Certains débutent encore, du moins en première ligne de mire.Surtout des femmes.Catherine Lépront (.L'Affaire du Muséum, Seuil), Marie Nimier (Domino, Gallimard), Dominique Muller (Les Caresses et les Baisers, Seuil), Marie Darrieussecq {Le Mal de mer, P.O.L.), Pascale Roze (Ferraille, Albin Michel).Quels styles! La première lance de grandes phrases écorchées et vous les retourne soudain avec un ah- goguenard.La seconde parle le langage des anges qui se tiennent dans les jardins publics.VOIR PAGE D 2:DIS-MOI liberté ;lASKEfl.SCHÜU« bleu ' asssss»- ^pudibond6 J L’an dernier, je vous imaginais les pieds dans l’eau du lac ou assis à l’ombre d’un arbre espagnol ou français.Livres d’ici pour là-bas, livres étrlngers pour ici.Cette fois, e?ést un peu partout que je vous imagine, peu importe la région ou le continent, mais avec le sourire aux lèvres! Ravi d’avoir enfin le temps d’ouvrir ce livre poussiéreux de nombreux mois passés sur la table de chevet, ou alors simplement content de plonger dans l’univers d’un auteur inconnu jusqu’ici de votre fibre lectrice.Quelques-unes de mes perles pour vous donner — peut-être — ce sourire.M \ K I i: ANDRÉE t HOU IN Alt I) LE DEVOIR Côté lectures, que mettre a l’agemla du farniente estival?Je connais de ces gens pour qui les vacances de Noël ne débutent véritablement qu’au moment où la réserve des friandises à offrir aux invités n’est pas pleine — -Les vrais bonbons de Noël, pas les autres!», dirait celui auquel je pense.Pour ces mêmes tendres personnages, c'est la tournée en librairie, début juin, lin juillet,'mi-août, qui lance officiellement la place a l’oisiveté.De retour de cette épopée marchande, mais beaucoup plus symbolique que.commerciale, on verrait sur le visage dit conquérant l’effacement complet des tracas du bureau, l’air épanoui de celui qui s’apprête à délaisser les paperasses des officines pour le papier d’écrivain.Les vacances.11 travaille comme un fou, partageant sa vie notamment entre le travail d’écrivain et celui de comédien, mais pourtant, a lire ses écrits, on a l’impression que c’est dans la nature qu’il passe ses journées, éternel vacancier de l’esprit qui s’émerveille et lance encore des sourires beats d’admiration a la lune, au soleil, aux sauterelles et a la grive.\ O IR PAGE D •: 1)01 CE t RS Deux cent quarante-trois numéros.Une seule passion : la littérature.LIBERTÉ 243 juin 1999 162 pages 6$ En vente chez votre libraire cliché répété à éclairage différent in raison do texte imprimé sur fond gris ou de couleur D1C « Un romancier exceptionnel et extraordinaire.» Reginald Martel • LA PRESSE qui aimait trop les allumettes 182 PAGES • 19,95 $ «Un romancier exceptionnel et extraordinaire, [.] une œuvre qui le situe tout naturellement parmi les plus grands écrivains québécois.» Reginald Martel • LA PRESSE « Gaétan Soucv s’impose aujourd’hui parmi les meilleurs romanciers d’expression française et, sans doute, la plus incontestable révélation de ces dernières années.» Pierre Lepape • LE MONDE «Unchef-d’œuvre.» Robert Lévesque • Midi-Culture, SRC «Avec Soucv, plus on tourne les pages, plus on se noie dans un océan d’incompréhension, plus on s’enfonce et on s’enferme.» Nathalie Petrowski • LA PRESSE « On sort de ce roman, comme des précédents romans de Gaétan Soucv, abasourdis, hantés par le souffle de cette écriture explosive, exubérante et jouissive.» Marie- Claude Fortin • PAGE DES LIBRAIRES ».«Une incontestable révélation littéraire des dernières années au Québec.» Bernard Pivot • Bouillon de culture, FRANCE 2 « Un livre exceptionnel.» Jean Fugère • De bouche ci oreille, SRC «Sans doute le roman phare des vingt dernières années.|.] Çe livre est une merveille.» François Busnel • LE MAGAZINE LITTÉRAIRE RETROUVEZ BORÉAL SUR INTERNET PUt/i : 11tuww-.exliUiMuéoAeal.qc.ea Boréal Qui m'aime me lise.LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DI M A N C 11 E 13 .JUIN I !» !» !» DIS-MOI LE VASTE MONDE SUITE DE LA PAGE D 1 La troisième dissèque un je volontaire aux émotions coincées.La quatrième entre dans la ronde avec tes oscillations précieuses de ce que se transmettent les générations.Et la dernière refuse la mort des hauts fourneaux, qui laisse béantes les entrailles de la terre.Quelques-uns nous donnent des rendez-vous de longue date: Françoise Sagan jette Derrière l’épaule.(Plon) ses notes fuyantes, souvenirs de délicieux moments solitaires, dont elle laisse la mélodie gagner son imagination récalcitrante.«Aimez-vous Brahms?» susurre-t-elle à l’improvis-te.Quant à Bernard Noël, avec La Langue d’Anna (RO.L), il consume sa chair de poète palpitant dans la peay d’une diva qui se dévore elle-même.A tant d’amour, on ne demande qu’à toucher.De l’entêtant Pierre Assouline (La Cliente, Gal-limarc}) à l’insolent Eric Chevillard (L'Œuvre Pierre posthume de Assouline Thomas Pilaster, Minuit), en passant par la belle langue de Pierre Charras (Juste avant la nuit, Mercure de France), la liste peut s’allonger.Mais restons quelques instants avec Eduardo Manet, l’exilé cubain en terre basque, et son beau D’amour et d'exil (Grasset), qui unit dans une même fraternité les peuples baignés par l’Océan.Et notre dernier salut ira au regretté Nicolas Bréhal, décédé récemment, qui nous avait livré le Sens de la nuit (Gallimard) en 1998, avant de s’y engouffrer, un polar intelligent sous l’emblème des nuits ivres et hypnotiques d’un tueur en série dans Paris.Heureusement, les livres ne meurent pas.SUITE DE LA PAGE D 1 Qui est cet oiseau rare?Robert La-londe, bien sûr, de qui on a beaucoup lu, notamment en ces pages, et qui publiait il y a peu une perle de scènes d’enfance sous le titre Le Vaste Monde (Seuil).Recueil de souvenirs, écrits dans cette langue admirable qu’on lui connaît, mais surtout détenteur du pouvoir de propulser ses adeptes illico dans une sorte de douce oisiveté.Sourire garanti.Attendant fébrilement une paire de lunettes dont il rêve, le héros du Vaste Monde, Vallier, imagine tout ce qu’il pourra percevoir avec cet objet rêvé: «Je dénombrais les cristaux de neige qui se posaient sur la branche de l’épinette dans la cour d’école, convaincu qu'avec les lunettes j’en compterais des milliers de plus, discernerais clairement leur géométrie compliquée d’étoiles parfaites.J’apercevrais aussi de très près la laine des nuages, le commencement du papillon dans son cocon, l’ondulation de la carpe au fond de l’étang, l’œil du faucon en chasse, les météores éclatés au fond de la pupille du cheval.» Il faudrait sans doute faire preuve d’originalité et arriver avec ce livre dont personne n’a parlé encore, le présenter telle une découverte protégée de l’œil d’autrui, comme si cela lui enlevait à chaque fois un peu d’exclusivité plutôt que de lui donner une valeur nouvelle.Mais nous parlerons plutôt ici d’un des livres les plus publicisés de toute la saison littéraire, et à juste raison: pour ceux et celles qui — est-ce dieu possible?— n’auraient encore jamais entendu parler ni de l’auteur ni du livre, voilà la découverte de l'année, avec un livre écrit pourtant par un auteur en ayant déjà deux à son actif.La petite fille La petite fille qui aimait trop les allumettes (Boréal), écrit par Gaétan Soucy, a été rédigé d’un seul souffle, dans un sentiment d’urgence lié à des PALMARÈS é i J Le reflet de notre clientèle fl du 3 au 10 juin 1999 ^ 0 1 ROMAN Tombouctou I Paul Auster LemëacïA-Sud 2 ROMAN Une veuve de papier i John Irving Seuil 3 PSYCHO.Le harcèlement moral 3 2 M-F Hlrigoyen Syros 4 ROMAN 0.La petite fille qui aimait trop les 3 allumettes « 3 Gaëtan Soucy Boréal S THRLUERQ.I C.Brouillet Coule Échele 6 ROMAN Le diamant noir ) P.Mayle Nil 7 THRILLER L'associé i John Grisham R.Laffont 8 ROMAN Manuel de chasse et de pêche à l'usage 1 des filles 7 Melissa Bank Rivages 9 BIOGRAPH.La prisonnière r M.Outklr Grasset 10 ROMAN Q.Un habit de lumière ) Anne Hébert Seuil 11 THRILLER Tout à l'ego 1 T.Benacqutsta Instant même 12 THRILLER 2 Hlggings Cfcxk Al.Michel 13 ROMAN Sous le soleil de Toscane « 4 2 F.Mayes Quai Voltaire 14 ROMAN Geisha 1 7 A.Golden Lattes 15 ROMAN US Un homme, un vrai 5 Tom Wolfe R.Laffont 16 ESSAI Q.Les bœufs sont lents mais la terre est 1 patiente 0 Pierre Falardeau VLB 17 ROMAN Q.Le pari « 1 6 D.Demers Q.-Amérique 18 ROMAN Q.Prodige 3 Nancy Huston Leméao'A'Sul 19 ROMAN 2 Gilbert Slnoue Gallimard 20 SANTÉ Recettes et menus santé 3 4 M.Montlgnac Trustar 21 SANTÉ Je mange, je maigris et je reste mince! 3 M.Montlgnac Flammarion 22 ROMAN Océan mer * 6 6 A.Barlcco Al.Michel 23 ROMAN Soie « 9 9 A.Baricco Al.Michel 24 ROMAN Les mystères de Jérusalem 1 6 Marek Halter R.Laffont 25 ESSAI Q.Passage obligé 1 1 Chartes Sirois Homme 26 SPIRITU.L'art du bonheur 1 2 Dalaï-Lama R.Laflont 27 ROMAN Q.La cérémonie des anges * 2 9 M.Laberge Boréal 28 CUISINE Pinardises : recettes & propos * 9 9 D.Pinard Boréal 29 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les 9 femmes de Venus « 9 John Gray Logiques 30 SCIENCE Oiseaux, merveilleux oiseaux 3 3 H, Reeves Seuil 31 ROMAN L'empreinte de l'ange 5 0 Nancy Huston LonéetfA-Sud 32 ROMAN 0.Maître Eckhart S 4 Jean Bedard Stock 33 ROMAN Q.Les gens fidèles ne font pas les nouvelles 3 NacfreBëmulh Boréal 34 ROMAN Les particules élémentaires 3 8 M.Houeflebecq Flammarion 35 ESSAI La mondialisation de la pauvreté 2 5 Chossudovsky Écosoclété 36 PSYCHO.La force du désir 1 7 W.Paslnl Odile Jacob 37 ESSAI L’Ingratitude » 1 3 Finkielkraut Q.-Améflque 38 ROMAN mmssm |4 4 Helen Fielding Al.Michel 39 ESSAI Le travail à la vitesse de la pensé 3 Bill Gates R.Laflont 40 ROMAN L'équilibre du monde * 1 8 R.Mistry Al.Michel 41 ROMAN Q.L'enfant cigarier 3 M4> Villeneuve VIctor-Levy 42 ROMAN La maladie de Sachs * 2 0 M.Wlnckler POL 43 ROMAN Les identités meurtrières 2 :5 A.Maaloul Grasset 44 PSYCHO.Un merveilleux malheur 3 B.Cyrulnik Odile Jacob 45 PSYCHO.Ne vous noyez pas dans un verre d'eau 5 i5 R.Carlson Stanké T NOMBRE DF.SEMAINES 9 : Coups de coeur Reruuul-Hrnx BHHHH • I * xrmnine xur notre liste DEPUIS LEUR parution '.GRANDE êrn *-Vcnt€ Trottoir JL J/ U lire,! * (En cat de pluie, la vente aura lieu A l’intérieur) sur tout ! WéSP ] SAMEDI 19 JUIN DIMANCHE 20 JUIN DE10HÀ22H & DE10HÀ20H JACQUES GRENIER LE DEVOIR Maxime-Olivier Moutier conditions physiologiques (le verglas) et sentimentales très particulières, l’auteur lui-même le raconte.Tout ici est unique et concourt à une évasion totale: le langage, l’atmosphère, l’idée, les personnages.Véritable bouffée d’air frais dans un univers littéraire trop souvent monocorde, cette littérature vous hante longtemps après avoir quitté vos prunelles.Pour en apprécier toute la richesse, il faudra peut-être même le relire deux, trois fois — les témoignages en ce sens abondent, je vous l’assure.Seul le contenu de ce livre pourra vous convaincre d’y jeter l’œil et la réflexion tant l’histoire est indéfinissable.Disons seulement que le récit relate l’histoire de deux jeunots entièrement coupés du reste de la civilisation par un père nettement fou et qui sont forcés un jour d’y faire une incursion lorsque le paternel meurt, au bout de sa corde.Comment disposer du corps?, se demanderont d’abord les curieux adolescents, ce qui les mè nera — et nous mènera de surcroît — à découvrir et à comprendre à leur manière le monde qui les entoure et dont ils ont soupçonné l’existence sans jamais pouvoir la vérifier véritablement.Soupir d’admiration promis.L’armoire À traîner dans les bagages pour une lecture de tous les jours, entre la partie de pêche et la visite au mu$ée: L’Armoire des jours (Nouvelles Editions de l’Arc), du célèbre poète-chan-teur-artiste-aux-mille-tentacules Gilles Vigneault.Dans un petit volume dénué de toute prétention, l’auteur reprend une formule qu’il avait déjà usée et offre ses plus beaux trésors.Collectionneur de temps, tel qu’il nous le racontait lui-même lorsque rencontré à l’époque de la parution du livre, Vigneault a rangé dans son armoire de petits poèmes, de savoureux contes, des comptines, pensées, chansons aussi, des morceaux choisis tirés de son journal intime, le tout coloré de petits dessins qu’il a lui-même esquissés.Le tout se savoure à petites doses, c’est ainsi qu’il faut l’absorber, et ravira les adeptes du poète.Marie-Hélène Dans un tout autre registre, mais également parmi les lectures agréablement surprenantes de Tannée, le Marie-Hélène au mois de mars (Triptyque), du jeune écrivain Maxime-Olivier Moutier.Rédigé sous la forme d’une confession d’allure troublante, le livre relate ni plus ni moins une tentative de suicide ratée après laquelle un jeune homme s’accroche au crayon et au papier dans le but de résister aux avances de la mort.Ce jeune homme, c’est Maxime-Olivier Moutier.Interné dans un hôpital psychiatrique à la suite d’une tragique meurtrissure d’amour, l’écrivain déballe ses pensées d’une seule traite.Quatre ans plus tard, débordant de vie et des projets plein la tête, il arrive à éviter la déprime et aborde plutôt sa confession avec un regard lucidç au bout duquel pointe l’espoir.Ecriture efficace, rythme enlevant, vous ne pourrez pas interrompre cette lecture trop longuement.Le pourfendeur Amateurs de briques et de littérature pesante, c’est vers l’Américain Russell Banks que vous songerez peut-être à lorgner.Avec Pourfendeur de nuages (Actes Sud / Leméac), sa toute première fresque historique, l’auteur de The Sweet Hereafter (Les Beaux Lendemains, porté au grand écran) a choisi ici d’explorer la vie de John Brown, célèbre abolitionniste américain connu pour une lutte virulente contre l’esclavagisme.Retraçant la vie du capitaine Brolvn à travers les yeux d’un de ses fils, Riis-sell Banks s’attarde à cet homme aujourd’hui encore très controversé, admiré des uns pour sa hardiesse,' vilipendé par d’autres à cause de la Sauvagerie de certains des actes qti’il commit.On connaît de Banks une écriture du quotidien emplie de tendresse; on se surprendra peut-être cette fois de l’ampleur du projet qu’il a choisi d’attaquer (ce sont ici 772 pages de lecture de vacances!), mais on retrouvera malgré le roman historique cette attention de l’auteur aux secrets révélés par la vie quotidienne.Des heures de plaisir en vue.JACQUES GRENIER LE DÉVOIR Daniel Pennac Les fruits Les amateurs de Daniel Pennac et de sa désonnais célèbre tribu voudrpnt sans doute feuilleter Les Fruits de la passion, le tout dernier de l’auteur français.Habituée à des envolées plus folles de sa part, nous fumes ici un brin déçue; mais il y a de ces livres que, malgré la critique, il faut aller sonder ne-se-rait-ce que pour affirmer que l’on a bel et bien vu.En voilà sans doute un.' Il faudrait peut-être un jour ouvrir cette rubrique à vos yeux avertis et noter la teneur de vos suggestions d’été.Car il y a autant de carnets des meilleures adresses qu’il y a’de lecteurs avertis.Avertis ou non; lisez, messieurs dames.Car le véritable voyage, à défaut de le faire-'en avion, c’est par les mots qu’on y parvient, en atteignant parfois en sensations des hauteurs plus vertigineuses que celles promises par la technologie aérienne.JACQUES GRENIER LE DEVfOIR ."V , Gaétan Soucy PLURALITE ET CONVERGENCES La recherche féministe dans la'francophonie Sous la direction de HUGUETTE D A G E N A I S tout LA OWICTiON LA RECHERCHE FEMINISTE DANS LA FRANCOPHONIE ________________________________________________________________________________________________i PLURALITÉ et CONVERGENCES IM * 158 FAGES —31,95$ En Provence menus d’été vous confient leur toque JAMES HUET 130 pages — 41,95$ INSPIREE r Marchés ' de Provence• 47,95$ l'Ifotogtaphiç.' l amilK* MOIRENC fcOISll) 166 PAGES —76,95$ ' Recettes s en Provence Æ YYYVYVV 190 PAGES — 30,95$ ¦f'-'v é-*ré ët -0?ëfé A 4 Mtill U Turns et N etits farcis ô&ûtez éej parpom de Pmirence! 212 pages — 30,95$ CHEZ LES LIBRAIRES SUIVANTS : À QUÉBEC: Archambault, Garneau, Laliberté, Pantoute EN OUTAOUAIS: Chapters, Garneau, Le Soleil EN RÉGION DE MONTRÉAL: Champigny, Chapters ( Centre-ville ), Garneau, Indigo, Renaud-Bray, Archambault ( Place-des-Arts ) Distribution Fides MIS ( LE DE V 0 1 R , LES S A NI EDI I 2 E T D I M A N C II E I S .1 U I X I !) !) 9 D 6 Livres LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Amours et artifices Trois contes signés par Vauteur de Trainspotting ECSTASY Trois contes d’amour chimique Irvine Welsh Traduction d’Alain Defossé L’Olivier, Paris, 1999,341 pages RÉMY CHAREST Révélé par Trainspotting, roman dur et drôle devenu un gigantesque phénomène littéraire, cinématographique, théâtral et même musical (grâce à une trame sonore particulièrement appropriée), Irvine Welsh a changé de drogue.De l’héroïne, axe central de Trainspotting, il est passé cette fois à l’ecstasy, amphétamine fort prisée dans la culture des raves et du clubbing, dont les rythmes viennent ponctuer les trois «contes d’amour chimique» de ce nouvel ouvrage en créant des rencontres inattendues entre personnages.Dans Lorraine à Livington, sous-titré «Une romance rave, style Régence», une auteure de romans à l’eau de rose se liera d’amitié, à la suite d’une attaque soudaine, à une jeune infirmière écossaise qui l’aidera à découvrir tout un côté caché de son existence conjugale.Et quelque part dans tout ça, l'amour jaillira grâce à l’étincelle fournie par l’ecstasy.Dans Le bonheur se cache toujours, sous-titré «Une romance, style pharmaceutique».une narration très habilement entrecroisée en plusieurs lieux, époques et personnages raconte les aventures terroristes de victimes de la tena-zadrine (la thalidomide, comme nous l’avons connue ici) décidées à se venger de ceux qui les ont ainsi affligées, tandis qu’un petit truand et hooligan professionnel appelé Thorny (véritable protagoniste du récit) voyage entre la violence organisée ou instantanée, le sexe crade et la recherche (voilà encore l’ecstasy) de l’amour vrai.Si Le bonheur se cache toujours se montre le plus dur des récits de Welsh, si Thorny se révèle un personnage d’une fascinante complexité, si le caractère omniprésent et parfois très intime de la violence mise en scène a de quoi retourner le lecteur le plus endurci, c’est tout de même le dernier récit, Les Invaincus, «Une romance style acid house», qui demeure le moment fort du livre.Welsh,y retrouve le quartier de Leith, à Edimbourg, où se tramaient les histoires si vraies et si rudes de Trainspotting.Cette fois, Edimbourg sert surtout d’entrée dans les clubs où se retrouve Lloyd, vivoteur, petit dealer qui ne vit vraiment que pour se défoncer la gueule pendant les fins de semaine grâce à des cocktails de drogues en tous genres où l’une doit servir tant bien que mal à compenser les effets de l’autre.En parallèle, on suit le cheminement de Heather, malheureusement mariée à Hugh — jeune homme bon chic bon genre qui a entièrement abdiqué toute conviction sociale pour entrer de plain-pied dans la nouvelle économie — et qui cherchera à s’affranchir de ce faux amour pour décrocher, si ça se peut, le véritable amour.Et une fois de plus, l’ecs-tasy viendra colorer le paysage de ces deux personnages.Analyse psychologique Se promenant entre riches et pauvres, entre «bonnes gens» et voyous, Welsh trace ici des portraits assez riches de personnages négligés, fouillant leur psychologie avec une belle justesse et un sens aigu et ironique de la critique sociale.L’introduction des rythmes de la drogue et de ceux de la danse (le prologue des Invaincus est à ce chapitre une véritable pièce d’anthologie) est également faite avec une maîtrise remarquable de l’écriture et, visiblement, une expérience claire des milieux décrits.Doté d’un sens de l’humour assez particulier — que la traduction très parigote ne réussit pas toujours à bien rendre —, l’auteur de Trainspotting sait donner un relief et un souffle à des drames et bonheurs très quotidiens mais étrangement invisibles aux yeux de la plupart des auteurs.Le défaut de l’affaire, c’est que le travail de Welsh donne dans la caricature la plus primaire quand il met en scène des hommes d’âge mûr, riches et parfois célèbres.Tous sans exception, dans l’univers proposé, sont des corrompus et des pervers sans conscience, des pédophiles ou nécrophiles agissant par pur dé-I p livrp sir du profit et de l’autosa- tisfaction.Un peu plus de de Welsh nuance et d’humanité dans la définition de ces person-donne dans nages ne ferait que les rendre un brin plus cré-la caricature dibles et ne pourrait que renforcer l’ensemble.Une la plus telle démonisation d’une ca-.tégorie entière de per- pnmaire sonnes contredit la nature humaniste du roman — très apparente, par ailleurs, quand l’auteur parle avec nuance et affection de tous ses autres personnages.Ceci dit, une question se pose, au fil de ces récits liés par la présence, le plus souvent anecdotique, de l’ecstasy: Welsh glorifie-t-il l’ecstasy comme grande drogue productrice de fraternité et d’amour généralisé?Voyons ce que Heather, héroïne du troisième conte, a à dire de son premier trip: «Nous partagions une sorte d’intuition, d’intimité que quiconque n'a pas expérimentée, dans ce cadre-là, ne pourrait jamais comprendre.Comme si nous étions tous ensemble dans notre monde à nous, loin de la haine et de la peur.J’avais simplement renoncé à avoir peur, voilà ce qui arrivait.J’ai dansé, la musique était extraordinaire.Les gens, les inconnus te prenaient dans leurs bras.Les types aussi, mais pas de façon crade.» Au total, la réponse n’est pas entièrement positive.Comme avec l’héroïne, drogue de choix dans Trainspotting, Welsh souligne sans aucune retenue la force du plaisir engendré par la montée de la drogue.Mais il ne se gène pas pour montrer également la dureté de la redescente.Et au total, pour vous faire une idée de la portée réelle qu’accorde Welsh à la drogue des raves, rendez-vous à la conclusion, purement amoureuse, du troisième récit./ .s?’ jjttiééz* *• LITTÉRATURE AMÉRICAINE Le loup blanc Tom Wolfe signe une autre saga américaine UN HOMME UN VRAI Tom Wolfe Traduction de l’américain par Benjamin Legrand Robert Laffont Paris, 1999,799 pages MARIE-HÉLÈNE ALARIE LE DEVOIR Douze ans se sont déjà écoulés depuis la publication du Bûcher des vanités.Inutile de préciser que les amateurs en redemandaient, et ce, depuis fort longtemps.Comment Tom Wolfe allait-il faire pour contenter ses fans?Sa réponse: Un homme un vrai.La saga d’Un homme un vrai débute bien avant que le livre ne se retrouve sur les tablettes des libraires.Et pour la petite histoire, mentionnons seulement que quatre semaines avant la mise en vente de millions d’exemplaires, le roman était déjà en nomination pour le National Book Award, que le montant du contrat signé avec l’éditeur rivalisait avec ceux des meilleurs salaires du sport professionnel, bref du jamais vu dans le monde de la littérature américaine.Sans parler des quintuples pontages que Wolfe a dû subir alors qu’il était en pleine période d’écriture, intervention qui risquait de retarder la sortie du roman.Toutes ces petites anecdotes viennent renforcer le mythe de la fabrication d’un best-seller, mais il n’en demeure pas moins que Tom Wolfe signe avec Un homme un vrai un roman immense.Atlanta, Géorgie Tom Wolfe aurait pu situer son récit dans n’importe quelle grande ville américaine.Pourtant il a choisi Atlanta, Géorgie.Wolfe s’en est imprégné, afin d’en restituer l’atmosphère électrisante où les vieilles familles blanches, propriétaires de plantations, sont aujourd’hui confrontées à cette classe montante, celle du nouveau Sud noir avec ses joueurs de football, son maire et son Freaknik.Entre ses doigts habiles, Atlanta devient le théâtre idéal pour mettre en scène ce monde d’hommes qui lui est si cher.Banquiers, hommes d’affaires, politiciens, avocats, prison- mers, travailleurs à la petite semaine, immigrants illégaux, tous viendront y tenir leur rôle.Si le roman transpire la testostérone et que Wolfe s’amuse à rendre ses personnages masculins tous plus machos les uns que les autres, il ne se prive pas non plus pour écorcher au passage les femmes qui les accompagnent.Les ex-épouses, abandonnées avec des pensions alimentaires mirobolantes, se font suer au gym, pendant que les nouvelles épouses, elles, dépensent des millions pour redécorer leur luxueuse demeure.De quelle matière est fait un homme?Qu’est-ce qui fait de lui un homme, un vrai?Wolfe a choisi trois principaux spécimens, qui découvriront malgré eux de quoi est fabriquée l’étoffe des héros.D’abord Charlie Croker.Dans la soixantaine, cet exchampion de football des «Georgia Tech» se situe au sommet de l’échelle sociale.Riche promoteur immobilier, il possède plusieurs résidences, des jets privés, ainsi qu’une jeune épouse d’à peine trente ans qu’il trimballe partout comme un trophée de chasse.Mais surtout, il possède un domaine de plus de 12 000 hectares de terre pour son seul et unique plaisir d’y chasser la caille, de la Thanksgiving jusqu’en février.Mais ce domaine, qui est de loin son bien le plus précieux, notre mégalomane risque de le perdre à cause de la Croker Concourse, cette tour commerciale qui ne se trouve aucun locataire et qui le mène droit à la faillite avec sa dette de 535 millions envers la PlannersBanq.Vient ensuite Roger II White (!!!).Dans la jeune quarantaine, de la classe moyenne élevée, il tente de se frayer un chemin vers la politique.Cet avocat «pas assez noir» — comme son nom l’indique — accepte de défendre Fareek «le canon» Fanon, runningback vedette des «Georgia homme un vrai s ï !!iR= xs a a Tech», jeune Noir issu des banlieues, pas encore accusé mais seulement «soupçonné» d’avoir violé une jeune Blanche.Malheureusement, celle-ci est la fille d’un riche investisseur qui, par hasard, est aussi le meilleur ami de Croker.Dans une ville comme Atlanta, un scandale comme celui-là pourrait suffire à raviver les vieilles guerres et à déranger la paix qui soi-disant règne entre Blancs et Noirs.Conrad Hensley, quant à lui, est tout en bas de l’échelle sociale.Hensley compte bien en remonter quelques échelons.A l’emploi de la Croker Global Foods, un entrepôt frigorifique, il rêve d’une petite maison de banlieue pour y installer sa femme et leurs deux enfants.Sa vie bascule lorsqu’il perd son emploi, le jour où Charlie Croker décide de mettre en place un plan de restruc- turation pour lui permettre de garder son fameux domaine.Résumer une intrigue de Wolfe s’avère une tache» difficile.On nage en pleip?best-seller et pourtant chez?Wolfe, l’intrigue devient: presque accessoire.Parce; que, contrairement à tous' les Grisham et King, Wolfe, n’est pas un mauvais' conteur, mais il ne se classe pas parmi les meilleurs.Non, ce que Wolfe propose, au delà de l’intrigue, s’apparente à une vaste enquête sur la société américaine de cette fin de siècle.: Précisément, chirurgicalement, il creuse, scrute et palpe l’âme américaine.Wolfe ne se contente pas de raconter comment des banquiers traquent Croker.Nous sommes là, assis à la même table qu’eux, et on voit les fameuses «sacoches de selle», comme les banquiers les appellent, ces ronds de sueur qui apparaissent sous les aisselles de Croker et qui donnent le signe de la victoire.On partage la gêne des invités dans cette grange de reproduction, après la démonstration d’accouplement électrisante sur laquelle, conclut Croker: «Les gens peuvent dire c’qu'ils veulent.Ils peuvent parler des droits des gays ou de ce qu’ils veulent.Mais là., on est au cœur des choses.C’est à ça qu’on en r’vient forcément à la fin, le mâle et la femellç, et c’est tout.» Voilà le personnage.A la fin, on connaît tous les travers de sa personnalité, grâce à la façon si précise qu’a Wolfe de décrire un milieu, une atmosphère, ou encore un physique.De plus, lui seul pouvait, sans se couvrir de ridicule, mener le lecteur vers une conclusion mystico-spi-rituelle où un riche promoteur immobilier devient télé-évangéliste.Voilà en 800 pages comment on se retrouve plongé dans un monde d’hommes, un monde où seule la loi de la jungle prévaut, un monde où c’est Wolfe, le grand loup blanc, qui tire toutes les ficelles.ESSAIS Pour réfléchir au futur de Phumanité FUTURIBLES Analyse et prospective Sous la direction de Hugues de Jouvenel Nancy, France Numéro 235, octobre 1998 104 pages Futuribles est une revue interdisciplinaire de prospective, une des rares en langue française à se consacrer à ce genre de sujet.Elle est entièrement dévouée à l’analyse, à partir de ce qui est, de ce qui pourrait advenir de notre petit monde, des futurs possibles.Son principal but est de proposer des actions politiques et stratégiques vis-à-vis des grands défis que réserve l’avenir.Les textes de ce numéro gravitent, pour l’essentiel, autour du pouvoir sans précédent que confèrent à l’homme les progrès de la science et de la technologie.On y discute des applications possibles de ces progrès, lesquelles applications dépendent directement des finalités pour- suivies et de la conception que l’on se fait de la société future.On parle, en substance, «de la maîtrise des hommes sur leur destin et du défi lié à l'accroissement de leur puissance en même temps qu’au déficit du sens ou à l’absence de projet collectif».Par exemple, dans un texte intitulé «L’Émergence des biotechnologies en agriculture», Guy Paillotin, président de l’Institut national de recherche agronomique de France, aborde l’épineuse question de l’application, en agriculture, des techniques de manipulation génétique.Ces manipulations permettent d’améliorer de manière substantielle le rendement par la création d’organismes transgénétiques (OGM) nettement plus «performants» que les organismes originels.L’auteur s’interroge sur les bienfaits et les méfaits, directs et indirects, à court, moyen et long terme, de ces pratiques.Il faut dire que ces manipulations sont, d’abord et avant tout, le fruit du travail de scientifiques dont la vocation est d’aller toujours plus loin sans se préoccuper de théologie, de métaphysique, de morale ou de politique.L’apprenti sorcier Si la présence de plus en plus fréquente d’OGM dans les denrées de consommation courante n’a pas encore donné lieu à un véritable débat fondamental en Amérique — on en mange probablement tous et on n’en est que bien peu conscients —, il en va tout autrement en Europe où ces applications biotechniques donnent lieu, depuis quelque temps déjà, à un véritable questionnement moral et éthique.L’homme a-t-il le droit de jouer ainsi à l’apprenti sorcier, d’intervenir dans la manipulation d’organismes, en lieu et place du Créateur?Et quelles pourraient être les répercussions de telles actions sur l’équilibre écologique déjà bien précaire de cette pauvre petite Terre?Voilà quelques-unes des questions soulevées par ces pratiques nouvelles auxquelles l’auteur tente d’apporter des pistes de réflexion.Les autres textes de ce numéro sont: «Le sujet créateur du futur -De l’insensé au sens ou la naissance du sujet», par Chantal Lebrun, conseillère en ressources humaines; «Prospective, débat, décision publique - Avis du Conseil économique et social», par Jean-Paul Bailly, président-directeur général de la RATP; et «Parler vrai sur le travail et l’emploi - À propos du livre de Arnaud du Crest, “Scénario pour le travail et la formatioq"», par Achille Seghin, de l’EDS (Etudes services développement).Si le futur de l’humanité vous intéresse, ce ne serait pas une mauvaise idée de lorgner du côté de cette publication de temps à autre.Car si les textes sont de qualité inégale, comme c’est le cas dans toutes les revues de ce genre, il n’en demeure pas moins qu’on y aborde souvent des sujets intéressants, voire fondamentaux, qui sont autant de réflexions sur l’avenir proche d’un monde en mutation.Marie-Claude Miramletle On prend toujours quelques livres en vacances Achetez 3 livres Jacques Godbout « Un roman tordu, certes, mais tordu drôle.» ( et obtenez ^ ^ Reginald Martel LA PRESSE on chèque de par la poste « Un thriller des plus déjantés.» Alexis Liebaert L'ÉVÉNEMENT DU JEUDI wu/u/.hachette.qc.ca Identifiés par un autocollant à l’Image do cette promotion./_ 160 PAGES • 19,95 $ LE I) E V 0 I K .I.ES SAMEDI 12 ET 1)1 M A X C 11 E 1 3 .1 U 1 X I !) 9 !) Livres ESSAIS QUÉBÉCOIS Courtemanche franc-tireur NOUVELLES DOUCES COLÈRES Gil Courtemanche Boréal, Montréal 1999,186 pages Il n’est pas inutile, je crois, de le mentionner j’ai lu ce livre d’une traite, avec avidité, et j’en aurais bien pris encore un peu.Voilà: Gil Courtemanche écrit clair, franc et bien, et il pratique le journalisme d:opinion, un genre noble mais souvent méprisé, avec une aisance et une détermination assez rares au Québec.Dans ses Nouvelles douces colères, son projet est ambitieux: «Comme en 1988, j'ai décidé de prendre prétexte de cette campagne qui s'annonce pour faire le point sur notre société.» Son hypothèse générale, quant à elle, se veut résolument critique: «Quelle société pouvait, parce que manipulée par les hommes politiques et par leurs serviteurs médiatiques, ne se mobiliser que pour de faux problèmes et demeurer aveugle aux bouleversements radicaux qui la minaient dans ses assises?» En novembre 1998, au moment, donc, où les Bouchard, Charest et Dumont s’escrimaient dans une course vers le pouvoir, un esprit curieux, informé, parfois intransigeant et encore capable d’indignation entreprenait de brosser un portrait social du Québec avec l’intention d’aller à l’essentiel et de contrer l’opération de diversion que constitue, selon lui, la gestion actuelle du politique en nos terres.Nouvelles douces colères, en effet, n’est pas un journal de campagne électorale ordinaire, fl s’agit à proprement parler d’un pamphlet visant à dénoncer l’impasse idéologique qui sape le potentiel de développement créateur de toute une société.Courtemanche fera grincer des dents, mais il faut l’entendre: «L’hypothèse indépendantiste piège l’ensemble du paysage politique canadien.» L’heure est venue, écrit-il, d’en finir avec une mascarade coûteuse qui est moins celle de la question nationale comme telle que celle de l’utilisation de cette dernière à des lins opportunistes par des parasites de carrière: «La crise nationale ne profite qu’à ceux qui veulent conserver le pouvoir ou le confisquer.Ce n’est pas notre crise, c’est la leur.Celle de Bouchard, Parizeau, Chrétien, Charest, petits-bourgeois francophones, mais aussi celle des journalistes devenus prisonniers des mots menteurs que ces gens mit réussi à nous imposer.» Et alors?Recevez celle-ci comme une proposition non partisane, quitte à en disposer plus tard: «La revendication aujourd'hui nécessaire à la survie du Québec est sociale et économique.» Courtemanche y insistera sans relâche: le vrai courage politique passe par une guerre menée à la pauvreté, pas aux pauvres, et au déficit, non pas zéro mais démocratique.PQ et PLQ À ce titre, le bilan de nos représen- Louis Cor ne Hier Les élites politiques et les médias entretiennent une idéologie débilitante qui confine le citoyen à l’impuissance tants mérite les plus féroces critiques.Le PQ incarnait un projet de société social-démocrate; il se résume maintenant à un seul homme, démagogue consommé, prêt à tout, surtout au pire, pour faire aboutir un idéal vidé de sa substance.Le PLQ a déjà eu une âme (qu’on se rappelle la Révolution tranquille); il «s’est transformé en petite machine à faire de la politique, comme d’autres machines font des cretons ou fabriquent des tapis industriels».Quant à Mario Dumont, «le pendant francophone du bouffon de la droite canadienne-anglaise, Preston Manning», il se présente comme une incarnation sans envergure de la principale dérive qui nous guette: «C’est le triomphe du discours utilitaire, de la culture de l’immédiatement rentable, de l’individu glorieux.Ronald Reagan embrasserait ce jeune homme.C’est un bon Américain.» Ces gens-là, Chrétien et ses fédéraux y compris, s’entretiennent entre eux, s’amusent à bomber du torse en déclamant des insignifiances souvent relayées par une classe médiatique un peu paresseuse, mais, pendant ce temps, la nouvelle économie, euphémisme pour retour du capitalisme sauvage en habits neufs, poursuit ses ravages en bloquant l’avenir aux jeunes, en remettant aux mains d’un patronat avide de profit à tout prix la tâche de reconfigurer le devenir social, en terrassant la solidarité par une atomisation socioéconomique aliénante, toutes avancées (il faudrait dire reculs) qu’elle accomplit drapée dans le manteau d’une fatalité qui en impose à ses victimes: «Comme si les citoyens avaient compris de l’à-plat-ventrisme de leurs politiciens que nous étions tous impuissants et démunis devant le nouvel ordre économique, un peu comme les Éthiopiens devant une sécheresse.Act of God.» Courtemanche livre ici l’essentiel de sa critique: les élites politiques, en faisant diversion (en instrumentalisant la question nationale, mais aussi, par exemple, en situant le problème du système de santé dans les urgences alors que l’essentiel serait d’admettre le rapport direct entre la pauvreté et la santé), et les médias, en banalisant la politique et en instaurant un culte de l’image frappante mais décontextualisée, contribuent à entretenir une idéologie débilitante qui confine le citoyen à l’impuissance.On a l’impression d’en savoir beaucoup, presque tout, mais de ne pouvoir rien faire.Catastrophes naturelles Versé en politique internationale, Courtemanche y fait une percée bien sentie avec l'intention de démasquer cette idéologie de la catastrophe naturelle.L’ouragan Mitch: «C’est la pauvreté qui a tué à cause de l’érosion qu'elle crée dans tous les pays du Tiers Monde.» Les famines africaines redondantes et la désertification: «Ce sont toutes de fausses catastrophes naturelles que nous aurions pu éviter.» Transposée à l’univers économique, Gil Courtemanche cette idéologie, ailleurs comme ici, fait figure de dogme: «Délocalisations, rationalisations, licenciements, consolidations, tout cela existe comme la neige en hiver et le sel dans les larmes.» La colère de Gil Courtemanche s’exprime ici sans détour: «La politique et l’économique tuent plus que toutes les catastrophes naturelles.» Donc, la fatalité est un discours entretenu par ceux qui en profitent.On le voit, les colères du journaliste sont multiples et leur réunion en un seul ensemble peut donner une impression de dispersion.Quel lien réunit, par exemple, la dénonciation des sommets socioéconomiques, celle du programme d’assurance-médicaments ou encore la critique de la recherche scientifique telle que pratiquée actuellement?La réponse, pourtant, est évidente: les exigences du marché s’imposent partout et dépossèdent les citoyens de leur rôle d’acteurs politiques.Drame supplémentaire, au Québec et au Canada, la question nationale est devenue un paravent servant à masquer cet enjeu réel, celui de la véritable démocratie politique qui devrait s’imposer à l’ordre économique.Le plaidoyer de Gil Courtemanche fera peut-être, à tort, le bonheur des fédéralistes et sera assurément accueilli par une volée de bois vert dans le camp souverainiste, alors que son courage et sa force principale résident précisément dans l’invitation qu’il contient à penser l’urgence en d’autres termes: «Si une menace pèse sur le modèle québécois, sur sa spécificité culturelle et sociale, elle ne vient pas du Canada.En fait, les deux sociétés font face au même ennemi.Nos cultures, nos identités nationales respectives sont minées par l’hégémonisme culturel américain.» Et pour que les sourds entendent: «Le discours néolibéral, c’est-à-dire celui du capitalisme primaire, menace bien plus l’identité québécoise que les prétendues visées centralisatrices d’Ottawa.» Cela admis, on comprendra maintenant pourquoi Bouchard, Charest, Dumont, Chrétien, Martin, Landry et leurs semblables doivent être considérés com- JACQUES CHENIER LE DEVOIR me des nuisances publiques.Ils ne défendent rien d’autre qu’eux-mêmes et leurs petits amis.Nouvelles douces colères n’est pas l’œuvre d’un tireur fou; excédé et résolu, son auteur plaide pour un électrochoc moral qui ferait retrouver au Québec le chemin d’un véritable projet politique créateur de sens et de justice sociale.Je ne partage pas toutes les colères de Courtemanche, et celles qu’il réserve dans ces pages au nationalisme {«frileux et bêtifiant»), à la dégradation de l’école et de la langue au Québec me semblent très mal dirigées (le journaliste ne pousse pas sa logique jusqu’au bout: les problèmes d’école et de langue sont eux aussi des conséquences et non des causes de la pauvreté et du déficit démocratique, et le nationalisme est victime, donc pas responsable, de son instrumentalisation) .L’homme est parfois injuste, entre autres envers Le Devoir, et un peu sourd à certains enjeux culturels qu’il se contente d’effleurer.Je vous dis néanmoins que, bien reçu sur l’essentiel, ce livre pourrait être une bombe dont nous avons bien besoin.louis.cornellierdicoUanaud.qc.ca LIBRAIRIE HERMÈS Vos libraires de 1 été Vos livres de 1 été Votre librairie de 1 été d7%a20h 362 jours par anne 1120, av.laurier ouest : outremont, montréal ir ' Itél.: 274-3669 téléc.: 274-3660 BIOGRAPHIE Prénom: André UN JOURNALISTE SE RACONTE André Payette VLB éditeur Montréal, 1999,269 pages Personnalité journalistique marquante du Québec moderne, André Payette raconte, dans ce récit autobiographique, ses quelque quarante aimées de carrière.De son enfance à Saint-Henri jusqu’à l’après-Nord-Sud, célèbre magazine d’information sur Radio-Québec qu’il anima de 1983 à 1991, Payette résume son parcours professionnel souvent intimement lié à celui de la Belle Province.Non seulement a-t-il couvert l’actualité ici et à l’étranger, cet ancien candidat progressiste-conservateur fut aussi l’époux d’une autre figure de proue du journalisme et de la politique au Québec, lise Payette.Dès ses premières armes à l'àge de 14 ans au journal du juniorat où il est pensionnaire, Payette est fasciné par les voyages et le journalisme.Et s’il dit souhaiter devenir missionnaire, ce n’est pas tant par vocation religieuse que par goût de l’aventure.Sa jeune carrière journalistique suit son cours, de La Rotonde de l’Université d’Ottawa au Quartier latin de l’Université de Montréal.En 1946, il assiste, comme bon nombre de ses jeunes col- lèges, à la conférence d'un jeune journaliste fraîchement rentré d’un séjour en Europe, un certain Gérard Pelletier, collaborateur au Devoir.Pelletier parle avec passion de son métier, tant et si bien que ce jour-là, «j’en ai bien peur, il fait prendre le bord à ma vocation religieuse».En filigrane, c’est toute une partie de l’histoire du Québec contemporain qui se dessine dans ce récit autobiographique.Le chapitre consacré au «non-renouvellement» du contrat de Payette à la barre de Nord-Sud est d’un intérêt certain et permet d’avoir le point de vue du principal intéressé sur la question.On se rappellera que la pu: blication de son texte «Visa le Blanc, tua le Noir» dans l’édition du 31 mai 1991 du Devoir, pamphlet virulent sur les effets pervers de certaines sanctions économiques anti-apartheid, avait précipité, selon Payette, son éviction de Radio-Québec.Son article fut dénoncé dims l’édition de juillet 1991 d’Inter-Mondes, journal de l'AQOCI (Association québécoise des organismes de coopération internationale) dans lequel il apprenait aussi son congédiement.Un ouvrage à lire pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire contemporaine, à la politique et au journalisme.Marie Claude Mirandette A' DENISE BOMBARDIER Aimez-moi les uns les autres « .un roman plein d’humour et d’autodérision.» LE NOUVEL OBSERVATEUR « un ouvrage au style vif, efficace, sans fioritures.» Lise Lachance • LE SOLEIL 224 PAGES • 27,95 $ Seuil É G RAN S SOLAIRES Les Bourgeois de Minerve Suspense médiéval Les Seins d’une femme jalouse Recueil de nouvelles Le Pari Oomimqva D*m*ri Best-seller depuis l6 semaines Un arbre devant ma porte Roman historique 315 pages - 24,95 S J Maryse Rouy 290 pages - 24,95 S r N?Jean-Guy Noël 425 pages - 24,95 S Dominique Demers 237 pages - 22,95 S Cécile Gagnon La découverte du corps assassiné d’un religieux minera les assises d’un petit village du Languedoc.Qui est coupable?Dès que la nouvelle est connue, les enquêteurs arrivent avec leur cohorte de méfiance, de terreur et de délation.Un troisième roman réussi de Maryse Rouy.Elle a si bien intégré ses matières que jamais le lecteur n'a l'impression de se faire faire la leçon - d'Histoire ou d’histoire.Un voyage sympathique dans le temps et dans un coin de pays où l’histoire parle encore.Sonia Sarfati, La Presse Seize nouvelles «résolument nord-américaines», seize situations-limites où il n'y a place ni pour la mièvrerie, ni pour la sentimentalité.Attachez vos ceintures! [.] réussir son premier recueil de nouvelles où se déploient autant de maîtrise, de personnalité et une telle variété d'univers, voilà de quoi susciter l'adhésion et l'enthousiasme.[.] Noël est un virtuose de l'intensité.[.] Avec audace, originalité et avec une plume qui prend un réel plaisir à se déhancher, Jean-Guy Noël fait une entrée remarquée et réjouissante dans l'écrit.Jean Fugère, Le Journal de Montréal Femme moderne, médecin, épouse, aux prises avec un présent qu’elle trouve insatisfaisant et un passé trouble, Maximilienne n’échappera pas aux tremblements du cœur et de l’amour.Le Pari offre un exemple très réussi de composition romanesque à deux trames et une belle galerie de personnages secondaires.[.] ce roman est un exemple rare de l’ambiguïté émotionnelle d’une jeune femme de quarante ans, sans enfants, au mitan de sa vie et assoiffée de réconciliation.Le résultat est éloquent, le pari d’auteure superbement relevé.Jean Fugère, Le Journal de Montréal Voici l'histoire d'une femme, Georgina Bonenfant, d'une époque, le milieu du XlXè siècle, d'une passion, l'architecture, et d'un drame, le grand feu qui ravagea la région de lac Saint-Jean en 1870.Portrait social et historique, Un arbre devant ma porte est, avant tout, le drame humain d'une jeune épouse aux prises avec les multiples difficultés et obligations de son époque.QUEBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com l I ;i 11 h m,aïi UnwfR-’A no Monur'/ii » ne ullé de l’»mdn* T reduction de l’anglais IF par Bernard Ferry Albin Michel, Paris, 1998,298 pages1 I V v.L’auteur de L’aigle s’est envolé a déjà eu la forme.On connaît la maniéré Higgins.S’inspirant de l’histoire, qu’elle soit contemporaine ou actuellç, il construit des romans qui impliqueht des acteurs et des organismes dont les noms ou les sigles se retrouvent normalement au journal télévisé.Quand toutefois le rocambolesqqe l’emporte, le roman déçoit et souffre d’extravagances «à l’américaine,».Avec Le Festin du diable, jeune fille, IRA trésor de 50 millions de livres englouti, mafia et autres malfrats sont au rendez-vous.L’auteur a trouvé ime formule qui autorise presque la facilité.Le résultat est décevant.Pour qui voudra vérifier la dernière affirmation, qu’il sache que la grande qualité de ce roman est d’autoriser une lecture en vitesse grand V.Aujourd'hui plus que jamais, le paysage est enjeux.208 page* 25,00 $ MARGARET GEORGE Les mémoires de Cléopâtre ro mn il Z a Morsure du Serpenl f m ÀS i m ii Tome III - Bientôt en librairie Une éblouissante saga ! Dans cette immense fresque historique, Margaret George se fait le chantre d'une destinée exceptionnelle.ALBIN MICHEL Sous la direction de Philippe Poullaouec-Gonidec Michel Gariépy et Bernard Lassus i i L E I) E V OIK, i, E S S A M EDI I 2 E T I) I M A X C 11 E I 3 .1 U I X I !> » !> 1) 9 littérature française Mir Livres ^ Un parcours divinement humain La nature humble et sauvage de Simone Weil ŒUVRES Simone Weil Gallimard, collection «Quarto» Paris, 1999,1288 pages DAVID CANTIN \ A la fois philosophe, historienne, mystique, ouvrière, enseignante et J intellectuelle, Simone Weil demeure : l’une des figures les plus remarquables de ce siècle.Malgré une vie aussi brè-l ve qu’intense, son trajet ne ressemble à S aucun autre dans la fusion des expériences les plus paradoxales.C’est désormais dans la collection «Quarto» de : Gallimard que ses Œuvres trouvent mi nouveau lieu d’accueil et d’attache-' ment.Etablie par Florence de Lussy, 5 cette édition séduisante regroupe la ’ plupart des écrits de Weil où s’impose -j une lecture divisée par thèmes.Après ; La Pesanteur et la Grâce, il s’agit d’un : regard encore plus explicite afin de jj comprendre le mouvement vertical de ’ cet itinéraire spirituel.Née à Paris en 1909 d’une famille : d’origine juive, Simone Weil traverse ; son adolescence dans l’inquiétude d’une santé déplorable et d’une carriè- re prometteuse.Elle compte parmi - ses maîtres des noms aussi célèbres 7.que ceux de Le Senne et Alain.Après v des études reluisantes en philosopltie, • elle se consacre surtout à l’enseignement qu’elle exerce dans différentes villes de province de 1931 à 1938.Pendant son séjour au Puy, ses convic-, fions intérieures l’amènent à connaître 7 la vie ouvrière, qu’elle découvre alors 3 comme une épreuve concrète du réel.Liée au christianisme, son destin l’en-i; traîne au combat en Espagne (à l’été f 1936) lorsqu’elle rejoint les forces répu-;j blicaines.Victime d’un accident, la dou-j leur physique et les migraines inces-santés l’obligent à une vie plus paisible $ où s’entame sqn cheminement passion-i né vers Dieu.A l’image d’une révélation ¦« divine, Weil découvre l’art sacré ainsi >1 que les vers métaphysiques du poète Sanglais George Herbert.Ces ren-| contres l’engagent vers l’amour désinté-1 ressé que Dieu lui adresse.Avant une : dernière expérience ouvrière comme ¦journalière agricole, elle fait des ren-« contres décisives auprès de Gustave ¦Thibon et le révérend père Perrin.De-' vaut l’appel du catholicisme, sa nature f< humble et sauvage la place du côté du i monde plutôt que de l’Église.Plus près des pauvres, des incroyants et des hérétiques, cette décision lui impose le rôle ] dupe «sainte de l'extérieur» totalement n insoumise.C’est dans cette volonté d’at-j tente et de patience qu’elle s’enivre de ; la passion brillante du Christ.Une pensée entière À travers ses épreuves les plus diffi-ci)es, Simone Weil tisse un ensemble , d’écrits où l’on passe du cahier à la i lettre, de la réflexion sur les origines de ¦j l'hitlérisme aux commentaires de textes y pythagoriciens.Son œuvre atteint un ” épanouissement tel, une pensée entière et vécue, pleine de fulgurances et de BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE Simone Weil contradictions.Elle aurait sans doute pu reprendre cet aphorisme de l'Argentin Antonio Porchia: «Mon Dieu, je n’ai presque jamais cru en toi, mais je t'ai toujours aimé.» Cet amour fondateur est au centre d’un inlassable questionnement sur l’existence possible de Dieu et d’un coqtact direct avec le Christ.A partir d’une connaissance intuitive en éclats, Weil cherche à concevoir une sainteté nouvelle qui corresponde aux dilemmes de son époque, libres des dogmes institutionnels.Sa tâche n’est pas de concevoir une doctrine spécifique mais plutôt d’unir le sentiment d’un Dieu personnel et impersonnel à la fois.Comme le mentionne Florence de Lussy dans son introduction: «Un même mystère unit pour elle la Création, l’Incarnation, la Passion, qui constituent ensemble la folie propre à Dieu, Folie de Dieu déjà contenue tout entière dans l’acte de créer.Car en créant, Dieu renonce à être tout; il abandonne un peu d’être à ce qui est autre que Lui.» A la redécouverte d’un Platon mystique, l’auteur de L’Enracinement s’engage sur le chemin des présocratiques, des stoïciens grecs, des taoïstes chinois et des cathares.Ce savoir universel l'amène à s’éprendre d’une foi sans contraintes, où le bien, la charité, la compassion et la beauté Se dirigent vers un centre immuable.A travers ses méditations, elle arrive à cette phrase qui englobe l'essence de son désir «[.] l’univers entier dans la totalité de l’espace et du temps a été créé comme la Croix du Christ».11 est difficile de résumer une œuvre aussi vaste et profonde dans son germe prophétique.Dans l’ombre cruelle des guerres absurdes de ce siècle, Simone Weil demeure aujourd’hui plus pertinente que jamais.Avec beaucoup d’estime, Ciofan allait jusqu’à la comparer à «un Ezéchiel ou un Isaïe féminin».Désonnais, son drame intérieur s’imprègne de cette tension entre la présence immédiate et l’absence du détachement.Il faut lire ces pages comme on entre dans une forêt éloignée du monde des apparences, là où l’élève la lumière ainsi que la noirceur d’une sagesse mystérieuse.VIENT DE PARAÎTRE Le roi et la spirite Une nouvelle collection consacrée à la vie amoureuse des personnages célèbres FRANÇOIS F Le: chevalier de i.’amour Claude Dufresne Belfond, coll.«La vie amoureuse» Paris, 1999,290 pages Pour inaugurer une toute nouvelle collection de biographies historiques évoquant la vie amoureuse de personnages célèbres, les éditions Belfond proposent une biographie romanesque de François 1er, roi de France de 1515 à 1547.C’est le journaliste Claude Dufresne, historien à ses heures et écrivain rompu au genre historique (on se souviendra, parmi d’autres titres, de Morny, le roi du Second Empire, Le Mystère du Masque de Fer, L'Impératrice Eugénie ou le roman d'une ambitieuse ou encore Les Orléans), qui en signe le premier titre.Laissant loin derrière l’homme politique et le stratège militaire, Dufresne s’intéresse ici aux amours, célèbres, folles et nombreuses, de ce roi qui, dès l’âge tendre, manifesta un goût immodéré pour la gent féminine.Cet habile galant, infatigable coureur de jupons et collectionneur d’aventures, n’eut pourtant que deux véritables favorites dont il fut éperdument amoureux: d’abord Françoise de Châteaubriant, qui fut sa maîtresse dix années durant avant d’être détrônée à ce titre p;ir la très ambitieuse Anpe de Pisselieu, devenue duchesse d’Étampes, qui garda le titre de favorite 21 années durant, soit jusqu’au décès du roi, en 1547.De lecture agréable et regorgeant l.o chevalier de iamoin d’anecdotes tantôt cocasses, tantôt émouvantes, cette biographie romanesque n’est en somme qu’un joli roman d’amour sur trame historique.Dufresne n’a pas la prétention de récrire l’histoire (enfin, on l’espère!) de cette riche période qui vit entrer de plain-pied le royaume de France dans la Renaissance avec le chantier de Fontainebleau.Mais il évoque, dans un style vivant et sensible, la vie de cour au XVI' siècle et trace un savoureux portrait intime de cet amoureux fou.Le récit est scandé d’extraits de lettres, de billets doux, de poèmes et de chansons de la plume du roi qui établissent le ton et font renaître, le temps de quelques chapitres, l’atmosphère d’une époque lointaine et désormais révolue.Et puisque François 1er éleva l’amour et la beauté au rang d’art, le sujet est on ne peut mieux choisi pour inaugurer une collection consacrée aux célèbres amours à travers l'histoire.Si le roman Itistorique et les histoires d’amour sont votre tasse de thé, vous serez ravis par cette nouvelle série qui s’inscrit dans la lignée des Histoires d’amour d'histoire de France.Mais si c’est l’homme politique et le monarque aux nombreux exploits guerriers qui vous intéresse, vous ne trouverez, dans ce livre, ni à boire ni à manger.LE DON DE CHARLOTTE Victoria Glendinning Traduit de l’anglais par Dorothée Zpmstein Belfond, coll.«Les Étrangères» Paris, 1999,260 pages Londres, années 1880.La narratrice de ce journal intime, Charlotte Mortimer, vit à Londres avec ses parents.Elle a 18 ans et attend que quelque chose arrive dans sa vie morne et sans intérêts.Les problèmes d’argent obligent cette famille petite-bourgeoise à prendre un pensionnaire, un ingénieur électrique du nom de Peter Éi-sher.Naturellement, Charlotte tombe éperdument amoureuse de cet intrus qu’elle épouse bientôt.C’est en fait la manière la plus efficace qu’elle ait trouvée pour fuir ce milieu étriqué et suffocant afin de s’épanouir.Charlotte découvre alors un monde bien éloigné de celui dans lequel elle a jusqu’alors évolué, un univers empreint de science et de modernisme.Fisher travaille activement à un projet d’aménagement d’une maison entièrement électrique pour un noble excentrique, lord Godwin.Bientôt, la jolie Charlotte devient la maîtresse de lord Godwin qui l’initie au monde du spiritisme.Devenue veuve à la suite d’un incident sur le chantier, puis abandonnée par son amant, Charlotte se voit contrainte de trouver un moyen de survivre dans cet univers.Elle choisit de devenir médium.C’est à travels le regard posé par cette jeune femme sur les gens et les choses qui l’entourent que l’auteur évoque les ambiguités et les paradoxes d’une époque partagée entre progrès scientifiques et mondes occultes.D’ailleurs, sir Conan Doyle, celui-là même qui donna à l’Angleterre l’inébranlable Sherlock Holmes, pur génie de la science, de la raison et de la déduction, fut l’un des plus ardents défenseurs du spiritisme, allant jusqu’à fonder sa propre maison d’édition pour publier ses écrits occultes.Toutes les contradictions de cette époque fascinante et étrange sont traitées avec intelligence par l’entremise du regard naïf de cette jeune héroïne moderne.Un joli petit roman sympathique pour les amateurs du siècle de Victoria.SCIENCE-FICTION En Nouvelle-Chine ROHINTON MISTRY LA TAUPE ET LE DRAGON Joël Cham[)etier Alire, collection «science-fiction» Québec, 1999,368 pages Avis aux amateurs de science-fiction et d’aventures, La Taupe et le Dragon, roman initialement publié dans la collection «littérature d’Amérique» aux éditions Québec/Amé-rique en 1991, vient d’être réédité en format poche aux éditions Alire.Alire, c’est cette petite maison d’éditions de Québec à laquelle on doit quelques-uns des meilleurs titres récents en matière de fantasy, dont Les Chroniques infernales d’Ésther Rochon, 77-gane de Guy Gavriel Kay, la série Tyran a ël d’Élisabeth Vonarburg ainsi que l’excellente série Le Sable et l’Acier de Francine Pelletier.L’auteur de La Taupe et le Dragon, Joël Champetier, s’est d’abord fait connaître comme écrivain de romans jeunesse avec quelques titres dans la collection «Jeunesse Pop» aux éditions Paulines.La Taupe et le Dragon a en fait été son premier roman grand public et a connu un immense succès.Au point où la très célèbre New York Review of Science Fiction a qualifié le roman, et son auteur, de véritables révélations.L’intrigue se déroule en Nouvelle- Chine, planète lointaine qui fut «terra-formée» afin d’abriter un milliard de Chinois.Les journées y ont 18 heures et Ton doit constamment porter chapeau, limettes et gants afin de se protéger des rayons d’Œil du Dragon, planète jumelle de NouvelleChine dans l’epsilon du Bouvier.Réjean Tanner est dépêché en mission sur Nouvelle-Chine au moment où les dirigeants de cette colonie, acculés au pied du mur par leurs créanciers, n’arrivent plus à faire face à leurs gigantesques dettes.Ce roman, de lecture très agréable, plaira aux amateurs de science-fiction, mais saura aussi séduire ceux qui ont tendance à se sentir perdus dans ce genre d’univers.C’est juste assez compliqué, et c’est bien écrit.Champetier arrive brillamment à entretenir le suspense, à créer des atmosphères mystérieuses et envoûtantes dans ce thriller futuriste aux allures de récit d’espionnage.Et comme ce genre littéraire n’a que bien peu d’antécédents dans la littérature québécoise, force est d’admettre que Champetier a réussi ici un véritable tour de force.C’est presque aussi bon que Blade Runner.Presque.Un roman fascinant, un auteur à découvrir pour les jeunes et les adultes.Mais attention, vous risquez d’avoir envie de lire tout ce qu’il a écrit.Marie Claude Mirandette BORÉAL BORÉAL BORÉAL T T ! Fernand DUMONT Marie LABERGE Monique LARUE BORÉAL C0H1PRCT Gaétan SOUCY Fernand Dumoni Raisons communes^ Marie Ubergc Uc Poids des ombres Monique Imluc Copies conformes UUnnuvculèc Conception tW*l N° 80 «ESSAI 264 PAGES • 14,95 $ N° 101 • ROMAN 464 PAGES • 16,95 $ N° 94 • ROMAN 192 PAGES* 12,95$ N° 96 • ROMAN 352 PAGES • 15,95 $ «Un superbe roman-fleuve comme on en écrivait au XIXe siècle» Jean-Pierre Denis, Le Devoir «Une fresque.Un souffle.Une grande histoire.» Pierre Foglia, La Presse «Une œuvre de génie.Le grand roman de l'Inde que tout le monde attendait.» Literary Review «La détresse de l'Inde, Rohinton Mistry nous la jette au visage avec une force et une mœstria éblouissantes.» L'Express ALBIN MICHEL 11 BE ¦¦HH HeniietteDessa^ )ean-)utes*2r.oU(S \ François Batœtoo, de haine Gabriel Sagard taire Martin Vdte-Oieu des Huron* ¦M 'D 10 L E I) E V O I It .I.E S S A M EDI I 2 ET I) 1 M A N C II E I 3 ,1 II I X I !l !) !l ?Livres » LITTÉRATURE JEUNESSE tl Hi mots, à l’animé, au temps, aux rêves de l’enfance.» Raymond Bertin • VOIR « Un délicieux récit initiatique.» /.-B.H.• LIBÉRATION Le vaste MONDE Scènes d'enfance 176 PAGES Robert _ Lalonde glOUUtHT A».• 'X- i : - C’est dans ROUM WiutuWm il SM WMHU L’excellence qui dure Collections et albums propres à faire rêver les jeunes (i GISÈLE DESROCHES "T es albums de Marie-Louise Gay -L/chez Héritage (Dominique et compagnie), la série Simon de Gilles Tibo (Livres Toundra) et la collection ~ «Ciné-faune» de Michel Quintin sont tous trois des exemples d’excellence.Une excellence qui dure.Année après année, séries ou collections s’enrichissent de nouveaux titres qui réussissent encore à nous épater.SIMON ^ ET LES DÉGUISEMENTS Gilles Tibo Livres Toiuidra, 1999,24 pages ’ Les albums de la série Simon ont valu à son auteur des honneurs dans le monde entier.Onzième titre de la série, Simon et les déguisements recrée le même enchantement que les précédents titres.Façon fantaisiste de traiter le thème, facture soignée, luminosité des couleurs, poésie des situa-t dons, présence des animaux et de la ; fidèle amie Marlène.Les albums Si-• mon plaisent aux tout-petits et à leurs 1 parents.Profitons-en.On dit que c’est j le dernier de la série.C’est du moins ' ce qu’affirme Tibo.C’est à suivre! STELLA, ETOILE DE LA MER Marie-Louise Gay Dominique et compagnie Montréal, 1999,32 pages Contrairement aux deux autres albums, les créations de Marie-Louise Gay ne s’inscrivent pas dans une série.Nouveaux thèmes et nouveaux personnages à chaque fois viennent nous ravir.Pour réaliser Stella, étoile de la mer, l’illustratrice a fouillé dans ses propres souvenirs de plage et de mer.Une petite fille emmène à la mer son frère Sacha, qui la découvre pour la toute première fois.Stella plonge et joue dans les vagues tout en pressant son frère de venir la rejoindre, mais le bruit, l’immensité, l’inconnu impressionnent Sacha.Il pose beaucoup de questions (Est-ce que l’eau est froide?Est-ce qu’il y a des requins?) et prend le temps de se laisser apprivoiser.C’est la douce folie, la poésie, la beau- JEAN-GUY THIBODEAU Gilles Tibo té de la mer, la découverte de coquillages et la joie de creuser le sable qui emplissent les pages, et non la foule des consommateurs de bronzette.De pleines pages de couleur dorée et turquoise avec un texte sobre, réduit au minimum, des personnages aux traits fins avec de petites bedaines rebondies, des sourires d’enfants, de petites surprises à découvrir au coin des pages et de grands espaces qui respirent.C’est la joie et la douceur des vacances telles que les rêvent nos mémoires d’adultes.Un très bel album pour faire aimer la mer.LE LOUP Michel Quintin et Michel Villeneuve (ill.) Michel Quintin, coll.«Ciné-faune» Montréal, 1999,24 pages Pour faire aimer les loups: la collection «Ciné-faune» (Michel Quintin) rompt avec sa tradition éditoriale qui privilégiait jusqu’ici des illustrations humoristiques combinées à un texte informatif versifié.Dans Le Loup, quinzième titre de la collection, le texte respecte bien les critères habituels mais les saisissantes illustrations de Michel Villeneuve empruntent ici la voie du réalisme et même de lTiyper-réalisme.Loups et louveteaux ont des attitudes plus vraies que nature, hurlements sous la lune, chasse dans la toundra et dans la forêt ou scènes at- a* «s 04 r 5 SI I2*| Wtf JC3 K*\m irtrM m-J tJUi CJU g1 O | î-i !*î> rs* «Mi G & Larron DANIEL GOLEMAN Lintelligence émotionnelle Cultiver ses émotions pour s'épanouir dans son travail •+ m Daniel Goleman L'intelligence émotionnelle 2 Les vraies raisons de la réussite professionnelle, les aptitudes émotionnelles, la capacité de • communiquer et d'influencer les autres, la motivation et l'intégrité, la confiance en soi.tendrissantes des soins maternels.On croirait des photos croquées sur le vif, retouchées d’un peu d’aquarelle.On peut presque sentir le soyeux des pelages et l’humidité des naseaux.Un album qui réussit non seulement à donner beaucoup d’information sans lasser son public cible (entre trois et huit ans) mais à entretenir une fascination pour cette espèce.Egalement paru: La Mouffette.LE GOÛT DE SAVOIR Volume 1: Plaisirs Roger Paré DRÔLES D’HISTOIRES Volumes 1 et 2 Robert Munsh et Michael Martenko (ill.) La Courte Échelle, coll.«Les Classiques de La Courte Échelle» 1999,96 pages À propos de séries dont la popularité ne se dément pas, on retrouve ces jours-ci dans les librairies une nouvelle collection comptant déjà quatre titres, intitulée «Les Classiques de La Courte Echelle».On a en effet décidé de rééditer sous une même couverture quatre histoires choisies parmi les plus aimées et les plus lues.Quatre albums en un! Le premier titre, Le Goût de savoir, réunit quatre œuvres de Roger Paré: L’Alphabet, Les Chiffres, Les Couleurs, Les Contraires.96 pages coiffées d’une couverture rigide avec-reliure cousue.Les quatre premiers titres de la série «Plaisirs» de Roger Paré sont également réunis sous le même principe: Plaisirs de chat, Plaisirs d’été, Plaisirs de cirque, Plaisirs d’aimer.Huit titres de la série «Drôles de cochons»: J’ai envie.Ainsi le volume 2 contient Papa, réveille-toi!, Le Papa de David, Les Fantaisies d’Adèle et La Magicienne.4 Petits concepts pour Le livre-objet pour jeune CAROLE TREMBLAY Avant d’être des histoires, les livres sont des objets pour les tout-petits.De petits jouets de carton à manipuler, à regarder, à explorer.Voici quelques nouveautés qui réjouiront à la fois les petites mains et les grand yeux.VROUM ! VROUM ! Illustrations de Sue Hendra Autrement jeunesse, coll.«C’est dans la poche!», Paris, 1999 S’il est parfois difficile de distinguer la réalité de la fiction, le bien du mal et le bon grain de l’ivraie, il arrive qu’il ne soit pas aisé non plus de tracer la frontière entre le livre et le jeu.On peut définir Vroum! Vrourn! comme un casse-tête associatif de 12 pages, ou comme un livre sur les moyens de transport dont les illustrations ont chacune un double avec lequel jouer.On soulève, on cache, on insère des images de bateaux, d’avions, de motos.On peut trouver l’image identique sur une des pages, glisser l’illustration dans la pochette secrète correspondant à la question demandée ou tout simplement l’insérer dans la longue frise répertoriant tous les moyens de transport.Tout ce qui roule, flotte ou vole est représenté, et si on ne perd pas les morceaux, on en a pour longtemps à s’amuser.Surtout si on a trois ans et plus.GROUPE SCABRINI IMPRIMEUR PRÉSENTE LES AG M V MARQUIS / m p r i m e u La passion du livre.Romans Québécois 1- U PETITE FILLE QUI AIMAIT TROP LES ALLUMETTES, Gaétan Soucv, Boréal 2- TOMBOUCTOU, Paul Auster, Actes Sud/Leméac 3- TOUT À L'ÉGO.Tonino Benacquista, L'Instant même 1- LES BŒUFS SO.NT LESTS MAIS LA TERRE EST PATIENTE.Pierre Falardeau.\lBéd.2- PAYS ET MENSONGES.Luc Bureau, Boréal 3- ET DIEU CRÉA LES FRANÇAIS t.2, Louis-Bernard Robitaille, BD Livres jeunesse Québécois 1- LE BON, LA BRITE ET LE VAMPIRE.Louise Leblanc, La courte échelle 2- NOÉMIE t.7, Gilles Tibo, Québec Amérique 3- UNE SAISON AU PARADIS, Sylvain Trudel, La courte échelle Poésie Québécoise 1- COI A RE-FEU, Fabienne Roilel, Lanctôt éditeur Livres pratiques 1- JE MANGE, JE MAIGRIS ET JE RESTE MINCE, Michel Montignac, Flammarion 2- LES VOIES CYCLABLES DU QUÉBEC, Collectif, Vélo mag ^ _ Romans Étrangers 1- UNE VEUVE DE PAPIER, John Irving, Seuil 2- L'ASSOCIÉ, John Grisham, Robert Laffont 3- UN HABIT DE LUMIÈRE.Anne Hébert, Seuil Essais Étrangers 1- LA PRISONNIÈRE, Michèle Fitoussi, (Irasset 2- LA PLI S BELLE HISTOIRE DE PLANTES, Collectif, Seuil 3- LE HARCÈLEMENT MORAL, Marie-France Hirigoven, Syros Le coup de coeur Québécois I- L’ABANDON, Denise Riendeau, Septentrion Librairie Vaugeois Archambault Musique et livres.849-6201 • Ubntiric Bertrand 8-49-4533 • Librairie Champion).84-1-2587 Librairie Clàm-nt Murin, (819) 379-4153 • Librairie du Soleil, (613) 241-6999 • Ubrairle du Square, 845-7617 Librairie Gallimard.499-2012 • Ubrairle Gameau Inc., 38-4-8760 • Ubrairle GG Gaza, (819) 466-0344 Librairie llermcs Inc.274-3669 • Librairie le Fureteur Inc.(450) 465-5597 • librairie Le Parchemin, 845-4243 librairie Monel.337-4083 • Librairie Olivieri.739-3639 • Librairie Pantoute.(418) 694-9748 Librairie Vaujjeois, (418) 681-0254 ASSOCIATION I DES ÉDITEURS NATIONALE I DELIVRES LA GRANDE FERME Bettina Paterson Grund, 1999 La Grande Ferme est un adorable coffret en forme de grange.En ouvrant les larges portes, on trouve quatre livres en forme d'animaux, bien rangés dans leurs petites stalles.Des livres tout carton avec, en couverture, des appliqués de tissu imitant le pelage de l’animal.La vache, le cochon, le poney et le mouton ont chacun une histoire à raconter.Une histoire courte et simple qui utilise avec intelligence les rabats à soulever.La vache joue à la cachette avec les souris; la brebis cherche son petit; le cochon affamé est en quête de nourriture et le poney voudrait bien trouver quelqu’un pour jouer avec lui.Les couleurs vives des illustrations en découpage de papier achèvent d’en faire un coup de cœur assuré auprès des tout-petits.J’ARRIVE Hervé Tullet Seuil jeunesse, Paris, 1999 J’arrive démontre toute la richesse que peut receler une idée toute simple.Une petite voiture rouge part pour un long voyage, représentant le trajet d’une maman jusqu'à la maison où se trouve son enfant.«J'y vais!», s’exclame la conductrice au moment du départ.Vroum! La voiture roule ensuite dans différents paysages, campagne, montagne, ville, falaise, sur des pages au format sans cesse croissant.Gagnant environ deux centimètres par page, l’illustration explose littéralement dans la finale du bisou entre la mère et son petit trésor, la dernière page s’étalant sur une surface trois fois plus large que celle du départ.Tout est contenu dans ce concept de pages grandissantes; le mouvement, la vitesse, la progrès- tout-petits enfant sion du voyage, la hâte et le bonheur de la maman de retrouver sqn petit chéri.Efficace et charmant.A partir de deux ans.DORMIR Texte d’Élisabeth Brami Illustrations de Philippe Bertrand Seuil jeunesse, coll.«Petits bonheurs, petits bobos», Paris Du nouveau encore chez Seuil: le livre dépliable.Deux couvertures cartonnées encadrent un long ruban de papier plié en accordéon qu’on peut lire d’un côté ou de l’autre.Le recto propose une énumération des petits bonheurs reliés au dodo tandis que le verso se penche sur les petits malheurs qui viennent le troubler.Parmi la quinzaine de petites joies recensées et illustrées, on compte se faire porter au lit dans des bras, lire ou jouer en cachette sous les draps, ou encore se faire réveiller par des bisous.Côté bobos, on retrouve avoir peur du noir et rester tout seul la porte fermée, dormir dans une maison qu’on ne connaît pas et se réveiller au lit tout trempé.Un livre tendre et câlin pour partager petites et grandes émotions avec papa et maman.la poche ! ! VROUAA En COLLABORATION AVEC L E I) E VOIR.I.E S S A M E 1) I 1 2 ET 1) 1 M A N CHE 1 3 .1 U 1 X I 9 !» !» 1) 1 1 *¦ ,4 I obert A^ftî^-léber! HABIT roman Seuil s BANDES DESSINÉES L’historien, le chirurgien, l’ancêtre et le tigre Quand le regard encyclopédique déçoit, les images rassurent DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE DES HÉROS ET AUTEURS DE BÉDÉ Henri Filippini Glénat, Grenoble, 1998,786 pages DENIS LORD Filippini est un routier aguerri de la bande dessinée, participant depuis quelques décennies déjà à sa reconnaissance par l’élaboration de sbn appareil sociocritique.Il a collaboré aux Cahiers de la bd et à Vécu; on lui doit en outre l’histoire du journal Pilote et un dictionnaire de la bédé érotique.Filippini entante aujourd'hui un travail titanesque qui consiste à répertorier la production mondiale du neuvième art en fonction de ses genres.Ce premier tonte nous présente, classés par noms de héros ou de série, l’animalier, l’humoristique, le policier et l’historique; bien illustré (couleurs et noir et blanc), il se clôt par une section bibliographique des auteurs cités.Mal m’en prendrait de vouloir jauger l’exhaustivité d’un projet si monumental et l’exactitude de ses innombrables données.Certains commentaires ne laissent toutefois de susciter la perplexité, faisant présumer que le critique ne s’élève pas jusqu’à l’historien.Ainsi, Filippini parle du «noir et blanc dépouillé» du Sin City de Frank Miller, pourtant expressionniste, à des années-lumière d’un quelconque minimalisme.Ailleurs, le graphisme de la série La Vache serait «simple».Peut-on classer aussi benoîtement le travail de Johann de Moor avec sa riche palette de couleurs, sa calligraphie élaborée et son utilisation du collage?Un outil à prendre avec des pincettes.PROFESSEUR BELL Le Mexicain à deux têtes Johann Sfar Delcourt, France, 1999,48 pages Joseph Bell est tératologue et chirurgien.Parce qu’il a refusé d’enlever au riche M.Pinon sa deuxième tête, Son frère est assassiné, son entourage mis en danger.Bell doit donc affronter le bicéphale jusque dans son repaire et trouver une parade à des pouvoirs qui tiennent du vaudou.Célia, la mystérieuse égérie de Pinon, pourra-t-jelle l’aider?Il y a un second degré , dans le fantastique sfarien (voir les excellentes séries Les Potamoks et Pé- ¦ t'rus Barbygèré) qui souligne le caractère fictif de l’œuvre tout en renfor-cant paradoxalement son envoùte-jnent.L’auteur fait également preuve il’un humour fin.Quelque part, Bell, riin brin psychanalyste, accuse un fan-’ tème de se réfugier derrière son sta- ¦ ’tut de spectre pour justifier un comportement obsessionnel.«Oubliez que ; ;tfous êtes mort et considérez-vous désor-! ‘.mais comme un malade.» Bonne maî-’ ’trise graphique, avec un trait expressionniste et une palette de couleurs variée mais sobre.Pour goûter les plaisirs du Mexicain., il faut toutefois passer le cap des dix premières pages où, microscopique, la calligraphie arrache les yeux.qu’avec parcimonie dans la bédé, le corpus étant essentiellement fait d’aventures, un genre où, il faut bien l’avouer, les octogénaires n’ont pas la cote.Et pourtant, chaque geste est pour eux une aventure! Bretécher vient remettre les pendules à l’heure avec un récit où se rencontrent quatre générations de femmes d’une même famille: Agrippine, l’ado au langage «chébran», sa mère Poule, Ni-nille et Zonzon l’arrière-grand-mère.95 ans et des poussières, cette dernière revient dans le décor après quelques décennies d’absence, fâchée qu’elle était du mariage de sa fille avec un bolchevique.La réapparition de Zonzon, le verbe toujours tranchant et habile à jouer de sa prétendue sénilité, n’est pas sans causer un certain émoi dans la famille.Agrippine va jusqu’à faire payer ses copains pour qu’ils aient le bonheur de rencontrer un pareil anachronisme! Truffés de termes argotiques, verlanesques, les dialogues sont plutôt suaves mais le récit achoppe quelque part entre le burlesque et l’étude de mœurs.CALVIN ET HOBBES Faites place à Hyperman! Bill Watterson Editions Hors Collection, France, 1998,63 pages Manière de Ducharme américain, Watterson refuse catégoriquement tout contact avec les médias, de même qu’il interdit l’utilisation de ses très populaires personnages pour des produits dérivés, véritable pactole à l’état latent.On chuchote même qu’il a abandonné la présente série dont voici, en français, le seizième album.Calvin est un petit bonhomme qui serait solitaire si ce n’était de son ami — imaginaire —, le tigre Hobbes.Il pratique la philosophie à des fins très particulières, c’est-à-dire l’autoglorification et la justification de ses désirs.D’où perles fumantes et reparties savoureuses.Quand Hobbes lui dit qu’il est dans une période de refus parce qu’il ne veut pas faire ses devoirs, Calvin rétorque qu’il s’agit plutôt d’une «sélection rigoureuse de la réalité».Et ailleurs, en classe: «Si l’ignorance est une bénédiction, ce cours est une tentative délibérée de me priver du bonheur, dont la poursuite est un droit inaliénable selon les ternes de la Déclaration d’indépendance.» Un tendre et lucide portrait de l’enfance en quelques mots et quelques coups de pinceau qui vont à l’essentiel.La crème du strip.AGRIPPINE ET L’ANCETRE Claire Bretécher Hyphen, France, 1998,56 pages Les aînés ne sont représentés Claire Bretécher ARCHIVES LE DEVOIR Léo-Paul Desrosiers a consacre trois décennies à son Iroquoisie IROQUOISIE Léo-Paul Desrosiers Sillery, Septentrion, 1998-99, quatre volumes RÉMY CHAREST Si l’été est bel et bien le moment où l’on se consacre à des lectures plus substantielles, alors Iroquoisie, vaste chronique historique de quelque 1400 pages signée Léo-Paul Desrosiers, est un projet de lecture rêvé pour vos vacances à venir.Un été pour lire l’œuvre d’une vie, voilà qui semble bien raisonnable.En effet, Desrosiers avait travaillé pendant presque trois décennies — des années 40 à sa mort en 1967 — à ce récit minutieux et animé des relations tumultueuses entre Amérindiens et Européens, de l’arrivée de Jacques Cartier à la grande paix de 1701.Avec la publication, ce printemps, des volumes trois et quatre de ce qui était auparavant un manuscrit inachevé de quelque 2000 pages, déposé discrètement aux archives de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, le lecteur intéressé à comprendre les relations entre Blancs et Amérindiens trouve à sa disposition un ouvrage exceptionnel qui fait revivre dans leurs moindres détails les guerres, traités, négociations, échanges et mouvements divers de l’époque.L’histoire comme un récit Défi d’édition relevé avec brio (et une belle esthétique) par Denis Vau-geois et l’équipe de Septentrion, Iroquoisie offre un plaisir de lecture rare dans les publications historiques d’aujourd’hui.À l’époque où écrivait Desrosiers, on prenait encore plaisir à écrire l’histoire comme un récit.Et puisque Desrosiers était aussi un romancier habile (publié chez Gallimard en 1938, avec son roman Les Engagés du Grand Portage), le récit qu’il trace est souvent passionnant, même si le foisonnement de détails sur chaque chef indien, chaque raid iro-quois, chaque pionnier capturé et chaque séance de torture devient parfois un peu étourdissant à suivre.L’exemple de la grande paix de 1701, qui vient clore les quatre volumes, est tout à fait éloquent à ce chapitre: même s’il intervient en toute fin de course, à une étape du travail que l’au- Léo-Paul Desrosiers teur avait laissée à l’état de brouillon, le chapitre est animé par un fort sens de la mise en scène.En bon écrivain, Desrosiers savait qu’il tenait là une fin magnifique à une grande aventure où la réalité dépasse souvent la fiction.S’il y a là une belle narration, il y a aussi beaucoup de personnages intéressants à suivre: le grand chef indien Garakonthié, les gouverneurs Frontenac et Callières, parmi les plus célèbres, mais aussi nombre de personnalités méconnues qui prennent ici beaucoup de relief.En donnant ainsi une dimension intéressante aux personnages — et aussi aux divers groupes présentés —, l’auteur donne beaucoup de vie à son récit.Ce plaisir littéraire ne devrait toutefois pas faire oublier les qualités historiques et documentaires de l’œuvre.De nombreuses sources d’époque sont citées abondamment et régulièrement comparées les unes aux autres.Léo-Paul Desrosiers démontre un souci d’exactitude et l’on sent bien le sérieux de ce grand œuvre auquel il s’était si longtemps dédié.Il distingue également assez bien les enjeux politiques et économiques des relations entre Européens et Amérindiens — appelés tout bonnement des sauvages, signe que l’œuvre fut conçue à une autre époque — et, en particulier, l’ingéniosité et la persistance des Iroquois, qui désirent devenir les intermédiaires par excellence de la traite des fourrures en Amérique du Nord et qui sentent bien que leur poids politique dépend fortement de l’équilibre de leurs relations avec les diverses puissances en présence.ARCHIVES LE DEVOIR ! Evolution de la narration Cette analyse apparaît surtout en filigrane, les commentaires s’intégrant de façon très brève à l’évolution de la narration.Si l’historiographie moderne a perdu souvent ce sens si agréable du récit, il manque tout de même un certain effort d’analyse et de synthèse au travail de Desrosiers.Conune quoi l’équilibre se trouve probablement quelque part entre la tendance littéraire démontrée par Iroquoisie et l’approche très analytique dominant l’écriture actuelle de l’histoire.Quoi qu’il en soit, rares sont les ouvrages qui livrent autant de matière que cette grande Iroquoisie.Le type d’informations qu’on peut en retirer est très diversifié, de la politique à l’organisation sociale en passant par le vêtement, la nourriture et les communications (étonnamment rapides) sur le territoire nord-américain.Surtout, on en retire un portrait nuancé de l’identité iroquoise, loin de la démonisation traditionnelle qu’ils ont généralement subie.En ce sens, la vision proposée par Desrosiers était assez révolutionnaire à l’époque et demeure toujours utile aujourd’hui.Regardons par exemple son jugement sur la pane de 1701: «C’était la bonne politique à suivre.Au lieu d'accepter les Iroquois comme des ennemis irréconciliables, qu'il fallait absolument détruire, on les acceptait maintenant comme des hommes dont on pouvait se faire facilement des amis ou des ennemis, suivant le traitement qu’on leur accordait.Les connaissant mieux, on se tirait plus aisément d’affaire avec eux.» Un jugement qu’on ferait bien de garder en tête, en cette ère où les relations entre Blancs et Amérindiens sont certainement aussi complexes et fondamentales qu’en 1701.Le fait que l’idée de Desrosiers ne soit pas une évidence pour nous, aujourd’hui, montre bien qu’il peut être fort utile de relire l’histoire pour mieux saisir le présent.Ma mere et Gainsbourg La.Lm: .t« « Intime, personnel, dérangeant, ce livre qui ne hausse jamais le ton dit bien la douloureuse surdité entre les êtres, fussent-ils de la même chair.Jean Fugère, Le Journal de Montréal LmMantmême NOUVELLES • ROMANS • ESSAIS Diane-Monique Daviau Ma mère et Gainsbourg récit 192 pages ; 19,95 $ Diane Munit]ne D.m Laffon Le cri du chat «Ce livre se lit d’une traite.l’intérêt y est maintenu du début à la fin.Et l’identité du meurtrier nous jette par terre.» J.Breton, Visages «Et gare à la chute.» M.Labrecque, Voir 220 p., 19 $ 144 PAGES • 19,95 $ Un jour, l’existence de Rose-Alba, de son mari Pedro et de leur fils Miguel sera bouleversée par l’arrivée d’un étrange personnage, danseur de son état, seigneur de la nuit et de ses sortilèges.Seuil Tom Wolfe n Un homme, un vrai Après 12 ans d'absence, Tom Wolfe revient avec un roman qui signera cette fin de siècle.«.Plus étrange encore est cette impression de manque que l'on ressent une fois la dernière page tournée, après des dizaines d'heures d'immersion dans l'univers que Tom Wolfe a crée et qui laisse chez le lecteur une marque profonde et indélébile.» Mario Roy, La Presse «Encore meilleur que "Le bûcher des vanités".» Time Pour un été des Indiens C 1 I ictionnair :tionnaira canad msme Gaston Dulong rsir- v roman Seuil 468 PAGES 34,95 $ ,-^rjcv ' LE CIEL Une biogta* phiction de ce despote — Le patriarche bleu DUPLESSIS COLLECTION fk>4MjdULtA' ŸJsuAic'M .1» Une étrange multiplicité Le constitutionnalisme à une époque de diversité James Tully 2-7637-7601-9 260 pages, 25 S Les citoyens au bazar Mondialisation, nations et minorités Collection dirigée par PIETRO CITATI LA LUMIÈRE DE LA NUIT L'ARPENTEUR Journal intime Un livre pour susciter le désir LES COMMENCEMENTS Hélène Cixous Des Femmes/Antoinette Fouque, 1999,232 pages.GUYLAINE MASSO UT R E Réédition d’un classique actuel.Lorsqu’il est paru en 1970 chez Grasset, ce livre arborait la mention «roman».L’auteure venait de recevoir le prestigieux prix Medicis — après Marie-Claire Blais — pour son roman Dedahs (1969).Trois décennies plus tard, aux éditions Des femmes, il ne comporte aucune indication générique, pas même «fiction», comme la plupart de ses autres livres, hormis ses pièces de théâtre et ses essais.La maturité de cette écriture est saisissante: elle n’a pas pris une ride.Voyez les premières lignes: «Je fis le rêve, mais c'était Saint-Georges qui le portait puisque j’étais dans les bras de Saint-Georges et que le rêve était dans moi.» Ce ton étrange, noué, du je embrassant une icône est aussi unique que le but de la maison d’édition: «faire surgir tout ce qui a été interdit, refoulé, occulté, de l'univers féminin».Ces Commencements portent bien leur titre: journal intime, autobiographie plus ou moins déguisée, ils remontent à la source de l’écriture: les rapports familiaux.La figure paternelle y occupe la place centrale.La pourfendeuse Hélène CLxous, lé mors aux dents, s’adonne à l’innocence souveraine du rêve.La spécialiste de la représentation contemporaine fait corps avec la masse des mots qui sourdent de son encre épaisse.L’effet captive: ses divagations ont l’énergie des tornades, le grondement des orages, la poussée des tremblements de terre.Est-ce ça, moi?se demande alors l’ingénue, frémissante et détachée.L’art de la guerre Dans ses rêves, Cixous étouffe et se débat, secourue par Saint-Georges.Mille métaphores monstrueuses y agitent leur horreur; l’esprit assiégé entonne alors un chant baudelairien.On croit y voir des démarcations identitaires; mais imaginaires, elles n’ont de fortifiées que les «forces réparties à l'orée de toutes les failles», ces parades de soi prêtes à livrer bataille, tous azimuts, et même à éperonner le Temps.Aussi, ne vous méprenez pas: sa guerre est im art, ime opération mentale où les adversaires sont les artisans dos à dos d'une œuvre «involontaire mais désirée».Même les mots les plus cassants y conservent la fragilité du verre.Cette œuvre vindicative expose son talon d’Achille.Il y a des livres, comme celui-ci, écrits pour susciter le désir.Sans début ni fin, lestés de vent et d’irréalité.Des émulsions verbales, des précipités de songe y cavalcadent, telle La Chevauchée de la discorde du Douanier Rousseau.Cixous y livre son amour effroyable de l’art pour l’art.Son écriture, elle la brandit à coups de mots forcenés, sans cheval ni dragon, sans autre histoire que celle qui s’invente à la dire.Pas de corps-personnages où se poser; ni de répit avant la dernière ligne.La boîte à outils littéraires Ce roman est magnifique.Envoûtant.» Pascale Frey • LIRE « 500 pages de pur plaisir qu’on déguste sans modération, le cœur battant, dévoré d’impatience.» Bruno Corfv LE FIGARO LITTÉRAIRE a:** flr?’ 2 Seuil Ils sont des experts.Il parle des objets, et des sujets, qu’ils affectionnent.Leurs livres sont des compagnons pour le littéraire ou le littérateur.À ceux et celles qui lisent leurs écrits, ils font entrevoir des univers qui, pour le savoir ou le plaisir, ne demandent qu’à être explorés ou visités.Huit livres donc: trois panoramas pour aimer la littérature, deux outils pour la comprendre et deux autres pour la faire.GUYLAINE MASSOUTRE DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE Laffont-Bompiani Laffont Bouquins, Paris, 1999 1097 pages On l’appelle communément «le Laffont-Bompiani»: c'est l’institution littéraire par excellence.Dictionnaire des auteurs francophones (nés avant 1951), il contient les 350 entrées de l’édition précédente, et voilà que 300 articles inédits s’y ajoutent.C’est écrit petit, en colonne comme dans le journal, mais c’est dense et amoureusement lucide.Plus de 300 notices concernent les genres, les institutions, les écoles et les figures de style.On voudrait tout connaître.ROMANS FIN-DE-SIÈCLE 1890-1900 Jean Bertheroy.Jean Lorrain, Louis Dumur, Catulle Mendès, Georges Eekhoud, Racliilde, Camille Mau-, clair, Jean deTinan Édité par Guy Ducrey Laffont Bouquins, Paris, 1999 1300 pages Décadents et modernes, huit écrivains fin de siècle — l'autre — cultivent, comme le disait Verlaine, «l'art de mourir en beauté».Regardez-les se pâmer parmi les fleurs corrompues d’une société qui s’écroule.Parce qu’ils en sont convaincus, ils peuplent ce mythe «éclatant, chamarré, frénétique» de leurs fantômes crépusculaires.Pourtant, les objections à cette déliquescence sont fondées: «C’est une idée reçue de vouloir à tout prix des fins de siècle décadentes [.] et on s’attache à le prouver.» (Pierre Jourde, L’Alcool du si- ROMANS FIN-DE-SIÈCLE KNM4C0 lence, Champion, 1994).Dans leur petit monde confiné du Quartier latin, ils partagent un imaginaire baroque d’aristocrates décatis, où ils se répondent et se plagient.Leur prose chargée, dramatique et rythmée retombe en arabesques élaborées.Si, après Valéry, il est devenu impossible à la marquise de sortir à cinq heures, c’est peut-être parce qu’à la fin du siècle «le dandy, ce matin-là, se mit au lit et ne sortit pas».On s’émeut de la mélancolie et de l’effroi chez ces amateurs d’atmosphères délétères.CÉLÉBRATIONS Michel Tournier Mercure de France, Paris, 1999 348 pages Quatre-vingt-deux texticules pour honorer la curiosité d’Adam.Presque autant que les 87 notes du piano.C’est toute une partition pour déambuler ici et là, parmi les célébrités des médias, au milieu des amis, avec futilité, grivoiserie, bonheur de vivre.Tournier marivaude où qu’il se trouve.Les nourritures terrestres viennent à lui comme un des trois actes fondamentaux, selon lui: boire, manger et parler.D’ailleurs, il nous propose en chemin l’étymologie d’un mot breton qui résume sa philosophie présente: baragouin.Bara, le pain, gwin.le vin.«Cest tout le programme d'une société littéraire où la convivialité fait loi et dont le siège officiel est un restaurant», commente l'académicien du Concourt, repu.Ces chroniques, plutôt banales, n’en sont pas moins le fait d'un esprit éclectique, ex-journaliste de radio.L'homme du presbytère, «sédentaire pure laine», est aujourd'hui un amateur de bons mots.Les siens (il lui arrive même de se citer) et ceux des autres.Par exemple, cette phrase de Deleuze: «Je nage la tête très droite hors de l'eau pour bien montrer que je ne suis pas dans mon élément.» Sur ces éclats de jeunesse, rideau.LA LUMIÈRE DE LA NUIT Les grands mythes DANS L’HISTOIRE DU MONDE Pietro Citati Traduction de l’italien par Brigitte Pérol et Tristan Macé Gallimard / L’arpenteur, Paris, 1999 478 pages De grandes images archétypales gisent-elles, ensevelies, au fond de notre inconscient?Certains psycha- nalystes pensent que la plupart de nos sensations expriment l’intense répression de nos instincts, qui éclatent en une multitude de non-moi partiels.Ces fragments de l’être suivent les contours de nos rêveries, des images disposées comme une immense mosaïque par une main mystérieuse.Joie suprême ou cauchemar sortis du néant, le moi se baigne et se noie dans les associations.C’est à cette activité saturnale que Citati consacre ce bel essai, qui emprunte à Raymond Klibansky, Erwin Panofsky et Fritz Saxl une grande part de ses idées.Sous leurs lumières, les grands mythes du monde sont revisités: Antiquité gréco-latine.Bible, littérature persane, codex mexicains notamment.Des portraits de Montaigne, de Giambattista Basile, de Vermeer, de Mozart et de Leopardi y sont adjoints en ligne.C’est passionnant dans le détail, mais l’absence de construction générale et de bibliographie rend la promenade dans les connaissances prodigieuses de Citati un rien étourdissante et matière à aveuglement.Mais, comme dans les toiles d'araignées, des perles d'eau y luisent délicatement.GRAAL ET LITTÉRATURES D’AUJOURD’HUI Robert Baudry Terre de Brume, Rennes, 1998 408 pages Les échos de la légende du Graal, ce grand mythe de la littérature ar-thurienne, sont innombrables.On les retrouve dans toutes les littératures, italienne ou allemande, hollandaise ou slave, Scandinave ou française.Plus de cinq cents auteurs recensés seulement pour les littératures anglaise et américaine.Une mine d’or! Cet essai se limite toutefois à la littérature française, moderne de surcroît.Après un bref survol des origines, l’auteur se consacre à la renaissance bretonne romantique (chez Sand, Nerval, Leconte de Lisle, Mistral.) et symboliste (chez Mallarmé, Laforgue.).Au XX' siècle, il consacre des pages notamment à Apollinaire, Alain-Fournier, Gracq, Pierre Benoit et Giono.Une pléthore d’auteurs entrent dans cette sorte de répertoire, ouvrant des pistes de lecture sur les auteurs bretons, les amateurs de légendes cathares, les incidences africaines, les auteurs de science-fiction et de bande dessinée, les ordres monastiques et même les sectes.Ne nous privons de rien, le cinéma, l’opéra et les arts plastiques et quelques théories scientifiques ne sont pas en reste.Simple, efficace et convaincant: encore une mine à portée de main.DICTIONNAIRE DES CANADIANISMES Gaston Dulong Septentrion, Sillery, 1999,549 pages Cette seconde édition enrichie du dictionnaire, dirigée par le professeur Dulong de l’Université Laval, comprend 9000 mots et expressions propres à la langue écrite ou parlée du Canada français, d'hier et d'aujourd'hui.Ces 35 années de travail inscrites dans cet outil maniable débouchent sur bien des surprises, puisque y sont recensés des «acadianismes, amérindianismes, anglicismes, archaïsmes et québécismes», autant de néologismes qui montrent la vitalité, la souplesse et les réalités éminemment culturelles de la langue d’ici: elle montre ses couleurs.Les parlers populaires trouvent donc leur débouché naturel dans cette publication.Comparez «rockeur» dans Le Petit Robert et sous la plume de Dulong: l’usage métaphorique y est développé.La langue usuelle et familière des francophones y est consignée, parfois assortie de l’équivalent standard.Des sigles permettent de localiser l’emploi, de le déconseiller ou de le proscrire.Un système de renvoi synonymique ajoute du tonus à ce qui relève, à bien des égards, du registre oral.L’ouvrage, qui suppose de nombreux choix, plaît particulièrement à la mémoire.THÉSAURUS Des IDÉES AUX MOTS, DES MOTS AUX IDÉES Daniel Péchoin Larousse, Paris, 1999,1146 pages Longtemps, pour bien manier le vocabulaire, les professionnels et les amateurs d'écriture ont utilisé les dictionnaires de synonymes.Lin certain lexique thématique de Paul RouaLx était également prisé, mais il avait l’inconvénient de dater du XIX' siècle.Depuis, les nomenclatures destinées aux classements élaborés des centres de documentation ont pensé les thésaurus, ces trésors d’ordre de la pensée parmi les mots de la langue.Les Anglais, en cette matière, avaient tire les premiers: ils ont fourni les modèles des lexiques intelligents.L’informatique utilise aujourd'hui ces listes bien dirigées.Ainsi et, disons-le, enfin, le Thésaurus Larousse est né.Sept ans plus tard, il convenait de le mettre à jour.Sans ambages, on peut affirmer que c'est l'outil le plus précieux, hormis le dictionnaire général, en écriture.Plus de mots que dans Le Petit Robert, un classement efficace, sans définitions mais garantissant le balayage des connaissances encyclopédiques actuelles.Bonjour les techniques, les métiers, la poésie.Fini la page blanche, l’incompétence linguistique.Plus d'excuses: Daniel Péchoin livre in extenso, comme se nomme justement la collection, l'univers des mots prêts à l’emploi, déjà brillants de signifier et de se rattacher les uns aiL\ autres.En vente chez votre libraire ou chez l’éditeur LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL Pavillon Maurice-Pollack, bureau 3103, Sainte-Foy (Québec) G1K 7P4 Tel.(418) 656-7381 - Téléc.(418) 656-3305 PAYS SANS CHAPEAU LE PATRIARCHE| DUPLESS T» 1K Une nouvelle édition du plus de imiB Ferron.avec de nombreuses notes plkatives et intïhoix de critrafes.En Jacques Ferron lls\Y M MMIRl La nouvelle édition en format poche de PAYS SANS CHAPEAU Le ciel de Québec EUUM génial ?fou ?mégalomane ?- qui sut s'allier aussi bien le petit peuple des campagnes que le grand capital I des villes.ce roman «le plus puissant.le plus bouleversant» de Dany Laferrière.Joseph Peso eau 2-7637-7572-1 318 pages, 30 S m c 1 .As Taylor ?Hwt U U SUtlPt wàltM Hegel et la société' moderne Charles Taylor 2-7637-7410-5 198 pages, 25 $ r 1
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