Le devoir, 11 février 2006, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI II ET DANSE Réinventer le corps Page E 4 D 1 M A X (HE 12 FÉVRIER 2 0 0 0 CINEMA Une allégorie danoise sur la violence de l’Aniérique Page E 8 LE DEVOIR EXPOSITION Autoportrait avec bobines Des cinéastes remontent des extraits de films québécois pour tendre une œuvre-miroir à leur société STÉPHANE BAILLARGEON Ah! la question nationale.Un vaste programme, comme dirait l’autre.Une idée phare, une obsession, un invariant de la pensée québécoise, un concentré pur jus de notre wel-tanshauung rien qu’à nous.Pourtant à bien y penser, le thème est loin de maculer les productions culturelles.La question a été expulsée des planches il y a très, très longtemps.Elle n'intéresse pas la fiction télé.Dieu merci, sauf erreur, il n’existe aucune chorégraphie sur le sujet.Le grand écran n’est pas en reste.«De ce point de vue, l’histoire du cinéma québécois se divise en deux», explique le cinéaste Denis Chouinard, qui a passé les dernières semaines à visionner des kilomètres de films traitant — ou ne traitant pas — du thème.«C’est d’une simplicité déconcertante.La question nationale est le ciment fondateur de la cinématographie québécoise du début des années 1960 à 1980.La cause se retrouve dans tous les films de fiction et dans d'innombrables documentaires.Après le premier référendum, le problème est complètement balayé des écrans.Le cinéma se tourne vers le Québec inc., la planète, les problèmes écologiques, n ’importe quel sujet sauf celui-là.Il faudra attendre la fin des années 1990, avec un film comme No de Robert Lepage, pour voir le thème réapparaître un peu, puisqu’il situe l’action en 1970, au moment des événements d’octobre.» Le monomaniaque Pierre Falar-deau constitue évidemment l’exception notable, le réalisateur à'Octobre et des Elvis Gratton creusant encore et toujours son siDon.Ce bœuf imperturbable travaille patiemment sa terre promise.«R n 'est pas représentatif, corrige M.Chouinard.Pierre Falar-deau n'appartient à aucun courant, au contraire de ses prédécesseurs qui formaient des cohortes interrogeant la québécitude.* Les deux «autres» Ces reflexions surviennent apres quelques jours passés en salle de montage.Le résultat sera présenté en primeur dans le cadre de LAven-ture cinéma (no.québécoise), début mai.au Musée de la civilisation de Québec (MCQ).L’exposition ambitieuse tiendra l'affiche pendant une année et demie.«C’est un travail muséologique de type identitaire, précise Cécile Ouellet, chargée de projet au MCQ.Avant de traiter du cinéma, nous avons monté des expositions sur la chanson québécoise, le téléroman d’ici ou le hockey Chaque fois, nous avons voulu tendre un miroir VOIR PAGE E 2 ALTO PORTRAIT Après le premier référendum, le problème est complètement balayé des écrans 24es Rendez-vous du cinéma québécois SOURCK KCNDI Z VOUS OU CINIiMA QUÉBÉCOIS - ¦rt Attiser le feu d’une histoire d’amour ODILE TREMBLAY Au cours des cinq dernières années, on a cru, d’une fois à l’autre, que la lune de miel entre les Québécois et leur cinéma était circonstancielle.Ça reposait d’abord sur le succès de Séraphin, puis sur celui des Invasions barbares et de La Grande Séduction.Mais la flamme refusait de s’éteindre.En 2004, les films-locomotives ne soutenaient plus seuls la cote d’amour, alors que plusieurs œuvres — dont aucune vraiment dominante — se partageaient les faveurs publiques.Au regard des nouveaux records d’audience de l’année 2005 (18.1 % de part de marché pour nos films, en hausse constante), les observateurs n’osent plus désormais lancer «C’est à cause de C.RAZ.Y.» Le phénomène dépasse manifestement l’impact d’un seul film.Notre septième art, d’abord confidentiel (4 % de parts de marché peu ou prou il y a cinq ans), est devenu très fréquenté.Le bonheur des uns.Les Rendez-vous du cinéma québécois surfent sur cette vague déferlante.Apres tout mieux vaut pour un festival, se coller a un franc succès que de faire tapisserie avec une cinématographie en quête d’elle-mème.Oui, le milieu de notre septième art a de quoi célébrer dans la liesse.La directrice de la manifestation, Ségolène Roede-rer.admet que le succès du grand écran s’est nourri en partie de celui du petit Les vedettes de la télé ont traverse du côté du cinema, y exportant leur popularité.Autres facteurs favorables: des budgets de promotion accrus pour les films maison depuis cinq ans.la conquête des régions, une filmographie de plus en plus diversifiée, une confiance retrouvée des créateurs dans leurs forces, des attentes phis grandes de la part des spectateurs avec pression féconde sur les créateurs.A tous ces facteurs, ajoutez un zeste d’imponderable.-Les gens ont été emballés par les films à succès et ont continué à fréquenter leur cinéma», résume Raymond Bouchard, porte-parole des Rendiez-vous depuis l’an dernier Pendant qu’on s’autocongratuk, le milieu du film JACQUES GRENIER LE DEVOIR La directrice de l’événement, Ségolène Roederer iÈk français s’arrache les cheveux.La part des films en provenance de l’Hexagone en nos terres a chuté en proportion de nos succès nationaux.l.a tarte francophone est occupée par nos films sur les grands écrans du Québec.Le vent souffk- de notre bord.Autant en profiter Sur la scène internationale, les films québécois circulent dans les festivals, mais aussi dans les cinémas commerciaux à l’étranger.«C.RAZ Y.a été vendu dans 48 pays, fait remarquer Denis Chouinard, prési- dent des Rendez-vous.Un film de genre comme Saint-Martyr-des-Damnés a trouvé preneurs au japon et au Brésil.Notre culture s’exporte.» De cette dynamique, donc, les Rendez-vous sont ravis de recueillir les fruits.Du 16 au 26 février, ils accueilleront 150 réalisateurs, acteurs et artisans de notre septième art, plus le public, bien entendu.Seront projetés 198 films, primeurs et réchauffé de l’année, tous genres confondus, films d’acteurs, d’animation, documentaires, en long et en court, avec des tables rondes, des ronds-points de discussion, où divers themes seront abordés: le doublage, les tournages a Cjuébec, le succès persistant de notre cinéma, etc.Ségolene Roederer se dit particulièrement Here de la convivialité des rencontres.«L’industrie et les petits cinéastes indépendants trouvent une tribune d’échange au Bistro SAQ 1m fête est pour tout le monde Des liens se tissent.» Stars et débutants s’y trouvent côte à côte le temps d’une manifestation.Portés par de pareilles conditions gagnantes, les Rendez vous tablent sur le succès du Bistro a la Cinémathèque, courtisent les médias, veulent ratisser une large audience, évacuer davantage l’étiquette du petit milieu replié sur lui-même.Rendez-vous multiples Que faire aux Rendez-vous?Il y a d’abord la revue de Tannée, avec les films qu’on a manqués.Même les cinéphiles les plus actifs ont raté des oeuvres, surtout dans les champs du documentaire, de l’animation, du court métrage, si ma] diffusés.Ségolene Roederer se dit ravie de représenter Les Etats nmdiques de Denis Côté, film chouchou de la dernière édition, célébré ensuite dans plusieurs festivals.Place aussi aux primeurs.les films d’ouverture et de clôture Que Dieu bénisse l’Amérique, de Robert Morin, une mosaïque de regards sur la peur et le crime, et De ma fenêtre sans maison de Maryanne Zéhil, sur l’exil et la mémoire D’autres tongs métrages de fiction sont lancés: Tous la outra sauf moi d’Ann Arson, sur le choc de la maternité, Hiver de Chartes Barabe, abordant la quête de liberté, et Steel Toes de David Gow et Mark Adam, sur le choc des cultures.VOIR PAGE E 2: CINÉMA QUÉBÉCOIS jf \ E V 0 I H , LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 FÉVRIER 2 0 0 6 Culture Rouler carrosse Odile Tremblay Il y avait un monde fou dimanche dernier à l’expo Catherine la Grande au Musée des beaux-arts de Montréal, lit cohue totale avec piétinement d’usage.De peur d’être reconduit manu militari, nul n’osait même frôler les entrelacs baroques du fameux carrosse du couronnement.On se contentait de se rincer l’œil sur le velours grenat, les angelots peints, les lions sculptés, les roues royales.Sans oublier la grosse couronne au pic du véhicule, sorte de cerise plantée sur ce gâteau.Beau?Pas beau, le carrosse?On avait tellement lu partout que, fragile, difficile à transporter, le véhicule entreprenait un dernier voyage avant de regagner son cocon au Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg.lit question de son esthétisme devenait déplacée.Témoin précieux, visiteur de la dernière chance, monument mobile chargé d’histoire à respecter comme tel.Soit! Quand même.Assez pompier, réflexion faite, à contre-courant du goût de Catherine de Russie pour le néoclassicisme plus sobre, conçu avant son régné afin d’impressionner les serfs et les nobles de Saint-Pétersbourg au passage de la glorieuse majesté.On ^’impressionne à notre tour aujourd’hui, forcément.Ebahis, bousculés par la foule, les prunelles en mode clignotement Le dou de l’expo n’est pas sa plus belle pièce.Qu’importe?In monarchie demeure au Québec un concept incongru.Alors les fastes de Catherine II de Russie au XVII?siècle semblent issus d’un univers parallèle, insolite comme un conte de fées.D’ou l’éblouissement Qu’on se déplace en Europe jusqu’à eux ou qu’ils se transportent ici, les trésors royaux au luxe extrême nous laissent babas.On n'a pas été élevés parmi les vestiges de ces empires-là.Cette expo, dans l’ensemble vraiment impressionnante, devrait fracasser chez nous des records d’affluence.Plusieurs des toiles que Catherine de Russie, grande collectionneuse devant l’Eternel, a acquises à travers toute l’Europe, souvent fort belles, trônent sur leurs cimaises.Ajoutez au menu des meubles gravés et dorés, des services de porcelaine au bleu lumineux, des tabatières ornées de pierres précieuses: l’environnement d’une reine.Place au tour du palais disparate, étourdissant Mais que de questions sans réponses.Intrigante figure, que celle de Catherine de Russie.On aurait aimé mieux cerner le personnage, à travers les panneaux explicatifs de cette expo.Un texte laisse entendre qu’elle avait sans doute participé à l’assassinat de son mari pour accéder au trône.Information à peine lancée, jamais commentée.Au sein des cours d’Europe, cette souveraine fut considérée comme une régicide et une dangereuse arriviste.Mais son caractère d’acier trempé, sa passion pour les arts, sa volonté de transformer Saint-Pétersbourg en centre névralgique de haute culture, ont fait oublier de son vivant plusieurs de ses écarts de conduite, semble-t-il.On se gratte aujourd'hui la tête, intrigués.Le régicide, après passage du temps, semble réclamer de plus belle notre indulgence.Quelque chose nous échappe.Comme un regard posé sur la morale du temps et du lieu.Assassines ou non, les grandes figures féminines de l’histoire ont tout pour fasciner.De nos jours encore, si peu de femmes parviennent à gravir les hauts sommets du monde politique.Alors autrefois, dans la Russie impériale.Ça prenait une personnalité de feu, des nerfs d’acier, la fibre mégalomane, la morale élastique et une énergie sans faille.En lisant à travers les lignes et les dorures de l’expo, on imagine l’existence de cette dame de fer les vizirs à mettre au pas, le mari à trucider, les conjurations à déjouer, une vision culturelle à imposer, un peuple à brimer.Et des amants, par-dessus le marché.Elle n’était pas jolie, Catherine de Russie, mais le pouvoir tient lieu de charme, pour un sexe comme pour l’autre.L’usage du trône doit enseigner ces évidences-là.Imposer ses favoris à la cour dans l’univers machiste que l’on devine relevait en tout cas du tour de force.Ses mœurs si libres ne sont pas commentés non plus.Promis! On s’achète une biographie de la Grande Catherine.L’expo aborde les liens tissés entre art et pouvoir.Un mécénat royal tirant son éclat des maîtres du pinceau et du ciseau.On songe que ces élites s’enrichissaient avec le sang des peuples.Et plus les tyrannies étaient absolues, plus les palais regorgeaient de richesses, plus le mécénat pouvait fleurir.Sans les rois, les papes, et les puissants, combien d’œuvres d'art majeures n’auraient jamais été commandées, préservées pour la postérité?Le paradoxe est là.Flottant On parcourt l’expo dans l’hiver montréalais en méditant sur le tempérament d’une femme d’exception, supérieure et sans scrupules, sur les splendeurs et les horreurs de la tyrannie, sur les grands artistes récupérés ai} fil du temps pour servir de socle aux monarchies.A tout ce que les textes affichés suggèrent sans nous le dire vraiment.Avec une pensée pour nos propres créateurs, parfois enrôlés à leur tour pour servir les bonzes des pouvoirs, le plus souvent crève-la-fàim.aujourd’hui comme hier.Catherine de Russie a cessé d’aimer la France en 1789, quand la révolution a éclaté là-bas.Son règne de faste réclamait le servage.Cette expo à sa mémoire nous rappelle avant tout à quel point la route dé l’histoire de l’art fut pavée d’intrigues et de férocité, pour faire rouler les beaux carrosses dorés.otrem blay@ledevoir.com AUTOPORTRAIT SUITE DE LA PAGE E 1 à la société, suivre son évolution à travers son imaginaire et ses représentations.» L'Aventure.en question remontera aux origines du 7' art, en 1895, quelques mois à peine après l’invention des frères Lumière, qu’un technicien était venu présenter à Montréal.La traversée au pas de charge utilisera des dizaines d’objets, des costumes comme des affiches, mais aussi ces extraits de films québécois remontés par des pros, comme M.Choui-nard, qui a égcdement traité du thème de l’altérité.Le portrait de groupe avec bobine se déploiera autour d’une douzaine de thèmes au total.la conception du florilège a été confiée à six réalisateurs: Sébastien Rose (la famille et les relations amoureuses), Lmis Bélanger (rêver d’ailleurs et l;i religion).Pascale Ferland (la langue et le territoire), Eric Tessier (le vedettariat et les succès populaires), Manon Briand (la convivialité et l’humour).Ils ont reçu des heures d’extraits prémâchés et fait leur propre recherche.Ils accoucheront à terme de collages d’une dizaine de minutes chacun.Le trav;iil se poursuit et le musée n'a pu fournir de copies des deux ou trois séquences déjà montées.«]e ne vais pas proposer une lecture narrative du thème de la langue, dit la documentaliste Pascale Ferland.Iss morceaux choisis rebondissent les uns sur les autres dans une dynamique éclatée traitant aussi bien des aspects poétiques que politiques du sujet.» Son autre thème sera par contre traité chronologiquement, des références positives à la colonisation dans les années 1930 jusqu'aux récentes préoccupations écologiques où la terre est carrément pillée.«À la longue, les films comme L'Erreur boréale de Richard Desjardins craignent pour la perte du territoire, dénoncent les coupes à blanc et les effets néfastes de l'industrialisation», résume la cinéaste.les renversements de perspectives se multiplient.En jouant de la colle et des ciseaux autour de la question de l’altérité, Denis Chouinard a laissé tomber, faute de temps, les références cinématographiques à l’Américain pour se concentrer sur les rapports à deux «autres», l'autochtone d’un côté, l’immigrant de l’autre, soit les premiers et les derniers arrivants, quoi, «fai observé une mutation profonde sur une cinquantaine d'années, entre l'image coloniale de l’Amé-rindien jusqu’au portrait plus attentif après la crise d’Oka, qui marque une point tournant», explique-t-il en citant avec déférence et admiration «tout le cinéma» d’Arthur Lamothe, passé d’ailleurs du documentaire à la fiction pour traiter de la présence et des réalités autochtones.Du tac au tac, il regrette que les cinéastes amérindiens demeurent si peu nombreux.«C'est une honte qu'on ne leur ait pas donné plus tôt des outils de production pour qu ’ils se filment et mettent en question leur rapport aux Blancs.» Etrangement, dans cette terre du Nouveau Monde, dims cette ville d’accueil multicentenaire, l’immigrant brille par son absence dims la cinématographie nationale, sauf pour de très rares exceptions, comme dans certains films de Michel Brault (Shabbat Shalom, I-es Noces de papier).«Le nouvel autochtone, si je puis dire, fait peur lui aussi, dit le cinéaste-monteur.On ne sait pas pourquoi il s’installe ici, quelles sont ses idées et ses croyances, comment il vote.» Le N eg de Robert Morin (2002) a secoué l’aveuglement volontaire.«Le film dit en somme que la peur de l’autre demeure très finie en dehors de Montréal, chez les Québécois de souche.» Denis Chouinard a lui-même réalisé L’Ange de goudron, une œuvre traitant de la «question arabe», malheureusement sortie après les attentats du 11 septembre 2001.En entrevue, il rend hommage à Denys Arcand pour Le Confort et l’Indifférence, qui donnait, lui, la parole aux immigrants.Surtout, comme sa collègue Pascale Ferland, Denis Chouinard cite avec admiration des travaux de l’Office national du film (ONF), une des fiertés culturelles de ce pays, au même titre que le Cirque du Soleil, l’OSM ou le Centre canadien d'architecture.Les succès populaires récents de la cinématographie nationale l’impressionnent, sans toutefois le duper sur une certaine réalité de cette percée.Pour lui, la reprise récente des grands succès des années 1950, comme Aurore ou Un homme et son péché, s’explique d’abord et avant tout par l’appât du gain.Il prédit d’ailleurs qu’on en verra bien d’autres, de Ti-Coq à une adaptation possible de Menaud maître draveur.Seulement, l’essentiel n'est pas là.«Nous [les cinéastes québécois] sommes capables de tout faire et de bien faire dams tous les genres, dit-il fièrement.Nous recommençons à avoir de l'audace après les très pénibles années 1980.Nous pouvons être particulièrement fiers de concurrencer les grandes productions hollywoodiennes.Notre petite collectivité a produit une cinématographie originale, certaines œuvres ont reçu de très grandes récompenses.» C’est le cas de Denys Arcand, bien sûr, primé aux Césars comme aux Oscars avec ses Invasions barbares.Un autre miroir cruel tendu à sa société, où la question nationale brille encore par son absence.«Flus ça change, plus c'est pareil, conclut M.Chouinard.Denys Arcand pourrait refaire Le Confort et l’Indifférence aujourd'hui.Ce cinéaste a mis le doigt sur une grande réalité de notre mentalité.Iss Québécois ne changent pas tant que ça, avec leur désir de s’affirmer comme peuple et leur grande peur du risque.» Le Devoir Nô, de Robert Lepage SOURCE ALLIANCE VIVAFIl.M CINEMA QUEBECOIS SUITE DE LA PAGE E 1 Du côté des documentaires et des courts et moyens métrages, les premières se multiplient aux Rendez-vous.A surveiller entre autres: Poupée Graal de Brigitte Nadeau, sur l’univers des poupées Barbie, Louisiane pour mémoire de Mireille Dansereau, voyage dans le souve- nir des bayous, La Classe de madame Lise de Sylvie Groulx.sur une institutrice de première année dans une école multiethnique de Montréal.D’autres documentaires abordent l'univers des arts, comme Confession des masques de lan Lau-zon.sur l’intégrité compromise de l'artiste, ou Un sur mille de Jean-Claude Coulbois, essai sur l’univers I là Le Théâtre drAujourd'hui présente Visage retrouvé Wajdi Mouawad // Marcel Pomerlo avec Marc Béland adaptation théâtrale Marie-Louise Leblanc collaborateurs Nathalie Godbout Nadia Bellefeuille.Lucie Bazzo.Erik Shoup une création du Théâtre d'Aujourd'hui passionné de l’homme de théâtre pamphlétaire René-Daniel Dubois.Par-delà les œuvres, les ateliers et les célébrations de son programme, les Rendez-vous mettent aussi le cap sur 2007, année de leur 25' anniversaire.Des projets sont eh cours: accrocher la cérémonie des Jutra, nos Oscars québécois, à la queue des Rendez-vous.En 2006, la télédiffusion des Jeux olympiques empêche les deux manifestations de se marier, et les Jutra ne se dérouleront que le 19 mars, trois sœ maines après la fin des Rende*-vous.ce qui dilue la célébratiori.«Mais dans l’avenir, on va se rapprocher», précise Ségolène Roederer.j Le défi des Rendez-vous résidp dans leur avenir.La manifestatioh sort de sa case de calendrier potfr aller se promener.Depuis trois ans, la tournée de l'automne fait voyager les films québécois et leurs artisans.«On veut développer la tournée sur la scène internationale, avec des projets à travers les réseaux de distribution indépendants en Europe», précisé Ségolène Roederer.Comme le cinéma québécois, les Rendez-vous et sont à l'heure de l'éclatement dans le monde.Le Devoir En supplémentaire — jeudi 16 et vendredi 17 février « Un parcours très touchant, très intimiste, qui parfois décolle dans un imaginaire troublant.» c»H*niv s'enm.C'«f tw-i- ssi: « Marc Béland offre une performance francassante alors qu'il livre seul sur une scène dépouillée le texte de Wajdi Mouawad.» ciaud» u Jourv e v -t-tv « Marc Béland, un comédien exceptionnel, un virtuose, qui a une présence physique indéniable.[.1 II est hypnotique, il est magnétique.» Ancte Ouchanne.Orw n-r src « La scénographie (.) laisse place à ce grand vertige dans lequel Marc Béland plonge tète première, nous avec lui » ri>i.« Mise en scène de Marcel Pomerlo, tout en lumière et en finesse » L’AGENDA i L’HORAIRE TÉLÉ, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi I LE DEVOIR jusqu'au 11 février 2006 au Théâtre d'Aujourd'hui En p»rtena»at awc 3900 rue Saint Denis, Montréal (® Sherbrooke) mnmt www.theatrcdaujourdhui.qc.ca 514 282-3900 Quebec 1.1 l'MlH n EQ3 t Banque I U RfNTHNM tk LE DEVOIR.LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 FÉVRIER 2006 K îi Culture THÉÂTRE Pour laisser surgir la pensée.Christian Lapointe met en scène un drame symboliste oublié chez Prospéra: Axël, de Villiers de lisle Adam MICHEL BELAIR On connaît très peu le théâtre symboliste.Pour la majorité des amateurs, cela se résume en fait à l’époustouflante «fantasmagorie» de Denis Marteau sur Les Aveugles de Maeterlinck Ou, plus souvent à un paragraphe lu quelque part dans un gros livre racontant l'histoire du théâtre en Occident Pourtant, le jeune metteur en scène assis devant moi dans un café du centre-ville travaille en intermittence depuis quatre ans au type même du drame symboliste: Axel, de Villiers de l’isle Adam.Cette production du Théâtre Péril prendra l’affiche au théâtre Prospère dans quelques jours et Christian Lapointe a tenté de m’expliquer ce qui l’a mené à monter ce texte qui n’a jusqu’ici connu que sept représentations depuis sa création à Paris en 1894.Un monument «C’est par le poète et dramaturge irlandais William Butler Yeats [Prix Nobel de littérature en 1923] que je suis venu à Villiers de lisle Adam.Yeats, qui est un écrivain essentiel que j’ai monté à deux reprises déjà — Le Seuil du palais du roi, en 2003, et Trilogie, en 2001 — avec le Théâtre Péril.C’est lui qui cite quelque part une phrase rf’Axël, qu’il a vue lors de sa création à Paris, et, je l’avoue, cela m’a complètement allumé.» Cette phrase est assez percutante, c’est le moins que l’on puisse dire.Cela va comme suit: «Vivre?Les serviteurs feront cela pour nous.» C’est à partir de ce moment que Christian Lapointe décide de creuser l’œuvre de Villiers de l’Isle Adam.Il commence par Axël, puis il lit tout dans l’édition de la Pléiade.Rapidement, il est «subjugué».«Ce fut une grande révélation pour moi: l’œuvre de Villiers de lisle Adam est dense, colossale! C’est une sorte de monument qui oblige à l’humilité.et j’ai tout de suite su que j’allais faire quelque chose avec ce texte réputé “in-présentable”.C’était il y a quatre ans.Quatre ans que je réfléchis là-dessus, que je hne demande comment adapter ce monument en évitant de tomber dans le théâtre cérémonial masqué Cher à Yeats.Et nous voilà à sept jours de la première et, même si j’ai coupé près de 200 pages du texte pour n 'en garder que la colonne vertébrale, on se dirige vers un spectacle d’au moins deux heures quinze, sans entracte.» Lorsque je lui demande comment décrire le théâtre symboliste, il parle d’une sorte «d'esthétique du surgissement».«C’est un théâtre ‘distancié”.On le verra autant dans le jeu des acteurs que dans la facture globale du spectacle, scéno, décor, etc.Un théâtre qui passe par l’évocation beaucoup plus que par l’illustration.On n’y fait jamais, par exemple, ce que Ton dit; comme dans Les Aveugles, où ce ne sont que des images que Ton voit sur scène.Rien de réaliste ici; le théâtre symboliste laisse passer la pensée.C’est le Heu du développement k ¦ : ÈMmm: .1 B.SHlIMi JACQl'KS GRENIER LE DEVOIR Christian Lapointe est un jeune metteur en scène qui se spécialise dans les trucs non jouables.d’une pensée.Et l’acteur devient dans ce contexte une sorte de passeur; il ne joue pas la situation, il l’évoque.L’acteur n’est pas “quotidien”, il est plus grand que nature.Après un mois de travail autour d’une table, j'ai dit aux comédiens qu’il fallait que leur personnage les joue et non l’inverse.Qu’ils devaient laisser passer le texte à travers leur corps.Mon rôle à moi, comme metteur en scène, est de les empêcher d’en faire trop et de faire en sorte que la pensée, que le propos du texte surgisse.» Dans ce Axël qui s’installe dès mardi dans la grande salle chez Prospero pour une série de 10 représentations avant de poursuivre pour 15 autres au Périscope, à Québec, Christian Lapointe a donc choisi de travailler avec des comédiens plutôt qu’avec des masques.Peter Batakliev, Lise Castonguay, Denis Lavalou et Paul Savoie seront là, bien en chair sur scène, dans un décor à demi virtuel construit à coups de projections qui, bien sûr, évoqueront, plutôt que de décrire, le sombre château dans lequel prend forme le drame de Villiers de Lisle Adam.Dense Christian Lapointe est un jeune homme étonnant.Au départ, il m’a tout de suite abordé en déroulant une sorte de page-plage blanche entre nous, prêt à tout y mettre.Vibrant.Intense.Ouvert.Intransigeant aussi par moments, cassant plutôt, cela va de soi.Il a beaucoup parlé, enflammé bien sûr par cet «accouchement» qu’il dit ne pas être «douloureux», mais qui lui triture l’estomac.On l’aura peut-être deviné, c’est un jeune metteur en scène qui se spécialise dans les trucs non jouables.11 était finaliste aux Masques en 2003 pour Sur le seuil du palais du roi de Yeates.Il travaille régulière ment aux laboratoires du Carrefour international de théâtre de 1 JMMIBUS Le corps f*1 ÛE?L POUR Ctll SHAKESPEARE V8nt L histoire lamentable de cette o,fTeV*L aü de ce" -m8tions du TITUS P°ur iu * "'ars ¦Mb Ibitlm—t.Scéiîc ft ftccmcirts Éric Ftryit IMtrac {fauifff la IE IffYlHR ! C®, 514.521.4191 .m IX Dt,unit ÎSS MK mhtm.etont*.Québec, pour lequel il prépare «un show sur la combustion humaine spontanée», rien de moins.En 2004, il a monté un petit texte de Gauvreau écrit dans le langage ex-ploréen: Faisceau d'épingles de verre.Dans quelques semaines à peine, une fois Axël volant de ses propres ailes, il part en Australie pour y remonter cet objet théâtral non identifiable, avec des danseurs cette fois.D a travaillé aussi au Vietnam et, malgré son jeune âge, il a déjà monté Koltés, Sarah Kane, Tennessee Williams et Horowitz.Pas étonnant de l’entendre confier que.pour lui, le théâtre est une sorte de quête alchimique.«Mais il ne faut pas croire, reprend-il, que le texte de Villiers de Tlsle Adam est réservé à des happy few, à une petite élite.Pas du tout! C’est un texte dense, oui, mais on pourra y suivre une histoire toute simple: celle de deux jeunes gens qui refusent l'endoctrinement.Ils vivent quelque part dans le passé tout autant que dans le futur — il ne faut pas oublier que Villiers de Tlsle Adam était un visionnaire —, dans une sorte de non-lieu, et l’intensité de leur passion les fait s'opposer à tout compromis.C’est un texte qui parle de mort et de suicide, qui nous ramène à l’essence même de la condition humaine.Ça se termine par une sorte de catharsis laissant entendre le bourdonnement de la vie à l’extérieur du plateau.» Est-ce que tout cela ne sera pas un peu déroutant?I.apointe soutient que non.«Même si Villiers de Tlsle Adam disait rf’Axël que c’était un “récit dramatique en prose”, nous sommes au théâtre, pas à la Société des arts technologiques (SAT>! Us spectateurs ne perdront pas tous leurs repères habituels.Certains seront peut-être surpris par l'incroyable poids des mots de cet écrivain fabuleux, mais la production est aussi une sorte de massage pour Tœil et pour Toreille, et je pense qu'on accédera au sens par les sens.U spectateur a d’ailleurs un rôle important à jouer.Parce que si, pour le metteur en scène, monter du théâtre symboliste implique une complète réécriture de l’œuvre, le spectateur est invité à y plonger puis à tenter d’en sortir indemne.» Souvenons-nous en.Le Devoir AXËL Texte de Villiers de l’Isle Adam mis en scène par Christian Lapointe.Une production du Théâtre Péril présentée chez Prospero du 14 au 25 février puis au Périscope du 21 mars au 8 avril.Mise en scène Philippe Soldevila Interprétation Pierre Gauvreau Shalini Lal Prasun Lala France Larochelle Richard Lemire Tova Roy Marie-France Tanguay Amir Amiri Musicien Patrick Graham i/p ApartiaSindf mk sur scsfi* Celine Brassard bu 31 JANVIER 'g au 18 FÉVRIER ° Mercredi 8 lévrier à 18 h CARTES SUR TABLE pV-'-î limitées espace LIBRE 1945 rue Fullum, Montréal \vww.espacelibre.qc^:a , !he3tre@espacelibre.qc.ca Billetterie (514)521-4191 THÉÂTRE Eugène Durif devant l’énigme Oreste Le dramaturge français voit son Meurtres hors champ clore le cycle Oreste de l'Opsis HERVÉ G II A Y Joint à la campagne alors qu’il y passait le conge scolaire hivernal en compagnie de ses trois tils, l’auteur dramatique français Eugène Durif parle de Meurtres hors cluimp, dont les représentations do butent bientôt à l’Espace Go, comme de sa pièce la plus énigmatique.La cinquantaine bien entamée, Eugène Durif fait partie des nombreux auteurs du théâtre français contemporain qui ont tant de mal à s’imposer au Québec depuis une vingtaine d'années.A côté de Minyana, de Koltés et de Lagarce, qui ont trouvé un public, même restreint, la dramaturgie hexagonale n’a plus guère la cote de ce côté-ci de l'Atlantique.Abstraite, cérébrale, désincarnée, sombre, peu nuancée, les qualificatifs abondent mais n'expliquent pas complètement un déclin que rien ne semble pouvoir ralentir Familier des mythes anciens lit chose ne semble pas préoccuper outre mesure Eugène Durif, habitué de la marge, qui semble plutôt content qu’en France, son œuvre intéresse surtout de très ix-lites compagnies et des créateurs dans la vingtaine.11 me cite l’exemple d’une toute jeune metteure en scène, Karelle IVu-gneau, en train de travailler à Paris sur Pauvre folle.Phèdre, une autre de ses pièces où il est revenu sur un mythe ancien.H s’enthousiasme de l’approche multidisciplinaire (danse, vidéo, performance) avec laquelle elle a abordé son texte.Il signale aussi qu’il vient de proposer une version d'Œdipe destinée à une troupe de personnes handicapées mentales.Un travail très différent, précise-t-il, de celui qu'il a fait sur Oreste (Meurtres hors champ) il y a une dizaine d’années.Eugène IXirif rappelle qui) avait entrepris ce travail autour d'Electre dans les années 1990 à fa demande du Balladum Théâtre, qui s'était servi de certains fragments.Outre qu'il devait s'inspirer de la tragédie, l'entente stipulait qu'il devait aussi tâter de fa tonne du «nnut moine».11 en était ressorti frustré.Raison pour laquelle il s’ét.ût décidé à écrire une pièce d’un seul tenant.Manière de parler puisque Meurtres hors champ est constitué de onze séquences, librement reliées les unes aux autres.D'où sans doute, concède-t-il, le caractère étrange de l’ensemble, beaucoup rédigé à partir de rêves, ce qui en fait la plus singulière et la plus lyrique de ses pièces.«C’est un réalisme perturbé par le rêve et par les éléments archaïques de la tragédie, explique-t-il.Comme cette femme qui arrive et qui repart, et qui est à la ft>is une sorte de clocharde et une héroïne tragique.Il y a aussi ce coryphée qui veut dire quelque chose du monde, qui essaie de fixer ça dans la langue mais n’y parvient pas.Parla, cette pièce devient énigmatique, comme les rêves le sont, avec un mélange de choses très parlées, très triviales, et d’autres encore plus lyriques, très poétiques.» Iji langue comme champ de bataille En fait, le théâtre de Durif en impose surtout en raison d’une approche rigoureuse du langage.Quand il écrivait sa pièce, il se rap pelle qu’il travaillait surtout sur des voix, des rythmes, une musicalité de la langue.Il s’en répétait les répliques, un peu à haute voix, dans sa tête.Dans le tragique, ce qui l’intéresse, c’est surtout VOIR PAGE K 4 DURIF «C’est un réalisme perturbé par le rêve et par les éléments archaïques de la tragédie » V VT" i:n COLLABORAT k>n AVCC LC JEJI POSÏI>* {FtSlAUthMl 514 845 4890 ou www espacego corn Wit Texte MARGARET EPSON Traduction .MARYSE WARDA Mise en scène .DENISE GUILBAULT Avec _ Charles Baillargeon.Pascale Dénommée.Françoise Faucher.Ève Gadouas.Robert Lalonde, Jean-François Nadeau.Dominique Pétin.Louise Turcot Concepteurs Étienne Boucher, Florence Cornet, Catherine Gadouas.Mathieu Catien, Ève-üne Leduc, Pierre-Étienne Locas Une production du Théâtre de Quat'Sous DU 13 FÉVRIER AU 18 MARS 2006 514 845-7277 Le Rendez-Vous UQAM-QUAT’SOUS Rencontre avec des artistes de l’équipe de création ?Jeudi le 16 février 2006 de 12 h 30 à W h ?+ -.1 'V'V.Ra her?" on ludiHvtosrr ¦ Entré* libre ’ ' ~ / V Chi Long dans Body Remix ne d’abord dans le désir de prolonger ce corps, de la même manière qu’elle affublait ses danseurs de cornes dans son Sacre du printemps (1993) — pour représenter l’énergie qui sort au bout des pieds, des doigts, de la tête.«Le projet, c’était de travailler avec ça comme des extensions du corps, de trouver d’autres moyens de locomotion, d’autres manières de se mouvoir, de se déplacer, de prendre appui.Je les ai prises [les béquilles] comme un outil pour se donner un nouveau membre.» De fait, l’arsenal ressemble aux os d’un squelette.Avec ses dix danseurs, Marie Chouinard a donc apprivoisé le maniement de ces nouveaux membres à la manière d’un problème géométrique, mathématique, à résoudre.C’est ici que sont intervenues les Variations Goldberg de Bach, interprétées par Glenn Gould, mais complètement remixées par Louis Dufort, à l’instar de sa propre démarche de déconstruction et de recomposition du corps.«Bach procédait par construction mathématique dans ses œuvres, mais quand on écoute celles-ci, on se retrouve juste devant quelque chose de complètement harmonieux», commente-t-elle.Quant à Glenn Gould, dont des extraits d'entrevues sont aussi utilisés, «c’est une figure mythique, il est canadien et ce qui me relie à lui.c'est sa passion féroce pour la perfection de l’interprétation».Technochorégraphie La quête artistique de Marie Chouinard rejoint la notion d’évolution qui caractérise l’histoire humaine.N’a-t-on pas de tout temps cherché à développer des outils PHOTO MARIF.CHOUINARD pour pallier les faiblesses et tes manques, pour se dépasser?Cela vaut autant pour les inventions mécaniques que pour les découvertes psychologiques.«On est tout le temps en béquilles dans nos vies, à la recherche de supports, de constructions sur lesquelles appuyer notre être, notre âme, notre corps, pour grandir», souligne Mme Chouinard.La danse aussi a toujours eu recours à ces supports.«La barre de ballet, c’est un peu la canne des danseurs», note-t-elle, ajoutant que tes chaussons, les pointes qu’on retrouve aussi dans la pièce, ne sont pas autre chose que des prothèses.Le même désir de dépasser tes limites du corps anime les recherches en nouvelles technologies, pour lesquelles Montréal est d’ailleurs réputé.La chorégraphe n’hésite d’ailleurs pas à se référer à l’ère des posthumains qui est déjà la nôtre.Les médecins ne greffent-jls pas des articulations intelligentes à leurs patients?La scène montréalaise est très active dans 1e domaine de la danse et des technologies.Bien loin de ce que Marie Chouinard ne fait que suggérer dans sa nouvelle pièce, tes chercheurs du Laboratoire d’applications et de recherches en technochorégraphie (Lartech), inauguré par 1e département de danse de l’UQAM en 1999, développent des outils pour capter l’essence du mouvement «On essaye d’amener la danse dans d'autres territoires que le réalisme du corps», explique Martine Epoque, pionnière de la scène chorégraphique québécoise — elle fut à la tète du Groupe Nouvelle Aire de 1968 à 1981 — et désormais directrice de Lartech.«II ne s’agit pas de prolonger le corps par des prothèses, mais de mettre en valeur le mouvement à travers d’autres façons d’enregistrer la danse.On travaille à partir de captures du mouvement pour détacher le spectateur de l’individu qui danse et le faire se concentrer plus sur le mouvement.» Un nouveau logiciel de traitement du geste, Life Animation (téléchargeable gratuitement sur 1e site), a depuis vu te jour ainsi que deux cho-régraphies multimédias, Tabula rasa et sa suite.L’équipe planche actuellement sur No Body Dance, un Sacre du printemps filmé par capture du mouvement sans jamais montrer te corps du danseur.«Le corps est traduit en particules pour donner forme au mouvement uniquement.» De plus en plus d’artistes propo sent de mettre la technologie au service du corps et de la danse.Pionnière à sa manière, Isabelle Choinière, avec sa compagnie Le Corps Indice, a proposé des créations dans lesquelles le corps de chair dialogue avec te corps virtuel.Formé en art interdisciplinaire, passionné de sculpture et de cinéma, Stéphane Gladyszewski projette pour sa part des images vidéo de corps humains sur les corps vivants des danseurs recouverts de textures (plastique, tissu, etc.).Le résultat donne lieu à une fascinante fiision de l’organique et du virtuel Marie-Claude Poulin a fondé la compagnie kondition pluriel avec son comparse Martin Kusch en 2000.Ils développent des environnements dans lesquels 1e mouvement de performeurs (professionnels ou non) interagit avec des outils technologiques spécifiquement conçus à cet effet, avec l'intention de transformer 1e réel, d’explorer les relation entre te temps, la mémoire, te corps et l’espace.Unir l’homme et la machine relève de moins en moins du fantasme ou du scénario d’épouvante, parce qu’on réalise qu’il s’agit surtout d’allier leurs possibles pour en créer de nouveaux.«Il y a tout un mythe autour de ça, on érige souvent la technologie en dieu, qui va tout faire tout seul.Pourtant, souvent [notamment dans les productions où l’on chante les mérites' interactifs de la création par ordinateur], c’est juste l’outil qui a, changé, explique Mme Epoque.La technologie nous apporte des outils qui nous permettent d’aller, ailleurs, de stimuler la créativité, autrement.» Le Devoir BODY REMIX / LES VARIATIONS GOLDBERG Production de la Compagnie Marie Chouinard présentée du 16 au 18 février au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.« (.] un spectacle langoureux, porté par des interprètes précis, des lumières vives et un riche environnement sonore.» - Hervé Guay, Le Devoir (Montréal) « D'une maîtrise totale, rigoureux et sobres, te travail de Denis Marteau et ('interprétation magnifiquement tendue des comédiens pointent tes dimensions universelles du te ' - Bruno Bouvet La Onot* (Paris) ‘*ok> éK+srd Ms» Tren*éw Nous étions assis sur le rivage du monde.Texte de lose Ptiyq Mise en sœne et sègograptoe de Denis Marteau Avec Éric Deior Nicole £°9üe Wa§ram Collaboration artistique Stéphanie lasmin Costumes Daniel Fortin Êciajrage Marc Parent Son Nancy Tobin Une création cfUBU en coproduction avec le Theatre français du Centre national des Arts, le Festivai de théâtre des Amériques, le Festival Les Francophonies en Limousin et le C.C.R Fond Saint-Jacques (Martinique) Présenté ou Centre national des Arts, 53, rue Elgin, Ottawa 16,17,18 et 24,25 février 2006 à 19 h 30 Renseignements: 1 866 8502787 Billets : Tickelmaster (613) 755-1111 Tarifs de groupe et forfaits : (613) 947-7000, poste 384 (grp@nocCT IPS mÉPHCM 5W 84S-4308, geste 22 «WmnusemrjnU- ; uysr w *- .— * Présenté par Bayer Inc.DANMARK 110 ‘-4—* - ?7.02.llb Ù3.ü3.üfa zejjioHJ cAlMiUjUt payj jcaH%Hava et Ct)u Ocmciïia cfiunâ tHcrVl at t iH r) Canada Concerts et rencontres Billetterie: (514) 398-4547 Info: (514) 843-9305 | www.smcq.qc.ca SMCQ I SdMilfrh School of Music Écüle de musique ScMkh BT.tlSÎÆtSB.—- Jtl Fl ïrasr , Québec ¦ U 1*1 sk* asr ""Xts ws- Sj.;?.;:- MARSCH TÔÇAtJ tggjM.ii™.D.DEVOIR qb quatuor bozzini La série montréalaise Saison 2005-2008 • 4 Générations 16 février 2006, 20h ?invitée: Lyselin Adams, — Jaques Hétu — Sabrtna Schroeder — Jean-franc ms Laporte .Bernard Falaise _ Geof Holbroolr flirte Sérénade pour quatuor et noté Exits and Defenr.es /création/ , Les petites portas /création/ Cfocftwork Souls /création/ 6 avril 2006, 206 __Louis Dufort _ André Cormier — Ermty Hall — alcides lenxa (création/ Tammy Powder Icréetmnl cuerteto V I1967CIJ montréalaise ont liau » la Ces deux concerts de la *é ' [ït>Ja,[ve.pta,te Chapelle 4230, rue Drolet - Montreal irrmv 205.12$ a-né».mformatwo générale 514^45-4000 * KarJier, Les disques — «tev* Batch; Différent ' T^rvsr— www.QuatuorBozzini.ca » -X—- LE DEVOIR, LES SAMEDI 11 ET DIMANCHE 12 FÉVRIER 2006 E 8 ?Culture * Comment se complaire dans l’inutile.THE PINK PANTHER (V.F.: LA PANTHÈRE ROSE) Réalisateur Shawn Levy.Scénario: Len Blum et Steve Martin.Avec Steve Martin, Kevin Kline, Jean Reno, Emily Mortimer.Image: Jonathan Brown.Montage: George Folsey Jr., Brad E.Wilhite.Musique: Christopher Beck.Etats-Unis, 2006,93 min.ANDRÉ LAVOIE uelqu’un espérait-il réelle-Vv ment le (perpétuel) retour de la Panthère rose?C’est la question, pas très existentielle j’en conviens, qui se pose devant The Pink Panther, de Shawn levy, renouant avec Steve Martin après Cheaper by the Dozen.Une fois encore, le duo se complaît dans l’inutile en décrivant la mise au monde de l’inspecteur Clouseau, star improbable des fins limiers issus de la France profonde.Car avant de trébucher dans les Heurs du tapis tout en buvant des dry martini parmi la jet-set des années 60 (la touche Blake Edwards avec ce génie comique qu’était Peter Sellers), l’homme brillait par sa bêtise — mais au fond de sa province.Cette «genèse», nullement sacrée même s’il s’agit d’une série à succès qui n’en connaissait plus depuis longtemps (Roberto Benigni kit déjà appelé à la rescousse dans The Son of the Pink Panther), permet à Steve Martin, également coscénariste, de renouer avec le cabotinage.In parenthèse Shopgirl laissait pourtant planer des espoirs de rémission.Arborant la casquette et l'imperméable de Clouseau, il multiplie les catastrophes bien plus que ne le faisait Sellers, dont le rôle était devenu pour lui un boulot.Pour Martin, c’est l’occasion rêvée de mettre Paris, et plus tard New York, sens dessus dessous: quand ce n’est pas un globe terrestre qui provoque des accidents de voiture, c’est une suite présidentielle qui se transforme en champ de bataille.11 y a bien sûr un prétexte brillant de mille éclats, un diamant pourvu d’une précieuse imperfection rosâtre en forme de panthère, dérobé à un tyrannique entraîneur lors d’un match de soccer, assassiné au passage.Pour résoudre cette affaire, le chef inspecteur Dreyfus (Kevin Kline, à quand un autre Fish Called Wanda pour qu’enfin il nous fasse rire?) décide d’engager le dernier des imbéciles, en l’occurrence Clouseau, déterminé à le tasser au moment opportun pour récolter les honneurs.Entouré d’une secrétaire timide (Emily Mortimer) et d’un assistant à la couenne dure (Jean Reno, le Français de service du cinéma américain), ses soupçons, et son regard, se portent sur une chanteuse (Beyoncé Knowles, tout au plus un décolleté), célèbre compagne du défunt entraîneur.De la même manière que le compositeur Christopher Beck livre une version techno de la célèbre mélodie d’Henry Mancini, quelques notes dont l'efficacité ne se dément pas 40 ans plus tard, on se retrouve devant un Pink Panther planté à notre époque pour décrire un personnage d’un autre âge.En fait, entre deux cabrioles et un anglais cassé à la française — la meilleure scène du film se résume à un cours d’initiation à l’accent américain, Clouseau répétant jusqu’à plus soif «I would like to have a hamburger» —, on assiste à la vulgaire séance de French bashing dont Hollywood a maintenant le secret.Sellers interprétait un nigaud dans un monde qui toujours le dépassait; Martin non seulement cède aux facilités grossières et sexuelles pour ados attardés mais dépeint la France comme si Clouseau n’était pas l’excep-tiop, mais la règle.A qui s’adresse ce nouveau Pink Panther aussi peu pétillant qu'une coupe de champagne traînant sur le zinc à la fin d’une mauvaise soirée?Certainement pas aux nostalgiques de Peter Sellers, et encore moins aux amoureux de la France.«/ would prefer a hamburger.» Collaborateur du Devoir QC Hydro Québec PARTENAIRE DE SAISON A QUÉBEC 4 SSG financier PARTENAIRE DE SAISON A MONTRÉAL LES VIOLONS DU ROY I A CHAPELLE DE QUÉBEC BERNARD LABADIE 05 06 L’INCOMPARABLE ' // / i {(((/( ' Ven.jeu.: I2h35 14h50 SON DIQITAL.17h05 - 19h20 - 21h35 mrsion originale rrz A\r.i aisf ILE FORUM 22 ?| Ven.- dim.: 12h25 - 14h45 - 17hÛ6 - I9h26 - 21h45 Lun.- jeu.: 14H45 - 17h05 - 19H2S - 21 MS JAMI£ BEU BILE PULLMAN MICHAEL ANGABANO OANSO GORDON NOVELLA NELSON CHRIS OWEN ALISON PILL MARK WEBBER DEAR WENDY VERSION ORIGINALS «NOLAISS UN FILM DE THOMAS VINTERBERG SCENARIO DE LARS VON TRIER «.FRICTION CRÉATIVE.RÉSULTAT EXPLOSIF!» .Adam Nayman, Eve Week\ «.CRU ET INTELLIGENT.OBSCURE ET ÉVIDENT.» Pb'iip French.The Ohsen-er ?« Michel Bouquet, admirable, campe le personage avec une finesse exceptionnelle.» -PrtmiR» ?- Studio Magazine FILM OBLIGE présente en coproduction avec AGAT FILMS l HE MICHEL BOUQUET JALIL LESPERT 13 PRÉSENTEMENT rCINÉMA DU PARC] Ven.¦ (eu.A L AFFICHE! | ex,p«re zei-reoo >- I 15HO0-17HO5-19B10-J1M5 PALME D'OR O») CANNES 2005 JfRfMIE RENIER et DEBORAH FRANÇOIS dans l’enfant u filin écrit et realise par JEAN-PIERRE et LUC DARDENNE PRÉSENTEMENT À L’AFFICHE! CONSULTEZ LES OUIOES-HORAIRES DES CINEMAS ,'2A en salle le 17 février LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS UN FILM DE ROBERT GUEDIGUIAN : •m ai-»»» SFORSES-MARt BENAMOU TE OEWIEF Mn?RMI£T www.lepromeneurduchampdemars.com * À L’AFFICHE ! lAnwV] rSTE-ToÉLE ?CONSULTEZ LES GUtOES-HCAAfRES DES CINÉMAS ?K» onttu.I
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