Le devoir, 25 mars 2006, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 2 B MARS 2 0 0 6 EXPOSITION 125 kilos de livres au CCA Page F 2 "ma ENTREVUE Gilles Archambault à voix basse Page F 6 - i LE DEVOIR Revenu au pays il y a cinq ans, après avoir vécu une quinzaine d’années en France, l’auteur discret de Volkswagen Blues nous reçoit dans son «nid d’aigle» du quartier Saint-Jean-Baptiste à Québec à l’occasion de la parution de son 11' roman, La traduction est une histoire d'amour.CHRISTIAN DESMEULES Au 10" étage d‘un immeuble qui jure avec l'architecture des maisons basses du quartier, l'écrivain accueille le visiteur à la sortie de l’ascenseur, avant de le précéder dans un petit trois-pièces où dominent des tonalités de bleu, quelques rangées de livres sagement confinés dans des meubles bas.Et un silence qui enveloppe.Au fond de la pièce principale, une grande porte-fenêtre ouvre sur la Basse-ViBe et les Lau-rentides, encore couvertes de trouées blanches.-Et lorsqu on est sur le balcon, fait tout de suite remarquer Jacques Poulin, on peut même apercevoir lïle d’Orléans - L'De d’Orléans où Q passe désormais une partie de Tannée, dans un petit chalet que lui prête un ami, et qui se retrouve, presque tel quel dans son tout dernier roman.De l’autre côté de la tour d’habitation, en plongée diagonale, l'ancienne église anglicane St Matthew et son petit cimetiere désaffecté.En deux ou trois coups d’œil seulement le visiteur pourrait embrasser tout le cadre de son nouvel univers romanesque.Car il y a un cartographe scrupuleux chez Jacques Poulin.Lui qui avoue candidement être incapable décrire a distance sur Paris, par exemple, a ainsi toujours tenu à ne mettre dans ses livres que les beux qu'il pouvait décrire d’apres modèle — •Cest un peu idiot, non?Je ne sais pas d'où ça me vient.Peut-être que les gens ne le remarquent même pas», dit-il.Sur sa table est posé un livre aux pages écartelées, un exemplaire de Nikolski, le remarquable premier roman de Nicolas Dickner.•Comme je viens de terminer d’écrire un livre, fai en ce moment un gros appétit de lecture, confie-t-il Mais je sens que ça ne va pas durer, parce que fai déjà envie de commencer une autre histoire.-L'écrivain de 69 ans sent surtout que le temps file et que, s’il doit consacrer chaque fois quatre années à l’écriture d’un nouveau roman, les livres à venir risquent d'etre moins nombreux que ceux qui existent déjà.*/espère que je vais écrire jusqu’à mon dernier souffle», dit Jacques Poulin.Histoires d’apprivoisement Dans le cimetière de l’église St Matthew, une jeune traductrice un peu farouche, lointaine descendante d’immigrants irlandais, fait par hasard la rencontre de Jack Waterman.Tecrivain dont elle souhaitait traduire un des livres — un roman consacré a la piste de l'Oregon.De fil en aiguille, ce dernier offre a Marine de s'installer dans un petit chalet de lHe d'Orléans et d’y commencer son travail de traduction.La-bas, entre la vieille chatte obese nommée Chaloupe et Monsieur Toung, premier ténor des ouaouarons qui colonisent Tétang.la jeune femme recueillera un petit chat noir.Au fil d'une rapide enquête, de leurs échanges sur la traduction, les livres et l'écriture.Marine et le vieil écrivain remonteront ensemble jusqu'à la propriétaire du petit chat une jeune orpheline en dé- « Un titre, c’est un peu comme l’enseigne d’un café » tresse du nom de Limoilou.La «petite musique» est toujours présente dans ce roman.Cette tonalité indéfinissable qui n’appartient qu’aux romans de Jacques Poulin — une expression parfois appliquée à Técrivain français Patrick Modiano, dont il est d’ailleurs brièvement question dans le roman.Et comme c’est souvent le cas chez Jacques Poulin, La traductùm est une histoire d'amour est une suite de courts chapitres aux titres évocateurs ou intrigants: •La petite 0e du bout de la route», -Im sorcière», •Le cœur d'Anne Hébert», •Jules Verne et le jus de citron».Un détail auquel l’auteur du Vieux Chagrin a toujours accordé une attention particulière: -Un titre, c'est un peu comme l'enseigne d’un café-, explique-t-il Quelque chose qui nous donne envie d’y entrer.et d'y passer deux ou trois heures.Comment s'arrêter de lire dans ces conditions?C’est le livre qui nous avale, de chapitre en chapitre, jusqu’au •Paradis terrestre» final.Histoires multiples d'apprivoisement et de contraires qui s'entrecroisent le roman déborde dire teffigence du cœur, de douceur et d’empathie.Comme toujours, dira-t-on.Le masculin y fait la rencontre du féminin — tous les deux symbolisés par l’immeuble où habite Jack Waterman et par lHe d'Orléans Et pour confondre ceux qui croient a tort ou à raison, que tous ses romans se ressemblent 0 a pour la premiere fois confié la narration a un personnage féminin.La traduction, une école de sobriété Pour Jacques Poulin, si la traduction est une façon •d’ouvrir» un texte à d’autres lecteurs, elle est surtout une formidable école de sobriété.Traduit en anglais par Sheila Fischman, qui a aussi traduit une centaine d’œuvres d’écrivains québécois — d’Anne Hébert a Michel Tremblay, en passant par Gaétan Soucy ou Monique Proulx —, il entretient une relation privilégiée avec sa traductrice.-On est comme des amis», précise-t-il avec toute la pudeur qui le caractérise.*C« que fai décrit dans mon petit roman correspond un peu à ce qu’elle essaie de faire, constate Jacques Poulin.On dirait qu’elle se love dans ma façon d’écrire.» Quelque part dans le récit, Marine prête au roman la définition d’un refuge: •Petite construction en haute montagne, où les alpinistes peuvent passer la nuit.» Ut partage-t-il?•Elle me plaît bien, cette phrase-là, dit-il.Il y a l’idée d’effort et de sport.J'ai toujours aimé le sport.Ça correspond aussi au sentiment de satisfaction et de repos qui vient touje/urs apres un effort physique.Et quand on lit un roman tard le soir, par exemple, c'est un peu comme si le livre devenait une sorte de refuge dans lequel on passerait une Partie de la nuit.» Trouvée au hasard en feuilktant le dictionnaire, cette citation lui a ainsi permis de boucler un chapitre récalcitrant: •Ecrire, on l'oublie souvent, c'est surtout une question de problèmes à régler, de ponctuation, d’adverbes.C’est du bricolage.J’ai tou-jours trouvé qu 'écrire, en fait, ça ressemblait beaucrmp à ce que mon pere faisait lorsqu'il descendait dans le sous-sol pour bâtir une cabane d'chseaux • Nostalgie parisienne Lorsqu’on aborde Paris, où il a vécu et écrit durant prés de quinze ans, son regard sUkimine et cet étemel insatisfait devient soudain plus voluMe.les différences lui sautent aux yeux, entre la Ville lumière et cette •grande campagne^ qui l’entoure aujourd’hui, de la beauté de Tarchitecture a la proximité de tous les services, des cafés et des fibrames.•Cest une vide pleine de merveilles fy serais encore si je n'en avais pas été chassé par le bruit, reconnait-il en expliquant que d’interminables travaux dans rappartement du dessus Tort forcé a pfcr bagage, fai tenu le coup pendant sa mois.• VOIR PAGE F 2 POULIN » f «J’espère que je vais écrire jusqu’à mon dernier souffle » Exposition au CCA F 2 LE DEVOIR.LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MARS 2 0 0 6 -Livres ^- Des livres-monuments FRÉDÉRIQUE DOYON Dans une toute petite salle du Centre canadien d’architecture (CCA) se déploie une exposition qui fait grande impression.Des livres gargantuesques et liliputiens tirés de la collection du musée retracent l’histoire physique des ouvrages d’architecture.Notre époque, qui raffole des formats géants et des records Gui-ness, n’est pourtant pas celle qui a enfanté les plus grands et les plus gros livres.Au contraire, l’heure est plutôt à l’uniformisation des formats de livres chez les grands architectes actuels.Le plus massif auquel on pense spontanément est le célèbre S, M, L, XL dirigé par l’architecte Rem Kolhas.Mais il fut un temps où la grandeur de l’in-folio se conjuguait au luxe du projet architectural, aux ambitions et aux moyens des architectes, ou servait carrément de lobby pour concrétiser des projets de construction titanesques.Représenter les bâtiments ou les salles d’édifice dans les livres a longtemps relevé du défi.Les premières solutions consistaient à insérer des planches repliées (en accordéon) dans les ouvrages, comme le montre un in-folio énorme sur la luxueuse décoration des loges privées du pape Léon X supervisée par Raphaël, qui date de 1518-19.Le livre d’architecture le plus monumental jamais publié s’intitule Histoire et description de la cathédrale de Cologne (1823) et cherchait à convaincre le futur souverain d’Allemagne de terminer la construction de la cathédrale amorcée 700 ans plus tôt De fait l’immense gravure détaillée qui ouvre le livre en impose presque autant que le monument lui-même.L’autre bouquin que deux mains de lecteur ne suffiront pas à manipuler pèse 26 kilos et réunit 63 photographies de Carleton E.Watkins d’un domaine californien, le Thurlow Lodge, conçu par l’architecte David Farquharson.Enfin, l’aspect pratique peut aussi déterminer la dimension d’un ouvrage.A l’autre bout du spectre dimensionnel, les constructeurs ont été des précurseurs de l’ordinateur portable, confinant dans de minuscules ouvrages l’essentiel des principes théoriques de leur domaine de pratique.Vade mecum, rappelle-t-on dans l’exposition, signifie «viens avec moi».Sir Henry Wot-ton a écrit un de ces livres de poche, Hie Elements of Architecture, premier petit traité d’architecture qui condense le savoir de tous les grands in-folio du XVI' siècle sur la théorie architecturale.Mais le poids d’un livre ne se mesure pas qu’en kilo.En témoigne le traité de Vitruve De ar-chitectura, qui ouvre l’exposition, le seul ouvrage d’architecture de l’Antiquité à nous être parvenu intégralement et dont le CCA possède un exemplaire de la première édition imprimée.A deux kilos et moins de 30 cm- de surface, il ne bat aucun record de taille ou de masse, mais il fait le poids de tout le savoir ancien sur l’art du bâti.Le Devoir POULIN SUITE DE LA PAGE F 1 Im que des maux de dos, devenus presque légendaires, obligent désormais à écrire en partie debout (comme le faisait Hemingway, l’un de ses maîtres), il lui faut aussi réserver trois sièges lorsqu’il doit prendre l’avion.Les minées de nomadisme à travers l’Amérique du Nord et l’Europe semblent à jamais loin derrière.Mais il y a l’île d’Orléans, par bonheur, et il y a la prochaine histoire à raconter.Collaborateur du Devoir LA TRADUCTION EST UNE HISTOIRE D’AMOUR Jacques Poulin Leméac Montréal, 2(X)6,134 pages EN APARTÉ Le Yucatân, capitale mondiale du livre Jean-François Nadeau Alors qu’il étudie à Oxford, le jeune Edward King, lord Kingsbo-rough, troisième comte de King-stone, se passionne pour l’histoire des civilisations précolombiennes du Mexique.Nous sommes au début du XIXr siècle.Lord Kingsbo-rough a entendu, puisqu’on le répète depuis la découverte du Nouveau Monde, que les cités mayas sont en fait l’œuvre des tribus perdues d’Israël.Il le croit même si on affirme aussi que ces grandes villes de pierres, tout à fait remarquables, ont été bâties par des Chinois, des Normands, des Egyptiens ou même des Mongols venus en Amérique avec leurs éléphants.En fait, depuis la «découverte» du continent, l’Europe entière, bien engoncée dans l’assurance de sa supériorité morale et culturelle, ne veut tout simplement pas envisager qu’une telle civilisation ait pu éclore d’elle-même en Amérique.Entre 1830 et 1848, lord King-sborough publie, pour la première fois, les éléments des différents codex amérindiens, dont ceux des Mayas.Dans les différents tomes de •ses Antiquités du Mexique, il reprend entre autres le plus célèbre texte maya, connu aujourd’hui sous le nom de Codex de Dresde, du nom de la ville allemande où il se trouve.Mais lord Kingsbo-rough attribue à tort ce codex aux Aztèques, tout en enrubannant son propos général d’un charabia mystico-culturel auquel lui seul entend sans doute quelque chose.Dans ses Antiquités du Mexique, il reproduit aussi plusieurs textes rares de missionnaires ou d'explorateurs et permet ainsi une meilleure diffusion du maigre savoir sur ces peuples.Neuf volumes dispendieux pa- raissent grâce aux efforts de lord Kingsborough.Mais le jeune noble a beau délier les cordons de sa large bourse, cela ne suffit pas à absorber les coûts énormes liés à toute cette opération éditoriale.Il finit ainsi par perdre ses livres après avoir perdu sa fortune à tenter de les publier.A 42 ans, lord Kingsborough perd en phis la vie dans une prison dublinoise où on l’a jeté à la suite des charges de ses créanciers, imprimeurs et papetiers.A partir de ses livres toutefois, plusieurs travaux s’élaborèrent, dont les fouilles menées plus tard par Frederick Ca-therwood et John Stephens, qui mettent au jour des pans entiers d’une civilisation pulvérisée par la folie des hommes.Deux siècles plus tard, nous savons encore peu de choses de l’écriture maya, fondée à la fois sur la rédaction de phonèmes et d’idéogrammes.Et pour cause: il est pour le moins difficile d’étudier ce qui a disparu en fumée.En 1521, Je clergé espagnol déclare une guerre aux livres précolombiens.Une croix dans une main, une torche dans l'autre, les catholiques les brûlent tous sur leur passage, depuis la côte de Tulum jusqu’au cœur du continent L’évêque de Mexico, Juan de Zumârraga, se montre fier de brûler quant à lui ce que les troupes de Cortés ont pu oublier quelques années plus tôt.De triste mémoire, on se souvient notamment de Zumârraga pour avoir fait apporter sur une place du marché à Tlaltelolco les livres de la bibliothèque de la capitale de l’Anâhuac jusqu'à former là un Himalaya de papier.Des moines, armés de torches, y mettent alors le feu.Plus au sud, les écritures incas et aztèques connaissent le même sort.En 1583, le concile de Lima ordonne de brûler ce qui reste encore de ces livres, à cause des incantations maléfiques que ne manquent certainement pas de contenir ces documents.Même Bartolomé de Las Casas, tenu pour un défenseur des Indiens grâce a son généreux livre, Très brève relation sur la destruction des Indes, brûle en fait autant d’ouvrages précolombiens qu’il peut en trouver.Des grandes bibliothèques mayas, il ne subsiste plus aujourd’hui que trois ou quatre livres, le plus célèbre étant celui qui passionna lord Kingsborough, le Codex de Dresde.On ne s’étonne pas d’apprendre que l'autre exemplaire le plus fameux, celui-là conservé en Espagne, a été acheté à des descendants de l’incendiaire et meurtrier conquistador Hemân Cortés.La guerre de conquête contre les Mayas se poursuit jusqu’au début du XX' siècle.L’armée mexicaine intervient alors pour déloger les fils des Mayas rebelles des anciens villages de leurs pères.Aujourd'hui, la descendance de ces gens vit dans l’ombre de maisons aux toits pourris.A Chichen Itza, un des plus célèbres ensembles précolombiens, des affiches recommandent aux touristes de ne rien acheter de ces Indiens, comme on suggère ailleurs, à Paris ou à Venise, de ne pas nourrir les pigeons.L’archéologie des vivants n’intéresse visiblement personne.Les suites de la conquête Par osmose culturelle, la Grèce nous a laissé Platon, Aristote, Homère, Sophocle et bien d’autres auteurs encore.Mais nous ne connaîtrons jamais vraiment la valeur des lettres de l’Amérique pour cause de destruction massive.Pour cette raison, entre autres, les artefacts de la culture précolombienne méritent aujourd’hui moins d’attention à l'échelle planétaire qu’ils ne le devraient sans doute.Et cette ignorance conduit encore une partie de l’humanité à formuler, en toute bonne foi, des jugements culturels présomptueux, dignes au fond de ceux de tous les lord Kingsborough du XIX' siècle.Ainsi, il y a quelques jours à peine, dans l’impressionnante cité d’Uxmal, au nord de fa péninsule du Yucatân, un groupe de visiteurs états-uniens ne voulaient pas croire leur guide mexicain qui affirmait que les Mayas occupaient une bonne partie de leur temps à fabriquer le papier nécessaire aux livres.•Comment ces Mayas pouvaient-ils posséder des bibliothèques et des livres puisque personne n’en a jamais vu un seul», demandaient sans malice ces visiteurs venus du pays de l’oncle Sam?Pris de court, piégé par son anglais approximatif qui bouillait dans son crâne sous le haut soleil, le brave guide ne pouvait pas même ajouter que les ouvrages mayas, très sophistiqués, étaient élaborés sur du papier de fibre de bois de haute tenue ainsi que sur des feuilles d’aubier de ficus finement martelées, avant d’être cousus en accordéons, enduits de chaux et de pigments de couleurs.Devant les prodigieuses réalisations architecturales précolombiennes du Yucatân, plusieurs touristes continuent de croire qu’elles ne sont, tout compte fait, que les œuvres surprenantes de peuples primitifs, des peuples un peu plus ingénieux que les autres, certes, mais sans plus.Bien qu'ils sachent qu’il y a eu conquête, les touristes acceptent en somme, sans trop poser de questions, le spectacle des ruines mayas comme ils subissent les variations de climat au quotidien, c’est-à-dire comme si c’était dans l’ordre normal des choses.D’une certaine façon, le système de compréhension du monde que souhaitaient établir les colonialistes européens a donc fini par triompher.Au Yucatân comme ailleurs, seules l’ignorance et la bêtise semblent à jamais impossibles à renverser.jfnadeau(SIedevoir.com Nous savons encore peu de choses de l’écriture maya, fondée à la fois sur la rédaction de phonèmes et d’idéogrammes - RENÉ DEROUll M anon Hkuimbud < M»U fb'\t>*:u A l'HFXAGOMK Les Éditions de l’HEXAGONE félicitent René Derouin, premier artiste canadien à recevoir l’Ordre de l’Aigle aztèque, la plus haute-distinction du Mexique décernée à un citoyen étranger.252 P- * Î9.95 $ mvw.edhexagone.com La Chaire de recherche du Canada en esthétique et poétique de l’UQÀM présente PUISSANCE DU POÈME Pour une « autre » histoire 30 mars 2006 COLLOQUE 131)30 Pierre Oueliet : présentation 13MS Philippe Beck HISTOIRE DE PAS Finalités du poème d'après Jochmann Suivi d’une lecture de Chants populaires 15it Jean-François Bourgeautt LA MÉLANCOLIE DE L'ARCHIVE 151)30 Guillaume Asselin PAROLE EXTATIQUE 16h Michaël La Chance PAROXYSMES Mh 30 Simon Harel BRACONNAGES IDENTITAIRES jou# U dirretkm Guillaume Asselin et levm-Françors Bourgecult Maison ludger-Duvemay 82, rue Sherbrooke oued Montreal (Métro Plote det Arhj cep nlhtiijr fi UQÀM Entré* Libre Informations 5U 987 3000 # 1578 www.esthetiqueetpoetique.uqam.co La lITTÉAAniRE EN PUISSANCE avec Etienne Beaulieu Georges Leroux Eric Méchoulan Pierre Oueliet Sarah Rocheville Lionel Ruffel Sylvano Santini Jean-Pierre Vidal TERRITOIRES FEMININS sous la direction de Sylvie Mongeon L'ARTIFICE : TEXTE ET IMAGE sous lo direction de Karine Drolet et Francois Gonin "V Les Éditions du Noroît Nouveautés 2006 ans de www.lenoroit.com Catrine Godin I .es ailes closes Les ailes closes tj* ligne entre les rnes Claudette Frenette La ligne entre les rives les éditions du passage Bourbon Street-New Orleans 1955 George S.Zimbel I Préface de Zachary Richard Photographies des rues, clubs de jazz et cabarets de la Nouvelle-Orléans de 1955.Textes et photographies, 2006 « Merci à George Zimbel de nous offrir ce témoignage de l'âge d’or de Bourbon Street, une époque à la fois sinistre et civilisée décadente et glorieuse.» Zachary Richard Edmund Alleyn-Indigo sur tous les tons Collectif, sous U direction de Jocelvn Jean.Gilles Lapointe.Gmette Michaud Hommage au peintre Edmund Alleyn Textes, oeuvres.DVD.carnet de notes, ZOOS « C'est tellement rare, des livres d'art québécois de cette qualité, que nous le plaçons très haut dans notre palmarès des beaux livres cette année.Jocelyne Lepage.La Preste Têtes de violon Sylvain Rivière I Maude G.Jomphe Photographies de 64 violoneux des îles de la Madeleine Prose et poésie.2005 « On y sent le vent des îles qui souffle partout et fait presque vibrer les cordes des violons.te jury du Prix Mnémo Littérature "Vi Aimer nous absente Suzanne Giguère « J e suis venue pour la fin des choses.» L’écriture apparait simple, épurée — comme du Mozart.Partout vous rencontrez des phrases qui vous touchent Une femme observe du coin de l'œil sa mère dont la pensée et les pas vacillent Elle se remémore, telle une «musique, exactement», l’enfance et ses fantômes.La Mu- exactement parie du vieillissement et de la perte de 1 innocence, de la fragilité humaine, de la finitude.A travers des pages graves et radieuses.Luce est de retour en Gaspésie, le pays d’eau de son enfance.«Mû mère se tient immobile et tremblante sur le perron, rendue au dur labeur d’habiter encore pour Quelque temps ce monde.» La peine infinie de Luce de la voir ainsi.«/aurais voulu qu'une cure miraculeuse lui permette de se dresser comme une seule femme au-dessus de sa terrible fragilité.» Le soleil glisse dans le ciel d'un bleu inépuisable.Assise sur la grève, la narratrice respire les odeurs salines, les effluves de varech, identiques à celles de l’enfance.La mer moutonne.Ses mains fouillent dans le sable à la recherche des traces du passé.Luce a cinq ans.Elle remplit sa petite valise fleurie, se rend jusqu à l’intersection de la route puis attend accroupie sur sa valise le retour de son père.D est chanteur d’opéra.Chaque semaine il fait la navette entre la Gaspésie et Montréal.«Lorsqu’il surgissait, mon cœur était si fébrile que mes mots se mélangeaient dans ma bouche.» La fiDette rentre avec lui main dans la main.Il lui a manqué.Son père n’y voit qu'une fantaisie de gamine.«Il arrive qu’on appelle au secours et que les gens n’y voient qu’un sourire.» Emerge l’image du père absent qui la laisse à 1 autre bout du monde aux mains d’une tante hautaine et capricieuse et d’une mère besogneuse et épuisée.La présence enthousiaste du père chasse l’atmosphère lourde et triste de la maison.Ses retours ont le goût du bonheur.La mère de Luce revêt sa robe bleu pâle.De la fenêtre entrouverte jaillit un air d'opéra.Verdi, Mozart, Wagner.Dans le jardin sa mère redevient fiDette sur la balançoire pour le sourire de son homme.«Il était doux de l’entendre rire.» Délicates empreintes de bonheur.«Entre quiétude, dahlias et évasion.» Puis, de nouveau, les chagrins des départs.«Les dimanches, c’était une porte qui claquait suivie d’une éternelle attente [.] il devait se douter qu'à distance, l'amour s’inquiète.» L’enfant, trop jeune, ne peut identifier la blessure de sa mère au centre de ses veux.Les années déboulent les unes sur les autres.La mort subite du père met fin brusquement au temps des jeux et de la légèreté.«La mort comme le soleil Luce ne peut la regarder en face.» Trop de mots restes en travers de la gorge, de tendresses tues.L’épaisseur de l’absence.Une petite fin du monde.Luce découvre la liaison de son père avec la femme de son impresario.Comme le font souvent les petites fiDes, elle a mythifié son père.«Les filles ne possèdent pas une idée trà juste des pères, un bel amour les égare.» EUe découpe, ligne par ligne, toutes les lettres de l’amante, les coDe sur chacune des pages d’un roman que lui a offert son père pour ses quatorze ans.«La vie de papa et de Lauretta enclose dans un roman d’Alexandre Dumas» Les années dégringolent.Pour la première fois, le cœur de Luce bat la chamade.«S'endormir pour la première fois le nez collé à la nuque d’un homme dans les odeurs de terre et de campagne mêlées » Refusant de rester du côté des décombres et du chagrin de sa mère, eDe quitte la Gaspésie pour Montreal, entreprend des études en art avec le désir fou de «relancer la beauté là où elle se terrait» et de reconquérir des joies neuves.Pages d’une grande sensibilité Le soleil sombre derrière la ligne d’horizon.Demain Luce emmènera sa mère au centre d’accueil.«faurais voulu ne pas terminer sur ça, ne pas finir sur la tristesse.» Ces dernières années, eDe s’est reconciliée avec eüe.«Maman n’a jamais su demander, du moins de la bonne manière.Les soupirs, la peine sont des voix limitées [.] maman avait fait tout ce qu’elle pouvait.» C’est un peu toujours ça, l’amour: une façon de se perdre, de dériver.«Aimer nous absente.Mais il faudra le dire, un matin, devant nos peaux écorchées, rappeler qu'aimer c’est sans fond.» Luce imagine sa mère sur la galerie du centre d’accueil regardant avec les autres pensionnaires les lilas rouüler doucement.EDe chasse cette image, puis en fixe une dernière.L’écriture lyrique de La Musique, exactement épouse autant les fluctuations de la marée que les propos de la romancière qui, avec pudeur et réalisme, nous donne à lire des pages d’une grande sensibilité sur l'amour, la vieülesse et la perte.Le roman émeut et laisse le lecteur seul avec des images profondément durables qu’éveiDe le récit admirablement maîtrisé.Depuis une dizaine d’années, la romancière consacre tout son temps à l’écriture, colore la vie avec les mots, réconforte, invente.On trouve ses textes et critiques dans diverses revues Uttéraires.EDe écrit également pour la radio, la scène et la vidéo.La Musique, exactement est sa quatrième œuvre de fiction.Collaboratrice du Demir LA MUSIQUE, EXACTEMENT Micheline Morisset Québec Amérique, coD.«Littérature d’Amérique» Montréal, 2006,128 pages ESSAI Le mal de vivre, nécessaire à l’art?GUYLA1NE MASSOUTRE Qui n'a pas frissonné en écoutant l’execution parfaite d'une pièce musicale?Ce bonheur inouï, expérience de la perfection, nous inonde d'un bonheur indicible.Or Tzvetan Todorov y consacre son nouvel essai.Les Aventuriers de l'absolu, un sujet fait pour toucher le plaisir, le sacré, l'infini en art La grâce ou l'absolu, ces instances semblent nous surplomber.Outre l'expérience, est-ce Dé à des codes, des valeurs, une invention?«L’aspiration à la plenitude et à l ’accomplissement intérieur se trouve dans l’esprit de tout humain, et depuis les temps les plus reculés; si nous avons du mal à la nommer, c’est qu ’elle prend des formes extraordinairement diverses», écrit Todorov, qui s’intéresse moins aux définitions qu'à la plénitude vécue.S'il parle d’art c’est que «l’accomplissement» serait là «plus facile û observer».L’extase de l'amateur d'art ne tombe pas du ciel; eDe repose sur une configuration précise, rappelle le théoricien.Aussi demande-t-il à trois écrivains comment ils ont relevé le défi de donner une forme tangible à l’absolu.D signe ainsi dans ce Uvre trois essais biographiques interreDés, graphie «intensément sélective» des faits et événements captés dans «la richesse infinie des dizaines de milliers de journées vécues».L’esthète par excellence des lettres de la Grande-Bretagne, c’est Oscar Wilde, né à DubDn en 1854.Vktiine des préjugés de son temps, U fat condamné en Angleterre pour son homosexualité, inégale, à végé» ter dans les humiDations de la prison.Entre le briDant Portrait de Dorian Gray, recherche de la beauté absolue, et sa mort en 1900, seulement dix ans se sont écoulés.Todorov plonge dans la liaison fatale entre deux hommes et dans le procès.Il décrit la déchéance de l’écrivain, ce «long et ravissant suicide» que Wilde annonçait en ces mots, de manière prémonitoire, au tout début de sa carrière d’écrivain.Todorov interroge la chute de la gloire et la stérilité de l'écri- vain après sa übération et durant son exil français.L'enigme de l'homme fascine Todorov.Comment la vie peut-eOe rejoindre fa littérature et.inversement l'une, faite tragédie, ne plus pouvoir inspirer Fautre?«Ma lie que fat tellement aimee — trop atmee— m ’a déchiré comme I aurait fait un tigre», écrivait Wilde à la tin.Todorov y voit un destin.Le terme étonné, mais il souligne ce que l'essayiste préféré désormais: l’homme plutôt que l’œuvre.Peut-on lire vraiment sans connaître les auteurs?Ce serait peut-être perdre l'objet même de fa Utterature.Juste retour au vivant7 Rainer Maria Rilke Ce grand poète allemand avait mis la recherche de l'absolu au pinacle de sa vie.À sa mort en 1926.il ne connaît plus, depuis le début du siècle, que de profonds états dépressifs.Angoisses, étouffements, leucémie, déüres, aucun enfer ne lui est épargné.le mal de vivre se double d’un mal d'aimer.Pourtant, jusqu’au bout, selon Todorov, son écriture demeure sublime.Stephan Zweig, lorsqu'il prononce un discours à sa mémoire, souligne chez Rilke cette dissociation des extrêmes que Todorov qualifie de «baudelairienne».L'essayiste explore à son tour l’idée de «nécessité impérative», de «besoin vital» d'une vie supérieure par la poésie.Cette religion de l'art, bien partagée en son temps et dans ceux qui le précèdent, est-elle le prix à payer pour que l’œuvre s'accomplisse?Lorsque l’histoire rejoint k> poète, fa voilà bousculé dans sa tour d'ivoire Todorov montre Rilke se débattre avec Mussolini, la révolution d’Oc-tobre, l'extrême gauche incarnée par ses amies Claire Goll et Sophie Licbknecht, tout près de Rosa Luxembourg.Mais lorsqu’il se retire du monde, y compris de l'amour, lui si séduisant, seul parce que créer l’impose, tui profond malheur, inacceptable au Dt-u fa phis bitime de soi, s’inscrit en un exil douloureux.Cette ascèse, «besoin contradictoire», avance Todorov, finira par emporter le poète dans l’autre monde.Faut-il souffrir pour être un génfa?Marina Tzvetaeva Elle a correspondu passionnément avec Rilke La poétesse moscovite, exilee de son pays tout autant par les privations — une de ses filles est morte de faim — que par fa chaos de fa revolution, a connu fa vie la phis dure des trois écrivains.Le récit de Todorov se fait heurté, presque froid, pour évoquer les déchirures que la vie reserve à ceüe qui s'adonne maigre tout à sa vocation.11 la dépeint obstinée, d’une «loyauté inébranlaNe».sans mena ger les termes les plus absolus.Tzvetaeva est aussi mère.Après l’exil parisien où elle n’est plus rien, lorsque de retour en Russie sa fiUe est envoyée au Goulag, son mari emprisonné, elle renonce à écrire.Celle que les difficulté* ont plutôt portée à la resistance, ceDe qui histige fa fanatisme et la violence des pouvoirs opposés, évite-t-elle les ravages de l’asservissement totahtaire?lorsqu’elle se suicide.elle avait délivré dans ses vers son message d’amour.L’admiration de Todorov pour son œuvre, remise en contexte, est un hommage à l’humilité et à la grandeur de Tzvetaeva.In mort frappe fort, dit-il, ces êtres qui ont fait vertu d’exception, mais leur œuvre aide à vivre.Non, le malheur n’est pas une condition du sublime.D’autres exemples abondent dans le dernier chapitre, qui montrent également que «l’exigence de beauté ne suffit pas pour ordonner une existence».Cette croyance, fas aventuriers de l’absolu 1 ont payée cher.Et si, entre la vie et l’œuvre, il n’y avait pas à choisir quoi admirer exclusivement?Notons enfin fa parution, chez fa même éditeur, d’un autre essai de Todorov, L’esprit des Lumières, consacré à un examen critique de cet héritage intellectuel.Collaboratrice du Devoir LES AVENTURIERS DE L’ABSOLU Tzvetan Todorov Robert Laffont Ifaris, 2(X)6,278 pages 881 s | : V * : •-.«-•.yw'-re- WW ¦ T - MB» mm mm BLUE MET ¦8 FESTIVfl LITTÉRAIRE INTERNATIONAL !» müm METROPOLIS BLEU du 5 au 9 avril 2006 Une ville, det mots • The Oty of Words • Ciudad de las palabras i WWW.METROPOLISBLEU.ORG Hôtel Hyatt Regency Montréal 1255, Jeanne-Mance / Métro Place-Des-Arts Info Festival : 937-BLEU 129 ÉVÉNEMENTS EN 5 JOURS : SPECTACLES.TABLES RONDES, LECTURES.ATEUERS, LANCEMENTS, CONFÉRENCES.PRÈS DE 300 PARTICIPANTS : Michel Tremblay ¦ Derek Walcott ¦ Tomàs Segovia ¦ Andrei Makine ¦ Ruth Reichl ¦ François Schuiten ¦ Noëlle Châtelet ¦ Carlos Somoza ¦ Etel Adnan ¦ Yann Martel ¦ Jean-Claude Germain ¦ Louise Dupré ¦ Benoît Peeters ¦ MarkTewksbury ¦ David Bezmozgis ¦ Jean Barbe et beaucoup d’autres.CanatS Qu«*cSS .f, ersr Mo***# AIR CANADA $ -BsL UDram *kc feirtt.FONDATION m Lesconseilsdevos libraires indépendants MA VIE NE SAIT PAS NAGER Élainc Turgeon, Québec Amérique, 10,95$ Geneviève et Lou-Anne, deux voix jumelles et dissonantes, écrivent des témoignages Ixiuleversants qui appellent la délivrance de l’âme, cris de douleur nés du tréfonds de soi, I une pour mourir, 1 autre pour survivre.Ce roman est une bouée qu'on jette à la mer, une lecture de l’abîme et du naufrage: une lumière sur le suicide.Brigitte Moreau librairie Monet (Montreal) LE PARFUM DES FILLES Camille Bouchard, Dominique et compagnie, 9,95$ Julie, la grande sœur, a cessé de viurire, elle s'est transformée en cerf-volant Pour ( faim, 9 ans, la détresse est accablante.Imjxissible de trouver le réconfort auprès de parents inaccessibles, emmurés clans une terrible souffrance.Un bijou de tendresse et d’émotions! Jacqueline Chavignot librairie dément Morin (Troia-Rivieres) COMMENT DEVENIR UN ANGE Jean Barbe, Leméac/Actes Sud, 28,95$ Des personnages attachants dont les destins s’entrecroisent de 1980 à nos jours.Ffiopée contemporaine sur 1 amitié et 1 indépendance, écrite avec une lucidité et une justesse qui enchantent |can Barbe nous entraîne dans son sillon avec un roman remarquable.Michèle Roy librairie le.Fureteur (.Saim-Iainbert) LA PEUR AU VENTRE Julie Hubert, Septentrion, 24,95$ Une heureuse rencontre entre un vétéran de la guerre 19-45 et une écrivaine qui engendre un récit sans pudeur, non dénué d'esprit et de tendresse, et empreint d'une grande charge émotive.Christian Vacfaon librairie Pantoute (Québec) DISPARUES SOUS LE SIGNE DE L’INFINI Sylvie Nicolas, Québec Amérique, 19,95$ Roman où la suspicion et l’étrange folie des occupants de l’immeuble, dans lequel deux femmes ont mystérieusement disparues, devient une élucidation du mystère de leurs propres existences.Une histoire insolite relevant de l’esprit et d'un humanisme assuré.Sophie Lapointe librairie Le» Bouquu.sstes (Oikoutimij -P’Q le libraire Bimestriel littéraire gratuit www.lelibraire.org Mcimten.inl disooniWt ZL-JÈ.zlJ Des mythes et des hommes Entrevue Roxanne Bouchard Bande dessinée Un hiver riche en saveur Musique Luc Plamondon Une réalisation des librairies indépendantes i t I t a t i 11 PANTOUTE MORIN • 'C4r K lAfc.'•“« P/iqeeto fiURETEUR (aiiacE Ÿ- Y 7 F 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MARS 2 0 0 6 41^ Littérature Les mots qui nous font Louis Hamelin « c était une vie qui ridait le visage, qui dégraissait le corps et qui rendait content.Nous connaissions nos voisins.Les fêtes et les chagrins étaient partagés.Nous élevions nos enfants comme si la vallée leur avait donné naissance et devait les conserver.J’étais alors un enfant, dans ce lieu qui voyait en moi son avenir.» Mark Spragg a connu une enfance dont la plupart des enfants ne peuvent que rêver en tournant les pages d’un livre ou devant la télé: chevaux, cow-boys, grizzly.Un ranch à deux pas du parc de Yellowstone dans un pays sauvage qui n’était pas encore l’Amérique de George W.Bush, changeant ses lois pour autoriser les forages pétroliers dans les parcs nationaux de l’Ouest et de l’Alaska.Un monde où tout est à prendre et où rien n’est donné, où rien ne se perd, où le cheval bon pour la casse sert d’appât pour attirer le grizzly, qui à son tour attirera le chasseur.Bienvenue dans YanW-Brokeback Mountain, où les hommes sont de vrais hommes, où même les enfants sont des hommes et où le cow-boy qui vient de s’entailler la main jusqu’à l’os en dépeçant un wapiti serre les dents et regarde le sang qui pisse et son doigt qui pend au bout d’un lambeau de cartilage et de peau en disant •]'aimerais bien le garder, ce fils de pute.Si J’en meurs pas, il pourrait me servir pour me décrotter le nez quand je serai vieux.» C’est un Ouest sauvage qui ressemble au mythe et c’est pourtant tout le contraire de la vie libre, car ce ranch des années soixante est aussi une pourvoirie qui propose la grande aventure aux médecins, avocats et politiciens de la côte est capables de se la payer.Et c’est là que l’histoire de Spragg devient intéressante, qu’on quitte l’imagerie d’Epinal pour entrer dans la réalité de l’entreprise familiale.Les enfants ne font pas de vieux os au Ranch des SabresrCroisés: ils ont été conçus pour grandir et devenir des travailleurs au service du gagne-pain commun.«C’est trop bête, que ta mère et moi on n'ait pas eu d’autres gosses, lance le père au narrateur.H y aurait du travail pour dix autres comme toi, ici.» Pas facile d’être le fils de l’homme Malboro.J’ai connu, dans le Nord, à l’époque, un homme qui lui ressemblait.Pourvoyeur, comme par hasard.Un dur au cœur encore phis dur, qui commandait le respect et l’accordait parfois.Aux antipodes d’Azarius Laçasse et des autres pères mous de la littérature québécoise.L’amitié et la tendresse d’un tel homme se découvrent avec la soudaine gêne d’une nudité, se glissent entre les gestes et les mots comme une couleuvre au fond d’un puits.Prenez le père du narrateur de Là où les rivières se séparent.«Mouille-les bien, dit-il en désignant [mes] bottes d'un signe de la tête.J’ai pas envie que t’aies des ampoules et que tu ne penses plus qu’à tes pieds.» Ça, c’est peut-être la phrase la plus affectueuse qu’il soit capable de prononcer.Et il faut paradoxalement une grande sensibilité d’écrivain pour arriver à saisir ce personnage dans son essence même et à nous le rendre presque sympathique sans jamais verser dans la caricature, bien au contraire.Le mythe, oui, mais dans toute son humaine complexité.On est bien loin des petits lecteurs de Freud qui règlent leurs comptes avec Popa.Le style de ce livre est une grande réussite, qui allie poésie, laconisme, sobriété et beauté à couper le souffle.Capable de tourner des images qui nous rendent en une seule phrase ce monde en train de dispa-raitre phis réel que la piece ou nous nous tenons assis, le livre posé sur les genoux, et de reprendre à son compte la tranquille verdeur d’une langue façonnée par l’action des corps à travers le temps.L’écrivain adulte ressuscite un petit garçon qui possédé déjà, c’est son droit et son privilège, un univers à lui et son propre panthéon, sa galerie de personnages bons et mauvais, mais toujours inoubliables et qull juge tout en leur donnant vie.Le cuistot «L'idée que ce vieillard a un jour touché une femme sans avoir à la ligoter me fail l’effet d’un serpent qui serait tombé dans le col de ma chemise.» D y a cette attention, cette présence de l’écriture aux gestes qui les rend comme incantatoires plutôt que simplement quotidiens et qui vient du Hemingway de La rivière au cœur double, comme si l’homme était fait de ses actes et que l’écrivain ne pouvait se trouver qu’à travers eux, dans leur humble répétition.Rassembler les chevaux à quatre heures du matin, les seller, les monter, les attacher, les libérer, les rattraper, les ferrer, les déferrer, connaître la terre grâce à la chaude intercession de cette puissance contenue, centaure américain.«Au Wyoming, les chevaux ont la priorité», dit le code local de la route.Et toutes ces pistes à flanc de montagne nous conduisent, sinon vers la frontière mexicaine, du moins au cœur du domaine de Cormack Macarthy, autre grand chantre de l’équation «garçon + cheval = homme», et un styliste de première catégorie, capable de décrire sur des pages et des pages l’installa- tion d’un piege à loup.Hemingway, Macarthy, Spragg.Décidément, les mythes ont la vie dure.Dans une lettre à un ami.Papa Hemingway, justement, regrettait de ne pas avoir visé au ventre tel grizzfy du Montana pour virilement l’inciter à charger.Aujourd’hui, il aurait sans doute des problèmes avec sir Paul Macartney et sa douce.Mais Spragg, heureusement, a retenu la leçon de style et non la cruelle idolâtrie du Chasseur blanc.«Je ne les vois pas comme des hommes.Je les vois comme de gros scouts bruyants, comme des enfants obèses et chauves, f imagine qu’ils viennent chez nous gagner leur badge d’ours.Pas pour tuer quelque chose d’ordinaire qu’on peut manger, mais pour tuer quelque chose d’extraordinaire qui pourrait les manger.» Un enfant homme qui fait la leçon à des hommes enfants.Et un enfant miraculeux, vraiment, puisque, au coeur de cette sauvagerie élémentaire, parmi ces cow-boys au laconisme assassin, il a grandi au milieu des livres.«rangés sur des étagères dans la maison où vivent mon père et ma mère [.].Il y en a des milliers.Mon père lit.Mon père demande à mon frère et à moi de lui parier de ce que nous lisons.» Encore une leçon, et peut-être la plus belle.La rencontre d’un monde intérieur et d’un paysage, ou comment bâtir sur du solide: «C’est comme si je prononçais à l’oreille de la montagne tous les mots dont je suis fait.» Collaborateur du Devoir LÀ OÙ LES RIVIÈRES SE SÉPARENT Mark Spragg Traduit de l’américain par Laurent Bury Albin Michel Paris, 2005,340 pages TttjLÛve w.L'histoire de la femme la plus célèbre du monde.Un roman de Francine Lemay Récipiendaire du prix du Livre élu 2005 (France) MANCïNl Iïmav nie Offert en librairie au prix suggéré de 24,95 5 * Cet ouvrage est, selon moi, un tncontouinnhle pour ! ensemble des lecteurs et Ier trues, peu importe leurs croyances Un roman qui deviendra vite un succès littèioiie » Deim tmsquf mimateur de I emiuion tofie qvclxiten CHRU Votone les » dirions l ouis Miu lin un .LETTRES FRANCOPHONES Vous avez dit francophonie ?LISE GAUVIN Alors que vient d’avoir lieu à Paris le Salon du livre consacré aux littératures francophones, plusieurs questions se posent.La première, gênante parce que récurrente et toujours irrésolue: que recouvre au juste la notion de francophonie?Une étiquette commode servant à regrouper les anciennes colonies françaises?Une manière de désigner les locuteurs français hors de France tout en Içs marginalisant?Une façon pour l’E- tat français d’assurer sa présence au sein d’organismes internationaux?Quoi qu’il en soit, dès que l’on tente de préciser le sens du mot, il y a toujours un reste, c’est-à-dire des exceptions, des éléments qui ne cadrent pas avec la définition.Les écrivains antillais, comme les réunionnais, pourtant considérés comme faisant partie de cet ensemble flou que l’on nomme la francophonie littéraire, ne figurent pas parmi les invités officiels du Salon à cause de leur nationalité française.On ne s’en sort pas aisément.Quant aux auteurs de la Belgique, ils appartiennent à ce qu’on pourrait nommer une francophonie de proximité, souvent difficile à distinguer du corpus littéraire français.Romancier francophone, Weyergans?Le Salon de Paris et le Festival francophone qui l’accompagne semblent entretenir à dessein les ambiguités.Dans l’esprit des Français, l’image de la francophonie reste d’abord liée au contexte de la colonisation, et plus particulièrement à l’Afrique.Ainsi, la collection «Continents noirs», créée dcv puis peu chez Gallimard, a-t-elle été assortie dans ses premières publications dime postface annonçant un renouveau de la littérature analogue à celui qu’a accompli, dans les arts plastiques, la sculpture africaine.Mais les auteurs eux-mêmes sont les premiers à signaler les dangers d’exclusion qui les menacent et à revendiquer une appartenance entière à la littérature française, ou plutôt à une littérature francophone dont la littérature française serait l’une des composantes.Telle est la position défendue dans une émission de Culture et dépendances par Alain Mabanc-kou, dont le dernier roman.Verre cassé, a été salué par de nombreux prix.Telle est aussi, à peu de choses près, le statut que souhaite un Tahar Ben Jelloun, qui se dit un écrivain français d’origine marocaine.On peut jouer sur les mots.11 n’en reste pas moins que l’appellation «francophone», si elle permet de donner une certaine visibilité aux productions littéraires de la «périphérie» — et c’est ce qui justifie, notamment, l’existence de notre chronique —, ne saurait être une frontière ou un cadre fermé.Les écrivains, sans doute est-il nécessaire de le rappeler, sont écrivains avant d’être francophones, allophones, migrants, postcoloniaux ou quoi que ce soit d’autre.Toujours la même question On comprend dès lors l’agacement d’un Tahar Ben Jelloun à se faire poser toujours la même question: pourquoi écrivez-vous en français et non en arabe?En 1994, alors que je l’interrogeais sur la plainte émise par une machine à écrire dans L’Homme rompu, à propos de «l’immense poids de la langue française», il me répondit avoir constaté que la langue arabe est beaucoup plus riche, plus variée que la langue française.Et il ajouta: «Ce que je fais souvent avec une espèce de naïveté ou de simplicité, c’est traduire littéralement certaines expressions arabes qui font sourire les lecteurs français mais sont des clins d’œil à mes lecteurs marocains.» Dans l’émission littéraire plus haut mentionnée, il précise qu’il ne pourrait pas aborder certains sujets en arabe, parce que cette langue reste pour lui la langue du Coran, une langue sacrée.Vous avez tort, de lui répondre le linguiste Claude Hagè-ge, car aucune langue n’est sacrée et il y a en arabe une vaste littérature érotique.Il s’agit donc d’autocensure, admet Ben Jelloun, qui ne se prive aucunement, dans son dernier roman, Partir, de décrire des scènes d’amour en français.Partir reprend certains des thèmes déjà abordés dans ses romans précédents, celui de la corruption par exemple, qui touche toutes les couches de la société et que le principal personnage du récit, Azel, tente d’abord de dénoncer: «Après avoir bu quelques bières, Azel s’adresse à lui en criant, prenant les gens à témoin: regardez ce gros ventre, c’est celui d'un pourri, regardez sa nuque, elle montre assez combien cet homme est méchant, il achète tout le monde, normal, ce pays est un vrai MOI.TnarchcdviHvre.qc.ca librairie agrCêr Livres et bandes dessinées tffaiUl.il4,MIUI,llfc Sur l« campus UQAM, à deux pat de la Urandc Uibliothèquc i 514.288.4350 HiiqIc de lllflisonneuue et St-Hubert No-»( acKeto^r ' à do/'ociLc livi-ef de t^aüté^ BOUOUINERIE SAINT-DENIS ru* St-Deniv 288-5567 BOIIQ1 INERIe i du plateau marché, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tout le monde se vend, il suffit d'avoir un petit peu de pouvoir, ça se monnaie, et ça coûte pas cher, à peine le prix de quelques bouteilles de whisky, une soirée avec une pute, mais pour les gros coups, ça peut aller loin, de l’argent passe de main en main, tu veux que je ferme les yeux, précise-moi le jour et l’heure, t’auras pas de problème, mon frère [.] c’est ça le Maroc, y en a qui triment comme des fous, ils travaillent parce qu’ils ont décidé d’être intègres, ceux-là, ils travaillent dans l’ombre, personne ne les voit, personne n’en parle alors qu’on devrait les décorer, parce que le pays fonctionne grâce à leur intégrité, et puis il y a les autres, ils sont légion, ils sont partout, dans tous les ministères, dans notre pays bien-aimé, la corruption, c’est l'air que l’on respire.» Faute de pouvoir modifier les choses, faute surtout de pouvoir trouver un véritable emploi, Azel, pourtant diplômé en droit, ne rêve que de départ et d’évasion.C’est aussi le cas de sa sœur, Kenza, et de la petite Malika, devenue malade par suite de son travail à l’usine de crevettes.Et de plusieurs autres jeunes à Y «avenir bouché».Azel, déterminé à partir, accepte l’offre d’un riche touriste espagnol, Miguel, de venir s'installer avec lui à Barcelone.Mais la vie luxueuse qu'il mène alors n’est pas sans une contrepartie moins avouable, et voilà que le jeune homme perd l’estime de lui-même et, comme sa sœur Kenza, elle aussi expatriée grâce à la complicité de l’Espagnol, songe à revenir dans son pays.Le besoin de partir A travers cette triste histoire d’émigration se lit la difficulté de quitter la terre d’origine, aussi inhospitalière soit-elle.Ainsi de Kenza qui, de l’Espagne où elle vit, éprouve la nostalgie du hammam: «C’est là qu’elle avait appris le Maroc, comme une langue quasi étrangère.Les silences, par exemple, pouvaient se traduire.Au pays, les femmes qui se taisent ne le font pas parce quelles n’ont rien à dire, mais au contraire parce que ce qu’elles ont à dire, peu de gens sont susceptibles de l’entendre et de le comprendre.» Et le roman de se terminer sur l’évocation fantastique d’un bateau chargé de ramener au Maroc les uns et les autres, avec la compagnie d’un certain Flaubert, personnage d’origine Camerounaise qui tente de faire son entrée dans les pages du roman, tout comme un certain Panza et son maître Don Quichotte.Et enfin apparaît Moha, Y «immigré anonyme», cette fois emprunté à Ben JeDoun lui-même et présenté comme celui qui, pareil à beaucoup d’autres, a «entendu l’appel du large».Le besoin de partir, semble dire le romancier, fait partie de l’imaginaire humain, au même titre que le besoin de fiction, et cela quelles que soient les conséquences plus ou moins heureuses des actions ainsi engagées.Collaboratrice du Devoir PARTIR Tahar Ben Jelloun Le Seuil Paris, 2006,267 pages NOUVEAUTES AUX 2 Mont Royal.523-5628 Vivez la mi-carême comme si vous y étiez! Photos de Pierre Dunnigan Textes de Francine Saint-Laurent Avant-propos de Gilles Vigneault Mi-carême Une fête québécoise à redécouvrir É Les 4oo coups Éditions d’art LeSabord Mamerlor Réjean Bonenfant goutev^ntes chroniques croisées entre une mère et „„ seizième enfintécnvatn S* pages ¦ 19.95 J Bonnie Collectif Êjsot sut t» production dix detroères années de l'artiste Bonnie Baxte' 64 pages ¦ 19.95 J Vox Fibrae François Tournant [a»im!rô*dut«n.«W»rt*tmUSN,e in pages 19 991 (8191375 6223 www.lesabord.qc.ca T LE DEVOIR.LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 MARS 2006 F 5 Essais xVfi ESSAIS QUÉBÉCOIS H S T O 1 R E L’engagement démocratique de Marc Brière Louis Cornellier La constance de l’engagement démocratique de Marc Brière est admirable.Militant libéral à l'époque de la Révolution tranquille, membre-fondateur du Mouvement Souveraineté-Association et du Parti québécois, Brière a dû mettre son militantisme en veilleuse de 1975 à 1999, alors qu’il exerça la fonction de juge au Tribunal du travail.Depuis 2000, toutefois, il a repris son bâton de pèlerin en publiant plusieurs essais visant, selon sa formule, à nous faire sortir de l'impasse nationale.Lire Marc Brière n’est pas vraiment une partie de plaisir.L’essayiste, en effet, a gardé de son ancienne fonction de juge quelques tics stylistiques qui alourdissent sa prose, souvent redondante et faisant un usage par trop abondant des citations.L’homme, néanmoins, a des idées qui méritent d’être entendues et quelques obsessions susceptibles de dynamiser le débat démocratique québécois.Souverainiste-associationniste, Brière rejette tout dogmatisme, que celui-ci soit indépendantiste ou fédéraliste.Il réitère, dans Babel-Québec - Démocratie, citoyenneté et mode de scrutin, sa conviction la plus profonde: «Ce n’est pas accéder à l'indépendance nationale ou à la souveraineté qui importe, c’est marcher vers elle en progressant vers plus d’autonomie, pour avoir plus de justice, plus d’équité, plus de solidarité.[.] C’est la perspective, c’est le cheminement que je suggère aux indépendantistes québécois: avancer vers la lumière, mais en se protégeant de l’éblouissement de l’idée fixe, du but qui seul compterait, et qui empêcherait de voir la réalité multiforme des nécessaires étapes du cheminement à accomplir.» Trois de ces étapes l’obsèdent plus particulièrement: le développement des vertus civiques et républicaines, l’établissement d’une citoyenneté québécoise et la réforme du mode de scrutin.Les indépendantistes, souvent, renvoient à l’après-souveraineté la mise en branle de ce programme, surtout ses deux derniers volets.Les fédéralistes, pour leur part, contestent le volet qui a trait à la citoyenneté québécoise, y voyant une astuce souverainiste.Brière rejette ces réserves qui constituent justement, selon lui, la cause de l'impasse actuelle.On constate donc que la volonté de développer les vertus civiques est plutôt partagée.Reste, évidemment, à en établir les conditions de possibilité.Le cynisme de la population envers les dirigeants, écrit Brière, est nourri par le déséquilibre fiscal entretenu par le fédéral et par la corruption (scandale des commandites, patronage dans les sociétés d'Etat, gâchis de la Gaspé-sia) des élites politiques en général.Des changements d’attitude s'imposent donc pour les gestionnaires du bien public.Les citoyens, cela dit, doivent eux aussi faire leur examen de conscience: «Malgré une vitalité réelle et souvent admirable de la démocratie au Québec, force est de reconnaître qu ’à part chez les mordus de la politique, l’ignorance l’emporte généralement sur les connaissances.[.] C’est la faute des Québécois eux-mêmes, qui se complaisent dans leur analphabétisme civique, ne lisent pas les journaux et les essais à leur disposition, et s’abstiennent systématiquement de regarder ou d’écouter les émissions d’affaires publiques.» Pour corriger cette déplorable situation, Brière reprend entre autres une idée que nous sommes quelques-uns à mettre en avant depuis plusieurs années: l’instauration, à la fin du secondaire et au collégial, d’un cours d’éducation civique qui fournirait à tous les futurs citoyens les outils nécessaires à leur engagement démocratique.L’absence d’une telle formation constitue, en effet, un scandale dans une société avancée comme la nôtre.Plus délicate, la proposition d’instaurer une citoyenneté québécoise a souvent été défendue par Brière, mais jamais aussi bien que dans cet ouvrage.La nation civique québécoise, écrit l’essayiste, n’existe pas encore.La société québécoise comprend trois groupes nationaux — les Franco-Québécois, les Anglo-Québécois et les Autochto-Qué-bécois — qui «ne partagent pas une seule et même conscience nationale».L’établissement d’une citoyenneté québécoise et l’adoption par les Québécois d’une Constitution pourraient fonder cette nation civique et lui donner une existence réelle, même dans le régime constitutionnel actuel.Suggérée par la Commission La-rose sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec et appuyée, notamment, par le politologue Alain G.Gagnon, cette idée de citoyenneté québécoise aurait, selon Jean-François Lisée, de grands avantages: «La citoyenneté québécoise apparaît donc non seulement comme un geste positif, mais LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité 1 m Achetons à domicile 514-522-8848 1-888-522-8848 bonheurdoccasion@bellnet.ca 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBUOTHÈQUES IMPORTANTES.comme une réparation: pour la majorité francophone, une façon d'affirmer sa présence au Canada et en Amérique maigre les échecs de Mee-ch et de la souveraineté, donc un baume sur ses plaies, une infusion d’amour propre; pour les minorités non francophones, une façon de leur dire qu’ils sont citoyens québécois une fois pour toutes, quoi qu en puisse dire demain tel ou tel leader tru-deauiste ou indépendantiste.• Des souverainistes y verront une démarche affinnationniste qui détourne de l’essentiel, alors que des fédéralistes y verront une astuce souverainiste.Brière, lui, en parle plutôt comme «une troisième voie entre l’indépendance et l'assimilation», et Lisée choisit le pragmatisme en laissant la question des conséquences ouverte: «Le fait est qu'on ne peut tout simplement pas savoir quel impact aurait demain la citoyenneté sur l’intention de vote référendaire.Il fout oublier ces calculs et se concentrer sur le fond des choses.Est
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