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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2002-04-06, Collections de BAnQ.

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POCHE Avalanche italienne Page D 6 LE DEVOIR.ET DI M A \ ( Il E AVRIL 2 O O 2 DE VISU Mode ralenti Page I) 7 lüuuJ ?LE DEVOIR ?! Wml littérature Les classiques ?Quels classiques ?ANTOINE ROBITAILLE Un vieux débat, fondamental, sempiternel (comme toutes les vraies et belles questions), a été réactivé récemment au Québec: quelle littérature devrait-on enseigner à l’école, et plus précisément au cégep?Davantage d’auteurs qué bécois, moins de français?Ou l'inverse?La littérature de l’Hexagone est-elle devenue étrangère au Québécois?Ou alors toute littérature n’estelle pas, précisément, par essence étrangère: mise à distance essentielle à toute expérience réelle d’éducation?Un texte d’opinion de Louis Cornellier, chroniqueur des essais au cahier Livres et publié dans la page Idées de ce journal («Et si la réussite passait par la décolonisation?», Le Devoir, 11 février 2002), a relancé l’ancienne querelle des terroiristes et des exotiques, comme le fait remarquer le critique et essayiste Gilles Marcotte.Selon Cornellier, l’enseignement de la littérature française dès l’entrée au secteur collégial découragerait les étudiants, en «déficit de sens», puisque «Rabelais, Ronsard, Voltaire et Lamartine» leur sont étrangers.S’impose donc, selon lui, une réforme «en profondeur» où les deux premiers cours de français (sur les quatre obligatoires) seraient consacrés à la litté rature québécoise, le troisième aux litté ratures francophones et le dernier, portant sur la «communication efficace» (sic), à des textes non littéraires.La réplique à Cornellier fut, selon les dires du principal intéressé, massive: «Je me suis fait lapider.» François Ricard, qui enseigne la litté rature à l’université McGill, usa d’une ironie mordante (voir Le Devoir du samedi 16 février) dans sa réplique.Faisant mine d’abonder dans le sens de Cornellier, il suggéra de façon absurde l’abolition de toute littérature, «ce qui permettrait enfin à nos chers jeunes de ne plus ressentir de déficit de sens, de ne plus se morfondre et [de ne plus] se faire humilier dans leurs cours de français».Echange d’injures Plusieurs textes de soutien à l'une et à l'autre position ont paru depuis.D’autres s’ajouteront prochainement.Jean-Claude Germain, dans l'éditorial de L’Apostrophe de la revue de LAut’ Journal, à paraître mardi, écrit que «l'exhortation [de Cornellier à enseigner la littérature québécoise dans les écoles du Québec] a suscité un “non merci" qui n 'est pas sans évoquer celui des Yvettes d'antan» (faisant ainsi allusion à une péripé tie de la première campagne référendaire, en 1980, alors que la candidate péquiste Lise Payette avait cru, à tort, pouvoir évoquer un certain personnage féminin stéréotypé des manuels de lecture d'antan comme argument pour inviter les femmes à voter OUI, ce qui a eu un effet opposé).Aussi, le numéro d'avril de la revue L’Action nationale comportera des textes de Victor-Lévy Beaulieu, Bruno Roy, Andrée Ferretti et Roxanne Bouchard sur la question.Victor-Lévy Beaulieu y prétend que les répliques à Cornellier révèlent que «nos professeurs» croient que «nous n ’avons toujours pas de littérature nationale, ce que confirment d’ailleurs la plupart des chroniqueurs qui se font aller le mâche-patate dans nos journaux».Roxanne Bouchard voit pour sa part dans les détracteurs de Cornellier de sombres «héritiers de lord Durham qui continuent à nous dire que nous constituons un petit peuple dont la culture est sans importance!».On en conviendra: la polémique risque de dégénérer en échange d’injures.Selon Max Roy, un chercheur à l’UQAM qui s’est penché dans diverses études empiriques sur la littérature enseignée au cégep, les protagonistes sont catastrophistes parce qu'ils ignorent en réalité, Cm m bon X Tgr kt* P.POST OAY ÔV L Elles arrivent une à une, comme autant de bouteilles rejetées par la mer.En les ramassant, on prend le temps un instant d'en caresser l’enveloppe, de soupeser son mystère, de déchiffrer une provenance dans une adresse griffonnée au coin supérieur gauche, dans un timbre.La joie de recevoir une lettre, c’est d’abord celle de voir son nom inscrit à l’encre indélébile par une main nue sur le papier.L'abolition d’une absence.CAROLINE MON TI* E TIT LE DEVOIR A l’heure du courriel et du téléphone cellulaire, l’art d’écrire des lettres est à réinventer.Et tenir correspondance est aussi, luxe suprême, lancer un défi au temps qui passe.Plus fard, lorsque l’emploi du temps le permettra, on plongera la main dans de vieilles boîtes de carton pour déplier des feuillets jaunis, tachés d’encre sèche, de relations passées, de liens fragiles.En littérature, les éditeurs sont nombreux à tenter d’immortaliser les personnages célèbres en publiant leurs lettres, après en avoir percé le secret, et en dévoilant du coup l’intimité.C’est ainsi que le public peut désormais parcourir sans vergogne les lettres enflammées écrites par George Sand à son amant Alfred de Musset, ou encore celles de Colette dialoguant avec sa mère.Récemment, Michelle Uivric publiait chez Albin Michel un album illustré intitulé lettres de femmes, tout inspiré des joies de la correspondance.Au milieu des citations féminines, des réflexions sur l’amour et le sexe, on y trouve, délicatement imprimés, découpés et pliés dans des enveloppes collées aux pages, des fac-similés de lettres de femmes célèbres s’offrant impudiquement au regard.«Si vif est notre désir de vous voir qu’en votre honneur je bouleverserai un itinéraire longuement et soigneusement médité», écrivait Simone de Beauvoir à Simone Jolivet, le 5 août 1935, sur du papier à en-tête du Grand Hôtel des Voyageurs.«Je vous supplie, ma très chère mère, de me pardonner si ma lettre est trop longue, triais c’est mon seul plaisir de m’entretenir avec elle \sic],je lui demande encore pardon si la lettre est sale mais je l’ai dû écrire deux jours de suite à la toilette, n’ayant pas d'autre temps à moi, et si je ne réponds pas exactement quelle croie que c'est par trop d’exactitude à brûler sa lettre», écrivait pour sa part, de France, Marie-Antoinette, âgée de 15 ans, à sa mère Marie-Thérèse, archiduchesse d’Autriche, le 12 juillet 1770, dans une correspondance qui devait rester confidentielle.Mais il n’y a pas que l’amitié, l’amour, la passion, qui voyagent depuis toujours sur les ailes légères du papier.Ces jours-ci, Leméac fait paraître en français un recueil de lettres de l’écrivain canadien Robertson Davies, décédé en 1995 après avoir entretenu une correspondance volumineuse avec des lecteurs, des amis, des éditeurs, des acteurs, des journalistes.Ici, la lettre devient critique, réflexion sur la littérature, sur le nationalisme canadien, sur le théâtre et le jeu de l’acteur, sur le monde de l’édition, sur l’âge et sur la vie.Certaines de ses lettres s’adressent à des noms prestigieux de la littérature canadienne, de Margaret Atwood à Timothy Findley en passant par Mordecai Richler, ou à des écrivains d’ailleurs.Comme la grande majorité des lettres, cellesci n’avaient pas, au départ, été écrites pour être rendues publiques.Robertson Davies n’a-t-il pas lui-même déclaré que «quiconque a le moindre grain de décence n'écrit pas à ses amis en faisant de l’œil à la postérité»?VOIR PAGE D 2: CORRESPONDANCES VOIR PAGE D 2: CLASSIQUES? I) 2 I.E I) E V é-riences formelles du nouveau roman au milieu du XX' siècle, le romancier a voulu renouer avec un certain sens du réel et avec le bon vieux personnage mais sans toutefois retourner aux formules trop rassurantes du réalisme d’an-tan.Le monde actuel ne se représente plus selon un schéma tempxirel linéaire qui permet d’enchaîner des événements et de les ordonner de façon logique, avec des causes et des effets bien circonscrits.Le temps s’est brisé en une série de moments singuliers, et c’est précisément ce mouvement hachuré que la chronique permet, mieux que tout autre genre, de mettre en scène aujourd’hui.André Brochu fait partie des rares critiques qui parviennent à passer de façon naturelle de considérations générales sur l’histoire littéraire à l’analyse de détails propres à une œuvre.Ceux qui voudraient avoir un cours en accéléré sur l’évolution du genre romanesque depuis Flaubert jusqu'à Tremblay trouveront, au début de son étude, un exposé remarquablement clair, pédagogique et suggestif.L’audace du roman-chronique, explique-t-il, c’est d’accepter le monde dans ses manifestations quotidiennes et apparemment insensées.«Soyons exact des chroniques, plus ou moins caractérisées, il y en a toujours eu, et Jacques Poulin entre autres a abondamment pratiqué le genre (à moitié, pourrait-on dire), mais faire de la chronique la voie royale du roman, voilà la contribution de Tremblay, et elle est nouvel- le et importante.• En quoi est-ce different du roman ancien (disons le roman réaliste)?La chronique n'a guère de centre, dira Brochu avant de se reprendre plus loin pour préciser pas de centre qui puisse structurer le quotidien des activités humaines.La Grosse Femme n'a pas la stature d’une héroïne comme pouvait l'avoir une Madame Bovary: c’est un personnage important, certes, mais elle n’est pas pour autant au cœur de l’action.Pas plus que les autres personnages, qui avancent sur la scène, puis re culent, comme si aucun d’entre eux ne voulait tenir le premier rôle.«Le rvman-chnmùque retrouie le persimna-ge.mais sans privilege, au sein d'un réel si problénuitique que le mouvement premier des personnages — en tout cas chez Michel Tremblay — sera de le fuir, par tous les moyens qu 'offre la rêverie.• La chronique se construit ainsi comme une mosaïque de «petits romans quotidiens» dont le protagoniste vane sans cesse, même si l’on se retrouve toujours dans le même monde issu de la rue Fabre.Brochu note toutefois que l'œuvre de Tremblay tend à se resserrer autour des figures d’Edouard puis de Marcel.La merveilleuse chronique s'achève au moment même où elle semble basculer définitivement dans le sérieux du roman.C'est là une explication intéressante de l’échec relatif des derniers titres des Chroniques à par tir du Cœur découvert (1986).Pour Brochu, le meilleur de Tremblay se trouve alors du côté des récits autobiographiques (Les Fnes animées.Douze coups de théâtre.Un ange cornu avec des ailes de tôle).Et la lune, dans tout ça?Symbole féminin, maternel, elle est «la seule chose dans ce monde dont tu peux être sûr», explique le rêveur Josaphat-leViolon au petit Marcel.Brochu est le premier à avoir noté l'importance de ce thème dans les romans de Tremblay fa's exemples abondants convainquent et l’interprétation psychix'ri- bque est indubitablement éclairante, l’ne lecture aussi thématique a toutefois ses limites, dont relie de revenir plus souvent que nécessaire aux mêmes constats, à la même matrice de sens.11 y a bien d’autres motifs romanesques qui sont analyses (la coupure, la pxmr, les excrements, l’obésité, etc.), nuis le commentaire ne progresse pas beaucoup.L’analyse thématique débouché de façon prévisible sur la domination écrasante de la femme dans l’univers de Tremblay.Cette p>ersp>ective a le mérite de taire ressortir fa nés forte cohérence des Chroniques, mais elle fait involontairement apparaître aussi leur côté étroitement homogène.Le Plateau Mont-Royal est une faune sans étrangers.Tout au long de son essai.André Brochu revient sur 1a figure de la Grosse Femme, figure symbolique par excellence des Chroniques de Tremblay, à la fois par son énormité physique et pxu sa fécondité maternelle.La Grosse Femme, on s’en souvient un peu moins, est aussi une rêveuse et une lectrice passionnée: «Elle lit Hugo, Balzac, et elle éprouvé intensément tout ce qu'elle lit.» C’est là une condition de sa grandeur à laquelle Brochu est particulièrement sensible, étant lui-même doué pxuir «éprouver intensément» ce qu’il lit.11 étudie Tremblay avec le même enthousiasme intellectuel qu’il a naguère manifesté paur Anne Hébert ou paur Andre 1 angevin.Il était temps que l’auteur de la grossi'femme.rencontre un lecteur de fa sagacité de Brochu.RÊVER IA LUNE - L’IMAGINAIRE DE MICHEL TREMBLAY DANS IES CHRONIQUES DU PLATEAU MONT ROYAL André Brochu HMH, «Cahiers du Québec, collection littéraire» Montréal, 2002,244 pages » CARREFOURS ROMAN QUÉBÉCOIS Romanesques Highlands ! Un premier roman débordant d'amour, de noblesse et de chevalerie SOPHIE POULIOT D?emblée, le ton du livre est donné par sa couverture.Celle-ci reprend la Miranda de Waterhouse, peintre médiéviste du XIX' siècle.aussi romantique que le voulait époque.La cause est entendue: le premier roman de la Québécoise Diane Lacom-be, dont l’action se situe dans les Highlands écossais du XV' siècle, débordera d’amour, de noblesse et de chevalerie.La lecture confirme le pronostic.Fleur bleue, La Châtelaine de Mallaig?A souhait.Parfait exempje de roman de capte et d’éptée?A n’en pas douter.Le tout est-il, à rejeter du revers de la main?Etonnamment, c’est tout le contraire, sauf à vouloir sciemment se priver d’un récit aux péripéties émouvantes.A quoi bon bouder son plaisir?Le roman de Lacombe est bien mené et captivant Dans La Châtelaine de Mallaig, le lecteur assiste à la rencontre de deux êtres que tout semble opposer mais qu’un mariage arrangé a réunis.L’une est douce, raffinée et bonne; l’autre est rustaud, ignare et malappris.Pourtant, ils s’aimeront Ils s’aimeront d’un amour aussi tendre qu’indéfectible, à travers lequel ils donneront le meilleur d’eux-mêmes.Le plus beau, c’est qu’on y croit En effet le récit mise avant tout sur la sentimentalité et de tous les complots, combats et félonies — car le jeune homme à aimer est le nouveau chef (contesté) d’un des clans les plus puissants des Highlands, les MacNeil —, les gentils sortiront inévitablement victorieux.Cependant, les descriptions de l’auteu- Diftn.L LnronrBf^JW JACHAÏLLAilll "Dalla ic Diane Lacombe sait éviter l’écueil de la mièvrerie, pourtant si menaçant dans le roman historique re, qu’il s’agisse d’émotions ou de combats, sont empreintes d’un tel réalisme que le lecteur sera l’esclave des intrigues successives du roman.Plus encore, exploit s’il en est, Diane Lacombe sait éviter l’écueil de la mièvrerie, pourtant si menaçant lorsque le genre choisi est celui du roman historique, et a fortiori lorsque le personnage principal est une femme.La sobriété de son écriture sert la vérité d’un propos déjà si «romanesque» qu’il aurait été facile de le banaliser, de le désincarner, par exemple, par une surenchère de métaphores insignifiantes.D’aucuns pourront reprocher à La Châtelaine de Mallaig d’être manichéen en n’accordant que bien peu de place à la nuance lorsqu’il s’agit de déterminer si tel personnage appartient au clan des héros ou s’il commettra la vilenie de figurer parmi ses adversaires.D’autres noteront, à juste titre LIBER Pratiques de la pensée Philosophie et enseignement de la philosophie au cégep Préface de Paul Inchauspé Pierre Bertrand.R.tfccrt Hébert.jaques Mar.hand.Michel Mfüvn.Laurent Mkhel Vacher Pratiques de la pensée PhtluM'obn- et enseignement de U pnRnsophir «u cegep Pierre Bertrand Robert Hébert Jacques Marchand Michel Métayer L.-Michel Vacher 192 pages.20 dollars par ailleurs, que les personnages féminins écopent systématiquement des rôles de traîtresses, de demoiselles en détresse ou de subalternes —, même lorsqu’il s’agit de la châtelaine, soumise aux ordres de son chef de mari, bien qu’elle possède au moins autant de qualités de cœur et d’esprit.Enfin, d’autres encore s’avoueront étonnés que tant de maux (guerre, complots, attentats, épidémie de peste et autres) accablent sans relâche la maisonnée des MacNeil.Heureusement, l’ouvrage s’achève — de justesse — avant que cet acharnement du sort ne malmène trop la vraisemblance du récit Quelques imperfections entachent çà et là les qualités du premier roman de Diane Lacombe.Mais elles ne sont pas de taille à réduire l’intérêt que suscite La Châtelaine de Mallaig dès les premières pages.Le livre se savoure sans aucun effort, avec un plaisir douillet, comme pour mettre un holà à l’hyperactivité quotidienne, ou comme un bol de cidre chaud auprès du feu quand la tempête sévit à l’extérieur.Une gâterie littéraire dont il serait dommage de se priver.LA CHATELAINE DE MALLAIG Diane Lacombe VLB éditeur Montréal, 2002,538 pages La CATHERINE MORENCY Radmila Zivkovic faisait récemment ses débuts dans l'univers littéraire québécois, privilégiant — comme bon nombre de jeunes auteurs — 1a nouvelle pour se démarquer du lot.De la poussière plein les yeux n’a pourtant rien de ludique, bien au contraire.Le recueil, suite plus ou moins harmonieuse de textes très brefs, plonge le lecteur dans un monde marqué par l’hostilité, 1a violence, l’ingratitude et le désarroi.Geste d’écrire que l’auteure fait sans pitié ni retenue, donnant à voir les marasmes d’une inspiration qui mène plus à l’exorcisme qu’à l’expression d’un quelconque imaginaire.Exorcisme de quoi?De l’existence en général, semble-t-il, où la figure masculine tient le premier rôle en matière d’impuissance et d’hypocrisie.En effet, chacune des nouvelles de Zivkovic met en scène des hommes rivalisant de faiblesse.Ainsi, au père violent à l’extrême succède le mari qui trompe sa femme avec un homme et l’amant frappé d’impuissance.Tableau peu reluisant où les deux sexes s’entre-déchirent, la femme ayant nécessairement gain de cause, à mi-chemin entre angélisme et apitoiement, sans autre forme de procès.Cependant, une lecture attentive laisse entrevoir un malaise plus profond que celui suscité par cette société misogyne et phallocrate.En effet, tous les narrateurs (alternativement homme ou femme) dans De la poussière plein les yeux sont aux prises avec une angoisse viscérale, un mal de vivre qui n’imprime sur fa page que l’obscurité propre à chaque journée passée sur Terre, La Tête ailleurs « D’un douloureux réalisme, ce récit à la prose intimiste et kaléidoscopique jette un regard éloquent sur une société muselée, à la dérive d’elle-méme, incapable de communiquer.» Hélène Simard, Le Libraire La Tête ailleurs QUÉBEC AMÉRIQUE (JT www.quebec-amerique.com bête au noir et définit les contours d’une fascination morbide pour 1a destruction et le suicide.Cette Zivkovic, qui écrit «(.) je serai la bête.Celle qui déchire le bois du lit dans lequel je dors, qui le fait sans penser à la peine, sans penser au sang.Celle dont les yeux ont un éclair meurtrier.Cette bête qui a mes yeux», cette Zivkovic, donc, n’est peut-être l’auteure que d’un petit traité fataliste qui tient le pessimisme en haute estime et jongle avec les concepts de faiblesse, de frustration et de vengeance jusqu’à leur conférer un aspect flamboyant, spectaculaire.Si l’on peut s’interroger sur la part ludique de l’œuvre, à savoir si l’intention de Zivkovic est de pétrifier son lecteur ou plutôt de l’inciter à réfléchir sur l’abomination liée à de tels destins, le jeu n’en vaut malheureusement pas toujours la chandelle.la faiblesse syntaxique de l’œuvre, doublée d’une maladresse évidente dans l’élaboration des thèmes, fait de cette prose* une entreprise boiteuse, quoique volontaire.las nouvelles, alourdies par de trop nombreuses répétitions, gagneraient toutes à être resserrées.Ifois, Radmila Zivkovic aurait intérêt à délaisser un ton moralisateur qui, faute de susciter l'adhésion du lecteur, risque plutôt de l’agacer.DE IA POUSSIÈRE PLEIN LES YEUX Rqdmila Zivkovic Editions Trois laval, 2001,115 pages Olivieri librairje»bistro CIA ETjlHAD Une extraordinaire alliance Éditions Autrement Animi car Gisfu Laiandi journaliste à Radio-Canada Mercredi 10 avril 19 h 00 RSVP - Tel.: 739-3639 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges servicpto-DbrairieoliviprUom Causerie avec ]ohn K.Cooley 1950-2002 : c'est l’histoire d’un combat, permanent, secret et multiforme, mené par les États-Unis contre l’Union Soviétique pendant la période de la «guerre froide».Avec l’aide de l’Islam le plus radical, tous les coups et toutes les alliances étaient autorisés.Prenant des allures de roman d’espionnage, ce récit, riche en détails, fait pénétrer le lecteur dans les coulisses des décisions diplomatiques et militaires des États-Unis.Causerie organisée avec Alternatives Si vous désirez souper au Bistro, il est préférable de réserver.riptyquc 'ï I « ) s* Ali'Xtimlru l^alV iTiù Début et lïn d’un espresso Alexandre I alen ière I Ybnt et fm il un espresso 1 n., 18 S "¦ M" HiiiiYi-tir imvlu.x avili J un linmiik vM.f>rnj I ! LE DEVOIR, LES SAMEDI 6 ET DIMANCHE 7 AVRIL 2 0 0 2 I) 4 —^ ITTÉRATURE ~— ROMAN QUÉBÉCOIS Tome deux d’un roman Si ce roman est d'un abord déconcertant, ce n’est pas à cause de son écriture, plutôt sage, ni de son histoire qui suit une chronologie à peu près linéaire, ponctuée de quelques retours au passé.Ni même parce nous voici, dès les premieres pages, en compagnie d’un homme et d’une femme, ballottés entre ciel et mer dans une chaloupe à la dérive, naufragés peut-être qui cherchent désespérément a accoster sur un continent innommé qui doit bien se troyver quelque part au sud.Étrange personnage que ce Gravelin: cerveau d’enfant d^ns un corps d’homme, il ne sait dire qu’un seul mot, Elisabeth, qui est le prénom de sa compagne, dont il interprète la grossesse en imaginant quelle est "habitée par des poissons qui plongeaient au fond de son ventre et revenaient frôler la surface en donnant des coups de nageoire».Étrange elle aussi, leur dérive, plus qu’elle ne devrait l’être, et qui risque de décourager les lecteurs plutôt que de piquer leur curiosité.A vrai dire, ce roman de Gilles Tibo est orphelin de ses origines.Il souffre d’un défaut de coordonnées parce qu’on a omis de signaler qu’il avait commencé bien avant, dans Le Mangeur de pierres, paru l’an dernier chez le même éditeur.Il aurait fallu à tout le moins, par un sous-titre ou une simple note sur la quatrième de couverture, préciser que Les Parfums d’Elisabeth sont la suite exacte du précédent et que les lecteurs, pour ne pas s’y perdre, auraient intérêt à lire celui-ci avant celui-là Gilles Tibo, qu’on connaît surtout comme auteur et illustrateur de livres jeunesse, n’a écrit qu’un seul livre pour adultes, qu’il aurait mieux valu faire paraître en un seul volume.On aura donc l'impression, à lire les Parfums d’Élisabeth, de sauter dans un train en marche — ou, si on préfère, dans une nef des fous — que quelques rappels succincts sur l'avant ne suffiront pas à rendre in- Robert Chartrand ?telligibles.L’étrangeté des personnages et de leur situation se perd dans le bizarre, si on ne connaît pas l’univers singulier plutôt bien mis en place dans Le Mangeur de pierres.On trouve bien, dans Les Parfums d’Élisabeth, des rappels succincts sur le passé des personnages principaux, mais c’est trop peu pour les rendre lisibles.C’est le Nlungeur de pierres qui nous apprend que Gravelin et Élisabeth sont nés tous deux sur l’île de la Grosse Main, dans un décor minéral, hostile à la végétation, qu’ils ont tous deux été ostracisés, condamnés à la marginalité dans un clan d’insulaires qui vivait par ailleurs à l’écart de ce qu’on peut appeler la civilisation.Gravelin a été un enfant sauvage, dont on disait qu’il avait des oiseaux dans la tête et des animaux qui lui couraient dans le corps.Incapable d’accéder à la parole, il était en revanche doué d’un odorat exceptionnel, ce sens animal entre tous — comme le Jean-Baptiste Grenouille du Parfum de Patrick Siiskind — grâce auquel il appréhende le monde qui l'entoure, avec ses séductions et ses dangers.Élisabeth, elle, a été une fillette dégourdie, qu’on a enfermée dans un couvent pour cause d’insubordina- tion et qui a été engrossée par son père.Rejetée par son entourage, moquée de tous comme Gravelin, elle va décider de quitter leur fle natale, en rêvant de trouver sur le continent une vie meilleure.Complices dans leur sentiment d’exclusion plutôt que couple, Gravelin et Élisabeth vont se lancer à la mer.S’aiment-ils?Élle, en tous cas, semble le trouver attachant, et avoir besoin de sa force brute pour l’aider à fuir cette üe où ils auront été tous deux des exclus.Leur départ est un exode improvisé qui va se transformer en une odyssée improvisée au cours de laquelle sera d’abord évacué le passé.C’est une ro-binsonnade qui occupe une bonne moitié des Parfums d’Élisabeth: confrontés aux éléments, Élisabeth et Gravelin seront bien près de mourir, de soif ou de faim, au milieu de cette mer qui les emporte, en vue finalement de ce continent hérissé de récifs où ils ont peine à accoster.Après un détour vers un état de sauvagerie où Gravelin devient littéralement un homme-loup, ils vont enfin parvenir à ce fameux continent, c’est-à-dire dans une ville minière où l’on meurt beaucoup de tuberculose.Où sont-ils au juste, à quelle époque se trouve-t-on?En Amérique peut-être, dans un passé aux contours flous, un hier où l’on aperçoit des calèches mais qui connaît déjà les locomotives à vapeur.Oans cet espace-temps ancien, sans repères précis, Élisabeth et Gravelin, après une longue descente vers l’animalité où ils ont frôlé la mort, remontent à la surface d’une certaine vie civilisée dont ils vont tenter de tirer le meilleur parti sans s’y soumettre.Les archétypes ont la vie dure, dans le roman en deux temps de Gilles Tibo.Sur ce continent rêvé qui n’offre que des espoirs déçus, Élisabeth a envie de commodités dont elle apprend vite qu’il faut de l’argent pour se les offrir.Dans uq passage abrupt de la nature à une certaine culture, Élisabeth, dont la chevelure rousse laissait deviner un tempérament de feu, se transforme en petite bourgeoise calculatrice, et Gravelin, pour lui faire plaisir, en pourvoyeur.Les exilés du debut, ceux du Mangeur de pierres, sont devenus un couple de délinquants qui jouent le jeu de la société nouvelle où ils se trouvent pour en tirer profit et, le cas échéant la fair pour vivre selon leurs convictions.Ainsi, apres s’être lavés des soufflures de leur passe au cours d'une navigation pleine de périls, après avoir vécu dans un état de survie où il n’était question que de soif et de faim, voici que le mâle et la femelle sont devenus, à peu de chose près, un couple d'ambitieux.La métamorphose est étonnante, comme est immense ce parcours des deux personnages de Tibo.Immense également, et hétéroclite, ce fonds auquel puise Les Parfums d'Élisabeth, tout comme le tome précédent On y reconnaîtra, pêle-mêle, cette symbolique universelle des pierres qui auraient conservé un goût d’humanité, à laquelle Gravelin est fidèle — il ne laisse pas de s'en mettre dans la bouche; ce sens de l’odorat animal entre tous, qui guide Gravelin tout au long de sa viç et le renseigne plus sûrement que tout sur l’état d’Élisabeth.Le roman de Tibo ratisse large et prend son bien où il l’entend, dans un vaste fonds d’imaginaire.Trop vaste, peut-être.Qui chante l’exclusion sociale et les différences irréductibles des individus, où la nature connaît de très belles métamorphoses.Mais pour goûter ce livre, il faut lire d’abord son amorce, ne fût-ce que pour l’imaginaire qui s'y installe.robert.cha rira mlSasympatico.ca LES PARFUMS D’ÉLISABETH Gilles Tibo Québec Amérique Montréal, 2002,168 pages LITTÉRATURE FRANÇAISE Et s’il suffisait d’y croire ?G II Y LA I N E MASSOUTKE Commentchanget-on d’identité?Réponse en deux temps, en compagnie de Benacquista et de Neuhoff, qui publient respectivement Quelqu 'un d'autre et Un bien fou, deux romans qui ont cherché à savoir ce qui commence après une disparition.Dans Quelqu'un d’autre, Thierry et Nicolas, deux solides gars abordant la quarantaine, se rencontrent pour jouer au tennis.Au cours d’une conversation banale — mais bien arrosée — entre copains, il vient à l’un l’idée qu’en ce mitan de leur vie, il est peut-être temps de vivre, ou plutôt de rebattre les cartes du destin, celles qui se présentaient si belles au moment des vertes années d’apprentissage.Peut-on risquer son avenir une seconde fois dans une existence et choisir, sur un coup de tête, de devenir cet autre qui passe et dont il nous prend soudain une envie furieuse de revêtir la peau?la question autour des regrets, autant le dire d'emblée, est irrésistible.Benacquista la pose avec une évidence que chacun endasse aisément II y oppose la plus magicienne des opérations de substitution.Plus efficace qu'une publicité, le roman exploite le filon sympa- thique — et vendeur — du mieux-être instantané.N’est-ce pas le secret d’un bon romancier, i.e.tirer les ficelles d’un Polichinelle escamotant l’immédiate et pesante réalité?Avec une bonne pincée d’ingénuité et une autre dose d’idéalisme, on refait vite le monde aux couleurs du désir et de l’espérance.C’est ce que propose Benacquista dans cet enjoué Quelqu’un d’autre.Il met en scène deux individus ordinaires, effectuant une pirouette instantanée dans l’univers «autre» qu’il se sont choisi, après avoir convenu d’un rendez-vous, trois ans plus tard.Poursuivre la lecture, c’est espérer entrer, au passage, dans l’univers de fabrication des personnages romanesques — mais la porte se referme et on perd la clé.Thierry et Nicolas incarnent tout simplement ceux qui, plus nombreux sans doute qu’on le croit, opèrent des changements de cap à 180 degrés sans crier gare.Benacquista est l’auteur d’une dizaine de polars, parus dans la collection «Série noire» de Gallimard.Scénariste de cinéma — pour Jacques Audiard — et de bande dessinée avec le dessinateur Jacques Ferrandez, auteur de théâtre, de nouvelles et de textes pour enfants, cet écrivain qui a l’âge de ses personnages — dans Quelqu'un d’autre — est issu d’une souche albanaise, a grandi en Italie et s’est fixé en France.D a glissé à travers les pièges de l’identité comme il a changé de métiers.Dans La Maldonne des slee-pings, il s’inspirait de son expérience de couchettiste dans le train Paris-Venise; dans Trois carrés rouges sur fond noir, il livrait celle de gardien de musée.La Commedia des ratés, en 1991, lui a valu les honneurs primés du genre policier.Benacquista est fantaisiste, comme un homme libre.On le dit parasite mondain, phobique, un peu misanthrope.Allez savoir quelle dégaine lui convient le mieux! Il préfère les films aux livres, et sa verve aux accents populaires lui vaut l’amitié de Daniel Pennac, dont le ton de l’un n’est pas sans évoquer l’autre.Ses amis de l’édition soignent son indépendance autant que son image, qui passent pour faire de lui un nouveau Prévert La collection «Blanche» accueillait cet auteur à succès en 1998 avec Saga.La marche à monter semblait haute, mais le succès vint.Ce qui explique ce Quelqu'un d’autre, dans la même veine humoristique et légère.Son écriture rythmée, directe, économe, garantit à l’éditeur la bonne affaire et au lecteur la détente.Thierry se transforme en as de la filature; Nicolas invente un gadget ridicule dont le brevet le rend riche.Le roman file en deux fois huit chapitres qui font alterner les épisodes rocambo-lesques dont l’un et l’autre comparses sont les héros.Littérature d’évasion Les lubies des deux cavaliers seuls semblent réglées à coups d’accélérateur, le bolide romanesque fonçant sous la gouverne d’un pilote averti, pied au plancher.Le paysage social qui défile paraît une somme d’instants volés à une littérature plus sérieuse et, surtout, plus profonde.Ici, on reconnaît le monde d’aujourd’hui en un clin d’œil, plus qu’on ne s'attarde aux zones brouillées, pourtant entrevues.L’avantage du mensonge, ou simplement de la duplicité, devient un exercice de solitude qui donne aux personnages la force de leur incognito.On cultive alors la vie comme si le monde social n’était que subterfuges et délicieux chaos.Il suffirait d’y goûter sans s’y impliquer, de savoir traiter ses limites comme d’inconséquentes balourdises et ses petites entourloupettes comme des victoires, dont la plus suave intensité se déguste seul, modestement et en privé.La comédie prend souvent la couleur de la farce dans ce roman au ton badin.De la légèreté de Benacquista, il se dégage la certitude tranquille que le désordre est la condition première pour traverser l’angoisse des situations bloquées.L’exaltation du rêve trouve là d’heureuses issues aux désarrois dont souffrent tôt ou tard les êtres fragiles.Tout cela, rassurant, plaît Toutefois, il manque à ces don Quichotte le choc de la folie qui les guette.Voit-on vraiment le courage et l’esprit de sacrifice auxquels les renoncements et les inventions, chez Cervantès, ont donné tant de panache et de génie?Benacquista pratique une écriture plus proche du conte, où la sphère de l’aimable évincerait le mordant de l’ironie.On s’attendrait à plus de charge, dans une telle collection, sur un sujet aussi perméable aux retours piquants de la moquerie.Mais cette écriture s’en tient à la gaieté qui suit réchauffement de personnalités astucieuses, dans les méandres anecdotiques des aventures de gentils truands.Alias Salinger Pour Un bien fou, Neuhoff a reçu le Grand Prix du roman de l’Académie française.L’histoire raconte celle de Bruckinger, alias Salinger, le mythique auteur de LAttrape-cœurs, qui vit depuis 1953 en ermite dans le New Hampshire.Bruckinger est donc un clone parfait pour le roman, dont le ton demeure fan- taisiste et qui répond à la biographie controversée, Dream Catcher, que la fille de Salinger, Margaret, faisait paraître en l’an 2000, ainsi qu’aux lettres d’une ancienne amante, Joyce Meynard, parues sous le titre At Home In 'Die World dans une ambiance de controverse littéraire, un an auparavant Neuhoff s’est appuyé sur ce contexte pour refaire l’histoire.Le roman est bien documenté, mais le coup de torchon qui balaie ses 200 pages allègres laisse une impression de bluff qui déçoit "Je n’aime plus l’Amérique, prête-t-on à Bruckinger.[.] Ce que j’aurais aimé, c’est écrire un roman où les personnages en auraient su plus long que l’auteur.» Et s’il avait mieux convenu de renvoyer Salinger à ce «quelqu’un d’autre» de Benacquista?Une liberté plus insouciante n’en aurait-elle pas mieux aimanté la psychologie déçue de Neuhoff?QUELQU’UN D’AUTRE Tonino Benacquista Gallimard Paris, 2002,276 pages UN BIEN FOU Éric Neuhoff Albin Michel Paris, 2001,208 pages LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Peuple du Caire N AÏ M KATTAN En mettant en scène la vie de son quartier au Caire, Naguib Mahfouz a su rejoindre un public populaire.De plus, les adaptations de ses romans et de ses nouvelles au cinéma et à la télévision ont rendu son œuvre accessible à des hommes et des femmes qui n’ont pas l'habitude de lire ou qui en sont même incapables.Aux autres, à ceux qui l’ont découvert quand il fut lauréat du prix Nobel en 1988 et qui souvent le lisent en traduction, il fait vivre des personnages complexes, fait le récit de désirs contradictoires, de rêves inassouvis et à travers les portraits de petites gens du Caire, révèle l'universalité des passions humaines.Dans Comme un été qui ne reviendra plus, l'écrivain marocain Mohamed Berrada qui fait le récit de ses souvenirs du Caire, dresse un portrait de l’univers de Mahfouz: "Univers attachant fait de • L- .g-1 » paires complémentaires: la violence et la bagarre, la jouissance et la recherche du plaisir: le quartier et le Nil désignent l’un un espace fermé, l’autre le fleuve qui voyage, l’ouverture sur l’extérieur.» Miroirs est une galerie de portraits où Naguib Mahfouz évoque ses souvenirs d’adolescent, d’homme et d’observateur au sommet de sa maturité.En quelques traits, il résume des existences diverses, les hauts et les bas des destins de ses camarades de classe, de ses professeurs, de ses collègues de travail ainsi que des femmes qui l’ont séduit, des écrivains, des journalistes, des militants qui sont arrêtés on qui sortent de prison.Voici une vaste comédie humaine qui se déroule dans un quartier que des hommes traversent sans laisser de traces.Sans juger, le romancier décrit accumule les détails.Il présente des vaniteux, des corrompus, des avides mais aussi des personnages intègres, droits, rigoureux.L’humanité qui défile n'est pas belle, mais l'ironie du romancier lui fait,éviter le piège du cynisme.A l'instar de Mahfouz, ces hommes et ces femmes traversent le siècle, sont malmenés par les bouleversements politiques même quand ils s’en tiennent à l’écart.Trois hommes dominent la vie du pays: Saad Zaghloul, qui en ,1919 proclama l'indépendance de l’Egypte; son successeur Moustafa al Nah-has, qui, à la tête du parti al Wafd fondé par Zaghloul, fat de 1928 jusqu'à 1952 plusieurs fois premier ministre; puis Nasser, qui en 1952 renversa la monarchie.Une autre date marquante: 1967, quand l’armée égyptienne fat défaite par Israël.Les personnages qui peuplent ces pages sont des wafdistes qui rêvent de justice et de démocratie et qui constatent l’emprise de la corruption, des militants communistes, des adeptes de la révolution de Nasser qui, tout en mettant fin au règne des partis, n’élimine pas la corruption.Sans faire état de ses propres opinions, Mahfouz est un observateur serein et ironique des lâchetés, des compromissions, des violences, des loyautés et de l'héroïsme du quotidien.Il opte pour la justice et l’harmonie sans y croi- re tout à fait On lit ce roman comme un appendice à l’immensç œuvre de fiction de Mahfouz.A travers des existences individuelles, l’auteur fait le portrait de toute une société.Au Maghreb Marocain, Mohamed Berrada a découvert Ée Caire comme étudiant dans les années cinquante.Il appartient à un autre univers arabe, celui du Maghreb, et se rend compte que celui du Machreq, tout en étant étranger, est également le sien.Il fréquente des jeunes intellectuels, des militants de gauche, des femmes qui l’initient à l’amour et au plaisir.Berrada est l’observateur d’une société qui lui donne une deuxième naissance.Cela n’élimine pas entièrement la distance qui l’en sépare, car il s’intéresse à sa propre société, celle d’un Maroc en quête d’avenir, dont l’une des figures marquantes est Mehdi Ben Barka.Le romancier marocain rejoint son aîné dans son affection pour les petites gens, sa curiosité, et en dépit de ses déceptions, son espoir persiste d’une transformation sociale et politique.Sans se bercer d’illusions, il ne succombe pas au désespoir et à ce qui est tout aussi néfaste, le cynisme.MIROIRS Naguib Mahfouz Traduit de l'arabe par Najet Belhater avec la collaboration de Luce Camus Éditions Desclée de Brouwer Paris, 2001,315 pages COMME UN ÉTÉ QUI NE REVIENDRA PLUS Mohamed Berrada Traduit de l’arabe par Richard Jacquemond Actes Sud/Le Fennec Arles/Casablanca, 2001 201 pages £a h i e c s p.6 c i a i SALON DU LIVRE de Québec Tombée publicitaire le 17 avril — llplll samedi LE DEVOIR LE DEVOIR.LES SAMEDI t> ET DI M A N ( Il E AVRIL 2 O O 1 -" tSSAIS-*- «Je veux mourir franciscain » - Pierre Vallières Cnnatantin UaHi.iryoai Pierre \ allières, le felquiste, l’imprécateur marxisant qui a eu des mots d’une incroyable dureté envers ses anciens collègues franciscains dans son Segres blancs d'Amérique, aurait-il été, au fond, tout au long de son existence, un chrétien tourmenté qui plaçait d 'idéal ultime de sa vie» dans «ses aspirations franciscaines»?C’est là la thèse que défend, documents inédits à l'appui, le père Constantin Baillargeon, son ancien professeur de philosophie (1960-1961) au scolasticat des Franciscains de Québec, dans un ouvrage inattendu et passionnant à paraître ces jours-ci aux Editions Mediaspaul.Vallières n’a jamais fait mystère de son passage chez les franciscains entre 1958 et 1961.Dans son Nègres blancs d'Amérique (voir les pages 283 à 296 dans l’édition Typo, 1994), toutefois, il répudiait avec hargne cet épisode de sa vie, au nom de sa nouvelle lucidité de militant En 1986, il eut beau, au passage, affirmer dans Les Héritiers de Papineau (Éditions Québec Amérique, pages 272 et 273) avoir «retrouvé la foi», très rares furent ceux qui, par la suite, accordèrent quelque crédit à cette déclaration.Certains ont même attribué à un quelconque désordre mental ce renouveau évangélique qui ne le quittera plus.Pour corriger cette perception tronquée de «l’évolution religieuse et spirituelle de Pierre Vallières», Constantin Baillargeon reprend du début le parcours de celui qui fut «peut-être le plus intelligent» de tous ses élèves.Sa documentation comprend d’abord des travaux scolaires rédigés par le frère Flavien Vallières (le prénom franciscain de Pierre) et des lettres personnelles que le jeune homme lui a fait parvenir entre mars 1962 et mars 1963, c’est-à-dire durant l’année Pierre Vallières m wn., Louis Cornellier ?qui a suivi son départ de l’ordre.Alors à Paris, Vallières tente d’entrer chez les Petits Frères de Jésus de Charles de Foucauld, une parenthèse importante de sa vie qu’il gomme dans son essai autobiographique de 1966.Cette tentative se soldera par un échec, ce qui n’a rien pour surprendre son ex-prof, qui avait déjà constaté que ce «passionné tourmenté» était «allergique ata cadres».Comment expliquer que Vallières, pendant les 20 années qui suivront, ait renié sa foi?L'affaire reste à éclaircir.Toutefois, sa seconde conversion, survenue en 1984, ne fait pas de doute.Pressé, dès lors, de reprendre contact «avec les fils du Poverello», le militant se rapprochera d’une petite fraternité franciscaine et formulera même, en octobre 1985, un engagement par vœu très explicite.Baillargeon cite ce document inédit: «Devant,Dieu et devant la communauté, je m’engage dans l’Église par vœu à prendre la règle, les écrits et les exemples de saint François comme norme, inspiration et base de mon projet de vie, pour les années qu’il me reste à vivre.» Selon l’ancien professeur, vilipendé à titre de catholique bourgeois dans Nègres blancs d’Amérique, la conclusion s’impose: «En d’autres termes, il a rompu sans ambiguïté avec le marxisme.» Vallières, toutefois, et c’est là la beauté de la chose, ne cessera pas pour autant de lutter contre l’injustice (son engagement entier, dans les années 80, auprès des malades mentaux, par exemple, et, plus tard, en faveur des Bosniaques, le prouve avec éclat), mais, à partir de ce moment, «tout se passe comme si l’imprécateur de 1966-67 s’était métamorphosé en un bon Sa- maritain».en un homme mûr.écrit Baillargeon, qui.inspire par le Christ, consacre encore son temps «à laver les pieds des défavorises de la vie».L’homme, c'est clair, n'a rien perdu de sa fougue et de sa combativité de justicier social, mais c’est au nom, désormais, de son «adhésion renouvelée au Christ et à saint François d'Assise» que ce «redresseur de torts viscéralement mystique» mène la lutte, la vérité existentielle de Vallières.selon son ancien prof de philosophie, ne serait pas ailleurs: «C’est cette transformation se nsa-Uonnelle qui est l’élément capital de sa vie.celui qui a fait de son existence une aventure spirituelle originale.Elle nous révèle que sa p
de

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