Le devoir, 18 mars 2006, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 1 S ET DIMANCHE 19 MARS 2 O O t! ENTREVUE Jean-Louis Trintignant devant Apollinaire Page F 3 * LE DEVOIR ?LITTÉRATURE FRANÇAISE Volodine, écrivain des esprits errants Page F 4 B / © % ëm wh'méik L I T T É R A T U H K QUÉBÉCOISE îilgilte Bouchard, tête chercheuse JACQUES GRENIER LE DEVOIR Contre vents et marées, la petite maison québécoise Les Allusifs célèbre ses cinq ans CHRISTIAN DESMEULES Au moment où vous lirez ces lignes, Brigitte Bouchard se sera déjà envolée pour la France, où se déroule en ce moment même le Salon du livre de Paris.La mecque, quoi qu’on en pense, de l’édition francophone.Au menu, lancements, célébrations discrètes et chaleureuses pour souligner le cinquième anniversaire des Allusifs, un tourbillon de rencontres avec des représentants, des journalistes, des traducteurs, des libraires, d'autres éditeurs indépendants.Sans oublier le petit cortège des écrivains et des lecteurs.Une dizaine de jours avant, elle aura écu-mé la Foire du livre de Londres, devenue depuis quelques années l’un des plus importants rendez-vous mondiaux, après Francfort, pour les professionnels du livre.Mais pour l'instant, sous un froid soleil de février, l’heure est à la fébrilité dans cette grande maison du Plateau Mont-Royal, qui abrite, en plus de la petite famille et de l’atelier de son mari sculpteur, les bureaux de la maison d’édition quelle a fondée en 2001.«Ces voyages en France sont terriblement intenses, stimulants et éprouvants.J’en ai chaque fois pour un mois à m’en remettre», confie-t-elle.Foyer décoratif, toiles d’artistes contemporains sur les murs, objets rares, angle couvert de livres.Un décor volontairement minimaliste, qui porte à croire que les livres qu’elle fabrique depuis cinq ans sont un peu, forcément, à son image: stylés, choisis, colorés, parfaitement assumés, placés sous le signe de l’engagement et de l’authentique passion qui l’anime.Née à Québec en 1960 dans une famille modeste (un père aubergiste dans le Bas-du-Fleuve), ce sont des études théâtrales jamais terminées qui l’ont menée à Montréal.Rapidement, après plusieurs voyages et quelques petits boulots, elle a assez tôt pris le chemin de l’édition, dès l’âge de 24 ans, d’abord, par une suite de hasards, à La Courte Echelle, puis aux 400 Coups.Avant d’éprouver le besoin de voler de ses propres ailes et de fonder sa maison, Les Allusifs, qui publie bientôt, cinq ans plus tard, son 43' titre.Les auteurs quelle choisit de publier proviennent d’un peu partout du Mexique, du Chili, du Brésil, de la Pologne, de la Serbie, de l’Italie, aussi bien que du Québec ou de la France.Frilosité nationale Les succès n’ont pas tardé à venir, ici comme en France (dont elle a rapidement investi le terrain), à commencer par la réception critique qu’a connue le cinquième roman de Sylvain Trudel, Du mercure sous la langue, en 2002.Depuis, l’accueil public ne se dément toujours pas, et la «ligne dure» du début s’est peu à peu assouplie, les titres se faisant moins «allusifs».On y fait aussi à l’occasion une place à la nouvelle — un recueil de nouvelles inédites de Syl-vainTrudel paraîtra d’ailleurs à l’automne.Un réseau élargi de traducteurs, d’agents littéraires, de libraires passionnés et de lecteurs pousse aujourd’hui à la roue d’un succès croissant, mais toujours fragile.Reconnue pour son franc-parler, Brigitte Bouchard s’avoue plutôt déçue de la frilosité* des gens au Québec, de leur manque de curiosité pour les littératures étrangères et les auteurs inconnus, des logiques commerciales qui paraissent relever de la «ghettoïsation culturelle», elle qui dit n’être d’abord guidée que par la beauté et l’intensité du texte.Ainsi ne se prive-t-elle pas de soulever quelques aberrations dans les programmes canadien et québécois d’aide à l’édition, qui font une place à peu près nulle aux auteurs étrangers — sa maison ne reçoit des subventions que pour les auteurs canadiens.Ainsi, par exemple, par quelle aberration continentale expliquer le faible nombre de traductions d’auteurs latino-américains qui se publient au Québec ?Heureusement pour l es Allusifs, phisieurs de ses traductions peuvent bénéficier du soutien du Centre rational du livre, en France.Dans le numéro de février 2006 de la revue Liberté, qui a pour thème «Montréal: capitale mondiale du livre?», elle n’a pas hésité à donner son opinion.Dans un court texte intitulé «Montréal, capitale mondiale?», Brigitte Bouchard expose certaines de ses frustrations d’éditrice.«À mon sens, y écrit-elle, une société incertaine qui se retranche frileusement derrière des portes doses sous prétexte de préserver sa culture ne peut élever sa métropole au rang de capitale mondiale.» Mais aussi: «1m vie de l'édition au Québec semble se résumer a des intrigues commerciales dont les derniers rebondissements ont été le sacrifice, à l’audimat d'émissions littéraires à la Société RudùbCanada et l’achat du groupe Sogides par Québécor.» L’engrenage du succès •Ce que je trouve le plus difficile maintenant, confie l’éditrice en entrevue, c'est de ne plus pouvoir me perdre J’aime être surprise, j'aime quand il y a une part d'inconnu dans ma vie.Et j’aimerais encore pouvoir mettre tout ça de côté, m'offrir une journée complète à faire autre chose, simplement parce que je n 'aurais pas envie, ce matin-là, d'être prise dans cette mécanique essoufflante.Mais je n'ai plus cet espace-là dans ma tête, poursuit-elle.C'est ce que je trouve le plus difficile.Il y a une sorte d'engrenage.C’est comme si la rr/ue était amorcée et qu’il n'y avait plus moyen de lafretner» VOIR PAGE F 2: BOUCHARD J LE DEVOIR.F 2 LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 MARS 20ÜR —«r Livres ^- C’est ici que j’ai tout Robert Lalonde • I Quand tout sera neuf et en état dans le monde, je n’aurai plus envie de vivre.Ce jour-là je me supprimerai.» Le poete s’inquiète en vain: le monde ne se mettra jamais en ordre et jamais non plus il ne se renouvellera.Robert Walser, proche parent de Franz Kafka — «Je ne cherche pas à être sincère, mais à être vrai» —, avoue avoir besoin pour respirer «d'une certaine pesanteur, d’une certaine masse de délabrement, de ruine et d'abandon».Il n’aura pas non plus à se supprimer, terrassé par l’incohérence effrayante du monde: il plongera dans le sommeil, à l’âge de 51 ans, et ne se réveillera plus jamais.Avant d’entrer en clinique, comme on entre au cloître, Walser aura le temps d’écrire avec grâce huit petits livres candides et graves, désinvoltes comme des songes.Hommage au beau désordre de vivre, manière de courir, les yeux débordants de larmes, sur des chemins de traverse où personne ne peut vous voir, respirant très fort et n’alknt nulle part Souffrance et plaisir, au cours de cette courte promenade qu’est la vie, «sont comme l’amie et l’ami qui s’enlacent, s’étreignent et s’embrassent, s’aimant fraternellement».Partout, sur notre route, surgissent des lieux propres à abriter nos métamorphoses.Il suffit de s’arrêter un moment et aussitôt nous est rendu le regard de l'enfance, «qui n'est pas le passé mais le présage».L’anodin, le banal, lillusoire déroute quotidienne, voilà l’essentiel On n’a jamais perdu le paradis, seulement on ne sait plus s’y reconnaître.On croit tout difficile et alors tout le devient, on déteste ce qu’on aime et les proches nous sont brusquement incompréhensibles.(«O monde merveilleux, à la fois si limpide et si difficile à comprendre!») Dans Petits textes poétiques, dernier livre de Walser paru en français (2005, Gallimard, «Du monde entier»), le promeneur nous parle de bonheur.Le condamné à l’oubli cède la place à l’enfant qui comparait au procès qu’on intente sans cesse à «l’étranger sur la terre».Qu’as-tu vu, qu’as-tu compris, pourquoi as-tu perdu ta vie?Pourquoi ne f intéresses-tu qu’aux choses qui ne dépendent que de ton regard, pourquoi erres-tu sans cesse, tantôt fauve halluciné, tantôt chien battu qui gémit?Le poète, bien sûr, ne sait que répondre.Il balbutie: «Les façons de découvrir sont diverses et bouleversantes.» Puis il soupire, lance le regard au ciel et déclare encore: «Ce qui est grand devient toujours plus grand, ce qui est beau plus beau, l’indicible devient de plus en plus incommensurable, de plus en plus indicible.» Le jury bâille, le juge compte les mouches et l’accusé délire de plus belle: «Ce qui crève les yeux m’échappe, le bout de mon nez m’est inconnu.Tout ce que je croyais avoir compris m’est aujourd'hui incompréhensible.En mes instants de braise, je suis braise moi-même.J’écris.J’ai l’air d’être exalté et tendre, mais je suis un professionnel irréprochable.Je gagne mon pain quotidien en pensant, ruminant, creusant, fouillant, méditant, versifiant, cherchant, examinant et en me promenant, et j’en bave autant qu’un autre.» Ainsi le poète ânonne-t-il sa défense, dans son plus beau livre, justement intitulé La Promenade.Son acti- vité rêveuse «frise la science exacte», écrit celui qui semble aux autres un «flâneur écervelé».D travaille dur, notre rôdeur patibulaire, occupé tour à tour à se hausser dans l’exaltation et à s’incliner sur les petits détails, qui sont de grands mystères.Intranquille comme son frère Pessoa — «La conscience de l’inconscience de la vie est l’impôt le plus ancien que la vie ait connu» —, Walser se promène avec la plus grande attention, le regard limpide (naïf?), observant la moindre petite chose vivante: «un moineau, une maison, une montagne, un escargot, un bout de papier froissé où peut-être un bon petit écolier a tracé ses premières lettres maladroites».Ses simples pas sur le sol lui sont un plaisir.Alors, «dans l’âme sensitive, le calme allume des prières».Ses yeux ont une lueur de chagrin, bien sûr, un chagrin à la fois «souterrain et supraterrestre».Il comprend qu’il a cent mille ans et qu’il ne pourra pas vivre éternellement, qu’à chaque instant il meurt, «sans pourtant pouvoir mourir» («Si seulement dans la mort on pouvait sentir encore la mort et en jouir»).«Les écrivains, comme les généraux, procèdent à d’interminables préparatifs, écrit Walser dans La Promenade, avant d’oser passer à l'attaque» («Le lecteur peut inspirer une peur sincère»).Mais le poète n’a pas le droit d’emporter avec lui la moindre sentimentalité égoïste.D faut qu’il soit à tout moment «capable de pitié, de sympathie, d’enthousiasme».Il doit «se perdre et se retrouver dans les choses».(On songe, ici, à Rilke écrivant au jeune poète: «Réjouissez-vous de votre marche en avant, personne ne peut vous y suivre.Soyez bon envers ceux qui restent en arrière».) Ce qu’il voit, en marchant, est «aussi pauvre que grand, aussi petit qu’important».Le poète sait qu’il n’est pas lui-même mais un autre et que «pour cette raison, il est davantage lui-même».Le poète est un ange déchu «qui n’a pas besoin d'espoir».D est chez lui, ici-bas, où il marche et où parfois il voit («Où voudrait-on que je sois, si je n'avais le droit d’être ici?C'est ici que j’ai tout, ailleurs je n’aurais rien.») Préférant la réalité à la vérité, tout comme Pessoa, Walser, avant la grande fissure du chagrin et la sokli-sant folie, rêve dans une langue pudique, légère, gracieuse mais sans ornements, dépouillée mais sans sécheresse ni didactisme, parfois rieuse, parfois pleine de larmes.Jour apres jour, il s'assigne la promenade comme un devoir, acceptant sa «solitude qui n’est pas un isolement».D s’émeut devant le sort de tous «les perdants magnifiques», ces gens ordinaires dont le sort le passionne jusqu’à la perte de soi.Ce qu’il en résulte, ce qui reste, c’est le ton d’une expérience, la couleur de la vie, l’infinie palette des grisailles et des fulgurances du beau martyr de vivre.«La vie, si elle est immangeable, laisse aussi un arrière-goût délicieux», écrivait Henri Caleb autre promeneur-braconnier, mécontent heureux, écrivain pudique et discret Sachant ce qui l’attend, on tremble à la lecture des derniers mots de ces petits textes poétiques» de Walser.«Par moments, il me semble que je voudrais étreindre le monde entier et le serrer contre mon cœur plein de joie.Je m'exalte! Trop heureux d’en être encore capable, f aimerais toujours savoir le faire.» Robert Walser est mort, lors d’une promenade dans la neige, à l’âge de 78 ans, au bout d'un long silence qui fut peut-être — il est permis de le croire — un vrai repos pour ce «guerrier blessé à mort, perdant son sqng sous les coups de pointes sûres de la mélancolie».Ecrivain, promeneur: un seul et même métier, pour «échapper à la maladie de se croire autre que ce que l’on est», jusqu’à la douce pente du soir.Collaborateur du Devoir SUITE DE LA PAGE F 1 Elle qui a pourtant horreur de tout ce qui est organisé retrouve aujourd’hui sa respiration dans les textes qu’elle publie, qui lui permettent encore d’emprunter les chemins de traverse qu’elle affectionne: «Cette part d'inconnu que j'aime, de moins en moins présente dans ma vie, j’essaie de la retrouver dans mes choix littéraires.Par exemple, au cours d’une foire du livre à l’étranger, alors qu'on L'histoire de la femme la plus célèbre du monde.Un roman de Francine Lemay Récipiendaire du prix du Livr# élu 2005 (France) F • * N C I N e L t M A Y / V (Vf Offejt en librairie ou prix suggéré de 24,95 $ « Cet ouvrage est.selon moi.un incontournable pour l’ensemble des lecteurs et lectrices, peu importe leurs croyances Un roman qui deviendra vite un succès littéraire » Denis Uwsque animateur de l'emmiw Entre qwldm (HRM Matonf les i dirions i oms viortin iru.BOUCHARD «J'aime aller par d'autres chemins» piste souvent tous les éditeurs sur le même livre, je vais plutôt essayer d’aller me promener, de faire une rencontre au hasard.J'aime aller par d’autres chemins», confie-t-elle.Mais, parfaitement lucide, l’éditrice reconnaît ne pas pouvoir concurrencer les grandes maisons françaises.Ce qui pourrait sembler une faiblesse devient toutefois aussi une force: son flair, sa souplesse, les contraintes avec lesquelles elle doit composer.Dans ce contexte, sa maison d’édition n'est-elle pas condamnée à servir de «dépisteur de luxe» pour quelques gros éditeurs de l'Hexagone?«Oui, ça ressemble un peu à ça, dit-elle.Mais je n ai pas vraiment le choix de l'accepter.Pour un écrivain comme le Salva-dorien Horacio Castellanos Moya, par exemple, j’estime avoir été prudente en achetant, d’un seul coup, les droits pour six de ses romans.Parce que je savais bien que des gros joueurs pourraient s’intéresser à lui.Et comme de fait, ajoute-t-elle, il a maintenant été bien repéré par toutes les grandes maisons d’édition françaises.Et pourtant, on leur avait déjà offert les livres.» On peut aussi y voir une forme de reconnaissance.Passion, exigence et liberté Dans sa volonté de mener une politique éditoriale «d’auteurs», Olivieri librairie ubistro Olivieri Au cœur de la littérature Mardi 21 mars à 19hOO CRILCQ.Délégation générale de la Suisse, Bibliothèque de la Pléiade.Centre de communication écrite et l'AUF Entree libre 5219 Côte-des-Neiges Metro Côle-des-Neiges RSVP : 739-3639 Soirée RAMUZ La question de la langue : Ramuz et Miron À partir du français classique, Ramuz invente une langue capable de l’exprimer, lui, et d’exprimer aussi le pays qui l'entoure : la langue-geste, avec ses rythmes, ses heurts et toute la dynamique d'un style oralisé.Il réoriente l’aventure romanesque vers le tragique et la réécriture des mythes.Cette façon de concevoir la langue séduira Gaston Miron, qui y puisera une inspiration pour sa propre pratique de la langue.Participants : Doris Jakubec.responsable de l'édition des romans de Ramuz dans la Bibliothèque de la Pléiade Pierre Nepveu.poète et spécialiste de l’œuvre de Gaston Miron (U de M) Jacques Roman, comédien suisse, lira des textes tirés de romans de Ramuz Animatrice : Micheline Cambron CRILCQ, U de M éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • l ictér.uure Louis Lafrance Droit humanitaire et guerres déstructurées L'exemple africain 156 20 dollars LITTERATURE CANADIENNE Jeunes femmes en déroute elle peut heureusement compter sur la fidélité indéfectible de quelques auteurs: Sylvain Trudel ou Vladimir Tasic, notamment.«Et je sens aussi que j’ai une responsabilité envers eux.» Obligée désormais d’être «au front», partout et tout le temps, en raison de la petite taille de sa maison d’édition et des moyens limités dont elle dispose, Brigitte Bouchard reconnaît que la plus grande difficulté demeure de gérer, à partir de Montréal, son plus important marché, la France, où Les Allusifs réalise bon an, mal an 80 % de son chiffre d’affaires.Difficile de répondre à toutes les sollicitations, de gérer la croissance.«Mais c’est un beau problème», ajoute-t-elle du même souffle.«Avant, par exemple, je pouvais facilement passer deux heures avec la réviseure, à discuter de la virgule à placer au bon endroit.Ça peut paraître futile, mais j’aimais avoir ce rapport-là aux livres.» Tout le côté artisanal du travail d’édition, le plaisir de créer de beaux objeLs porteurs de sens et d’émotion, elle le goûte intensément.Passionnée, entêtée, exigeante et sans doute un peu rebelle, Brigitte Bouchard, on le senti ira jusqu’au bout d’elle-mème.La suite?Un plan?«Surtout pas! Je pourrais tout vendre demain et devenir apicultrice, dit-elle en riant Je ne sais pas, même si, en disant ça, je risque de déstabiliser un peu mes auteurs.Je doute toujours, de toute façon, je doute de tout.» Collaborateur du Devoir FRÉDÉRIQUE DOYON Avec son premier recueil de nouvelles, la jeune auteure de Vancouver Nancy Lee frappe au cœur des petites et grandes détresses de la vie de huit femmes sur lesquelles le destin semble s'acharner.L’une veille son père mourant avec qui elle a entretenu des rapports ambigus, perturbée par le cancer du sein qui lui a ravi une partie de sa féminité et de son sex-appeal; l’autre, amoureuse d'un photo-reporter ambitieux mais gênée de ne pas être à la hauteur, lui préfère un honune à l’apparence rangée et aux comportements sexuels limites.L’un des récits, Filles mortes, évoque sans s’y référer directement la disparition de 62 femmes (et les meurtres d’une douzaine d’entre elles, pour la plupart des prostituées) à Vancouver en 1997.Cette histoire sordide rejaillit sur l’ensemble du recueil, qui trace finalement le portrait de femmes ordinaires, mais particulièrement sensibles, qu’un événement ou une suite d’événements font basculer dans une forme de névrose contemporaine.L’univers est sombre, la vérité, crue, la violence, latente, mais l’auteure ne recherche pas l’effet comme d’autres écrits trash qu’on trouve de plus en plus souvent sur les rayons.Bien que son écriture soit encore un peu verte, Nancy Lee a l’art de déballer lentement, un à un, les traits psychologiques de ses héroïnes, rarement monolithiques, tout en complexités.La chape du destin L’écriture vive, aux phrases courtes, précise et incisive, ne laisse pas d’issue à ces femmes un peu désespérées mais pourtant attachantes, empreintes de mélancolie.La narration à la deuxième personne, utilisée à deux reprises, renforce l’impression d’étouffement.On sent la chape du destin qui étreint les antihéroïnes, destin contre lequel elles s’arc-boutent mais auquel elles finissent toujours par s'abandonner.Née en Angleterre de parents chinois et indiens, Nancy Lee, 34 ans, a émigré très jeune au Canada.Elle travaille actuellement à son premier roman, à paraître au début de l’année 2007.Le Devoir DEAD GIRLS Nancy Lee Editions Buchet-Chastel Paris, 2006,2% pages ÉCHOS LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Nouvel arrivage - Montaigne : l es Essais 1 vol.Paris 1725 - Charlevoix : Histoire de la Nouvelle-France à vol Paris 1744 Pour plus d'information : 514-522-8848 1-888-522-8848 bonheurdoccasion @bellnet.ca 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUEBEC, POUR L’ACHAT DE BIBUOTHÈQUES IMPORTANTES.Finalistes du Prix littéraire des collégiens Les auteurs finalistes du Prix littéraire des collégiens poursuivent leur tournée des librairies du Québec.Lundi 20 mars, à 19h, le public est invité à rencontrer Michael Delisle (Le Sort de fille, Leméac), Christiane Frenette (Après la nuit rouge.Boréal) et Suzanne Jacob (Fugueuse, Boréal) à la librairie OBvieri (5219, chemin Côte-des-Neiges).Le moment du dévoilement du lauréat approche.Un jury d’étudiants venus des quatre coins de la province rendra sa décision dans le cadre du Salon du livre de Québec, en avril Les autres finalistes sont Nicolas Dick-ner (Nikokki, Nota Bene / Alto) et Clara Ness (Ainsi fmt-eües toutes, XYZ).-Le Devoir Jean Lamarre Au Canada, au moment où la guerre de Sécession tire à sa fin.on pleure ses morts.Mais qui sont ces Canadiens français qui ont risqué leur vie dans une guerre étrangère ?Et pourquoi ?Quelles expériences ont-ils vécues ?lean Lamarre s'est efforcé de retracer les motivations de ces soldats, leurs difficultés et leurs conditions de vie au front.Il replace aussi cet épisode dans le cadre de la grande migration des Canadiens français vers les États-Unis.vlb éditeur * LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 1 D MARS 2 0 0 6 -' Littérature - Cholula, mon amour Une méditation de Roger Magini sur le temps, le mal, la mémoire et les liens que celle-ci tisse avec l’oubli Suzanne Giguère La détonation de la bombe atomique à Hiroshima le 6 août 1945 résonne dés les premières pages du roman.Simultanément apparaissent et clignotent les images des massacres des Indiens de Cholula (Mexique) durant la conquête espagnole.«Quand célébrerons-nous la douloureuse victoire de l’homme sur l’inhumain?» Telle est la question que Roger Magini pose dans Revoir Severs, une méditation sur le temps, le mal, la mémoire et les liens que celle-ci tisse avec l'oubli.Témoin d’un temps difficilement lisible, désespérant d'un vrai saut de civilisation, le romancier défend l’idée que l'amour est le seul remède valable à l’angoisse et à la désolation.Dans un récit bref et dense, chargé d’ellipses et de silences.La mémoire et l’oubli Tous les jours un journaliste se rend sur le zoca-lo (place centrale) de Cholula.Il s’assoit à la terrasse d’un café de l’Antique Ciudad Sagrada (Cité sacrée) mexicaine pour écrire un article sur «Hiroshima, 60 ans plus tard».11 note quelques idées dans son calepin, des considérations sur la mémoire et l’oubli.Parmi ces idées se glissent parfois des images en noir et blanc d’Hiroshima (les irradiés, les tempêtes de cendre sur le Pacifique) qui contrastent avec celles, colorées, bruissantes et odorantes de Cholula.Près de la fontaine, des femmes étalent à leurs pieds des huipils (blouses brodées).Sous le porche de l’église une autre vend des arums (plantes).Il y a aussi le kiosque à musique, le marchand de gâteaux secs, l’homme aux ballons, le vendeur de panamas et les immenses voûtes de la galerie de la place qui renvoient l’écho des voix des passants.La précision des détails dans la captation des scènes de la vie quotidienne de la petite ville de province dopne au roman un réalisme documentaire.A Cholula, le temps s’écoule, uniforme.La vie suit son cours paisible.Ici, écrit le journaliste, les massacres de 3000 Cholultèques et les atrocités commises par le Conquistador ont sombré dans l’oubli.«Il n’y a pas eu de reconstitution ni de film, rien n'a été fait pour que les habitants de Cholula s'en souviennent.» Dans une sorte de long travelling littéraire, il passe en revue quelques désastres de son époque.Sur un ton à la fois léger, désinvolte et grave, «Nous n’irons plus aux bois ma mignonnette [.J À Penh le Mékong charrie des jonques pleines de crânes extatiques, sous le pont Mirabeau tournent en rond les dépouilles des Algériens égorgés, nous n’irons plus au bois m'amie, jamais plus nous n'irons.Farandoles, farandoles macabres.Plaza de Mayo les mères des disparus argentins sont aphones [.] Je ne saurai jamais si les victimes d’Hiroshima ont prié avant de mourir, quelles prières, à quels dieux adressées, il y a dix ans, ont échoué sur les lèvres des victimes rwandaises?» Quelle attitude adopter devant cette cosmographie de la douleur?Le romancier nous plonge dans la conscience écartelée de son personnage.Entre le devoir de mémoire et la tentation d'oublier.Les livres lus nourrissent sa réflexion.11 songe au roman La Femme des sables d’Abé Kobo, dans lequel des habitants luttent contre l’ensablement de leur village de crainte d'être enfouis à tout jamais dans le sable, effaçant leurs traces et leur mémoire.Il pense aussi à Hiroshima, mon amour de Marguerite Duras, au moment où la femme dit: «Il faut éviter de penser à ces difficultés que présente le monde quelquefois.Sans ça, il deviendrait tout à fait irrespirable.» L’oubli serait donc un mal nécessaire?Tout sentit relatif?Et si c’était précisément dans cette relativité que la mémoire se perdait, s'évaporait?Roman-archipels Où retrouver l’homme dans ces lieux, ces débris?.Alors que la mort en tant qu’absolu n'intéresse plus personne, où chacun s'est habitué à cette banalité de la mort singulière et plurielle.«Aujourd'hui Bagdad, et demain, demain quel pays, quelle ville, quels hommes, quelles consciences seront désintégrés, rien ne semble pouvoir mettre un terme aux atrocités, aux horreurs futures.» Comment refenner les plaies, parvenir à la guérison?Comment construire la paix, la volonté de paix?Il est impossible que le mal disparaisse, disait Socrate, mais il faut tout faire pour empêcher son triomphe.«Qu'écrire sur Hiroshima sinon un plaidoyer pour la paix?» L'histoire nous enseigne qu’il faut miser sur l’improbable.Le pire n’est jamais certain et «là où croit le péril croit aussi ce qui sauve», comme le dit Hblderlin.Le journaliste termine son papier avec ces mots: « Tout meurt aux portes d'Hiroshima et tout y refieurit.» Quelle planète paisible pourrait-on encore s’offrir et dans quel jardin enchanté pourrions-nous enfermer nos amours?Dans quelle langue encore pour rions-nous les murmurer?Nadia (îhalem posait ces questions dans son roman la Villa désir (Guérin littérature) il y a plusieurs années.A sa manière, le personnage masculin de Ravir Severs reformule la même interrogation: «Où irons-nous mon amour lorsque le monde aura retrouvé sa quiétude?» la’ romancier poursuit avec Revoir Severs, son neuvième roman, une plongée au cœur de la condi tion humaine avec ses limites désespérantes, ses illusions, ses espoirs.11 construit un long monologue intérieur où, dans un mouvement de répéti fions et de variations, il accumule des images somptueuses, des pensées fugitives, des phrases inachevées, des sensations diluées, le roman en atyhipels est aussi un livre sur les livres.Roger Magini y rend un hommage déguisé aux écrivains Marguerite Duras et Abé Kobo.Fasciné par la culture mexicaine préhispanique, Roger Magini a séjourné plusieurs fois dans ce pays.En novembre 2005, il recevait le Ibix de la ciété des écrivains francophones d’Amérique pour son roman Quenamican.Collaboratrice du Devoir REVOIR N EVE RS Roger Magini La Pleine lime Montréal, 200ti, SO pages ENTREVUE Jean-Louis Trintignant devant Apollinaire Jean-Louis Trintignant en répétition pour son spectacle sur Apollinaire à Avignon ODILE TREMBLAY Deux musiciens à l’accordéon et au violoncelle, une table, la voix profonde de l’interprète: tels seront les matériaux de Jean-Louis Trintignant pour aborder l’univers d’Apollinaire à la Cinquième salle de la Place des Arts, du 28 mars au 1" avril: des extraits A'Alcools, mais aussi des sulfureux Poèmes à Lou.Le grand comédien français connaît Montréal 11 a déjà trimballé ici son spectacle sur Aragon et affirme trouver le public formidable.L’ex-amoureux de Brigitte Bardot le partenaire d'Anouk Aimée dans Un homme et une femme, l’acteur aux 130 films dégage aujourd’hui une aura de tragédie.On le dit misanthrope.Au téléphone, il se montre, à vrai dire, charmant Il fut un temps où Jean-Louis Trintignant récitait ces mêmes Poèmes à Lou à deux voix avec sa fille Marie.Provocant duo entamé à la fin des années 90 sur les scènes parisiennes, poursuivi jusqu’à la mort de Marie.Ces poèmes étaient des lettres de feu envoyées à Louise de Coligny-Chatillon par Apollinaire, alors soldat au front lors de la Grande Guerre, qui brûlait de fantasmes érotiques pour cette dame, assez indifférente à sa flamme.Presque un siècle plus tard, les Trintignant, père et fille, s’amusaient à se renvoyer la balle des missives à Lou, par amour pour Apollinaire.Est-ce que ça choquait le bourgeois, ce duo érotique père-fille?Non, répond-il.«C’était érotique par rapport au début du siècle, mais pas trop choquant aujourd'hui.Vous savez, j’ai rencontré Lou à la fin de sa vie, en Suisse, chez un ami poète.C’était une petite vieille un peu grotesque.Quand je lui ai Parlé d’Apollinaire, elle m’a répondu: “Ah oui, ce poète.Il était fou.Vous savez qu’il ne s’est à peu près rien passé entre nous."» Dure réalité du fantasme.Lorsque le comédien a repris le spectacle sur Apollinaire après la mort de sa fiBe, en 2003, il a introduit l'enregistrement de la voix disparue de Marie.Mais son petit-fils lui a demandé de la retirer.L’esprit de Marie, dont la mort s'est confondue avec un terrible fait divers, flottait sur le récital, faisant écran aux mots.«Moi, ça me touchait énormément d’entendre sa voix.Mais c’était trop racoleur.On ne doit pas imposer ses malheurs aux gens.Us ont les leurs.» Jean-Louis Trintignant est désormais tout seul, au corps à corps avec les mots d'ApoDinaire comme avec ses propres fantômes pour ce spectacle-là.Il goûte l'univers du poète depuis cinquante ans, le trimballe dans sa besace.Alcools occupe désormais la moitié du spec- tacle.Poèmes à Lou a perdu un peu de terrain.Moderne Apollinaire qui devait préfigurer le surréalisme avant de mourir de la grippe espagnole, à 38 ans, étoile filante dont la lueur n’a jamais décliné.Mélancolique poète aussi, auteur de La Chanson du mal aimé.Son spleen a embrouillardé Paris, Londres, tous les lieux que ses pieds ont foulés.«Il a surtout chanté les villes, Apollinaire, précise Trintignant Entre sa poésie gaillar- de et sa veine mélancolique, cette dernière m'apparaît plus inspirée.C’est un poète qui respire triste.» •Mon beau navire ô ma mémoire / avons-nous assez navigué sur une onde mauvaise à boire / avons-nous assez divagué de la belle aube au triste soir.» C'est tiré d'Alcools, le recueil de 1913.L’acteur de Et Dieu créa la femme, de Zet de Ma nuit chez Maud, lui qui a joué pour Scola, Bertolucci, Godard, Rohmer, Kieslowski et les autres, tourne le dos au cinéma.Sa dernière apparition au grind écran tut pour Ifalrice Chéreau, dans ( eux qui m'aiment prendnmt le tmin.il y a dix ans déjà «Dans la vie, ilthut cluh-sir.le cinéma, c’est parfois tm bien, mais ça demeure un art en conserve.Au théâtre, on voit des choses qui n ’au nmt lieu qu'une fins.Je pense qu’à par tir du moment ou un adeur est enregistré, il perd un peu de son âme: les chanteurs et les musiciens aussi, qui idéalement ne devraient pas rnregis trer mais chanter devant le public.Une msum un peu utofnque, je sais.» Trintignant ajoute que peut-être il jouera quand même dans un film pour la télé.«Une proposition m'intéresse.Cest curieux, ça ne ressemble pas vraiment à un jilm.- Sinon, le public parisien l’a vu dernièrement au théâtre dans Moins deux, une pièce de Samuel Benchetrit, qui fui le compagnon de sa fille Marie, en reprise à l’automne.11 vient aussi tout juste de monter un spectacle tiré du Journal de Jules Renard.Son récital d’Apollinaire, Jean-Louis Trintignant l’a présenté au Festival d'Avignon, dans la cour d’honneur, devant 2(XX) personnes en juillet dernier.«Il y avait tellement de vent.J’ai fermé le livre dont les pages bruissaient et récité de mémoire.Mais ce fut une expérience magique.1* public avait du génie dans cette belle nuit d'été.» Cette vogue des récitals de poésie qui roule depuis une quinzaine d’années, Trintignant estime qu’elle colle à une véritable évolution du public, qui retourne à l’essentiel.Apres le Québec, il exportera son spectacle sur Apollinaire en ( îrèce, sans être trop certain du bien-fondé de l’initiative.«Il y aura un système de sous-titrages électroniques.Alors que la poésie ne se traduit pas.» Le Devoir ROMAN HISTORIQUE Napoléon sur le Saint-Laurent MICHEL LA PIERRE LI an dernier, la Grande-Bre-r tagne célébrait le bicentenaire de la victoire de Trafalgar, qui lui avait assuré pour longtemps l'empire des mers, et la France, plus discrètement, celui de la victoire d'Austerlitz, qui avait permis à Napoléon de se croire le maître de l'Europe.Mais le Québec oubliait qu'un brave habitant de Saint-Constant avait en 1805 rêvé de géopolitique avant la lettre.Jean-Baptiste Noreau avait gagné New York et s'était embarqué pour la France afin de remettre à Napoléon une pétition dans laquelle douze Canadiens avaient demandé à l'Empereur de les aider à «secouer U joug des Anglais».Denis RoÛtaâDe n’a pas eu besoin de rapporter cette anecdote dans son roman historique Dise nuit, un capitaine, consacré à un natif de Bordeaux: Pierre Cotté (1800- 1882), très jeune marin des forces napoléoniennes en 1814, devenu plus tard capitaine d’un bateau a vapeur sur le Saint-Laurent.11 nous fait sentir à merveille tes tensions politiques de l'époque sans que transparaisse sa prodigieuse érudition.Ce n’est certes pas pour plaire aux Anglais qu’en 1857 Pierre, débarqué clandestinement à Québec une trentaine d’années plus tôt, est capitaine d'ün navire construit dans le chantier d'Augrustin Cantin et baptisé le Napoléon.Dans sa cabine trône le portrait équestre de rEmpereur.Phis que te bateau à vapeur, propriété de Jacquesféfix Sincennes et de ses associés, c'est te fantôme conquérant de Napoléon qui vogue sur te fleiive en direction de Montréal.Quel symbole! Robitaffle ne (exploite pas.D se méfie sans doute du symbolisme fascinant mais risqué dé la Btté rature sérieuse.Mais on ne peut que louer la sobriété efficace de son styte et de son art de raconter.En même temps que 1e Napoléon, un navire rival, très britannique celui-là, file vers Montréal, ville dont il porte le nom.Son capitaine, John Charles Rudolph, se fait un point d’honneur de dépasser le bateau de Pierre.Il surchauffe tes chaudières: un incendie éclate sur le navire.Plus de 250 personnes périssent, surtout des immigrants écossais.Pierre recueille les rescapés sur 1e Napoléon.En venir à sauver la malheureuse piétaille de l'Empire britannique après avoir été bagnard sous la férule de cet empire et s'être enfui en 1825 d’un navire anglais accosté à Québec! Que de chemins Pierre a parcourus! Avant de devenir par désœuvrement pirate au large des Antilles en 1823 et de se faire arrêter par tes Britanniques, te Français, inspiré par le côté moderne de Napoléon, avait, en tant que corsaire, tenté de servir la cause de la révolution en Amérique latine.Marié à une Char-land de Grondines, U est maintenant marin d’eau douce et phi- lanthrope sur le Saint-Laurent! Denis Robitaille ne semble pas s'éfre aperçu que, sur te navire de Pierre, le fantôme de Napoléon, malgré un détestable césarisme, cache dans une légende syncrétis-te tes cendres encore brûlantes de la Révolution.Collaborateur du Devoir UNE NUIT, UN CAPITAINE Denis Robitaille Rdes Montréal, 2005,368 pages • [’HEXAGONE www.edbexagone.com KTJfVAVD OtTfJiT7T L’Inoubliable «Au début de 2003, j'écrivais le premier poème qui devait me plonger dans une expérience d’écriture, incomparable même aux Heures.[.] le défi de maintenir un sens, une cohérence, une poétique en l’enracinant dans la matière du monde m’entraîna dans une aventure unique.L’Inoubliable.Chronique II est la deuxième démarche de ce parcours.» ^ Fernand Ouellette L’auteur dédicacera si organisé par la Maiso à l’occasion de " Parc le dimanche 19 mars, à la maison de la cuit Située au avenu* ’ la poésie de Montr ateau-Mont-Royal.4 w L’histoire d’un marin des forces napoléon-niennes devenu capitaine d’un vapeur sur le Saint-Laurent \ F 4 LE DEVOIR.LES SA ET D I M A A C H E 19 MARS 2 0 0 6 Littératdre Voyage au Portugal avec deux inspecteurs de police Louis Hamelin Les Anglos-Américains abordent la littérature avec un esprit de sérieux tout à fait remarquable.On peut être épaté par leur énergie, captivé par leurs intrigues.Mais pour la franche rigolade, la liberté fantaisiste, un peu de carnavalesque et de folle magie, mieux vaut, actuellement, tourner ses regards ailleurs.Je m’ennuie parfois, en les lisant, de Vbnnegut Jr.et de ce complet crétin de Kilgore Trout, du bon vieux Billy Pellerin A'Abattoir 5 et de 1m Pêche à la truite en Amérique (qui, en dépit des apparences, n’est pas seulement le titre d’un livre de Richard Brautigan, mais aussi le nom de son improbable protagoniste.).Ce constat de platitude foncière (où l’exploit technique et l'efficacité triste du business semblent primer sur la pure jouissance langagière), Luis Sepulveda et son copain Mario Delga-do-Aparain donnent l’impression de le partager dans l’inénarrable glossaire sur lequel s’ouvre leur récent livre écrit à quatre mains.Voir, par exemple, la définition qu’ils proposent à l’entrée «Amérique» (et en passant, merci pour le coup de chapeau!): «[.] divisée en trois parties: le Nord, assez ennuyeux malgré les efforts de la francophonie au Canada et la constance de Ruben Blades un peu plus bas; le sud du Rio Bravo, territoire rendu célèbre par les pérégrinations, aventures et mésaventures des jumeaux Grim; et le territoire antarctique, une région peu propice aux célébrations du carnaval ou d’Halloween.» Peut-être pas exactement le meilleur endroit pour passer l’Halloween, en effet, et pourtant, ce que les deux compères, pour mieux frapper les imaginations, appellent ici Antarctique et que les géographes baptisent plus prudemment Terre de Feu et Patagonie, s’anime sous leurs plumes d’une joie créatrice et d’un plaisir d’invention capables, en cette fin d’hiver, de vous recrinquer le canayen jusque dans sa toundra natale.Indispensable Sepulveda, sans les livres duquel jamais ne nous viendrait l'idée à première vue saugrenue que les deux extrémités de ce continent se répondent et que, entre habitants des lisières désolées des calottes de ce monde, on peut se comprendre.Livre écrit à quatre mains, mais aussi, de toute évidence, à deux rates bien dilatées.La verve parodique est ici de mise et l’exercice atteint parfois des sommets de complicité aux limites du cabotinage, au risque de perdre de vue le sujet principal et prétexte de départ: les rapports entre culture et connaissance, éruditon et traditions populaires.On connaît déjà l’importance du folklore musical (tango et milongas, entre autres) chez un écrivain comme gorges, que personne n’oserait taxer de frivolité.A travers la correspondance fictive et volontiers délirante d’un sympathique tandem de grands hommes de province, esprits supérieurs dont la rencontre, au milieu de cette nature hostile des confins du monde civilisé, relève un peu du miracle, le Chilien Sepulveda et son voisin d’outre-Rio del Plata nous proposent pour leur part de découvrir les payadors, sorte de troubadors de la pampa dont les jumeaux Grim sont, si l’on peut dire, les dignes représentants.Annoncé dès l'introduction bidon, le contenu ne permet aucun doute sur la démarche poursuivie par les auteurs de cette farce savante: «Textes objectifs sur la biologie du payador, histoires de leurs pratiques sexuelles à travers les âges, traités neuro-psychiatriques concernant les payadores pourchassés [.] et autres sujets similaires font partie d’une interminable thématique autour de cet art éminemment solitaire et volatil.» Volatil, le rire du lecteur l’est tout autant Passé une certaine limite, l’accumulation des effets dus à la redoutable grandiloquence de ces Laurel et Hardy de la musicologie populaire finit par lasser.Dommage.Comme si l’auteur et son straight man, tout à leur numéro, nous avaient perdus quelque part en chemin.Mais qu’importe, quand les applaudissements, on se les donne sur les cuisses.?Je n’ai pas grand-chose à dire des Deux eaux de la mer, du Portugais Francisco José Viegas.Parce que c’est trop bon.Parce que les hommes y font trop bien la cuisine.Et parce que, comme homme dans la mi-quarantaine qui se pose des questions, ce livre me concerne un peu trop.Je connaissais la mélancolie, la nostalgie, mais pas encore la saudade, cette «faim singulière, [ce] froid dans le cœur» qui en constitue la version lusitanienne.Et comme la nécessaire distanciation critique me fait soudain défaut, je préfère m’effacer devant l’auteur, faire place à la lente houle de ses phrases et donner la parole à deux flics qui, pour être philosophes sur les bords, épicuriens par principe et pince-sans-rire de génie, n’en connaissent pas moins toutes les peurs de la nuit.«Délivre-mous de la mort, dit-il, délivre-nous du rendez-vous chez le dentiste, délivre-nous des nuits d’été où nous nous endormons en n’aimant pas ce que nous avons et en désirant toujours autre chose.Tu voudras toujours autre chose, une chose plus belle, mais certains te diront que ce n’est jamais elle qui vient au jour.» Bref, il y a le corps d’une jeune femme que rejette la mer des Açores, le corps d’un homme plus âgé traversé au même moment de trois balles de .22 à plusieurs centaines de kilometres de là et, entre les deux, l’océan du temps qui passe et des policiers qui mènent leur enquête, non pour classer encore un dossier mais pour tenter de comprendre ce que les corps ont à nous dire de précieux et de fragile.Je n’ai jamais lu Montalban.mais je me demande, en refermant ce beau et grave polar, par quel mystérieux pouvoir la péninsule ibérique peut engendrer des flics aussi attentifs aux raffinements de la cuisine, aux courants souterrains qui agitent nos sens et les existences de nos semblables et aux déconcertants détours de la volonté féminine.Des flics qui promettent de faire de l’exercice et d’arrêter de fumer, même si «le plaisir [.] constitue Tun des derniers refuges de Thomme civilisé, s’il est théâtralisé et partagé dans la recherche d’un sens qui ne soit pas tari dès sa simple réalisation».Des flics à qui il arrive de rêver la vérité et de vouloir changer de vie.Des pas-vite sur la gâchette qui finissent quaqd même par trouver leur homme, leur femme.A défaut d’une explication.«[.] il devait rechercher quelque chose.Je ne sais pas.Ça vous est déjà arrivé un truc comme ça?Rechercher quelque chose?» Coupable.Collaborateur du Devoir LES PIRES CONTES DES FRÈRES GRIM Mario Delgado-Aparan et Luis Sepulveda Traduit de l’espagnol par Bertille Hausberg et René Solis Métailié Paris, 2005,189 pages LES DEUX EAUX DE LA MER Francisco José Viegas Traduit du portugais par Séverine Rosset Albin Michel Paris, 2005,414 pages Livre écrit à quatre mains, mais aussi, de toute évidence, à deux rates bien dilatées LITTÉRATURE FRANÇAISE LA PETITE CHRONIQUE Observateurs du vivant G U Y LAINE MASSOUTRE Antoine Volodine, écrivain des esprits errant dans le noir, s’enfonce dans le pire.Il n’avait pas assez de sa pratique des «narrais», «instantanés romanesques», disait-il, disons brèves ruminations imagées sur des mondes hypothétiques, io voici de retour avec des «entrevoûtes», sous-titre d’un genre nécessairement cauchemardesque et perle d’imagination chez un écrivain, adolescent éternel, récalcitrant au monde.L’objet désigné s'intih ik-Ntmimmaux préférés.Qu’est-ce que cette mystifiante «entrevoûte»?les à-côtés les plus bizarroïdes d’une Shaggà.Entendez, sous ce terme remâché par Volodine, une de ces épopées nordiques dans lesquelles «un narrateur parait revenir sur les lieux dévastés où, des siècles plus tôt, son martyre s’est déroulé».On croirait revoir Court serpent de Bernard du Boucheron.Mais d’autres influences disent l'ambiance de fin du monde, de désert glacé, de duel à mort et de cruauté des oiseux de malheur qui hantent l'épopée.Vous trouverez ses commentaires pseudocritiques au cœur de l’ouvrage, entre une douzaine de contes d’animaux aussi cruels que fascinants.Eric Chevillard se plai-gn;üt, d;uis LAujounThui du roman (Cécile Defaut, 2005), que «le roman ne s'intéresse guère aux ani- maux»?C’est chose comblée chez Volodine.«Ni hyène ni criquet ni hérisson ni ptmlpe», dit Chevillard, auteur de Crab et du romancier-hérisson.Faux! Volodine nous donne l’éléphant, le roi du varech, la sole, et j’en passe de moins définis.Rois de surface Volodine aime ce qui est noir, enfermé, prisonnier, terrorisant.Rire, humour noir, pessimisme vont chez lui de pair avec le son de «la voix des hérauts post-exotiques», tous figures de l’autre, abominable, impur, assez hybride pour générer de catastrophiques confusions.Aucun réalisme ne l’embarrasse.11 vous tient par le conte, par sa désopilante promptitude à préférer l’envers au visible, donc, comme si c’était logique, la «rumination onirique et active sur la défaite et le passé».On découvre un tohu-bohu silencieux.C’est fabuleux.Volodine ne disserte pas siu son cas, il s’enfonce dedans.Pire, pour un théoricien approximativement abstrait, sa prose syncopée et gothique, d’une éternelle adolescence jubilatoire, dessine un paysage onirique — «un ciel péniblement infini» — sur lequel planent des ailes de destruction massive, qui ne sont pas sans évoquer, avec une douloureuse poésie, les pires travers de notre grossière espèce.Répondant au vœu de Chevillard, il existe bel et bien un univers de fiction qui s'intéresse à p I I I I I I I I I I I I I Montréal capitale mondiale du livre ^ 20.05 2006 RÉAL À LIVRE OUVERT CIRCUIT DE DÉCOUVERTE URBAINE SUR L'HISTOIRE DU LIVRE ET DE LA LECTURE À MONTRÉAL UNE OCCASION UNIQUE DE DÉCOUVRIR LE PATRIMOINE LITTÉRAIRE MONTRÉALAIS PROCHAINS > Samedi 25 mars > Samedi 8 avril CIRCUITS de 9 h 30 à 13 h de 9 h 30 à 13 h > Samedi 1” avril de 9 h 30 à 13 h > Samedi 15 avril de 9 h 30 à 13 h I I I I I I I I Réservation obligatoire au Collectif L’autre Montréal Information : www.autremontreal.com Réservation : (SI4) 521-7802 Prix du billet : 5,00 $ £ mcml.canoe.com -xtryt» tt Br ag .t rat- ggr- **4.I I I I f J SOURCE LE SEUIL Antoine Volodine autre chose qu'au drame psychosocial du bipède.Avec Volodine, c’est le Michaux de Grande Garabagne qui revient, englué de quelques couches de marée noire.L’imagination d’un tel romancier ne bute pas sur la fin des utopies: «Il reprend et partage ce que contiennent en germe les textes des vociférateurs emprisonnés: une rêverie susceptible de briser encore çà et là le réel, l'inexorable réel de la marchandise et de la guerre; un territoire d'exil, une parole chamane.» Reste à savoir si ce sont les animaux qui fermeront le bal.En sols secs Après une telle lecture, le Livre des desirts ressemble à une fraiche oasis.Toute aridité s'avère relative! On ne devinerait pas, sans l'aimable sélection de ces itinéraires scientifiques, littéraires et spirituels, que le sujet soit aussi riche de diversité et de création.On croit tout savoir des déserts de dîmes et de steppes, du Sahara à l'Asie centrale, quand on a dit qu'ils constituent l’habitat naturel des nomades.Mais savez-vous qu’un tiers de la population mondiale vit sur des terres arides?Il y a les régions polaires, semi-;irides et montagnardes.Quelle civilisation n’y a pas mis le pied, pour la traverser en conquérante, faire de son étendue un sujet d’exploit physique, de retraite, de contemplation ou de recherche?Rêver du désert, nous disent les anthropologues, est une panacée de l’imaginaire occidental.C’est à croire, quand tant de spécialistes de ce premier ouvrage interdisciplinaire portant sur les étendues minérales témoignent à leur tour d’une fascination savante.2006 est l’année des déserts de la planète, décrétée par 1TJNESCO.Géographes, météorologues, géologues, biologistes, ethnologues mais aussi philosophes et théologiens, poètes et historiens d’art, tous participent à l’expansion de notre planète en ces lieux hostiles.Ils nous rappellent que la grande sécheresse qui croît sur les continents, faute d’un souci écologique raisonné, nous amènera, si on veut bien lire, des perspectives dans lesquelles la vie, raréfiée, continue dans ce que les mystiques ont appelé, par excellence, «l’épreuve et la tentation».Pour l’heure, lire ce Livre des déserts, conduit par Bruno Doucet directeur des Editions Seghers, ses 103 auteurs et ses 15 collaborateurs rédacteurs, ouvre assurément ce que Gide appelait joliment «le lyrisme de la déambulation».Collaboratrice du Devoir NOS ANIMAUX PRÉFÉRÉS Antoine Volodine Le Seuil Paris, 2006,154 pages LE LIVRE DES DÉSERTS Sous la direction de Bruno Doucet Robert Laffont «Bouquins» Paris, 2006,1231 pages ï A DÉLICES DE LIRE DÉLIRES DE DIRE Lecture.CONTE.POÉSIE Des mots qui FONDENT DANS AVEC LES CONTEURS-AUTEURS DES PRODUCTIONS CORMORAN Eric GAUTHIER FX LIAGRE Yves ROBITAILLE Julie TURCONI LA BOUCHE ET LEURS ILLUSTRES INVITÉS «*s»***.a>* Natasha BEAULIEU Bertrand LAVERDURE LE JEUDI 23 MARS À 19H30 au Pharaon Lounge 139 rue St-Paul Ouest (514) 843-4779 Entrée: 7$ Serve ez notre : tout savoir sur m 'es Productions J Cormoran http://productioRS-connoran.ca Correspondance privée Gilles Archambault Dans un monde de l’édition dont on dit non sans raison, que la surenchère commerciale est devenue la règle, il peut paraître étonnant que l’on publie ces Lettres à Sonia de Raymond Guérin.Qui connaît Raymond Guérin en 2006?C’est un auteur depuis longtemps oublié, au reste peu connu de son vivant dont les livres méritent toutefois d’être lus.Contempo-râin d'Henri Calet avec lequel il a correspondu, il a publié par exemple L’Apprenti, qui relate son expérience de garçon de restaurant ou encore Les Poulpes, compte rendu à peine romancé de son expérience des camps pendant la Deuxième Guerre mondiale.Son entrée en littérature, il la doit à Zobain, roman par lettres.Toute l’œuvre de Guérin tourne autour de la correspondance et du journal intime.Ces Lettres à Sonia s’échelonnent de 1939 à 1943.Six mois de vie militaire suivis de plus de trois ans de captivité.Sonia Benjacob, la destinataire des lettres, était une compagne qui deviendra sa femme à la fin des hostilités.Juive, elle vit ces années d’ignominie dans la détresse.Y a-t-il pour nous un intérêt à parcourir ces lettres non destinées à la publication?11 me semble qu’il faille répondre par l’affirmative.De quoi parle Raymond Guérin dans cette correspondance?Soldat, puis prisonnier, il se plaint avec raison de la liberté qui lui est enlevée, fl réclame sans cesse.Des denrées alimentaires, mais aussi des livres.Les colis à recevoir, voilà ce qui le hante.Trop intelligent pour s’imaginer que les Allemands sont automatiquement des ennemis, il n’est pas de ceux qui se félicitent aisément d'avoir descendu un pauvre diable qui a revêtu, peut-être de force, un uniforme.Ecrivant à la femme aimée, il fait état de l’amour qu’il a pour elle, évoque sans arrêt des projets d'écriture, commente ses lectures, vitupère la bêtise sous toutes ses formes.Comme le rappelle Maurice Nadeau dans Grâces leur soient rendues, le stalag a été pour Guérin «le milieu pestilentiel où l’individu se laisse aller à toutes les défaillances et voit sa vie se réduire aux fonctions élémentaires, génératrices elles-mêmes de comportepieflts animaux».Pour nous qui avons Fu Primo Levi, dont l’expérience concentrationnaire a été autrement plus atroce, la valeur du témoignage se situe dans le cri d’un auteur empêché de vivre et d’écrire.fl faut aussi dire que notre auteur n’est peut-être pas un homme vers qui on se tourne facilement II peut arriver qu’en cours de lecture, on oublie que l'auteur des lettres à la personne aimée est un prisonnier.D’accord, il réclame des colis, supplie qu'on lui envoie les dernières parutions, se plaint de la bêtise qui l’entoure, mais il a réagi surtout comme un écrivain.Comme un écrivain empêché.D s’inquiète de ses manuscrits, les rumeurs du monde littéraire sous l’Occupation lui parviennent malgré tout D se désespère de ne pas y participer pour revendiquer, protester, chasser ceux qu’il appelle «les imbéciles», fl écrit sans cesse, il sait que sa vie se gaspille, que son retrait obligé de la vie active est un vol.On lui enlève sa raison d'être.Tel est l’inténét de ces lettres qui pourront être hies par des gens qui ne connaîtraient rien de l’œuvre de leur signataire.Collaborateur du Devoir LETTRES À SONIA 1939-1945 Raymond Guérin Gallimard.«Les inédits de Doucet» Paris.2005,347 pages ÉCHOS livres anciens Le salon annuel du Bvre ancien de Westmount se tient ce dimanche au Sehvyn House School situé au 95 de la côte Saint-Antoine à Westmount de lOh à 17h.Le prix d’admission est de 2 $.On peut se tenir infbmfe des activités du monde du Bvre ancien en consultant le site wuncbibliopolis.net.- Le Devoir Politique et littérature en revue Le dernier numéro des cahiers littéraires Contrefour présente un intéressant dossier qui se propose de réfléchir, à travers des analyses d'œuvres québécoises ou étrangères, aux differentes manières dont la littérature peut «jat-re de la politique», l’n entretien inédit avec le philosophe fiançais Jacques Ranciere.auteur, entre autres, de La Chair des mots: politique de l'écriture (Galilée.1998).dont la pensée sur la question des rapports entre l'esthétique et la politique apparaît comme l’une des phis riches (entre autres à travers le concept de «littérarité»), constitue le noyau dur de ce numéro.Avec notamment des textes consacrés à Hubert Aquin et à Walter Benjamin.En phis: une rencontre avec le cinéaste Bernard Emond à propos de son film La Neu vaine.(Contre-jour, numéro 8, hiver 2005-06) - Le Devoir Rencontre avec Didier Daeninckx Dans le cadre de la Semaine d'action contre le racisme, Stanley Pean rencontre Fauteur de polars Didier Daeninckx ce samedi à 15h a b fe braxrie Gaffimard (3700.boulevard Saint-Laurent), à Montreal L’écrivain engage a signé plus d’une quarantaine de romans et de recueüs de nouvelles, dont la plupart des intrigues a rhumour noir sont an-crées dans la réake sociale et poB-ticpje.D dirige le quotidien en Bgne d information amnistia net II a reçu entre autres le Grand Prix de fttera-ture po&ciere et le prix Concourt du Bvre de jeunesse.- Le Devoir I 44 LE DEVOIR.LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 1 H MARS 2 0 0 6 -'Essais^- ESSAIS QUÉBÉCOIS Les médias et la question nationale Louis Cornellier Patrick Bourgeois, fondateur du journal indépendantiste Le Québécois, est un ardent militant souverainiste.Dans les six derniers mois, en plus de rédiger plusieurs textes pour son journal et pour son site Internet, il a publié deux essais-chocs.We Are Québécois when ça nous arrange se voulait une charge à fond de train contre certains Québécois bilingues et biculturels (Justin Trudeau, Ben Mulroney, Yann Martel, Jean Charest, Paul Martin, Alain Dubuc) qui collaborent avec «l’ennemi» en s’adonnant à la propagande fédéraliste.Plus substantiel, Nos ennemis, les médias proposait une petite enquête maison sur le biais fédéraliste des grands quotidiens québécois.A partir d'une analyse, intéressante mais pas tout à fait rigoureuse, des textes publiés dans quelques-uns de ces journaux pendant la campagne référendaire de 1995, Bourgeois concluait à la «désinformation canadienne».Le caractère fédéraliste des journaux du groupe Gesca, écrivait-il, ne fait pas de doute, les quotidiens du groupe Québécor ne sont obsédés que par la rentabilité et Le Devoir, qui offre une couverture équilibrée de la question nationale, ne serait plus vraiment indépendantiste.Aussi, compte tenu «de l’impact politique qu’ont les médias [.] sur le combat pour la liberté que nous menons, nous les indépendantistes», écrit Bourgeois, il faut donc conclure à un déficit démocratique.Le Manifeste lucide pour la fin de l'hégémonie fédéraliste sur l’information, que publient maintenant les Editions du Québécois, reprend pour l’essentiel cet- te thèse.Rédigé par Bourgeois et son collègue Pier-re-Luc Bégin, et cosigné, entre autres, par des militants indépendantistes bien connus — Victor-Lévy Beaulieu, Pierre Falardeau, Andrée Ferretti.Claude Jasmin, Jean-Marc Léger, Yves Michaud et Yves Rocheleau, pour n’en nommer que quelques-uns — , ce manifeste s'en prend à la concentration de la presse, essentiellement entre des mains fédéralistes, et en appelle à trois solutions: la mise sur pied, par le mouvement indépendantiste, d’une Commission sur la concentration de la presse, la création d’un Observatoire des médias et la transformation de Télé-Québec «en véritable entreprise d'information qui informerait honnêtement les Québécois».Dans un avant-propos qui ne fait pas dans la dentelle, Bourgeois réitère que «l’organisation du Québécois est plus fermement que jamais engagée dans un processus d’opposition musclée avec les médias du Québec», que «tous nos médias ne sont qu'autant d’organes de propagande» et qu’il est temps d’en finir avec cette «censure».Peut-on vraiment donner raison à Bourgeois et à ses camarades de combat quand ils affirment que «le mouvement indépendantiste est bafoué dans ses droits par les principales entreprises de presse du Québec»?Au sujet du problème de la concentration de la presse au Québec, difficile de les contredire.La mainmise du groupe fédéraliste Gesca sur sept des dix quotidiens francophones du Québec engendre en effet un sérieux problème démocratique.C’est d’ailleurs ce groupe qui constitue la cible principale de Bourgeois et compagnie.Cela, pour autant, ne justifie pas toutes les outrances accusatrices du militant.Opinion et information On souhaiterait, par exemple, que ses analyses distinguent ce qui relève de l’information de ce qui relève de l'opinion.Que la ligne éditoriale du groupe Gesca soit fédéraliste, cela est bien connu.Peut- on pour autant en tirer la conclusion que l'information offerte par les quotidiens de ce groupe relève de la propagande?Dans le cas de La Presse, en tout cas, et pour parler de ce que l'on connaît, l'accusation semble un peu grosse et par trop generale.Au passage, d'ailleurs, et pour revenir dans le domaine de l'opinion, Bourgeois oublie de mentionner que Pierre Foglia et Réjean Tremblay ont souvent pris position en faveur de la souveraineté.Cela, bien sûr, ne suffit pas à rétablir l'équilibre éditorial, mais il faut au moins le souligner.En ce qui concerne Le Journal de Montréal, on peut, évidemment, déplorer son approche principalement commerciale, mais on ne peut faire abstraction du fait qu'il donne aussi à lire, ce que Bourgeois reconnaît, les chroniques de Franco Nuo-vo et de Lise Payette, deux souverainistes affichés, et celles de Joseph Facal, dont le militant ne parle pas.Sheila Copps, Yves Séguin (plutôt modéré, tout de même) et Nathalie Elgrably y figurent aussi, bien sûr, mais la présence des premiers nous empêche de conclure au caractère propagandiste fédéraliste de ce quotidien.Les souverainistes les plus pressés aimeraient bien que Le Devoir privilégie une ligne éditoriale plus radicale, mais ils doivent reconnaître que ce quotidien indépendant, sur la question nationale, n'a pas démérité.En 1995, il a clairement pris position en faveur du OUI et, lors de toutes les élections subséquentes, il a appuyé le Parti québécois ou le Bloc québécois.Deux de ses chroniqueurs-vedettes, Michel Venne et Christian Rioux, sont ouvertement souverainistes et cette chronique, à l’occasion, ne se prive pas non plus de s'exprimer en ce sens.Le cas de Radio-Canada est, quant à lui.moins evident Les affaires Lester (aujourd'hui à TQS) et Pa-renteau ne plaident pas en sa faveur, mais il faudrait être prudent avant d’accuser cette institution, dans sa version québécoise, de tous les torts.Présente-t-elle des points de vue équilibrés sur la question nationa- le?Une analyse rigoureuse pourrait nous le dire, mais on ne peut nier le fait que, à la radio surtout, efie donne souvent la parole à des souverainistes (de même qu’à des fédéralistes, bien entendu).Bourgeois, d’ailleurs, n’aide pas sa cause quand il formule des exagérations comme celle qui veut que.Pierre Falardeau ait «toutes les difficultés du monde à' percer le filtre médiatique».Récemment, on a vu ce; dernier, deux fois plutôt qu'une, sur le plateau de Tout le monde en parie, aux Franc-tireurs à Télé-Québec et, à quelques reprises, aux débats du Grand Journal à TQS.On l'a entendu, à la radio de Radio-Canada, en virile discussion avec lierre Foglia.Il y a quelques années, la Chaîne culturelle de Radio-Canada a même mis en ondes une de ses dramatiques dans laquelle il s'en prenait avec hargne aux fonctionnaires de Téléfilm Canada.Bourgeois, donc, beurre épais, et cela ne sert pas toujours bien sa thèse.Même le critique de L'Action nationale (février 2006) soulignait que ces exagérations nuisent à un propos qui, par ailleurs, soulève souvent de réels problèmes démocratiques, particu-lièrement, répétons-le, celui de ht concentration de la presse, qui constitue l’enjeu principal de ce débat.louiscomellienaparroinfo.net NOS ENNEMIS, LES MÉDIAS Petit guide pour comprendre LA DÉSINFORMATION CANADIENNE Patrick Bourgeois MANIFESTE LUCIDE POUR IA FIN DE L’HÉGÉMONIE FÉDÉRALISTE SUR L’INFORMATION Patrick Bourgeois et Pierre-I-uc Bégin Ijes Editions du Québécois Québec, respectivement 2005 et 2006, 216 et 104 pages Bourgeois beurre épais, et cela ne sert pas toujours bien sa thèse Du temps du ROBERT COMEAU Deux sociologues nous proposent une réflexion approfondie sur ces peuples «bousculés par l’histoire», ces minorités nationales dispersées le plus souvent à la suite d’un désastre et qui ont gardé cette volonté de durer en transmettant un héritage culturel et linguistique.En 1991, G.Cha-liand et J.P Rageau, dans un Atlas des diasporas qui ouvrait la voie dans un domaine longtemps négligé, avaient tracé les migrations d'une douzaine de peuples pouvant être tenus pour diasporiques: Juifs, Arméniens, Tsiganes, Noirs, Chinois, Indiens, Irlandais, Grecs, Libanais, Palestiniens, Vietnamiens et Coréeens.Ils reconnaissaient s’en être tenus aux seules grandes diasporas.Depuis, le terme «diaspora» a connu une véritable inflation dans la vue publique et intellectuelle, comme en témoigne l'importante bibliographie sur ce sujet à laquelle nos auteures font référence tout au long de leur ouvrage.Son attrait a grandi avec les interrogations nées de la mondialisation.Elles constatent que les diasporas sont devenues l'objet d'un véritable cul- te.Elles tentent de comprendre «pourquoi ce modèle s’étend [.] aujourd’hui à tous les peuples dispersés».«Comment en est-il venu à désigner toutes les revendications identitaires, des cultures régionales aux pratiques religieuses, des modes de vie aux modalités sociales?» Sa signification a changé; un seul exemple: on parle même de -‘diaspora homosexuelle» dans Je monde intellectuel et militant anglophone.En fait ce modèle de la diaspora permet de faire entendre certaines revendications dans l’opinion publique internationale.Les peuples en diaspora se sont multipliés; pour n’en citer que quelques-uns: les Basques, les Roumains, les Amérindiens, les Sikhs, les Turcs, les Kurdes, les Afghans.La diaspora est devenue un enjeu politique pour les peuples en quête de liberté et de reconnaissance, si bien qu’il semble qu’*o» assiste à une concurrence des diasporas, comme il existe une “concurrence des victimes’’».Aujourd’hui, on utilise ce terme pour qualifier tant des immigrants économiques que des réfugiés politiques, le concept s’est vidé de toute compréhension.Depuis la fin des années soixante-dix, avec Üean-Louis Trintignant Apollinaire POEMES A LOU ?u 2B mars au 1er avril ERIK SATIE DANIEL MILLE GRÉGOIRE KORNILUK DANIEL MILLE MARIE-HÉLÈNE SARRAZIN ALAIN POISSON (.y/c) 11 FESTIVAL INTERNATIONA! -|| OEIAIITTERATURE rlL :ou © Cinquième Salle 842 2112 wrnnw pda.qc ca - Place des Arts 842 2112 w=r =sr Québec SS SOCIOLOGIE soupçon au culte des diasporas le développement des études sur les groupes ethniques et l’engouement pour le multiculturalisme, d’abord en Amérique du Nord puis en Europe, la bienveillance avec laquelle les chercheurs considèrent les nouvelles formes de marginalité et de métissage a contribué à l’extension de cette notion.L’air du temps valorise tout ce qui est minoritaire, différent, marginal et métissé.Constat réaliste Bordes-Benayoum et Schnapper constatent que cette ferveur dont les diasporas sont l’objet manifeste l’esprit de notre temps: elle incarne «une expérience vécue et réussie du monde transnational».L’homme de la diaspora est captivant, comme le montre la littérature de l'exil, car «il exprime la fidélité à soi, le mythe d’une résistance spirituelle et culturelle face à l’uniformisation».Devant l’imaginaire de notre époque, qui présente l’exil heureux procurant un sentiment de liberté, nos deux sociologues font un constat plus réaliste.Critiques à l’égard des tenants du postnationalisme, elles doutent que l’érosion du fait national soit aussi avancée.Dans leur ouvrage, elles ont distingué deux grandes périodes.La première est celle du développement des nationalismes et des nations, durant laquelle les membres de la diaspora inspiraient nne suspicion généralisée.Les cas historiques sont bien décrits, en particulier le modèle israélite d’intégration qui s’est imposé dans toute l’Europe, les auteurs insistent sur le fait que les Etats nationaux étaient loin d’être homogènes.Quant à la deuxième partie de l’ouvrage, elle est consacrée à la nouvelle ère débutant vers 1970, quand se déploient les relations transnationales et l’inflation des diasporas.Les auteures soulignent que, malgré le «rétrécissement du tfionde» et l’affaiblissement des Etats nationaux, «la situation actuelle ne se résume pas à l’histoire d’un affaiblissement continu de l’État nation».Les ONG se sont multipliés, de même que les nouveaux acteurs du jeu international, mais ce sont encore les Etats nationaux qui peuvent formuler l’intérêt national malgré les pressions des lobbys ethniques.Il n’est pas moins vrai que la politique d’assimilation s’est partout affaiblie.Cet ouvrage arrive au bon moment et #Tol erance.ca* Le webzine sur la tolérance www.tolerance.ca Éducation, religions et diversité richesse ou source de conflits ?Pour souligner la Journée internationale pour l’élimination de la 1 discrimination raciale, Tolerance.ca, son directeur, Victor Teboul, | et toute l’équipe du webzine ont le plaisir de vous inviter à une soirée de discussion le jeudi 23 mars 2006, à 18 h 30, au Salon Émile-Nelligan de la Maison des écrivains, 3492, avenue Laval, à Montréal, métro Sherbrooke Invité-e-s M.Patrice Brodeur, Ph.D., titulaire, Chaire de recherche du Canada sur l’islam, le pluralisme et la globalisation, UdeM M.Maurice G.Dantec, écrivain Dr Amir Khadir, médecin Mme Rabia Naguib, Ph.D., chercheure, HEC Montréal Dr Marc-Alain Wolf, psychiatre, membre de Tolerance.ca Avec la participation de MM.Christian Agbobli, étudiant, UQÀM, t Jonathan Blais, étudiant, UdeM.Mohamed Jelassi.étudiant, UQAM et Karim Ben Maiz.étudiant, UQÀM.Présentation : M.Osée Kamga Ph.D., coordonnateur de la soirée.I Animation : M.Yvan Cliche, membre de Tolerance.ca Un goûter sera servi à la fin de la discussion.Entrée libre, mais | places limitées Information : Tél.(514) 488 8885 infoôtolerance.ca Consultez « Campus », la nouvelle série de Tolerance.ca www.tolerance.ca Événement organisé dans le cadre du projet de Tolerance.ca sur la diversité des valeurs et des croyances religieuses dans les milieux collégial et universitaire, réalisé avec la contribution financière de Patrimoine canadien.apporte ufte contribution pertinente et éclairante au débat sur les processus d'intégration à notre société qui célèbre la multiplicité de ses références identitaires au nom des vakmrs démocratiques.Collaborateur du Devoir DIASPORAS ET NATIONS Chantal Bordes-Benayoun et Dominique Schnapper Odile Jacob Paris, 2006,249 pages PALMARÈS LIVRES ARCHAMBAULT^ QUEBECOR MEDIA 1 Résultats des ventas : Du 7 au 13 mars 2006 » L K DEVOIR.LES S A M EDI I ET DIMANCHE 19 MARS 2 0 0 6 K « Les -Livres ETHNOLOGIE faces de la mi-carême 'mÈÈÈÊÊà ï ¦ "¦ .if PIERRE DUNNIGAN Des musiciens fêtant la mi-carême à Natashquan.Photo de Pierre Dunnigan tirée de l’album Mi-carême - Une fête québécoise à découvrir.JEAN-FRANÇOIS NADEAU Au Québec, à l’époque où le religieux était encore omniprésent, la mi-carême était célébrée un peu partout, en particulier près du fleuve.Dans l’univers très catholique des paroisses du XIX' siècle et de la première moitié du XX', on se donnait alors le droit de jouer des tours et de transgresser l’ordre établi.Les déguisements carnavalesques servaient à mieux parvenir à ses fins.Les mi-carêmes, comme on les appelait, portaient aussi des masques, symboles du mystère autant que reflets d’un état physique réel provoqué par le jeûne.Le masque, plus peut-être encore que le costume, servait à conspirer gaiement, tout comme on l’utilisait ailleurs, en d’autres mondes et en d’autres époques, notamment à Venise, pour mieux transgresser les règles.Dans Pour la suite du monde, le chef-d’œuvre cinématographique de Pierre Perrault, la mi-carême apparaît dans toute sa joie et dans toute sa beauté comme un moment fort de la vie des gens du fleuve.C’était dans les années 1960 et la fête avait pourtant déjà du plomb dans l’aile.Qu’est-ce qui subsiste de cette tradition aujourd’hui?Dans Mi-carême, une fête québécoise à redécouvrir, Francine Saint Laurent et le photographe Pierre Dunnigan sont partis à la recherche de ceux qui la célèbrent encore.La célébration a encore cours, malgré l’effondre- ment des valeurs religieuses au Québec, dans trois régions: la Côte-du-Sud, les îles de la Madeleine et la Moyenne-Côte-Nord.Francine Saint-Laurent et Pierre Dunnigan ont, en quelque sorte, retrouvé la mi-carême et témoignent des manifestations encore très vives de cette fête chez les habitants de l’Isle-aux-Grues, de Fatima et de Natashquan.Notons également que la célébration de la mi-carême se maintient aussi en Acadie, à Chéticamp et à Saint-Joseph-du-Moine.Loin de l’Halloween La mi-carême ne doit pas être confondue avec le Mardi gras ou l’Halloween, où le masque prédomine aussi.Pete païenne d’inspiration anglo-saxonne, l’Halloween fut d’ailleurs longtemps dénoncée par les autorités religieuses du Québec, comme eDe continue d’ailleurs de l’être aujourd'hui par toute une fraction de la société française.•La mi-carême, explique Gilles Vigneault en avant-propos du livre de Saint-Laurent et Dunnigan, n’a rien à voir avec l’imagerie morbide qui consiste à décorer sa maison de tombeaux, de fils d’araignée, de fantômes et autres évocations macabres avec la peur des morts et de leurs esprit revenant.Le seul point commun réside dans le masque et le costume.» Au milieu du jeûne de Pâques, alors que les rigueurs de l’hiver se font toujours sentir, •la mi-carême permet de rompre la monotonie».Les origine^ de la fête remontent au Moyen Age où, pour soulager les fidèles, on permettait une pause sous forme d’exutoire.La mi-carême, dans les villages visités par les auteurs, semble désormais servir de soulagement au culte du froid et de l’hiver.Les photos de Pierre Dunnigan, pisés avec des temps de pose très longs ou tout simplement sans flash, donnent un aperçu vivpt de ce qu’est devenu aujourd’hui cette fête traditionnelle dans certaines communautés du Québec.Le Devoir MI-CARÊME Une fête québécoise À DÉCOUVRIR Textes de Francine Saint-Laurent Photos de Pierre Dunnigan Avant-propos de Gilles Vigneault Les 400 Coups Montréal, 2006,118 pages HISTOIRE Un exil à New York Les intellectuels français à Manhattan durant l’Occupation GEORGES LEROUX Brillant, ce livre l’est à plus d’un titre et le lecteur le reconnaîtra aisément Mais, s’agissant d’un sujet aussi affligeant le ton devient très rapidement grinçant.Pour un historien des idées comme Jeffrey Mehlman, cette amertume était sans doute inévitable: la suite de chapitres qu’il enfile est une galerie de |x>rtraits ambigus, dont les personnages s’agitent sur la scène de New York où chacun vit l’expérience, chaque fois singulière, d’un exil qui va le révéler à lui-même et, pmr la plupart, déterminer la suite de leur vie et de leur œuvre.Politique, cet exil était loin d'être toujours misérable pmr ces intellectuels français qui furent accueillis en général avec sympathie et génén)-sité, mais comme Mehlman le montre, parfois pour les mauvaises raisons.L'histoire des idées est une discipline qui peut être cruelle quand elle prend le risque de mettre le doigt entre le discours et les faits.La scène s'ouvre de manière romanesque avec la rencontre du maréchal Pétain et de Pierre Laval, reçus par l’ambassadeur de France qui était nul autre que Paul Claudel.Nous sommes en 1931 et le couple étrange hit présenté aux Américains comme pirteur d'une voie nouvelle, empreinte d'un pragmatisme bon teint.L’histoire allait démentir rudement ce message de compromis démocratique.Mehlman s’intéresse ensuite à Maurice Maeterlinck, qu’on voit donner une interview au New Yorker à l’été de 1943.Arrivé comme tant d'autres en 1940, admirateur du dictateur portugais Salazar, il campait mi personnage d’émigré as- sez improbable.Auteur d’une Jeanne d’Arc inspirée, il écrit à New York un Jugement dernier qui trouve plutôt à Palm Beach l’icône de son eschatologie joyeuse, accueillant Hitler au paradis.«Rien de plus glaçant, écrit Mehlman, que de trouver en 1942 chez Maeterlinck cette attente enjouée d’un monde sans juifs.» Par comparaison, Denis de Rougemont apparaît comme une figure plus complexe.Très intégré à la vie culturelle de New York, il y travaille au secteur français du Office of War Information.Mehlman s’attarde avec beaucoup de finesse sur les thèses de son maître livre, L’Amour et l'Occident, dont les catégories frirent mises au service de ses essais sur l'hitlérisme et de son livre Im Part du diable.Le déplacement de la passion individuelle vers le sentiment collectif pouvait-il expliquer la catastrophe allemande?R y a beaucoup d'anxiété chez cet écrivain qui confie au théologien R.Niebuhr que ce qui le trouble le plus en Amérique, c’est l’incapacité de croire au mal.A l’inverse de Maeterlinck, il prenait le risque de passer pour fou en voyant le diable partout.Hannah Arendt fut sensible à l’argument de ce livre, mais elle résista à ses aspects gnostiques.De Simone VVeil à Antoine de Saint-Exupéry Le chapitre sur les lettres de Simone Weil est un morceau d’anthologie: prenant appui sur une correspondance déjà très étudiée, Mehlman la resitue dans le contexte d'un exil new-yorkais pénible et vécu d’abord comme une situation de transit vers Londres.Mais ces lettres où la critique de la culture juive se nourrit des archétypes bibliques de Cham et Japhet auraient-elles été possibles sans cette idéalisation de Harlem et de la ferveur religieuse des Noirs?lœs lecteurs québécois de cette étude seront intéressés par l’analyse de la lettre au père Couturier, qui vécut pour sa part une portion de son exil à Montréal.La connexion rendue possible par l’entremise de Jacques Maritain, lui aussi établi à New York et figure importante du thomisme scolaire, est ici replacée dans son contexte gaulliste.Le refus de Simone Weil de se convertir au christianisme, commenté notamment par Lévinas, se fondait d’abord sur le fait que l’Église demeurait trop juive.Des chapitres sur George Steiner au Lycée français, avec une note assez dure sur sa relation paradoxale avec Pierre Boutang, maurrassien, «blondinet du fascisme de rue des années 1930», et sur Louis Rougier, emporté dans une dérive de droite très déstabilisante et persuadé de pouvoir rendre possible un accord Vichy-Churchill, nous apprennent beaucoup, mqis ils contribuent surtout à fissurer une image d'Epinal de l'exilé français comme résistant.Plus bouleversantes encore, surtout pour les lecteurs du Québec imprégnés par son œuvre, les pages sur Antoine de Saint-Exupéry.Le portrait qu'en donne Mehlman montre comment l'aviateur mythique de l’Aéropostale se trouva pour ainsi dire coincé entre André Breton et Jacques Maritain, et forcé d'avouer ses réserves sur la faillite de la démocratie et sa fascination pour un corps d’élite aéropor- té.Lui qui avait défendu l'armistice attendit en vain le soutien de Maritain.lisant une lettre de 1942, publiée en même temps à New York et au Québec (Le Canada, 30 novembre 1942), Mehlman y voit presque une défense de Pétain, à peine contrebalancée par un éloge un peu tardif de De Gaulle.Aussi rempli de compassion pour la souffrance des victimes et des exilés, Saint-Exupéry peut être comparé à Simone Weil: mais Mehlman, qui voit chez elle une gaulliste antisémite, voit plutôt chez l’auteur du Petit Prince un pétainiste philosémite.L'indifférence froide de Claude Lévi-Strauss, l’irénisme d’Amdré Breton, l’antigaullisme paradoxal d'Alexis Léger et son écœurement devant Vichy, tout cela défile dans un ouvrage qui aura beaucoup de résonances ici: l’histoire intellectuelle de cette période demeure à faire au Québec et elle ne pourra que bénéficier d'un portrait aussi vif, direct sans concessions.Collaborateur du Devoir ÉMIGRÉS À NEW YORK LES INTELLECTUELS FRANÇAIS À MANHATTAN, 1940-1944 Jeffrey Mehlman Traduit de l'anglais par R E.Dauzat Albin Michel, «Bibliothèque Albin Michel Idées» Paris, 2005,253 pages BÉDÉ L’Afghanistan, entre bédé et photos SOI RC E DUPUIS Dessin d'Emmanuel Guibert pour l’album Le Photographe DENIS LORD En 1986, le reporter photographe Didier Lefèvre accompagne en Afghanistan — alors envahi par les troupes soviétiques — une mission de Médecins sans frontières (MSF).De ce voyage, il rapportera 4000 clichés dont six seulement furent publiés à l'époque.Près de 20 ans plus tard, son aventure et sa production photographique d’alors se retrouvent au coeur de la trilogie Le Photographe, cosignée par Emmanuel Guibert et Frédéric Lemereier.La bande dessinee littéraire à part entière?L'inscription dans ce média du reportage de guerre et de l'autobiographie s'inscrivent certes dans un tel désir de reconnaissance.Joe Sacco est une figure marquante du genre, avec ses Gorazde et Palestine.Guibert lui-même s’était déjà inspiré des souvenirs d’un combattant américain de la Deuxième Guerre mondiale dans La Guerre d’Alan (L'Association).Dans Le Photographe, ce n’est pas tant les combats qui sont à l’avant-plan que les séquelles qu’ils laissent et le travail de MSF pour panser les plaies.Des blessures physiques, dont la representation — avec l’usage de la photo — est parfois à la limite de l’insoutenable, mais aussi le basculement de toute une génération d’enfants dans une culture où prédominé l’alphabet des armes.Et malgré tout, au milieu de cet en-fér.de la joie et de la beaute.Le long retour Dans cette conclusion de la trilogie, après trois mois en Afghanistan.Lefèvre decide de regagner la France via le Pakistan.Seul, hors de l’égide de MSF.parce que c’est pour lui la meilleure manière de s’impre-jimer du pays.Mais l’imprégnation sera douloureuse.Le reporter, qui en est à ses premières aventures, ne connaît pas la langue du pays.Ses guides le rackettent et l’abandonnent, un policier véreux l’emprisonne.Lefèvre souffre de furonculose, d'epuisement et de malnutrition, il craint qu’on ne l’assassine.Ce n’est que grâce à la rencontre d’un trafiquant de drogue ami de MSF que ses conditions de voyage s’amélioreronL Lefèvre retournera tout de même sept fois dans cette seconde patrie.pendant la sécheresse, pendant le régime des talibans.Son livre Voyages en Afghanistan (Ouest-France, 2002) témoigne de ces périples.Aux couleurs et au dessin réaliste de Guibert se juxtaposent les clichés de Lefevre dans des séquences de longueurs variables.Une osmose rare et réussie entre roman-photo et bédé.Cela dit.cette conclusion en forme de road comic n’est pas exempte de monotonie.L’»»-communicando dans lequel se retrouve le narrateur conduit à une sur utilisation des vignettes narratives.Plusieurs photos sont floues: dans d’autres cas, leurs dimensions ténues en atténuent l’impact.Dans son ensemble toutefois, la trilogie est exceptionnelle.Sa conclusion s'enrichit, en annexe,, de portraits des protagonistes et d’un DVD où se trouve le journal filme de Juliette Foumot, membre de MSF.En avril prochain, Emmanuel Guibert participera au colloque •Le savoir par la bande», présenté dans le cadre du Festival littéraire international de Montréal MétropoKs bleu Collaborateur du Devoir LE PHOTOGRAPHE, TOME 3 Didier Lefèvre.Emmanuel Guibert et Frédéric Lemereier Dupuis, cofl.«Aire fibre» Paris.2006,97 pages i
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