Le devoir, 4 mars 2006, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET 2 O O t< ROMAN Ying Chen, peintre de l’invisible Page F 3 D I M A \ C H E 5 M A R S ESSAIS Sellers, la vie et rien d’autre Page F 10 ?LE DEVOIR * Les héros passent au Salon alon à livre de Fl liitaouais Le 27e Salon du livre de VOutaouais se tiendra du 9 au 12 mars, sur le thème «Nos héros» ANNE MICHAUD Héros de tous les jours, héros sportifs, héros politiques, héros de romans.tous les types de héros seront à l’honneur cette année au Salon du livre de l’Outaouais (SLO).Salon qui se déroulera d’ailleurs plus tôt qu a l’habitude et sur quatre jours plutôt que cinq, à la demande de l’ADELF (Association des distributeurs exclusifs de livres en langue française) qui souhaitait le distancer des salons du livre de Paris et de Québec.Ce thème des héros permettra de mettre en évidence plusieurs personnes qui ont marqué l'histoire de l'Outaouais dans une exposition thématique élaborée grâce au concours du Centre régional d'archives de l’Outaouais (CRAO) et de l’historien Raymond Ouimet On l’exploitera aussi lors de la cérémonie d’ouverture avec la présentation d’un extrait du Héros des zéros, une comédie musicale contemporaine mettant en vedette les jeunes comédiens et chanteurs des Productions musicales, L’Artishow.Et finalement un concours intitulé À chacun son héros permettra aux participants de gagner quotidiennement un lot de livres et d’albums de bandes dessinées pour adultes et pour enfants.De la visite attendue Qui dit salon du livre dit invités d’honneur, et ceux du 2T SLO seront l’explorateur-conférencier Bernard Voyer, l’auteure-comédienne-animatrice-dramaturge Francine Ruel, de même que Françoise Lepage (Ontario français), Michel Invoie (littérature jeunesse et Outaouais) et Jacques Gauthier (lauréat du prix littéraire Jacques-Poirier - Outaouais 2005).Cette année, on a confié la présidence d’honneur au père du fameux Amos Daragon, Bryan Perro, qui avait lancé les trois premiers tomes de sa série au SLO en 2003.Les jeunes lecteurs auront plusieurs occasions de le rencontrer, de même que plusieurs de leurs auteurs, illustrateurs et personnages préférés, tels Dominique Demers et Philippe Béha, qui lanceront La Plus Belle Histoire d’amour (Imagine), Anique Poitras, qui se déguisera en «fée des bonbons» (Dominique et compagnie), et Clifford le gros chien rouge, qui fait actuellement l’objet d’une exposition au Musée canadien des civilisations.Très appréciés des enfants, les comédiens de l’émission Banzai (Télé-Québec) seront sur place pour participer a des jeux et à des séances d’animation.On note aussi que plusieurs émissions de la Première Chaîne de Radio-Canada seront diffusées en direct dont la très populaire 275 Allô - Ado Radio, le vendredi soir.D’ailleurs, pour la première fois, la soirée du vendredi sera principalement consacrée aux enfants: de 18h à 19h30, on invite les 4 à 8 ans à revêtir leurs plus beaux pyjamas pour une séance de «contes en pyjama», alors que les 9 à 12 ans sont attendus dès 19h30 pour participer à la soirée «Mon livre en pantoufles», qui se déroulera sur les thèmes de la magie et de la sorcellerie! Une cinquantaine de chanceux passeront même toute la nuit au Salon.une nuit peuplée de beaux rêves, à coup sûr! Les grands ne seront pas en reste puisqu’on maintient les populaires soirées «Contes et porto» inaugurées il y a trois ans ainsi que la «Soirée de poésie» du samedi.Plusieurs causeries seront offertes durant toute la durée du SLO, sur des thèmes tels que la simplicité volontaire, le jeu excessif et ses effets sur l’entourage du joueur, la commercialisation de l’eau, l'action communautaire et l’action politique.Parmi les événements spéciaux, notons qu'en plus de lancer son premier roman, intitulé kcorehées (Remue-Ménage), la criminologue Sylvie Frigon prononcera une conférence sur les femmes en milieu carcéral.D'ailleurs, les femmes seront à l’honneur durant tout le Salon, et particulièrement le samedi puisque l’entrée au SIA) sera gratuite pour elles à compter de 16h ce jour-là, une manière originale de souligner la Journée internationale de la femme, qui aura eu lieu plus tôt dans la semaine.Parmi les imités les plus attendus de ce 27' SLO, on note François Perreault, responsable des relations publiques de la commission Gomery, qui vient de lancer Gomery l’enquête (Editions de l’Homme) et qui participera à une table ronde sur les dessous de la commission Gomery en compagnie des auteurs-journalistes Gilles lôupin (Le Déshonneur des libéraux, VIE éditeur) et Normand lester (Jj;s Secrets d'Option Canada, Les Intouchables).On mise aussi beaucoup sur la présence du journaliste Michel Vastel (Nathalie - Briser le silence, libre Expression) et sur le Zapartiste François Parenteau, récemment congédié par RadioGanada, qui publie Délits d'opinion: chrrmiques d'humeur et rien d'autre VOIR PAGE F 2: HÉROS À l’été 2006, venez à PERCÉ célébrer notre 5e anniversaire de création.‘ • : inscrisez-Nous h I Lcole intemHtiorutlc d cte de Perce de I Université L«tv Littérature littérature française Les chimères de Patrick Grainville GUYLAINE MASSOUTRE Dans la production réaliste du roman, l’imagination parvient-elle à renouveler l’expérience du réel?Sur quelle espèce de vie se calque-t-il désormais?D’une voix forte, Patrick Grainville répond à ces deux questions dans La Main blessée, son trente-deuxième ouvrage, dont une vingtaine de romans.L’écrivain, né en 1947, s’y livre à l'une de ses envolées opulentes, caresse d’une seule coulée dans un récit de soi, qu'il organise en la dissimulant sous une inépuisable verve fantasmatique.La puissance du langage, elle, étonne toujours, chez Grainville.Sa vision hyperbolique du désir, ses adjectifs plus que colorés, ramassés en force pour dire l’extase du plaisir, sa volonté de donner forme au caprice et à la chimère, oui, sa magnificence orchestrée offrent une orgie de mots au service du libertinage et de sa beauté.Bien sûr, c’est toujours la même débauche, la même prose lubrique et dévergondée.Ces excès d’une sexualité obsessionnelle, ces débordements de puissance masculine, attachée à des nymphettes, peuvent lasser.Le baroquisme de Grainville, dit-on, serait un procédé?L’étoffe des sens Le romancier a bâti son oeuvre autour de situations excessives.Amour et despotisme, passé trouble des émotions, gémellité; cette fois-ci, il intègre l’univers du cheval à son tempérament fougueux et transgressif de magicien du langage.Délaissant un contexte exotique, il décrit une réalité de banlieue parisienne, sans la morosité qu’on a pu voir agir dans divers textes récents.Son personnage, un professeur vieillissant avec l’auteur, persiste à s’enticher de corps noirs, mats et bronzés qui ramènent l’étrangeté et le mystère du sexe à la portée d’une bouche de métro.La sexualité, on pourrait le penser, est un sujet épuisé par l’écriture du XX" siècle.Que ne sait-on du corps en désir, sinon que sa présence régresse dans le roman contemporain?Or Grainville y revient comme s’il n’avait pas terminé sa frise bachique, son ode inlassable au toucher absolu.Nostalgie ou signature?Force est de constater que les femmes de son livre se montrent indifférentes et blasées, qu’elles dérobent ce qu elles livrent sans se démonter.La Main blessée fait le portrait de jeunes cavalières, lesbiennes acceptant des corps d’hommes, qui provoquent un «sentiment amoureux et automatique», bientôt changé en «un feu plus sourd, plus frustré, plus douloureux».Le narrateur en explore les plis secrets, allant du voyeurisme à la prise farouche, de l’émerveillement à la jalousie, du petit trot à l’épopée.Dans ce même désir poursuivi jusqu'à l’écœurement, un mouvement d’investigation a bien lieu.D’abord, c’est d’une magie parisienne, enthousiaste et gourmande qu'il est question.Contrepoint intéressant à la noirceur des écritures évoquant le milieu de l’enseignement, voici un professeur heu- reux de son métier.Grainville y glisse un honunage discret à Queneau.Plus librement, l'écrivain poursuit son entreprise autobiographique.Cette main douloureuse et presque paralysée du titre, la «main blessée», empêche l'écriture, viatique, exercice spirituel et entrainement forcené.Elle se détache du personnage et vient occuper, tel un organe fantastique, la place centrale du récit Coupée de soi, entravant l'identité profonde, la main inerte de l'écrivain — tout est raconté à la première personne — jette son ombre silencieuse et muette sur les pages.Contrariante, résistante, brisant le lien d’entente entre l’activité d'écriture et le corps, la main déficiente figure puissamment une autre paralysie, celle de la création.On assiste alors, dans la rage de l’écrivain contre lui-mème, à un double combat: ce» lui de l'impotence physique et du dérèglement mécanique dans le système nerveux, face à celui de la vitesse et de l'exubérance qui mènent aux plus grandes ouvertures de soi au monde.La lyre intime Des savoir-faire aux savoir-vivre, un dégoût se fait jour.La symbolique habituelle de la relation amoureuse penche du côté d’une autre ritualité.Elle suit une double course: celle de l'analyse psychosomatique de la crampe d'écrivain et celle d'un relâchement du plaisir d’écrire, empreint désormais d’une violence à laquelle la main refuse de céder.Impossible de ne pas constater, à travers les figures du roman, l'évidence d'une lutte qui «en vient aux mains».La rupture du contrat de l’écrivain avec lui-même, lorsque la crispation physique déserte sa volonté, donne lieu à une manipulation ambiguë du problème, décrite avec grand art et une vive imagination.Le roman peut-il réparer les manques d'une vie?L'écriture peut-elle amener l'écrivain à se sentir écrire et à prendre en considération ce geste spirituel, offert parfois jusqu a une dimension propitiatoire?Grainville consacre de superbes pages aux déceptions engendrées par la ferveur des croyances relatives aux appétits démesurés, gargantuesques, de vivre qu’il dépeint.La cabriole vaniteuse, les fringales païennes du sexe libérateur aux plus exquises sauvageries cavalières, en passant par les pseudosoins d’ostéopathes granguignolesques, tous les oripeaux d’un théâtre triomphant mettent en scène unç satiété qui révèle l’impur.A quel abattoir la main coupée, crampée, est-elle passée?L’ordre symbolique du roman est ainsi remis en question.Les interdits tombés, ce roman met en avant la fragilité du lien social qui se dessine, dans un milieu pourtant riche de présence humaine et de moyens symboliques pour l’explorer.Collaboratrice du Devoir LA MAIN BLESSÉE Patrick Grainville Le Seuil Paris, 2006,312 pages Les réjouissances tragiques de l’Espagne GUYLAINE MASSOUTRE Quel privilège, pour un écrivain renomme, que d’offrir sous la forme d'un dictionnaire le florilège de son savoir et de ses goûts concernant sa patrie! Sûr d’une autobiographie presque complète, plus prés du testament que de la fantaisie primesautière qui peut affecter le romancier, Del Castillo s’attache à donner de l’Espagne une composition consensuelle aux touches personnelles.C’est en Européen, au nom de l'Espagne, qu'il signe un chant à deux voix: «l'orthodoxie catholique et la sourde résistance des minorités, morisques, juifs, gitans, homosexuels.protestants, athees.républicains».Cette tension entre la résistance du passé et l’esprit combatif des marges, il la voit africaine, émancipée, violente et généreuse.Sa pensée imagée respecte, plus que l’image d’Epinal, le digne parcours d’un homme du XXe siècle, qui a subi les nazis.La notion de civilisation y grouille de complexité.On y suit des géants de l’histoire, des villes dirigées par SKKl.lO mov KH Tl RS Pedro Almodôvar des despotes, chicaneuses, érudites et sanglantes.Del Castillo écrit avec panache, passant de la mosaïque culturelle à l'imité architecturale, du franquisme au tourisme, de la fureur des engagements idéologiques à «la révolution copcniicicn-ne» des années soixante, qui abolirent «le conservatisme le plus idiot, un bigotisme imbécile, un patriotisme mesquin, gramiikxquent».L’ouvrage comporte 56 entrées.Calderôn, Gôngora, Cervantes, Loa-a, Ortega y Gasset, Unamuno y côtoient les nécessaires Albéniz, Kalia, El Greco, Velasquez, Goya et Picasso.Une toute petite page est consacrée à l’ETA six.à l'autodafé.«J'aime ce qui élargit; je n 'aime pas ce qui rétrécit.» Del Castillo est tout là.Bel hommage, en passant, à Almodovar.L’ouvrage est imprimé en gros et vise un publie français.La fluidité qui s'en dégagé réserve de beaux moments au lecteur, qui.quelles que soient ses connaissances et son humeur, trouvera dans cette élégante vulgarisation à aviver sa curiosité pour les mystères de l'Espagne.On y stigmatise le chaos récurrent, comme on y louange l’effervescence des arts et de l’intelligence.Collaboratrice du Ik’i'oir DICTIONNAIRE AMOUREUX DE L’ESPAGNE Michel Del Castillo Plon Paris, 2005,408 liages ROMAN ÉTRANGER Des vies brûlées N AIM KATTAN Harraga veut dire «brûlé» en arabe, et ce roman nous présente justement des vies et des existences brûlées.Boualem San-sal est un écrivain algérien dont le premier roman, Le Serment des barbares, fut une découverte pour les lecteurs et la critique.Dans Harraga, Sansal donne la parole à Lamia, une femme médecin qui, ayant atteint la quarantaine, a perdu tout espoir de faire sa vie avec un homme, car ceux qui l’entourent cherchent à exercer un contrôle sur la femme.En fait, ils en ont peur et tentent de la soumettre pour faire taire l’appel à la liberté et à la vie.Lamia n’attendait plus rien d'une existence restreinte, confinée par les mots d'ordre des islamistes et par la solitude.Et voici qu’un jour Chérifa.une adolescente de dix-sept ans, enceinte, sans ressources et sans famille, fait irruption dans son appartement.Elle s’installe dans sa demeure et dims sa vie.Incapable de soutenir cette énergie sauvage, Lamia lui ordonne de quitter les lieux.Mais son départ la plonge dims l'inquiétude puis l'angoisse, car elle ressent un puissant besoin de sa présence et de son foisonnement Elle l'aime et plus tard, à la mort de la jeune fille, elle si- rend compte que Chérifa la considérait comme sa mère, sa famille enfin retrouvée.I fans une langue bien puisii -une, Boualem Sansal réusât à nous faire saisir cet amour hors nonne.Ce ne num est également une évocation d’une Algérie plongée dans des contradictions.Or Lamia n’avait même pas besoin de s’insurger contre une pression sociale étouffante.Médecin, elle soigne les souffrances et Chérifa lui fait découvrir, grâce à l'amour, une vie qui lui échappait, lœ romancier nous montre que l’environnement le plus lugubre ne peut empêcher l’éclatement et l'envahissement de l’amour.Collaborateur du Devoir HARRAGA Boualem Sansal Gallimard Paris, 2(X)5,272 pages franoni ruh c était ça le bonheur’ mr w ¦ isviiÉB Frmmtme Rmrf et si ctrm ça ur mamtmi viM.inuu GUU*Gm*§etm KATCHANGA WI5kiKk«t!9Um» t>m làHàlSL FORMER Ru IJ.\IFS .wimtikttMiniDk wi«h4:us«'}?kn»i expérience de la vulnérabilité connaît des inten-r sités différentes selon les moments et les circonstances de la vie, mais rien ne sert de chercher à la refouler même si personne n’est tenu de s’exercer chaque jour à affronter la mort, la sienne autant que celle des autres, et même si Freud a raison quand il écrit que chacun vit comme s’il était persuadé de son immortalité, chacun sait que la mort est là à toute heure,.C’est la leçon du Phédon de Platon, c’est celle d’Epicure et de toutes les sagesses qui commencent par la reconnaissance de l’éphémère.La philosophie peut-elle dire quelque chose de plus?Françoise Dastur, dont l’œuvre importante s’est maintenue dans la proximité de la pensée de Heidegger et de Hôlderlin, propose ici une réflexion où la mort est présentée d’abord comme la condition de la vie.Elle suggère que la mortalité ne doit pas être perçue comme une litnite, mais comme la ressource la plus profonde de l’existence.Ce petit livre se nourrit de toute la tradition philosophique, mais il parcourt aussi tout ce qui doit l’être dans le domaine de la culture, des Upani-shad aux rituels contemporains.Le refoulement de la mort dont nous sommes à la fois acteurs et témoins, selon l’expression de H.-G.Gadamer, représente pour beaucoup une démystification, la philosophie depuis Socrate veut cependant soutenir le contraire: effacer la mort, c’est entretenir la mystification la plus destructrice, c’est priver la vie et la pensée de leur horizon de finitude et faire basculer l’existence dans le divertissement.îédi-tant les réflexions de Pascal et de Heidegger sur l'angoisse, F.Dastur insiste sur la responsabilité du travail de la transmission.Pille rejoint ici certaines convictions d’Hannah Arendt sur la natalité et le passage et pense l’immortalité dans l’œuvre, qui est à la fois écriture et justice: neutraliser la mort ne peut se faire dans l’illusion du corps (conduites à risque, cultes de la performance) et jouer avec la mort en s'y exposant montre d’abord un défaut de souveraineté.Depuis Marc-Aurèle, cet exercice de rencontre avec la mort ne s’est pas vraiment modifié.En proposant de penser la mort comme condition de la vie, P'.Dastur reprend l’essence de la méditation stoïcienne sur la nécessité.Même si elle évoque les conceptions qui rendent possible une immortalité transcendante, et en particulier la résurrection chrétienne, elle se montre plutôt proche d’une éthique de l’acceptation.On ne s'étonnera donc pas que cette méditation aboutisse à Montaigne et Spinoza.Les propositions de XEthique qui mettent en équilibre la sagesse de l'homme libre et l’épreuve de l’éternité au sein même de l’expérience finie sont certes parmi les plus exigeantes de la tradition, et personne ne se trouve au quotidien à la hauteur de telles exigences: aucune philosophie ne peut délester l’humanité de l'angoisse de la mort par le seul travail de la raison, ce serait un leurre de plus.Il est plutôt question de se laisser porter vers une forme d’abandon et de détachement qui JACQUES NADEAU LE DEVOIR constituent depuis toujours les maîtres mots de la sagesse sur la mort.Le philosophe qui propose la mortalité comme une chance peut-il être entendu dans un monde où régnent d’abord la pulsion de maîtrise et le calcul?Four F.Dastur, seule cette finitude radicale permet d’accéder, au cœur même de la précarité, à la liberté devant l’irrémédiable, l’incalculable.Les dernières pages de ce beau livre évoquent le médecin philosophe, celui qui aujourd’hui reprend l’idéal thérapeutique de la philosophie pour accompagner chacun vers son destin de mortel.Dans le partage de la vulnérabilité, dans l’exercice renouvelé de la sollicitude, ce médecin devient le philosophe de nptre temps, il porte la parole de Marc-Aurèle et d’Epictète et à chaque Hadrien qui meurt en nous il redonne la dignité d’exister de manière finie.Dans la mort, en effet, chacun devient mortel au sens qu’il devient capable de sa mort, et chacun a le devoir de demander que cela demeure possible aujourd’hui.Collaborateur du Devoir COMMENT AFFRONTER LA MORT?Françoise Dastur Editions Bayard, coll.: «Le temps d’une question» Paris, 2005,94 pages Voir chez le même éditeur, sous la direction de Frédéric Lenoir et Jean Philippe de Tonnac: La Mort et l’Immortalité.Fincyclopédie des savoirs et des croyances, 2004.Découvrez nos nouveautés du Canada français Dictionnaire Poésie ORMennatr* é+t «itorton* A* l'Ontorie frtMHoi* depuis 1*60 y DICTIONNAIRE DES CITATIONS DE L'ONTARIO FRANÇAIS DEPUIS 1960 (DICLOF) Marie! O'Neill Karch et Pierre Karch L'Interligne Raymond (.iuy UBianc Archives de la présence ARCHIVES DE LA PRÉSENCE Raymond Guy LeBlanc Perce-Neige Poste restante omh* do vm**-*' POSTE RESTANTE lise Gaboury-Diallo Blé : ^ » Btïgipc Harrison l’écran du inonde L'ÉCRAN DU MONDE Brigitte Harrison Perce-Neige Guytftine Tousigntm Carnets de déraison CARNETS DE DERAISON Guylaine Tousignant Prise de parole IgRÉCF www.recf.ca 14 éditeurs sous une même bannière Antidote à rintégrisme Les textes apocryphes de tradition chrétienne dans la Bibliothèque de la Pléiade PIERRE MONETTE La Bible chrétienne, on le sait, est constituée de deux parties.L’Ancien Testament regroupe les textes hérités du judaïsme.Le Nouveau Testament rassemble pour sa part les écrits canoniques exclusifs aq christianisme.Cependant, les Evangiles selon Matthieu, Marc, Luc et Jean, les Actes des apôtres, les épitres et l’Apocalypse de Jean sont loin d’être les seules sources des traditions et des croyances chrétiennes.Ces dernières puisent également dans une énorme masse d’écrits dits apocryphes: qui, selon l’origine grecque du mot, devraient être «tenus secrets».Les apocryphes sont des textes de tradition chrétienne, mais dans lesquels l’Eglise ne reconnaît pas l’expression de ce qu’elle considère être la vérité de la religion révélée.Pourtant, certains de ces écrits ont été rédigés à la même époque que l’ont été les textes canoniques, aux I" et IF siècles de notre ère.Mais on les exclut du canon parce qu’ils font état de positions plus ou moins conformes aux dogmes chrétiens.D’autres textes ont été écartés à cause de leur composition trop tardive, qui frit en sorte qu’ils ne peuvent être considérés comme des voix du christianisme originel.En 1997, la Bibliothèque de la Pléiade a publié un premier tome d’écrits apocryphes chrétiens contemporains des Evangiles «authentiques».La collection vient de faire paraître un second et dernier volume consacré cette fois aux apocryphes apparus à partir du IIIe siècle: des textes qui, pour la plupart, n’ont jamais été traduits en français jusqu’à ce jour.La «forme de Dieu» On y retrouve, par exemple, une Histoire de Joseph le charpentier datant du VT siècle, dans laquelle Jésus raconte son enfance à ses disciples, et proposant un singulier récit de l’Annonciation où l’archange Gabriel, au lieu de s’adresser à Marie, doit plutôt expliquer à Joseph comment son épouse a pu tomber enceinte tout en demeurant vierge afin de le convaincre de ne pas la répudier.On y découvre aussi des Listes d’apôtres et de disciples compilées au IVr siècle, d’après lesquelles Jésus aurait eu au moins (Jeux frères: Jude et Jacques.Un Evangile selon Marie, non la Vierge Marie, mais Marie-Madeleine, affirme que le Sauveur a aimé cette dernière «plus qu’aucune autre femme».Et une Lettre de Lentulus propose une des rares descriptions concrètes de la physionomie du Christ, sauf que ce portrait d’un homme aux «yeux verts, changeants et clairs» a été rédigé plus de mille ans après la disparition de son modèle.Au fil de diverses descriptions du paradis et de la «forme de Dieu», de discussions sur la chasteté et le célibat, de récits du martyre des disciples, de versions alternatives de la Passion et de l’Apocalypse, ce second volume d’écrits apocryphes chrétiens per- met entre autres de découvrir comment la mythologie chrétienne s’est constituée au contact et sous l’influence des grands courants idéologiques dans lesquels baignaient les cultures méditerranéennes des premiers siècles: la philosophie grecque, la mystique égyptienne, etc.Ces textes, en fait, font moins entendre la voix du dieu de la chrétienté que les voix de leurs époques respectives.Il s’en trouvera certainement plusieurs pour s’imaginer que les Eglises chrétiennes ont choisi de laisser les croyants dans l’ignorance de ces textes parce qu’ils recèlent de secrets ésotériques à la Do Vinci Code.Le véritable intérêt de ces Écrits apocryphes chrétiens n’est évidemment pas là.Leur lecture nous plonge dans un christianisme archaïque, à la recherche de ses certitudes: une croyance en train de se créer.Et le fait de découvrir ainsi qu’une religion n’a pas toujours été tout à fait sûre de ses propres vérités est peut-être un des meilleurs antidotes aux tentations intégristes.Collaborateur du Devoir ÉCRITS APOCRYPHES CHRÉTIENS Volume II Édition publiée sous la direction de Pierre Geoltrain et Jean-Daniel Kaestli Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade» Paris, 2005,2156 pages ESSAIS ÉTRANGERS La porno, de A à Z CHRISTIAN DESMEULES Le livre est un petit monument d’érudition consacré à la pornographie, mais sans la moindre image, précisons-le tout de suite, rien que des mots.Quelques gros mots, bien entendu, et beaucoup de solide pensée dans cet ambitieux Dictionnaire de la pornographie.Quatre cent cinquante entrées placées sous l’égide d’un sérieux comité de parrainage (Hélène Cixous, Julia Kristeva, Malek Chebel, Jean-Luc Nancy, etc.), des articles pointus ou vulgarisés dont la rédaction a été assurée par tout un bataillon international d’universitaires, de journalistes, d’essayistes et d’écrivains.«Représentation de sujets obscènes, dans des textes, des photos, des dessins, des films, etc., dans le but d’exciter l’imaginaire sexuel.Depuis plusieurs décennies, les médias ont fait entrer la pornographie dans la vie publique», nous dit le Littré (2004), la pornographie est aussi tout ce qui, dans le discours sur le sexe et la représentation de l’acte sexuel, nous choque, nous 8 NUMEROS PAR ANNEE.44 PAGES Un an : 35 S Deux ans : 65 $ À l’etranger (un an) : 45 S Etudiant : 2^ J (s;.- astrésàtîf) Abonnement de soutien : 100 $ P.w tetéphone (5>4( 387-254» P.« coumel relationsÇvqf.qc.ca Pj’ a poste Relations Montréal (Québec) HjP i$6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 4.95 S « TAXES dégoûte, nous offusque.Tout ce que, parfois, nous préférons ne pas voir et ne pas entendre.11 y a aussi, dans sa définition même, une «imprécision des frontières», un flou, une variable qui se déplace selon les cultures, les époques et les individus.Une autre tentative de définition, tirée de l’article «Totalité», nous éclaire aussi sur l’impasse fondamentale du genre: «La pornographie est inséparable d’un désir de tout montrer auquel correspond symétriquement le désir de tout voir.» Mais qu’on le veuille ou non, la pornographie est aujourd'hui partie prenante de notre monde el de son actualité.Jamais, en effet, n’a-t-elle atteint un tel degré d’industrialisation et de médiatisation.Considérée, analysée et décortiquée, la pornographie est ici élevée, au rang de pratique culturelle pouvant être étudiée — à l'enseigne des très sérieuses Presses universitaires de France.De «Backroom» à «Zoos humains», de «Deleuze» à «Skaters» en passant par l’estampe ou la webcam, la centaine d’auteurs convoqués pour l’occasion exa- minent le phénomène sous tous ses angles.Se penchant, par exemple, sur la place du plaisir féminin dans la pornographie à la lumière de la représentation du cunnilingus, l’auteur de l'article rappelle que le plaisir féminin n’est pas l’objet de la plupart des supports pornographiques et estime que la pratique fait figure de «parent pauvre dans la production pornographique non spécialisée et hétérosexuelle».On y aborde également la porno en Afrique subsaharienne, L’Origine du monde de Courbet ou la maïeusophilie (vous irez voir vous-mêmes).Lacan, Orlan, lavement, Nelly Arcan (eh oui): presque tout passe à la loupe de cette fascinante «cartographie de la pornographie».Collaborateur du Devoir DICTIONNAIRE DE LA PORNOGRAPHIE Sous la direction de Philippe di Folco Presses Universitaires de France Paris, 2005,580 pages vieNt oe panaitRe Dossier Les femmes sur tous les fronts Opprimées de l'Inde Les Rwandaises après le génocide Révolution paysanne au Brésil les Philippines contre le trafic sexuel Le monde des hommes Nuueito 707 M*üS 2006 www.revuerelations.qc.ca ABONNEZ-VOUS I Rel ut IONS Entrevue avec /ean Ziegfei ReLatioNs sur tous les fronts Opprime€s de I Inde Jj||R*«nd3ises Sup5 le genoodf VW™' ;/***>« WM**» B*» 4É|£ *JWppin*s centre ^ trafic sentct le monde hommes Oui, je désire un abonnement de.au montant de_______S - *"(»).VHii COO€ POSTAL .TÉLÉPHONE ( _ Montant total î je paie par chèque (à l’ordre de Retotions) i-j ou par Visa U NUMÉBO OC LA CAPTÉ omfftOH________ scion*!
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.