Le devoir, 25 janvier 2006, Supplément 1
INTERNATIONAL États-Unis, Haïti, Irak, Sri Lanka, Tchad, Venezuela NATIONAL Fusion UFP - Option citoyenne CULTURE Jeunes musiciens du monde U R N A L VOL.12 • NO.5 / FÉVRIER 2006 UN JOURNAL POUR UN MONDE DIFFÉRENT WWW.ALTERNATIVES.CA « Je reviendrai, et nous serons des millions » La prophétie de Tupac Amaru prend-elle forme en Bolivie?PHOTO DADO GALDIERI/AP/PC JM*1* tmf» pl Premier président élu directement par les suffrages, premier président autochtone de surcroît, l'élection d'Evo Morales, chef du Mouvement vers le socialisme (MAS) est inédite.L'appui des mouvements autochtones, paysans et ouvriers, qui ont chambardé la scène politique bolivienne au cours dès cinq dernières années, a certainement facilité la victoire de Morales dès le premier tour.Mais après avoir appuyé de façon critique ou circonstancielle la candidature de Morales, ces mouvements entendent bien surveiller de près le nouveau président.Avec une majorité absolue de 54 % des suffrages, nul ne peut nier le triomphe d'Evo Morales à l’élection présidentielle du 18 décembre dernier.La victoire de l'Indien ayma-ra-quéchua a laissé la droite pantoise.Elle prévoyait qu’Evo Morales serait élu avec une majorité simple, laissant au Parlement la liberté de nommer à la présidence l’un ou l'autre de ses adversaires.Mauvais calcul.Car à travers les nombreux soubresauts de la vie politique bolivienne des dernières années, la classe politique traditionnelle a perdu la confiance des Boliviens.La victoire d'Evo Morales s'inscrit dans une série de luttes populaires menées au cours des cinq dernières années.La «guerre de l'eau», lancée à Cochabamba en avril 2000, a menée à l’expulsion du consortium dirigée par Bechtel, qui avait quadruplé les tarifs en quelques semaines.Les cocaleros (cultivateurs de la coca), dont Morales a été l’un des dirigeants, se sont massivement soulevés pour combattre la politique de «tolérance zéro» imposée par la diplomatie américaine aux gouvernements précédents.Leur mobilisation conjointe avec les mouvements autochtones et ouvriers (principalement la Centrale ouvrière bolivienne) a mené aux renvois des présidents Gonzalo Sanchez de Lozada en 2003 et de Carlos Mesa en juin dernier.Les soulèvements populaires ont, de plus, forcé la tenue d'un référendum où le peuple Bolivien s’est largement prononcé en faveur de la nationalisation des hydrocarbures - la Bolivie possède les deuxièmes réserves de gaz du continent, après le Venezuela.La fin du colonialisme Le sens que les autochtones ont donné à cette élection est crucial.Plusieurs intellectuels ont déclaré que la «fin du colonialisme est arrivée».Même les voix dissidentes au sein du mouvement autochtone s’accordent sur ce point.Felipe Quispe, leader du Mouvement indien Pachakutik (MIP), a déclaré REPÈRES que «l'élection de Morales va changer radicalement la manière de gouverner».Pour la population pauvre et autochtone, Evo Morales constitue un espoir, dans un pays où le racisme a confiné les autochtones à l’exclusion politique, économique et sociale.«En Evo, je mets tous mes espoirs.Il faut que l’injustice se termine, nous avons le droit de vivre une vie comme les autres», déclarait le jour des élections une autochtone d’El Alto au micro de la radio Erbol.Confirmant ce désir, Morales affirmait qu'il ne décevrait pas ses concitoyens : «Par ce vote massif, c'est le peuple qui s'est exprimé.Nous avons l’appui et la force de ce peuple qui veut vivre avec justice.Ce n'est pas Evo Morales qui sera le gouvernement, ce sera vous tous.Le mouvement autochtone ne sera pas basé sur l’exclusion, mais sur l'inclusion.À partir de maintenant, nous allons en finir avec le mépris et la xénophobie.» Toutefois, l'appui accordé par un mouvement populaire fortement hétérogène ne sera pas gage de la stabilité politique des mois à venir.Sceptiques, certaines organisations ont tardé à se ranger derrière le MAS et son dirigeant.Les déclarations de Morales sur la «nationalisation responsable» des ressources ont inquiété Oscar Olivera, de la Coordination de l’eau de Cochabamba, qui a tardé à donner son appui au MAS.La Centrale ouvrière bolivienne (COB), après avoir appelé ses membres à s’oppo- BOLIVIE ser à la candidature de Morales, a parlé d'un «appui critique», à quelques jours des élections seulement.Felipe Quispe, du MIP, s'est même porté candidat à la présidence, affirmant qu'il n'apporterait son appui à Morales qu'au second tour, «par solidarité autochtone».Pour la population pauvre et autochtone, Evo Morales constitue un espoir, dans un pays où le racisme a confiné les autochtones à l'exclusion politique, économique et sociale.Ultimatum La stabilité politique des prochains mois reposera donc sur le respect des promesses faites à ce mouvement populaire.Déjà, la COB, la Fédération des paysans de la Bolivie et les regroupements d'El Alto ont donné à Morales un ultimatum de quatre-vingt-dix jours pour apporter une solution à l’épineuse question des ressources naturelles.Les revenus de l'État bolivien devront servir à financer les importants programmes sociaux promis par Morales lors de sa campagne électorale : la redistribution des terres, un nouveau système de sécurité sociale, notamment en santé, la transformation du système d'éducation, et un plan de développement productif basé sur la réciprocité et la complémentarité économique à l'échelle nationale.Des projets de loi devront également être élaborés afin de transformer le fonctionnement de l’État bolivien, longtemps contrôlé par les élites blanches du pays : la loi contre la corruption et l'impunité, ainsi qu'un plan de décentralisation visant à accorder aux régions un pouvoir de décision politique et administratif.Mais, surtout, la tenue d’une assemblée constituante, longtemps réclamée lors des soulèvements populaires, devra rassembler les nations autochtones et tous les secteurs sociaux afin de jeter les bases du nouvel État bolivien.À défaut de livrer la marchandise, le gouvernement Morales risque le même sort que les gouvernements antérieurs.État sous surveillance Le vote massif en faveur du MAS est également le résultat du ras-le-bol de la classe moyenne et d’une certaine bourgeoise, lasses de la corruption des politiciens traditionnels.Néanmoins, le gouvernement Morales n’aura pas la tâche facile.Les groupes sécessionnistes des provinces de Santa Cruz et Tarija, où se trouvent les riches réserves de gaz, n'entendent pas partager aisément avec les secteurs plus pauvres du pays.Les mouvements «civiques» qui y ont vu le jour viendront certainement tourmenter le gouvernement Morales.Un leader autochtone joue d'un instrument de musique traditionnel, alors que des dizaines de milliers de manifestants se rassemblaient à La Paz le 6 juin 2005 La «guerre du gaz» a contraint le président Carlos Mesa à démissionner Avec le vent de gauche qui souffle sur l'Amérique du Sud, les pays voisins de la Bolivie se sont certes réjouis de l’élection d'Evo Morales.Les relations que le nouveau gouvernement entretiendra avec ces pays seront déterminantes pour l'évolution démocratique et politique de la Bolivie.En particulier ses relations avec le Brésil qui, à lui seul, correspond à 20 % du l’IB bolivien et contrôle, par l'entremise de l'entreprise mixte Petrobras, 25 % des réserves de gaz du pays.La ville de Sâo Paolo dépend énormément de la Bolivie pour son approvisionnement en énergie.Le gouvernement Lula, pour qui l'intégration énergétique avec la Bolivie est une priorité stratégique, verra-t-il d’un bon œil le programme de nationalisation des hydrocarbures à venir?Ayant déclaré par le passé avoir «plus peur du Brésil que des États-Unis», Alvaro Garcia Linera, élu vice-président en compagnie de Morales, affirmait en octobre dernier : «Nous espérons que lorsqu'il s’agira d'hydrocarbures, le gouvernement brésilien n'adoptera pas une attitude d'intervention ou de pression, mais bien qu'il acceptera la souveraineté bolivienne1.» L'empressement de Morales à rendre visite à Fidel Castro et Hugo Châvez au lendemain de sa victoire ne lui a certes pas fait d'amis à Washington.Pas plus que sa déclaration «Yankee no, coca siP».La Secrétaire d'État, Condolleza Rice, a d’ores et déjà affirmé sa volonté de «surveiller» l'évolution du processus démocratique.Pour l'instant, Evo Morales, longtemps considéré comme un «narcoterroriste» par le gouvernement américain, s'est contenté d'affirmer qu'il est disposé à s'asseoir avec les États-Unis et à tisser des relations basées sur le «respect du pays».Reste à voir si les États-Unis auront la même attitude.Rosana Paniagua Mehumekes Entrevue donnée à Kaûl Zlbechl du International Relations Center, le 15 octobre 2005.1 Morales s'est engagé à combattre le narcotrafic, tout en développant des débouchés alternatifs pour les producteurs de coca, notamment en matière de médicaments thérapeutiques.1825 : Après une guerre d’indépendance qui a duré seize ans.le pays est nommé Bolivie en l’honneur du dirigeant révolutionnaire Simon Bolivar.1952 Le Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR) prend le pouvoir.Le président Victor Paz Estenssoro introduit le suffrage universel, nationalise les mines d’étain et procède à une réforme foncière à travers le Days.1964: Une junte militaire chasse e président Paz Estenssoro René Bamentos Ortufio et le Général Hugo Banzer Suérez se succèdent à la présidence.1967 : A a tête de l’Armée nationale de libération de la Bolivie.Ernesto Cbe Guevara est capturé par les Forces spéciales boliviennes et rapidement exécuté 1978 : Le président Banzer est forcé d’organiser des élections générales, non concluantes et marquées par ta fraude 1982 : L'éiection de Hemàn S es Zuazo.i’un des artisans de ta revolution de 1952, marque le retour à un gouvernement civil.En 1985.Paz Estenssoro est reconduit au pouvoir 1993 : La «thérapie de choc» du président Gonzalo Sâncbez de Lozada est marquée par des politiques de libéralisation et de privatisation.2000 : L'augmentation disproportionnée des pr r de eau potable entraîne les habitants de Cochabamba à livrer la «guerre de l’eau».Les vives révoltes parviennent à obtenir l'expulsion du consortium dirigé par la multinationale Bechtel, en charge des services d'eau.2003 : La volonté du goi /vernement Sànchez de Lozada d'exporter 1e gaz bolivien vers te Mexique et la Californie déclenche de nouvelles rébellions La •guerre du gaz» contraint te président Sànchez à prendre la fuite vers les Etats-Unis Juin 2005 : Non contents de ses pos tons quant à la gestion des hydrocarbures, les mouvements sociaux forcent te président Carlos Mesa à démissionner Brésil Pérou Bolivie »La Paz Tr'n,dad •Cochabamba 0*r Chdi Sucre Argentine 1 Santa Cruz Paraguay Décembre 2005 : Pour la première fois de l'histoire bolivienne, Evo Morales, un autochtone, remporte es élections présidentielles, dés te premier tour ¦NMMMNM» International défaite annoncée des États-Unis Irak : la En décembre dernier, les Irakiens allaient aux urnes pour la troisième fois en 2005.Contrairement à certaines attentes, cela n'a pas débouché sur un apaisement.En janvier, plus de quatre cent personnes ont été tuées, dont plusieurs soldats américains.À Washington, le président Bush est sur la brèche.Pour nous éclairer, nous avons joint le professeur Gilbert Achcar, auteur de l'essai politique, Le choc des barbaries.En quoi ces élections marquent-elles un tournant?Il y a une continuité parce qu'elles s'inscrivent dans le calendrier établi pour institutionnaliser la situation.11 y a rupture puisque, à l'exception de la faction extrémiste liée à Zarqaoui et des partisans de Saddam Hussein, les principaux groupes parmi les Arabes sunnites - y compris ceux qui sont impliqués dans l'insurrection -ont participé.Ils estiment qu'ils peuvent influencer l'évolution des choses de l'«intérieur», d'autant plus qu’une partie du leadership chiite leur tend la main.Pourquoi donc assiste-t-on à une intensification des combats ?Les Arabes sunnites s'attendaient à un meilleur résultat que ce qu'ils ont obtenu, étant persuadés de représenter plus des 20 % de la population que les estimations leur attribuent couramment.Le fait qu’ils sont minoritaires est dur à avaler pour eux alors qu'ils avaient toujours été dominants dans les institutions du pouvoir en Irak.En même temps, ils font pression.Us disent aux Arabes chiites : «Oui, vous êtes majoritaires, mais vous ave/, besoin de nous afin de légitimer votre pouvoir et stabiliser la situation».C'est ce que dit la principale coalition sunnite, le Front de la concorde nationale, avec au centre les Frères musulmans irakiens.Les sympathisants de cette coalition animent une partie de l'insurrection armée et se distinguent des baassistes et des intégristes fanatiques du type Zarqaoui.Comment expliquer les «succès» d'AI-Qqida en Irak?Zarqaoui n'a pas de base de masse.Les organisations politiques et religieuses sunnites s'en démarquent en dénonçant les attentats sauvages contre des civils.Par contre, la capacité militaire de Zarqaoui et de ses parrains d'Al-Qaida est indéniable et jusqu’à un certain point, cela est instrumentalisé par les sunnites qui continuent d'exercer leur chantage sur les autres factions.Par ailleurs, il ne faut pas sous-estimer la haine que l'occupation américaine continue de susciter dans le pays.Des milliers de jeunes Irakiens veulent se battre con- tre ce qu’ils perçoivent comme une agression coloniale.Les chiites sont-ils capables de construire un projet hégémonique?Ils sont 60 % de la population.Leur chef religieux, l'ayatollah Ali Sistani, est perspicace et modéré.Les trois principales factions politiques chiites - le Conseil suprême de la révolution islamique (CSR1), le Parti dawa et l'organisation du jeune Moqtada al-Sadr - sont toutes contre une occupation américaine.Sadr exige le retrait à court terme et réussit dans une large mesure à canaliser la révolte populaire contre le bradage des ressources et l'absence de services sociaux.Ce qui manque aux factions chiites est un projet de reconstruction nationale cohérent sur lequel elles puissent s'entendre.Un peu comme en Iran qui demeure leur inspiration, il n'y a pas de clarté sur ce qu'ils veulent faire, sinon une perspective nationaliste et religieuse qui, sans être aussi autoritaire que celle de Saddam, fait peur à beaucoup d'irakiens.Par ailleurs, les factions gèrent le pays comme un souk, où chacun dispose de «ses ministères», de ses milices, de ses zones d’influence.C'est inquiétant pour une partie de la population.Les partis qui se sont présentés sur une base laïque ont mal paru aux élections .Le principal groupe constitué sur une base non confessionnelle était coalisé par lyad Allaoui, probablement l'homme le plus détesté en Irak après Saddam Hussein.Pour les partis chiites, c'est un pion des Américains.Pour les sunnites, c'est l'homme qui a orchestré le massacre de Falluja en novembre 2004.Il faudrait mentionner également le facteur kurde.Les organisations kurdes se préoccupent de consolider leur quasi-État dans le Kurdistan.Certains s'opposent à cela, notamment Jalal Talabani, le chef d'une des deux factions kurdes et président intérimaire de la république irakienne, qui est plus sensible que son rival, Massoud Barzani, à la nécessité de bons rapports avec les Arabes.[Les Kurdes contrôlent de facto le Kurdistan sous la forme d'un «condominium» entre les deux principales fac- tions, l’Union patriotique de Talabani et le Parti démocratique de Barzani.Ils ont les forces armées les plus puissantes du pays après celles de Tarmée d'occupation.NDLR] Quelles sont les conséquences de tout cela pour l’occupation?Les États-Unis sont coincés.La situation militaire est symptomatique dans le sens qu'on ne peut pas dire que l’insurrection peut «gagner la guerre».Mais elle reflète le blocage politique du projet américain.Ce qui n'empéche pas les insurgés d'avoir des capacités.[Dans les quartiers sunnites de Touest de la capitale, la police quitte les lieux à 20 h par peur des rebelles.Plus à l’ouest, à Ramadi, la capitale de la province de Anbar, les insurgés ont repris de la ville en décembre pour un temps malgré la présence massive de Tarmée américaine.NDLR] Le vrai problème de Washington n'est pas tant avec la minorité arabe sunnite qu’avec les chiites.Lors d'une réunion au Caire en décembre entre les principales factions, tous ont demandé des États-Unis un calendrier pour le retrait des troupes.Washington est à court de moyens, sinon de légitimer l'occupation en se présentant comme l'«arbitre» qui seul peut «empêcher le massacre».Mais très peu de gens adhèrent à cet argument comme en témoignent les différents sondages.Quelles sont les options pour le Président Bush?Bush cherche à créer un consensus avec les démocrates.Même s'il admet les «erreurs» qui ont prévalu jusqu'à date, il affirme que le retrait des troupes serait une catastrophe immense pour les États-Unis qui perdraient un enjeu pétrolier considérable, mais aussi la face, non seulement en Irak, mais aux yeux de la Russie, de l’Union européenne, de la Chine et de l'Iran.Dans un sens, ce serait effectivement terrible pour l’empire américain.Aussi les États-Unis se conduisent comme une sorte de gros ours blessé, qui devient erratique et redouble d'agressivité.Ce qui pourrait relancer des aventures militaires ailleurs, même si les États-Unis n’ont aucune capacité d'envahir l'Iran, par exemple.La seule option réaliste, impensable pour Bush actuellement, est d'accepter la défaite et de présenter le retrait des troupes comme une «victoire».«The job is done», pourrait-il dire.Peu de gens croirait à cela, mais cela serait suffisant peut-être pour calmer les Américains.Propos recueillis f ar Pierre Beaudet La nouvelle guerre froide du président Bush Que réserve l'année 2006 pour l’administration de George W.Bush?Très bas dans les sondages (39 %), le président améncain aura beaucoup à faire en deuxième moitié de mandat afin de léguer à l'histoire l'image souhaitée.D'autant plus qu’au cours de la dernière année, l'arrogance et l’incompétence démontrées lors de la gestion de la crise provoquée par l'ouragan Katrina ont dévoilé les véritables pieds d'argile de son gouvernement Plusieurs signaux ont fini par nous dresser le portrait d'une administration et d'un président qui se croient au-dessus de la Constitution.Aux mensonges sur la présence d'armes de destruction massive en Irak s'est ajouté l'utilisation de la NSA (Agence de sécurité nationale) pour espionner les citoyens améncains.Et la liste des ennuis causés par l'entourage immédiat du président ne cesse de s'allonger : Lewis «Scooter» Libby, conseiller du vice-président Dick Cheney, forcé de démissionner après avoir révélé l'identité d'une agente de la CIA, Valerie Palme; — des soupçons planent toujours autour de Karl Rove sur cette affaire; Tom Delay, leader de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, a dû, quant à lui, démissionner suite à des accusations de fraude et de conspiration; enfin, la mise en accusation du lobbyiste Jack Abramoff, proche de l'administration Bush, vient compléter le scénario.L'Irak demeurera au centre du programme politique pour 2006.Il ne faut toutefois pas s'attendre à un virage majeur, même si Donald Rumsfeld a projeté de retirer 7000 soldats en cours d'année.Au contraire, il faut plutôt prévoir un durcissement du discours, qui martèlera sans aucun doute la nécessité de mener la guerre au terrorisme.«Nous faisons face à un ennemi qui se répand de l'Espagne à l’Indonésie», affirmait récemment le vice-président Cheney.On peut même s'attendre à ce que le gouvernement améncain renforce le parallèle entre la lutte au terrorisme, «nouvel ennemi du peuple», et la lutte anti-communiste.Ainsi, le gouvernement américain pourra renforcer sa légitimité auprès de sa population et de ses alliés internationaux, basée sur l'engagement des États-Unis à répandre la «démocratie» à travers le monde.Ce durcissement du discours vise trois résultats : d'abord rappeler que George W.Bush est le président de la liberté et de la démocratie.Du même coup, on espère pouvoir créer un parallèle avec Ronald Reagan, toujours très populaire auprès de l'électorat américain, et son rôle dans la lutte anti-communiste et la chute de l'Union soviétique.Enfin, on vise à répandre l'idée que les adversaires démocrates sont tout aussi modérés dans la lutte anti-terroriste qu'ils l'étaient dans la guerre au communisme.Les stratèges Dick Cheyney et Karl Rove espèrent ainsi voir George W.Bush passer à l'offensive et regagner la confiance de la population.D'autant plus que l'année 2006 sera marquée par d'importantes élections : les Américains auront à élire l'ensemble des 435 représentants de la Chambre, ainsi que le tiers du Sénat et le 2/3 des Gouverneurs.En fonction des hauts taux d'insatisfaction des électeurs envers l'administration républicaine, il importe pour celle-ci de renverser la situation.Mais pour plusieurs républicains, Bush est plutôt perçu comme un boulet.Sa baisse de popularité déteint sur l'ensemble des candidats.C'est pourquoi Rick Santorum, sénateur républicain en réélection en Pennsylvanie, a déjà envoyé le message à George W.de rester chez soi! Les démocrates demeureront-ils sur la défensive, comme c'est le cas depuis leur défaite en 2004?Les compromis recherchés lors des nominations des juges John Roberts et Samuel Alito Jr.à la Cour suprême semblent indiquer que oui.Prudemment, les démocrates visent d'abord une majorité au Sénat en 2006, qu'ils voient comme un tremplin pour préparer le terrain de leur candidat en 2008.S'ils réussissent, les démocrates auront la mainmise sur l’agenda de la politique étrangère américaine.Ils auront également le pouvoir d'enquêter sur les mensonges utilisés par l'administration Bush pour justifier la guerre en Irak et sur l'espionnage de citoyens américains par la NSA - deux sérieuses violations de la Constitution.La stratégie républicaine visant à définir une nouvelle «guerre froide» anti-terroriste est donc primordiale pour contrer les adversaires démocrates aux élections de 2006.Le contrôle du Congrès tout comme le coup d'envoi pour une réélection aux présidentielles de 2008 en dépendent.Ça promet! Donald Cuccioletta L'auteur est membre de l'observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques (UQAM).En Haïti, la faillite agricole est contre-nature PHOTO PATRICK ALLEYN Ipsas#' 'vi'# Les campagnes haïtiennes sont ruinées par la déforestation, l'érosion et la désertification.Autrefois largement exportateur de produits agricoles, Haïti doit aujourd'hui importer ses aliments.Malgré la détermination des militants du secteur rural, un plan national de sauvetage des terres arables fait défaut.«Dans le Plateau central d'Haïti, la montagne était tellement boisée qu'un clcieur pouvait y perdre une vache», su souvient Uhuv.mnes Jean-Baptiste.Aujourd’hui, ce militant rural de 58 ans voit sa terre natale dépérir.«le suis originaire de Bassin-Zim, un lieu touristique qui était très beau.Mais ga Test moins chaque jour», constate-t-il avec regret.Une cascade d’eau se des erse dans le réservoir formant une piscine naturelle «Le bassin est désormais ensablé.|.j.Dans les montagnes de Bassin-Zim.eh bien.1 les arbres n'existent plus.Même les oiseaux que je connaissais quand j étais entant, on ne les \xnt plus», déplore cet agronome qui a consacre sa vie aux luttes pas saunes et au reboisement d’Haïti.Récipiendaire en 2005 du Fris de la Fondation Goldman pour l'environnement.Chavannes Jean-Baptiste a fonde le Mouvement Paysan de Papaye fMPPl, il s a 32 ans.pour enseigner l'agriculture durable dans les campagnes 1 organisation canadienne Deseloppemcnt et Paix soutient cette association qui a repique 20 millions de plants ou d'arbres fruitiers pour fixer les sols et ainsi combattre la desertification.M lean-Baptlste s’inquiète pour l'agriculture de son pass, autosuffisant au plan alimentaire jusqu’en 1^72.11 en appelle au sauvetage de l’environnement d'Haïti, déboise à Q8 % à cause de l'usage du charbon de bois comme combustible.Haïti importe son riz et.son sucre! Camille Chalmers, lui, s'emporte chaque fois qu’il aborde la question de la dépendance alimentaire d Haiti.Le secrétaire executif de la Plate-forme haïtienne de plaidover pour un développement alternatif (PAPDAJ, un partenaire de l’ONG Alternatives, dénonce la déréglementation du marché et «les politiques brutales de liberalisation ayxint sape la capacité de l 'agriculture nationale à nourrir la population».«Maintenant, nous importons de plus en plus de denrées des Etats-Unis et SS V de notre consommation alimentaire depend des importations, même le sucre».s'indigne cet intellectuel de terrain, à la tète d'un réseau d’une dizaine d'organisations populaires.«En 1995.le Fonds monétaire international (FMI) a contraint Haiti à faire passer ses taxes douanières sur le riz de 35 à 3 'V.favorisant ainsi le dum- ping du riz américain», subventionne à 72 %.Les 50 000 producteurs de riz haïtiens ont été mis à genoux, conclut M.Chalmers.Oxfam International dénonce la situation: «Aujourd'hui, trois plats de riz sur quatre consommes en Haïti proviennent des États-Unis.Les benefices de Riceland Foods of Arkansas, la plus grande usine de riz au monde, ont fait un bond de 125 millions de dollars en 2005» grâce, notamment, aux exportations vers Haïti et Cuba.Montagnes surpeuplées En Haiti, la majorité des terres est dispersée en exploitations de petite dimension sur lesquelles travaillent des paysans sans titre de propriété.«Si vous risquez d'etre chasse au bout Aux Gonaïves, une mère s'est installée avec ses enfants sur le toit de sa maison, remplie de boue après le deluge de l'ouragan Jeanne en septembre 2004 de six mois, vous n 'avez aucun intérêt à planter des arbres qui seront prêts dans six ans», remarque Camille Chalmers.«Sans sécurité foncière, les paysans ne sont pas motivés à investir.C'est pourquoi le mouvement social haïtien revendique une réforme agraire.» En outre, souligne le porte-parole de la PAPDA, les plaines sont sous-peuplées, en Haiti, et les montagnes, surpeuplées.«C’est un héritage du XIXe siècle, dit-il.Les planteurs utilisaient les plaines pour les denrées d’exportation.Alors, l'agriculture vivrière a dû se réfugier sur des terres de moins bonne qualité ou dans les montagnes qui ne sont pas normalement cultivables.» «A cause de la surpopulation dans les montagnes, les paysans arrachent les plants de café - une culture pourtant adaptée d la montagne - pour les remplacer par des cultures alimentaires.comme l igname, la patate, le mais.Ces plantations de cycle court sont très érosi-ves, nous apprend M.Chalmers.Elles affectent la terre arable qui part vers la mer.Les zones de pente devraient être des zones réservées de boisés.Ces terres s appauvrissent et les bassins v ersants s’érodent.Alors, la dégradation des montagnes menace au surplus /'agriculture en plaine.' Chaque armée.15 millions de m' de sol sont emportés à la mer», s'inquiète Camille Chalmers.Associer les arbres au milieu de vie Michel Boulay coordonne, dans le bassin de la rivière de Nippes, dans le sud du pays, un projet d'agrofores-terie d’Oxfam-Québec 11 raconte : «Lors Je la séparation du territoire avec la République dominicaine, Haïti a hérité de pratiquement toutes les montagnes Je Die» 11 faut reboiser ces montagnes, mais, croit-il, en faisant participer les paysans grâce à une approche plus large de développement local.«Des projets de reboisement ont eu cours dans les années 1990, soutenus notamment par la USAID, Tagence de coopération des États-Unis», évoque Michel Boulay.«On a engagé des milliers de travailleurs pour lutter contre le chômage — on appelle ça des programmes à haute intensité de main d'oeuvre.» Mais après, les gens, poussés par l’extrême pauvreté et l’absence d’électricité dans plusieurs régions, recommencent à couper les arbres pour en tirer du charbon de bois.«Il faut plutôt associer les arbres au milieu de vie des paysans», croit-il.Dans le projet de Nippes, tout comme dans les projets inspirés par Chavannes Jean-Baptiste plus au nord, on encourage les familles à planter des arbres fruitiers, qui vont générer des revenus, et d'autres variétés qui vont protéger les potagers, par exemple.Les arbres vont couper les vents.Les racines vont garder l’eau dans la terre, empêcher l'érosion des sols et augmenter le rendement de la terre.«Le projet de Nippes, c’est ce qu'il faut faire, plaide Camille Chalmers, mais il ne faut pas juste des petits projets ici et là.Il faudrait une mobilisation avec une stratégie globale.» Chavannes Jean-Baptiste travaille aujourd'hui comme conseiller sur des projets de pépinières dans la région des Gonaïves, ville submergée par l'ouragan Jeanne en septembre 2004.Les montagnes dénudées — véritable paysage lunaire — n'avaient pu retenir Peau des pluies torrentielles qui s'étaient déversées sur la ville.• Quand je traverse la Savane désolée pour me rendre aux Gonaïves, dit-il, il y a la poussière qui vous couvre, ça me rappelle le Sahara au Burkina Faso.Si on ne met pas I environnement en priorité.tous les autres investissements seront vains, car que ferons-nous si nous n avons plus de pays dans 50 ans?» Patrick Alleyn Reportage réalisé avec la contribution financière du gouvernement du Canada, par l’entremise de l'Agence canadienne de développement international (ACDI).PAUVRETE Fl DEFORESTATION • Près de 80 % de la population haïtienne n'a pas accès à l'électricité.• L'utilisation du bois et du charbon de bois totalise 80 lk> de la consommation énergétique du pays.Elle est aussi la principale cause de la deforestation en Haiti.Les augmentations des prix du pétrole de 2005 ont augmenté cette tendance.• Entre 10 et 20 millions d'arbres sont coupes par année.• Les forêts ne représentent plus que 1.4 V du territoire En WSO, elles couvraient 25 % de la surface du pays.• Le taux «le deforestation annuel est de 0,7 %.• Le revenu moyen des paysans haïtiens est de 115 S par an.• L'ouragan Jeanne a causé 1000 morts, principalement dans la region îles Gonaïves. 3 Tchad Les jours sont comptés pour le président Déby °HOTO DAVÜPGllKEY DETROIT FREE PRESS i PC Des combaftanfs du Sudanese Liberation Army, l'un des groupes rebelles présents au Darfour L'année 2005 fut des plus difficiles pour le président tchadien, Idriss Déby.Les défections au sein de son parti, de son gouvernement et de l'armée se multiplient.Certains d'entre eux ont formé plusieurs groupes rebelles bien armés, stationnés aux limites du Darfour.Et, dernier coup dur, Déby a perdu les derniers versements du projet pétrolier financé par la Banque mondiale, totalisant 124 millions (dollars US), après avoir modifié dans la controverse la loi sur l'utilisation des revenus pétroliers.Alors que perdure la crise humanitaire au Darfour, où les combats entre les milices Janjaweed et les groupes d'insurgés soudanais ont provoqué le déplacement de plus .d'un million de civils, de nouveaux groupes rebelles tchadiens viennent envenimer la crise.Décidés d’en finir avec le régime d'Idriss Déby, ils lui reprochent son népotisme, et tentent de tirer parti de l'isolement d’un président critiqué de toute part.Malgré la résistance de l’armée tchadienne, plusieurs villes et villages sont sous leur contrôle, accentuant une crise humanitaire déjà catastrophique.Récemment critiqué par l’ONU pour laisser transiter des armes destinées aux rebelles soudanais du Darfour, le gouvernement tchadien accuse aujourd'hui le Soudan d’appuyer les dissidents tchadiens.Différents acteurs régionaux ont été interpellés, que ce soit Mouammar Khadafi, médiateur dans cette nouvelle crise, ou la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC).Une rencontre du CEMAC a d'ailleurs eu lieu le 4 janvier dernier pour aborder cette situation instable qu’engendrent les multiples agressions armées et l'afflux massif des réfugiés soundanais en territoire tchadien.A la sortie de la réunion, la CEMAC a exprimé sa •profonde préoccupation au regard de l’ampleur et du caractère récurrent des attaques et autres incursions d’éléments armés au Tchad, ainsi que de leurs répercussions éventuelles sur les autres pays membres de la CEMAC, notamment sur la République centrafricaine.» Amis d'hier, ennemis d'aujourd'hui L'origine du pouvoir tchadien est étroitement liée à la crise actuelle.En effet, le coup d’État qui a porté Déby au pouvoir s’était préparé à l'est du pays, d'où provient la majofité des dirigeants tchadiens, d'origine za-ghawa.Ce coup de force a été soutenu par le président soudanais Omar Hassan Al-Bachir, encore à la tête de l'actuel gouvernement à Khartoum.Anciens alliés de Déby, les groupes armés zaghawa composent maintenant la majorité des insurgés tchadiens, terrés à la frontière soudanaise.Ils critiquent, entre autres choses, les nombreux problèmes engendrés par la mauvaise gestion des ressources financières.Alors que le gouvernement peut compter sur une importante rente pétrolière, la population tchadienne vit dans la misère.Le paiement des salaires tardent constamment, et les investissements promis en santé et en éducation n’ont pas encore vu le jour.Les insurgés n'ont surtout pas apprécié les modifications constitutionnelles qui permettront à Déby de briguer un troisième mandat - la Constitution antérieure le limitait à deux.Soumis à un référendum qui a été largement boycotté par la population en juin dernier, les changements ont néanmoins été entérinés.Son état de santé se détériorant, Déby doit toutefois changer sa stratégie, lui qui tente maintenant d'assurer sa succession par son fils, Brahim Déby.Jouer avec le feu La menace que représente les rebelles ont forcé Déby à renforcer sa sécurité.Afin de dégager les ressources financières nécessaires, le président a dû modifier la loi portant sur la gestion des revenus pétroliers.La rente des puits du sud du pays, dont la production doit atteindre 200 000 barils par jour pour les trente prochaines années, ont depuis 2003 doublé les revenus du gouvernement.La loi en question obligeait celui-ci à investir en santé et en éducation, tout en conservant 10 % des revenus pétroliers pour les générations futures.En modifiant cette loi, Déby contrevenait aux accords signés avec la Banque mondiale.Celle-ci a donc pris la décision de cesser ses versements au Tchad et de geler certains comptes bancaires reliés au projet.Considéré comme le plus important investissement en Afrique subsaharienne, le projet d’exploitation du pétrole tchadien a été approuvé par la Banque mondiale le 6 juin 2000.Le projet est sous l'égide d’un consortium constitué par Exxon Mobil, Chevron et Petronas.Aux veux de Paul Wolfowitz, nouveau président de la Banque, ce projet devait être un modèle de gestion et de bonne gouvernance.Les récentes actions du gouvernement s'ajoutent néanmoins à une longue liste de reproches adressés par la société civile tchadienne.Ces 124 M$ en moins creusent le gouffre économique à l'intérieur duquel le Tchad se retrouve.Les caisses du gouvernement sont vides, sa dette extérieure ne fait qu'augmenter et la corruption règne partout dans le pays.Eu effet, le Tchad a été désigné le pays le plus corrompu de la planète, selon le rapport 2005 de Transparency International, ex aequo avec le Bangladesh.Alors que les tensions entre le Tchad et le Soudan atteignent leur pa row s me le Tchad a décrété en décembre Tétât de belligérance avec son voisin le Sommet rie l’Union africaine (UA) se tient cette semaine Ta rencontre a bel et bien lieu à Khartoum, malgré les vives protestations du président Déby.La tradition à l'UÀ veut que l'hôte du sommet annuel soit élu president pour l’année à venir.Tes délégués ont plutôt choisi Denis Sassou-Nguesso du Congo-Brazzaville, évitant ainsi de voir le président soudanais Al-Bashir à la tète de cette organisation qui compte 6000 soldats dans son propre pays.l’ilium; Vu i.EN DIRECT DE CARACAS Dynamiques vénézuéliennes au FSM Cette semaine à Caracas s'ouvre le Forum social mondial polycentrique.Dans ce pays d'Amérique du Sud, un grand processus de transformation que d'aucuns qualifient de révolution est en cours.Les changements sont bel et bien perceptibles : dans les barrios, l'armée distribue des aliments; des étudiants parcourent ces quartiers pauvres pour en finir avec l'analphabétisme.Dans ses discours, le président Hugo Chévez s'attaque sans réserve aux riches du pays et à l’impérialisme étasunien.Un nouveau champ de possibilités est ouvert : celui d'un autre monde, tout comme le suggère la maxime du FSM.Fractures Malgré ces indices, la société marchande suit son cours apparemment normal.La coexistence de ce régime marchand et du processus de transformations en cours est source de tensions sociales qui provoquent une forte polarisation.D'une part, la majorité pro-Chàvez, réunie autour de ce président qui occupe un espace immense de la sphère politique, défend le processus bolivanen cœurs et âmes.D'autre part, l’opposition au changement utilise toutes les armes possibles - aux sens propre et figuré - pour abattre ce régime.L'opposition défend les principes d'un capitalisme reposant sur la propriété privée.La fracture entre les antagonistes est palpable.Un exemple parmi d'autres : les producteurs de café ont récemment décidé de cesser la distribution des précieux grains pour faire augmenter les prix régulés par le gouvernement.En réponse, Chévez a déclaré publiquement qu’il était prêt à nationaliser ce secteur de production.Contre le profit privé, le gouvernement propose l’étatisation.Toutefois, c'est sans doute dans son besoin de repenser les transformations que doit être analysé le processus vénézuélien.En effet l'économie, qui repose depuis le début du siècle dernier sur la rente pétrolière, n’a pas favorisé le développement d'organisations ouvrières et communautaires.Ainsi, le fort mouvement d'appui à Chévez ne repose pas sur la force d'une organisation populaire consolidée.Le pouvoir populaire n'est pas inexistant pour autant.Les grandes manifestations spontanées, qui ont joué un rôle de première importance dans le sauvetage du président qui subissait un coup d'État en 2002, démontrent une force importante du mouvement populaire.Voilà dans quelle société se déroulera le chapitre vénézuélien du Forum social mondial polycentrique de cette année.Pour poursuivre la lancée glorieuse de ce forum inclusif des alternatives au néolibéralisme, l'édition de 2006 aura lieu non pas dans un, mais dans trois pays : le Mali, le Pakistan et le Venezuela.Grèce à son principe initiateur, le forum vise à générer des échanges et des débats entre les alternatives sociales développées partout’ Il se veut un espace démocratique et ouvert où les partiapants sont les artisans des activités qui s’y déroulent Le Forum est ainsi mondial puisqu'il attire des militants des quatre coins du giobe, et sa démocratie réside non seulement dans la liberté qui est accordée aux participants, mais également dans la diversité qui les caractérise.Il est tout à fart approprié que le FSM, dont la devise rappelle qu’un autre monde est possible, se déroule au cœur d'un processus de transformation, celui du Venezuela.Toutefois, il laissera également place à une foule d'autres activités n'ayant pas nécessairement d’accointances avec la situation locale.Si le forum est mondial parce qu'il est un processus qui se multiplie et attire des partiapants des quatre coins du globe, il est aussi un évènement localisé annuellement dans un pays particulier dont les conditions en influencent l'organisation pratique.La dynamique particulière du Venezuela saura laisser sa marque.Cest une nouvelle épreuve pour le FSM qui doit aussi être mondial par sa capacité à se déplacer d'un pays à un autre.Des précédentes éditions du forum, seule celle de 2004 eut lieu à l'extérieur du Brésil : en Inde.Le succès de ce transfert marquait une étape L’articulation du forum à la dynamique vénézuélienne en marquera une autre.La simple transmission, depuis le Brésil, du savoir pratique nécessaire à l'organisation d-un tel événement n’est pas une mince tâche, mais elle est en voie d'être réussie, et la tension entre le caractère mondial du processus et sa réalisation locale, en vote d'être résorbée.Thomas Chiasson-L£B: .Militant étudiant Thomas Chiasson-LeBe! travaille à Caracas avec le comité organisateur du Forum depuis décembre où d a été mandaté par Alternatives fOrUM s sOClaL^ miNDlaL t ¦iï« j Difficile reconstruction ou Sri Lanka PHOTO PATRICK ALLEYN ¦PP” Trincomalee, Sri Lanka — Début janvier, dans le café branché Barefoot de la capitale Colombo, des travailleurs humanitaires espagnols, italiens et suisses attendent chaque jour les rapports de sécurité de leur bureau chef.Ils travaillent à la reconstruction post-tsunami, à Trincomalee, sur la côte est du Sri Lanka.Mais depuis l'assassinat par l'armée de cinq étudiants tamouls sur la plage de cette ville, puis l'explosion d'un bateau de la marine nationale et les grèves politiques {hartals) lancées par les différentes communautés, on les a retirés du terrain.Après deux semaines de paralysie, le 16 janvier, les travailleurs humanitaires reviennent à Trincomalee.Dès le lendemain, deux coordonnateurs de chantier rentrent en tremblant au bureau de Caritas, un réseau d’organisations catholiques qui inclut LONG canadienne Développement et Paix Ils ont été pris au milieu d'une attaque contre un autobus militaire perpétrée par des tireurs non identifiés Ces assauts presque quotidiens font craindre aux ONG un retour de la guerre entre les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LITE) et l'armée sri lankaise, à majorité cinghalaise.Le cessez-le-feu conclu en février 2002 est de moins en moins respecté.Après l'indépendance obtenue de la Grande-Bretagne en 1948, le Sri Lanka, un État dominé par les Cinghalais, a multiplié les mesures discriminatoires à l’endroit des minorités du pays, en plus d'encourager une politique de peuplement des régions tamoules par la majorité cinghalaise.Créés en 1976, les Tigres revendiquent un État indépendant pour la minorité tamoule, qui représente 17 % de la population.Le tsunami du 26 décembre 2004, loin de consolider la trêve, a exacerbé les différends autour de la distribution de l'aide dans les régions rebelles Caritas participe au Sri Lanka à la reconstruction des 96 000 maisons détruites par le tsunami À Trincomalee, où le conflit dégénère en affrontements entre civils issus des communautés cinghalaises, tamoules et musulmanes, le réseau Caritas redémarre un chantier de 320 maisons pour la communauté musulmane de Kinnrya.Au milieu des ruines laissées par le raz-de-marée, les ouvriers coulent les fondations des premières maisons.De l'autre côté de la rivière, des Tamouls refusent de quitter un terrain pourtant identifié pai le gouvernement local pour la construction d'autres maisons destinées à la communauté musulmane.Certains squatters tamouls auraient menacé de recourir a la violence si Ton cherchait à les déloger.Vivant dans des huttes de fortune depuis dix ans, tes gens sont médusés de voir ces belles maisons neuves, résistantes aux intempéries, leur passer sous le nez.Frappés par la guerre, et non par le tsunami comme leurs voisins musulmans, ils ne peuvent bénéficier de l'aide a la reconstruction.•En 1995, Tannée nous a ordonné de quitter notre village situé dans une zone des Tigres, explique M Parthepan.Nous nous sommes installés ici, et nous ne bougerons pas.» Cette situation, largement répandue dans les zones de reconstruction, a poussé certaines ONG a faire du lobbying auprès du gouvernement sri lankais afin d'intégrer les déplacés de guerre dans les plans de reconstruction post-tsunami.Il reste a en convaincre les donateurs.•Les OSfi comme Oxfam essaient de travailler autant dans le Sud (cinghalais) que dans le Nord-Est (tamoul et musulman)», explique la Ganadiennt* Joan Summers, directrice d'Oxfam Grande-Bretagne au Sri Lanka.»Nous avons aussi bâti des abris et fourni Teau potable dans les territoires des Tigres tamouls.Et nous plaidons pour intégrer les déplaiés de guerre.Il faut une approche équitable poio laides les tviwiiunaules, sinon nous créerons des tensions.» Vinothinl Thampapillui dirige un programme de consolidation de la paix à Iricomalee.L'animatrice de Caritas organise des activités culturelles et sportives pour rapprocher les communautés.Dans son album photo, elle montre un moine bouddhiste, une jeune tamoule et un chrétien célébrant ensemble le nouvel an cinghalais et hindou Mais lorsque qu'on lui pose des questions sur le conflit, elle tourne nerveusement les pages de l'album et change de sujet.La guerre impose ici le silence.Le regain des tensions ces derniers mois laissent malheureusement croire à un possible retour de la guerre Rare tamoul au sein du gouvernement, le ministre Lakshman Kadlrgamar était abattu a son domicile le 12 août dernier.T.n novembre, Mahinda Rajapakse remportait la présidence du pays, avec le soutien non négligeable des radicaux cinghalais hostiles aux négociations avec les indépendantistes.Puis, au cours de la nuit de Noel 2005, des tueurs abattaient Joseph Pararajasingham, député de l'Alliance nationale tamoule, la vitrine politique des LITE.Des médiateurs norvégiens sont attendus cette semaine pour relancer les pourparlers Les ligres réclament une administration intérimaire dans le nord-est du pays, avant de pouvoir négocier un État fédéral une proposition pourtant rejetée par le nouveau président lors de sa campagne électorale L'exemple de l'Indonésie pourra-t-il inspirer les belligérants sri lankais?Au lendemain du tsunami, le processus de paix avait été réactivé entre le gouvernement et les rebelles de la province d'Audi, dévasté par la catastrophe, Les accords de paix signés Tan dernier et la pacification de la région qui en a résulté ont grandement facilité les efforts de reconstruction.La poursuite des attentats au Sri Lanka contraste également avec l'entraide démontrée par plusieurs civils au lendemain de la vague meurtrière.-C'était du jamais vu», raconte Sl-vasuthan, coordonnateur d'Oxfam a Trincomalee.-Iles Cinghalais débarquaient dans les refuges tamouls avet vêlements et nourriture; des soldats de la Special Task force risquaient leur vie pour sauver des Tamouls; des combattantes Jigrcs portaient dans leurs bras des femmes musulmanes».Les dirigeants, au Parlement comme dans les territoires rebelles, seront-ils enfin sensibles a ces gestes de solidarité7 Patrick Au.f.yn Reportage réalisé avec la contribution financière du gouvernement du Canada, par l'entremise de l'Agence canadienne de développement international (At.DI). Points de vue 4 Billets 6(7 Courtemanche Ouf! Voilà ce qui pourrait résumer ma réaction aux résultats de l'élection.Il est deux heures du matin, Stephen Harper vient de terminer son discours et je crois que nous pouvons tous aller dormir sans faire de cauchemars.La catastrophe n'est pas imminente, mais elle se dessine.Premier constat : Stephen Harper est doté pour un an ou deux du meilleur outil dont on puisse disposer pour faire une campagne électorale.Il va gouverner et il gouvernera pour la prochaine élection, essayant tant bien que mal de museler ses hordes évangéliques et sécuritaires.Son objectif est clair : poursuivre sa percée au Québec.Une ligne pour l’Ontario dans son discours, mais des paragraphes entiers sur le Québec, le déséquilibre fiscal, une allusion à René Lévesque (pas reprise en anglais), le Québec fort dans un fédéralisme renouvelé, etc.Stephen Harper a crevé lundi une partie de la baloune du Bloc québécois, et il le sait.La montée des conservateurs au Québec, c'est essentiellement la défaite du Bloc.Ses électeurs nationalistes autonomistes fondamentalement conservateurs qui se trouvent enfin une maison qui leur ressemble.Duceppe ne s'est pas trompé et, dans son discours, il a relancé la campagne électorale.Ce qu'on sait en tout cas c'est que ces dizaines de milliers d'électeurs qui ont fui le Bloc n'étaient pas des progressistes.Deuxième constat : jamais les libéraux n'ont obtenu si peu de suffrages des électeurs francophones au Québec.Bien sûr, les commandites.Mais c'est surtout le prix qu'ils paient pour le mépris constant.Emportée dans ce mépris malheureusement, Liza Frulla qui, autant à Québec qu'à Ottawa, fut une infatigable et exemplaire ministre «des cultures».A court terme, les plus grands perdants de ces élections sont les artistes.Les conservateurs ont à ce sujet la pensée américaine.La culture relève du domaine privé selon eux.Ils s'en remettent à Pier Karl Péladeau et à Star Académie.Troisième constat : obnubilées toujours par la question nationale, les forces progressistes au Québec font peu de progrès, éparpillées qu'elles sont dans le Bloc, les libéraux, le NPD et les Verts.Nous découvrons que le nationalisme n'est pas par définition progressiste puisqu'il peut mener à voter pour Stephen Harper.Léo-Paul Lauzon a fait un score admirable dans Outremont, mais le NPD est le principal responsable de cette incapacité de percer alors que le goût était au changement.Lui qui est né au Québec devrait bien savoir la différence, la singularité de cette province.Pourquoi ne parvient-il pas à convaincre son parti que le Québec est la Catalogne du Canada?La semaine dernière le Parlement espagnol a adopté une loi qui octroyait à la Catalogne le statut de nation.Mais sur ce sujet, malheureusement, Henri Massé de la FTQ a raison : le NPD est dominé par des centralisateurs.Quatrième constat : je n'aimerais pas travailler dans l'industrie du bois d’œuvre.M.Bush possède un nouvel allier.Je n'aimerais pas non plus être la planète.Stephen Harper s'en fout.Mais, gros problème en vue pour le nouveau premier ministre : un nouveau cas de vache folle a été découvert en Alberta et la majorité des producteurs de bœuf sont dans cette province.Oups! Cinquième constat : le NPD a fait des progrès énormes en termes de sièges, 29 au lieu de 18, sans toutefois que la proportion du vote néo-démocrate ne connaisse une croissance comparable.Je crois que c’est une victoire qui camoufle un grand problème.Le NPD souhaite-t-il être à jamais l’aile gauche et pensante du Parti libéral?Si oui, il retombera quand les libéraux auront retrouvé leur âme.Ce sera malheureux car c'est le seul parti qui fait une véritable place aux femmes.Combien de femmes élues pour le NPD et combien pour le Bloc québécois?Consultez les résultats et vous serez surpris.' Sixième constat : Paul Martin s'en va.C'est un cadeau pour le pays et le Parti libéral.C'est finalement la meilleure nouvelle de cette élection.Quant à la pire nouvelle, c’est la réélection de Bozo-le-clown-Lapierre qui met au défi Harper de respecter son engagement sur le déséquilibre fiscal.Bozo! Sous Paul Martin, le déséquilibre fiscal n’existait pas.Sharon, homme de paix?Michel Warschawski ParCQUWnt la presse israélienne et internationale, on a l’impression que l'hémorragie cérébrale qui a affecté Ariel Sharon aurait eu le même effet, ou presque, que les deux balles tirées par un jeune juif extrémiste ayant coûté la vie à Yitshak Rabin il y a dix ans : la fin d'un processus de paix.L'assassinat de Rabin avait mis un terme au processus d’Oslo, tout comme l'accident cérébral de Sharon mettrait fin à l’engagement du premier ministre envers une paix israélo-palestinienne - un engagement entamé avec le retrait de l'armée israélienne de la bande de Gaza et le démantèlement de quelques douzaines de petites colonies.Bien au contraire.Quand on lit les nombreux discours et les entrevues données par Sharon aux médias au cours des trente-cinq dernières années, spécialement depuis qu'il est devenu premier ministre en 2001, on y retrouve une vision politique extrêmement constante et cohérente, restant explicitement la possibilité même d’une paix entre Israël et les Arabes.En fait, Sharon est le premier dirigeant israélien depuis David Ben Gourion qui peut être résumé en quatre points : • La guerre de 1948 n’est pas encore terminée et les frontières finales d’Israël ne devraient pas être fixées; • La pnonté d'Israël est de créer une continuité juive de la mer Méditerranée à la nvière du Jourdain, de bout en bout; • Afin de préserver démographiquement la nature juive d'Israël, les Palestiniens doivent être exclus de cet État soit par expulsion («la Jordanie est l’État palestinien»), ou encore en les enclavant dans des réserves (townships) qui, s'ils le veulent, peuvent être désignées d'«État palestinien»; • En l’absence d'interlocuteur, puisque aucun Arabe ne fera la paix avec Israël, la création de l'État palestinien et la définition de ses frontières et de ses droits ne pourront qu'être décidées unilatéralement par le gouvernement israélien.Le «retrait unilatéral de la bande de Gaza» devait être la première étape d’un protêt stratégique à long ternie.Après les élections, Sharon voulait entreprendre de nouvelles initiatives unilatérales : l’établissement de nouvelles colonies, tout en se retirant de certaines localités palestiniennes.Sharon avait en effet un plan global, mais qui ne peut définitivement pas être étiqueté de plan de paix.Ce devait être une initiative israélienne, imposée unilatéralement au peuple palestinien.Avec la fin de l’ère Sharon, on peut légitimement se demander si ce plan demeurera le cadre de référence de la stratégie israélienne.La disparition politique de Sharon représente néanmoins un énorme bouleversement.Monopolisant la scène politique des dernières années.Sharon a été le seul dmgeant en niesure de quitter sa formation, le Likoud, et d’établir en quelques semaines un nouveau parti (Kadima) dont on prévoyait qu’il allait recevoir plus de votes que le Likoud et le Parti travailliste rassemblés.Pour une majonté d’Israéliens.Sharon était l’homme personnifiant le nouveau consensus basé sur la sécunté et ce qu'ils considèrent être des «initiatives unilatérales de paix».Le problème de Kadima réside dans le tait qu’il s'agit d’un parti d'un seul homme, une structure devant donner à Sharon, et à lui seulement, les moyens d'exécuter ses politiques, Kadima na aucun programme et sans Sharon, il ne reste qu'un groupe de déserteurs de chacun des partis politiques israélien, de l'extréme-droite à la gauche sioniste Les prochaines élections doivent avoir lieu en mars, et les dingeants de Kadima n’ont que peu de temps pour définir leurs positions politiques et se doter d’une direction capable de convaincre les électeurs qu'ils ont les capacités d'accomplir les objectifs de Sharon, sans lui.La scène politique israélienne se retrouve ainsi dans une situation sans précédent, et personne n’ose prédire la situation au lendemain des élections Les Palestiniens doivent-ils se réjouir d’un tel fouillis?Pas nécessairement.Comme un porte-parole palestinien le mentionnait récemment «choque oouwrnenient israélien tente de se procurer une crédibilité sur le dos des Palestiniens* L'auteur, loumaliste israélien, est aussi un militant pour la paix, fondateur de Alternative Information Center (AlO à Jérusalem.CÎA MW< A îAGfJALé lA L|cp^ pe Tout twTE P ’APM£$ pe T>ç
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