Le devoir, 7 août 1999, Cahier D
I.E I) E V OIK.I.E S S A M E 1) I E T I) I M A N (' Il E 8 A 0 I T I il Jl !» if I ?LE DEVOIR ?Lettres québécoises Page D 3 Essais québécois Page D 4 Romatis américains Page D 5 ?Serge Lemoyne Page D 6 Formes Page D 8 ENTREVUE Mon frère, mon ennemi f; ISTVAN ARRIVE PAR LE TRAIN DU SOIR Anne-Marie Garat Le Seuil, coll «Fiction & Cie» Paris, 1999,202 pages ROBERT CHARTRAND L> œuvre romanesque d’Anne-Ma-’ rie Garat, qui est également professeur de cinéma et de photographie, est d’une écriture très variée, riche de détails en apparence anodins qui deviennent autant d’énigmes.Ce qui n’empêche la récurrence de certains thèmes, de grandes questions actuelles où se débattent ses personnages, dont les plus importants sont presque toujours des hommes.«Pour moi, c'est l’étrangeté la plus grande, de me trouver dans le cotps et dans l’imaginaire de ce que je ne connais pas.Ce déplacement vers des personnages masculins me permet d’être ailleurs, et d'échapper à l’écriture féminine — dont l’avènement a été nécessaire, je n’en disconviens pas — mais où je craindrais de tomber dans le déballage subjectif, sentimental.» Dans son plus récent roman, le personnage principal, Joseph, est un généticien qui, pendant un week-end, va recevoir la visite d’istvan, un ami de longue date qui vit à Budapest La situation n’a rien que de banal pour Joseph qui, comme tout bon scientifique, se targue de poser un regard objectif sur les êtres et sur les événements.Mais sa belle assurance s’effrite peu à peu à mesure que lui échappent mille petits riens.Ce roman, comme Aden, prix Femina de 1992, est traversé par une question qu’An-ne-Marie Garat formule ainsi: «Qu’est-ce qu’on voit vraiment du monde qui nous entoure et qu’est-ce qu’on en apprend?Il doit bien y avoir un autre moyen que l’observation prétendument objective pour arriver à l’invisible du monde et des êtres.» Joseph est un «regardeur», un voyeur même.Or, lorsqu’il regarde le sexe d’Odile, sa femme, il est ébranlé: il se rend compte qu’il ne peut à la fois y être et le voir, le ressentir et le comprendre.C’est l’un ou l’autre.Il éprouve alors cette vieille angoisse des hommes qui constatent, souvent tard, que le regard n’est pas une possession.«Effectivement, il est devant le sexe des femmes comme devant le continent ignoré, impossible à connaître.Cela dit, Joseph aime Odile, lui et elle'ont quelque chose à faire ensemble, et qui est passionné.Je les ai voulus ainsi parce que je suis fatiguée de ces romans qui nous redisent à satiété qu’il n’y a plus d’amour.» Mais Joseph a beau regarder autour de lui, il ne voit rien, tout au long du roman, même pas ce voisin mort et qui gît depuis plusieurs jours dans sa cour.«Il semble qu’il ne faille pas qu’il le voie, parce que cette scène en évoque une autre, très ancienne, un inédit de sa mémoire: celle de son père y-ort sur une plage.» Pendant ce week-end où Istvan rend visite à Joseph, les femmes sont absentes de leurs vies.Christine, l’épouse d’istvan, est demeurée à Budapest; Odile est en voyage.Restent ces deux hommes, amis de longue date qui constatent qu’en lin de compte, ils ne savent rien l’un de l’autre.«L'amitié entre hommes, c’est une autre question que je me pose.Entre ces deux personnages, il y a toute une part opaque, secrète, qui n’est peut-être rien du tout, au fond.Mais pourquoi cette enquête faussement policière où Joseph s'acharne à découvrir qui est vraiment Istvan en l'épiant, en lui fouillant les poches?Il se pose des questions sur l’autre, dont la réponse ne vient jamais.Comment atteindre l’intime de son ami, le superlatif du dedans, cette part secrète qui est peut-être la plus désirable?» Par ailleurs, Joseph se voit lui-même en grand ordonnateur des événements; il se croit responsable de tout ce qui arrive à ses proches.Curieux homme.«Lorsqu'il était enfant, il a voulu la mort de son père et le départ de la mère.Il s'approprie ces deux événements tragiques, car c’est un crime de vouloir les choses.Ce sentiment de pouvoir absolu sur le monde et, en même temps, de culpabilité est-il proprement masculin?En tous cas, si ce n’est pas un facteur d’impuissance, ça ne peut être qu’une source de très grande angoisse de s’en charger ainsi.» I Voyage en SYLVAIN CORMIER Clic.Yeux grands ouverts.Des trente sous.C’est fou comme le désir d’acheter réveille l’homme.Quelle heure?5h33.Parfait.Rien que trois minutes de retard.Coup d’œil dehors: chic alors, mon vieux Milou, le soleil pointe.Va faire beau, la chasse au trésor aura bel et bien lieu.Hop, hop, l’escalier dévalé, le déjeuner avalé, la façade ravalée.Comme d’habitude, sang et tripes, les journaux ne sont pas arrivés.Saletés de camelots paresseux de mes deux.Il va encore falloir que j’aille acheter la Gazette au coin.Faudra penser à faire annuler l’abonnement du samedi.Deux fois la Gazette, ça pèse.Bon, allons, dépêchons, Robin Fusée, c’est le temps de partir à l’aventure.Checklist, frère Tuck?(Il n’y a pas de frère Tuck: j’incarne tous les personnages fictifs de cette histoire vraie.) Cartes routières?OK.Provisions?OK.Chapeau?OK.Guides de prix?OK.Les Cornichons de Nino Ferrer?OK.Train d’atterrissage?Sorti.Full throttle up, c’est parti mon kiki.Il peut se passer n’importe quoi dans les prochaines minutes.Le type qui a un jour décidé du format des grands quotidiens n’a sûrement jamais eu à ouvrir la section «Classified» de la Gazette dans une Pontiac Sunfire 1997.Et surtout pas quand le véhicule est en marche.Bon, on va où?Pour trouver les bonnes annonces, je vaux tous les radars AWACS de l’Air Force.Ah! voilà.Estate sale.Westminster, coin Guelph, dans Côte-Saint-Luc.Crotte, il y a un appartement.Je déteste les ventes de succession où l’on vide des appartements.Il y a invariablement eu tri préalable, entre la maison des vieux et l’appart de la veuve.N’empêche, la description est trop alléchante: «Antiques and collectables, 1000’s of knick-knacks, 8h30-12.» En roulant à Mach 3, j’y suis à 7hl5.Juste à temps pour avoir une heure et quart d’avance.Évidemment, ILS sont déjà là.Les Trois Grasses, la pomponnée à Beehive, le juif à calotte et à cellulaire, tous les autres.Ne dorment-ils donc jamais, ces chacals, ces charognards, ces pilleurs de tombes?Je suis forcément le seul pur collectionneur parmi cette engeance d’antiquaires et de sous-fifres d’antiquaires.Ils me trouvent d’ailleurs bien bizarre.— Tu ne revends rien?Viens-pas nous dire que c’est pour ton plaisir que tu te lèves le samedi matin avant les autres animaux?— Eh ben oui.C’est pour moi.ILLUSTRATION: T1FFET LE DEVOIR AV* mm , i jSSRu ' wm 1 ' VOIR PAGE I) 2: VOYAGE EN PAQUEBOT Sylvain Cormier tient la chronique des variétés au Devoir.Choix de deuxième ronde au repêchage de 1990, il œuvre d’abord au défunt Continuum, dans la ligue junior AAA du journalisme étudiant.Il considère la fonction critique avec un grain de sel (pas trop gros, vu l’hypertension qui le guette), préférant partager son plaisir, qui est double: joie de la musique et bonheur de l’écriture.Quand il n’écoute pas les Beatles ou Dick Rivers, c’est un bon compagnon.Ce texte, première tentative du genre, est moins une fiction qu’un récit librement enjolivé.VOIR PAGE I) 2: GARAT L K I) E V 0 I R .I.E S S A M E I) I ET I) I M A N CHE 8 A 0 Û T 1 !) !) (I D 2 -•- L i GARAT Le bonheur retrouvé de la fiction V R E S SOURCK I.E SEUIL Anne-Marie Garat PALMARÈS du 29 juillet au 4 août 1999 1 SPIRITU.L’art du bonheur * 20 Dalaï-Lama R.Laflont 2 DICTIONN.Petit Larousse illustré 2000 22 XXX Larousse 3 ROMAN Geisha 25 A.Golden Lattes 4 ROMAN Une veuve de papier 14 John Irving Seuil 5 THRILLER Et nous nous reverrons.10 Hlggings Clark A.Michel 6 ROMAN Q.La petite fille qui aimait trop les allumettes v 40 Gaëtan Sçucy Boréal 7 ROMAN O.Le pari V 24 D.Oemers Q.-Amérique 8 ROMAN Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles * 25 Melissa Bank Rivages 9 SANTÉ Recettes et menus santé 42 M.Montignac Trustar 10 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.01 « 99 N.Walsch Ariane 11 ROMAN Sous le soleil de Toscane * 50 F.Mayes Quai Voltaire 12 ROMAN Océan mer * 74 A.Barlcco A.Michel 13 BIOGRAPH.La prisonnière 15 M.Oulkir Grasset 14 ROMAN La maladie de Sachs * 27 M.Wlnckler POL -15 ROMAN Le journal de Bridget Jones * 52 Helen Fielding A.Michel 16 ROMAN Soie « 99 A.Barlcco A.Michel 17 ROMAN Tombouctou 11 Paul Auster LeméacfA-Sixf 18 ROMAN Alexandre le Grand T.01/ Le fils du songe 8 Valerio Mansredi Plon 19 PSYCHO.Le harcèlement moral 40 M-F Hlrlgoyen Syros 20 PSYCHO.Les hommes viennent de Mars, les femmes de Venus * 99 John Gray Logiques 21 THRILLER L'associé 14 John Grlshair R.Laflont 22 THRILLER Déjà dead V 62 Kathy Relchs R.Laflont 23 ROMAN L'empreinte de l'ange » 58 Nancy Huston LeméecfA-Sud 24 SANTÉ Je mange, je maigris et je reste mincel 17 M.Montignac Flammarion 25 ROMAN Aux fruits de la passion 25 D.Pennac Gallimard 26 ROMAN Le diamant noir 17 P.Mayle Nil 27 ROMAN L'enfant de Bruges 10 Gilbert Slnoué Gallimard 28 POLITIQUE La mondialisation de la pauvreté « 36 Chossudovsky Écosoclété 29 ROMAN U.S.Un homme, un vrai 14 Tom Wolfe R.Laffont 30 ESSAI L'ingratitude * 20 Finklelkraut Q.-Amérlque 31 THRILLER Tout à l'ego Hi T.Benacqulsta Instant même 32 SPIRITU.Manuel du Guerrier de la lumière 36 P.Coelho Carrière 33 ROMAN Q.La cérémonie des anges 9 37 M.Laberge Boréal 34 ROMAN La gloire et les périls 5 Robert Merle Fallols 35 ROMAN 5 Christiane Rance Nil 36 ROMAN Bella Italia | 3 F.Mayes Quai Voltaire 37 PSYCHO.11 LUI Gulliver Intouchables 38 PSYCHO.7 Gerstman&AI Carrière 39 FLORE Les champignons sauvages du Québec 9 8 SIcAamoureux Fldes 40 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.02 9 99 N.Walsch Ariane 41 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.03 22 N.Walsch Ariane 42 ROMAN Q.Taxi pour la liberté 23 G.Gougeon Libre Expr.43 ESSAI Q.Nouvelles douces colères 7 Courtemanche Boréal 44 ROMAN Les mystères de Jérusalem 24 Marek Halter R.Laffont 45 THRILLER Q Les fiancées de l'enfer 9 C.Brouillet Courte Échelle ._ ._ ._ , t SOMBRE DF.SEMAINES ?: Coups de coeur Renaud-Bray ’ semaine sur notre lutte depu is leur parution fipA KJ JP « Premiers arrivés, VENTET*0TT07R PremterSSerViS!>’ À L‘INTÉRIEUR ! ' Jeux-S0 % Livres -50 % 5235, Côte-des-Neiges (face à notre succursale) 0UVFRT lout 1 e s jour! de lu "a ¦K 63 Métro Côte-des-Nelges SUITE DE LA PAGE I) 1 La citation, tirée de Hamlet, qu’An-ne-Marie Garat a1 placée en exergue de son roman, ne va-t-elle pas dans ce sens?«Je crois que bien des hommes portent en eux ce père tutélaire qui les enjoint à faire justice, ce père terrible qui, comme celui de Hamlet, ressurgit de la brume pour dire à son fils ce qu’il a à faire de sa vie en lui confiant la mission héroïque de le venger.Comme je le dis quelque part dans mon livre, les hommes ne portent-ils pas en bas de la ceinture cet héritage des pères?Il faudrait peut-être inverser la proposition oedipienne classique, et se demander si ce ne sont pas les pères qui sont criminels.Pauvre Hamlet.» L’irruption du siècle Ici comme ailleurs dans l’univers romanesque d’Anne-Marie Garat, la réalité qui se dérobe est meublée de menus objets — un trombone, un caillou au fond d’une poche, lin grille-pain qui ne fonctionne pas — et d’incidents banals qui sont peut-être, mais pas forcément, les signes révélateurs de l’essentiel.Ils installent du moins une atmosphère d’énigme que le professeur de cinéma connaît bien.«Il est vrai que dans les bons films, il y a souvent de ces petits riens qui entretiennent le suspense.Et quand je me suis demandé quel film Joseph irait voir, je me suis dit que ça devait être Le Troisième Homme, cette histoire d’amitié singulière entre deux hommes joués par Joseph Cotten et Orson Welles dans un contexte de guerre froide.» Istvan arrive par le train du soir n’est pas un roman politique, mais s’y profile, à travers la quête personnelle de Joseph, l’histoire de notre siècle: Istvan le Hongrois est un personnage tourmenté, qui poursuit un homme qui l’a déjà torturé et que, paradoxalement, il a aimé.Il doit mettre à mort ce bourreau qui est aussi son démon intérieur.De fait, la seule consolation d’Istvan, c’est le souvenir de son grand-père, à qui un ami psychanalyste avait expliqué que la tumeur au cerveau qui l’affligeait était la marque de son passé, de sa langue et de sa culture menacées, que son mal, littéralement, était son bien: ainsi, le vieillard est mort heureux.Ce passage magnifique du roman d'Anne-Marie Garat rejoint ses propres convictions.«Je fais ce pari qu’à travers toutes les souffrances qu’on a dans la vie, il y a ceci qui est inaliénable: cette capacité que nous avons à partager, à être dans l’humain par moments.Si je ne crois pas à ça, je suis fichue.» Très actuels également, les mé- tiers de Joseph et d’Istvan — l’un est généticien, l’autre travaille pour une agence de l’atome — sont porteurs de questions lourdes de conséquences.«Où, dans l’organisme, se trouve cette fameuse protéine qui déclenche le système auto-immunitaire; de même, où et comment sont disséminées, dans un pays, certaines charges atomiques minuscules?Au fond, Joseph se pose les mêmes questions à propos d’Istvan: cotnment distinguer dans le fouillis des êtres la petite chose grave, intense, et qui va être explosive?C’est ça que j’ai voulu écrire.Cette angoisse, je l’attribue à un personnage fictif qui me ressemble.Qu’est-ce qu’il y a chez les êtres que je ne vois pas?Que de fois me suis-je dit: quelle capacité j'ai à brouiller, à faire en sorte de ne pas voir!» Un plaisir grave Istvan arrive par le train du soir est un livre foncièrement grave, mais dont l’écriture est d’évidence plus ludique que celle des romans précédents d’Anne-Marie Garat.Après l’expérience douloureuse des deux livres précédents, notamment Sur la pente du toit, qui évoquait les décès rapprochés de son père et de sa sœur, elle a retrouvé avec bonheur la fiction.«C’est le lieu où je suis le plus moi-même, mais avec des masques.J’y suis sans y être.» Indices de ce plaisir retrouvé: des jeux de mots ici et là, et quelques clins d’œil au lecteur.«Il est vrai que c’est le premier roman où j’ai joué, comme le font les auteurs de romans policiers.Je me suis sentie plus libre pour ce livre-ci.Quant au puzzle de la réalité dont Joseph tente de rassembler les pièces pour en trouver le sens, il ne livrera pas ses secrets.J’ai en quelque sorte voulu dire aux lecteurs de mon livre: voilà, vous avez toutes les données, à vous de jouer maintenant.» L’énigme d’Istvan, qui ne se livre que par bribes, demeurera donc, et le lecteur pourra même se demander s’il n’est pas le frère ennemi de Joseph, son alter ego.«On peut penser en effet que cet ami qui vient passer un week-end pourrait être un fantôme.Istvan, qui est à la frontière entre la mort et la vie, est peut-être l’autre Joseph, la part de lui-même que celui-ci ne connaît pas.D’où ces mots qu’il lui lance: Ne ris pas, Istvan, je vois ton squelette.Je me dis la même chose parfois: quand je vois les dents d’un être que j'aime et qui rit, je vois un peu son squelette, sa mort.» Anne-Marie Garat a le don d’ouvrir des gouffres à partir des failles du quotidien.XYZ.La revue de la nouvelle .impefCe inouvetw Recevez en prime Cet imperceptible mouvement de Aude Prix littéraire du Gouverneur général du Conseil des Arts du Canada 1997 (valeur 14 $) avec un abonnement d’un an à XYZ.La revue de la nouvelle Abonnement 1 AN / 4 NUMÉROS 20 $ (T.T.C.) Thème: Bals Des nouvelles de : Françoise Beaudry-Rlendeau, Jean-Paul Beaumler, Bertrand Bergeron, Jean Boileau, Gaëtan Brulotte, Anne Brunelle, Marie-Geneviève Cadleux, Usa Carduccl, Christine Champagne, Louise Dupré, Claudine Paquet, Hugues Corrlveau, Hervé Desbols, Danielle Dussault, Denyse Glguère, Julie Hlvon, Marc Rochette, Sylvalne Tremblay et Dany Tremblay NOM_______________________________________________ ADRESSE_________________________________________ VILLE_____________________________________________ CODE POSTAL____________TÉL________________________ CI-JOINT: ?CHÈQUE ?MASTERCARD ?VISA NO_______________________________ EXP____________L SIGNATURE_________________________ DATE___________ RETOURNER A XYZ.La revue de la nouvelle 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3Z1 Téléphone: (S14) 525.21.70 • Télécopieur: (514) 525.75.37 Courriel : xyzcd@mlink.net VOYAGE EN PAQUEBOT SUITE DE LA PAGE D 1 Je suis un ramasseux.Un ramas-seux qui discerne.J’aime les vieilles photos, les vieux films d’amateur 8 mm, les vieux jouets, les vieux journaux, les vieilles affiches publicitaires, les vieux disques, les vieux objets intrigants de toutes sortes.L’autre jour, par exemple, j’ai trouvé un klaxon de Ford Model T, qui produit le plus for midable et tonitruant des pouêêêêi quand on presse la poire de vieux caoutchouc: c’est exactement le même son que dans Maman bagnole.Peut-être un jour échangerai-je mon trop-plein pour le trop-plein de quelqu’un d’autre.Mais acheter seulement pour revendre?Pouah.Je ne mange pas de ce pain-là, mes Seigneurs.Mes saigneurs.Le portier n’a pas voulu laisser entrer personne, malgré le tollé véhément et les offres en liquide.Finalement, la liquidatrice arrive, je reconnais Joy.«Ah non! c’est une vente de Joy», lâche quelqu’un par dépit.—Tas pas lu l’annonce?réplique en anglais l’une des Trois Grasses.It says enjoy at the end.It’s her trademark.Au début, il y a un an, je ne comprenais pas pourquoi ils étaient si fâchés quand la vente de succession est organisée professionnellement.Et puis j’ai appris: le liquidateur se sert avant.Ils préfèrent quand c’est la fille éplorée du défunt qui dirige l’opération: l’antiquaire peut alors titiller la fibre émotionnelle à son gré, le sans-gêne.Joy dit en anglais: «Don-nez-moi deux minutes.» C’est l’équivalent du two-minute warning au football.Le signal du presse-citron autour de la porte.Et puis, au top, ruée vers l’or.On est vingt dans l’ascenseur.C’est écrit: capacité de douze personnes.On va tous mourir écrasés comme dans Towering Inferno.De fait, la plus grasse des Trois Grasses m’écrase le gros orteil comme Shelley Winters dans L’Aventure du Poséidon.Elles sont toujours là, les Trois Grasses.Le samedi matin dans Westmount, Hampstead, Côte-Saint-Luc, NDG, Côte-des-J'Jeiges, elles courent dans les rues.A trois, elles couvrent pas mal de terrain.Nouveau stampede à la sortie de l’ascenseur.La troupe court dans le couloir.Je presse le pas, mais la petite vieille en robe de chambre qui regarde passer la horde d’un air ébahi me ralentit.Je lui dis bonjour.Elle me dit good morning.Au bout du couloir, c’est vide.Quand j’entre dans l’appartement, la moitié des objets sont vendus.La pomponnée à Beehive sort des gros bruns.Quatre cent dollars pour un petit vase orange très laid mais signé Moorcroft qu’elle revendra deux mille par Internet à un Américain.Je trouve un petit paquet de vieilles cartes postales dans un coin où personne n’est allé parce qu’il n’y a pas de petits vases orange signés Moorcroft.Joy me les fait à un dollar le lot.J’aime bien les vieilles cartes postales: il y a la vie des gens au verso.Dans l’ascenseur, j’en lis une, de 1920.Il n’y a pas de ponctuation, c’est écrit tout d’un souffle.Le dernier souffle: «[.] Mother is just alive with pneumonia the brothers don’t think she will ever get up she is 78 years old and at any age it is hard to have such a thing as pneumonia [.].» Vite, vite à Hampstead.«Estale sale.Whole house contents.No early birds.» Parfait, me dis-je: personne n’entrera à l’avance.Quand j’arrive, la porte est ouverte et des gens sortent avec des tables, des lampes et un faucon empaillé qui ne ressemble pas au Maltese Falcon du film.No early birds mon œil.Au salon, la moins grasse des Trois Grasses achète un petit vase orange signé Moorcroft.La pomponnée à Beehive n’est pas contente.Je descends au sous-sol, où il n’y pas d’antiquités.Je suis fin seul.Dans une pile de vieux disques ni orange ni Moorcroft, il y a un microsillon des Beatles avec Tony Sheridan sur étiquette MGM, une belle rareté, en parfait état La dame à l’entrée me dévisage dédaigneusement «One dollar».Deux pâtés de maisons plus loin, une autre vente.Simple vente de garage, celle-là.J’entre en même temps qu’un autre type.Méfiance: il m’a tout l’air d'un collectionneur.Nos regards convergent vers une boîte pleine de petites autos en métal.Plus vite que des langues de tamanoirs, nos bras s’allongent.Deux mains agrippent simultanément l’Aston Martin DB5.Ma gauche, sa droite.Pendant un instant, nous la tenons tous les deux.Souque à l’Aston Martin.La belle des belles.La première Corgi Toy de James Bond.Le modèle numéro 261 de 1965.Dorée.Avec le siège éjectable, le volet pare-balles et les pare-chocs mitrailleuses.Cent cinquante dollars tout nu, 600 avec la boîte originale.Introuvable autrement que chez les revendeurs spécialisés.To die for.Ma main g]\.je lâche prise.Le gars aboulé un dr , sort avec mon auto.C’est moi qui suis éjecté.Auric Goldfinger est précipité hors de l’avion et je tombe avec lui.Je meurs une petite mort.Et ainsi de suite, jusqu’à trois heures et quart de l’après-midi.Tren-te-deux petites morts, vingt-trois petits vases orange signés Moorcroft.Le coffre de la Sunfire n’est pas plein.J’ai au moins déniché une petite boîte en métal avec douze films 8 mm dedans.«On les a tous regardés», a dit le monsieur avant de me les laisser poür presque rien.Sur le contenant d’une des bobines, c’est écrit Las Vegas 1960.Je pense à Frank Sinatra et aù Rat Pack.Peut-être voit-on la devanture du Sands, lés lumières dans le désert la nuit?Sur les tables, il y a probablement des petits vases orange signés Moorcroft.Frank, c’est sûr, en a cassé trois parce qu’il n’âi-mait pas la face du served!-.J’aurais dû apporter un Sinatra pour l’auto: Come Fty With Me, tiens, ça me parait bien, là, tout de suite., J’ai chaud.J’ai faim.Jhal-lucine.J’écrase des petits vases orange signés Moorcroft alignés comme à la parade sur le pointillé blanc.11 n’y avait que des jouets presque neufs dans les huit dernières ventes.Découfà-geant.Les jouets presque neufs sont la plaie dès ventes de garage.Depuis midi, les Trois Grasses, là pomponnée à Beehive, l'àn-tiquaire juif à calotte et; à cellulaire ont réintégré leurs boutiques et astiquent leurs petits vases orange signés Moorcroft Moi, j’en ai jusqu’au nez de la ville et des railleries du frère Tuck, trop content que je n’aiè pas trouvé assez de carburant pourfaï-re démarrer ma fusée interplanétaire.L’aventure?Quelle aventure?De guerre lasse, je prends le chemin de la campagne.Un bol d’air, est-ce que ça vaut plus qu’un petit vase orange signé Moorcroft?Je me perds de route secondaire en route tertiaire.Où suis-je?Voyons la carte.PowerS-court Rd.Au sud de Huntingdon, pas loin de la frontière américaine.C’est plein de vaches pleines de lait Là, une affiche.Vente de garages.Avec un s.Petit chemin de terre.Belle matëôn victorienne, un peu défraîchie.C’est vraiment une vente de garage: les trucs à vendre sont dedans.Une jeune femme est enfoncée dans une chaise de rotin, sur la véranda.«Ce sont les vieilles affaires de mon oncle des Etats.» Elle se débarrasse de tout pour meubler à neuf.C’est bien le Québec, ça, me dis-je: la prospérité passe par le neuf.Jamais un vieil Anglais des Can-tons-de-l’Est ne dilapidera ses biens parce qu’ils portent la marque des ans.Dans un coin, il y a une magnifique vieille malle.«D a fallu forcer la serrure pour l’ouvrir.Elle était fermée à clef depuis cinquante ans.» Je frémis.C’est un steamer trunk, une malle comme on en utilisait dans les voyages transatlantiques au début du siècle.Comme sur le Titanic et le Normandie.À l’intérieur, le tissu des tiroirs est à peine élimé, les cintres de bois sans marques d’usure.Dans un tiroir, il y a de la vaisselle.Pas de petits vases orange signés Moorcroft, mais de la vaisselle de restaurant Une assiette, une tasse.Avec un sigle de lion imprimé sur chacun.Je lis: «The Cunard Steamship Company Ltd.» Avec la White Star, la Cunard était la compagnie armatrice dés grands paquebots.J’imagine que C*.ést l’oncle qui a ramené ça dans la malle, en souvenir de voyage, tels les savons des chaînes de motels d’aujourd’hui.«À cette heure-ci, c’est moitié prix», murmure la jeune femme, vannée.L’autocollant sur la malle indique 15 $.«Prenez la vaisselle avec.» Je suis extrêmement heureux.J’ouvre la porte de la Sunfire et j’embarque sur le Normandie.Il y a du bleu partout autour, et parfois des vaches.Je me demande ce qu’elles font au milieu de l’Atlantique.Dans l’immense salle à manger où je m’assieds, des centaines de petits vases orange signés Moorcroft se reflètent dans les diamants des chandeliers.Une pensée me vient, et je ris.Si jamais on frappe un iceberg, ça fera un joli tas de petits vases orange signés Moorcroft en moins.C a h littéraire Date de tombée: le vendredi 20 août 1999 ie Devoir! L E I) E V II I II .L E S S A M EDI 7 E T D I M A N CUE 8 A 0 V T I II il il I) 3 Livres ROMANS QUÉBÉCOIS Une apocalypse moderne Luc Archambault 9 LES INTOUCHABLES LUC ARCHAMBAULT La Communion des morts Les Intouchables, Montréal 1998,247 pages Vous vous souvenez peut-être de cette expérience de psychologie qui avait fait un certain bruit: sous prétexte de mesurer la capacité de mémorisation ou de concentration d’un individu sous la douleur, un sujet est attaché à un fauteuil, des électrodes collées sur différentes parties de son corps; il doit répéter dans l’ordre diverses séries de mots; chaque fois qu’il se trompe, un volontaire expérimentateur lui envoie des décharges électriques de plus en plus fortes, jusqu’à une dose mortelle s’il le veut; le sujet, se tordant sous l’effet de la douleur, répond de plus en plus mal; l’expérimentateur, obéissant aveuglément aux consignes, finit par l’électrocuter.Or, les victimes mimaient la douleur, et il n’y avait pas de décharges électriques: les vrais sujets de l’expérience étaient en fait les volontaires dont il s’agissait d’évaluer le degré de soumission à une autorité qu’ils croyaient compétente: la plupart d’entre eux devenaient des meurtriers dociles.C’est cette expérience que subit, avec le même succès, un des deux personnages principaux de La Communion des morts.L’univers imaginé par Luc Archambault, mélange de george Orwell et d’Agota Kristof, est un monde glauque, un pays imaginaire où, par la suppression des individualités et la répression des sentiments, on tente d’instaurer le règne de la pensée unique.L’histoire d’une dictature Le gouvernement de ce régime de terreur s’appelle le Directoire.S’agit-il d’une allusion au régime ayant marqué la fin de la Révolution française et qui a précédé le coup d’Etat de Bonaparte?Quoi qu’il en soit, le pays du roman, comme la France de l’époque, est en guerre contre un voisin, conjoncture utile pour les dirigeants soucieux d’entretenir l’unanimité patriotique.Le régime qui s’installe doit donc se protéger à la fois contre une agression extérieure et toutes les formes de dissidence interne.La Communion des morts est l’histoire d’une dictature étatique qui s’installe dans l’inhumanité, et dont lès personnages principaux sont les membres d’une même famille.Père — c’est uniquement ainsi qu’il est désigné — est un des piliers du régime; ce ministre de la Culture et de l'Intérieur — le jumelage des deux fonctions n’est pas innocent en l’occurrence — a épousé, sans doute par calcul, une femme de la classe aisée.Le couple a deux fils: ce sont les personnages principaux qui se partagent pour l’essentiel la narration du récit.Pierre, l’aîné, a rompu avec sa famille.Il végète dans un minuscule appartement.Il passe son temps à dormir et à lire les livres que le Régime tolère encore avant l’autodafé final et qu’il emprunte à grands frais.Jean, apparemment plus soumis, a renoncé à la peinture pour devenir médecin dans l’espoir de plaire à un père dont il ne se sent pas aimé.L’un et l’autre se retrouvent ainsi au service du Régime, l’un par conformisme, l’autre par défi suicidaire, ce qui ne les empêche pas de jouer parfaitement le rôle qu’on attend d’eux.Ils y mettent même du zèle au point de devenir des modèles pour les autres.Jean, après avoir électrocuté à mort un camarade sans s’en émouvoir — les décharges électriques, dans le roman, sont «réelles» — , est chargé du tri des prisonniers dans un camp dit «de désinfection», tout à fait semblable aux camps de la mort nazis, chambres à gaz et fours crématoires y compris.Seule touche de modernisme: un système informatique, par ailleurs défaillant.Jean élimine au jugé les vieux, les handicapés, ceux qui lui paraissent tarés ou malingres; les autres, physiquement utiles, seront rééduqués.Pendant ce temps, Pierre, qui affirme ne pas croire à l’âme et pour qui «seule la matière existe», se porte volontaire pour aller se battre au front.Avant son départ, il étrangle son chat (!) et épouse par convenance Marie-Hélène, jeune fille idéaliste s’étant entichée de lui.Pierre se révèle vite un parfait soldat; il court au devant du danger et défie la mort, il tue les ennemis avec un acharnement qui fait l’admiration de ses supérieurs.Les deux frères relatent leur expérience respective de l’enfer.Ils deviennent des champions du Régime, de véritables prosélytes du système de terreur, même si on devine leurs réticences, qui se manifestent par des nausées occasionnelles.C’est une véritable religion qui se met en place, et elle exige la foi et l’adhésion aveugles de tous.Or cette religion, «païenne», comme la qualifie Marie-Hélène dans les lettres qu’elle envoie à Pierre, cette religion qui conditionne les individus à obéir aveuglément aux gourous, on se serait attendu à la voir ridiculisée ou dénoncée de quelque manière, d’autant que Luc Archambault, précise-t-on, étudie la théologie à l’université d’Heidelberg, laquelle est depuis plusieurs siècles un des foyers intellectuels du protestantisme.Il n’en est rien.Nous sommes en pleine soupe mystico-religieuse: dans la foulée d’allusions métaphoriques à la mythologie germanique, les partisans sont décrits comme des «apôtres de l’Ordre»; les effroyables cruautés des soldats sont des «liturgies»', Pierre offre «une sanglante libation à Hadès»; Jean parle de la «pâque diabolique» du Père; Marie-Hélène ira même jusqu’à écrire dans une de ses lettres: «Pierre Pierre pourquoi m’as-tu abandonnée».Pierre et Jean sont manifestement les avatars modernes des apôtres du même nom.Et voilà que soudain, ces deux hommes, jeunes et violents, sortent des ténèbres du Mal.La lumière se fait en eux, affirment-ils.Jean renonce à l’alcool et aux antidépresseurs qui lui permettaient de poursuivre son infâme travail; il retrouve la foi et s’assigne désormais la mission de porter témoignage de ce qu’il a vu au camp.Pierre, de son côté, découvre la spiritualité.Mais — et c’est ce qui fait l’inquiétante singularité du roman d’Archambault — aucun des deux ne renie ses actions passées.fi s’agirait plutôt de reconnaître la nécessité de toutes les horreurs auxquelles ils ont participé.Pompeusement, Jean affirme ainsi qu’il doit s’immerger «dans la puissance de l'affect inhérent aux réalités de cet infâme Régime.» Pour les personnages de La Communion des morts, «Il faut savoir accepter l’inhumain, l’innommable, afin de l’éteindre un jour».La violence, la terreur, la barbarie, qui iront encore en s’aggravant s’il faut en croire la prophétie d’un «thérapeute», sont des maux nécessaires pour qu’advienne le «Temps nouveau»: ils sont partie intégrante de la loi que le Père transmet aux fils, y compris le meurtre, ritualisé, commandé par celui-ci.Le roman d’Archambault est apocalyptique au sens le plus profond.Quoique moins énigmatique que l’Apocalypse de Saint-Jean, il en reprend certains propos, notamment celui de la victoire de Dieu sur terre, qui ne peut advenir que par la souffrance et la mort.Avec un titre qui évoque le dogme de la communion des saints, ce roman chrétien, où la violence est justifiée par la croyance en sa nécessité, n’offre pas de lecture de la folie ambiante, mais plutôt une interprétation idéologique, proprement luthérienne: seule la foi peut sauver les hommes, quoi qu’ils fassent.Ce récit, insolite dans la produc- tion littéraire courante, lourd, massif comme un sermon de preacher exalté, est essentiellement une affaire d’hommes, comme de bien entendu.Les femmes, ici, sont confinées aux rôles que leur assignent tant de religions: soit compagnes éplorées de l’homme, rêveuses ou neurasthéniques, ou, comme dans le bordel du camp, instruments dociles pour assouvir les bas instincts des mâles.Pour nous, lecteurs, il est regrettable que les deux frères héroïques, ces bras armés d’un dieu de colère dont ils préparent la venue, n’aient pas cru bon d’imiter l’écriture de Marie-Hélène dans ses lettres, où son désarroi s’épanche en longues coulées sans ponctuation dont le lyrisme contraste heureusement avec leur grandiloquence sentencieuse.r chart randfjvideotron.ca Robert Chartrand ?Ce récit, insolite dans la production littéraire courante, lourd, massif comme un sermon de preacher exalté, est essentiellement une affaire d’hommes POÉSIE La promesse incessante des débuts RETIRONS DE PROSE J.E Dowd Éditions du Noroît, coll.«Initiale», Montréal, 1999,87 pages LA VILLE BLEUE Claire Rochon Éditions du Noroît, coll.«Initiale», Montréal, 1999,67 pages DAVID CANTIN Consacrée à l’émergence des voix nouvelles, la collection «Initiale» du Noroît n’a pas toujours reçu l’attention qu’elle méritait.Pourtant, ce lieu a su prendre certains risques afin de promouvoir une relève aussi hétéroclite que justifiée.II suffit de lire les œuvres de Nicole Richard, de Martine Audet, de Bertrand Laver-dure ou de Martin Thibault, parmi d’autres, pour s’en convaincre.Grâce à une conception graphique plus attrayante, ce lieu poursuit désormais sa trajectoire vers la poésie d’aujourd’hui et de demain.Voici donc l’occasion de redécouvrir cette collection grâce à deux auteurs pratiquement inconnus: J.F.Dowd et Claire Rochon.Deux approches différentes, réunies sous le signe de l’exigence créatrice d’un départ.De manière curieuse, Retirons de prose de J.F Dowd est un recueil indéfinissable.Aussi particulier que pouvaient l’être L’Extase fabuleuse de Marc Gariépy, Opéra de Bernard Gilbert et L’Ampition du vide de Patrick Lafontaine.À l’instar des titres antérieurs, ce livre s’annonce comme une des surprises les plus agréables de la saison.Il étonne par la distance qu’il maintient par rapport à la poésie ou, mieux, à sa conception un peu trop rigide.Se jouer des genres Ainsi, il ignore les contraintes qu’imposent les genres.Tel un repère, on peut citer cet aphorisme de l’auteur afin de saisir l’approche que soulève ce projet aussi dense que fascinant.«Comme les dents du peigne arrêtent la laine, l’esprit un peu va- guant ne retient que des brins de prose.» Divisé en quatre brèves sections, ce recueil n’a d’autre but que de faire entendre «l’écho d’un amour venu sans apprêts, parti sans malice, ombre portante et passagère».On suit ces «petites pièces de prose» comme une ouverture sur les régions et les sens de la mémoire.Chaque page constitue un tableau affectif de ce qui nous ence,rcle, nous retient dans ce monde.A partir d’observations minutieuses du paysage et de la nature, une complexité tisse les déplacements de l’écoute poétique.Le souvenir engendre ce pas qui le fait naître.Une errance dévoile cette vérité qui se cache entre les ombres d’une émotion: «[.] le froid de l’éclair de côté et d’autre de la tour.Hirondelles à l’étroit soudain.A croire que le bruit monte de l’escalier, au cœur des poutres.Arbres inégaux, attachants, eux aussi.Qui voudrait leur faire outrage, mépriser leur condition?Au matin cependant on règle le cas de la haie, comme on ferme les yeux du mort.» Une vérité intérieure Retirons de prose de J.F.Dowd impose une curieuse lecture du visible qui ne cesse de dérouter.On entre dans cette forêt de mots sans trop savoir ce qui nous attend.Puis, peu à peu, un geste patient s’impose devant cette «naissance aux quatre coins de l’horizon».La Ville bleue de Claire Rochop possède aussi de grandes qualités.À la fois elliptique et précise, cette écriture retranscrit la plainte annonciatrice du monde, d’un passé encore présent dans les contrastes des villes blanches.Tout comme la rumeur ancienne qui l’anime, ce recueil s’ouvre sur les zones d’une passion sans frontières.On entre dans un périple de l’absence, où la vérité intérieure guide l’instinct «au hasard du danger».Ces poèmes font appel au dépouillement et au dialogue qu’exige la douleur des souvenirs.On pourrait même parler d’un livre des repères, car les courtes proses de Rochon ne cherchent pas à répondre aux dilemmes existentiels.Ils tentent plutôt d’assimiler une origine commune du destin, face au temps qui passe sans prévenir.Rien ne tarde à rompre le silence que l’on accueille, dans le désir solitaire des chambres: «Elle me dirait, je sais.Je sais que je m’empêtre de manières de voix anciennes.Qu’après les modernes, il faut griffonner à même le cœur.J’entends rouler son rire au pied de mes réserves.J’entends mes mains qui filent en silence le long de vieux poèmes, où d’autres ont dit mieux que moi ne pas savoir, vivre ici.Je les entends pourtant, vivre là.Avant les livres, les mains collées aux parois dans les grottes: rouge sang, bleu, certainement, et noir, fût-il intégral.Peau contre pierre, à dessiner la vie après la mort.» Déjà dans ces premiers recueils, des voix persistantes se font sentir.Une interrogation vécue amène la poésie de Dowd et de Rochon à un souffle des plus intenses.On imagine déjà ces démarches poétiques, comme le reflet d’une expérience étrangement nécessaire.PUBLIEZ VOTRE LIVRE! Les éditions CARTE BLANCHE PETITS ET GROS TIRAGES, PROMOTION, DISTRIBUTION Pour recevoir notre dépliant: Tél.: (514) 276-1298 Fax: (514) 276-1349 carteblanche@vl.videotron.ca vous offrent un service complet d’édition Rédaction, révision, correction, traduction, typographie, graphisme ord.J7,95 ord.T9,95 vertus Q-NEVIÉVi: rai.r.mK 17,95 ,*tm puissance] ;ur POUVOIR ¦les- vertus » dérupeuCf^ues \ ites.riime ' iiH'WnjfHist or.-mçjr T9,95 500, rue Ste-Catherine Est • Place des Arts • Galeries Laval • Mail Champlain Les vertus de l’ail Geneviève Pelletier.Les éditions Québécor.Ütiefiriiîr Les couleurs Marie-Claire Rossignol.Les éditions Québécor.Le vinaigre Yolande Chevrier.Les éditions Québécor.¦¦ KATnrPEEL Çjuià à suivie mère® travail M m tin (ivv».Guide de survie de la mère au travail Kathy Peel.Libre Expression.La santé par les jus Collectif.Les éditions Québécor.thérapeutiques des agrumes Sylvie Haineault.Les éditions Québécor.http ; //www.archambaull.ca.|^DÉS L'AUTOMNE.Notre nouveau magasin virtuel vous fera vibrer., Promotion en vigueur jusqu'au 11 août.o Ouvert 7 soirs, saut 4 Montréal .Brassard • Chicoutimi • Laval • Montréal • Québec • Sherbrooke • Ste-Foy « Trois-Rivières.ARCHAMBAULT LA l’LUS GRANDE MAISON DE MUSIQUE ET LIVRES AU MIHilrW À votre santé ! 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antibiotiques, choisir la médecine de la confiance I, E I) E V 0 1 R .L E S S A M E I) I E T I) I M A N C II E S A (I Û T I !l !» !l D 4 -w Livres "•- ESSAIS QUÉBÉCOIS Portrait du prof en séducteur ENSEIGNER ET SÉDUIRE Sous la direction de Clermont Gauthier et Denis Jeffrey Les Presses de l’Université Laval, 1999,224 pages Rappelez-vous vos bons profs: bien sûr, ils transmettaient de la matière, mais il y avait plus, un je-ne-sais-quoi de charismatique, d’envoûtant qui émanait de leur personne, de leur voix, et qui donnait le goût de l’école.Aujourd’hui encore, en y pensant, quelques notions de physique, de chimie, de français ou de musique vous reviennent en tête, mais toujours accompagnées de ces visages inoubliables.Vous aviez été séduits.Mais peut-on parler ainsi?La séduction n’est-elle pas faite de tromperie, de manigances et de ruses?N’a-t-elle pas partie liée avec le mensonge et la manipulation?En ce sens, parler de profs séducteurs, n’est-ce pas légitimer une certaine perversion pédagogique?Ces résistances en forme d’interrogations traduisent un malaise réel, mais elles ne résument pas pour autant le tout de la séduction dans la relation pédagogique et ailleurs.Si on admet, comme l’enseigne une certaine tradition littéraire, philosophique et psychanalytique, que «séduire est une exigence (Gauthier et Jeffrey), comment nous contenter, dès lors, du seul versant négatif d’un tel appel?La séduction comme obstacle?Un collectif réuni par des chercheurs en sciences de l’éducation n’a pas voulu en rester là: «Contre les séducteurs malsains qui veulent délibérément tromper leurs proies, ne doit-on pas montrer que la séduction peut servir de multiples desseins?Notamment, en contexte éducatif?» Et encore, en tenant compte des risques de dérapage inhérents à une telle démarche pour mieux les contrer, «est-il possible de penser la séduction comme une stratégie professionnelle dans la relation pédagogique?» Tel est le projet de ce Enseigner et séduire, un essai original, riche et instructif qui fonde sa réflexion pédagogique sur une connaissance vivante des traditions philosophiques et littéraires.Les règles du jeu Avec l’essai d’ouverture intitulé Figures de séducteurs et séduction en pédagogie, Clermont Gauthier et Stéphane Martineau tentent de «dégager les conditions de possibilité d'un usage éthique de la séduction en enseignement» en analysant six grandes figures de séducteurs qu’ils comparent ensuite entre elles.Le travail enseignant, écrivent-ils, peut être vu comme un jeu avec ses règles, ses protagonistes, ses enjeux et le rapport de forces qu’il suppose.Dans ce cadre, la séduction apparaît comme un élément incontournable, mais sa teneur s’avère problématique.L’enseignant qui chercherait à séduire en s'inspirant des stratégies retorses du Don Juan de Molière, du Johannes de Kierkegaard et du Valmont de Laclos trahirait sa mission.Socrate, Casanova et Schéhérazade représentent plus noblement l’idéal de la séduction en pédagogie.Pourquoi?Au contraire des premiers, ces derniers respectent les règles du jeu, ils visent à produire des effets sur la longue durée et, surtout, ils incluent l’autre dans le jeu au lieu de chercher une victoire par son exclusion.Gauthier et Martineau concluent leur très efficace excursion littéraire sur le mode socratique: «Le pédagogue enseigne à l’élève à se passer de lui.» Programme exigeant: une séduction qui exclut le narcissisme puisque l’objet du désir doit être le savoir, non le professeur.Les règles bafouées Denis Jeffrey ne dit pas autre chose, lui qui distingue la séduction diabolique (qui dépossède en possédant) de la séduction d’enchantement (qui suscite l’enthousiasme libérateur).Certains remettront sûrement en question la pertinence d’un tel engouement pour le concept de séduction.Jeffrey a le mérite de rappeler clairement cette évidence: l’évolution sociale récente, en ébranlant la position autoritaire du maître, oblige à une telle réflexion.Cela dit, cette relativisation a ses limites: «C’est de sa fonction autoritaire qu’un enseignant élabore ses stratégies de séduction.» Une telle entreprise comporte des règles: le respect de la mise à distance («ni tout à fait soumis, ni tout à fait libre par rapport à autrui»), la reconnaissance du pouvoir de chacun (le maître domine, mais l’élève n’est pas un esclave) et le respect de la dignité de chacun.Bafouées, ces règles entraînent des «défauts de fonctionnement» que Jeffrey illustre par six cas limites extérieurs au monde de l’éducation: «[.] l’absence de subjectivité (pornographie), le sujet pris dans une logique marchande (prostitution), le sujet devenu le jouet d’un autre (sadisme), le sujet qui-suspend délibérément ses désirs afin d'obéir aux ordres (armée), une quête de vérité sans ritualité (le théâtre de Sartre) et le sujet prisonnier — d’une fascination.» On fera les transpositions nécessaires pour comprendre les écueils qui guettent la relation pédagogique.Enfin, pour compléter le tableau des aspects éthiques de la séduction telle que vécue dans la salle de classe, il faut lire les sévères avertissements servis par Christiane Gohier sous le titre de Mise en échec de la séduction.Fervent plaidoyer en faveur de l’authenticité comme condition essentielle à une bonne relation pédagogique, ce texte insiste sur le fait que la séduction est grosse de dérapages potentiels lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’un engagement véritable.Instruits des dérives possibles de la séduction pédagogique mais néanmoins convaincus que nous n’échapperons pas à cette expérience, nous pouvons maintenant discuter des moyens.Claude Simard en propose trois catégories: les moyens relatifs à la personnalité (qui incluent la place du corps), ceux relatifs au langage (clarté, richesse, rythme) et ceux relatifs à l’esprit (le savoir qui éclaire).Plus loin, Poirier et Jeffrey tiennent cependant à refroidir les ardeurs paresseuses des chercheurs de trucs: «Les stratégies de séduction ne peuvent dépendre que de l’imagination de l'enseignant: il n'y a pas de recettes toutes faites.» L’héritage de Socrate Pas de recettes, donc, mais des modèles.Aline Giroux nous en offre un magnifique exemple en nous livrant une manière de nouvelle Apologie de Socrate en éducateur.Séducteur, le philosophe l’était jusqu’à la ciguë, si je peux me permettre ce jeu de mots douteux.Cela dit, à rebours des vendeurs d’illusions qui faisaient et font encore de l’éloquence un instrument d’asservissement des esprits, la figure socratique porte en elle la noblesse d’une séduction tout entière occupée à libérer ceux qui la reçoivent: «La maïeutique sème le trouble au sujet de soi-même et du sens de son existence: elle fait passer de l’inconscience dogmatique à la conscience de l’énigme que chacun est pour lui-même.» Magistrale relecture du Banquet de Platon, l’essai d’Aline Giroux trace le portrait d’un «entremetteur de la sagesse» qui savait que le savoir relevait d’un travail dialogique excluant une transmission banale du connaissant vers l’ignorant.Appelant à un réenchantement du monde qui vien- drait faire éclater le miroir aux alouettes de la raison instrumentale, Aline Giroux conclut son beau parcours en conviant l’éducateur au banquet socratique: «[.] il sait montrer la beauté du savoir et inspirer le désir de le chercher; il offre toutes sortes d'occasions de le rencontrer et de le fréquenter; au besoin, il s’en fait l’interprète; il soutient l'apprenant dans les moments de désappointement.Pour favoriser la désillusion libérante, pour que l'étudiant s’engage dans la quête de l’ultime objet de son désir de connaître, l’éducateur sait, en temps opportuns, parler et se taire, intervenir et disparaître.» La disparition socratique suit la présence et ne vise qu’à permettre à l’autre d’assumer sa propre présence à sol.Elle n’a donc rien à voir avec cette «décorporation du monde» que constate et critique l’anthropologue David Le Breton et dont la vogue de l’enseignement assisté par ordinateur est l’une des manifestations.Dans une réflexion passionnante qui ipvoque aussi bien L’Homme de sable de Hoffmann et L’Eve future de Villiers de l’Isle-Adam que le phénomène du cybersexe, Le Breton évoque la haine du corps érigée en culture dans une certaine tradition occidentale, et il s’inquiète de là fascination pour la machine («la séduction de l'androïde») qu’elle entraîne.Cette volonté d’effacement du corps étant liée, selon lui, à un refus, voire à une négation de l’Autre, elle lui semble contradictoire avec la finalité éducative: «La tentation de l’artifice est un chant de mort, elle est satis avenir, car elle n’est pas de l’ordre du corps et cherche justement hors de la condition humaine une perfection que le corps récuse pour l’enchantement du désir qui ne peut s’épargner l’épreuve du réel et la rencontre de l’altérité du visage.» Il y a, dans ce beau livre foisonnant d’intelligence, beaucoup d’autres réflexions à méditer.Une remarque s’impose toutefois avant de conclure: voilà un livre conçu par des théoriciens des sciences de l’éducation qui puisent abondamment aux sources littéraires et philosophiques.Que cela soit dit pour ceux qui affirment que cela ne se produit jamais: c’est peut-être trop rare, mais cela existe.On peut mépriser le discours pédagogique, et on ne se prive d’ailleurs pas de le faire dans certains cercles collégiaux et universitaires en érigeant le seul savoir disciplinaire en dogme, mais, ce faisant, on se prive d’un regard essentiel, même s’il est souvent critiquable, et jeté sur une activité dont dépend le sort du monde.La rentrée scolaire approche: peut-être aussi la grève.Je suggère qu’on profite de l’une comme de l’autre, le cas échéant, afin de secouer une apathie qui sied mal à des éveilleurs de conscience dont l’échec serait assurément suivie d’une catastrophe morale.louiscornellier@parroinfo.net Louis Cor ne II ie r ?* > fiti anthropologique» Sou* U direction de Clermont Gauthier «t Denis Jeffrey ^Enseigner séduire I.#* Presse* de I Univei site Laval ESSAIS ÉTRANGERS Hannah Arendt revue et corrigée par la psychanalyste LE GÉNIE FÉMININ Tome premier: Hannah Arendt Julia Kristeva Fayard, Paris, 1999,408 pages Disons-le d’emblée, c’est un peu déçu qu’on termine ce livre.A cause du titre, entre autres: Le Génie féminin.On aurait bien aimé se voir proposer quelques pistes de réflexion sur cette notion controversée.Des innovations littéraires, philosophiques, un regard original sur le monde, tout cela peut-il être attribué à la féminité?Pourtant, Julia Kristeva, psychanalyste et romancière française, avait ici de quoi s’inspirer l’itinéraire intellectuel de la philosophe allemande et juive Haqnah Arendt, réfugiée aux États-Unis dès le début de la Seconde Guerre piondiale.A sa décharge, il faut dire que Kristeva nous prévient dès l’introduction: «La question est légitime, et le titre de cet ouvrage le laisse entendre.Je ne souhaite pas y répondre pour commencer.J’ai entrepris cette réflexion avec l’hypothèse que je n’en savais rien, que ‘la femme” était une inconnue, ou du moins que je préférais ne pas définir ce qu’est une femme, pour laisser la réponse à la fin d’une patiente accumulation d’exemples.» Autrement dit, il faudra attendre les deux autres tomes qui composeront ce triptyque pour savoir à quoi le titre se réfère exactement.Après le direct à la télé ou sur Internet, voici l’intellectuel qui publie comme on place des «webcams» dans son appartement: «Suivez-moi, j’explore une hypothèse livel» C’est méchant, je le sais.On ne peut cependant lutter contre le sentiment qu’il y a quelque chose de gratuit dans l’aventure proposée par Kristeva.Aventure à travers le destin de grandes femmes du XX' siècle: Hannah Arendt, Alice Miller, Colette.Belle troïka de «féminités» intellectuelles, toutes différentes, singulières.Hors norme.Pourquoi ces choix?Quelques indices, tout au plus, en introduction.D’abord, ce siècle ne se résume pas seulement à la Shoah.Il fut aussi marqué par l'avancée des femmes.Et voilà «deux juives de langue allemande qui ont exploré en anglais, à New York et à Londres, la gravité de la politique et les frontières de l’humain; et une paysanne française qui rallume le feu des matérialistes et du libertinage sophistiqué».Mais laissons la chance à la «coureuse».Kristeva proposera peut-être, au terme de son investigation, des conclusions fracassantes sur le génie féminin.Rendez-vous dans trois ou quatre ans, au prochain siècle, qui sera, annonce Kristeva, un peu à la manière d’Aragon, «féminin, pour le meilleur et pour le pire».Arendt En attendant, il y a ce premier tome consacré à Arendt, philosophe en vogue: ce qui peut nuire à une postérité.D’ailleurs, beaucoup de choses ont été écrites sur elle au cours des dernières années.Penseur complexe (juive, mais ne parlant jamais au nom des siens), plongée dans les grands textes et les grandes questions.Ne négligeant pas pour autant l’actualité, signant plusieurs reportages dans des revues américaines, dont le plus polémique d’entre eux porta sur le procès Eichmann, au début des années 60 en Israël.Elle critiquait la «tribu» des philosophes, au point où, comme le rappelle Kristeva, elle se présentait elle-même comme une «journaliste politique» ou une «politologue».Arendt a laissé des ouvrages marquants sur le totalitarisme, établissant et développant un lien entre stalinisme et hitlérisme.Insistant sur la «nouveauté» de ces régimes politiques: la négation de la vie humaine.Autrement, ses thèses sur la «crise de la culture» ont eu un caractère toc-quevillien, c’est-à-dire prophétique.Dans le flot de textes et d’interprétations sur Arendt, plusieurs sont consacrés à son amour, jamais éteint, pour le philosophe Martin Heidegger, qui a adhéré pendant un temps aux thèses et au régime nazis.Pour ceux qui ont suivi les dernières publications sur Arendt, la lecture du livre de Kristeva, sur cette question, s’accompagnera d’une impression de Antoine R o bit aille déjà-vu.Par ailleurs, ceux qui voudront s’initier à la pensée d’Arendt risquent d’être un brin déroutés.Kristeva use de sous-entendus confondants, explique rarement le vocabulaire heideggerrien et embrouille parfois une pensée qui n’est déjà pas sans poser des défis, en insistant pour relier constamment biographie d’Arendt et évolution de ses idées, de sa thèse sur saint Augustin à sa mort en 1975.La vie Les thèses et les thèmes arend-tiens se trouvent ici présentés sous un éclairage particulier.Traverse ce livre le'contraste entre le mépris arendtien pour la vie biologique, consumériste, bref celle de l’espèce, et une autre acception du mot vie.Vie pleinement humaine dans la mesure où elle peut être narrée, prenant un sens au delà de la plate alternance des besoins et de leur satisfaction.Dans cette perspective, la nature humaine en laquelle croit Arendt ne peut se réduire à la biologie humaine (comme le chante Sting: «We share the same biology, regardless of ideology»).«Nature humaine», certes, mais laquelle?On ne peut parler d’Arendt sans aborder la question de la formation de l’être humain dans la cité, dans la pluralité humaine, dans l’espace public.Il y a une qoblesse du politique chez Arendt qui rappelle Aristote.L’être humain ne peut évoluer sans vivre hors collectivité.Il reste pour sa vie entière imprégné par sa collectivité particulière.Voilà peut-être une marque du génie féminin: en marge du pire carnage de l’histoire, la Shoah, une philosophe insiste sur le fait que chaque naissance ouvre des possibilités inédites pour l’humanité.Nulle surprise qu’elle ait éprouvé de l’enthousiasme pour les mouvements de mai 68 en Érance: les révolutions ressemblent à des naissances.Kristeva a le mérite de retracer les racines chrétiennes de la thèse arendtienne très connue.Trop briè- vement, elle l’extrapole, pour jeter une lumière inquiétante sur un phénomène contemporain: «Lorsque l’humanité parvient à programmer les naissances et à modifier le patrimoine génétique, faisant ainsi basculer le risque de la nouveauté dans l’automatisme, la question se pose autrement: est-il encore possible de laisser ouverts l’éclair de la surprise, la grâce du commencement?» La purification technique de la vie rendra-t-elle la pensée d’Arendt caduque?s’inquiète justement Kristeva.En somme, on redécouvre Hannah Arendt dans ce livre touffu, qui n’est sans doute pas sans mérites.Il aurait seulement été préférable que Kristeva se mette un peu en retrait, en ne déplorant pas à chaque chapitre les réticences d’Arendt pour la pensée psychanalytique.Autrement dit, ce premier tome sans conclusion mais doté d’un bel index est intéressant tout au plus.Il ne relève pas du génie, qu’il soit féminin ou autre.Attendons la suite.Julia Kristeva Le génie féminin Tome premier Hannah Arendt HISTOIRE Hannah Arendt, Juive avant tout HANNAH ARENDT, UNE JUIVE Martine Leibovici Desclée de Brouwer, collection Midrach, Paris, 1998,484 pages HANNAH ARENDT ET KURT BLUMENFELD Correspondance 1933-1963 Desclée de Brouwer collection Midrach Paris, 1998,346 pages N AÏ M KATTAN De son vivant et bien après sa mort, la réflexion de Hannah Arendt sur la politique n’a cessé de susciter commentaires et polémiques.Née à Hanovre en 1906, Arendt a vécu à Konigsberg, puis a fait des études à Marburg avec Heidegger, à Heidelberg avec Jaspers et à Fribourg avec Husserl.En 1928, elle soutient une thèse de doctorat sur le concept d’amour chez Augustin et commence à écrire dans les journaux.En 1933, les nazis sont au pouvoir et elle est arrêtée pour «propagande calomnieuse».Elle réussit à fuir en France où elle devient secrétaire générale de l'Aliyah Hanoar auprès de l’Agence juive et s’occupe de l’émigration des jeunes juifs en Palestine.En 1941, elle est arrêté en France occupée.Elle réussit à s’enfuir aux États-Unis où elle vivra jusqu’à sa mort en 1975.Une identité complexe Quand on lui demandait: qui êtes-vous?Elle avait l’habitude de répondre: une Juive.Dans sa remarquable étude qui est aussi un excellent résumé de sa pensée, Martine Leibovici cherche à élucider le sens de cette réplique.Même si l’œuvre d'Arendt n’a, en apparence, rien de subjectif, elle est marquée non pas tant par son identité que par le rapport qu’elle en- tretient avec cette identité.On peut même avancer que tous ses écrits sont, de près ou de loin, irne tentative de comprendre ce qu’implique l’affirmation d’être juive.Disons tout de suite, qu’Arendt aurait pu aussi bien se décrire comme Allemande et si elle se voulait telle, se voyait telle, ce n’était pas l’image que lui renvoyait d’elle-même la société allemande.Si l’Aufkldrung a émancipé les Juifs, ce fut davantage une intention, voire une prétention, qu’une réalité.Dans son premier ouvrage: Rahel Varnliagen, Arendt est allée aux sources, en commençant par le commencement.A l’époque du romantisme, la Juive Rahel Varnhagen tenait un salon fréquenté par les écrivains et les artistes les plus en vue de l’époque.Arendt décrit l’acharnement de cette femme à vouloir s’assimiler à une société qui la renvoyait à sa marginalité, alors que l’élite intellectuelle et artistique profitait de son hospitalité.D’après Arendt, il n’existait pour les Juifs allemands que deux moyens d’accéder à la société: soit être parvenu, soit être paria, ce qui, dans tous les cas, supposait de rester en marge.Hannah Arendt, quant à elle, choisit délibérément l’état de paria car, en la mettant à distance de la société, cette situation lui donnait la liberté de l’analyser et celle d’affirmer, du coup, son indépendance, au besoin sa dissidence.Chacune des interrogations de Arendt aboutit à un ouvrage: L’Antisémitisme, la Révolution, la Condition de l’homme moderne, l’Impérialisme, le Système totalitaire, la Crise de la culture.Livres marquants où elle tente de démonter les mécanismes politiques et sociaux du pouvoir, et y réussit souvent Les racines de l’antisémitisme Issue de la modernité et renforcée par la technologie, la société de masse VOIR PAGE I) 5: JUIVE (Bouquinistes du $aint-Jjgurml A Québec Une grande fête juste pour lire , Terrasse Dufferin, jusqu'au 8 Des milliers de livres introuvables ailleurs.en collaboration avec £SS££2LE devoir • 1 prolongation jusqu’au 15 août a
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