Le devoir, 18 décembre 1999, Cahier D
de fan mptomes y-/, Un guide réalisé sous la direction du Dr André-H.Dandavino, président de l’Association des médecins de langue française du Canada, en collaboration avec plus de 100 médecins du Québec En coédition 672 pages • 29,95 $ En vente dans les librairies FIDES EDITIONS SANTE ^i Au XIII' siècle, on croit toujours que le peuple de Dieu doit être purgé des corps étrangers et funestes dont la présence répand l’infection parmi les fidèles.Des mesures d’exclusion sont prises, en particulier contre les juifs, tenus pour les coupables de la mort du Chriet.«Ix* roi d’Egypte s’inquiète avec ses sujets de la multiplication des juifs.» Bible latine de l’abbaye du mont Saint-Eloi, XIII siècle.Arras, bibliothèque municipale.LE DEVOIR MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR /I h! les chiffres.On trouverait commode de n’y rien en-tendre, et pourtant on ne cesse de faire appel à eux.C_/ V De la nanoseconde au paléolithique inférieur, des siècles de science mathématique ont ainsi découpé le temps et, du coup, rendu le monde un peu plus intelligible.L’est-il vraiment?En cette fin d’année qu’une rumeur voudrait un brin spéciale, on pourrait croire qu’il n’en est rien, à en juger par le nombre d’ouvrages-bilans fin de siècle sortis des presses des éditeurs.Mise au net du chaos?Volonté de synthèse?Opportunisme mercantile?Conformisme?Toutes différences de durée mises à part, les éditeurs ne sont-ils pas aussi, après tout, des sortes de «médias» et, à ce titre, ne participent-ils pas de la même ruée, un peu comique (restons charitable), qui semble être le lot de la profession au moment de tourner cette page précise du calendrier?Gardons-nous de généraliser et allons-y voir de plus près.Chacun trouvera à boire et à manger dans cette pléthore d’ouvrages, ici recensés par nos collaborateurs.Par le soin mis à leur confection, par la qualité des illustrations venant relayer le propos, certains d’entre eux entrent du reste dans la catégorie, fort prisée en cette saison, des beaux livres, dont nous vous présentons aussi en ces pages une seconde sélection, faisant suite à celle de la semaine dernière.Car certaines initiatives obéissant en apparence à l’air du temps se révèlent particulièrement heureuses.Ainsi, en mars 1994, le médiéviste Georges Duby accordait-il une série d’entretiens aux journalistes Michel Faure et François Chauss sur les peurs de l’an mil et sur celles entretenues à notre époque, que ravivait sans doute la perspective — alors ô combien lointaine — du passage à l’an 2000.Ces entretiens, qui conjuguent rigueur et vulgarisation, furent publiés dans le magazine L'Express et diffusés sur Europe 1.Un livre en a résulté en 1995, que les éditions Textuel proposent maintenant dans une magnifique réédition de circonstance, sous le titre An 1000 an 2000.Sur les traces de nos peurs, avec une préface de Jacques Le Goff.Le sida est-il notre peste moderne?La violence des gangs dans nos villes peut-elle être canalisée comme le fut celle des chevaliers au Moyen Age?L’étranger fait-il aussi peur que le Sarrazin mis à mort par le croisé au nom de la foi?On aura compris la richesse et la pertinence du propos, sans qu’il soit nécessaire d’en dire davantage.Si l’actualité est aveugle, l’Histoire guidera ses pas.Les travaux des historiens le confirment: les fameuses peurs de l’an mil ne furent en réalité qu’une construction romantique du XIX' siècle qui, tout comme les précédents, avait trop pris à la lettre le chapitre 20 de l’Apocalypse et fait siennes, avec une ardeur cette fois propre à cette époque exaltée, les ruminations millénaristes d’un Joachim de Flore, au XIF siècle.Pour Georges Duby, il existe cependant un «long an mil» qui va de 980 à 1040.Cet intervalle d’une soixantaine d’années fut certes marqué par une inquiétude des gens devant le tour sensiblement différent que prenait un monde devenant féodal.Mais de panique, de peur de fin du monde, de «tournant», d’entrée dans les mille ans de malheurs qui verront Satan libéré de ses chaînes, point La raison en est simple: l'Occident ignorait encore le zéro, qui n’apparaît venu des Arabes, qu’au XIII' siècle.Sans zéro, il n’est d’an mil, ni de 2000 d’ailleurs.Pas de symbolique particulière non plus attachée aux siècles se terminant par deux zéros.Tout cela, rappelle Jacques Le Goff dans la préface, viendra plus tard, à la Renaissance.Désormais, le pli est pris.Par conséquent osons poser la question: faudrait-il se débarrasser du zéro?Rompre avec cet héritage encombrant et insoupçonné, jusque dans son dernier avatar, sans doute révélateur de nos propres peurs millénaristes: le bogue de l’an 2000, lui aussi causé, rappelez-vous, on vous l’a assez dit — et à supposer qu’il ait lieu —, par le zéro?La réponse, qui sait?, se trouve peut-être dans l’un ou l'autre des livres commentés en ces pages.Guide familial des SYMPTOM! h- Entre fiction et réalité Vie des hommes illustres / G) Lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 5 Essais étrangers Page D 7 Noël des enfants Page D 12 CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Dutch RONALD R AN Ly histoire a fait des vagues aux États-Unis.L’écrivain Edmund Morris, qui avait déjà signé une 1 biographie du président Theodore Roosevelt, lançait cet automne une biographie de Ronald Reagan.Celle-ci a paru sous le titre Dutch - A Memoir Of Ronald Reagan, ainsi nommée en raison d’un surnom donné au futur président dans ses jeunes années.Malgré 14 ans de recherches, malgré des entrevues individuelles régulières avec Ronald Reagan, malgré un contrat de trois millions et malgré un accès illimité aux archives du président, le biographe s’est dit dérouté par l’homme politique.Reagan, lui semble-t-il, est un personnage énigmatique, insaisissable; sa vie se déroule comme un film dont il serait le héros.Un jour où il visite l’école que Reagan a fréquentée dans sa jeunesse, Morris a une idée: «Tout aurait été tellement plus simple si j’avais été là», se dit-il.Sans plus d’hésitations, le biographe se met dans la peau d’un personnage fictif, un narrateur qui aurait connu Reagan dans sa jeunesse et gardé contact avec lui malgré les années.Le procédé, une fois l’ouvrage publié, n’a pas tardé à faire couler beaucoup d’encre, notamment parce que le biographe est en réalité beaucoup plus jeune que l’ancien président, au-source Newsweek jourd’hui octogénaire, et qu’il ne pouvait pas, par conséquent, avoir fréquenté les mêmes écoles que lui.Cette biographie est un scénario de film, lancent certaines critiques, et les faits qu’elle rapporte sont inexacts.«Les personnages fictif ne font que confondre le lecteur, écrit le critique américain Charles Kaiser.Ils exhibent le caractère narcissique de Morris, mettent en lumière son ignorance des années 60, détruisent le semblant de narration et font en sorte qu’il est impossible d’y discerner la fiction et la réalité.» Nulle part au cours de sa lecture de l’ouvrage, «à part la couverture», le lecteur est-il avisé de l’introduction d’éléments fictifs dans l’histoire originale, se plaignent les détracteurs du procédé.Le débat pose donc toute la question de l’usage d’éléments ou de personnages fictifs dans une biographie témoignant de personnages réels, et ce, sans mise en garde formelle dans le cours de l’ouvrage.«Le narrateur de Dutch n’est qu’à moitié fictif», expliquait Morris dans une entrevue accordée récemment à Newsweek.«En fait, pour la grande partie de la seconde moitié de l’ouvrage, le narrateur est moi-même et mes observations de Reagan sont directes et documentées.Tout ce que j’ai fait en matière de fiction — je n’ai pas inventé de faits concernant Reagan — est de me présenter comme étant un contemporain de Reagan pour accroître la proximité de l’observation et de même pour ce qui est de la précision des détails documentaires, dans les périodes antérieures de sa vie, afin de les rendre aussi vivantes, tout cela mené de façon aussi honnête que je l’ai fait pour ce qui est de la période de la présidence.» Le phénomène n’est pas nouveau.Au moment de rédiger la biographie d’un ancien directeur de la CIA le romancier Norman Mailer aurait aussi traité de personnages ayant dçjà existé, dont une conquête de l’ancien président des Etats-Unis, John F.Kennedy, en mêlant la réalité et la fiction.Cependant, l’auteur précisait ceux des éléments utilisés qui étaient fictifs et ceux qui ne l’étaient pas.La biographie au Québec Au Québec, le débat est semblable, mais sur une échelle réduite.Ansi, l’éditeur XYZ publie depuis quelques années une série de «récits biographiques» retraçant la vie d’illustres personnages de l’histoire du Québec, dans une forme qui s’éloigne sensiblement des sentiers battus de la biographie traditionnelle.Ces «récits», rassemblés dans la collection «Les Grandes Figures», s’adressent à un public de jeunes lecteurs et n’ont pas la prétention de retracer fidèlement la réalité.VOIR RAGE I) 2: ILLUSTRES I) 2 I, E I) E V 0 I R I, E S S A M E I) I 8 E I) I M A N C Il E I !» I» E C E M B K E I !» !» !» Livres ILLUSTRES Une biographie non autorisée, «cela peut choquer les familles», même lorsqu'elle est écrite selon les normes les plus classiques SUITE 1)E LA PAGE D 1 Dans ce cadre, le biographe «ne peut pas inventer de toutes pièces les faits», dit André Vanasse, directeur littéraire de la maison XYZ.11 se permet toutefois quelques libertés.Ainsi, la biographe de l’écrivaine Laure Conan, Louise Simard, s’est-elle glissée dans la peau d’une des nièces de l’héroïne, qu’elle décrit comme étant très proche de sa tante, pour mieux raconter l’histoire de cette dernière.C’est «celle qui voit, qui raconte ce qu’elle vit avec sa tante», dit Vanasse.Cette nièce a-t-elle vraiment existé?Et, si oui, était-elle si proche de sa tante écrivaine?Rien n’est moins sur.Mais sa présence dans le livre facilite l’accès du lecteur à l’intimité du personnage étudié.Au moment d’écrire le récit biographique mettant en scène Emile Nelligan, qu’il a lui-même signé, André Vanasse a longuement étudié les textes analytiques produits par Pierre H.Lemieux, sous le titre Nelligan amoureux.A partir de cette analyse, qui voit ici une nouvelle flamme, là une rupture, Vanasse a créé des mises en situation des personnages qui ont côtoyé Nelligan.Il va sans dire que ces dialogues ne sont pas corroborés par l’histoire documentée.Frilosité anglophone À ce sujet, Vanasse rapporte que les Canadiens anglais sont plus frileux que les francophones.Au moment de lancer le pendant anglais de la collection, «Biographies of Great Canadians», XYZ a constaté que la ligne de conduite adoptée par ses vis-à-vis du Canada anglais à ce MARGUERITE PAULIN sujet était «plus dure», notamment quant à l’emploi de dialogues fictifs.Cette toute récente collection anglophone, qui s’intéresse entre autres à Norman Bethune ou à Tommy Douglas, contiendra donc peu de dialogues, hormis ceux reposant sur une preuve documentée.La publication de la collection francophone donne lieu à quelques discussions.L’ouvrage sur Félix Leclerc, par exemple, intitulé Filou, le troubadour, a été jugé trop fleur bleue par la veuve du chanteur, Gaé-tane Leclerc, qui estimait que le poète avait été présenté sous un jour «trop catholique», rapporte M.Vanasse.Or, selon lui, cet ouvrage témoigne de l’état d’esprit qui régnait au Québec à l’époque de Leclerc, dans ses jeunes années, avant qu’il GROUPE Renaud-Brav .( ^/A’11*11 ip ail: 'LL du 9 i du 9 au 15 déc.1999 1 HISTOIRE 100 ans d'actualité 1900-2000 6 Collectif La Presse 2 JEUNESSE Le guide officiel des Pokémon 4 Maria S.Bardo Scholastic 3 GUIDE Q.3 Beauchemn & Al Voir 4 JEUNESSE 100 comptines (Livre & DC) * 13 Henriette Major Fides 5 ROMAN Autobiographie d'un amour 11 Alexandre Jardin Gallimard G CUISINE Le guide du vin 2000 6 Michel Phaneul L'Homme 7 CUISINE Les pinardises : recettes & propos culinaires * 264 Daniel Pinard Boréal G JEUNESSE Harry Potter à l'école des sorciers * 55 J.- K.Rowling Gallimard 9 ANTIQUITÉ Meubles anciens du Québec » 5 Michel Lessard L'Homme 10 SPIRITU.L’art du bonheur » 39 Dalaï-Lama R.Laffont 11 ESSAI Q.L'année Chapleau 1999 5 Serge Chapleau Boréal 12 BD.Gaston Lagaffe N°19 4 Franquin Maisu produc 13 ROMAN Q Les émois d'un marchand de café 9 Y.Beauchemin Q - Amérique 14 ROMAN Q.La petite fille qui aimait trop les allumettes » 59 Gaëtan Soucy Boréal 15 JEUX Les grilles des mordus 8 M.Hannequart Ludipresse 16 ROMAN O.Hôtel Bristol New York, N.Y.5 M Tremblay Leméac 17 ROMAN Un parfum de cèdre » 11 A.-M.Macdonald FbmmancnQ.18 NUTRITION Une assiette gourmande pour un cœur en santé 6 Collectif Institut de cardiologie 19 ROMAN Geisha » 44 A Golden Lattes 20 POLAR Le dernier coyote * 7 M.Connelly Seuil 21 ROMAN Stupeur et tremblements w 15 Amélie Nothomb A Michel 22 ESSAI Q.Un siècle à Montréal 7 Collectif Trécarré 23 CUISINE Les sélections du sommelier, Éd.2000 7 F.Chartier Libre Exprès.?A BIOGRAPH La prisonnière 30 M.Oulkir Grasset 25 PSYCHO Les manipulateurs sont parmi nous * 110 I.Nazare-Aga L'Homme 26 PSYCHO À chacun sa mission 5 J.Montounquette Novalis 27 HUMOUR Mots de tête 12 Pierre Légaré Stanké • 28 ROMAN Je m'en vais (Prix Goncourt 1999) 8 Jean Echenoz Minuit • 29 B.D Thorgal nJ25 - Le mal bleu 5 Rosinsky & Al Lombard \ 30 RÉFÉREN.Le livre des records Guinness 2000 6 Collectif Guressmeda 31 POLAR Death du jour 7 Kathy Reichs R.Laffont 32 JEUNESSE Une bien curieuse factrice 11 D.Demers Q - Amérique : 33 ROMAN Les heures » 13 M.Cunningham Belfond .34 FUOTOGRA Les 100 photos du siècle » 24 M.-M.Robin Chêne ; 35 SPIRITU Le grand livre du Feng Shui 9 Gill Hale Manise .36 ROMAN O.Gros mots 8 Répan Ducharme Gallimard 37 BIOGRAPH Des femmes d'honneur T.03 6 Lise Payette Libre exprès.! 38 BD Album Spirou n“ 251 4 Tome / Janry Dupuis 39 CUISINE L'esprit du porto * 83 Alain Leygnier Hachette 40 BD Calvin & Hobbes n° 18 - Gare au psychopathe à rayures ! 11 B.Watterson HosCotecfan 41 ROMAN Océan mer * 99 A Baricco A Michel • 42 GUIDE Circuits pittoresques du Québec 12 Y Laframboise L'Homme 43 SPIRITU.Conversations avec Dieu T.1 * 143 N.Walsch Ariane 44 THÉÂTRE Presque tout Sol (Nouvelle édition) * 146 Marc Favreau Stanké 45 HISTOIRE Le livre du siècle 8 Collectif Transcontin.NOMBRE DE SEMAINES DEPUIS LEUR PARUTION V Cajp6 de coeur Renauctf3ray H 1 ¦ semane sur notre iste Renaud-Bray vous souhaite de Joyeuses Fêtes ! www.renaud-bray.com ne rencontre celle qui devait devenir sa compagne.L’histoire demeure donc subjective, comme la perception des personnages qui la font, ceux-ci étant interprétés différemment selon les gens qui les ont connus, selon le regard que l’on porte sur eux.Ajoutons que la rédaction des ouvrages parus dans la collection XYZ repose sur une documentation écrite et ne fait donc pas appel à des entrevues.«Les familles ne sont jamais contentes d’une biographie», constate pour sa part Pierre Godin, qui en est à compléter la rédaction du troisième tome de la biographie de René Lévesque.Une biographie non autorisée, dit-il, «cela peut choquer les familles», même lorsqu’elle est écrite selon les normes les plus classiques.Pour rédiger cet imposant ouvrage, l’écrivain ne s’est en effet reposé que sur des sources documentées, entrevues et archives, par ailleurs abondantes.Correspondance amoureuse, liaisons diverses et enfants naturels dévoilés au grand public n’ont pas toujours l’heur de plaire aux proches.Godin affirme cependant n’avoir «montré que ce qu'il fallait montrer, que ce qu’il était utile de montrer».Ici, aucun dialogue inventé.A peine le biographe s’est-il risqué à glisser quelques détails fictifs, Lévesque sortant fumer une cigarette par exemple, adoucissant la progression dramatique du récit.«Autrefois, pour lire une biographie, il fallait pratiquement s'attacher sur une chaise», lance-t-il en riant.«Il faut qu'il y ait un caractère accessible, dit-il, mais jamais au détriment de la vérité.Je ne succomberai pas à la tentation de faire de la sensation.» Autre signe des temps, l’importance accordée à la vie privée des hommes et des femmes politiques, constate celui qui avait aussi signé la biographie de Daniel Johnson père, ancien premier ministre du Québec.Certains détails concernant la vie de M.Johnson auraient aujourd’hui été exploités de façon beaucoup plus tapageuse, constate Godin.Quant à l’objectivité concernant l’évaluation d’un personnage, elle est, croit-il, affaire d’équilibre et d’honnêteté intellectuelle, au delà de toute partisanerie politique.Malgré son admiration et sa sympathie manifestes pour René Lévesque, Godin dit savoir «qu'il n’a pas toujours raison et que, dans certaines situations politiques, il se goure».Les humains, quels qu’il soient, ont un côté ombre et un côté lumineux; il faut savoir les distinguer sans préjugés ou partis pris.BEAUX LIVRES Les femmes, ombre et soleil ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Continent noir de l’Histoire, celui des femmes?De fait, elles sont les points de suspension dans les chroniques de l’humanité.Flottant parfois au-dessus d’un siècle, un visage féminin apparaît, presque incongru, celui d’une amante ou d’une guerrière, Héloïse ou Jeanne d’Arc, puis c’est le vide pour cent années encore.Où étaient-elles?Que faisaient-elles?«Jusqu'à hier, nous avons cru que les hommes étaient les seuls acteurs de Ihistoire parce qu’ils en étaient les uniques narrateurs», écrit Elizabeth Badinter dans la préface au très impressionnant ouvrage de Florence Montreynaud, Le XXe siècle des femmes.«Or, sans la connaissance du passé, nous sommes incapables de penser le présent et donc de projeter l’avenir.» Cet énorme volume, qui commandait un travail de recherche colossal, à défaut de remonter le temps et de refaire l’Histoire, entend du moins éclairer ce siècle charnière pour la condition féminine que fut le nôtre.C’est en 1940 que les Québécoises eurent le droit de vote, cinq ans avant les Françaises.L’accès à l’instruction s’est acquis pas à pas pour les femmes au fil du siècle.Encore aujourd’hui, leurs sa- laires sont inférieurs, leur présence discrète au cénacle des hautes fonctions.Ce livre se veut une suite de repères chronologiques puisqu’il éclaire au fil de chroniques, une année après l’autre, des figures clés, des faits marquants.Forcément un peu clip, l’ensemble, mais quelle mine d’information captivante! On passe du profil de la poétesse Anna de Noailles à l’action des suffragettes, en abordant les vamps, les magazines féminins, Marie Curie et le droit de vote.D’Eva Peron à Corazon Aquino, de Simone de Beauvoir à Jeanne Moreau, elles surgissent, ni anges ni démons, mais multiformes, actives, vibrantes.Passionnant, soit! Cela dit, l’iconographie du livre étonne.Toutes les femmes photographiées ou presque, de Françoise Sagan à Madeleine Renaud en passant par Lou Andreas Salomé, sont présentées au printemps de leur vie, jeunes, éclatantes, décoratives.Comme quoi, même un livre sur un pareil thème avalise cette fonction de séduction collée dur comme fer à l’image des femmes.Et voici, côté ombre, le même siècle survolé cette fois d’un œil beaucoup moins positif.Un siècle d’antiféminisme aborde davantage les reculs que les percées du mouvement des femmes.«L'histoire de l’opposition des hommes à l’émancipation des femmes est plus intéressante peut-être que l’histoire de cette émancipation elle-même», disait Virginia Woolf.Suffragettes ri- diculisées, femmes tondues en victimes expiatoires de l’Occupation, salves haineuses accueillant Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, ce livre traque l’antiféminisme partout, jusque dans les prises de position des jeunes filles d’aujourd’hui qui refusent l’étiquette sous laquelle combattaient leurs mères.«L’antiféminisme s’exprime de bien des manières et d’abord, comme la misogynie sa cousine, par le rire, ce propre de l’homme», écrit Michelle Perrot en préface.«L'antiféminisme se sustente de toute une série de peurs enchevêtrées.» Cet essai, sur le versant pessimiste, et dans ce sens fort démoralisant, possède le mérite de poser un regard sceptique souvent justifié sur le mirage des «acquis une fois pour toutes» dont la condition féminine se berce.LE XX1 SIÈCLE DES FEMMES Sous la direction de Florence Montreynaud Préface d’Elizabeth Badinter Nathan Paris, 1999,830 pages UN SIÈCLE D’ANTIFÉMINISME ‘ : Sous la direction de Christine Bai;a Préface de Michelle Perrot Fayard Paris, 1999,482 pages BEAUX LIVRES Entre l’horreur et l’étonnement MICHEL BÉLAIR LE DEVOIR e millénaire se sert à toutes les .-j sauces, on le sait.D’où l’originalité ( u plat qu’on nous sert ici sous forme ( e salade présentée sur un lit de «flashs-back» étalés en version panoramique sur grand écran couleur.Avec toiles de maîtres, trésors d’archives et mise en page ultra soignée en avant-plan.Sur papier glacé grand luxe qui fait chatoyer la quadrichromie et les effets de typo quel que soit l’éclairage.un beau livre, quoi.Mais faire le bilan d’un millénaire qui commence avec la rupture définitive entre Rome et Byzance (consacrée en 1054) et qui se termine avec le bogue de l’an 2000 et la société planétaire, cela suppose quelques choix éditoriaux! Et une vision d’ensemble assez précise, merci.Celle que choisit ici Pierre Miquel est plutôt traditionnelle.EN 1999, ON REJOUE ENCORE LE MELODRAME «CHARB0NNEAU ET LE CHEF», MAIS.Aurélien Boisvert Monsieur Duplessis a-t-il eu la tête de M*r dtarbenneau ?L’auteur tente de répondre à cette question en analysant les opinions et les témoignages de journalistes, de politiciens, de clercs et d’historiens.Prix total et frais postaux : 15,(H) $ .ÉDITIONS 101, C.P.591, Suce.Desjardins, Montréal H5B 1B7 t n I T I 0 N s V:' TlMONDES L'ANNUAIRE OU QUÉBEC BRANCHÉ sites en français au Québec leCTihh**- 1 \ À x/ rS La Toile du Québec, 468 pages, 24,95$ Un guide indispensable pour vos recherches sur Internet.Plus de 10 000 sites en français de La Toile du Québec, classés par thèmes et incluant, entre autres, les adresses des divers gouvernements et des commerces québécois qui ont pignon sur Web! y JlûNOES Visitez notre site Internet .IIUIIU bile lllioi I ici « , .www.multim.com; pour être au courant de nos nouveautés —^ dès leur parution Il a divisé son ouvrage en trois grands blocs.Le premier couvre une période marquée par les grands affrontements religieux de l’an mil jusqu’à 1763, Le second scrute la naissance des Etats-nations puis des empires de 1776 à 1918.Le troisième s’amorce avec la création de la Société des Nations en 1920 et se termine (s’ouvre?) avec l’éclatement de la population du vaisseau Terre en déroute, comme le disait Buckminster Fuller.C’est un choix qu’il faut respecter.Et qui a le mérite de faire ressortir la justesse des charnières articulant le découpage choisi.Ce n’est pas là qu’on trouvera matière à disputer.C’est plutôt dans le style convenu que choisit Pierre Miquel pour illustrer son propos.Les grands courants qu’il met en relief sont ceux sur lesquels repose la «version officielle» de l’Histoire de l’humanité.tout comme la façon de les présenter.On aurait parfois souhaité voir une vision neuve prendre forme, un angle un peu différent.Comme on en trouve développés dans les trois textes d’introduction aux grandes sections de l’ouvrage.Trop souvent, on sera plutôt agacé par de longues énumérations de dates, d’événements mar-quants et de noms de personnages célèbres dans la double page qui illustre habituellement la tranche historique choisie.Comme, par exemple, celle du 16 mai 1703 consacrée à Pierre le Grand et à la construction de Saint-Pétersbourg.Ou, de façon plus évidente encore, toutes celles qui touchent l’histoire plus récente; des guerres,de l’opium en Chine à celles des Balkans et du découpage colonial de l’Afrique à l’effondrement du mur de Berlin.Mais, bien sûr, raconter 1000 ans en 224 pages n’est pas la chose la plus évidente du monde.Et l’on se retrouvera rapidement à parcourir ce magnifique ouvrage d’une couverture à l’autre ou à le feuilleter au hasard en se laissant guider par la curiosité ou par la qualité des images offertes, oscillant toujours entre l’horreur et l’étonnement devant les insondables complexités de l’Histoire.Ces petites réserves mises à part, ce Film du millénaire risque malgré tout de vous emporter dans un tourbillon absolument hallucinant où la guerre, l’odeur du sang sur les crucifix et sur les champs de bataille, l'intolérance religieuse et les magouillages sans nom de la politique apparaissent paradoxalement comme de fascinants accélérateurs de changements.Comme si cês étonnants et horribles humains que nous sommes n’avaient jamais trouvé mieux à faire que de se projeter en avant dans l’Histoire en éclaboussant tout le reste.1000-2000 LE FILM DU MILLÉNAIRE Pierre Miquel Tallandier éditeur, collection «Historia» Paris, 1999,224 pages y r EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE MON PREMIER DICTIONNAIRE FRANÇAIS ILLUSTRÉ par Nathalie Elliott est paru et comporte au-delà de 1000 pages imprimées en 4 couleurs.Il est cartonné.DICTIONNAIRE POUR TOUT LE PRIMAIRE ISBN 2-7601-4695-2 Prix de lancement : 25 $ C’est, à notre avis, le premier dictionnaire qui a incorporé dans les définitions toute la terminologie de la grammaire française actuelle.Avec ce dictionnaire, il n’y aura pas de distorsion entre le langage du maître, les outils de travail des élèves et leurs désirs de consultation.Mon premier dictionnaire français illustré est un outil pédagogique de grande valeur et le fruit de plusieurs années de travail et de pensée.Le groupe Guérin Tél.514 * 842 • .1481 Adresse Internet: http://wwwguorln-editeur.qc.ca ! ! \ LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 S E T I) I M A X ( Il E I il I) K (' E M R R E I !) !l il -*¦ Livres ROMANS QUÉBÉCOIS Nous sommes tous des étrangers LES RAISONS DE LA HONTE ., Pende Les Editions Trois ; Montréal, 1999,68 pages I ; ’ QUE DIEU VOUS GARDE DE L’HOMME SILENCIEUX QUAND IL SE MET SOUDAIN À PARLER Victor Teboul Les Intouchables Montréal, 1999,238 pages Ata Pende est né au Zaïre, il a fait des études d’ingénieur au Québec, mais cela n’explique pas ceci: on est émerveillé, au sortir de la lecture de son très court récit, qu’il ait pu y faire tenir, sans qu’ils y soient à l’étroit, une bonne demi-douzaine de personnages.Es sont là, bien vivants sous nos yeux, avec, au centre, Jaime Montoya, un immigrant originaire d’Amérique centrale où il a fait la guérilla, et qui fut brièvement planteur de café au Brésil.On ne sait trop comment il a échoué à Montréal: peut-être était-il dans un conteneur qui avait fait le tour du monde, à moins qu’il ne soit tout simplement arrivé des Etats-Unis après avoir soudoyé des garde-frontières.Montoya est ici depuis deux hivers.Un matin semblable à tous les autres, il se lève péniblement pour aller travailler à l’usine.E est déjà presque en retard, il doit se hâter s’il ne veut pas subir les foudres de son contremaître, qui lui avait promis, dès le début, de le faire souffrir.Or, au moment de sortir de l’immeuble, il a l’impression d’avoir oublié quelque chose.Mais quoi?Il ne trouve rien dans sa mémoire ensommeillée.De toute façon, comme il neige, U décide de remonter à son logis, au troisième, pour y prendre sa tuque, ses gants, son écharpe.Tant pis pour les ennuis: tout plutôt que d’attraper la grippe comme l’hiver auparavant Si le début du récit de Pende, avec son climat glauque, peut rappeler le Kafka de La Métamorphose, la suite, polyphonique, ferait plutôt songer à Chronique d’une mort annoncée, de Garcia Marquez.Nous accompagnons Montoya lui-même, qui remonte chez lui et reste pétrifié lorsqu’il constate que la porte de son logement est grande ouverte: un voleur, sûrement.Montoya essaie de réfléchir à ce qu’il devrait faire.Ce que nous savons nous, depuis la première page, c’est que dans une heure à peine, U aura mis le feu à l’immeuble.Entre-temps, il est seul et désemparé, mais tous ceux qui le connaissent le jugent ou l’épient: le concierge, un ivrogne xénophobe qui fait des misères aux locataires; ses voisins, dont une mulâtresse aux mœurs légères; ou les habitués du billard d’en face, comme David Molière, grand dévoreur de livres et pilier de bar, ou le taupin Mike Tremblay, à moitié Ojib-way par sa mère.Même le narrateur semble avoir sa petite idée sur Montoya, mais très vite il «ne peut qu’avouer son ignorance, et il n’est pas le seul».Ces personnages, dont on découvre des bribes de leur propre passé, don-; nent tous leur avis sur ce qui se serait réellement passé ce matin-là: com-: ment et pourquoi Jaime Montoya a-t-il mis le feu à l’immeuble qu’U habitait?Est-il un dangereux pyromane?A-t-il Robert Chartrand ?agi par intérêt?Ce fait divers, le méfait de ce pauvre homme, à force de suppositions et de ragots, prend peu à peu les allures d’une fresque tragicomique où Montoya est dépouiEé de sa vérité, où sa petite histoire est colportée par tout un chacun qui se l’approprie.Les Raisons de la honte est un petit chef-d’œuvre d’ingéniosité narrative qui nous propose de rire jaune de l’un de ces oubliés de l’Histoire, semblable à ces milliers de migrants de par le monde, d’une de ces tragédies minuscules dont notre époque est si riche.Le Québec des sixties Victor Teboul, lui, a adopté le Québec E y a quelque 35 ans même si, au départi le rapport ne fut sans doute pas réciproque.E a beaucoup fait depuis pour favoriser le rapprochement entre juifs et Québécois francophones dits de souche, et on peut dire qu’U continue sur sa lancée dans ce roman où, de toute évidence, il y a une part de son propre passé de même que l’essentiel de ses préoccupations de passeur culturel.Que Dieu vous garde.est un roman de facture très sage, bien documenté comme en fait foi, en fin de volume, la liste des Uvres et documents que l’auteur a consultés.Ce récit historique nous présente une coupe transversale des années soixante au Québec, telles que les ont vécues un jeune homme, Maurice Ben Haïm, et les siens, fl s’agit d’une famille méditerranéenne au sens le plus riche du terme.La mère est d’origine grecque, le père est juif égyptien et on compte «un grand-père tunisien, des ancêtres gréco-turcs, même une grand-mère algérienne parlant espagnol»! Chez les Ben Haïm, on parle français à la maison, mais aussi grec, arabe, hébreu, italien, espagnol; les parents se sont mariés à la mosquée, mais on va à la synagogue.Bref, ce sont des gens pour qui les langues, les reflgions et les frontières ne comptaient pas jusqu’à ce qu’Us fussent rattrapés par les traçasseries politiciennes.Expulsés d’Egypte lors de l’affaire du canal de Suez en raison de leurs passeports français, Us vont vivre six ans en France, dans une chambre d’hôtel, avant de voguer vers l’Amérique, où la sœur de Maurice est déjà venue s’établir.Victor Teboul nous M suivre les diverses péripéties qui marquent l’établissement des Ben Haïm à Montréal.Es habitent dans le quartier Côtedes-Neiges et, le père étant trop âgé pour VICTOR TEBOUL Que Dieu vous garde de l’homme silencieux quand il se met soudain à parler me de Fernand Un portrait saisissant de ce homme engagé, insoumis, incorruptible.Un grand moment d’histoire ! 304 p.+ 24 p.photos I I II' \NII Mil*» MICHEL lit vont DUM HOMMl 01 lAtOlt I ANC TOI I LD IT LUI LES RAISONS DE LA HONTE espérer trouver du travaU, c’est Maurice qui sera le soutien de la famUle.• B travaille d’abord pour l’organisme juif qui les a aidés à s’installer, puis comme commis-réceptionniste dans une petite usine située près de l’aéroport de Dorval.Puis U fait des études en lettres et deviendra sans doute le rédacteur d’un journal juif qui ressemble h Jonathan, ce même magazine fondé par Victor Teboul.Le Montréal où circule Marice est un immense chantier — autoroute Décarie, métro, aménagement de l’Exposition universelle de 1967, mais surtout une ville schizophrène, anglaise à l’ouest, française à l’est de ce boulevard Saint-Laurent qui porte le même nom que le fleuve, et qui lui apparaît comme «un long pénis qui semait sa graine, pénétrant cette terre, la fécondant, la transformant, la remuant, peut-être même la bouleversant».Maurice ne comprend pas que les francophones n’habitent pas un peu partout sur l’Ue: «Est-ce que cette ville ne leur appartenait pas?» Et ü a peine à se retrouver dans l’effervescence idéologique et politique du Québec de l’époque: chez les francophones, on se gargarise de thèses marxistes et le tiers-mondisme est à la mode alors que chez les Anglos — deux solitudes obEgent —, on se préoccupe surtout de ce qui se passe aux Etats-Unis: l’assassinat des Kennedy et de Martin Luther King, les émeutes sur les campus à propos de la guerre du Vietnam.Chaque jeunesse a ses combats et ses révoltes.Maurice observe et se renseigne; U fréquente la librairie TranquUle — où il constate que les esprits libres ne sont plus très jeunes —, les cafés et bistros où on refait le monde.E lit également et s’attache particulièrement au Bonheur d’occasion de GabrieUe Roy, qui lui paraît une œuvre cardinale; U se prend même à y ajouter des personnages de juifs qui connaîtraient les Laçasse.Mais c’est la langue qui pose le plus de difficultés au jeune homme: U parle français, d’où l’ostracisme ou le mépris que lui manifestent les juifs, du moins ceux qui ne sont pas sépharades; et, à cause de son accent, U est moqué par les Québécois francophones, qui le prennent pour un Français snob.Le voici en exil dans sa langue même.Maurice, enfin, est déchiré entre deux attachements incompatibles: il sympathise avec-les revendications de ses amis indépendantistes qui rêvent de révolution, alors que dans sa famUle, le Québec est essentiellement un coin d’Amérique, c’est-à-dire une terre d’accueil et de überté où on accorde aux immigrants la nationalité après cinq ans de résidence: pourquoi bouleverser un paysage aussi idéal?Le bandeau du roman de Victor Teboul présente ce dernier comme «l’antithèse de Mordecai Richler».Il est en tout cas son contraire quant au ton: Teboul a écrit un récit modéré, plein d’aperçus qui peuvent porter à réflexion, soucieux d’exactitude et de nuances: chacun, ici, a ses mérites et ses torts.Loin de la provocation, son roman entend plutôt susciter la compréhension, au delà des différences et des différends, de cette marmite québécoise où bouillent, le plus souvent à petit feu, les rancœurs et le mépris.rchartrand@videotron.ca éditeur félicite Claude Le Bouthillier, récipiendaire du prix littéraire Éloizes décerné à l’artiste de l’année, pour son roman Le borgo de L’Écumeuse.Ce prix est remis par l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick et par l’Association des radios communautaires acadiennes du Nouveau-Brunswick.\ .- - Cbudc le ÏW«»thlW 9 ms Livres ESSAIS QUEBECOIS ^Và Menaud à l’épreuve de Savard RELECTURE DE L’ŒUVRE DE FÉLIX-ANTOINE SAVARD Textes réunis par Roger Le Moine et Jules Tessier Éditions Fides Montréal, 1999,198 pages LJ héritage que nous a légué Félix-Antoine Savard demeure contesté et contestable.Quasi-révolutionnaire pour certains, réactionnaire pour d’autres, accusé de racisme par quelques Anglos excités, de traîtrise à l’égard de la cause indépendantiste par les plus zélés promoteurs de ce mouvement, le père de Menaud, à qui tous accordent de grands talents d’écrivain, continue de susciter les passions et les questionnements.Pour célébrer le centenaire de sa naissance, l’Université d’Ottawa a réuni, en octobre 1996, une quinzaine de commentateurs chevronnés, les invitant, pour l’occasion, à réévaluer l’œuvre de ce monument de nos lettres nationales.Relecture de l’œuvre de Félix-Antoine Savard est le fruit de leurs travaux et échanges du moment.Savard fut prêtre, défricheur à sa façon, folkloriste passionné, mais surtout professeur et écrivain.Jean-Louis Major, Jacques Desautels, Cécile Cloutier et Jean des Gagniers l’ont fréquenté à titre d’amis, d'étudiants ou de collègues et ils ont voulu, en ouverture à ce colloque, lui rendre hommage.«Il nous ouvrait, écrit son ancienne étudiante Cécile Cloutier, l’espérable du monde.» Cela dit, c’est au témoignage enlevé du regretté Pierre Perrault que l’on doit les premiers véritables bons moments de ce recueil.En janvier 1978, dans la tourmente préréférendaire, Savard faisait paraître, dans Le Devoir, son «Testament politique», dans lequel il exprimait ses convictions fédéralistes et sa vision sociale pour le moins réactionnaire (antisyndicalisme, catholicisme dépassé, dénonciation des villes, défense de l’école privée, etc.).Perrault, à l’époque, s’en était désolé et la virulence de sa critique (parue dans Le Devoir du 28 janvier 1978) indiquait sa colère et sa peine devant ce monseigneur satisfait et Louis Cornellier ?bonne-ententiste qui reniait sa progéniture souveraine, symbole de la libération nationale en marche.C’était là, du moins, son interprétation.La colère de Menaud Il revient ici à la charge en rejouant Menaud contre Savard, en prenant le parti du poète contre celui du chanoine, en récusant l’hellénisme pompeux de l’écrivain bourgeois pour lui opposer «le droit de blasphémer» du draveur.Perrault chante l’insurgé et dénigre le réconciliateur errant: «[.] grâce à la belle grande furibonde fureur de Menaud, en dépit de Savard lui-même repenti, un peuple émerge progressivement de son ombre pour devenir, comme Miron, souverain de lui-même.» Le déchirement de Perrault face à celui qui fut son inspirateur est palpable et troublant: «Il a arpenté en long et en large le territoire de la misère blasphématoire.[.] Et nous lui en saurons gré malgré nos réticences et nos réserves.» Dans un tout autre registre, mais toujours dans la veine de la réévaluation d’un héritage double et contradictoire, Roger Le Moine, de l’Université d’Ottawa, analyse l’œuvre de Savard à partir de ce que j’appellerais, en jargonnant un peu, un angle géo-psycho-sociocritique.Pour lui, la clé de la compréhension de l’œuvre savardienne est à chercher dans la découverte du pays de Charlevoix par un Savard en provenance d’un Chicoutimi bourgeois et d’une éducation sclérosée.Le passage a lieu en 1927 et il s’accompagne d’une sorte d’épiphanie populaire.C’est là que le jeune prêtre entre en contact avec la misère dont parle Perrault et qu’il en découvre toute la richesse et la force de vérité.Menaud et L’Abatis, deux œuvres de rupture, «de fitreur créatrice pour ne pas dire dévastatrice où se conjuguent admiration et indignation», en résulteront.L’état de grâce durera environ dix ans.Par l’esprit, l’homme retournera ensuite à ses origines et l'académisme de ses œuvres subséquentes permet à Le Moine de justifier son point de vue.D’autres communications retenues pour ce livre adoptent une approche plus strictement analytique.Ainsi, plus laudateur que critique, Jean des Gagniers s’attache à retrouver l’inspiration virgilienne dans Menaud.Jacqueline Gourdeau, de l’Université Laval, procède pour sa part à une psychocritique de La Dalle-des-Morts, qu’elle met en relation avec Menaud afin de faire ressortir les obsessions communes aux deux œuvres, dominées, selon elle, par le modèle de la pas- sion christique.Sa conclusion met au jour le rôle sacrificiel dévolu aux femmes dans l’univers savardien.Mona Gauthier quant à elle, à l’aide de la grille lacanien-ne, utilise le concept d'identification pour reconstituer le parcours psychique emprunté par l’œuvre (ici encore, surtout Menaud et L'Abat is).Sa thèse me semble riche de potentialités: «Il s'agira d'abord d’une identification symbolique aux pères, suivie d’une identification mélancolique (à Joson mort), d’une identification magique et délirante à l’Ennemi (l’Étranger) ensuite; et finalement, d’un retour à l’identification primaire à la na,titre, puis à un autre père: Dieu.» La question de l’Étranger, de l’Ennemi dans Menaud a beaucoup fait parler.On sait, par exemple, que l’innommable William Johnson s’en est servi à des fins propagandistes, affirmant qu’il s’agissait là d’une preuve supplémentaire à l’appui de sa thèse voulant que toute notre littérature soit raciste.Donald Smith, le plus québécois de tous les universitaires anglo-canadiens, réfute ici ces allégations.Johnson, écrit-il, ne sait pas lire.Menaud est une œuvre littéraire, donc illisible au premier degré.S’appuyant sur un mot d’ordre d’Hubert Aquin qui suggérait de «dénationaliser Menaud, car le sujet principal est la liberté», Smith plaide en faveur de la reconnaissance de l’universalité du message: «Être étranger, c’est être délié de son appartenance, de son identité, de ses responsabilités sociales.» Une œuvre en cours d’élaboration Savard avait-il entendu Aquin?Comment expliquer, sinon, les multiples remaniements qu’il a lui-même fait subir à son œuvre: gommage des régionalismes dans les éditions successives de Menaud, des vocables à connotations religieuses dans L’Abatis, des métaphores luxuriantes dans les deux œuvres?Jules Tessier exemplifie ces manœuvres menées par l’écrivain et, s’il reconnaît aux deux premières une certaine légitimité (rajeunissement de l’œuvre, adaptation sociologique) , il condamne sans retenue la démétaphorisation: «[.I l’auteur y a non seulement délavé les coloris, mais encore javelisé les quelques passages d’où émanait une sensualité empreinte d’une spontanéité naïve, lamentablement corsetée par la suite, sinon carrément étouffée.» Relecture de l’œuvre de Félix-Antoine Savard aurait pu tourner à l'hommage sentencieux.Ce n’est pas le cas.L’ouvrage est honnête, critique et généreux de pistes d’analyse prometteuses.Le «Testament politique», qui pla- Savard lèucit pu Rcçet U Hoir* #t Juki* jtlilti Fides ¦ - |P^ SL ne comme une ombre décevante sur l’ensemble de l’œuvre, est assumé sans faux-fuyant par les invités à ce centenaire.«Malheureux», écrit à son sujet Yvan G.Lepage.Œuvre d’un homme du passé, ajoute Donald Smith, qui se sent néanmoins tenu de préciser que Savard combattait le «capitalisme outrageant».Jules Tessier, en conclusion, va même plus loin en écrivant que, «dans sa défense des petits et des humbles, sur le plan idéologique, Félix-Antoine Savard se situe résolument à gauche».Deux Savard, toujours.Celui de l’œuvre littéraire et celui du «Testament».J’ai relu, pour les fins de cette chronique, ce document controversé.Pathétique.Pas dans sa défense du fédéralisme, assurément naive mais motivée par une vision du Canada français que je partage à plusieurs égards.Non.C’est tout le reste qui désespère et dont j’ai déjà fait mention.Perrault, en ce sens, a tort et raison en même temps lorsqu’il crie à la trahison.D’ailleurs, il faudra revenir, un jour, sur une ambiguité majeure des harangues du cinéaste qui entretien lient la confusion dans l’identification de l’ennemi: l’empire envahissant dont il parle sans cesse peut-il vraiment englober, sans distinction ni nuance, des réalités aussi distinctes que les cultures canadienne et américaine?En attendant, les esprits littéraires trouveront matière à réflexion dans cet ouvrage commémoratif mais bien vivant.Quant à moi, je le confesse, je n’ai lu, de Savard, que son Menaud, maître-draveur et le fameux «Testament».Le style, trop uniment descriptif et surpoétique, m’a toujours éloigné de cet auteur.J’ai pourtant lu ces relectures avec plaisir.C’est ainsi: je viens de la littérature, surtout de son versant théorique; y retourner m’enchante encore.louiscornellier@parroinfo.net Le Québec: état des lieux JEAN CHARTIER LE DEVOIR D> entrée de jeu, dans la préface, Guy Rocher, l’ancien directeur du département de sociologie de l'Université de Montréal, tient à souligner le travail accompli par Robert Lahaise à titre de directeur des «Cahiers du Québec», qui comptent maintenant 123 titres, depuis la mise sur pied de la collection en 1971, dans ce qui était alors la maison d’édition de Claude Hurtubise.En s’entourant de 13 directeurs de sous-collections, ajoute-t-il, «Robert Lahaise a accompli avec une ténacité sans faille, accompagnée d’une bonne humeur et d'un humour de gentilhomme, une œuvre qui demeurera un brillant fleuron des Éditions Hurtubise».Tout comme son vis-à-vis publié depuis plusieurs années chez Fides, Québec 2000.Multiples visages d’une culture propose donc un état des lieux sur le Québec à partir de collaborations dans différents domaines.Jean-Pierre Wallot tente ainsi de faire une synthèse de l’histoire du Canada en 28 pages.En soi, l’entreprise est périlleuse.Parfois l’historien sort des sentiers battus des faits et risque une interprétation, comme dans ce passage sur la situation de 1763: «L’Angleterre pense canaliser les surplus de population des Treize colonies vers le Nord, et transforme la Province of Quebec en une colonie britannique, avec l’abolition des lois françaises et du régime seigneurial, avec l’abolition des lois françaises et du régime seigneurial ainsi que l’instauration des lois anglaises, la promesse d'une Chambre d’assemblée.» L’historien de l’École de Montréal rappelle pour sa part la tendance de l’historiographie canadienne-anglaise à insérer les insurrections de 1837 et 1838 «dans la trame whig de notre histoire: les Patriotes auraient agi comme agents d'accélération dans le processus d'obtention d’un gouvernement responsable pour les colonies».Il explique que le contexte évolue au Canada-Uni, lorsque la population du Canada Ouest et celle du Canada-Est «passent respectivement de 400 000 et 600 000, vers 1840, à 952 000 et 890 000, en 1851».Il y a alors un renversement du rapport j.Des Livres et des idées Le Violon Rouge Photographies de Jacques-Yves Gucia Entretiens avec le cinéaste François Girard par Éric Fourlanty Un superbe témoignage photographique « Ruban de rêve qui se déploie somptueusement, Le Violon Rouge est un film qui force l’admiration par la maîtrise de sa mise en scène et qui touche en profondeur par l’émotion que l’on sent palpiter au cœur de la machine.» Éric Fourlanty 160 pages • 27,95$ de force, qui va mener à l’avènement de la Confédération du Canada.Pour sa part.Normand Clermont fait le point sur l’archéologie préhistorique depuis la fondation du département d’anthropologie de l’Université de Montréal en 1961.Les recherches qu’on y mène sont pointues et on peut regretter l’absence de véritables synthèses en la matière.Du reste, la bibliographie ici proposée paraît fort mince.Le réputé anthropologue ajoute qu’on a «assisté à l’élaboration et à la fermeture d’un vrai programme d’initiation à l'UQAM».De son côté, Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec, s’en prend à la rétrograde Loi sur les Indiens du Canada, ce qui lui permet d’écrire: «Ainsi, les réserves, à une certaine époque, ont-elles été perçues comme des “camps de réfi(giés".» Enfin, Jean-Claude Dupont fait le point sur l’ethnologie et Réginald Hamel sur la littérature, dans une section intitulée «Un peuple, une littérature».Au terme de cette synthèse de 25 aspects de la culture québécoise, Robert Lahaise explique qu’il a tenté de démontrer au fil des ans ce qui la singularisait, tout en faisant état de certains échecs dans l’histoire du Québçc, tel celui-ci: «En 1864, la Nouvelle-Écosse abolit l’enseignement public du français, suivie en 1871 par le^Nouveau-Brunswick, en 1877 par l'île-du-Prince-Êdouard, en 1890 par le Manitoba, et en 1915 par l’Ontario.» Comme quoi les collaborateurs de ce Québec 2000 ne parlent pas tous la langue de bois.QUÉBEC 2000, MULTIPLES VISAGES D’UNE CULTURE Sous la direction de Robert Lahaise Hurtubise HMH, «Les Cahiers du Québec» Montréal, 1999,462 pages Le bilan par excellence VINCENT DESAUTELS Sans doute est-ce l’une des initiatives les plus heureuses issues du monde journalistique ces dernières années que cette rétrospective annuelle, tant politique, économique, sociale que culturelle, de la scène publique québécoise.Publiée dans les derniers mois de l’année, juste à temps pour l’heure de tombée des bilans de toutes sortes, la rétrospective annuelle — évidemment intitulée, pour la présente édition, Québec 2000 — a l’insigne avantage de nous arriver sous couverture cartonnée, ce qui lui confère une longueur d’avance sur les inévitables rétrospectives que ne manquent jamais de publier les quotidiens à chaque échéance de 365 jours.D’abord, celle-ci est déjà beaucoup plus complète; pour chaque domaine d’importance, de la variété à la justice en passant par la vitalité des régions, le lecteur y trouvera soit un rapport factuel des événements, soit une analyse en profondeur, soit les deux, dans bien des cas; plus de quatre cents pages bien tassées sont consacrées à la radiographie de l’année précédente, ou à tout le moins à celle des douze mois qui se sont imperturbablement succédé entre juillet 1998 et juin 1999.Bref, une belle petite brique bien épaisse, bien dense, qui a adopté le format idéal pour se conserver au delà du recyclage hebdomadaire où finissent d’ordinaire les efforts des pages quotidiennes.Parce que c’est bien là le but d’une telle publication; mis à part quelques textes incontournables qui tirent les grandes lignes de la pério- de couverte et qui les remettent en perspective, on ne vous demandera pas de lire Québec 2000 d’un bout à l’autre.Ce n’est certes pas un roman, surtout que quiconque a un tant soit peu suivi l’actualité récente en connaît non seulement les protagonistes, mais aussi les intrigues et leur dénouement, encore trop frais pour ménager de véritables rebondissements.C’est en tant qu’outil de référence que s’impose naturellement une telle rétrospective, qui permettra, à plus ou moins long terme, de revenir en toute confiance sur les événements qui ont fait ici au Québec la dernière année du siècle.Travail de journalistes Le ton général demeure d’ailleurs journalistique et aborde chaque domaine en relatant moments forts, chiffres significatifs et calendrier factuel pour ensuite, sauf exceptions, dresser un bilan plus approfondi, façon éditoriale.En ce sens, Québec 2000 ne diffère des autres rétrospectives que par son exhaustivité, d’autant plus que les collaborateurs se recrutent parmi les journalistes chevronnés de la presse écrite.Le lecteur habitué à ce quotidien y retrouvera les signatures des Stéphane Baillargeon, Mario Cloutier, Manon Cornellier, Jean Dion, Michel Venne, Bernard Descôteaux et combien d’autres éminents collègues du Devoir qui sont secondés, ne soyons pas chauvins, par nombre d’excellents collaborateurs extérieurs.L’édition de cette année se distingue néanmoins par des ajouts significatifs qui confirmeront son statut d’outil de référence obligé.Tant pour célébrer une cinquième année de parution que la conclusion du vingtième siècle, l’annuaire Québec 2000 élargit son bilan et embrasse cette fois tout le siècle, toujours dans une perspective québécoise.Il va sans dire qu’en une centaine de pages, cette rétrospective ne cherche pas à remplacer les livres d’histoire, mais il reste que ces survols, signés Jean-Jacques Simard, René Durocher, Paul-André Linteau et Gilles Marcotte, n’en proposent pas moins des points de vue avertis sur les grands axes retenus, à savoir société, politique, économie et littérature.Avec la mise à jour de l’étude du sociologue Simon Langlois sur les tendances de la société québécoise, l’édition 2000 de cette rétrospective annuelle en fait un outil indispensable et, surtout, plus complet que jamais pour comprendre l’actualité d’ici.Du moins jusqu’à l’an prochain.QUÉBEC 2000 Collectif, sous la direction de Roch Côté Fides Montréal, 1999,528 pages AMANTS Charles Foran Traduit de l’anglais par Dominique Issenhuth J ï K,nts '*>Ca «Foran aborde des sujets importants ici : la responsabilité personnelle ci politique, les dangers d’un certain tourisme culturel (.11 insouciance et l'innocence de l’Occident face aux pays moins heureux.[Il] ouvre aussi les portes à un Montréal moins connu de certains Québécois, une ville hybride où la langue n’est plus seule à déterminer I identité.Est-ce la ville de l’avenir?Elle est déjà présente dans ce roman.» David I tnmel.ht Presse LF.MÛ AC Cette semaine à CENT TITRES La question de l’identité est au cœur de l’œuvre de Neil Bissoondath.Son dernier roman Tous ces mondes en elle en témoigne de façon sensible.Une rencontre avec un auteur exceptionnel qui porte bien des mondes en lui.• Robert Lévesque s’enflamme pour le dernier roman de Mordecai Richler, Le Monde de Barney, maintenant disponible en français chez Albin Michel.• Quand à Zoomba, elle nous parle du dernier roman de Jean-Marie Poupart, On a raison défaire le caméléon.Les inconditionnels ne seront pas déçus : humour, ironie et tendresse sont au rendez-vous.Le magazine littéraire de Télé-Québec Animé par Danielle Laurin Mercredi 19h30 Rediffusion vendredi 13h30 nm Télé-Québec LE DEVOIR 1 I.K I) E V 0 I R .LES S A M E I) I ! S ET 1) I M A N C II E 1 !» I» E C E M B R E I !) !) il ^ Livres LE FEUILLETON Sous le ciel de Moscou LE THEME ETRANGER Sigismund D.Krzyzanowski Traduit du russe par Zoé Andreyev et Catherine Perrel Editions Verdier Lagrasse, 1999,122 pages «V os mots sont si résistants et si soudés qu’ils doivent pouvoir supporter cette charge sans être réduits au silence.» Un étrange destin a accompagné toute sa vie cet intellectuel polonais d’origine ukrainienne, débarqué à Moscou en 1922, qui s'enthousiasma pour la révolution, mais sans jamais y prendre part: Sigismund D.Krzyzanovski.Respecté par ses contemporains, cet auteur (1887-1950) n’a en effet jamais été publié de ^ôn vivant et c’est dans l'anonymat le plus complet et le plus grand dénuement qu’il a fini ses jours à Moscou.Dans son pays, il fallut attendre 1989 pour yôîr paraître un premier tome de ses œuvres, et 1992 pour la première traduction en français (Le Marque-page, chez Verdier).On a souvent comparé Krzyza-rtoVski à Jonathan Swift et à Edgar Allan Poe «à cause du caractère fantastique de ses œuvres, voire encore à Gogol ou à Boulgakov.J’y ajouterais pour ma part Vélimir Khlebnikov, ce fabriquant de néologismes et d’utopies fantastiques où le temps fait souvent figure d’acteur central.Le combat d’un homme libre En proie à une pensée vertigineuse et curieuse de tout, Krzyzanovski a trouvé son royaume dans la nouvelle, un genre qui lui a permis de multiplier les histoires et de déployer son imagination dans toutes les directions qui le sollicitaient.Et elles étaient nombreuses dans cette Russie bouleversée par la famine et la révolution — cette «accélération de faits que l’esprit ne parvient pas à suivre», comme il aimait à dire.Aussi ne sera-t-on pas surpris d’y voir à l’œuvre le combat d’un homme libre dans un monde inimaginable, aliénant, un monde où dominent le cauchemar et l’anéantissement de l’individu.Un auteur déroutant, protéifor-rrie, inclassable, qu’il faut connaître, Absolument! Nous trouvons dans ce recueil cinq nouvelles, dont l’une, la première, lui donne son titre.Dans la plupart d’entre elles, ce qui domine en- Jean-Pierre De n i s core une fois c’est le fantastique — cet art de nous raconter une histoire à partir de situations étranges, dérangeantes, angoissantes, bien souvent près du rêve ou du cauchemar, avec presque toujours des personnages qui nous mettent immédiatement en attente de quelque chose.Ces personnages sont d’ailleurs eux-mêmes pris dans les mailles d’un destin qui leur échappe et auquel ils tentent d’apporter une solution impossible.Dans la Russie des années 20-30, qui vit monter en force le pouvoir de Staline comme premier secrétaire du Parti (période couverte justement par ces nouvelles qui s’échelonnent de 1922 à 1931), il n’était certes pas facile d’être un intellectuel critique, un observateur lucide, voire cruel, de la scène politique et sociale.Et on peut comprendre pourquoi Krzyzanowski n’a jamais été publié de son vivant: il était beaucoup trop direct, beaucoup trop insistant et précis dans sa critique pour que la censure puisse le laisser tranquille.Qu’il ait enrobé ses récits dans les circonvolutions d’une fiction non réaliste n’y a rien changé, voire a dû les rendre encore plus suspects.On ne trompe pas une censure en prise directe avec le pouvoir paranoïaque, à l’affût des moindres signes d’opacité — signes par excellence qu’on a des choses à cacher.Mieux vaut laisser dormir en paix ses manuscrits dans de profonds et noirs tiroirs en attendant que l’orage passe.Il vient, heureusement, toujours un temps où l’écrivain a raison.Et puis, il y a aussi qu’il ne faut pas trop faire «confiance aux mots quand leurs auteurs sont payés».Enseigner la musique aux sourds de l’âme Le premier récit, Le Thème étranger, est tout à fait remarquable et nous plonge d’emblée dans une sorte de conte philosophique à saveur amère.Un homme aborde un écrivain attablé dans un café pour lui vendre une «conception du monde» conçue d’après une méthode stricte et sûre, qui répond «aux grandes questions.pour un petit prix».Devant les hésitations de ce dernier, et sans se démonter, il lui propose alors des aphorismes — «Je connais un monde où l’on marche aussi du côté soleil de la route, mais seulement.la nuit» ou «Fis en sorte que pas un buisson de laurier ne souffre par ta faute» —, jusqu’à ce que, à court d’argu- Pakepokemon! mais aussi, Pamuk.Pa Kin.et Pagnol.Librairie Gallimard : 3700 bouL Saint-Laurent, téléphone : 499-2012 Humanitas C«UX) MVûO iwr fxivjoff qtirhtfci**- GASTON MIRON : UNE PASSION QUÉBÉCOISE Axel Maugey Écrit avec passion et rigueur par un amoureux de la poésie québécoise, cet essai sur Gaston Miron permet de mieux découvrir celui qui fut et qui reste dans nos mémoires «l’homme rapaillé» du Québec et l’un des plus grands poètes de la francophonie mondiale.Essai, 128 pages, 21,00 î LA SURPRENANTE DIGNITE D'UN INCONNU QUI ÉTOUFFE ; ; Constantin Stoiciu ! Ce volume renferme dans ses pages des textes polémiques sur l'exil et ; : l'immigration, sur la culture, particulièrement la littérature, sur les ! fnédias et sur la manipulation d'une opinion publique paralysée par le 5 confort et l'abrutissement de l'immédiat.J Collection CIRCONSTANCES, 195 pages, 19,95 $ a*svt\vns >mnu I l itÿMP 990 Croissant Picard, Ville de Brossard, Québec, Canada )4W 1S5 Téléphone/Télécopieur: (450) 466-9737 • humanitas@cyberglobe.net 1 4» Y % imé&bk li T , ments, il lui demande tout simplement de quoi manger.Cet homme s’appelle Saül Sbutli (il pourrait tout aussi bien s’appeler Krzyzanovski.).Doué à l’évidence d’une extrême originalité, c’est l’homme du génie et du don, qui croit, par exemple, que puisque le soleil brille à crédit et prête ses rayons tous les jours à tout un chacun, il nous revient de lui rendre une partie de ce que nous en recevons en nous obligeant à avoir du «talent» (le peintre en peignant la couleur des choses, le musicien en transformant le chaos des sons en harmonie, le philosophe en contemplant le monde) ; qui croit aussi que, puisque les grandes choses comme les grands sentiments ne naissent que de la privation et de la séparation, il faut donc pratiquer, et systématiquement, la «séparistique»: séparer les couples, obliger les enfants à n’avoir de contact avec leurs parents que par téléphone, réduire le tarif sur les transports pour les personnes abandonnant leur famille, interdire aux amis de se reconnaître lorsqu'ils se croisent, voler les animaux domestiques à leur maître pour les leur rendre quand ils leur manquent le plus, de manière à.etc.Comme il dit, «on ne peut offrir que ce qui a été ôté» (qui sonne d’ailleurs étrangement comme la formule laca-nienne: «on donne ce que Ton n’a pas»).C’est encore lui qui voudrait exterminer tous les gens «sympathiques» parce qu’ils ne peuvent s’intéresser qu’à ce qui mérite compassion ou miséricorde et que, conséquemment, si la classe ouvrière veut attirer leur attention, il lui faut d’abord être vaincue.Logique implacable.«La logique et le gel sont parents, ça ne fait pas de doute.» Le rêve au service de la critique C’est fort, délirant, mais loin d’être farfelu.N’oublions pas que nous sommes ici au cœur de l’âme et de la pensée russes, et dans une grande tradition! Dans Itanasie, c’est Sigismund D.Krzyzanowski Le thème étranger l'histoire d’êtres étranges qui ne possèdent qu’une seule oreille, mais si grande qu'ils peuvent s’en envelopper entièrement.Obligés de s’exiler au-delà du cercle polaire («pays sans paroles ni cris») pour échapper aux bruits qui leur déchire le tympan, ils doivent d’adapter au froid, mais au prix du sacrifice de leur ouïe.Seuls demeurent en vie ceux qui cessent d’entendre «l’harmonie stellaire».Les allusions, toujours perceptibles, à la condition de l’homme russe dans sa nouvelle pensée politique et sociale ne manquent jamais de nous frapper, même quand elles s’avancent masquées.D’autres textes sont encore plus clairs là-dessus, comme Conversations: «Une vision du monde ne peut être un produit de consommation de masse»; «On peut aussi faire en sorte que les idées soient diffusées dans les esprits comme la lumière dans les lampes, à partir d’une centrale [.].Le seul problème, c’est que cette cérébroculture marquera la fin des plus grandes avancées scientifiques»; «Bref, la vérité a assez de pudeur pour ne pas se livrer à la collectivité»; «J’exige que les soixante-quatre modes du syllogisme qui m’ont été confisqués et nationalisés me soient restitués.» Sans parler de la très surréaliste nouvelle La Voie latérale, où les slogans et commerces idéologiques pullulent dans un monde où le rêve domine la réalité: «Tous unis pour l'industrie lourde des songes lourds!», «Livraison d’utopies en gros.Société fondée en.», «Gloire aux endormis», «Cours du soir de visions nocturnes», etc.Pour reprendre les mots de l’auteur, c’est la «supériorité de l'industrie lourde des cauchemars sur l’industrie légère — les songes dits agréables», car les seconds, n’est-ce pas, ne supportent pas le contact avec la réalité.Un auteur essentiel, doté d’un immense talent, et qu’on croit d’autant plus qu’il n’a jamais été payé pour ses mots, pas plus qu’il ne s’est jamais payé de mots.Pas cher.chez Verdier.denisjp@mlink.net LEMÉAC PB WUB POOR TOUS / Michel Vraii BDQ .Mptrfor* Act publication* de hortrirt ou Qvebtv :W »» C mi rxn BDQ Répertoire des publications de bandes dessinées au Québec coumt*/Bo(4al POUR AVOIR L’HEURE JUSTE A L’AUBE DU NOUVEAU MILLÉNAIRE Le seul annuaire économique et géopolitique mondial l’état • trace le bilan de l’année pour les 225 pays du monde • offre des analyses thématiques sur les tendances planétaires actuelles • la meilleure source d’information pour comprendre le monde d’aujourd’hui En collaboration avec LE DEVOIR CKAC75° 678 pages • 27,95 $ http://www.editionsboreal.qc.ca Boréal Qui m aimé me lue. xcerv maison Custiu Cil» CiHetti \> D« kontixk Cftdvlhrv* Questionner : I*» texte explicatif HISTOIRE DE L'ART EN OCCIDENT tîjSS?'' OC LANTlQUnt au si ai «m* CD ROMJ iororf Les Éditions LOGIQUES inc.En vente partout Distribution exclusive: Québec-Livres QUESTIONNER Déjà parus dans cette série : Questionner.le texte explicatif (2e cycle) le résumé (2e cycle) le roman (1er cycle) le texte narratif (1er cycle) le journal le texte descriptif (1er cycle) le texte poétique (1er cycle) GRÂCE AU CAHIER DE L’ENSEIGNANT •Vous trouverez les notions théoriques qui sont à la base de ce que vous enseignez.•Vous comprendrez constamment le lien qui existe entre les activités pédagogiques et le programme de français.•Vous cheminerez avec vos élèves tout au long de la lecture de divers textes.• Vous trouverez des occasions d’enrichir la culture de vos élèves et ainsi vous leur ferez traverser les frontières.•Vous pourrez prévoir l’intégration quotidienne de la grammaire plutôt que vous restreindre à des activités grammaticales hors contexte.•Vous aurez le contrôle sur ce que vous enseignez plutôt que vous abandonner (et abandonner vos élèves) à un manuel.GRÂCE AU CAHIER DE L’ÉLÈVE •Vos élèves maîtriseront la prise de notes (compétence transversale de tout premier plan).• Ils comprendront la place d’un texte dans l’univers des textes (notion proposée dans le programme).• Ils pourront «déborder» du texte lu pour rejoindre d’autres textes par diverses voies (l’écriture, Internet, la discussion, etc.).• Ils découvriront l’importance des mots et de leur organisation (la grammaire de la phrase et du texte, le lexique).• Ils termineront ce qu’ils auront entrepris comme activité d’apprentissage et connaîtront ainsi le plaisir du travail accompli en entier.Cahier de l'enseignant - 9,95 $ Cahier de l'élève - 4,95 $ C’est enseigner RÉPONDRE C’est apprendre » de Godelieve De Koninck : qui permettent un cheminement fascinant et productif à travers le programme de français au secondaire.Une maison où grandir.L’urgence de l’inventaire C’eut offrir un livre Flammarion.*ôu» 1 du Pr.Michel Leporrier Le - 3 CT IO N N Al RE MEDICAL de la Famille ENCYCLOPE MONDIALE L ENCYCLOPÉDIE DE MENUISERIE Flammarion : Dev livrer -padJ ions En 1867, avec l’acquisition du pavillon arabe, on ne pouvait pas trouver plus somptueux anachronisme en Allemagne à cette époque.Bien avant la mode du recyclage et du tout à l’écologie, certains fouillaient déjà un peu partout pour mettre la main sur des matériaux qui avaient surtout l’avantage d’être accessibles et bon marché.C’est le cas de Tressa Luella Prisbrey qui, pour ériger une maison qu’elle n’avait pas les moyens de faire construire, utilisa aussi bien des plaques d’immatriculation, des têtes de poupées, des bouteilles de verre que des écrans de télévision, le tout dans un amalgame de couleurs et de formes qui frise le hideux.Dans ce livre magnifique qui témoigne de la prétention des uns et de l’ingéniosité des autres, la palme de la bizarrerie et de l’extravagance revient sans aucun doute à l’Américaine Sarah L.Winchester, dont la demeure s’appelle, à juste titre, Winchester Mystery House.Veuve à 42 ans, elle hérita, en 1881, d’une fortune évaluée à plus de 20 millions de dollars.C’est avec cet argent qu’elle fit construire une maison dont l’architecture était «dictée par les esprit».D’ailleurs, afin de désorienter les plus malicieux, «elle a construit des escaliers qui mènent directement au toit, des verrières à même les sols, des murs derrière des portes».Avec ce genre de méthodes, nul doute qu’elle put dormir tranquille.Ceux qui rêvent d’habiter un palace, de flâner dans des jardins luxuriants ou simplement de faire pâlir d’envie leurs voisins trouveront dans Maisons excentriques tout ce qu’il faut, photographies, plans et anecdotes, pour nourrir leurs secrètes ambitions.Idem pour les plus téméraires, en pleines ruinovations» et qui n’en voient pas la fin.MAISONS EXCENTRIQUES Gustau Gili Galfetti Traduit de l’espagnol par Philippe Bataillon Editions du Seuil Paris, 1999,192 pages Attendu?Meubles anciens du Québec, le troisième volet de la trilogie consacrée consécutivement aux objets, antiquités et meubles anciens du Québec par l'historien, professeur d’histoire de l’art et grand spécialiste du patrimoine québécois Michel Lessard, était réclamé.A cor et à cri, d’abord par les pros de la belle vieillerie.Il n’y avait qu’à se promener début décembre au Salon d’antiquités de la Place Bonaventure pour le constater.Dans deux kiosques sur trois, le magnifique livre trônait, tout neuf, mais déjà pénétré de mille signets: sitôt reçu, sitôt utilisé.C’est comme si les meubles eux-mêmes l’avaient appelé du fin fond de leur mémoire: identifiez-moi! Sachez d’où je viens, qui m’a fait! Connaissez mon histoire! Jugez-moi à ma juste valeur! De grâce, ne me laissez plus filer entre les mains du premier antiquaire américain venu pour des chiquenaudes! En vérité, le Lessard, car on dira dorénavant le Lessard comme on dit le Robert, répond à un besoin criant.Pensez, depuis Les Meubles anciens du Canada français, ouvrage pionnier de Jean Palardy paru en 1963, que l’on espérait une telle somme.On l’a enfin: rien de moins qu’un volume grand luxe où place est donnée aussi largement aux plus magnifiques photos de nos meubles qu’à leur histoire, narrée en long et en large à travers in- MICHEL LESSARD Meubles anciens du Québec » U.HOMWC fluences, styles et techniques de fabrication.Mais il s’agit aussi, et peut-être avant tout, d'un livre de facture exceptionnelle, qui s’adresse autant à quiconque a déjà jeté un œil intéressé à une vieille armoire qu’à l’amateur d’art le plus pointu ou l’antiquaire le plus actif.Lessard est historien, certes, mais c’est aussi un séducteur: s'il explique, décrit, situe, relativise, il veut aussi que l’on voit et, si c’était possible, que l’on touche.D’où le soin maniaque apporté à la mise en page et à la reproduction photographique.Le plus souvent possible, les meubles sont montrés dans les intérieurs d’époque, retrouvés à l'aide de photos centenaires et d'extraits de catalogues de grands magasins ou reconstitués avec le concours de collectionneurs et de musées.Cela dit, aussi monumental soit-il, ce Meubles anciens du Québec a ses limites: les chapitres dédiés au meuble manufacturé, c’est-à-dire ce que l’on retrouve la plupart du temps chez les antiquaires ou dans les encans — les campagnes et villes ayant presque été vidées des pièces les plus rares et belles —, m’ont semblé un peu courts: l’approche Lessard privilégie le haut de gamme.Un guide des prix — simple brochure insérée, facile à mettre à jour — eût également été utile, à l'amateur comme au professionnel.Question de philosophie: l’historien pur et dur en Lessard se refuse à parler valeur mar- chande, et on le comprend.Parlons néanmoins d’une mission remarquablement accomplie: Lessard a donné au Québec son premier véritable livre d’histoire de l’art mobilier.Fréquenter ce livre, c’est aussi bien vivre dans la proximité des plus beaux exemples de meubles québécois qu’acquérir un savoir de spécialiste, permettant à n’importe qui de se débrouiller lors d’encans ou de ventes de succession.Même si, pour s’y référer, la brique fait un peu lourd dans la poche revolver.MEUBLES ANCIENS DU QUÉBEC Michel Lessard Éditions de l’Homme Montréal, 1999,544 pages Elles se fondent au paysage ou semblent surgir de nulle part mais elles mettent surtout en évidence la mégalomanie de leurs créateurs qui sont architectes, aristocrates, artistes, géants de la finance et parfois hurluberlus qui y ont laissé un peu de leur peau et de leurs économies.Pour le commun des mortels, avoir un toit relève d’abord et avant tout de la plus élémentaire nécessité; eux, ils ne font que pousser encore plus loin ce que prétendait l’architecte autrichien Adolf Loos: «Votre foyer se modèlera sur vous et vous sur votre foyer.» Dans Maisons excentriques, Gustau Gili Galfetti a retracé 24 personnalités de toutes les époques qui ont voulu faire de leur habitat un prolongement provocant d’eux-mêmes.Son regard s’est surtout concentré sur l’Europe de l’Ouest et les Etats-Unis, terrains fertiles pour de nombreuses audaces architecturales, pas toujours réussies ni.éblouissantes mais uniques en leur genre.D’ailleurs, pour Galfetti, toutes ces demeures, après la mort de ceux qui les ont imaginées, ne pourront devenir que «lieu du culte d’une personne et de son œuvre.Ce sont des univers trop personnalisés pour héberger d’autres personnalités que celle de leur créateur».Qui d’entre nous oserait occuper les espaces surréalistes de Salvador Dali et de Gala à Port Lligat, en Espagne, ou prendre ses aises dans la salle de cinéma du château californien de William Randolph Hearst?Dans chaque pièce, derrière «ne porte ou dans les jardins qui ceinturent et protègent ces forteresses de l’opulence ou de l’ascétisme, tout respire leurs angoisses, leur désir d’éternité mais aussi parfois leur mauvais goût.Car qui dit excentrique ne dit pas nécessairement raffiné ou élégant.Si certains ont des visions inspirées du bouddhisme, comme Edward James, qui fit de La Conchita un magnifique espace au cœur de la forêt vierge mexicaine, d’autres ont surtout voulu célébrer leur petite personne avec des moyens franchement démesurés.C’est le cas de l’insensible et insouciant Louis II de Bavière, pour qui le peuple n’était qu’une vision de l’esprit et qui passait le plus clair de son temps à rêver de reproduire dans sa cour les extravagances vues aux Expositions universelles de Paris.L'EDITION DU SIECLE 1 / Il / A ^ ¦ Préface .¦¦ * dfEïïsabeth Hadinior £ %, iY-Ai LE XXe SIECLE DES FEMMES FLORENCE MONTREYNAUD Les années au féminin de 1900 à 2000 Une chronologie illustrée des événements, des actions, des idées de celles qui onl marqué la vie politique, économique, sociale, culturelle, scientifique, familiale, sportive.Plus de 4 000 femmes citées Plus de 1 000 photos 832 pages Une référence unique 4e édition revue et augmentée N NATHAN AUX QUATRE VENTS de René Lévesque « On ne va pas oublier ce texte rapidemen Robert Lévesque, Un dimanche à la radio, SRC En 1946, après un séjour à Londres oii il fut correspondant de guerre de l’American Broadcasting Station, le jeune René Lévesque transmet à son ami René Constantine.au le texte d’un sketch radiophonique resté inédit jusqu'à ce jour.Sous forme de dialogue théâtral porté par le lyrisme de l’époque, les vents du Sud, du Nord, de l’Est, de l’Ouest croisent un homme en route vers l’au-delà.La conversation s'engage, dans laquelle prend forme la pensée politique de quelqu’un qui regarde l’humanité et l’histoire en visionnaire, au moment où le Québec s’appelait encore le Canada français.LEMÉAC '¦ 82800 1517 I) 14 I.E I) E V OIK.L’art emblématique du siècle MARIE CLAUDE MI RAN DETTE Il y a fort à parier que ce que les générations futures retiendront comme les manifestations artistiques les plus marquantes de notre siècle seront le design, le cinéma et la bédé.Non que les autres soient dénuées d’intérêt, au contraire.Mais ces trois domaines sont en quelque sorte nés avec le siècle qu’ils ont dominé.Le design, en particulier, allie comme pas un la sensibilité, les technologies et la philosophie capitaliste si caractéristiques de notre siècle expirant.Témoin, cet ouvrage de l’historienne du design Catherine McDermott, originellement publié en 1998 par Carlton Books en collaboration avec le Design Museum d'Angleterre.Ce livre ressemble étrangement au Design du XX siècle de Michael Tam-bini (Hurtubise HMH, 1997, édition originale chez Dorling Kindersley en 1996 sous le titre Look of the Century), ouvrage qui fut l’un des plus grands succès de librairie en design depuis belle lurette.Même sujet, même genre de mise en pages et de typo, nombreux objets identiques, etc.Ici, l’iconographie est moins foisonnante que chez Tambini.Par contre, chacun des objets illustrés fait l’objet d’une explication un peu plus substantielle que chez McDermott, quoique certains commentaires soient d’une similitude pour le moins surprenante.On y parle de mode, d’architecture, d’aménagement intérieur, de mobilier, d’éclairage, d’objets pour la maison, de transports, de typographie, de packaging, de publicité, de conununL cations, enfin, de tout ce qui touche, de près ou de loin, au design.Chaque chapitre s’ouvre sur un court texte général présentant les principales tendances et les divers exemples traités dans le chapitre.Puis, chacun des exemples fait l’objet d’un texte spécifique, bref mais pertinent.La section n° 13, intitulée «Perspectives», se veut une ouverture futurolo-giste à travers diverses visions élaborées par les plus célèbres visionnaires du siècle.Côté cinéma, Metropolis (1926) de Fritz Lang y côtoie Blade Runner (1982) de Ridley Scott et Things to Come (1936) d’après H.G.Wells.Côté architecture, la Millenium Tower de Foster Associates (Londres) fait de l’œil à l’Eden de Gromshaw & Partners (Londres) tandis que, dans l’univers des technologies de télécommunications, le scanner portatif de Philips joue du coude avec le Concept Home Facsimile de Tangerine.Mon objet futuriste favori: la superbe moto Eve Machina de GK Dynamics (Tokyo), un bolide aux formes suggestives à faire fantasmer un bloc de glace! Des objets d’une beauté envoûtante, de vieilles affiches publicitaires pour Olivetti, Air France et Volkswagen, des packagings pour Brillo et Ajax, enfin, tout le design du XX' siècle en images et en mots.Si vous avez déjà le Tambini, ce livre ne vous sera pas très utile.Mais si vous souhaitez acquérir une belle synthèse sur le design de notre siècle finissant, ce livre est un must\ Pour compléter le titre précédent, deux dictionnaires sur deux écoles d’une importance capitale dans cet art: les écoles Scandinave et italienne.Traduits de l’allemand et de l’italien, ces dictionnaires sont très complets et bien illustrés (surtout des photos noir et blanc).On y présente autant les designers marquants que les principales écoles, tendances et grandes marques, en ordre alphabétique.Des ouvrages qui s’adressent surtout aux gens du milieu.XXe SIÈCLE - DESIGN , Catherine McDermott Éditions E/P/A-Hachette Paris, 1999,400 pages DICTIONNAIRE DU DESIGN - SCANDINAVIE Bernd Polster Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary le Seuil Paris, 1999,384 pages DICTIONNAIRE DU DESIGN -ITALIE Claudia Neumann Traduit de l’allemand par Jeanne Étoré le Seuil Paris, 1999, 384 pages L E S S A M EDI 18 ET DI M A N C H E Livres BEAUX LIVRES I !» DÉ C E M B K E 1 !» t» (» Velâzquez Cmio^ot! i *¦ *!> Le peintre du vrai Litanies de la souffrance ordinaire De Séville où il naquit il y a 400 ans, Diego Velâzquez eut tôt fait de gagner Madrid, où il connut une ascension fulgurante sur laquelle nous renseigne son beau-père, le peintre Francisco Pacheco, dans El Arte de la Pintura.A 24 ans, il était promu peintre officiel par le jeune roi Philippe IV dont la fille, l’infante Marie-Thérèse, mariera Louis XIV en 1660.Deux longs voyages en Italie lui furent facilités par un souverain qui le mit à l’abri des soucis quotidiens et qui se montra assidu à son atelier.On s’accorde à dire qu’il rompit avec le formalisme des portraits de personnages célèbres: dans ceux de Philippe ÏV on saisit la lassitude, parfois la tristesse (jamais il n’est enjolivé).Le pape Innocent X se serait exclamé que son portrait était «trop vrai».Ce peintre a aussi donné ses lettres de noblesse à des scènes coutumières (bodegôn, nature morte; au sens littéral, cabaret), décrivant l’humble vie quotidienne: Les Buveurs, Le Marchand d’eau ou Vieille femme faisant frire des œufs.Il réussit aussi à insuffler un tour nouveau à l'art religieux.On lui doit l’un des rares nus de la peinture espagnole: Vénus à son miroir, ainsi que de nombreux portraits de nains et de bouffons de la cour madrilène.Sa renommée repose principalement sur Les Ménines (les demoiselles d’honneur), conservée au Prado, toile qui porte en reflet les portraits de Philippe IV et de la reine Marie-Anne et un autoportrait.Cette toile dans une toile est un procédé utilisé également dans Le Christ dans la maison de Marthe et Marie.Considéré comme l’ancêtre de l’impressionnisme, Je «peintre des peintres» (c’est Manet qui l’affirme) datait et signait rarement ses toiles.D’où l’importance d’un catalogue raisonné tenant compte des premières versions fies rayons X y parviennent) ou attributions douteuses.L’une des œuvres qui valut à Velâzquez les éloges sentis de Philippe IV traitait de «l’expulsion des Moriscos» (aujourd’hui perdue).Lôpez-Rey, décédé en 1990, a commencé son catalogue en 1963.D poursuivait le travail colossal d’un August L.Mayer auquel on doit un Catalogue raisonné (Londres, 1936).L’Institut Wildenstein et les éditions Taschen se sont unis, ce qui permet d’offrir un double album qui revêt l’allure d’une encyclopédie.Le XV1L siècle fut belliqueux, mais féru d’arts, et Rubens eut une influence décisive sur l’attachement de Velâzquez aux grands courants italiens.Voilà un peintre que, chacun à sa manière, Delacroix, Goya et Picasso ont admiré.Lôpez-Rey critique souvent les conditions dans lesquelles sont conservées les toiles, mais des travaux récents au Prado ont pu corriger certaines lacunes touchant l'œuvre de ce Sévillan génial qui avait un assistant mulâtre, Juan de Pareja, dont le portrait ira chercher 5,5 millions $ US aux enchères en 1970! Nous étions au début d’une spirale qui allait mener à une surenchère sur Van Gogh, Renoir et consorts.Ni Christie’s ni Sotheby’s ne connaissent l’art pour l’art.VELÂZQUEZ.CATALOGUE RAISONNÉ José Lôpez-Rey Éditions Taschen AVildenstein Institute Paris, 1999,588 pages La couverture de l’album agresse tout doucement le regard.On y voit une femme nue.Presque enfoncée dans l’angle d’un mur lézardé.On s’approche, on regarde.De longues cicatrices sillonnent son ventre blanc et un tatouage en forme de cœur semble s’acharner à remplacer celui qui devrait se situer au même endroit, sous sa peau laiteuse.A la cambrure de ses reins, on devine qu’elle est assise sur une sorte de tabouret, les épaules tirées vers l’arrière, offerte, ne cachant même pas l’insondable douleur inscrite dans la fosse noire de ses yeux.Ses bras sont lacérés de traits sombres.Son visage est d’une insupportable beauté.Et en prenant à peine un peu de recul, on sent déjà que l’amas confus et à peine esquissé de son sexe racontera bientôt toutes les atrocités du monde.Bien sûr, comme premier contact, c’est un peu spécial, mais on n’y échappera pas, aussi bien vous prévenir.Et lorsqu’on se met à lire les 13 petites nouvelles de Dan Frank, dont s’inspirent les dessins de Bilal, l’impression se confirme.Le siècle d’amour qu’on nous raconte ici est bien celui de tous les laissés-pour-compte, de tous les déracinés, de toutes les victimes des guerres de ce siècle, réfugiés errant au milieu de la bonne conscience commerçante du monde.Nus.Treize portraits de femmes, donc.Des femmes toujours nues.Toujours assises sur le même tabouret aux pieds griffus.Autour d’elles, les murs Illustration de Bilal pour la couverture de Un siècle cl’amour changeront de texture — des drapeaux rouges d’où coulent des filets de sang dans Octobre, évidemment, des fragments de pierres tombales dans Pogrom aussi, et des barbelés dans Holocauste — et les accessoires viendront chaque fois colorer de petits détails sombres la portion de siècle ayant ainsi torturé le corps de l'humanité souffrante que représente toujours symboliquement cette femme, toujours la même et toujours différente.C’est un livre terrible.Et terriblement beau.On connaît déjà Bilal depuis longtemps.Depuis la série de La Croisière des oubliés qu’il a faite avec Christin dans les années 70.Puis par ses propres bandes dessinées, ses films et ses scénarios illustrant toujours la version la plus quotidienne possible de l’Apocalypse.On sait qu’il a vécu à Sarajevo.Et qu’il n’oublie pas.Le revoilà qui vient nous proposer son univers douloureusement poétique sur des textes admirables de Dan Franck.Des textes qui vivraient fort bien seuls, d’ailleurs, et qui présentent une extraordinaire série de portraits de femmes.Tout comme les planches de Bilal qui suffisent à elles seules à créer cette indicible expression remplie de terreurs apprivoisées qu’on devine au premier regard sur la couverture.Alors, la fusion de ces deux univers crée un impact terrible.Vraiment.Ce n’est pas très jojo — ça arrive quand même parfois, non?— mais c’est déchirant de beauté et de lucidité malgré ce que l’on pourrait appeler le cynisme préalable qui a donné naissance à l’entreprise.Et, surtout, au titre de l'album.Quel «siècle d’amour», oui.UN SIÈCLE D’AMOUR Enki Bilal et Dan Franck Fayard Paris, 1999,118 pages Éric ZIMMERMANN On passe la soirée ensemble?r Rendez-vous à LA BOUTIQUE-LIBRAIRIE F nil A/M ICCE à l'angle des rues Crescent U U IVlUott et Sherbrooke j* MUSEE DES BEAUX-AHTS 'DK MONTRÉAL ! • ***** #TCV n tub •ÇTh#' e'- CO!*1 «ftfiXî* - Ça- V- SAINT-MARTIN 5000, n* axrfito, butsau 203 Montréal (Québec) H2H2S6 m : {514) 529-0920 Téléc.(514) 529-6384 jt-martin*QC.art.com ISBN : 2-89035-324-9 224 pages 29,95 $ LECLERC la raison du futur Préface de Gaëtane LECLERC Ftdltkjns^J?Didier ~ CARP5NUER SEDITIONS SsAINT-MARTIN Une région une histoire un livre.un cadeau ! Les Éditions de l'IQRC Les Presses de l'Université Laval -es Bas-Saint-Laurent Histoire en SOIVKLLK ÉDITION 192 pages 21,95$ l /
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