Le devoir, 11 février 2006, Cahier F
LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET D I M A N t II E 1 2 FEVRIER 2 O O ti EXPOSITION Sport: maudite drogue! Page F 5 *0* ¦z 1 \ itrines du désarroi ferronien Page ¥ 6 Me LE DEVOIR i a" 1 hVlSt.m?Ji ïtrs»i i/1 si • s tel £ • A I iW ïW ïf LITTERATURE H QUÉBÉCOISE - m ENTRETIEN Louis "ür L -.«?/À.PREDAT Avec Sauvages, Vécrivain publie un premier recueil de nouvelles, fortes et sensibles CHRISTIAN DESMEULES Chemise à carreaux et «falle à l’air» par un froid de février, il semble, à quelques heures d’un lancement qui l'énerve un peu, avoir tout son temps pour discuter, de son premier recueil de nouvelles, de bons et de mauvais livres, de critique littéraire, de maturité, d'espaces horizontaux et d’Amérindiens déracinés.En 1989, il connaissait la consécration immédiate avec un premier roman percutant et verbomoteur, La Rage, encensé de tous côtés.De Cowboy à Betsi Larousse (XYZ, 1992 et 1994) en passant par Le Soleil des gouffres (Boréal, 1996), le rythme des publications s’est depuis considérablement ralenti.Neuf livres et 17 ans plus tard, à 46 ans, fraichement descendu de l'Abitibi où il habite depuis quelques années, Louis Hamelin nous donne de ses nouvelles.Sauvages, ce sont dix nouvelles, dix histoires courtes lentement roulées entre ses paumes.Des mots précis qui creusent sous les silences à la façon de Carver ou de Hemingway, Peut-être son livre le plus personnel.Parti en Abitibi il y a cinq ans pour voir s'il s’y trouvait, il prévoit aujourd'hui regagner lentement la «civilisation».«/e ne me suis peut-être pas trouvé là-bas, dira-t-il un peu à la blague, mais j’ai trouvé quelqu ’un qui me ressemblait pas mal.» Chose certaine, Louis Hamelin semble y avoir fait la rencontre de son double littéraire, Samuel Nihilo, sorte de cousin germain du Sal Paradise de Kerouac, un alter ego qui offre à cet écrivain humble et timide le confort d’un masque derrière lequel les lecteurs pourront quand même le reconnaître.Plusieurs des nouvelles de Sauvages font d'ailleurs la part belle à ce •voleur de vie».Un poète du nord de l’Ontario perdu dans le quartier Centre-Sud (.Bonjour l’air), des histoires d'indiens (Wa-bush et Le monde de Jacob), des amours qui se font et se défont (Afy, Mattawa ou l'homme qui était mort, Cycle).Quelques errances perchées •à 600 kilomètres et quelques poussières d’or au nord-ouest de Montréal», au bord du lac Kaganoma — l’ancien nom algonquin du lac Vaudray, où Louis Hamelin a passé ces dernières années.Une suite de rendez-vous manqués, d’absences, de fuites.Et un retour aux sources en forme d'adieux anticipés (Regarde comme il faut).Les sauvages de Louis Hamelin habitent tous un peu en bordure du monde, insaisissables et nostalgiques.Fin de l’innocence À propos de la dernière nouvelle, intitulée Regarde comme il faut, ouvertement autobiographique et surtout très touchante, où un fils revient donner un coup de main a ses parents pour fermer le chalet familial: »Je tenais à terminer avec cette histoire-là, confie l'écrivain, parce que les autres histoires parient à peu près toutes de minaudes, de routes et d'errance, de personnages toujours un peu déroutés ou déstabilisés.Ce retour au lieu de la naissance, fy tenais.Parce qu 'il y a toujours, il me semble, un lieu à partir duquel on écrit, on parie, on s’exprime.Je ne avis pas vraiment au déracinement.» Pour rappeler aussi que l'on est toujours, même a quarante ans, l'enfant de ses parents.Et que nos parents, un jour, peut-être bientôt ne seront plus la La littérature, c'est aussi à ses yeux la possibilité de se reinventer, de vaincre le temps, de dépasser sa propre biologie.A-t-il l’impression, a travers ces dix nouvelles, de s ètre lui-même reinventé?»]e me suis certainement regardé avec plus de lucidité que d’habitude, reconnait-il.Depuis mes derniers romans, surtout depuis Le Joueur de flûte.fai un peu quitté la glorieuse arrogance de ma jeunesse, VOIR PAGE F 2 HAMELIN • À lilll! m LU n K JAttllJES GRF.NIP.R le.DEVOIR LE DEVOIR, LES SAMEDI Il ET DIMANCHE 12 FÉVRIER 2 0 0 6 Livres EN APARTÉ De rinconvénient d’être mort Jean-François Nadeau epuis sa fondation, la revue L’Inconvénient donne à lire des textes solides de bonnes plumes.On peut y lire des écrivains tels Ook Chung, Yvon Rivard, Louis Hamelin, Pierre Va-deboncœur, François Ricard ou Lakis Proguidis.Ce n’est pas rien, en dépit du fait que les thématiques des numéros puissent faire sourire un peu, du moins à l’occasion.Le numéro du printemps s’intitulait par exemple «Pourquoi penser?».Il fallait y songer.Pourquoi, en effet faut-il penser?Question grave.Urgente.Décisive.Question à laquelle personne n’avait sans doute réfléchi avant puisque la revue, comme elle l’affirme sans rire, lève «le voile», d’un point de vue littéraire, sur «les conceptions courantes, les consensus, les errements et les non-dits de notre société».Rien de moins.Dans L'Inconvénient, le paradoxe de la question qui sert de thème à chaque numéro, question presque toujours posée de façon indirecte, marque une façon bizarrement allusive de mettre en place des argumentations en partie entendues d’avance.En un mot, la revue est parfois un peu lourde.comme si le plaisir de jongler avec des enclumes donnait à certains auteurs le plaisir de se croire aériens, voire divins.Mais la drôlerie relative de cette approche est vite oubliée dès lors qu’on se penche sur certains des textes de la revue: sérieux, comme je le disais, solides et denses.Dans ce numéro intitulé «Pourquoi penser?», on trouvait ainsi à lire un très beau texte de la regrettée Susan Sontag qui invite à la fréquentation de la littérature en faisant en sorte de pouvoir vivre dans un monde où il est encore possible «d’être exalté et influencé par Dostoïevski, Tolstoï ou Tchékhov».Le plus récent numéro de L’Inconvénient est paru juste avant Noël, alors que se ter-minait une très faste année de célébrations internationales diverses pour souligner le 400" anniversaire de la publication de Don Quichotte.Le numéro s’intitule «L’occultation de Cervantes».L’occultation?Dès 1713, rappelle Jean Canavaggio dans Don Quichotte du livre au mythe (Fayard), le héros de Cervantés est, dans l’univers français, «dans les mains de tout le monde».Il ajoute qu’
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