Le devoir, 12 juillet 1999, Cahier A
V (I L .X c X ¦ i 5 3 L'h.ommo st'iil osl Ion jours on mauvaise compagnie (Jean Cocteau) LE DEVOIR Des citoyens sans voix Le règne des entrepreneurs, promoteurs et gens d’affaires en général se porte bien à Montréal.Ce qui ne cause aucun problème sinon que, du coup, l’administration Bourque a annihilé la voix des citoyens.La récente décision de rejeter un projet créateur d’emplois et d’aller de l’avant plutôt avec la revitalisation résidentielle de la Redpath le démontre aisément out comme Pierre Bourque aujourd’hui, Jean Drapeau voulait au début des années 80 faire le ménage dans certains quartiers pour ramener les banlieusards en ville.Pour ce faire, les portes de l’hôtel de ville étaient grandes ouvertes pour une clientèle choisie.Mais ce qui était une attitude de fin de régime est devenue maintenant la norme.Le maire Bourque semble toutefois oublier que la façon de faire de son mentor avait créé un mouvement de résistance populaire qui s’est enraciné au fil des ans.Dans le Sud-Ouest, Action gardien, une table de concertation regroupait une trentaine d’organismes communautaires, est né ainsi pour tenir tête à l'administration montréalaise.Le controversé dossier de la Redpath, une raffinerie de sucre dont les premiers bâtiments datent de 1854, a des relents de l’ère Drapeau.La Ville de Montréal vient de céder à un promoteur privé cet immense complexe en bordure du canal de Lachine envers et contre la volonté populaire exprimée jusque-là.Il y avait eu la Ferme sous les noyers, Habitat Chambord, et maintenant voilà la Redpath.Les citoyens n’ont pas droit au chapitre.Et pourtant, leurs préoccupations concernant l’aménagement urbain et la pré-Ka tu le en servation du patrimoine sont tan-Lévesque gibles.On peut le constater dans les pages des journaux ouvertes aux lec-?teurs, qui ont été prises d'assaut depuis quelques mois.De toute évidence, Pierre Bourque banalise et nie même cette grogne.11 pourrait avoir une grosse surprise car il vient de mettre en place les conditions parfaites pour une contestation.La Redpath est un terreau fertile pour une guerre de tranchées.Il y a une accumulation de projets domiciliaires ayant généré de la frustration; différents porte-étendards communautaires du Sud-Ouest promettent une bataille; et l’administration montréalaise a catégoriquement dit non à une consultation publique parallèle aux audiences de la Commission de développement urbain.Cette réponse aux réclamations de tout un quartier n’a rien pour rassurer.Les commissions permanentes du conseil sont désertées faute de réel pouvoir et ne servent que d’exutoire à une toute petite poignée de citoyens.Mais doit-on se surprendre?La tendance à ne pas consulter les Montréalais est là depuis l’arrivée au pouvoir de Pierre Bourque en 1994.C’est un fait: le Bureau de consultation de Montréal a disparu, les conseils de quartiers ont été réduits à leur plus simple expression et même les élus ont vu leur temps de parole réduit en Chambre.Mais depuis novembre dernier, c’est le rouleau compresseur.Retour normal du balancier alors qu’entre 1986 et 1994 la population frit appelée à se prononcer sur tout (la fluoration de l’eau et le déménagement de l’Hôtel-Dieu, par exemple)?Pour beaucoup de gens, la consultation publique n’était qu’une machine à mettre des bâtons dans les roues.Que Pierre Bourque refuse de s’empêtrer dans la bureaucratie, fort bien.Mais l’administration montréalaise est tombée dans l’excès: la démocratie participative a fait place à la démocratie économique.La consultation publique a pour corollaire l'information de toute une population.On semble l’ignorer à l’Hôtel de ville, qui est maintenant juge et partie dans les dossiers.La consultation a été remplacée par l’improvisation, et ainsi les citoyens se voient-ils ballottés par les luttes partisanes.Que reste-t-il comme rempart au développement à la va-comme-je-te-pousse?Les petits malins pourront arguer qu’il existe un plan d’urbanisme.Qu’est-ce à dire?Même ces balises ne guident plus rien.Avec un haussement d'épaules, qui peut facilement être associé à une certaine arrogance, le responsable du développement économique au comité exécutif de la Ville, Sau-lie Zajdel, a bien fait comprendre mercredi dernier que Montréal ne s’embarrassait plus du plan d'urbanisme, qui de toute façon avait besoin d’être revu et corrigé.11 faut tendre l’oreille aux «beaux projets», a dit M.Zajdel, qui qualifie à!«exceptionnelle» la proposition de développement résidentiel pour la Redpath.Avec la même subtilité — on ne pourra tout de même pas reprocher à la nouvelle équipe du maire Bourque au comité exécutif de manquer de communauté d’esprit —, le collègue de M.Zajdel, Pierre Paquin, a déclaré qu’il fallait «arrêter de pelleter des nuages» en espérant donner une seconde vie industrielle à la Redpath.Le dernier véritable rempart, c’est peut-être alors le gouvernement du Québec?Mais les mauvaises langues souligneront que, dans le dossier de la Ferme sous les noyers ou lorsque les intentions de Montréal de resserrer les limites du site du mont Royal ont été révélées, Québec n’a pas semblé très ému par les mouvements populaires.S’il y a une désaffection des citoyens pour la chose politique, c’est peut-être qu’il y a une désaffection des politiciens pour la chose démocratique.MÉTÉO Montréal Québec Ensoleillé Nuageux.Max: 27 Min: 15 Max: 26 Min: 11 Détails, page B 6 I N D E X Annonces .B 6 Idées .A 7 Avis publics.A4 Le monde .A5 Culture .B 8 Les sports .B 5 Économie .B 2 Mots croisés.A4 Éditorial .A6 Planète .B 4 Entrevue .B1 Télévision .B 7 www.ledevoir.com M 0 X T 11 É A L .L E 1.U X I) I 12 .1 V 1 1.1.K T 1 !) !) » 8 7 C + T A X K S = I $ / T » H 0 N TO 1 $ L’ENTREVUE Conrad Laforte: une vie à débusquer la musique du terroir, page B 1 ÉCONOMIE Coca-Cola: le déclin ,, , .?d un empire américain, page B 3 LES SPORTS Schumacher l'a échappé belle à Silver stone, page B 5 .«O*"*» ¦ H fASCALE SIMARD LE DEVOIR UN JEUNE garçon s’apprête à exécuter une danse traditionnelle, au pow-woui annuel intitulé Échos d’une nation fière, qui avait lieu à Kahnawake, enfin de semaine.Lire notre reportage en page A3.Le FUM équilibrera son budget Grève, pluie et dollar n'ont pas trop nui à la 20e édition BRIAN MYLES SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR vraient être compensées par les ventes de produits divers Malgré la grève des employés de la Place des Arts, les nombreuses averses et la faiblesse du dollar, les organisateurs du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) prévoient que cette 20° édition se soldera par l’équilibre budgétaire ou, au pire, par un léger déficit.Président du FIJM, Alain Simard a souligné au cours de la conférence de presse tenue hier que si la grève à la PDA s’était traduite par la relocalisation de 17 concerts (30 000 sièges), les pertes en billetterie ainsi occasionnées de- réalisées sur le site.«C'est sûr qu’il y a des recettes de billetterie perdues.D’un autre côté, on en a gagné avec Diana Krall et Dave Brubeck, qui ont fait deux soirs au Saint-Denis, ce qui nous a donc permis de vendre plus de 4000 places.Finalement, on a pu faire des économies parce que les salles utilisées coûtent moins cher du point de vue technique et locatif», a-t-il dit.Les pertes découlant directement du conflit devraient être également compensées par l’affluence constatée au cours des douze derniers jours.Un fréquentation grandissante de VOIR PAGE A 8: FIJM Les armes se taisent au Cachemire Le Pakistan recule: les moudjahidin commencent à se retirer D’APRÈS L’AGENCE FRANCE-PRESSE ET REUTERS Islamabad/New Delhi — Les armes se taisent enfin au Cachemire après deux mois d'une guerre qui ne disait pas son nom: des responsables militaires pakistanais et indiens se sont mis d'accord hier, selon Islamabad, sur le retrait de la partie indienne du Cachemire des combattants musulmans qui s’y étaient déployés.L’Inde a annoncé que ce retrait avait déjà commencé.Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Sartaj Aziz, a annoncé que de hauts responsables militaires pakistanais et indiens s’étaient entendus sur un «désengagement» au Cachemire, prévoyant l’arrêt «secteur par secteur» des hostilités terrestres et aériennes pour permettre le retrait des moudjahidin, sur une période d’une à deux semaines.Les séparatistes musulmans — venus, selon New Delhi, du Pakistan et soutenus par lui — ont occupé en avril une série de sommets stratégiques dans la région de Kargil, en territoire indien, au-delà de la Ligne de contrôle (LoC) qui sépare les parties indienne et pakistanaise du Cachemire.Le 9 mai, l’armée indienne a commencé à lancer des attaques massives pour les chasser de ces positions.Le chef de la diplomatie pakistanaise a indiqué que le VOIR PAGE A 8: CACHEMIRE Encore des kilowatts au noir Au moins deux mini-centrales ont dépassé la production autorisée LOUIS-GILLES FRANCŒUR LE DEVOIR Blâmés pour avoir mal assuré le suivi de certains dossiers douteux et pour avoir toléré le non-respect du certificat d’autorisation émis en vertu de la Loi québécoise de l’environnement (LQE) à des propriétaires de petites centrales privées, le ministère de l'Environnement et Hy-dro-Québec n’ont pas appliqué deiL\ recommandations de la commission d'enquête Doyon et ont continué de se faire complice de mégawatts au noir.Payés, de surcroît, rubis sur l’ongle par les contribuables.VOIR PAGE A 8: KILOWATTS LE MONDE Iran: la révolte fait tache d’huile ¦ À lire en page A 5 Danseur en herbe Festival d’Avignon Le triomphe d’un comédien Philippe Torreton est probablement ce que la France a produit de mieux au théâtre depuis longtemps CHRISTIAN RIOUX LE DEVOIR À AVIGNON C®est au triomphe d'un comédien ex-/ ceptionnel qu’a donné lieu dans la cour du palais des Papes l’inauguration du Festival d’Avignon.Un comédien qui remplit à lui seul l’énorme scène médiévale, qui meuble trois heures vingt minutes de spectacle et fait presque oublier la mise en scène un peu légère de cette épopée de Shakespeare qui raconte la bataille d’Azincourt.Douce revanche, cette cruelle défaite française aux mains des armées de Henry V aura donc été l’occasion d’un triomphe pour le premier Français à interpréter la seule pièce de Shakespeare encore jamais jouée de ce côté-ci de la Manche.Philippe Torreton est le comédien fétiche que le cinéaste Ber- trand Tavernier avait débauché de la Comédie française pour son célèbre Capitaine Conan.Il domine cette pièce du début à la fin.Il en mâche les mots comme s’ils lui sortaient naturellement du ventre et du cœur.Rarement aura-t-on vu dans la cour un triomphe aussi personnel.L’histoire s’ouvre sur un enfant à la tignasse rousse qui tranche l’air de son épée de bois.Un enfant qui joue à la guerre et qui illustre parfaitement le thème de cette œuvre qui couronne une tétralogie amorcée par Richard II et poursuivie par Henry IV.Le metteur en scène, Jean-Louis Benoit, attribue à l’enfant le rôle du chœur.C’est lui qui nous transporte de Londres à Calais, en passant par Portsmouth et Azincourt.Le sujet, c’est la guerre, celle qu’il faut parfois mener.Celle qui peut même créer du plaisir.VOIR PAGE A 8: TRIOMPHE MARC ENGUERAND LE MONDE Philippe Torreton A 2 L E 1) E V 0 I R .I.K LUNDI 12 .JUILLET 1 I) t) I) LES ACTUALITES Rapport annuel de l’ONU Le Canada est toujours le meilleur pays au monde.avec des bémols DENNIS BUECKERT ' • PRESSE CANADIENNE Ottawa — Même 9i l’Organisation des Nations unies (ONU) a désigné le Canada meilleur pays au monde» pour la sixième année consécutive, cela n’en fait toutefois pas un Etat sans tache.Ce palmarès annuel est établi d’après l’Indice du développement humain des Nations unies, la méthode de calcul la plus poussée pour établir le niveau de bien-être de cnaque pays.Si l’indice est calculé à partir de l’espérance de vie, du revenu per capita et du niveau d’éducation des pays évalués, il ne tient pas compte de la manière dont ceux-ci agissent contre la pauvreté, un domaine où le Canada semble faire moins bonne figure.«L’indice donne une bonne idée de la façon dont une société agit envers ses citoyens», explique François Coutu, un porte-parole pour le Programme de développement des Nations unies (PDNU), qui établit le classement haque année.Même si M.Coutu croit qu’il est lé-îitime pour les Canadiens d’être fiers le leur position au classement, il recette que la plupart d’entre eux accor-ient trop d’importance à la première losition, ce qui semble réduire le déve-oppement humain au niveau d’une ourse de chevaux.«Si on ne s'intéresse u'à ça, on passe à côté du vrai objectif», ipine M.Coutu.Selon le porte-parole, le rapport n’est destiné qu’à servir d’outil pour aider les gens à lutter pour de meilleures politiques économiques et sociales.Le premier ministre Jean Chrétien cite fréquemment le rapport des Nations unies pour répéter que le Canada est le meilleur pays au monde.Pourtant, le Canada ne s’est classé qu’au neuvième rang en ce qui a trait à l’indice de la pauvreté humaine, une donnée ajoutée au rapport annuel du PDNU pour préciser la façon dont les pays gèrent l’écart entre les riches et îes pauvres.M.Coutu fait aussi remarquer que l’aide du Canada aux pays les plus pauvres a diminué.Cette année, le document de l’ONU insiste particulièrement sur la mondialisation, une tendance économique souvent en dehors de l’emprise des politiques nationales.Bien que le PDNU n’adopte pas l’attitude anti-mondialisation souvent mise en avant par les groupes de gauche, elle recommande aux gouvernements nationaux d’y jouer un rôle actif «La mondialisation doit être favorable aux personnes, et non seulement aux profits», précise M.Coutu.Lorsqu’il a été publié pour la première fois en 1990, le palmarès du PDNU voulait montrer que le développement d’un pays ne se mesurait pas qu’à partir de son produit intérieur brut Après la chaleur, les inondations w É 13"J*=v
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.