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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2002-03-18, Collections de BAnQ.

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RESTAURATION COLOMBIE Assassinat de Duarte: sur la piste des narcotrafiquants Page A 5 4 Une industrie en pleine mutation Page B 1 w w w .1 e d e o r .c o ni LE DEVOIR V o L .X C I 1 I N * 5 8 ?Gala Métrostar Lorain, Cloutier et Labrèche, grands favoris du public PAUL CAUCHON LE DEVOIR Grosse soirée hier au Gala Métrostar pour Véronique Cloutier et Sophie Lorain, qui ont toutes les deux remporté ex-œquo le Métrostar de la personnalité féminine de l’année, tout en remportant chacune un autre trophée dans une autre catégorie.Sophie Lorain a également été consacrée meilleure artiste féminine dans une télésérie alors que Véronique Cloutier a reçu le trophée pour la meilleure animation d’une émission de variétés.Quant au Métrostar masculin de l’année, le public a choisi de le décerner à Marc Labrèche, ep concurrence avec Jean-Luc Mongrain, Patrice L’Ecuyer et Pierre Bruneau.Un Marc Labrèche qui avait annoncé le matin même en entrevue dans un journal montréalais qu’il choisissait cette année de ne pas assister à ce genre de gala Mauvais timing, comme on dit Cette grande fête annuelle du printemps, diffusée à TVA, se pose vraiment comme étant l’anti-Gala Gémeaux, dans le sens où l’on ne décerne que 14 trophées au lieu des 80 trophées Gémeaux, et dans le sens également où, dans le gala Métrostar, c’est le public qui vote directement pour ses préférés, un vote qui prend l’allure d’une sorte de référendum populaire.Pas moins de 750 000 personnes ont participé à ce vote VOIR PAGE A 8: FAVORIS Sophie Lorain Véronique Cloutier Marc Labrèche PERSPECTIVES République de balles de golf Qui ne se rappelle pas l’épisode du Val-Saint-François, où des citoyens se sont battus bec et ongles contre la construction d’une ligne hydroélectrique?Un remake est en train de se jouer à Hull, où des résidants se battent contre l’aménagement d’un terrain de golf par Loto-Québec, en plein cœur d’un parc naturel.À la différence près qu’ils ne se contenteront pas d’une victoire morale: si les bulldozers sont lâchés, il pourrait y avoir plus que des arbres sur leur chemin.La cause de la Coalition pour la sauvegarde du parc du Lac-Leamy présente plusieurs similitudes avec celle des citoyens du Val-Saint-François.Comme eux, ils se, battent contre une société d’Etat provinciale, Loto-Québec dans ce cas-ci, qui veut construi-Hèlène re un terrain de golf de «classe Buzzetti internationale» (normale 72) * ^ * tout à côté de son casino.Com- me eux, ils désirent sauvegarder un espace naturel, ici le parc du Lac-Leamy, un ensemble sauvage de 274 hectares à deux pas du centre-ville, reconnu pour sa valeur ornithologique et abritant des espèces à statut précaire, comme la rainette faux grillon ou l’érable noir.VOIR PAGE A 8: GOLF ACTUALITÉS Le PQ a choisi son directeur général ¦ À lire en page A 3 INDEX Annonces.B4 Actualités.A 2 Avis publics.B6 Convergence.B 7 Culture.B 8 Économie.B 1 Éditorial .A 6 Fonds.B 2 Idées.A 7 Monde.A 5 Mots croisés.B 4 Météo.B 4 Religions .B 6 Sports.B4 Télévision.B 5 LE LU N 1) 1 18 M A 11 S 2 0 0 2 A la santé de saint Patrick ! mm1 sap’* JACQUES GRENIER LE DEVOIR À la vôtre! Michael, Kelly et Kyle y vont d’une petite rasade de whisky irlandais en l’honneur de saint Patrick.Comme des milliers de Montréalais, ils ont célébré hier la fête des Irlandais avec le sourire.Irlandais d’un jour La Saint-Patrick est devenue une occasion de plus de se rencontrer pour bon nombre de Montréalais.Et son défilé coloré promène non seulement avec lui une musique enchanteresse, mais un véritable goût de printemps- VALÉRIE DUFOUR LE DEVOIR 9h40 rue Saint-Paul Ouest.L’ascenseur s’ouvre et un groupe de joyeux lurons se dirige vers l'appartement d’où provient une franche odeur de bacon.Sur le pas de la porte, Sara attend.L’hôtesse avertit ses convives qu’ils ne peuvent entrer sans absorber une rasade de whisky irlandais.9h41.Première consommation à la santé de saint Patrick.Comme elle le fait souvent, Sara (véritable mosaïque d’origine irlandaise, écossaise, finlandaise et suédoise) a invité une vingtaine de personnes pour célébrer la fête des irlandais.Elle offre le déjeuner, fait jouer The Chieftains à fond.En retour, ses amis oublient qu’ils n’ont plus 18 ans, s'habillent de leurs plus beaux vêtements verts et se comportent en adolescents assoiffés.«J'aime cette fête, parce qu’elle me donne l’occasion 4e voir tous mes amis et de m’amuser», explique Sara.A l'image de la foule qui se presse le long de la rue Sainte-Catherine pour les quelques heures que dure le défilé, le groupe qui est dans son appartement est cosmopolite.Mais ils ont tous un point commun: ils adorent fêter saint Patrick.Lisa (d’origine ukrainienne) et son copain Todd (d’origine norvégienne) ont loué un véhicule et fait le voyage depuis Toronto.Kandi (d'origine algérienne) est venue à vol d’oiseau de New York pour l’occasion.Et la liste s’allonge.«Pour moi, la fête de la Saint-Patrick, c’est de la bière verte et des trèfles», souligne Lyne (d’origine francophone), venue de Québec pour assister à son premier défilé.«C’est une bonne excuse pour abuser de l’alcool», ajoute Natalie (d’origine irlandaise et écossaise) en riant (mais en prenant une petite gorgée de VOIR PAGE A 8: IRLANDAIS L’ENTREVUE Clémence du printemps Elle écrit en détestant écrire, arrive au dessin par récriture: ce qu'elle fait de mieux, Clémence DesRochers le fait toujours autrement jap; JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le public est le partenaire et l’ami de Clémence depuis plus de 40 ans.Elle joue avec, le sent Une complicité construite lentement.Après avoir écrit quelques centaines de monologues, poèmes et chansons en presque 50 ans de carrière, celle que Jacques Normand qualifiait de «première femme chansonnier au Canada» ne fait plus de spectacles.À la retraite, Clémence DesRochers?Pas le moins du monde! Rarement aura-t-elle été aussi présente sur la scène culturelle qu’elle ne l’est ce printemps.SOLANGE LÉVESQUE LA œuvre publié de Clémence DesRochers 7 offre un reflet diablement original de certaines mutations sociales que le .Québec a connues depuis .50 ans.Ses ' chansons et ses monologues constituent un témoignage rempli d’enseignements sur la petite histoire, le statut des femmes en particulier, sur la vie quotidienne, l’évolution de la langue et le changement des mentalités.Le 2 mars, l’équipe du Cabaret des Refrains lui consacrait une spéciale.Le 8 mars, elle faisait trois interventions au bénéfice d'organismes de femmes.On peut la voir le dimanche, bouleversante dans la minisérie télévisée Asbestos d'André Meiançon.Présidente d’honneur du prochain Salon du Livre de Québec, à la fin d’avril prochain, Clémence participera VOIR PAGE A 8: CLÉMENCE 8,1- , TAXES * l $ violence torpille la P R O C H K O K I mission : de Zinni i D’APRÈS AFP ET REUTERS Les chances de succès de l'émissaire américain Anthony Zinni sont plus hypothéquées quejja-mais avec la reprise hier des attaques palestiniennes en Israël et une incursion israélienne à Bethléem, s la fragile accalmie qui avait marqué le début dé la mission Zinni jeudi avait déjà été brisée’par un accrochage samedi soir dans la bande de Gaza, où deux membres du mouvement islamiste palestinien gainas ont été tués dans une opération anti-israélienAe, près de la colonie de Netzarim.Deux attaques palestiniennes, dont un attentat suicide, ont été menées coup sur coup à Kfar Saba près de Tel-Aviv et dans un quartier de colonisation juive à Jérusalem-Est Un Palestinien a ouvert le feu au pistolet automatique sur les passants à Kfar Saba, non loin de Tel-Aviv, tuant une Israélienne et blessant une quinzaine de personnes avant d’être lui-même tué par un civil armé.Quelques heures après, un kamikaze palestinien s’est tué en actionnant sa bombe dans le quartier de colonisation de French Hill, à Jérusalem-Est, occupée et annexée, faisant une dizaine de blessés légers.VOIR PAGE A 8: VIOLENCE IDÉES La Netéconomie et ses mythes Le Devoir poursuit ce matin, en page Idées, la publication d’une série qui tente d’expliquer l’ampleur des changements en cours dans le monde reliés au développement de l’industrie du numérique.Préparée en étroite collaboration avec la chaire Daniel-Imiglois sur le numérique et les beaux-arts de l’université Concordia, et son titulaire, le professeur Hervé Fischer, cette série réunit des experts d’horizons variés, tous vivement préoccupés par la question.Ce matin, nous laissons la parole açi professeur Jacques Nantel de l’Ecole des hautes études commerciales, titulaire de la chaire de commerce électronique RBC Groupe financier, des HEC.L'âge du, .numérique ¦ À lire en page A 7 Une biographie EN IMAGES Paul Wïczunski Album Nllligan •tCIXUHI Athan NF.LUTOAN' Un trésor iconographique hors du commun: la vie, l'œuvre et l’époque de l'auteur du «Vaisseau d'Or».prM-SÉNCfiCÊS • __> £lt.ïO«‘5 #e t af »i M- t l/l f/* cAoi* du T @© uum l r .SJWTrff JJ LETTRES -?- aurait intérêt à mieux connaître la réalité et la culture de ces entreprises s’il veut éviter une nouvelle impasse à l’avenir.Jacques Fournier Employé dans un CLSC Montréal, 12 mars 2002 Encourager la natalité Avec la publication des premiers résultats du recensement 2001 de Statistique Canada concernant la démographie, la dénatalité est de nouveau mise en lumière.Je comprends mal qu’on se surprenne.Notre société a changé, les femmes travaillent et souhaitent avoir la reconnaissance qui leur revient.Sur le plan financier, et je sais que la décision d’avoir un enfant ne tient vraiment pas qu’à cela, il s’agit d’une décision majeure puisqu’il n’y a pas de reconnaissance du travail des femmes au foyer: élever ses enfants à la maison signifie devenir dépendante du conjoint ou sur l’aide sociale.Celles qui sont en congé de maternité ou parental se voient bêtement mises au chômage avec 55 % de leur salaire, sur lequel elles paient de l’impôt évidemment.C’est sans compter le cauchemar des garderies à 5 $ avec des listes d’attente qui ne sont pas rares à atteindre deux ans.Qu’on ne se méprenne pas, avoir un enfant est pour moi l’expérience la plus grande, la plus profonde et la plus belle de toute ma vie, et j’en aurai plus d’un je l’espère.L’essence de mon commentaire est tout simplement que là où les gouvernements peuvent agir pour encourager la natalité, qu’ils le fassent et rapidement.Sans nécessairement avoir un impact à la hausse sur les résultats du prochain recensement, au moins ces aspects ne décourageront pas les couples de moins en moins nombreux à choisir de fonder une famille.Claude Beauregard Sillery, mars 2002 Monterrey et le développement À l’occasion de la conférence sur le finance-’ ment du développement, tenue du 18 au 22 mars à Monterrey au Mexique et organisée par l’ONU, il est intéressant de rappeler que les pays de l’OCDE ne respectent toujours pas leur engagement de contribuer à hauteur de 0,7 % de leur PIB au financement de l’aide internationale.Leur contribution s’élève à seulement 0,24 % de leur PIB.Non seulement ces 22; pays très riches (80 % des richesses mondiales) refusent-ils de financer convenablement le développement, mais ils continuent; d’orienter leur aide de façon à vendre leurs’ technologies et leurs entreprises multinatio-' nales quand ce n’est pas carrément leur idéologie d’ouverture de marché (à sens unique.Leurs politiques de développement ont produit des échecs lamentables.La part des pays pauvres dans le commerce mondial a chuté de moitié en 25 ans.Des pays riches en terres agricoles n’arrivent même plus à nourrir leurs populations.Le développement dirigé a fait son temps.Il est temps de proposer des sources autonomes de financêment telle la taxe Tobin, une taxe sur les émissions de carbone (C02) et le respect de l’engagement de contribuer à hauteur de 0,7 % de son PIB.Il faut enfin reconnaître que notre richesse s’est bâtie en bonne partie sur l’exploitation des pays pauvres et qu’il est de notre devoir d’aider la moitié des habitants de la planète qui survit avec 2 $ par jour.C’est probablement pour cacher les désastres du mal développement que la ville de Monterrey a construit un mur de la honte autour du quartier des hôtels où se tiendra la conférence.Cachez ces bidonvilles que je ne saurais voir.François Gosselin Montréal, mars 2002 LIBRE OPINION Uaventure intellectuelle de Jean-Paul Riopelle HÉLÈNE DE BILLY Peinture, nature, voyage, fusils de chasse, voitures de course, amours tumultueuses et gloire internationale: l’itinéraire de Jean-Paul Riopelle ressemble à celui d’un aventurier.On l’a présenté, avec justesse, comme un chasseur d’images.Et on connaît le mot d’André Breton l’accueillant à Paris lors de sa première exposition solo, dans une petite galerie de la rue du Dragon.Le portrait en «trappeur supérieur» est juste.Mais il ne faudrait pas non plus oublier que Jean-Paul Riopelle fût d’abord et avant tout un aventurier de l’esprit.Par provocation, par dérision peut-être, le peintre tendait à minimiser cet aspect de sa prodigieuse carrière à la fin de sa vie.Voilà qui peut rassurer ceux qui prétendent que le talent est uniquement affaire de chance et d’instinct.La réalité est fort différente.Riopelle était un chasseur d’idées.Quand il quitte Montréal pour Paris, en 1948, il part à la recherche d’une vie intellectuelle qui fait cruellement défaut dans la société québécoise.Non pas qu’il ne se trouve alors ici de poètes, de romanciers, de professeurs ou d’étudiants intéressés par l’échange philosophique et le débat artistique.Mais ceux-ci doivent se battre contre la censure et l’esprit du temps qui menacent à tout moment de les écraser.De passage à Québec durant la Seconde Guerre mondiale, André Breton ne s’y était pas trompé.«Même Hugo est à l’Index», s’est-il exclamé avec effarement.Riopelle, à cette époque, fait son apprentissage à l’École du meuble, auprès de Paul Emile Borduas.Durant sa jeunesse déjà, il avait lu Dante (dont il disait préférer L’Enfer), il avait écouté Mozart et Beethoven.Avec Borduas, il s’initie non seulement à Matisse, Van Gogh, Tanguy ou à la peinture abstraite, mais aussi aux vers de Baudelaire et de Rimbaud, aux théories de Freud, à l’art de Jarry.Cravan et Apollinaire, qui sont les grands accoucheurs d’une poésie «cubiste», disait Claude Gauvreau, ami auto-matiste, intellectuel lui aussi.Une fois installé à Paris.Riopelle va immédiatement se mettre en contact avec l’avant-garde.Ce qui l'intéresse en art, c’est l’expérience limite, celle qui remet en cause les règles de la représentation artistique.Dans la galerie Pierre, rue des Beaux-Arts, il assiste à l’exposition des dessins d’Antonin Artaud, des portraits porteurs d’une angoisse et d’une lucidité effrayantes.Artaud aura sur lui une influence déterminante que l’on pourra mesurer davantage au moment de son retour à la figuration.Riopelle a toujours prétendu que le plus grand texte jamais écrit sur l’art portait la signature d'Antonin Artaud.Van Gogh le suicidé de la société a été rédigé en 1947 dans les bureaux de la galerie Pierre, où Riopelle passait tous les jours.Dans Van Gogh., Artaud écrit «Je vois, à l’heure où j’écris ces lignes, le visage rouge sanglant du peintre venir à moi, dans une muraille de tournesols éventrès, dans un formidable embrasement d'escarbilles d'hyacinthe opaque et d'herbages de lapis lazuli.» Riopelle s’est toujours senti chez lui avec Artaud.Un mentor On a souvent parlé de sa rencontre avec André Breton, le pape du surréalisme.Mais celui qui l’a marqué le plus durant ces années d’avant la célébrité s’appelle Georges Duthuit.Gendre de Henri Matisse dont il a épousé la fille Marguerite, Duthuit est un critique d’art et un, érudit qui se spécialise dans l’art de Byzance.À cette époque où Riopelle est sur le point de percer, il le prend sous son aile et achève de le guider dans son parcours esthétique.Ensemble, ils iront voir les grandes fresques byzantines de Ravenne et de la cathédrale Saint-Marc à Venise.Ensemble, ils se rendront en pèlerinage chez les moines du mont Athos.lieu isolé entre la Grèce et la Turquie, abritant les plus beaux spécimens de cet art de Byzance, à cheval sur l’Orient et l’Occident.Ils feront le voyage à bord d’un bateau qu’ils avaient loué au Pirée.Il va sans dire que les «mosaïques» byzantines auront une influence déterminante sur la peinture du Québécois en exil.C’est grâce à Duthuit que Riopelle rencontre Samuel Beckett, avec qui il noue une solide amitié.Irlandais en exil à Paris où il est venu retrouver son compatriote James Joyce, le futur Prix Nobel de littérature rédige des traductions anglaises pour DuthuiL qui fait paraître ces textes dans Transition, la revue bilingue qu’il publie à Paris.Le 4 janvier 1953, en compagnie de sa femme Françoise, Riopelle assiste à la première d'En attendant Godot au petit théâtre Ba-bylone, dans Saint-Germain-des-Prés.La pièce qui rendra son auteur célèbre marquera à jamais la dramaturgie mondiale.Riopelle s’est procuré plusieurs exemplaires du texte de Beckett publié aux Editions de Minuit, exemplaires qu’il s’empresse de faire parvenir à ses amis du Québec.C’est pour Riopelle un grand moment de partage et de stimulation intellectuelle.Il lit Sade.Il frequente Georges Bataille, auteur de Bleu du ciel et d'.4«us solaire, qui fonde sa démarche et son interprétation de la société sur l’idée de transgression.Avec Bataille, Riopelle explore les notions de sexe et de mort dans la représentation artistique.Il se penche sur la peinture rupestre.où des hommes, «en figurant les animaux qu'ils tuaient», tentent de résoudre la question lancinante de la mort Comment ne pas faire un lien avec l’imposant bestiaire des années 80?Évidemment, Riopelle n’offre pas ce genre d’explication ou de réponse.Mais Riopelle était un homme secret qui préférait se taire quand les choses lui importaient vraiment.En 1992, quand a disparu sa compagne Joan Mitchell, intellectuelle elle aussi, il lui a dédié une grande fresque qu’il a intitulée Hommage à Rosa Luxemburg.Autour de lui, dans les médias, parmi les critiques, on s’interroge: Rosa qui?Rosa quoi?On finit par établir que Rosa était un message codé qui cachait non pas un seul souvenir mais plusieurs idées.Parmi ces idées-là, il y a l’idéal de la poésie, car Rosa Luxemburg, dont Riopelle admirait la correspondance, était une mystique.Emprisonnée pour ses activités révolutionnaires, elle rédigea précisément en prison ces lettres que Riopelle avait lues plus d’une fois.Parmi celles-ci, on trouve une allusion à la Corse, pays que Riopelle a visité et aimé.«Là-bas, écrit-elle à sa correspondante le 15 janvier 1917, la Bible et l’Antiquité restent vivantes.Il faut que nous y allions, et nous ferons comme j’ai déjà fait: nous traverserons toute nie à pied, nous dormirons chaque nuit dans un lieu différent, nous partirons assez tôt chaque matin pour être sur la route au lever du soleil.» Cette île, c’est celle que Riopelle a toujours cherchée et qu’il a trouvée ici, ailleurs, dans la nature et dans l’amitié et la fréquentation des génies de son siècle.Cette île, c’est Rimbaud, c’est Verlaine, ce sont les Nymphéas de Monet, qu’il avait découverts avant tout le monde, dans le sous-sol du Grand Palais, et qu’il vénérait Cette île, c’est sa seigneurie en face de Montma-gny.Ce sont les oies au couchant, leur cri dans le jour mourant.C’est sa jeunesse en allée.Ce sont aussi les vers de Nelligan: «Et parfois radieux, dans «os palais de foin / Nous déjeunions d'aurore et nous soupions d’étoiles.• Riopelle avait fait inscrire ces vers sur l’étiquette d’une bouteille de Mouton Rothschild qu’on lui avait demandé de dessiner.Bien sûr, Riopelle était un bon vivant qui aimait boire et s’amuser.Mais il n’oubliait jamais que i’art est affaire de raffinement et de poésie.Il n’oubliait jamais Artaud.Rosa Luxemburg, Monet et Emile Nelligan.Ce sont eux, les vrais guides qui l’ont éclairé dans sa chasse aux images.Hélène de Billy est Tauteure d’une biographie intitulée Riopelle (Art Global, 1996). LE DEVOIR.LE L 1’ X D I 18 MARS 2 0 0 2 IDEES La Net-économie et ses mythes Le pouvoir de l’information consiste désormais à donner une plus-value à cette information JACQUES NANTEL Titulaire de la chaire RBC Groupe financier Professeur titulaire HEC-Montréal.L’auteur a reçu en octobre 2000 le prix «leadership in Management Education» décerné parle National Post aux meilleurs professeurs en gestion au Canada.eaucoup de choses ont été dites au sujet d’Internet au cours des dernières années.Alors que certains y voyaient l’outil qui allait révolutionner chacune des parties de nos vies allant même jusqu’à optimiser la gestion de notre réfrigérateur, d’autres restaient résolument sceptiques devant cette nouvelle technologie.La réalité, il y a trois ans tout comme aujourd’hui, est plus nuancée et surtout plus pragmatique.Internet n'est pas et ne sera jamais une révolution pas plus qu’une mode passagère.Internet n’est en somme qu’une façon plus efficace et plus rapide de diffuser de l’information ou tout autre produit numérisé.Comme outil, il est plus rapide en cela qu’il offre une multitude de points de contact avec pratiquement tous les citoyens ou les consommateurs d’un marché donné.Comme outil, Internet est aussi plus efficace en ce sens qu’il vient changer la structure de l’offre en permettant de démultiplier le nombre de fournisseurs d’un même produit ou service.La combinaison de ces deux facteurs, la rapidité et l’efficacité, modifie considérablement la notion même du pouvoir de l’information.Désormais, le pouvoir de l’information ne réside plus tellement dans le seul fait de posséder de l’information, qu’elle soit personnelle, commerciale ou professionnelle, mais plutôt dans la capacité que l’on a à faire comprendre, à partager et surtout à donner une plus-value à cette information.Bref, Internet n'est rien de plus, mais rien de moins, qu’un partage plus efficace de l’information devant permettre aux organisations comme aux consommateurs de réduire les inefficacités de marché.Ne pas comprendre le principe fondamental de cette nouvelle technologie, c’est au mieux négliger d’intéressantes possibilités, au pire conduire son entreprise à la catastrophe.L’utilisation d’Internet, des mythes et des réalités Que ce soit dans le domaine du commerce interentreprises (B2B) ou encore dans celui du commerce destiné aux consommateurs (B2C), le commerce en ligne gagne du terrain.Si la chute des titres technologiques, amorcée en mars 2000, peut nous donner l’impression que le commerce électronique est une chose du passé, une lecture attentive non pas des indices boursiers mais de l’utilisation d’Internet tant par les entreprises que par les consommateurs montre le contraire.En 1998, Forrester Research, un groupe de recherche spécialisé dans le commerce électronique, prévoyait qu’en 2000 les ventes au détail sur le Web seraient de 12 milliards de dollars en Amérique du Nord.En réalité, les ventes aux consommateurs par Internet se sont, en 2000, chiffrées à 60 milliards de dollars (eMarketer, septembre 2001), soit plus de trois fois ce que certains qualifiaient déjà, en 1998, d'estimations optimistes.Il ne fait aucun doute que le clivage qui existe entre, d’une part, la chute des indices boursiers et, d’autre part, la croissance du commerce en ligne génère un certain paradoxe.En retour, ce paradoxe offre certaines occasions d’affaires.En d’autres mots, la croissance de l’activité économique sur le Web fait en sorte que certains plans d’affaires, mais non plus tous les plans, pourraient être rentables.En matière de commerce destiné aux consommateurs, il existe quatre grandes catégories de produits et de services.1- Les produits entièrement numéri-sables tels que la musique, le vidéo, le texte et le logiciel incluant les jeux.2- Les services destinés aux consommateurs tels que le courtage, les services légaux et médicaux de même que la formation (e-Lear-ning).3- Les produits tangibles de consommation courante.Ces produits sont généralement distribués de façon extensive permettant aux consommateurs d’y avoir un accès facile.4- Les produits spécialisés qui, par définition, sont moins disponibles et moins accessibles.Chacune de ces catégories offre des opportunités différentes prescrivant ainsi des approches adaptées.Les produits numérisables S’il est un domaine où le commerce électronique modifiera considérablement les modèles d'affaires, c'est bien le domaine des produits numérisables.Par définition, ces produits peuvent être vendus et distribués dans Internet, offrant ainsi l’avantage d’en réduire le coût tout en accroissant leur disponibilité.Quatre produits de base seront ainsi touchés: la mu- Le commerce électronique est un complément au commerce traditionnel * ' ; '' J*/ ¦ ^ « » «*•.«¦ ' .• * - , ¦•« -•?#.’ rfjrf *.; ¦ r r - ** 4* *•* sique, le logiciel (y compris les jeux), la vidéo et enfin le texte.Selon un récent sondage effectué par le groupe Léger Marketing (septembre 2001), 30 % des internautes québécois avaient, au cours de l’été 2001, éqouté ou téléchargé de la musique dans Internet.A la même période, on remarquait que 10 % des consommateurs canadiens avaient acheté de la musique sur le Net (Sofres, septembre 2001).Pour l’instant, le principal obstacle à la commercialisation de la musique sur le Web demeure la standardisation et l’adoption universelle d’un standard numérique sécurisé.Comme chacune des grandes maisons de production possède son propre standard, personne ne semble vouloir bouger.Il est néanmoins à prévoir que d’ici peu un tel standard sera adopté.Forrester prévoit d'ailleurs que, d’ici à 2005, c’est 40 % de la musique qui sera ainsi commercialisée.Selon la même étude, 51 % des ventes de logiciels devraient, en 2005, se faire sur le Web.Quant à la vidéo, selon la largeur de la bande passante alors disponible, ce pourrait être 22 % (Forrester, avril 2001).Les services Une partie importante du secteur des services a vu son marché diminuer depuis l’avènement d’Internet.C’est le cas notamment de l’industrie des agences de voyages (e-Travel 2001) de même que de celle du courtage en valeurs mobilières (Aber-been, 2001).Si la plus grande accessibilité des services a eu pour effet de créer des modèles d’affaires rentables (Travelocity, Priceline), elle a aussi fait plusieurs victimes (Dr Koops).Ces diverses expériences font ressortir deux sortes de modèles.Le premier consiste à offrir un service de base, souvent axé sur le prix.Le gage de rentabilité devient alors le volume que l'on peut aller chercher.C’est le cas, en principe, de PriceLine.Le deuxième modèle consiste à offrir un service équivalent en plus d’offrir un service plus personnalisé aux clients qui le demandent allant ainsi chercher une plus-value.C’est le cas de la firme Merrill Lynch ou encore d'Air Canada.Dans les deux cas, on remarquera que l’avantage est aux entreprises qui ont déjà pignon sur rue et qui se servent du commerce électronique comme d’une façon de vendre, le cas échéant, des produits à valeur ajoutée (up-selling).Les produits de consommation courante Quatre-vingts pour cent des produits achetés par les consommateurs sont disponibles dans un rayon de moins de trois kilometres de leur résidence.Cette statistique vaut, bien entendu, pour les produits alimentaires, mais elle vaut aussi pour les livres, les vêtements et le reste.Cette proportion, qui évoque la loi de Pareto, fait bien ressortir le défi qui attend Lage numérique les Aniazon.com à vendre le prochain Harry Potter si celui-ci est disponible au dépanneur du coin.Cette réalité fait, une fois encore, ressortir le fait que le commerce électronique est bien davantage un complément au commerce traditionnel qu’il en est le substitut.Or voici déjà plus de deux ans que les prophètes du commerce électronique somment les détaillants, grands ou petits, de prendre le virage d’Internet.Créer chez les entreprises canadiennes un sentiment d’urgence, tel était, il y a à peine un an, la phrase qui, tel un écho, se répercutait de conférence en conférence.Chaque commerce au détail se voyait pressé de développer en catastrophe un site qui soit au moins transactionnel et qui, à terme, saurait concurrencer le site d’Amazon.com.Ne pas être à la hauteur condamnerait les détaillants à un réveil brutal.Aujourd’hui, ce réveil s’amorce mais de façon un peu différente.On réalise désormais que des sites fétiches tels Boo.com, Peapod.com, Cd-Now ou même Amazon.com sont morts ou sur le point de manquer de capitaux.On réalise aussi que des entreprises comme Wal-Mart, sans nier le potentiel du commerce en ligne, préfèrent prendre le temps de bien articuler leur stratégie commerciale avant de se lancer dans l’aventure.Cet état de fait ne change pas le potentiel qu’offre aux détaillants le commerce électronique.Tel le téléphone, Internet sera pour eux un outil indispensable.Les produits spécialisés Si la complémentarité du commerce électronique est évidente pour les produiLs tangibles à forte distribution, il en va tout autrement pour les produits spécialisés.Que ce soit pour des produits tels que l’automobile, des meubles ou encore certains autres produits spécialisés, les consommateurs ont rarement accès à ce qu’ils recherchent de façon rapide.Dans le cas de l’automobile ou encore des meubles, on doit toujours composer avec des délais de livraison moyens de plus de six semaines.Pour ce genre de produits, le commerce électronique représente une occasion importante et les modèles d’affaires qui visent à simplifier le processus d’acquisition pour ce genre de produits pourraient être parmi les plus rentables.Près de dix ans après la création du net, plus de deux apres les déboires du Nasdaq, il devient clair qu’il ne saurait exister une économie du net qui soit entièrement dissociée de l'économie traditionnelle.S’il est une chose que les récentes années nous aurons apprises c'est bien que, seule, la technologie ne saurait être une stratégie.Par contre, la technologie qui soutient le Net est un catalyseur pouvant accélérer ou anéantir une entreprise selon que les fondements de son modèle d'affaire sont forts ou déficients.ARCHIVES LE DEVOIR line fibre optique: «La technologie qui soutient le Net est un catalyseur pouvant accélérer ou anéantir une entreprise selon que les fondements de son modèle d’affaire sont forts ou déficients.» Serge Bouchard ?Petites affaires et moindres choses Les grandes choses sont les plus faciles.Elles se remarquent aisément, elles nous tout le plus gnuid bien ou le plus grand mal, elles s’inscrivent smis problème dans les grandes archives de nos vies, lorsqu'il nous arrive naissance, accident ou mort, nous le savons bien, lx* véritable défi consisterait plutôt à reconnaître le contraire des grandes choses, bien entendu les moindres et It's petites, celles-là que nous ne remarquons pas, mais dont nous savons bien qu’elles forment l’authentique matériau de notre existence.En ce sens, la petite vie dépassera la grande, toujours.Ce n’est rien de se souvenir avoir gagné, c’est plus compliqué de reconnaître ce qu’il en a coûté.Je tiens pour grand le soir pourtant bien ordinaire où je fis mes premiers tours de pédales, tout seul sur un bicycle à deux roues, sans l’aide de personne.Je devais avoir cinq ans, en 1952, dans une petite rue de Pointeaux-Trembles.C’était l’été et aucune photo n’aurait pu être plus fidèle que ma mémoire pour capter l’événement.Je revois l’éclairage de fin de journée, je revois la rue, les visags autour.Comme tout le monde, je ne sais rien de mes premiers pas, mais je me souviens très bien de ce premier tour en vélo.11 fut très court, l’aller vers quelque distance dans le vide, le retour dans les bras de mon père.Mais déjà, dans ma tête, j’étais parti, comme ifti Oiselet qui saute en bas du nid.J’ai |>assé les vacances de mon enfance sur nia bicyclette, la préférant aux amis, plus tard aux filles, aux bandes, aux partys et aux jeux de mon âge.J’imagine que c'est à ce moment-là que j’ai découvert le cosmos, l’importance du ciel, l’appel de l’espace et le bruit du vent.Je me suis lié à mon vélo comme on se liait à son canot, au temps des voyageurs, comme on aime son camion quand on est camionneur.Même si je regardais les bicycles neufs à dix vitesses, je restais fidèle au mien, qui était vieux et n’en avait qu’une, de vitesse.J’ai roulé et pédalé pendant dr's années.Je m’imaginais autobus urbain, camion longue distance, marathonien du vélo, courrier, livreur, il n’est rien que je n’inventais dans ma tête pour partir très loin ou pour tourner en rond.la vitesse ne me fascinait guère, je lui préférais l’endurance et la longueur du temps.Je m'éloignais des spectateurs, le spectaculaire me rebutait, je carburais à la tranquillité.J’explorais les boisés du bout de nie, les petites ruelles, les rues industrielles, les alentours des raffineries et surtout les rives du fleuves où je m’évertuais à remonter le cours du temps.Combien de fois aLje vu, de mes yeux vus, les gens de Jacques Cartier passer en chaloupe ou les Indiens glisser au fil de l’eau?Il n’est rien que j'aimais plus que de refaire mes pistes, d’en explorer des nouvelles, de revenir à des croisées et des carrefours qui n’existaient que dans mon âme.Je me suis fait des jambes de fer et j’ai appris à respirer.J’étais zen avant d’apprendre le mol, animiste avant d’en étudier la nature et l’esprit Comme ire's amis ne pouvaient ni ne désiraient me suivre dans mes déchaînements imaginaires, j’appris aussi la solitude.Je voyais l’usure graduelle de mes pneus, je me familiarisais avec des places, des coins et des recoins, j’accumulais le témoignage des choses.Mais au fond, en pédalant, j’apprenais à penser et à meubler le monde.Je faisais corps avec mon vélo parce que je lui prêtais vie.J’apprenais à fendre l’air, mais j’apprenais aussi à tomber et à me faire mal.Je me relevais stoïque, prenant les coups pour choses normales, dans le mouvement dur de la vie.J’aimais démesurément ce type de voyagement Je m’entraînais sans le savoir, je m’initiais sans y penser.Sur ma bicyclette sacrée, je traversais une sorte d’épreuve comme les sociétés primitives en imposaient jadis aux jeunes en passe de devenir des vraies personnes.Ma bécane m’isolait tout en me reliant au monde.Pédaler, c’est comme marcher, c’est comme ramer, c’est un engourdissement bénéfique qui permet au corps de respirer et à la pensée de trouver son souffle.Puis un jour, j’avais quinze ans, mon vélo fut volé.La perte fût irréparable, aujourd'hui encore elle n’est pas réparée.Parlons ici d’une bicyclette irremplaçable, même si elle ne valait rien sur le marché car elle était vieille et brisée.Mais j’en tire une leçon.Nos rêves ne sont pas à l’abri du vol, ils sont même très exposés.Les voleurs de rêve ont beau jeu, ils ne savent pas ce qu’ils volent.Ce sont des petits voleurs de petites choses pourtant immenses.Ce genre de crime se cache bien puisque personne ne songerait à mettre en marche une machine pour les réprimer.Les rêves finissent tous par devenir des blessures.On les perd, on se les fait voler.lx's grandes affaires de ce monde reçoivent toute l’attention du monde, justement Tandis que c’est souvent la somme des plus petites qui fait cette montagne de peines qu’on se surprend un jour d’avoir autour de soi accumulées.Ecrivez-nous! le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs et lectrices.Étant donné l’abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 8000 caractères (y compris les espaces), ou 1100 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous prendrons contact avec son auteur.Nous vous encourageons a utiliser le courriel (redadioniHedevoircom) ou un autre support électronique, mais dans tous les cas, n’oubliez pas d’indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.Jean Dion, mpomablt dn pages LA RÉDACTION Journaliste?à l'in formation générale et métropolitaine Orald Dallaire a» dmcInrdelHihrmatmi).Valérie Dufour (général), François Cardinal (actualité munmpalr.Marie Andrée Chouinard (éducaUon) Yves d'Avignon titorW Paule des Rivières tédnarialuU) LoutseGilles Francneur (envimnnemmt).Benott Munger (rtsponsablt d* site Internet).Dominique Reny.Josee Boileau.Eric Desrosiers, Pauline Gravel (scientifique).Brian Myles (justice et faits divers).Isabelle Paré (santé): Michel Garneau Uancatunste) Diane Brécourt (bain éditoriale, restumtaL I «•emarun.ci; Martin Dudos et Christine Dumazet (rvlertrars); Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) : à l'information ruiturelle Michel Bélair (responsable), Stéphane Baillargeon (théâtre), Paul Cauchon (médias).C arolme Mnntpetit dims) Odile Tremblay (cinéma) Bernard IjmarchTÂjrti ™EZ~ [ a I information économique Orard Berube (adr"nt au directeur de Unformatum).Claude D-vesque.Claude Turcotte.René lewandowski; A l'information internationale Jean-Pierre legault, f,uy Taillefer.Serge Truffaut (éditorialiste); * l'information politique Hélène Huzxetti Manon Cornellier (correspondantes parlementaires à Ottawa).Mario Cloutier et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires a Québec), Kathleen Lévesque .Marie Hélène Alarie (secrétaire a la rédaction) .Louise-Maude Rioux Soucy (commis) la documentation Gilles Paré (directeur) Manon Derome.Serge laplan.e («.«éO.Rache Rochefort (Ottawa) IA PUBLICITÉ ET LE MARKETING.Jacqueline Avril, jean de Billy, Gyslaine C6,é.Marlene C6té.Martin Fournier.Véronique Gér.ud, Anouk Hurbu.t!Christiane Legèüit'jacquê* A.Nadeau^Cllfre^aqiieti Michehne Ruelland, (publicitaires).Laurence ThénaultWirertnre adpnnte).Manon Blanchette.Sylvie Laporte.Martine Bérubé (secrétaire).IA PRODUCTION Christian Goulet (responsable de la production).Claudine Iteciard, Michel Hernatchea Philippe Borne Johanne Brunet Danielle Cantara.Richid De, Cormiers.Donald Faon.OWer Zuida INFORMAnqUE^ V jn.k Martel (responsable) PROMOTION, DBIWBimON ET TIRAGE, ünda Thériaul, (responsabU senne, d U, clientèle, dsstnbutvm e, Vrage), Helene Gavais.Marie-Eve Nanterre.Tleureux.Lise Lachapelle.Rachelle Leclea.I.ADMINISTRATION N role Carmel (responsable des services comptables).Céline fumy.Olivier lachambre émalnileuri.Ghislaine lalleur.Claudette Béliveau (ad/ointeadministralive) Danielle laperriere C aroline Perrier Danielle Rosa IA FONDATION DUDFVOIR Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur général) 4 LE DEVOIR.LE LUNDI 18 MARS 2002 A 8 =-* LE DEVOIR ?-—- ACTUALITES GOLF VIOLENCE IRLANDAIS SUITE DE LA PAGE 1 Comme eux aussi, ils remettent en question la nécessité d’un tel projet: les parcours de golf ne manquent pas en Outaouais.Et comme eux, ils demandent une véritable consultation publique où, non seulement les aspects techniques seraient discutés, mais aussi le bien-fondé du projet.Mais les opposants au terrain de golf ne sont pas des citadins en mal de paysages bucoliques assez nantis pour se payer le luxe des tribunaux.Ce sont des résidants furieux de se faire voler une partie de leur patrimoine public qui n’ont pour tout outil que la force de leur voix et de leur nombre.Depuis près de quatre ans que dure cette guerre, S.O.S.Leamy a quand même déjà gagné une bataille.Loto-Québec s’est engagée le 5 mars dernier à n’aller de l’avant avec le golf que si elle a l’appui de la population.Pour jauger cet appui, on propose de faire.un sondage.Les militants de la coalition sont plus que sceptiques, rappelant qu’on peut obtenir les réponses désirées en formulant correctement les questions.Ils se plaignent aussi de ne pas disposer des mêmes moyens pour promouvoir leur point de vue.La coalition, qui regroupe 35 groupes, peut à peine compter sur les quelques dollars et services offerts par les syndicats membres.Rien à voir avec les encarts publicitaires achetés dans les quotidiens Le Droit et le Ottawa Citizen par la société d'Etat.Et pas question d’aplanir l’inégalité.«// ne nous appartient pas de leur réserver des sommes pour faire valoir leur point de vue, un point de vue qu’on ne partage pas de toute façon», explique le porte-parole Jean-Pierre Roy, qui assure qu’aucune somme «colossale» n’a été dépensée.En faits S.O.S.Leamy n’aime pas trop la comparaison avec les citoyens du Val-Saint-François.Ces derniers, on s’en souvient, ont gagné sur toute la ligne, litCour supérieure ayant ordonné l’arrêt des travaux d’Hydro-Québec et la tenue d’évaluations environnementales en bonne et due forme malgré les décrets gouvernementaux.Mais il était trop tard; la ligne Hertel-Des Cantons était déjà érigée.Les* 1 victoires morales, très peu pour S.O.S.Leamy.Certains militants disent déjà que, si le projet doit aller de l’avant, ils iront personnellement se placer devant les bulldozers.La coalition accuse déjà son opposant de mener une campagne de désinformation en laissant croire au public que toutes les autorisations environnementales ont été obtenues.Le site Internet du projet indique que «l’ensemble du projet a été jugé recevable par Pêches et Océans Canada» alors que le ministère fédéral doit encore tenir des soirées d'information au mois d’avril.Il pourrait décider, s’il juge que les enjeux dépassent la sauvegarde des espèces et des habitats, de renvoyer le dossier à Environnement Canada et de demander des audiences publiques.On se rappellera que le ministère québécois de l’Environnement avait donné son feu vert, malgré l’avis de ses fonctionnaires qui jugeaient le projet «inacceptable dans le secteur visé».Par-dessus tout, c'est du traitement de la région que se plaint la coalition.Si c’était le mont Royal qu’on planifiait de déboiser pour y aménager un parcours de golf, le projet mourrait de sa belle mort avant que les médias n’aient le temps d’en parler, pense Nicole Desroches, porte-parole.«Personne n 'oserait aller détruire une partie d’un espace public très fréquenté dans aucune ville au Québec, mais en Outaouais, parce que c'est la capitale nationale, il faut attirer les touristes.Saufqu on oublie qu ’il y a des gens qui vivent dans la capitale.» On déplore la logique commerciale qui a amené la Commission de la capitale nationale (CCN) à céder ses terres à Casiloc, le bras immobilier de Loto-Québec, moyennant une redevance de 2,5 millions, malgré sa mission «de conservation et d'embellissement de la région de la capitale nationale».On se plaint aussi d’avoir été abandonné par les élus, qui appliquent la même logique consumériste.Le maire Yves Ducharme appuie le golf, «qui viendra compléter l’offre touristique de la nouvelle ville de Gatineau».Aucun député de la région ne leur a prêté main-forte.I,a région vote rouge, c’est bien connu.«La population est tout à fait oubliée.Nous, au fédéral, on nous considère comme gagné d'avance et au provincial, quand c’est le PQ qui est au pouvoir, on nous considère comme perdu d’avance.On est toujours dans ce vide», soupire Mme Desroches.Bref, c’est l’économie d’abord, et tant pis si un cinquième d'un parc naturel doit être occupé par des verts artificiellement entretenus.Selon l'expression d'un membre de la coalition, le Québec est en voie de devenir une république de.balles de golf.LE DEVOIR Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9* étage, Montréal (Québec), H3A3M9 E3 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30 à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333 Le site Internet du Devoir: www.ledevoir.com La publicité Au téléphone (514) 985-3399 Par télécopieur (514)985-3390 Extérieur de Montréal 1-800-363-0305 (sans frais) Les avis publics et appels d’offres Au téléphone (514) 985-3344 Par télécopieur (514) 985-3340 Les petites annonces et la publicité par regroupement Au téléphone (514) 985-3322 Par télécopieur (514) 985-3340 Les abonnements Au téléphone (514) 985-3355 du lundi au vendredi de 7h30 à 16h30 U Devoir est publié du lundi au samedi par l>e Devoir Inc.dont le siège social est situé au 2050, rue De Bleury.O' étage.Montréal, (Québec).H3A 3M9.Il est imprimé par Imprimerie Québécor St-Jean.800.boulevard Industriel,Saint-Jean sur le Richelieu, division vie Imprimeries Québécor Inc.612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.L’agence Presse Canadienne est autorisée à employer et à diffuser les informations publiées dans le Detoir.Le Deturir est distribué par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc.900, boulevard Saint-Martin Ouest, Laval.Envoi de publication — Enregistrement n* 0858.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec.SUITE DE LA PAGE 1 Le mouvement radical Jihad islamique en Palestine a revendiqué l’attentat, à un carrefour routier très fréquenté, juste à côté d’un autobus.Ces attaques prouvent la «mauvaise volonté» du président palestinien •Yasser Arafat et de la direction palestinienne», a affirmé un conseiller du premier ministre israélien Ariel Sharon, Zalman ShovaL M.Arafat «ne veut pas faire cesser la terreur», a déclaré M.Shoval, estimant que les attaques visaient à torpiller la mission de M.Zinni, qui tente de parvenir à un cessez-le-feu.L’émissaire américain a de nouveau rencontré hier soir le président palestinien à Ramallah, en Cisjordanie.Par ailleurs, le vice-président américain Dkk Cheney doit arriva- aujourd’hui en Israël à l’occasion de sa tournée au ProcheOrient axée sur la «lutte antiterroriste» et une possible frappe contre l’Irak.Dick Cheney s’est heurté à des réticences à une frappe pontre Bagdad.Ces réserves, déjà exprimées en Egypte et en Jordanie, se spnt confirmées en Arabie Saoudite, principal allié des Etats-Unis dans le Golfe, où M.Cheney n’a pas trouvé de soutien à une frappe contre l’Irak, principal thème de sa tournée.Peu après son arrivée à Doha, en provenance de Bahrein, M.Cheney s’est entretenu avec l’émir Hamad ben Khalifa al-Thani des «derniers développements régionaux, notamment en ce qui concerne le processus de paix et la situation dans les territoires palestiniens», selon l’agence officielle QNA Hier, le quotidien officieux Al-Raya a affirmé que les responsables qatariotes devraient exprimer à M.Cheney leur «forte opposition à une frappe militaire américaine contre l’Irak».Lors de sa visite en Arabie samedi, le roi Fahd et son prince héritier Abdallah ben Abdel Aziz ont fait savoir à M.Cheney qu’ils refusaient que des troupes américaines utilisent le royaume saoudien «pourfrapper l'Irak ou tout pays arabe ou islamique», a rapporté le quotidien Al-Watan.Ce refus tranche avec les facilités que M.Cheney avait obtenues de Ryad durant la guerre du Golfe en 1991, alors qu’il était secrétaire à la Défense.Interrogé à Manama sur ce refus saoudien, M.Cheney a indiqué n’avoir pas évoqué la question de facilités militaires en Arabie, atrtrmant que sa tournée n’était pas destinée à préparer une offensive contre l’Irak.Selon lui, «beaucoup de spéculations infbndées», circulent à propos de sa tournée.«D’aucuns croient qu’il y a une seule question qui m’intéresse ou que je suis ici pour organiser une opération militaire contre l’Irak, mais cela n’est pas vrai», at-il dit lors d’une conférence de presse.•Il est vrai que l’Irak nous préoccupe, mais ce n'est qu'un sujet parmi d’autres», a-t-il ajouté.«Nous savons que les Irakiens disposent [.] d’armes biologiques et chimiques et nous avons également des raisons de croire qu’ils tentent toujours d’acquérir des armes nucléaires Cela inquiète les Etats-Unis et nous pensons, l'ensemble des peuples de la région également, qu’il est important de trouver un moyen de traiter avec cette menace», ai-il poursuivi.Les dirigeants saoudiens ont en revanche conseillé à M.Cheney que Washington déploie «des ef forts au plan international pour obliger l’Irak à se conformer aux résolutions internationales», selon Al-Watan.Sur la question israélo-palestinienne, un responsable américain accompagnant Cheney a dit que le vice-président avait gardé un créneau pour une possible rencontre avec une délégation palestinienne, mais que rien n’était encore arrêté.Le ministère israélien de la Défense a annoncé hier soir que des officiers israéliens avaient rencontré leurs homologues palestiniens en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza.Avec la mission de Zinni, une lueur d’espoir persiste en raison du plan du prince héritier Abdallah d’Arabie Saoudite, qui s’est entretenu samedi à Djeddah avec Cheney et qui a accepté de se rendre à Washington à une date qui reste à déterminer.Alors qu’il y a neuf mois il avait décliné une invitation similaire parce qu’il avait le sentiment que les Etats-Unis entretenaient des préjugés favorables envers Israël, le prince pourrait rencontrer le président George W.Bush dans son ranch du Texas, mais aucun programme n’a encore été arrêté, ont dit des responsables.Le prince propose une normalisation totale des relations arabo-israéliennes en échange de l’évacuation par Israël de tous les territoires occupés depuis 1967.Son plan sera discuté au sommet de la Ligue arabe, les 27 et 28 mars à Beyrouth.SUITE DE LA PAGE 1 sa flasque de scotch).«Sérieusement, je trouve que c'est une formidable tradition, ça nous permet d’explorer une autre facette de notre héritage historique.» «J’aime cette fête, parce qu’elle signifie que le printemps arrive», souligne de son côté Uri (Montréalais d’origine juive).«Même quand il neige, on sait que l’hiver touche à sa fin», ajoute sa copine Kelly (d’origine irlandaise, écossaise et finlandaise), un joli trèfle peint sur sa joue gauche.Sur la table, une assiette qui déborde de bacon, une montagne de bagels, de pastrami, de fromage à la crème, de saumon fumé; un océan de pommes de terre (évidemment!) rissolées; et.cinq bouteilles de scotch ou de whisky.Toutes les demi-heures, les convives y vont d’une rasade, histoire de réveiller l’Irlandais en eux.Après le déjeuner, tout ce beau monde se dirigera vers le défilé.Mais avant de partir, il faut s’assurer du ravitaillement pour la durée de l’événement.Michael (d’origine irlandaise) et Geoff (d’origine irlandaise et anglaise) prendront ainsi le soin de transvider leur précieux whisky.dans une bouteille de bière vide.Geoff fera une sortie remarquée une fois dans la rue, le corps allongé sur le capot du véhicule de Chris (Irlandais par alliance, dit-il), s’agrippant d’une main et tenant son précieux liquide de l’autre.Le premier défilé de la Saint-Patrick a eu lieu en 1824 dans les rues de Montréal.Il s’agissait donc de la 178" édition de l’événement qui attire maintenant des centaines de milliers d’Irlandais d’un jour.Une édition sous un chaleureux soleil où la foule bigarrée était résolument heureuse d’entrevoir la fin de l’hiver.Plus de 300 000 Irlandais sont arrivés en territoire québécois entre 1825 et 1849, chassés de leur pays par la misère et la faim.Aujourd’hui, on dit que 40 % des Québécois auraient au moins un ancêtre irlandais.Voilà donc une bonne raison de fêter.«Do you have an Irish in you?Do you want one?», demande Kyle (d’origine écossaise, hollandaise et anglaise) avec le sourire.Il ne faut pas oublier que «la Saint-Pat's» est aussi une occasion de sortir de ses tiroirs les pires clichés irlandais.«Kiss me, I am Irish.» Et le défilé?Toujours l’occasion de se déguiser, de se teindre les cheveux en vert, de voir un saint Patrick géant, d’acheter des ballons pour ses enfants, d’entendre des fanfares et de voir des danseurs et danseuses s’agiter sur de la musique irlandaise traditionnelle.Si la foule crie et encourage ceux qui défilent, c’est bien plus l’occasion de se rencontrer qu’elle fête.L’occasion d’oublier ce qui l’attend le lendemain.L’occasion, tout simplement, de se réjouir.Sara et son groupe ont fait partie de ce lot.Chaque année, ils longent la rue Sainte-Catherine jusqu’à la rue Bishop.Ils attendent ensuite que les chars allégoriques et la musique s’éloignent et continuent la fête dans un pub du coin jusqu’à ce que leur corps leur rappelle qu’ils n’ont plus 18 ans.700 000 spectateurs PRESSE CANADIENNE Près de 700 000 personnes auraient assisté hier au défilé de la Saint-Patrick, selon les organisateurs de l’événement qui avait lieu à Montréal.Le défilé de la Saint-Patrick de Montréal est l’un des plus importants et l’un des plus anciens en Amérique du Nord, avec ceux de New York et de Chicago.Une quarantaine de chars allégoriques, des fanfares, des danseurs et des musiciens ont participé à ce 178" défilé.Une délégation de pompiers de la ville de New York était également présente.L’an dernier, près d’un demi-million de personnes ont assisté au défilé.FAVORIS SUITE DE LA PAGE 1 (un chiffre énorme qui montre l’enracinement de la télévision québécoise chez son public), et l’on choisit au hasard 10 000 bulletins de vote, en effectuant une répartition selon les régions du Québec.Parmi les moments forts de la soirée, signalons que Simon Durivage a peut-être reçu son dernier trophée Métrostar avant longtemps puisqu’il passe cet automne à Radio-Canada.Simon Durivage a été célébré comme étant l’animateur de bulletin de nouvelles de l’année, alors que, du côté des affaires publiques, c’est Paul Arcand qui a coiffé au poteau toutes les personnalités en nomination qui venaient de Radio-Canada En ce qui concerne les trophées d’interprétation, Patrick Labbé chez les hommes (pour La vie la vie) et Elise Guilbault et Rita Lafontaine, ex-æquo chez les femmes, ont été salués pour leur performance dans un téléroman alors que dans les séries de fiction c’est Sophie Lorain pour Fortier et Benoît Lan-glais pour 2 frères qui ont reçu le trophée.Patrice L’Ecuyer a obtenu le trophée «Artis» (c’est le nom officiel de ce trophée) comme animateur d’une émission de jeux, Paul Rivard pour une émission de sport, Michel Barrette pour une émission d’humour et Clodine Desrochers comme animatrice d’une émission de services.Forte présence de TVA parmi les gagnants donc, alors que du côté du gala des Prix Gémeaux c’est Radio-Canada qui a tendance à dominer.L’ouverture de ce gala était plutôt enlevante hier soir alors que différents artistes québécois aux quatre coins du monde accompagnaient sur film Robert Charlebois interprétant sur la scène du Monument-National à Montréal Je reviendrai à Montréal.L’animatrice de la soirée Julie Snyder, dont la voix éraillée traduisait une grippe persistante, n’a pas manqué dès le début du gala de se moquer de la synergie entre les publications Québécor et TVA, s'adressant directement à Pierre Karl Péladeau qui riait dans la salle, prêt à endurer quelques blagues, bien sûr, pour continuer à être propriétaire de la chaîne qui diffuse le gala le plus écouté au Québec.CLEMENCE SUITE DE LA PAGE 1 bientôt à l’exposition annuelle Les Femmeuses.Le 6 avril: vernissage d’une exposition solo intitulée Les animaux de mon rang à la Galerie Les Modernes à Montréal.Un livre portant le même fifre, écrit et illustré par Clémence, sortira bientôt aux Editions du lilas qui ont publié, entre autres, un florilège de ses poèmes intitulé Le petit Clémence illustré et Nos mères de René Jacob, assorti d’une exposition à laquelle elle a participé.Elle prête également son concours aux événements spéciaux organisés par les Petits Frères des pauvres et par les Impatients, artistes ex-psychiatrisés dont elle marraine les fréquentes expositions au 110, rue Sherbrooke Est (l'exposition Nos mères y fera escale à compter du 8 mai).Pas mal pour quelqu’un qui a souvent avoué: «JJiais écrire!» L’art d’inventer un métier «Très tôt, fai eu le goût du spectacle, mais je n ’associais pas ce métier avec récriture.» Ce sont les «séances» à l’école qui lui en ont donné le goût «Elles me sortaient de ma dure réalité.J’ai beaucoup glorifié et chanté mon enfance.En réalité, elle n’a pas toujours étéjàcile.» la passion de la scène lui est venue à travers un petit rôle de lutin qu’on lui avait confié à la salle paroissiale: «En entrant sur scène, je me rappelle avoir senti soudain l'attention de tout le monde, moi qui étais une enfant très ordinaire, plutôt perdue dans la moyenne.J’embarquais, j’étais vraiment un lutin! Je découvrais l’existence d'un autre monde moins réaliste qui m’attirait énormément» Elle rêve d’être actrice.Mais comment?Et pour jouer quoi?Chez les DesRochers, les enfants étaient élevés très librement.«L’école, à côté, semblait un monde de contraintes.» Plutôt malheureuse que comique en classe, Clémence devenait une vedette à la récréation: «Je faisais de très bons numéros, je me moquais des manies et des simagrées des sœurs.Cest comme ça que je suis devenue populaire.Les écoles, ça ne me va pas.» Même scénario au conservatoire: «Je faisais pitié dans les tragédies de Racine, tout le monde riait de moi! Mes gros succès, je les avais en dehors du cours, dans les corridors et les escaliers.» Il fallait partir de zéro et d'ailleurs.«Je me suis inventé un métier en utilisant des moyens (t ma disposition: les mots, le sens du récit et du ridicule.A la maison, malgré un climat souvent pas très serein, on savait rire et se moquer les uns des autres.» Quand elle écrit Ce que toute jeune débutante devrait savoir, ou Mon entrée à Radio-Canada, elle ne sait même pas que ça s’appelle un monologue: «f écrivais ce que je vivais tout simplement, pourleplaùtir.un peu comme un journal intime.Mais j’avais besoin d’aller vers le public pour partager mes réflexions.» Clémence demeure fidèle à elle-même, hors norme: elle écrit en détestant écrire, elle arrive au dessin par l’écriture.Ce qu’elle fait de mieux elle le fait toujours autrement «fêtais une fille de récréation! f avais besoin de recréer ce que je vivais.» Faire rire «Le rire est subtil, la chose la plus difficile, la plus délicate, la plus personnelle et la plus culturelle.Faire rire demande énormément de travail.» Sa vaste expérience lui en a appris les arcanes: «Rire est un acte fragile, émotif, contagieux.Il nourrit, il met en confiance.Mes monologues peuvent donner au public l'impression que f improvise; tant mieux, car le but visé est de rendre le plus grand naturel possible.Mais derrière, il y a des heures et des heures de tramü.» Clémence n’a jamais misé sur une technique de gags, elle avoue avoir tout fait instinctivement consciente que k‘ spectacle comique de qualité ne paît pas faire l'économie de la recherche en misant sur des formules.Sauf une: «“Punche en rentrant!’, disait Jacques Normand ü te faut un rire dès le début." Cf rire rassure et donne l’élan pour continuer S’il ne vient pas, on est démoli » Pour Clémence, rien de plus gratifiant que de le provoquer.«Vivre, pour moi, c'est entrer en contact avec les autres.Ce contact, je l’ai cherché, je l’ai voulu, je l’ai encore, Je ne pourrais pas vivre sans lui» Clémence se reconnaît de la même école quYvon Deschamps: «On passe tous les deux de Ihumour le plus débridé à des propos plus sérieux.Comme moi, Yvon est un être grave, un désespéré.J’aime ceux qui s’engagent.On ne fait jamais rire “juste pour rire”, explique-t-elle.S’il n’y a pas un fond, ça ne vaut pas la peine.Si on écrit, c’est que quelque chose rums dérange, qu’on veut dénoncer.La raison profonde n’est pas forcément drôle.Les sujets les plus drôles ont souvent un arrière-plan tragique.» Au Québec, le public le plus fidèle est celui qui préfère un contenu, une bonne structure.Ce public est le partenaire et l’ami de Clémence depuis plus de 40 ans.Elle joue avec, elle le sent Une complicité construite lentement, «porte-à-porte», précise-t-elle.Il accueille maintenant Clémence comme une intime, la rencontre est immédiate.Il a l'impression de connaître la personne à travers les personnages.Sans tout dire, elle se livre.«Au moment d’écrire, je me demande souvent à qui je pourrais m'adresser.Une déformation qui vient peut-être de la scène: j’ai besoin d’un interlocuteur.» Les animaux sont également des partenaires dans la vie de Clémence, «f ai hâte de rentrer chez nous pour retrouver mes trois chats.Je m'imagine qu’ils m’aiment; j’ai tant de tendresse pour eux.et pour tous les animaux, sou-ligne-t-elle.Ce sont de magnifiques créatures qu’on a le privilège d’avoir pour compagnons.Ils sont tendres, fidèles et si amoureux! Ils nous attendent Ils ne connaissent ni la malice, ni la violence.Même quand ils mangent une souris.» A la veille de la publication des Animaux de mon rang, ses voisins ont bien hâte de lire ce quelle a écrit sur leurs petits compagnons.Dessiner Le dessin cause à Clémence moins de peurs que l’écriture.«C'est un geste de création heureux lié à des matériaux que j’aime: le papier, les couleurs.La peinture m'attire toujours.Je ne suis pas Picasso, mais je suis Clémence.fai droit à mon geste et j’y crois quand je le fais.» Elle occupe dans l’univers des arts visuels le même créneau qu’ailleurs: la marge.D’une série de dessins à l’autre, on constate une nette évolution.Par leurs attitudes, leurs expressions, les animaux quelle dessine parlent d’elle et des humains.«Je suis encore timide avec le dessin et je jette beaucoup, fai évolué en particulier grâce à René Jacob, qui m’a beaucoup encouragée depuis le début.» René le pharmacien-écrivain: «Un compagnon littéraire comme je n’en ai jamais eu.fai toujours hâte de lire ses fax pour commencer la journée.Sa maison d’édition le rend très heureux Avec sa compagne Marie-France, il est totalement engagé dans ce rêve qui se concrétise.» Clémence a grandi rue Pacifique, à Sherbrooke, à l’ombre des jactries.Né à Saint-Elie-d'Ortord, son père était fou de la nature: «Hélas! ü fréquentait davantage la taverne que la campagne, glisse-t-elle./g l’aimais, je m’assoyais sur ses genoux, j'avais besoin de son affection.Mais il nous a souvent inquiétés, les enfants.» La vie d’Alfred DesRochers s’était cassée à la noyade de l'un de ses fils.Rose, la mère adorée, représentait l'abri, la sécurité.«Très intelligente, très vivante, plutôt effacée, elle avait de l humour et lisait beaucoup.» Clémence, qui a rendu à tous deux un vibrant hommage en chansons, se nourrit aujourd’hui de son amour de la nature: «Mon père avait écrit: “Ma joie et ma douleur chantent le paysage.” Le lac, le changement des couleurs du ciel, le temps qu ’il fait, la campagne où je vis m enchantent.Et puis il y a Louise, la compagne de toujours, et mes chats.» Un vœu?Que se taise cette friture d’angoisse qui l’habite.«faime les gens qui doutent», chante Anne Sylvestre, «Ceux qui avec leurs chaînes / Pour pas que ça vous gêne / Font un bruit de grelots.» Elle portait déjà un nom célèbre, elle a conquis un prejiom: on l'appelle tout simplement Clémence.A quand une réédition de ses chansons et de ses monologues sur CD?On pourrait bien parler de quatre spectacles quelle donnera fin mai pour soutenir une petite boîte de limoilou, Ijs oiseaux de passage, mais le guichet est déjà fermé.Pour en savoir plus: Notre Clémence — Tout Ihumour du vrai monde, Hélène Pedneault éditions de l'Homme, et Tout Clémence, édition préparée par Hélène Pedneault en deux tomes, chez VLB.K«nnM)> «v
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