Le devoir, 8 avril 2006, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 AVRIL 2 0 0 6 ENTRETIEN Somoza, écrivain de la négation Page F 5 ESSAIS Grandeurs et misères de la gauche Page F 6 ?le Devoir ?0 ÉRIC l»l LAROCHEUJÈRE QUÉBÉCOIS Hervé Bouchard, poète-dramaturge de l’enfance Le Quartanier publie l'écrivain de Jonquière un second titre et réédite Mailloux CHRISTIAN DESMEULES Il arrive parfois que la force du geste poétique se suffise à lui-même et que la raison, devant certaines oeuvres, doive abdiquer un peu de sa toute-puissance habituelle.Or «la parole est parlante», pour reprendre les mots de Heidegger.Et l’abîme qu’ouvre cette phrase nous rappelle aussi que les mots sont souverains, contagieux et capables de tout A l’heure des généralités douteuses et des escarmouches toujours un peu grotesques au sujet du caractère universel — ou non — de la littérature québécoise, il est peut-être bon d’aller voir d'un peu plus près à quoi ressemble — ou ne ressemble pas — cette littérature qui est la nôtre.La littérature est-elle un produit d’exportation?Le théâtre, les arts visuels et la chanson sont-ils exportables?Oui.bien entendu, il arrive que certains auteurs, certaines pièces ou certains films franchissent le mur qui sépare le particulier de l’universel.Mais il y a là souvent une part d’accident que personne ne saurait contrôler, ni les critiques, ni les artistes.L'oeuvre singulière, cohérente et étonnamment achevée d’Hervé Bouchard, «citoyen de Jonquière», a ainsi toutes les apparences de l'accident: elle est imprévisible, soudaine, provocante.L’écrivain y construit une épopée à partir des petites guerres de l'enfance, de la découverte furtive de la sexualité, de la mort, à partir du sang et de la boue.A la fois chantre, héros et calomniateur d’un univers inédit Hervé Bouchard «mythologise» en direct pour ainsi dire, son coin de pays et ses souvenirs plats.C’est dire toute la force de sa voix, qui arrive à créer du même souffle un langage et un monde.Professeur de lettres au Cégep de Chicoutimi, Hervé Bouchard déploie depuis Mailloux -Histoires de novembre et de juin, son premier livre d’abord paru à L’Effet pourpre en 2002, ses histoires d’enfance, vues sans lunettes roses ou le filtre surréaliste coutumier.Le récit de Jacques Mailloux, «fils pis-sou», s’ouvre sur cette phrase forte: «J’ai été Jacques Mailloux, comédien de naissance, enfant sans drame, dehors tout le temps.» Petit éditeur ayant pignon sur rue a Montréal, Le Quartanier accueille Hervé Bouchard et réédite ces aventures épiques d’une enfance québécoise ordinaire, dont voici parmi d’autres un exemple de la prose étonnante: «Parfois pressé on n’avance pas.On est Jacques Mailloux bloqué dans le proute, dans l’empêchement qui est.Je voulais souvent partir jouer.D’aussi loin que je me rappelle j’ai toujours voulu partir.A vélo par exemple avec les amis du nombre que /avais.Et alors Mailloux père m'exigeait la présence pour l'aider à une réparation électrique d’embrouillamini mal foutu de fils à démêler.» Entre la veuve et les six orphelins On a déjà rapproché sa démarche, avec justesse, de celle du poète et dramaturge français Valère No-varina — lui qui écrivait «la langue française était mon professeur d'inconnu.• A l’œuvre de Beckett également que citait d’ailleurs Hervé Bouchard en exergue de Mailloux.Sa géographie inédite, traver- sée de planchers mous et de ciels incertains, pourra par moments, U est vrai, rappeler celle de l’auteur de Molloy.Voilà à quelles sources d’exigence puise aussi sa «dramaturgie poétique».Son second titre, Parents et amis sont invités à y assister, continue de creuser ce sillon fertile, et ce «drame en quatre tableaux et six récits au centre» ne ressemble lui non plus à rien de connu.Après la mort de leur père Beaumont conderge d’école et buveur de «tout ce qu ’il y a dans des sacs bruns qu'on froisse au goulot», six frères et une veuve éplorée essaient de se ressaisir.Comme le dit l’orphelin de père numéro deux: «Nous n’avons pas de souvenirs, nous n'avons rien oublié, nous sommes la mort du père Beaumont, notre futur est tracé en gras dans la broussaille où nous irons.» Et les histoires d’Hervé Bouchard se résument mal, puisqu’elles sont tout à la fois récits, images et sensations.Entre les six orphelins de père, leur «Mère Manchée» et quelques personnages satellites s’installe tout de suite une polyphonie théâtrale qui sonne et qui déstabilise: «Si elle est manchée, c’est qu'on ne voit pas ses bras, c’est qu'elle manque de sous, c'est qu'elle parle à travers un tube, c'est que ses bras qu'on ne voit pas sont quand même des bras de mère, c'est qu'elle a de quoi tenir, c’est qu'elle ne sait pas trop, c'est qu’elle n'est pas très vite, c'est qu’il faut la couper, c’est qu'elle est plutôt tendue » •Parfois je pense qu'on a moins de place parce qu’on a moins de mots, raconte en tremblant la mère des six orphelins.Mon mari Beaumont ça lui arrivait de parler, il était capable.Il était capable de dire les choses d’alentour et de les faire bouger avec son air d’aimer les déplacer en les décrivant.Nous étions à l’étroit, mais il ouvrait la bouche et nous emmenait avec lui où on manquait pas d'air et où on se cognait nulle part.|.j Dans ce qu’il disait, il y avait toujours des lacs et des horizons ouverts, des heures de marche et des bonheurs à s’étendre serrés l'un contre l'autre.» «On ne saura jamais parier aux hommes», dit aussi l’un des orphelins.Le père parti en fumée, la mère internée dans sa folie, livrés à eux-mêmes et aux attentions maladroites de leurs tantes, les frères se dispersent Puis lumière.Recherche et développement On mesure souvent mal l’effort titanesque qui consiste à poser une grille de lecture poétique sur le réel.Hervé Bouchard y parvient avec beaucoup de force, tout d’un bkic, avec ces deux livres aux images riches.Cette parole est a lui, et ce monde lui appar tient en propre.la raison pourrait aussi s’épuiser à tenter de décrypter tous les sens de cette fascinante parole archaïque.Hervé Bouchard semble former à lui seul toute une aile de «recherche et développement» dans l'édifice de la création littéraire québécoise, Et il ne faudrait surtout pas oublier, par aiüeprs, de souligner le remarquable travail d’édition d’Eric de LarocheDière et Christian Larouche.Graphisme soigné, typographie originale, papier ivoire: l'objet suscite l’admiration de tout véritable amateur de livres.VOIR PAGE P 2 BOUCHARD «J’ai été Jacques Mailloux, comédien de naissance, enfant sans drame, dehors tout le temps » Christian Dufour LE DÉFI FRANÇAIS « Je suis en complète harmonie avec Christian Dufour quant à l'attitude de la France face à la mondialisation.» Alain Juppé, ancien Premier ministre de la France le défi français • Le monde francophone a-t-il encore un avenir ?• Pourquoi tenir à être différent dans un monde où tout s’uniformise ?• Français et Anglais : à la fois si proches et si différents.• Québec, France: même combat ?• Le grand échec du monde francophone : celui du nombre.• La France, société cassante et cassable.WWW.SEPTENTRION.QC.CA I LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 AVRIL 2006 Livres EN APARTÉ Lectures à vol d’oiseau o Jean-François Nadeau Près de la réserve des Abénakis d’Odanak et de son pont de fer qui s’arrête net au milieu de la rivière Saint-François, dans une partie de l’horizon dissimulée par l’arc prononcé de la route, nous avons soudain vu apparaître, sur notre gauche, un champ de labours tout blanc d’oiseaux.Des milliers d’oies sauvages baignaient là, dans la pleine lumière de ces fins d’après-midi du printemps qui s’étirent en attendant que le jour se meurt.soleil rasant transformait alors chacun des volatiles en une tache de lumière qui ne demandait qu’à se laisser peindre à jamais sur la rétine de l’œil.Sortir de l’auto pour admirer de plus près ces oies équivalait à donner le grand signal de leur envol.Très vite en effet, l'immense volée prenait de l’altitude.Elle traînait alors derrière elle un immense ruban uniforme de lumière rougeâtre ou bleuté, selon l’angle de réflexion donné à la lumière par la multitude des oiseaux, grâce à un curieux effet apparent de démultiplication des ailes par la superposition des unes sur les autres.Pareils jeux de lumière, tout à fait inattendus, donnaient d’un coup une mesure saisissante de grandeur pour nos vies de bipèdes bien collés au sol.Les oies de nos printemps éprouvent peut-être toutes les mêmes sentiments indéfinissables, jusqu’au point de donner en vol cette impression de similitude les unes par rapport aux autres.Pourtant, chacune reste seule avec elle-même jusqu’à la fin de sa vie, le temps tuant le temps comme il peut, comme pour nous tous.Les oies blanches meurent d’avoir vécu, en route ou à demeure.D’autres sont tout simplement victimes du crachat de petits plombs numéro 2 que leur envoient les paysans durant la saison de chasse, officielle ou pas.Avec leurs oies mortes bien alignées derrière leur maison, les chasseurs-braconniers illustrent à merveille, me semble-t-il, le mystère de la transmission de la vie autant que celui de son anéantissement En pensant au destin de ces oies, l’esprit de Saturne, comme le qualifiait Walter Benjamin pour qualifier sa mélancolie, pèse alors sur nous comme la plus lourde pierre, qui est celle de la fin inéluctable, à plus ou moins long terme, de notre propre nature.Apprécié aujourd’hui à juste titre comme l’un des essayistes majeurs du sombre XX' siècle, Walter Benjamin fut un grand lecteur, ce dont témoigne son Nos bibliothèques ressemblent de plus en plus à des amas de lambeaux de soie translucides, légères comme des plumes Neil BISSOONDATH La Clameur des ténèbres « Porte par un style éblouissant, ce nouveau roman de Neil Bissoondath ngus confronte à nos peurs [.].Des personnages inoubliables, formidablement bien campes, immortalises par un portraitiste hors pair.**** » Marie-Claude Fortin , La Presse « Neil Bissoondath mêle les cartes et brouille tous les signaux, dans un roman qù'il place habilement sous l'influence d'Au cceur des ténèbres de Conrad.C'est surtout d'une fascination de romancier pour les méandres de l'àme humaine qu'est ne ce livre.» Christian Desmeules Ni h Bissoondath O OlAM! UR DIS ItNt - Rom.w 480 pages • 19.95 $ œuvre immense, sans cesse reéditée depuis qu’il s’est donné la mort en 1940 alors qu’il était pourchassé par les hydres du nazisme.Mais la bibliothèque de Benjamin, quoi qu’on puisse imaginer, ne comportait pas seulement des livres destinés à être lus.Comme chez bien des mélancoliques, l’objet même du livre trouvait chez lui une résonance particulière.Benjamin se passionnait ainsi pour des premières éditions d'ouvrages importants, tout comme pour des livres baroques, des albums pour enfants, de même que pour des textes rédigés pqr des déséquilibrés.A son sens, l’éphémère et la marge d’une certaine littérature discréditée complétaient à merveille les canons de la pensée dont il avait par ailleurs la parfaite maîtrise.Walter Benjamin voyait et entendait en somme là où d’autres n’auraient pas porté l’œil ni prêté l’oreille.Un peu à la manière, en ce sens, d’un Jacques Perron.Les livres morts Dix-huitièmiste, spécialiste du livre «pornographique», Jean Marie Goulemot vient de faire paraître L’Amour des bibliothèques (Le Seuil).Cet universitaire éprouve d’emblée le besoin curieux de confier avoir connu, au cours de sa vie, beaucoup plus de bibliothèques que de femmes.Comme Benjamin, les livres, tous les livres, le passionnent depuis toujours.«Après chacune de mes lectures, même quand il s’agissait de livres sans liens apparents avec l’actualité, j’ai eu soudain conscience de mieux comprendre le monde et plus encore de savoir avec certitude qu’il existait.Au même titre que la peinture, les livres m'ont appris à voir et à regarder.J’appartiens donc à la religion du livre au point d’en être devenu l'un des ministres.» Pour Goulemot toutefois, les livres de collections, ceux qui sont moins destinés à être lus qu’à être contemplés comme objet en rapport avec un monde d’idées, apparaissent à peu près inutiles, du moins en principe.Pour lui, ces livres rangés soigneusement sur des rayons de bibliothèques ressemblent en effet à ces oies mortes alignées aux pieds de chasseurs souriants.«Nous savons, écrit-il, que les livres qu'on ne lit pas cessent Le dramaturge Michel Tremblay, honoré par le festival Metropolis bleu.JACQUES NADEAU LE DEVOIR assez vite d’être des livres.Ils deviennent quelque chose de différent et tirent leur valeur d’autres qualités que l’intérêt suscité par la lecture.» Goulemot se déclare pourtant lui-même collectionneur et va jusqu’à affirmer que ses collections de livres lui ont servi à exorciser le passé et ses peurs.En outre, dit-il, «mes collections me poussent à m’interroger beaucoup plus sûrement que les livres que j’ai écrits sur la place que je laisserai».Au Québec, l’univers de la bibliophilie demeure plus fragile qu’un battement d’ailes dans l’air frais.Tant dans la Vieille Capitale qu’à Montréal ou Ottawa, la majorité des meilleures librairies anciennes n’ont plus même pignon sur rue.Pour que les livres anciens, fabriqués quelque part dans les tours d’horloge des sabliers, puissent nous être accessibles, il faut désormais la patience de dépouiller des catalogues sur Internet.Le plus riche carrefour du genre est peut-être pour l’instant celui de bibliopolis.net.Poids plume Plus tôt cette semaine, à l’occasion de la cérémonie d'inauguration du huitième festival Metropolis bleu dans un grand hôtel montréalais, la ministre de la Culture du Québec, Line Beau-champ, une femme que personne ne soupçonne sérieusement d’être une grande lectrice, n’a trouvé mieux à faire que de reprendre, presque mot pour mot, son discours très sommaire sur la «diversité culturelle» prononcé lors de l'ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois, tout en ne parvenant à citer, comme elle l’avait d’ailleurs fait lors de son discours d’inauguration de la Grande Bibliothèque, que le dramaturge Michel Tremblay.Comme si l’œuvre de Tremblay, honorée à juste titre dans le cadre de ce festival comme le symbole d’une migration intérieure salutaire et réussie de notre littérature, suffisait à elle seule à établir les,horizons de l’avenir du livre.A peine vingt-quatre heures avant que la ministre ne prenne la parole dans ce grand hôtel, la même salle accueillait un important colloque de professeurs consacré à la littérature et à la lecture.On pouvait y entendre, encore une fois, les justes doléances d’enseignants venus de partout au sujet de l’état pitoyable des bibliothèques du Québec.Certains professeurs disaient avoir dû organiser des activités de financement pour pallier le manque effroyable de livres et de bibliothécaires: des tournois de golf, des cueillettes et des ventes de vieux objets, des sollicitations pour se voir offrir des livres, et d’autres choses encore du même genre.D'autres expliquaient encore avoir tout simplement dû se résoudre à fusionner les activités de la bibliothèque de leur école avec celles de la bibliothèque de leur municipalité, pourtant vouée à un usage bien différent La situation est un peu meilleure cette année, il est vrai, grâce à une augmentation de budget dans les écoles.Mais cela ne permet tout Je même pas de réaliser le rattrapage nécessaire dans les bibliothèques, tant scolaires que publiques.Un professeur pince-sans-rire faisait d’ailleurs remarquer que cette situation catastrophique de l’ensemble de nos bibliothèques s'accommode bien mal des recommandations de lecture formulées par l’UNESCO, le même organisme qui a, soit dit en passant, décerné à Montréal cette année le titre de «capitale mondiale du livre».Nos bibliothèques ressemblent de plus en plus à des amas de lambeaux de soie translucides, légères comme des plumes, qui s’effondrent lentement sans faire de bruit tandis que l’on caquette, ailleurs et en boucle, les mêmes discours sans profondeur.jfnadea u&lede voi r.com BOUCHARD SUITE DE LA PAGE F 1 Et puisque les ouvrages du Quar-tanier — qui édite aussi une magnifique revue de poésie, de fiction et d’écritures qui parait trois fois l'an — n’ont étrangement pas su trouver de distributeurs, sans doute vous faudra-t-il insister un peu auprès de votre libraire pour vous procurer leurs livres.Alors insistez.Que son œuvre «parle» ou non LES PRESSES DE L’UNIVERSITE LAVAL Anthropologie médicale Ancrages locaux, défis globaux Sous la direction de Francine Saillant et Serge Genest ISBN 2-7*37-8147.7 4*0 page* ¦ 48 $ Avec la collaboration de : Gilles Bibeau, Carol Browner, Arachu Castro, Josep Comeu.es, Maria Bearri: Duarte-Gomez, Stefan ECKS, Sylvie Fainzang, Paul Farmer, Didier Fassin, Usher Flebino, Ronald Franken-BERO, Janice E.Graham, Annette Leibino.Margaret Lock, Angel Martinez-H ERNAE2, Raymond Masse, Roberto Campos Navarro, Gustavo Nioenda, Mariella Panivir, Enrique Perdiguero, llario Rossi.Carolyn Sargent, Johannes Sommerfeua Sjaak Van Der Geest, Eleanor Preston White, .Angelica Wolf Collection Société, cwimris et santé TA (418) TéWc.(418) 109% ubmd.cw'pul à la France, quelle se refuse peut-être au plus grand nombre — de par sa nature sans doute plus exigeante —, la langue d’Hervé Bouchard, pour reprendre la formule de Rimbaud dans la seconde Lettre du Voyant, «est de l’âme pour l’âme, résumant tout: parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant».C’est le terroir qui s’accouple avec l’avant-garde et qui lui «jait un petit» dans le dos.Avec quelque chose de bâtard et de joyeusement transgressif, Hervé Bouchard renvçrse par la puissance de sa voix.A lire ou à goûter, comme bon vous semble.Collaborateur du Devoir PARENTS ET AMIS SONT INVITÉS À VENIR Y ASSISTER Hervé Bouchard Le Quartanier Montréal, 2006,248 pages MAILLOUX Histoires de novembre et de juin Hervé Bouchard Le Quartanier Montréal, 2006,192 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Guy Durand Six études d'éthique et de philosophie du droit 1&2 paerv 18 c A LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 AVRIL 2 O O « Littérature Les mots doux K« Suzanne Giguère es mots pesés puis posés.Une écriture mesurée, feutrée.Un frisson mélancolique.La petite musique de Jacques Poulin qui chaque fois, bien qu’on s’en méfie, nous envoûte avec une douceur très intime.La traduction est une histoire d’amour dessine les contours d’une amitié tendre et de l’affection qu’un écrivain vieillissant porte à l’expérience de l’écriture.Un roman simple où les petits détails tissent de grandes émotions.Où ce qui y est dit est phis profond qu’il n'y paraît Pour la première fois, le romancier fait appel à une narratrice, trouvant sans doute dans sa sensibilité et sa vulnérabilité un écho à ses préoccupations personnelles.Traduire, c’est éclairer Le roman baigne dans une lumière éclatante.Sous le soleil ardent d’un après-midi d’été, à l’île d’Orléans, Marine se laisse chatouiller le creux de la main par les chevaux qui prennent délicatement les framboises qu’eDe y a déposées.Elle leur parie et parfois leur lit des passages d’un roman où il est question de chevaux, de lune, de fête.Marine est traductrice.Elle habite le chalet que Jack Waterman, écrivain, lui a prêté.Depuis leur rencontre dans le cimetière de l’église SL Matthew, une passion commune pour les mots, les livres et la traduction les réunit Jack Waterman vit à Québec dans une tour du Faubourg Saint-Jean-Baptiste.Les fins de semaine, il lui rend visite.Ils font des promenades autour de l’étang.Aux silences de l’un font écho les silences de l’autre.Le soleil joue avec le miroir changeant de l’étang.L’atmosphère ouvre pudiquement les aveux.Marine raconte le suicide de sa ptetite sœur en Europe, Jack raconte comment il tourne des heures entières autour d’une phrase, écrit raie, réécrit dans ses carnets de notes, n avoue ne pas avoir d’amis: ère tout ce qu’elle a vu par la fenêtre.*Je comprends.Mais tu veux dire un escabeau?» •Cest pareil!» Au milieu de leur conversation de plus en plus animée, la petite, candide, tente de lui expliquer pourquoi il est si difficile de se faire des amis.•Mettons que je veux fapprivoiser II faut que je vienne à la même heure tous les jours.Le lundi, je reste en haut de la côte et je te regarde de loin.Le mardi, je me rends au milieu de la côte, où il y a des pommiers.Le mercredi, je descends jusqu’à l'endroit où le renard est assis.Le jeudi, je m’installe à la table de pique-nique.Le vendredi, je m’arrête au bord de l’étang, et le samedi, je m’assois sur le quai, les pieds dans l’eau.Et le dimanche, j’ai la permission de te parler.Tu vois comment c’est compliqué.» On reconnaît bien la façon de faire de Jacques Poulin: une écriture limpide qui se déplie dans la simplicité de phrases courtes.?V t • « • Jl S > ¦m.+ CLÉMENT AUJUtn I.K DEVOIR Jacques Poulin est l’auteur d’une dizaine de romans qui ont remporté de nombreux prix littéraires au Québec et en France.une émotion contenue, touchante et sans affectation.Le premier matin du monde Les journées se rattachent les unes aux autres sans événement particulier.Arrive Famine, un px'tit chat noir abandonné, portant un billet coincé dans son collier avec un inquiétant appel au secours: -Je suis sur la route parce que ma maîtresse ne peut plus s’occuper de moi, ni d’elle-même.» Comme dans les romans policiers, une atmosphère trouble et tendue se développe.la traductrice et le romancier sont lancés sur la traçe d’une mystérieuse adolescente.À mesure que leur enquête progresse, ils découvrent une jeune orpheline »au chagrin contenu trop Longtemps».Sa détresse fait chalouper leur cœur.Ils pro posent à la jeune Limoilou de la recueillir dans leur •paradis terrestre».L’amitié heureuse de Marine et de Jack pourra peut-être apaiser les grandes douleurs de sa toute jeune âme.Les dernières pages apportent une lumière aussi ténue que marquée par la grâce.C'est l’été des Indiens.Marine s'allonge au milieu des fleurs qu elle préfère, les epervières orangées.Pour limoilou, c’est le premier matin du monde.Le romancier crée du silence avec les mots.Economie narrative, descriptive, explicative et syntaxique: Jacques Poulin travaille comme un sculpteur sur pierre qui atteint l’essence en réduisant son matériel.Sa phrase se caractérise par une extrême précision, soucieuse de pénétrer au cœur même des émo tions en réduisant le décor à sa part la plus suggestive.Même si.dans La traduction est une histoire d'amour, la chanson douce du romancier souffre d’une imagination un peu convenue, un peu attendue, l’écriture reste d'une fluidité et d'une intensité qui se renouvellent sans cesse au fil de ses œuvres.«Le ton, c'est ce qui compte le plus en littérature», nous souffle à 1'oreiHe Jack Waterman.Romancier de la fragile émotion et de la difficile communication entre les êtres, Jacques Poulin est l'auteur d'une dizaine de romans, dont Les Grondes Marées, Volkswagen Blues, Le Vieux Chagrin, La Tournée d'automne et Les Y'eux bleus de Mistassini, qui ont remporté de nombreux prix littéraires au Québec et en France.Il a aussi exercé le métier de traducteur pendant quelques années.Après un long séjour à Paris, il vit maintenant à Québec et à Hie d’Orléans.Im traduction est une histoire d’amour est son onzième roman.Collaboratrice du Devoir LA TRADUCTION EST UNE HISTOIRE D’AMOUR Jacques l\>ulin Ijeméac/Actes Sud Montréal, 2006,144 page's LIBRAIRIE BONHEUR D’OCCASION Livres d’occasion de qualité Nouvel arrivage - Généalogie : noms de Idmillc; paroisses; registres de mariage.\ - Henri Julien : Album Henri lulien cri Bc.uuiu'min 1016 Pour plus d’information : 514-522-8848 1-888-522-8848 bonheurdoccasion@bellnet.ea 4487, rue De La Roche (angle Mont-Royal) NOUS NOUS DÉPLAÇONS PARTOUT AU QUÉBEC, POUR L’ACHAT DE BIBLIOTHÈQUES IMPORTANTES.PALMARÈS LIVRES ARCHAMBAULTSI H.QUEBECOR MEDIA Résultat* de* ventes :: Du 28 mars au 3 avril 2006 Roman rtmroHs a iHtsun # Il se dégage de l’ensemble de ces nouvelles un parfum, une grâce qui nous font oublier les innombrables déceptions de l’enfance.Pauline Michel Frissons d'enfants nouvelles • 192 p.• 19,95 $ OURLES LE TÉMÉRMRE11 Yves Beauchemin (Rdœ) Dan Brown (X Uttès) TRADUCTION EST HW | Jacques Poulin (Leméac) VERSUS Normand Lester (Uxî espressioni Chrystine Brouillet (Courte échelle) Red Pedenn (Planète rebelle) 111 ! Michel David (HwtulMe HMH) MA ME MEC MSZART Éric-Emmanuel Schmitt (Mbm Michel) SH ER TERRAI Arme HoMIard (Mortaone) Stephen King (Atom Michel) OUVRAGE GENERAL ISil SEAtfTt: MENUS Chantal Lacroix (la semaine) LE «ERE ET L'EAU OU SAM ChKoine/Collard (Québec-Amérique) E LA GRANDE I Henri Troyat (J'ai lu) PARLONS SOUVERAINETE A L'ÉCOLE Gérald Larose ! Intouchables I I VOUE DE LA PEUR I Samia Shariff (JCL) I RECETTE*.! Donna-Marie Pye (Guy Saint-Jean) Pierre Morency (Transcontinental) (Publications du Québec ) MANGER SANTÉ POUR LE PUUM Mmçain (Minçavij ¦ ¦ANS MA PUE I Am* Lapratte (Dauphr Blanc) Daniel ROUQUIN La Kermesse lé roman de Daniel Poliquin «Un roman picaresque.» demeure captivant du début o la fin.La plume P'^rre Cüyouette LIVRE DE POCHE Fftdrtck D'Antemy (Pierre Tweyr*) Dtn Brown (Anchor) Dan Brown (Pocket) Au Dan Brown (Pocket Book*) Dan Brown (St Marfln t Prêtai Canot Ruq Zafon (Lwre de poche i BOaBLE C'EST Tl tara Gavatia (J* ta) SAiréi n ¦ I ** .I, ¦ r._ wncraei uonnewy warmer boom) John Grisham (Des, Un essai remarquable sur les motivations profondes de la fascination pour le désert.Stéchane Domownt iQuébec Vnéngue Rachel Bouvet Pages de sable Essai sur l’imaginaire du désert essai • 208 p.• 25 $ 1 7: LA Wane Francs QntouchaWei XYZ editeu?tan Hoag raroreTOiiigi sol attrait Roman 3J6 pages • 24.95 S [3 Boréal t i LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 AVRIL 2006 F 4 Ecritures de province Littérature Poitevin d’origine, Robert Marteau a résidé au Québec de 1972 L’Hexagone, aux Editions Quinze et chez Erta.G UY LAI N E MASSOUTRE On les dit volontiers humbles, anecdotiques, pâlots.Les romanciers de province auraient une allure surannée, une odeur de violette fanée.Ils vanteraient les misérables, excuseraient les ratés, s’enfonceraient dans le tréfonds des nations obscurément ennuyeuses.«La province n’a pour moi aucune pertinence, déclarait un jour Pierre Michon, auteur de Vies minuscules.La province, c’est une faiblesse de ma part.» Peut-on être plus clair?Depuis, Richard Millet a donné des lettres de noblesse au lieu d’appartenance crotté, où le silence du hameau et le granit corrézien ont versé leur pesant de noirceur.Ma vie parmi les ombres avait beau être exceptionnel, faut-il y voir un signe?, les jurys parisiens l’ont boudé.L’écrivain y parle d’une civilisation millénaire, morte avec sa langue, ses métiers, ses coutumes, sa communauté singulière.De l’âpreté de cette vie délaissée à la violence de la perdre tout à fait, il a dessiné une ligne continue.Son œuvre.En 2003, Pierre Jourde a jeté un pavé dans la mare: Fays perdu déclenche l’ire auvergnate des villageois moqués.Il faisait alors meilleur à Paris.Mais, malice ou stratégie, voici Millet et Jourde rebondissant dans deux publications chez le même éditeur, L’Archange Minotaure, une maison d’édition sise à Apt, en Languedoc-Roussillon.Créée en 2001, celle-ci compte une soixantaine de titres, qui s’intéressent au voyage, aux marges, à ce qui est décentré.La tête ailleurs Dans Sacrifice (2006), Millet commente brièvement des portraits de Silvia Seova, photographe portugaise installée dans la région de Montpellier.La rencontre veut surprendre: Millet ne fréquente guère les salons; il préfère simplement rêver des femmes «dans un vieux jardin, en un lointain été, dans un Midi ancien» — ce Midi qui donne à la province une lumière glorieuse, désirable, et prépare l’irruption des notes frêles d’un «rire blanc».L’Œuvre du propriétaire (2006) est un petit livre inclassable, dans lequel Jourde se livre à son humour caustique, en universitaire «de troisième classe sur les croisières Faquet».On ne saurait mieux se gausser de soi-même et de l’appareil savant des éditions critiques: sa verve parodique est à la hauteur de son génial «propriétaire».Ce capitaliste tranquille, c’est un écrivain suivi par les spécialistes de son œuvre, qui ratissent avec soin le domaine de ses fragments, plates-bandes de fleurs de rhétorique composées en buissons par la fan-taspiagorie d’un fou.A les lire, on sent que ces écrivains échappés de la ville respirent mieux en province.Millet s’abandonne avec gourmandise à sa fascination des nus, tandis que Jourde fait exploser le rire de l’imbécillité, à laquelle il voue le culte des adorateurs du kitsch.Cela vaut une gambade dans l’atmosphère raréfiée des sommets himalayens, où on croise, en se gaussant des chercheurs parisiens en mal d’aération mentale.Savoir raconter Robert Marteau, avec son 31' ouvrage, n’est pas loin des précédents.Sinon par le ton, du moins par sa description fournie des us et coutumes de province, Dans l’herbe est un ouvrage qui tranche.Ce gros roman sans paragraphe a paru, comme plusieurs autres, chez Champ Vallon, un éditeur qui travaille depuis 1980 à Seyssel-sur-le-Rhône, entre Lyon et Genève.Marteau, Poitevin d’origine, n’est pas inconnu au Québec.Il a résidé iri de 1972 à 1984 et en 1976 et 1978, il publiai) ses poèmes à L’Hexagone, aux Editions Quinze et chez Erta, Atlante, L’Œil ouvert et Traité du blanc et des teintures, ainsi que Ce qui vient, essai, en 1979.En 2005, le Grand Prix de poésie de l’Académie française récompensait son œuvre.h n’y a pas plus différent de Robert Merle ou de la régionaliste École de Brive que Marteau.Ques- tion de souffle, de volonté réaliste exempte de nostalgie: une pittoresque campagne poitevine, avec son vocabulaire et ses pariures, ses noms propres et ses surnoms, ses lieux dits minuscules et ses foires, ressuscite les années 30, comme une civilisation dédaléenne., Marteau est né en 1925.Eblouissante, sa mémoire intacte force à réfléchir.Peut-on croire que les héritages culturels, les particularités des régions ont été arasés et avoir subi la normalisation qu’on constate aujourd’hui?Dans l’herbe ne cherche pas à plaire, car il faut du courage pour entrer dans sa matiè- PIF.RRE HENRI à 1984 et a publié ses poèmes à re compacte.On s’y englue, on y étouffe, on se languit d’un paragraphe.Pourtant, cette écriture liée en phrases longues malaxe l’entité d’une province aussi distincte que la culture québécoise en Amérique.La province y est contenue jusqu’à saturation.«Que le monde o sache: I sont chez notes et que le venons pas nous emmerda.» On aimerait entendre la langue de Marteau.Mais le silence recouvre l’écho des jours passés à bavasser.On y parle couramment aussi le style des dictées de Pivot Quelle diversité chante là?Ces disparitions ont beaucoup à nous ap- prendre.S la vie de ces gens pouvait être dite simple, on utilisait, pour en meubler les vides, des couleurs aussi vives que celles qu’endossent les honorables Habits verts.Marteau se moque du purisme qui tue.Sous sa plume, l'archaïsme de la province en redevient l’adversaire.Autre air provincial, signalons fai grandi de Christian Garcin, qui raconte son Marseille dans la collection de J.-B.Pontalis.Une fois cernée l’identité d’un auteur, la lecture des romans change le ton des pages.Outre chez GaDimard, Garcin a publié chez Champ Vallon et chez Verdier — autre éditeur du Sud, sis à Lagrasse, dans l’arrière-pays de Narbonne.Rythme, disposition de la prose sur la page, minuscules photos enclavées, tout converge: à écrire rime avec lire, le fait de durer reflète aussi les lieux Collaboratrice du Devoir DANS L’HERBE Robert Marteau Champ Vallon Seyssel, 2006,409 pages SACRIFICE Richard Millet et Silvia Seova LArchange Minotaure Apt, 2006,27 pages L’ŒUVRE DU PROPRIÉTAIRE Pierre Jourde LArchange Minotaure Apt, 2006,117 pages J’AI GRANDI Christian Garcin Gallimard Paris, 2005,155 pages Une petite librairie spécialisée dans le livre.polonais POÉSIE QUÉBÉCOISE Quotidien cru JACQUES GRENIER LE DEVOIR «VS FRÉDÉRIQUE DOYON Si ouvrir une petite librairie de quartier relève du défi, l’établir dans le quartier Hochelaga-Mai-sonneuve (HoMa) de Montréal ressemble à un numéro d’équili-briste.Quand, de surcroît, on se spécialise dans le livre polonais.C’est pourtant le tour de force que tente le jeune Raphaël Horecki, qui a ouvert la librairie Witkacy (prononcer vitkatsé) juste avant Noël au 4747 de la rue Sainte-Catherine.Un désir ardent de renouer avec sa culture et sa langue anime ce Polonais de naissance, exétudiant en scénarisation passionné de littérature.«J’avais mis ça [sa culture] de côté pour mieux m'adapter, raconte-t-il.Il y a trois ans.j’ai senti un déclic: je voulais me réapproprier ma langue.Et j'ai toujours rêvé de travailler dans une librairie.» Sur les rayons de son petit commerce, les livres en polonais venus directement de Varsovie s'étalent, variés.Un ouvrage sur Niemen.chanteur populaire des aimées fiO, côtoie une pièce de Gombrowicz ou de Stanislas Ignacy Witkiewicz, qui a donné son surnom — Witkacy — à la librairie, un livre sur le feng shui et une foule de bouquins sur Jean-Paul 11.Une section que le libraire de 28 ans entend réduire pour se concentrer sur les commandes.Un mur entier propose également des DVD de films et des disques polonais, des classiques aux plus contemporains.En face se trouvent les auteurs polonais traduits en français — de la belle col- Raphaël Horecki dans sa librairie lection «Classiques slaves» des éditions LAge d’Homme —, mais aussi des auteurs européens, surtout de l'Est, et quelques classiques québécois et américains.«Je veux surtout faire connaître la littérature slave aux Québéeois.» Sa clientèle encore modeste se compost5 de Pokmais expatriés comme de Québécois épris de culture polonaise.Selon le recensement 2(X)1, la communauté polonaise du Québec se chiffre à plus de 46 000 citoyens, dont près de 30 000 sont dispersés à Montréal mais étaient réunis au début dans le quartier HoMa.Le tiers de ceux-ci sont arrivés avant 1961, un autre tiers dans k's années 1980.L’immigration polonaise a d’abord touché Winnipeg au début du XX' siècle, puis Toronto après la Première Guerre mondiale, et enfin Montréal.La métropole compte ainsi plusieurs pâtisseries, charcuteries et aussi quatre églises polonaises, nous apprend le libraire.Au moment de sortir de la librairie, une dame entre avec sous le bras ce qui semble être la première édition d’un ouvrage de Stanislas Ignacy Witkiewicz, Nouvelles formes en peinture, dédicacé dime longue lettre à son père, un architecte polonais du nom de Micheida Elle a entendu parler de la librairie à la radio, nous dit-elle en français, plus ravie encore de pratiquer son polonais avec le libraire.Une cliente enthousiaste comme on en souhaite d’autres à Raphaël Horedd.Le Devoir HUGUES CORR1VEAU Dans le texte liminaire de la première partie intitulée «Adieu Brookly» de son recueil L’Eau de Kiev, René Lapierre prérient «Ce chapitre met fin à beaucoup de souffrances.A un désastre de prières et d’attentes, d’amnésies, de pas perdus et de couloirs dhôpital.Ce chapitre met aussi fin, nécessairement, à beaucoup d’amour! Adieu Brooklyn.Manhattan.Queens.Exit tout ça./ Commençons donc.» Ce ton impératif et qui fonce droit dans le propos du livre est une ouverture redoutable et très forte.On se rend vite compte qu'il s’agit en fait d’un texte très proche d’un récit poétique s’éloignant de façon délibérée de la poésie en prose plus attendue.On trouvera là des personnages qui hantent chaque texte, qui agissent et réagissent comme dans une narration.Ainsi, dès le départ, Paschet-ti «étemu[e]», ou encore ce Solomon Arkadiéritch «rem[e]t le téléphone sur la pile de journaux, [.] sor/[.l pour rien les dés de la voiture, les f[a]it glisser pour rien sur le bureau.* On rencontre aussi une Alissa, une tante Emmie, Lyouba et bien d’autres.Ces histoires se passent à New York, Chicago, Londres ou dans les steppes du Causase, ou sur la route, ou perdu quelque part comme il se doit, afin d’aller ailleurs, de chercher, de se chercher.Ces textes mettent en lumière un quotidien parfois glauque, parfois décalé, comme si tous et chacun se réveillaient chaque jour surpris de vivre et de vivre là, de voir ce qu’ils voient comme une fatalité Invitation LANCEMENT • RÉCITAL BILINGUE Les Éditions du Vermillon Fksstùtal littéraire international de Montréal METROPOLIS BLEU - du 5 au 9 avril 2006 Samedi S avril 2006.à 20 h 30 Hôtel Hyatt Regency Montréal 1255.aie Jeanne-Mance, Salon des Arts First Fire l Ce feu qui dévore Nadine McInnis.poète d’Ottawa Trots poètes.Tauteure et les deux traducteurs.AndrEe Christensen et Jacques Flamand, offrent un récital bilingue entraînant.Barry Dempster écrit dans Pcu'tiy Canada Review : • Mclnnts, poète dont les passions peuvent nous conduire si profondément dans Tordtnalre que même le® actes les plus simples ont des éclats d'incandescence.» Coûter Animation ; Monique Bmrtoii Entrée libre FONDATION Une UUe.des mois The OTy qf Words Ciudad de Ins palabras www.metropoüsbleu org Le* Edition* do VarmlOoa (613) 241 «4032 lrse(lRk*»»KoeiTniBc*>#nyrnkti* SaHAonrt m« (4S0)STMÎ11 I LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 AVRIL 2 0 0 6 F r> Littérature Entretien avec José Carlos Somoza L’écrivain de la négation José Carlos Somoza est ne en 1959 à La Havane et a fait ses études en médecine et en psychiatrie.Mais José Carlos Somoza n est ni cubain ni psychiatre.«Je ne suis pas cubain.Je suis espagnol.Je suis né à Cuba, mais je n’avais qu'un an lorsque mes parents sont partis vivre en Espagne.Quant à la psychiatrie, j en suis divorcé.Je l’ai oubliée.Je suis donc écrivain, je gagne ma vie avec la littérature; rien à voir avec Cuba ou la psychiatrie.» L’écrivain espagnol est de passage à Montréal dans le cadre du festival littéraire Metropolis bleu.FRANCE-ISABELLE LANGLOIS C* est dès 1960 que la famille de Somoza quitte l’ile des Caraïbes pour s’installer à Madrid, où l'écrivain réside depuis.On peut donc parier de lui comme d’un écrivain espagnol.C'est d’ailleurs ainsi qu’il est qualifié dans le monde littéraire anglophone, alors que du côté francophone on persiste à le présenter comme un écrivain cubain.«Cuba esta la mode», répond Somoza, qui ne voit pas d’autre expüca-tioridÉHissement d’épaules, l’air de dire: si ça peut leur faire plaisir.Et de fait, rien de très cubain, au sens «romantico-militant-rêveur de révolution», dans l’oeuvre de Somoza.Pas de charismatique caudillo, pas de méchants Américains, pas de soirées enfumées à La Havane, où la musique est reine, pas de rebelles assoiffés de justice, prêts à tout pour un idéal.un peu perdu en chemin.Mais des univers troublants avec des personnages à demi demeurés.Difficile de ne pas y voir un petit quelque chose de «psychiatrique».Et l’écrivain de reconnaître: «Chacun est influencé par ce qu’il fait dans la vie.» Mais il y a un mais: «La psychiatrie n’aide pas à écrire.Les maladies mentales n’inspirent personne qui les connaît vraiment.» Ah bon! S vous le dites, docteur.«Ce dont je suis le plus inspiré, c’est de mon propre personnage.Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’être humain.Mais on n’a pas besoin d’être psychiatre pour s’intéresser aux autres, il suffit d'être observateur.Un chauffeur de taxi peut faire cela.Et il peut aussi être écrivain.» Et son propre personnage, celui qui s’intéresse aux êtres humains, c’est celui-là même qui a choisi d’être psychiatre puis écri- vain.De cela, Somoza est aujourd’hui un peu apeuré, dit-ü.Il est surpris de sa propre audace qui, en 1994, l’a poussé à complètement abandonner la psychiatrie pour s'adonner totalement à l’écriture.«Aujourd'hui, je me rends compte que fai été très chanceux Mais à l’époque je ne le savais pas, je n’en étais pas conscient» fl aurait pu taire les deux, mener de front à la fois une carrière de psychiatre et celle d’écrivain.«Non, rétorque catégoriquement l'auteur.Je le répète à tous les apprentis écrivains Si tu veux vraiment savoir jusqu’où tu peux te rendre, quel sommet tu peux atteindre, dans quoi que ce soit, tu dois y être dédié à 100 %, je ne suis qu ’écrivain.» Pourrait-il un jour retourner à la pratique clinique, celle qui sonde les âmes torturées et malheureuses?José Carlos Somoza répond qu’il ne le croit pas.En ce moment, en tout cas, il n’en a certes pas envie.Et il ne s’ennuie pas de son ancienne profession, «je n ’y pense plus, je l’ai presque oubliée.» Presque, car le romancier est un drôle de divorcé de la psychiatrie, son épouse étant elle aussi psychiatre.Une épouse qui a eu totalement confiance en lui lorsqu’il a pris la décision de changer de vie professionnelle et qui Ta toujours épaulé dans ce choix.Le terrain du surnaturel Dans son dernier livre, traduit en français et paru à l’automne 2005 aux Editions Actes Sud, La Dame n° 13, Somoza s’aventure sur le terrain du surnaturel, mettant en scène treize muses, treize aficionados de la littérature.Ici, poésie, douleur et abîmes se côtoient Treize sorcières formant un tout d'une beauté sans significa- jUL* -Iff jê L’écrivain espagnol José Carlos Somoza C LUIS MIGUEL PALOMARES tion: l'une invite, l’autre surveille, une troisième punit, la suivante rend fou, en voilà une autre qui passionne, alors que sa voisine maudit une encore qui empoisonne, pendant que la huitième conjure, la neuvième invoque, la dixième exécute, la onzième devine, la douzième connaît.Et la treizième?C'est ce qu'on ne sait pas.L’histoire débute par un triple meurtre survenu près de Madrid.Ce n'est qu’un cauchemar, celui de Salomon Rulfo, professeur de littérature au chômage et grand amant de poésie.Pourtant ce meurtre a bel et bien eu lieu; quelque part il appartient au réel.Le professeur consulte le docteur Ballesteros, qui doit l’aider à résoudre le mystère.Le vieux médecin, qui est disciple de saint Thomas, qualifie les hallucinations nocturnes de son patient de «pets mentaux», de «résidus d'une sorte d'indigestion», «nécessaires pour que la machine fonctionne» mais «qui n'ont pas d'importance».Cependant qu’une femme décapitée appelant à l'aide continue de venir rendre visite à Rulfo tous les soirs, dans sa chambre, sur son lit C’est parce qu’il ne croit pas aux rêves et qu’il est plutôt très sceptique à l’égard du surnaturel que Somoza a écrit La Dame n‘ 13.«C’est un roman optimiste, car il prétend que ion peut changer la réalité par le pouvoir des mots Cest très optimiste, ça» Un suspense mettant en jeu le pouvoir de l’idiome?La beauté de la poésie devient une amie terrible, la pire de toutes, d’une cruauté inouïe et inassouvie.Du côté de la science C’est en 2002 que José Carlos Somoza s’est fait connaître en français, avec La Caverne des idées (prix Dagger Gold Priza pour la version anglaise).Un polar platonicien difficilement classable.Avec Caria et la pénombre paru en 2003, le romancier lance une véritable bombe Httéraine, qui comporte toujours ce sempiternel questionnement sur la création, l’art et ses dérives, au cœur de toute son œuvre.Quelle est la part de la perception, du réel et de la vérité?C’est avec impatience que l’on attend le dernier livre de Somoza qui vient de paraître en Espagne sous le titre de Zig Zag.Cette fois, le romancier dit avoir délaissé quelque peu le monde des arts pour s'aventurer du côté de la science quantitative.«Curieux que cela m’ait pris neuf romans pour enfin aborder ce sujet», nous dit en guise de conclusion l'écrivain de la négation, celui qui n’est ni cubain ni psychiatre.Collaboratrice du Devoir LA PETITE CHRONIQUE Ce qu’il reste de Gorki Gilles Archambault Dans le Nouveau Dictionnaire des auteurs de Laf-Ibnt-Bompiani, on trouve cette phrase de Tchékhov à propos de Gorki: «je pense que viendra le temps où les œuvres de Gorki seront oubliées, mais lui-même ne sera certainement pas oublie au bout de mille ans • Qu'en est-il soixante-dix ans après sa mort?Il reste un auteur important de la littérature russe du vingtième sièck\ Le Ht-on?On peut le croire.La Mère, Enfance.Foma Gordiév, certes.Des troupes de répertoire montent un peu partout dans le monde Les Has-Fonds.Pas tout à fait l'oubli, donc.Une rumeur d’intérêt persiste, que l'édition des Œuvres dans la collection de la Pléiade devrait raviver.Quant à l'homme Gorki, son parcours tellement chaotique, sa participation dans l’histoire poli tique de la Russie, puis de l'URSS, faite de revirements inattendus, de volte-face, en font un personnage de premier plan.On ne connaitrait plus ses œuvres qu’il faudrait tenir compte de son action, de son voyage aux Etats-Unis après l’échec de la Révolution de 1905, de sa presque réconciliation avec Staline, de sa participation au premier congrès des écrivains soviétiques, de sa rencontre avortée pour cause majeure avec une délégation d'écrivains français, Gide en tête.Comme le rappellent Jean Pénis et Guy Verret dans leur introduc-tiqn à ce choix d'œuvres de Gorki: «A l’instar des populistes qui n’ont cessé de le soutenir, il est porté, dès qu’il peut, à soulager chaque détresse et participe constamment à des œuvres collectives, dont il est souvent l’initiateur: société de secours aux femmes dans le besoin, effort pour la reinsertion des prostituées, soutien auxjuifi, etc.» Dans La Mère, une femme s'engage dans la lutte révolutionnaire par amour pour son fils.En épousant La cause, elle parvient à trans-fonner sa foi religieuse en un credo politique.Confession est le récit, un peu longuet, de la vie d'un bâtard à la recherche de vérité.Après des séjours dans differents monastères, il trouvera Dieu chez les ouvriers d'obédience socialiste.Après la corruption des moines, paillards, usurpateurs, la lutte quotidienne pour l’émancipation.Pénis et Verret rappellent que, sans Tchékhov, Gorki n'aurait probablement pas écrit La Mère et L’Enfance.«Pons sentez excellemment.vous avez le sens de la plastique, c'est-à-dire que, quand vous représentez un objet, tous le voyez et le palpez!», lui écrivait l’auteur de La Steppe.D’où il ressort que la prose souvent touffue de Gorki nous retient à cause très souvent de ses outrances.les personnages de Gorki ont une vie intérieure intense, mais ils évoluent dans un milieu physique qui est décrit avec précision.Le narrateur de Confession multiplie les détails, ne va pas toujours à l'essentiel, mais il ne nous ennuie jamais.A moins qu'on ne tienne les credo politiques trop élaborés et nettement naïfs pour insupportables à la lumière de nos vérités de 2006.Collaborateur du Dei>oir ŒUVRES Maxime Gorki Gallimard, «Iü Pléiade» Paris, 2005,1737 (rages É CMOS Récital-concert la KT saison des Poètes de l’Amérique française se poursuit avec un récital-concert réunissant le poète David Solway, la soprano Sylvie Malenfant et la pianiste Nathalie Tremblay.Les deux musiciennes interpréteront des œuvres de Francis Poulenc et de Robert Schumann ainsi que la Berceuse en ré bémol majeur op.5 7 de Frédéric Chopin, tandis que le poète fera la lecture de quelques-uns de ses poèmes.Le 10 avril à la chapelle du Musée de l’Amérique française, à Québec, à 19h30, et le 11 avril à la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal, à Montréal, à 20h.- U Devoir E Q M EQMI EST FIER DE SOULIGNER LE TALENT DE SES AUTEURS EN NOMINATION POUR LES PRESTIGIEUX PRIX LITTÉRAIRES ARCHAMBAULT Bonite chance à tous le 18 avril prochain ! LEGRAMD PRIX LITTERAIRE ARCHAMBAULT PRIX DU PUBLIC, 6e ÉDITION Quand elle était petite, Chloé demandait à sa mère, non pas si elle allait plus tard être riche et jolie, mais si elle connaîtrait un jour le grand amour.Soutien-gorge rose et veston noir Rafaële Germain Éditions Libre Expression, 454 pages 93 chapitres, un par match.Des défaites, des victoires, sur la glace comme sur mon sofa.Plein de niaiseries, évidemment.Quand ça sent la coupe, on a du fun dans mon salon.Ça sent la coupe Matthieu Simard Éditions Stanké, 272 pages “GRAND PRIX LITTERAIRE de la relève ARCHAMBAULT 3e ÉDITION % Peut-on être plus heureux dans la peau d’un autre ?Peut-on s’approprier l’existence d’un autre sans en payer le prix ?Le transmetteur Jacques Diamant Éditions Stanké, 384 pages UreÏExpreækn Des êtres humains qui ne parlent plus que du petit écran.vous en croisez souvent ?Cousine de personne Isabelle Gaumont Éditions Stanké, 184 pages Stanké Ce qui peut se produire, **As**r*qt ^ lorsqu’on part à la recherche du grand Amour, personne ne le sait.I Qué serâ, serâ ?Soutien-gorge rose et veston noir Rafaële Germain Éditions Libres Expression, 454 pages S**0 9QUHKÜIM LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 AVRIL 2006 SSAIS Grandeurs et misères du militantisme de gauche Louis Cornellier Un conte, en général, contient une morale à l’intention des jeunes.Quelle est celle que formule feu Charles Gagnon dans II était une fois.- Conte à l'adresse de la jeunesse de mon pays, son dernier texte publié, d’abord paru dans le Bulletin d'histoire politique et offert par Lux éditeur sous forme de plaquette?Elle dit essentiellement que l’engagement dans un mouvement politique radical et de gauche est une belle et bonne chose dans la mesure où certaines conditions sont respectées: •Un beau conte, s’il vous incite à ne pas assassiner le Mozart qu’il y a en vous, à ne pas vous isoler de votre entourage et à mener la lutte les yeux grands ouverts.» Charles Gagnon, décédé à Montréal le 17 novembre 2005, a été un des principaux animateurs du Front de libération du Québec (FLQ), avant de devenir secrétaire général de l’organisation marxiste-léniniste En lutte!.Il était une fois.raconte son parcours de militant La Révolution tranquille, écrit-il, a été un grand moment de l’histoire du Québec: *En à peine dix ans, dans un tourbillon étourdissant, le Québec a changé de visage.Je crois même qu’il a un peu changé d’âme.» Ce fut en effet une époque d’avancées politiques, sociales et linguistiques, reconnaît-il, avant d’ajouter: •On ne laisserait pas la révolution entre les mains des bourgeois et de leur État.» Il y eut donc, d'abord, l’aventure du FLQ, sévèrement jugée par Gagnon: •Malgré des tentatives de SOURCE UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL SERVICE DES ARCHIVES ET DE GESTION DES DOCUMENTS.Militantes présentant la publication du Projet de programme pour le Parti prolétarien canadien, en 1978.justification [théorique] de l’action violente, le FLQ était demeuré un mouvement essentiellement sponta-néiste, où on mythifiait l’action directe, immédiate, au détriment de la réflexion politique, d’une pensée stratégique articulée aux conditions sociales et culturelles ambiantes.» Et cette nécessaire réflexion, c’est dans un marxisme à la chinoise, rejetant le «révisionnisme» soviétique, que Gagnon la trouvera au sein de l’organisation En lutte!.Cette deuxième aventure radicale, selon le militant, eut aussi des travers: trop d’affrontements stériles autour de «/a ligne juste», une •morale prolétarienne» déconnectée de la société ambiante, un dogmatisme, donc, pour résumer, qui a mené les marxistes-léninistes à conférer »un caractère transcendantal à leur ligne politique, y inclus leur morale».Elle eut cependant de bons côtés: la camaraderie, la solidarité, une bonne formation militante et le sens du travail bien fait Pour quelles raisons s’est-elle effondrée deux an?après le référendum de 1980?A cause de son appel à l’annulation en 1980, de la lourdeur de son organisation ou de sa position ambiguë sur le féminisme?Gagnon rejette ces explications pour leur en préférer deux autres: le faible recrutement en milieu ouvrier et la remise en question de son approche du marxisme-léninisme.On se serait attendu, compte tenu de ces conclusions, à ce que le militant finisse par mettre en question le radicalisme même de son engagement Si, en effet la réformiste Révolution tranquille a donné tant de fruits concrets, alors que les épisodes radicaux subséquents en ont donné si peu, comment ne pas conclure qu'en contexte démocratique occidental, le réformisme vaut mieux que l’approche révolutionnaire?Gagnon, pourtant, n’en démord pas et réitère, à l’intention des jeunes Québécois, la morale qui a animé ses engagements: il faut, oui, chercher une voie pour abolir l’ordre établi, mais il faut bien y réfléchir et ne pas aller trop vite.Si on peut reconnaître une certaine beauté crépusculaire à un tel témoignage, il n’en reste pas moins que la conclusion qui l'accompagne relève d’une éthique du baroud d’honneur, un héritage dont la jeunesse devrait se méfier.Aussi, pour ne pas laisser cette dernière en plan, aux prises avec le faux dilemme qui suggère le ra- SOURCE UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL.SERVICE DES ARCHIVES ET DE GESTION DES DOCUMENTÉ.Charles Gagnon, Gérald Godin et Pierre Vallières lors d’un débat sur la question nationale au cégep Lionel-Groulx, en février 1978 dicalisme ou la démission, on nous permettra de plaider, avec les mots profonds du philosophe Luc Ferry, la noblesse de la voie réformiste: •Le réformisme n’est pas la forme dont on doit bien se contenter, faute de mieux, lorsque l’espoir révolutionnaire fait défaut, mais il constitue l’unique attitude correspondant à la sortie du monde de l’enfance.Non seulement il est seul compatible avec le rejet démocratique des lignes partisanes et des autorités dogmatiques, non seulement il cesse de faire miroiter l’espoir mystique d'un travail militant pour l’au-delà du monde réel, mais il ouvre, à la différence de l’idéologie révolutionnaire qui s'oriente à un terme ultime, un espace infini pour la réflexion et pour l’action.» Le sens de l’action communautaire À titre d’universitaire et de militant, Eric Shragge est engagé dans le monde de l’action communautaire depuis une quarantaine d’années.Dans Action communautaire: dérives et possibles, il propose à la fois un bilan et un regard critique sur cette forme d'engagement.Selon lui, «fa participation à des activités locales doit avoir pour ob- jectif de créer de la dissidence».Militant d’une gauche libertaire d’inspiration marxiste et anarchiste, Shragge insiste sur la nécessité de la mobilisation afin de donner son vrai sens à l’action communautaire.*Pour moi, écrit-il, ce qu’il faut, c’est rechercher un équilibre entre mener des luttes concrètes dans lesquelles les gens peuvent apprendre à travailler collectivement et à acquérir du pouvoir, et soulever les grandes questions politiques et sociales.» A partir des années 1980, toutefois, on assiste, selon lui, à une professionnalisation de l’organisation communautaire centrée sur le développement de services.La mobilisation, dès lors, n’est plus vraiment à l'ordre du jour, les organisateurs se font les représentants des citoyens concernés et l’action sociale et politique cède la place à des entreprises de services à la petite seiqaine qui prennent le relais d’un Etat défaillant.•Pavais vu, écrit Shragge, l’organisation communautaire passer d’une adolescence pleine de colère, d’espoir et d’énergie à un âge adulte qui voulait dire se soumettre et accepter de jouer un rôle “responsable” au sein de l’ordre social.» Au terme de cet ouvrage qui al- lie la théorie au témoignage, le militant affirme voir •une lueur d’espoir à l’horizon», notamment dans les groupes altermondia-listes et dans un certain militantisme syndical de base.Très instructif, son essai, qui a raison de s’inquiéter de la récupération étatique de l’action communautaire, semble parfois oublier, lui aussi, que l’alternative dissidence radicale ou démission ne résume pas les possibilités de l’engagement et qu'adulte ne veut pas nécessairement dire soumis.i louiscomellierCq.parroinfo.net I IL ÉTAU UNE FOIS.Conte à l’adresse de la JEUNESSE DE MON PAYS Charles Gagnon Lux Montréal, 2006,48 pages ACTION COMMUNAUTAIRE: DÉRIVES ET POSSIBLES Eric Shragge Préface pie Lorraine Guay Ecosociété Montréal, 2006,248 pages Enquête sur l’Opus Dei LOUIS CORNELLIER L> Opus Dei, comme toute chose ' qu’on pressent forte et obscure, forte parce que obscure, fascine.Mais qu'en est-il, au juste, de cette institution qui vit au cœur de l’Eglise dims le plus grand mystère?Dans L’Opus Dei, le couple de journalistes Bénédicte et Patrice des Mazery nous présente une captivante enquête sur ce phénomène.Fondée en 1928 par le prêtre espagnol Josémaria Escrivà de Bala-guer, un admirateur de Franco qui aurait eu, au surplus, «de la sympathie pour Hitler», selon un ancien prêtre de cette institution, l’Opus Dei prône la recherche de la sainteté au milieu du monde et une sorte de •croisade chrétienne».Etablie en •préiature personnelle dru pape», un statut unique dans l’Église, par Jean-Paul II en 1982, l’Opus Dei a ses statuts propres et forme elle-même ses piètres.Son fondateur a été béatifié dans la controverse en 1992 et canonisé en 2002.Quel est le problème, se demanderont peut-être certains, si problème il y a?L'enquête du couple Mazery montre avec force, en effet, que l'Opus Dei est habitée par dImportantes dérives sectaires.Toujours dans le phis grand secret cette institution se sert entre autres, en France, d’une école hôtelière (celle de Dosnon) pour recruter des jeunes filles, souvent mineures, qu'elle incite à s'éloigner de leurs fa- milles pour mieux se consacrer à Dieu, c'est-à-dire à l’Opus Dei.Les témoignages de plusieurs de ces «victimes» recueillis dans cet ouvrage sont accablants.On y apprend que l’institution protégée par le pape combat l’esprit critique de ses membres, rejette la notion de discernement spirituel au profit de l'obéissance aux dirigeants, impose une discipline •dont l’austérité dépasse celle des congrégations contemplatives» et entretient un douteux culte porté au fondateur.Une ancienne membre affirme: •H y a des photos de Balaguer partout.En réalité, on a l’impression que c’est lui que l’on prie plutôt que Dieu.» Pour l'abbé Jacques Trouslard.délégué à la Documentation sur les sectes depuis 1984, plusieurs des modes de fonctionnement de cette institution relèvent de dérives sectaires: prosélytisme auprès des mineurs (un aspect nié par l’Opus), endoctrinement à partir des écrits du fondateur, rupture avec la famille, cléricalisme, infiltration de la vie économique, sociale, familiale et culturelle et, enfin, culte du fondateur.M8’ Dominique Le Tourneau, un prêtre de l’Opus Dei à qui l'on doit le «Que sais-je?» sur l’institution (un manque d’objectivité un peu gênant pour cette prestigieuse collection).a bien tenté de réfuter ces accusations (sa lettre est reproduite en annexe), mais les témoignages recueillis par les Mazery rendent peu crédibles ses belles paroles.L’ÉDUCATION : ÉTAT DES LIEUX Qu'est-ce qu'apprendre et comment faire apprendre ?i c r i librairie ?bistro Quels sont les enjeux et les défis de l'école aujourd'hui ?Fmoiisto du Pnx litU'uu Ville de Quebec vilon international du liviodt* Quebec dans la car .u.Causerie ÉTIENNE BOURGEOIS Codirecteur de la collection Apprendre (PUF), Professeur en sciences de l'éducation.Université catholique de Louvain Olivieri Au cœur de l education DENIS BÉDARD Professeur au département de pédagogie, U.de Sherbrooke, coauteur du livre Apprendre et faire apprendre.PUF Mercredi 12 avrit à 19 h THÉRÈSE BOUFFARD Professeur au département de psychologie.Uqam.coauteure du livre Apprendre et faire apprendre.PUF Organisée en collaboration avec les PUF à l'occasion du lancement de ta nouvelle collection APPRENDRE PAOLO COCCO REUTERS La canonisation du fondateur de l'Opus Dei, Josémaria Escrivà de Balaguer, fut célébrée au Vatican en octobre 2002.Le père Trouslard, d’ailleurs, dans ce dossier, fait figure de franc-tireur parce que presque tous ses collègues refusent de se prononcer sur cette institution protégée par le pape.Les rares qui ont parfois accepté de briser le silence (le jésuite Albert Longchamp, par exemple) ont même été réduits au silence pâleurs supérieurs.Quant aux anciens de l'Opus Dei qui ont choisi de critiquer l'institution publiquement, ils ont dû subir des pressions.voire des menaces, de la part de leurs ex-congénères.Le portrait on le voit n'est pas réjouissant et il soulève de graves questions concernant l’appui indéfectible du Vatican à cette institution pour le moins controversée.Dès 1963, par exemple, le grand théologien suisse Urs von Balthasar accusait l'Opus de s'adonner à l'integrisme en ce sens où «fa révélation est présentée comme un système de propositions vraies qui sont à croire parce que venues d’en haut, et que en consequence la jorme est pnffrée au contenu et la three à la cma.».Balaguer.dans un livre de maximes intitulé Qkwb* qui sert de base à b théologie opu sienne, écrivait même: •Cet esprit critique [.] ne raerce ni dans tou apostolat, ni avec tes frères [.] ü est une grande entrave» Cette invitation, d'aiOeurs.d'après les Mazery.s'appliquerait surtout aux femmes: vIkx hommes la sagesse divine, aux femmes la divine servitude.La femme.au sein de LOpus Dei, est sembie-t-ü peu considérée» Quand on pense que Joaquin Navarro Vails, porte-parole du Vatican et directeur de b salle de presse, est membre de l’Opus Dei (comme plusieurs huiles au sein de l'administration pontificale), il y a, en effet, de quoi ,ètre inquiet pour b direction de l'Église.Un lecteur du Devoir, probablement informé du fait que l’Opus Dei cherche à infiltrer tous les lieux d’influence, dont les milieux intellectuels, m a déjà demandé, à b suite de la lecture de quelques-unes de mes chroniques favorables à un certain catholicisme, si j’étais membre de cette institution.Je tiens, ici, à le rassurer, de même que tous ceux qui craignent pour l’avenir progressiste du catholicisme: le credo réactionnaire et écrasant de l’Opus Dei n’est pas le mien, ni celui d’une multitude de chrétiens de la base qui ne sont peut-être pas des saints, mais qui n’entendent pas laisser l'héritage du Christ entre les mains de ces éteignons engagés dans une triste croisade, fort efficacement mise en lumière par le couple Mazery.Collaborateur du Devoir L’OPUS DEI ENQitre sur une Église AU CŒUR DE L’ÉGUSE J’ai Kl Faris, 2005,320 pages « LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 AVRIL 2 0 0 0 —-» Essai S’*- Histoire et géographie de la circoncision S’appuyant sur les textes sacrés, littéraires et ethnologiques, Malek Chebel retrace l’histoire de ce rite ancien qui a perdu de sa valeur symbolique Quels sont les enjeux symboliques de ce rituel ancien qu’est la circoncision?Pour Malek Chebel, les justifications de cette pratique tiennent à son rapport à la fécondité, à l’initiation et au sacrifice, de même qu'elles sont médicales, psychanalytiques et esthétiques.ROBERT COMEAU Spécialiste de l’islam et du monde musulman, l’anthropologue Malek Chebel a publié une vingtaine d’ouvrages, tant sur les aspects religieux que sur la sexualité dans l’Islam.Devant la montée de l’intégrisme, il a publié un manifeste pour un Islam des Lumières et a fait paraître une étude sur l'islam et la raison.Cette fois, s'appuyant sur les textes sacrés, littéraires et ethnologiques, il retrace l’histoire de la circoncision.Chebel distingue trois catégories de circoncision.La première, profane, n’est ni rituelle ni laïque tout en se prévalant d’un lien assez sommaire avec le sacré com-ipe la pratiquaient les Mayas, les Egyptiens, les Phéniciens, ou Comme les ethnies africaines traditionnelles qui pratiquent cette .•circoncision initiatique animiste, sorte de sacrifice primitif de substitution qui permet à l’homme de l'Antiquité d'éviter de se sacrifier lui-même ou son enfant pour la divinité tutélaire».La circoncision monothéiste, qu’elle soit juive ou musulmane, inscrit le sujet dans un cycle de rites collectifs préétablis.Font partie de cette catégorie la plupart des circoncisions pratiquées de nos jours.Enfin, le troisième type de circoncision est d’origine laïque.La circoncision laïque comprend Celles qui sont faites à des fins hygiéniques, médicales ou autres, où le critère religieux n’intervient pas.Devant la vague hygiéniste, la circoncision médicale devient une simple formalité dans certains pays riches.Pratique ancienne Déjà, Hérodote révélait, cinq siècles avant notre ère, qu’il ne savait dire qui, du peuple égyptien ou du peuple éthiopien, avait emprunté cette pratique à l’autre tant cette coutume était déjà ancienne.La Bible fait remonter la circoncision au début de l’histoire religieuse, lorsque Abraham a dû la pratiquer sur son propre corps et sur son fils Ismaël, l’an-cètre éponyme des Arabes.Si les juifs et les musulmans ont été ses grands propagateurs dans le monde, de grandes civilisations ne l’ont pas pratiquée, comme Sumer et Babylone ou la Chine et l'Inde, sauf chez leur population musulmane.Après nous avoir fait Tanatomie de la circoncision, incluant l’aspect chirurgical et même la psychologie du circoncis, Malek Chebel nous présente une géographie de la circoncision.On y apprend que trois continents, l’Afrique, l’Océanie et l’Asie (la Chine et le Japon exceptés), sont habités par des communautés dont les mâles sont en majorité circoncis.On estime à un milliard d’individus le nombre de circoncis dans le monde, soit plus d’un homme sur faois.Chez les Egyptiens anciens, la circoncision juvénile est amplement montrée par les vestiges archéologiques: de privilège de caste, ce rite de passage initiatique se serait généralisé.Abordant la circoncision juive, Chebel note que dans aucune autre religion elle ne constitue autant la •consécration d’une rencontre entre la divinité et sa créature».Dans le judaïsme, elle est un signe de l’alliance avec Yahvé de puis 3000 ans, même si sa codification talmudique ne remonte qu’au deuxième siècle de notre ère.Pratiquée très tôt, soit huit w m .• r 1 ARCHIVES 1 1 DEVOIR Malek Chebel explique que la circoncision est tenue par les musulmans «comme une mesure privilégiée», un acte de conformité à l’esprit du croyant plus qu’à la lettre du texte sacré.jours après la naissance, contrairement aux circoncisions africaines qui sont fixées entre dix et quinze ans, la circoncision juive a une dimension religieuse plus marquée que dans toute autre religion, y compris l’islam, et on ne trouve pas.dans l’espace hébreu, d’excision féminine, ce que d’autres religions fournissent dans une équivalence qui mime la circoncision.Chebel rapporte les propos du grand théologien du judaïsme de l’Andalousie, Maimonide, qui expliquait que •la circoncision devait affaiblir la concupiscence et diminuer quelquefois la volupté».Si aujourd’hui la circoncision est un acte banal et courant, encore très peu de juifs peuvent la remettre en question.Antérieure à l’islam A propos de la circoncision arabe, Malek rappelle quelle est bien antérieure à l’islam.Aujourd’hui, dans tout le monde arabe, elle est pratiquée entre trois et sept ans et tout musul- man de sexe masculin fraîchement converti à l’islam doit se circoncire, même s’il a dépassé l’âge requis.Tandis qu elle est obligatoire chez les sunnites, les autres courants ne font que la recommander fortement, car elle n’est pas mentionnée dans le Coran.Cette ablation est tenue par les musulmans •comme une mesure privilégiée», un acte de conformité à l’esprit du croyant plus qu’à la lettre du texte sacré et qui commande son intégration à la communauté des croyants.L’auteur nous rappelle en outre que, dans l’Empire ottoman, la circoncision du prince imperial entraînait des festivités d’une semaine, où les ambassades rivalisaient de somptueux cadeaux.Et pour faire partie du corps d’élite des janissaires, les jeunes captifs, souvent adolescents, devaient faire le sacrifice de leur prépuce.Le baptême contre la circoncision Dans les premiers temps de l’évangélisation chrétienne, une vive polémique opposa dans l’E-güse catholique juifs et chrétiens: fallait-il circoncire les nouveaux disciples du Christ, les gentils yt les païens?Tous les pères de l’Eglise y sont allés de leurs commentaires savants pendant plu sieurs siècles.Finalement, on a substitué le baptême à la circoncision, sauf chez les coptes ,On conserva dans les textes de l’Eglise catholique l’expression «cir concision du cœur» pour dési- gner le renoncement aux désirs impurs et aux fausses croyances.Elle est absente chez les Grecs et Home l’interdira.Chebel explique les enjeux symboliques de ce rituel: les justifications apportées, son rapport à la fécondité, à l’initiation et au sacrifice.Il apporte des considérations d’ordre médical, psychana-lytique et esthétique.Ainsi, il présente une cinquantaine de représentations picturales de la circoncision du juif Jésus.L’ouvrage fournit des extraits des textes fondateurs religieux et littéraires, un répertoire des principales représentations de circoncision conservées dans les musées et une étonnante bibliographie.Di guerre feutrée entre circoncis et non-circoncis qui remonte à l’Ancien Testament, lorsque le sarcasme le plus cinglant qu’un juif pouvait adresser à un étranger était celui de non-circoncis, s’est estompée.Pratiqué de plus en plus tôt chez l’enfant, ce rite a perdu son symbole dans l’imaginaire de l’homme moderne pour n’être plus, selon Chebel, qu’une •opération laïque dont le but est de prévenir les cancers, defiiciliter l'hygiène du pénis et si possible, d'augmenter le plaisir sexuel».Collaborateur du Devoir HISTOIRE DE LA CIRCONCISION Malek Chebel Perrin 2(X)6,24(i pages Les Éditions du Noroît Nouveautés 2006 met 8E FESTIVAL LITTÉRAIRE INTERNATIONAL BEMMm METROPOLIS BLEU du 5 au 9 avril 2006 Une ville, des mots * The City of Words • Ciudad de Us palabras WWW.METROPOLISBLEU.ORG Hôtel Hyatt Regency Montréal 1255, Jeanne-Mance / Métro Place-Des-Arts Info Festival : 937-BLEU 129 ÉVÉNEMENTS EN 5 JOURS : SPECTACLES, TABLES RONDES, LECTURES, ATELIERS, LANCEMENTS, CONFÉRENCES.PRÈS DE 300 PARTICIPANTS : Michel Tremblay ¦ Derek Walcott ¦ Tomâs Segovia ¦ Andrei Makine ¦ Ruth Reichl ¦ François Schuiten ¦ Noëlle Châtelet ¦ Carlos Somoza ¦ Etel Adnan ¦ Yann Martel ¦ Jean-Claude Germain ¦ Louise Dupré ¦ Benoit Peeters ¦ MarkTewksbury ¦ David Bezmozgis ¦ Jean Batte et beaucoup d’autres.ans de ie I •I*W»T
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