Le devoir, 4 mai 2002, Cahier D
LE DEVOIR.LES SAMEDI I ET D I M A N ( H E .» NI A I 2 O O 2 ENTREVUE ShanSa I Page D 4 DE VISU Stanley Cosgrove Page D 10 * LE DEVOIR ?• iftM lr fri BÉDÉ Berlin dans le cyclone Jason Lutes signe une bande dessinée aux dimensions romanesques.DENIS LORD LJ histoire avec un grand H a de tout temps été une muse privilégiée ' des scénaristes de bandes dessinées, mais rares sont les œuvres n’ayant pas un tant soit peu sacrifié sur l'autel du feuilleton, avec aventures et amourettes à la clé.Le Berlin de l’Américain Jason Lutes est désormais à ranger à côté du Maus d’Art Spiegelman, de C’était la guerre des tranchées de Tardi, du Louis Riel de Chester Brown et de quelques autres titres proposant une relecture sérieuse de l'épopée humaine.Lutes transcendera-t-il comme Spiegelman et Tardi les frontières du lectorat traditionnel de la bande dessinée?L’avenir le dira.Quoi qu’il en soit, ce portrait de l’Allemagne à l’époque de la montée du national-socialisme s’avère d’une ambition et d’un densité peu communes.La trilogie Berlin devrait totaliser plus de 600 pages à l’arrivée et mérite amplement l’étiquette de «roman graphique» qu’on lui accole.L’éphémère république de Weimar Le premier tome, La Cité des pierres, débute en 1928 pour s’achever sur les violentes manifestations de l’année suivante, à l’occasion de la fête des Travailleurs.D y a déjà dix ans que Rosa Luxemburg et Karl IJebknecht ont été assassinés; les hordes communistes et national-socialistes s'affrontent dans les rues de la capitale.En l’espace de trois ans seulement, ces derniers passeront de 12 à 107 membres élus au Reichstag, et c’en sera terminé de la république de Weimar.Cette époque d’instabilité et de pauvreté est aussi celle du jazz, des débuts du cinéma parlant, des voyages en zeppelin, des créateurs de tous les pays convergeant vers l’Allemagne, de l’exü de Trotsld au Mexique.C’est dans ce climat de bouillonnements et de bouleversements que la jeune Marthe Miiller quitte Cologne pour Berlin afin d’étudier aux Beaux-Arts.Elle fuit un drame, on le devine.Dans le train.Marthe fait VOIR PAGE D2: BERLIN ; de guerre Festival international de la littérature Sur la couverture de son dernier livre, une femme est coiffée d’une burqa.Et pourtant, les femmes qui peuplent l’ouvrage travaillent, savent lire, écrire.Dans le recueil de nouvelles La Plaine de Caïn (Editions de l’Aube), les femmes afghanes traversent différents régimes: capitaliste, communiste, taliban.L’ouvrage est de l’écrivaine Spôjmaï Zariâb, de passage à Montréal dans le cadre du Festival international de littérature de Montréal, qui aura lieu du 10 au 18 mai.De Montpellier, où elle vit en exil, l’écrivaine affirme que l’espoir est désormais permis pour l’Afghanistan, après les talibans.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Le thème du festival de cette année, c’est l’écriture et la guerre.Et l’événement fait une place spéciale aux écrivains en exil provenant d’un pays en guerre.Aux côtés de Spôjmaï Zariâb, le festival réunira notamment la Vietnamienne linda lé, le Tchadien Koulsy Lamko, qui vit au Rwanda, l’Albanais Bashkim Shehu.l’Argentine Elsa Osorio et le Français Antoine Volodine, exilé de Russie.Kaboul, c’est la ville où Spôjmaï Zariâb est née, a grandi, étudié et fréquenté l’université, s’est mariée.Quand elle l’a quittée après le retrait des troupes soviétiques, en 1989, la guerre civile faisait rage, et la ville était déjà en grande partie détruite.Ce n’est qu’après que le régime des talibans transformera la totalité des femmes afghanes, dissimulées sous leurs voiles, en fantômes ambulants.«Les écoles étaient fermées pour des raisons de sécurité./amis le choix d’em- mener mes enfants en France pour les mettre à l’abri», se souvient-elle.Plusieurs nouvelles qu’elle a publiées dans La Plaine de Caïn ont été écrites pendant l’occupation soviétique, sous le régime communiste qui, en principe, faisait une place égale aux hommes et aux femmes.On y raconte le poids de la bureaucratie, le martèlement des bottes des soldats sur les pavés.Mais on trouvera aussi, dans le recueil, la nouvelle La Ville marchande, une allégorie du capitalisme, système économique que l’Afghanistan connaissait avant l’invasion soviétique et au nom duquel tout se vend et tout s’achète.L’une des nouvelles, Le Libraire fou, témoigne, dit l’écrivaine, «de l’absurdité des livres dans un pays d’illettrés».Au fil de tous ces régimes, on lit des passages où la condition des femmes afghanes devient intenable, ceux par exemple où on reproche à une femme de marcher seule dans la rue, ceux encore où une jeune femme refuse de donner la vie à une fille, simplement parce qu’elle est fille.«Les femmes n ont pas su profiter de ce privilège lié au régime communiste», explique Spôjmaï' Zariâb.En fait, le régime communiste, imposé de l'extérieur, s’est mal implanté en Afghanistan.C’était aussi, dit-elle, «un régime impensable dans un pays traditionnel comme l’Afghanistan, très attaché à sa culture, à sa religion».Le ressac, mené, on le sait par les talibans, a été sans merci.Dans le livre Femmes afghanes qui vient de paraître chez l’éditeur Hoëbeke et qui présente les clichés fascinants de 17 photographes aux côtés d'un texte d’Olivier Weber, on peut voir les jeunes femmes en jupe courte et à talons hauts qui se promenaient, livres à la main, dans les rues de Kaboul en 1972.Une légende terrifiante accompagne cependant la photo: «Quelques fiües portent la minijupe malgré les critiques souvent virulentes de la majorité des Afghans, encore soucieux des traditions.les mollahs n’hésitent pas à jeter de l’acide sur les jambes nues de ces jeunes ‘’effrontées” qui affichent avec ostentation leur émancipation à l’occidentale.» VOIR PAGE D2: GUERRE TIFFKT fl CHITWUt ()( Il I SMIhKAHIU 4 v||s ; I Ni ¦ WÊÊ Vient de paraître CRITIQUE DE L'AMÉRICANITÉ Mémoire et démocratie au Québec Joseph Yvon Thériault ; Le premier portrait critique de la pensée contemporaine de l’américanité québécoise.DEUX TITRES DE LA COLLECTION DÉBATS tmtH n UtiHflO» Déjà paru REPÈRES EN MUTATION Identité et citoyenneté dans le Québec contemporain Sous la direction de Jocelyn Maclure et Alain-G.Gagnon www.quebec-amerique.com d T V 1) 1 L K DEVOIR.L E S SAMEDI i E T D I M A \ < Il E M Al 2 0 0 2 Livres BERLIN SUITE DE LA PAGE D 1 la connaissance du journaliste Kurt Severing, non encore positionné politiquement malgré des sympathies pour la doctrine marxiste.Severing revient d’un reportage où il a pu constater que l’Allemagne reconstruit sa force de frappe aérienne, bravant l’interdiction du traité de Versailles.Malgré les amitiés nouées aux Beaux-Arts, Marthe abandonne ses études, ne trouvant pas ce qu’elle cherche dans les cours de dessin.«Je ne veux pas voir le monde converger vers un point de fuite! Je ne veux pas comprendre les gens en fonction de leur squelette ou des groupes de muscles qui régissent leur capacité de sourire.» Ambition narrative Le récit de Ixites est loin de se limiter à ces deux protagonistes et embrasse un nombre impressionnant de destinées basculant dans la tourmente: les Schwartz, une famille de juifs qui cherche l’équilibre entre patrie et judéité; un groupe d’étudiants des Beaux-Arts; Gu-drun, une chômeuse abandonnée avec sa famille par son mari nazi; Margarethe, l’ancienne amante de Severing, et bien d’autres encore.Prostituées, hommes d’affaires, mendiants, policiers, ouvriers, bourgeoises désœuvrées, la fresque de Lutes est vaste, et l’auteur sait rendre ses personnages fictifs aussi réels que les personnages historiques évoqués, les Gregor Strasser, Otto Dix et autres maréchal Hindenburg, le vieillard sénile qui donnera la chancellerie à Hitler.Bien sûr, d’inévitables recherches documentaires ont présidé à la mise en place de Berlin, mais c’est aussi la subjectivité de l’auteur qui confère à son œuvre une aura d’authenticité.Le caractère polyphonique de La Cité des pierres est d’autant plus marqué que la narration du récit se nourrit de fragments du journal de Marthe, des médias de l’époque, des monologues intérieurs de «figurants».La manière de l’auteur n’est pas sans rappeler certains procédés du nouveau roman ou encore le Tous à Zanzibar de John Brunner.Jason Lutes est né en 1967 au New Jersey.Des voyages en Europe lui ont fait connaître la bande dessinée européenne; il a ensuite découvert des auteurs américains comme Chester Brown, Spiegel-man et Crumb.11 a abandonné la bédé à deux reprises pour ensuite remporter un prestigieux Harvey Awards pour Jar Of Fools {Double fimd, Delcourt, 1997).Encore cette année, Berlin a reçu plusieurs nominations dans deux catégories aux Harvey, dont celle du meilleur scénario.lattes est un dessinateur réaliste et élégant, assez sage finalement.Comme son personnage principal est une artiste, on aurait aimé que son récit s’imprégne davantage visuellement de l’esthétique des créateurs de cette époque, ceux du Bauhaus ou de l’expressionnisme.On en retrouve néanmoins certaines traces, dans deux séquences de rêve notamment.Lutes semble plus à l'aise pour dessiner les décors que les personnages, parfois un peu figés, ayant trop tendance à se ressembler.Les jeux de mise en scène et de textures, et surtout l’extraordinaire richesse du récit, atténuent toutefois ces défauts.Excellent conteur, laites marie habilement les petites choses du quotidien aux enjeux sociaux et historiques, à la tragédie.BERUN Livre premier: La Cité DES PIERRES Jason Lutes Traduit de l'anglais par Élisabeth Guinsbourg Editions du Seuil Paris, 2002,208 pages Palmarès Le baromètre du livre au Québec Seuil 7 1 Polar M.CONNELLY Z Roman J.IRVING Seuil J 3 Actualité T MAVSSAN Carnot éd.2 4 Roman MADEMOISELLE LIBERTÉ A.JARDIN Gallimard 14 5 Biograpli.Qc L'ALLIANCE DE LA BREBIS G LAVALLÉE JCL ?JL Roman Qc LE CŒUR EST UN MUSCLE INVOLONTAIRE ¥ M.PR0ULX Boréal 3 7 Roman J.AUEL Pr.de la Cité J 8 Psychologie CESSEZ D'ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! ¥ T.D'ANSEMBOURG L'Homme 68 9 Roman J.GRISHAM Robert Lattont 2 10 Roman Qc VOYAGE AU PORTUGAL AVEC UN ALLEMAND ¥ L.GAUTHIER Fides 3 ÏÏ Roman Qc LE GOÛT DU BONHEUR, T.1,2 & 3 ¥ M.LABERGE Boréal 73 12 Psychologie POURQUOI LES HOMMES MARCHENI ASALA GAUCHE.R TURCHET L'Homme 9 13 Sexualité FULL SEXUEL J.ROBERT L'Homme 9 14 Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?¥ J.SPENCER Michel Lafon 72 ü B.D ALBUM SPIR0U N° 262 COLLECTIF Dupuis 6 1$ Roman ÉLOGE DES FEMMES MÛRES ¥ S.VIZINCZEY du Rocher 52 17 B.D.XIII N° 15 - Lâcher les chiens VANCE7VAN HAMME Oargaud 7 18 Spiritualité JE VOUS DONNE SIGNE DE VIE M.CARON Marjolaine 10 11 Santé RECETTES ET MENUS SANTÉ, T.1 & 2 M M0NTIGNAC Trustar 121 20 Polai PARS VITE ET REVIENS TARD ¥ F VARGAS Viviane Hamy 22 U Roman Qc PUTAIN ¥ N ARCAN Seuil 33 22 Spiritualité E TOLLE Ariane 2 23 Biograph.Qc JACQUES PARIZEAU, T.2 - Le baron ¥ P.DUCHESNE Qc Amérique 3 24 Sc.Sociale LES FRANÇAIS AUSSI ONT UN ACCENT J.-B.NADEAU Payot 5 25 Biograph.Qc MON AFRIQUE ¥ L.PAGÉ Libre Expression 28 26 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE ¥ A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 78 27 Histoire LES JUIFS, LE MONDE ET L'ARGENT ¥ J.ATTALI Fayard 11 28 Psychologie PARENT RESPONSABLE.ENFANT ÉQUILIBRÉ F DUMESNIL l'Homme 210 29 Cuisine SUSHIS ET COMPAGNIE ¥ COLLECTIF Marabout 3 30 BD LUCKY LUKE N” 41 - La légende de l'Ouest M0RRIS/N0RDMANN lucky 8 31 Horreur OREAMCATCHER S.KING Albin Michel 6 32 Spiritualité LE POUVOIR OU MOMENT PRÉSENT E TOLLE Ariane 84 33 Roman JE L'AIMAIS ¥ A.GAVALDA Dilettante 8 34 Roman LE TUEUR AVEUGLE ¥ M ATWOOD Robert Laffont 15 35 Roman IE UT D'ALItNOR M CALMEL XOéd.10 36 Actualité LA CHUTE DE LA CIA B.BAER JC Lattès 7 £ Roman ROUGE BRÉSIL ¥ - Prix Goncourt 2001 - J.-C.RUFIN Gallimard 35 38 Érotisme Qc BANQUETTE.PUCARD, COMPTOIR ET AUTRES,.W ST-HILAIRE Lanctdt 11 39 Voyage QUÉBEC LA BELLE PROVINCE ¥ COLLECTIF Phldal 53 40 Roman QUELQU'UN D’AUTRE ¥ T.BENACQUISTA Gallimard 14 41 Psychologie LA SYNERG0L0GIE ¥ P TURCHET L'Homme 99 42 Essai Qc UNE HISTOIRE DU QUÉBEC J LAC0URSIÈRE Septentrion 3 43 Roman LE PIANISTE ¥ W.SZPILMAN Robert Laffont 63 44 Biographie J V0YER Libre Expression 3 45 Guide Qc GÎTES ET AUBERGES OU PASSANT AU QUÉBEC 2002 C0UECTIF Ulysse 10 V : Coup de cœur RB ¦¦¦¦ : Nouvelle entrée N.B.: Sont exclus les livres presents et scolaires.Nbre de semaines depuis parution \ succursales r L SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et [ l AGMV Marquis ^ IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal » Montmagny • Sherbrooke SUITE DE LA PAGE D 1 C’est dans cet Afghanistan que Spôjmaï Zariâb a fait des études de littérature française et travaillé avant de partir pour la France.Son œuvre est devenue un des symboles des tentatives d’émancipation des femmes afghanes, et elle participera, à Montréal, à un atelier intitulé «Les insoumises».Musulmane, elle reconnaît que sa religion restreint la liberté des femmes par rapport à celle des hommes.Cependant, mère d’enfants qui ont grandi en France, elle rêve de retourner dans son pays natal.Pleine d’espoir que le monde s’intéresse enfin à l’Afghanistan, elle reconnaît, avec une hésitation, «avoir peur de ne pas être en confiance» pour l’avenir de la stabilité du pays.«Il ne faut pas que le monde laisse tomber l'Afghanistan», conclut-elle, comme si elle disait: «c’est maintenant ou jamais que les choses peuvent s’arranger».Ajoutons que La Plaine de Caïn a été traduit du persan par Didier Leroy.Pour sa part, Koulsy Lamko, a participé au projet «Écrire par devoir de mémoire» qui réunissait huit auteurs pour témoigner du génocide qui a fait 800 000 morts au Rwanda en 1994.Après un séjour de 45 jours au Rwanda, Lamko écrit un livre, La Phalène des collines - Le génocide Jes Tutsis raconté à un étranger (Éditions Kuljaama), livre qui a fini par le mener ailleurs.«Moi, pendant tout le séjour, je n’ai rien écrit, j’écoutais beaucoup plus que je ne parlais, je restais avec les gens.C’est par la suite que je me suis mis à écrire.Car une image ne me quittait plus, celle du cadavre d’une femme violée avec un pieu dans le sexe dans une église.C’est une image qui m’est restée collée à la mémoire.J’étais tourmenté par cette image en quittant le Rwanda en 1998, et elle a été le point de départ de mon écriture.L’écriture n’a pas été facile car j’écris généralement la nuit, et c’est le moment, où surgissent les fantômes, surtout lorsqu’on doit se souvenir de tous ces sites du génocide avec tous ces corps sans sépulture», disait Koul- GUERRE * REUTERS Le régime des talibans transformera la totalité des femmes afghanes, dissimulées sous leurs voiles, en fantômes ambulants.sy Lamko dans une entrevue portant sur Fest’Africa.Dans son livre, il écrit que le génocide rwandais a laissé «un océan de vide, un énorme gouffre dans la mémoire».Mais ce livre, qu’il dit peu lu, lui semble insuffisant.Lui qui a dû quitter le Tchad, qui a ensuite vécu au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire et en France, a finalement décidé de s’installer au Rwanda et d’y fonder un centre universitaire des arts.Koulsy Lamko le dirige encore aujourd’hui.L’univers d’Eisa Osorio, quant à elle, plonge dans l'Argentine et, à travers les yeux d’un enfant, fait revivre le drame des grands-mères de la place de Mai.Son dernier roman, Luz ou le temps sauvage, c’est l’histoire du vol d’enfants par des militaires sous la dictature argentine, l’histoire d’une jeune femme qui découvre que sa mère a accouché en prison et qu’elle a été donnée, enfant, à la famille d’un des responsables de la répression.Récemment, à Tucuman, en Argentine, où on dit que vivent encore certains tortionnaires de l’ancienne dictature, une fille de disparus a même adressé une lettre à cette Luz imaginaire du roman d’Osorio, comme si elle avait vraiment existé.Le Festival international de littérature de Montréal reçoit aussi Christian Salmont, secrétaire général du Parlement international des écrivains, logé à Bruxelles, et qui publie régulièrement la revue A «toda/é.Le Parlement, dont l’Américain Russell Banks est l’actuel président, défend les écrivains en exil, les écrivains qui se sentent menacés dans leur pays parce qu’ils prennent la parole.Dans le dernier numéro â’Auto-dafé, paru en mai, des textes parlent de Tchernobyl, du Rwanda, des chefs de guerre dans le conflit en Tchétchénie, du Chiapas.Le temps d’un article, des faits revivent.Et l’encre, qui sèche sans disparaître, supplée aux âmes mortes dans ce devoir de mémoire.?Renseignements: www.uneq.qc.ca/festival Par ailleurs, une soirée de lecture, intitulée Guerre à la guerre, aura lieu au Gesù le 15 mai, à 20h.ROMAN Uautre grande noirceur Olivieri Métissages librairie ?b i s t r Causerie avec N AIM Kattan Pierre Ouellet Alain Médam Alexis Nouss Pour souligner la parution des deux premiers ouvrages parus dans la collection Métissages dirigée par Nairn Kattan aux éditions Fides : Ammee par Georges Leroux Labyrinthes des rencontres Alain Médam Mercredi 8 mai 19 h Réservation obligatoire 739-3639 Asiles, Langues d accueil Pierre Ouellet $219, Cote-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges service@librairieolivieri.com Si vous désirez souper au Bistro il est préférable de réserver CATHERINE MORENCY Avec ce premier roman, François Lanctôt propose une réflexion originale sur un pan sombre et controversé de l’histoire québécoise.Sans prétendre au statut de fresque historique, Les nuits tomberont une à me stimule la mémoire en ayant recours à la diversité des outils de la fiction.Le contexte n’a rien de bouleversant: on revient (une fois de plus!) sur les actions terroristes menées par les felquistes depuis la création du groupe, en 1968, jusqu’à l'apogée de ses interventions violentes, en 1970.Cependant, la singularité du roman réside dans son organisation.Plutôt que d’élaborer un récit linéaire, Lanctôt privilégie la mise en perspective.Pour ce faire, il situe d’abord l’action 20 ans après l’explosion révolutionnaire, mettant en scène l'un de ses acteurs, un jeune militant qui, ayant pris un coup de vieux, pose un regard mi-critique, mi-désabusé sur l’action collective à saveur communiste.Pourtant, si Les nuits.n’a rien d’un cours d'histoire ou d’une leçon d’éthique, c’est que l’auteur décide de mettre à son -SUIVEZ SUIVEZ INFO-FESTIVAL : (514) 844-2172 www.uneq.qc.ca/festival Une présentation de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois MERCREDI 15 MAI, 20 h Salle du GESÙ 1202, de Bleuby, Montréal Métro Place-des-Arts F>rix d’entrée : 8 S Billets : (514) 861-4036 Admission : (514) 790-1245 BScelat «Me.ra- LE DEVOIR Le 8e Festival International de la Littérature Ou 10 au 18 MAI 2002 GUERRE À LA GUERRE Soirée de lecture Ils sont écrivains et artistes.Ils disent non à 1’oubli, la peur, la haine et l'intolérance.Salah El Khalfa Beddiari (Québec) Paul Chamberland (Québec) Joél Des Rosiers (Québec) Madeleine Gagnon (Québec) Koulsy Lamko (Tchad/Rwanda) Linda Lé (ViêT-Nam/France) Elsa Osorio (Argentine) Pierre Ouellet (Québec) Christian Salwn (France) Bashkih Shehu (Albanie) Serge-Patrice Thibodeau (Acadie) Antoine Volooine (France) SpôjnaI ZarUb (Afghanistan) 11.h IT Québec SS *t*cSS — M M tour le feu aux poudres: Laurent, l’anarchiste devenu honnête citoyen (ce qui ne rend l’histoire que plus crédible), reçoit, du jour au lendemain, son passé en pleine figure.La police l’accuse, 20 ans après sa sortie de prison et l'abolition des mesures de guerre, de trois des meurtres irrésolus, imputés au FLQ.Ce qui se présentait comme une réflexion plus ou moins incarnée sur un refrain archicon-nu prend dès lors les allures d’un polar, où l’art du suspense comme l’acuité du regard — kaléidoscopique, voire cinématographique — rappellent mieux que toute autre forme de récit le caractère souvent chaotique des interventions révolutionnaires et des lendemains qui chantent à jamais reportés.Car si la police, le système judiciaire et les journaux québécois semblent avoir épuisé leurs doutes et leurs hypothèses, si, aussi, le sujet fait désormais l’objet d’un gigantesque dossier dans les archives, Lanctôt tente de montrer qu’il n’est pas véritablement clos, sinon dans le discours des autorités qui pratiqueraient depuis 20 ans, et à leur avantage, l’art du camouflage.Son protagoniste devient ainsi le martyr d’une société policée qui applique le code pénal comme on joue à la loto: au gré des rancunes et des comptes à régler.Incarcéré de nouveau au début des années 90, Laurent déclare: «Innocent des meurtres dont on m’accuse, je me retrouve pourtant en taule, probablement pour le reste de mes jours, mais sûrement plus en sécurité ici, au milieu des truands, que si j’étais dehors.» Par la voue de Laurent, antihéros déchu mais pourtant clairvoyant, le romancier réactualise des questionnements qui étaient sur toutes les tribunes lors de la Crise d’octobre, à savoir: qu’est-ce qu'un révolutionnaire?Quels droits civils et juridiques possè-de-t-il au sein d'une société dite démocratique?Puis, en coulisses, on s’interroge sur la question des délateurs, remise au goût du jour dans le contexte des récents procès liés au gangstérisme.Maîtrisant l’intrigue dans les règles du macabre, François Lanctôt signe ici un polar politique sobre mais efficace.LES NUITS TOMBERONT UNE À UNE François Lanctôt Lanctôt Éditeur Montréal, 2001,159 pages \ L £ DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET D I M A \ l II E M A I 2 O O 2 D -«• Livres '•- Dans les lignes de la main M a r i e - A n d r é e Lamontagne Le Devoir Il est plusieurs façons* d’aborder le beau récit de Louis Jolicœur.A certains, Le Siège du Maure (L’Instant même) apparaitra comme une espagnolade, pittoresque et passions violentes en moins, mais qui aurait gagné en profondeur de sentiments.D’autres y verront, à juste titre, un souriant traité de l’échec, du plaisir âpre qu’il procure à celui qui a l’élégance de s’y soumettre sous la pression des circonstances; traité doublé de considérations sur la beauté, celle des vaincus notamment, et qui n’est pas dépourvue de grandeur.Par ailleurs, et de manière plus évidente, Le Siège du Maure est aussi l’hommage posthume que rend un fils à son père.On sait combien, traditionnellement, ce rapport fdial est mis à mal par les romanciers, les dramaturges et les cinéastes québécois — père absent ou écrasé par sa condition sociale, emmuré dans son silence de bète, irresponsable, chimérique, incestueux, offrant un piètre modèle au fils révolté, bientôt absent, écrasé, silencieux ou rendu léger par la fuite.Chez Louis Jolicœur, le père n’est rien de tel.Au contraire, il se montre digne dé la tendresse admirative du fils, même dans le goût paternel prononcé pour le souvenir et pour un rêve que nul réel n’est en mesure d’interrompre vraiment.Du reste, le narrateur du Siège du Maure entend faire de ce legs le moteur de son récit Le voici débarquant à Grenade avec femme et enfants pour y donner quelque cours à l’université pendant un an.D est à peine installé, et non sans mal, dans l’ancien quartier mauresque de la ville que la mort de son père, vieux et diminue, l’atteint de plein fouet Ce père avait fait le debarquement de Normandie.Et il semble bien que le jeune etudiant canadien en médecine.devenu inilitaire.ait été couvert de fenunes.L'Angleterre.la France, l’Italie auront été les principales escales d’une jeunesse depuis longtemps réduite à l’état de souvenirs, depuis peu de passe révolu, «/f reviens à mon propos initial, écrit Jolicœur se voir, se penser après la mort, avec l'intelligence que nous avions au moment de mourir, cela a-t-il un sens?(.] S'il est impossible de concewir l'au-delà ici bas.il doit falloir disposer de toutes ses ressources pour pouvoir concevoir l'en-deçà quand on est ici haut.•> Précipitamment le fils rentre seul à Quebec afin d’y régler les formalites d’usage.Après quoi, il retourne à Grenade, où l’attendent les siens, ainsi que le vrai deuil, dont ce récit sera Tune des formes possibles.Mais on ne saurait avoir consacré sa vie professionnelle au rigoureux travail de la traduction, comme l’a fait Louis Jolicœur avec la langue espagnole, être à ce point tourné vers l’autre, par conséquent et accepter de confiner cette perte à la seule sphère du privé.Des pères et des fils, l’auteur en trouvera dans la chronique de Grenade que rédigé, au XK' siècle, un certain don Francisco de Paula Villa-Real y Valdivia, dont il traduit ici de larges extraits.Pour autant, ce n’est pas le siècle de ses contemporains Gautier et Stendhal, ayant aussi chanté leur Grenade, qui retiendra le chroniqueur Valdivia, mais le XV siècle, alors que la ville andalouse passait aux mains des rois catholiques d’Espagne, Ferdinand et Isabelle, après plusieurs siècles d’une domination arabe marquée par la tolérance, l’épanouissement des arts et des sciences.Boabdil fut le dernier souverain maure de Grenade, laquelle dut à sa reddition de ne pas avoir été détruite.Boabdil était aussi doux que son père.Mucey Halem, était dur.Devant la force des armes, le fils choisit de sauva- la beauté et de se çendre, quitte à être juge sévèrement par fa postérité.A traduire la chronique toute romantique de leurs règnes successifs.Jolicœur voit cependant les différences s'estomper, le doux Boabdil faire preuve d’une résolution dont même sa mère, l’intraitable Aixa, le croyait dépourvu et qu’il transmettra à son propre tils, adolescent au moment d'être jeté dans l'exil.De même verra-t-il le dur Mucey Halem se montrer sensible, et pas seulement aux charmes de l’esclave chrétienne qu’il invite à se convertir à l’islam et à prendre place sur le trône de Grenade, signant peut-être sans le savoir, par cette apostasie, le début de la fin de fa domination arabe en Europe méridionale.Voitures et klaxons Souvenirs, souvenirs.I nuis Jolicœur est écrivain.S’il emprunte à l’histoire, c'est aussi pour mieux lui tourner le dos.lit Grenade actuelle est envahie par les voitures et les marteaux-piqueurs, les gens y sont presses, les touristes omniprésents.Dans les cafés, il voit défiler toutes sortes de destins qu’il remodèle à sa guise, prêtant à cette femme telle volonté de rompre, à ce petit garçon un sentiment d’ennui.Au fil des jours, son regard recompose ainsi le tableau de la ville moderne en laissant affluer les souvenirs puisqu'il s'agit aussi, pour lui, de renouer avec la Grenade fréquenté» dans sa jeunesse.Que faire de sa vie?Faut-il s'abandonner aux événements, laissant au hasard le soin d’en dessiner en so eret les contours et au temps qui passe d’en révéler le dessin?Mais lorsqu’on en aperçoit le résultat, il est M CARREFOURS trop tard pour y changer quoi que a» soit, tout a eu Beu, et la paix de l'esprit suppose d'accepter l'image renvoyée par le dessin.Ainsi pens,lit suis doute le père du narrateur, si passionnément disponible devant l’imprevu, toujours un peu ailleurs dans l’instant, semant généreusement des souvenirs dans chacune dos villes où il aura séjourné, le tils croyait pouvoir défendre une manière de vivre plus déterministe mais le modèle paternel aura rappelé les limites du libre arbitre: "lu le démontrais en méprisant les decisions, en les rabaissant à de vulgaires prétentions humâmes [.1.Ce nmtre quoi je me suis toujtiurs insurge, croyant un peu candidement que le ballottement devant le destin detail être combattu par l'intervention.Dérisoire arrogance [.].* On pourra regretter que le volontarisme affiché du tils ne lui ;üt pas permis de mener à terme tous les romans contenus en germe dans les anecdotes ou les épisodes empruntés aux existences qu’évoque et» ivcit et qui sont jetoes en pâture au lecteur, à peine esquissées, aussitôt abandonnées.C'est vouloir là.sans doute, un autre livre, qui n’aurait pu s'intituler Le Siège du Maure.In's exactement, celui-ci renvoie au lieu d’une retraite dans la montagne, derrière T Alhambra, où se retùghiit Boabdil pour rêver chaque fois que la réalité st' faisait trop pressante.Aussi protéiforme qu’il soit devenu, il faut croire que le roman n’offrait |>as à l xutis Jolicœur l’espace narratif dont il avait besoin.Il fallait ce ivcit aux mélanges subtils pour qu’il puisse s’inventer It's plus vrais des souvenirs.LE SIÈGE DU MAURE Louis Jolicœur L’Instant même Québec, 2002,128|);iges LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE LA PORTE DU SOLEIL Elias Khoury Traduit de l’arabe par Rania Samara Editions Actes-Sud / Sindbad Arles, 2002,630 pages NAÏM KATTAN Qui sont les Palestiniens et quelle est leqr histoire depuis un demi-siècle?Elias Khoury, roman-der libanais, directeur des pages Ut-téraires du quotidien al-Nahar de Beyrouth, est né en 1948, année de la fondation de l’État d’Israël.Chroniqueur et essayiste, il a suivi les péripéties des événements qui ont déchiré son pays, le Liban, et le pays voisin, la Palestine.Dans ce roman, Khoury n’a pas cherché à faire une chronique de l’histoire palestinienne.Son ambition est différente: c’est celle d’un écrivain.D’entrée de jeu, il ne se présente pas comme un observateur non engagé.Il a à cœur le destin des Palestiniens.Dans ce fort ouvrage de plus de 600 pages, aussi traduit en hébreu, il raconte non pas l’histoire mais des histoires.Le narrateur de La Porte du soleil est un militant palestinien, devenu «docteur» par hasard.Lors d’un stage en Chine, il est en effet déclaré inapte au combat et reçoit une formation d’infirmier pendant trois mois.Il se trouve au chevet d’un homme plongé dans le coma dans un hôpital de Galilée où l’on manque de tout, et d’abord de personnel.Le patient a été un militant, un héros, dont l’existence est pleine d’ambiguïtés et de contradictions.Jour après jour, le «docteur» s’emploie à lui parler, à lui raconter vieri librairie»bistr{ BISTRO DES DIZAINES D’ÉVÉNEMENTS DES MILLIERS DE LIVRES 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Tél.:5i4»739-3639 Fax : 5i4»739-363° service@libralrieolivieri.com Au cœur de la Palestine l’histoire des villages de la Galilée où des combats ont opposé, en 1948, les habitants palestiniens à l’armée israéüenne naissante.Des événements se chevauchent dans ce récit haletant où des personnages disparaissent pour revenir plus loin.On songe aux Mille et une nuits, où les protagonistes défilent, naissent et meurent, vivent des drames et des rêves.L’histoire poB-tique est présente comme dans un arrière-plan dont les évidences s’embrouillent, s’entrecroisent dans une alternance de lumière et d’opacité.L’héroïsme n’est-il qu’apparence?Les lâchetés manifestes ne cachent-elles pas des ressources de ruse, de résistance et de défi?En 1948, les armées des pays arabes, surnommées armées du secours, ont fait défaut aux Palestiniens quand elles n’ont pas contraint à se rendre ces paysans qui aimaient leur terre, leurs maisons et leurs champs d’oüviers.Khoury fait état des luttes intestines ainsi que des affrontements avec les Israé-üens.A plusieurs reprises, l’auteur revient sur la guerre civile qui a sévi au Liban, où les Palestiniens étaient tour à tour acteurs, participants et victimes.Dans ce roman, les femmes, qu’elles s’appellent Nahila ou Chams, se trouvent au centre de l’arène, convoitées, désirées, violentées par des hommes qui, souvent, perdent sur elles toute maîtrise.Alors que l’éphémère et la violence régnent, celles-ci expriment leur désir, expression entêtée, venue des ténèbres, pour affirmer la puissance de la vie, notamment à travers la maternité.Ainsi, l’amour déchire la nuit et illumine des existences incertaines.Dans ce vaste récit, puissant à force de détails, chacun des hommes et chacune des femmes sont des univers en soi, uniques avec leurs secrets, leurs rêves, leurs cris et leurs chuchotements.Ce n’est pas la haine qui traverse ces pages mais une compassion, un amour des êtres défaits et triomphants à la fois et, surtout, par-delà les ambiguïtés, un désir soutenu, une volonté constante de comprendre ce qui s'est réellement pas- sé.Plus que le désarroi, une tristesse imprègne ces pages, de même que la question de savoir si, pendant toutes ces années, tant de gens ont été sacrifiés sur l’autel des illusions ou si leurs sacrifices procédaient d’une véritable volonté de vivre.Dans ce roman, l’art de Khoury atteint un sommet SUIVEZ F I L Félicitations à nos gagnants ! Olivar Asselin et son temps Le volontaire HÉLÈNE PELLETIER-BAI LLARGEON Biographie et autobiographie L’expérience de Dieu avec Claudel GILLES MARCOTTE Livre spirituel et religieux Chansons douces Chansons tendres HENRIETTE MAJOR Album jeunesse Fais gaffe ! Guide autocorrecteur des fautes de français écrit MICHEL THERRIEN Manuel scolaire primaire et secondaire M Les Odyssées du livre 2002 m F I D E S INFO-FESTIVAL : (514) 844-2172 www.uneq.qc.ca/festival Une présentation de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois VENDREDI 10 MAI, 20 H Maison de la culture Frontenac 2550, rue Ontario Est, Montréal Laissez-passer : (514) 872-7882 .ft la Inclure en Cadeau Le 81 Festival International de la Littérature Du 10 au 18 mai 2002 ACCORDEZ VOS PLUMES I Littérature et chanson Les écrivains ne savent pas qu’écrire, il leur arrive aussi de chanter.Direction artistique et animation Monique Giroux Dl REÇU ON MUSICALE Philippe Noireaut Écrivains chanteurs Chrystine Brouillet Denise Boucher HerhEnégiloe Chiasson Anne Dandurand Michel Désautels Michel Garneau Robert Lalonde Stanley Péan Bruno Roy Guillaume Vigneault Ce soir-là, apportez un livre jeunesse toul neuf, achetez-en un sur place ou faites un don en argent à La lecture en cadeau.Déposés sur la scène avant le spectacle, vos dons seront ensuite remis à des enfants de milieu défavorisé, âgés de 0 à 12 ans.OMIIOMMTt Canari!?QuébccS” Québec SS vmsdaManUM le devoir © M Les didactiques et la culture scolaire représentation 24,95 $ LffifgldW .'' ''Ml ‘ méi Changement conceptuel et apprentissage des sciences 24,95$ Lintegration des minorités visibles et ethnoculturelles 24,95 $ Poùencù’0 Partenariat chercheurs, praticiens, familles 39,95$ Les Editions LOGIQUES w 0UEBEC0R MEDIA 7.ch»mtn B«t«>, Outnwnont (QC) M2V1 A* Pour information: (914) 270 0204 I E I) K V 0 I K .L E S S A M EDI 1 ET I) I M A N ( H E 5 M A I 2 0 0 2 I) 4 ITTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS Une Robinsonne de première force On a envie de remercier Felicia Mihali d’avoir eu l’heureuse idée de s’installer ici il y a deux ans après avoir quitté sa Roumanie natale: elle nous offre, comme un cadeau inespéré, ce premier roman qui révèle déjà un talent d’écrivain.la ressemblance suggérée, sur la quatrième de couverture, entre ce livre et le chef d’œuvre de Marie-Claire Blais, Une saison dans la vie d’Emmanuel, n’est pas qu’une simple fanfaronnade d’éditeur comme on en lit souvent II y a dans Le Pays du fromage une puissance d’évocation assez semblable, une même faculté d insuffler une sombre beauté à un monde de déchéance.Le lieu même où se passe l’essentiel du roman de Mihali n’est pas sans rappeler celui de Blais: un hameau perdu quelque part dans une lointaine campagne, un de ces coins de misère comme il y en a dans la plupart des pays du monde, là où la vie semble arrêtée depuis des siècles.C’est dans cette Roumanie profonde, où on pourra reconnaître tout à la fois un arrière-pays universel, que la narratrice du roman de Mihali a grandi et qu’elle décide de revenir, en emmenant avec elle son jeune fils, après 15 ans passés dans la capitale.Elle quitte du coup son mari, dont elle vient de découvrir qu’il la trompait.Dépit ou simple coup de tête?Au moment de partir, elle a en tous cas le sentiment que l’aventure l’attend alors qu’elle un jette un dernier coup d’œil sur les étagères de sa bibliothèque, où elle remarque le Robinson Crusoé de Defoe de même que l’étonnante réécriture qu’en a faite Michel Tournier dans Vendredi ou les limbes du Pacifique.On devine qu’il s’agit là d'un clin d’œil narquois à la littérature: la narratrice a fait des études en lettres sans pouvoir en vivre — elle n’a jamais travaillé que comme secrétaire dans une entrepri- Robert Chartrand ?se d’import-export — s’essayerait-elle à «la» vivre?Sans nostalgie apparente, elle s’installe dans une des masures abandonnées où elle a grandi.Paradoxalement, il semble régner dans ce logis insalubre, comme dans tout le village, un génie des lieux, insidieux, maléfique, auquel elle s’abandonne à son tour.Au fil des jours et des semaines, pendant les quelque 18 mois qu’elle va passer là-bas, elle vivra dans la crasse et le désordre, parmi la vermine, se nourrissant à peine, dans un état de prostration entrecoupé de brefs sursauts d’énergie.Son fils, laissé à lui-même, devient peu à peu un enfant sauvage, plus à l’aise avec les bêtes qu’en compagnie des humains.Ce choix délibéré de la jeune femme d’une existence quasi primitive ne semble pas relever d’une quelconque volonté d'ascétisme — ses accès de sensualité débridée ont tôt fait de nous détromper là-dessus.Il s’agirait plutôt d'un passage obligé qui lui permettrait de découvrir, à sa propre surprise, ses racines paysannes, comme s’il lui fallait pour cela connaître un dénuement qu’elle n’avait même pas connu dans son enfance, une déchéance qui remonte bien aundelà de son propre passé.Elle s’adonne donc à une imprégnation totale dans ce lieu, qui la sollicite corps et âme.Tous ses sens sont envahis, en particulier l’odorat qu’elle a très sensible.L’expérience est éprouvante dans ce pays du fromage, comme elle dit, dont les effluves Font toujours écœurée.Elle revivra par ailleurs l’antique soumission des femmes en fréquentant un ami d’enfance, un homme «assez vieux pour que son instinct paternel soit atténué par l’égoïsme de vivre librement», dont elle aime l’indifférence, pour qui les femmes sont de simples objets de plaisir toutes interchangeables.Elle lui est reconnaissante de montrer par là «son immense honnêteté masculine».Parmi les souvenirs qui lui reviennent, elle s'attarde à celui de quelques proches, moins ses père et mère qu’une tante, qui frit une conteuse hors pair.Elle donnera d’ailleurs à la narratrice le goût de recréer en imagination une partie du passé familial, en particulier celui d’un couple de bisaïeuls.L’imaginaire prend ainsi le relais du corps et de ses sensations pour lui permettre d’habiter toute entière le lieu de son enfance.D y a jusqu'à sa perception des autres qu’elle tente de calquer sur celle de ces campagnards frustes, aussi durs que leur coin de pays.Autrefois comme aujourd’hui, assure-t-elle, tout n’est «que peine et accouplement.Hommes et femmes: entre eux il n’y a de place ni pour la beauté, ni pour la tendresse, ni pour l’amitié».Quant à son mari qu'elle vient de quitter, elle le trouve laid, et tout juste «suffisamment consciencieux pour n’être ni promu ni licencié».Ce Robinson féminin n’éprouvera même aucun chagrin quand on viendra lui enlever son fils.C’est au prix de cette sécheresse de cœur, de cynisme, qu’il va pouvoir reconnaître l’importance jusque-là msoupçonnée de ses origines, cette lignée qui a cultivé de tout temps la culpabilité et la honte de soi.La littérature, dans cette aventure, lui sera longtemps de peu de secours.On croirait même qu’elle l’a reniée.Mais la voici qui lui revient alors qu’un ami bienveillart lui offre une partie de sa bibliothèque.Elle va lire ou relire des auteurs de tous les pays, de Shakespeare a Samuel Beckett en passant par Diderot ou Novalis, mais ce sera pour ne retenir chez l’un ou l’autre qu’une phrase ou le trait de caractère d’un personnage.L’entreprise de déchéance, d’avilissement de ce personnage de femme est bien au-delà du simple masochisme.Il s’agit plus d’une descente vers les profondeurs les plus obscures de l’humanité qui ne sera d’ailleurs pas suivie de quelque assomption heureuse.Cette jeune femme conservera jusqu’à la fin la luddité tranchante qu’il lui a tant coûté de conquérir.Ce roman de Felicia Mihali est une des très belles surprises de ce printemps.Elle l’a, dit-on, écrit dans sa langue maternelle, puis traduit elle-même.On peut parler id d’une version originale, dont l’écriture est plutôt sobre, fort bien maîtrisée.Mihali savait bien que ce que raconte ce personnage de femme est parfois assez terrible: ce n'était pas la peine d’en rajouter sur la manière de le dire.robert.chartrandSéasympatico.ca LE PAYS DU FROMAGE Felida Mihali XYZ, collection «Romanichels», Montréal, 2002,224 pages Entrevue avec l’écrivaine Shan Sa Jeux de guerre à la chinoise CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Elle est jeune et belle, formidablement douée, et son histoire tient du conte de fée.Son dernier roman, Im Joueuse de go, écrit en français et publié chez Grasset, a remporté le prix Goncourt des lycéens.Les deux titres précédents qu’elle a publiés en France ont eux aussi connu les honneurs.H faut dire que Shan Sa, née à Pékin puis exilée en France après les événements de la place Tianan- men, est perfectionniste.«Je voudrais atteindre une certaine perfection» en français, dit-elle.Sa conquête de la langue française ressemble à la stratégie de la joueuse de go, dans son dernier roman.Et comme elle, elle est persévérante et déterminée.Pourtant, Shan Sa n’a que 29 ans.Et c’est à huit ans qu’elle a publié pour la première fois des poèmes, chinois dans son Pékin natal.A 17 ans, elle quitte, seule, Pékin pour Paris, l’Asie pour l’Europe, le chinois comme langue d’écriture pour le français.Elle était récemment de passage au Québec, pour le Salon du livre de Québec.Son dernier roman raconte une partie de go, ce jeu japonais d’origine chinoise, que se livrent un soldat japonais et une jeune Chinoise douée.Autour de ce damier, c’est aussi l’avenir de la Chine, envahie par le Japon dans les années 30 et où se formaient des foyers de résistants communistes, qui va se jouer.Parallèlement, la partie met en scène Cold y La 9e remise du PRIX DES LIBRAIRES DU QUÉBEC Le lundi 13 mai 2002 Un hommage aux romanciers organisé par U Association des libraires du Québec en collaboration avec le journal Le Devoir FINALISTES - ROMAN QUÉBÉCOIS Putain.Nelly Arcan (Seuil) Rouge, mère et fils, Suzanne Jacob (Seuil) Ruelle Océan, Rachel Leclerc (Boréal) Le ravissement.Andrée A.Michaud (L’Instant même) Du mercure sous la langue, Sylvain Trudel (Les Allusifs) FINALISTES - ROMAN HORS QUÉBEC Pilgrim, Thimothy Findley (Serpent à plumes) La Constance du jardinier, John Le Carré (Seuil) La Perte et le Fracas Alistair MacLeod (Boréal/L’Olivier) La musique d'une vie, Andrei Makine (Seuil) Mon nom est Rouge.Orhan Pamuk (Gallimard) lit Association des libraires LJINJEQ LE àdp du Québec dÎD tSmâ www.*lq.qc.ca MClflf M l*VtU>*«IM«T M« IBTMrtlM* CWITVAIUI» Québec SS U Comtu o4i Arm Toi C xiuvl Cococu Vfmcrrf Saivmæ la force phénoménale d’une jeune femme qui met en déroute, l’un qprès l’autre, ses prétendants.Écrit dans un français poétique, économique, le roman plonge le lecteur occidental dans une période cruciale de l’histoire de la Chine, celle qui a précédé la révolution populaire.«Ma grand-mère était une résistante» contre le Kuo-Ming-Tang, raconte l’écrivaine.Puis, sa mère, née sous les bombardements japonais, est devenue universitaire, écrivaine aussi.«Je viens d'une lignée de femmes fortes», dit-elle.Shan Sa, c’est son nom de plume.Un nom qui signifie, en chinois: la montagne et le bruissement du vent.«C’est dans la tradition lettrée, en Chine, d’avoir un nom de plume, dit-elle.En Chine traditionnelle, on a toujours un nom de plume qui exprime le choix, l’engagement, la vision du monde.» Cette résistance, qui est au cœur du roman de Shan Sa, est annonciatrice de la Chine de Mao.«Dans ce livre, qui est un roman d’abord, le contexte politique est important.Il est vrai que le parti communiste avait une vraie popularité en Chine.C’était la seule solution qui se proposait, à la fois contre l’envahisseur japonais et contre la Chine mi-féodale, mi-coloniale», dit-elle.la Chine était alors partagée entre de très nombreuses puissances coloniales — la France, l'Amérique, l’Allemagne, la Russie, l’Italie, l’Éspagne.«Toutes les puissances étrangères avaient des concessions en Chine.» Le jeu de go de Shan Sa oppose un soldat japonais et une jeune Chinoise, et les deux puissances presque jumelles, l’homme et la Les écrits La doyanne dos revues littéraires au Québec À lire dans le numéro de avril 2002 Des essais de Jacques Allard, Jean Blot, Suzanne Jacob, Marcel Trudel.Des fictions de Gaétan Soucy, Vénus Khoury-Ghata, Naïm Kattan, Véronique Bessens.Les écrits Casier postal 87 Succursale Place du Pari Montréal (Québec) H2X -TÉLÉPHONE : (514) 499-28: lesecrits@internet.uqarr femme aussi, s’étreignent, se cherchent, s’éliminent, à travers ces stratégies.Il y a dualité entre la Chine et le Japon, mais aussi dualité tout court, «la dualité entre l’homme et la femme, la vie et la mort, l’amour et la haine».«La civilisation japonaise a pris racine dans la civilisation chinoise, ajoute-t-elle, et a évolué différemment.Il y a entre ces peuples à la fois une attirance irrésistible et un conflit.» Née dans un milieu lettré — ses parents sont tous les deux écrivains —, Shan Sa a vite acquis une connaissance solide de la littérature chinoise.«La littérature classique de mon pays, c’était le grand amour de ma jeunesse», reconnaît-elle.La littérature asiatique, chinoise et japonaise, est d'ailleurs omniprésente dans ce roman complété de notes en bas de page.Arrivée en France, Shan Sa a fréquenté la famille du peintre Balthus, et devient employée à l’étude du peintre, dont la femme est japonaise.«J’ai découvert la littérature japonaise en rencontrant Balthus et sa femme japonaise».Cette littérature japonaise, elle la lira en français et en chinois, mais elle la citera abondamment dans La Joueuse de go.On y trouvera des extraits du nô du XIVe siècle, un poème du Japon du X' siècle, et d’autres plus contemporains.C’est à l’occasion des événements de la place Tiananmen que Shan Sa a quitté la Chine.Comme les autres étudiants chinois, elle réclamait des mesures contre la corruption, une plus grande liberté d’expression.Aujourd’hui, elle veut aller au bout de son expérience en français, dit-elle, avant d’ajouter, philosophe: «si la France passe à l’extrême droite, je ne sais pas où j’irai.» LA JOUEUSE DE GO Shan Sa Grasset Paris, 2001,350 pages ^toryfw>( ^ H JjèmU* F I L SUIVEZ Le 8f Festival International de la Littérature Du 10 au 18 mai 2002 LES MOTS DE GABRIELLE ROY dits par Patricia Nolin et Monique Spaziani N LU > 3 {fl INFO-FESTIVAL : (514) 844-2172 www.uneq.qc.ca/festival Une présentation de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois LUNDI 13 MAI, 20 H Salle du GESÙ 1202, de Bleury, Montréal Métro Place-des-Arts Prix d’entrée : 8 $ Billets: (514) 861-4036 Admission : (514) 790-1245 ( .uwiCT ï^5uN»ec SS Qutbcc SS ?1947.Deux ans après la parution de Bonheur d’occasion, elle nage en pleine gloire.Elle rencontre celui qu’elle appelle Mon cher grand fou.1979.Plus de trente ans ont passé Grande voyageuse, elle aura écrit 485 lettres d’amour et d’amitié à son compagnon Marcel Carbotte.Et une des œuvres les plus importantes de notre littérature.Textes Gabrielle Roy Lectures Patricia Nolin et Monique Spaziani Recherche musicale Claude Lemelin U Devoir (§)* M 06 LE l) E V (» I K .LES SA M EDI I ET l> I M A \ ( Il E NI A I 2 0 0 2 I) r> V' LlTTÉRATl' [IE ROMAN FRANÇAIS Ua-quoi-bon de l’existence Christian Garcin investit des niches de silence SOPHIE POI LIOT I.1 T T É R A T 11 R K Q I' K B É COIS E: Souvenirs d’Afrique ^MS.n GUY LAINE MASSOUTRE Christian Garcin, né en 1959 à Marseille, est entré en littérature par sa passion chinoise.Il a beaucoup bourlingué à travers les continents, sur les traces de Victor Segalen (Itinéraire chinois, L'Escampette, 2001; Le Vol du pigeon voyageur, Gallimard.2000) ou d'autres grandes figures littéraires.Il vit aujourd’hui à Au-bagne, dans sa région natale.Son œuvre, toute jeune, semble partie en flèche, aboutissement d’une période d’intense cueillette.Il publie coup sur coup deux petits romans.Du bruit dans les arbres et Sortilège, qui méritent, entre autres pour la postface que J.-B.Pontalis consacre au second, qu'on le découvre.Dans Vidas (Gallimard, 1993), il s’était penché sur les menus gestes qui manifestent la détresse ou la folie des artistes et des écrivains, voire des personnages de l’histoire auxquels il prêtait sa plume.Avec Du bruit dans les arbres, il donne de l’ampleur à ses silhouettes sans les noircir en épaisseur.Le roman met en scène trois personnages narrateurs: un journaliste, un photographe et un écrivain reclus de 80 ans, qui a été jadis l'amant de la mère du journaliste.Cette femme s’étant suicidée après la rupture, le fils, un thésard raté, entreprend de faire un portrait de l’auteur, devenu misanthrope, sous forme d’entrevue.L’écrivain, Norwich Res-tinghale, livre à son tour ses pensées intimes, et le photographe, témoin et médiateur, assiste à la montée de l’angoisse qui, au cours de l’entretien, précipite la rencontre en psychodrame.Sincérité et imposture L'ouvrage n’est peut-être pas très adroitement construit mais propose une interrogation pertinente sur les relations humaines et, surtout, sur le rapport de la biographie et de l’œuvre chez un romancier.D’un côté, il y a Res-tinghale l’écrivain, génial et généreux; de l'autre, il y a le même homme au quotidien, démolisseur féroce, capable de pousser sa compagne à l’autodestruction.L’enquête consiste à démêler la sincérité de l’imposture: la fréquentation d’un auteur confirme-t-elle ce que l’œuvre véhicule?Et si non, tout n’est-il, en littérature, que simulacre?L’ouvrage s’ouvre sur un doute pessimiste.Une angoissante impression, portée par le photo- graphe, hante la posture de l'écrivain: "Les êtres humains lui apparaissaient soudain plus étrangers que jamais, il avait le sentiment qu’aucune expérience commune ne les réunissait plus [.], comme ces rescapés qui, après avoir côtoyé l’impensable, l’inracontable, demeurent pour le restant de leurs jours étrangers à tous, y compris aux plus proches.* L’écriture de la désillusion, chez Garcin, est précise et juste.Peu à peu, elle confirme ce qui lie les trois êtres en présence: la perte d'un être cher, irremplaçable; la douleur les rassemble autour de la fascination pour ce qui se délite et sombre.Des pages très délicates sont consacrées à l’évocation de paysages et au portrait d’une sourde-muette dont le beau visage illumine un monde silencieux.Une métaphysique de l’absence en découle: «Et moi, pensant cela, je me suis mis à fermer les yeux et voir danser devant moi les visages et les corps des disparues qui me hantaient sans répit, me disant que je devrais peut-être écrire aussi, pourquoi pas, nommer certaines choses, en démêler d'autres et essayer d’y voir un peu plus clair dans cet amalgame de gris et de blanc qui m’abritait.» La rencontre entre l’écrivain et le journaliste provoque une sorte de cataclysme car l’écart entre les choses dites et sues, cette réalité fausse, va être opérée dans leurs pensées et finalement convoquée à la parole.Garcin réussit à saisir le flou qui tenait à égales distances la figure honnie, le paranoïaque écorché et le maître des illusions, trois aspects d’un même homme.On y lira des propositions sensibles sur la métamorphose littéraire, où «le souvenir écrit remplace peu à peu le souvenir vécu».C’est simple et clair.Récit halluciné Sortilège se présente comme un rêve.Morcelé par des événements au bord du fantastique, campé sur un échange d’identités masculine-féminine, ce texte étrange, sous-titré «récit», tente de saisir la vie avec un accent de réalisme que la nature des péripéties dénie.Cauchemar ou surréalisme retrouvé, il y réside un secret, un penchant naturel et inexplicable, non dévoilé, qui parle de fuite, de disparition, de désert.Ces figures de la mort y aspirent les protagonistes, Ezra et Misra, êtres de chair qui font d’hypothétiques rencontres.«Sa prose est sensible, non réflexive», écrit J.-B.Pontalis, véri- m MERCURE SOUS U U NOUE SU.XK liWKf,, ,u,„„ Ml! i! p ifiH I “ qsi! Sylvain TRUDEL Les éditions Les Allusifs félicitent SYLVAIN TRUDEL, lauréat du prix Montmorency des cégépiens 2002.Marché francophone de la poésie povv Le c\ivç Place 6éralcl-6ocb» Mo*t~Royal) cU l a* 5 r'iî lOOl „w* Mxsonmm - “ajkorVr SAO LE DEVOIR tablement sous le charme, dans sa postface à l’ouvrage.«Qu est-ce donc que le langage, qu'est-ce d’autre que la littérature sinon de faire apparaitre ou réapparaître le disparu avec l'espoir de lui rendre, par les pouvoirs fragiles de l'encre, un peu de couleur?» De la grotte où Ezra s'est retire pour y achever sa vie en ermite, la purgation de l'inutile s’opère.Après un voyage dans le déséquilibre, à côté d’un squelette, l'ascèse fait exploser le douloureux «cocon de certitudes».On ne vous dira pas quelle étrange mission la relance.Sachez cependant qu’il y a une expédition en montagne, une boite fermée et une histoire en forme de tunnel dans laquelle on s’engouffre, comme les enfants montent en cachette explorer, les vieux greniers.À la question posée dans Du bruit dans les arbres, l’écriture au son confidentiel de Garcin murmure une réponse, plus nettement affirmée dans Sortilège: la littérature quitte la rugosité, les aspérités du monde humain.Elle y substitue la complicité retrouvée, l’unisson du silence qui s’étend au terme de la réconciliation des êtres avec leurs sens dans la vastitude déserte d’un paysage.De Christian Garcin: DU BRUIT DANS LES ARBRES Gallimard Paris, 2002,110 pages SORTILÈGE Champ Vallon Seyssel, 2002,126 pages « I c n'ai tout simplement rien J compris à l’Afrique», avouera Philippe, le narrateur.Pourtant, ce continent où la vie.surtout dans les campagnes, diffère tant de celle des Occidentaux, il l'aura bel et bien arpente.Il en aura subi les affres et savouré les plaisirs, mais n'aura eu que très rarement le contrôle réel sur les événements, se laissant plutôt entraîner d’une aventure à l’autre, d’une découverte à l’autre.C'est ce séjour en des terres étrangères, parfois hostiles en raison de leur part d’inconnu, que raconte La Route de Bulawayo, le premier roman de Philippe Aquin.Philippe et Nours.son compère, ont élaboré un plan de voyage qu'ils entendent suivre à la lettre.Toutefois, ces itinéraires avaient été planifiés sans compter la farniente, version africaine, et autres imprévus qui allaient jalonner le parcours des voyageurs.Sécheresse, braquage, maladie vénérienne et mauvais trips de drogues figureront au nombre des péripéties.Quoi qu'il en soit, au-delà des aventures vécues par les compagnons, l’intérêt que présente IjO R(mte de Bulawayo réside essentiellement dans le regard porté par l’auteur sur It's coutumes locales de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe, deux Etats visités par les protagonistes.D’emblée, le narrateur avoue: «Mettons cartes sur table, c’est préférable.Un Québécois qui relate une histoire de Blancs en Afrique, ça ne passera pas facilement.C’est clair Je ne me fais aucune illusion, d’ailleurs.Je serai taxé de touriste, traité de “racialistic white boy" et ainsi de suite.» Certes, Aquin pose un regard d’étranger sur une région du monde qui n’est pas la sienne.Il se surprendra ainsi de t plusieurs coutumes locales.Quel Occidental n’aurait pas sourcillé à l’idée de devoir manger un babouin en entier (sauf les ongles, It's os et les entrailles) pour favoriser la pluie qui tarde à venir?Et que dire de cette femme qui, selon ce qui semble être une coutume locale, s’est fait extraire les incisives, histoire de mieux satisfaire oralement l’élu de son cœur! A moins que tout cela ne tienne de la fiction, auquel cas ces anecdotes présenteraient un caractère réducteur quasiment inexcusable.le narrateur se sent manifestement étranger à plusieurs aspects du mode de vie en vigueur dans les campagnes africaines.Mais n’est-ce pas précisément le but d’un tel voyage?Découvrir, écluui-ger avec des individus aux bagages existentiel et culturel différents, être dépaysé et apprendre.11 y a bien une certaine dost' dïro-nie dans les remarques du narrateur, mais rien qui ne soit véritablement de mauvais goût.lœ lecteur, quant à lui, ne manquera pas d’enrichir ses connais- sances.Outre les aventures et le cheminement psychologique des voyageurs, la dimension "ethnohistorique" de l/i Route de Bulawayo est très importante.En effet, les deux globe-trotteurs rencontreront une pharmacienne pour le moins loquace.Kombolwe Maslû-loane racontera, au duo de ceux qu’elle appelle les Petits Blancs, l’histoire de sa vie et, par la même occasion, un pan de l’histoire africaine.Son récit, que ses destinataires immédiats jugent interminable.s’avère plus qu’instructif.11 occupe d’ailleurs une place prépondérante dans les souvenirs de son périple que relate le narrateur.Ce récit de voyage, c’est à une serveuse du bar où il cultive aver' soin son blues du retour qui' Phi-lipiv le formulera.Cette stratégie permet non seulement à l’auteur d’employer des expressions empruntées à la langue orale, mais aussi d’interpeller un interlocuteur |>ar le recours à la deuxième personne.Le procédé confère un caractère direct et dynamique au récit, bien plus que ne l’aurait fait la traditionnelle technique du journal de bord.Premier ouvrage publié chez Hurtubise HMH, dans la nouvelle collection America, censée accueillir des romans d;uis une jxts-pective continentale, l/i Route de Bulawayo est intéressant.Ce n’est lias un chef-d’œuvre, mais c'est In's certainement un récit qui, à travers un mélange d’ironie, d’histoire contemporaine et de renseignements ethnologiques, soutient l’intérêt du lecteur du début à la fin.IA ROUTE DE BUIAWAYO Htilippe Aquin Hurtubise HMH, collection «América» Montréal, 2002,2(>4 ixigcs QUÉBEC AMERIQUE félicite ses gagnants des prix Odyssée Éditions Nota bene Geneviève Tardif Jean Fontaine Jean Saint-Germain Auteurs du dictionnaire Le Grand Druide des synonymes Normand de Bellefeuille Directeur littéraire de Québec Amérique Auteur du recueil de poésie Un Visage pour commencer paru aux Écrits des Forges Où le lecteur est convié à un voyage initiatique dans l’œuvre d’un grand écrivain.Où sont explorés tes divers chemins de la culture.CESARE t’AVESE r sir toilf.54X73 cm.700t 90 av.Laurier Ouest Montréal (Québec) H2T 2N4 Téléphone: (614) 277-0770 Horaire de la galerie : du mardi au vendredi de 11 h à 17 h.samedi de 18 h à 17 h et sur rendez-vous ity v EXPOSITION BÉNÉFICE CARITAS VENTE D’ŒUVRES D’ART Nathalie Bandulet Claire Beaulieu Mathieu Beauséjour Chantal Bélanger Josée Bernard Catherine Bodmer Mariella Borello Sylvie Bouclwrd Yves Boucher Marie-Claude Bouthiller Sylvain Bouthillette Marie-France Briere Marthe Carrier Joceline Chabot Thomas Corriveau Marie A.Côté Patrick Coutu Gilles Cyr Christiane Desjardins Pierre Dorion Rachel Echenberg Louis Fortier Johanne Gagnon Cynthia Girard Chantal Goulet Pascal Grandmaison Charles Guilbert Éric llhareguy François Laçasse Éric Ladouceur Manuela Lalic Paul Landon Céline B.Laterreur Renée La vaillante Pascal Léveillé Hélène Lord Paul Lowry Christine Major Miroslav Ménard Serge Murphy Nathalie CManick Chnstiane Patenaude Josée Pellerin Sylvie Readman Ana Rewakowicz Geneviève Rocher Denis Rousseau Hélène Sarrazin Éric Simon Vida Simon Marc-André Soucy Jack Stanley Andrea Szilasi Dominique Toutant Karen Trask Annie Tremblay Suran Vnchon Angèle Vorret 123$ 132$ 213$ 231$ 312$ 321$ 3 AU 12 MAI 2002 AcHiTf z un* œuvwr et vous pourriez la OAÛNf R t UKAÜE LE DIMANCHE 12 MAI A 15N B3 $ 31 4 H 372.rue Sainte-Catherine Ouest, espace 403—Montréal —(514)874-9423—b-312«galerieb-3i2.qc.ca— ïvww.galeneb-3l2.qc.ca—Ouvert—mardi au samedi—12h à 18h —dimanche t2maide 12hà 15h FRANÇOIS-MARIE BERTRAND DE VISU Jusqu’au 11 mai 2002 GALERIE CHRISTIANE CHASSAY 358, rue Sherbrooke Est, Montréal H2X1E6 Téléphone: 514 284«0003 Télécopieur: 514 284« 0050 EXPOSITION RICHARD MONTPETIT DU 7 AU 18 MAI Visitez le site www.total.net/~klinkhof/pour voir l'exposition fm , U "Pris de Marie-Anne" Huile sur toile 24" x 36" GALERIE WALTER KLINKHOFF inc.1200.RUE SHERBROOKE OUEST.MONTRÉAL TÉL.(514) 288-7306 Courriel klmkhoWtotal.net t LE DEVOIR.LES SAMEDI 4 ET DIM A V ( Il E 5 M AI 20 0 2 I) t) ’ DE VISU ^ ARTS VISUELS Bric-à-brac finnois F2F Nouveaux médias de la Finlande Galerie Liane et Danny Taran Centre des arts Saidye Bronfman 5170, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Se poursuit jusqu’au 2 juin JEAN-CLAUDE ROCHEFORT La fonction des textes introductifs placés à l’entrée des salles d’exposition est fort simple: fournir quelques clés de lecture au visiteur, lui suggérer des pistes d'interprétation parmi d’autres possibles.En règle générale, lorsqu’on souhaite prédisposer favorablement son interlocuteur, on a tout intérêt à éviter les prétentions conceptuelles creuses.Le conservateur — ou le promoteur — de F2F, Nouveaux médias de la Finlande dérive dans ce sens, et pas qu’un peu: «F2F, Nouveaux médias de la Finlande explore l’inexploré du monde de l’art contemporain.» Comme début de programme, difficile de viser plus haut L’exposition se propose également de réfléchir, par l’entremise des œuvres réalisées par sept artistes finlandais, sur quatre thèmes: «La frontière entre l’expression numérique et l’expression analogue [sic]; l'interaction sociale et les besoins personnels à l’ère numérique; les possibilités du dialogue homme-machine; l’élargissement de notre champ de vision quant à l’avenir informatisé.» Le texte, bourré de dérapages terminologiques, se poursuit en soulevant les questions de «brouillage de frontière entre technologie et contenu artistique» et, surtout, on prend soin de nous indiquer que les installations déployées dans la salle d'exposition sont «interactives et expérimentales, qu’elles ne sont ni en boîte ni sur écran; elles opèrent à l’air libre».Ce qui s’avérera erroné car chaque participation est compartimentée par de bancales cloisons au design high tech.Est-ce que les œuvres présentées seront à la hauteur d'une aussi belle brochette d’intentions?Ça reste à voir.L'œuvre qui inaugure le parcours est signée par Marita Liulia et n’a rien de renversant.Il s'agit d’un cédérom présenté sur un iMac standard.Intitulé SOB (Son of a Bitch) Visite mystère multimédia de l'univers masculin, le document nous fait pénétrer dans l’appartement et la vie de Jack L.Froid, «un psychanalyste et expert en masculinité».Disons-le franchement, le médium de l’exposition ne se prête guère à ce type d’œuvre, le confort domestique étant, et de loin, plus approprié.En effet, quel visiteur est assez vertueux pour patienter debout, cliquant tantôt ici, tantôt là, pendant d’interminables minutes, pour finalement voir apparaître de sombres images d'intérieurs et d'ineptes clichés sur les travers du mâle moderne?La pièce qui suit cette fable humoristique met à rude épreuve notre sainte horreur de l’interactivité.Hit 2 Morrow, de Kristian Si-molin, est une installation vidéo constituée d’une cible, d’un arc et d’une flèche dont l’extrémité est munie d’une pochette de caoutchouc.Lorsque l'archer fait mouche, divers scénarios de catastrophe apparaissent sur la cible-écran: la démographie galopante, la consommation illimitée des ressources énergétiques et ainsi de suite.Les moyens pris pour véhiculer de pareils messages laissent songeur.Théâtre d’ombres A quelques pas de cet espace de tir pour grands enfants, un petit théâtre d'ombres et de lumière capte l'attention et n’attend qu’une chose: qu’on l’anime.Là encore, malheureusement, l’interactivité est à l’honneur.Dans ce dispositif aux engrenages sophistiqués de Hanna Haaslahti, l’image du visiteur est, paraît-il, «intégrée à une suite d’images vidéo où des jouets superhéros animés s’enorgueillissent de leurs nouveaux “scalps” dans la bataille contre les esprits indifférents».SOURCE CENTRE SAIDYE URONFMAN Mirror de Juha Huuskonen se présente comme une peinture interactive.Se laisser prendre et incorporer à de belles images de guerriers à notre insu, voilà sans doute l’une des,modalités de «l’inexploré dans l'art contemporain».A proximité de ce théâtre intime, on entend les pleurs d'un enfant qui proviennent d’une installation de Heidi Tikka intitulée Mother, child.Au moment de notre passage, le projecteur ne fonctionnait tout simplement pas.Les éléments en place permettaient cependant de deviner l’amateurisme de ce petit exercice de déconstruction.En traversant le couloir pour pénétrer le stand commercial de faux cosmétiques Need, œuvre de Tuomo Tammenpàa, on comprend enfin d’où émane ce tohu-bohu.L’artiste a conçu une agressive campagne publicitaire vantant les mérites d’un produit de consommation inexistant.Pas nécessaire de préciser qui sont les otages de sa campagne aux accents plus accrocheurs que dénonciateurs.En fin de parcours, on découvre avec étonnement une œuvre de Juha Huuskonen qui se présente comme une peinture interactive.Mais cette fois, l’interactivité ne se résume pas à exiger des singeries du spectateur.En entrant dans l’espace, une caméra vidéo capte le visage du spectateur et le propulse dans un jeu complexe de doubles diaphragmes s'atomisant à l’infini et se refermant sur eux-mêmes.Une musique électronique module les mouvements au gré de nos déplacements dans l’espace.Œuvre à la fois sobre et poétique, on voit poindre ici l’esquisse de ce qui aurait pu constituer un discours pertinent sur la spécificité et les riches virtualités de l’image numérique.Nous ne discuterons pas de la dernière œuvre au programme (Aquarium, de Teifo Pellinen Et Co) puisqu'il s’agit d’une émission de télé interactive qui n’a qu’un intérêt sociologique.On termine le parcours de cette exposition en ayant l’impression d’avoir été berné sur tous les plans.On nous avait promis des tas de choses et on se trouve tenu de lire d'innombrables notices prescriptives qui émaillent le parcours de l'exposition et sans lesquelles la plupart des œuvres seraient carrément inopérantes: prenez le morceau d’étoffe blanche et déposez-le sur vos genoux; saisissez le combiné téléphonique et composez.Si l’interactivité et les nouveaux médias se résument à une soumission passive à des modes d’emploi à suivre à la lettre, alors on ruine irrémédiablement le libre jeu de mon imagination et de mon entendement, hélas.I 4A m- jF* ^ > B ! I ü, A • M ,"/• 'V f Æju( w itiThMÙTOOZ (Sîv 3 Musées en est une «éausat.on de la Soc,été dés musées québéco.s Québec SS ,H CanariS Télé-Québec LE DEVOIR Mise au carre Martin Bourdeau reprend une idée ancienne issue de la peinture classique: un tableau est fait d'un feuilleté sans fin que celui qui regarde pourrait dévoiler MARTIN BOURDEAU Galerie Roger Bellemare 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 502 Jusqu'au 11 mai BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR La Galerie Roger Bellemare continue son bon travail de défense d’une nouvelle abstraction géométrique produite par de jeunes artistes.Après avoir présenté le travail de Stéphane La Rue, la galerie accueille les dernières propositions de Martin Bourdeau.Or, le peintre vient de franchir un pas important dans sa jeune carrière.Les précédents essais de Bourdeau étaient d’une saisissante efficacité.Pratiquant l’art de la citation, Bourdeau reprenait les structures des grandes machines de peinture connues dans l'histoire.Les œuvres figuratives de Rembrandt, de Courbet ou d’Ingres, Bourdeau en évinçait l'imagerie pour ne souligner que l’emplacement des visages, remplacés par des ovales.Ces structures dévoilaient des perspectives étonnantes, articulées par la taille changeante des ovales semblant situés à diverses profondeurs dans l’espace de la toile rendu instable par cette stratégie.Dans le cas des deux grandes toiles et des trois œuvres sur papier de la présente exposition, Bourdeau change la donne radicalement.Ce changement ne tient pas uniquement au fait que Bourdeau ait renoncé aux formes ovoïdes qui criblaient la surface de ces toiles.Plutôt qu’un essaim plus ou moins serré de petites mandorles, Bourdeau a rempli la surface de ses toiles de rectangles, avec lesquels il joue sur le vide et le plein.Plus qu’un simple changement de motif, tout se passe comme si, dans ces toiles, le peintre avait changé de point de vue, s’était éloigné des toiles pour embrasser un plus vaste champ visuel.Ainsi, ces œuvres se présentent comme une collection de tableaux de différents formats.Les chiffres qui identifient ces rectangles contribuent à cette idée et accentuent l'impression qu’un classement rigoureux de ces images sans images a été effectué.Les titres (1-9/1-7) signalent le nombre de ces rectangles.De plus, chacune des larges surfaces est séparée en deux plages d'égale dimension.Bourdeau peint tantôt ses lignes noires ou rouges, tantôt remplit entièrement ces suggestions de tableaux de couleurs vives (orangée ou rouge), ou les laisse entièrement blanches, de la même teinte que le fond.Bourdeau joue sur l’influence que peuvent avoir les couleurs entre elles.Cette dimension a depuis longtemps été éprouvée.Le poids variable des formes pleines ou vides sur une surface blanche est aussi un des paramètres de cette nouvelle syntaxe.De manière plus intéressante, Bourdeau propose une belle réflexion sur la genèse de ces œuvres et reprend une idée ancienne issue de la peinture clas- Bourdeau joue sur l'influence que peuvent avoir les couleurs entre elles sique: qu'un tableau est fait d’un feuilleté sans fin que celui qui regarde pourrait dévoiler.Egales, les textures dans ces œuvres ignorent les formes délimitées par le dessin et semblent ronger toute la surface.Dans si's tableaux pré cédents, Bourdeau donnait une apparence vieillotte à ses œuvres en les maculant de peinture.Ici, ces taches suggèrent plutôt un laisser-aller (bien volontaire et savamment négligé) qui enraye légèrement la rigueur du dessin.Ces souillures viennent souligner une temporalité trouble dans la fabrication du tableau, qui vient jeter le doute sur ce processus.Impossible de savoir quelles couleurs ont été appliquées les premières, l’ordre traditionnel est bousculé.En bref, avec cette nouvelle proposition, Bourdeau continue de faire retour sur la peinture classique et ses principes, tout en utilisant une manière associée aux avant-gardes historiques.En cela, il continue de produire des œuvres qui soulèvent de beaux problèmes de peinture, qui continuent de soutenir l’intérêt, au-delà de leur apparente simplicité, qui n’est qu’un leurre.1-9/1-7, 2000, de Martin Bourdeau OUY l.'HEUREUX In memoriam Stanley Cosgrove 1911-2002 En écoutant la musique, 1951, huile sur panneau Musée des beaux-arts de Montréal, don du Dr Max Stern MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL I D 10 I.K DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DI M A S G II E 5 M A I 2 0 0 2 -* DE VISU *- Hommage à Stanley Cosgrove, 1911-2002 Une œuvre à dégager Le peintre Stanley Cosgrove est décédé dimanche à Montréal, à l’âge de 91 ans.Depuis, ils furent nombreux en s’en émouvoir et à rendre hommage à cette figure importante de l’art canadien du XX' siècle.À notre demande, la seconde fille de Cosgrove égrène ici quelques souvenirs.RENÉE CHARLOTTE COSGROVE COLLABORATION SPECIALE Dans quelle mesure la singularité de Stanley Cosgrove a-t-elle servi ou desservi sa carrière, servi ou desservi sa vie d’artiste?S’agissant de l’artiste Cosgrove que j’ai connu, je voudrais m’attarder au second volet de cette question.À l’encontre de la vision d’un Cosgrove solitaire, je rappelle d’abord qu’il ne faudrait pas confondre solitude de l’artiste, sur le plan personnel, et singularité de l’œuvre peinte sur le marché de l’art.Ainsi, Cosgrove, peintre à l’esprit aussi bien québécois que canadien, avait bel et bien une cote, même si l’artiste avait choisi d’œuvrer en retrait de la scène culturelle.Très concrètement, celui-ci prenait la forme d’un séjour annuel de trois mois dans-un chalet sans électricité ni eau courante, ni horloges ni montres, près de La Tuque, mais aussi, plus généralement, du havre paisible et sensuel qu’était pour lui la maison blanche, dans son parc, à Hudson.Il prenait aussi la forme d’une certaine attitude, faite d’orgueil, de méditation, de sensualité, d’acuité du regard.On sentait bien chez lui une émotion intense, mais celle-ci n’entrainait jamais une totale adhésion.Esprit stoïque, il ne cherchait pas à exercer une influence au-delà du cercle de ses relations immédiates et familiales, celles, précisément, qui servaient de cadre à ses activités quotidiennes, c’est-à-dire au travail d’atelier.Stanley Cosgrove en 1954.Du coup, Cosgrove avait développé une capacité à se protéger contre toute relation pouvant le distraire de l’espace-vie qu’il s’était créé et, en fin de compte, de l’espace, tout aussi vital pour lui, de la toile.L’espace encadré était aussi encadrant Mais Cosgrove fut aussi le peintre de l’engagement pictural.En quoi?D’abord par la problématique de l’insertion qu’il a mise en actes.En 1945, l’unique voyage en France avec l’artiste montréalais Edwin Holgate n’aura pas de réelles conséquences, Cosgrove s’étant détourné, dans une certaine mesure, de sa nature de peintre canadien et ayant signé l’insertion du Québec en Amérique en se plaçant sous le mentorat, de 1939 à BASILE ZAVOFF 1945, du peintre et muraliste mexicain Clemente Orozco.Une indépendance aussi farouche invite à la réflexion.Elle rappelle la nécessité, pour l’artiste, de protéger sa sensibilité extrême contre les attentes de sa famille d’origine.Et aussi d’emprunter un parcours professionnel ancré dans la solitude.Cependant, l’irascible Orozco l’avait choisi comme assistant.Cosgrove explique ainsi ce choix: «J'ai pu saisir comment m'y prendre Barque près de Cannes, 1954.COLLECTION JEAN-PIERRE VALENTIN la galerie d'art Stewart Hall 1 76, Bord du Lac, Pointe-Claire du 4 mai au 14 juin 2002 Peindre la nuit John Walsh et Pat Walsh Vernissage Le dimanche 5 mai, à 14 h suivi d’une conférence de Pat Walsh, à 15 h Entrée libre • Accessible par ascenseur Du lun.au dim, de 13 h à 17 h (un.et mer.soirs de I9H à 21 h Info: (514)630-1254 Le Musée du Québec salue la mémoire de Stanley Cosgrove (1911 -2002) Stanley Cosgrove, Nature morte, 1946.Huile sur panneau de fibre de bois.Coll.: Musée du Québec.MUSÉE DU QUÉBEC Québec o b Parc des Champs-de-Bataille, Québec Le Musée du Québec esc subventionné par le ministère de la Culture et des Communications du Québec.pour travailler avec lui sans le déranger, comment m’y prendre pour devenir une de ses mains.» Pour tout dire, le peintre Orozco n’avait plus qu’une main.Laquelle, je ne peux le dire au juste, mais j’ai le souvenir d’une photo qui le montre examinant, sur un pupitre, un dessin de papa.Comment Orozco avait-il perdu cette main ou ce bras?Quelle lacune venait combler Stanley Cosgrove en devenant l’intermédiaire actif entre l’artiste mexicain, concepteur de l’œuvre à réaliser, et le fond blanc de la future fresque?Je ne peux répondre à ces questions que je n’ai d’ailleurs jamais formulées du rivant de mon père.Vers la fin de sa rie, j’ai tout de même eu celle-ci: «Papa, voudrais-tu me montrer— c’est-à-dire qu’on aille ensemble et que tu me montres de ta main la maison de Saint-Henri où tu as grandi?» Un signe de la tête: «Oui.» Les yeux sont baissés: abattement?peur?détente?tristesse appréhendée du petit garçon qui reverra la maison de sa mère souffrante?Nous n’avons pas eu le temps de faire cette promenade.A la fin, il me demandait de lire et relire la lettre manuscrite d’un certain collectionneur, comme s’il n’arrivait pas à croire qu'il avait réussi à rejoindre ses interlocuteurs humains, ceux-ci incarnant une sorte d’instance paternelle, une patrie, en empruntant jour après jour les voies de communication qu’il inscrivait, lui, de sa main, sur la toile.Qu’avait- 0 réparé au juste avec Orosco?Qui aurait pu le dire, même de son rivant?Il nous laissait périodique-ment, marchant droit dans sa solitude, disons plus exactement dans son dégagement, vers les espaces environnants, certains objets précis auxquels son art restaurait une dignité.L’esprit hardi, les sens aiguisés, le regard assuré, il s'appropriait les petits et les grands espaces du Nouveau Monde.C’est ainsi qu’il a su, par ailleurs, assumer dans toute sa singularité la rencontre déterminante pour le cours de son existence, puisqu’elle provoqua sa naissance, entre une Québécoise de Saint-Henri, pleine d’entrain mais alitée des suites d’une maladie de jeunesse, et un ouvrier tourmenté de l’usine Red-path, né d’immigrés irlandais, John Malachy Cosgrove, dont le patronyme signifie «bosquet paisible» en langue celte.En écrivant ce nom, me revient aussitôt en mémoire celui, québéco-irlandais, de François O’Neil, qui servit de guide au peintre lors de ces chères parties de pêche sur lie d’Anticosti.Irlandais du Nouveau Monde.D’autres firent abstraction du réel pour laisser parler la peinture.La main de Stanley Cosgrove fit abstraction des origines sociales pour laisser parler l’Art en tant qu’interlocuteur et objet-matrice.Ceux qui rivaient avec lui l’ont souvent vu attirer l’attention sur telle beauté éphémère, objet ou paysage, ses couleurs surtout, au détriment de tout autre élément humain, susceptible de perturber ce rapport Comme malgré nous, on en venait donc, au cours de ces promenades, à vouloir rebrousser chemin pour retrouver le lieu où la parole avait été escamotée.Je songe à lui, devant une classe de jeunes élèves: «Posez vos têtes sur vos pupitres.Maintenant, écoutez les bruits qui entrent par la fenêtre.» D’instinct, mon père savait qu’il faut écouter ce qui est hors de soi quitte à ouvrir, pour ce faire, et tout en le réduisant l’espace de l’écoute au cadre de la toile, au chemin où se posent les pieds pour mieux voir les couleurs du framboisier, au pupitre où poser la tête pour entendre les bruits de la cour d’école, au sein maternel où laisser respirer ses sens.Loin de toute interférence, sa main a su colmater les brèches entre nous et les objets.Lois Andison lain Baxter Dominique Blain Sylvain Bouthiilette Tom Dean Eliane Excoffier Louis Joncas Larry Gianettino Massimo Guerrera Corine Lemieux Mark Vatnsdal [f .ü JtI i Itiil il drill I Atelier Big City Atelier BRAQ Atelier in site Bosses design BUILD Pierre Thibault IM I 11 1111111 ! 11 ii.l llllfl Dimanches mai, 14 h rencontrez les architectes de Atelier BRAQ et Atelier in situ ;:1 m CCA Galerie Art Mûr encadrements Centre Canadien d Architecture 1920, rue Baile, Montréal, Québec 514 939 7026 www.cca.qc.ca/laboratoires Ouvert du mardi au dimanche, 11 h à 18 h; le jeudi, 11 h à 21 h.a" Hydro ^ V) Québec , 'L ' krto-quéoet e Hommage à Stanley Cosgrove 1911-2002 Young Girl, 1950 Don de la Fondation Max et Iris Stern Collection Musée d’art contemporain de Montréal Photo : Denis Farley Le Musée d’art contemporain de Montréal rend hommage à Stanley V Cosgrove.A travers le regard intérieur de ses œuvres, c’est la vision de l’imaginaire que nous transmet Cosgrove.Une œuvre de l’artiste est présentement exposée dans le hall d’entrée du Musée.MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL Québec su
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