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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1999-07-03, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIM A N C H E l .1 U I L L E T I D il D ?LE DEVOIR ?Lettres québécoises Page D 3 Librairie spécialisée Page D 4 Essais québécois Page D 5 ?Jacques de Tonnancour Page D 7 Formes Page D 8 LITTÉRATURE FRANÇAISE Un romancier prométhéen Il est des années anniversaires.1999 est celle d'un bicentenaire: celui de la naissance d’Honoré Baissa, dit de Balzac.Seul à sa table, le plus fécond des romanciers français, celui que Sainte-Beuve accusait avec ironie de donner dans «la littérature industrielle», s’est dégagé de la littérature populaire pour entrer dans l’histoire, sur les traces de Walter Scott.Seul au faîte de l’institution littéraire, on lui doit une formidable histoire des mœurs, à la gloire d’un roman conforme au vrai.GUYLAINE MASSOUTRE Honoré de Balzac, né Honoré Baissa, a vu le jour il y a tout juste deux cents ans.A vingt-six ans, il a déjà publié huit romans.D signe alors sous le pseudonyme d’Horace de Saint-Aubin et n’a aucun succès.Pressé par le besoin d’argent, il devient imprimeur et fondeur de caractères: il fait faillite à vingt-neuf ans.Il pense au suicide.Mais s’il renonce un moment à la littérature, c’est pour devenir l’année suivante le grand Balzac, romancier romantique inaugural d'une série de chefs-d’œuvre: la Comédie humaine.Colossal Balzac «Figure de pannetier, tournure de savetier, envergure de tonnelier, allure de bonnetier, mine de cabaretier.» Est-ce bien de Balzac, celui qui a avoué n’avoir eu que «deux passions: l’amour et la gloire», dont il est question?Il faut dire que c’est un pâle secrétaire d’ambassade russe qui décrit ainsi l’amoureux flamboyant de quarante-quatre :uis qui s’en va rejoindre Mme Hanska, la rédemptrice, à Saint-Pétersbourg.Qu’importent ses atours excessifs et les débordements de sa vie amoureuse, ou la robe de bure, qu’il endossait rituellement à sa table d’écriture, dans laquelle Carjat a drapé pour l’éternité sa force contenue! fl est agité d’une boulimie de vivre.Il écrit sans nègre, «comme le mineur enfoui sous un ébou/ement»; ainsi se voit-il dans la Cousine Bette, travaillant dix-huit heures par jour durant plusieurs années.De même, sa phrase catalogue déborde: «Quel corpus de la brocante universelle pourrait rivaliser avec la gigantesque friperie, avec la colossale VOIR PAGE D 2: BALZAC ODILE TREMBLAY Il l’attendait chaque soir de pluie devant la grille de son jardin.Dodu et longiligne à la fois, nu et annelé, se trémoussant d’obscène façon pour mieux la narguer de toute évidence ou, pis, l’entraîner dans son monde aveugle et souterrain dont nul mortel ne revenait vivant, sauf lui, bien entendu, maître incontesté des tréfonds obscurs.Outre sa hideuse nudité d’exhibitionniste en rut, le plus terrible trait de ce ver — comme de tous les vers, d’ailleurs, il faut bien l’admettre — tenait à l’insoutenable absence des yeux.Un regard, celui d’un serpent à la limite, on peut toujours le défier, le terrasser ou même essayer piètrement de le séduire à grands coups de prunelle ardente avant de périr sous son dard.Mais allez affronter un adversaire sans yeux.La partie lui semblait si inégale, si décourageante, qu’elle frémissait d’appréhension et de haine, le petit parapluie fermement maintenu d’une main, arme dérisoire qui ne pourrait la protéger d’aucune façon — car comment oser en éventrer le monstre avec la pointe?—, marchant d’un pas désolé vers son destin en forme de ver.La séquence du duel entre la femme et l’annelé était, sur un Montréal mouillé indifférent au drame en cours, immuable et affolante.Il allait gigoter, elle tournerait trois fois devant la grille noire, impuissante d’abord à l’ouvrir, craignant par-dessus tout le contact de la visqueuse substance sous une semelle révulsée, puis une fois son premier vertige engourdi, tout irait très vite: le loquet de fer soulevé en tâtonnant, le refus de voir ou même d’imaginer les ondulations immondes du lombric fou, la course en trois bonds vers le havre du balcon, enfin saine et sauve mais les jambes en flanelle et le coeur palpitant.Juliette mm ÏÏII'STRATION : Tl FF FT T.F DEVOIR v^üwiilüi aurait encore gagné la partie, à quel prix toutefois et pour combien de temps?Le pire restait à craindre.Et s’il allait grimper le long de la fenêtre comme un escargot bavant sur une feuille de laitue?S’il devait violer son chétif royaume par un joint mal scellé?Si, surtout, guettant sans yeux mais l’esprit bien alerte la prochaine sortie de sa victime, il prévoyait s’envoler avec la tempête pour mieux enlacer son cou comme un collier gluant?Ce scénario apocalyptique la faisait immanquablement virer de l’œil.Odile Tremblay, dans l’avalanche du Grand Tout formé par la pyramide désorganisée de son bureau, est parvenue, depuis 1990 au Devoir, à être critique de cinéma, un temps directrice littéraire, reporter et finalement chroniqueuse culturelle.Comme quoi rien n’est impossible.Elle ne craint rien, sauf les vers (toute explication freudienne ayant déjà été lancée, n’en jetez plus!).On le comprendra à la lecture de cette nouvelle un peu (pas trop, tout de même) inspirée de ses affres personnelles.VOIR PAGE D 2: LE VER Cari Dubuc I dire à un Français qui veut émigrer au Québec A Cari Dubuc Lettre à un Français qui veut émigrer au Québec HUMOUR « Un guide du fou rire qui aurait pu être écrit demain.Au Québec, les générations se .-suivent et se ressemblent.>> Marie Vallerand • CH.V lion jour.SRC 144 PAGES • 17,95 S « l Jn skie direct et profondément sarcastique qui a traversé trois décennies sans que le temps fasse sa marque.» Pierre'I’iiibeault• ICI Boréal RETROUVEZ BOREAL SUR INTERNET : (dtp: /livxmo.exLiÜMxAÜoAeat.qc.cM Qtll H1 àllUP IDG ÜS6.¦ UBHMi L E I) E V 0 ! R .LES S A M E I) 1 3 E T [> I M A N C II E I .1 U I L L E T I !) 9 9 LEVER (Ce soir-là n'était pas un bon soir.L I V R SUITE DE LA PAGE D 1 «Impossible! Impossible!», lui répétaient les rares (et pour cause) bonnes âmes à qui elle avait osé révéler l’angoissante perspective.D’ailleurs, sa raison lui serinait les mêmes paroles en guise d’anesthésie locale.Mais quel espace occupait la raison dans cette histoire de phobie absurde?Une bien minime fraction de son être, on en conviendra sans peine.Lorsque Juliette n’était pas occupée à pourfendre l’ennemi visqueux, elle menait une vie à peu près normale, bouquinant dans sa petite librairie du Plateau, en l’attente des rares clients, des habitués pour la plupart, beaucoup plus âgés qu’elle, fascinés à l’idée qu’on puisse aimer la lecture à 25 ans quand leurs jeunes «à eux» se contentaient de glaner des données disparates en naviguant dans Internet.Les plus courtois la consultaient gravement, les autres la lutinaient d’un air égrillard, surtout un gros très poilu dont elle encaissait les propositions grivoises et l’haleine fétide avec un stoïcisme digne du fakir sur sa planche à clous.Nul homme ne pouvait l’effrayer, encore moins ce velu aux yeux globuleux dont elle soutenait le regard avec une ironie par lui indétectable: «Cause toujours, mon gros singe frisé.» Le ver immanent, aveugle et glabre avait concentré en son être et par soir d’orage les infinies ressources de terreur chez cette femme.Le reste du temps la trouvait souvent libre et téméraire, folâtrant à l’occasion avec l’homme-oiseau, passé maître dans ses Antilles natales à imiter le chant des canaris qui lui gazouillaient leurs vocalises à l’oreille sur son grand lit de plumes, si duveteux et si tendre en un grenier haut perché, côté montagne.Mais jamais Juliette n’amenait son ami chez elle, de peur qu’une ondée subite ne lui révélât et la nature de la bète et son propre délire.L’homme-oiseau gazouillant dans sa cage euphorique, aux barreaux fragiles et cristallins comme l’innocence, ne pouvait accéder au royaume des ténèbres.Elle songea un jour à écrire une autobiographie intitulée Le Ver et moi, séduite par le ridicule du projet car, par temps ensoleillé, au bras de l’homme-oiseau, sa folie lui apparaissait au grand jour et elle en riait tout bas.Par ailleurs, devenue assez savante en matière de mœurs «lombri-ciennes» potassées durant ses heures sombres, ce livre eût été l’occasion d’approfondir une discipline entre toutes fascinante.Elle aimait expliquer à un auditoire ahuri que Renaud-Bray Livres - Musique - Jeux - Vidéo - Papeterie*^ PALMARES Le reflet de notre clientèle du 24 au 28 juin 1999 1 ROMAN 0.La petite fille qui aimait trop les allumettes * 36 Gaëtan Soucy Boréal 2 ROMAN Une veuve de papier 9 John Irvlng Seuil 3 SPIRITU.L’art du bonheur 15 Dalaï-Lama R.Laffont 4 ROMAN Geisha 20 A.Golden Lattès 5 THRILLER Œ Les fiancées de l'enfer 4 C.Brouillet Courte Échelle 6 THRILLER L'associé 9 John Grisham R.Laffont 7 ROMAN Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles 20 Melissa Bank Rivages a THRILLER Tout à l'ego 7 T.Benacqulsta Instant même 9 THRILLER Et nous nous reverrons.5 Hlgglngs Clark A.Michel 10 PSYCHO.Le harcèlement moral 35 M-F Hlrlgoyen Syros 11 BIOGRAPH.La prisonnière 10 M.Oulkir Grasset 12 ROMAN Tombouctou 6 Paul Auster LeméacfA-Sud 13 ROMAN Q.Le pari * 19 D.Demers Q.Amérique 14 ROMAN Océan mer * 69 A.Barrlco A.Michel 15 ROMAN Sous le soleil de Toscane * 45 F.Mayes Quai Voltaire 16 ROMAN L'enfant de Bruges 5 Gilbert Slnoué Gallimard 17 ROMAN Le diamant noir 12 P.Mayle Nil 18 ROMAN O.Un habit de lumière 6 Anne Hébert Seuil 19 THRILLER Déjà dead * 57 Kathy Relchs R.Laffont 20 SPIRITU.Conversation avec Dieu T.01 * 99 N.Walsch Ariane 21 ROMAN Q.Taxi pour la liberté 18 G.Gougeon Libre Expr.22 ROMAN Q.La cérémonie des anges 9 32 M.Laberge Boréal 23 ROMAN L'équilibre du monde * 20 R.Mlstry A.Michel 24 POLITIQUE Nouvelles douces colères 6 GLOoitamanche Boréal 25 GUIDE Plaisirs d'été pas chers 6 A.Demers Trécarré 26 ROMAN Les identités meurtrières 27 Amin Maaloul Grasset 27 ESSAI L'ingratutude V 16 Flnklelkraut Q.Amérique 28 ROMAN Aux fruits de la passion 19 D.Pennac Gallimard 29 ROMAN U.S.Un homme, un vrai 9 Tom Wolfe R.Laffont 30 SANTÉ Recettes et menus santé 37 M.Montlgnac Trustar 31 SANTÉ Je mange, je maigris et je reste mince! 12 M.Montlgnac Flammarion 32 ROMAN L'empreinte de l'ange 53 Nancy Huston LonéacfA-Sul 33 ROMAN Le journal de Bridget Jones 9 47 Helen Fielding A.Michel 34 ROMAN Soie * 99 A.Barlcco A.Michel 35 THRILLER Créance de sang 15 M.Connelly Seuil 36 THRILLER Lame de fond 3 Minette Walters 1 Stock 37 BIOGRAPH.99 Janet Wallach Boréal 38 ROMAN Q.Les gens fidèles ne font pas les nouvelles 9 Nadine Bismuth Boréal 39 ROMAN Q.Prodige 6 Nancy Huston LaTéBCÏA-Sui 40 ROMAN Les mystères de Jérusalem 19 Marek Halter R.Laffont 11 PHILO/HIST.Les grands penseurs du monde occidental 14 Jean-M.Plotte Fldes 42 THRILLER Combustion 19 P.Cornwell 1 Calmann-Lévy 43 THRILLER 11 Henning Hankell Seuil 44 ROMAN La maladie de Sachs 9 22 M.Wlnckler POL 45 PSYCHO.L'estime de soi 9 André et Lelord Odile Jacob NOMBRE DE SEMAINES DEPUIS 1EI R PARUTION V .Coups de coeur Renaud-Bray : I * semaine sur notre liste ommanaez vos «.\ ou# e,xbédion&par poste ou messagerie /\v\v\v.rcnaud Montréal : 342-2815 Extérieur : 1-888-746-2283 Av.Parc • 276-7651 • C-d-Neiges 342-1515 Ste-Cath.876-9119 les Amérindiens d’avant Cartier, ignorant leur bonheur, vivaient sans vers en leur sol.«La dernière glaciation avait causé, poursuivait-elle d’un ton docte, l'extinction en Amérique de plusieurs formes de vie primitives.» Ses propres ancêtres, les Européens — et à qui se fier?— étaient donc à l’origine de la répugnante invasion.Juliette reconnaissait les vertus agricoles des lombrics remueurs de terre, elle savait théoriquement que ces invertébrés sortaient sous la pluie de peur de périr noyés dans leurs couloirs souterrains, mais sa pathétique détresse n’en était guère soulagée pour autant.Qu’importe?Se montrer curieuse des mœurs et du pedigree d’un adversaire, fût-il méprisable et rampant, s’avère en toutes choses une louable attitude.Admettons-le avec elle même quand tant d’efforts raisonnés ne servent à rien de rien.Lorsque l’ombre étendait son bras avec plus d’intensité sur Juliette, une voix intérieure balayait les savants traités ès vers frénétiquement compulsés dans sa librairie, tous soupçonnés de taire l’essentiel: les diaboliques intentions du lombric fou, tapi dans la nuit et rêvant d’en finir avec sa proie.Ce soir-là n’était pas un bon soir.Le vent se levait sur Montréal, un vent d’orage mauvais, opaque, ambassadeur du pire.Les premières gouttes commençaient d’ailleurs à tomber, drues, cruelles, scellant comme des clous le rendez-vous fatal.Ni l’obèse velu ni l’homme-oiseau ne la verraient partir: «Éloignez-vous, éloignez-vous.» Juliette, pressée d’en finir, allait se transformer sinon en loup-garou du moins en femme pantelante, suante de peur, fuyant tout regard, tout témoin, toute main protectrice peut-être, pour affronter seule l’ennemi ondulé que Lovecraft, son écrivain favori (quelqu’un, quelque part, l’avait comprise!), appelait de son côté le grand chaos rampant.Le ver l'attendait en silence.Qui eût prétendu le contraire aurait à cet instant maudit passé à ses yeipc pour aveugle et fou.Etait-ce bien un vent ou même un orage?Montréal frémissait sur sa croûte d’asphalte et ses nids-de-poule respiraient en ahanant.Les chiens, sur les deux rives de la Main rouge — dont la crue réconcilierait bientôt les solitudes linguistiques en un même borborygme d’angoisse —, hurlaient à la mort.Trois femmes au loin, entraînées par leurs parapluies, se fracassaient sur les vitraux d’une église désertée en déplumant les pigeons ahuris.Juliette courait vers la terreur de sa vie, portée, propulsée par une tempête devenue furie.La tornade; car c’en était une — cette planète qui avait perdu sa propre boule semait désormais des tornades n’importe où —, avait déjà dévasté l’est de la ville, arrachant d’un coup sec et une fois pour toutes le toit du Stade olympique (mais avait-elle en cela si grand mérite?), filant sur la rue Ontario pour mieux s’engouffrer de biais jusqu’au jardin familier que le vent déchaîné atteignit d’un bond en croisant sa route devant une grille plus noire que jamais: «À nous deux, nia belle!» C’en était fait.Le machiavélique ver, qui avait tout orchestré de son antre obscur, s’arc-boutait déjà pour bondir avec la bourrasque afin d'enlacer le cou gracile de la jeune femme.Sans un cri, révulsée mais résignée, elle se remémora absurdement une prophétie de Nostradamus: «L’an mil neuf cens nouante neuf sept mois.Du ciel viendra un grand Roy d’effrayeur.» Elle sut (ne l’avait-elle pas toujours su?) que le Roy d’effrayeur arriverait du ciel, certes, mais après s’être extirpé de la terre, qu’il était glabre, dépourvu de globes oculaires et qu’il rampait.Le sol s’ouvrit en un grincement funeste.Juliette, sans une pensée pour l’homme-oiseau qui devait s’envoler quelque part en planant sur la ville ravagée, plongea dans l’abîme immonde, lombric triomphant au cou telle une gélatine infâme, engloutie à jamais par ce que tant d’incrédules (pauvres sots, à cette heure morts sans doute) avaient appelé, jusqu’à ce soir d’apocalypse, sa folie.BALZAC Tous les romans de Balzac ne méritent sans doute pas une ode sur l'autel de l'immortalité SUITE DE LA PAGE D 1 foire aux puces dont le dénombrement et la description sont incluses dans les trente ou quarante tomes de la Comédie humaine?» se demande insolemment Julien Gracq, qui préfère la légèreté stendhalienne et l’économie flaubertienne à la fécondité balzacienne, qu’il range du côté du Mobilier et de l’immobilier.Qu’importe l’opacité de ses catalogues.C’est son fourmillement humain qui intéresse, cette envergure à «coordonner une histoire complète, dont chaque chapitre eût été un roman, et chaque roman une époque» (Avant-propos à la Comédie humaine) .Elle fait du secrétaire de la société française, comme il se nommait lui-même, le plus grand greffier des caprices de la vie sociale.Soyons balzaciens.L’enfant dédaigné Balzac a vécu sans répit pendant un court demi-siècle.Il a hérité de son père, un solide Gascon d’origine paysanne, fervent lecteur de Rousseau, une personnalité débordante de vigueur, d’intelligence et d’audace.Son père, qui a déjà cinquante-trois ans lorsqu’il naît, est le héros arriviste type, bourgeois libéral dont son fils brossera maints tableaux cliniques dans ses romans.De sa jolie mère, il a retenu la vie mondaine, les humeurs imprévisibles, la dureté aussi, car la jeune épouse de vingt ans s’est débarrassée de son enfant, le plaçant en nourrice, puis en pension, sans jamais lui rendre visite, enfin dans un grenier parisien misérable.«Je n’ai jamais eu de mère, écrivait-il à Mme Hanska.J’ai formellement pris la résolution de ne voir ma mère que le jour de l’an, le jour de sa fête et celui de sa naissance, pendant dix minutes.» Pas obligé d’aimer.Le bel essai bref de Jérôme Go-deau, Splendeurs et misères de l’écrivain, souligne intelligemment la détresse du jeune homme et rend justice au regard que Balzac, à travers son expérience de vie, porte aux enfants, aux victimes et à leurs bourreaux.Éblouissante noirceur Pour sortir de ces pièges de souffrance morale, on meurt ou on se révolte.Balzac le mal-aimé a choisi d’être orphelin et d’intérioriser son expérience.Il en a tiré sa splendeur d’analyste de l’âme.Ainsi, l’opprimé n’est pas devenu une victime, car ces sentiments méconnus «se concentrèrent et se creusèrent un lit d’où plus tard ils rejaillirent sur ma vie», a-t-il confié dans Le Lys dans la vallée.Son écriture refuse à l’envi les refoulements.Sa coulée d’encre a le rouge de la rage, courbant toutes les détresses dans les déliés de sa phrase.Il suffit de relire le mince Colonel Chabert — à peine cent pages, une nouvelle (disponible sur le Web), pour Balzac un simple fait divers — pour admirer son intelligence des heurts irrémédiables d’une époque à l’autre.À coups de piques ravageurs, de trop humains personnages gantés, poudrés ou balafrés mènent leurs cruelles transactions.Il faut voir les figures du désenchantement conduire Chabert à la folie, tandis que madame la colonelle, ex-femme de chambre, pousse ses pions du lit du comte Ferraud jusque dans les salons du pouvoir.L’argent, nerf de la guerre, relègue les sentiments aux oubliettes, férocité sans merci qui suffit à déplacer Balzac de la sensibilité romantique au réalisme imposant dont il est l’inventeur.Les connaisseurs de cette œuvre magistrale ont montré à quoi tient leur joie.Comment l’ordre moral balzacien, fait de lumière psychologique, éclaire la réversibilité des entreprises humaines.Ses personnages sont complets, cohérents, et ils s’entrechoquent.Dans ce chaos, les carrières publiques ou privées apparaissent comme les mécaniques impitoyables de nos systèmes modernes, huilés dans les triomphalismes à l’aide desquels nous nous justifions.« Bons saluts du village » St-Denis • Brassard 499-3656 .443-5350 Ouvert 7 jours jusqu a minuit Jean-Louis Major Mailles à l'envers 148 pages • 17.95$ CW « La manière de Jean-Louis Major, pleine de finesse joyeuse, narquoise souvent, est tout à fait réussie.» Robert Chartrand, Le Devoir CW Les petits riens d'un village typique qui deviennent grandioses par la magie de l'écriture.FIDES En vente chez votre libraire COLL.LOVENJOUL, BIBLI.DE L'INSTITUT, ARCH.E.R.L.Balzac en 1825, à l’âge de 26 ans.Sépia d’Achille Devéria.L’écriture a été son sacerdoce.«Qui ne promène pas sept ou huit drames sur les boulevards en fumant son cigare?» lançait-il dans sa préface au Cabinet des Antiques, en précisant qu’il fallait un abîme de travail pour franchir ce qui sépare l’océan du monde, le sérail de l’imagination et la composition d’un livre.liberté créatrice La liberté du romancier ne dépend pourtant ni des «parce que» ni des «donc».Il choisit de faire triompher tel imbécile ou tel intrigant.Tantôt la justice jette sa raison sur la collection des faits sociaux, tantôt tel avantage compromettant mènera le bal de l’illusion réaliste.Si bien que son art demeure pour nous son «regard influencé par l’imagination», là où l’œil le plus neutre voit que «suinte le malheur» et «s’est blottie la spéculation» (Balzac), de sorte qu’«a« sein de ce quotidien trivial, au lieu d’une veuve dodue et mal mise on voit, un instant, surgir un rat».(Auerbach).Face à la vie, le monde balzacien correspond à «l'érection de l’intériorité en univers pleinement autonome», disait Georg Lukâcs dans sa célèbre Théorie du roman.Selon lui, la clairvoyance de Balzac lui a permis non seulement de renoncer aux luttes pour se réaliser dans le monde, mais à lui livrer un plus grand combat: faire en sorte que «ce repli sur soi-même ou ce comportement hésitant et rhapsodique», typique de l’âme romantique désillusionnée, s’unifie «dans le nouveau cosmos lyrique de la pure intériorité».Balzac 1*4 (Àmicdii’ humoiiK* tri MK"* Là lhi< h«?Mc oc 1 .mrçrai* l .i FUI* aux mix istitution du Canada».Mais, on le reconnaît, le Canada est aussi une démocratie où on vit libre.Le «pays», lui, c’est-à-dire Haiti, est séduisant et désespérant tout à la fois, comme ses fils.Dans un des meilleurs passages du roman de Garnier, on assiste, chez un compatriote, marchand de disques rue Beaubien, à une magnifique joute verbale entre Haïtiens qui vire presque à l’empoignade.Manolito retrouve un ami de jeunesse, Dany, dans lequel on reconnaîtra sans peine Dany Laferriè-re, pendant que Ben et les autres «politiquent» à qui mieux mieux.tout en négociant àprement le prix d’une paire de chaussettes! On s’accuse de traîtrise et on vante la richesse d’Haïti, qui est faite de «l'amour de la réussite du peuple, [de] sa terre qu’on lui vole, [de] son folklore qui perd son intimité, [de] la fuite, [de] notre suicide.C’est tout cela qu’il faut rassembler, organiser, canaliser».Le pays, soudain, est riche de sa pauvreté, de sa misère mêmes.Pendant que Ben s’enflamme et mêle allègrement les clichés, les faits divers, les données historiques, Manolito, lui, écoute.Il s’étonne, se scandalise parfois et proteste contre les énormités que lance l’autre.Et il essaie de ramener son ami au sujet dont il digresse sans cesse.Et si Manolito est naïf, il n’est pas sot.Après quelques semaines auprès de Ben, il comprend que «sa désinvolture, sa révolte, sa glossolalie et ses frustrations sont sa fragile carapace».Manolito, qui paraissait n’être que le faire-valoir de Ben, réduit souvent à l’écouter et à lui donner la réplique, se promet de ne pas se laisser abattre et, comme il le dit très québé-coisement, de ne pas «se laisser manger la laine sur le dos».Ce qui sourd constamment dans ce roman, c’est l’immense faculté de rêve et de désir de ces personnages de Haïtiens dont même le fatalisme est enthousiaste.Ils incarnent parfois leur propre caricature, pauvres nègres rieurs, sensuels et indolents comme les voient bien des Blancs.Vivre au noir dans un pays blanc est un récit bavard parce que ses personnages ne peuvent s'empêcher de l’être.Il l’est jusque dans la surabondance des titres: chacune des trois parties a le sien, de même que les cinquante chapitres.Ceux-ci, en plus d’une phrase en exergue, en comptent même deux, façades bariolées derrière lesquelles on entend les éclats de voix, les rires tonnants de ces hommes et, en sourdine, la tragédie de leur exil forcé loin du «doux pays surréaliste», ainsi que le nommait Manolito dans le premier roman de Garnier.«Ceux qui restent, c'est la parole volatile comme le sillage d’un bateau, comme le voilier des outardes» VIVRE AU NOIR DANS UN PAYS BLANC Eddy Garnier Editions Vents d’Ouest, 1999,329 pages n imagine aisément la scène: un jeune Haïtien, fraîchement débarqué d'un avion à Dorval, est assis piteusement sur un banc, attendant comme une dizaine de compatriotes près de lui qu’un agent de l'Immigration décide de son sort.Manolito est seul; il s’inquiète de ne pas apercevoir son ami Ben, la seule personne qu’il connaisse ici et chez qui il compte rester.Et il se rend compte qu’il n’a même pas son adresse.Il est intimidé par tout ce qu’il voit, et les Conversations de ses voisins ont de quoi l’effrayer.Selon eux, l’Immigration n’est qu’un racket dont sont victimes les gens du Tiers-Monde; et de toute manière, les Haïtiens sont humiliés partout, y compris dans leur propre pays, «parce qu’on n’a jamais eu un gouvernement soucieux du bien-être du peuple, mais plutôt de celui de ses poches.On ne fait rien comme les autres.On ne sait pas comment faire.C’est pourquoi rien ne marche pour nous».Manolito, le narrateur du roman d’Eddy Garnier, a tout de l’antihéros.Il n’est personne dans ce pays nouveau, rien qu’un de ces nègres des Caraïbes trop pauvres pour être des touristes bienvenus ou des immigrants acceptables.Le verdict de l'agent d’immigration tombe: il y a un mandat d’expulsion contre Manolito, il sera convoqué sous peu.Vivre au noir dans un pays blanc est en fait le deuxième tome des tribulations du personnage de Manolito, qui débute là où finissait Adieu bordel bye bye vaudou, paru en 1994 chez le même éditeur.Celui-ci racontait la vie quotidienne de Manolito et de ses proches en Haïti de même que la situation du pays, de la fin du régime de Duvalier père jusqu’au moment où le narrateur décide de s’exiler.Garnier, après ce premier récit présenté en fragments, a choisi ici une forme littéraire, le «spirqlisme», créée par l’écrivain Franck Etienne et qui, selon la note placée en tête du volume, «Consiste à renforcer le dynamisme du logos dans une envolée effrénée mais ' !> II I) 5 -«- Livres -*- ESSAIS QUÉBÉCOIS De la critique savante et passionnée BONHEUR D’OCCASION AU PLURIEL Lectures ET APPROCHES CRITIQUES Sous la direction de Marie-Andrée Beaudet Editions Nota bene Québec, 1999,270 pages LE SURVENANT Lecture d’une passion Robert Baillie XYZ, Montréal 1999,192 pages La critique littéraire ne parle pas que de livres.Puisque les livres dont elle traite parlent, eux, des hommes, de la société et du monde, la critique littéraire se veut d’emblée un discours sur les grandeurs et les misères de l’expérience humaine.Aussi, la pratiquer et en lire, c’est donner corps et sens à un monde qui, sans elle, resterait privé d’un détour théorique et réfléchi qui sert à témoigner de sa profondeur.La création ne donne tous ses fruits que lorsqu’elle est recréée.Relus aujourd’hui, Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy et Le Survenant de Germaine Guèvremont, tous deux parus en 1945 et élevés depuis au rang de classiques de notre littérature, ont-ils encore des fj-uits à donner?Récemment (voir Etudes françaises, hiver 1997-98), Gilles Marcotte écrivait: «Il n’est pas sûr que les ambiguités révélées par nos deux romans ne soient pas encore les nôtres, que les questions posées par la sacralisation du quotidien et les miroitements du progrès aient été dissipées par le vent de l’histoire.» Mais comment lire ou relire, au delà de l’approche première et naïve, ces œuvres apparues, écrit Marie-Andrée Beaudet, dans un «moment de bascule entre l’ancien et le nouveau, entre les valeurs héritées et les valeurs à acquérir portées par la ville moderne, des vieilles solidarités grégaires aux nouvelles avenues individualistes dictées par les désirs de réussite matérielle et d’ascension sociale»?Bonheur d'occasion au pluriel, issu d’un séminaire tenu à l’hiver 1996, s’attelle à ce défi en se proposant de soumettre à l’épreuve «des approches dites savantes de l’oeuvre littéraire» le grand roman de Ga- brielle Roy.Deux intentions animent donc ce projet, d’après Marie-Andrée Beaudet: «introduire aux principes méthodologiques de quelques approches critiques contemporaines» et revisiter une œuvre déjà abondamment commentée.Le courageux lecteur non spécialisé qui s’aventurera en ces pages n’aura pas toujours la lecture facile mais aura la chance de découvrir à quel point les théories d’analyse littéraire, lorsqu’elles sont appliquées avec soin, rigueur et passion, peuvent s’avérer opérationnelles et éclairantes.Réinterpréter Huit collaborateurs se partagent ici la tâche de réinterpréter au pluriel l’œuvre gagnante du prix Femina en 1947.Parmi ceux-ci, Pierre Popovic, Lori Saint-Martin et Hilligje van’t Land se démarquent en développant des analyses fortes et originales qui savent demeurer accessibles.S’inspirant de la méthode sociocritique pratiquée par le théoricien Claude Duchet, Popovic isole l’in-cipit du roman (plus précisément les six premières pages) afin de montrer que l’essentiel s’y trouve déjà exprimé.Brillante et d’une rare efficacité, cette analyse se déploie autour de quatre univers de signes (le Quinze-Cents, l’univers de l’amour, l’univers du savoir et l’univers du langage) présents dès l’ouverture du roman (qui relate le premier véritable échange entre Florentine et Jean Lévesque) et cherche à illustrer que, «caractérisée par les compétences sociales qu’ils possèdent à l’endroit de leur milieu, la relation entre les deux personnages principaux l’est également par la distance culturelle qui les sépare».L’ambitieux Jean Lévesque serait, lui aussi, un survenant, mais de l’intérieur, et c’est en ce sens qu’il ferait figure de puissant révélateur d’une société québécoise ébranlée, aux prises avec le démon intérieur de la modernité capitaliste: «De la sorte, le récit photographie une société qui a intériorisé l’inconnu, sans l’avoir ni accepté ni nécessairement reconnu, mais en le désirant 4éjà pour le meilleur et pour le pire.» A mon avis, un modèle de critique savante.Au féminin Lori Saint-Martin, pour sa part, propose «une lecture au féminin» de Bonheur d’occasion, et son parcours est plutôt concluant.Retraçant d’abord Louis Cornellier «Une référence essentielle» Sous la diiwtion de Robert Boily 1997-1998 T] LES PRESSES DE ijTïïT L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL lEJJM Sous la direction de Robert Boily L'année politique au Québec 1997-1998 272 pages • 29.95$ Ov Une synthèse de l’activité politique au Québec et un bilan de la décennie écoulée.En vente chez votre libraire DISTRIBUTION FIDES les raisons qui ont servi à camoufler, selon elle, le féminisme du roman (la principale étant le refus de reconnaître que les femmes forment un groupe social), elle établit ensuite les éléments de contenu (roman centré sur les femmes, qui met en scène le pouvoir, qui traite de l’amour mère-fille, qui ne confond jamais rôles sociaux et sexe, qui ne postule pas une nature féminine, etc.) et les multiples techniques narratives utilisées qui justifient l’inscription de l’œuvre dans la mouvance féministe.Peu friand de ce type d’approche, je dois reconnaître que, ici, l’investigation s’avère convaincante.Réfléchissant à la mise en scène des regards dans le roman (qui s’ouvre et se ferme avec ce motif), Lori Saint-Martin en tire une conclusion juste et inspirante: «Le regard de Florentine, à la fin, n’est ni violent ni agressif, il lui permet de s’approprier elle-même sans abaisser autrui (alors que Jean se sent valorisé dans l’exacte mesure où il déprécie et méprise les autres).» L’analyse sociosémiotique des espaces romanesques (inspirée par les travaux de Greimas et Duchet) à laquelle se livre Hilligje van’t Land nous fournit elle aussi un angle d’interprétation indispensable.Les lieux d’un roman ne sont pas insignifiants (ici la ville de Montréal, le mont Royal, Westmount et Saint-Henri, la maison familiale, les lieux de rencontre) et, à travers eux, les mouvements des personnages non plus.Gabrielle Roy, nous rappelle-t-on ici, n’échappe pas à la règle: «Elle met en place une certaine image du monde, et ce qui nous intéresse, c’est de voir comment celle-ci nous est transmise dans la structuration spécifique des espaces romanesques.» Les contributions de Jozef Kwater-ko (analyse d’inspiration bakhtinien-ne sur les figures de la danse dans le roman), de Christiane Règle (mie lecture sémio-psychanalytique assez aride) et de Max Roy (une analyse intéressante de la réception critique de l’œuvre) viennent compléter le tableau théorique.Enfin, le tout se termine sur un témoignage de Micheline Cadieux, scénariste du récent documentaire réalisé par Léa Pool et intitulé Gabrielle Roy.Au total, la critique littéraire et Bonheur d’occasion sortent gagnants d’un tel projet Le Survenant avec passion Germaine Guèvremont écrivait à propos de son personnage: «Plus qu’un homme, le Survenant est Vile de nostalgie, de déraison, d'inaccessible, d'inavouable — et pourtant d'humain — que chacun porte en soi.L’île perdue.» Cette île, le romancier Robert Baillie y a abordé.Avec Le Survenant, lecture d’une passion, il nous propose un commentaire de texte au sens théorique du terme, mais de facture très libre puisqu’il emprunte ses outils d’interprétation autant à la psychanalyse littéraire qu’à la narratologie et à l’analyse thématique traditionnelle.Baillie se défend bien d’afficher une posture savante, mais son essai nx\„u TOMBOUCTOU de Paul Auster traduction de Christine Le Bœuf »Cc sera certainement [événement littéraire 1999.Ce livre se retrouvera rapidement sur la liste des best-sellers, Un des meilleurs romans de Paul Auster!» Jean Fugcre, Samedi et rien d’autre et De Bouche à oreille, SRI.«Plus jamais vous ne verrez la race canine de la même manière.[.] I ne lois île plus.Auster surprend fascine et réjouit.Rendez-vous à loniboiktou! Lyse Bonehlant, Chronique Bouquinage, ( J RR Rimaïuki ACTES.SVl)/LEMEA( On prend toujours auelques livres en vacances Achetez 3 ^res* et obtenez « » un chèque de 3 * par Ui poste wunw.hachette.qc.ca •Identifiés par un autocollant à l’image de cette promotion.relève néanmoins d'une lecture professionnelle.Avançant pas à pas dans cette œuvre «qui ouvre l’imaginaire collectif québécois sur l’universel», le professeur, romancier et critique entend procéder à «un décapage systématique de l'histoire superficielle» qui lui permettrait d’«atteindre à l'essentiel».Fine, habitée d’une sensibilité qui lui confère un caractère quasi méditatif, la lecture critique de Robert Baillie vient redire toute la force et la profondeur de ce beau roman crépusculaire qu’on ne saurait relire ou évoquer sans que la nostalgie pointe au tournant.Témoignage déchirant d’une déflagration tant sociale que symbolique, Le Survenant appartient à ceux qui ont su conserver un attachement non exclusif aux choses et aux êtres en allés, et le critique parvient à rendre compte de ce testament d’une époque avec toute la déférence requise: «Ce qui est immuable en ce monde résulte du mouvement même du monde.Tout passe, hormis l'acfion de passer.» Evoquant le caractère mythique du personnage du Survenant et même celui, dans une moindre mesure, d’Angélina Desmarais, Baillie se permettra d’établir des comparaisons entre le premier et la figure nelliga-nienne, de même qu'entre la seconde et Angéline de Montbrun, le beau personnage tragique de la romancière oubliée Laure Conan.Il utilisera une approche semblable en rapprochant les thèmes développés par l’Hymne au printemps de Félix Le- clerc et l’œuvre de Guèvremont.Si les incursions du côté de la psychanalyse littéraire pratiquées ici me semblent parfois relever de l’analyse sauvage (un exemple frappant: «Et la relation de Venant avec la boisson dans la chambre parentale peut aisément s’interpréter comme une obsession régressive.Ne cherche-t-il pas à assouvir un désir inconscient du sein maternel?»), il en va néanmoins tout autrement du propos d’ensemble qui brille par son audace discrète et respectueuse.À cet égard, le chapitre neuvième, joliment intitulé «La neige, c’est la vie» et qui traite de l’épisode entourant la messe de minuit, m’apparaît exemplaire.Demeuré en vigile à la maison des Beauchemin, Venant, .nouveau maître d’un fauteuil Voltaire f par lui conçu, se laisse gagner par le calme d’avant cette tempête dont .il .deviendra un symbole.Baillie obseri.ve: «Survenant s'y est endormi comme, au fond des lits, les enfants de Mario- ; Amanda.Comme l’enfant au creux de, la mère, comme Jésus au ventre de Marie, Venant s’est endonni dans le corps de son œuvre.Il est roi d’un monde abandonné au sommeil, dieu des routes paisiblement lové dans le monde enveloppant de son fauteuil qui “trônait près du poêle’’.» La suite, vous la connaissez; Robert Baillie a voulu qu’elle n’efface pas les âmes et les jours qui l’ont façonnée sans même le savoir, mais, avec noblesse.louiscornellier@parroinfo.net,.Le patriarche bleu DUPLESSIS Ferron I UNI: -MENTEUSE jacques ‘***5I£« inmua Isabelle (fui 1 ANC! TOT la PETIT E MAISON ÉDITEUR DE LA GRANDE LITTÉRATURE Claude tamia Jasmin LE PATRIARCHE BLEU : DUPLESSIS Une « fciographiction » de ce despote célèbre • génial?fou?mégalomane?• qui sut s’allier aussi bien le petit peuple des campagnes que le grand capital des villes.Tricoté serré • •/t Duchesne TRICOTÉ SERRÉ Portrait féroce d’une petite-bourgeoisie risible, cette pièce est un feu roulant de scènes drôles et de répliques acerbes, où se multiplient les équivoques et les quiproquos.Masque de la meilleure production de l'année (Théâtre privé, 1998).POUR DES VACANCES PAS BÊTES.wm&r.Dufresne LA LUNE EST MENTEUSE Humour, passion, suspense, meurtre, psychanalyse et émotions diverses : un roman tragi-comique qui se déroule dans les bureaux d’un grand magazine d’actualité.T’ ' ?Jacques Ferron Une nouvelle édition du plus grand roman de Jacques Ferron.Un portrait drôle et cruel de la société québécoise de 1937.alors que le clergé exerçait un pouvoir déterminant sur la vie des citoyens.Le ciel de Québec - Bergeron ISLA NENA Action, passion, plaisir de vivre et réflexion sociopolitique, apprêtés à la sauce des Caraïbes : le dosage ne pouvait être mieux réussi.Bergeron JOURNAL D’UNE FEMME QUI AIME BEAUCOUP LES HOMMES Le récit d’une quête, celle de la liberté.À vous, lecteurs, de découvrir, d’aimer, de détester ou de condamner cette femme impudique.Qui osera lui jeter la première pierre?DAW l-AF».R*IÊRF PAYS SANS CHAPEAU Laferrière PAYS SANS CHAPEAU la nouvelle édition, en format de poche, du roman « le plus puissant, le plus bouleversant » de Dany Laferrière. n D 6 LE DE V DIR.L E S S A M EDI 3 ET D I M A N C II E 4 JUILLET 1 !) !) 9 ARTS VISUELS Plaisirs d’été La quinzaine d'œuvres de Compulsion rappellent celles présentées Van dernier lors de l'événement Artifice 98 COMPULSION Galerie Liane et Danny Taran du Centre des arts Saidye Bronfman 5170, rue Côte-Sainte-Catherine Jusqu’au 29 août BERNARD LAMARCHE Cela ressemble à l’antichambre de l’événement Artifice 98.Vous vous souvenez, l’été dernier, non pas celui de vos vingt ans, mais celui de la deuxième édition de l’exposition qui avait pris d’assaut des locaux désaf-fèctés du centre-ville de Montréal?Vous vous souvenez, ces allures de débarras, l’impression que l’exposition allait dans tous les sens et, de surcroît, en même temps?Par-dessus tout, vous avez souvenir, dites, des douces effluves de fraîcheur qu’apportait sur les chaleurs de l’été l’événement connu sous le nom d’Artifice?Comme événement d’été, puisque les choses, l’été, sont censées (mais au juste, pourquoi donc?) faire dans la frivolité, la légèreté et l’insouciance, comme événement d’été, donc, pour çé qui est de l’art contemporain, vrai qu’il était difficile de faire mieux coin-pae formule.•' La précédente édition, donc, avait été organisée par David iiss et Marie-Michèle Cron, complices de la première heure, duo auquel s’étaient ajoutés les Katia Meir et John Mas-sier, ce dernier commissaire sévissant à Toronto.Or, si vous ne le savez pas encore, apprenez que David Liss est le directeur de la galerie à l’appellation la plus longue en ville, la galerie Liane et Danny Taran du Centre des arts Saidye Bronfman.Voici que Liss a invité ce même John Massier à concocter une exposition pour la galerie dont il est le directeur, question d’égayer les torrides journées de la présente saison.Ceci expliquant peut-être cela, nous void avec cette comparaison pour le moins boiteuse, qui nous fait rapprocher Artifice 98 et Compulsion, l’exposition organisée par Massier, actuellement en cours où vous savez maintenant De la compulsion La comparaison clopine, justement parce qu’elle est limitée.De là à dire que nous sommes nous-même limité, voilà une opinion que nous laisserons à nos détracteurs, il y en a très certainement quelque part, le soin de développer.Quant à la comparaison qui titube, disons qu’elle appartient à un domaine aussi restreint que l’attitude des œuvres de l’exposition.En effet, ce que partage Compulsion avec Artifice, c’est une atmosphère, un ton.De fait, la quinzaine d’œuvres (pas tout à fait) réunies dans la salle de la galerie sont toutes rieuses et exaltées.D’au- cuns — avez-vous remarqué?Ce «d’aucuns», dont toujours nous taisons l’identité, est toujours fort utile dans un tel cas —, d’aucuns, donc, voudront même dire que ces œuvres sont amusantes mais qu’elles ne font qu’effleurer les sujets qu’elles abordent, ne dépassant pas le seuil de la superficialité.D’accord, il est des œuvres dont l’esthétique est plus sombre, dont les mécanismes sont plus complexes et pour lesquelles la contemplation vient à révéler un sens caché de l’œuvre d’art, pour citer le titre d’un ouvrage connu.Ce qui, vous en conviendrez peut-être avec nous, ne revient pas à dire que les œuvres qui n’entrent pas dans ce domaine sélect souffrent toutes d’un, complexe d’infériorité.Loin de là.A y regarder de plus près, bien que d’emblée les œuvres retenues par Massier puissent facilement passer pour plus légères qu’elles n’y paraissent, de cette exposition se dégage une profondeur réelle, qui pourtant n’enlève en rien à ce ton si particulier dont nous vous parlions plus haut La chose a aussi un thème, absent d’Artifice.La chose parle d’excès.De répétition.De maladives attractions.D’accumulation.Elle traite des pulsions qui grisent, et donc, par voie de conséquence, d’étourdissement.Bien que traités avec des moyens, disons, \ 11 DMTESetTR AVERSES La petite histoire des ponts et traverses au fil des siècles.™sak Du24 MARS ‘“22 AOÛT ) Miisit (hirt lu oloi'u’ |)l.u •• Kmalc .m^lt île la ( (jmmmie yik/lilN n|\|| \ (,\l.Mhl\’l i*j (l'histoire de Montreal \ii*u\ Munirual Telcplmiu* (SI i) 8"2-‘)l50 Ptwili C*1 ?> .riwpoi*» («'ll*) j»s C»»n»U » li’Ooti ivcrpeu'tl S\( •LAVAI IN pour aller vite, hop la vie, eh bien, ils sont sérieux, ces sujets.Par contre, faut-il préciser, comme l’écrit Massier dans le catalogue (à être publié plus tard), il ne s’agit pas de rendre «une illustration littérale ou picturale du comportement compulsif».Pas question de reconduire l’idée de la compulsion comme sublimation de peurs indomptables pour lesquelles une activité donnée, inlassablement répétée, aurait des vertus compensatoires.Non, pour Massier, pour toute générale que soit cette conception, la compulsion se conçoit davantage comme un point de départ pour la création d’objets non utilitaires, une «force motrice».Que ce soit pour ce qui concerne la création elle-même, le choix des matériaux, le type de production ou la manière de présenter les œuvres, Massier tente de montrer les diverses personnalités que peut prendre la compulsion.Cela donne une présentation d’une belle cohérence, serrée, et une exposition conviviale, qui saura plaire à plus d’un de par sa facture et ses références multiples à la vie de tous les jours.Du quotidien Il y a de la mise en vitrine dans cette exposition, du collectionnement.Il en va ainsi de la pièce de Valérie Lamontagne, la plus facile à sous-estimer du lot.Une myriade de papillons de papier colorés sont fixés aux murs par des épingles.Au delà d’un effet de composition réussi, il est facile de passer à côté de détails croustillants.Ce patient étalage bucolique révèle quelques images plutôt crues, dont nous vous laissons découvrir la nature.Aussi du côté de la pornographie (oups!), les pièces de Kevin Ei-Ichi deForest touchent de près le phénomène de l’éjaculation.Il emprunte à des bédés mangas japonaises des représentations abstraites d’éjaculation, qui par contre pourraient ressembler au rendu de n’importe lequel des bruits de fracas des bédés de superhéros (notamment Batman, à la télé dans les années 60).Moins proche de Roy Lichtenstein, en même temps que plus littéral, son Prosthetics Series - Come (1997), des jets de colle chaude sur une fourrure synthétique, est plus évocateur.Ailleurs, ce sont les troubles de l’alcool et l’emportement des nuits folles qui sont abordés, à travers deux installations marquantes.Celle de David Kramer, de New York, Hi Life, est faite de tubes fluorescents déposés au sol, qui épellent le titre, entourés de bouteilles de bière et d’alcool en grand nombre.De l’autre coté de la pièce, sensiblement plus dramatique mais faisant du coup référence à un cliché forgé par un certain cinéma et une certaine télévision, [Eddie’s Last] Chance, de 1995, MUSEE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTREAL Québec llntacom SC®R DeSerres llllt* |)l’
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