Le devoir, 13 avril 2002, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI 13 2 O O 2 ET DI M A NOUE It A V R 1 1 ENTREVUE Didier Decoin Page D 6 LITTÉRATURE Chester Himes Page 1) 5 ?LE DEVOIR - LITTÉRATURE JEUNESSE De Tom Sawyer à Agaguk GINETTE GUINDON Tous les dictionnaires des littératures s'entendent pour fixer différents critères permettant de définir le mot «classique»: pérennité de l'œuvre, texte destiné à l’usage de l’enseignement, valeurs universelles, excellence de la forme.Pour certains spécialistes, l’auteur d’un classique doit être bien mort et enterré alors que, pour d’autres, certains ouvrages récents peuvent devenir des classiques si ce sont des ouvrages de premier ordre.Qu’en est-il au Québec en ce qui concerne la littérature pour la jeunesse, dont la plupart des auteurs sont loin de reposer au cimetière?Si tous les éditeurs interrogés clament leur certitude qu’il existe bel et bien des classiques de la littérature d'enfance et de jeunesse québécoise (LEJQ), les spécialistes, eux, en doutent quelque peu ou nuancent fortement leurs propos.Ainsi, la notion de classique semble bien difficile à cerner pour le professeur Flore Ger-vais, de l’Université de Montréal, qui s’apprête à présenter une réflexion sur le sujet lors d’un colloque sur la littérature jeunesse au prochain congrès de l'ACFAS, qui aura lieu du 13 au 17 mai à l’Université Laval.«Si l’on connaît les conditions qui font d’une œuvre m classique, il serait illusoire de croire qu’on en détient la recette; le classique dépend aussi des critères de demain qu’on ignore», explique-t-elle tout en énumérant ses titres préférés.Elle n'ignore pas que ceux-ci sont d’abord les livres préférés par ses enfants, dans les années 80, et elle fait le souhait que ces choix soient les mêmes pour ses petits-enfants avant de prétendre au statut d’œuvres classiques.Jeunesse ou adulte, le succès populaire d’un ouvrage, même s'il est un critère possible de sélection d’un classique, est parfois trompeur, et il faut éviter de se laisser impressionner par des ventes fracassantes mais éphémères.La Sorcière de l’ilôt noir, de Marie-Antoinette Grégoire-Coupal, a jadis été un titre extrêmement populaire qui a connu six réimpressions entre 1933 et 1960.La même enquête menée il y a 40 ans aurait sans doute fait figurer le roman de cette auteu-re sur une liste des classiques jeunesse semblable à celle fournie à la fin de cet article.Qui se souvient aujourd’hui de ce roman?Bien sûr, il y avait alors peu de textes écrits spécifiquement pour la jeunesse, mais la série des Rosanne de Paule Dave-luy, dont le premier tome a été écrit en 1958, circule encore dans une édition re-vampée.Plusieurs lectrices de 2002 y découvrent avec bonheur la vie d’une adolescente des années 50.Rosanne serait-elle une descendante des Quatre Filles du docteur March, de Louisa May Alcott, dont l’édition originale remonte à 1866?Si on se laissait influencer par le contexte actuel et les valeurs morales pour juger de la pertinence d’un classique, ni l’un ni l’autre de ces deux titres ne le seraient Les qualités de style et le sens de la narration de Daveluy ont conquis le cœur des lecteurs et lectrices de plusieurs générations.Cependant, tout le monde ne s’entend pas sur la popularité de son œuvre.Pierre Vézina est l’un de ceux-là.Il croit plutôt que cette pionnière en LEJQ fait partie de l’histoire littéraire québécoise et quelle en est une sorte de «conservatrice».Pierre Vézina est analyste chez Services Documentaires Multimédia (SDM), entreprise qui, depuis 1964.s’emploie à traiter la documentation de langue française en respectant les normes professionnelles de classification et de catalogage.Son travail l’a mené à lire des milliers de livres destinés aux jeunes lecteurs et à établir des comparaisons entre les littératures de toute provenance.Il estime que le livre est devenu un VOIR PAGE D2: JEUNESSE m m JACQUES GRENIER LE DEVOIR Elle est paradoxale, l'écrivaine à la coiffure excentrique et aux vête ments flamboyants.À la fois traquée et traqueuse, ironique et désolée, dure et humaine.On s’est rencontrées un matin d'avril pluvieux et triste, à 1m Petite Ardoise, rue Laurier, à côté de chez elle.En pleine tournée promotionnelle de son dernier roman, Le cœur est un muscle involontaire, qui paraît ces jours-ci chez Boréal, en pleine série d’entrevues avec ces journalistes qui lui donnent du fil à retordre, qui lui déplaisent mais à qui elle se livre parfois trop, elle mesurait soudainement le poids de chacun de ses mots.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Comme les personnages de son roman, Monique Proulx est déroutante.On pense la tenir, pouvoir en tracer les contours dans ces pages, et elle se d6 construit, disparaît.Au départ, son roman paraît réaliste, et son héroïne, Florence, une Terrienne irrécupérable, une urbaine invétérée qui n’aime ni les livres, ni les animaux, ni la campagne, qui refuse de perdre pied, même dans l'amour.Puis, voilà cette Florence qui rencontre un écrivain, qui se met à lire, qui s’extasie devant un ciel étoilé ou une mare de grenouilles, qui échafau de des thèses ésotériques, qui apprivoise un chien.Dans la vraie vie, Monique Proulx a déjà rêvé d’étudier la chimie, mais elle trouvait les scientifiques «profondément ennuyeux».Et de ces mystères qui la fascinaient, elle a fait des romans.De bons romans, avec juste assez d’ironie et d’intelligence pour qu'on se rende jusqu’au bout, sans effort, et qu’on termine avec une petite faim, avec l’impression que le mystère, celui de la littérature, de Pierre Laliberté ou du chant des grenouilles, reste intact «L’ambiguïté de ma démarche, c'est que je poursuis des choses beaucoup Les paradoxes gères, même si, contrairement à son héroïne, par exemple, Monique Proulx dévore des livres depuis le plus jeune âge.«L'hommage à l’écriture, c’est aussi montrer comment l'écriture, cela peut être dangereux, comment cela tire le plancher sous les pieds.» Ecrire, ajoutera-t-elle plus tard, c'est incarner l’indicible.Les livres, dit-elle, nous font perdre le contrôle, ils nous font perdre nos assurances, nos points de repère.Comme ces journalistes dont elle se méfie, Monique Proulx est une traqueuse d’histoires.C’esl le lot de tous les écrivains.Comme Marguerite Duras, qui osait, malgré le désaccord de son mari, décrire la déchéance physique de ce dernier à la sortie des camps de concentration dans son ouvrage Im Douleur, comme Marie Cardinal, qui écrivait dans les détails les sursauts de sa fille héroïnomane dans Iss Grands Désordres, et comme tant d’autres encore.Monique Proulx est écrivain donc, c’est à la fois un privilège et une responsabilité.Et sa plume s’inspire, forcément, des personnages qui l’entourent, qu’elle observe.Elle s’en inspire, mais là ne s’arrête pas son travail, et c’est encore là le propre de l’écrivain.Elle les travestit souvent, grossit leurs travers ou leurs qualités, et les caricature, parfois jusqu’à la moquerie.Peut-être insiste-t-elle particulièrement sur certains détails, peut-être ne se donne-t-elle pas suffisamment la peine de maquiller certains faits, voire certains noms.Mentionnons simplement que certaines personnes lui ont de Monique Proulx «On pense souvent que l’humanité nous échoit en naissant.Moi, au contraire, je pense qu’on devient de plus en plus humain en avançant.» plus compliquées que ce qu’elles semblent être», dit-elle.Pour traverser les apparences, en compagnie de ses personnages, Monique Proulx se sert des apparences.On lui doit plusieurs œuvres importantes marquantes de la littérature québécoise.Homme invisible à la fenêtre, qui raconte l’histoire d’un peintre paraplégique, a été porté à l’écran dans Souvenirs intimes, de Jean Beaudin, comme le roman Is Sexe des étoiles a été repris au cinéma par Paule Baillargeon.On lui doit aussi deux recueils de nouvelles: Sans cœur et sans reproche et tes Aurores montréales.Le sujet de son livre, cette fois-ci, c’est la littérature, l’écriture en tant qu’apprentissage de l’humanité, en tant que moyen d’observer les autres.Une humanité qui est au départ étrangère à son héroïne, une jeune femme un peu dure, un peu froide, un peu seule.«On pense souvent que l’humanité nous échoit en naissant.Moi, au contraire, je pense qu’on devient de plus en plus humain en avançant.F.t Florence est encore à une forme balbutiante dhumanitê.C’est intéressant de montrer des gens qui sont au début de leur avancée.Si ils sont déjà rendus quelque part c’est moins exemplaire», dit-elle.Cette Florence, admet-elle, a des couleurs qui ne lui sont pas étran- fait payer cette démarche.Dans Le cœur est un muscle involontaire, on distingue aisément derrière le personnage de Pierre Laliberté, caché derrière son anonymat, le profil de Réjean Du-charme, l’artiste fétiche, mythique, de la littérature québécoise, dont elle offre d’ailleurs trois citations en exergue.Celui-là, il faut dire, a peu de chances de sortir de son mutisme souverain pour critiquer son reflet.En entrevue, Monique Proulx jure n’avoir jamais rencontré Réjean Du-charme.Tout au plus confesse-t-elle avoir aperçu sa conjointe qui, on le sait agit comme l’émissaire de son mystérieux compagnon dans certaines cérémonies publiques.Dans cet ouvrage de fiction qui met en scène Pierre laliberté plutôt que Réjean Ducharme, la compagne du mystérieux écrivain devient Mélodie Ferretti, une femme joyeuse et curieuse de tout et que l’héroïne du roman, Florence, s’empresse de filer jusqu’à New York.«C’est sûr que j'ai voulu faire un clin d’œil, un hommage, à Réjean Ducharme, mais ce n’est pas ça qui est important.Réjean Ducharme incarne un mystère, il a incarné un mystère dans notre psyché collective, et je pars de ce mystère-là», dit-elle.VOIR PAGE D2: PARADOXES I L K DEVOIR, L E S SAMEDI I I) 2 PARADOXES Le thème central du roman, c'est Vart d'écrire, la littérature, dans son mystère profond SUITE DE LA PAGE D 1 Dans cette histoire, elle règle aussi quelques comptes avec son père mort, qu’elle se reprochait d’avoir vertement écorché dans une entrevue, toujours avec ces affreux journalistes, publiée dans la revue L’Actualité, il y a maintenant plus de sept ans.L’ouvrage s’ouvre d’ailleurs sur de brûlantes pages décrivant les dernières heures du père de l’héroïne, Florence, entre les murs de l’unité de soins terminaux d’un hôpital où des écrivains pourraient venir chercher l’inspiration.«Je n'ai jamais été seule avec lui, écrit-elle.Maintenant je le suis.C’est un peu tard il me semble.Ses mains sont si glacées qu’elles anéantissent aussitôt la chaleur des miennes.» Par ailleurs, outre la mort et la vieillesse, outre l’amour raté ou à venir, outre tout ce qui est inexpliqué et inexplicable, le thème central du roman, c’est l’art d’écrire.Di littérature, dans son mystère profond, celle qui prend essence dans la vie des autres mais crée de nouvelles vies, toutes noires, là, sur le papier.Celle qui se déroule aussi complètement en parallèle de la vie de l’écrivain, à côté de lui.«Sans arrêt, tout le long du livre, tout le long de son avancée, [Florence] rencontre des gens dont les images s'effritent.Malgré elle, son regard a déjà commencé à devenir une sorte d'arme acérée, elle entrevoit ce qui se cache.Mon écriture est un peu comme ça aussi», dit-elle.la littérature en tant qu’ouverture au monde, en tant que gouffre aussi.Monique Proulx couve ses romans longtemps.Elle a notamment écrit Le cœur est un muscle involontaire grâce a la bourse Gabrielle Roy, qui l’a menée à séjourner à Petite-Rivière-Saint-François.Son prochain roman se déroulera à la campagne, et c'est la nature, où Monique Proulx aime passer ses étés, qui en sera le personnage principal.Elle sait d’ailleurs déjà qu’il s’intitulera Framboises.LE CŒUR EST UN MUSCLE INVOLONTAIRE Monique Proulx Boréal Montréal, 2002, 409 pages Mi INIt^U» l*K» Le baromètre du livre au Québec Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE / V J, SPENCER Michel Lafon 69 2 Psychologie POURQUOI LES H0NWES MARCHENT-ILS A LA GAUCHE P TURCHET L'Homme 6 2, Sc.Sociale LES FRANÇAIS AUSSI ONT UN ACCENT J,-B, NADEAU Payot 2 4 Psychologie CESSEZ D'ÉTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! r T.D'ANSEMBOURG L'Homme 65 5 Sexualité FULL SEXUEL J.ROBERT L'Homme 6 6 Santé RECETTES ET MENUS SANTÉ, T.1 & 2 M.MONTIGNAC Trustar 118 2 Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES V S.VIZINCZEY du Rocher 49 8 Roman BAU00LIN0 U.ECO Grasset 4 2 Roman JE L'AIMAIS y A.GAVALDA Dilettante 5 2 Horreur OREAMCATCHER S.KING Albin Michel 3 n Roman MADEMOISELLE LIBERTÉ A JARDIN Gallimard 11 il Polar LA MURAILLE INVISIBLE y H MANKELL Seuil 2 n Polar PARS VITE ET REVIENS TARD y F.VARGAS Viviane Hamy 19 H Érotisme De BANQUETTE.PLACARD.COMPTOIR ET AUTRES LIEUX.W, ST-HILAIRE Lanctôt 8 2 Roman Qc LE GOÛT OU BONHEUR, T.1,2 & 3 V M LABERGE Boréal 70 16 Spiritualité LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT E.TOLLE Ariane 81 2 Roman VOYAGE D.STEEL Pr.de la Cité 5 2 B.D.LUCKY LUKE N" 41 - La légende de l’Ouest M0RRIS/N0RDMANN Lucky 5 Roman UN PARFUM DE CÈDRE y A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 75 2 Histoire LES JUIFS, LE MONDE ET L'ARGENT y J ATTALI Fayard 8 IL Roman QUELQU'UN DAUTRE y T.BENACQUISTA Gallimard 11 II B.D.ALBUM SPIROU N° 262 COLLECTIF Dupuis 3 II BD.GARFIELD N” 34 Mange plus vite que son ombre J, DAVIS Dargaud 4 !4 Spiritualité JE VOUS DONNE SIGNE OE VIE M.CARON Marjolaine 7 2 Biograph.ûc MA VIE, JE T'AIME R.MARTEL Publistar 4 2 Essai Qc LE LIVRE NOIR DU CANADA ANGLAIS N.LESTER Intouchables 21 2 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION y F.DELAVIER Vigot 201 2 Psychologie LES HASARDS NÉCESSAIRES J.-F.VÉZINA L'Homme 28 2 Roman LE LIT D'ALIÉNOR M CALMEL XOéd, 7 Psychologie LA SYNERGOLOGIE y P TURCHET L'Homme 102 .n Roman Ûc PUTAIN y N.ARCAN Seuil 30 il Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUI y G.HALE Manise 155 33 Roman OÙ ES-TU ?M.LÉVY Robert Laftont 21 LL Roman ROUGE BRÉSIL ¥ - Prix Goncourt 2001 - J.-C, RUFIN Gallimard 32 2 Actualité B.BAER JC Lattès 4 2 Roman LE PIANISTE y W.SZPILMAN Robert Laffont 60 il Roman LE TUEUR AVEUGLE y M.ATWOOD Robert Laffont 12 38 Roman Qc LA CHATELAINE DE MALLAIG y D.LACOMBE vlb éd.6 il Psychologie LES MANIPULATEURS SONT PARMI NOUS y 1 NAZARE-AGA L'Homme 239 2 Psychologie LA PUISSANCE DES ÉMOTIONS M LARIVEY L'Homme 8 41 Polar LA TRAHISON PR0MÉTHÉE y R LUDLUM Grasset 9 il Jeunesse CHANSONS DOUCES, CHANSONS TENDRES lUvre 4 DC) IP H.MAJOR Fides 28 « Ésotérisme LE RÊVE ET SES SYMBOLES y M COUPAL de Mortagne 898 4L Biograph.Qc, MON AFRIQUE r L.PAGE Libre Expression 25 45 1 Sc.Fiction | HERBERT/ANDERSON Robert Laffont 3 ?Coup de cœur RB HHM Nouvelle entree N.B.Sont exclus les livres prescrits et scolaires Nbre de semaines depuis parution t 24 succursales au Québec Pour commander : * (Si4) ,D2-2sis www.renaud-bray.co ni l - SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et AGMV Marquis IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke :$ ET DI M A X ( H E 14 AVRIL 2 0 O 2 ^ LIY R E S - JEUNESSE WINFRIED RABANUS L'Histoire de l’oie de Michel Marc Bouchard est devenu un classique du théâtre jeunesse.SUITE DE LA PAGE D 1 objet de consommation et que les classiques sont maintenant lus par obligation, comme une discipline que l’on s’impose, voire qu’ils répondent à un besoin précis dans l’existence des lecteurs.On pourrait aussi faire remarquer que les enfants qui ont découvert une œuvre classique par hasard en gardent souvent un souvenir indélébile.Des 49 écrivains présents dans La Bibliothèque idéale des jeunes de Bernard Pivot, tous auteurs d’ouvrages classiques, La Bibliothèque des jeunes (Québec/Amé-rique, 1995) n’en avait retenu que sept dans sa catégorie «classiques».Quelques autres titres de la sélection du lecteur boulimique qu’est Pivot furent retenus et classés dans d’autres catégories.Tout serait donc affaire d’interprétation.Certains titres sélectionnés par Pivot ne sont pas considérés, au Québec, comme appartenant à la littérature jeunesse (L’Aiguille creuse de Maurice Leblanc, L’Or de Biaise Cendras, La Machine à explorer le temps de H.G.Wells, etc.).Aucun titre québécois n’apparaissait dans la section classique de la bibliographie commentée de Québec/Amérique en 1995; en serait-il autrement aujourd’hui?Non, si on envisage la littérature jeunesse d’un point de vue international.À l’échelle du Québec, oui, sûrement Rééditions Ces dernières années, les éditeurs québécois procèdent à la réédition de plusieurs ouvrages en littérature jeunesse.Est-ce le signe qu’on serait en train de constituer un catalogue d’œuvres classiques?Si les rééditions constantes d’une œuvre sont un gage de popularité, certaines réimpressions corrigent simplement un tirage trop faible, car aucun éditeur ne réimprime pour le plaisir de stocker contrç le pilon; ce serait suicidaire.Aux Editions Pierre Tisseyre, cependant, les statistiques montrent des réimpressions surprenantes: Enfants de la Rébellion, de Suzanne Julien, est tiré à 2400 exemplaires tous les ans depuis sa parution (1989); c’est «le fonds de pension de Susanne Julien», selon la formule amusante de la directrice, Angèle Delaunois.Le Don, de Beauchesne et Schinkel (1987), est réimprimé chaque année à 2200 exemplaires, et Casse-tête chinois, de Robert Soulières (1985), profite d’un nouveau tirage annuel de 1700 exemplaires.La mort de l’auteur accélère souvent la réédition de certains titres, comme ce fut le cas, toujours chez Tisseyre, de Jacob Deux-Deux et le vampire masqué, de Mordecai Richler.Une nouvelle mise en marché par la réédition de certains titres en coffret ou intégrés à divers recueils assurent à ceux-ci une seconde vie.Il en est ainsi de la çollection «les classiques» aux Editions de la Courte Echelle.L’abandon de la collection «Carrousel», chez Dominique et compagnie, a mené l’éditeur à reprendre cer- tains titres dans une nouvelle collection et à ainsi reconfirmer les valeurs sûres de cette maison.Ayant récupéré la propriété sur leur œuvre à l'expiration de leur contrat d’édition, certains auteurs présentent de nouveau leurs textes à un autre éditeur.C’est ainsi qu’on voit Émilie, la baignoire à pattes, de Bernadette Renaud, passer d’Héritage à Québec/Amérique, Alfred dans le métro, de Cécile Gagnon, reparaître sous le titre Une course folle chez Hurtubise HMH, et Une bien mauvaise grippe, de Robert Soulières, d’abord paru chez Pierre Tisseyre, être maintenant publié par la propre maison d’édition de l’auteur, qui est aussi éditeur jeunesse.D’autres raisons favorisent la réédition d’ouvrages: les titres figurant au programme dans les écoles, ceux qui apparaissent régulièrement dans les sélections des bibliothèques, celles du ministère de l’Éducation, les palmarès de Communication-Jeunesse, etc.Enfin, un guide comme Les 100 livres québécois, pour la jeunesse qu’il faut lire, d’Édith Madore, qui comportait une section intitulée «Les regrettés» regroupant des livres de qualité non disponibles sur le marché au moment de sa parution (1998), a incité certains auteurs à frapper à la porte d’éditeurs pour leur proposer de rééditer leurs textes.Dans ce cas, il s’agit moins de classiques que d’un fonds jeunesse qu’on réédite puisque, pour l’occasion, on demande aux auteurs de remanier leur texte, d’en changer la fin, de reprendre un chapitre complet, etc.Il serait excessif de parler ici de classique puisque la pratique éditoriale adoptée va à l’encontre du caractère immuable de l’œuvre classique.Suzanne Pouliot, professeur à l’Université de Sherbrooke, constate que «la notion de classique en LEJQ s’est modifiée, au fil des décennies, comme en font foi les travaux réalisés dans le cadre du Groupe de recherche sur l’édition littéraire au Québec.Au Québec, ce sont les maisons d’édition qui décrètent que telle ou telle œuvre est un classique ou constitue un titre d’une collection centrée sur les ’‘classiques’’.» Mme Pouliot pose la question: «Quels sont les critères d’une œuvre classée classique?La mention de l’éditeur?La reconnaissance institutionnelle (obtention de prix littéraires?l’enseignement en classe?la pérennité de l’œuvre dans le temps?ses rééditions?la réception critique?leur présence dans des histoires de la littérature québécoise?) ?» Autant de questions auxquelles Michelle Provost, pédagogue et consultante émérite en littérature jeunesse, répond dans des répertoires destinés aux enseignants en utilisant en rubrique les mots «classiques» et «patrimoine» pour souligner les œuvres marquantes d'un auteur, d’une époque ou d’un secteur, de ces œuvres qui durent et qui sont la source de plusieurs intertextes.Selon Mme Provost, «il ne faut pas tant discuter de la pertinence d’identifier tel ou tel titre comme étant un classique mais plutôt faire découvrir et redécouvrir les classiques dans la mesure où ils présentent de l’intérêt pour les élèves afin de les sensibiliser à l’histoire de la littérature jeunesse».Le chemin parcouru depuis 1978, année de fondation de Lure-lu, seule revue québécoise exclusivement consacrée à la littérature pour la jeunesse, montre bien le dynamisme de la publication avec ses 75 numéros existants.Un regard rétrospectif, l’insistance de certaines rééditions, les coéditions et les ventes de droits à l'étranger, les rencontres auteurs-lecteurs hors Québec, la participation régulière du Québec à la Foire de Bologne et à d’autres grands salons du livre européens, les prix littéraires attribués conjointement avec d’autres pays (Québec-Wallonie-Bruxelles, prix Saint-Exupéry, etc.) sont des exemples qui devraient atténuer les préjugés qu’entretiennent encore plusieurs lecteurs à propos de la littérature jeunesse au Québec.De plus, certains textes n’ont pas eu la chance d’être réédités, comme le pense Charlotte Guérette, de l'Université Laval, qui a réuni quelques contes du Canada français pour la jeunesse dans son livre Que le diable l’emporte!, paru chez Hurtubise HMH (1997).Enfin, le lecteur poursuivra avec profit sa réflexion sur le sujet en lisant un texte critique devenu un classique dans son genre: Pourquoi lire les classiques, d'Italo Calvino (Seuil, 1993).Ce qu'il y a de sûr, c’est que la réception du jeune pu- blic demeure, à long terme, le seul critère véritable en vue de constituer un corpus québécois d’œuvres classiques pour la jeunesse.Liste des «classiques» En recoupant les différents titres soumis par divers spécialistes de la LEJQ, voici une liste, tous genres confondus, d’œuvres présumément classiques.Nous n’avons retenu que les ouvrages en langue originale française.D serait intéressant d’y ajouter certains auteurs du Canada anglais ayant joui ici d’une grande renommée, comme les Lucy Maud Montgomery, Robert Munsch, James Houston, etc.En outre, les illustrateurs du Québec qui s’imposent de plus en plus ici comme sur la scène internationale mériteraient sans doute une liste à part Anfousse, Ginette, la série des Aventures de Jiji et Pichou Aubry, Claude, Agouhanna Barbeau, Marius, Il était une fois Beauchesne et Schinkel, Le Don Bouchard, Michel Marc, L’Histoire de l’oie Carrier, Roch, Le Chandail de hockey Corriveau, Monique, Le Secret de Vanille Côté, Denis, la série des Inactifs Daveluy, Marie-Claire, Les Aventures de Perrine et de Chariot Daveluy, Paule, la série des Rosanne Demers, Dominique, la série des Charlotte et celle de Marie-Lune Duchesne, Christiane, La Vraie Histoire du chien de Clara Vie, La 42 Sœur de Bébert, Victor et La Bergère de chevaux Gauthier, Bertrand, la série des Zunik Gauthier, Gilles, la série des Babouche et celle du Petit Marcus Gravel, François, Zamboni et la série des Klonk Hébert, Marie-Francine, Venir au monde Julien, Susanne, Enfants de la Rébellion Major, Henriette, et Lafortune, Claude, L’Evangile en papier Marineau, Michèle, La Route de Chlifa Martel, Suzanne, Jeanne, fille du roy et Surreal 3000 Plante, Raymond, la série des Raisins Roy, Gabrielle, Contes pour enfants Sernine, Daniel, Le Cercle violet et Le Cercle de Khaleb Soulières, Robert, et Béha, Philippe, Seul au monde Thériault, Yves, Agaguk (pour les adolescents) et Le Ru d lkoué Le vrai test classique: tentez de réduire la liste à dix titres.Envoyez vos propositions à l’auteur de cet article à l’adresse suivante: gguindon@vif.com.G.G.La littérature vous intéresse ?À la Faculté des arts et des sciences, le Département d'études françaises offre des cours de 1er cycle à l'été 2002.FRA 1030 - Grammaire du français Mathilde Dargnat 1er au 31 mai FRA 1602 - Classiques de la poésie québécoise Isabelle Miron 1er au 3i mai FRA 2303 - Théâtre du XVIIfr siècle Benoît Melançon 2 mai au 18 juin FRA 2402 - Roman du XIXe siècle (Hugo et Les Misérables) Pierre Popovic 3 mai au 19 juin FRA 26112 - Roman québécois ^ Mélanie Tardif 2 mai au 18 juin FRA 2507 - Théâtre du XXe siècle (Formes du dialogue théâtral contemporain) Jean-Pierre Ryngaert, professeur invité, Université Paris III 23 juillet au 9 août FRA 3025 - Littérature et autres arts (Texte et musique dans les littératures française et québécoise) Ursula Moser, professeure invitée, Université d'Innsbruck 1er au 23 août Description et horaires des cours : www.fas.umontrea I .ca/etf ra/ Renseignements : 514.343.6225 Jk Université de Montréal cfestÙHt/ « '7r/' -^ LIVRES ^- Avec d’autres yeux M arie -Andrée Lamontagne Le Devoir On fera le test autour de soi: pour un lecteur de poesie (et il importe, aux fins de la démonstration, qu’ü ne soit pas poète), il s’en trouvera dix ou vingt autres imperméables a ce langage.Pourquoi?Paresse de l'esprit qui n'aime pas être dérouté?A moins que sa maturité ne soit en cause?L'enfant qui vit dans l'étonnement perpétuel devant le monde, l’adolescent qui se débat dans des remous identitaires entrent souvent de plain-pied dans l’univers poétique.Selon ce point de vue, être adulte reviendrait à avoir mis fin à l’imprécision existentielle.D y aurait la réalité, disons un camion qui passe dans la rue, et les mots -camion», «passe» et «rue», et dans cet ordre s’il vous plaît, suffiraient à en rendre compte.Du reste, il n’y a qu’à penser à l’ordre que choisirait le poète médiocre, voulant poétiser le camion et la rue, pour n'être pas loin de donner raison aux prosaïques à tout crin.Heureusement, la réalité ne se laisse pas réduire de la sorte.Aussi ancienne que le langage, l’intuition poétique procure un mode d’accès à la connaissance aussi légitime et aussi opérant que l’intuition philosophique, scientifique ou religieuse, ou que l’invention technique, et, comme celles-ci, elle emprunte plusieurs de-tours.Mais pourquoi l'esprit humain devrait-il s’en tenir a une seule voie?Plus encore: pourquoi l’esprit d’un individu devrait-il accepter de limiter sa compréhension du monde au nom de sa formation intellectuelle?C’est, très grossièrement résumé, le point de vue que défend le poète Michel Camus dans Transpoétique (Spirale/Trait d’union), essai par lequel il tente de donner à voir «la main cachée entre poésie et science».H ne s’agit pas ici de poser la supériorité de l’une ou l’autre discipline mais de dépasser un clivage ayant conduit à une impasse, voire à la surdite.Sauf exception, écrit Camus, «il n’y a aucune communication plénière entre deux scientifiques spécialises chacun dans leur propre discipline, comme entre un scientifique et un non-scientifique».Jeter des ponts, traverser les frontières, c’est toute la tâche que se donne l’esprit transpoetique.l,e Centre international d’etudes et de recherches transdisciplinaires (C1RET).crée en 1987 et dont Camus est l’un des administrateurs, se veut un lieu d’expression possible de cette disposition d'esprit.Le poème en est un autre.Mais pas n'importe le quel.Pour Michel Camus, il existe des poetes particulièrement transcendantaux: Adonis, le Juarroz des Poésies verticales.Gerard de Nerval.René Dau-mal et ses camarades du Grand Jeu.Ceux-là ont entrepris une exploration transpoetique du réel.Ils l'ont fait, selon les circonstances, par un usage raisonne des stupéfiants, la fre quentation des maîtres de la mystique orientale, l’étude de la phénoménologie transcendante de Husserl, la lecture de Maître Eck-hart ou le savoir alchimique.«Ne cherchons pas midi à quatorze heures, écrit encore Camus' la voie transdisciplinaire, c'est la recherche de la "pierre philosophale" entre guillemets à travers n importe laquelle discipline, scientifique ou non.» L'emploi des guillemets aura beau relativiser l’enjeu de la quête, il reste que, plus d'une fois, l'arrière-plan manifestement alchimique de cet essai laissera perplexe le non-initié.Cependant, l'intérêt d’une démonstration visant à favoriser les échanges entre la poésie et la science demeure indéniable à un moment où la science, laissée à elle-même, pose à l’humanité d’impérieuses questions éthiques.Tâchant de s’orienter dans le dédale d'une bibliothèque spécialisée, le lecteur pourra se demander si l’effort à fournir pour franchir la distance entre l’esprit profane et la pensée alchimique n'est pas du même ordre, au fond, que celui existant entre l'esprit religieux et l’esprit rationnel placés devant l'énigme de l’univers.Ou s'il ne relève pas de la distance qui séparé le lecteur de poésie et celui incapable d'apprecier cette forme de littérature.Ce faisant, son esprit aura peut-être gagne en ouverture.C’est toujours ya de pris.En presence de deux tenues opposes, dira la pen-see transpoetique.il faut chercher le «tiers secrètement inclus» et agissant.L’ignorer revient à ignorer la réalité même.C'est sans doute à ce tiers inclus qu'on attribuera l'enchantement qu’exercent les vers de tel poème de Nerval, en dépit de leur chiffre secret, sur le lecteur de poesie le plus étranger à l'alchimie.Et tout aussi bien l'étonnement qu’éprouvent de nouveau certains astrophysiciens devant les étoiles ou le phénomène de la lumière fossile quand trop de gem» ticiens, penches sur leurs cornues, ne veulent aper cevoir, tout au fond, que leur reilet d’apprentis sorciers sans mémoire.Cet autre qui se souvient La mémoire, donc, accompagnera le poète Pierre Ouellet dans ces carnets d'écrivain d’abord conçus pour la radio, subtile éveilleuse d'esprits (en particulier la Chaîne culturelle de Radio-Canada, où ces textes furent d'abord lus dans le cadre de l'émission littéraire de Stéphane Iépine), maintenant repris en volume sous le titre la Vie de mémoire (Le1 Noroît).«Lorsque j'écris, dira Ouellet, je suis cet autre qui se rappelle ce que j’oublie.» Ce ne sera pas le seul bonheur d’expression rencontré dans ce court ouvrage méditatif, à ranger — à supposer qu’un tel rangement ait un sens — dans le genre de la prose d’art.On y suivra à la trace les fécondes inquiétudes d'un poète attentif à l'histoire qu'il pourrait s’inventer, qu'il s’invente, par conséquent, à partir d'une mémoire «trouée».la honte le guette.Celle, ontologique, «généralisée», qui pèse sur l’homme incapable de se hisser jus- qu'«à la hauteur des calvaires qu il élève thins le desert de sa propre ne».Cette autre, salutaire, qui doit pouvoir s'emparer de l'écrivain devant les livres qu'il a écrits dans le risque, le jetant, du coup, au-devant de ceqx à écrire.A intervalles.la Vie de mémoire laisse aussi entrevoir le sentiment d'exil intérieur ressenti par bon nombre d’artistes et d'écrivains québécois tenus d'habiter, par les hasards de leur naissance, un iviys juge trop petit à l’échelle du monde ou dépourvu de profondeur historique: «l’Europe, puis l'Atlantique, comme un drapeau qui claque dans notre dos.qu'on ne reverrait pas de sitôt».C'est oublier à quel point tout milieu, que ce soit sous la forme de la tradition anti-intellectuelle américaine ou de la tentation kitsch italienne, sécrète sa propre force d’inertie, à laquelle se heurtera avec profit l'écrivain.1 Vrre Ouellet ne l’oublie pas complètement puisqu’il écrit aussi qu'«o« a lieu dans ce qu on dit.dans ce qu 'on pense, bien plus que dans son corps».La hauteur de vues adoptée dans ce recueil n’empêche pas l'irruption du concret.11 apparaît dans la figure du père sobrement évoquée, «inventée».Père silencieux, qui léguera au fils une tristesse impuissante, impuissance en moins, dès lors qu’en écrivant, l'enfant-adulte saura lui aussi porter Anchise sur ses épaules.TRANSPOÉT1QUE La main cachée entre poésie et science Michel Camus Trait d’union - Spirale Montréal, 2002,128 pages LA VIE DE MÉMOIRE Hern' Ouellet Éditions du Noroît Montréal, 2002, KXi pages SI CARREFOURS ESSAIS Cheminements vers l’humain i L’HUMANITÉ DE L’HOMME Sous la direction de Jacques Sojcher Éditions Cercle d’art Paris, 2001,189 pages DAVID CANTIN Qu’est-ce qui fait l’humanité de l’homme?La question peut surprendre, tant elle mène vers des réponses plausibles et ouvertes.Toutefois, il fallait peut-être relever un pareil défi.Jacques Sojcher a donc demandé à 19 participants, de cultures, de disciplines et d’horizons différents, décrire un texte qui arriverait à ajouter quelques indices essentiels.L’humanité de l’homme devient ainsi non pas un document anthropologique aride mais bien un grand livre de sagesse contemporaine.Pour ouvrir et clore cette enquête, Ilya Prigogine, Prix Nobel de chimie, est invité à réfléchir à propos d’une unité possible entre la science, l’art et la nature.Au milieu d’un long texte où il passe d’un exemple à l’autre, il écrit: «Nous savons dorénavant que notre univers est immense, peuplé par des myriades de galaxies et de systèmes planétaires.Le sentiment d’étonnement, qui fait partie de l’invention de l’homme, est peut-être à l’origine, à la fois des sciences, et des arts.» De l’historien au philosophe, du poète au psychanalyste, il semble qu’une affirmation semblable puisse guider les échanges qui s’entrecroisent et se dédoublent On retourne ainsi aux sources de la Genèse, de la Parole, de l’Origine comme une forme de vérité vécue de l’inté- rieur.S’interrogeant à propos du génie de Pascal, Edgar Morin suppose que «ce qui importe est de rendre productives les contradictions que l’on a en soi en évitant de s'enfermer dans une vision qui chasse les autres virtualités».Dans un autre très beau texte sur le reflet divin des ruines babyloniennes, Naim Kattan pressent que «pour découvrir son humanité avant de l’assumer, en investissant l’espace, l’homme a tenté d’affirmer sa présence au monde.Le poète jahilite en a ressenti les ruines, c'est-à-dire l’absence».Il rejoint ainsi Marcel Moreau qui décortique sa propre «chaonais-sance»: «Cette quête d’une vérité d'une intense généalogie, remontant à un pari fou, de la nuit des temps, le pari de l’homme de jeter, avec ses seuls instincts, les bases de toute la,civilisation.» D’un autre angle, Elizabeth de Fontenay se penche plus particulièrement sur cette métamorphose transgressive qui change derrière «l’idée de l’homme» au fil du temps et des époques.Le poète Yves Bonne-foy arrive même à la conclusion suivante: «Et cela, ce grand projet de changer la vie, c’est certainement aussi, je n’en doute pas, ce que la poésie elle aussi, et elle d’abord, aide à se reconnaître, aide à prendre forme: y collaborant et même y incitant.» De plus, tout au long du parcours sinueux de L’Humanité de l’Homme, une série de reproductions de chefs-d’œuvre de différentes époques guide cet immense trajet.Des gravures rupestres aborigènes en passant par les réalisations colossales de Michel-Ange, jusqu’à la beauté secrète qui se cache dans l’harmonie d’un feuillet de Galilée.On ap- Janik Trlmbi AY m i -ï ; ulie éSéiHjiimI Janik Tremblay ^uliey J l.Une héroïne méconnue de notre histoire Roman Une hefwrk' meetnmue tie Découvrez dans ce roman palpitant une héroïne authentique de notre histoire : Julie de Saint-Laurent, qui donna en 1792, à Qtiébec, un héritier illégitime au trône britannique.Le lancement aura lieu le jeudi 18 avril à la Bibliothèque nationale du Québec de 17 h 30 à 19 h 30 TRAIT D’UNION Venez visiter noire site Internet wwiiii.traitdunion.net prend ainsi qu’il ne suffit pas de mais bien de revoir le sens pluriel répondre, de manière définitive, du devenir humain.Ce qui fera Lectures Jacques Gauthier L’invisible chez-soi Luc Lecompte Le dernier doute des bêtes Élyse Turcotte Sombre ménagerie Dimanche 14 avril 15 h Réservations : 739-3639 Un brunch est servi au Bistro à partir de 10 heures Une Incursion dans te monde de la peinture sur fond d’alcool et d’acrylique.Serge Bruneau Romanichels Blues 18/4 p.• 22,95 $ XYZ éditeur, 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québer) H2t Téléphone: (514) 525.21.70* leléropi'-ur : (514,) 525.75.J7 V , Courriel : Ay/ed'",mlink.ne1 .dire à Henri Cueco: «L'homme est ment?» Un ouvrage de référence encore à inventer.Mais corn- d’une immense teneur.m tÀ YING CHEN j< Une œuvre forte, contrôlée, d'une grande puissance poétique.» Caroline Montpctit Le Devoir « Des images évocatrices qui savent faire leur chemin et frappent à retardement.» Benny Vigneaull^ Soleil Fl Lt CHAMP P I LE CHAMP DANS LA MER ! LE CHAMP DANS LA MER Roman 120 pages *17,95$ Boréal www.editionsboreat.qc.ca t I * ITTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS La mémoire fragmentée Ce premier livre de Marie Claude Malenfant se présente, fait assez rare, sans dédicace ni citation en épigraphe d’un auteur de référence, ni même indication d’un genre auquel on pourrait le rattacher.Cette absence d’éléments paratextuels est assurément délibérée: l’auteur, qui est docteur ès lettres et éditrice, sait très bien qu’on peut y indiquer de nombreuses pistes de lecture.Nouvelles mémoires se défendra donc seul, avec son titre et son texte, et tentera de s’imposer par son écriture.Sauf exception, on ne trouvera pas dans ce livre de nouvelles, dont on sait que L’Instant même s'est fait une spécialité.Il s’agit plutôt ici de fragments ou de micro-textes, dont la plupart font moins d’une page, tout au moins dans la première et la dernière des quatre parties de Nouvelles mémoires.Ces textes se succèdent sans s’enchaîner, souvent numérotés.On voit que s’installe dès le début une logique de la discontinuité qui suggère que le réel, observé, fantasmé ou remémoré, ne peut être appréhendé qu’en instants isolés: depuis la «fin de i’Histoire», il est devenu impossible de (se) raconter des histoires, même si les romanciers à succès sont encore nombreux à s’acharner à en raconter.Nous sommes donc ici privés de continuité et du recul traditionnel qui permet la compréhension des choses.C’est la proximité, au contraire, qui règne — à soi, aux lieux, aux autres — dans ces bribes d’histoires dont les personnages sont, pour la plupart, eux aussi morcelés.Esquisses souvent sans nom, ils répugnent à assumer leur récit, à dire «je», leurs gestes ou leurs fantasmes étant évacués dans l’anonymat de verbes à l'infinitif.Il y a chez plusieurs d’entre eux un flou de l'identité qui s’accorde parfaitement avec les miettes qu’ils nous laissent en pâture.S’agit-il de personnages?Ils ont, en tout cas, un corps, fragmenté lui aussi, comme si, au moment où ils ont choisi de raconter, leur être — voire leur âme — logeait tout entier dans une main, un œil, Robert Chartrand ?un genou ou une certaine région de leur peau.Ils ne se voient pas comme un misérable tas d'organes: ils sont incapables d’une telle complaisance.Simplement, leur présence au monde et le souvenir qu’ils en ont tiennent à une infime portion de celui-ci, ravivée par une sensation très localisée.C’est tout ce qui leur reste de ce qu’ils ont vécu, et tout de à quoi ils se raccrochent.Ainsi sont évoqués leurs rapports avec les autres: voisins, parents, amants, et donnés à ressentir la tendresse, le dégoût, le désir ou encore ce qui peut leur tenir lieu d’amour.Ils racontent donc, quoique avec bien des réticences.L’un d’eux s’essaie même à écrire.Quoi?Des souvenirs, comme l’annonce le titre du livre, des moments aussi brefs que les textes qui les disent servis par une mémoire capricieuse qui s’agrippe à des détails à des sensations physiques dépourvues de sensualité comme de douleur.Le corps parle sous forme d’agacements, d’irritations, de manies.11 émet des signaux fugitifs dont on n’est pas sûr qu’ils donnent à penser.Les textes de Nouvelles mémoires relatent des instants, de brefs moments de fébrilité, des situations de dislocations, des éléments d’une mosaïque, une part d'indicible, comme l’indiquent les sous-titres des quatre parties du livre de Malenfant.La totalité étant impensable, ne fût-ce que pour rendre compte d'un simple épisode du passé, les textes de Nouvelles mémoires ne forment donc pas un récit.Il s’y trouve cependant des éléments conducteurs qu'on hésite a appeler des thèmes: celui du présent obsédant et impossible à consigner intégralement dans une histoire; celui de couples récents ou anciens qui ne sont supportables que lorsqu’ils sont capables de tendresse; ou encore de ces souvenirs d’enfance, peuplés de cruauté ou d’attendrissement selon qu’on se rappelle un père violent ou des grands-parents adorables.Car si la cohérence est délibérément évacuée dans ces textes de factures si différentes, on y découvre une cohésion d'ensemble qui apparaît au fur et à mesure de la lecture.Davantage que quelques situations récurrentes, on découvrira dans le livre de Malenfant une logique de l’effondrement, de la dislocation physique ou morale, illustrée par des épisodes où les corps s’effondrent au sol, s’éparpillent, et tout à la fois, chez plusieurs personnages, une volonté de résistance qui peut prendre la forme de l’ironie ou la pratique d’une manie qui sera, pour certains, un gage de survie à leur folie apparente.Comment dire sa répulsion à toucher la peau d’une amie; son exaspération à devoir écouter ses confidences entrecoupées de récriminations?Comment faire la paix avec un passé d’enfant battue, ou écrire sur rien, pour abolir le temps et gommer son passé?Comment donner à ressentir la tendresse chez un vieux couple, le souvenir irremplaçable de grands-parents disparus?Pour tout cela, les narrateurs de Malenfant disposent de tout un éventail de stratégies; l’attachement a un détail apparemment insignifiant, ou l'art des rapprochements incongrus, comme celui qu’opère une fillette entre son rêve de déchiffrement de l’écriture étrusque, interrompu par.la chanteuse Céline Dion qui annonce son retrait de la scène! Malenfant offre également à ses personnages le recours à de multiples ressources de la langue: aux anaphores qui assurent une cohésion à certains fragments, ou à des images parfois audacieuses comme celles de ce «cœur plus grand que soi, cathédrale pour toute une nuit qui couvrirait la moitié du monde», de ce soleil couchant «après cette dernière seconde de lumière qui expire, après une telle agonie d’améthyste et de pourpre».Ils se servent même de la pâte sonore du langage en évoquant des «foins frais et fous», des mots qui sont «croix cloutées de bois bosselé» ou en transcrivant de façon quasi phonétique la langue populaire.Il y a ainsi dans le livre de Malenfant une part d’exercice de style qui flirte avec la virtuosité, de même que des paradoxes trop appuyés, notamment sur le vide qui procure une impression de plénitude.Mais on y lit un monde au bord de la dissolution, rescapé in extremis par l’écriture qui le dit et qui, en dépit de sa sécheresse volontaire, offre de très beaux moments d’écriture et d'authentiques émotions.robert.chartrand5@sympatico.ca NOUVELLES MÉMOIRES Marie Claude Malenfant L’Instant même Québec, 2002,113 pages Marie Claude Malenfant L/nîïiti/t n/ênie POÉSIE Un espace fait de dialogues DAVID CANTIN Comment réagir face à l’instabilité profonde du monde et des choses?Entre révolte et émerveillement, le nouveau livre de Paul-Marie Lapointe tente de répondre à cette question par des poèmes qui s’offrent à la portée du regard comme à celle de la main.Après un projet aussi ambitieux que lœ Sacre (L'Hexagone, 1998), Espèces fragiles dresse ici un inventaire plus intime de cette beauté terrifiante à la source même de l’imagination.Autre forme de dialogue, Jardins des vertiges, de Claudine Bertrand, tente de mieux comprendre la présence d’un lieu d’éveil au cours des mois d'une saison.Une fuite vers la nature secrete, où la lueur fondatrice se cache peut-être encore quelque part 11 n’est jamais facile de commenter un livre de Paul-Marie Lapointe.L’œuvre ne cesse d’emprunter des chemins contraires, de s’isoler, voire de se perdre dans sa propre grandeur.On pourrait même croire que tous les recueils utilisent la contrainte ainsi que la contradiction comme autant d’outils nécessaires au poète.D’un texte aussi fulgurant que Le Vierge incendié au matéria- Odile Sévigny, Francine Saillant, Sylvie Khandjian Fpîiptrps ouvertes 199 pages o 17,00$ ISBN 2-921561-65-4 DIFFUSION DIMÊDIA fenêtres ouvertes Dire et partager l’aide et les soins A la fois guide pratique, recherche et réflexion, ce livre se penche sur l'expérience de celles et ceux qui aident un proche malade ou en perte d'autonomie, que certains qualifient d'aidants «naturels».L’État se tourne de plus en plus vers les familles et les communautés pour qu'elles prennent soin de leurs proches: une réalité à laquelle seront confrontés la plupart d’entre nous dans les années à venir.Des personnes aidantes témoignent dans ces pages de leur propre engagement.Elles partagent les bonheurs et les difficultés de cette expérience souvent lourde de conséquences sur leurs vies.«Avant de commencer à aider et soigner, je ne savais pas dans quoi je m’embarquais.» Ces témoignages de fille, de fils, d’épouse, d'époux, de mère, d'amie et d’ami nous montrent une réalité complexe et préoccupante.Ce sujet devrait être au cœur des débats sociaux actuels.Afin que l’on puisse faire le choix d’aider.sans y laisser trop de plumes! y ‘¦ES e>>m0NS « y, y toiecosoaete www.ecosociete.org C P 3205?.compUw Samt Anrtrn.Mttnln .»! (Qu+*x:) H?l 4Y5 THrphoni' (514) 521 0913.lnhxop«Hir (514) 521 12H3 Cournol: ivosoc< c.imorij loih' vwwvix tistK K lronj lisme radical d'Écritures, il y a sans doute une énorme distance à franchir.Toutefois, on aurait probablement tort de voir Espèces fragiles comme une réaction ou une suite au labyrinthe formel qu’est Le Sacre.Ces poèmes réagissent à la déroute du monde contemporain, tracent la description méticuleuse d’une figurine ou d’un vase ou dressent des stèles en hommage à Col-trane, Rimbaud et Nerval.Plus que jamais, l’écriture s’invente sous le signe du jeu littéraire.D’ailleurs, ce n’est certainement pas par hasard si Lapointe s’adresse d’abord à Perec dans sa série de Stèles.La connaissance ne passe plus par l’intermédiaire d’une improvisation spontanée, elle s’intéresse davantage aux contraintes possibles du langage.De plus, la culture mexicaine s’affirme encore davantage ici comme véritable point d’appui.Les liens restent nombreux pour finalement devenir le miroir d’une forme de sagesse originelle à retrouver.Chaque poème s’oppose à la bêtise humaine et entreprend «la terrible tâche d’assurer l’avenir».Le rituel intervient souvent dans cette manière de faire face à l’inquiétude révélatrice.Il arrive Grand Prix du LIVRE de Montréal 2 0 0 2 Règlements ?Nature du prix Le prix consiste en une bourse de 15000 $ offerte par la Ville de Montréal à l’auteur ou aux coauteurs d’un ouvrage de langue française ou anglaise pour la facture exceptionnelle et l’apport original de cette publication.?Critères d'admissibilité Tout ouvrage (de création, d’analyse, de compilation ou de référence littéraire, artistique ou socio-historique) de langue française ou anglaise, publié pour la première fois entre le I* octobre 2001 et le 30 septembre 2002 par un auteur ou un éditeur domicilié sur le territoire de la Ville de Montréal, est admissible.?Modalités d'inscription Les ouvrages admissibles doivent être inscrits en bonne et due forme sur les formulaires appropriés, au nom des auteurs, par leur éditeur.Ils devront être déposés en sept exemplaires au plus tard le 3 mai 2002 pour les ouvrages publiés entre le I ' octobre 2001 et le 31 mars 2002.Quant aux ouvrages publiés entre le 1» avril et le 30 septembre 2002, ils devront être reçus au plus tard le I" octobre 2002.Pour obtenir les formulaires d’inscription ou tout autre renseignement complémentaire,consultez le site Internet: www.ville.montreal.qc.ca/culture ou encore adressez-vous à: Normand Biron, commissaire Grand Prix du livre de Montréal (S 14) 872-1160 Service du développement culturel (514) 872-1153 (télécopieur) S6S0, rue d'Iberville, 4' étage Montréal (Québec) H2G 3E4 Ville de Montréal même que Lapointe s’inspire d’un motif ou d’un objet pour construire une vision plutôt intense de l’univers.De plus, une précision certaine guiçle cette parole vers elle-même: «Etait-ce la pluie/ était-ce le vent?/ ce tumulte / parvenant sous la terre / à l’oreille enfouie / ou / dans le silence / de la dernière glaciation / était-ce la neige?/ recouvrant/interminablement / les mots/les mondes.» Même si Espèces fragiles déroute à l’occasion, il faut encore une fois s’interroger par rapport à l’œuvre de Paul-Marie Lapointe.Imprévisible, le poète élabore, depuis un demi-siècle, un trajet inclassable qui ne cesse d’aller à l’encontre des tendances ou des repères d’une seule époque.Surréaliste, formaliste et peut-être même oulipienne?Aucune catégorie ne semble pouvoir contenir cette voix toujours aussi personnelle.Voyage Dans Jardins des vertiges, Claudine Bertrand traverse et habite, le temps d’un été, une partie de la région française Rhône-Alpes.Ce passage a d’ailleurs quelque chose d’alchimique: «Pour qui entre en lien / avec la nature / elle fait advenir/ qui nous sommes.» Alors que le désir physique et amoureux guidait souvent cette poésie, ce nouveau recueil exprime plutôt une forme de réconciliation sereine.Loin des blessures ou des craintes, la parole tente de reprendre contact avec ces «vérités toutes nues».Des gestes tournent autour de ces plantes, de ces fleurs, qui renvoient l’écho sensible du monde.Comme dans Le Corps en tète (L’Atelier des Brisants, 2001), les images se mêlent aux instants fu- CIAUDINE BERTRAND jardin des vertiges * l'MEXAGONt: gaces d’une intuition en accord avec l’éphémère.Le temps devient cette petite ville avec ses détails particuliers, ses personnages, ses fêtes ainsi que ses coutumes: «Qu’est-ce qu’un cœur/dans un carnet/ Un silence creuse l’écriture / et lui fait me âme / Personne à l’horizon / le nom n’a pas d’apparence / Qui fait du bruit/n’a pas de bouche amoureuse / Les mains jettent des paysages / un lac tombe dans mes yeux.» Plus que jamais, Claudine Bertrand précise cette voix qui cherche toujours cette «mémoire de terre d’eaux ou d’os».ESPÈCES FRAGILES Paul-Marie Lapointe L’Hexagone Montréal, 2002,95 pages JARDIN DES VERTIGES Claudine Bertrand L'Hexagone Montréal, 2002,107 pages Patrick Doucet s*s«s|r Conte Victor n’avait jamais vraiment eu envie de se compliquer la vie.Cependant, par un curieux détour ;du destin, il se retrouve un matin mort-vivant, ou plus précisément, squelette.Ainsi dépourvu de tout ce qui peut remplir une existence (besoins primaires, plaisirs amoureux, etc.), il sera confronté plus que personne à la nécessité de trouver un sens à sa vie.Déconcertante parodie de roman initiatique, à la fois terriblement pronique et tendrement humaine.Iles éditions jvaria ISBN : 2*922245-67-5 • 192 paçM-19,95 $ Distribution : Prologue www.varia.com ^-y QuêtMcn ] C.P.3S6W.CSP Fleury, Montréal (QC) H2C IM • Ul.: (514) I89-M46 ¦ Télk.: (5141369-012B ' 5r anniversaire D autres nouveautés intéressantes vous attendent chez votre libraire.§ U 1 - C a b i e.r.J3 p é CL SALON DU LIVRE de Québec 1 - „ 1 -.samedi Tombée publicitaire le 17 avril LE DEVOIR I) K VOIR A M E I) I l> I NI V \ ( Il E A V K I 1 T E R A T r R E BIOGRAPHIE La musique du diable DAVID CANTIN T £ veux que les choses soient "J bien claires.Hellfire de Nick Tosches est le plus beau livre jamais écrit sur un interprète de rock’n’roll — il est sans égal.» Celui qui parle est Greil Marcus, l’un des commentateurs les plus respectés en ce qui concerne l'histoire du rock états-unien.Apres avoir lu Hellfire.on doit lui donner raison puisque cette biographie du grand Jerry Lee Lewis échappe sans cesse aux attentes prescrites par le genre: peu de détails scabreux et beaucoup de vérité à propos d'une légende authentique.Il était temps de découvrir, enfin en français, ce portrait digne d’une tragédie antique aux résonances bibliques.Il serait assez facile de résumer l’histoire de Jerry Ijee Lewis, pourtant Tosches la rattache à tout un filon de la littérature américaine: de l'Autobiographie de Benjamin Franklin à un roman incontournable comme Le Bruit et la Fureur de Faulkner.Hellfire trace le combat entre le bien et le mal, le péché et le salut, la foi et le blasphème impudique.Durant toute son existence, l’âme de Lewis ne cessera de basculer des menaces du Saint-Esprit aux charmes du diable, lorsque la firme Sun de Memphis sortira, en 1957, Whole lotta shakin’ gain’ on.une vedette internationale verra le jour.Peu de temps après, la nouvelle de son mariage avec sa cousine de treize ans fera scandale et viendra nuire énormément à sa carrière.Il y aura, par la suite, l’alcool ainsi que les médicaments qui ruineront presque sa vie entière.En 1968, il ira même jusqu’à faire un pacte avec l’Amérique blanche sudiste: le country remplacera cette bonne vieille musique du diable.Lewis retombera ensuite de haut, du divorce à la faillite, pour se retrouver pratiquement mort en 1981.fl reviendra, presque par miracle, à sa promesse de suivre de nouveau la voie de Dieu.Comme le souligne Marcus dans sa préface, ce livre représente «une déposition poétique et imaginative qui vise moins à éclairer le bourbier américain qu’à le juger».La prose de Tosches s’efforce d’être aussi dense qu’efficace.Le volume dépasse à peine les deux cents pages.Le ton presque biblique de l’ensemble se rattache à un sens incroyable du rythme, mais aussi à une narration des plus lapidaires.D’ailleurs, la traduction de Jean-Marc Mandosio rend assez bien le style inimitable de Tosches.Hellfire ne se cache pas non plus derrière la morale abusive d’un personnage douteux comme Jimmy Lee Swaggart.A la fois biographie, discours sur les valeurs et sermon, pour finalement prendre les allures d’un curieux évangile apocryphe du vingtième siècle, Hellfire remonte à l’origine d'un mythe.HELLFIRE Nick Tosches Traduit de l’anglais par Jean-Marc Mandosio Editions Allia Paris, 2001,237 pages ROMAN DE L'AMÉRIQUE Comme chez les Grecs.e Manifeste d'un lecteur.» C’est sous ce titre qu'est paru, dans les pages de la revue The Atlantic Monthly l’été dernier, le brûlot d'un inconnu, B.R.Myers, dénonçant la «prétention grandissante» de la prose littéraire de l’Amérique.Quitte à écorcher quelques vaches sacrées (les DeLillo, Auster.Proulx.MacCar-thy et David Gutersen, pour ne pas les nommer), Myers reprochait, démonstration magistrale et passages accusateurs à l’appui, à ces auteurs couronnes de prix, figures emblématiques de la nouvelle fiction américaine, de sacrifier l’efficacité du récit à leur «culte de la phrase».La critique sérieuse, complice de ces phraseurs, commettrait à son tour une imposture en reléguant toute histoire narrée en un style accessible, rapide et dépourvu d’affectation à l'exil doré des littératures dites de genre.L’incontournable Oprah, ajoutant son grain de sel, en profita pour déplorer le fait quelle se voyait assez souvent obligée de se prendre la tète à deux mains et de cogiter au-dessus d’une ligne de la grande Toni Morrisson, à quoi celle-ci aurait répondu: «On appelle cela lire, ma chère.» Au Québec, 15 ans après l’entrée du roman Harlequin à l'université et une bonne décennie après nos petites escarmouches entre praticiens de la métaphore et de la périphrase et défenseurs de la modération stylistique et du dépouillement, ce genre de controverse revêt déjà un air d’ancienneté.Les deux tiers des nouveaux romans appartiennent ici au genre policier et à celui, peut-être voisin, de la «confession».Et qui prend encore la peine d'écrire des «romans-romans»?Rappelons-nous seulement, pour replacer les choses en perspective, que partisans de l’asianisme et de l’atticisme s’opposaient déjà au temps de la Grèce antique.Quant au roman policier, il n'a pas toujours eu si bonne presse.Longtemps l’apanage des privés déchus, ex-taulards et autres gens du métier, il gardait l’odeur de ses origines.Et ce n’est pas la moindre surprise que procure la lecture de la préface à la toute nouvelle édition à’Hier te fera pleurer que de nous faire comprendre que le passage de Chester Himes à la littérature policière (et, éventuellement, à l’enseigne Gallimard) s’est effectué sous le signe de la réticence.Il avait tiré, de ses jeunes années sous les verrous, un roman «littéraire», voyez-vous.Qui fut refusé partout.Un Noir, sorti de prison de surcroît, n’avait pas le droit d’écrire comme ça.Il ne pouvait pas non plus, en ces années d’après-guerre, posséder l’aplomb tout contemporain d’une Toni Morrisson nobélisée.On l’obligea donc à biffer de son manuscrit les passages trop «songés», à éliminer les quelques petits trucs qui sentaient trop le travail esthétique, telles les ana-lepses (ou flash-backs), et à reprendre le tout à la première personne, jugée plus «naturelle».L’éditeur parvint donc à amener Chester, écrivain noir ayant l’im- Lo u is Ha ni e l i n ?politesse de présenter au public ses aventures carcérales sous la peau fictive d’un Blanc, à récrire son roman de manière à ce que celui-ci apparaisse conforme à l’écriture d'un Noir telle que pouvait se la représenter un Blanc.Ce qui donna un roman de prison au ton brutal et primaire, issu tout droit du ghetto.La stratégie fonctionna si bien que sur la quatrième de couverture de la reédition de Cast The First Stone (le titre d’origine), en 1972, on pouvait lire que le héros du livre était un «jeune Noir [découvrant] dans la douleur son identité».Petit problème: le personnage central de Himes était, et n’avait jamais cessé d’être, un Blanc.Un intéressant cas de confusion autobiographique, donc, et à une époque où ce n’était pas encore la mode.Plus qu’une simple édition revue, corrigée ou augmentée, c’est donc un tout nouveau livre de Chester Himes qui nous est offert dans sa traduction française: un roman splendide, dur et profond, enfin restauré dans son ambition originale et le respect des vœux de son auteur.Si ces catégories avaient encore un sens (ce qui, aux Etats-Unis, paraît en ce moment le cas), un tel livre suffirait à lui seul à arracher Chester Himes au double ghetto de la production nègre et policière pour le faire accéder par la grande porte à la Littérature.Comme Don Quichotte, Madame Bovary et.plus près de nous.U Chercheur de trésor.Hier te fera pleurer raconte avant tout l’histoire d un lecteur «sous influence», de quelqu’un qui, plus ou moins consciemment, verra toute son existence s’orienter et si1 dérouler sous le signe du livre.Certains en meurent, d'autres pas.le Jimmy Monroe de Himes, lui, a choisi Achille pour héros, et il en prendra pour 20 ans, comme Ulysse.Son truc, c’est l’épopée homérique.«Il aurait mina aimé être Achille qu un être niant.Si on lui avait demandé quelle femme, dans toute l’histoire, représentait la quintessence de la féminité.il aumit répondu: Bcnélope.» Dans la morne plaine de la Manche, la rieuse campagne normande ou la vallée du Saint-Laurent, ce type de processus d’identification peut provoquer son lot de malentendus, voire vous metttre en situation délicate avec la loi.Dans l'imagination du jeune Monroe, Achille, Hector et Paris ont délogé les cow-boys et les Indiens.«Ensuite, il n’y avait plus que deux types de personnes dans le monde: celles qui fuyaient et celles qui les poursuivaient.» Si, en plus, les tilles vous traitent d’efféminé à cause de votre apparence, vous risquez fort de vous retrouver avec un problème d'affirmation virile et une autre guerre de Troie sur les bras.Vous savez très bien que ce prêteur sur gages de Chicago, à la vue de vos bijoux volés, s’est retiré dans son arrière-boutique pour mander la police sur les lieux, mais vous restez là, à attendre la suite, parce que «quand on fuyait, on devenait Paris et le LA 30' RENCONTRE QUEBECOISE INTERNATIONALE DES ÉCRIVAINS PRESENTE à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, 100 rue Sherbrooke Est, Montréal, le lundi 22 avril 2002 à 17h30 précises Des lectures publiques de : MARGARIDA ARITZETA (Catalogne) FRANÇOISE ASCAL (France) BEATRIZ MEYER ANGELINA MUNIZ HUBERMAN (Mexique) GIL JOUANARD (France) THOMAS SKASSIS (Grèce) FRÉDÉRIC-JACQUES TEMPLE (France) Et du Québec ANNE-MARIE ALONZO ALINE APOSTOLSKA MARTINE AUDET CLAUDE BEAUSOLEIL DENISE BRASSARD DAVID CANTIN JEAN-PAUL DAOUST ANTONIO D'ALFONSO DANIELLE FOURNIER MADELEINE GAGNON ENTRÉE LIBRE Soirée préparée et présentée par : Jean Royer, Denise Desautels et André Ricard La 30' Rencontre a lieu à Sainte-Adèle et Montréal, du 19 au 22 avril 2002, grâce à des subventions du Conseil des arts et lettres du Québec, du Conseil des Arts du Canada et du Conseil des Arts de Montréal.L;t Rencontre québécoise internationale des écrira ins est organisée ¦ J sous l’égide de l’Académie des lettres du Québec.JOAN CLARK Un roman superbe qui mêle le quotidien à la légende.* ».* 'ffllflIB J Ill'll fl lr-1 II LA Fil LE BLANCH t LA FILLE BLANCHE Roman 360 pages • 27,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca poursuivant devenait Achille: et ça n ’allait pas.».La prison, donc.Peu d'écrivains auront réussi, comme Chester Himes, à décrire l’univers carcéral avec eet exact dosage de sombre desespoir et de lyrisme contenu.L'effet est extraordinaire, comme l’est le choc de la sentence elle-même.impossible à absorber, à mesurer, et qui nous force, comme lecteurs, à entrer véritablement dans la peau d'un jeune homme à peine sorti de l’adolescence et condamné à gaspiller son avenir dans une fabrique de robots.«Il lui semblait terriblement illogique de punir un malheureux délinquant à cause de ce que la civilisation lui apprenait à faire pour obtenir quelque chose que la civilisation lui apprenait à désirer.Ça lui semblait aussi stupide que de pendre le fusil qui avait tué quelqu'un.» 11 faut dire qu’il est tombé sur un mauvais juge et que cet Achéen égaré dans l'histoire n’en était pas à son premier mauvais coup.Vingt ans, ou l’odyssée du Temps.«Quelque chose qu’on ne pouvait oublier, à quoi on ne pouvait cesser de penser, parce que ça arrivait et durerait vingt ans.» Le langage est le matériau transformé, et le temps, la matière première à l'état brut.Au début monotone et extensible, égal, «un instant après l'autre, ni plus ni moins, du fait que le passé rend fou et que l'avenir tue».Ensuite, lorsque l'amour frappera (sous les espèces grecques, bien évidemment.), le temps subira une curieuse, géniale métamorphose: «[.] chaque jour était plein au point de déborder et il y avait toujours un reste pour le lendemain.Il n'y avait pas assez de temps pour tout contenir: il n'y en avait jamais eu assez.» Ainsi, l'amour, même suprêmement ambigu, même d'abord refuse, source d'un viser rai dégoût, puis découvert, source de toute joie et de tout abandon, permet d'habiter le temps, les ap-proches de l'homosexualité carcérale, ces relations de «cousinage» et d’amitié protectrice qui s’établissent au vu et au su de tous, sont explorées ici avec un melange dérangeant d’innocence et de franchise, une liberté verbale tendancieuse, chargée de lourds sous-entendus.Aphrodite et Cireé sont omniprésentes et honnies, figures niées, connues, parfois réveillées, mémoires d’impossibles désirs.Avec toujours cette peur au ventre d’être dénoncé puis transféré au quartier des «dégénérés», marqué, ensuite, au fer rouge de l’hypocrisie, «homme-femme» et «salope» aux yeux de tous.Jalousie, passion dominent là comme ailleurs, l’inavouable bassesse est générale, et la plénitude de l’amour, juste un autre interdit.Au fait, Chester Himes était-il homosexuel?L’est-il devenu en prison?Honnêtement, je m’en fous, comme de savoir s’il était Noir ou Blanc.HIER TE FERA PLEURER Chester Himes l’raduit de l’américain par Daniel lemoine Gallimard Paris, 2002,402 pages SEPT HEURES D’ABSENCE LES ÉDITIONS VARIA Marie-Agnès Courouble Roman Ce roman s’inspire d'une étrange et terrifiante expérience vécue par une amie de l’auteure : un trou de mémoire, une défaillance, qui dura sept heures.Une femme est là, elle attend quelqu'un.Puis, l'instant d'après, elle constate avec étonnement le passage du temps.Sept heures lui ont échappé.L'univers décrit donne le vertige, trans-portedans une rêverie mystérieuse.ISBN : 2 922245 60 8 • 92 page! • 12,95 5 Diitrlburion : Prologue Coofer- âjfa www.varia.com N DEI.TA Québec SS 1*1 Les Animaux de mon rang Exposition de dessins jusqu'au 27 avril .{72.me Sainte-Catherine Ouest # 424 Téléphone : -4:t;;s » I
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