Le devoir, 18 mars 2006, Cahier E
LE DEVOIR.LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MARS 2006 MUSIQUE Voir Toscanini.à quoi bon?Page E 5 DE VISU Suivre le fil jusqu’à Micheline Beauchemin Page E 6 LE DEVOIR Ce quelque chose en forme d'album est rien de moins qu’un chef-d’œuvre de chanson pop «L’intention, c’était que chaque chanson soit accrocheuse en quelques secondes et puisse intriguer l’oreille pendant très, très longtemps» Les nouvelles aventures de Pierre Lapointe JACQUES GRENIER LE DEVOIR Son premier album était la merveille éveillée de 2004.Le deuxième est dix fois meilleur, cent fois plus exaltant: du fin fond de La Forêt des mal-aimés, des siècles de musique nous contemplent.Et l’avenir nous sourit.Album de la décennie?À ce degré de progression exponentielle, on peut parler de chef-d’œuvre.Surtout quand l’artiste est (presque) d’accord.SYLVAIN CORMIER Pierre Lapointe esquisse un sourire fatigué après cinq minutes.«Bon ben, j’ai tout dit.» Derrière cette boutade, un désir patent: que l'entrevue ait déjà eu lieu.Que la ronde de promo qui vient tout juste de commencer soit déjà bouclée.Que le disque existe tout seul, sans lui Lui n’a plus grand-chose dans la tète et le corps, sinon un petit plan d’eau tranquille où flottent à la dérive des sentiments de soulagement et de satisfaction.En cinq minutes, il aura réussi à dire que son nouvel album lui «plaît énormément», quH en est «extrêmement fier» et que Deux par deux rassemblés et Tous les visages sont «ses plus grandes réussites».Tout ça sur le même ton morne et plat qu’un préposé de libre-service a la fin de son quart «Je suis vraiment fatigué*, nèso-met-il.Vanné, oui.Lessivé, essoré, mis à sécher sur la corde, «f étais pas comme ça la dernière fois, hein ?» La dernière fois, juste avant l’étonnant, l’ahurissant spectacle Pépiphonique, aux FrancoFolies d’août dernier, il m’étourdissait et s’étourdissait lui-mème, tellement il foisonnait d’idées et de mots.•C’est dans cet état d'ébullition, cette boulimie de surexcitation, cette surabondance d’attention médiatique que j'ai créé La Forêt des mal-aimés Quasiment sans m’en rendre compte.C’est seulement maintenant que je regarde cette année et demie de fébrilité totale (cinq spectacles totalement différents!) et que ça me rentre dedans Ça m’épuise rien que d’y penser.» Je pense à Kerouac, qui a écrit On the Road sur son fameux rouleau de papier sans s’arrêter pendant des jours et des nuits.Je pense aux Beatles, qui sortaient deux albums et trois 4Stours de matériel original par année, entre les tournées.Je pense à Bakac, toujours à la bourre.Pour nombre de génies, les grandes œuvres surgissent dans le vif de l'action.•Moi, je faisais juste avancer, tète première.Heureusement qu’il y avait du bon monde autour de moi pour gérer le flot.Qu’il y avait Philippe Brault [aux arrangements] et Jean Massicotte [à la réalisation et aux ar- Chaque chanson est un petit édifice pop parfaitement charpenté rangements) pour prendre tout ce que j’apportais et m’atder à en faire quelque chose.» Ce quelque chose en forme d'album est rien de moins qu’un chef-d'œuvre de chanson pop.Toutes langues confondues.S le premier album de Pierre La-pointe, l’éponyme paru il y a moins de deux ans, était déjà un très grand disque de chanson française, portant la forte marque d’un style absolument particulier, celui-là est d’une autre teneur.D’une autre hauteur, plutôt la marche est à ce point vertigineuse.C’est Sgt.Pepper's deux ans après Rubber Soul.Polnareff au pays de Steve Reich.ABBA en orbite.Une bande sonore d’Knnio Morricone détournée par Beck.C’est l'étrange et bel enfant de Thorn Yorke et de Barbara.•Tout ça s’est bâti en pleine effervescence et en pleine immersion musicale, raconte l’intéressé, dont le débit s’accélère à mesure que l’entrevue progresse, f écoutais mille millions d’affaires en même temps.Je voyais des shows de toutes sortes, f expérimentais constamment dans mes spectacles avec le Consort [de musique contemporaine).J’arrivais en studio avec des disques, des tonnes d’idées, des nouvelles chansons, et puis je repartais, écoutais d’autres disques, allais voir d’autres shows, expérimentais encore, et puis je retournais en studio et j’étais sur une autre planète.Par moments, je devais être pas mal dur à suivre.» De ce tourbillon de création, de ce gavage de musique, est sorti La Forêt des mal-aimés.Un disque fascinant et riche, à la fois éminemment familier et d’une totale fraîcheur, où mille millions de références font tinter mille millions de cloches (un exemple: dans Tm-tro de cordes d’Au nom des deux galvanisés, il y a un très bref écho de La Californie, premier succès de Julien Clerc) pendant que mille millions de petits effets électroniques et de bruitages singuliers amènent l'auditeur dans des mondes de sons nouveaux Pierre Lapointe décortique.«Si je prends Qu’en est-il de la chance?, ily a un fond drum n bass très actuel, une guitare distorsionnée super sale, des violons disco, et il y a aussi des échantillonnages qui créent une sorte de bruit de fimd qui égratigne l’oreüle.Il y a tout ça qui se passe et il y a la mélodie qui est complètement pop même s’il n’y a pas de refrain en tant que tel L’intention, c’était que chaque chanson soit accrocheuse en quelques secondes et puisse intriguer l’oreille pendant très, très longtemps.Je pense qu’on a réussi.» Ce que Pierre lapointe a aussi voulu et réussi sur ce disque, c’est réinventer la chanson d'amour.Dans ce lieu d’exil qu’il appelle la forêt des mal-aimés (la ville?le monde moderne?), on rencontre toutes sortes d'écorchés et d’éreintés du cœur, dont les histoires sont évoquées à demi-mots, non moins poignantes parce que dénuées de sentimentalité.VOIR PAGE E 2: LAPOINTE Lxfiosilioft du 1 noMtimbre 200& au 20 avril 200b ^ : VERNE I dtjÜW»* 4t Mo le roman rte la mer lt» 4 AH A fi A A mm f#**## *•*« 10* ift* i E 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MARS 2 0 0 6 -* Culture ?- Le miroir des galas Odile Tremblay Les dés sont jetés, les votants ont voté.J’ose quand même un vœu pour dimanche soir: que la cérémonie des Jutra, dédiée aux artisans du cinéma québécois, dépasse le simple sacre de C.R.A.Z.Y., déjà adoubé lundi soir aux Génies canadiens.Notre septième art ne trouve guère son compte à monter en épingle une œuvre unique, fût-elle réussie.Espérons à tout le moins qu'un film aussi inspiré que La Neuvaine, de Bernard Emond, absent des Génies, ne sera pas balayé par la vague aux Jutra.Le vent pousse si fort dans le champ de C.R.A.Z.Y.Appui critique et succès public, ventes à l’étranger.Ça devait être tentant pour les membres de l’industrie de voter aux Jutra dans la cour des winners.Mais les lauriers devraient servir à soutenir aussi des œuvres de la marge, à les éclairer le temps d’un gala, à jouer un rôle de révélateur, à mettre en valeur la diversité créatrice du cinéma.Pas juste a ajouter une couronne sur la tête de ceux qui trônent déjà.Mais je prêche dans le désert.Je sais.C RA.Z.Y.surfe sur sa crête.Chouette film, en plus.Ça devient quand même redondant à la longue, ces trophées empilés sur une seule cheminée.Les esprits blasés déclareront que, de toute façon, ils en ont marre des galas, ceux du cinéma par-dessus tout Allez le leur reprocher.Ces deux dernières semaines, on a eu droit à l’enfilade: les Oscars, les Génie et, demain, les Jutra.Le cinéphile québécois moyen crie grâce.Ajoutez à son raz-le-bol des galas qui ronronnent en endormant le client plus souvent qu’à son tour: quelques gags, plusieurs stepettes, cinq ou six chansons.Entre humour et protocole, les remerciements émus des heureux lauréats sont servis en sandwich.En règle générale, peu de surprises à bord.Du moins les Oscars nous auront-ils étonnés en couronnant Cra-sh il y a deux semaines.Personne ne l’avait vu venir, celle-là.D’où l’émoi.Dimanche soir, Normand Brathwaite tentera aux Jutra de faire oublier la prestation lamentable de Patrick Huard à l’animation du gala 2005.On lui souhaite bonne chance, fi n’existe pas mille façons de faire rouler ce genre de show, qui ploie sous la contrainte des formules établies.Reste le maigre suspense, tableau de prédictions en main, mais il faut connaître les films en nomination pour s’exciter en gang sur un gala.Aux Jutra québécois, passe encore.Le public d’ici, désormais épris de son septième art peut réciter des dialogues par cœur, du moins ceux de C.RA.Z.Y, le favori de la fête.C’est toujours ça de pris.Mais que faire de plus avec les galas?Gratter leur surface et chercher le double fond.Mine de rien, ils tendent de vrais miroirs sociaux, révèlent des tendances.Tenez: cette année, la plupart des Américains n’avaient pas vu les films en nomination aux Oscars: trop pointus, trop intellos, trop gais, trop poli- tiques, ces longs métrages, pour avoir rallié les foules.On a assisté à une rupture entre le public et les créateurs.Sans doute la guerre en Irak et les turbulences internationales avaient-elles créé ce fossé-là.Mince leçon a tirer de cinq heures passées devant l'écran des Oscars.Mais on glane les réflexions qu’on peut sur les fractures de l’Amérique, devant les riches et célèbres se pavanant au Kodak Theatre.Et prenez les Génie, lundi dernier.Rarement cérémonie aura-t-elle illustré à ce point l’échec du biculturalisme canadien.Devant ceux qui croyaient encore au beau dialogue de Trudeau, le gala des Génie sera venu démontrer avec éclat la déconfiture du beau rêve national On pourrait s’en scandaliser.A mes yeux, le phénomène incite surtout à la compassion pour un Canada mal en point, dans le secteur du cinéma du moins.Qu’on en juge.Les Québécois sont tellement nombreux depuis trois ans à collectionner les statuettes des Génie en remerciant papa, maman et l’équipe en français que les diffuseurs anglophones refusent désormais de diffuser la cérémonie en direct.A quoi bon?songent-ils avec lassitude.Nos téléspectateurs ne comprennent pas la langue des remerciements (ah! le bilinguisme!), et puis ça déprime son Canayen, à la longue, de voir les Québécois tout ratisser.Jusqu’aux journaux de la Ville reine qui gaspillent le moins d’encre possible pour la soirée des Génie.Question de fierté écorchée, mais aussi de manque flagrant d’intérêt pour le show.Au Canada anglais, les films québécois lauréats ont été vus par trois tondus.Et vice-versa.Combien d’entre nous connaissent les œuvres canadiennes-an- glaises qui concourent aux prix Génie?Frustrante cérémonie pour les deux camps.S’il n’en tenait qu’au divorce des deux solitudes.Plus insultant encore, les films canadiens-anglais, boudés par leur propre public, récoltent à peine au-delà du 1 % d'audience aux grands écrans.Autant dire rien du tout Hollywood écrase les velléités de s’imposer du cinéma canadien.Au Québec, la barrière de la langue — 20 % des recettes aux guichets pour les films maison — sert la création.Pas de l’autre bord.Tout ça ne fait pas des prix Génie forts.Non, messieurs, dames! Rien pour sabler le champagne à Toronto lundi dernier.En fait, les prix Génie sont maintenus sous respirateur artificiel pour astiquer la feuille d’érable, sans le moindre impact en aval, sauf au Québec parce qu’U gagne au jeu.Pour tout dire, rien n’a nui autant au gala canadien que la création des Jutra québécois il y a six ans.Auparavant, la cérémonie des prix Génie suscitait une sorte d'unité nationale autour du cinéma, avec un semblant d'esprit de famille d’un océan à l’autre.Adieu tout ça! En primant nos films avant leur consécration montréalaise, les Génie réchauffent aujourd’hui les plats pour la fête québécoise.Un comble qui rajoute à l’outrage.Mais bien des Québécois seront quand même au poste dimanche devant leurs téléviseurs, en espérant d’improbables surprises et pour clôturer la saison des galas jusqu’à l’année prochaine en se disant enfin! otrem blay@ledevoir.com LAPOINTE SUITE DE LA PAGE E 1 Exemple: Nous n'irons pas.Une chanson à répondre qui cause souffrance d’aimer sur un air de marche scout, avec Im Mauvaise Réputation de Brassens en filigrane et toute une batterie de claquements de doigts échantillonnés.Et ça fonctionne.«C’est du trad à la Pierre Lapointe, la chose la plus improbable que je pouvais imaginer.C'est bizarre, mais ça capte l’attention rapidement, ça établit presque instantanément un lien émotionnel, et je pense que ça le maintient.Pour quelqu'un comme moi, qui a l’attention très courte, c’est essentiel.» Encore là, réussite éclatante: fIÏ4T[;ïT7ïïn - - FRRIiZ KAFKA Adaptation et mise en scène Jeon-Morie PflPRPIETRO assisté de Jeon-Sebostien PIL0M Traduction d’Alexandre Vialatte et de Bernard Lortholary Roch Aubert, Jean-Robert Bourdage, Christine Filteau, Claire Gagnon, Denis Gravereaux, Georges Molnar, Christophe Rapin, Aurélie Spooren, François Trudel, Jean Turcotte.DU 7 AU 25 MARS fi théâtre- ¦ ON JOUE AU [PROSPEROj ! Billetterie 526 6582 ' Admission 790 1245 Une production du Thôâtre de Fortune en codilfusion avec Le Groupe de la Veillée poème scenique performance œuvre multidisciplinaire laboratoire vivant spectacle de danse pièce de théâtre Mise en scène, chorégraphié et scénographie PAULA DE VASC0NCEL0S Éclairages YAN LEE CH AN Costumes ANNE MARIE VEEVEÀTE et PAULA DE VASC0NCEL0S Mise en images des projections STÉPHAN L0RT1 et PAUL ANTOINE TAILLEFER Interprètes NATALIE 20EY GAULD FRANÇOIS GRAVEL SUZANNE LAFOREST FORTY NGUYEN MANUEL ROQUE JEANNIE VANDEHERKHOVE MEAGHAN WEGG l ne création de PIGEONS INTERNATIONAL USINE 0 Pu 22mars au 8 avril Billetterie 521 4493 Admission 790-1245 quinze fois de suite, on est happés d’emblée, puis émus, enchantés, émerveillés.Le plus beau là-dedans, c’est que toutes les chansons existent aussi bien dans le contexte thématique de Im Forêt des mal-aimés qu’en dehors.Chaque chanson est un petit édifice pop parfaitement charpenté, magnifiquement ornementé (ah! ces cordes!), splendide au premier coup d'œil comme dans ses moindres détails, mini-chef-d’œuvre en soi.En vérité, La Forêt des mal-aimés est un album si extraordinairement beau qu’on se demande comment Pierre Lapointe y survivra.A le voir ainsi exsangue, si dangereusement calme de l’autre côté de la grande table dans la salle de conférence d’Audiogram, je m’inquiète.Pour rien.Il sourit faiblement.«J’ai écrit trois nouvelles chansons depuis le retour des Fêtes.Si je m’écoutais, je flu-sherais La Forêt et je construirais un nouveau show pour l’été.Mais je vais me reposer.Le temps de me régénérer.» Collaborateur du Devoir LA FORÊT DES MAL-AIMÉS Pierre Lapointe Audiogram / Sélect I JMMIBUS Le mrrvc du théâtre ÛEîL POUR Œil PLUS QUE 6 REPRESENTATIONS ! SHAKESPEARE L histoire lamentable de Wit Texte _ MARGARET EDSON Traduction MARYSE WARDA Mise en scène _ DENISE GUILBAULT Avec Charles Baillargeon.Pascale Dénommée, Françoise Faucher.Ève Gadouas.Robert Lalonde.Jean-François Nadeau, Dominique Pétin.Louise Turcot Concepteurs Étienne Boucher, Florence Cornet, Catherine Gadouas, Mathieu Catien, Ève-Line Leduc, Pierre-Étienne Locas Une production du Théâtre de Quat’Sous DU 13 FÉVRIER AU 18 MARS 2006 514 845-7277 rtu 28 fturter as 25 mars 2086,19 heures Jean Baptist* AssaUn-Beulaever.Jtm Botlnrt, Daniel DaspaMM.Philipp* hens, Sophia Fascher.Enau Hache.Christina LiBlaac, Ontm lacèaa, Danis Mercier.Isabelle Pnstena, Charles Prelomainn, Mania Vnillancourt.Stenograph*?Chariatta Rtalaaa Costumes et accessoires Jeter letfi et Fteeçeh Barbeau.lumières Mathieu MarcH.Trame sonore Éric Forget.Maîtrise tt ®u»re Jeu Asselie Boissons et nourriture vendues sur piece durant la représentation.DERNIÈRE SUPPLÉMENTAIRE 23 mars à 20 h Représentation au profit la Fondation PalliAmi 1 DEVOIR Encore une si vous on Danis e» Daniel Simard Larsen Lupin Masque de la ! Émouvante ?Drôle ! » Fnmco Nuoro.Journal Montreal admirable.et un bonhwtr évident ! » Dominique turfwnce tournoi rie production Régions 2003 la porte sur ses retnouvaitlae ant un* œuvre artistique entière.» joje Bent*, la hase de rie .Daniel Simard Me de louis* Uprade .Sotonge ! « Vous ne serez pas degu » Hrrre Gtuçc Le Dew way.And what a show Danis makes of it.tibt BMMPW Supplémentaires! Dimanches 19 et 26 mars 29-30-31 mars et l* avril JACQUES GRENIER LE DEVOIR Pierre Lapointe îï » LE DEVOIR.LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 M A R S 2 0 0 0 E TH É A T R E Sarah Bernhardt: la fabrication d’une star Gisèle en six temps Julie Vincent monte mariée de Gisèle Schmidt à JACQl'KS GREN1KR 1 K 11KY01K HERVÉ GUAY New York — D’où vient la fascination qu’exerce encore aujourd’hui l’actrice française Sarah Bernhardt (1844-1923)?AuUnt qu’à son talent elle la doit, s’il faut en croire les conservateurs de l’exposition «Samh Bernhardt.The Art of High Drama», présentée à New York au Jewish Museum, à son habileté à composer avec les moyens de diffusion culturelle de son époque.Etant donné le mandat de l’établissement, qui jette un regard rétrospectif sur la Divine, on repla-ce également la carrière de l’actrice d’origine juive dans le contexte de son assimilation récente à la religion catholique, qui favorise une ascension sociale autrement difficile pour ses coreligionnaires dans la France de la seconde moitié du XDC siècle.Enfant illégitime, Sarah Bernhardt est la fille d’une courtisane juive, Youle van Hardt Née à Paris en 1844, elle est envoyée chez une nourrice en Bretagne puis revient vivre auprès de sa mère, rue Saint-Honoré, avant de fréquenter un couvent à Versailles.En 1856, eüe est baptisée et devient catholique.Par 1 entremise du duc de Morny, elle passe une audition au conservatoire, y est reçue et entre à la Comédie-Française en 1862.Elle y reste peu de temps, y revient comme sociétaire en 1875 avant de partir de nouveau et de connaître la fabuleuse carrière que l’on sait Elle entreprendra notamment de nombreuses tournées qui la mèneront en Amérique.Ainsi, de 1880 à 1917, elle s’arrêtera à huit reprises à Montréal pour y jouer.L’exposition que lui consacre le Jewish Museum ne manque pas de rappeler les liens que la grande actrice a tressés avec l’Amérique par le souvenir et les objets qu’elle y a laissés.Par exemple, un grand sort est fait à l’un de ses mouchoirs que se passent des actrices américaines, de Helen Hayes, grande dame de la scène, jusqu’à Cherry Jones, qui a récolté un Tony fies Oscars de Broadway) en 2005.Au-delà de l’anecdote, on étale des dizaines d’objets (disques, films, affiches, photos, sculptures, publicités, bijoux, cartes postales.) qui ont disséminé l’image de l’actrice par le vaste monde.Et c’est justement parce qu’elle a compris l’im-pôrtance des mécanismes de reproduction, croit-on, qu’elle a réussi à s'imposer comme une célébrité à rjulle autre pareille.Au préalable, çlle a su, toutefois, élaborer un style de jeu et un mode de vje uniques, de qui a facilité la diffusion de son éffigie à grande échelle.Bric-à-brac ! Plus concrètement, cette exposition Bernhardt ressemble presque autant à un bric-à-brac que l’appar-ment de l’artiste eDe-mème.D le Hait cependant pour montrer dominent Bernhardt avait su tirer {îrofit de la commercialisation des arts qui s’amorce au XIX' siècle pour devenir une des premières grandes stars planétaires.Ce qui Voulait aussi dire savoir migrer des * scènes prestigieuses à celles fréquentées surtout par un public populaire.Virage que nul n’a pris plus décisivement, peut-être, que la Divine, qui s’est servi de tous les moyens mis à sa disposition pour étendre sa gloire même là où sa langue n’était pas pariée.Pour comprendre ce qu’elle jouait, les spectateurs américains devaient ainsi se procurer la pièce en anglais dans une édition préparée spécialement pour la tournée en cours.Outre une capacité inouïe à s'adapter aux transformations d’un monde où l’art est de plus en plus soumis aux lois du marché, Sarah Bernhardt apparaît également comme une femme qui a su jouer d’une identité ambiguë pour désamorcer les attaques antisémites et misogynes dirigées contre elle.Plutôt que de se plier aux contraintes sociales rigides de son temps, elle les a repoussées en jouant souvent des rôles de jeunes hommes (Lo-renzaecio) et d’héroïnes nationales (comme Jeanne d’Arc), en faisant de la sculpture ou encore en entretenant des liaisons tapageuses (dont une avec une autre femme, l’artiste Louise Abbéma).Transpire ici l’influence des «cultural studies», qui se conjuguent très bien à une approche clairement interdisciplinaire.Sur le plan esthétique, la chose réussit mieux au catalogue, d’une lecture agréable, qu’à l’exposition elle-même, dont le caractère hétéroclite mais surtout anecdotique relègue parfois au second plan une réflexion féconde.Restent néanmoins en mémoire les admirables affiches Art Nouveau de Mucha, les photos de Nadar et, pour le visiteur francophone, la possibilité d’apprécier sa «voix d’or» gravée sur disque.Collaborateur du Devoir SARAH BERNHARDT.THE ART OF HIGH DRAMA Jewish Museum (New York) Jusqu’au 2 avril INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY , ;> Sarah Bernhardt (1844-1923) sa Robe de MICHEL B É LAI R Rencontre fort émotive, en début de semaine, dans les locaux du Théâtre Petit à Pédt (PàP), à l’Espace Go: Julie Vincent est là pour parler de La Robe de mariée de Gisèle Schmidt, un projet avec lequel elle voyage depuis des années, une pièce qu’elle a écrite, quelle met en scène et dans laquelle elle joue aussi, à compter de mercredi à l’Espace Go.Le temps, à peine, de s’instaDer à une grande table pendant que le photographe plaçait ses filets, l’émotion était déjà devenue palpable dans la pièce.Pour une histoire d'amour C’est qu’elle vibre, Julie Vincent frêle, fragile, forte et sûre d'elle tout à la fois.Pas seulement parce qu'on est à une semaine de la première et qu’on en est encore à découper le décor.Surtout et d'abord parce que le fait de travailler à cette production fait ressortir le côté exceptionnel de sa rencontre avec la comédienne Gisèle Schmidt décédée 3y a à peine un peu plus d’un an.Une relation intense, «qui dépasse les frontières du théâtre», comme elle dit et qui est là bien présente entre nous.'H faut dire tout de suite, explique-t-elle, que ce n’est pas une pièce à caractère biographique.Pas du tout.Je ne raconte pas la vie de Gisèle Schmidt, même si ce serait fort intéressant de tracer le portrait de cette femme libre qui a traversé la Grande Noirceur avec plusieurs autres femmes remarquables qui, elles, sont toujours là.Mais non.Mon texte est plutôt une fiction qui s’inspire de Gisèle et qui prend une forme théâtrale bien précise, celle de la nouvelle pour le théâtre, de la brève, que j’avais le goût d’explorer depuis longtemps.On trouvera donc ici six petites histoires racontant les voyages d’une robe sur une période de 30 ans.Il ne faut surtout pas que les gens s’attendent à une pièce de théâtre “sur” Gisèle Schmidt.» Si vous vous demandez ce que Gisèle Schmidt vient faire dans La Robe de mariée de Gisèle Schmidt, il faut que l’on recule ensemble de quelques années, jusqu’à une production d'Ivanov présentée chez Duceppe en 1993: Yves Desgagnés en signait la mise en scène, Gilles Renaud jouait le rôle-titre et Julie Vincent et Gisèle Schmidt en étaient aussi.Dans le texte de Tchékhov, Ivanov courtise assidûment une jeune fille jusqu’à ce que celle-ci accepte de l’épouser, puis il la quitte tout juste avant la cérémonie, alors qu’elle a déjà sa robe de mariée sur le dos.C’est autour de cette scène que tout s’est joué.Comme le raconte Julie Vincent Gisèle Schmidt et elle assistaient ensemble des coulisses à cette scène de rapture.Et c’est là qu’un soir Gisèle Schmidt confia à sa jeune partenaire qu’elle aurait volontiers donné toute sa carrière «pour une grande histoire d’amour».La pièce part de là De cet aspect secret poétique et romanesque que la majorité des amateurs de théâtre associaient Julie Vincent peu à la comédienne, connue surtout pour ses rôles de tragédienne — Berémce, Albertine — et son allure plutôt sévère.Et elle s’est aussi nourrie, bien sûr, de la relation profonde qui s'est peu à peu développée entre les deux femmes.Rappelons qu'à la fin de sa vie, Gisèle Schmidt s'était réfugiée dans Charlevoix après un accident vasculaire qui mit fin à sa carrière de comédienne.Elle passait là l’essentiel de son temps à lire et à contempler le fleuve et les montagnes, s'il faut en croire Julie Vincent, qui allait la voir régulièrement Elle s’est d’abord montrée réticente envers ce projet en refusant carrément toute forme d’anecdote ou toute référence à sa \ie et à sa carrière, puis elle s’est peu à peu laissée gagner, et l’auteure a même pu lire la version finale de son texte à son «modèle» avant que celle-ci ne s'éteigne.Voyages rêvés Depuis, Julie Vincent a fondé sa propre compagnie, Singulier Pluriel et elle s’intéresse «aux métissages, aux réalités plurielles mettant en scène l'amour, le rêve et la moite, loin de l’anecdotique».C’est ce qui lui a fait choisir la forme de la brève.Dans La Robe de mariée de Gisèle Schmidt, on retrouvera une douzaine de personnages vivant dims l'imaginaire amoureux d'une femme qui pourrait être Gisèle Schmidt.«Ce sont en fait six rêves inventés pour elle, reprend Julie Vincent, six voyages passionnément amoureux inspirés de cette femme qui a sereinement cultivé l'amour des mots et l'amour tout court toute sa vie.Lorsque je lui ai lu mon texte, elle m’a dit que c'était elle, en amoureuse.Gisèle ne se laissait pourtant pas appra-herfacilement: elle combattait férocement la laideur et le vide.C’était une femme intense aux silences puissants: c’est un peu comme si mes personnages émanaient d’elle, jouaient pour elle, pour témoigner de l’éloquence de son silence [.] Mais on ne trouvera absolument rien dans l’Espace Go mon texte qui relève de l’anecdote puisque tout se passe knn d’elle, de sa carrière et de sa vie redle.» Elle racontera aussi que c’est la fameuse robe de mariée — qu'on peut facilement faire remonter à la production d'Ivanov — qui üx-arae le Ben, à travers le temps et l'espace, entre les six histoires brèves qui se déroulent tout autant en Grèce qu’en France, à Chicoutimi, devant im cercueil, dims une manufacture et dims to métro.Toutes cependant sont marquées du sceau de la passion.«C’est une robe emxmtée qui n a jamais sa vocation traditionnelle, précis*' encore la metteure en scène; elle “vit” des histoires d'amour passionnées et sensuelles.» Mais le temps nous a déjà rattrapés, et Jufie Vincent doit retourner à la salle de répétition.Elle insistera pour conclure en pariant de l’engagement profond de toute son équipe, concepteurs et comédiens, qui a d’abord travaillé le texte en laboratoire avant de commencer les répétitions.Soulignons en terminant que tos spectateurs de la Robe de mariée de Gisèle Schmidt auront aussi droit, en prime, à une petite exposition de photos et de coupures de journaux amassées par Gisèle Schmidt depuis tos années 30 jusqu’à 2(XM.lies matériaux que Julie Vincent utilisera peut-être, qui sait, pour mettre en lumière la marche des comédiennes de la trempe de Gisèle Schmidt qui ont grandement contribué à faire du théâtre au Québec ce qu’il est.Ia’ Devoir IA ROBE DE MARIÉE DE GISÈLE SCHMIDT Texte et mist' en scène: Julie Vincent.Une création du PàP en oo-production avec Singulier Pluriel.A l’Espace Go, du 21 mars au 15 avril.mal !*°rS tUESUTTHS vouloir, c m pouvoir I Le Mouvement pour les arts et les lettres (M.A.L.) est convaincu qu’un gouvernement qui veut régler un problème trouve toujours les sommes nécessaires pour le faire, les exemples pour le prouver sont nombreux.Cette année, le M.A.L.demande donc au gouvernement de régler le problème criant du sous-financement des artistes, artisans, organismes et travailleurs culturels.Le Mouvement demande au ministre des Finances une augmentation de budget du ministère de la Culture et des Communications au moins équivalente à celle de l’an dernier.Le M.A.L.demande à la ministre de la Culture et des Communications, madame Line Beauchamp, qu’elle affecte 18 millions de dollars de cette somme au budget du Conseil des arts et des lettres du Québec et 5 millions de dollars au budget de la Société de développement des entreprises culturelles pour son enveloppe dédiée à la création.9t Mill MHS.C'EST PRESQUE Rj www.mal.qc.ca LE THEATRE DE LH NRI1UFRCTURE an coproduction ivec TRRnS-THÉHTRE prisentont mbibée «humour Ê&mrn» m • ’’•ton* tvav ttfnnA .«PPOrcut é un gant d.GREGORY EURKE Traduction YMRfl GIEflMEnUE Mise en scene niCHEL HOflTY Avec DRUID EOUTin DROIEL GRD0UR5 STEPHROE JRCÇUE5 FRRT1EI5 POULIO foZ'etiï'T™ “3 UDavoir m,chm> * louer r:nn7*c'c'« la *n Portant par tzssssz r*u*ti,c,,,s-tou>ett mars 01 avril EOOG SUPPLEMENTAIRES luaâTHMfl La robe de manée de Gisele Schmidt- Texte et mise en scène Julie Vincent Avec ^-; Éric Cabana Jacinthe Laguë Paul Savoie Julie Vincent Une coproduction Théâtre PàP et Singulier Pluriel A Espace GO du 21 mars au 15 avril 2006 4890, boulevard Saint-Laurent, Montréal Réservations: 514.845 4890 Réseau Admission : 514.790.1245 Complues Angelo Barsetti, Ofavier Girard.Cither me La frentere, K arim* lapterre, Genevieve Li/otte.Franc*** ftoupiniAA.Michel Smith Direction artistiquo ; CIcHiclcî Poissant LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DI M A N C H E 19 M A R S 2 0 0 8 Culture DANSE Le marketing de la création La chorégraphe franco-italienne Caterina Sagna joue de Vautodérision dans Relation publique FRÉDÉRIQUE DOYON Les biens culturels n’échappent malheureusement pas à 1?grande machine économique.A preuve, la mise en marché des arts et spectacles prend de plus en plus de place et d'importance.La moindre petite compagnie, aujourd’hui, ne se fait-elle pas un devoir d’engager un(e) relationniste de presse?la chorégraphe d’origine vénitienne Caterina Sagna, désormais établie en France, aborde avec humour ce qu’elle considère comme un mal nécessaire dans Relation publique.«Le côté marché de la chose me dérange, confie la chorégraphe, même s’il faut en tenir compte — j’ai envie de dire: malheureusement.Une œuvre est une marchandise, il faut la vendre, la rendre de meilleure valeur avec des mots.Il faut le faire et bien le faire.Mais moi, personnellement, je n’y arrive pas.» Mi-spectacle, mi-conférence de presse, la pièce de danse-théâtre révèle les dessous et l’enrobage marketing du spectacle; elle s’étend en quelque sorte elle-même sur un divan de psychanalyste.On assiste à la fois au déploiement du spectacle, à son processus de création, à sa promotion, à sa critique.et surtout à sa métacritique.«C’est une fausse conférence pour vendre un spectacle de danse qui n’est pas encore terminé», résume celle qui se met aussi en scène dans Relation publique.«On voit les danses et, après, on essaie de les analyser, on demande à la chorégraphe ce qu’elle a voulu dire, on regarde ce qui se passe dans les répétitions, les jeux de pouvoirs entre la chorégraphe et les danseurs, les atti- 2S' 4k MAARTEN VANDEN ABEELE Maura Pacagnella et Viviane De Muynck dans Relation publique de Caterina Sagna tudes des danseurs envers leur travail, envers la chorégraphe», renchérit Viviane de Muynck, comédienne que Caterina Sagna a invitée et qui travaille depuis plusieurs années avec Jan I^iuwers, de Needcompany.Créée en 2002, la pièce s’ouvre sur une scène de danse, dans la plus pure tradition du spectacle, que vient interrompre l’arrivée de la chorégraphe et de la comédienne, hôtes de la conférence de presse annonçant le spectacle en question.La pièce oscille ainsi constamment entre la réalité et la fiction.«C’est vraiment un des points centraux de la pièce, rapporte Mme Sa- 81 AU 85 MARS 8006, 80 H , -io/îA r’coàfiH FUSE LOLA DANCE CHORÉGRAPHE LOLA MCLAUGHLIN INTERPRÈTES SUSAN ELLIOTT.CAROLINE FARQUHAR J AT GOWER TAYLOR DAY HELESIC.RON STEWART COMPOSITEUR JOHN KORSRUO MISE EN SCÈNE ANDREAS AAHRE ÉCLAIRAGES JAMES PROUDFOOT COSTUMES REVA QUAM UNE PRÉSENTATION OE lACCRA DE LA DANSE EN COLLABORATION AVEC DANSE DANSE ii::!!! agora de la danse '|Ï|Â||Î 840 RUE CHERRIER MÉTRO SHERBROOKE tMTiAMt WWW.AGORADANSE.COM 514.525 1500 gna.On a cherché à travailler sur cette limite entre la réalité et la fiction.Chacun s'appelle par son vrai nom.Il y a beaucoup d’éléments vrais et beaucoup de choses fausses.On parle de choses vraies, mais on les pousse tellement à fond qu’elles deviennent des paradoxes.Donc ceux-ci sont basés sur une manipulation de la réalité.» Viviane de Muynck est là en tant que véritable amie de la danse et de la chorégraphe.Elle préside à la conférence de presse et parle de la danse «d’une façon un peu étrange», dit-elle, ce qui est de l’ordre de la représentation, mais travestit en même temps une réalité.«La manière dont la danse est analysée, les mots que les gens utilisent pour parler de la danse contemporaine sont parfois aussi un peu bizarres», reconnaît-elle.Ceux qui trouvent la danse hermétique et le jargon pour la décrire parfois abscons risquent donc de bien se marrer.Même le rôle de critique passe à la moulinet-te de Relation publique.Depuis quelques années, Caterina Sagna s’amuse à juxtaposer faux-semblants et demi-vérités avec un sens aigu de l’auto-dérision.«Avant je n’arrivais pas à mettre en scène ce côté-là de moi», dit la chorégraphe.Mais depuis 2000, elle s’y abandonne avec aisance.Créé un an avant Relation publique, en 2001, Sorel-line, que nous avons pu voir à Lyon en 2(X)4, était imprégné de ce genre d’humour.La pièce explorait aussi les jeux de pouvoir — ceux de la famille et, en filigrane, ceux du chorégraphe envers ses danseurs, voire de la so- ciété en général —, un thème qui est cher à la chorégraphe.«Je crois que c’est un problème qui me touche particulièrement en ce moment.Les rapports de pouvoir sont partout et très importants.Ça ne veut pas dire qu ’ils sont nécessairement mauvais.» Si elle incarne une mère ou une chorégraphe un peu «fasciste», c’est surtout en réaction au contexte politique actuel en Italie.Sous le règne de Berlusconi, les subventions déjà maigres de la danse ont diminué de 40 %.L’homme politique, aussi à la tête d’un conglomérat a fini de décourager la chorégraphe de son propre pays.Elle ne retirait plus de subventions depuis 2000 et vient carrément de s’installer à demeure en France.Une comédienne charismatique Ceux qui ont eu le bonheur de la voir dans La Chambre d’Isabella, au dernier Festival de théâtre des Amériques, seront enchantés par le retour à Montréal de la charismatique comédienne Viviane de Muynck, qui joue elle aussi son propre rôle dans Relation publique.Viviane de Muynck connaît Caterina Sagna depuis plusieurs années parce qu’elle travaille depuis sept ans avec sa sœur Carlotta au sein de Needcompany, la troupe de Jan Lauwers venue présenter ici l/i Chambre d’Isabella.Depuis cette même période, elle fréquente donc la danse-théâtre, discipline si féconde en Belgique que l’interprète a appris à aimer.«Il y a une certaine abstraction dans le mouvement; il peut donc communiquer une certaine atmosphère, une chose qui n’est pas définie par la parole, qui n'est pas la réalité parlée d’un moment», dit-elle.En revanche, les danseurs qui «n'aimentpas beaucoup les mots», observe-t-elle, peuvent apprendre auprès des comédiens à ne pas avoir peur de prendre la parole.«7/ ne s'agit pas pour un acteur de dire les mots, il s’agit de trouver ce qui se cache derrière les mots, ce qui fait naître une pensée, et la naissance de la pensée est aussi la naissance de l’action.» Un bel échange de disciplines, lesquelles, malgré leur cheminement, se rejoignent admirablement quand l’équilibre entre jeu et mouvement est savanunent dosé.C’est là tout le défi.Reste à voir comment la Vénitienne l’a relevé.Le Devoir RELATION PUBLIQUE Du 22 au 25 mars à la Cinquième salle de la Place des Arts 5e LA SERIE CINQUIÈME ' LA SERIE CINQUIÈME SALLE ITAlll ~~ COMPAGNIA CATERINA SAGNA RELATION PUBLIQUE 22 AU 25 MARS 2006 DIRECTION ARTlSflQUE CATERINA SAGNA La chorégraphe vénitienne égratigne, sans étals d'âme l'acte de création.Elle tourne en dension le discours pompeux entourant I .TM vhcire^raphipue I! restealors une danv- : Iv e ; Ynunv • ira amee pvodirSeusement par des interprètes complices tf une mascarade caustique et decatee Place des Arts RÉSERVEZ VOS Bit IFTS DÈS MAINTENANT SH 84Z.2UZ -1 8t>t> 842.2112 • www.pda.qc.ca Reseau Admission SM 790.124S Entre le naturel et l’emprunté ISABELLE PORTER Québec — Arborant fièrement leurs uniformes bleus, rouges, jaunes ou verts, les figures de la dernière chorégraphie d’Harold Rhéaume incarnent une humanité qui s’égare dans le dépassement et la performance.Heureuse contribution de la danse à la sortie des Olympiques.Lancée cet automne, au 15' Festival mondial des arts de la jeunesse à Montréal, la dernière œuvre du chorégraphe s’installe pour trois soirs à Méduse, après un passage remarqué à RIDEAU.Intitulée Clash!, elle fait référence à l’écart entre ce qu’on attend de soi et ce dont on est capable.Entre le naturel et l’emprunté.Le corps et les stéroïdes.«Ça parle de ce qu’on projette et de ce qu’on est vraiment, indique Harold Rhéaume.Ça se manifeste de toutes sortes de façons: à travers la compétition, la rivalité, l’humour.Il y a souvent un revers à chacune des médailles qu’on présente.» Accompagnés par une musique séduisante signée Mathieu Doyon, les cinq interprètes (Stéphane Deli-gny, Pierre-Alexandre Lamoureux, Karine Ledoyen, Arielle Warnke Saint-Pierre et Rhéaume lui-même) sont les protagonistes d’un collage de sketchs où la mise en scène joue un rôle déterminant Du vestiaire d’une équipe de hockey au huis clos terrible entre deux femmes mesquines, on reconnaît les grands mojnents d’une série de petites vies.A la manière d’une émission de télé bien montée, le spectacle passe particulièrement vite.«Pour moi, c’est un peu comme la vie, c’est un kaléidoscope très vif d’impressions de la vie.Ce sont des micro-histoires qui, ensemble, peuvent former un paysage cohérent», explique le chorégraphe, Chez Goldoni Le Devoir l’a rencontré dans un petit resto de la Basse-Ville, juste en face du nouveau studio où sa compagnie, Le Fils d’Adrien Danse, a élu domicile.L’Ecole de danse, le centre de diffusion La Rotonde et la coopérative de danseurs L’Artère sont aussi de l’aventure.Pour Harold Rhéaume, ce lieu témoigne du renouveau de la danse contemporaine dans la capitale.Mais il reste beaucoup à faire.«Ça prend plus de chorégraphes et de compagnies pour donner du travail aux interprètes qui ont décidé de restera Québec.» Après fa torpeur qui avait succédé à la disparition de Danse-Par-tout, le retour d’Harold Rhéaume, en 1999, a suscité beaucoup d’espoirs qui ont été bien nourris depuis.Ces dernières années, l’artiste a été particulièrement prolifique.Entre 2000 et 2003, il a créé pas moins de cinq œuvres (Éclipse, F.U.LL, L’île aux valises, Morta et C.O.R.R), auxquelles se sont ajoutées nombre de collaborations au théâtre et à l’opéra.Et c’est sans compter la création l’an dernier des Lundis de la danse de la Bordée, qui permettent à des chorégraphes de créer des œuvres dans les décors des pièces à l’affiche.Le 10 avril, avec Karine Ledoyen, Rhéaume réinventera celui de Un curioso accidente de Goldoni.L’artiste ne rate pas beaucoup d’occasions de se mettre à l’épreuve, ce dont témoigne son dernier spectacle, d’ailleurs.Parce que le terme «clash» renvoie aussi à une nouvelle rupture dans sa pratique artistique, «fai toujours eu le désir de communiquer au maximum avec le public, mais avant j’avais un niveau d’introspection dans mon œuvre qui n’aidait pas.[.] C’étaient des œuvres plus intimes qui se déroulaient dans un petit espace circulaire très fermé.Là, avec Clash!, c’est comme si j’avais ouvert le quatrième mur, comme si je me tournais vers le public.» Collaboratrice du Devoir CLASH! Spectacle pour les 14 ans et plus Du 23 au 25 mars A la salle Mulü de Méduse 591, rue Saint-Vallier Est Deux des interprètes de Clash! d’Harold Rhéaume DAVID CANNON Écoie SUPÉRIEURE DE l| BALLEF U CONTEMPORAIN gl ^‘Ï&rPsur'l^mcçs If la danse au QueBecl Chorème est un site Web qui vous propose de parcourir la collection inédite de la Bibliothèque de la danse de l'École supérieure de ballet contemporain : affiches, programmes de spectacles, extraits vidéo et articles biographiques des artisans de la danse au Québec.Chorème c est aussi une ressource éducative pour les enseignants, animateurs et éducateurs et une section ludique remplie de jeux pour les jeunes de 8 à 11 ans.Choreme www.choreme.ca Un site Web consacré à la danse ¦ ^ ¦ O>trvr'o*r'# Cmactan ¦w ¦ canadtor Montréal @ CanadS MUSIQUE CLASSIQUE Voir Toscanini.à quoi bon ?MüP SVKPHOKY SOURCE NBC ENTERPRISES INC./ TESTAMENT Arturo Toscanini et Wilfrid Pelletier.Le chef canadien s’était lié d’amitié avec Toscanini, qui l'avait invité à diriger son orchestre de la NBC.11 était chef associé d’une tournée en 1950, lorsque cette photo, incluse dans plusieurs DVD de la série, lut prise.CHRISTOPHE HUSS Alors que des chefs, et non des moindres, étudient en détail le phénomène Furtwàngler à travers les quelques rares documents visuels disponibles, ou se penchent avec attention sur les cinq concerts filmés de Carlos Kleiber, qu'y a-t-il à scruter dans les cinq DVD de concerts d’Artu-ro Toscanini (1867-1957) qui viennent de paraître?Nous l’avons déjà évoqué plusieurs fois ici: les archives musicales sont devenues du pain bénit pour les éditeurs de DVD.En Italie, quelques margoulins avaient déjà fait main basse l’an passé sur des extraits de ces légendaires concerts télévisés d’Arturo Toscanini.Cette fois, c’est un éditeur sérieux, Testament, spécialisé dans les documents d’archives, qui publie ces documents que RCA avait partiellement mis à disposition il y a quinze ans en VHS et LaserDisc.La collection «Arturo Toscanini, The Television Concerts - 1948-52» occupe cinq DVD bien remplis (près de deux heures chacun), formant un parcours chronologique allant du concert Wagner du 20 mars 1948 aux Pins de Rome de Respighi le 22 mars 1952.Entreprise pionnière Lorsque Arturo Toscanini, légende vivante de la direction d’orchestre, gagne le podium du Studio 8H de la NBC le 20 mars 1948, David Sarnof, président de RCA et futur époux de la cantatrice Anna Moffo qui vient de dispa-nutre, peut se réjouir que ce premier concert télédiffusé rejoin- dra dix fois plus de personnes que de spectateurs rassemblés par Toscanini dans cette même salle depuis ses débuts à la NBC, en décembre 1937.Ce phénomène relaie évidemment les calculs similaires que l’on avait pu faire sur les diffusions radiophoniques du Metropolitan Opera.En un seul après-midi, de nombreux opéras touchaient plus de publics que dans toutes les salles depuis leur création.Du point de vue du répertoire, la somme des concerts enregistrés balaie assez bien le répertoire du chef italien, même si on peut regretter de disposer A'Aïda de Verdi en version concert plutôt que d’un Requiem du même Verdi.Beethoven est présent avec la Symphonie n° 5 (vol.5) et XaNeuvième (vol.1), Brahms avec la Symphonie n° 1 (vol.4), le Double concerto et les Liebeslie-derualzer (vol.2), la musique française avec Rédemption de Franck et deux Nocturnes de Debussy (vol.5).Et puis, il y a, dans trois DVD, Wagner, compositeur auquel, à grand tort, on n’associe pas le chef italien.Toscanini avait fait ses débuts à Bayreuth en 1930 dans Tristan et Isolde.Il fut ainsi le premier chef non allemand à y diriger.Il mena Parsifal en 1931, mais, antifasciste militant, il se retira de toute participation dès l’accession de Hitler au pouvoir.Les extraits symphoniques de la musique de Wagner accompagnèrent Toscanini tout au long de sa vie et son choix pour ouvrir le premier concert télévisé est le prélude à l’acte 3 de Lohengrin.• ' ' î?''' Constantinople ¦RSaisorftOOJ-iOOé SETXR ET MOI LUNDI, ZO MARS, 20H SALLE PIERRE-MERCURE )00, Boul.Maisonneuve Est Billets: 20$ /I2$ :£h-) LE DEVOIR Quebec* DEUX GRANDES SOIREES DEUX GRANDES ŒUVRES EXCEPTIONNELLES DES ANNEES 70 EN VERSIONS 2001 INEDITES A MONTREAL JEAN-CLAUDE ÉLOY AU PLANÉTARIUM Shânti MERCREDI 29 MARS Gaku-no-Michf ^Êno mars 2006 19 H Quebec SS 1*1 ' UN UfU EXCEPTIONNEL AVEC UN SON EXCEPTIONNEL UN ORCHESIRf 01 HAD] PARLEURS S < CONÇU SPÉCIALEMENT *5 | POUR L'ÉVÉNEMENT z S P 2 2 - i ?£ 5 t##* li: DEYWH la liste Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Wagner de Toscanini n’est pas sec ou raide, mais lent et chantant D a fallu attendre Leonard Bernstein au disque en 1979 pour dépasser la durée de son premier acte de Tristan et Isolde et des statistiques identiques valent pour Parsifal.Mais en même temps, son Wagner était très mouvant et imprévisible, un peu comme son Brahms.Les documents Les archives vidéo de Toscanini se répartissent en deux.Les concerts de 1948 et 1949 sont captés au fameux Studio 8H de la NBC, où furent enregistrés nombre de disques, qui se distinguent par un son très mat et sec.Les limites sonores du Studio 8H sont moins perceptibles lorsqu'on regarde un document vidéo.Par contre, l’image est souvent «brûlée», c’est-à-dire un peu surexposée.Le réalisateur de ces concerts est Hal Keith, sauf pour Aida, et le producteur de tous les concerts filmés est Don Gillis, par ailleurs un excellent compositeur, dont Toscanini créa la pétulante Symphonie 5 1/2.Lors des concerts de 1951 et 1952, on change de décor, avec le Carnegie Hall et les caméras menées par Kirk Browning, pilier des retransmissions musicales télévisées en Amérique du Nord, alors débutant.Curieusement, l’espace et la meilleure qualité sonore sont assez peu utilisées par les techniciens.Le son de Carne- gie Hall, normalement plus aere que le Studio 8H.est rendu assez sec.Par contre.Browning a bien compris que le sujet de ce qu'il filmait était Toscanini et non des groupes de musiciens.Reste deux questions: Toscanini est-il telegénique?Apprend-op quelque chose en le regardant?A vrai dire, pas vraiment.Comme Michael Gielen aujourd’hui, dont il existe un cycle Beethoven on ne peut plus inexpressif sur le plan visuel, Toscanini est un chef efficace, dont le souci est de tenir la musique sous un contrôle absolu.Pendant les solos de bois, par exemple (1" mouvement de la 5' Symphonie de Beethoven), il ne bouge pas, ne soutient pas son instrumentiste du regard.Les gestes sont essentiellement symétriques et la battue rythmique très ample.Sur ces questions se greffent un certain nombre de problèmes techniques, qui parasitent certains volumes.Le second mouvement du Double concerto de Brahms, par exemple (vol.2), est complètement flou.Un problème similaire plombe — hélas! — le concert du 15 mars 1952, première partie du volume 5, musicalement exceptionnel.L> cadrage du concert ultime (22 mars 1952) est aussi dicté par un éclairage fort, dont la chaleur malmène le chef, dégoulinant de sueur, épuisé mais transcendé (à l’âge de 85 ans!) à la fin de la Cinquième de Beethoven.Aida est à éviter, car la vision de ces chanteurs perturbe l'écoute plus quelle ne la sert.Le volume prioritaire me semble être très nettement le quatrième autour de la 1" Symphonie de Brahms et de cinq extraits symphoniques wag-nériens.C'est de la grande musique rendue dans des conditions très acceptables pour des documents de 1951.Après, vous pourrez décider d’accompagner Toscanini plus loin, en choisissant les volumes (le S'" par exemple) selon vos intérêts pour les répertoires programmés, sachant que vous devrez taire.çà et là, quelques notables concessions visuelles.Collaborateur du Devoir ARTURO TOSCANINI lx's concerts télévisés, cinq DVD Testament (distr.SRI) Volume 1.Mare et avril 19-18.Wagner et Beethoven (Smiphtb nie n* 9).SBDVD 1003.Volume 2.Novembre et décembre 1948.Brahms, Mozart, Dvorak, Wagner.SBDVD 1004.Volume 3.Avril 1949.Aida de Verdi.SBDVD 1005.Volume 4.Novembre et décembre 1951.Weber, Brahms et Wagner.SBDVD UXHi.Volume 5.Mars 1952.Franck, Sibelius, Debussy, Rossini, Beethoven et Respighi (ces deux derniers extraordinaires).SBDVD 1007.fté rm DU 1 6 MARS AU 1 0 AVRIL 2006 1 367 avenue Greene, Montréal H3Z 2A8 Tel: 51 4.933.4406 www.debellefeuille.com 4 : :: s: ; » à m B B orchestre baroque CLAIM OUIMONO DHtfCTWCE AKTiSTIQUE £&gaa rsumai Poart-fAüûa * 2005-2006 Les Plaisirs champêtres Les Plaisirs champêtres, La Fantaisie.Les Caractères de la Danse et Les Éiémeos de /ean-Féry Rebel À la découverte du ballet baroque Chef invité : Daniel Cuiller (France) 24 et 25 mars 2006 à 20b à ta salle Redpath de l’Université McGill 26 mars 2006 à 14h au Centre Cannadien d Arc hr | Autour du pianoforte ! Œuvres de Joseph Haydn.Pieter van Maldere | et W.A, Mozart j Concert de clôture du 25e anniversaire ! Soliste invité Tom Beghin pianoforte | Chef invité Jaap ter Linden (Pays-Bas) 26, 27 et 28 mai 2006 Corrnmandkaires principau* & BILLETSàpartir de 15$ (514)355-1825 QTSêtac li ixwxR CCA LE DEVOIR.LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MARS 2006 E 6 Suivez le fil Micheline Beauchemin reçoit un des sept Prix du gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques SOURCE CNA Le rideau de scène de la salle Southam au CNA ' / / RENÉ VIA U Rosemont L’église Saint-Jean-Vianney, date: 1963.Un immense rectangle de laine réchauffe avec ses tons d’automne le chœur.«U y a quelques années, la tapisserie de Micheline Beauchemin a été restaurée.Nos paroissiens l'ont redécouverte.J’étais très contente», s’exclame Mme Ruest, qui assume au presbytère le secrétariat.L’agente de sécurité qui me guide dans le dédale de couloirs souterrains vers l’ascenseur délaisse son walkie-talkie qui fait entendre un bruit de friture.«Je comprends qu’elle ait eu un prix! Vous allez voir comme c’est beau! J’adore cela», dit-elle.Direction: le foyer du théâtre Maisonneuve, au sixième étage.Autour de nous s’encadre maintenant dans la fenestration un rideau panoramique fait de milliers de prismes d’acrylique à géométrie variable.La lumière saisit cet écran qui s’incorpore au lieu.Pour ceux qui les côtoient au quotidien, les œuvres de Micheline Beauchemin sont autant de célébrations sans cesse ravivées.Hors du musée, ses créations vont à la conquête du public.Suivant ces fils de lumière, Micheline Beauchemin se situe entre ce qu’on nomme souvent l’art monumental, les arts de la fibre, la Les, peaux 4 detours CIRCUITS CULTURELS Histoire et musique à la Salle Claude-Champagne SAMEDI I- avril Narval Morrisseau à Ottawa SAMEDI 22 avril Art inuit de la collection Brousseau au Musée du Québec SAMEDI 29 avril Demandez la brochure de la saison! (514) 352-3621 -.ilvMîion ovtK' Club VoyaoesIJot sculpture et l’œuvre intégrée à l’architecture.Ces fils lui ont fait réaliser un fabuleux labyrinthe d’œuvres au Québec, au Canada et à l’étranger.Après avoir reçu l’automne dernier le prix Bor-duas du Québec, voilà que le Conseil des arts du Canada, pas jaloux pour deux sous, vient de lui décerner un des Prix du gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques.Avec elle, les fils se sont faits réseaux ou résilles, pans noués et découpés dans l’espace à la base de formes complexes et plurivoques, archi-tecturant l’espace.Tandis que Micheline Beauchemin témoigne d’une pratique totalement décloisonnée, on persiste pourtant à l’associer à l’artisanat.«Je n’aime pas les définitions, prévient l’artiste.Pourquoi veut-on absolument me faire entrer dans une catégorie, me faire porter une étiquette?» Veillées dans son loft du Vieux-Montréal par des sculptures précolombiennes, ses œuvres et ses maquettes, avec leurs réflexions moirées, expriment sans recourir à aucune dénomination leur audace.Déroulant le fil, Micheline Beauchemin refait à bâtons rompus l’itinéraire qui l’a conduite en Grèce en 1954.Elle se revoit fréquenter l’atelier du sculpteur Zadkine à Paris, expérimenter le vitrail à Chartres au milieu des années 50.«Revenant de France, en 1958, j’ai créé des tapisseries toutes blanches, en soie, en taffetas, en lin, en coton et en feutre, avec des reliefs.A ma première exposition, j’ai tout vendu.On m'a ensuite proposé la Galerie d'art Stewart Hall 176, Bord du Lac, Pointe-Claire Du 18 mars au 30 avril 2006 RÉFLEXIONS HONGRIE - CANADA 14 artistes canado-hongrois en lien avec le SO' anniversaire de la Révolution hongroise Vernissage te dimanche 19 mars à I4h Info: (SM) 630-1254 une autre exposition au Musée des beaux-arts.Là aussi tout s’est vendu.Avec l’argent, je suis partie à Kyoto faire des recherches sur les ri-deaux de scène.» A son retour, la voici qui installe, de 1962 à 1965, son atelier au 4L étage de la Place Ville-Marie.«Cet espace m’avait été prêté.Il me fallait trouver un lieu.Or tout ce que je visitais était triste.J’ai décidé de repartir en Grèce.» Avant son départ, elle veut, pour saluer cette région qu’elle aime tant, faire un pèlerinage vers Cap-Santé, lieu de ses vacances d’été durant son enfance.Aux Gfondines, une affiche la retient: «A vendre: ferme et foin».«Je me suis fiait rembourser mon billet pour acquérir cette maison québécoise.Mais, à peine installée, je suis partie pour le Japon.Là, j'ai rencontré l’architecte Kenzo Tange, le sculpteur et designer Noguchi et, par lui, John Cage et Yoko Ono.Quelle chance! A l’époque, le Japon était vraiment le lieu pour les rideaux de scène.J’y suis retournée pour la commande du rideau de scène du Centre national des arts à Ottawa.J’ai fait une exposition au Japon.Les fils de métal, de plomb, d’or, d’argent, de filaments d'acrylique que j’avais pourtant découverts là-bas reflétaient nos hivers.» Des racines et des ailes La richesse, la fécondité de ses œuvres se développe au cours de ses séjours au Japon, mais aussi de ses voyages à travers le monde.L’un d’eux, en 1972, la conduit à cheval dans les Andes ou en pirogue sur l’Amazonie.Au Pérou, elle retrouve la laine tout en découvrant, lors de fouilles archéologiques, des poteries et des statuettes précolombiennes.«J'avais reçu une commande de Radio-Canada pour une tapisserie destinée au hall d’entrée de leur nouvelle tour.Je l’ai tissée en laine d’alpaga.Je choisissais mes couleurs d’après la robe des animaux.Qn les tondait.On filait la laine.A la fin, la tapisserie faisait 25 pieds de haut par 12 pieds de large, mais Radio-Canada n’a jamais reçu l'œuvre.L'exportateur à qui j’avais confié son expédition l’avait vendue à un touriste.La police n’a rien fait.Quand je suis revenue, il m a fallu tout recommencer.» Les voyages se prolongent La France.L’Arctique où elle veut se fixer.Son loft du Vieux-Montréal, qui lui sert de pied-à-terre depuis peu.C’est aux Gron-dines, dans sa maison-atelier qui est aujourd’hui encore son port d’attache, qu’elle a choisi de s’enraciner au milieu des années 70.Devant sa maison, le fleuve et ses glaces l’hiver renouvellent leur spectacle.«Le fleuve a toujours été primordial.Avec l’hiver, c’est une source d'émerveillement.Ces blancs, cette absence d’ombres.J’y vois des ailes, des milliers de paillettes et de cristaux avec des effets très lumineux, mais en même temps si mystérieux.C’est ma grande source d'inspiration.» Au Palais des congrès, de gigantesques Ailes nordiques (1984) m’accueillent de tous les feux de leurs lamelles argentées.Nuances de ton, diversité des matières et des formes.Tressés, tissés en trames et en écrans, ces fils d’argent et d’or, ces fils de couleurs vives ou opalescentes accrochent une lumière sensuelle et mobile.Festive, sa plus récente réalisation se parera de serpentins mouvants avec un mécanisme activé par soufflerie.«Sur la grève des Grondines, il y a beaucoup de morceaux de verre polis par les marées.J’ai pensé les intégrer à mon projet.» La nomenclature des autres matériaux qui le constitueront démontre à elle seule son éloignement de la tapisserie traditionnelle.Fibre optique, aluminium, miroirs, filet de cirque.Comme un feu d’artifice, la pièce lancera ses éclats, dernière-née d’une centaines de commandes animant, humanisant et ennoblissant l'environnement d’autant d’édifices.Collaborateur du Devoir MARTIN UPMAN Micheline Beauchemin Les lieux nous attirent pour des raisons qui dépassent la perception de nos cinq sens.Une forme de reconnaissance plus profonde est à l'œuvre, captée par une insatiable sensibilité animale.AÜson et Peter Smithson sensations urbaines vous ne verrez flZHZdŒXZI 32U une exposition présentée jusqu'au 10 septembre 2006 CCA Centre Canadien d'Architecture N 20 ru« toi U, Montréal Quebec H SwrOancwéa SU 929 7026 www.cco.qc.co ^>vort du noteréd* ou d'ntanc^o, 10 h à 17 h.b (éudi ÎO h à 21 K bbco lé féudi soir dé 17 h 30 à 21 K.Q'T’aurtw.¦oSi'.Y.«wo© fftu-fhurttr du as fev au 21 mat billets AV««o fi "**W A-.éen, «il?' .; rmerc A X C H Ï.-* |)E YlSU «- \ A visages découverts UNLIMITED ID Miriam Backstrom, Max Dean, Jonathan Gitelson, Bettina von ZwehLJun Yang Dazibao 4001, rue Beni, espace 202 Jusqu’au 8 avril RENÉ VIAU Comment reproduire la figure humaine et aborder le portrait'’ Ce défi, les premiers photographes ont eu à l'affronter.Aujourd’hui, avec l’envahissement du numérique et des images «en mouvement» qui chamboulent tout la question est de nouveau posée tandis que notre environnement quotidien est saturé d’images médiatiques.Réflexion sur «le portrait comme concepts, l’exposition Unlimited ID nous parie d’un déplacement dans la pratique photographique traditionnelle du portrait Malgré leur lent temps de pose et leur statut de pièce unique, les premiers daguerréotypes démocratisent le portrait par rapport à la peinture, fis donnent l’envie à bien des gens de s’offrir leur effigie.Il faut cependant attendre Nadar et le milieu du XK’ siècle avec les techniques de prise de vue plus rapides pour qq’appa-raisse la formation d'un véritable genre, construit et codifié avec des conventions qui s'éloigneront de celles de la peinture, «ht théorie pho-tographique s’apprend en une heure; les premières notions de pratique, en une journée.écrivait Nadar.Ce qui ne s'apprend pas, je vais vous le dire; c’est le sentiment de la lumière, c’est l'appréciation artistique des effets produits par les jours divers et combinés.Ce qui s’apprend encore moins, c’est l’intelligence morale de votre sujet, c’est ce tact rapide qui vous met en communication avec le modèle, et vous permet de donner, non pas [.] une indifférente reproduction plastique à la portée du dernier servant de laboratoire, mais la ressemblance la plus familière, la plus favorable, la ressemblance intime.C’est le coté psychologique de la photographie, le mot ne semble pas trop ambitieux.» Créant leur propre arrangement de lumière, privilégiant les gros plans précinématographiques, les pictorialistes anglo-saxons font évoluer dans la direction pressentie par Nadar les cadres et les usages sociaux du portrait Au XX' siècle, l’évolution technique permet l’adoption de points de vue de phis en phis éclatés, offrant en parallèle ^ • , » Miriam Backstrôm, Rebecka (2001), courtoisie de Dazibao, centre photographies actuelles SOURCl DAZIBAO SOURCE DAZIBAO Bettina von Zwehl, Untitled H, # 2 (2003), courtoisie de Dazibao, centre photographies actuelles à la banalisation du portrait un immense champ à la subjectivité.En même temps, les photos de mode ou les portraits d’acteurs et de célé brités deviennent un genre à part entière.La multiplication des témoignages sociologiques permet aux défavorisés et aux marginaux d’accéder eux aussi au portrait.Portraits à faire rougir Qu’est-ce qui fait d’un portrait autre chose qu’une représentation fidèle de l’apparence du sujet photo-graphie?Comment peut-on saisir et transmettre quelque chose de la présence au monde d’un individu si ce n’est qu’à travers un discours parallèle avec des mises en scène, des attributs, des accessoires, une fiction avec ses postures, ses parades?Ces dispositifs, ces procédés, tantôt nous intriguent, tantôt nous sont tellement familiers qu’on ne les re- marque même plus.C’est à la fois à ces stéréotypes et à cette énigme du portrait que s’attaquent les artistes de l’exposition.Ceux-ci déconstruisent ou détournent les notions de té moignages, de preuve, d’identité.Analysé, contesté, le langage du por trait plus qu’une reproduction de la personne humaine figée et canonique, devient une boîte de Pandore.Des significations refoulées s’y greffent.Entre similitude et diffé rence, entre privé et public, entre identification et anonymat, les interrogations s'y bousculent.Le vrai.le faux.L’éphémère.le permanent, la trace dans le temps.Tout cela est en mutation.D’où ce titre.Unlimited II) (identités illimités).Dans une vidéo pissant au crible les aléas de l’identité, Jun Yang (Autriche) ne nous donne à voir que du texte écrit accompagné de sa voix hors champ! Partant de son pré- nom, de son nom, son récit se fait le questionnement identitaire d’un artiste issu de l’émigration, originaire de Chine.Poussant la logique jusqu’à l’absurde, le nom même de l’artiste y transparaît comme une désignation de soi qui lui est étrangère.Ce qui ressort de l’indistinct, c’est une construction sémantique déterminée par l’autre et dont il est affublé sans quelle lui corresponde.Tout comme Jun Yang, Miriam Backstrom (Suède) a participé à la dernière Biennale de Venise.Dans Rebecka, la performance vidéo de l’excellente actrice suédoise Ke-becka Hemse est une démonstration convaincante de son talent à jouer le vrai-faux, à modifier, chaque fois avec véracité et «sincérité», ses expressions.L’actrice interprète sur demande des personnalités multiples.Le moi unifié est torpillé, tout comme l’école «du moment de la vérité».Le rapport au temps et au document est mis à mal dans l’œuvre en forme d’horloge de Max Demi (Toronto).L’interaction du spectateur écarte toute possibilité de saisir une image fixe et stable.Enfin, pour Bettina von Zwehl (Londres), le portrait relève d’un système à faire rougir, bille fait courir ses protagonistes avant de les photographier.C’est pour cela, et non à cause de Hiotosnop, qu’ils sont tout rougeauds.C’est tout bête: action, réaction et clic clac! Il faut y voir une manière certes un peu transpirante d’établir et de fixer, d’un individu à l’autre, une norme, une autre façon que dans le portrait classique pour le sujet de se cacher derrière un masque, de tenir la pose et de se faire attribuer une posture.Collaborateur du Devoir Le Musée d’art de Mont-Saint-Hilaire” ____________________présente PicaSSO protéiforme DESSINS ET ESTAMPES OU MUSÉE DES BEAUX ARTS DU CANADA jusqu’au 2 avril 2006 150.rue du Centre-Civique 450-536-3033 fj MUfil MS MAUX-Aim OU CANADA www.mamsh.qc.ca Blanc silence Exposition de groupe jusqu'au 25 mars GALERIE SIMON BLAIS 5420, bout SainMaurent H2TISI 514.849.1165 Ouvert du mardi au vendredi lOh à 18h, samedi !0h à 17h YVES B0UUANE 4 PATRONS BIEN DÉCOUPÉS + DESSINS ÉCHELONNÉS 15 mars -16 avril mercredi au dimanche 12hOOà17h3Ô vernissage ie 17 mars 17h00 - 21h00 P r o j e x M 11 1000 AMHERST, «103» MONTRÉAL (QC) ¦t.:514.570.9130 GEORGES MAMÀN Du Sud au Nord Tableaux, œuvres sur papier Du 16 mars au 9 avril 2006 galerie d’art 261.St-Jacques Ouest, Montreal (Québec) Tel.: (51 i) K i5-0261 - w\vw.stud»o261 .ca MARGIT HIDEG « Palpable l’impalpable », peintures-reliefs sur papier pulpe EXPOSITION DU 22 MARS AU 18 AVRIL VERNISSAGE LE MERCREDI 22 MARS «5 À 8» EN PRÉSENCE DE L’ARTISTE GALERIE BERNARD" 3926 rue SainLDenls.Montréal (Québec) H2W 2M2, TéT: (614) 277-0770 Horaire : mercredi 11 h -17h jeudi-vendredi llh 20h samedi 12h IThet sur rendez-vous GALERIE PARCHEMINE VENTE DE RENOVATION Jusqu’à 50% sur certains articles Une opportunité de s’offrir une oeuvre de qualité 40, rue Saint-Paul Ouest, Vieux-Montréal 514-845-3368 tous les jours de 10H à 18h Sylvia Lefkovitz Ui Yl Sculptures et peintures de la succession de l’artiste Du 15 mars au 1er avril ^VisitezJ^exposition^enJignej^^Tv^lerievakntinxomJ Galerie Valentin 1490 SHERBROOKE O.SUITE 200.MONTRÉAL (514) 939-0500 Colloque international Max et Iris Stern ARTS, DE MEMOIRE.MATERIAUX, MEDIAS, MYTHOLOGIES 22 AU 24 MARS 2006 Inscription dès maintenant Entrée : 20 $ (Étudiants et Amis du Musée : 10 $) Organisé par le Musée d’art contemporain de Montréal en collaboration avec le Centre canadien d'études allemandes et européennes et le Centre de recherche sur l’intermédialité de l'Université de Montréal Tenu pendant la présentation de l'exposition Anselm Kiefer : Ciel - Terre Musée McCord 690, rue Sherbrooke Ouest, Montréal Métro McGill ou autobus 24 Tél.:{514)398-7100, poste 222 4-v - ail Exposrtton orgarmée par te Mortem Art of Fort Worth, Twcas t***) 1W l'4W Ptwtto Dawwl lAftwrtm Perspectives sur Claude Tousignant une exposition virtuelle à voir absolument sur le site du Musée au www.macm.org dès le 22 mars 2006 MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec:: 185, rue Sainte-Catherine Ouest (514) 847-6226 / www.macm.org $ Ptace-des-Arts Col toque : (514) 847-6239 / colloque® macm.org LE DEVOIR.LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MARS 2006 Culture CINÉMA Étranger partout L’Enfer, de Danis Tanovic, gagne nos écrans vendredi prochain ODILE TREMBLAY En 2001, le Bosniaque Danis Tanovic passait du statut d’inconnu à celui de cinéaste glorieux.Son premier long métrage, Nu Man’s iMnd, remarquable fable sur le conflit en ex-Yougoslavie, qui insufflait du burlesque à la tragédie guerrière, récoltait le prix du scénario à Cannes, suivi d’une myriade de lauriers dont consécrations suprêmes: l’Oscar et le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère.Fulgurant départ pour un cinéaste dont les études poursuivies à l’Académie des arts de la scène avaient été interrompues par la guerre, où il fut deux ans responsable des archives filmées de l’armée bosniaque, puis qui avait poursuivi, petit train, sa formation à Bruxelles.Danis Tanovic habite aujourd’hui Paris.«Je suis étranger partout, dit-il, même dans ma patrie.De toute façon, les artistes, en posant un regard de biais sur la réalité, adoptent la position de retrait qui les isole du monde.» 11 accompagne en tournée de promotion son film L’Enfer, lancé d’abord aux festivals de Venise et de Toronto, éreinté copieusement lors de sa sortie française, jugé maniéré et prétentieux.«C’était un lynchage organisé», déclare le cinéaste.Drame familial L'Enfer constitue un des segments d’une trilogie — avec IjC Ea-radis et U Purgatoire — imaginée |xir Krzystof Kieslowski et Krzystof Piesiewicz.Tanovic dit avoir pensé d'abord à adapter l£ Purgatoire, qui abordait l’univers guerrier, mais le thème le lassait après No Man’s Ixind.11 avait envie de se renouveler.Dii dont le scénario avait été primé à Cannes affirme détester se mettre en état d’écrire mais adorer lire les œuvres des autres.11 avait rédigé quand même un scénario sur une histoire d’espionnage au Maroc.Quand son actrice est torn bée enceinte, il a sauté dans le train de L’Enfer.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Danis Tanovic, qui a connu la guerre, constate que, dans les pays en paix, les gens se bâtissent allègrement leur propre enfer.Danis Tanovic refuse de décrire L’Enfer comme un film particulière ment stylisé.«No Man’s Land aussi était une œuvre de style.Mais tout projet détermine sa forme.Et j’ai pris chaque scène comme une entité globale qui commandait son approche précise, lœs symboles présents dans le film doivent être vus comme des émotions.Par ailleurs, j’ai voulu rendre hommage aussi au cinéma de Kieslowski, dont j’ai adoré particulièrement Le Décalogue.» la consécration, ça aide dans la vie puisque, pour ce premier film en France, Danis Tanovic a pu obtenir pour sa distribution une pléiade de stars: Emmanuelle Béart, Karin Viard, Marie Gillain, Guillaume Canet, Jacques Gamblin, Jacques Perrin, Jean Rochefort, Miki Manojlovic et Carole Bouquet.«En général, les bons acteurs sont des stars.Et je voulais m’entourer de bons acteurs.» L’Enfer part d’un drame familial: l'incarcération puis le suicide d’un père dénoncé et rejeté par sa fem- me, devant ses trois filles.Plus tard, la vie brisée de ces filles-là fera écho au drame ancien.Danis Tanovic, qui a connu la guerre, constate que, dans les pays en paix, les gens se bâtissent allègrement leur propre enfer.«C’est souvent causé par le manque d’amour dans l’enfance.» Il voit des références à la tragédie grecque dans son film; Carole Bouquet, dans la peau de la mère qui sacrifie ses enfants, est identifiée à une sorte de Médée, Emmanuelle Béart, à une Phèdre jalouse.Carole Bouquet constitue à ses yeux la star suprême, une icône à la Lauren Bacall dotée d'un regard unique, comme notre époque en enfante très peu.Quant à Emmanuelle Béarf qui campe dans LEn-fer une femme torturée par la jalousie, elle ouvre comme actrice sur un nouveau registre de douleur et de noirceur, «f ai montré son vrai visage.Emmanuelle possède un côté tragédienne, affirme le cinéaste.Elle carbure à la passion.•> Il avait dirigé des hommes dans No Man’s Land.Cette fois, les femmes sont au cœur de son histoire, plus solides que leurs partenaires masculins.«Le femmes sont plus fortes que les hommes dans la vie en général, déclare Tanovic, mais diriger des acteurs ou des actrices, ça revient au même.H y a des jeux de pouvoir dans un cas comme dans l’autre.» Le cinéaste rend particulièrement hommage à son acteur compatriote Miki Manojlovic (qui incarne le père).«Il est capable de jouer avec son dos.Comme Brando.» Son voyage en Enfer ne l’aura pas coupé de ses racines, puisqu’il se propose d'adapter un récit ayant pour cadre un petit village bosniaque, avant, pendant et après la guerre des Balkans.«Cest mon terrain de jeu.C'est mon univers, la Bosnie.Avec L'Enfer, j’ai été invité en terre étrangère.Et j'ai le mal du pays», conclut-il.Le Devoir Entre deux chaises DE MA FENETRE SANS MAISON Réalisation et scénario: Maryan-ne ZéhiL Avec Louise Portât Renée Thomas, Hélène Mercier, Jean-François Banchard.Leyla Hakim, Walid El Alayli, Mariloup Wolfe.Image: Nathalie Moliavko-Visotzky.Musique: Jean Dero-me.Précédé du court métrage Au cœur brisé d’Antoinette Karuna.ODILE TREMBLAY De ma fenêtre sans maison, que les Rendez-vous du cinéma québécois ont eu la mauvaise idée de projeter en clôture de leur dernière édition, possède tous les défauts d’un premier long métrage.D’excellentes intentions, au demeurant lesquelles ne suffisent jamais, hélas! Maryane ZéM est une jeune réalisatrice d’origine libanaise qui avait tâté du documentaire et du court métrage, mais aussi du journalisme télé.Désormais Montréalaise, elle a situé son film en vaet-vient entre les deux pays et cultures qui l’ont elle-même portée.De ma fenêtre sans maison confronte deux femmes.La mère, Sama (Louise Portai), qui a quitté de nombreuses années plus tôt le Liban pour partir vivre à Montréal, et la fille, Dounia (une nouvelle venue, Renée Thomas), qui vient au Québec pour connaître sa mère après avoir été élevée au Liban.Le film aborde donc la confrontation de deux femmes qui obéis- sent à des codes sociaux différents et dont l'approche de la sexualité est aux antipodes, Dounia ayant été élevée dans la répression et sa mère s'étant libérée au Québec.La cinéaste manque vraiment trop de métier.Son scénario, mal attaché, collectionne les trous, les redites, les temps morts et les dialogues décollés des émotions qu’ils devraient refléter.De plus, la direction d’acteurs apparaît très faible.Louise Portai habituellement si solide, perd son tonus et sa vérité dans un rôle psychologiquement mal dessiné où elle récite ses lignes.La jeune Renée Thomas, débutante dans le métier, n’en mène pas large et allie à son jeu faible un manque de charisme.Tant à Montréal, où la diaspora libanaise mise en scène n’est jamais crédible, qu’au liban.où la famille sonne faux, De ma fenêtre sans maison est fait de bric et de broc, avec des ponts qui tentent de s’ériger entre les cultures mais dont les armatures, trop frêles, soutiennent bien mal la démonstration.Enfin, Au cœur brisé, le court métrage d'Antoinette Karuna qui accompagne De ma fenêtre sans maison, tient mal la route lui aussi.Louise Portai participe encore à sa distribution, où se retrouve également Marcel Sabourin.Une histoire assez morbide sur fond de fantastique, avec cœur arraché et enterrement de l’organe en question.N’en jetez plus! Le Devoir DOMINIQUE CHARTRAND Louise Portai dans De ma fenêtre sans maison J Soil'* v>o5'Mf ^ BclUW Jeudi 30 MARS 2006 — 20H Haydn intime Trios et quatuors de Joseph Haydn avec Marc Destrubé, violon Jeudi 4 MAI 2006 — 2(>H Bach à l’orchestre Ouverture n° 2, sinfonias et concertos divers Tous les concerts ont Heu à la Chapelle Notre-Oame-de-Bon-Secours 400, rue Saint-Paul Est.Vieux-Montréal Ch*m^M4rl Info-Boréades: 514.634 1244 • www.boreades.com AIR CANADA ®) w w w a i rc a n a d a .c o m 'Québec SS Invitation à la Mélomanie Une série de 8 cours d’initiation à la musique classique basée sur l’écoute commentée d’extraits sonores CLAUDIO RICIGNUOLO de l’Orcheslre Métropolitain laudio Ricignuolo est un passionné de musique et un formidable vulgarisateur.» -YVES BEAUCHEMIN Session de printemps : ¦ Série classique ¦ Cours à la carte ¦ Minisérie sur le violon (514) 385-5015 Métropolitain www.melomanie.com d« Grand Montmai Yannick Néz*t-S*guin 20ms JtCcL Hommage à Mozart 2005-2006 Série Émeraude Lundi, 20 mars 2006, 19h30 le Devoir I LA LISTE»-" ÎLsÏdlF mustcaction ¦ , Billets : 30$, 25$, 12$ lérudants) (taxes et frais en sus) en vente à la Place des Arts : 842-2112 Renseignements : Pro Mustca, 845-0532 www.promusica.qc.ca Québec •> o U Boena Wuncot» André-Michel Schub, piano Cho-Liang Lin, violon les Sonates de Mozart: K.378 en si bémol majeur, K.306, en ré majeur, K.379, en sol majeur, K.526, en la majeur .T»Me» W^bviiihiwi p*ace Mi Ara •«ââaü'üsusi-ttu CONCERT BENEFICE au profit du programme musique classique 1 < O I 1 si \ 1> A 1 U I l’t t RRI I ATOR I K AU PROGRAMME : 180 choristes 5 Prix d’Europe ! ARTISTE INVITÉ ; ALAIN LEFÈVRE Dimanche, 2ê mars 2006 à 16 h Salie Claude-Champagne (220, av.Vincent-D’Indy) Adulte : 40 $ Étudiant : 25 $ Pour informations et réservations : Mme Chantal Michel (514) 739-6311 poste 6144 CAHIER SPÉCIAL { SAMEDI 25 MARS RECHERCHE UNIVERSITAIRE ?Dû n’est jamais trop curieux ?¦MM LE DEVOIR.LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 1 D MARS 20 0 lî K !> 1 Tl O nn d MANDERLAY /LABS VON TRICR e n t r i s EX-CENTRIS.COM / 514.847.2J06 14H00 16h35 19h10 21h4S A Etre dans Tâme Entrevue avec Karin Albou pour La Petite Jérusalem SOURCE FILMS SÉVIL1 Une scène de La Petite Jérusalem, de Karin .Albion MARTIN BILODEAU Karin Albou ressemble à son film, La Petite Jérusalem.Discrète, posée, un brin timide, même.Bien qu’on sente dans son regard allumé une flamme qui ne tarde pas à grossir, pour peu qu’on l’attise avec des questions.Rencontrée lors du dernier Festival du nouveau cinéma, la cinéaste, de prime abord avare de paroles, avait, une fois réchauffée, beaucoup de choses à dire sur ce qui l’a amenée à faire de cette histoire de deux sœurs élevées dans une famille juive orthodoxe de Sarcelles le moteur de son premier film, lauréat du prix du scénario à la Semaine de la critique de Cannes, en mai de l'année dernière.Laura (Fanny Valette) est étudiante de philosophie et fait des ménages la nuit dans une école publique.Mathilde (Eisa Zylber-stein) est mariée et mère de deux enfants qu’elle élève dans la tradition.Cette dernière se protège des émotions grâce à la foi, dont elle semble être la gardienne la plus vigilante dans cette famille composée également de leur mère (Sonia Tahar) et de son mari (Bruno Todeschini).La première, la plus jeune et celle dont la cinéaste épouse le point de vue, s’emmure dans la pensée philosophique.«Laura est une jeune fille qui réfléchit tout le temps et qui tourne en rond.Elle se protège derrière des théories.Les adolescentes sont souvent comme ça, elles croient tout savoir.Moi-même, j’étais un peu comme ça à cet âge.[.] L’idée du film consiste à montrer que la pensée est une chose très commode pour ne pas vivre ses émotions, au même titre que la religion.Ce sont deux systèmes, en fait, dans lesquels on peut facilement se réfugier.» Les enjeux À18 ans, l’âge de Laura, Karin Albou a pensé étudier la philosophie, sur les conseils d’un professeur qui lui pressentait un don pour les humanités.Son goût pour la danse et le théâtre ont eu raison de cet appel («J’avais peur de me dessécher», dit-elle, et plus loin: «J’ai choisi d’être dans l’âme»), et produit chez elle une réflexion sur l’opposition entre l’émotionnel et le rationnel qui a inspiré le premier jet sqr papier de La Petite Jérusalem.A l'heure de réaliser son premier film, de tous les scénarios qu’elle avait empilés depuis dans ses tiroirs, c’est celui des deux sœurs qui s’est imposé, avec ses enjeux de foi et de pensée, de loi et de liberté, antinomiques dans d’autres communautés, complémentaires, de l'avis de Karin Albou, dans le cas du judaïsme.«Laura vit dans un univers [petit quartier juif orthodoxe qui donne son titre au film) où la Loi est très présente.Or, pour les jeunes de sa génération, la liberté, ce n 'est pas la Loi.Je voulais montrer son anachronisme dans l’Europe où, de parson éducation orthodoxe, elle assimile très bien l’équation Loi et liberté.Elle a un cadre de lois, de règles, que son éducation lui a imposés.» La jeune étudiante, qui étouffe sous le regard réprobateur de son beau-frère, lui-même torturé dans sa foi, commet sa première véritable transgression lorsqu'elle s’éprend d’un collègue musulman (Hedi Tillette de Clermont-Tonnerre), personnage que la cinéaste filme d'abôrd de loin, puis de proche, mais avec toujours dans l’image une impression de distance, de barrière.«Ils vivent géographiquement très près l’un de l’autre mais, en même temps, un monde les sépare», fait remarquer la cinéaste, qui n’a pas hésité à raconter une histoire d'amour interdit, craignant au contraire de basculer dans un Roméo et Juliette à saveur multiculturelle.«Ça n’a rien à voir.D’une part, parce qu’on reste toujours du point de vue de Ixiura, et que lui garde son mystère.D’autre part, parce que l’histoire d’amour coule de source et que c’est la sépara- tion, éventuellement, qui n’est pas naturelle.» Amours contrariées, révoltes intérieures, évasion par la pensée, expression muette des corps.Décidément, La Petite Jérusalem est une œuvre de non-dits et de demi-mots, aux enjeux suggérés, aux émotions subliminales.Le film de Karin Albou exige une écoute du cœur.«C’est un film qui n’est pas intellectuel, qui est dans le sensible.C'est pourquoi j'ai choisi une mise en scène qui n ’est pas trop distanciée, afin de ne pas verser dans la pensée, où on aurait trop écouté, où on aurait pu croire que le film se situe dans la parole.Or il réside plutôt dans les silences, dans les corps, dans les gestes.La parole n’est pas là pour expliquer, elle est plutôt un obstacle au corps.» Collaborateur du Devoir Im Petite Jérusalem, en salle le vendredi 24 mars Un puzzle inégal mais séduisant TOUS LES AUTRES SAUF MOI Réalisation et scénario: Ann Arson.Avec Ann Arson, Rony Kramer, Johanne Marie Tremblay, Catherine Bégin.Image: Jean-François Lord.Musique: Ghislaine Bétie Dubuc.ODILE TREMBLAY Drôle de film, réalisé avec trois sous (un million, c’est peu, pour un film tourné à Montréal, à Paris, à Amsterdam et à Bruxelles).Ann Arson est cette femme-orchestre québécoise qui a accouché d'un film qu’elle a scénarisé, réalisé, coproduit et comonté, en plus d’y tenir le rôle principal.La chose aurait pu s’écraser au fil d’arrivée, mais Tous les autres sauf moi possède du tonus et nous arrache aussi des sourires.Le film, dont le thème accuse des ressemblances avec Maman Last Call et autres Horloge biologique, interroge la maternité à l'heure où les valeurs familiales se retrouvent cul par-dessus tête.Cette comédie de mœurs raconte l’épopée de Jeanne (Ann Arson), fin de la trentaine, enceinte d'un amant qui refuse la paternité.Elle entreprend la tournée de ses copines, à Montréal, à Paris, à Bruxelles et à Amsterdam, disant enquêter pour un documentaire sur l’état de la famille mais mettant en question sa propre situation inavouée.L’apparition à l'écran d'un nouveau visage, celui d’Ann Arson, à peu près inconnu jusqu’ici, crée une sensation de fraîcheur.D’autant plus que la cinéaste-actrice manifeste une présence et un naturel qui nourrissent beaucoup Tous les autres sauf moi, à l’interprétation par ailleurs inégale.Sans tête d'affiche, le film, assez artisanal à l’image, est porté par un humour salvateur, des gags souvent drôles et une ouverture sur des problèmes de société abordés avec une légèreté inquiète.Malgré certains segments plus faibles que d’autres — le parisien notamment avec le personnage de Catherine Bégin qui passe mal la rampe —, cette enquête sur le couple — plus mal en point que ne le révèle sa façade — s’étiole parfois mais rebondit avec entrain.Le couple belge est le plus vivant lui (Frédéric Desager) épris d’une épouse qui le rejette depuis sa maternité.Elle (Nathalie Portai) trop ronde, mal dans son corps, chaleureuse pourtant.La palme de l’amour assumé reviçnt à la nounou d’un couple doré (Elizabeth Chouvalidzé), qui répare les pots cassés des autres avec le sourire en coin des êtres dotés d’une conscience supérieure.Puzzle inégal, parfois longuet mais lié par le fil d'Ariane de la quête de Jeanne toujours sympathique, ce film choral réalisé avec des bouts de ficelle, doté d’un ton, d’un rire, d’un aplomb, possède un charme que des productions plus ambitieuses et académiques pourchassent parfois en vain.Le Devoir ?CINEMA ?SEMAINE DU 18 AU 24 MARS 2006 Les NOUVEAUTES et le CINÉMA en nésumé, pages ?4,6 La liste complète des FILMS, des SALLES et des HORAIRES pages ?7,14 dans LAGENDA culturel 25p saison Dorothy F Cfcuves de StaMnrttv Burtiaft.Deu^erty 4 Séioume jeudi 23 mars.20 heure* Seta RadMTc Ure*'** ücG4 Hyper génial.(.) Un éloge au métier de professeur.PASCAU NAVARRO Ouvert \n samedi Radio Canada BRAVO! un très beau film qu'il faut voir absolument.FRANCINE LAURENDEAU Oe rte-» I w.ag» KBJ W « Fascinant ! » BENOÎT OUTRIZAC U Grand TGS Galafilm et Les Films du 3 Mars ÉÊÊ Un film de SYLVIE GROULX À L'AFFICHE du 10 au 23 mars - i7h30et2ih2o EX-CENTRIS jSjé, boni Svtflt-LMrent m M&eUer* (5H) i47-«*o6 C^INA PARALL Distribué pr «vww.f3m.ca f am SOURCE K\CFM RIS Chang Chen et Shu Qi dans Three Times, de Hou Hsiao-Hsien L’amour à travers le temps THREE TIMES Réalisation: Hou Hsiao Hsien.Scénario: Chu Tien-Won.Avtv Shu Qi.Chang Chen, Moi Fang, Liao Su-Jen, Di Mei, Chen Sliih-Shan, Ijee Pei-Hsuan.Image: Mark Ipo Ping-Bin.ODILE TREMBLAY Le Taïwanais Hou Hsiao-Hsien est l’un des plus grands stylistes du cinéma contemporain.Goodbye South.Goodbye, Les Pleurs de Shanghai ou Millenium Mambo sont quelques-unes de ses œuvres présentées en compétition à Cannes.L’extrême souci esthétique de sa démarche s’apparente à celui de Wong Kar-Wai.Et si la froideur de certains de ses films lui fait perdre parfois sa charge de poésie, son perfectionnisme dans le cadrage, la lenteur des plans, la splendeur des costumes et le traitement de l’image force l’admiration.Three Times est un magnifique triptyque érigé sur trois époques avec le même duo d’acteurs, Shu Ch et Chang Chen, dans un rapport amoureux qui varie selon le contex te, le temps d’action et le lieu.Œuvre sur laquelle flottent les théories de la réincarnation collées à un amour éternel et multiforme.Three Times constitue aussi un regard porté, à travers un siècle, sur This foire de Taïwan, ancien fragment de la Chine occupé par le Japon jusqu’en 1945, indépendant à ixirtir de 1949, dont l’évolution fut parallèle à celle de la Chine.Hou Hsiao-Hsien a conféré un style cinématogra phique spécifique à chaque segment et sa virtuosité éblouit.Comment décrire l’amour à travers le temps?ht question hante le film.C’est l’actrice Shu Qi dont la transformation psychologique et la gestuelle varient le plus d’un épisode à l’autre, le rôle de la femme ayant pivoté au fil du skiic.les personnages féminins offrent un merveilleux registre au talent de Shu Qi.Celui de 1966, «Le temps des amours», à travers une chanson anglaise, laisse flotter le ruban des influences occidentales sur Taïwan, avec pour premier cadre une salle de billard, où les jeunes héros se rencontrent.En permission de sor vice militaire, le garçon recherchera sa belle partout, quête filmée avtv une grande délicatesse, beaucoup d’ellipses.Cette quête répond aux délicatesses des manifestations physiques de l’amour, à peine deux mains qui s’étreignent Tout est dit.le volet de 1911, «/e temps de la liberté», est muet avtv intertitres.Sans aller jusqu’au noir et blanc, il épousé les axles guindés, sexistes, qui régissent It's rapports d’une jeune courtisant' avtv un client qu’elle aime mais qui ne s’intéresse qu’à comploter ixmr taire la révolution.Toute la notion de liberté, qui varie totalement d’un sexe à l’autre en pareil contexte, est au centre de ce court métrage.Film en huis clos sur l'impuissance féminine, sa soumission.appuyé sur les rituels du thé, sur la beauté rigide des costumes.cet épisode montre une société encore statique qui rêve d’af-tranchissement, comme la jeune lenune dans son bordel raffiné qui n’aspire qu’à changer de statut.Le plus intéressant segment est celui qui se déroule dans le Taipei contemporain, «Le temps de la jeunesse».Œuvre de complexité, de modernité aussi: l’héroïne est une jeune épileptique, bisexuelle, danseuse, abîmée, à l’avenir bouché, dont la liaison avec un jeune photographe ne sème que jalousie et di sordre.Ici, la narration prend le mors aux dents.Des lumières éblouissantes des boîtes de nuit aux autoroutes empruntées à moto jusqu’au studio photographique du jeune homme, les amours s’entrechoquent, se re-poussent Le kaléidoscope de Hou Hsiao-Hsien s’ouvre sur un avenir bouché où Taïwan vole en éclats.Le Devoir PALMARÈS DVD ARCHAMBAUmi du cinéma indépendant www.lerezo.org présente FLEURS BRISÉS de Jim Jtrmutch Grand Prix du jury.Cannes 2005 LE MARDI 21 MARS • Salon B 42318.bout St-Laurem Montréal a 19630 LE MERCREDI 22 MARS • L'Angélus Bistro.241, c6 du Roy Deschambaull â 19630 • Café fom fou.242 Notre-Dame Champlain à 20600 • Côté-Cour 4014 , de la Fabrique Jonqwère a 19630 LE VENDREDI 24 MARS • Calé Eldorado, 558 de ta Madone Mont-Laurier à 20600 LE SAMEDI 25 MARS • Action Art Actuel 190.rue Ricbeteu St-Jearesur-Richefceu a 14600 INFORMAT!0MS WWW.LfREZO.ORG IJ DKYOlli Résutt j ta det Mrntn Du 7 vu 13 man TOM FILM/TELESERIE HARRY POTTER AND THE GOBLET OF FIRE WALK THE UNE JARHEAD HARRY POTTER Coliection PRIDE AND PREJUDICE LA BELLE ET LE CLOCHARD U COEUR A US RAISONS Saison 1 CRASH DUNE Extended Edition 10 CHARMED Complete Season 4 E 10 LE DEVOIR.LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MARS 2 0 0 6 Une œuvre lisse à la force tranquille EVE AND THE FIRE HORSE (EVE ET LE CHEVAL DE FEU) Écrit et réalisé par Julia Kwan.Avec Phoebe Kut, Hollie Lo, Vivian Wu, Lester Chit-Man Chan.Image: Nicolas Bolduc.Montage: Michael Brockinton, Kerry Davie.Musique: Mychael Danna, Rob Simonsen.Canada, 2005,92 minutes.Aux cinémas Beaubien (en version française) et AMC-Forum (en version originale).MARTIN BILODEAU Deux dieux dans la maison valent mieux qu’un», conclut la mère campée par Vivian Wu au sortir de la projection des Dix commandements.Servie à la fin du premier tiers A’Eve and the Fire Horse, cette réplique savoureuse constitue le pivot de ce joli premier long métrage de la Sino-Canadienne Julia Kwan, campé dans la communauté chinoise de Vancouver millésimée 1975.Comme tous ceux et celles qui sont nés $ous le signe du cheval de feu, Ève (Phoebe Kut) est une enfant tenace et obstinée.Avec sa sœur aînée Karena (Hollie Lo), elle réussira à faire entrer Jésus et la foi chrétienne dans la maisonnée d’obédience bouddhiste, sur les contrecoups de la dépression de sa mère (après l’accouchement d'un garçon mort-né), puis du décès subit de sa grand-mère adorée.Profitant de l’absence de.papa (Lester Chit-Man Chan), Ève et Karena ont emmené leur mère voir, pendant le week-end de Pâques, le classique de Cecil B.De Mille, avec Charlton Heston dans le rôle de Moïse.Il n’en faudra pas plus pour qu’à la suggestion de ses filles, déjà rompues aux rituels de l’école du dimanche, leur superstitieuse maman «double la protection» de sa maison en accueillant une seconde confession.Foi, tradition, superstitions et charité sont au cœur de cette comédie douce-amère, portée par le regard brillant de la petite Phoebe Kut, bien davantage que par ses occasionnelles visions fantaisistes: un poisson rouge chantant l’opéra, Bouddha et Jésus enlacés dans le salon, grand-mère ressuscitée, etc.De fait, Julia Kwan illustre avec trop d’empressement l'imagination débordante de la fillette, ce qu’elle aurait pu faire avec moins d’effort et, de sa part, plus d’imagination.Cela dit, son film aux accents autobiographiques fait vite oublier, par sa fraîcheur, sa sincérité et sa fausse désinvolture, les caractères muséal de la direction artistique et compassé de la mise en scène.Eve and the Fire Horse est une œuvre lisse mais néanmoins souple, où les événements et incidents dramatiques sont constamment décantés par le regard de l’enfant, sur lequel la cinéaste a aligné le sien — et éventuellement le nôtre, pour peu qu’on se laisse emporter par la force tranquille de ce film simple et généreux, conçu pour plaire tant aux enfants qu’aux adultes.Collaborateur du Devoir EARS VON TRIISR PII.MW MA ND mil.AY 'Astiïn vewirR lïRYCI; PALLAS HOWARD 4 fig ISAai.H PC HANKOU: DANNY (HOVEH WIULM DAFOE PSI C.T________:______________a*- m* bd WDR KM* ""SL &.S3 m- —“ A - .» m À L'AFFICHE tvf u'rnts ?rvwçaÎ* |*5X-CEMTIUS ?] tous t#a RH* s «‘Ki I 14*00 ¦ 16W8 -i»i* - ow4i I FKSnVAl, DF, CANNKS 200', • PKIX DTNTKRPRKTATION MAStTT INI PK1X DU SCf.NAKIO ¦•Un coup de maître, un chef-d'oeuvre.Visuellement l'un des plus beaux films que j'ai vus.Les images sont magnifiques.Une ballade extrêmement émouvante au coeur de l'Amérique.” '** Richard Martineau.VQtR 8.5/10 £ «Dots eotenements a de la vie.du souffle et deTmtdHlgencW Juliette Ruer,/Cf .1 ?t 7 Une diiection photo vive, un scénatlo brilliant et des inteiprétatinns magnifiques.Une belle réussite.> - Marc Cassivi.L» Presse tdoutot TOMMY LEE JONES 1R0IS ENTERREMENTS -tHRCE BURIALS OF MELOOIADES [St KAO A fcakTM* métreode GUILLERMO ARRIAGA ct uk uHtismars p ^icuihhs 13 : AM* *1 À L'AFFICHE! ycjvn rC—FLgciiiiiWTiMiiJiTi p»auno —i r— o*™.|»wcnt mmmÏL*] 1powt>viau is ?] [sw VCR9MON ORKMMALE ANlU AKUL arôiürlirM?i[Sig.i:|g.af;i B ANOLAM AVCA' EX- CKHITVItS » 1 n dm UJ F pour formidable suspense V FOR VENDETTA (V POUR VENDETTA) De James McTeigue.Avec Natalie Portman, Hugo Weaving, Stephen Rae, John Hurt, Rupert Graves, Stephen Fry.Scénario: Andy et Larry Wachowski, d’après les romans illustrés d’Alan Moore et David Lloyd.Image: Adrian Biddle.Montage: Martin Walsly Musique: Dario Marianelli.États-Unis, 2006, 132 minutes.MARTIN BILODEAU De tous temps, l’avenir a inquiété.Plus flou que le présent, moins fortifiant que le passé, il est dans l’imaginaire le théâtre de toutes les épidémies, de toutes les guerres, de tous les totalitarismes, bref, de toutes les fins du monde.Les frères Andy et Larry Wachowski, créateurs de la trilogie techno-christique The Matrix, ont condensé tout un assortiment de peurs, bien enracinées dans le présent (la guerre au Proche-Orient, la grippe aviaire, la convergence des médias, le terrorisme, etc.), puis les ont projetées dans un futur pas si lointain.Résultat Vfor Vendetta, un formidable suspense de science-fiction dont ils ont confié la réalisation à leur complice «ma-trixien», James McTeigue.Celui-ci signe une mise en scène à hauteur de film noir, qui sacrifie la voltige au profit du dialogue, certes abondant et le tape-à-l'œil au profit de la psychologie.Contraire ment aux plats de cafétéria habituels (Blade, X-Men, Fantastic Four, etc.), Vfor Vendetta a cuit lentement sur le brûleur d’appoint, dans la même petite marmite que Dark City, Gattaca et Batman Begins — des films dotés d’une plus-value intellectuelle devenue accessoire chez les majors mais qui semble ici avoir fleuri avec le consentement de Warner Bros.Peut-être le grand studio a-t-il ainsi cherché à démentir le discours du film hù-mênie, qui par la bande pré sente les États-Unis de l’avenir comme une sorte de colonie lé preuse où la pensée a été détruite à coups de guerres du pétrole.Si bien que Londres, une des dernières civilisations encore debout dans ce futur qu’on devine immédiat, est le théâtre de cette adaptation de romans illustrés de David Natalie Portman dans V for Vendetta, de James McTeigue Lloyd et Alan Moore (From Hell, The League of Extraordinary Gentlemen).D’entrée de jeu, et avec une abondance de détails à donner le vertige, McTeigue met la table: la société anglaise est sous l’emprise d’un chancelier mégalomane (John Hurt) — on le situe quelque part entre Staline, Pinochet et Hitler —, qui distille sa propagande à travers la télévision d’ÉtaL Une télévision qu’un justicier masqué, surnommé V (Hugo Weaving, une présence et une voix), prendra en otage, l’espace de quelques minutes, pour annoncer au peuple qu’il prépare une révolution dont le point de départ sera l’explosion du parlement britannique.dans un an jour pour jour — réveillant ainsi le souvenir de Guy Fawkes, qui avait tenté le même exploit en 1605.L’essentiel du récit se passe pendant l’année qui sépare le point de départ du film O’explo-sion du palais dé justice, au soir du premier jour) et cette révolution annoncée qui lui sert d’épilogue.Dans cette intervalle, Evey (Natalie Portman).une jeune orpheline que V a sauvée de la mort, subira une série d’épreuves qui l’amèneront à choisir le camp de son sauveur, et un détective à la solde du chancelier (l'excellent Stephen Rea) se découvrira une âme de révolutionnaire.L’intrigue est complexe, le dialogue abondant, les scènes d’action, on l’a dit, relativement humbles.Qu'est-ce qui fait donc la force de Vfor Vendetta?D’abord, sa plastique admirable, qui mélange film noir et film de cape et d’épée.Ensuite, son récit, rigoureux, qui évite tous les clichés, tous les poncifs, à la fois du film de genres et du film à thèses, et trouve sa place, à égale distance entre les deux.En- SOURCE WARNER BROS.fin, la cohérence de son discours socialiste et la pertinence de le faire entendre de à brillante façon, à travers une allégorie politique qui masque à peine le tableau Bush-Blair qui l'a inspirée.Qu’un film hollywoodien s’adresse à l’intelligence du public et fasse l’apologie de la connaissance et de la pensée, on ne voit pas ça tous les weekends.Celui-ci est à marquer d’une pierre blanche.Collaborateur du Devoir ?« .suit à la perfection les règles immuables du suspense.Le résultat est fascinant! » - Régis Tremblay, Le Soleil « Hitchcock se serait régalé.Je vous le recommande chaleureusement! » - Bernard Michaud, Indicatif Présent, Radio-Canada « .polar enlevant et rafraîchissant.» - Maxime Demers, Le Journal de Montréal i; CHRIST Al raas WlîtKTE SOPHIE MARCEAU WAN ATTAL SOURCE MONGREI.MEmA Eve et le cheval de feu est le premier long métrage de la Sino-Canadienne Julia Kwan.k-Films Amérique présente hmjwkrtj M vwu(oh.un titm de Maryanne Zéhil », f \ t; ‘ , im.ioûSSaaUna»'] iraaortiSrKiV SSifru£gj iSSSjïtii^](iSSXèSScn^] laSSaKiirer” SaCTfi-vSuitéT [SuSwLaEV ârsutrïc** ?l'n-SSSSST' 1 laowpmtnLu v] [ûmm.35Tl uüSûâSüaVl iVun* o« l™ él [àuSavMLu/ f JÔListr*"r .nùHmSàÜM V, :aunSu'cnMSv ^ ^ PRÉSENTEMENT À L’AFFICHE! as nïKsafn Louise Portai Renée Thomas - Hélène Mercïei Jean-François Btencharo - Mantoup tVolfa K » \M$ MA r^Ct'UCnONS *** Atmi 'ArsAjjé 'AA** .NAU Of 3UME, FAMK AIftAOGt C lAJ** A AftAH «cAff* fl S t «i t» phNtvnNW rtSCtZ*t • 0»k **«*'*«¦ MUSC • ***** - fnai 016SIMWRC * ta*.«t m if** • O- ^ & Precede chi court-metrage québécois AU COEUR BRISE de Antoinette Kanmo.A L'AFFICHE! [ ?50»* PARISIEN * ?TT iSti »!f! .-tSU -i?, T* MICHEL 80U0UET JAUl LESPtKl UN FILM OE ROBERT SUEDISUIAN - A l’affiche! um / asifrste À L'AFFICHE! (xSümETHiîr.'
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