Le devoir, 23 mars 2002, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 3 ET DIMANCHE 24 MARS 2 0 0 2 ROMAN René Belletto Page D 4 , ¦" ENTREVUE Cees Nooteboom Page I) 5 LE DEVOIR 8/ UOccident lyrique Les baby-boomers n’ont pas fini de faire parler d’eux.La revue L’Atelier du roman consacre son numéro de mars au phénomène à partir de l’essai de François Ricard, La Génération lyrique - Essai sur la vie et l’œuvre des premiers-nés du baby-boom (Boréal, 1992), récemment repris en France aux Editions Climats.Voici donc un extrait, empruntant cette fois à une perspective allemande, du numéro 29 de L’Atelier du roman.LOTHAR B AI E R Francfort — «Grande Noirceur», avais-je appris à Montréal durant les années 90, fut le nom bien mérité du règne de Maurice Duplessis, premier ministre du Québec de 1944 à 1959.A preuve, le destin des soi-disant enfants de Du-plessjs, c’est-à-dire ces orphelins placés par l’Etat dans des institutions catholiques d’où, mal nourris et pratiquement point éduqués par les bonnes sœurs, beaucoup d’entre eux sortaient illettrés.Or, à la même époque, ont subi un sort identique, vient-on d’apprendre en Europe, dans ce pays protestant et social-démocrate qu'est la Norvège, des milliers d’enfants germano-norvégiens placés dans des institutions pour handicapés et malades mentaux: pour justifier cette mesure insensée, l’administration du pays libéré de l’occupation nazie en 1945 déclarait plus tard qu’une femme norvégienne capable de se livrer à une telle forme d’intelligence physique avec l’occupant devait tout simplement être mentalement malade et qu’il était à craindre que la progéniture issue de ce défi ait hérité de cette maladie.C’est ainsi qu'on a voulu combattre en Europe, après la guerre, la folie raciste et biologiste natio-nale-socialiste.Une noirceur luisante Pour revenir à la «Grande Noirceur» québécoise, ce qui m’a beaucoup frappé, à la relecture de La Génération lyrique.c'est l’analyse de cette période proposée par François Ricard.En fait, écrit l’auteur, «si on les examine d'un point de vue à la fois plus radical et plus concret, d’un point de vue, disons, existentiel, les années d’après-guerre apparaissent au contraire inondées de clarté.Une clarté envahissante, conquérante, qui traverse et chasse d'un coup l’obscurité de naguère et transforme entièrement la saveur de l’existence.Or, quand c’est toute la vie qui se met ainsi à changer, que sont, que peuvent un gouvernement et des institutions qui — pour l’instant — ne changent pas?» (page 26).N’étant pas en mesure, par manque de connaissance sur cette époque québécoise, de juger du bien-fondé de cette analyse, je la trouve cependant stimulante et crois quelle permet d’analyser la période qui s'écoule simultanément en Allemagne.Les années 50 en Allemagne de l’Ouest, qu’on appelle «époque d'Adenauer» — d’après le nom du premier chancelier de la République fédérale, en poste de 1949 à 1963, homme politique déjà âgé, fort catholique et conservateur, soucieux de préserver, tout en s’alignant sur la superpuissance américaine, l’ordre allemand établi —, ces années sont donc appelées années de la «restauration».Mais, restauration de quoi?Certes pas celle de l’État national-socialiste, ni celle de la République de Weimar avec son désordre politique et son bordel culturel; l’Empire alle-mand, balayé par la défaite militaire et la révolution de 1918 et dissous par le traité de Versailles, n’avait survécu que dans la personne de tel ou tel général ou noble appauvri.Cette «restauration», bien qu’accompagnée par le son de cloche de la cathédrale de Cologne, ville dont Adenauer avait été le maire, et par des discours de cardinaux, flottait donc dans l’air, pourtant l’on fut peu à peu obligé de reconnaître que les 12 années de national-socialisme.loin d’arrêter le processus de modernisation sociale entamé VOIR PAGE D 2: OCCIDENT -—-r- it: « i La mémoire NUCCIO DINUZZO Monique Bosco JACQUES GRENIER LE DEVOIR «Comme j’aimerais à nouveau militer avec la passion de ma jeunesse» Il y a 25 ans, Monique Bosco, qui enseignait alors la littérature à l’Université de Montréal, comptait parmi ses élèves une jeune Amérindienne.Celle-ci, répondant au nom de Micheline C., militait activement pour la cause des autochtones.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Un quart de siècle plus tard, la même Monique Bosco a croisé de nouveau cette étudiante, qu’elle a cette fois accompagnée au restaurant C’est que l’écrivaine, auteure de nombreux ouvrages et lauréate du prix Athanase-David, préparait un ouvrage ayant pour thème central les Amérindiens du Québec.L’Attrape-rêves, un essai qui prend parfois la forme d’un récit et qui s'intéresse aux Amérindiens du Québec, vient de paraître chez Hurtubise HMH.C’est le fruit d’une prise de conscience tardive, comme un second Mea Culpa, puisque le dernier livre de Monique Bosco, venue de France s'établir au Québec en 1948, portait justement ce titre.«Un demi-siècle plus tard, je me réveille, étonnée, et je m’aperçois que j’ai dû être aveugle et sourde.Certes, j’ai voulu rencontrer “autrui”, ne fias me tenir avec les Français de France, amis avec les Canadiens de l’époque.J’ai évité les Juifs d’Ou-tremont et cru en mes amitiés “anglaises".Un demi-siècle plus tard, je me réveille et je me pose la question: “Comment se fait-il donc que jamais, au grand jamais, je n ’aie approché un Huron ou un Iroquois”», demande Monique Bosco, au début de cet essai qui veut éveiller sa conscience du profond sommeil qui l’a anasthésiéejusqu’ici.«Dans les journaux, on en parlait moins: depuis un an ou deux, c’est fou ce qu'on en parie», constate-t-elle pourtant en entrevue.En fait l’idée d’écrire ce livre lui est venue en lisant un poème du Québécois Gilles HénaulL Ce poème, intitulé/e te salue, se lit ainsi: -Peaux rouges / peuplades disparues / dans la conflagration de l’eau de feu et des tuberculoses / Traquées par la pâ- I leur de la mort et des Visages Pâles / Emportant vos rêves de mânes et de manitou / Vos rêves éclatés au feu des arquebuses / Vous nous avez légué vos espoirs totémiques / Et notre ciel a maintenant la andeur / des fumées de vos calumets de paix.» Sur l’élan de ce poème, donc, Bosco a traqué le sujet de son prochain ouvrage, interrogé ses connaissances, les quelques reportages rapidement vus à la télé.«Ces enfants, là-bas, dans le Grand Nord, ces enfants qui “sniffent” de la colle, ces adolescents qui se suicident en plus grand nombre que partout ailleurs dans le monde.C’était sans doute à des milliers de kilomètres, là où personne ne va, sauf quelques missionnaires, quelques fous en quête d’exploits, à la conquête d’autres icebergs.Trop loin, trop froid, pour aller voir.» Ce sont les fantômes de ces «peuplades» que Bosco a cernés, à travers diverses œuvres traçant l’histoire de l’Amérique, de Chateaubriand a aujourd’hui.Car pour écrire L’Attrape-rêves, Monique Bosco a rouvert les livres, fréquenté les bibliothèques.Et tranquillement, avec ses références, elle a tenté de combler cet immense trou de sa mémoire, de la mémoire.Du coup, elle découvre des choses qu’elle n’a pas voulu voir, certaines qu’elle n’a pas voulu entendre, au cours de ces longues années où elle a pourtant, par exemple, milité aux côtés de Judith Jasmin, à New York, pour l’émancipation des Noirs américains.«Comme j’aimerais à nouveau militer avec la passion de ma jeunesse», écrit-elle d’ailleurs dans L’Attrape-rêves.Au cours de la lecture, par exemple, du livre Les chiens s’entre-dévorent, écrit par Jean Morisset en 1976, elle constate des faits que son étudiante amérindienne lui avait relatés mais qu’elle avait alors refusé de croire.Elle y constate ainsi qu’on a pratiqué une politique de stérilisation des Amérindiennes.Dans le chapitre «Limitation des naissances» du livre de Morisset, Monique Bosco a en effet trouvé le passage suivant «On a instauré une politique de contraception des plus efficaces (ligature des trompes) pour toute Indienne selon les critères suivants, toute femme de 25 ans avec cinq enfants, de 30 ans avec quatre enfants, et de 35 ans avec trois enfants.» VOIR PAGE D 2: MÉMOIRE LE DEVOIR.LES SAMEDI 23 1) 1 ET DIMANCHE 24 MARS 2 0 0 2 •^Livres •»- OCCIDENT SUITE DE LA PAGE D 1 avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’avait encore accéléré, mettant en œuvre une égalisation des traditions et des classes sans précédent L’époque d’Adenauer a donc laissé le souvenir d’une restauration tournant aux trois quarts à vide — ne créant pas une grande noirceur mais une grisaille moyenne.Aux jeunes de cette époque, cette grisaille offrait bien des cachettes qui permettaient d’échapper à la surveillance de la part des adultes.Comme le dit François Ricard à propos du Québec de cette époque, un gouvernement et des institutions travaillant à la restauration de certaines normes et valeurs morales déjà minées par le processus séculaire de sécularisation ne peuvent pas grand-chose.Pourtant, l’image de l’enfance et de la jeunesse telle qu’elle est dessinée par François Ricard se distingue fondamentalement de l’enfance et de la jeunesse vécues par ma génération en Allemagne et vraisemblablement aussi bien au delà de ce pays, en Europe.Malgré la lente stabilisation de la situation économique au cours des années 50 en Allemagne, il ne peut aucunement être question d’élans comparables à ceux rendus responsables par François Ricard du baby-boom en Amérique du Nord en général et au Québec en particulier.Là-bas, le niveau de vie était sans doute beaucoup plus élevé qu’en Allemagne: dans ma famille, avec un père enseignant, appartenant aux classes moyennes, on a reçu le premier frigidaire à la fin des années 50; une maison à nous, une voiture, un téléviseur, cela n’a jamais existé, non plus que dans d’autres familles socialement comparables que je connaissais.Les gens travaillaient énormément et faisaient des efforts, dans tous les sens du terme, mais en aucun cas parce qu’ils étaient séduits par les charmes d’un «nouveau matin du monde» et des «lendemains qui chantent», comme l’annonçait le folklore du Parti communiste français.Les parents et les adultes bossaient comme des fous mais, comme Hannah Arendt l’a très bien observé, afin de fuir en avant.Derrière eux, ils abandonnaient un passé encombrant, gênant, qui les faisait courir — se défaire des ruines, faire table rase, reconstruire, en un mot se débarrasser des traces rappelant un passé, le passé du Troisième Reich, qui n’avait laissé pratiquement personne innocent.Pourtant, cette fuite en avant ne menait pas très loin.Le deuil de rêves De quoi les enfants conçus et nés encore sous les bombes, ou un peu plus tard au milieu de ruines, pouvaient-ils être mandatés?De poursuivre l’œuvre de conquérir un monde prometteur entrevu par leurs parents?Ces parents eux-mêmes, trop occupés par d’autres tâches, n’avaient pas encore fait le deuil de leurs rêves déchus, liés, d’une façon ou d’une autre, à la montée de l’Allemagne d’Hitler en nation forte, redoutée aussi bien qu'admirée de l’extérieur; d’ailleurs, ils ne le feront jamais, comme le psychanalyste Alexander Mitscherlich le constatait dans son ouvrage fort lu, L’Incapacité à faire le deuil (Die Unfahigkeit zu trauern).L’époque correspondant chronologiquement à la «Grande Noirceur» duplessiste fut, en Allemagne, tout sauf «inondée de clarté».Les foyers Palmarès Renaud-Bra Le baromètre du livre au Guide ados FULL SEXUEL J ROBERT L'Homme r j 2 Polar PARS VITE Et REVIENS TARD V F.VARGAS Viviane Hamy il.3 Sc.Fiction L'ULTIME SECRET B.WERBER Albin Michel 22 4 Roman U.ECO Grasset b Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES ¥ S.VIZINCZEY du Rocher Ji 6 Érotisme ûc BANQUETTE, PtACARD, COMPTOIR ET AUTRES UEUX.W.ST-HILAIRE Lanctôt 5 7 Psychologie CESSEZ D'ETRE GENTIL.SOYEZ VRAI ! ¥ T.D'ANSEMBOURG L'Homme 62 Histoire LES JUIFS.LE MONDE ET L’ARGENT ¥ J.ATTALI Fayard 5 Roman MADEMOISELLE LIBERTÉ A.JARDIN Gallimard 8 ]0 Roman D.STEEL Pr.de la Cité 2 IL Arts LE FABULEUX ALBUM D'AMÉLIE POULAIN ¥ COLLECTIF des Arènes 13 K' Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR.T.1, 2 & 3 ¥ M.LABERGE Boréal 67 23 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J SPENCER Michel Lafon 66 il Roman LE TUEUR AVEUGLE ¥ M.ATWOOD Robert Laffont 9 il Roman OÙ ES-TU ?M LÉVY Robert Laftont 18 il Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 78 1/ Roman QUELQU'UN D'AUTRE ¥ T.BENACQUISTA Gallimard 8 ü Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI ¥ G.HALE Manise 152 ü Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE ¥ A.-M MACDONALD Flammarion Qc 72 20 Polar LA TRAHISON PROMÉTHÉE ¥ R.LUDLUM Grasset 6 Ü Psychologie LA PUISSANCE DES ÉMOTIONS M.LARIVEY L'Homme 5 22 Roman A.GAŸALDA Dilettante 2 23 Arts H.DE BILLY Art global 308 24 Roman LE PIANISTE ¥ W.SZPILMAN Robert Latfont 57 il Roman Qc PUTAIN ¥ N.ARCAN Seuil 27 26 Roman ROUGE BRÉSIL ¥ - Prix Goncourt 2001 - J.-C.RUFIN Gallimard 29 27 Essai Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N LESTER Intouchables 18 28 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION ¥ F, DEUVIER Vigot 198 29 Roman PENSÉES SECRÈTES ¥ 0 LODGE Rivages 9 30 Polar L'ILE DES CHIENS P.CORNWELL Calmann Lévy 3 32 Psychologie LES HASARDS NÉCESSAIRES J.-F.VÉZINA L'Homme 25 32 Guide Qc GITES ET AUBERGES DU PASSANT AU QUÉBEC 2002 COLLECTIF Ulysse 4 33 linguistique HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE ¥ H.WALTER Robert Laffont 51 34 Santé RECETTES ET MENUS SANTÉ.T.U 2 M MONTIGNAC Trustar 115 35 Cuisine LE VÉGÉTARISME A TEMPS PARTIEL ¥ LAMBQtT/DESAUHERS L'Homme 25 36 Jeunesse CHANSONS DOUCES CHANSONS TENDRES (Dm * OC) ¥ H.MAI0R Fides 25 37 Biograph Qc MON AÉRIQUE ¥ L.PAGE Libre Expressxm 22 38 Actualité 11/9: AUTOPSIE DES TERRORISMES N CHOMSKY Semait à plumes 9 39 Psychologie L'ART DE RESTER CÉLIBATAIRE E.ZELINSKI Stanhé 6 40 Psychologie EUACHEFF/HEINICH Albin Michel 4 21 BD F.GIR0U0/RR0CC0 Glénat 1 42 Maternité COMMENT NOURRIR SON ENFANT, 3' édition L LAMBERT-LAGACÉ L'Homme 136 43 BD.FGROUVAMOUNBt Glénat 1 44 Arts COLLECTIF M.Tétreault Art 194 45 Roman L'ÉTERNITÉ N'EST PAS DE TROP ¥ F.CHENG Albin Michel 7 V : Coup de coeur RB ¦¦¦¦ Nouvelle entree N.B.Sont enclus les livres prescrits et scoleires.Nbre de semaines depuis parution f 24 succursales au Quebec SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression 6t [ ^ ; AGMV Marquis J* \ IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke dans lesquels ont grandi les enfants étaient comme remplis de brouillard; le brouillard des non-dits, un silence étouffant.Ça jasait et ça se querellait comme partout dans le monde, mais de nombreux sujets ne furent jamais absorbés.Comme si les parents suivaient la consigne de l’avocat avant le début d’un interrogatoire: ne dites rien qui risque d’être retenu contre vous.Les enfants, à cette époque, étaient sans doute aimés comme partout les enfants; cependant, sous les conditions évoquées, il ne pouvait se former autour d’eux une sorte de culte: «C’est autour de lui, en vue de sa protection et de son bonheur, que s’organisent la vie et le budget de la famille», écrit François Ricard à propos des foyers de l’époque au Québec (page 68).«L'enfant, ajoute-t-il, devient peu à peu le prince du foyer.» [.] Des enfants aimés et gâtés par leurs parents existaient certes ailleurs.Mais nulle part ailleurs les aînés n’ont mis sur pied toute une révolution dans l’intérêt presque exclusif des enfants.C’est du moins la lecture de la «Révolution tranquille» proposée par François Ricard.Sans prétendre connaître à fond l'histoire sociale contemporaine du Québec, je dirai que la thèse de François Ricard me convainc beaucoup plus que le récit quelque peu stéréotypé de cette révolution qui se répète d’un manuel québécois à l'autre.Selon ce récit, des femmes et hommes politiques courageux et perspicaces auraient saisi l’occasion de la mort de Duplessis et d’un revirement électoral, en 1960, pour arracher le pouvoir aux conservateurs nationalistes et à l’Eglise catholique afin de mettre le pays en phase avec le monde libéral moderne.Ce n’est pas si héroïquement simple que ça, nous explique François Ricard, qui souligne que les éléments de cette «révolution» bien gentille étaient déjà réunis à l’époque de la «Grande Noirceur».Ce qui concorde d’ailleurs parfaitement avec ce que des étudiants québécois en sociologie à qui j’ai eu l’occasion d'ensejgner m’expliquaient, disant que l’Église catholique, au Québec, n’arrivait plus à gérer, comme par le passé, l'éducation, la culture çt la santé, confiées à elle par l'État, étant donné que la société à gérer était déjà devenue trop compliquée, trop «moderne».A quoi les séminaires de prêtres n’étaient point préparés.S'il y avait révolution à cette époque, elle doit être tombée du ciel à ces révolutionnaires: drôle de révolution.Autre aspect curieux, à en croire François Ricard: les révolutionnaires tranquilles faisaient leur révolution non dans leur propre intérêt mais dans celui de leur progéniture.Révolution par procuration, donc.Les enfants «princes du foyer», devenus adolescents, profiteraient ainsi des meilleurs soins pédagogiques et enseignants, soins que les pères et les bonnes sœurs, formés dans un autre temps, ne savaient plus dispenser d'une manière satisfaisante.Enfin, est-ce par amour pour les ados qu’au Québec la sécularisation et la laïcité ont obtenu droit de cité?Question à suivre.Révolution tranquille des consommateurs S’il est vrai, pour donner un exemple, que beaucoup de mesures prises au Québec durant les années 60, notamment la laïcisation et la restructuration de l’enseignement, renvoient à un certain retard pris par le pays par rapport aux autres pays occidentaux industrialisés, le cas du Québec se rapprocherait sous certains aspects du cas allemand.L’un des qualificatifs de l’Allemagne le plus durable, le moins altéré par le temps, est celui de Verspàtete Nation («nation attardée»).Le grand philosophe et sociologue allemand Helmuth Plessner, forcé à s'exiler aux Pays-Bas après le refoulement des juifs de l’université par les nazis en 1933, avait ainsi titré un ouvrage rédigé en exil.Le livre n’a été publié en Allemagne qu’en 1959 et a été maintes fois réédité depuis.Ce serait violenter la pensée' d’Helmuth Plessner que de la réduire à une seule thèse; je me contente donc d’aborder son analyse là où elle touche le terme de «sécularisation».Le processus de sécularisation — qui, lié au développement rapide de l'industrie et des sciences naturelles au KDC siècle, balayait l’Europe — était très mal digéré en Allemagne, par manque d'intégration nationale et par l'absence d'une culture politique de type anglais ou français.«Trop jeune comme Etat-nation, écrit l'auteur, en tant qu’empire un facteur anachronique, puisque tiraillé entre souvenir et attente, l'Allemagne s'est vue atteinte, quant à son image historique de soi-même, dans son nerf spirituel vital, par la dissolution de l’idée chrétienne et postchrétienne de l’histoire au cours de la sécularisation progressive» (Suhrkamp, 1974, page 16).Appliquer l’adjectif «jeune» à l’Allemagne, tellement chargée d’histoire, peut paraître paradoxal aux yeux de Québécois qui habitent un pays effectivement jeune, se comprenant comme «le Québec» et non plus comme «province de Québec» ou «Belle Province» seulement depuis les années 60 du XX' siècle.Pourtant, pendant mes nombreux séjours au Québec, j’ai cru découvrir certains traits communs, liés à cette relative «jeunesse».Ils relativisent d’autres différences, comme celles liées à la géographie, à la langue ou aux traditions proprement culturelles.Mais, m’apprend la lecture de La Génération lyrique, il existe aussi des différences profondes entre ici et là-bas.Aucune «génération lyrique» au sens ricar-dien n’a existé en Allemagne.D’abord pour des raisons démographiques: un baby-boom, dont les premiers-nés auraient pu constituer une telle génération, ne s’est pas produit chez nous.Il est vrai qu’au cours des années 50 une hausse de natalité a accompagné la relance économique, mais elle fut de courte durée, interrompue par ce qu’on a l’habitude d'appeler le «pli de pilule», survenu dans les années 60 avec la pilule contraceptive.Venant dix ans après le «boom» nord-américain et de façon beaucoup moins massive, ces nouveaux venus ne pouvaient pas, comme au Québec, former une sorte d’avant-garde générationnelle, telle qu’elle est décrite par François Ricard, poussée par la masse croissante de sœurs et frères cadets.De plus, à cette génération née autour de 1945 manquait tout ce qui définit ce «lyrisme» québécois, c’est-à-dire cette mentalité d’innocence universelle, héritage d’une enfance baignée de soleil.[.] Au delà des événements de ce type, il me faut souligner d’autres différences.François Ricard, dans son chapitre «Les idéologies lyriques», rappelle à juste titre l’incroyable cocktail théorique qui fut alors consommé, produisant l'ivresse cérébrale nécessaire à la traversée de toutes ces fêtes sans fin où se mêlaient le rock, le LSD, le sexe «libéré» et la mystique de la «subversion».Ce cocktail-jà fut avalé un peu partout, aux États-Unis aussi bien qu’en Allemagne; le message du «grand refus» d’Herbert Marcuse, qui, originaire de Berlin, était devenu philosophe américain, fut accueilli avec le même enthousiasme à Berkeley qu'à Berlin.Pourtant, les pairs intellectuels allemands de la «génération lyrique» n'avaient pas tout à fait la même lecture des théories psychanalytiques ou néomarxistes devenues à la mode.Dans les années 60, cette génération, la mienne, avait commencé à travailler sérieusement sur le passé national-socialiste de son pays et, du coup, à prendre au sérieux les voix des victimes et de§ opposants au régime nazi.A cette époque, le philosophe Walter Benjamin, qui, craignant d’être arrêté par la Gestapo, s’était donné la mort à la frontière franco-espagnole en septembre 1940, était redécouvert et étudié.Max Horkheimer et Theodor W.Adorno étaient rentrés de l’exil américain et formaient, en tant que professeurs d’université et directeurs d’institut, toute une génération d’étudiants en philosophie, en sociologie — et en lettres (Théorie esthétique est le titre du dernier ouvrage d’Adorno).Ce que ces penseurs avaient rapporté de l’exil, c’était une critique de fond des sociétés occidentales pénétrées par une culture industrialisée et une notion très exigeante de «théorie critique», théorie élaborée depuis les années 30 et nourrie de la tradition allant d'Hegel en passant par Marx et Freud.Les disciples de cette école qui constituaient le noyau dur du mouvement issu des universités allemandes étaient donc assez bien immunisés contre les diverses «subversions» en provenance de Tel quel par exemple et contre d'autres légèretés de ce genre.Cependant, Adorno mort en 1969 et Horkheimer en 1973; cette influence-là s'est lentement estompée, et les phénomènes intellectuels drôles et carrément fâcheux.dont François Ricard se moque, et cela bien à mon gré, étaient devenus monnaie courante, chez nous aussi.[.] Extrait de L'Atelier du roman, n° 29, mars 2002.en librairie au Québec à la fin avril.Nulle part ailleurs les aînés n’ont mis sur pied toute une révolution dans l’intérêt presque exclusif des enfants JACQUES GRENIER LE DEVOIR Si *¦* mu*.Née en Autriche, dans une famille juive, Monique Bosco a immigré en France avant de choisir définitivement le Québec.MÉMOIRE SUITE DE LA PAGE D 1 Autre constatation, à la lecture des textes sur les Amérindiens: les écrivains ont, année après année, siècle après siècle, annoncé la fin du peuple amérindien.Est-ce un hasard si les langues amérindiennes ne se conjuguent pas au futur?«Une seule chose, pourtant, me frappe, presque depuis le début de mes lectures.C’est la quasi-certitude de tous ceux qui en parlent ou en écrivent de prophétiser leur déclin et leur fin.Ces vivants bariolés, à leurs yeux, sont toujours les derniers d’une race en voie d’extinction.Cela seulement semble acquis: d'ici peu, il n’y aura plus d’indiens», écrit-elle encore.Déjà, dans la préface de son Voyage en Amérique, Chateaubriand écrivait «[.] je me présente comme le dernier historien de la terre de Colomb, de ces peuples dont la race ne tardera pas à disparaître.» Or, chez les autochtones aujourd’hui, constate Monique Bosco, on assiste à une revanche des berceaux.Née en Autriche, dans une famille juive, puis immigrée en France avant de choisir définitivement le Québec en 1948, Monique Bosco aborde au pasage, par l’intermédiaire des Amérindiens, le thème des peuples opprimés dans leur ensemble.«Et il y a tant et tant de labyrinthes, pour tous ceux qui ont dû quitter leur lieux d’origine.Les Indiens, nos Indiens, ont au moins pu rester sur leur “terre sacrée”.Ils savent — et ont toujours su, sans doute — ce qui les motivait.Beaucoup ont choisi d’être baptisés par les robes noires, mais beaucoup aussi ont choisi d’y renoncer», écrit-elle.Contrairement aux Juife, cependant, les Amérindiens ne maîtrisaient pas l’écriture avant l’arrivée des colons.«Voilà ce qui les a laissés si démunis», écrit Bosco.Leur usage des rêves, cependant, dénote une certaine perception de l’incons- cient.Citant les nombreux récits des débuts de la colonisation de l’Amérique, Bosco relève plusieurs lignes de forces de la culture amérindienne d’origine: son équité, par exemple, puisque aucun membre de la communauté n’était laissé pour compte, et son respect des hommes envers les femmes.Des qualités qui ont été rudement mises à l’épreuve par les années de colonisation par l’homme blanc.«Comme malgré elles “les robes noires” nous ont montré leurs Indiens comme des êtres libres et insouciants, respectueux envers leurs femmes et leurs enfants, des êtres qui ne s'unissaient que de leur plein gré, où les femmes comme les hommes pouvaient choisir qui leur plaisait et vivaient harmonieusement ensemble, après.[.] Il est troublant de constater que cela semble s'être effacé et que les Indiens d’aujourd’hui n’ont plus les qualités d’autrefois», écrit-elle.Des siècles de colonisation et d’oppression plus tard, Monique Bosco se demande ce qu'on peut faire, ce qu’on doit faire, pour rectifier le tir.«Mes livres n’apportent pas de réponses», reconnaît-elle, parce qu’il ne suffit pas de regretter le passé.«Je crois plutôt qu’il faut se dire que tous les jours en ce moment, encore, on sait que ça se répète», dit-elle.Il ne suffit pas, ajoute-t-elle, suivant «l’art de gouverner», de «faire semblant de donner des tas de privilèges» aux Amérindiens.Ici comme ailleurs, il faut apprendre à faire face à son passé.Èt les peuples de ce continent ne sont pas exempts de l’exercice qui a déjà eu lieu en Europe.Car les Amérindiens, et leurs ancêtres, ce sont un peu les fantômes de l’Amérique.L’ATTRAPE-RÉVES Monique Bosco Hurtubise HMH Montréal, 2002,145 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Première adresse CATHERINE MORENCY Lauréate du grand prix littéraire de Radio-Canada, Suzaqne Mire publiait récemment, aux Éditions Marchands de feuilles, son premier recueil de nouvelles.Ainsi,/’aï de mauvaises nouvelles pour vous est une œuvre étonnamment achevée, ,et on comprend que la société d’État ait tenu à récompenser une jeune auteure dont la première incursion dans l’univers de la fiction présente autant d’intérêt Bien que les thèmes abordés au sein des douze récits embrassent tous une préoccupation centrale, soit l’épanouissement des femmes dans la jeune trentaine, cette récurrence n’a pas lieu d'agacer le lecteur, qui remarquera plutôt l’aisance avec laquelle l’auteure met à profit un questionnement universel et les solutions qu’elle y propose.Esquissant des décors et des contextes divers (on voyage avec Mire tant dans les lieux les plus communs — l’hôpital, la maison de banlieue, l’appartement de l’est de Montréal — que dans des espaces plus romanesques — la forêt, l'angoisse et le vide intérieur), elle ose des intrusions incisives dans un gynécée moderne, celui des jeunes femmes ambitieuses qui ont décidé de rompre avec le modèle maternel et d’attaquer les hommes sur leur propre terrain (celui de la compétition, lutte acharnée motivée par l’appât du gain et de la liberté).Se succèdent ainsi des nouvelles de longueur variable — de deux à quatre-vingts pages — mais dont les traits communs nous laissent deviner la part autobiographique de l'entreprise.Quoique rusée (elle rédige souvent ses nouvelles au «vous» dans l’espoir d’accroître le sentiment d’identification du lecteur), Mire ne saurait démentir que cette femme, aussi peu sûre d’elle que déterminée, coincée entre ses crises de larmes, d'orgueil et d’amour pour son chat, est, en même temps qu’une héroïne aux visages multiples, elle-même.Elle-même face à l'écriture, face à l’inaltérable quête d’autonomie par le moyen de l’art mais aussi face à la dépendance paradoxale de la femme par rapport aux hommes.Cependant, Suzanne Mire se distingue des auteurs ennuyeux qui donnent l’impression de nous livrer un journal mal assumé sous le couvert d’un roman ou d’un recueil de nouvelles.En effet, elle évite subtilement cet écueil grâce à un imaginaire foisonnant qui sert la fiction sans l’encombrer de références trop personnelles.L'originalité de ces «mauvaises nouvelles» est également suscitée par une maîtrise exemplaire de la langue, usant d’un style économe et efficace, essentiel à la réussite d’un récit où tout se joue en quelques mots et en moins d’images encore.Par la précision de l’écriture aussi, cette habileté dont Mire fait preuve lorsqu’elle décrit le monde avec brutalité, visions acides d’un constat impitoyable sur l’humanité, plus particulièrement sur les relations hommes-femmes.«Mais il faut y aller, au moins pour l’étrangler.Étrange, depuis hier que vous avez envie d’étrangler des types», ou encore: «En tout cas, il n ’en a pas encore placé une digne d’être notée dans votre carnet presque vide de /’Anthologie des propos intelligents proférés par un être à queue.Pour le moment, votre chat le bat à plate couture.» Rares sont celles qui osent parier de sexe et de violence avec une verve qu’on a longtemps crue réservée aux hommes./ai de mauvaises nouvelles pour vous, savoureux opuscule brodé d’ironie, a de quoi décoiffer ceux qui s’attendaient à y trouver le portrait sympathique d’une âme conciliante.Chez Suzanne Mire, l'identité féminine a des dents, et l’écriture ne manque pas une occasion de mordre.J’AI DE MAUVAISES NOUVELLES POUR VOUS Suzanne Mire Editions Marchand de feuilles Montréal, 200,169 pages \ I I t L K DEVOIR.LES SAMEDI A ET DI M A N t H E I M A R S 2 O O I) Livres Les langues de bois Marie-Andrée Lamontagne Le Devoir Tout l’édifice informatique, vous expliqueront les connaisseurs, repose sur une logique binaire.Toutes ses prouesses résultent de l’application, aux limites sans cesse repoussées, de cette logique.Et si l’informatique n'avait rien inventé?Si l’essentiel de son génie technique était d'avoir su tirer profit d’une sorte de schéma primordial du cerveau humain, qui n’aime rien autant que de pouvoir raisonner, comme on retrouve de vieilles pan-toufles, à partir d’une série d’oppositions: riche et pauvre, blanc et noir, corps et esprit homme et femme, nord et sud.centre-ville et banlieue, pied droit et pied gauche, adulte et enfant peuple et élite, ici et ailleurs, guerre et paix, jeunesse et vieillesse, bien et mal, ville et campagne, papa et maman.Ah! qu’il est en ordre, le monde qu’on fait se plier à ces catégories! Et comme la réalité devient rassurante, les décisions faciles! Il est une autre opposition chère aux artistes: celle qui voudrait séparer les créateurs et la critique.Sur ce dernier point en ce qui concerne la littérature, on établira également une distinction entre la critique universitaire et la critique journalistique, chacune pourvue de codes, d’un langage, de modes de validation, de limites, de tics, de lieux communs, de détracteurs, d’une nécessité et d’une grandeur propres.Mais tout comme la réalité s'emploie à chaque instant à rendre inopérantes les logiques binaires de ce monde, les deux approches critiques ne sont pas que légitimes.Il leur arrive de s’influencer mutuellement.Dans tous les cas, elles se déclinent avec des bonheurs divers — affaire de talent, de travail, de sensibilité.Certains jours, même les écrivains s’en mêlent Ce ne fut pas le cas d’Anne Hébert qui semble avoir voulu cultiver ses dons dans le seul domaine de la création littéraire, à partir de différents genres.Cependant l'importance qu’a prise son œuvre au Québec et au Canada, et dans une moindre mesure à l’etranger, dans le réseau des études québécoises du moins, a suscité au fil des années un corpus critique imposant Récemment, une pierre s’est ajoutée à l’édifice universitaire, en provenance des «Quebec studies».The Art and Genius of Anne Hébert (Associated University Presses) vient de paraitre sous la direction de Janis L Pal-lister, professeur à la Bowling Green State University, en Ohio.L’ouvrage rassemble les réflexions de 21 universitaires américains et canadiens, dont les Québécois Lori Saint-Martin et Gaëtan Bru-lotte.Une première section s’attache aux romans et aux nouvelles, une seconde à la poésie, une troisième au théâtre.Une quatrième touche au cinéma.La cinquième privilégie une approche thématique tandis que la dernière aborde l’œuvre sous l’angle de l’intertextualité (Atwood, Blais, l’écrivain suisse Corinne Billes.).Une importante bibliographie complète le recueil d’articles.Lecture féministe Quelle vision de l’œuvre d’Anne Hébert s’en dégage-t-il?Il y a 30 ans, à son sujet, la critique évoquait volontiers la métaphore du pays empêché, d'une société étouffant dans le carcan de la religion et de la médiocrité.Les temps ont changé, les préoccupations de la critique aussi.C’est dorénavant à une lecture féministe de l’œuvre qu’il convient surtout, à en juger par cet ouvrage, de se livrer.La présence réduite des commentateurs masculins viendra accroître cette impression.Bien sûr, il s’agit d’une vue d’ensemble que quelques articles, çà et là, portant sur des aspects non spécifiquement féminins de l'œuvre, pourront diversifier, quitte à reprendre la lecture nationale traditionnelle.Au sujet des Chambres de bois.Ben-Z.Shek, de l’université de Toronto, qui ne doit pas échanger souvent des points de vue avec ses collègues médiévistes, pour lesquels aussi la notion de Moyen Age est sujette à revision, ne craint pas de souligner ainsi à quel point les images du roman «rendentpoétiquement le genre de "Moyen Age" québécois, où s'alliaient les élites sociopolitiques et religieuses pendant le long règne de Maurice Duplessis communément désigne par l’expression Tère de la grantie noirceur" [.]*.Il n'empêche que, pour bon nombre des critiques reunis dans cet ouvrage, à renfermement social ou politique qu’aurait illustre de façon exemplaire l’œuvre d'Anne Hébert succédé désormais l’enferme ment de la condition féminine, a fortiori lorsqu’elle se donne à voir à travere l’étroit XK' siècle canadien-français.Kamouraska est de l’avis de plusieurs l’un des temps forts de l’œuvre romanesque.Et il çst vrai que l’héroïne de ce roman, Elisabeth d’Aulnières-Tassy, pour avoir trop écouté ses sens et son cœur, va d’une prison à l’autre, toutes conjugales cependant, à la différence de sa sœur d’infortune dans le folklore canadien-ffançais, la Corri-veau, qui connut une fin ignominieuse.11 est vrai aussi, comme le soulignent plusieurs articles du recueil, que nombre de personnages féminins d’Atute Hébert se caractérisent par un immense appétit de vivre qui s’accompagne souvent d’un destin violent Mais la lecture féministe qu’appellent ces romans devrait-elle faire oublier d’autres aspects de l’œuvre — fascination nobiliaire, survivance d’une France d’Ancien Régime — tout aussi significatifs et que la déchéance d’Elisabeth, devenue épouse de Rolland, viendrait illustrer à sa manière?Certains articles explorent ces voies.D’autres persistent et signent dans leur logique binaire.«U ne faut pas laisser aux hommes la seule prérogative de présenter leur vision de la féminité.C’est le devoir des écrivains femmes de participer à cette vision par leur seule perspective», écrit avec fougue Claudi- » CARREFOURS À L’ESSENTIEL Drôle de muse Qu’ arriverait-t-il si une peintre dans la cinquantaine acceptait bien malgré elle de donner une conférence sur son œuvre dans une galerie d’art que vient d’ouvrir une amie et qu’elle profitait de l’occasion pour aborder la périlleuse question de la situation de la femme artiste?Et qu’à la question «quel homme accepterait d’être muse d’artiste au même titre qu'une femme, chérissant sa maîtresse, s’occupant de son art, de sa vie et de tout le reste, acceptant de s'effacer derrière sa femme, quoi?», un assistant se levait pour répondre: «Moi, je le veux!» Et si cette artiste acceptait la protection de cet amateur, nommons-le le richissime Monsieur B., afin de subvenir à ses besoins, de cesser d’enseigner et de se consacrer entièrement à son art?Que se passerait-il si ce riche connaisseur devenait le soir même son amant?C’est ainsi que débute La petite mort, roman aux effluves sensuelles, qui transporte le lecteur de pays en pays, de musée en musée, à la recherche de modèles et d’inspiration.Lesquelles motivations Monica, puisque c’est ainsi qu’elle se prénomme, trouve à travers une série de tableaux religieux de la Renaissance italienne, peints qui par Carpaccio, qui par Mantegna, et dont le thème iconographique est la déposition du Christ Mais ce n’est pas une enfilade de corps passés outre que l’artiste dé cèle derrière ces morceaux de tableaux mais plutôt des corps repus, rendus inertes par l’amour.Ce qu’il convient de nommer «la petite mort», d’où le titre de cet opus, on ne peut plus suggestif et faisant preuve d’à-propos.Ça coule de source, c’est bien senti, sensiblement écrit, habile- ne Fisher, de la Portland State University, après avoir démontré la subtilité narrative des Fous de hassan.Même après avoir ramené à sa modeste part le militantisme sous-entendu dans l’expression «seule perspective», on fré mit à l’idée des nouveaux devoirs assignés aux femmes.Après les maternités à répétition, l’obéissance au mari et au curé, leur faudrait-il maintenant s’enrôler, pourvu quelles écrivent, dans une armée de plumes au service de l’éternel féminin?De façon plus documentée, en s’inspirant de Freud et de la pensée de Marthe Robert, Lori Saint-Martin défend une perspective fé ministe semblable, mais de façon telle qu’on a plutôt envie de reprendre la discussion, jamais close, sur l’écriture féminine, cette fois-ci posée à partir d’une interprétation freudienne voulant que les structures de la psyché féminine, telles qu’elles se constituent dans l’enfance, entraînent une forme d’écriture spécifique.Nathalie Sarraute ne croyait rien de tel.Lacunes de forme Si The Art of Genius of Anne Hébert montre bien toute la richesse interprétative de l’œuvre d’Anne Hébert, et en particulier dans ses influences gothiques, l’ouvrage présente des lacunes de forme qu’il importe de souligner.Ce n’est ment traduit; ça se lit comme une toile naturaliste.Les amateurs d’art y trouveront leur compte, de même que ceux qui voudront goûter un style sensible, léché, néanmoins incisif.Petit plaisir.Marie Claude Mirandette LA PETITE MORT Mary Gordon Traduit de l’américain par MirèseAkar Quai Voltaire Paris, 2001,396 pages Philosophie et enseignement de la philosophie au cégep Préface de Paul Inchauspé Pierre Bertrand Robert Hébert Jacques Marchand Michel Métayer L.-Michel Vacher Le corps de mon frère roman, 208 p., 18 $ Par sa dimension et sa puissance, ce récit familial rejoint les plus grandes tragédies.Un livre coup de poing.192 pages, 20 dollars Piem Bertrand, Rafem Hébert, jacqur* Marchand, Mkhe! Mrtaver.Laurcnr Mwbrf Vacher Pratiques de la pensée PhdoKmhàc et enseignement de îa pnifoeophie au cégrp \ Le corps de mon frère lam pas en sot l’usage successif do l’anglais ou du français qui oblige à faire les réserves qui vont suivre mais plutôt la maîtrise que des universitaires anglophones bien intentionnés croient avoir de la langue dans laquelle sont écrites les œuvres de leur champ d’études.En somme, il a manque à cet ouvrage un rigoureux travail d’édition qui en aurait éliminé les nombreuses coquilles, fautes d’orthographe et de syntaxe, et qui aurait assoupli le style d’une prose académique qui.sans j;unais être spécialement légère, devient charabia quand elle se complique d’un bilinguisme superficiel, aussi peu attentif à l’esprit du français.C’en est au point où il serait plus commode de lire en anglais certaines démonstrations, langue dans laquelle elles furent visiblement conçues.Des exemples?Aussi hétéroclite qu'il soit par définition, un ouvrage ne put st1 nxlamer de la rigueur universitaire s’il tolère côte à côte, dans l’expression des idées, la familiarité maladroite de telle «question que le monde s’est posé [sic] au sujet de la Corriveau historique» (le monde!) et le sabir pseudo-savant qui fait qu’«o« rejoint ainsi la problématique hébertienne à la condition féminine».Sur les campus comme dans le vie, personne ne devrait «rejoindre des problématiques à», ni le monde se poser des questions — plutôt les gens.Et puis, il y a ees imprécisions qui comptent: le récent film que Jacques Godbout a consacré à Anne Hébert n’est pas uniquement «a television documentary [.] broadcast in November 2000» dans le cadre de l’émission Zone libre, à Radio-Canada, mais une commande d’abord réalisée pour la série française Un siècle d’écrivains.laquelle rassemble les portraits d’une centaine d’auteurs français et étrangers choisis ixirmi les plus importants.Ces détails, qui ne sont pas sans intérêt dans une étude de réception, révèlent surtout, chez ceux qui les manipulent, une vision livresque de la littérature, si théorique qu’elle en dt» vient irréelle.De cette vision qui fait reprendre, de manuels en articles savants, les lieux communs sur la noirceur duplessiste.Fl qui fera toujours préférer l'œuvre à son commentaire.THE ART AND GENIUS OF ANNE HÉBERT Nu.in and the Day Are: One Essays on Her Works Janis L l’allister (ed.) Associated University Press Cranbury, NJ., Dmdres (Angleterre) et Mississauga (Ontario), 2001,402 pages A signaler: le premier titre d’une nouvelle collection en langue anglais»', «New Perspectives in Québec Studies», aux Editions Nota Boue: «Methodology, Problems and Perspectives in Québec Studies», de Daniel Chartier, fait entre autres l’historique du réseau des études québécoises à travers le monde.L'CJf, Un portrait iconoclast c cl u Ou é h c c vlb éditeur www.edvlb.com «Josée-Anne Desrochers ne s’est jamais remise de la mort de son fils Daniel, tué par l’explosion d’une bombe des Hells Angels, le 9 août 1995.L’enfant de 11 ans est entré dans l’histoire en devenant la première d’une vingtaine de victimes innocentes de la guerre des motards.Dans ce livre, la mère éplorée lance un cri du cœur, un appel au secours.» EXTRAIT DE LA PRÉFACE DE MICHEL AUGER TRAIT D’UNION Mon enfant contre une bombe Non aux voleurs de vie Josée-Anne Desrochers et Hélène Dard Le lancement se déroulera le mardi 26 mars 2002 de 17 h 30 é 19 h 30 à la.nationale du Québec edltlonstrilti)unloi@ic aiu.com Venez visiter notre site Internet www.traitdipion.net Joi**-Annv Dmrfotharv Mon enf contre une b< e I ^49491 LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2002 D 4 1TTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS Fuir là-bas, fuir.Il y a du meilleur et du pire dans le dernier roman de Geneviève Letarte LW écrivain le plus imaginatif n’écrit toujours ^ qu’à propos de lui-même; nous vivons dans un pays de glace qu’il faut quitter pour survivre; le romancier états-unien Paul Auster est aussi séduisant, avec ses beaux yeux cernés, que son écriture.Clichés, idées reçues, gentillesses en tout genre: ü y a de tout cela dans le roman de Genevieve Letarte, accepté pour tel, sans honte, de même que du meilleur.Comment se raconter, recomposer une image de soi?Simone, le personnage central de Souvent la nuit tu te réveilles, va le faire par fragments, dont certains peuvent paraître insignifiants, avec ce parti pris d’appréhender le monde en notant des petits riens qui finiront — qui sait?— par constituer une totalité.La femme dont il est question va par ailleurs partager son récit avec deux autres voix: celle d’un narrateur plus ou moins objectif qui parle d’elle à la troisième personne, et une autre, celle de l’inconscient ou d’une lucidité particulière, identifiée par des italiques, qui tutoie Simone.Voici donc un personnage raconté selon trois perspectives différentes, une femme devenue une trinité dans un monde pourtant sans dieux.Les chapitres écrits au «je» ou à la troisième personne, qui font preuve de proximité et de recul, se ressemblent néanmoins.Chaque voix narrative rappelle des souvenirs plus ou moins anciens de même que le pré sent de cette femme, qui donne des cours dans une université, qui vit seule pour l’instant Elle se cherche au présent et tente de se reconnaître dans la fillette et mw 4 k Qenovi^v# trfttail» Robert Chartrand l’adolescente qu’elle a été.Par des bribes de souvenirs, dont certaines sont confiées à son thérapeute, elle semble chercher le sens ou la cause de ce qu’elle nomme "la Faille^ de sa vie, un gouffre qui la happe et auquel elle voudrait échapper, un manque détesté et qui ne sera jamais précisément identifié.Il pourrait s’agir d’une détestation de soi, d’un sentiment d’inutilité, ou encore de l’incapacité de vivre une relation amoureuse durable.Dans ce bilan désordonné, on trouve de tout, y compris les clichés mentionnés plus haut, sauf lorsque se fait entendre cette voix qui tutoie le personnage, celle de la conscience lucide ou de l’inconscient profond, différente des deux autres, plus libre, plus riche, qui ne s’embarrasse pas plus d’exactitude que de vérité.Dure à l’occasion, accusatrice, elle offre une qualité d’interrogations et d’écriture nettement supérieure aux deux autres.Ii‘ parti pris technique, celui de ces trois voix narratives qui alternent, finit donc par ressembler à un simple procédé, à une recette à éprouver, en raison de cette inégalité frappante entre elles.Simone, lorsqu’elle se raconte, bouscule le temps.Elle se souvient de certains étés de son enfance, de ses rapports avec sa sœur, d'amourettes de jeunesse comme de rencontres plus récentes, dans un désordre assez bien orchestré.C’est l’espace qui la trouble, à com- mencer par ce "pays de glace» où elle vit et qui semble lui avoir dicté depuis toujours un désir de vivre ailleurs — n’importe où plutôt qu’id.D’où ces moments magiques qu’elle se souvient d’avoir vécus à Paris ou à New York, ou dans cet "autre pays» ou elle se rend en train.D y a chez cette femme un désir de fuite, une attirance pour l’étranger — lieux et personnes confondus — qu’on tro uvait déjà dans Les Vertiges Molino, cet autre roman de Letarte, paru en 1996 chez Leméac éditeur.Simone est moins déjantée que la Gisèle des Vertiges Molino, mais elle n’est pas plus sûre d’elle-même pour autant Elle écrit des romans, enseigne la littérature en espérant être aimée de ses étudiants, en qui elle voit les enfants qu’elle aurait aimé avoir.Et comme elle cherche, dans le présent et le passé, parmi des anecdotes inddentes qui meublent son quotidien comme dans des souvenirs prégnants, un sens qui se dérobe toujours.Elle dispose pourtant du recul qui permettrait de comprendre, elle voyage et en profite pour s’aérer l'esprit Peine perdue.Pourquoi ced a-t-il eu lieu plutôt que cela?Pourquoi cet amant et non un autre?Comment se fait-il qu’il ne reste, des vacances d’été merveilleuses à Sainte-Catherinefie-Fossambault — clin d’œil à Saint-Denys Garneau et à Anne Hébert — qu’un chalet déglingué?Cette femme proche de la ménopause, dont les amoureux ont tendance à se dérober, sensible aux saisons comme au climat, qui préfère se déplacer d’un lieu à un autre plutôt que de plonger en elle-même, paraît sotte parfois — notamment lorsqu’elle croise, dans une librairie de New York, le romander Paul Auster à qui elle quémande une dédicace.Folle ou égarée, aliénée sûrement, elle papillonne dans l'espace et dans le temps en empruntant des voies multiples — et trois voix différentes, dont la moins réaliste, la plus fantasmatique, est la plus réussie.C’est sans doute celle que maîtrise le mieux Geneviève Letarte, qui s’en est servie ailleurs, dans des textes de chansons ou des spectacles de poésie-performance.robert.chartrand3@sympatico.ca k.A- RAYMONDE APRIL Geneviève Letarte SOUVENT LA NUIT TU TE RÉVEILLES Geneviève Letarte L’Hexagone Montréal, 2002,198 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Mises en Seine Deux romans alibis dans le sillage de Robbe-Grillet GUYLAINE MASSOUTRE Certains pensent que la littérature est la mémoire du monde.Chez Jean Kolin, elle a choisi de promener son miroir, posé en coin, là où se tiennent les ombres, aux zones grises des territoires en transformation.Dans La Clôture, il est question d'un quartier populaire de Paris, plein d'énergies nouvelles: le XIX' arrondissement, près de la Grande Halle de La Villette.On l’appelait jadis «la Cité du sang».Elle est maintenant dotée de salles de spectacle et de concert — dont le Zénith —, d’espaces de jeu, d’exposition et de musées.L’été, on peut y voir du cinéma en plein air, et des enfants de toutes couleurs de peau y escaladent les sculptures du grand parc aménagé.C’est un paradis dans un environnement déshérité.Autour, le quartier est un vaste chantier.On y habite, on y construit et on s’y fait une vie de pauvreté.Des gargotes ont éclos partout; parfois simples comptoirs de restauration rapide, ils ravivent les immeubles délabrés ou les anciennes habitations ouvrières (le souvenir des soupes populaires n’y est pas éteint) et les entrepôts.Les rues portent des noms de militaires presque oubliés.À vol d’oiseau, où qu’on se pose — on sait que tout est proche, à Paris —, on aperçoit des monuments qui pointent, des buttes qui bombent, des trouées qui ont scié la masse bétonnée en larges boulevards.Et de tous côtés, des ceintures de véhicules accolés bouclent l’horizon.Sans le bruit, sans les accents arabes et africains, sans les enseignes voyantes, ce quartier dormirait sous sa couverture de gris crasseux, zébrée d’ordures et uniformément polluée et fumeuse.Archéologie d’un lieu clos Avec La Clôture, Rolin publie une ode sobre à la diversité, qui inventorie un espace caphar-naüm.Chronique de vie quotidienne, aussi simple qu’un carnet de notes, il rend ce Paris disponible au voyageur à pied.En expliquant les noms propres, en croquant des portraits rapides, en relevant des faits divers et des vues de chambres d’hôtel, l’œil et la plume s’allient en un rapport sec pour prendre possession d’un site encore en déshérence.La litanie des noms propres s’ajoute au raffut d’une population indifférente à l’histoire.L’univers d’un autre auteur — François Bon — semble vivre là encore, avec les chemins de fer, les canaux, les boucheries, les blanchisseries, les brocantes, les locaux de l’Assistance publique L'héritage intellectuel de Fernand Dumont Il y aura cinq ans ce printemps que Fernand Dumont nous a quittés.Sociologue, chercheur, essayiste, poète, intellectuel engage, Dumont a marque son époque et laisse à ses descendants une œuvre importante.Plusieurs aujourd'hui s'en réclament d'ailleurs, mais ne s'entendent pas toujours exactement sur le sens à donner à cet héritage.Invités : Micheline Cambron Professeui tie littèiature, llnivetsile de Montreal Serge Cantin Professeui de philosophie, UQTR Claude Ryan Ancien directeur du Devoir et aixien ministre Jean-Philippe Warren Professeur au département de sociologie.Université Concordia Chasseurs d'idées Réalisation : Simon Girard Dimanche 14 h et 23 h24 mardi 15 h Cette émission est enreqistrée Olivieri li'tptairi» * bistro s Tél\: 514 739-3639 Télé-Québec telequebec.tv JOHN FOLEY/OPAI.E Jean Rolin et, en bordure, le grand bassin d’Aubervilliers.la Clôture?C’est une rue.Elle débouche sur un escalier qui déboule vers une zone mal définie et peu fréquentée; on y retrouve des paumés, et tout près la muraille du périphérique.De l’autre côté, elle rejoint la gare de l’Est.Rolin trouve un point où fixer son regard errant: le nom du maréchal Ney, intrépide compagnon de Napoléon, fusillé par les Bourbons — époque dont il est rare, dans la littérature actuelle, de voir les acteurs soulever une aura nostalgique."Atmosphère, atmosphère?» C’est dans ce coin que Maurice Carné a tourné son fameux Hôtel du Nord.Aujourd'hui, les lieux branchés sortent de terre, et les folies campées sur les anciens abattoirs sont à l’image de l’Europe, audacieuse en matière de reconversion architecturale.On peut donc parler d'une mixité du quartier, qui inspire à Rolin des pages uniquement consacrées à ce que la renaissance de l’Est parisien n’a pas encore touché.Romance des morts possibles Il y a toutes sortes de tribulations.Les moins paradoxales ne sont pas celles d’un dénommé Sixte, qui a décidé, après une bonne insomnie, de trouver au fond d’un hôtel minable de quoi déprimer davantage.Pourquoi se cache-t-il?A-t-il vraiment l’intention de s’enlever la vie?A qui donc veut-il tant la gâcher qu’il en est obsédé à la folie, mais pas assez pour ne pas nous faire sourire?Belletto aime écrire des polars.Il en est un expert.Dans ce curieux Mourir, il ficelle une histoire à dormir debout qui surprend par la méticulosité de son écriture et par la bizarrerie de l’intrigue.C’est dépouillé et étrange, et il est douteux qu'un enlèvement, demande de rançon à l’appui, soit à l'origine du désespoir qui occupe le personnage central.Tant pis.Contrairement à Im Clôture, Mourir comporte une intrigue, des codes et des images qui forment un piège.Tout le contraire de la réalité.Car Belletto aime les parodies, les identités masquées, les simulacres, les rêves qui mentent, les fausses idylles et les coups de théâtre.Les femmes?Peut-être aussi, mais JOHN FOLEY/OPALE René Belletto moins que les pastiches.La comédie et la fabulation, en somme, occupent la meilleure part du livre.Mourir est construit sur deux récits qui s’entrecroisent, se dédoublent et font des clins d'œil à d’autres ouvrages de Belletto.Hubert Aquin aurait été enchanté du scénario; imaginez ensuite qu'il est écrit par Robbe-Grillet, avec froideur et retenue.Ajoutez-y une abondance maniaque de virgules.Le tout est servi dans une édition aussi soignée qu’un recueil de poésie.Mais allez donc vous y retrouver: pour La Clôture, les éditions indiquent «roman» et, dans Mourir, on a inclus des pages glacées avec des photographies de qualité, si bien qu’on croirait tenir un essai entre les mains.Maldonne.Ce qu’il faut deviner?C’est que La Clôture est un «nouveau roman», prônant l’objectif et récusant l’analyse et la narration traditionnelle, tandis que Mourir, fiction pure, récuse le roman pour l’hyper-réalité du collage, du montage, du faux document vrai.Voilà la logique éditoriale.Pourtant, quelque chose est bien mort: le roman.Il reste la mise en scène du suicide d’un narrateur, en fuite d’amour, comptant renaître, dit-il par subterfuge, en disparaissant plus vite que la passion.L’expérience est-elle vaine ou spécieuse?L’univers du faux ouvre ses coulisses, où la manipulation est possible.Raconter sans rien devoir à personne, puisque ce narrateur se retire, offre une multitude de jeux où les faux-fuyants arrachent au néant des perspectives en enfilade.Belletto nous fait entrer dans un Vélasquez sur un air de fugue baroque.Il faudra vous y perdre, sinon devenir le héros du texte, car ce polar savant est un pur rébus qui relie des personnages ayant existé et des faux, dont vous.LA CLÔTURE Jean Rolin RO.L Paris, 2002,247 pages MOURIR René Belletto P.O.L Paris, 2002,278 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Frissons gothiques MAINTENANT EN LIBRAIRIE EDGARD A DEMERS Les obsessions d’un ex-obèse Le lundi 25 mars, écoutez,à I2h 11, Ici tout est permis au 100,7 FM Éditions les Trouvères 1*613-241-3412 LOUIS CORNELLIER Publié en 1844 par Eugène L’Écuyer, un jeune notaire de 22 ans originaire de Lévis, La Fille du brigand appartient au groupe des premiers romans québécois.Dans son excellente présentation, le professeur Michel Lord rattache cette œuvre à l’esthétique gothique d’origine anglaise.Mettant aux prises un vilain, maître Jacques, le brigand sans scrupules du titre qui manipule et trompe tout le monde, et un héros plutôt démuni, le jeune Stéphane, amoureux de la victime, la belle HeL mina, La Fille du brigand est donc une sorte de roman noir qui se déroule dans une atmosphère terrifiante.Est-ce encore lisible aujour- d’hui?Bien sûr que si! Plein d’allant sans temps morts, tout tendu vers une résolution qu’il nous presse de découvrir, ce roman se lit d’une traite, malgré quelques lourdeurs narratives qui font sourire davantage qu'elles ne choquent.Les descriptions de personnages et d'atmosphères sont parlantes et efficaces, la tension qui habite les protagonistes et les fait par moments entrer en transe ("Maudit soit-il! s’écria Mme La Troupe dans un violent accès de désespoir, en s’arrachant les cheveux et en se frappant la tête») crée un climat prenant et les traditionnelles leçons de morale qui soutiennent l’ensemble (la Providence est plus forte que la scélératesse des méchants) ont parfois de surprenants airs de jeunesse: "Si la loi I \ 1 11 IL Dl HRICVND met tant de soins, tant d'empressement à dévoiler et à punir le crime, que n’en met-elle donc autant à le prévenir et à l’empêcher?La chose en serait, selon nous, plus noble et plus méritoire.» Tout gothique et terrifiant qu’il soit, La Fille du brigand s’inscrit toutefois dans l'imaginaire québécois blessé de l’époque, et sa fin heureuse, écrit Michel Lord, rejoint un fantasme engendré par le tragique écrasement de la Rébellion des Patriotes: "En somme, ce roman, sous des airs gothiques, serait un hommage à la douceur, à la force tranquille de la Loi divine qui a raison de tout et par laquelle — dans ce type d'imaginaire — l’Ordre est toujours rétabli sur Terre.» Que Dieu nous soit en aide! En ces années noires, ce fut souvent le seul réconfort des Canadiens français.LA FILLE DU BRIGAND Eugène L'Ecuyer Présentation de Michel lx>rd Editions Nota Bene Québec, 2001,176 pages 1 > LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 3 ET DIMANCHE 24 MARS O O 2 i> r> LITTERATURE >V| ROMAN DE L'AMERIQUE Du côté de chez Fred Entrevue avec Cees N’ooteboom On trouve parfois des livres capables de nous éclairer sur les vérités du cœur humain, des livres à la lecture desquels, tombant sur certaines phrases, on se dit: c’est vrai.C'est comme ça que ça fonctionne.Et la vraisemblance profonde de ce type de fiction qui fonctionne dépasse assez souvent, dans sa vérité, les petites révélations du vécu de chacun, qui trouvent elles aussi, à l’occasion, leur chemin jusqu'à la littérature.A la recherche du temps perdu offre un exemple d’une ampleur quasi monstrueuse de cette volonté d’illustrer l'universalité des lois psychologiques, sociales et humaines, et si on retirait au grand roman proustien un peu de préciosité fin XDC, si on abrégeait ses phrases haletantes au débit asthmatique, si on acceptait d’en retrancher quelques métaphores vertigineusement filées et d'en atténuer l'ambition symbolique démesurée pour n’en conserver que l’ironie féroce, l’impitoyable perspicacité, et en transposer le contenu dans le New York des années 40, on obtiendrait peut-être un résultat assez semblable au roman de Dawn Powell récemment paru sous la très belle couverture des éditions du Quai Voltaire.Des salons des duchesses aux bars de Greenwich Village et aux cénacles de la Cinquième Avenue, les lois de la réussite artistique et du «succès» (au sens mondain et médiatique) paraissent se ressembler étrangement, mais je ne connaissais pas du tout cette écrivaine dont le prénom fait figure, en soi, de déclaration poétique, auteure de seize romans, d’une dizaine de pièces et de plusieurs nouvelles.La meilleure société L’histoire paraîtra vieille comme le monde; le livre, lui, date de 1948.Le personnage principal en est Frederick, écrivain obscur et solitaire qui entretient une liaison avec une femme mariée, elle-même auteure de théâtre liée, par les exigences du métier, à un époux invalide et manipulateur avec lequel elle signe des œuvres à quatre mains.Lyle Gaylor fait partie de la meilleure société, celle qui tolère les tempéraments d’artistes dans la mesure où ceux-ci participent à la qualité du vernis de sophistication nécessaire à la bonne tenue des salons et acceptent de jouer le jeu de la caste dominante en nourrissant ses appétits de culture.Dans ces milieux-là, on «raffole des gens intéressants» de la même manière qu’on raffole de «la voile et [du] musée d’Art non objectif, ainsi que [du] homard chez Billy l’écailler».Les belles âmes peuvent même pousser la magnanimité jusqu’à endurer le génie, pourvu, bien sûr, que ce dernier se comporte en bon toutou et évite de faire sur le tapis.«Il aimait la solitude, et Lyle juste après; elle aimait le monde, et lui juste Survivre à Thistoire Louis H a tue lin après», écrit Powell de son couple emblématique.L’état d'infériorité pécuniaire («Trente-six ans et pas plus d'argent en poche que s'il en avait douze!») et donc sociale de son amant permet à Lyle de le tenir dans un mépris peut-être inconscient, doux et protecteur, bref condescendant.L’échec de cet auteur doué, mais inapte aux compromis, lui apparaît «digne de pitié.Après tout, il écrivait ce qu’il voulait de la manière qu'il voulait pour un public certes restreint mais hautement respectable».Isolé dans son monde intérieur, entièrement voué à la recherche d’un idéal esthétique, Frederick paraît bien s’accommoder de la situation mais, comme c’est le cas pour de si nombreux génies méconnus, c’est peut-être uniquement parce qu'il ne connaissait rien d'autre.Il ne reste plus à l’auteure, pour démontrer cette assertion, qu’à renverser complètement la situation de départ, ce qu’elle fera avec un art consommé, beaucoup d’esprit et une méchanceté parfaitement tonique.J’ai parlé, à propos de ce roman d’apprentissage, de Marcel Proust, mais devant le comique exacerbé et toujours juste de son implacable évolution, une autre comparaison me vient, malgré moi, à l’esprit 1m Course du rat, de même que les inoubliables tribulations de Jérôme Ozendron, le falot apprenti romancier imaginé par Gérard Lauzier.Oui, Les sauterelles n’ont pas de roi (quel titre, en passant!.), c'est exactement cela: une tiision réussje, au sens jazzé du terme, entre À la recherche du temps perdu et La Course du rat.Est-ce un hasard, alors, si Frederick, pour subvenir à ses besoins, manipulé qu’il est par un éditeur qui retarde la publication de son prochain ouvrage afin de mieux s’occuper des best-sellers maison (Fred, lui, «couvert d’éloges», ne vaut que 1200 exemplaires), décide d’accepter la direction bidon d'une revue de BD s’adressant, ô déchéance, au goût populaire?Coïncidence, Frederick va au même moment sortir de sa coquille et connaître enfin le «monde».Sa Natacha et son Albertine, un peu moins élégante que la première et tout aussi affamée, frénétique et perverse que la seconde, s’appellera Dodo.La séduction et l’intérêt personnel, dans cette histoire, seront liés pour le meilleur et pour le pire.«Pour [elle], c’était une victoire sexuelle sur la Gloire, pour Frederick, une victoire sur la Jeunesse.» ivieri librairie ^bistr Causerie avec Claude Lévesque Par-delà le masculin ET LE FÉMININ Éditions Aubier Homme, femme.Masculin, féminin.Hétérosexualité, homosexualité.Les mêmes vocab les continuent de désigner ce que Freud appelle le « destin anatomique » des êtres, comme si la différence sexuelle s'offrait d'emblée à la perception, au simple constat.5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges service^1! ibrairieolivieri.com animée par Georges Leroux jeudi 28 mars 19b Entrée : 5$ RSVP - Tél.: 739-3639 Si vous désirez souper au Bistro, il est préférable de réserver.La Gloire?Eh oui.Frederick a fini par y goûter.Son livre, Le Trésor, ici réduit à sa pure fonction d'enjeu social (on ne saura jamais trop ce qu’il raconte, et honnêtement, tout le monde s'en fout), a fini par paraître et par lui valoir un important prix national.Et voici Frederick invite partout, y compris chez ces très chic et très riches Beckley qu'il trouvait, encore naguère, «criminellement ignorants et dangereusement dé-pounms d'humour».Dawn Powell nous apprend, sur ce type de succès.des evidences que tout le monde devrait savoir «[.] c’était le déguisement qui remportait le prix, jamais l'individu qui se cachait dessous.» Et donc: «Où qu'il se tournât, c’était la même chose: le vainqueur devait feindre l'humilité, remercier les sots de leurs éloges, supporter patiemment les raseurs et les insultes, trouver légitime la brique dans le bouquet.» Jeu de massacre La rivalité et l'intérêt constituent deux thèmes essentiels du livre, qui montre à l’œuvre une culture reposant tout entière sur une tonne de darwinisme social élaboré.A la limite, le non-rival inquiète.Celui qui ne manifeste à votre endroit aucune attitude agressive, ne voit en vous aucune menace, semble vouloir vous alerter sur votre propre insignifiance.Et dans cette jungle où ne poussent que des rapports humains instrumentalisés, où la cruauté et la fourberie deviennent des qualités «irrésistibles» et où on ne donne des soirées que pour ne pas inviter quelqu’un, on en arrive vite à la définition de l’arrivisme que propose l’un des personnages: «individu susceptible d’apprécier la compagnie d'autres gens que sa propre personne».Le livre regorge d’ailleurs de ces épigrammes et parallélismes dignes de la verve d’un Oscar Wilde.«Peut-être était-ce plus la dissemblance de leurs défauts que la similitude de leurs mérites.» «Les femmes avaient autant le droit de se servir du sexe pour avancer dans leur carrière que les hommes de se servir de leur succès professionnel pour avancer sexuellement.» L’amour véritable, même en lambeaux, va bien sûr finir par avoir raison, seul recours, peut-être, contre la première bombe atomique qui vient d’éclater sur l’île de Bikini.Auparavant, on aura eu droit à un jeu de massacre, avec, en prime, une fabuleuse et pathétique galerie de portraits.LES SAUTERELLES N’ONT PAS DE ROI Dawn Powell Traduit de l’américain par Anouk Neuhoff Quai Voltaire Paris, 2001,342 pages CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Le Berlin qu'il raconte est celui d'après le Mur.l!n Berlin encore hanté par les morts de la Deuxième Guerre mondiale, habité par ses vivants.L'écrivain néerlandais Cees Nooteboom y a vécu, précisément au moment de la chute du Mur.en 1989.De passage récemment à Montreal, cet homme cosmopolite, grand voyageur, érudit, accordait des entrevues dans un français remarquable.«/1ai vécu à Berlin quand tout a changé, mais je connaissais Berlin bien avant On ne peut pas s'imaginer ce que cêtait comme ville quand c’était encore enfermé», dit-il.lors de notre rencontre au café du Ritz.Déjà, en 1990, Nooteboom, qui jouit d'une réputation enviable dans le monde, avait écrit Une année allemande, des chroniques berlinoises qui ont aussi servi d’esquisses à son dernier roman, Le Jour des morts, paru cette année chez Actes Sud.Le livre, qui se déploie lentement, douloureusement parfois, accompagne un caméraman néerlandais, Arthur Daane, dans les rues de la ville réunifiée.«Maintenant, on ne peut plies sentir le Berlin d’avant, ajoute Nooteboom en entrevue.On n ’en a aucune idée.[Dans le livre], Je parle de cela, de ces expériences, avec la figure du caméraman.Il se dit [le caméraman], que cet endroit, c’était un endroit plutôt dangereux, ou plutôt douloureux, où les gens ne pouvaient plus passer.» On y désigne des lieux, comme le Imbars, des champs près du Mur, qu’autrefois, il y a quelques années à peine, on ne pouvait pas traverser.«Cela montre comment Ihistoire efface ses traces, dit Nooteboom.Là, près de ce ruisseau, il y avait la frontière; là, il y avait des murs; là, il y avait un gardien avec un.fusil; maintenant il n’y a plus rien.» Et c’est cette histoire aussi que les personnages du Jour des morts tentent d’enjamber, à laquelle ils survivent Comme cette femme allemande, croisée dans la rue par Daane, le caméraman néerlandais, qui lui dit: «Nous vous avons fait beaucoup de tort.» Ce à quoi Nooteboom, entrant dans le personnage de Daane, rétorque: «Pas à moi personnellement, aurait-il voulu dire, mais il se retint.Le sujet était trop compliqué.Il avait horreur d’entendre les Allemands se mettre à parler de faute, ne fût-ce que par impossibilité de leur répondre.Le peuple néerlandais, ce n’était pas lui, et elle, en tout cas, ne lui avait rien ftiit.» L’écrivain lui-même, qui est né à La Haye en 1933, se souvient d’avoir vu, enfant Rotterdam brûlant à l’horizon, bombardé par les Allemands.Mais la réalité, dit-il, lorsqu’elle devient historique, prend presque la forme d’une fiction.On peut savoir qu’un événement a eu lieu, mais on ne peut pas JACQUES GRENIER I E DEVOIR En .Allemagne, aujourd’hui, les livres de Cees Nooteboom se vendent comme des petits pains chauds.savoir ce que c’est que de vivre les bombardements, les fouilles, par exemple, si on ne les a pas vécus.Aussi son roman semble-t-il être le livre de la mémoire qui passe, de l'histoire que l’on dépasse.Dans L’Histoire suivante, l'un de ses nombreux ouvrages, Cees Nooteboom écrivait «la conversation consiste essentiellement en choses qu’on ne dit pas».Et l’observation pourrait fort bien s’appliquer au dernier roman de l’auteur, tout en silences, en promenades furtives.Tant les morts du personnage principal, le caméraman Arthur Daane, qui a perdu sa femme et son enfant dans un accident d’avion, que ceux des juifs de la Deuxième Guerre mondiale hantent les pages de l’ouvrage, sans pour autant prendre la parole.Et cette présence muette devient parfois d'une lourdeur presque insupportable, comme le prénom de la nouvelle femme aimée qu’Arthur Daane n’arrive pas à prononcer.Le Berlin de Nooteboom est amical, on y rencontre des gens d’une grande culture, beaucoup d’expatriés.L'écrivain lui-même se souvient d’avoir vécu dans cette ville une vie «spirituelle et intellectuelle très intéressante».Arthur Daane s’y fait (It's amis érudits, généreux, il s’y attache même si, «en disparaissant d'Allemagne, les juifs avaient emporté avec eux leur ironie».En Allemagne, aujourd'hui, les livres de Nooteboom se vendent d’ailleurs comme des petits pains chauds, et l’écrivain aime y être invité pour lire des extraits de ses ouvrages en librairie.L’homme est par ailleurs un grand voyageur.Parmi la liste des ouvrages qu'il a publiés, on trouve des récits.de voyage au Japon, en Chine, en Thaïlande, partout en Orient.Il a aussi écrit un essai qui s’intitule L’Enlèvement d’Europe.En tant que Néerlandais, issu d'un petit pays qui a besoin de faire commerce avec les autres, en tant que polyglotte qui vit entre les Pays-Bas et l’Espagne, il se sent aussi profondément européen.LE JOUR DES MORTS Cees Nooteboom Actes Sud Arles, 2002,385 pages LIBER Maroueme Midheiie Lot# Les jeunes de la rue 192 pages, 20 dollars Marguerite Michelle Côté Les jeunes de la rue Buyti rtl Comment devenu un homme quond w fianAt dant une «ifitulwn pout MiadKmentaux ’ UN ANCIfN 1NFANÎ 01 L'ECOIE ORÎHOGfNIOUf mm.Stephen Eliot Présenté par Geneviève Jurgensen Un premier patient de Bruno Bettelheim témoigne Peut-être que quelque part quelqu'un lin mon livre et y puisera un peu d’espoir, qu’il se dira que si moi j’ai pu m en tirer, perturbé comme j’étais, il y arrivera lui aussi.'¦ /y* % r r, "SÏ4HS3 f " ÏL -1 ( .UifuIn HEURES D'OUVERTURE 23 mars: 10 h à 21 h.ENTRÉE GRATUITE! DROITS D'ENTRÉE Adultes: 6 $, Adolescent(e)s: 3 $.Enfants (moins de 12 ans): gratuit, Spécial 2 pour 1 en collaboration avec la STO CE SOIR La Soirée de poésie présentée par I Association des auteurs et auteures de l'Outaouais Au Bistro 1908,70, promenade du Portage à Hull à 23 h.Plusieurs poètes présents, dont.José Acquelin, Paul Bélanger, Julie Huard.Michel Thénen "Les billets seront disponibles eu stand de l'Association des auteures et auteurs de l'Outaouais (83), au Salon du lim de l'Outaouais* / I I) f) E DEVOIR .LES SAMEDI 2 S ET DIMANCHE 24 M A R S 2 0 0 2 S S AIS Le Québec par sa littérature Avec Canada-Québec: entrouverture au monde, 189&1914, Robert I-ahaise, docteur en histoire et en littérature, poursuit son projet de revoir notre histoire à la lumière de notre littérature.Apres Libéralisme sans liberté, 1830-1860, Expansion canadienne et repli québécois, I860-1896, et le volumineux Une histoire du Québec par sa littérature, 1914-1939, ce quatrième volume de la série s’intéresse à une période déchirée entre l'appel de la modernité et le repli traditionaliste.la méthode I ah ai se est simple et efficace: chaque livre s’ouvre sur une «synthèse historicodittéraire» qui va à l’essentiel et illustre ensuite le tout grâce à un judicieux montage de documents littéraires (surtout de la poésie et des essais) de l’époque.Le principal mérite d’une telle approche est de rendre vivante et concrète la matière traitée, de lui redonner sa couleur originale.lahaise justifie ainsi son découpage historico-lit-téraire: «1896, parce que les libéraux prennent le pouvoir et dégèlent une mentalité par trop réactionnaire, et qu'à Montréal, l’Ecole littéraire délaisse l’exclusivisme traditionaliste pour accueillir toutes les formes d’expression scripturaire.1914, enfin, parce qu’avec “la guerre des autres”, nous nous replions à nouveau sur notre iMurentie.» Entre les deux, la démographie canadienne explose (2,5 millions d’immigrants s’ajoutent aux cinq millions de Canadiens) et le débat fait rage, sur fond de guerre des Boers, au sujet du rôle du pays au sein de l’empire britannique.Sur le plan économique, on assiste à un développement accéléré des productions agricole et industrielle.Au Québec, la nouvelle donne entraîne la naissance du coopératisme, la reconnaissance fragile du syndicalisme et l'apparition d’un féminisme embryonnaire.Le clergé, soucieux de préserver son ascendant sur le peuple, se voit contraint d'investir ces nouveaux lieux d’influence.Dans le champ littéraire, les grosses légumes idéologiques et autres plumitifs croisent le fer et ne se font pas de quartier.Les plus conservateurs (Basile Routhier, Camille Roy, Thomas Chapais), pataugeant dans une mixture qui fonde le nationalisme ca-nadien-français sur le loyalisme, fuient le choc industriel dans un messianisme lyrique; les exotistes (De- Louis Cornellier ?lahaye, Dugas, Chopin et Morin) refusent ce champ de bataille et se complaisent, à rebours de l’ambiance générale, dans leur credo de l’art pour l’art; en quête d’un compromis, l’Ecole littéraire de Montréal tente de faire cohabiter tradition et modernité; enfin, certains esprits plus indépendants (Olivar Asselin, Jules Fournier) mènent la charge au nom d’un nationalisme moderne et progressiste.Les documents originaux recueillis, assemblés et commentés par Lahaise dans une deuxième partie qui occupe 75 % de l’espace, illustrent à merveille le caractère bouillonnant de l’époque.La question du statut du Canada face à l’Angleterre donne beu à une querelle généreuse en inflations verbales alors que les loyalistes-nationalistes les plus réactionnaires se font rosser par des canadianistes forts en gueule.Laurier le temporisateur, pressé de toute part de se brancher, subit, par exemple, les foudres d’Henri Bourassa: «En arrivant à la porte du paradis, la première démarche de M.Ixiurier sera de proposer un compromis honorable entre Dieu et Satan.» fondateur du Devoir livre d’ailleurs, à l’époque, le meilleur de lui-même: «Nous ne sommes qu’une poignée, c’est vrai: mais ce n’est pas à l'école du Christ que j’ai appris à compter le droit et les forces morales d’après le nombre et les richesses.Nous ne sommes qu'une poignée, c'est vrai; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre.» Notre littérature existe-t-elle?, se demandait-on au début du siècle.Doitelle être typiquement canadienne ou ouverte à tous vents?Comment faut-il vivre?Que penser de la «méchante ville» qui attire de plus en plus de ruraux?Quelle place faut-il accorder aux femmes?Quel jugement faut-il porter sur l’omniprésence du clergé?Et le sport, et les saisons, et la vie, et fa mort, qu’inspirent-üs à nos ancêtres?L’anthologie, c’est ce qui fait sa richesse, ne néglige rien.Sa seule faiblesse, en fait, réside dans le caractère trop allusif des apartés qu’insère Lahaise entre les morceaux choisis.Cela dit, devant un tel projet qui nous redonne notre littérature avec un minimum de détours, qui nous fait découvrir une tradition polémique qui nous appartient en propre, on serait malvenu de chicaner l’auteur pour si peu.a Les femmes et rhôpital Sainte-Justine Au début du XX' siècle, l’action sociale féminine se développe de plus en plus dans les classes fortunées du Québec.Prenant conscience que leurs initiatives isolées demeurent sans effet réel sur 1a misère qui les entoure, certaines dames patronnesses, plus audacieuses que d’autres, plaident en faveur d’actions plus concertées, dirigées par des organisations essentiellement féminines.Justine Lacoste-Beaubien (1877-1967) appartient à cette race de pionnières qui ont décidé que la place publique était aussi pour les femmes.Le charmant petit récit biographique que lui consacre Anne-Marie Sicotte fait donc œuvre pédagogique en rendant hommage à cette préféministe déterminée.Grande bourgeoise montréalaise, fille d'un sénateur devenu juge, épouse du prospère homme d’affaires Louis de Gaspé Beaubien, Justine Lacoste-Beaubien a vécu dans un milieu rompu à la charité privée.Avec sa sœur, la célèbre Marie Gérin-Lajoie, fondatrice en 1907 de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, elle intensifiera la tradition familiale en y insufflant un militantisme au féminin, soucieux de réalisations structurelles.Habitée par un fort «désir d'enfant» que la Providence, croit-elle, ne lui permettra pas d’assouvir, Justine Lacoste-Beaubien investira toutes ses énergies dans un projet d'hôpital pour enfants.Le Refuge des enfants malades qu’elle fonde en 1907 deviendra l’hôpital Sainte-Justine, ainsi nomme en l’honneur d’une petite martyre romaine et non en celui de sa fondatrice.L’hôpital, après quelques déménagements montréalais, s’installera définitivement sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine en 1957.Romancée, 1a biographie que signe Anne-Marie Sicotte se fonde néanmoins sur des sources fiables pour évoquer les problèmes de santé publique qui affectent les petits Québécois en 1900 (lait contaminé, résignation devant les maladies infantiles fondée sur la croyance voulant que «des bébés, ça ne se soigne pas») et les balbutiements bourgeois de l’action sociale féminine.Les dialogues hommes-femmes qu’elle reconstitue habilement montrent à quel point il n’était pas évident à l’époque, même pour de bonnes bourgeoises conservatrices mariées à des hommes plutôt ouverts d’esprit d’être femme et socialement active.Simples et sans prétention, les ouvrages de la collection «Les Grandes Figures» ne sont pas faits pour passer à l’histoire de 1a grande littérature mais pour instruire de façon agréable et efficace.Cette fois-ci encore, c’est réussi.louiscorneUier@parroinfo.net CANADA-QUÉBEC: ENTROUVERTURE AU MONDE, 1896-1914 Robert Lahaise Lanctôt Editeur Montréal, 2002,264 pages JUSTINE LACOSTE-BEAUBIEN Au SECOURS DES ENFANTS MALADES , Anne-Marie Sicotte Editions XYZ, collection «Les Grandes Figures» Montréal, 2002,168 pages 3 PORTRAIT Les tourments du cinéaste LOUIS CORNELLIER Brillant réalisateur A'Un zoo la nuit et de Léolo, deux des meilleurs films du récent cinéma québécois, Jean-Claude Lauzon est mort à 43 ans dans un tragique accident d’avion en 1997.Pour lui rendre hommage, la scénariste Isabelle Hébert, une amie intime, a coréalisé, avec Louis Bélanger, un film intitulé Lauzon/Lauzone dont le scénario est reproduit dans ce livre qui contient aussi celui ,de Léob.A travers les mots d’Isabelle Hébert elle-même et les témoignages d’amis du cinéaste (Pierre Bourgault, André Petrovski, Gaston Lepage, le psychiatre Jean Charbonneau et quelques autres), on découvre un homme tourmenté, à la fois convaincu de son propre génie et aux prises avec un mal de vivre aux causes plutôt obscures.Anxieux, souvent insupportable pour son entourage, capable de cruauté psychologique envers les autres, habité par une sorte de vertige existentiel permanent («Aussitôt arrivé quelque part, il voulait repartir»), Lauzon n’en possédait pas moins, semble-t-il, un charisme auquel on résistait difficilement.André Petrovski, qui se présente comme «son père adoptif», l’avait mis en garde, au début de sa carrière, avec une formule qui révèle le caractère explosif du cinéaste: «Dans dix ans, ou tu seras célèbre ou bien tu seras enfermé dans un asile.» Prospère réalisateur de publicités, ce qui lui valut les foudres de son ami Pierre Falardeau, artiste apolitique par tempérament, Jean-Claude Lauzon refusait toutes les concessions à l’heure de faire du «vrai» cinéma Imbu de lui-même et jaloux de son intégrité de créateur, il comprenait mal que ses films ne soient pas unanimement encensés et ne reçoivent pas tous les prix.En ce domaine, écrit Hébert, «b modestie n 'était pas son fort».Le portrait tracé par Isabelle Hébert, impressionniste, rend bien le caractère contrasté de son ami bourru mais à fleur de peau et éclaire un peu le malaise que l’on peut ressentir devant l’énigme Lauzon que, pour ma part, je résumerais ainsi: comment expliquer qu’un personnage aussi désagréable (c’est mon point de vue), dont tout m’éloigne, soit parvenu à créer des œuvres dont la profonde humanité me bouleverse tant?Miracle, peut-être, de l'art, qui transcende parfois l’égotisme égaré de ses plus intenses serviteurs.LAUZON/LAUZONE Portrait du cinéaste Jean-Ciaude Lauzon Comprend le scénario original de Léob (version tournage) Isabelle Hébert Editions Stanké Montréal, 2002,192 pages Le cinéma maléfique «L’attitude qu’a eue Bush depuis le 11 septembre est une attitude hollywoodienne » Paul Warren, célèbre professeur de cinéma à l’Université Laval, pourfend depuis quelques décennies les États-Unis à travers leur cinéma.Il pointe la perfidie de la technique filmique dite de la reaction-shot, ainsi nommée selon ce procédé qu’utilise le réalisateur pour montrer à celui qui regarde ce qu’il doit regarder.Dans la réédition revue et augmentée de son livre intitulé Le Secret du star system américain, qui vient de paraître, Warren n’a pas de mots assez durs à l’endroit de cette méthode: «asservissement», «fascination fascinante», «dressage» de l’œil.Wè ANTOINE ROBITAILLE Le Devoir: Vous dénoncez le manichéisme du cinéma américain, mais vous-même, ne faites-vous pas une distinction très manichéenne entre film à reaction-shot et film à b Godard?Paul Warren: Ce que je tente de dire, c’est que le cinéma intéressant, c’est le cinéma «complexe».Je dénonce la réduction simplificatrice d’un certain cinéma américain.Comme dans Walt Disney: le noir et le blanc, le bon et le mauvais.Et pour que ces œuvres fonctionnent, il faut des structures filmiques simplificatrices, dénoncées non seulement par moi mais aussi par beaucoup de théoriciens de gauche.Le Devoir: Mais il me semble que c’est plus complexe, comme vous dites.Quand un réalisateur me présente la réaction d'un protagoniste à l’écran, dois-je toujours penser qu’il tente de m’asservir, de me dresser?Paul Warren: Dans le cinéma que je fustige, en tout cas, il n’y a pas de complexité.Pour que ce soit complexe, il faut que vous ayez la possibilité de voir d’autres orientations dans une image.Et si on montre quelqu’un qui regarde fixement à 1a droite de l’écran et qu’on montre ensuite immédiatement la personne regardée, ce système force le spectateur à ne L'AIRE * DES IDEES s’orienter que dans cette direction-là.On peut faire les choses autrement: dans Nuits et brouilbrd, il y a de nombreux plans ouverts.Le spectateur peut se faire ses propres images.L’image transpire au delà du «montré» immédiat.Quand le spectateur est respecté, il a alors la liberté de faire fonctionner ses images mentales.Je pense à Godard et à An-gelopoulos.Les «structures hollywoodiennes» font fonctionner les mythes américains.Et de ces structures, on ne sort pas facilement.Elles sont binaires: champ-contrechamp, shot-reaction-shot, pour-chassé-pourchassant, regardé-regardant.Ce jeux de ping-pong enferme.Le Devoir: Et pourquoi alors ceb remporte-t-il un tel succès?Paul Warren: Parce que ça rejoint notre besoin de solution définitive, claire, tranchée.Ce cinéma mystifie l’individu.Nous y sommes habitués.Pensons à notre difficulté de saisir des films comme Gos-ford Park, de Robert Altman, un Américain qui fait des films avec de nombreux personnages.Ça désarçonne puisque, comme dit Godard, on est habitués à «un homme et une femme»\ Le Devoir: Mais le grossissement des traits n’est-il pas le propre de toute représentation spectacubi-re.théâtrale, cinématographique, etc.?Un peu comme dans le théâtre T J SOURCE DREAMWORKS PICTURES Kevin Spacey dans, American Beauty.«Dans American Beauty, fait remarquer Paul Warren, le champ-contrechamp s’avère moins maroué que dans les succès américains.Certains films américains échappent maintenant à la règle.» Paul Warren grec: les acteurs portaient des masques.Peut-on échapper, dans une représentation, à une caricatu-risation du monde?Paul Warren: C’est juste, mais dans le théâtre de Sophocle comme dans celui de Shakespeare, il y a une extraordinaire complexité.Antigone, par exemple: difficile de dire clairement qui, d’elle ou de son père, a raison.Pas de bon et de mauvais ici.Certes, il y a toujours eu, dans le cinéma comme dans le théâtre, une tendance au grossissement des traits.Le Devoir: Je pense à Molière, par exemple.Paul Warren: Mais Molière, c’est très complexe! Le Devoir: On sait en tout cas que les Diafoirus sont des imbéciles, qu’Argon est excessivement hypocondriaque.Paul Warren: Certes, c’est caricaturé.Mais si on revient constamment à Molière comme à Shakespeare, si on a tant écrit sur eux, c’est signe que ce sont des œuvres assez profondes.Ce n’est pas le cas d’Hollywood.Le Devoir: Hollywood n’a-t-il pas changé depuis les succès-surprises de Blair Witch Project ou «/’American Beauty?Paul Warren: Le cinéma américain s’est complexifié, oui.Dans American Beauty, le champ-contrechamp s’avère moins marqué que dans les succès américains.Certains films américains échappent maintenant à la règle.Mais je ne crois vraiment pas que le cinéma hollywoodien, les blockbusters, ait changé.Et même en ©JOSÉE LAMBERT dehors de cette catégorie: j’ai travaillé dans ce livre sur des films classiques comme Mr.Smith Goes To Washington ou San Francisco.Je montre que même dans des films considérés comme classiques, faits par des hommes ayant travaillé leurs plans, on retrouve des structures que l'on voit dans de grands blockbusters américains actuels, comme Gladtatar.Le Devoir: Devrait-on bouder notre ptaisir de regarder Gladiator?Paul Warren: Non, jamais! Mais on doit savoir que même s’il est délicieux de manger du chocolat, cela peut être nuisible à 1a santé.Au fond, j’ai voulu écrire ce livre pour dire: faisons attention, le cinéma américain, c’est une hégémonie.Le Devoir: Un Reich! Vous affamez même que le cinéma holly- woodien a des racines nazies dans votre chapitre sur Leni Riefensbhl, b cinéaste d’Hitler! Paul Warren: La reaction-shot, que j’étudie, on 1a retrouve dans toute sa splendeur dans son film Le Triomphe de b volonté.On se fait prendre dans ce film, c’est un film fasciste.Il n’y a pas de réflexion possible.Le Devoir: Ne peut-on pas aussi carrément écbter de rire devant ce film, devant b pompe nazie ridicule, devant cette mise en scène grotesque?Paul Warren: Je ne sais pas.Après 50 ans, peut-être, mais certainement pas à l’époque où ce film a été fait.Et même après: c’est un film qui prend, c’est un film de fascination.Fascination-fascisation, c’est un peu semblable, pour moi.Le Devoir: On a tous vu à la télé une célèbre émission totalement dénuée de ce que vous appelez la reaction-shot les débats de l’Assemblée nationale! Et c’est profondément ennuyeux.On souhaiterait avoir la réaction des gens à ce qui se dit.On est déçu par ce parti pris de sobriété dans l'image.Le besoin de voir la réaction n’est-il pas légitime?Paul Warren: Nous sommes, nous êtres humains, bâtis pour 1a réaction.On attend toujours une réaction.Dans 1a réalité comme dans la fiction.Mais si l’Assemblée nationale, c’est ennuyeux, ce n’est pas uniquement parce qu’il n’y a pas de reaction-shot, c’est aussi que c’est dénué d’art Or l’art est toujours une manipulation de la réalité.Là où ça me pose problème, c'est lorsqu’on utilise ce besoin de réaction pour l'orienter dans une perspective simplificatrice, manichéenne.Or le cinéma,hollywoodien est à l’image des États-Unis: manichéen.D’ailleurs, l’attitude de Bush depuis le 11 septembre est profondément hollywoodienne.LE SECRET DU STAR SYSTEM AMÉRICAIN Le dressage de l’œil Paul Warren L’Hexagone Montréal, 2002,221 pages La «gouvernance», cette imposture Exercice essentiel dans le dernier numéro de 1a revue française Cités (n0 9,2002): Luc Borot démasque la notion-valise de «gouvernance», laquelle est à la politique ce que la «petite personne» est aux nains.«Les mêmes effets d’euphémisme et de redéfinition propres à l'emploi de ce terme qui doit sa fortune à son imprécision sont observables en français et en anglais, comme si certains locu- teurs de nos deux tangues [anglais et français], à force de s’emprunter des mots pour ne pas dire ce qu’ils craignent d'avouer publiquement, en arrivaient à se mettre d’accord sur l’usage d'une novlangue mondialisée.» Et paf! On attend avec impatience un article de M.Borot sur la «société civile», cet insupportable caméléon.arobitailleUasympa tico.ca \ LE I) E V 0 I H .LES SAMEDI 2 3 ET DI M A X (' HE 24 M A R S 2 0 « 2 I) -«"Es SAIS"»- Auteurs en quête de personnages SOPHIE POULIOT Z"'' * est delà mer et de sa pâte à vagues que fai ap-^ pris à faire lever mes premiers poèmes, mal gosses et pourtant pleins de vérité comme levure des vers salangés de saumure et d'eau douce.• C’est l'une des façons dont Sylvain Rivière (Chapeau dur et cœur de pomme, Gaspésie rebelle et insoumise.Par l’œil du dire) décrit la voie qui l’a mené à l’écriture.Le fait-il dans le cadre d’une autobiographie?Pas tout à fait.Dans Prendre langue, ouvrage qui s’inscrit dans la collection «Ecrire» des Editions Trois-Pistoles, le poète relate le comment et le pourquoi de sa création, comme le font tous les auteurs publiés dans cette série.Autres noms figurant dans le plus récent arrivage: Lise Bissonnette, Suzanne Jacob, Madeleine Gagnon, Hugues Corriveau, Philippe Haeck, Gabrielle Gour-deau et Raoul Duguay.Inutile de préciser que si le sujet demeure le même d’un ouvrage à l’autre et que d’inévitables redondances décourageront le plus aguerri des lecteurs en série, la qualité et l’intérêt des témoignages varient considérablement Tandis que, après avoir évoqué certains souvenirs d’enfance ainsi que la relation toute particulière qu’elle entretient depuis toujours avec les mots «imprimés», Use Bissonnette (Un lieu approprié, Marie suivait l’été) termine son témoignage sur une note politique (en déplorant, précisément, qu’on ne se soucie plus du politique, ni dans la littérature ni ailleurs), Suzanne Jacob (Rouge, mère et fils, Laura Laur, La Bulle d’encre) y va d'une réflexion quasi ontologique sur l'écrivain: qu’est-ce qu’un écrivain, que représente l’acte d’écriture, etc.Le premier de ces ouvrages captive, le second intéresse.Sylvain Rivière et Madeleine Gagnon (lœs Femmes et la guerre.Rêves de pierre, La Cathédrale sauvage) racontent aussi leurs souvenirs de jeunesse, passée, dans les deux cas, dans la nature inspirante d'un Québec non urbain, et démontrent le lien unissant ces événements à leur passion de l’écriture.Dans ce tourbillon de pages qui semblent s’être échappées de journaux intimes, Rivière a l’avantage d’une langue riche et imagée, d’une poésie qui illumine ses propos.Alors que le Dis-moi ce que tu trouves beau de Philippe Haeck (L’Oreille rouge.Je ne sais pas.Le Secret du milieu) combine, au grand dam du lecteur, mièvrerie crasse («S’il y en a qui lisent tes livres après ta mort, sentiront-ils dans leurs mains le fruit rose de ta vie?») et redondance, Entre la lettre et l’esprit, de Raoul Duguay (KébèK à la porte, Le Voyage), faisant fi de toute ponctuation, s'avère plus lyrique qu’informatif, plus esthétique que significatif: «écrire c’est fabriquer des bombes à oxygène pour faire respirer les mots qu’on a pollués pourtant j’écris je prends mon cri à la gorge [.] pour ne plus l’entendre japper dans ma tête je l'égorge et lui arrache son dernier souffle l’ensevelis avec les cris de toutes les guerres dans ce trou de mémoire noire qu ’est la mort [.] Hugues Corriveau LUDOVIC FREMAUX LUDOVIC FREMAUX lise Bissonnette fécris pour en finir avec la fin des temps on n’en finit jamais de commencer l'éternité.» D’aucuns pourront être touchés par l'amour manifeste que l’auteur porte aux mots.A ce titre, Pour et parce que, d’Hugues Corriveau (Troublant, Le Ramas-seur de souffle.La Maison rouge du bord de mer), remporte la palme.«Pour succomber à la tentatùm des mots qui en eux portent un monde [.] pour les choisir avec parcimonie [.] ou, au contraire, pour un jour les avoir utilisés tous (projet pérecquien s’il en est, inaccessible), pour la beauté du geste même d’écrire [.] pour la beauté du corps écrivant [.] » Comment rester insensible à tant d’enthousiasme?Enfin, quant à Mais z'encore, de Gabrielle Gourdeau (Clins d'œil à Romain Gary, La Répression tranquille), disons simplement que le lecteur percevra inévitablement l’effet libérateur qu’a l’écriture sur cette auteure.De là à en conclure que le récit amer d’une enfance silencieuse et les révoltes envers et contre tout (des consommateurs de restauration rapide à «[’establishment littéraire petit-bourgeois du tout-Québec colonisé») présentent un quelconque intérêt.La part intime Ainsi les auteurs livrent-ils une part plus ou moins grande de leur intimité dans ces livres.L’un confiera que les seules lectures disponibles dans la maison fa miliale de son enfance étaient les numéros de Sélection du Reader’s Digest et L’Almanach du peuple, l’autre racontera que son père idéalisait les fils de la famille et méprisait ses filles, traitant sans détour tout membre de la gent féminine de «sacoche», la collection «Ecrire» sert la finalité avouée de percer à jour le mystère entourant l'écrivain et son œuvre.Pour inciter à la lecture, la couverture de chaque livre précise même qu'il renferme la reproduction d’une page manuscrite ainsi que d'une peinture ou d’un dessin esquissé1 par l’auteur — à quand la version autographiée ou comprenant un échantillon d’ADN?Que la quatrième de couverture du livre ne soit qu’une photo de l’écrivain ne surprendra guère.Voyeurisme?N'exagérons pas.Manière d’inciter à la lecture et à l’écriture soit le jeune public, soit le néophyte, en démystifiant la création littéraire?Peut-être.Ou n'est-ce pas plutôt que, devant la médiatisation actuelle de la littérature, l'écrivain en soit réduit à devenir,à son tour un personnage afin d’intéresser le public?A l'ap pui de cette hypothèse: l'anecdote relatée par Suzanne Jacob dans Comment pmrquoi.Un jour, dans un salon littéraire, une lectrice — quoique l’emploi du terme «fan», dans son sens le plus abêtissant, soit sans doute ici plus approprié — confond cette dernière avec l’écrivaine Marie-Claire Blais.Du coup, la dame lui confie «adorer» Suzanne Jacob, jusqu'à collectionner ses entrevues dans k-s médias.Lorsque l'auteure lui demande les livres de Jacob qu elle protère, la d.uno rétorque: «Oh!.je n’en ai lu aucun.Moi, ce stmt les auteurs qui m inti'rvssent.» Tout est dit.Et pourtant, non.Que dire de fa tignasse1 d’ébène et d’argent qui est devenue fa signature de Marie laber-ge au point d'être reproduite sur les affiches publicitaires de la Trilogie du bonheur et de commander le choix des couk'urs sur fa couverture dt-s trois tomes?Faut-il vendre1 l’auteur pour vendre ses livres?la littérature1 ne suftit-dle pas en soi?Faut-il aussi amnaître les auteurs le plus intimement possible afin d'apprécier leur œuvre?la collection «Ecrire» n'est pas s;uis susciter ce type de questionnement, voire, jusqu'à un certain point, un malaise chez le lecteur pou ftiand de magazines à potins ou d'entrevues dites intimes.En revanche, lorsqu'un auteur parvient, comme le font entre autres Hugues Corriveau et Iis*1 Bissonnette, à communiquer au kvteur, avec sensibilité, fougue et honnêteté, sa passion de l'écriture, ce dernier en ressort enchanté.l.es grandes histoires d’amour, quelles qu'elles soient, émeuvent.DES LETTRES ET DES SAISONS list1 Bissonnette POUR ET PARCE QUE Hugues Corriveau ENTRE LA LETTRE ET L'ESPRIT Raôul Duguay MAIS Z’ENCORE?Gabrielle Gourdeau DIS-MOI CE QUE TU TROUVES BEAU Hiilippe Haeck MÉMOIRES D’ENFANCE Madeleine Gagnon COMMENT POURQUOI Suzanne Jacob PRENDRE LANGUE Sylvain Riviere Éditions Trois-Pistoles, collection «Écrire» Trois-Pistoles, 2(X)1 et 2002, entre 76 et 138 pages chacun ARTS VISUELS Figures de l’intime Le Refus global comme «théorie de l’acte » JEAN-CLAUDE ROCHEFORT Les artistes francophones en arts visuels qui produisent à l’extérieur des grands centres urbains semblent souffrir de sérieux problèmes de diffusion et d’un manque de reconnaissance flagrant Notre métropolocentrisme aigu nous laisse plus ou moins indifférents à ce qu’ils font, et puis on se dit que s’il y avait des foyers d’art contemporain intéressants dans ces régions, la nouvelle se répandrait jusqu’à nous.Ce qui est loin d’aller de soi.Afin de pallier ces lacunes et de rendre compte de la dynamique de la création contemporaine à Moncton, Rouyn-Noranda, Sudbury, l’Association des groupes en art visuel francophones (AGAVF) a eu l’idée de constituer un réseau de lieux médits qui serait à même d’accueillir une variété d’interventions artistiques.C’est ainsi qu’eçt né le projet qu’ils ont appelé L’Échangeur.Conscients des bouleversements collectifs et individuels qu'entraînent les nouveaux moyens de communication, les initiateurs du projet ont choisi un thème qui circule beaucoup ces temps-ci: les extensions intimes.Autrement dit, l’évolution des raj> ports entre ce qui relève du domaine privé et ce qui appartient à la sphere publique.Comme le veut la coutume, on a confié la conception de l'événement à une conservatrice invitée, Annie Mollin-Vasseur, et on a donné une extension à l’exposition proprement dite en concevant un catalogue qui se veut à la fois un témoin de l’expérience tentée et un outil de réflexion sur le thème proposé.Les nombreuses reproductions en couleurs donnent un bon aperçu des œuvres réalisées par près d’une douzaine d’artistes locaux, mais la multiplication des points de vue d’une même intervention ajoute peu à la compréhension d’ensemble et ne contribue guère à augmenter notre capacité d’appréciation des œuvres.Plusieurs auteurs ont été invités à réfléchir sur le thème, et la façon de le traiter varie considérablement d’un auteur à l’autre.Certains ont écrit des textes poétiques au charme irrésistible (Instructions pour 10performances intimes, d’Herménégilde Chiasson) alors que d’autres s’empêtrent dans des considérations psychanalytiques d’inspiration jungienne pas toujours judicieusement appliquées aux œuvres de l’exposition, ce qui est malheureusement le cas du texte de présentation de la conservatrice invitée.En contrepartie, Françoise Le-gris, à la toute fin de l’ouvrage, par- vient à nous transmettre une lecture des œuvres à la fois sensible et bien appuyée sur le plan théorique.Dans son essai intitulé Extensions intimes dedans/dehors, Legris prévient le lecteur qu’elle ne cherche pas tant à évaluer si les artistes ont abordé avec une efficacité plus ou moins grande le thème proposé qu’à comprendre «comment s'inscrit cette mise en relation, ce rapport, cette affection ou affectation entre l'artiste et l’œuvre et entre l’artiste et le monde, zone transversale où sujet et objet sont coextensifs et alternativement traversés l’un par l'autre».Deux contributions qui donnent amplement matière à réflexion sont celles .signées Michaël Lachance et Jean-Émile Verdier.Lachance se livre à une enquête critique sur la crise du sujet qui sévit.L’enquête prend parfois l’allure d’un procès, au sens où se trouve au banc des accusés ce besoin irrépressible de dévoiler son intimité: «La tyrannie de l'intimité, c’est l’obligation de livrer son intimité sans réserve.L’intime ne peut se placer sous le signe de l’obligation: l’intimité qui se soumet à l’exigence du public n 'est que figure.» Lachance ne recule pas devant l’absurdité de la situation et de ses conséquences, à savoir l’inévitable dissolution de nos repères moraux et un exaspérant brouillage des codes sociaux et affectifs: «La libéralisation des mœurs nous offre une plus grande liberté mais au prix d’une obligation de tout montrer.Avec les tabous disparus, on ne parvient plus à justifier la coupure entre le privé et le public, les projecteurs et la caméra sont entrés dans la chambre à coucher.Si c’est permis, donc c'est montrable; si c’est montrable, il faut le montrer pourfaire la preuve que c’est permis.» Dans la dernière partie de son texte, Lachance en profite pour bousculer certaines catégories philosophiques, comme la vérité et la réalité, que le sujet contemporain viserait davantage.Il préconise rien de moins qu’un renoncement à toute forme de vérité, qu’elle soit personnelle ou universelle, un espace dans lequel le sujet ne se rapporte plus qu’à lui-même «dans un auto-fictionnement permanent».Dans sa vision du monde, on en vient à croire que la fiction a plus de poids que la réalité.L'essai de Jean-Émile Verdier surprend par la hardiesse de ses hypothèses.Intitulé De l'impossibilité d’une extension du savoir de l’artiste au sein des savoirs institués, son essai sape littéralement les fondements de notre conception unificatrice de l’art et de la culture.L’édification de la culture, selon Verdier, soustendrait toujours une négation de l’art allant ainsi à l'encontre de •l'idéal de continuité» soutenu par l'histoire et la critique d'art II se demande, en début d’analyse: «Suisje en train de me leurrer en affirmant que je sens qu'aujourdhui la culture continue de nier l’art?» Il répondra à cette interrogation par une patiente et rigoureuse démonstration théorique dans laquelle il remet radica lement en cause le «système hermétiquement clos» art-culture, régime dans lequel l’œuvre d’art est le «le lieu même où fusiimnent art et culture» ou encore «un centre organisateur de catastrophe».Refus global n’est pas un simple manifeste qui traduit les conditions sociales qui prévalaient à une époque donnée: c’est un acte qui se présente comme un catalyseur de la situation d’empêchement inhérente à tout contrat social, voire à l’immuabilité de cet empêchement: «Borduas traite des conditions sociales qui ont été les siennes d’une manière telle qu’il expose la logique même de l’empêchement culturel dans lequel il est plongé et expose tout à la fois le temps logique de l'acte qui résorbe cet empêchement.Premier temps, la peur; deuxième temps, l’angoisse; troisième temps, la nausée; quatrième temps, le refus global; et cinquième temps, la responsabilité entière.» Au terme de sa pénétrante analyse sur la portée du geste de Borduas, «d’une brûlante fraternité», pour reprendre son expression, il en vient à conclure ainsi: «[.] qu’esteï AVEC : Pierre Morency Authentique mWne Authentique cuisine créole des Des Seychelles 24,95 $ U fine cuisine libanaise et méditerranéenne LES LUNDIS DU LETUC 24,95 $ L’INTRACOSTAL, LE GUIDE Du lac Cbacnplnin aux bahamas 34,95 $ LTNTRACOSTAL, L'ALBUM 34,95$ r.chfmhllmti Les Éditions rwr-mooMOC H2V iM _ _ ._ , , _ _ LOGIQUES Les secrets de la grande aventure! (S14i2709M « OUEBKOR MfDIA écrivain Lundi 25 mars 16h30 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tel.: 51W39-3639 Fax : 514.739.3630 service^librairieolivieri.com 1 i LE DEVOIR.LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2 0 0 2 I) 8 LE DEVOIR ARTS VISUELS Surfaces hybrides MARIO CÔTÉ - TABLEAU Jusqu’au 5 mai 2002 Musée d’art de Joliette 145, rue Wilfrid-Corbeil (450) 756-6511 MARIE-ÈVE CHARRON ^ artiste muitidiscipli- LJ naire Mario Côté fait un retour en force .cette saison en multi-’ pliant sa présence dans les galeries.Deux années se sont écoulées depuis son dernier passage sur la scène locale.la galerie Trois Points présentait alors une exposition de ses peintures et il y reviendra cette année, au mois de mai, avec une mouture de son travail plus récente.L’artiste participera aussi à une exposition collective que prépare la galerie B-312 sur le thème du son, pour l’arrivée du printemps.Même si, comme tout ce qui a lieu à la périphérie de Montréal, elle risque de passer injustement inaperçue, c’est la présentation déjà en cours des œuvres de l’artiste au Musée d’art de Joliette qui demeure la plus importante.Elle le sera d’abord parce qu’il s’agit de la première entrée personnelle de l’artiste au musée alors que sa pratique couvre un peu plus de dix ans d’activités.Elle le «Ta aussi parce que l’exposition, sans avoir la prétention de la rétrospective, veut démontrer au visiteur l’engagement pluridisciplinaire de Côté en réunissant plusieurs œuvres, des peintures et des photographies récentes, ainsi que des vidéos, dont le premier de l’artiste, daté de 1988.Si la rencontre des médiums s’impose, c’est que l’artiste les a toujours abordés avec la volonté d’établir entre eux des échanges pour que les images qui en résultent soient ouvertement hybrides.Les peintures de Côté, par exemple, s’élaborent à partir d'une saisie photographique d’une image en mouvement, vidéo ou filmique, sur laquelle l’artiste intervient en poussant à l’extrême le désir de souligner, et de ruiner à la fois, la facture de cette image enregistrée.L’artiste transforme ainsi les grains, ou les pixels, en signes picturaux et, en exacerbant par la peinture les effets d’une Deborah •fl ï r:i U tTi rii C Lieu utopique ComtnissAiie : j.sa:.'olle viiuidenu jusqu’au 21 avril Heures de visite : les mercredis et les jeudis de 13 h à 17 h.les vendredis de 13 h à 21 h.les samedis de 12 h à 21 h et les dimanches de 12 h à 17 h.l'entrée est libre.Visite guidée par la commissaire le dimanche 7 avril à 14 h.Programme d'animation scolaire : Hi m inpnæ&ùmæ.
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