Le devoir, 4 mars 2006, Cahier G
LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 MARS 2 O O « LE DEVOIR CAROLE THÉBERGE «Conter l’histoire pour s’assurer qu’on n’oublie pas ce qui a été fait» Page 2 tZ-Æ DIANE LAVALLÉE «Nous devons tenir compte du désir des femmes de devenir mères et de leurs ambitions professionnelles» Page5 SOUKCi: NI WSCOM Elles» attendent )• • • La femme, «égale de l’homme»?En nombre, certes.Pourtant, sans avoir à se rendre sur d’autres continents, là où les valeurs religieuses, traditionnelles et culturelles prévalent toujours, il faut jeter un regard franc sur nos sociétés occidentales avant de conclure que le 8 mars, cette Journée internationale des femmes, serait d’abord un jour de fête.NORMAND THERIAULT Ce n’est pas parce qu'une loi a été un jour votée qu’il faut conclure que le problème qui l’avait occasionnée est de ce fait réglé.D y a neuf ans, le Québec légiférait en matière d’équité salariale: il fallait non seulement réduire l’écart qui prévalait entre les salaires des femmes et des hommes, mais statuer que le principe d’égalité prévaudrait en cette matière.Une année donc avant la révision de cette législation, un constat s'impose, comme le fait remarquer Louise Mercier, vice-présidente et responsable du dossier de la condition féminine a la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec •Dans les endroits de 10 à 49 employés ou de 50 à 100, on peut penser que, là où le syndicat n’a pas mis la main à la pâte, on risque de trouver bien des entreprises qui n'ont pas tenu compte de l’équité; particulièrement du côté du 10-49.Sous-mêmes qui avons joué le ride de chien de garde en insistant auprès des employeurs.on ne dispose pas des mécanismes pour ÉQUITÉ SALARIALE Commission Page 2 Syndicats Page 3 être en mesure de vérifier ce qui s'est passé, parce qu’il n’y avait pas d'obligation de former des comités d’application de la loi.On n'était pas obligé non plus d’avoir des groupes de travail et on peut se demander si les affichages requis ont été faits; seuls les salariés peuvent en témoigner» La vigilance est en fait toujours de mise.Il a ainsi fallu attendre un bon moment avant que soit clarifiée la position gouvernementale lors de la dernière négociation avec ses employés (qui s’est conclue, en le rappelle, par voie de décret): contrairement aux premières indications, il est toujours possible de discuter d’équité salariale.Sans pression des milieux concernés, cela était-il dans les intentions originales du Trésor?Allez savoir.Ce n'est pas parce que, dans le passé, des femmes ont débattu sur la place publique du sexisme qui prévalait dans les sociétés occidentales et dénoncé par leurs écrits cette dégradation dans la présentation de la femme, lorsqu’elle est vue et voulue comme un ample objet, qu’il faut croire que la relation forme-fonction, ici définie SOCIÉTÉ Procréation médicalement assistée Garde d’enfants Page 4 sur le plan de la sexualité, n’a plus cours.Ouvrons d’ailleurs, n’importe quel soir donné, le poste de télé et constatons que, si la femme montrée n’est pas une «top modèle», alors son «rêve» serait de le devenir.Si une telle situation est déjà lourde pour toute femme adulte, on comprendra qu'elle devient dramatique quand ce même pattern est proposé à des adolescentes et même des préadolescentes.Ce à quoi s'applique l’industrie de la consommation.Pour une sexologue telle que Jocelyne Robert, ITiypersexualisation de nos sociétés est un fléau et elle l’affirme avec des mots crus: «Le modèle sexuel d’aujourd’hui est vraiment pornographique et, du même coup, la femme y est représentée comme un objet de plaisir pour l’homme.L’image qui est envoyée aux adolescentes est celle de collisions génitales.» La jeune fille d'aujourd’hui selon l’image entretenue par le •Girl Fower»?Une future •Queen félationniste»\ Dans d’autres secteurs, avec le retour en force des groupes de pression religieux et autres lobbies conservateurs, il n’est plus possible d’affirmer que la femme soit -propriétaire» ou première «responsable» de son corps.On attend ainsi avec crainte un des premiers jugements de la nouvelle Cour suprême américaine dans une cause portant sur l’avortement EL au nord du 49' parallèle, on se demande jusqu’à quand un Harper pourra contenir les aspiration', de ses troupes, qui ne demandent pas mieux que d’être plus américains que George lui-même Religions Hypersexualisation Page 7 Femmes immigrées Page 8 Et de se dire qu’«un 1200 $» par enfant n’est pas en soi une incitation pour les femmes à opter pur une carrière.Néanmoins, tout n’est pas toujours négatif et plus d’une considère que la nouvelle législation québécoise régissant les congés de maternité offre vraiment plusieurs avantages.Toutefois, au plan politique, beaucoup reste à faire.Si, au gouvernement du Québec, la ministre Théberge, comparant la situation locale à ce qui prévaut en Occident se félicite de voir cette entité gouvernementale se classer au 14’ rang pour le nombre de femmes siégeant a la législature, cela ne fait pas oublier que le projet de réforme électorale devra trouver le moyen de garantir une réelle représentation d’une moitié de la population dans les instances du pouvoir gouvernemental.Des luttes, donc, toujours à mener.Pour faire en sorte que les valeurs tra-dhionneDes, où la femme, peu importe le secteur, se voit toujours reléguée, elle et ses aspirations, au second plan, évoluent Au Québec, le Conseil du statut de la femme a survécu à une volonté de réforme.I^a Fédération des femmes du Québec fête aussi un 40' anniversaire en soutenant qu’il y encore nécessité d’intervenir dans phis d’un dossier.Le 8 mars prochain donc, Journée internation» le des femmes, il n’y aura pas que des roses pour parfumer l’atmosphère: des femmes témoigneront aussi pour un monde égalitaire.Le Devoir REPRÉSENTATION Réforme électorale Fédération des femmes du Québec Page 6 Uhyper-sexualisation de nos sociétés est un fléau V G 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 MARS 2006 JOURNEE INTERNATIONALE DES FEMMES Entrevue avec Carole Théberge Une politique en devenir «Conter l’histoire pour s’assurer qu’on n’oublie pas ce qui a été fait» En attendant la nouvelle politique québécoise en matière de condition féminine, qui sera déposée cette année, la ministre responsable de ce dossier, Carole Théberge, a accepté de se prêter à une réflexion sur la situation des femmes.Survol d’une longue marche sur un chemin cahoteux aux pentes parfois abruptes.THIERRY HAROUN T es hommes travaillent fort à " -L/ casser le crabe, mais décortiquer le crabe comme on le fait, c’est difficile aussi.On travaille sous la pression, nous aussi, puis il ne faut pas qu’on refuse de la “job" trop souvent.C’est encore plus difficile pour les filles qui ont des enfants; ces filles-là n’arrêtent jamais.Mais entre nous, on se tient, puis on se comprend», confiait le 22 mai 2002 au Devoir, sous le couvert de l’anonymat, une travailleuse gaspésien-ne d’une usine de transformation du crabe des neiges, à l’occasion d’une enquête que nous avons menée sur le dur labeur de ces ouvrières qui travaillent à la chaîne entre lumières froides et planchers humides.la solidarité féminine est proverbiale et elle ne date pas d’hier.Dans le cadre de la Journée internationale des femmes du 8 mars 2000, le Conseil du statut de la femme (CSF) avait produit un document intitulé Pas à pas, fort pertinent d’ailleurs, qui recensait 4a longue marche des femmes au Québec» et dans lequel on peut lire que, dans les années 1930, la «solidarité avait ses tactiques Quand un huissier s’annonçait quelque part pour une saisie et une vente aux enchères, une quinzaine de femmes remplissaient la maison.Elles achetaient alors tout le ménage, à bas prix, et le remettaient ensuite en entier au propriétaire».Futées et.solidaires, disions-nous.Autre exemple, relate-t-on dans ce même document: «Le 11 novembre 1983, jour du Souvenir, une mystérieuse dame en noir dépose une gerbe de fleurs au carré Dominion avec l’inscription “Pour toutes les femmes violées en temps de guerre".L'année suivante, Dana Zwmok re- prendra son geste, accompagnée cette fois d’une quarantaine de femmes, d’hommes et d’enfants.» Passé et devenir La violence sous toutes ses formes est un «point sensible», indique la ministre Théberge.«Quand üyadela violence dans une famille, c’est tout le monde dans l’entourage qui écope bien souvent.Tout ça est bien malheureux.On [au gouvernement québécois] a pris le taureau par les cornes en établissant une politique pour contrer la violence conjugale.D’ailleurs, au Québec [comparativement à ce qui se fait dans ce domaine à l’échelle mondiale], on fait figure de chef de file.Il faut s’en réjouir, mais en même temps il ne faut pas arrêter le travail.Il s’agit de mieux comprendre les réalités d’aujourd’hui afin d’y répondre mieux.» C’est dans ce sens que la nouvelle politique du gouvernement Cha-rest compte revoir ses stratégies d’action.Une politique «qui est présentement en devenir» et qui sera déposée dès cette année, assure la ministre Théberge.Cette politique s’inspirera largement de l’avis du CSF intitulé Vers un nouveau contrat social pour l’égalité entre les femmes et les hommes, lequel document a fait l’objet d’une commission parlementaire l’année dernière.Cette consultation a été selon la ministre un «succès», en précisant que c’était «la première fois que toutes les personnes qui se sentaient interpellées [par cette question] pouvaient présenter un mémoire».Quelque 108 mémoires ont été déposés lors de cette commission parlementaire, en provenance de 75 groupes de tous ordres.«Nous avons écouté nombre de suggestions et recommandations, et parfois des inquiétudes.Entre autres, ARCHIVES LE DEVOIR La ministre responsable de la condition féminine, Carole Théberge sur la question des problèmes sociaux que vivent les hommes aussi», souligne Carole Théberge.Interventions Vers un nouveau contrat social pour l’égalité entre les femmes et les hommes propose au gouvernement québécois plusieurs axes d’intervention, soit de promouvoir l’égalité économique entre les femmes et les hommes, de corriger les inégalités qui persistent dans le contexte d’une économie ouverte et mondialisée, de susciter la reconnaissance de la parentalité et du soutien aux personnes dépendantes, de mettre en place les conditions pour une meilleure articulation des temps sociaux, d’améliorer la santé et le bien-être en s’assurant que les services soient adaptés aux réalités des femmes et des hommes, d’éliminer toute violence et atteinte à la dignité ou à l’intégrité subies en raison du sexe, et enfin, de favoriser la IL Y A ENCORE TANT À FAIRE Pour une réelle égalité transformation des rôles sociaux par la lutte aux stéréotypes féminins et masculins, et par la promotion de valeurs et de comporte-mepts égalitaires.A ce titre, le document du CSF précise qu’il serait souhaitable d’amener les milieux de la culture, du sport et des loisirs ainsi que les médias à évaluer leur conduite quant à la diffusion des stéréotypes sexuels et sexistes, et à la promotion de valeurs égalitaires.En clair, «l’influence des médias est déterminante dans la diffusion des stéréotypes et la construction de l’identité sexuelle.Or, des vidéo-clips et des magazines continuent de présenter les femmes comme des êtres soumis et passifs.L’usage d’images réductrices, poursuit ce document sévit aussi du côté des personnages masculins ren- fbrçant une conception de la masculinité basée sur la domination.» Et pour faire contrepoids, lit-on, •certains médias présentent des images de femmes dominatrices à côté d’hommes ridiculisés allant tout autant à l’encontre des modèles de rapports égalitaires».Sensibilisation Le Conseil du statut de la femme suggère de plus de soutenir l’exercice du pouvoir et de la participation sociale en toute égalité par les femmes et les hommes sur les plans national, régional et local.La ministre Théberge est d’avis à cet égard qu’il faut impérativement sensibiliser les femmes à l’acte politique, et ce, «sans relâche» car les femmes n’en sont «pas nécessairement convaincues malgré le fait qu’elles représentent un peu plus de la moitié de la population.Jl existe en ce sens le programme “À égalité pour décider"».Dans le document Pas à pas, il est également mis en exergue qu’en 1926, le Montreal Women’s Club «envoie une délégation à Québec pour réclamer que les femmes mariées puissent voter aux élections municipales.La délégation fera antichambre une journée entière.Elle repartira sans avoir été entendue».Ainsi, si les temps ont bien changé depuis lors, la question suivante mérite d’être posée: la société est-elle, aujourd’hui encore, à ce point machiste, comme on le laisse entendre?«/espère que non! Il y a des réalités qui sont là pour toutes sortes de raisons.Il existe des mentalités qui sont là.Il y a des changements de mentalités à faire.Nous avons en ce sens beaucoup de chemin à faire.» EL toujours selon Mme Théberge, la journée du 8 mars a sa raison d’être afin de «conter l’histoire pour s’assurer qu’on n’oublie pas ce qui a été fait et ce qui s’est dit, et ainsi donner l’occasion d’écrire la suite de Ihistoire».Collaborateur du Devoir Commission de l’équité salariale Il n’y a pas que l’argent qui compte.Reconnaître le «travail social des femmes» Il y a près de dix ans, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité la loi sur l’équité salariale.Cette pièce législative a rencontré moult embûches dans son application.De la théorie à la réalisation sont apparus bien des écueils qui en ont mitigé les effets ou l’ont carrément rendue inopérante à bien des égards, pour des raisons d’argent, de culture et de mode d’emploi.Malgré tout, les femmes en seraient sorties gagnantes.L’heure des bilans a sonné: le temps est venu d’aplanir les difficultés et de trouver le moyen de maintenir les acquis.REGINALD HARVEY Depuis 2002, Rosette Côté préside la Commission de l’équité salariale.Cet organisme procède actuellement à un vaste sondage, destiné à consolider le rapport sur l’état général de la situation, qui sera déposé en novembre prochain, tel que prévu par le ministre du Travail dans la loi de 1997.Elle situe cette réflexion: «L’objectif, ce n’est pas de réécrire la loi; c’est de voir comment elle est VOIR PAGE G 3: ÉQUITÉ La Loi sur l'équité salariale fcfvAAriÀJ] Cette Loi est là pour rester parce que toutes et tous vous y contribuez.Pour en savoir plus.Voyez le clip Le salaire a-t-il encore un sexe?Sur le site Web de la Commission www.ces.gouv.qc.ca 1 888 528.8765 can caca 4PTS Alliante du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux Tél.: 450.670.2411 1 866 521.2411 www.aptsq.com Toujours et plus que jamais engagées En cette journée internationale des femmes 2006, les professionnelles de l'État sont toujours et plus que ïamais engagées ô donner à la population québécoise des services publics intègres et de qualité.Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Quebec U LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 MARS 2 0 0 6 r.3 JOURNEE INTERNATIONALE DES FEMMES SUITE DE LA PAGE G 2 appliquée sur le terrain, quels ont été Us irritants et les difficultés, et à quels endroits des points ont été bien ou mal compris.Les données recueillies serviront à la Commission pour faire soit des propositions d’amendement à la loi, soit pour clairement convenir d'une nouvelle façon de procéder.» Maintenir les acquis En septembre, la Commission procédera en outre à une consultation avec ses partenaires, qui seront appelés à enrichir de leurs points de vue le document de réflexion qui sera remis au ministre; il reviendra à celui-ci de décider de la forme que prendra le débat subséquent Est-ce que le temps serait venu de parler déjà de repositionnement ou de réorientation?•Indépendamment du rapport de 2006, je dirais que ce qui ressort des travaux effectués auprès des partenaires et qui n’ont pas été publicisés, mais que j’entends depuis que je suis en fonction, c’est que la loi est très peu ‘‘parlante’’ sur le maintien de l’équité; cette loi se présente en deux temps, dont le premier comporte un exercice d’équité pour apporter la correction sur la discrimination systémique en entreprise, et dont le deuxième repose sur le fait de ne pas la recréer ou sur le maintien de celle-ci.» Elle ajoute un éclaircissement: «Les éléments de la loi ne fournissent pas suffisamment de façons de procéder sur ce volet, de l’avis des partenaires.Il y a comme un consensus entre ceux-ci pour rendre le maintien plus explicite.Comment?Personne n’a beaucoup d’idées et pour l’heure, c’est nous qui creusons la question.» Au-delà de l’aspect financier La présidente présente la loi d’abord et avant tout sous l'angle d’un droit fondamental: «Primo, les femmes ont le droit d’exiger une égalité économique, et que l’écart salarial soit diminué, pour ne pas dire annulé.Deuxièmement, le tout se situe dans le contexte des pratiques de travail, et ça oblige les employeurs à changer leurs pratiques de rémunération et d’évaluation des emplois de même que celles à l’égard de la reconnaissance des compétences et du travail féminins.» Elle met en relief un point majeur: rCette législation agit en même temps sur la gestion des ressources humaines.Dans son essence, c'est une façon de procéder visant à considérer ces ressources comme les piliers de toute entreprise.Donc, ça dépasse le domaine du travail et là, on rentre carrément dans la gestion de ces ressources dans le but d’en arriver à rester plus concurrentiel, d’attirer et de garder du monde, pour foire en sorte que le travail soit reconnu.On joue tou- LAGENDA L’HORAIRE TÉLÉ, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samei LE DEVOIR 1 I.O'T'O aur*rc EQUITE À l’heure des bilans SOURCE COMMISSION DE LÉQUITE SALARIALE Rosette Côté jours sur trois fronts.L’enjeu tourne autour de toute la reconnaissance du travail social des femmes et, plus particulièrement, du travail traditionnellement féminin.» Il importe donc de regarder le problème sous l’angle d’un bénéfice relié au salaire, mais aussi d’adopter une vision élargie de cette mesure: •La loi sur l’équité salariale repose sur des valeurs et elle est fondée sur les droits de la personne.On n'est plus dans le même registre sous cet angle et je comprends que ce soit contraignant pour les entreprises.» Elle résume l’ampleur de la problématique: «0« doit la présenter comme une loi qui agit sur le plan des entreprises et de leurs pratiques; en même temps, elle prend sa source dans les chartes des droits et libertés, tout en voulant changer les mentalités et œuvrer dans une démocratie.C’est vraiment très large.» Retour sur les acquis Finalement, sur le plan concret, la première question qui se pose est la suivante: les femmes sont-elles sorties gagnantes de cette loi aux applications complexes?Rosette Côté s’interroge: •Est-ce qu'il y a une réduction de l’écart salarial entre les emplois d’hommes et de femmes lorsqu’on les compare depuis dix ans?L’Institut de la statistique du Québec constate que, lorsqu’il y a eu des augmentations salariales dans les entreprises de 200 employés et plus, il y a eu des ajustements salariaux pour une catégorie féminine de l’ordre d’environ 5 %; ils attribuent cette hausse à l’application de la loi.» Elle ajoute un autre élément positif: »À la suite d'une enquête en 2002, on est allé voir le pourcentage de la hausse dans les entreprises qui avaient complété l’exercice, soit environ les deux tiers.On a noté une augmentation se chiffrant autour de 8 % et, ce qui est intéressant, cette hausse s’était produite dans les milieux non syndiqués.» Enfin, elle mentionne un troisième bénéfice, soit celui issu de l’entente avec le Syndicat des profes- sionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).Les retombées collatérales Elle souligne que d’autres facteurs, telle l’augmentation du salaire minimum, peuvent contribuer à réduire l’écart salarial, avant de cerner les effets indirects de la loi: •La culture du travail a commencé à se modifier.D’abord, on a changé les modes de rémunération.Deuxièmement, on a inculqué des nouvelles façons d’évaluer les emplois en faisant ressortir les compétences dites féminines qui avaient toujours été très invisibles » Elle mentionne encore que, dans la petite entreprise, la loi a contribué à l’amélioration du climat de travail, quelle a créé un sentiment de justice entre les différentes catégories de personnel et qu’elle a fourni de nouvelles méthodes de travail pour l’évaluation des emplois et des rémunérations.Elle complète en dégageant cet autre point important: •Tout le monde a compris que l’équité salariale, ça ne se négociait pas; celle-ci est exclue du champ de la négociation et ça ne fait plus partie du “Give and Take'.Cest maintenant un exercice qui est indépendant du processus de “négo", qui est lié véritablement à la correction de l’écart salarial.C’est un autre effet indirect important.» Résistance culturelle Dès le départ en 1997, il est apparu que, dans la moitié des cas, les écarts salariaux étaient attribuables à la discrimination systémique, ce qui a largement motivé les législateurs à adopter la loi.Rosette Côté laisse savoir qu’il a fallu travailler sur tous les fronts à la fois pour enrayer ce phénomène, particulièrement présent dans les petites entreprises de 10 à 50 employés, lesquelles sont au nombre de 35 000 parmi les 45 000 touchées par loi.Elle dépeint le portrait: •La culture du travail, qui consiste à connaître les emplois et les descriptions de tâche, à payer les gens vraiment pour ce qu’ils font sans les surévaluer ou les sous-éva-luer, n’existait pas.» Il a été nécessaire d’imposer à la fois la correction de l’inégalité économique des femmes et les changements de pratiques: *11 y avait un grand ménage à faire à plusieurs niveaux.» Elle pose ce constat «Au cœur de nos enquêtes actuelles, ce que nous voyons, ce n’est pas de la mauvaise foi: les petites entreprises font leur exercice correctement.On s’aperçoit quand même que c'est très difficile d’avoir un outil d’évaluation des emplois, même si peu de fadeurs entrent en ligne de compte et même s'il n’y a pas beaucoup de compétences qui sont mesurées.» Collaborateur du Devoir Journée internationale des femmes Les conditions de vie des femmes, l'Université Laval y travaille Chaire d'étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes lent Recherches féministes Vol.18, n# 2, Images et sens Diplôme De deuxième cycle et études féministes wf.ulml.ca/sQ/rift2fi30llJitml et-:-ixx i/—t-i-A.A' LkL tfilfWmlTê TtMDlStt 0 êtê 4-10 juin 20% OWITS, JUSTICE ET OÉMCMTIE au ceur de l’action et des luttes féministes Pour information uniwrate-femiwste-eteOfssulaval.ca (418) 656-2131 poste™ wwfssulavalca/universitefeministedete UNIVERSITÉ LAVAL Les syndicats sont heureux que l'équité salariale n 'ait pas été touchée par le récent «coup de force patronal» La loi 142, qui a imposé les nouvelles règles du jeu dans les relations de travail de la fonction publique en décembre dernier, ne couvre pas le champ de l’équité salariale.Ce dossier a été écarté du coup de force patronal.Les syndicats s’en félicitent, mais pour eux aussi le temps est venu de faire les comptes sur cette question.La présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Claudette Carbonneau, mesure l’état de la situation en équité sur un ton plutôt moqueur ffe vous dirais que la grande exception veut que, là-dessus, on soit plutôt d’accord avec le gouvernement du Québec.Au moins, U distingue les genres à ce sujet», dit-elle en riant Puis, elle poursuit •Pour nous, le dossier de l'équité salariale, c’est une chose et ça découle d’une loi; cela ne peut pas foire l’objet d’un décret et il devra suivre son cours.Il va de soi que le gouvernement a créé énormément d'ambiguité autour de cette question en affirmant qu’il disposait d’une enveloppe globale de 12,6 %; il a laissé savoir que celle-ci valait à la fois pour les augmentations salariales qui, au moment de la négociation, étaient inconnues.On sait maintenant qu elles sont de l'ordre de 8 % sur dix ans et neuf mois; certaines améliorations normatives se sont aussi afoutées.Les dirigeants disaient vouloir jouer à l’intérieur de cette enveloppe-là pour en arriver au 12,6 %, ce que nous avons toujours contesté.Par ailleurs, il n'a pas décrété de résultat d’équité salariale et il s'en est remis au processus à poursuivre en cette matière.» En dArembre dernier toujours, le gouvernement déposait une offre sur l’équité que les quatre grands syndicats impliqués dans le domaine intersyndical — CSN, CSQ (Centrale des syndicats du Québec), FTQ (Fédération des travailleurs du Québec) et FHQ (Fédération des infirmières et infirmiers du Québec) — examinent toujours: •Cest plus long et plus laborieux en raison du fuit que quatre organisations se retrouvent en présence.Notre intention est de travailler d’arrache-pied pour donner suite à cette proposition et aboutir à un résultat entre les parties qui réponde aux impératifs de la loi.» Un examen détaillé du côté de la FTQ Même si l’opération bilan s'avère complexe du côté de la FTQ, en raison de sa forte taille et des structures en place, la CSQ prend très au sérieux cet exercice, comme le rapporte sa vice-présidente et responsable du dossier de la condition féminine, Louise Mercier •On veut obtenir une étude basée le plus près possible de la réalité avec des points précis qui vont la refléter et montrer vraiment requise passe sur le terrain.» Elle fait déjà preuve de ce réalisme à propos de la situation actuelle, forte de l’expérience qu’elle a vécue dans divers milieux de travail: •Dans les endroits de 10 à 49 employes ou de 50 à 100, on peut penser que.là où le syndicat n à pas mis la main à la pâte, on risque de trouver bien des entreprises qui n ’ont pas tenu compte de l'équité; particulièrement du côté du 10-49.Nous-mêmes qui avons joué le rôle de chien de garde en insistant auprès des empUryeurs, on ne dispose pas des mécanismes pour être en mesure de vérifier ce qui s’est passé, parce qu’il n’y avait pas d'obligation de former des comités d'application de la loi.On n'était pas obligé mm plus d’avoir des groupes de travail et on peut se demander si les affichages requis ont été faits; seuls les salariés peuvent en témoigner» R.H.- : .i L’^ffirmatiomr^Iigi^Uèe , ; I , r» meriace-t-élle régalité des i|é'4&
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