Le devoir, 27 novembre 1999, Cahier D
L E I) E V 0 I R , I.E S S A M E I) 1 2 7 E T I) I M A X C 11 E 2 S N 0 V E M B B E I !> !» il ?Le ~ Lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 4 Roman américain Page D 6 ?Michèle Gazier Page D 7 Formes Page D 10 Vie littéraire Les solitudes abolies SHERRY SIMON Quand il est question de la littérature de langue anglaise au Québec, est-ce l’image de Mordecai Richler qui surgit en premier devant vos yeux?Si c’est le cas, un sérieux travail de rééducation vous attend.Plusieurs générations d’écrivains de langue anglaise ont eu le temps de s’ajouter à celle de Mordecai et de prendre des positions idéologiques et esthétiques à mille lieues de celles de notre polémiste national.La vitalité de la scène littéraire anglo-québécoise se lit dans le nombre de livres soumis au prix QSPELL (Quebec Society for the Promotion of English Language Literature) cette année et qui sera décerné lundi: presque cent livres dans cinq catégories.Mais également dans la diversité des genres et dans l’envergure des œuvres.Parmi les finalistes, plusieurs auteurs de réputation nationale, sinon internationale.C’est le cas pour les poètes Erin Mouré, D.G.Jones et Bruce Taylor, les écrivains Elyse Gasco, Neil Bissoondath et Trevor Ferguson (alias John Farrow), les traducteurs Sheila Fischman, Don Winkler et Patricia Claxton, et la mémorialiste (et peintre) Jori Smith.Quand on ajoute à cette liste les noms d’autres écrivains anglo-québécois actifs sur la scène actuelle — Gail Scott, Robert Maj-zels, David Homel, Iinda Leith, Tess Fragoulis, Claire Rothman, George Szantos, Anne Carson, Mary di Michele, Michael Harris —, il est clair que la voix littéraire anglo-québécoise se fait de plus en plus riche et nuancée.L’apport le plus frappant de cette génération d’écrivains anglo-québécois est sans doute sa façon de réécrire la ville.La littérature anglophone se trouve de plus en plus à l’aise dans le Grand Montréal, d’ouest en est Plusieurs auteurs, dont Gail Scott et Robert Mazjels, ont créé des structures narratives inédites pour raconter Montréal et ses langues.Ils ont montré qu’écrire en anglais à Montréal, c’est rester ouvert à la présence du français dans la ville, être attentif aux dissonances créées par la rencontre des langues.Dans chacun de ses romans (Heroine, Les Fiancées de la Main et My Paris, ce dernier titre non encore traduit en français), Gail Scott invente un tissu langagier à la fois dense et délicat qui traduit la rencontre entre une femme et une ville.C’est dans la structure même de la phrase que cette relation sera nouée.Majzels emprunte des formes plus baroques.City of Forgetting réunit une bande de personnages comprenant Maisonneuve, le Corbusier et Clytemnestre, tous «squattant» le mont Royal et infusant aux rues de la ville leurs paroles et leurs mémoires croisées.Parmi les finalistes du prix QSPELL cette année, on retrouve ce désir de traverser la ville et ses langues.Le premier roman enjoué de Jeffrey Moore, Prisoner in a Red-Rose Chain, est plein d’esprit linguistique, y compris de jeux de mots bilingues.Ce roman comique, hanté par l’esprit shakespearien, se promène le long du boulevard Saint-Laurent et traverse allègrement la frontière des langues.Sous un tout autre mode, le best-seller City of Ice, de John Farrow (pseudonyme de Trevor Ferguson), circule dans la ville pour traiter de rapports entre motards et policiers dans la métropole du crime.La poète Erin Mouré incarne tout à fait les nouvelles qualités de l’écriture anglo-québécoise.A Frame of the VOIR PAGE D 2: SOLITUDES wssm mm itttOdSftp?HS wsmmÊ mm oum'.til Allimuï fniiifititi; Twiiulu ÏVÜ1RÜ1' imluuit 'ilBÏt'i.PfiUÜ.44 w Æ Le lecture serait-elle en train de muter?Lors de chaque changement de supports (tablette, rouleau, codex, écran), c’est, dit-on, ce qui se produit.Notre rapport au savoir serait actuellement bouleversé par l’immixtion des puces, des ordinateurs et du numérique dans toutes les dimensions du traitement de l’information.Mais que gagnons-nous, que perdons-nous, drms cette révolution?ANTOINE ROBITAILLE Je ne suis pas catastrophiste», affirme Christian Vanden-dorpe, qui publiait récem-Boréal Du papyrus à l’hyper-texte, essai sur les mutations du texte et de la lecture.Pour autant, le professeur au département de lettres françaises de l’Université d’Ottawa ne voit pas dans le plus récent avatar du texte, l’hypertexte, la réalisation de quelque utopie textuelle.Difficile de classer Christian Van-dendorpe, dans un débat où nous autres, journalistes, cédons souvent à la paresse qui consiste à opposer les cassandres de quelque «cyberapoca-lypse» aux utopistes du «nirvanet».Ceux-là qui, en l’occurrence, pleurent la mort du livre — souvent annoncée, sans cesse différée: le dernier Salon du livre de Montréal l’a bien montré! — et ces autres, promettant des lendemains qui chantent grâce à l’hypertexte, grand libérateur des affres de la linéarité.De ce point de vue, Christian Van-dendope décevra les tenants des deux positions extrêmes avec cet ouvrage, au demeurant superbe.Toutes les leçons que tire l’auteur sur la lisibilité semblent y avoir été appliquées.La forme vient appuyer le fond pour relayer le message.Rédigé à l’origine sur un outil de création hypertextuel-le, Du papyrus à l’hypertexte se présente ainsi sous la forme d’une succession de courts chapitres marqués par une grande érudition, tout en étant écrits dans une langue agréable et accessible.À l’origine, l’auteur pensait publier ces textes sur la Toile.Mais parce que c’est encore par le truchement du livre que l’on peut mener cette réflexion auprès à'«un public vraiment large», il a choisi de les proposer à un éditeur après les avoir adaptés au support du papier.Mais qu’est-ce que l’hypertexte?Selon Vandendorpe, il s’agit d’une façon «de relier directement entre elles des informations diverses, d’ordre textuel ou VOIR PAGE D 2: ROI CM I il S Tout ce 2000 oir kir comprendre le Québec d’aujourd’hui Rétrospective du XX* siècle québécois René Uinocimi, I’mjl- \ndrf.Livreur, Gilles Marcotte ki JkwJaciji es Simard Un panorama complet, illustré et chiffré Une rétrospective des événements marquants Une analyse des grandes tendances sociales, démographiques, culturelles et économiques Un survol de l’actualité dans toutes les régions du Québec Un dossier spécial sur l’évolution de la famille, du couple et du mode de vie des Québécois Le point sur deux débats de l’année : le modèle québécois et l’identité québécoise En vente chez votre libraire > A1C LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 1 O D !» Livres SUITE DE LA PAGE D 1 Book est le neuvième recueil de cette poète majeure.Comme dans ses oeuvres précédentes, c’est l’énergie de la parole qui étonne chez Mouré.La phrase poétique est toujours le lieu de l’imprévu, un déploiement explosif de langues et de formes d’expression.Questions, commentaires, méta-com-mentaires se disputent et menacent à tout moment les cadres de l’identité.Chez Mouré, l’humour est souvent de la partie, le mélange des langues aussi.Par la présence du français et de l’espagnol dans son texte, par l’utilisation de la typographie, Mouré offre une perspective toujours décentrée sur les systèmes de signification.Dans Putting Down Roots.Montreal’s Immigrant Writers, Elaine Kalman Naves nous conduit dans quelques coins peu familiers de la vüle littéraire.On y rencontre des auteurs de traditions et de langues diverses, parfois inconnus de leur public immédiat (mais célèbres ailleurs), écrivant en anglais et en français, ou en langues du sous-continent indien, en arabe, en espagnol, en hongrois, en yiddish.Le livre prend son origine dans une série de chroniques parues dans The Gazette, entre 1994 et 1997, et conserve son ton plutôt journalistique.Fait à noter: une tradition de plus en plus forte d’écrivains immigrants choisissent le français comme langue d’expression (Ying Chen, Marco Micone, Antonio d’Alfonso, par exemple).Il s’agit là d’une nouveauté (presque) absolue par rapport à ce qui se faisait il y a une trentaine d’années.Charlevoix County, 1930, dejori Smith, est une œuvre singulière.Ecrite par une femme aujourd’hui âgée de plus de 90 ans, le livre est retenu au QSf PELL dans la catégorie «premier livre» autant que dans la catégorie «non-fiction».D s’agit des mémoires, rédigées il y a une vingtaine d’années, de cette peintre aujourd’hui célèbre (et amie de Gabrielle Roy), qui, à l’âge de 23 ans, SOLITUDES avec son mari Jean Palardy, s’installe dans la région de Charlevoix.Les mémoires portent sur la période 1930-1936, où le jeune couple élit domicile dans différents endroits de la région et partage la vie des habitants, encore fort exotiques à l’époque, surtout pour cette jeune fille qui parle à peine le français.Le récit de Smith est enjoué et sensible.On sent tout l’enthousiasme qui anime le couple.D y a un bel équilibre entre le côté ethnologique du récit et la subjectivité de l’auteure.Le langage est souvent fort beau, limpide et simple, à l’image des scènes «charmantes» qui ont tellement séduit le groupe d’artistes-ethnologues dont faisaient partie Jori Smith et Jean Palardy.Can You Wave Bye Bye, Baby?, d'Ely-se Gasco, est un premier recueil très remarqué par la critique.Ce volume de nouvelles porte sur un thème unique: l’adoption.Le ton irrévérencieux du titre traduit bien la franchise des nouvelles, leur regard peu complaisant.Les sept nouvelles sont écrites à la deuxième personne mais empruntent chaque fois une perspective nouvelle sur les relations entre parents et enfant Les métaphores qui défilent en cascade introduisent un ton très émotif Entre traduction et écriture L’année dernière, on a ajouté aux quatre catégories des prix littéraires QSPELL (fiction, non-fiction, premier livre, poésie) un nouveau prix pour la traduction.Le geste était indiqué.D y a, en fait, un rapport étroit entre traduction et écriture pour cette communauté frontalière.On se rappelle que l’écrivain anglo-québécois se double souvent d’un truchement, se mettant au service de l’autre langue, tout en s’inspirant des œuvres qu’il traduit.Robert Majzels a traduit deux romans de l’importante écrivaine acadienne France Daigle, Gail Scott le roman de France Théorêt intitulé Laurence.Le romancier David Homel, bien connu dans les milieux littéraires francophones — son troisième roman, L’Evangile selon Sab- GROUPE Renaud-Bray !] — Ljk TpÂLMAIR]] ÜFvv ( *4-L du 18 au 24 nov.1 meaip— 999 {y 1 ROMAN Autobiographie d'un amour 8 Alexandre Jardin Gallimard 2 HISTOIRE 100 ans d'actualité 1900-2000 3 Collectif La Preëse 3 CUISINE Le guide du vin 2000 3 Michel Phaneuf L'Homme 4 PSYCHO.Les manipulateurs sont parmi nous * 107 I.Nazare-Aga L'Homme 5 JEUNESSE 1 Maria S.Bardo Scholastic 6 FINANCE Votre vie ou votre argent?137 Dominguez & Al Logiques 7 B.D.2 Roslnsky & Al Lombard 8 ROMAN Q.Hôtel Bristol New York, N.Y.2 M.Tremblay Leméac 9 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) * 10 Henriette Major Fldes 10 BIOGRAPH.La prisonnière 27 M.Oufklr Grasset 11 ROMAN Stupeur et tremblements v 13 Amélie Nothomb A.Michel 12 JEUNESSE Harry Potter à l'école des sorciers « 52 J.- K.Rowling Gallimard 13 SPIRITU.L'art du bonheur * 36 Dalaï-Lama R.Laffont 14 ROMAN Je m'en vais (Prix Goncourt 1999) » 6 Jean Echenoz Minuit 15 ROMAN Q.Les émois d'un marchand de café 7 Y.Beauchemln Q.-Amérique 16 PSYCHO.À chacun sa mission 2 J.Monbourquette Novalls 17 ROMAN Un parfum de cèdre * 8 A.-M.Macdonald FtammerionQ.18 GESTION Dépensez tout, vivez heureux 6 Stephen MPoten Cherche-mldl 19 BIOGRAPH.Des femmes d'honneur T.03 3 Lise Payette Libre exprès.20 ROMAN Q.Gros mots 5 Réjean Ducherme Gallimard 21 LOISIR Le guide de l'auto 2000 8 Duval / Duquet L'Homme 22 POLAR Le dernier coyote # 4 M.Connelly Seuil 23 NUTRITION Une assiette gourmande pour un cœur en santé 3 Collectif Institut de Cardiologie 24 JEUNESSE Harry Potter et la chambre des secrets » 28 J.- K.Rowling Gallimard 25 MÉDECINE Un vétérinaire en colère * 6 Charles Danten VLB 26 PHOTOGRA.Les 100 photos du siècle 21 Marie-M.Robin Chêne 27 ROMAN 0.La petite fille qui aimait trop les allumettes • 56 Gaëtan Soucy Boréal 28 PSYCHO.Le harcèlement moral 56 M.- F.Hlrlgoyen Fidlon 29 ROMAN Geisha v 41 A.Golden Lattes 30 ESSAI L'Etat du monde 2000 6 Collectif Boréal 31 ROMAN Le rapport Gabriel 9 J.D'Ormesson Gallimard 32 SPIRITU.Le grand livre du Feng Shui * 6 GUI Haie Manlse 33 GESTION Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu'ils entreprennent « 204 Stephen R.Cœy First 34 POLAR Death du jour 4 Kathy Reichs R.Laffont 35 ESSAI 0.L'année Chapleau 1999 2 Serge Chapleau Boréal 36 ESSAI Q.2 Bouchât* Lacont» Boréal 37 B.D.2 Tome/Janry Dupuis 38 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.1 » 140 N.Walsch Ariane 39 BIOGRAPH a Mon voyage de pêche 6 J-M Lapointe Stanké 40 BIOGRAPH.2 Coelho / Arias Anne Carrière 41 HUMOUR Mots de tête 9 Pierre Légaré Stanké 42 CUISINE Les sélections du sommelier, Éd.2000 4 F.Chartier Libre Exprès.43 CUISINE Sushi * 6 Ryulchi Yoshii Soline 44 CUISINE 2 Richard Heller Pengiin Books 45 ESSAI 24 heures à l'urgence 3 Dr.Patenaude Q.- Amérique • Caps de co sur Renaud-Bray HH 1 ère semaine sur notre hste NOMBRK DH SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION ÙLëcouvrez notre nouvelle succursale au coeur du filage » 1155, rue Ste-Catherine Est (angle Wolfe) Montréal H2L 2G8 bitha, vient de paraître en traduction française —, est un traducteur prolifique dont la plus récente traduction est Olivo, Oliva, de Philippe Poloni.Linda Leith, romancière et coordonnatrice de l’important Festival littéraire international Métropolis bleu, tenu à Montréal, a récemment rendu en anglais le très attachant Voyage avec un parapluie, de Louis Gauthier.Et le poète D.G.Jones, finaliste dans la catégorie «poésie» des prix QSPELL cette année, a traduit un grand nombre de poètes québécois, dont Paul-Marie La-pointe, Gastop Miron, Normand de Bellefeuille et Emile Martel.Participer au va-et-vient entre la création et la transmission littéraires est pour l’écrivain anglo-québécois source d'enrichissement.Ce rapport facilite l’émergence de genres hybrides, tels que le texte expérimental de Gail Scott, qui a subi l'influence des auteurs de la modernité québécoise.Les noms des finalistes dans la catégorie «traduction» cette année (du français vers l’anglais, l’inverse en années alternantes) n’étonneront personne: Sheila Fischman, Don Winkler et Patricia Claxton nous donnent depuis de longues années des œuvres sensibles et justes.L’identité de la littérature anglo-québécoise n’a pas fini de se transformer.Au cours des dernières années, la communauté s’est donné un réseau de structures de soutien: fondation de la Quebec Writers Federation en 1998 (à la suite de la fusion de deux organismes existants), la publication du Montreal Review of Books deux fois l’an et l’excellente revue Matrix, fondée par Linda Leith et désormais publiée à l’université Concordia (où on lit les textes de la jeune relève), l’organisation sur les scènes montréalaises de soirées de poésie en performance («Spoken Word»), les ouvrages publiés par Véhicule Press, lectures bilingues, comme la très populaire «Write-pour-écrire».Ces activités expriment le désir de la communauté littéraire anglo-québécoise d’habiter pleinement le territoire du Québec et de se nourrir au contact de la ville francophone.Sherry Simon est critique littéraire et professeur à l’université Concordia.ROI L’être humain souhaite parfois de la linéarité non, situées ou non dans un même fi-chier [informatique], à l’aide de liens sous-jacents».Autrement dit, c’est ce type de lecture que nous frisons spontanément sur un cédérom, un DVD ou sur la Toile, quand le frit de cliquer sur des mots soulignés nous fait nous déplacer d’un lien à l’autre, au gré de nos interrogations.La lecture en hypertexte serait donc tout sauf «linéaire».Dans une logique li-néraire, œil et esprit sont conscrits dans un ordre préétabli par un auteur qui vous mène finalement par le bout de la rétine.Les critiques frites à la linéarité sont nombreuses et ne datent pas d’hier, puisqu’elles sont contemporaines de celles frites à l’autorité, dans les années 60.Les McLuhan et Derrida les avaient formulées à leur manière.«Linéarité» serait gosso modo une sorte de violence frite au lecteur.Voire à l’humain, si l’on en croit l’anthropologue Pierre Maranda, de l’Université Laval, selon qui la linéarité réduit nos potentialités en nous réduisant à une «bidimention-nalité»: l’avant et l’après.Fort de l’observation de sociétés sans écriture, celui-ci prétend que les êtres humains traitent naturellement les informations selon un schéma parallèle: «On voit quelqu’un, on le sent, on peut le toucher, on l’entend, on peut le goûter; nos perceptions sont en parallèle.Cependant, quand on pense comme une personne lettrée, on pense en séquence.» Pour Maranda, l’ordinateur permettra de redonner vie à la pensée multidi-mentionnelle; c’est pourquoi il travaille au projet d’une encyclopédie hypermé-dia de l’Océanie avec une équipe internationale de chercheurs.À bas les frontières L’hypertexte ouvrirait des avenues de liberté.«L'écran informatique est une nouvelle machine à lire», estime Pierre Lévy, philosophe qui enseigne à l’Université du Québec à Trois-Ri- LECTURE Le Noroît et la relève CARTE BLANCHE À PAUL CHAMBERLAND Poètes invité-es David Cantin Germaine Mornard Nicole Richard Dimanche 28 novembre, 15 heures Librairie Gallimard 3700, rue Saint-Laurent, Montréal, H2X 2V4 Tel : 514-499-2012 www.renaud-bray.com ALBUM DISPONIBLE MAINTENANT txxr Réjean Bouchard Gaston Miron Denise Boucher Gilles Carie Willie Lamothe Gilles Bélanger François Guy Pierre Létourneau Michel Robidoux Réal Voilant Chantale Bellefleur Roger Paré « Chloé Sainte-Marie.une voix de mohair, la fusion parfaite du cantique, de la poésie et du western.» MARIE VALLERAND, CBV BONJOUR « La surprise de l’automne!» VALÉRIE LETARTE, RADIO-CANADA C'EST BIEN MEILLEUR LE MATIN « Je pleure, tu pleures est étonnant.» MANON GUILBERÎ, JOURNAL DE MONTRÉAL « C’est beau, c’est infiniment beau.» SYLVAIN CORMIER, LE DEVOIR « Difficile de trouver quelque défaut à ce nouvel album.» JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, LA PRESSE vières.Machine qui suppose des lecteurs plus actifs que ceux confrontés à l’imprimé, plus autonomes aussi.Selon Lévy, l’écrit sur écran, avec lliypertex-te et les réseaux, est désormais «un texte mobile, kaléidoscopique, qui présente ses facettes, tourne, se plie et se déplie à volonté devant le lecteur».Dans cette perspective, les frontières entre lecture et écriture sont de moins en moins nettes, en même temps que les deux subissent une mutation profonde.Pour Christian Vanden-dorpe cependant, on a idéalisé les vertus de lliypertex-te, qui peut parfois se muer en un «zapping fou et superficiel».Peut-être en a-t-on aussi exagéré la nouveauté.Les encyclopédies et les dictionnaires fonctionnent selon ce modèle depuis longtemps.Les manuels d’instruction aussi.Mais cette logique propulsée par la technique en a fait rêver plusieurs.«On a vu au début des années 90, raconte Vandendorpe, des enthousiastes de l’hypertexte segmenter n'importe quel document pour l’adapter au nouveau média.» Or, Vandendorpe n’hésite pas à dire que l’être humain souhaite parfois de la linéarité.«C'est souvent un plaisir de s’immerger dans un fil narratif au cinéma, dans un roman-fleuve.Ça nous rapproche des conteurs primitifs.Les nouvelles pistes non linéaires n’élimineront pas le reste.Hy a delà place pour les deux.» Souvent, insiste-t-il, les gens veulent savoir qu’ils sont guidés et désirent qu’on leur dise où ils se dirigent.«J'ai vu des jeunes se fâcher devant des cédérom éducatifs où aucune indication n’était donnée à l’utilisateur quant au cheminetnent qu’on pouvait y faire.» Maître et lecteur Reste que l’apparition et le développement de l’hypertexte coïncident avec une montée de l’individu.Le lecteur, souvent, refuse de se plier à un ordre extérieur à lui-même.11 veut être un sujet.Autant que possible, il veut participer au processus.On en veut pour preuve, avant même l’invention du Web, la popularité de phénomènes aussi divers que les jeux vidéo, la possibilité de recherches par mots clés et la prolifération des index permettant au lecteur d’aller droit au but.Dans la littérature jeunesse, on a même assisté à l’avènement, analysé par Vandendorpe, de ces «livres dont vous êtes le héros» où le lecteur joue un rôle dans le déroulement de l’histoire.Quel avenir pour le livre et la lecture?Serait-ce la «fin du livre»?Pierre Lévy éclate de rire lorsqu’on évoque cette éventualité: «Le livre n'est qu’un support! Ce qui m'importe c’est le texte.Or, moi, ce que j'observe, c’est un extraordinaire développement de la culture du texte.» C’est souvent parce qu’on a confondu la «fin du livre» avec la «fin de l’imprimé» ou, pire, la «fin du texte» que le débat sur le sujet a été mal engagé dans les dernières décennies.«Depuis qu’ils disposent d’ordinateurs, les Américains produisent et consomment plus de papier imprimé que jamais», écrivait Robert Darnton dans The New York Review of Books, en mars dernier.Permanence du codex Par ailleurs, ce qui rend l’avenir difficile à prévoir en la matière, c’est l’infinie malléabilité de l’ordinateur, qui peut à toutes fins utiles revêtir la forme que l’on désire.Or, le modèle dominant de la présentation du texte sur l’ordinateur c’est, de plus en plus.celui du livre.Selon Vandendorpe, «le modèle du codex [autrement dit le livre] est en train de coloniser l'informatique davantage que l’inverse».D frit remarquer que les, logiciels Word et Acrobat imitent les.formes du codex.Et sur Internet, on cherche à reproduire le plus parfaite-, ment possible les éléments d’un livre normal: marges, colonnes, pages, ta-, bulation, table des matières.Il serait donc possible que, dans les prochaines années, l’on clame: «Le livre est mort, vive le codex!» Et si cette propension à imiter lé livre n’était redevable qu’à une vieille habitude appelée tôt ou tard à disparaître?Nous serions en quelque sorte comme ces premiers lecteurs de codex qui ont eu, selon l’historien Roger Chartier, un mal fou à se détacher de la tradition du rouleau.Mais Vandendorpe insite: la durabilité du codex ne reposera pas sur quelque atavisme cul turel: «Le modèle du codex est un modèle très raffiné.» Il fut constamment amélioré pendant plus de cinq siècles et correspond finalement à une forme de présentation du texte qui répond aux exigences de tout lecteur humain.Raffinement qui se poursuit avec l’introduction d’outils informatiques.Est-ce à dire qu’on lira demain sur écran?Tout le monde le dit: cette pratique ne plaît pas beaucoup.Robert Darnton cite Bill Gates, chantre de l’informatique, qui le reconnaît; «Même moi, qui puis disposer d’écrans sophistiqués et coûteux et qui me flatte d’être un pionnier du Web lifestyle, j'imprime tout dossier dès qu'il dépasse les 45 pages et j’aime prendre avec moi des tirages papier pour les annoter.La technologie a encore beaucoup d’obstacles à su monter pour atteindre un tel: degré de commodité.» Christian Vandendorpe croit qùël l’on réussira un jour à inventer des: livres à «encre électronique», qui combineront tous les avantages du codex traditionnel (portativité, présentation du: texte sur deux pages) et de l’édition: électronique.Ds seront plus légers qüfr les livres actuels et on pourra y télé-: charger les textes.Nulle guerre sans merci, par cotisé:; quent, entre l’électronique et le livre, Se dessine plutôt, au sens où l’entend Vanderdope, une douce transition vers la coexistence et l’hybridation des supports.mm |.| une lecture que je conseill pour son originalité, sa dérision et cette éternelle question qui revient sans cesse : comment changer le monder Danielle Laurin, MittLunc lin foyer LEMEAC L E DEVOIR.L E S S A M EDI 2 7 E T I) I M A N (' Il E 2 8 X 0 V E M B R E 1 !) » !» I) 3 Livres ROMANS QUÉBÉCOIS Une vie en friche JARDIN ET PRAIRIE Alison Lee Strayer Leméac Éditeur Montréal, 1999,254 pages Ce premier récit d’Alison Lee Strayer, née à Regina mais Montréalaise depuis vingt ans, qui est traductrice et scénariste de métier, aurait pu n’être qu’une mouture saskatehewanaise du Cantique des plaines de Nancy Huston; un autre hommage, moins grandiose que l’autre, que rend un personnage de femme à ses origines, à ces plaines si lointaines dont, nonobstant tout parti pris politique, nous sentons bien qu’elles font partie d’un autre pays, voire d’un autre monde.Les deux livres, en effet, ne sont pas sans parenté.La narratrice de Jardin et prairie, qui a les mêmes coordonnées que Strayer, va évoquer ces vastes Prairies canadiennes où «c'était la terre qui dominait la ville» et non l’inverse, comme à Montréal ou dans toute grande ville; elle va raconter ses rapports privilégiés, non pas avec un grand-père mais avec sa grand-mère maternelle, incarnation de ses propres racines et à ui elle va rendre hommage.Le livre e Strayer est donc lui aussi le récit du retour aux sources ému d’une migrante de la vie.Mais il n’a rien d’un pastiche déguisé.Prairie et jardin a ses accents propres, où l’auteure a sûrement mis une part importante de sa propre sensibilité et, sans doute, certains souvenirs personnels.Dérives vers l’Ouest La narratrice, dont nous ne connaîtrons pas le nom — même ses proches ne le prononcent jamais — tant son identité paraît problématique, reprend à son compte une phrase du peintre Giacometti, imaginant un instant l’Ouest de sa jeunesse comme le modèle de sa vie, et l’Est comme le tableau qui lui doimerait forme.Le premier serait le sujet et l’autre l’œuvre: à l’origine, la vie brute, puis, avec le temps, le recul de la réflexion, de la création, véritable travail de deuil sans lequel la vie ne peut continuer et faire sens.Cette petite-fille de la plaine est cependant une citadine d’origine et d’adoption qui cherche dans les villes des «jardins», des espaces intimes, ou du moins clos, pour y réfléchir et peut-être se retrouver.Elle décrira heureusement peu Regina, qui doit ressembler à la Winnipeg dont le géographe Luc Bureau disait à peine ironiquement, il y a quelques années, dans La Terre et moi, qu’elle est de ces villes si dépourvues de substance, de vie propre, qu’il faudrait la traverser à deux cents kilomètres à l’heure pour y ressentir une certaine «densité»! La narratrice se sentira tout au plus réconfortée dans un centre commercial — c’est dire! —, «émerveillée par cet endroit où presque rien n’était vivant, organique».Quant à Montréal où elle travaille et où elle a quelques amis, c’est essentiellement ici un lieu de promenade dont elle affectionne les rues animées, plus précisément un terrain vague qui lui sert de refuge.Dans ce lieu «sans mémoire», au diapason de sa propre humeur, elle se sent chez elle, car «il y a une fertilité dans cet endroit, ne serait • Félicitations au lauréat du prix Athanase-David 1999 Œuvres disponibles A L'Age de la parole La Main au feu Forêt vierge folle Temps et Lieux III u mi nu res I ! • l’HEXAGONE TYPOll détachement des souvenirs sans lequel il lui était malaisé d’avancer dans la vie.Le deuil de sa jeunesse et de ses origines va plutôt s'incarner dans la personne de sa grand-mère maternelle — née elle-même au Nouveau-Brunswick — avec qui elle se sent une connivence profonde.Cette femme qui n’a apparemment rien accompli de remarquable, qui n’avait pas une personnalité hors du commun, était surtout solide, habile de ses mains, chaleureuse; sa petite-fille la voit peu à peu comme une intermédiaire entre elle et «cette terre trop vaste, trop lumineuse et trop vivante» qui la laissait démunie.Elle est bien davantage qu'un tendre souvenir: «Puisque aucune grand-mère ne lui succéderait, je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu 'elle faisait partie de l’avenir.Cétait une amie, une âme sœur.» La narratrice du récit de Strayer se sent d’ailleurs profondément attirée vers les liens anciens.Elle retournera au foyer où sa grand-mère a vécu ses dernières années et où elle a l’impression de s’être trouvé une famille, «même une sorte de pays».Pourquoi un tel attachement?«Est-ce que les vieux n’étaient pas pour moi une sorte de garantie d'étemelle enfance?fêtais en leur présence comme une journée d’été sans fin, devant une immense page blanche entièrement pour moi.» Autrement, cette femme effacée, anonyme, qui dit être entrée dans l’âge adulte par la découverte de «l’amour-crépuscule» qui se nourrit de privations plutôt que de plénitude, a sans doute souffert de solitude.D y a eu quelques hommes dans sa vie, qui ne sont restés que brièvement auprès d’elle.Ses deux frères, elle ne les voit pratiquement plus.Restent ses parents, avec qui elle va passer une semaine dans le chalet familial dans la région de la Gatineau: ils sont le second deuil que doit vivre cette femme, car même si elle vit loin d’eux depuis des années, elle ne s’est jamais libérée de leur tutelle morale, de celle de la mère surtout, une femme sèche pour qui l’ordre et le bon sens passent avant tout Une étroite connivence S’il est une présence constante et ré- LIVRES ANCIENS ET MODERNES • Achat • Vente • Expertise 4 BOUQUINERIE SUINT-DENIS 4075.rue St-Denis (angle Duluth) Achats à domicile (514) 288-5567 confortante dans la vie de cette femme, c’est l’œuvre de Gabrielle Roy, enfant des Plaines elle aussi, dont elle faisait la lecture à sa grand-mere.Elle reprend d’ailleurs à son compte des phrases de la grande romancière, lesquelles sont signalées par des italiques.Elle est si pénétrée de ces textes qu'ils font partie intégrante de son propre imaginaire.L’œuvre la fascine, mais également la femme, qu’elle accompagne en lisant son autobiographie inachevée, La Détresse et l’Enchantement, de même que le Gabriel Roy.Une vie, de François Ricard, paru en 1996 chez Boréal.La narratrice de Prairie et jardin se sent en quelque sorte portée par cette écrivaine qui a su si bien saisir dans son écriture la vivacité de certains moments du passé, et par cette femme qui a eu la force de s’arracher à sa famille — quitte à passer pour ingrate et égoïste — pour vivre sa vie comme elle l’entendait.Elle l’admire et l'envie d’avoir su installer entre son passé manitobain et sa vie d’adulte la distance de l’écriture: elle sent qu’il y eut là, tout à la fois, ime entreprise d’appropriation, d’apaisement et, sans doute, de détachement.Pour autant, le personnage de Strayer ne se voit pas, comme on le dit de certains Mozarts en herbe, en Gabrielle Roy assassinée.Mais la lecture de l’œuvre et la figure de l’auteure nourrissent son propre désir d’émancipation; elles aident cette femme sans éclat ni audace à faire quelques pas tardifs vers l’autonomie affective.Jardin et prairie, ce sont quelque quarante ans dans la vie d’une femme, parsemés d’anecdotes, de rêves tristes, de petites peurs.Une existence qui fait à peine une vie, pas vraiment de quoi faire une histoire.Tout juste ce qu’il faut pour meubler le quotidien.Cette femme aurait pu, comme Martha, le très beau personnage d’Un jardin au bout du monde, lancer cette question terrible: «Pourquoi, mais pourquoi donc ai-je vécu?» $i elle n’ose pas le faire, c’est que nous sommes, dans le récit de Strayer, dans un registre intimiste.On n’a pas affaire ici à la prose musicale, somptueuse de Gabrielle Roy—je pense au violoncelle — , mais plus modestement à une écriture juste, qui fait entendre la voix fervente, parfois chuchotante d’un personnage de femme qui a connu, elle, des chagrins plutôt que la détresse, et quelques joies à défaut d’enchantement rchartrancKfjvideotron.ca HAN MARC il n’y a que l’amour Th» Cir.»dj Council ' te Conseil 11 u n, C’est clair et net! www.-‘ -'.com W Cette semaine à CENT TITRES PATRICE DESBIENS Rouleaux de printemps Les Éditions Prise de parole Poésie 12,00$ d'AmériQue Sept ans après Nous avons tous découvert l'Amérique, Francine Noël revient en force avec un roman fin de siècle.Celle qui a écrit Maryse clôt sa trilogie romanesque avec La Conjuration des bâtards.• Place au cabaret multidisciplinaire! Les mots sont en spectacle au Lion d’Or.Lectures et performances d’écrivains accompagnés de musiciens placent la littérature du côté du spectacle vivant.• Robert Lévesque nous communique son enthousiasme pour la biographie de Michel del Castillo: Colette, une certaine France.Un livre qui surprendra les inconditionnels de Colette par son côté critique.Félicitations au lauréat du prix Gilles-Corbeil 1999 Œuvres disponibles : Le Vierge incendié Pour les âmes Le Réel absolu Tableaux de Vamoureuse écRiturEs Le Sacre ! ! • l’HEXAGONE TYPOfl www.edhcxagonc.totn www.cdtypo.cotn
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