Le devoir, 2 mars 2002, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI ET D I M A V I H E i M A R S 2 O O 2 ENTREVUE Gilles Lipovetsky Page D 6 DE VISU Melvin Charney Page D 8 ?LE DEVOIR * ffi ÉDITION Pugilat littéraire Un brûlot dénonce la collusion des pouvoirs dans le monde littéraire.GUYLAINE MASSOUTRE On imaginerait mal, au Québec, la publication d’un essai, ou d’un recueil d’essais, qui attaque d’un même front la littérature québécoise, ceux qui l’écrivent et ceux qui la commentent Or ce que vient de faire Pierre Jourde, dans La Littérature sans estomac (L’Esprit des péninsules) — un titre emprunté au pamphlet de Gracq contre les prix littéraires —, est tout simplement de clouer cer-.tains romanciers français contemporains et journalistes au pilori.Le tir ajusté, sous la plume acerbe du professeur d’université, entraîne la bagarre.Jean-Inc Douin parle d'une «respiration catarrheu-sp» (Le Monde des livres, 8 février).Echos d’empoignades, dont Antoine Robitaille a glissé un mot dans Le Devoir (cahier Livres du 2 février 2002) à propos de la dernière livraison de L’Atelier du roman.On y dépasse la chicane locale.Jourde ne dit-il pas: «L’éloge unanime sent le cimetière.La critique contemporaine est une anthologie d’oraisons funèbres.On ne protège que les espèces en voie d’extinction»?La polémique est ouverte: «Une littérature sans conflit peut paraître vivante, mais ce qui frémit encore, c'est le grouillement des intérêts personnels et des stratégies, vers sur un cadavre.» Les responsables de cette crise grave?Les suppléments littéraires des grands quotidiens, qui vantent à la criée des arrivages de littérature frelatée.Or le poisson est pourri.Des cibles dans l’agora La Littérature sans estomac s’ouvre en beauté, par le mitraillage soutenu de Philippe Sellers, «le Combattant Majeur», armé de son «organe officiel», D Monde des livres, que dirige Josyane Savigneau.Jourde s’étonne avec raison que la critique soit écrite par ceux qui la publient Sous couvert de l’objectivité savante, les clans font de l’espace aux leurs, qui tiennent le haut du pavé en se congratulant barricadés dans la forteresse médiatique.«Lâcheté à toute épreuve», s’écrie le pourfendeur.Dérives du discours, protections indues, noyautage de la circulation des idées, le scandale d’une complaisance érigée en mœurs touche au cœur de la création et la met en crise.Une trentaine de titres, représentatifs de «la médiocrité de la production littéraire contemporaine», passent ensuite au hachoir critique.Christine Angot, Frédéric Beigbeder, Marie Darrieusecq, Olivier Rolin, Camille Laurens, Marie VOIR PAGE D 4: PUGILAT Andrée Ferretti [’indépendance sans concession * * *.x m A \\m\m » î t è îï» f;1 ! i* Jffijf j i| I : il ! m W i'f’Iè f If## JACQUES GRENIER LE DEVOIR Enfant, elle faisait du porte à porte dans les rues de l’est de Montréal pour défendre la cause de la langue française.À 32 ans, elle était vice-présidente du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), aux côtés de Pierre Bourgault.À 67 ans, Andrée Ferretti est romancière et vient de publier un recueil de ses articles et discours de 1964 à 2001 chez Lanctôt éditeur, sous le titre La Passion de l’engagement.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Indépendantiste avant la lettre, militante de la première heure, Andrée Ferretti s’est donnée corps et âme et sans concession à ce pays en gestation qu’elle attend encore aujourd’hui.Son engagement, c’est envers le Québec, et son projet d’hier comme d’aujourd’hui, c’est l’indépendance sans détour.N’a-t-elle pas claqué la porte du RIN lorsque celui-ci proposait de s'associer avec le Mouvement Souveraineté-Association nouvellement fondé par René Lévesque?«On me dit indépendantiste pure et dure, constate-t-elle aujourd’hui en entrevue, mais comment peut-on l’être autrement?» Cette idée, donc, en bonne militante, elle y a consacré des heures et des heures d’assemblées de cuisine, des textes et des discours, elle en a convaincu ses enfants et ses petits-enfants, et elle la défend toujours aujourd’hui.Et alors que l’idéal de l’indépendance reste dans son discours, le contenu de cette indépendance a changé.Ainsi, celle qui défendait le socialisme aux belles années du RIN croit aujourd’hui que ce système n’est plus la réponse aux problèmes posés par la société moderne.Et pourtant, elle se réclame encore de la gauche.«Je suis peut-être encore plus à gauche qu’avant», dit-elle.Aujourd’hui, c’est plus que jamais le cheval culturel qu’elle enfourche pour justifier la création du pays québécois.Il y a bien quelques errements dans ce recueil.En réponse à un article sur une déclaration du chef amérindien Ovide Mercredi, selon lequel l’indépendance du Québec ne se ferait pas sans l’accord autochtone, Ferretti se lançait, en 1991, dans une diatribe abusive, à la limite du mépris envers les autochtones, qui s’intitulait «Doit-on éclater d'un grand rire sauvage?».Nombreux sont ceux qiji, ajuste titre, lui ont reproché les excès de ce texte.Était-il justifié de le reprendre ici?Certains frémiront aussi à son éloge dithyrambique et sans nuances de l'historien Lionel Groubc.Reste pourtant qu'Andrée Ferretti a un souffle, une ferveur, une audace qui tranche encore aujourd’hui, alors que la pensée unique et la culture homogène régnent ici presque sans partage.Se sent-elle désormais seule au front d’idées nées d’une autre époque?Non, répond celle qui a donné son souffle à ses enfants.Mais pour faire l’indépendance, constate-t-elle, il faut d’abord la rendre désirable.La démarche qu’elle propose passe par la démocratie.Dans la préface du recueil, Hélène Ped-neault écrit «Je ne peux m'empêcher de penser que la notoriété d'Andrée Ferretti serait fort différente si elle avait été un homme.» Car l’idée de l’indépendance avait germé en Ferretti bien avant la création du RIN.Dès 1957, cette autodidacte, qui n’avait complété qu’une septième année d’école primaire, assistait, comme étudiante libre, aux cours d'histoire de Maurice Séguin, à l’Université de Montréal.«C'était infaillible, se souvient-elle.À chaque cours, il nous donnait une solution à toute l'impasse dans laquelle le peuple canadien-français vivait depuis la Conquête.Il disait: “Im seule façon de s’en sortir, ce serait l’indépendance, mais ce n’est pas possible.”» Il n’en fallait pas plus pour enflammer l’âme passionnée de la jeune femme de Villeray, dont le père, ferblantier, était analphabète.VOIR PAGE D 2: L’INDÉPENDANCE Je suis peut-être encore plus à gauche qu’avant Spirale^®”"' LANCEMENT à la Maison des écrivains, 3482, avenue Laval, Montréal Transpoétique * LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 MARS 2 0 0 2 L’INDEPENDANCE Livres SUITE DE LA PAGE I) 1 Est-il nécessaire de rappeler qu’à cette époque, l’anglais était pratiquement la seule langue parlée à l’ouest du boulevard Saint-Laurent?«Et que le Québec était alors constitué de 91 % de travailleurs, dont 70 % gagnaient moins de 4000 $ par années «Au niveau de la langue, c’était une oppression, se souvient-elle.Aux niveaux politique et économique, c'était plutôt de la domination et de l’exploitation.» La jeune femme est très tôt concernée par l’avenir de son peuple.«Mais est-ce que je pouvais, venant d’un milieu inculte, étant femme par-dessus le marché, partir un mouvement?Après, je me suis mariée, j’ai eu mon premier enfant, mon deuxième enfant.», se souvient-elle.C'est au moment de l’explosion des premières bombes du FLQ, le 8 mars 1963, que la mère de famille sort dans la rue (jour promouvoir la cause, devient membre du R1N et distribue le journal L’Indépendance, avec d’autres militants.«Mariée pas mariée, enfants pas enfants, je me suis dit: s’il y a des jeunes qui en sont arrivés au point où ils peuvent tuer ou se tuer pour l’indépendance, cela signifie que, si on veut, nous, faire ça de manière pacifique et démocratique, il faut que tout le rrumde qui y croit s’y engage», ajoute-t-elle.Ce n’est que bien après ces événements, dans les années 70, qu’Andrée Ferretti complétera un baccalauréat et une maîtrise en philosophie.Les texte de ce recueil ont été recueillis par Michel Martin, au moment où ce dernier travaillait au scénario et à la réalisation du film RIN, de Jean-Claude Labrecque, paru ces jours-ci.Aujourd’hui, la grand-mère et romancière n’a pas renoncé à l’indépendance.Elle espère même que celle-ci se fera de son vivant Mais pour cela, il faudrait que le Parti québécois perde la prochaine élection, croit-elle.Selon Andrée Ferretti, ce parti n’a accompli son objectif d’être «un bon gouvernement» que lors de son premier mandat en 1976.Les textes plus récents du recueil comptent d’ailleurs une attaque en règle contre le libre-échange.Dans les années 80, Andrée Ferretti fustige aussi les Jacques Parizeau et Bernard Landry qui défendaient ces échanges tous azimuts.«Nous pouvons ainsi voir notre récente fournée nationale d’industriels et de commerçants, les Bourassa et les Parizeau (manifestement atteints du syndrome de la tête à Papineau), s’imaginer que le libre-échange leur donne enfin la chance d’accomplir LES EDITIONS TROIS FELICITENT GABRIELLE AU BOIS DORMANT DENYSE DELCOURT Finaliste au Prix littéraire Anne Hébert 2002 L éternité n’est pas de trop » Vlhin Vlidu «La plvase de Kipling selon laquelle l'Orient et l’Occident ne se rencontrent jamais est une grosse erreur : François Cheng en est le vivant démenti.» Claude Roy ALBIN MICHEL www albin michel fi leur propre révolution bourgeoise, sans comprendre qu’elle est bel et bien révolue et qu’ils arrivent 150 ans trop tard», écrivait-elle dans L’Aut journal en 1987, dans un article intitulé «Nous dépêtrer du déclin de l’empire américain ou nous y enliser?That is the question».Ferretti prend aussi ses distances par rapport à l’idéologie socialiste jadis défendue: «Un projet d’indépendance nationale, au Québec, n’a de sens qu’inséré dans un projet réaliste de libération économique et sociale.Quand je dis “réaliste’’, c’est aussi bien pour m’opposer au projet d’association du PQ qu’à l’objectif de révolution socialiste tel que prôné par la “gogauche” du Québec.Car il n’existe pas ici une telle chose qu’une nécessité vitale de révolution économique, les besoins essentiels étant satisfaits dans tous les cas, et les besoins superflus chez un très grand nombre.Il y a par contre une nécessité culturelle de changement radical de notre développement économique», écrit-elle.Même lorsqu'elle fait de la littérature, Andrée Ferretti est animée du feu de l’engagement.Son premier roman, Renaissance en Paga-nie, paru en 1987 à L’Hexagone, racontait l’histoire d’un révolutionnaire suicidaire.Quelques années plus tard, La Vie partisane, toujours à L’Hexagone, mettait en scène des femmes engagées.Peut-être qu’un jour ce sera sa vie à eUe,'une vie de militante, espèce en déclin, qui sera prise en exemple.LA PASSION DE L’ENGAGEMENT Andrée Ferretti Textes colligés et présentés par Michel Martin Lanctôt éditeur Montréal, 2002,195 pages A lire aussi: la critique de l-ouis Cor-nellier, en page D 6.Le temps d’aimer CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Dans un recueil de pensées taoïstes à méditer, paru récemment chez Albin Michel (Le Too au jour le jour, de Deng Ming-Dad), une phrase retient l’attention: «La mort est l’opposé du temps.» Le temps, c’est donc fa vie, sous toutes ses formes, avec ce qu’elle a d’éphémère, de passager.Et le temps, cet élément clé de fa culture et des philosophies orientales, est au centre du dernier roman que vient de livrer l'écrivain d’origine chinoise François Cheng, L’éternité n’est pas de trop, également paru chez Albin Michel.Ce qui semble une éternité, c’est ce chapelet de secondes qu’offre Cheng, à travers les yeux d’un homme amoureux d'une femme inaccessible, lan-Ying.Et 0 faut un temps infini pour entrer dans cet univers, pour chercher avec lui cette femme, la revoir, la conquérir.L’histoire se déroule au moment du déclin de 1a dynastie Ming, au XVII' siècle, dans la Chine des seigneurs, des médecins et des divinateurs.L’écriture de François Cheng est minimaliste; elle l’est d’autant plus que le français, langue dans lequel le livre est écrit, n’est pas sa langue maternelle.D’une extrême pudeur, presque laconique, elle dit que l’amour se déploie au-delà de la fusion charnelle, au-delà même des mots pour le dire, dans cet espace fuyant qu’on appelle l’espoir.Et grâce à cet espoir, le pouvoir de l’amour, même platonique, même impossible, agit et est rendu tangible par la beauté qui apparaît sur les traits d’une femme aimée, cette renaissance tardive qui survient malgré le poids des fausses couches et des trahisons.Passé le cap de la cinquantaine, une femme s’épanouit au contact, quotidien mais chaste, de l’être aimé.Bonheur.Le mysticisme n’est pas loin.Sur fond d’éternité, les signes fleurissent lentement, et Dao-Sheng, ce demi-moine taoïste et personnage central du livre, les cueille un à un avec recueillement Ici, c’est fa texture de 1a peau de sa bien-aimée, dont il peut tout juste toucher la main et sur laquelle il s’attardera durant plusieurs pages; là, c’est 1a courbe de sa coiffure.Dans une récente entrevue, François Cheng a déjà expliqué que, dans 1a tradition chinoise, «le personnage devient l’œil du paysage».Aussi, L’éternité n’est pas de trop se déploie sur un décor de vallées et de montagnes, comme si celles-ci étaient fa source même de l’histoire des protagonistes.Profondément chinois, ce roman propose aussi un choc et une rencontre entre les cultures.Ainsi, tel François Cheng immigré en France, le demi-moine taoïste du roman confrontera-t-il ses idées à celles d’un chrétien.On en tirera, par exemple, une étonnante conversation autour du sens du péché originel.On lira ce roman précieux comme une parenthèse dans fa course du temps, comme une méditation sur 1a vie et sur l’amour, comme une séance de contemplation bouddhiste.La lenteur est un luxe qu’on déguste rarement au siècle de fa vitesse.Sur les traces du demi-moine Dao-Sheng, on attrapera aussi un brin de culture taoïste.«Et justement, j’y pense, écrit Cheng.Le Tao en chinois n’a-t-il pas double sens: chemin et parole, marcher et dire?» On y visitera certains symboles de 1a poésie chinoise, et aussi le calendrier chinois de l’époque, avec ses Double Sept, par exemple, moment où les étoiles du Bouvier et de La Tisserande brillent de chaque côté de 1a Voie lactée, telles un «couple d’amants», «nés en même temps que le Ciel et la Terre».«La légende dit que, par décret céleste, il leur est permis de se retrouver une fois l’an, et que le septième jour du septième mois, jour de leur rendez-vous, les pies sont chargées de construire un pont enjambant la Voie lactée afin de faciliter leur traversée.Peut-on trouver meilleur exemple vivant à quoi lui et Ixm-Ying peuvent identifier leur destin?», écrit Cheng.Calligraphie, romancier, poète et philosophe, François Cheng a immigré en France avant 1a Révolution maoïste, alors qu’il ne parlait pas encore français.D a depuis choisi lui-même son prénom français en hommage à saint François d’Assise.En 1998, après une vie pleine de méandres, il publie chez Albin Michel un roman directement en français, Le dit de Tiany, récit largement autobiographique qui lui vaudra le prix Femina.Il a aussi beaucoup publié sur la peinture et 1a poésie chinoises, ainsi que sur 1a calligraphie.Son univers, 1a Chine avec son histoire et sa culture, est inépuisable.Il nous le livre goutte à goutte, lentement, humblement Une œuvre qu’il faut prendre le temps de lire, de vivre.L’ÉTERNUÉ N’EST PAS DE TROP François Cheng Albin Michel Paris, 2002,288 pages Palmarès Renaud-Bra Le baromètre du livre au Québec & Triptyque Marie Hélène Poitras www.gcneration.net.iriply let: (51t) 597-tt>66 1 Polar PARS VITE ET REVIENS TARD AP F.VARGAS Hamy Viviane r 13 2 Roman MADEMOISELLE LIBERTÉ A.JARDIN Gallimard 5 3 Histoire J.ATTALI Fayard 2 4 Érotisme Qc BANOUETTE, PIACARD, COMPTOIR ET AUTRES UEUX.W ST-HILAIRE Lanctôt 2 5 Roman LE TUEUR AVEUGLE y M.ATWOOD Robert Laffont 6 6 Roman 0Ü ES-TU ?M.LÉVY Robert Laffont 15 7 Roman ROUGE BRÉSIL V - Prix Concourt 2001 - J.-C.RUFIN Gallimard 26 8 Essai Oc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER Intouchables 15 9 Roman QUELQU'UN D'AUTRE T BENACQUISTA Gallimard 5 10 Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR, T.1, T.2 et T.3 y M LABERGE Boréal 64 U Essai 0c POUR UNE ÉTHIQUE URBAINE M.-0.M0UTIER Effet pourpre 2 12 Psychologie CESSEZ D'ÉTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! y T.D'ANSEMBOURG L'Homme 59 13 Roman LE PIANISTE y W.SZPILMAN Robert Laffont 'M 14 Polar IA TRAHISON PROMÉTHÉE y R.LUDLUM Grasset — 15 Roman Qo PUTAIN y N, ARCAN Seuil 25 16 Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI y G.HALE Manise 149 17 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCU1ATI0N y F.DELAVIER Vigot 195 18 Psychologie LACHER PRISE G.FINLEY Le Jour 439 19 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 75 20 Psychologie FISH ! COLLECTIF Michel Lafon 17 21 B.D.AGRIPPINE N° 6 - Agnppme et la secte à Raymonde y C.BRETÉCHER Claire Bretécher 5 22 Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES y S.VIZINCZEY du Rocher 43 23 Roman Qc L.CARON Boréal 1 24 Roman PENSÉES SECRÉTES y D.LODGE Rivages 5 25 Psychologie GRANDIR - Aimer, perdre et grandir J.MONBOURQUETTE Novalis 416 26 Biographie Qc MON AFRIQUE L.PAGÉ Libre Expression 19 27 Cuisine LE VÉGÉTARISME A TEMPS PARTIEL y LAé®ERT/DESNAJCtS L'Homme 22 28 Psychologie LES HOMMES VIENNENT DE MARS.LES FEMMES.y J.GRAY Logiques 417 29 Sc Sociale RÉFLEXIONS SUR IA GUERRE, l£ MAL ET IA FIN DE.y B.-H.LÉVY Grasset 15 30 Psychologie PARENT RESPONSABLE, ENFANT ÉQUILIBRÉ F.DUMESNIL L'Homme 197 77 31 Jeunesse CHANSONS DOUCES, CHANSONS TENDRES (Lim S DCI y H, MAJOR Fides 23 32 Érotisme Qc HISTOIRES DE FILLES J.PELLETIER Québécor 6 33 Polar LA CONSTANCE DU JARDINIER y J, LE CARRÉ Seuil 19 34 Roman F.CHENG Albin Michel 4 3Ï Psychologie A CHACUN SA MISSION V J.MONBOURQUETTE Novalis 116 36 Sc.Sociale N.CHOMSKY Écosociété 1 ü Maternité COMMENT NOURRIR SON ENFANT, 3' édition L LAMBERT-LAGACÉ Homme 133 38 Actualité 11/9: AUTOPSIE DES TERRORISMES N, CHOMSKY Serpent à plumes 6 39 Polar LE COLLECTIONNEUR C.BROUILLET courte échelle 368 40 B.D.ARLESTON/TARQUIN Soleil productions 2 41 Roman LA PART DE L'AUTRE y E.-E.SCHMITT Albin Michel 23 42 Essai HISTOIRE UMVERSEUE DE LA CHASTEIÉ ET 0U.,.y E.ABBOH Fides 17 43 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE y A.-M MACDONALD Flammarion Qc 69 44 Psychologie LES HASARDS NÉCESSAIRES J.-F.VEZINA L'Homme 22 45 Roman Qc CHERCHER LE VENT y G.VIGNEAULT Boréal 19 * .rt» rr NmiMlln Mtr*.N»re 4e semaines depuis parution J N.B : Sont exclus les livres prescrits et scolaires.Mane Hélène Poitras Soudain le Minotaure È.:.Soudain le Minotaure roman, 192 p., 18 $ Novembre, un soir de neige et de violence.Dans un appartement de Montréal, une rencontre qui n’aurait jamais dû avoir lieu.LsæmiÊsmiiœ- c Les grandes figures XY1 éditeur #// n i \ N m \ ^ il \ % Anne-Marie Sicotte Justine Lacoste-Beaubien Au secours des enfants malades Ce palmarès vous est présenté en collaboration avec la^Oo^o* et [ ~ SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et AGMV Marquis IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke LACOSTE-BEAUBltN Justine Lacoste-Beaubien, une vie consacrée aux soins des enfants malades.récit biographique 168 p.• 15,95 S XYZ éditeur, 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) Hal 3Z1 Téléphone: (514) 525.21.70 • Télécopieur: (514) 525.75.37 Courriel : «yred@mlink.net I s LE DEVOIR LES SAM E I) E T NI V N l M A R S O O I) M* V R E S ^ ALBUM Tour de piste GISÈLE DESROCHES Vous avez lu Tout ce cirque?Comment qualifier cet album à nul autre pareil, ces esquisses issues d’un imaginaire extrêmement fécond, réunies autour d’un commentaire sobre et profond, à la fois précis et absolument ouvert?Comment rendre compte de la fascination que suscite, au fil des pages, ce parcours fantasmagorique qui fait découvrir des personnages, des scènes, des décors fabuleux, appartenant tous à l'univers du cirque, certes, mais un cirque plus onirique que technique, plus merveilleux que performant, plus philosophique que burlesque.Mireille Cliche a fait un tri parmi quelques centaines d’images créées par Stéphane Jorish à la suite d'une certaine commande, en les ordonnant en cinq récits philosophiques ou poèmes mouvants, y donnant à lire l’universel, y greffant un sens qui reflète leur énorme pouvoir de projection.Analyser cet album dépasse mes compétences, aussi me contente-rai-je de faire part de l'émotion et de l’émerveillement qui s’emparent de moi à chaque relecture.Du plaisir que me procurent ces quelques mots inscrits au bas d’images fortes, débordant de créativité, d’une richesse immense, transportant dans un univers fabuleux un lecteur qui ne demande qu’à être séduit Cet album s'adresse à un public beaucoup plus vaste que celui de l’habituel secteur jeunesse, mais quel formidable bénéfice pourront en tirer les grands enfants qui «tomberont dedans étant petits»'.Je le souhaite à tous les jeunes lecteurs, pour peu qu’ils soient sensibles aux arts visuels et à la poésie des images, aussi bien qu’à leurs aînés.TOUT CE CIRQUE Texte de Mireille Cliche; llustrations de Stéphane Jorish Les 400 Coups Montréal, 2001,80 pages Les rides de l’idéologie M a r i e - A n d r é e Lamontagne Le Devoir On réédite en poche les Croquis laurentiens du frère Marie-Victorin, auteur plus durablement installé dans les mémoires, et encore de nos jours entre les mains des lecteurs québécois, pour sa Flore lau-rentienne que pour sa prose.Croquis laurentiens remonte à 1920.L’année précédente, le même avait fait paraitre des Récits laurentiens.C’est dire sous quelles auspices littéraires le frère Marie-Victorin entendait faire ses débuts.La Flore paraîtra quinze ans plus tard, en 1935.Le professeur de botanique à l’Université de Montréal, le fondateur du Jardin botanique de cette ville se double-t-il d’un écrivain?Ce serait beaucoup dire, même si plusieurs des textes que réédite maintenant la BQ se laissent lire avec plus de plaisir que bien des œuvrettes de l’heure.Gilet de laine, tête nue, soutane rangée dans la penderie, le frère Marie-Victorin herborise par monts et par vaux, et dresse l’inventaire, tout à la fois humain et naturel, de sa chère Laurentie, saisie en l’état au début du siècle dernier.Ce n'est pas le seul intérêt de ces Croquis.D y a chez leur auteur une conscience douloureuse du temps à l’œuvre, contre quoi lutte avec vaillance l'activité humaine, parfois de façon pathétique, comme le montre l’arrière-pays où la colonisation, propulsée du Sud avec force slogans, sème des logis rudimentaires que seul le vent est bientôt en mesure d’habiter.Mais plus encore, chez Marie-Victorin, un temps géologique vient se surperposer au temps historique et en relativiser les traces.Granit, courants marins, collines montérégiennes, reef entourant l’île d’Anticosti, volcans: c’est moins l’esprit religieux qui rappelle ici la précarité ou la pérennité des choses que l’homme de science.Il n’en est que plus convaincant Pour autant, l’histoire n’est pas négligée.L’évocation du Vieux-Longueuil, rendue pittoresque m CARREFOURS i f SKffT DU STflD srsmi onfCKflm essai Pour co m p rendre c o m m c n t le cinéma ""1 • l’HEXAGONE w ww.edhexagone.com par la distance historique, avec ses charrettes de maraîchers, son quai où des collégiens viennent battre semelle en attendant de s'embarquer pour Montréal-la-grouillante.en face, et autres scènes plaisantes, lui fournit l'occasion de rêver sur la lignee des Le Moyne.L’ancêtre.Charles, est venu de Normandie.Il fonde Lon-gueuil en 1657 et, pour cette raison sans doute, est anobli par Louis XIV.Quatorze enfants.le plus remuant.Pierre, fera trembler les Anglais sous le nom de Pierre Le Moyne d’Iberville.Sous la plume de Marie-Victorin, c'est encore un gamin de 14 ans, mal mouché, à «l'oeil corsaire», mais déjà digne, par anticipation, d'être admiré pour ses faits d’armes: son étendard sera le fleurdelisé.les «martyrs de Grand-Pré», la déportation des Acadiens, «chef-d'œuvre des crimes», ne sont pas loin.Et voilà comment, de cailloux en fougères, l’on déboule dans le ravin de l’idéologie — de la survivance, des berceaux, des vieilles chansons bretonnes fredonnées juste après \'Ave Maris Stella.Déjà le lecteur un peu attentif n'avait pu s’empêcher de sourire devant ces panaches de fumée d’usine montrés avec une réprobation insistante: «quelques hautes cheminées éructent toute la journée» (p.12) ; «cette végétation serrée de gratte-ciels et de clochers, entre lesquels monte, noire et torse, la fumée de centaine d'usines» (p.21); «Ici le vert, l'espace, la fraîcheur là-bas, sur l’autre rive, un mouvant rideau de fumée qui n 'arrive pas à dissiper la laideur carrée des usines» (p.22).Le temps n’est pas encore venu, c’est-à-dire la fin du XX' siècle, où, en Europe comme en Amérique du Nord, pourra se concevoir une chose telle que le patrimoine industriel qui transforme en theatres ou en centres culturels les usines désaffectées et prête des beautés architecturales à ce qui n’est pour l’heure, aux yeux du botaniste les voyant se multiplier autour de lui, que des cubes en brique sans âme, qui plus est, voleurs de lame paysanne canadienne-ffançaise.11 serait bien téméraire de reprocher à un homme d’avoir été perméable à l’esprit de son temps.On peut toutefois en tirer une observation: ce ne sont pas toujours les années qui font vieillir les textes, même si beaucoup n’y résistent pas, mais, plus cruellement, l’idéologie que l’auteur leur a fait porter sous le nom présentable de convictions.Dans Le Siècle de l’Abbé Groulx (Leméac, 1993), Jean Éthier-Blais, sans doute l’un des écrivains québécois les moins suspects de tiédeur nationaliste, fait quand même remarquer que le frère Marie-Victorin écrit «à l’époque où les écrivains se faisaient eux-mêmes la leçon [.] L’Abbé Groulx en a fait une doctrine [.] Le terroir les inspire».Au pays du Québec, rien n’aurait donc changé?A en juger par la mauvaise querelle que notre collaborateur Louis Cornellier a pu chercher récemment, dans les pages de ce journal, aux auteurs classiques français en raison de leur modeste place dans les programmes scolaires québécois, il faut croire que non, au pays du Québec rien ne change, et que l’idéologie se porte bien.Qu’après deux ou trois siècles, l’expérience d’un milieu différent se soit traduite, chez les écrivains issus de ce milieu, par une sensibilité quelque peu différente et des œuvres singulières — ce qui est bien le moins que l’on attend d’une œuvre littéraire — n'est que dans l’ordre des choses.Mais pour légitimer les œuvres issues de cette nouvelle sensibilité, faut-il repousser celles issues du passé qui l’a formée, sous pretexte que la vie est courte et l’année scolaire itou?Le frère Marie-Victorin est le premier à regretter que ses contemporains ne lisent plus Arthur Buies.Pour autant, il ne voit pas pourquoi il devrait chanter la beauté d'un lever de soleil sur l’Ontario, vu du Témiscamingue, en se croyant né de la dernière pluie: «Si j'avais vingt ans de plus ou vingt ans de moins, je ne reculerais pas devant la vénérable métaphore et, une main sur la balustrade et l'autre en supination vers l’Occident, je m’écrierais tout ému: “L’aurore aux doigts de rose."» C’est parce qu’ils avaient lu Homère et les grands auteurs français que It'S gens instruits vivant à l’époque du frère Marie-Victorin pouvaient encore apprécier, quoi qu’en pense ce dernier, un Arthur Buies qu’une vie aventureuse n’avait pas empêché, lui non plus, de lire Homère et les grands auteurs français.En somme, Arthur Buies ne venait pas seul, et celui qui voudrait l’isoler aujourd'hui dans un quelconque panthéon québécois risque fort de le rendre illisible — ce qu’il n’est pas — aux générations de lecteurs appauvries par le nationalisme littéraire, gagnées par l’isolationisme américain.Et puis, il n’est pas besoin d'être un écolier pour comparer avec profit les passages suivants, tous deux extraits des Croquis laurentiens: «Je ne sais si le peuple cana-dienfrançais se rend bien compte de la dette accablante qu'il a contractée envers Marguerite Bourgeoys et ses vaillantes émules, les fondatrices de nos ordres enseignants.Ma conviction profonde est que ce sont nos mères qui ont tenu depuis trois siècles, le pied au rouet et l’œil sur le berceau, ce sont elles qui ont empêche que notre race ne sombrât dans le grand anonymat anglo-saxon, qui nous ont garde avec la foi bretonne et Its chansons de France ce beau sang pur, générateur de tierte.gnice auquel nous tuons perpétué.presque seuls en cette vaste Amérique, une vigoureuse individualité ethnique.• «Nous sommes en août, cependant! Et quelles fraises! En vérité, il ht ut être héros ou botaniste enragé pour passer sans fléchir le genou.Hélas! Paul à Jean qui n'est ni l'un ni l’autre trébuché bientôt et s'affaisse dans une large bouillie/ Parvenus tout à l’heure au haut du coteau, nous ne verrons plus, au bas, dans l'herbe haute, qu une oblonguc masse brune, et un feutre claire dodelinant sous l'action des mâchoires! Finie l'herborisation! Nous ne retrouverons notre cicérone qu'au soir mais ce sera pour le voir retomber lourdement devant la meme tenta-, tion présentée, cette fois, par un.ange de lumière entre les croûtes, dorées d'une tarte! Et oui! Dans l'intérêt de la Science pure, il faudrait presque supprimer toutes les plantes comestibles!.» Au lecteur actuel, l’un de ces extraits est devenu détestable, l’autre, peut encore charmer.L'école qui ! aura fait beaucoup lire ses élèves, ; avec méthode, avec régularité, et sans œillères idéologiques, leur; aura donné aussi les moyens de ; dire pourquoi.CROQUIS LAURENTIENS Frère Marie-Victorin Bibliothèque québécoise Montréal, 2002,256 pages LEMEAC EDITEUR, ACTES SUD ET LA LIBRAIRIE GALLIMARD VOUS INVITENT À RENCONTRER LE GRAND AUTEUR NÉERLANDAIS Nooteboom QUI LIRA, EN FRANÇAIS.DES PASSAGES DE SON ŒUVRE Jeudi 7 mars 2002 de 19 h à 20 h à la Librairie Gallimard 3700, boulevard Saint-Laurent, Montréal UN VIN D'HONNEUR SERA SERVI POUR RESERVATION : Librairie Gallimard : 514/499-2012 LIENHYPERTEXTE : http;//www.gàllimardmontreal.com www.gallimardmontreal.com LOUIS CARON IL N’Y A PLUS D’AMÉRIQUE / Les Parfums d’Elisabeth Le véritable choc de l’instinct et de la civilisation.L’histoire d’EJisabeth et de Gravclin.Un récit où l’amour est mis à l’épreuve par un impératif absolu : la lutte pour la survie.QUÉBEC AMÉRIQUE (fc www.quebec-amerique.com « ( ’est un homme à l'allure sereine qui tire sur su pipe, les veux plissés par les ré/lésion s qui se suivent, jambes troisees, reqard vers le haut, vers le beau, o I.iiula C'orbo, le Nouvelliste « Avec son si vie toujours très incisif et efficace, Louis Caron nous tpiiJe, haletants, dans une traversée du désert ou une vallée de larmes qui mène.,, vers les étoiles.» t hantai Guy, Ixi Presse ÆàâÊ.I oui» Caron Roman 432 pages • 27,95 $ Boréal www.e\litionsboreal.qc.ca I D E V 0 I SAMEDI ITTERATÜRE ROMAN QUÉBÉCOIS Un mythe tronqué e masculin force la rencontre avec le féminin.Im proie sait qu'un jour les crocs du serpent viendront mordre ses flancs, déchirer ses tissus et ouvrir ses chairs.Comme deux pièces de casse-tête, une dent, une côte, une dent, une côte, imbriquées l'une dans l’autre, dans un frôlement grinçant d’émail et de calcium.» Celui qui délire ainsi, du fond de son cachot canadien, est un jeune Guatémaltèque condamné pour viols et tentatives de meurtre, qui prétend autant à la fourberie du serpent qu’à la puissance du taureau, l’animal mythique du titre, que son nom rappelle sans équivoque: il s’appelle Mino Torrès.Il essaie de mettre ses propres pulsions de violeur sur le compte d’une loi immuable de la nature, d'un ordre inscrit dans le plus profond dg vivant qui légitimerait son comportement compulsif.A chacun son rôle: prédateur ou proie, bourreau ou victime, a être tenu respectivement par les hommes et les femmes, chez les humains.Entremêlant rêves, fantasmes et souvenirs, Torrès aligne des affirmations intempestives, des clichés qu’il assène avec une assurance qui donne froid dans le dos.Il nous ressert la vieille scie sur les femmes provocantes, qui ne demanderaient qu’à être violées, il les voit comme des passoires au fil d’un soliloque apparemment çonfus qui construit, à force, sa logique implacable.À l’en croire, tout est simple.Ses rapports avec les femmes auraient été réglés une certaine nuit de ses treize ans, alors que, pour la première fois, il est «rentré dans une fille» lors d’une virée avec des copains: «Im femme était un être que je pouvais maintenant juger, elle était jolie et fragile ou alors vénale ou cynique.» Désirable, touchante ou méprisable, la femme.Mais dans tous les cas, inférieure.Bien avant, maintenant qu’il y repense, on lui avait Robert Chartrand inculqué un machisme qui lui a tenu lieu d’éducation et d’ouverture au monde.Il s’est trouvé qu’un oncle, épris de culture et férocement machiste lui-même, lui a donné à lire le Cent ans de solitude de Gabriel Garda Màrquez, tout en évoquant ses souvenirs de guerre où le viol était considéré comme une tactique: «Les soldats doivent semer leur sang dans le ventre des femmes du pays attaqué.On peut aussi les tuer après, si on veut.C’est libre.» Responsable Torrès se raconte par devers soi, en se gardant bien de jouer le jeu du psychologue de la prison, qui l’incite à reconnaître son état maladif Sa folie, il nous la réserve, où il évoque la mort de son père dont il s’estime responsable, où il fait des rapprochements saisissants, notamment entre ce meurtre imaginé, l’épilepsie et la frénésie sexuelle: «C’est après la mort de mon père que la mousse m'est venue à la bouche et au gland.» Tout ced, ce témoignage saisissant, n’occupe que la première moitié du roman de Poitras.L’autre, ce sera l’affaire d'une de ses victimes, une jeune Québécoise qui se prénomme Ariane, que Torres n’a pas réussi a violer et dont le souvenir le hante.Mais le relais narratif n’aura pas lieu: si Mino, dans sa prison, pense à Ariane dont il espère une sorte de compassion, celle-d va se souvenir de l'agression et tenter d’en oublier les séquelles.Elle se rappelle cependant à peine son agresseur.Le fil est rompu.Selon une justice distributive manifestement voulue par la romandère, Ariane a la parole dans la seconde partie du roman — présentée elle aussi comme la première, mais il s’agit sans doute d’une simple coquille —, aussi longue et découpée en vingt et un chapitres comme la première.C'est là, au beau milieu du rédf que s’arrête l’intérêt qu’on lui portait On ne trouve dans cette seconde partie que très peu d’échos à la première.On saura peu de chose de cette jeune fille, sinon qu’elle a grandi à Veni-seen-Québec, qu’elle a un frère qui la protège, qu’elle fait des études en lettres et.qu’elle aussi lit des romans de Màrquez.Elle se rappelle l’agression qu'elle a subie et, par la suite, ses peurs.Mais le fil conducteur sur lequel son violeur fantasmait est absent C’est l’acte qui l'a traumatisée, et non celui qui l’a commis.Elle dit sa peur, sa fierté d’avoir résisté et sa préoccupation envers son apparence: ses ecchymoses, ses yeux injectés de sang qu’elle dissimule derrière des verres fumés.Et puis, elle part en Europe, se retrouve en Allemagne par hasard, une Allemagne de carte postale et de conventions, où la prostitution, les raves, les camps de concentration, les cicatrices de la guerre la frappent pêle-mêle.Dans ce pays d’agresseurs, victime par ailleurs de sa propre histoire, elle fait la connaissance, bien opportune, d’un jeune Tchèque, lecteur de Milan Kundera, au «charisme androgyne», qui, se dit-elle, incarne «la transition heureuse entre l’homme et la femme, l’être de passage qui m'ouvrait à l’autre, me réapprenait à aimer l’étranger».Les très nombreuses pistes de sens et de sensations, défrichées par ce fou de Mino Torrès — sur le désir, le choc des langues, la violence subie ou imposée, fascinante toujours — ne trouvent que peu d'échos, a peine des bribes de contrepartie dans le témoignage de cette Ariane à qui il a peutétre manqué un Thésee.Puisque le titre du roman et les noms des protagonistes nous invitent du côté de cette légende bien connue, on se serait attendu à ce qu’elle soit revisi-tée de façon plus conséquente, qu’il y ait un fil digne de nom entre le monstre et sa victime plutôt que des lectures communes et le hasard.Ici, la femme et l’homme, la victime et son agresseur se succèdent comme narrateurs, étrangers à jamais l’un à l’autre, enfermés dans leurs imaginaires respectifs, captifs de lectures partiales et éminemment discutables d’écrivains considérables — Màrquez et Kundera — dont les œuvres, profondément situées dans l’imaginaire de leurs continents respectifs et tout à la fois universelles, sont ici réduites à des détails de surface: le machisme fantasmatique chez le premier, le voisinage ludique du privé et du politique chez l'autre.On se demande, à la fin de ce roman qui avait pourtant si bien démarré, si les rapports entre les hommes et les femmes sont solubles dans les sucreries.robert.chartrand5@sympatico.ca SOUDAIN LE MINOTAURE Marie Hélène Poitras Triptyque Montréal, 2002,180 pages PUGILAT SUITE DE LA PAGE D X Redonnet, Mehdi Behaj Kacem, Jean-Philippe Toussaint, Emmanuelle Bernheirçi, Christian Bobin, Pascale Roze, Eric Holder, François de Cornière, Philippe De-ierm, Michel Houellebecq sont boxés en règle.Au passage.d’autres «ersatz d’écrivains», comme Madeleine Chapsal, Catherine Rihoit, Alina Reyes ou Annie Er-naux, ajoutent leur «succès accablant» à la liste infernale.Il faut du courage — et les reins adossés à l’Institution — pour écrire: «L’expérience est devenue banale qui consiste à acheter un roman après la lecture d’un dithyrambe du Monde des livres, et à tomber sur un accablant ramassis de platitudes.[.] Josyane Savigneau se prosterne rinconvénient revue littéraire d'essai et de création *etv^re 1001 l'Inconvénient la.î-00* numéro «L’annonce qui m’avait fait choisir cet appartement clamait: “Vue incroyable sur le World Trade Center!” Ce n’était pas de la frime.» - Steve Featherstone disponible en librairie l’homme et la bête : rencontre t auec Élisabeth de Fontenay Au cours des dernières années, des millions d'animaux d'élevage ont été sacrifiés sur l'autel de la productivité.Dans nos villes modernes, les abattoirs ont été relégués à la périphérie : la souffrance silencieuse des bêtes nous est ainsi épargnée.À travers la question de l’animal, toute une vision morale du monde se trouve implicitement engagée, nous dit la philosophe Élisabeth de Fontenay.Et la façon dont nous traitons les bêtes n’est peut-être pas sans rapport avec la manière dont nous traitons les plus faibles d’entre nous.I \ " s W d’idées Dimânche14het23hl0 mardi 15 h Cett* emission est enregistrer Olivieri librairie ?bistro Tél : 514 739-3639 Télé-Québec t e le q u e b e e .t v régulièrement.L’infatigable militante transmet au peuple culturel les intuitions géniales du Grand Ubérateur.» Bête et méchant comme Hara-kiri ou une caricature de Reiser, le pamphlétaire, qui a écrit entre autres dans L'Atelier du roman, passe au crible Éloge de l’infini, de Sellers, et le stigmatise sous des pages de formules qui font mouche: «La boursouflure est une maladie qui atteint les gens situés dans la position qu’occupe Sollers: assez intelligents pour avoir un peu conscience de leur manque d’épaisseur littéraire réelle, mais intellectuellement déformés par l’importance artificielle qui leur est donnée.» Trompettes de la renommée., chantait Brassens.Le vent souffle-t-il dans l’autre sens?Et de rire.Dans sa diatribe pastiche, prête à insérer «dans le prochain livre de C.Angot», l’ironie touche au comble de ce qu’il nomme «la puissance contagieuse de cette prose», sa «bouillie verbale complaisante», son «repli narcissique de vieille gamine desséchée par une avarice sénile».Ou bien: «Beigdeger a réussi le digest littéraire à l’usage des abrutis de tous âges et de tous sexes.La critique pour l’Idiot universel.» Avec Darrieusecq, cela se gâte encore, puisque le portrait démêle chez elle «le candide et la parfaite imbécile».Jubilation face au «caca et [auj vomi» dont elle «tartine ses pages».Ecrirait-on ainsi dans Le Monde?Non.L’insulte tpmbe dru, couvre les auteurs des Editions de Minuit, atteint «Bécassine raconté par Duras» — Y «écriture blême de Redonnet» —, et les tribunaux trouveront peut-être matière à redire dans ces outrances verbales dont l’emphase ressemble à ce qu’il dénonce.Aux armes, citoyens Flamboyant, Jourde déploie sa morgue, dûment appuyée.lorsqu’on a lu les romans qu'il ridiculise, parodie et démonte, sa critique rejoint la subjectivité d’un lecteur éclairé.Et si les citations hors contexte glissent dans son argument.c’est qu’il crée un angle pour défendre sa vision littéraire.Ceux qu’il prône?René Girard, Jean-Pierre Richard, c’est clair — moins convaincant, toutefois, lorsqu’il défend Valère Novarina.Honnête ou malhonnête?Réfléchissons.Quel lyrisme d’écrivain ne mériterait pas un décrassage rigoureux, dès lors qu’on tient ce qu’il professe pour les avantages d’un pontife?Cruel, calomnieux, blessant, l’essayiste tombe-t-il dans le grotesque?Faut-il, pour faire de la critique, avoir la main aussi lourde que celle, ici, d’un Robert Lévesque, tachée d’encre et parfois de méchanceté, tour à tour salutaire et excessive?Ou l’incendiaire grimpe-t-il aux barricades en colère, pour ouvrir un débat?Jourde a raison de pointer la couardise critique, l’impunité créatrice, la marchandisation de la littérature, la profusion anecdotique des romans et les amalgames médiatiques.D’autres l’ont fait avant LIBER Joseph J.Lévy entretiens avec François Laplantine Anthropologies latérales FRANÇOIS LUT.AM IN K VNTHRQPOLOGIKS LATERALES 184 pages.23 dollars lui, en vain, mais rares sont ceux qui, à visage ouvert se jettent aussi hardiment sur l’adversaire.Le Monde prête le flanc à la critique, et tous les autres.Questions de pouvoirs Toutefois, la fonction critique n’est ni le tir à blanc, ni la distribution de prix, ni flicage de l’édition.Les quelque mille romans que celle-ci lance par année visent peu le milieu universitaire, où la vente se satisfait d’une poignée d’étudiants dévots et de collègues zélés.Pré senter les excellents Richard Millet ou Claude LouisCombet ne saurait suffire aux lecteurs d’un quotidien, qui, comme Jourde, se gausseront sans peine du «nihilisme» et des «pulsions répugnantes» de Houellebecq plutôt que de saisir en quoi sa critique des sciences humaines pose les questions auxquelles Jourde ne répond pas.Devant l’inflation éditoriale, la critique a changé.Publicitaire trop souvent — maudite plug —, elle ne s’en est pas moins rapprochée de l’écriture, et il incombe au lecteur de lire plus finement ce qui, nagué re, lui aurait été asséné comme un diktat.La preuve?Certaines citations dans La Littérature sans estomac, au lieu de prêter à rire, donnent plutôt le goût de lire.L’attaque vise trop large, et les négations insolentes de Jourde ne seront affirmations vivifiantes que soutenues par un mouvement, et non par des nébuleuses obscures ou l’éclat singulier d’une météorite.Quels clans déverrouilleront la pensée?Bas les armes, citoyen.Un essai critique et un article n’ont pas la même fonction.Ni le temps, ni l’espace, ni les instruments du livre et des médias ne sont identiques.Grâce à ces distinctions, l’un et l'autre peuvent se renforcer, quitte à guerroyer, pour traquer la fumisterie, la flagornerie et la collusion des pouvoirs.Les journalistes et les pigistes goûtent aux limites de l’indépendance.Les gloires médiatiques sont aussi éphémères: certains s’y brûlent les ailes — Pascale Roze, entre autres, mais tous en veulent une irrésistible part.Uniformité et médiocrité voisinent dans «la p’tite vie» littéraire.Où sont donc les génies?Retirés du brouhaha.La littérature a-t-elle jamais fait son lit dans l’agitation?Proust vivait dans le liège, pour se protéger des nuisances dont il nourrissait son œuvre.Son Contre Sainte-Beuve reste à part Cela vaut pour tous.L’assassinat peut-il être complaisant, joyeux?la critique nuancée, donc généreuse — les Préférences de Gracq —, fait mauvais ménage ayec le sang qui coule dans l’arène.A moins que ce soit un effet de projecteur?IA LITTÉRATURE SANS ESTOMAC Pierre Jourde L’Esprit des péninsules Paris, 2002,334 pages 4, rue du Trousseau 75011 Paris 0149-23-97-44 (non distribué au Québec) vieri librairie ?bistr La reconnaissance d’une production artistique est-elle déterminée par le soutien que l’artiste reçoit de la part d’organismes subventionneurs ou par la mise en marché et la vente de sa production ?5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges service@librairieolivieri.com La bourse ou L’argent?Le statut de l’artiste Débat avec Éric Demers Artiste Bastien Gilbert Président du Conseil de la culture de Montréal Stéphane Aquin Conservateur Animé par Michel Beauchemin Jeudi 7 mars 19 h Entrée : 5 $ RSVP - Tel.: 739-3639 Si vous désirez souper au Bistro, il est préférable de réserver.-C a h i e r s p é c SALON DU LIVRE de l’Outaouais .*4 - *1 ^ Tombée publicitaire le 13 mars Le devoir 1 L K DEVOIR.LES SAMEDI E T 1) I M V \ l H E MARS 20 0 TIE R ATT HE LE FEUILLETON Une blessure amoureuse à plusieurs voix est mon premier Tabucchi.Je le dis comme on dit: c’est mon premier saut en parachute.J’en attendais beaucoup, ayant entendu beaucoup de bien de cet auteur italien dont les œuvres sont aujourd’hui traduites dans dix-huit pays et qui a reçu le Medicis étranger en 1986 pour Nocturne indien (roman dont Alain Corneau a tiré un film).J’en attendais d autant plus qu’il a traduit, avec sa femme Marie-Josée de Lancastre, l’œuvre complète d'un auteur pour lequel j’ai la plus grande admiration: Fernando Pessoa.Dès les premières lignes, j'ai été séduit.Il y a en effet chez Tabucchi un ton.une originalité qui font défaut chez nombre d’auteurs contemporains, un sens (disons) de la «pleine mesure» qui nous change de toutes ces œuvres prévisibles, conservatrices, partielles qui inondent le marché du livre et nous rendent idiots à force de ne pas nous faire travailler.En d’autres mots, Tabucchi est un auteur, au sens le plus noble du terme, il a un style bien à lui, à nul autre comparable, et ne semble jamais se demander où tourne le vent.Mais attention! Il n’est pas facile.Et la forme épis-tolaire et fictive qu’il a donnée à son roman pourra en décontenancer plus d'un.Dix-sept lettres adressées à des femmes sur le mode de l’absence.plus une lettre circulaire qu'une moderne Parque écrit à ses «Chers Messieurs» pour leur annoncer qu’elle coupe le fil.Au commencement de ces lettres — «Ma chère», «Ma chérie», «Madame, et chère amie», «Ma très aimée Hémoglobine», «Chérie, très chère chérie», «Ma douce Ophélie», «Mon amour», «O ma noble dame», «Ma douce jeune fille souffrante» —, des formulations qui, bien qu’elles désignent toutes une femme, ne sont jamais destinées à la même.Ces femmes, sans nom, auront été aimées puis perdues, parfois maudites, souvent pleurées, elles auront été rêvées, remémorées, inventées, au point que le lecteur aura douté parfois de leur existence.De même, ces lettres auront été écrites par des hommes sans visage, depuis les îles grecques, Porto, Paris, Naples, Salonique ou Alexandrie.Dix-sept missives comme dix-sept bouteilles à la mer, remontant le temps ou s’y soustrayant, dérivant sur le fil du souvenir ou l’inventant parce que, de toute façon, le passé est toujours «un désastre», gyrovaguant à partir d'un lieu sans cesse mouvant pour tout à coup déboucher sur un détail des plus sensibles.La non-œuvre «Dans nos rêves, nous avions toujours fait comme Don Quichotte qui pousse son imaginaire jusqu’au fond, un imaginaire qui suppose la folie, pourvu que celle-ci soit exacte: exacte comme la topographie du paysage réel qu’il traverse avec son imagination.Avais-tu jamais pensé que Don Quichotte est un roman réaliste?Et cependant, un beau jour, voilà que de Don Quichotte tu deviens à l’improviste Madame Bovary, avec son incapacité à marquer les contours de ce qu’elle désirait, de déchiffrer le lieu où elle se trouvait, de compter les sous qu’elle dépensait, de comprendre les conneries qu’elle faisait: c’était des choses réelles qui lui semblaient être du vent, et non le contraire.» Voici un beau paradoxe, typique de l’œuvre de Tabucchi et exemplairement actif dans ce roman épistolaire où il n’est question que de livres jamais écrits («en réalité ce roman aurait été le chef-d’œuvre de tous mes romans non écrits, l’œuvre majeure du silence que j’avais choisi pendant toute ma vie»), de voyages jamais faits («C’est pour cela que je te rappelle le voyage que nous ne fîmes pas à Samarkand, parce que celui-là fut bel et bien vrai et à nous et complet et vécu»), de voix jamais retrouvées, d’histoires qui se racontent par ce qu’elles Den is ne sont pas («on s'explique toujours mieux en négatif»), de réminiscences qui court-circuitent le temps («étrange façon de vivre, celle où une nuit, par hasard, on se réveille dans le noir, on entend chanter un coq et on a l’impression d’être dans la ferme où on a passé son enfance»), d'instants vécus vingt ou quarante ans plus tard, parce que c’est toujours après-coup que l'on en comprend le sens, et que donc.Que donc toutes les histoires riment avec le rien dont elles sont le chant tardif.La seule certitude repérée dans l’ensemble de ces lettres concerne l’Histoire, cette fois la vraie, la cruelle, brièvement évoquée par un rappel de la formule «sinistrement chimique» selon Primo Levi: «zyklon B, fission de l’atome et fil barbelé».Autrement, nous dit Tabucchi, la vie est subreptice, elle laisse rarement apparaître ses raisons à la surface, car son vrai parcours se situe en profondeur, comme un fleuve karstique.«Voilà pourquoi je t’envoie un salut impossible, comme quelqu'un qui fait de vains signes d’une rive à l’autre du fleuve tout en sachant qu’il n’y a pas de rives, vraiment, crois-moi, il n'y a pas de rives, il ny a que le fleuve [.] Mais il est trop tard, à quoi sert-il de te le dire?» Pour les lecteurs qui seraient tentés par ce type d’écriture et d’univers romanesque, mais qui n’en ont pas l’habitude, je recommande toutefois de commencer vers le milieu du livre, avec le texte qui a pour titre «A quoi sert une harpe qui n’a qu’une seule corde?».Car s’il faut croire la formule selon laquelle il est toujours préférable de partir du connu pour aller vers l’inconnu, ce texte offre un univers beaucoup plus circonstancié que les précédents, beaucoup plus réaliste aussi.Il est par ailleurs d’une grande beauté, d’une grande poésie.Les premiers textes, en effet, jouent peut-être un peu trop sur l’irréalité des situations, sur la non-existence des destinataires, sur la confusion des lieux et des temps, voire sur la surréalité, quand ce n’est sur le «méta».Car Tabucchi aime bien parfois jouer au savant et insérer du sous-tex-te, de l’intertextualité ou de l’hypertextualité.Amusant pour le lecteur universitaire, cela peut vite devenir un fardeau pour le lecteur moyen qui se demandera si un roman peut être «un petit condensé dans [une] non-bouteille, disons un roman hypothétique, un petit engin du genre do it yourself que vous pouvez aussi obtenir en remplissant l’espace blanc entre les points comme dans les dessins de certaines revues d’énigmes et rébus qui servent avant tout à tuer le temps».denisjp(S),videotron, ca IL SE FAIT TARD, DE PLUS EN PLUS TARD Antonio Tabucchi Traduit de l’italien par Lise Chapuis , et Bernard Comment Editions Christian Bourgois Paris, 2002,304 pages W Meilleur menu, meilleure humeur Colette Dumais • 18,95 $ Se nourrir pour être en forme lolande Buyse 24,K $ Relaxer • Jacques Lafteur • 24,95 $ Le stress, la-police et le-uon-dleu Jacques Lafleur • 18,95 $ Le bumout • Jacques Lafleur • 18,95 $ Les quatre clés de l'équilibre personnel Lafleur/Béliveau • 18,95 $ Ça suffit! Latin la faim Danielle Danaull 18,95$ Les Editions ’ chemin Bates Outremont fQC)H2V Pouf mfwr- atmnj: 514) r O 0209 LOGIQUES » OlJfBECOR MEDIA Peter Pan pour les grands DENIS LORD En France seulement.150 000 lecteurs attendaient depuis cinq ans ce cinquième et avant-dernier tome de ia relecture de Peter Pan signee Regis Loisel.l’heureux dessinateur de lui Quête de l’oiseau du temps.Crochet, tout comme les épisodes précédents, devrait être publie en 10 langues et frôler les 250 000 exemplaires vendus dans l'ensemble de l’Europe.La fissure Des chiffres impressionnants.Si Loisel est à la remorque d'un sujet connu de tous grâce à Walt Disney mais créé par le romancier britannique James Matthew Barrie, son interprétation, destinée aux adultes et néanmoins totalement hantée par l’enfance, s’éloigne résolument du dessin animé comme de l'œuvre littéraire.Rencontré à Montréal, où il réside actuellement, Loisel fait la genèse de son appropriation du personnage mythique.«Dans le roman de Barrie, on ne sait pas trop d’où vient Peter.J'ai décidé d'en faire un petit garçon des rues issu d’un milieu très populaire, même sordide, alors que chez Barrie ça se passe dans la bourgeoisie de l’époque victorienne.Ce qui m’intéressait, c'était de raconter le manque d’amour, une histoire d'enfants dans un monde extrêmement dur qui est celui de Whitechapel.Peter s’invente une mère, s'invente de l’amour, puis raconte l’amour de sa mère à ses copains qui sont eux aussi orphelins.En fait, Peter est un garçon mal aimé qui n ’a pas eu de père: sa mère est prostituée et le déteste.Raconter tout ça, la fissure d’un enfant, c'est mon cheval de bataille.» Ce thème de la blessure se retrouve aussi chez Crochet, présenté de manière beaucoup moins monolithique qu’habituellement.«Le Capitaine Crochet n’est pas un rigolo et pourtant, des tas de gens l’aiment parce qu’ils perçoivent la fissure en lui.Quand il est seul face à lui-même sur son bateau, on sent qu’il a souffert dans son enfance.Nous reposons tous sur notre enfance: nous ne la quitterons jamais, c’est elle qui nous a ______Zi MCQUt'S GRENIRR 1 E DK VOIR Régis Loisel construits.Après, il y a la personnalité, celle qu’on s'estfi)rgée.C’est le masque.Mais quand nous sommes dans l'intimité avec notre blonde, avec un copain, ou quand nous sommes seuls, l'enfant apparaît un peu plus, nous nous laissons aller dans nos fragilités.C'est intéressant d'exploiter ça.» Une adaptation très libre Ce n’est qu'après avoir commencé son adaptation, en 1985, que Loisel a lu Barrie.«Ça m’a assez déçu, avoue Fauteur.Je croyais qu'il y aurait plus d'aventures, de rebondissements, et en fait, ce sont des historiettes.II y avait quand même des éléments intéressants.Peter a par moments des comportements bizarres, il peut tuer des pirates, des Indiens: parfois, on trouve un cadavre d’enfant et on se dit: tiens, c’est peut-être Peter qui a éliminé un enfant perdu parce qu’il commençait à grandir.Je trouvais l'idée intéressante, un peu dramatique.Disney avait édulcoré la chose, Peter est un enfant un peu chaotique, à la limite du psychopathe.» Loisel est un dessinateur exceptionnellement doué mais, selon lui, le dessin n’est pas l’élément primordial de son œuvre.«lœ souffle de la bédé, c’est comme le secret du cinéma, c’est la mise en scène: le découpage, des silences, des emotions dans le regard.Il y a des bedes qui ne sont manifestement pas très bien dessinées, mais il y a une emotion qui passe, une intention, et ça le public le perçoit tout de suite.Parce que le dessinateur n'est pas un virtuose, il va compenser par une emotion, une subtilité de geste, de regard.Il va dessiner de l’intérieur.Faisons un parallèle avec la musique: il y a des musiciens qui sont extrêmement chevronnés et techniques, mais leur musique n’a pas d’àme.Un autre joue peut-être moins bien mais on pleure en l'ecoutant.Celui-là n’a pas de prix.» Fasciné dans sa jeunesse par le Peter Pan de Disney, Loisel joue à son tour les muses.Deux adaptations de son œuvre sont sur le tapis, une en dessins animés, l'autre au cinéma.Cependant, il existe un problème de droits d’auteur.Quand Loisel a commencé sa série, l’œuvre de Barrie appartenait au domaine public.Mais depuis 1998, l’Europe a adopté la législation allemande en matière de droits d'auteur, qui prévoit un copyright de 70 ans.Barrie étant mort en 1937, il faudra vraisemblablement attendre jusqu’en 2007 avant que l'un de ses projets ne progresse.«Je n’attends pas après ça.De toute façon, une adaptation en dessins animés supprimerait ce qui fait le piment de mon histoire.On en ferait du Dickens, du Disney.Je préférerais une adaptation cinématographique: on pourrait v mettre davantage de réalisme, de cruauté, de psychologie.» Régis Imsel travaille actuellement sur le dernier tome de la série, qui ne devrait pas se faire attendre aussi longtemps que Crochet.11 s’affaire en outre sur un scénario pour Laurent Caniat, mais ce qui l’intéresse avant tout, c’est de faire de la peinture.de n islortia endt rcc.t.qc.ca PETER PAN tome 5: Crochet Régis Loisel Vent d'Ouest Issy-les-Moulinaux, 2002 54 pages ( inmJ prix litrérain.Archambault Le destin du peuple des Mesquakies a inspiré à la romancière une fresque historique qui se poursuit dans un deuxième tome.Thana, Les l'ents de Grand'Anse, nous entraîne en Martinique, en 17M, alors que l’héroïne sera forcée de devenir esclave.Une suite attendue par tous les lecteurs qui ont fait un hest'seller de Thana, La fille-rivière : 65 000 exemplaires ! lilxvf Fxpiwjon n : {iimà /V' ( J U , Lg venls de I fj / I prand'Anse < n (tome I ) 24.95 $ fçv \ vp| -NOUVEAU Thana J Les vents de (mmifAn.se (tome 2) 24,95 $ i L K DEVOIR.L E S SAMEDI 2 ET DI M ANCHE A M A R S 2 O (J 2 I) 6 -«r Ferretti IjSSAIS'*- la combattante La pensée d’Andrée Ferretti n’est pas reposante.Militante absolue, étrangère à toute forme de compromis sur l’essentiel, la «passionaria de l'indépendance du Québec» bouscule notre confort intellectuel, ne supporte pas nos atermoiements et nous convie sans cesse, avec instance, à lutter pour notre libération nationale, qui sera totale ou ne sera pas.Recueil de discours et de textes qui couvrent 40 ans de militantisme intense et sans détour, La Passion de l’engagement qu’elle publie ces jours-ci illustre donc l’admirable cohérence de son parcours et la brûlante actualité de sa parole radicale, toujours ancrée dans un réel à changer.Les textes de la période RIN, qui occupent les 60 premières pages de l’ouvrage, sont marqués par le temps et présentent moins d’intérêt que ceux qui suivent \jü Ferretti anticolonialiste qui pense l’indépendance du Québec dans une logique révolutionnaire y apparaît déjà dans toute sa contagieuse ferveur, mais sa rhétorique, alors, est celle d’un tribun carré et n’a pas la profondeur qu’elle atteindra par la suite.Le référendum de 1980 et les dérives économistes du PQ de cette décennie et de la suivante lui donneront l’occasion de déployer toute la puissance de son exigeante réflexion.Indépendantiste radicale parce que, dit-elle, elle voit mal comment on peut l’être autrement, Andrée Ferretti formule une critique impitoyable à l’endroit du projet de souveraineté-association, critique qui s’applique aussi, évidemment, à l’idéologie «partenariale» actuelle.Revendication de liberté, la démarche indépendantiste, pour elle, «ne peut procéder que d’une véritable révolution culturelle, c’est-à-dire d’un processus de prise de conscience de la volonté d’être, dans un rapport intégral de présence à soi, qui amènera les Québécois à ne plus accepter, en l’intériorisant comme fatalité, le plus petit état de soumission à des intérêts autres que les leurs, de quelque nature qu’il soit».Or, en subordonnant ce geste de libération à une incontournable logique associationniste, on le vide de toute sa charge révolutionnaire, c’est-à-dire, tout compte fait, de tout son sens.Dans un des textes les plus forts du recueil, intitulé «Aliénation et dépolitisation», Ferretti résume l’illogisme de ce réformisme Louis Corne Hier qui sacrifie la souveraine et exigeante revendication de liberté à une chimérique et pépère revendication d’égalité: «Soumettre ainsi notre accession à la souveraineté à la volonté d’une instance qui échappe depuis toujours à notre contrôle, mais qui inversement, de son lieu précis et tout-puissant, contrôle l’existence politique, économique, sociale et culturelle de notre société, c’était légitimer dans leurs fondements et leurs impératif mêmes tous les rapports de domination et d'exploitation, en confirmant les spoliateurs de nos droits et de nos pouvoirs dans le droit et le pouvoir de nous prendre en charge jusqu’en nos tentatives de libération.» De la dynamite intellectuelle Pour les souverainistes-associationnistes, dont je me sens, faut-il le préciser, assez proche, l’indépendantisme d’Andrée Ferretti représente de la pure dynamite intellectuelle et oblige à de sérieuses remises en question.Comment, sur le fond, lui donner tort, surtout quand elle ajoute qu’en plus d’être «un effet de notre séculaire aliénation nationale», l’idéologie associationniste «répond à nos exigences actuelles d’une certaine modernité qui se caractérise par l’aliénation du politique dans le technocratisme»?L’épreuve des faits, depuis 40 ans, ne démontre-t-elle pas le caractère illusoire de la posture de l’accommodement?Le réformiste en moi, et en plusieurs de mes compatriotes, rechigne à accepter l’interprétation catégorique d’Andrée Ferretti, mais ce n’est pas sans doute ni remords, ce qui indique assez bien la force d’une telle pensée radicale qu’on hésite à suivre, même si ses fondements, pourtant, sont difficiles à réfuter.Cette puissance critique, la militante l’emploie aussi à démolir brillamment le mythe d’un libre-échange profitable au Québec.Dans un texte qui date de 1987, elle déplore la naïveté des péquistes qui, parce qu’ils «s’imaginent que tout ce qui pourrait affaiblir le Canada serait bon pour le Québec», sont prêts à se «jeter dans les bras des Etats-Unis».Dans le nouveau capitalisme transnational, essentiellement dominé par les intérêts états-uniens, «ce sont, dit-elle, les investissements dans les industries culturelles (principalement dans les arts, les sciences, l’informatique et les communications) qui sont devenus le nouveau système nerveux du développement économique et de l’organisation sociale des sociétés contemporaines, entraînant un complet renversement des rapports entre économie et culture, celle-ci remplaçant celle-là comme pouvoir fondateur de tous les autres pouvoirs».Aussi la culture est-elle devenue le terrain principal de la lutte pour la sauvegarde des identités nationales, identités que cherchent à éradiquer les têtes pensantes d’une idéologie mondialiste en quête d’uniformisation.Dans ce contexte, la fuite en avant libre-échangiste des leaders péquistes équivaut à un suicide culturel puisqu’elle remet entre des mains étrangères et puissantes, sur lesquelles les Québécois n’ont aucune influence, le pouvoir de déterminer une évolution culturelle qui va dans le sens d’une destruction du «potentiel productif de chaque société qui tient à l’originalité de sa culture nationale, à sa manière spécifique d’attribuer utilité et signification aux objets et aux idées.Il s'agit, en bref, de pulvériser toutes les différences culturelles afin de transformer les personnes et les nations en consommatrices passives de tout ce qui dérive des innovations technologiques pro- duites par les firmes transnationales».L’ultime horreur du capitalisme, écrit Andrée Ferretti dans trois des meilleurs textes de ce livre (des pages 98 a 108), c’est le sacrifice des cultures, et les indépendantistes qui se laissent charmer par les sirènes du libre-échange trahissent leur idéal.Sans merci à l’égard de ses adversaires qu’elle refuse de ménager, Andrée Ferretti est une combattante capable d’admiration devant ses compagnons de lutte et ses inspirateurs.Aussi, La Passion de l’engagement contient de beaux textes-hommages qui saluent Gé-rald Godin, Gaston Miron et André d'Allemagne, ces grands indépendantistes disparus, mais surtout un très vibrant éloge de Lionel Groulx, ce précurseur indispensable qu’on maltraite, encore aujourd’hui, à qui mieux mieux.Femme libre et souveraine, Andrée Ferretti, elle, ne craint pas de dire haut et fort ce que le Québec doit à son défenseur du passé: «Et c’est précisément ce que ne peuvent supporter les ennemis actuels du peuple québécois: que Groulx nous ait évité de devenir un peuple aphasique, en nous inculquant la conscience de notre identité nationale et la volonté de l’affirmer.» Toujours au sujet du chanoine, Andrée Ferretti ajoute qu’elle est «convaincue que c’est l’amour qu’il a éprouvé pour son peuple qui en est la véritable armature».D’elle, j’en dirai autant louiscornellier@parroinfo.net LA PASSION DE L’ENGAGEMENT Andrée Ferretti Discours et textes (1964-2001) Colligés et présentés par Michel Martin Préface d’Hélène Pedneault Lanctôt éditeur Montréal, 2002,198 pages AmdiIc Fc¦¦ trvt La passion de l’engagement Da( Michd Martin AMCIÜT MUT IUR Le meilleur des mondes ?ANTOINE K O B IT A 1L L E Il est toujours rassurant de lire Gilles Lipovetsky.Le philosophe et sociologue^français, auteur entre autres de L’Ere du vide et du Crépuscule du devoir, a le don de dégonfler certaines de nos pires inquiétudes face à la modernité.Au point qu’on l’a déjà surnommé le «Pangloss de la société de consommation».Ut où plusieurs voient de la décomposition — des valeurs, de la morale, du lien social, etc.—, Upo-vetsky s’évertue à mettre en relief, avec force exemples, les recompositions.Un recueil de conférences qui vient de paraître, Métamorphoses de la culture libérale (liber), le démontre une fois de plus.Le philosophe y revient sur la question de la morale et aborde deux sujets nouveaux: l’éthique des affaires et les médias.Conversation avec un critique de nos angoisses.Votre attitude, plutôt optimiste, repose-t-elle sur une confiance en la nature humaine qui serait assez rusée pour prévenir le pire, pour refaire les liens nécessaires minés par la modernité?Ce n’est pas en fonction d’un optimisme béat que je réfléchis.Et je ne me préoccupe'pas tant de la nature humaine que de la modernité.Sur laquelle je considère les analyses comme trop souvent manichéennes.On diabolise spontanément notre époque.Pour moi, la réalité est à faces multiples et s’il y a indéniablement dans le nouveau monde libéral des aspects extrêmement inquiétants, tout n’est pourtant pas négatif.On ne fait pas porter la critique sur les bonnes choses.Notamment lorsqu’on crie à la «décadence de la morale», à la «spirale hy- perbolique de l’égoïsme», à la «fin de toutes les valeurs», et autres fadaises.Certes, le monde néolibéral pose d’énormes problèmes à l’échelle de la planète.Ds se montre cruel à l’endroit de certains pays et catégories sociales, mais il n’est pas que diabolique.Il est faux de dire que dans ce monde-là les gens, parce qu’ils sont prisonniers d’un individualisme démoniaque, effréné, n’auraient plus aucun sens moral, plus aucun repère, et seraient incapables de porter des jugements moraux et de s’indigner.Regardez l’indignation générale provoquée par la pédophilie, par exemple.Ne devrait-on pas s’indigner de la tentative de récupération de l’éthique parles entreprises, l’éthique au service des affaires?On peut en effet montrer qu’il y a là une instrumentalisation des valeurs, une manière de créer une image de marque: tout cela est vrai.En même temps, le fait que dans le monde entrepreneurial, aujourd’hui, on se soucie des valeurs me paraît assez positif.Je donne dans Ile livre l’exemple d’une firme allemande qui, après des attentats Olivieri librairie»bistr(t UN BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES $219.Côte-des Neigps Métro Côte-des Neiges Tél.; 5i4*739-3f>39 Fax : 514.739-3630 service'0 libGiirioolivlrri.com J contre des foyers d’immigrés, fait une campagne de publicité dénonçant le racisme.On dira: c’est cynique, on criera à l’exploitation du malheur.Mais en même temps, cet univers-là n’est-il pas préférable à celui des années 30, où les entreprises ne disaient rien?C’est donc avec un souci de prudence et avec le soin d’éviter les dénonciations radicales que je m’efforce de penser notre monde.Or je découvre que celui-ci ne mérite habituellement pas les invectives et les envolées hypercritiques habituelles.N’est-ce pas justement une caractéristique propre à la démocratie moderne que de sécréter de l’insatisfaction?On n’est jamais content en démocratie.Oui, vous avez raison.Les sociétés ouvertes ont à s’analyser constamment Mais il faut se rappeler que la morale absolue n’existe pas et n’a jamais existé.Kant lui-même le disait Si vos critères sont trop purs, cela signifie qu’aucun acte véritablement moral n’a été et ne sera jamais possible.Nos sociétés collectionnent les peurs.Nous sommes «polyphobes», écrivez-vous.Qu'advient-il d’une société mue exclusivement parses peurs?Attention, pas exclusivement! On a bien d’autres motivations aujourd’hui.Heureusement! Il est vrai que par rapport à ce que je pouvais décrire à la fin des années 70 et 80, le climat contemporain est devenu plus lourd.Tout dans le monde contemporain fait peur nourriture, téléphones mobiles, etc.Nous sommes sans grands modèles certains et nous avons de plus en plus d’informations nous alertant sur les périls environnants.Certes, nous bénéficions d’une autonomie individuelle accrue dans la manière de conduire notre existence.Mais tout se passe comme s’il y avait un prix, en matière de peurs, d’inquiétude et de dépression.Notre monde est plus libre, plus ouvert, plus entreprenant En même temps, il y a un spectre nouveau qui hante notre époque: celui de la dépression.D’où l’importance, pour vous, de revaloriser une certaine légèreté.En effet le superficiel a sa légitimité.C’est ma conviction.Certes, il est très bien d’avoir une pensée profonde.Mais après tout, le bonheur n’est-il pas très lié aux choses superficielles?Nous devons leur laisser une place: nous donner la capacité d’être légers, comme disait Nietzsche, de pouvoir surfer sur les choses sans toujours chercher à sortir de la caverne pour toucher les idées éternelles.Je refuse d’incriminer le superficiel.Je pense même que c’est ce qui nous a permis de nous éloigner du totalitarisme.Au fond, le superficiel fait partie du sel de la vie, du bonheur de la vie, de tous ces instants.Sans doute, mais ne vit-on pas dans une atmosphère sociale qui nous pousse constamment à l'hédonisme, au festif et à la légèreté?Ne faudrait-il donc pas réhabiliter Agenda littéraire Mars 2002 UNEQ Union des écrivaines et écrivains québécois MARDI 5 MARS, 19 H 30 Les Mardis Fugère Confidences littéraires de l’écrivain STÉPHANE BOURGUIGNON, auteur de La Vie, la vie et de LAvaleur de sable Maison de la culture Frontenac.2550, Ontario Est, Montréal Entrée libre.'cO JEUDI 14 MARS.19 H 30 Des mots et des sons Paradis bleu et blanc Lecture-concert inspirée par la Tunisie avec MARGUERITE ANDERSEN Maison des écrivains, 3492, avenue Laval.Montréal Entrée gratuite.Réservation obligatoire LUNDI 18 MARS, 18H 00 LA LITTÉRATURE MIGRANTE À L’ÈRE DE LA TERREUR : ANTAGONISME OU COMPLÉMENTARITÉ ?Table ronde animée par JOËL DES ROSIERS avec ABU FARHOUD.SERGIO KOKIS et NICOUS COYER Dans le cadre de la Semaine d'actions contre le racisme Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, Montréal Entrée libre JEUDI 21 MARS, 19H 30 Journée mondiale de la poésie Soirée de lecture et de musique « Dépositions • mise en scène par YVAN BIENVENUE avec 7 poètes : YVES ANTOINE, AUNE APOSTOLSKA, RAOUL DUCUAY.JR LÉVEILLÉ, JEAN-FRANÇOIS POUPART.YVES PRÉFONTAINE, NATHALIE WATTEYNE Cabaret Music-Hall, 2111, boulevard Saint-Laurent, Montréal Entrée libre Renseignements et réservations et inscriptions : (514) 849-8540 www.uneq.qc.ca LE DEVOIR cn> CONSfR DES ARTS DE MONTRÉAL APPEL POUR PARTICIPATION VÆ A UN CONCOURS VS; PRIX J.L SEGAL 2002 SP DE LA BIBLIOTHEQUE PUBLIQUE JUIVE 1.Prix Rosenfeld en littérature yiddish et hébraïque $ 1,000.00 L'auteur de l’œuvre en yiddish peut résider n importe où dans le monde L auteur de l’œuvre en hébreu doit résider en Amérique du Nord.$ 500 pour chaque,catégqrie de 2 à 8 2.Roman et Poésie en anglais sur des thèmes juifs 3.Faits vécus en anglais sur des thèmes juifs 4.Littérature française sur des thèmes juifs 5.Traduction d’un livre avec thème juif 6.Prix pour études juives canadiennes futronné par riiutivut des études juives canadiennes de LUnivcrsiré Concordia.Les auteurs doivent résider au Canada.Les livres doivent avoir été publies pendant la période allant du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2001.7.Prix Zipper pour 1 éducation A présenter à un éducateur juif/une éducatrice juive de Montréal.8.Prix film/vidco sur un thème juif.Lm films ou video doivtm être soumis en VHS/NTSC et doivent avoir été réalisés après le 1er janvier 2000 au Canada Les soumissions pour les prix littéraires doivent être faites en 3 copies, l es soumissions restent la propriété de la Bibliothèque Publique Juive.Les soumissions pour les huit catégories devront nous parvenir au plus tard le 30 avril 2002 Comité des Prix J.L SEGAL Bibliothèque Publique Juive 1.Carré Cummings, Montréal.Québec H3W 1M6 I él (514)345-2627 poitc 301 Jewish Public library Télécopie (514) 345*6479 ^ Bibliothèque publique juive www iewishpubliclibrary.org "gi y Duvr-ra 3 orwo uurr L'AIRE DES IDÉES quelque peu une saine austérité, dans certains domaines?Je pense bien sûr à l’école, où l’on répète aujourd’hui constamment que les enfants doivent jouer pour apprendre, doivent se former à leur insu et sans douleur dans le ludique.Vous avez raison.Mais il faut voir aussi que l’atmosphère sociale a une autre pente: celui du danger omniprésent.Le monde dans lequel nous sommes en est un qui valorise l’hédonisme dans la publicité, les loisirs, etc.Mais de fait, les gens sont extrêmement inquiets.Vous savez, je suis professeur, je peux vous dire que l’atmosphère dans les classes n’est pas à la légèreté et au Jmk! Mais c’est tout à fait normal, non?Je suis d’accord: il ne faut pas confondre l’école et la télé.L’école est un lieu de discipline où il faut faire des efforts.Je ne défends pas «libres enfants de Sum-merhill».C’est fini, cette époque libertaire.Tout ce que je veux dire, c’est qu’ils m’agacent, ces intellectuels qui dénoncent la télévision tout en la regardant avec une attitude hypercritique.Et au fond, une société qui marche à la légèreté n’est pas nécessairement synonyme de barbarie.MÉTAMORPHOSES DE LA CULTURE LIBÉRALE Ethique, médias, entreprise Gilles Lipovetsky Liber Montréal, 2002,113 pages Avec une préface sympathique et instructive de Sébastien Charles L’inconvénient du 12 septembre 9ui a dit qu’il n’y avait pas de relève chez nous dans l’es-Samedi dernier, je signalais Marc Chevrier et L’Agora.Cette semaine, je vous invite fortement à découvrir L’Inconvénient, petite revue littéraire de grande qualité qui a déjà à son actif plusieurs numéros mémorables.(Je pense notamment à celui sur le «déplaisir de lire» et un autre sur le «trop de démocratie» à notre époque.Passionnant phénomène de voir des littéraires jeter sur leur monde un regard critique — et souvent narquois — plutôt que de s'adonner à une exploration de leur nombril, comme c’est la pente de tant d’écrivains qui ont tout abandonné aux sciences humaines et qui croient que la littérature n’est qu’un exercice psychanalytique et de «travail sur la langue».) Dans ce huitième numéro, intitulé «Le 12 septembre 2001», on lira avec grand bonheur un essai d'Isabelle Daunais qui, très habile, réussit à nous révéler des aspects négligés d’Amélie Poulain.À ne pas-manquer, le pénétrant texte d'Alain Roy, «L’autre face de la conscience».Et comme toujours, on sourira aux quelques paragraphes caustiques de la section «Fatalités, bogues, pépins et autres inconvénients», arobitaill&a sympatico.ca k I LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET l) I M A N l II E S M A K S 2 O (I 2 ' DE VISU * ARTS VISUELS Les avatars de l’image LA SÉRIE DES AVATARS Dominique Paul Plein Sud 100, rue De Gentilly Est local D-0626, Longueuil Se poursuit jusqu’au 17 mars JEAN-CLAUDE ROCHEFORT Le terme «avatar» provient du sanskrit avatàra, qui signifie «descente».Dans la religion hindoue, un avatar correspond à chacune des incarnations du dieu Visnu, nous apprend Le Petit Robert.À notre époque, c’est à contresens qu’on utilise ce terme pour désigner un malheur ou une mésaventure.Tout en conservant le sens originel, Dominique Paul l’utilise quant à elle surtout au sens figuré, c’est-à7h30etle Trésors urbains Publications L’ensemble serait trop long à énumérer mais, outre le livre sur la rue Notre-Dame précité, on retrouve comme publicatons sur lé patrimoine Sainte-Anne-de-Bellevue Heritage Town — petit fascicule qui a la particularité d’avoir été rédigé par un architecte-enseignant de l’école d’architecture de l’université McGill à la retraite, John Bland —, Beaconsfield et Beaurepaire, de Robert L.Baird et Gisèle Hall, sur l’histoire de l’ouest de l’île, ainsi que Outremont et ses trois siècles d’histoire.D’autres livres et magazines s’ajoutent à cette liste, portant sur des sujets plus pointus, comme celui de l’Atelier d’histoire Hochelaga- Maisonneuve, publié l’an dernier, sur l'artiste verrier Guido NincherL Les Editions Continuité font régulièrement des numéros spéciaux sur certains biens patrimoniaux spécifiques, comme le Plateau Mont-Royal ou, plus récemment, le mont Royal, ou encore la Main de Montréal, sans compter le dernier-né, côté livres, Montréal, la ville au cent clochers, sous la direction de Colette Godin, tout droit issu du concours annuel Montréal à l’œil, que tient chaque année le Centre d'histoire de Montréal.Parmi les ouvrages à portée plus générale, il ne faut pas oublier le document de référence réalisé par la Ville et le ministère de la Culture et des Communications en 1998, Le Patrimoine de Montréal; Notre patrimoine, un présent du passé, du groupe-conseil sur la Politique du patrimoine culturel au Québec; et Un patrimoine incontournable.Sélection de 29 biens culturels, publié |tar la Commission des biens culturels du Québec, Peut-être devrait-on s’inspirer d’autres publications, telles Arvida, une cité industrielle, une épopée urbaine en Amérique de l’historienne Lucie K.Morisset, ou encore East/West, a Guide to Where People Live in Downtown Toronto publié par la Société pour l’étude de far chitecture au Canada en 2000.Bref, une panoplie de titres pour qui s’intéresse un tant soit peu à l’environnement conçu, construit et habité par l’homme, au patrimoine, qu’il soit vivant, bâti, intangible ou humain, aux traditions et aux cultures, ainsi qu’à l'élargissement de la notion même de patrimoine.Pour ce qui est de sa protection, de sa sauvegarde et de sa mise en valeur, ce sont là les objectifs que se fixe une nouvelle instance municipale, le Conseil du patrimoine de Montréal, qui succédera à la Commission consultative de Montréal sur le patrimoine et les biens culturels et qui tiendra le comité exécutif informé en ce qui concerne l’état de la question patrimoniale sur son territoire.m ichelepicareKa, videotron, ca A compter du DIMANCHE 3 MARS 2002 Pierre François Ouellette art contemporain local 216 / 514-395-6032 www.pfoac.com Sylviane Poirier art contemporain Local 234 / 514-875-9500 poirier.sylviane@qc.aira.com Sont maintenant heureux de vous accueillir le dimanche de 13 h à I6H30 h et ce en plus des heures régulières des galeries.Édifice Belgo 372, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal SUZELLE LEVASSEUR LIEUX IMAGINAIRES Maison de la culture Mercier 8105, RUE HOCHELAGA (métro Honoré-Beaugrand) Renseignements : (514) 872-8755 www.viile.montreal.qc.ca/maisons Ville de Montréal DU 2 MARS AU 14 AVRIL 2002 Mardi et mercredi : 13 h à 20 h Jeudi au dimanche : 13 h à 17 h Vernissage samedi Tornade (huile sur toile.200 x 700 cm.7000| En plus de participer à l’exposition " Dialogue (s) ” du MAC, Lise Boisseau présente ses oeuvres récentes à l’espace Sylviane Poirier art contemporain.Du 27 février 2002 au 23 mars 2002 Heures d’ouverture : du mercredi au samedi de 12 h à 17 h 30 et sur rendez-vous.À compter de mars, la galerie sera aussi ouverte le dimanche de 13 h à 16 h 30.Sylviane Poirier art contemporain 372, rue Ste-Catherine O.# 234 Montréal (Québec) H3B IA2 514.875.9500 polrier.sylviane@qc.aira.com MUSÉE 0 ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec :::: ubu DENIS MARLEAU LES AVEUGLES FANTASMAGORIE TECHNOLOGIQUE TEXTE DE MAURICE MAETERLINCK Clair Du 28 février au 24 mars 2002 Mardi au dimanche : 14 h et 17 h Mercredi : 14 h, 17 h et 19 h 30 Tarifs : Régulier : 12 $; Étudiant et aine : 10 $ Musée d’art contemporain de Montréal Salle Beverley Webster Rolph 185, rue Sainte Catherine Ouest, Métro Place-des-Arts Renseignements et réservations Musée : (514) 847-6226 www.macm.org Admission : (514) 790-i245www.admission.com www.voir.ca/DenisMarleau Une coproduction d'UBU, compagnie de création, du Musée d'art contemporain de Montréal et du Festival d’Avignon.Du 9 février au 16 mars 2002 Monique Mongeau Lucie Robert Barbara Todd G a I e r i Art Mûr encadrements l I LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 MARS 2 0 0 2 I) 8 LE DEVOIR EXPOSITION Melvin Charney, photographe Le Musée d’art contemporain de Montréal fourmille d’activités ces jours-ci.Pas moins de quatre expositions et événements ont été inaugurés lors des deux dernières semaines.Avant d’arriver aux autres expositions, disons que celle consacrée à Melvin Charney profite du regard que les conservateurs du musée ont posé sur cette production.Et ils nous en font profiter.MELVIN CHARNEY Les Maisons, Trois-Rivières, 1975.MELVIN CHARNEY Musée d’art contemporain de Montréal 185, rue Sainte-Catherine Ouest Jusqu’au 28 avril BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR LA exposition principale * du MACM, inaugurée il y a dix jours, , porte sur un aspect ' moins bien documenté de la production de l’architecte et artiste Melvin Charney, que l’on découvre ici selon un angle qui n’avait jamais été abordé de façon systématique.Ainsi l’apport de la photographie dans l'œuvre incontestablement importante de Charney est-il mis en lumière.De Charney, à tout le moins, les Montréalais fréquentent quotidiennement deux des œuvres: le jardin du Centre canadien d’architecture, avec sps tours allégoriques, et la place Emilie-Gamelin, à l’intersection des rues Berri et SainteCathe rine — un défi de taille pour ce square situé dans une espèce de non-lieu créé au fil des ans.Charney est également connu pour avoir été l’un des commissaires de l’exposition Corridart en 1976, événement de triste mémoire en raison de la censure qui y fut exercée, et dont a été commémoré le 25' «anniversaire» l’an dernier.Char- ney avait signé une des œuvres majeures de l’exposition, Les Maisons de la rue Sherbrooke, qui critiquait les positions de l’administration Drapeau en matière d’urbanisme.Glissements L’œuvre de Charney en est une de glissements.Entre les pratiques de l’architecture, de l’installation et du dessin (une liste à laquelle on pourrait ajouter l’écriture, car l’homme a une plume savoureuse et riche), Charney a toujours cultivé une image de «déambulateur» entre les médiums.L’exposition du MACM, organisée par le conservateur Pierre I-andry, a le mérite de proposer un découpage dans la production de l’artiste, pour mettre en relief ses rapports à la photographie.En quatre temps — photographie, photographies assemblées, photographies peintes et photographies construites —, l’exposition classe les images de Charney produites pendant près de quarante années.Certes, on constate l’omniprésence de la photographie dans l’œuvre de celui qui documente et commente la ville dans ses œuvres.Documentation dans les années 70 d’un bâti pauvre et vernaculaire, mais qui modèle ô combien le paysage québécois, cartographie d’une rue entière (In Main, en l’occurrence), mise en relief des ornements de bâti voué au culte ou à d’autres activités de nature symbo- lique, en Turquie, dans les années 60: les images de Charney présentées dans la première section de l’exposition constituent une somme phénoménale de connaissances et d’informations sur le patrimoine construit.Certaines de ces images sont plus captivantes que d’autres — le cadrage systématisé sur les maisons des villages du Québec est on ne peut plus éloquent —, d’autres tiennent moins pour la qualité du point de vue que pour la qualité documentaire, sans qu’un regard précis s’en détache.C’est d’ailleurs à ce titre que l’exposition poursuit le travail de glissement, impératif dans l’œuvre de Charney: certaines de ces images sont de toute évidence des documents d’atelier, plus aptes à supporter l’expérimentation et ayant le statut d’amorce à un travail ultérieur.Ainsi, l’exposition modifie le statut des images, de document de travail à œuvre présentée en musée, fidèle au nomadisme disciplinaire cher à l’artiste.Le reste de l’exposition tend à confirmer cet état de choses dans le travail du lauréat 1996 du prix Paul-Emile-Borduas.Dans la typologie articulée par l’exposition, une gradation s’installe, où les interventions de l’artiste se font de plus en plus notables.La présentation passe des images assemblées qui montrent dans quelle mesure la photographie échoue à embrasser un vaste champ visuel, puis aux images découpées dans les pages d’un journal sur lesquelles Charney intervient par le dessin.Les glissements évoqués concernent le statut des images, mais aussi ceux enregistrés sur le terram.Le travail de Charney s’est toujours évertué à rappeler les strates que contient un site, creusant à même le sol, mais aussi dans l’histoire et les rapports sociaux engendrés par ces sites.Ces considérations sont plus directement abordées à mesure que la visite progresse.Aussi, de strictement bidimensionnelle au départ la présentation passe dans la troisième dimension, comme pour jeter à la fin un pont instructif avec ce que l’on connaît mieux de cette production.L’exposition est importante dans la mesure où la lorgnette ici utilisée pour jeter un regard sur l’œuvre de Charney est unique.Cependant, malgré cette belle initiative et cette approche singulière, quelques ratés ne peuvent être passés sous silence.D’une part, l’exposition cherche à éclairer des avenues moins bien connues, mais elle ne dépasse pas les limites de la typologie simple.Les quatre catégories établies par le conservateur nomment bien les opérations plastiques dans ce travail, mais délaissent la dimension conceptuelle de cette œuvre, pourtant importante.Le choix est clair, ce qui est bien.Il reste que ces catégories ne sont pas exclusives.Une photographie assemblée est aussi une photographe construite, une photo peinte également Non seulement ces catégories ne sont pas des plus rigoureuses, mais elles entrent en contradiction avec ce qu’écrit Landry dans la très riche et très utile publication qui accompagne l’exposition (réellement un petit bijou), à savoir que «ces photographies résistent à toute catégorisation», un cliché dans le discours sur l’art C’est soit l’un, soit l’autre, il nous semble.Pour une œuvre qui, effectivement s’est évertuée à sortir des catégories disciplinaires, on préférera peut-être la seconde option, ce qui invalide la première.L’exposition est néanmoins instructive.Autre glissement, le visiteur remarquera peut-être que les salles du musée ont été subtilement redessinées par Charney, légèrement décalées à l’angle.Encore une fois, Charney exerce son sens critique en montrant par cette intervention au demeurant un peu sage, que le musée est un lieu de discours, un lieu construit, à déconstruire.D en va de même avec les typologies.ART CONTEMPORAIN Où est passé le Québec MARCEL FOURNIER The Armory Show, qui s’est tenu à New York du 22 au 25 février dernier, suscite d’autant plus d’attentes qu’il se présente comme 4he International Fair of New Art» et qu’il réunit «the world hippest galeries».Créée en 1994, la foire new-yorkaise est apparue cône me.«a funky 30-gallery affair in Gramercy Park» et, en quelques années, a connu un rapide développement le nombre d’exposants passant de 90 en 2000 à plus de 170 l’an dernier et cette année.L’enthousiasme des visiteurs à l’endroit de l’édition de l’an dernier était très grand: «C'était de la folie», selon le galeriste montréalais René Blouin.«The show is the festival of mischievous invention, innocuous rebellion and unrestrained permissiveness», écrivait Ken Johnson du New York Times.Le lieu d'exposition, avec ses deux quais (88 et 90) sur la Hudson River, est en soi im événement même s’il oblige les visiteurs à se déplacer d’un endroit à l’autre.Un choc de couleurs et d’images Il en va d’une foire internationale en art contemporain comme de toute autre foire: il y a de tout.Le «new art» ne doit, selon les responsables, que réunir des artistes vivants.Ce qui n’est pas tout à fait le cas: il y a un Picasso, un Sam Francis, quelques Warhol, des Robert Mapplethorpe.On retrouve aussi les œuvres d’artistes contemporains déjà connus et bien cotés: Julian Schnabel, Warhol, Bazelitz, Rebecca Horn, Inuise' Bourgeois, Christian Boltanski, Sol Le-Witt, Clemente, Polke, Frank Stella, Gilbert&George, Gerhard Ritchter (à 600 000 $US).Retrouver en un seul lieu les œuvres de plus de 1500 artistes contemporains est une expérience rare.Une performance à l’entrée, une exposition solo de Paul McCarthy avec une installation, une photographie panoramique: Hollywood, de Maurizio Catalan, une «silent auction» d’une toile de l’artiste anglais Chris Ofili qui peint des éléphants.Le montant de la vente — plus de 75 000 $US — sera versé à la Zooloical Society of London.Un bon.coup publicitaire! Une telle expérience crée chez le visiteur à la fois fébrilité et réaction désemparée, surtout qu’il s'agit d’artistes provenant de plus d’une vingtaine de pays différents; elle permet de découvrir de nouveaux artistes, mais il est impossible d’emmagasiner l’ensemble des informations qu’on reçoit On ne peut être qu’éberlué, sous le choc des couleurs et des images.Les vidéos nombreuses et les photographies, souvent immenses, sont encore plus nombreuses.Ut photographie apparaît ainsi comme le «nouvel art» du monde de la nouvelle économie et des multimédias des années 2000.Le figuratif réalise ainsi un nouveau retour en force contre l’abstraction.Une grande surface de l’art contemporain Une foire, c’est aussi la faune qui s’y rassemble.Plusieurs dizaines de milliers de visiteurs en quatre jours.11 y a les heures de pointe, au début des après-midi, les samedis et les dimanches.C’est comme la foule drnis un supermarché au moment des soldes.Des artistes, des connaisseurs, des conservateurs, des collectionneurs, des curieux, des touristes, quelques enfants avec leurs jeunes parents.Chaque année, une délégation, composée de galeristes, de fonctionnaires et de responsables de musée, en particulier du Musée d'art contemporain de Montréal, et de collectionneurs vient de Montréal.Tout ce monde déambule, se déplaçant d’un stand à un autre.La plupart ne font que regarder.Certains s’arrêtent pour poser quelques questions aux galeristes ou à leurs assistants.Quelques-uns, plus sérieux, feuillettent les publications sur les artistes, entreprennent des négociations et parfois achètent II est difficile d’évaluer le volume des transactions qui sont réalisées sur place.Pour la plupart, les galeristes se montrent satisfaits ou demeurent optimistes.Souvent la vente se conclut dans les jours suivants, par téléphone ou à la galerie.L’absence de galeries québécoises Plus d’une vingtaine de pays sont représentés.Les galeries américaines et en particulier new-yorkaises sont les plus nombreuses: plus de 170, c’est-à-dire près de 50 % des galeries.Parmi les galeries new-yorkaises, on retrouve Alexander and Bonin, Peter Blum, Ronald Feldman Fine Arts Inc., Barbara Glad-, stone Gallery, Marian Goodman Gallery, la Galerie belong, etc.Par ordre d’importance décroissant, les autres pays les plus représentés sont européens: la Grande-Bretagne (21), la France (15), l’Allemagne (14), l'Autriche (9), l’Italie (8), la Suisse (6).D’autres pays, comme l’Espagne (3), le Danemark (3), le Japon (3) et l'Australie (2), sont aussi représentés.Mais il est clair que les deux pôles du marché international de l’art contemporain sont New York et l'Europe (autour des capitales Paris, Londres et Berlin).Si l'on compare avec l’année précédente, Paris apparaît cette année beaucoup plus dynamique: parmi les galeries parisiennes, il y a Yvon Lambert, la Galerie Nelson, la Galerie Nathalie Obadia, la Galerie Emmanuel Perro-tin, Art Concept la Daniel Tempion, etc.L'an dernier, il y avait deux galeries canadiennes, l’une de Toronto et l’autre de Vancouver.Cette année, il n'y a qu’une galerie canadienne, la Susan Hobbs Gallery de Toronto, qui présente dans son stand une dizaine d'artistes, dont une artiste francophone: Lyne Lapointe.Le Canada se trouve ainsi au même rang que la Belgique, la Hollande, le Brésil, le Mexique, Israël, la Bulgarie ou la Grèce.Les artistes canadiens et québécois qui ont une cote sur la scène internationale sont en fait présentés par des galeries étrangères: Geneviève Cadieux (Galerie Obadia), Janet Cardiff (Luhring Augustine et Trans+Editions), Marcel Dzama (David Zwirmer, inc), Betty Goodwin (Jack Shainman Gallery), Rodney Graham (Galerie Nelson),Tania Kitchell (Galerie Grita Insam), Mica Lexier (Jack Shainman Gallery) , Ken Lu (Galerie Nelson Trans-Editions), Jana Sterbak (liebman Magnan), Jeff Wall (Galerie Pail-has et Mariam Goodman) et lan Wallace (American Fine Arts, Co.).Une grande œuvre de lan Wallace, Jazz Street 11 (photolaminate and acrylic on canvas) est mise à l’honneur dans le stand de la galerie new-yorkaise et reproduite dans le catalogue.Enfin, on trouve, heureusement pourrait-on ajouter, une page de publicité, en langues française et anglaise, de la revue Parachute, insérée dans le catalogue de la foire.Comment expliquer l’absence de galeries québécoises?Pourtant, New York est à proximité de Montréal, et le marché américain devrait être facilement accessible aux artistes québécois ou canadiens.Tout n’est pas simple.Le problème a retenu l’attention du ministère de la Culture et des Communications, qui a commandé récemment une étude.Cette situation traduit la faiblesse actuelle du marché de l’art contemporain au Québec et au Canada «On manque de confiance», remarque à regret Susan Hobbs, une galeriste to-rontoise très active sur le marché international.Du Québec, une image forte reste: une grande photographie couleur (122 X155 cm) d’une jeune femme tatouée, à l'allure sauvage, en tenue de plongée Oneill, assise sur un seadoo orange et blanc.Cette œuvre de l’artiste suisse Olaf Breunig est intitulée tout simplement Bombardier.Comme quoi l'art et le marché sont de moins en moins dissociés.mfoumieiqprincetorvedu Exposition "PARL6-M.01 D'AMOVR" l in de l'encan et de l'exposition ^ le mercredi 6 mars de I7h à U)h 100, rue Sherbrooke Est, -L étage, Montréal du lun.“au ven.lOh à 17h, sam.et dim.I Ih à 16h info.(514) 842-1043 En 2002, Les beaux détours fêtent 15 ans de voyages, conférences, visites de musées, concerts, Dimanche 10 mars L’histoire des « beaux détours * et lancement de la saison été-automne Mercredi 24 avril Musique et lutherie : découverte de l’alto Vendredi 28 juin U 8' symphonie de Malher au Festival de Lanaudière Les j .beaux detours U I T S CULTUREIS du 22 août au 2 septembre LE ROMANTISME ET PARIS (514) 276-0207 Fji collaboration avec Club Voyages Rosemont l'artiste sera présente à la galerie d'art d ’ O u t r e m o n t KITTIE BRUNEAU le d i m ,i n e h e 3.ni .< r s (dernière journée) t é 1 .4 9 5.7 4 1') MELVIN CHARNEY DU 22 FEVRIER AU 28 AVRIL 2002 MUSEE D ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec s:: \1um.i .uk VmdH AV)llu nnt' OiuM I www voir.Cri MACM Rnisci(jiH'im*nls : (M4) H47-f»22(> www.macm.org i t
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